( 6 mars, 2011 )

Goûter au profit des enfants déshérités du centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary d’Arafat [Reportage Photos]

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A Arafat, dans le quartier de Meçid El Nourou, en retrait de la route qui mène vers le cimetière de Nouakchott, derrière un îlot de maisons, se dresse une institution: le Centre feu Moulaye Ould Boukhary de l’Ong Ensemble contre la pauvreté et l’enfance déshéritée. Lorsqu’on pénètre à l’intérieur de cette institution, on est vite bluffé par le cadre et l’environnement. 

Le Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary, financé par le Japon, dispose d’un réfectoire, d’un dortoir, d’une cuisine, d’une administration, d’une salle de formation, d’une bibliothèque où séjournent régulièrement des élèves du quartier, d’une salle de consultations gratuitement assurée par le radiologue Brahim Ntaghry, un des membres fondateurs de l’institution. 

Voilà 6 ans que cet institut, au nom de l’enfance déshéritée, a été créé par des cadres mauritaniens issus de diverses catégories socioprofessionnelles. Aussitôt, le projet est vite lancé. Les bénévoles se bousculent à la porte et l’institution peut se permettre d’accueillir sans arrêt des enfants déshérités. 

L’expérience est vite couronnée de succès. Coup sur coup, le Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary reçoit le prix de la FAO pour la nutrition des enfants déshérités en 2OO7 et un autre décerné par la Croix Rouge Italienne à la même année. Au même moment, l’institution reçoit des visiteurs de haute marque comme des ministres de la République, le vice-ministre des affaires étrangères de la République d’Italie. 

Le Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary vit aujourd’hui une période très difficile. Et, malgré le peu de moyens dont dispose cette institution, elle continue tout de même à accueillir des enfants déshérités notamment d’Arafat. 

Le président fondateur de cet institut, Mohamed El Khamess Sidi Abdallahi, s’est engagé depuis quelques temps, dans une course contre la montre pour donner une nouvelle impulsion au Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary qui n’assure plus à ses pensionnaires un repas par jour depuis l’arrêt du projet de nutrition « Orphelins Enfants vulnérables » piloté par le ministère de la Santé. 

Et, aujourd’hui, le défi majeur de l’administration de cette institution qui a pour ambassadeurs de bonne volonté Raghab Alama du Liban et Ousmane Gangué, c’est exactement de pouvoir assurer une prise en charge nutritionnelle aux enfants. 

Ce 2 mars 2011, vers les coups de dix huit heures, le centre est plongé dans une ambiance devenue presqu’inhabituelle. « De temps en temps, on offre des goûters aux enfants », explique Mohamed El Khamess Abdallahi, son président fondateur. Et chaque goûter semble redonner de la vie, de l’harmonie à son institution. 

Ces goûters sont souvent offerts par des personnes de bonne volonté comme à l’image d’Elisabeth Rodach du Lions Club International qui est venue spécialement offrir un goûter aux enfants déshérités du Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary doté également d’une mahadraa où étudient les enfants et une mosquée. 

« Vous avez beaucoup de chance de vivre dans ce quartier où vous avez des mamans qui sont à votre disposition, qui vous éduquent et vous donnent du confort. On essaiera de faire le maximum pour trouver et vous offrir davantage de goûters comme celui d’aujourd’hui », déclare Elisabeth Rodach qui a promis d’assister le centre pour le confort des enfants. 

Le centre compte cinq bénévoles dont deux enseignants qui dispensent, à l’après-midi, des cours de rattrapage en français et en arabe aux enfants assuré par Lalla Coulibaly (la mamie des enfants) et Mohamed Salem Ould Aly. 

Dans ce centre qui accueille entre 5O et 8O enfants, on y trouve des orphelins et des enfants issus de foyers extrêmement pauvres. Chaque jour, après les classes, à l’après-midi, ils viennent plancher dans cet institut dont ils sont devenus si familiers.   

« Des requêtes sont en cours pour assurer au moins un repas par jour aux enfants », indique Mohamed El Khamess Sidi Abdallahi. Malgré qu’il soit débordé, le centre continue à accueillir des enfants déshérités et principalement des enfants orphelins qui ont entre 1 et 10 ans, telle cette fille de 5 ans qui a perdu ses parents et qui traîne avec elle son petit frère âgé d’un an. « Il y’a des cas qu’on ne peut pas refuser et on est obligés de les accueillir », explique-t-il. 

La nuit est tombée depuis une dizaine de minutes et déjà le centre commence à se désemplir petit à petit. Les enfants sont partis rejoindre leurs foyers ainsi que les mères de famille qui bénéficient des services du Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary sauf le permanent du centre, Housseynou Ahmed et la gouvernante. 

« Dans un contexte marqué par de fortes disparités sociales et par la persistance de la prévalence de la pauvreté, je suis sûr que tout appui généreux à l’enfance orpheline, frange vulnérable de la population, sera d’un précieux concours pour préserver les acquis et développer de nouvelles activités », glisse, avant de prendre congé, le président du centre et par ailleurs médaillé d’or en tir à la cible à Kampala. 

Aujourd’hui, le centre qui éprouve le besoin d’être soutenu est confronté à une série de contraintes dont principalement l’absence de ressources financières suffisantes pour une prise en charge  conséquente de ses charges et du nécessaire développement de nouvelles activités. 

L’Ong envisage d’ailleurs d’organiser, au mois de mars courant, une soirée de gala avec l’artiste Ousmane Gangué. Puis, un grand concert où des artistes du Mali et du Sénégal seront invités. Les fonds récoltés seront destinés à la réhabilitation du centre Moulaye Ahmed Ould Boukhary et à la nutrition des enfants déshérités. 

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 16 janvier, 2011 )

Entretien exclusif avec Ahmed Hamza Président de la Communauté Urbaine de Nouakchott: « A un an du terme de mon mandat, je puis vous confirmer ma décision de ne pas rempiler »

En marge du meeting de la COD notre reporter a tendu son micro à M. Ahmed Hamza, président de la CUN pour recueillir ses impressions.

Le Quotidien de Nouakchott : Selon des observateurs, vous passiez par hasard quand vous avez aperçu des élus debout sur la place. Vous avez décidé alors de rejoindre le meeting, habillé en costume pendant que tout le monde était en boubou, donc préparés pour le meeting. En fait vous êtes arrivé bien après que le meeting ait débuté et vous en êtes reparti avant la fin. Qu’en est-il ?

Ahmed Ould Hamza : Généralement je ne perds pas mon temps pour répondre à ce genre de radotage. Toujours est-il que j’ai quitté mon bureau vers 18 heures 40.

En effet mon devoir est de consacrer toute mon énergie à servir mes concitoyens, et comme j’avais encore un peu de temps, je suis allé au meeting. Effectivement j’étais le seul qui n’était pas en habit traditionnel. Tout simplement parce que je suis venu directement sans prendre le temps de passer chez moi pour me changer. Mais le plus important est que j’ai assisté à l’essentiel des interventions.

L’on a remarqué que vous étiez debout et le président Messoud Ould Boulkheir vous a proposé son siège ?

C’est vrai, et je lui en saurai gré. Vous aurez aussi remarqué mon refus de l’honneur qu’il me faisait ainsi. Même si je trouve le geste amical et courtois, je ne peux pas admettre que le président de l’Assemblée nationale et de surcroît, ancien candidat à la magistrature suprême, cède sa place au Président de la Communauté Urbaine de Nouakchott. Toutefois, je reconnais que le geste était touchant et plein de sens.

Ceci dit, Il n’en demeure pas moins que l’organisation de notre meeting n’était pas au point, les organisateurs n’ayant prévu que dix sièges sur l’estrade. C’est pourquoi, à l’instar de tous ceux qui ne sont pas chef de partis membres de la COD, je suis resté debout. C’est d’ailleurs ce qui explique, qu’étant fatigué, je n’ai pu rester jusqu’à la fin. L’essentiel pour moi était de marquer par ma présence, ma qualité de militant.

Quelle évaluation faites-vous de ce meeting par rapport à celui organisé la veille par la Coalition des Partis de la Majorité Présidentielle ainsi que de votre appréciation des contenus des discours ?

Autant le meeting de la majorité m’a semblé réussi avec une affluence importante et diversifiée, autant celui de l’opposition m’a déçu par la foule très clairsemée que nous avons réussi à drainer. Cela est d’autant plus étonnant que normalement la conjoncture politique et économique se prête à la contestation. Sur le plan des thématiques abordées, je dois vous avouer que mis à part les termes et expressions malséantes, je me suis reconnu dans ce discours qui, par son ton et son contenu, rappelle étrangement celui de l’opposition.

Ainsi on a vu certains leaders de la Majorité, dénoncer la hausse des prix et enjoindre le gouvernement de prendre les mesures idoines en vue de la juguler. Jusqu’ici nous étions plutôt habitués à une Majorité qui acceptait tout, justifiait tout et ne critiquait jamais. Je dois aussi vous avouer que de notre côté, j’ai surtout été impressionné par le discours de Messoud Ould Boulkheir d’une haute portée politique laissant la porte ouverte au dialogue.

Justement en parlant de dialogue et de ses perspectives, quelle est votre position sur la question ?

Qu’on le veuille ou non, sur plusieurs plans, le discours du président Mohamed Ould Abdel Aziz, rejoint celui développé par l’opposition durant de longues années. Incontestablement il est plus proche de l’opposition que de la majorité actuelle. Rien ne doit empêcher une ouverture vers l’opposition. J’ai toujours dit que nous avions besoin d’une scène politique apaisée et que le pouvoir devait s’ouvrir et ne pas considérer ses opposants comme des ennemis, mais comme des adversaires.

Il y a des points sur lesquels il doit y avoir un consensus national, cela n’empêche pas à tout un chacun de garder ses propres spécificités ou différences. Au lieu de perdre notre temps dans des querelles stériles, nous devons tous, chacun dans sa position, unir nos efforts pour la construction de notre pays. C’est en tout cas ma conviction profonde et je ne ménagerai aucun effort pour qu’elle prévale.

Pourtant, autant que nous sachions, vous avez vous même des problèmes avec le pouvoir ou tout au moins avec des pans importants de l’Administration ?

Je vous le confirme ; mais je tiens à préciser que je ne m’oppose pas pour le plaisir de m’opposer. J’ai toujours eu une attitude constructive et le seul problème que j’ai, c’est celui de la défense de mes compétences et de mon statut d’élu local, représentant les citoyens de notre plus grande agglomération et qui se trouve être notre capital politique et économique. Mon combat est donc uniquement pour la décentralisation, car mon intime conviction est qu’il ne peut y avoir de développement sans la décentralisation et le libéralisme commercial.

Un dernier mot ?

Bientôt je serais à la fin de mon mandat et le seul souhait que j’ai, c’est de pouvoir travailler en harmonie avec les pouvoirs publics pour le bien être de nos concitoyens et de notre ville, pour pouvoir dépenser cette année à bon escient, les milliards d’économie que nous avons pu faire, pour le plus grand bien de notre ville et ce avant qu’ils ne subissent le sort qui lui était réservé avant nous.

A vous entendre vous ne serez pas là pour un second mandat ?

Non ! Et non ! Plus jamais on ne m’y reprendra. A un an du terme de mon mandat, je puis vous confirmer ma décision de ne pas rempiler.

Propos recueillis par BC

( 16 janvier, 2011 )

Ladji Traoré à coeur ouvert au Rénovateur Quotidien

Ladji Traoré est le secrétaire général de l’Alliance populaire progressiste, il répond aux questions du Rénovateur Quotidien.

Le Rénovateur Quotidien : Selon Samory , Monsieur Messaoud Ould Boulkheïr a laissé entendre qu’il a « une nouvelle vision qui est celle de jouer un autre rôle de dimension nationale tel que la lutte contre le terrorisme, les anti-arabismes et les antiesclavagistes qu’il considère comme des extrémistes et des sectaires. Info ou intox ?

L .T : Pour tous ceux qui sont sur le champ de la lutte pour la démocratie et contre l’esclavage, monsieur Messaoud Ould Boulkheïr n’a pas varié de vision et l’affaire du cas d’esclavage avéré découvert et dénoncé par les militants de l’APP, de l’IRA, de S.O.S esclaves et du Flère est d’une actualité brûlante et dans laquelle le président Messaoud ne ménage aucun effort pour couper court aux tentatives d’amalgames et faire libérer les militants anti-esclavagistes emprisonnés est suffisamment éloquent pour couper court à toutes les balivernes à ce sujet.

Depuis la crise ouverte par le coup d’Etat du 8 août 2008 et la lutte acharnée qui est menée pour l’instauration d’une véritable démocratie dans notre pays, aux yeux de ses amis et même ses adversaires Messaoud Ould Boulkheïr a pris la dimension d’un grand patriote dont la vision ne cesse de s’affirmer.

Il s’est porté de même aux premiers rangs des manifestations populaires historiques contre l’AQMI dès 2007, à travers les rues de Nouakchott. Il est possible que pour certains esprits sectaires, la lutte contre l’esclavage est antinomique d’un combat global pour la démocratie, la justice pour tous, l’unité et la sécurité nationales.

Le Rénovateur Quotidien : Certains militants de l’A.P.P soutiennent qu’une main invisible cherche à déstabiliser le parti de l’intérieur. La direction de l’Alliance populaire progressiste a-t-elle le sentiment que Samory agit sous l’influence du pouvoir ?

L .T : Devant la persistance et même l’acharnement de monsieur Samory Ould Beye dans ce qu’il convient d’appeler sa campagne de sape du parti et de dénigrement de son président monsieur Messaoud Ould Boulkheïr combattant patriote, rassembleur et intransigeant, farouchement attaché à la paix et à l’unité nationale, les mouvements des femmes et des jeunes ont rendu public des communiqués de presse pour dénoncer les conceptions erronées de monsieur Samory Ould Beye, des responsables de haut rang dont un secrétaire général adjoint ont donné des interviews dans des journaux en ligne et en langue arabe, en ma qualité de secrétaire général du parti j’ai demandé à monsieur Samory Ould Beye de venir s’entretenir avec moi en présence de membres du bureau exécutif.

Je lui ai dit combien ses idées étaient erronées et en contradiction avec le programme politique du parti et sa stratégie pour sortir notre pays de la crise consécutive au coup d’Etat. Je lui disais ma disponibilité d’écouter des suggestions éventuelles pour une meilleure conduite de l’action du parti. Devant son entêtement le parti a choisi un large débat interne et une campagne de pédagogie politique plutôt qu’une mesure disciplinaire et administrative toujours plus faciles et peut-être pas toujours efficaces.

L’avenir dira en définitive est-ce pour des raisons de limitation politique et idéologique que monsieur Samory agit ou pour une volonté de positionnement à des fins de recherche de leadership politique ou pour d’autres motivations ou instigations inavouées ou la connivence de toutes ces motivations.

Le Rénovateur Quotidien : Que va-t-il se passer ? Samory va-t-il être exclu du parti après les déclarations publiées sur les colonnes du Quotidien de Nouakchott ?

L.T : Il n’appartient pas à ce stade du large débat interne qui est mené dans les instances de base du parti de répondre à cette question. Seules les instances supérieures compétentes du parti tireront les conclusions de ce débat, et le moment venu, prendront des décisions ultimes en conformité avec l’intérêt supérieur du parti, ses orientations fondamentales et ses dispositions statutaires.

Le Rénovateur Quotidien : On a vu monsieur Mohamed Jemil Mansour se lever contre la commission mise en place pour la réforme de l’état civil, parce que celle-ci dans sa composition ne reflète pas le multiculturalisme mauritanien. Que vous inspire de cette reforme ?

L.T : La révision de l’état civil telle qu’envisagée par le régime en place suscite partout inquiétude et soulève même un tollé général tant au niveau de la classe politique que dans la société civile. En effet en raison de ces incidences économiques sociales, politiques, électorales, et vu les antécédents négatifs de notre état civil actuel, APP accorde la plus haute importance à la question.

Par le passé nous avons souligné le caractère incomplet et bâclé des recensements qui excluaient beaucoup de citoyens, avec peu d’importance accordée à l’orthographe des patronymes des différentes communautés notamment des négro-africains, le bas niveau culturel et technique des personnels impliqués dans le travail, leur méconnaissance notoire des noms et prénoms les plus usuels autant de problèmes qui suscitent à nouveau de graves inquiétudes.

En outre la démarche purement sécuritaire avancée est loin d’être convaincante et cache peut-être des velléités de négation de la nationalité de certaines composantes.

Il y a lieu de se prémunir davantage d’ouverture en associant des cadres de toutes les composantes nationales à ce travail particulièrement sensible si l’on veut aboutir à des résultats transparents pouvant servir de base de données à toutes les utilisations ultérieures concernant les populations tant citadines que rurales, et servirent de base pour des listes électorales ouvertes à tous.

Le Rénovateur Quotidien : Le foncier est au cœur du débat politique depuis quelques temps. Que pensez-vous de « concessions » attribuées aux hommes d’affaires dans certaines zones rurales du pays ?

L.T : La question foncière est un problème fondamental dans n’importe quel pays et régime socio-économique. Elle est essentielle dans notre pays compte tenu du contexte environnemental de désertisation, de raréfaction des ressources naturelles : sols, espèces animales, couvert végétal, ressources en eaux de surface et de nappes phréatiques et surtout en raison de son incidence sociale par rapport à toute véritable politique de développement durable de justice sociale.

En effet l’ordonnance 83 127 du 5 juin 1983 portant organisation foncière visait avant d’être détournée de ses objectifs au détriment de ceux qui tirent leurs ressources de la terre, au profit de certains hommes d’affaires et officiers supérieurs absentéistes du secteur rural, à la libération des éléments dépourvus et opprimés des collectivités tribales et villageoises.

Le nouveau danger qui menace le monde rural actuellement en Afrique et singulièrement les paysans mauritaniens c’est la ruée de fonds vautours étrangers qui cherchent à s’investir à des fins spéculatives dans les terres agricoles, c’est l’opération « Land grabbling » sans la recherche d’une quelconque autosuffisance alimentaire.

La seule politique nationale qui vaille c’est l’accès des paysans à la terre, et l’appui de l’Etat pour les moyens de sa mise en valeur, financière, matérielle et technique, seule condition pour éradiquer la misère de la campagne, et mettre fin à l’exode rural vers les centres urbains, assurer l’autosuffisance et la sécurité alimentaires durables et préserver des superficies pour les générations futures. Tout le reste illustre l’absence totale de vision à long terme du régime actuel et sa politique d’improvisation dans tous les domaines.

Le Rénovateur Quotidien : Alors qu’il portait plainte contre un cas présumé d’esclavage, Birane est allé en prison, si bien que d’aucuns soutiennent que la Mauritanie sous la présidence issue de la « rectification du 6 août 2008 » a fait un pas en arrière en matière des droits de l’homme. Partagez-vous cet avis ?

L.T : Les péripéties aux allures surréalistes du cas d’esclavage révélé et dénoncé à Fellouja, quartier périphérique de la commune d’Arafat, par des militants anti-esclavagiste de d’APP, d’IRA, de S.O.S esclaves et du Flère, ne surprennent en définitive que ceux qui sont étrangers au combat complexe contre le phénomène bien enraciné et pernicieux de l’esclavage dans notre pays dans ses différentes composantes nationales et des complicités qu’il trouve au sein des forces de police, de l’administration jusqu’y compris la justice.

Les militants de APP eux y sont bien habitués pour avoir été emprisonnés déjà en 2005, dans un cas similaire révélé à Mederdra. Il est donc temps de marquer une rupture radicale avec toutes les formes d’hypocrisie et de manipulation relatives à l’esclavage et aux pratiques qui lui sont liées.

Ce rôle essentiel incombe à cet égard à l’Etat et à ses différents organes pour une application ferme de la loi n° 2007-048 du 3 septembre 2007 portant incrimination de l’esclavage et réprimant toutes les pratiques esclavagistes et il est temps de prendre des arrêtés subséquents pour donner toute l’effectivité à cette loi et prendre des mesures spécifiques plus concrètes au-delà du discours général ambiant de lutte contre la pauvreté et l’esclavage.

Le Rénovateur Quotidien : Selon des indiscrétions le leader de l’APP, monsieur Messaoud Ould Boulkheïr aurait été reçu en audience, récemment, par le président Ould Abdel Aziz , quels sont les sujets qu’ils ont aborde ? Est-ce que le président de l’A.P.P en a profité pour plaider en faveur de Birane Ould Dah Abeïd et ses compagnons de l’IRA ?

L.T : Dès le début de cette affaire, le président Messaoud Ould Boulkheïr s’est impliqué personnellement allant jusqu’à contacter les plus hautes autorités du pays pour demander d’éclaicir totalement cette affaire d’esclavage, dépasser les effets collatéraux et libérer immédiatement les militants anti-esclavagistes,du reste tout le monde se souvient deux jours après cette audience de son discours de clôture de la première session parlementaire dans lequel il est revenu sur ce sujet.

Pour le reste de votre question monsieur Messaoud à ce niveau a dû certainement débattre avec le président Mohamed Ould Abdel Aziz d’autres sujets d’intérêt national dont je n’ai aucune idée.

Propos recueillis par Samba Camara

( 16 janvier, 2011 )

Communiqué du Conseil des ministres du 13 janvier 2011

Le Conseil des Ministres s’est réuni Jeudi 13 Janvier 2011 sous la Présidence de son Excellence Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz, Président de la République. Le Conseil a examiné et adopté les projets de décrets suivants :

- Projet de décret portant modification de certaines dispositions du décret n° 2006-097 du 15 Septembre 2006 portant organisation et fonctionnement de l’Université de Nouakchott. Le projet, conformément aux nouvelles dispositions de la loi 2010-043 du 21 juillet 2010 abrogeant l’ordonnance 2006-007 relative à l’Enseignement Supérieur, introduit de nouveaux organes de gestion et réorganise certaines missions de l’Université de Nouakchott.

- Projet de décret portant modification de certaines dispositions du décret n° 2009-161 du 29 Avril 2009 portant création, organisation et fonctionnement de l’Institut Supérieur de Comptabilité et d’Administration des Entreprise. Le projet met en place les nouvelles dispositions régissant les structures organiques de l’établissement et identifie, également, l’origine et la composition des ressources mises à sa disposition.

- Projet de décret portant modification de certaines dispositions du décret n° 2009-160 du 29 Avril 2009 portant création, organisation et fonctionnement du Centre National des oeuvres Universitaires. Ce projet de décret introduit des modifications importantes relatives à la mission et à l’organisation du Centre, et ce, en vue d’assurer une meilleure gestion des oeuvres universitaires, notamment le logement, la santé, les bourses, les aides sociales, le transport et les activités culturelles et sportives.

- Projet de décret portant modification de certaines dispositions du décret n° 2009-158 du 29 Avril 2009 portant création, organisation et fonctionnement de l’Institut Supérieur d’Enseignement Technologique de Rosso. Le projet définit les prérogatives de l’ISET et complète les structures organiques de l’établissement.

- Projet de décret portant réorganisation et fonctionnement de l’Ecole Normale Supérieure de Nouakchott. Ce projet de décret permet de rénover le cadre organisationnel de l’Ecole Normale Supérieure en le rendant plus adapté à ses nouvelles missions et en élargissant ses capacités d’initiative. Il vise également à diversifier l’offre de formation de l’école à travers la création de nouvelles filières.

- Projet de décret portant approbation et déclaration d’utilité publique du plan de restructuration des secteurs d’Arafat limitrophes de Toujounine et Dar Naim. Le projet couvre 15 secteurs connaissant d’importantes occupations illicites et permettra les rajustements et les réaménagements nécessaires à même de favoriser une restructuration optimale des quartiers ; l’opération fournira 12 090 lots à usage d’habitation et 112 autres destinés aux équipements collectifs et aux places publiques.

- Projet de décret modifiant et complétant certaines dispositions du décret n°2010-046 du 1er mars 2010, portant création d’une Société de Transport Public (STP). Le projet transforme la STP en une Société d’économie mixte par la participation du Privé national au capital de la Société.

- Projet de décret portant approbation de la modification du Statut de la Société de Transport Public (STP). Le projet remet en phase l’organisation et la structuration de la STP d’avec sa nouvelle configuration et réorganise ses organes délibérant et exécutif ;

- Projet de décret accordant le permis de recherche n° 1017 pour les substances du groupe 4 (Uranium) dans la zone sud Bir Tenebdar (Wilaya du Tiris Zemmour) au profit de la société Mauritanian Ressources Ltd.

- Projet de décret accordant le permis de recherche n° 1018 pour les substances du groupe 2 (Or) dans la zone de Zreig (Wilaya du Gorgol) au profit de la société Mauritanian Ressources Ltd.

- Projet de décret accordant le permis de recherche n° 1086 pour les substances du groupe 2 (Or) dans la zone d’Inal (Wilayas du Dakhlet Nouadhibou et de l’Inchiri) au profit de la société Lusitania Mauritania.

- Projet de décret accordant le permis de recherche n° 1108 pour les substances du groupe 2 (Or) dans la zone d’Aimou (Wilaya de Dakhlet Nouadhibou) au profit de la société Tayssir Resources.

Le Ministre des Affaires Economiques et du Développement, Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération par Intérim, a présenté une communication relative à la situation internationale.

Le Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation a présenté une communication relative à la situation intérieure.

Le Ministre de l’Equipement et des Transports a présenté une communication relative à un rapport mensuel sur les accidents de circulation. La communication présente la situation des accidents de la circulation survenus au cours du mois de Décembre dernier et les différentes actions à mener pour diminuer et atténuer la situation.

Au regard de l’évolution des prix de certaines denrées alimentaires, le président de la république a instruit le Gouvernement de prendre les mesures les plus urgentes de nature à permettre de contenir les prix à des niveaux les plus accessibles aux populations sur l’ensemble du territoire. Dans ce même cadre, il a demandé de valoriser davantage la production nationale, et particulièrement dans les secteurs des céréales, de la viande, du poisson et des légumes aux fins d’une meilleure et plus grande accessibilité des populations ; ceci ne pourrait qu’influencer favorablement le la qualité des prix.

( 16 janvier, 2011 )

Deux mineures violées, l’une par son oncle par alliance et l’autre par son père

Deux mineures, l’une (sénégalaise) âgée de 16 ans et l’autre (mauritanienne) de 15 ans, ont été violées, la première, par son oncle par alliance et la seconde, par son père, a-t-on appris samedi auprès d’une source proche d’une association de défense des droits de l’Homme mauritanienne, en charge de ces dossiers.

Le viol de la mineure âgée de 16 ans s’est déroulé, jeudi passé, vers 2 heures du matin au Ksar. L’auteur du fait, après avoir été dénoncé par son épouse, a arrêté puis placé en garde à vue à la Brigade des mineurs, en attendant d’être statué sur son sort.

Au sujet de la fille âgée de 15 ans, elle habite à Sebkha. Elle a été séquestrée puis violée par son père. Le viol s’est produit mardi dernier, courant d’après-midi. Le père de la fille a été rapidement interpellé et placé en garde à vue.

Les deux victimes, précise-t-on, ont été reçues au Centre El Wafa pour les conseils et la prise en charge des victimes de violences sexuelles puis accompagnées au Centre Hospitalier National pour l’obtention du certificat médico-légal par un médecin réquisitionné par la police.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 16 janvier, 2011 )

Les violences sexuelles ‘ne doivent pas être tolérées ni acceptées’ selon Zeinabou Mint Taleb Moussa

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Une des leçons à retenir du rapport de synthèse 2010 sur les cas de violences sexuelles à Nouakchott élaboré par l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant (A.m.s.m.e.) pourrait être celle-ci : premièrement, les cas par rapport à l’année 2009 ont diminué et deuxièmement, on constate que, comparativement, à l’année précédente, les tranches d’âge 10/15 et 16/18 sont toujours les plus touchées.

Lors de la publication, le 13 janvier, des résultats de ce rapport de synthèse au Centre El Wafa pour les conseils et la prise en charge des victimes des violences sexuelles de l’A.m.s.m.e., sa présidente, Zéinabou Mint Taleb Moussa, a expliqué cette chute du taux de violences sexuelles par la mise en place de programmes de prévention et de sensibilisation qui ont touché presque toutes les catégories socioprofessionnelles menés dans les neuf moughataas de la ville de Nouakchott.

C’est dans les moughataas d’El Mina, d’Arafat, de Sebkha et de Dar-Naim où l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant a enregistré le plus grand nombre de cas de violences sexuelles. Cet état de fait serait consécutif, selon cette Ong, à la particularité géographique de ces zones de forte prédominance des violences sexuelles.

Pour l’année 2009, l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant avait enregistré 205 cas de violences sexuelles. En 2010, cette Ong a enregistré 160 cas de violences sexuelles. Les filles mineures se retrouvent à la tête du peloton (127 cas) suivies des filles mineures domestiques (9 cas) et des femmes adultes (10 cas). Les femmes domestiques ferment la marche avec seulement deux cas. Les garçons mineurs n’échappent pas non plus aux violences sexuelles. Pour l’année 2010, 12 cas ont été enregistrés.

Derrière le profil des agresseurs se cachent des visages du mari de la mère, de l’enseignant, du père, du marabout, du voisin, du boutiquier, du camarade de classe, de l’ami de la famille, de l’employeur domestique, du domestique, du cousin, du vendeur ambulant, du pompiste, du tailleur, du tôlier, du mécanicien, de l’ânier, du taximan, de l’étranger, du délinquant, de l’inconnu et du mari. Au total, cela fait 258 agressions enregistrées pour l’année 2010.

Les victimes des violences sexuelles proviennent la plupart du temps de la Brigade des mineurs, des structures sanitaires, des commissariats de Police et du Centre El Wafa pour les conseils et la prise en charge des victimes des violences sexuelles.

« Lorsque nous les accueillons, nous leur faisons des examens médicaux. Pour le VIH/Sida, jusqu’à présent, on n’a pas eu un cas positif. Mais, en ce qui concerne le virus de l’hépatite B, nous avons eu deux cas positifs », a indiqué Zéinabou Mint Taleb Moussa.

Par ailleurs, en plus des prestations fournies aux victimes par le Centre El Wafa et le suivi médical des victimes, l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant assure le suivi juridique des dossiers.

« Mais, parfois, il y’a des valeurs socioculturelles qui interviennent pour décourager les victimes de porter plainte devant les juridictions. C’est un problème que nous rencontrons et nous faisons tout afin de pousser les victimes à n’avoir pas peur de porter plainte », a expliqué Me El Id Ould Mohameden, avocat à la Cour et chargé du suivi juridique des dossiers au niveau de l’A.m.s.m.e.

Dans le rapport de synthèse de cette Ong, on a noté une forte diminution des arrangements qui se faisaient soit devant la police ou devant le tribunal entre les parents en comparaison avec l’année 2009 où le taux de pourcentage représentait 43%.

Pour l’année 2010, le pourcentage d’arrangement est tombé jusqu’à 41%, un résultat qui s’expliquerait par le fait que les parents des victimes aient compris le besoin de porter plainte. « Il y’a violence mais il n’y a pas de justice. Nous sommes victimes, victimes et victimes. Victimes d’une agression barbare, victimes de mentalités et victimes de l’injustice et de l’insuffisance des lois », a souligné Zeinabou Mint Taleb Moussa.

L’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant vient d’achever une enquête sur les violences sexuelles dans cinq régions de la Mauritanie (Gorgol, Assaba, Brakna, Adrar et Dahlet Nouadhibou). D’après sa présidente, cette enquête montre que ce phénomène est réel en Mauritanie et demeure encore un sujet tabou.

Zeinabou Mint Taleb Moussa a annoncé la création d’une ligne d’assistance téléphonique et d’aide aux enfants qui souhaitent des conseils ou qui sont en danger. Ce numéro vert (80001010) d’appel gratuit mis à la disposition par la Mauritel à l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant sera également ouvert aux femmes victimes de violences. D’ici février, ce numéro vert sera ouvert aux autres opérateurs téléphoniques à savoir Mattel et Chinguittel.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 16 janvier, 2011 )

Meeting de la Coordination de l’Opposition Démocratique à la Capitale

Les leaders de la Coordination de l’Opposition Démocratique (C.o.d.) ont appelé jeudi, lors d’un meeting populaire qui a réuni des milliers de personnes, Mohamed Ould Abdel Aziz et son gouvernement dirigé par Moulaye Ould Mohamed Laghdaf à mettre un terme à la paupérisation et à la gabegie.

S’exprimant le premier lors de ce meeting, Messaoud Ould Boulkheir a dénoncé la montée des prix et le chômage. Le Président de l’Assemblée Nationale s’est également prononcé sur le sort des rapatriés restés encore au Sénégal et Mali.

Lui succédant sur la tribune, Ahmed Ould Daddah a abondé dans le même sens que Messaoud Ould Boulkheir en dénonçant le chômage qui frappe la jeunesse mauritanienne et les marchés de gré à gré qui, selon lui, ont connu une forte hausse. Par rapport à la cherté de la vie, le président du Rassemblement des Forces Démocratiques a regretté le fait que le gouvernement de Moulaye Ould Mohamed Laghdaf n’ait rien fait pour amortir le prix des denrées de premières nécessités.

Puis, c’était au tour de Bâ Mamadou Alassane, président du Parti pour la Liberté, la Justice et l’Egalité d’emboucher la trompette en fustigeant les expropriations foncières dont sont victimes les populations de la vallée du fleuve Sénégal et l’arrêt du processus de rapatriement des réfugiés mauritaniens installés au Sénégal.

Le président d’El Wiam, Boidiel Ould Houmeid, a révélé, au sujet de l’augmentation des denrées de premières nécessités, que cela s’expliquerait par la volonté des commerçants qui avaient financé la campagne présidentielle de Mohamed Ould Abdel Aziz. Il a indiqué, à l’heure actuelle, sur un ton ironique, que même les seringues et les sparadraps ne sont plus à la portée des citoyens. Manière pour lui de s’élever contre la privatisation des soins de santé.

Au sujet de la gabegie, Ahmed Ould Sidi Baba a soutenu que les vrais prévaricateurs, se trouvent dans le camp de ceux qui incarnent aujourd’hui le pouvoir, s’inscrivant ainsi en faux contre les allégations de la Coalition des Partis de la Majorité (CPM) qui affirme que l’opposition est composée de Moufcidines.

Le président du l’Union des Forces de Progrès, Mohamed Ould Maouloud a appelé les pouvoirs publics à libérer immédiatement Birame Ould Dah Ould Abeid et ses amis condamnés à six mois de prison ferme par la justice. Il a déclaré qu’il est temps que Mohamed Ould Abdel Aziz et son gouvernement apporte des réponses claires et rapides aux problèmes que rencontrent les mauritaniens. Cela, a-t-il expliqué, pour éviter à la Mauritanie ce qui se passe actuellement en Tunisie depuis quelques semaines. Le président de l’Union des Forces de Progrès s’est enfin interrogé sur l’utilisation des 50 millions de dollars donnés par l’Arabie Saoudite à la Mauritanie.

Quant à Mahfoudh Ould Bettah a regretté, lui, que l’armée ne soit plus une armée républicaine.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

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( 16 janvier, 2011 )

Le lapsus de Mintata Mint Hedeyd provoque des éclats de rire

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Mercredi, dans l’après-midi, lors du meeting de la Coalition des Partis de la Majorité (C.p.m.), la secrétaire générale du Parti Républicain pour la Démocratie et le Renouveau (P.r.d.r.) Mintata Mint Hedeyd a parlé de Mâaouiya Ould Sid’Ahmed Taya, au lieu de Mohamed Ould Abdel Aziz dans un discours qu’elle prononçait.

Ce lapsus de Mintata dont le parti est membre de la Coalition des Partis de la Majorité et reconstruit sur les cendres du défunt Parti Républicain Démocratique et Social (P.r.d.s.) a provoqué des éclats de rire aussi bien chez la foule que chez les autorités présentes à ce meeting. Ce fut un savoureux moment de détente.

Après le ministre de l’hydraulique et de l’assainissement Mohamed Lemine Ould Aboye, c’est autour de Mintata Mint Hedeyd de se mélanger les pinceaux, grossissant ainsi le Guinness des lapsus.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 16 janvier, 2011 )

La CPM passe en revue les réalisations du gouvernement lors d’un meeting populaire

La Coalition des Partis de la Majorité (C.p.m.) a organisé un meeting populaire ce 12 janvier à la grande place située au sud de l’institut Iqraa situé à coté de la centrale électrique de la Moughataa de Arafat sur la route Nouakchott- Rosso.

Ont pris la parole : Mohamed Yahya Ould Horma (1er vice-président de l’Union pour la République), Mintata Mint Hedeyd (S.G. du Parti Républicain pour la Démocratie et le Renouveau), Kane Hamidou Baba (Président du Mouvement pour la Réforme), Oumar Ould Maatalla (Ministre délégué auprès du Ministre d’Etat à l’Education Nationale chargé de l’Enseignement Secondaire), Matty Mint Hamady (Ministre de la fonction publique et de la modernisation de l’administration) et Ousmane Bâ (S.G. du gouvernement).

Tour a tour, ces leaders politiques, devant plusieurs milliers de personnes, ont fait le bilan des réalisations (infrastructures de base, lutte contre la gabegie et la corruption, amélioration des conditions de vie des populations) de Mohamed Ould Abdel Aziz et du gouvernement de Moulaye Ould Mohamed Laghdaf présent à ce meeting ainsi qu’abordé les questions de l’heure sur le plan politique, social et économique, ainsi que les perspectives de l’action politique de la coalition des partis de la majorité présidentielle pour l’année courante.

La Coalition des Partis de la Majorité ont demandé au gouvernement de Moulaye Ould Mohamed Laghdaf de subventionner les denrées de premières nécessités pour préserver le pouvoir d’achat des citoyens afin d’éviter ce qui s’est passé récemment en Algérie.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

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( 16 janvier, 2011 )

Des femmes se forment aux techniques de plaidoyer et de communication

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Une session de formation en technique de plaidoyer et de communication organisée par l’Association des Femmes Chefs de Famille (A.f.c.f.) s’est ouverte, ce lundi, au Ksar, au siège de cette organisation de la société civile.

S’exprimant à l’ouverture de cet atelier qui prendra fin le 14 janvier, Salimata Sy, qui pilote au niveau de l’A.f.c.f. les activités du programme « Former et Agir en Mauritanie«  financé par l’Union Européenne, a présenté les détails de ce programme portant sur « le renforcement des capacités des associations locales de défense des droits humains en matière de mobilisation sur les droits des femmes ».

« C’est un projet qui est axé essentiellement sur le plaidoyer pour l’amélioration de la législation qui règle ou organise la vie des femmes dans notre pays« , a-t-elle expliqué, précisant aussi que cette session de formation en technique de plaidoyer et de communication sera l’occasion de revenir minutieusement sur « les différents textes nationaux ou internationaux qui organisent la vie de ces femmes à savoir les conventions internationales, les lois nationales, les décrets… ».

« Avant de plaider, il faut savoir d’abord parler. Pour parler, il faut savoir communiquer, cerner son message et identifier sur quoi ce que l’on veut communiquer », a-t-elle lancé aux participantes de cette session de formation assurée par Tijani Ould Mohamed El Kerim, directeur de l’Institut Mauritanien pour l’Accès à la Modernité.

Ce projet regroupe trois autres organisations de défense des droits de l’Homme mauritaniennes dont l’Association des Femmes Chefs de Famille.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 2 octobre, 2007 )

Corruption et gabegie:Deux maux qui gangrènent toujours notre administration

Ces deux maux très fréquents dans notre administration sont des paramètres parmi entre autres qui expliquent aujourd’hui et en grande partie notre retard économique et social. Et pour sortir du sous-développement anachronique, il est ressort du gouvernement d’être inflexible en mettant en place des mécanismes efficaces de lutte contre la corruption et la gabegie.

La lutte contre la corruption et la gabegie passe sans doute par la mise en place d’un système judiciaire composé d’hommes et de femmes indépendants, responsables et probes capables de juger certains fonctionnaires de l’Etat qui ont commis des manquements ou délits dans l’exercice de leur fonction.

Pour ce faire, le gouvernement avait fait voter une loi sur la transparence financière visant à combattre la gabegie dans notre pays. Est-elle toujours respectée ? En Mauritanie, les lois sont souvent faites pour distraire l’opinion publique. Et d’autre part, entre l’adoption et l’application d’une telle loi, il y a un pas que nos hommes politiques ne franchissent jamais. La Haute Cour de Justice qui a été mise en place à cet effet veillera-t-elle scrupuleusement au respect de la transparence financière ?

A des degrés dissemblables, la corruption et la gabegie en Mauritanie touchent presque tous les démembrements stratégiques de l’Etat. De la douane à la police nationale en passant par l’appareil judiciaire et les industries extractives, ce phénomène des temps modernes difficile à combattre semble défier les barrières restrictives. Ainsi donc, certaines sociétés nationales, Air Mauritanie par exemple, ont souffert de mauvaise gestion économique.

Chaque directeur général se croyant tout permis allant même jusqu’à transformer cette compagnie en entreprise familiale et l’argent détourné au su de tout le monde sans que des sanctions ne tombent sur la tronche de ces gaspilleurs.

Il fallait s’y attendre : cette situation dramatique a mené inexorablement notre compagnie aérienne à la faillite programmée résultat d’une mauvaise politique de gestion économique catastrophique.

Autre lieu de la survivance et de la promotion flagrante de la corruption : le système judiciaire. Dans son dernier rapport publié la semaine dernière, Transparency International indique que l’influence et l’ingérence directe du pouvoir exécutif dans le processus judiciaire, à travers des menaces, la corruption et l’intimation des juges, sont récurrentes en Afrique.

Le rapport souligne qu’en Afrique, le manque de critères objectifs dans la nomination des membres de la justice et le contrôle de leur salaire et conditions de travail semblent de plus en plus manifestes.

«L’Afrique est l’une des régions où l’on a une perception plus sombre de la corruption judiciaire. La plupart des pays africains perçoivent le système judiciaire comme corrompu » fait remarquer le Vice-président de Transparency International, Akere Muna qui rencarde qu’une personne sue cinq qui ont affaire avec la justice avoue avoir payé un pot-de-vin.

La justice et la police sont comme deux larrons. Récemment, un rapport confidentiel de l’inspection générale d’état a révélé une implication policière dans l’affaire de la drogue de Nouadhibou. Certaines défaillances notées au niveau des forces de sécurité et des services de l’aéroport de Nouadhibou semblent montrer que notre police nationale n’échappe pas à la corruption, autre raison parmi tant d’autres expliquant le développement de la drogue dans notre pays.

En outre, mis à part ceci, notre police nationale est regardée d’un mauvais œil et décriée de plus en plus par les citoyens qui pensent que nos roussins- des corrompus éternels- ne servent plus l’Etat mais sont là uniquement pour se servir. Et comble de l’ironie, la corruption policière se passe maintenant à ciel ouvert et au su de tout le monde.

A coté de la corruption judiciaire et policière, la corruption administrative plus complexe et souvent faite sur des promotions de tout acabit. La corruption dans l’administration détruit la bonne marche de notre société et de ses fondements. Tout se passe dans la manipulation. Sans parler des appels d’offres, des aides internationales, des recrutements de complaisance qui se font à tous azimuts !
L’autre mal qui a sapé et qui sape toujours la société mauritanienne : les détournements de fonds publics.

On se rappelle encore des déclarations du PM à l’Assemblée Nationale faisant état d’un déficit budgétaire de 70 milliards d’ouguiyas. Là aussi, notre armée nationale, nos ministères, nos sociétés nationales, aucun démembrement de l’état n’y échappe.

Pour la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement(CNUCED) qui vient de publier la semaine dernière son rapport, sur 400 milliards de dollars qui s’échappent du continent africain, un tiers aurait pour origine les détournements de fonds publics.

Afin de résorber cette fuite des capitaux, l’organisation internationale préconise une amnistie fiscale temporaire en vue de rapatrier ces fonds en Afrique.

«Je pense que l’idéal serait d’arriver à faire revenir cet argent et à l’injecter dans des investissements productifs, ce qui aurait pour effet d’augmenter le taux de croissance, de créer davantage d’emplois et aussi de régler la pauvreté » à en croire un expert de la CNUCED.

Il s’agira aussi selon cet expert de favoriser les investissements dans les secteurs privilégiant la création d’activités annexes. «Pour caricaturer un peu, les investissements sont concentrés dans les secteurs comme les secteurs des miniers, le pétrole. Maintenant, il faut recommander de pouvoir sortir de ce schéma pour diversifier les investissements dans d’autres secteurs, surtout s’assurer que là on met de l’argent, c’est des secteurs qui vont avoir des effets sur d’autres secteurs. Par exemple, les pays pétroliers pourraient investir dans la pétrochimie, la pétrochimie a beaucoup d’applications(…) ».

Il appartient au gouvernement, dans la lutte contre la corruption et les détournements de fonds, de mettre au point des mécanismes efficaces. Par exemple, dans le domaine des industries extractives qui ont une importance stratégique dans notre économie nationale, pour favoriser la transparence financière et la bonne gouvernance économique, notre pays a mis en place l’Initiative sur la Transparence des Industries Extractives afin d’éviter l’opacité qui entoure souvent les transactions dans ce domaine.

Babacar Baye Ndiaye

( 2 octobre, 2007 )

Populations de Tintane: Le chemin de la Croix continue encore…Mais pour combien de temps ?

Trois semaines après les importantes quantités de pluie tombées sur Tintane, les populations de cette Moughata, seules avec Dieu et leurs chapelets, se débattent pitoyablement, semblables à des proies, pour survivre, échapper à la mort, à la faim et aux maladies, sous le regard impuissant des autorités locales apparemment excédées par la situation qui risque de durer et de perdurer si on ne tire pas sur la sonnette d’alarme. Et rapidement !

Les autorités, à vrai dire, s’étaient-elles préparées à ce genre de situation imprévisible ?
Pas vraiment, car aucun mécanisme de prévention ou de gestion des catastrophes naturelles n’a été mis en place.

Première grande erreur des pouvoirs publics qui ont omis que gouverner, c’est prévoir. Ainsi donc, faute de fonds propres et disponibles (incompréhensible !), de moyens logistiques d’intervention rapide, la Mauritanie s’est tournée vers la communauté internationale laquelle ne tarda pas à se manifester promptement. C’était la seule solution devait-on s’attendre.

En plus, les finances publiques n’ont pas prévu ce genre de catastrophe qui engendre souvent beaucoup de mobilisation financière. Et pour ce faire, deux conférences de presse sont tenues sur-le-champ, l’une par le ministère de la culture et de la communication, l’autre par le ministère de l’économie et des finances, respectivement le 10 et le 11 août.

La situation à Tintane a-t-elle excédé les pouvoirs publics ?

Actuellement, dans cette Moughata, ce n’est pas le beau temps. Les populations sont en train de vivre une (des) situation(s) trépidante (es) pour ne pas dire un temps exécrable.

Eau, électricité, vivres,…les besoins des populations semblent excéder les pouvoirs publics qui avaient pourtant lancé un SOS international en faveur des populations de Tintane.

Un mois presque après le drame, les choses n’ont pas évolué d’un iota ni d’un pouce pour xyz raisons qui n’ont pas encore été élucidées par les autorités aussi bien locales que centrales. Serions-nous sur un «terrain glissant » ?

Boule de mystère ! En plus de cela, les autorités doivent faire face aux divergences tribales entre Sidi Mahmoud d’une part, Lahlal et Dawali d’autre part. Autant d’ingrédients explosifs !Sans oublier les aides qui ne parviennent pas à leurs destinataires. Et les autorités semblent bivouaquer sur leur position : elles sont en train de dédramatiser la situation alors que c’est inquiétant surtout en termes de conséquences et de diagnostic.

Les populations de Tintane se remettront-elles de cette tragédie qui les a instinctivement bouleversées ?

Une chose est sûre et évidente : elles n’omettront pas de si vite cet état de fait. Aujourd’hui, Tintane n’existe que de nom pour ne pas dire complètement rayée de la carte.

Mosquées, écoles, marché, maisons, mairie, dattiers, voitures,…les eaux de pluie ont tout pris et emporté à la fois. Depuis les pluies du 7 août, c’est une autre ville, une autre mode de vie qui a vu le jour. Personne ne comprend. Personne n’a compris. Ce fut très rapide comme un éclair.

 Devant cette vaste étendue d’eau impassible, on ne peut qu’être éberlué. On dirait que Dieu a voulu nous donner, nous êtres périssables, une leçon de grandeur. Que rien ne peut LUI résister !

Vu la situation désespérée dans laquelle vivent ces populations, ce n’est pas encore demain la veille. Quand est-ce que cette vaste étendue d’eau va-t-elle disparaître sous les yeux désemparés des habitants de Tintane ? Dans deux mois, six mois, un an, deux ans…difficile d’y répondre.

Des camps à ciel ouvert

Les camps…il y a ceux qui ont été installés par les pouvoirs publics pour accueillir les populations sans abri. Mais pour combien de temps encore ? C’est la grande question.

Il y a aussi d’autres camps satellites montés en toutes pièces et sans autorisation par d’autres personnes. C’est le cas, à Aguini Ataleb Abdallah, un village situé à 5 km de Tintane et un peu partout aux environs de Tintane.

Comme on peut s’y attendre, dans ces genres de situation, tout le monde couine. Tout le monde profite de cet état de fait exceptionnel et circonstanciel pour se déclarer victime. Mais rassure le maire de Tintane, Saadna Ould Jeddou, il sera mis sur pied un comité pour recenser tous les sinistrés et tout ça dans une éthique de transparence !

Cependant, a-t-il reconnu, il sera très difficile de distinguer les sinistrés sans un recensement précis et surtout sans tenir compte de l’avis des populations qui connaissent mieux le terrain. Dans ces camps, plus d’une dizaine de personne, papa, maman, grand-père, grand-mère, petits enfants cohabitent sous une seule tente dans une promiscuité indescriptible et incroyable.

La desserte en eau n’est pas régulière et elles (les populations) peuvent rester des jours sans se doucher. Pas de toilettes ni de lumière. Des cas de choléra commencent à apparaître. Un médecin pour un camp de plus de 1000 âmes ! Côté sécurité, selon un responsable militaire d’un des camps visités, ils veillent(les militaires) sur les populations comme du lait sur le feu.

Ce n’est pas demain la veille pour les populations
Alors qu’on parle tous les jours de milliards donnés par-ci, des médicaments donnés par-là, Tintane, la meurtrie fait beaucoup parler d’elle. Pour ses populations de cette Moughata, toujours en quête d’assistance sérieuse, le chemin de la Croix continue encore…

Et par ailleurs, la première pause du futur site de relogement, prévu provisoirement dans le sud-est de la ville tarde à voir le jour. De toute évidence, ce projet peut prendre du temps. Sur cette question, la poire est divisée en deux. Certains ne veulent pas entendre parler de relogement ou de reclassement provisoire.

Ils préconisent la reconstruction de la ville. Sur ce, des études ont été menées. Ce sont celles-ci seulement qui pourront déterminer ou non de la reconstruction de la ville de Tintane.

En attendant qu’il se concrétise, les populations de Tintane combattent pour leur survie quotidienne qui ne sera pas de tout repos.

Babacar Baye Ndiaye

( 2 octobre, 2007 )

Structures sanitaires

Qu’attend le Ministère de la Santé et des Affaires Sociales ?

Depuis sa nomination comme ministre de la Santé et des Affaires Sociales, Monsieur Mohamed Ould Raghany tarde toujours à annoncer les couleurs. Alors que beaucoup de maux continuent de gangrener la bonne marche des structures sanitaires de plus en plus désertées par les professionnels de la Santé au profit des cliniques privées ou bien ouvrent parallèlement leurs propres cabinets. Pas étonnants d’en apercevoir presque à chaque coin de la rue de la ville de Nouakchott !
Vous l’avez sans doute constaté ou remarqué. Hormis, le Centre National Hospitalier de Nouakchott qui est notre fleuron en termes d’infrastructures sanitaires, nos structures sanitaires laissent à désirer ou vont mal. Toutes «pataugent», «vivotent», sont aux abois et infestées par des virus qui ont la vie dure dans notre pays : gabegies, corruptions, recrutements de complaisance, déficit en personnel, insuffisance du plateau technique…
Conséquence d’une politique expectative ou manque de volonté ? De toute évidence, les structures sanitaires du pays ne sont pas souvent au niveau des besoins des populations. Pas de réformes annoncées ou esquissées ! Que des promesses à bâtons rompus ! C’est toujours le statut quo. Pour sortir ces «structures sanitaires» de leur sénilité, de leur décrépitude, bref pour les restructurer ou les moderniser, il faudra certes investir des milliards d’ouguiyas dans ce secteur parmi les plus mal au point du pays. Sans compter d’en créer dans les localités qui n’en disposent pas et qui porte préjudice à ces populations.
La situation de ces structures sanitaires est alarmante à plus d’un titre. Par exemple à Nouakchott, les nombreux patients qui fréquentent «l’hôpital national» se soucient ou se préoccupent sans doute de leur souffrance mais certains d’entre eux ou leurs accompagnants ne manquent souvent pas de décrier les conditions de séjour, d’accueil et de traitement à leur égard. Du manque de laboratoires modernes et performants à certaines contraintes comme l’absence de spécialistes dans certains services de l’hôpital en passant par l’absence de formation et d’encadrement, les maux dont souffrent nos structures sanitaires sont légion.
Nonobstant leurs indemnités de logement, de motivation, de garde, d’autres indemnités inhérentes à leur profession, sans parler de leur salaire mensuel que l’état mauritanien les banque, nos médecins crient misère et s’estiment être mal payés. Que dire alors des infirmiers, des sages-femmes, des garçons ou des filles de salle qui passent tout leur temps à pleurnicher comme des marmots.
L’autre mal dont souffrent nos structures sanitaires est en fait une tare typique des pays sous développés. Elle a pour nom le «je-m’en-foutisme». Le personnel tant administratif que soignant viennent au travail à n’importe quelle heure et rentrent quand ils veulent selon leur bonne humeur. Aujourd’hui, c’est un constat d’échec. Toutes les structures sanitaires sont endettées. Pire encore, on a constaté une dégradation manifeste et progressive à tout point de vue avec une prise en charge des malades défaillante et basée sur on ne sait quels critères de choix. Très peu de structures sanitaires connaissent un plateau technique relevé. Résultats d’une politique sanitaire à bâtons rompus et qui a par ailleurs accouché d’une souris. C’est une chimère de nous faire croire qu’il y a une nette amélioration dans ces structures sanitaires, que d’importants efforts ont été consentis dans ce secteur ! Si tel était le cas d’ailleurs, on n’en serait pas à gribouiller encore sur ce que tout le monde sait déjà. Les démunis n’ont pas droit aux soins médicaux les plus élémentaires. En outre, les pouvoirs publics s’en gaussent de leurs préoccupations. Et pourtant, ils savent mieux que quiconque qu’ils sont là grâce à eux, leurs voix.
Dans le secteur de la santé, les difficultés sont réelles. Certaines structures sanitaires ne sont pas loin de l’agonie ou sont dans de beaux draps. D’autres par contre souffrent d’une mauvaise gestion, de problèmes de trésorerie, du manque de moyens matériels et financiers, de ruptures de médicaments. Comme pour dire que nos structures sanitaires souffrent de plusieurs maux et si les solutions tardent à voir le jour la situation risquera de durer et de perdurer ?
L’état doit entamer des réformes d’urgence et mettre ces structures sanitaires sur les bons rails afin qu’elles puissent répondre aux besoins des populations principalement démunies.
Babacar Baye NDiaye

( 2 octobre, 2007 )

The Black Clock

A leur actif, dans leur discographie, deux albums : «A Song for You » sorti en octobre 2006 et «Life Confection » sorti en juin 2007.

Le week end dernier à l’ancienne maison des jeunes de Nouakchott, The Black Clock, sous l’initiative de l’ambassade des états unis en Mauritanie, ont offert un concert gratuit. Ils ont été dans notre pays dans le cadre des relations culturelles américano-mauritaniennes.

Beaucoup d’enfants suivent, souvent, les traces de leurs géniteurs. Ils s’écartent très rarement du chemin que leurs parents voudraient qu’ils arpentent.

Seth Sharp n’a pas échappé à cette volonté parentale. Sa mère, Francis Mc Alpbe Sharp, une actrice et une chanteuse américaine l’a fait découvrir très tôt la musique classique, les ballets.

Elle lui donna l’envie de s’essayer dans la musique parce qu’il assistait régulièrement à ses répétitions. Les années passèrent et Seth Sharp devenu adulte se découvrit des aptitudes musicales innées.

Sa mère, malgré qu’elle le portait encore dans son ventre, continuait à jouer des pièces de théâtre sur scène. « C’est de là sans doute que j’ai contracté le virus de la musique. A bas age, j’accompagnais souvent ma mère à ses répétitions » confie-t-il avec beaucoup d’émotion.

The Black Clock est un groupe de jeunes musiciens américains qui font de la World Music avec un zeste de Jazz, de Soul, de Funk, de Blues, de Gospel et de la Musique Classique.

Un parfum de diversité pour toucher un maximum de public. «J’aime mettre beaucoup de genres dans ma musique » avoue Seth Sharp, lead vocal du groupe.

Il y a des événements dans notre vie qui nous marqueront à jamais, des événements qui resteront toujours gravés au fond de notre mémoire. Pour Seth Sharp, ce fut quand il a chanté à la Maison Blanche pour le Président des Etats Unis, Bill Clinton.  

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Et l’autre événement s’est déroulé à Brazzaville au Congo quand lui et sa bande ont joué devant plus de 18.000 spectateurs hyper enthousiasmés. D’ailleurs, il a écrit un morceau exclusivement dédié à Brazzaville.

Seth Sharp est un musicien qui tient beaucoup à la mélodie, à l’amour et à l’espoir. Parfois même il se permet des chants religieux (gospel) même s’il sait que tout le monde n’est pas religieux.

Petiot, avoue-t-il, il était «vraiment timide » sauf quand il chantonnait. Des moments de bonheur et de déceptions, il en a rencontré de toutes les couleurs comme tout le monde dans sa vie.

Mais Seth Sharp sait très bien ce qui l’attend «dans l’industrie musicale qui est très difficile et très complexe car il y a beaucoup de requins dans ce business et il faut savoir parlementer avec eux pour réussir ».

Et si, jusque là, il n’a pas été la proie de ces «bestioles», c’est grâce en grande partie à sa sœur qui est avocate.

Seth Sharp qui se dit très heureux d’être en Mauritanie qu’il trouve pépère est là par l’intermédiaire d’une compatriote travaillant à l’ambassade américaine de Paris qui lui a proposé d’aller jouer en Afrique.

Etablis en Island où ils sont mieux connus qu’aux états unis, The Black Clock est à leur deuxième voyage en Afrique. Au début de l’aventure, c’était uniquement Seth Sharp qui faisait ses concerts seul en Island.

Au fil du temps, il sentit la nécessité de créer son propre groupe qui existe depuis 2006. Depuis lors, c’est devenu Seth Sharp and the Black Clock, un nom de groupe assez particulier.

« La première fois que j’ai joué avec mon groupe en Island, il n y avait pas de nom pour la bande. Il y a quelqu’un qui a demandé le nom du groupe…Un moment je marchais rêveur et d’un coup j’ai entendu des gens glapir «Black Clock ! », «Black Clock ! », « Black Clock !»…je me suis dit que c’est l’appellation qu’on va donner à notre bande » raconte Seth Sharp l’air très ému.

Marié ? «Je n’ai pas le temps pour me consacrer à cela. Pour le moment, je suis marié avec ma musique » dit-il avec beaucoup d’humour dans un accent français hilarant et jovial.

Et pourquoi pas aussi pas de présence féminine dans son groupe ? « J’ai cherché une femme mais je n’ai pas trouvé. Je suis triste qu’il n y ait pas la présence féminine dans mon groupe » regrette-t-il.

Ses stars préférées, disons plutôt ses icônes ne sont autres que Michael Jackson, Stevie Wonder et Jennifer Holiday, des mégas stars dont les chansons ont beaucoup bourdonné dans ses oreilles et l’ont admirablement influencé.

Certainement, il rêve déjà, un jour, de faire comme elles, de suivre leurs traces : conquérir le monde ! A leur actif, dans leur discographie, deux albums : «A Song for You » sorti en octobre 2006 et «Life Confection » sorti en juin 2007.

Babacar Baye Ndiaye

( 2 octobre, 2007 )

« Il y a beaucoup de frustrations derrière cette image d’unité et de tranquillité »

Boubacar Ould Messaoud, Secrétaire Général de SOS Esclaves

Criminalisation de la pratique de l’esclavage, règlement du passif humanitaire, situation des droits de l’homme en Mauritanie, l’affaire Alioune Sow…Boubacar Messaoud, président de S.O.S Esclaves, revient sur ces grands dossiers épineux toujours pendants et auxquelles doivent s’atteler les nouvelles autorités afin de leur trouver des solutions consensuelles et urgentes.

Le Rénovateur : Cela fait des années qu’on en parle, est-ce qu’on va s’acheminer une fois pour toutes sous le régime de Sidi vers la criminalisation de la pratique de l’esclavage en Mauritanie ?
Boubacar Ould Messaoud : Des engagements ont été pris par les partis politiques durant la période préélectorale et pendant même la période du second tour des présidentielles. Le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi nous a dit lors de l’audience qu’il nous a accordé récemment qu’il va présenter les jours à venir devant l’Assemblée Nationale une loi caractérisant et criminalisant la pratique de l’esclavage en Mauritanie.
Le Rénovateur : Le 9 juillet 1981, une ordonnance a été prise pour abolir la pratique de l’esclavage en Mauritanie. Mais dans la réalité, il n’ y a jamais eu un décret d’application. Qu’est – ce qui explique ce manque de volonté politique ?
BOM : Il provient du fait que la classe politique se sent concernée, solidaire et plus ou moins dépendant de ce système. Tout le monde se défend d’être esclavagiste mais en réalité beaucoup en tirent des profits. Ça c’est la première remarque. D’autre part, il y a un non dit sur le plan de l’information. Les mauritaniens ont toujours considéré que l’esclavage était justifié et légitime du point de vue religieux. Mon expérience personnelle me conduit à dire que la majorité de nos oulémas sont solidaires de la pratique de l’esclavage. Ces derniers considèrent donc qu’un acte contre la pratique de l’esclavage serait un acte à leurs yeux injuste. On a fait une loi et on leur a reconnu des droits. Comment donc prendre une telle loi sans se décrédibiliser vis-à-vis de l’opinion internationale ? Ce décret devait définir les modalités d’application à savoir qui indemniser, comment indemniser et jusqu’où va l’indemnité. Pour notre part, il serait hors de question d’indemniser les maîtres. Il serait plutôt question d’indemniser les esclaves parce qu’ils ont été victimes pendant des siècles d’une exploitation injuste considérée comme un crime contre l’humanité.
Le Rénovateur : Vous connaissez parfaitement le dossier du passif humanitaire, à votre avis, constitue-t-il une véritable menace pour la sécurité et la cohésion nationale du pays ?
BOM : Effectivement, je considère que c’est une véritable menace pour l’unité nationale parce que les victimes du passif humanitaire sont nombreuses. C’est un grand problème. Tout mauritanien conscient doit être préoccupé non pas parce que cela constitue une menace pour le pays mais c’est une question tout simplement de justice. Il n’est pas certainement souhaitable qu’on fasse la chasse aux sorcières et qu’on développe des sentiments de revanche vis-à-vis de qui que ce soit. Il serait bon de reconnaître d’abord les faits et de trouver les voies et moyens permettant une réconciliation nationale autour de ce problème. Il faut reconnaître ce mal parce qu’il a été fait au nom de l’Etat mauritanien, de la République par des gens qui avaient l’autorité sur les forces armées et la sécurité. On est en train de vouloir occulter ce drame. Alors qu’il y a eu des crimes, des morts, des gens qu’on a enterrés vivants, certains qu’on a pendus, d’autres qu’on aurait écartelés dit-on. Ces choses là ne peuvent pas être oubliées. Il faut partager avec les gens leurs détresses et au moins les indemniser. Cette question doit être prise en charge dans sa globalité. Tous ces gens-là, jusqu’à preuve du contraire, sont des mauritaniens.
Le Rénovateur : Récemment, vous avez été saisi de l’affaire Alioune Sow. Où en est actuellement le dossier ?
BOM : Je veux d’abord être précis. Je ne sais pas si cet enfant s’appelle Alioune Sow ou Mohamed Ould Brahim. Je ne prends pas de position ni pour les haratines ni pour les poulars. Ce n’est pas mon rôle. Je pense que ce garçon là est une victime. Si effectivement, il a été volé ou perdu à un moment donné, c’est un crime monstrueux mais je n’ai aucune preuve de cela et je n’accuse personne. Il est victime dans la mesure où il n’a rien à voir avec tout cela. Présentement, il est confié à la Caritas qui a un centre d’accueil plus approprié à la garde des enfants qui ne sont pas gardés contre leur volonté mais qu’on garde simplement parce qu’ils sont objet de litige.
Le Rénovateur : Quel est l’état actuel de la situation des droits de l’Homme en Mauritanie ?
BOM : Elle est le résultat de ces années d’injustice qu’on a vécu sous le régime de Taaya. La transition a apporté beaucoup de bémol. Il y a eu beaucoup de choses qui ont évolué. Il y a le fait que les organisations de défense des droits de l’Homme ont été reconnues. Il y a eu des amnisties. Les dernières élections nous ont paru relativement correctes et transparentes par rapport à ce que nous avons connu au temps de Taaya. Nous pensons que les problèmes de ce pays sont liés au manque de volonté politique. Nous ne sommes pas réfractaires au progrès. Ce sont ceux qui nous dirigent qui sont des dictateurs. Il faut que la classe politique ait le courage de poser les vrais problèmes, de prendre des décisions de progrès. Si aujourd’hui, on avait criminalisé l’esclavage, on verrait bien que beaucoup de mauritaniens qu’on ne soupçonnait même pas seront les premiers à s’investir pour que les mauritaniens soient libres et égaux.
Le Rénovateur : En tant qu’association de défense des droits de l’Homme, qu’est ce que vous préconisez dans le règlement définitif du passif humanitaire et de la pratique de l’esclavage ?
BOM : La pratique de l’esclavage, je pense, prospère encore dans l’impunité qui est un élément d’encouragement et de maintien du système esclavagiste. Il faudrait qu’on fasse suffisamment de sensibilisation pour déconstruire le socle sur lequel repose l’esclavage en Mauritanie. Il faut des campagnes de démolition de la justification religieuse de l’esclavage dans l’esprit des gens. Il faudrait aussi que les tenants de la religion se prononcent, qu’il y ait de véritables débats et des programmes de mise à niveau de ces anciens esclaves. Si nous voulons que cela produise des effets, il faut que cela se fasse de manière consciente et volontariste.
Le Rénovateur : Sans la résolution sérieuse de ces dossiers épineux, pensez-vous que la réconciliation nationale serait-elle possible ?
BOM : La réconciliation nationale ne sera pas possible sans la résolution définitive de ces dossiers, sans l’engagement franc des hommes politiques. Tout ce qu’on fait aujourd’hui, à mon avis, ressemble à de la comédie. On vit ensemble mais c’est très superficiel. Derrière cette image d’unité et de tranquillité, il y a beaucoup de frustrations. Je pense qu’il faut mettre nos problèmes sur la table et en discuter parce que nous sommes unis par la force des choses. On ne peut pas être divisés par la couleur de la peau ni par la langue.
Le Rénovateur : Récemment vous avez été reçu par le Président de la République. Vous a-t-il dévoilé les mesures qu’il va prendre par rapport à toutes ces questions ?
BOM : Le Président de la République nous a bien conforté en nous disant que sur le problème de l’esclavage que la décision est prise de faire une loi le caractérisant et le criminalisant. Il nous a promis que tous les cas d’esclavage que nous aurons à soumettre seront traités jusqu’au bout. Pour ce qui est du passif humanitaire, il a essentiellement parlé des déportés. Il a promis dans 6 mois que ce problème soit réglé et qu’une commission nationale va s’occuper du rapatriement des déportés. Pour ce qui est du passif humanitaire, c’est une question plus complexe et les pouvoirs publics sont entrain de réfléchir sur les modalités d’engager le processus. A cet égard, nous demandons la reconnaissance des associations des victimes puisqu’elles sont les principaux interlocuteurs.
Le Rénovateur : Par rapport à tout cela donc, qu’est-ce que vous répondez aux victimes qui ne croient pas aux rétablissements de leurs droits ?
BOM : Nous comprenons leur désespoir. Tout ça c’est encore des discours, des promesses. Nous allons travailler pour que cela se traduit dans les faits. Ce n’est pas parce que je suis membre d’une commission nationale que les choses vont être réglés illico non ! Il y a un projet et il faudrait qu’il soit concrétisé.
Le Rénovateur : L’ancien Président du CMJD le colonel Ely Mohamed Val a dit dans son interview à Jeune Afrique que parler de ces problèmes c’est tenter le diable. Pensez vous qu’un jour que ces dossiers vont connaître des solutions ?
BOM : Moi je pense qu’ils trouveront des solutions. Mais le diable c’est quoi. Il y a des gens qui ont peur de leurs ombres. Ils savent mieux que quiconque ce dont ils ont peur. Contrairement à ce qui se dit parfois, personne ne cherche à dramatiser les choses. Il n y a jamais eu de tentative, d’attaque encore moins d’agression contre les tortionnaires. Le diable on le tente parce qu’on refuse de reconnaître les crimes qu’on a commis. Moi, je dis à Ely que c’est ceux qui refusent de les reconnaître qui veulent tenter le Diable mais pas ceux qui en parlent.

Interview réalisée par Babacar Baye NDiaye

( 2 octobre, 2007 )

Youssou N’Dour, musicien surdoué et militant

Youssou N’Dour, musicien surdoué et militant

Elégant, affable, efficace, le chanteur sénégalais Youssou N’Dour, 48 ans, figure au palmarès des cent personnalités les plus influentes de la planète publié chaque printemps par le Time Magazine. « J’ai vu Youssou être l’objet d’une attente croissante et devenir sans effort un leader africain de premier plan. Il a imaginé avant tout le monde de lancer des campagnes pour l’élargissement des nouvelles technologies, il s’est engagé dans un combat contre le paludisme, a milité à l’Unicef. Il est pour moi une source d’inspiration, pas seulement comme artiste, mais comme individu », écrivait le chanteur Peter Gabriel pour présenter dans l’hebdomadaire américain du 14 mai celui qu’il découvrit à Dakar en 1984. Youssou N’Dour, qui a commencé sa carrière musicale à l’âge de 14 ans, y était déjà célèbre et adulé.
Youssou N’Dour, musulman de confrérie mouride, est un chanteur populaire, un gamin à la voix d’or né dans la Médina de Dakar, il gère des affaires et s’implique dans l’humanitaire, mais pas seulement. De timide et introverti qu’il était en dehors de la scène à ses débuts, il est aujourd’hui devenu le porte-parole d’une Afrique urbaine et économiquement consciente.
Ainsi, début juin, il était au G8 d’Heiligendamm, près de Rostock, en Allemagne, avec ses amis Bono (chanteur de U2) et Richard Branson (fondateur de Virgin). Du voyage également, Sir Bob Geldof, promoteur du Live Aid en 1985 contre la famine en Ethiopie, puis du « Live 8″ en 2005, série de shows télévisés planétaires montés pour exiger des puissants l’abolition de la dette des pays les plus pauvres. Youssou N’Dour avait alors été le seul chanteur africain à figurer dans les concerts « nobles » de Paris ou de Londres.
Les présidents présents à Rostock, dont Nicolas Sarkozy pour la France, n’ont pas manqué de se laisser photographier aux côtés de ces stars du show-biz, une aristocratie à laquelle, bizarrement, Youssou N’Dour appartient. « You », en effet, vit, travaille à Dakar. Il aurait pu toute sa vie vendre un nombre de disques proportionnel à la connaissance mondiale du wolof.
Mais le musicien surdoué a su décupler ses forces de vente par un incontestable talent, et par un gracieux système d’alliances : duo de charme avec Neneh Cherry (7 Seconds, standard absolu), appui confraternel du cinéaste américain Spike Lee, puis flirts avec la musique arabe, notamment dans Egypt, hymne à l’islam tolérant enregistré au Caire, et récompensé en 2005 par un Grammy Award américain, malgré le choc irakien, alors que, en 2003, il avait annulé sa tournée américaine en signe de protestation. Le voici acteur, rejouant la tragédie de la traite négrière dans le rôle de l’esclave-poète Olaudah Equiano pour Amazing Grace, du Britannique Michael Apted, à sortir prochainement.
Nouvelle cause : le Darfour. Le 6 juillet, en ouverture du festival de jazz de Montreux, il organise une marche en bordure du lac Léman, au côté du rapporteur spécial de l’ONU Jean Ziegler. « Pourquoi Montreux ? », lui demanda la plate-forme d’informations suisse Swissinfo. « Pour moi, le contraste entre Montreux -- avec ses belles voitures et ses gens arborant des airs de fête -- et le Darfour, avec 200 000 morts et plus de 2 millions de réfugiés, montre que ce monde est déséquilibré. C’est choquant, c’est vrai, mais cela pousse surtout à réfléchir. Le Darfour pose un problème à la fois ethnique, religieux et politique, qui a trait au terrorisme et à l’islam. » Je veux, nous disait-il en juin à Paris, emmener au Darfour des artistes et des intellectuels africains.
La rumeur voudrait que Youssou N’Dour soit mûr pour entrer en politique : il serait candidat à la députation, à la mairie de Dakar, à la présidence de la République du Sénégal, à celle de l’Union africaine… Mais, invité en mai à la grande « party » qui réunissait les cent personnalités de l’année retenues par Time Magazine, il en revient sceptique, chamboulé et gêné : « On a l’impression que, dans ces milieux-là, on peut décider du sort du monde. »
A Dakar, pourtant, la polémique va bon train : sous le baobab Youssou, aucune herbe ne repousserait. Il serait l’ami des présidents, intime d’Abdou Diouf, puis d’Abdoulaye Wade, toujours du côté du manche. Youssou N’Dour possède un studio d’enregistrement, Xippi, un label de disques, Jojoli, une boîte de nuit, le Thiossane, deux fondations humanitaires. Il a créé Joko, un réseau d’accès à Internet pour les plus démunis. Il possède une radio, Radio Futur Medias, un journal, L’Observateur (60 000 exemplaires par jour), regroupés au sein du groupe Futur Medias, qui emploie 104 personnes. Il a des projets de télévision, parce que « les Africains doivent créer leurs médias ».
Son récent divorce à l’amiable d’avec sa première femme, Mamy Camara, a alimenté les gazettes, autant que le procès en diffamation que lui a intenté Karim Wade, le fils du président, après la révélation, dans L’Observateur, d’un trafic de devises de plusieurs millions de dollars l’impliquant. Youssou N’Dour avait soutenu sans réserve ses journalistes. « Les médias, c’est difficile, commente le directeur de la publication, on dit toujours : c’est Youssou qui dit que… Mais non, je découvre le journal chaque matin, c’est un challenge. »
Ce patron de presse inhabituel insiste : « Les Africains ne sont pas forcément bien informés. En 1985, quand je demandais à ma mère ce qu’était l’apartheid, elle ne savait pas. Alors, j’ai écrit la chanson Nelson Mandela. Aujourd’hui, j’ai des amis qui me demandent qui est le président du Darfour ! Nous devons obtenir de vraies informations et les mettre en commun avec les peuples du continent. » Dès 1985 (pour exiger la libération de Mandela), les concerts ont été la première arme de ce père de sept enfants. Au printemps 2005, avec l’organisation internationale Roll Back Malaria (RBM), il organise l’Africa Live à Dakar, contre le paludisme, avec, en octobre, retrouvailles à Genève pour le 60e anniversaire des Nations unies avec Peter Gabriel, Tiken Jah Fakoli, Stephan Eicher, Gilberto Gil et Kofi Annan.
« Il fallait prendre cette maladie au sérieux. En pleine crise de paludisme, les Sénégalais disaient, avec une grande légèreté : je suis un peu « sibirou ». Aujourd’hui, le discours a changé. On sait qu’il y a près de 3 millions de morts du paludisme par an. Je m’étais fixé un seuil de 3 milliards de dollars pour lutter contre cette maladie et notamment acheter des moustiquaires. » Il dit avoir réuni 1,4 milliard. ( source : le monde)

( 2 octobre, 2007 )

Amélioration de la desserte en eau potable dans la Moughata de Teyarett

L’eau c’est bien connu de tout le monde est une ressource indispensable à la vie. Conscient de cette situation, le gouvernement de la République Islamique de Mauritanie a entrepris un vaste programme dans le cadre de l’amélioration de la desserte en eau potable dans la Moughata de Teyarett qui ne dispose pas encore suffisamment de centres de pompage ou d’adduction d’eau.

Nouakchott, par ailleurs capitale, est devenu par la force des choses une métropole de presque d’un million d’habitants. Ce programme ambitieux financé à hauteur de 190.717.233 UM par l’Association Internationale de Développement (IDA) vise à atténuer les souffrances des populations et les pénuries d’eau dont souffre régulièrement cette Moughata populeuse où deux tiers de sa population n’ont pas accès à l’eau potable de manière régulière.

Dans cette Moughata, à l’image des autres zones périurbaines de Nouakchott, très peu de foyers sont raccordés à des conduites d’eau. En outre, ce programme permettra à grande échelle de répondre aux besoins d’eau potable des populations de cette Moughata de Teyarett.

De manière générale, l’alimentation en eau potable vise directement à la réalisation de l’objectif 7 des Objectifs du Millénaire pour le Développement auxquels la Mauritanie a souscrit depuis 2000.

Le principal défi à relever sera de réduire de moitié le pourcentage de la population de cette Moughata qui n’a pas accès de façon durable à un approvisionnement en eau potable mais aussi à améliorer sensiblement la vie des habitants de cette zone périurbaine de Nouakchott.

Mises à part toutes ces considérations d’ordre rationnel, le gouvernement mauritanien devra aussi penser aux autres localités du pays dans ses politiques structurelles. Ce n’est pas uniquement dans la ville de Nouakchott où doivent se concentrer tous les efforts de développement économique et social qu’entreprend le gouvernement.

Combien sont-elles ces populations qui courent à la recherche de ce liquide précieux considéré aujourd’hui dans notre pays comme un produit de consommation luxueux ? Combien sont-elles ces familles qui ne sont pas abonnées aux services de la SNDE du fait des coûts d’embranchement très élevés ?

L’accès à l’eau potable passe aussi par l’atténuation des frais de raccordement qui ne sont pas souvent à la portée de ces populations aux faibles économies. Certes, le gouvernement a élaboré des politiques stratégiques en matière d’eau potable visant à réduire les inégalités persistantes dans ce domaine.

Ce n’est un secret pour personne, les habitants de Nouakchott font face de plus en plus notamment en période de forte chaleur à des pénuries. Sans parler de ceux de l’intérieur du pays. Et il urge de trouver les voies et moyens qui permettront de mettre fin à cette situation très souvent dramatique et contrastée par la rareté de ce liquide précieux.

Là dessus, le projet d’Aftout-Es Sahili 2010 qui vise à alimenter la ville de Nouakchott réduira substantiellement et certainement ce phénomène auquel sont habituées maintenant les populations de Nouakchott. Il est du devoir du gouvernement d’assurer un environnement durable à ses populations.

Babacar Baye NDiaye

( 2 octobre, 2007 )

Marché de l’emploi: Des demandeurs à l’affût de l’hypothétique trésor

Ces hommes et femmes de différents âges ne sont pas uniquement des mauritaniens. Ils viennent aussi de la sous-région notamment du Sénégal et du Mali pour chercher «un petit job» de plus en plus difficile à trouver comme un diamant vert. Même ceux que nous avons rencontrés là bas ne savent pas comment cette bourse informelle du travail est née.

Aux abords de l’église qui se trouve vers le Centre Culturel français, des hommes et des femmes attendent depuis le matin des clients, la plupart du temps des patrons maures, qui viendront leur proposer différents services : lavandière, cuisinière, gardien, boy… A.D. est de ceux-là. Voilà depuis quatre jours qu’elle attend sagement en tricotant. Originaire de Boghé dans le sud de la Mauritanie, mariée et mère de sept enfants, elle a quitté sa ville natale pour venir chercher du travail à Nouakchott.

Presque chaque jour c’est la même routine et la même attente qui dure et perdure encore. Agée de plus de cinquante ans, elle sait que l’attente durera encore. Mais pour combien de temps semble-t-elle se demander ? Elle est la seule grande personne que nous avons rencontrée sur place parmi ces jeunes femmes et ces jeunes filles qui ne cessent d’augmenter de jour en jour en pensant que peut-être qu’elles vont trouver vite un travail quelconque.

Apparemment dépitée par sa situation, elle nous avouera qu’un maure qui l’avait employée quatre jours auparavant l’avait remerciée sans qu’elle ne sache pourquoi. Si la situation perdure nous a-t-elle dit, elle va retourner à Boghé pour s’occuper de ses progénitures.

A côté d’elle se trouve M.S, âgée seulement de 18 ans, depuis ce matin, elle attend le premier client providentiel. Comme les autres jeunes filles de sa génération, c’est sa première fois d’être sur les lieux. Visiblement fatiguée et lassée par une longue attente illimitée, elle lâche des mots à peine imperceptibles. Elles restent ainsi toute une journée sans boire ni manger. Certaines d’entre elles, depuis des mois, voire des années, fréquentent cet endroit à la recherche d’un petit job.

La plupart des personnes qui viennent chercher «ces désespérés de la vie» sont de grands patrons maures qui habitent dans le quartier chic de Tévragh-Zeina. A chaque voiture qui s’arrête devant elles, elles se précipitent sur elle comme des louves affamées. Là aussi, il faut avoir de la baraka pour que le client qui tient compte de certains facteurs telle que la jeunesse et la beauté te propose de faire un détour à la maison.

Chaque jour c’est ainsi. Les prix qu’ils proposent varient souvent entre 20.000 et 25.000 UM selon ces femmes qui estiment que ces sommes d’argent sont dérisoires car ne pouvant pas combler tous leurs besoins quotidiens. Mais là n’est pas le véritable problème de ces femmes dont la plupart d’entre elles n’ont jamais fait les bancs de l’école. «Il y a des hommes qui viennent ici en pensant que nous sommes des prostituées. Comment des femmes qui ont laissé leur mari ou leurs enfants peuvent-elles venir ici en faisant des choses pareilles ?» s’interroge l’une d’entre elles qui ne digère pas cette mauvaise impression que les gens ont sur elles !

Parmi ces femmes, on y retrouve des sénégalaises venues elles aussi tenter leurs chances en Mauritanie. C’est le cas de R.L qui dénonce certaines pratiques et abus dont les étrangères sont souvent victimes, pratiques qui ne sont pas punies ou récriminées. «Parfois, on nous accuse de vols. Tu peux aussi tomber sur des personnes de mauvaises intentions qui peuvent t’abuser. Ou alors elles vous font travailler durant un mois sans qu’elles ne vous payent. Quand tu pars à l’ambassade, au lieu de vous venir en aide, ils vous ignorent.»

Depuis quelques années en effet, la Mauritanie, du fait de sa position géographique, est devenue un passage incontournable dans les migrations transsahariennes. De plus en plus, le nombre de candidats à l’émigration clandestine augmente de manière impressionnante.

Notre pays qui n’échappe pas à la conjoncture économique de plus en plus fortement caractérisée par le sous-emploi se voit envahie par des ressortissants de la sous-région tous les jours. Ces derniers en effet ne sont que des aventuriers à la recherche d’un lendemain meilleur. «Certes, nous cherchons du travail. Mais en vérité nous sommes en Mauritanie pour chercher un moyen d’aller en Europe.», affirme un jeune malien trouvé dans les parages en compagnie d’autres maliens et sénégalais qui n’ont à l’esprit que d’émigrer un jour en Europe.

Babacar Baye Ndiaye

( 2 octobre, 2007 )

Ba Issa Sidy, ancien policier

Secrétaire Général du Collectif des anciens fonctionnaires de police victimes des événements(1986-1989-1992)
«Le calvaire des policiers noirs n’a pas commencé uniquement à partir de 1992. Déjà, en 1986, avec le problème des flamistes, il y avait une sorte de bouillonnement au niveau de la police nationale pour faire un balayage ethnique »

Le rénovateur : Pouvez-vous nous faire un peu la genèse de votre collectif et les démarches que vous avez eues à mener ?
Ba Issa Sidy : En décembre 2003, j’ai rencontré d’anciens fonctionnaires de police victimes des événements de 1986, 1989 et 1992 pour essayer de mettre en place ce collectif. Depuis lors, nous n’avons ménagé aucun effort pour la reconnaissance de nos droits. A cet effet par exemple, nous nous sommes adressées à notre ancien employeur(direction générale de la sûreté nationale du Ministère de l’Intérieur, NDRL). Nous avons aussi rencontré au moment de la transition le directeur général de la sûreté nationale. Récemment, le Ministre de l’Intérieur Yall Zakaria nous a reçus en nous assurant que le gouvernement fera de tout son possible pour résoudre la question du passif humanitaire tout en demandant l’implication de tout le monde à cette dynamique.
Le Rénovateur : A vous entendre parler, on dirait que vous êtes optimiste ?
B.I.S : Effectivement. Mais d’un autre coté, beaucoup parmi les policiers qui étaient victimes des événements courent toujours derrière leurs droits. Ces gens-là ont été révoqués de leur fonction parce qu’ils sont tout simplement noirs. Le calvaire des policiers noirs n’a pas commencé uniquement à partir de 1992. Déjà, en 1986, avec le problème des flamistes, il y avait une sorte de bouillonnement au niveau de la police nationale pour essayer de faire un balayage ethnique. C’est comme si la direction de la sécurité de l’Etat et la direction du personnel avaient voulu se solidariser des mesures prises par le pouvoir politique alors que les policiers n’avaient rein avoir avec la Flam. Il y a eu une complicité entre le directeur du personnel et le directeur de la sécurité de l’Etat qui étaient tous deux des cousins de Maouiya.
Le Rénovateur : Aujourd’hui, êtes-vous prêt à tourner la page ?
B.I.S : Il y a eu des policiers qui ont été torturés. C’est très important de le souligner. Tous les policiers qui avaient été appréhendés au moment des événements ont fait l’objet de tortures et de sévices. Certes, il n y a pas eu de cadavres à faire sortir des tiroirs quand il s’agit de policiers. Dans tous les cas, il faut dire la vérité et rétablir des gens dans leurs droits. On ne peut pas pardonner quand la vérité n’est pas dite sur les tortures commises sur les policiers noirs. Tous les mauritaniens sont appelés à vivre ensemble.
Le Rénovateur : Vous n’êtes pas donc pour la poursuite judiciaire ?
B.I.S : Si, si, si. Je ne suis pas favorable à ce qu’on laisse ces gens-là dans l’impunité parce que cela pourrait les inciter peut-être à refaire la même chose et pourquoi pas si les noirs voulaient faire eux aussi la même chose. Donc, il faut qu’il y ait des mesures pour que de telles choses ne se reproduisent plus.
Le Rénovateur : Votre collectif est-il reconnu par l’Etat mauritanien ?
B.I.S : Non ! Pourtant, nous avons adressé 5 à 6 demandes dans ce sens. Nous ne sommes pas un collectif clandestin. Nos activités sont connues de tout le monde. Chaque année, nous renouvelons notre demande de reconnaissance comme ampliative le FONADH. Même si notre collectif n’est pas encore reconnu par l’état mauritanien, nous continuerons à revendiquer la reprise des policiers injustement révoqués et le retour de certains d’entre eux qui ont été déportés pendant les événements. Aujourd’hui, parmi les 180 victimes, 17 sont décédées.
Le Rénovateur : Vous demandez donc votre réinsertion dans la police nationale ?
B.I.S : Effectivement et principalement pour ceux qui ont la possibilité de réintégrer la police nationale ou à défaut de cela qu’ils puissent obtenir le remboursement intégral de leurs droits. Parmi ces anciens fonctionnaires de la police, il y en a certains qui sont en âge de pouvoir reprendre service. S’ils ont envie de reprendre, il n y a pas de raison qu’ils recouvrent leurs droits. En outre aussi, il faudrait que leurs grades soient ajustés à celles de leurs promotionnaires qui sont actuellement en service.
Le Rénovateur : N’avez-vous pas peur que votre dossier traîne ?
B.I.S : C’est tout à fait normal mais cela ne nous empêchera pas d’être optimiste. Nous sommes des mauritaniens et nous avons des droits. Je crois que le nouveau régime en est conscient. Dans ce cadre, nous avons prévu de rencontrer le Président de l’Assemblée Nationale Messaoud Ould Boulkheir et le Président du Sénat Ba Mamadou Mbaré. Il y a actuellement des signes qui montrent que les autorités sont favorables au règlement définitif de notre dossier. Le Ministre de l’Intérieur nous a même assuré que tous les policiers victimes des événements seront réintégrés dans leurs droits et entièrement dédommagés.
Le Rénovateur : Disposez-vous des documents qui prouvent que vous étiez de la police nationale ?
B.I.S : Effectivement que nous avons des preuves, bien qu’on ait tout fait pour détruire ces documents. Nous savons qu’au niveau de la section solde, on a fait disparaître nos documents. Au moment des événements, il y a eu un groupe de 50 personnes qui ont été radiées sans qu’il y ait la moindre décision. Il n y a pas eu non plus un arrêté. Souvent, nous posons la question de savoir si nos salaires ne sont pas perçus tous les mois par nos anciens employeurs. Cette révocation n’est pas sortie dans le journal officiel. A plusieurs reprises, nous avons fait cas de cela.
Babacar Baye Ndiaye

( 2 octobre, 2007 )

Le Vent du Sable ou l’esquisse d’un théâtre en germination

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En Mauritanie, la quasi-inexistence des mises en scène théâtrales peut laisser penser que le théâtre à l’image des autres pans de la culture est dans une impasse rébarbative. Et son avenir certainement passera par la résurgence des compagnies de théâtre. Le Vent du Sable est né de cette perspective pour désormais impulser le théâtre mauritanien.

Le Vent du Sable, c’est un groupe de jeunes comédiens qui portent les aspirations et les cris de désespoir de cette jeunesse mauritanienne que « les gens n’écoutent pas » et qui « ne croient pas » à ses projets qui pourtant sur le contenu « sont très lourds et très bénéfiques ». Alors le théâtre est devenu pour eux « un cheval de combat » contre les tares de la société mauritanienne, contre la dérive, la papelardise, le mensonge, le laxisme des hommes politiques, l’injustice et l’inégalité des citoyens devant la loi.

Pas étonnant donc quand « ils se définissent comme des citoyens, des citoyens mauritaniens qui ont un droit et qui veulent obtenir ce droit ».
Pour ces jeunes(Sophie Diallo, Daouda Kane, Omar Sy, Céta Diagana, Mariama Camara, Eva Thiam et Sarr Amadou) qui ont entre 21 et 25 ans, c’est par passion qu’ils sont entrés dans l’univers théâtral.

« Le théâtre nous dit Daouda Kane, c’est un univers que nous devons découvrir ». « J’ai eu à rencontrer, poursuit-t-il, un ivoirien qui me disait que ce n’est pas difficile de trouver un comédien. Le plus difficile c’est de trouver un comédien qui vit avec la passion du théâtre ».

Ainsi donc, vivre la passion théâtrale, est devenu pour eux un acte d’épanouissement, de liberté. Sans pour autant mettre en second degré leurs études auxquelles ils tiennent beaucoup.

On ne choisit pas son fatum, a-t-on coutume de dire. Derrière Vent du Sable, il y a un certain Daouda Kane très connu dans le milieu artistique.

Ce bout de bois, par la force des choses, est devenu comédien par hasard. Grâce donc à des années passées au «Théâtre Nomade », une compagnie théâtrale basée au CCF, il décida de créer sa propre compagnie théâtrale «Le Vent du Sable ».

Certainement pour apporter un nouveau souffle au théâtre mauritanien. A la fois metteur en scène et comédien, il est aussi un artiste engagé, un artiste qui n’a pas sa langue et ses yeux dans sa poche.

Il a toujours son mot à dire sur certaines situations qu’il trouve injustes. «Dans certains quartiers comme Socogim ou Tévragh-Zeina, il n y a jamais eu de délestages ou de pénuries d’eau alors que dans d’autres quartiers, il y a toujours ces problèmes ».

Dénoncer, relater ce qu’on voit en un mot dire la vérité telle qu’elle est. Leurs projets ? Préparer un court métrage sur le sida et une pièce de théâtre sur les clandestins. Refusant de porter un regard sur la société mauritanienne, pour des raisons qu’ils n’ont pas voulu élucider, les comédiens de Vent du Sable semblent cependant être préoccupés par le rôle et la place que doit avoir la jeunesse en Mauritanie.

Sans pour autant renier à leur liberté d’expression ou d’écriture, ces jeunes ambitieux restent ancrés dans leurs convictions, leurs principes de manière viscérale.
Difficile, quand on est des jeunes artistes ambitieux, de convaincre ou de se faire comprendre par les gens. «Pour eux, un jeune est égal à un délinquant. On rencontre tout le temps des difficultés. Un jeune qui amène son projet, il n’a aucun espoir d’être soutenu dans ses démarches », regrette Daouda Kane.

Le théâtre du Vent du Sable est un théâtre à la fois comique et tragique. Un théâtre qui ensorcelle ! Qui révèle des secrets de la vie réelle…L’égalité et l’autonomisation des femmes, l’émigration, l’épidémie du VIH/sida, la guerre entre autres autant de préoccupations universelles et qui restent toujours des thèmes qui nous interpellent, des thèmes qui nous concernent directement ou personnellement.

Coté primes de prestations, pas la peine de demander à Daouda, le «petit boss », combien ils gagnent. «Pour le moment, c’est très rare de jouer avec des cachets. Nous gagnons surtout la joie de vivre, comme disent les italiens, la dolce vita ».

Cette joie de vivre est certes fondamentale dans un groupe mais cela n’est pas suffisant. Une chose. Daouda et Cie peuvent devenir soudainement loquaces surtout quand il s’agit de dissiper un amalgame sur leurs relations professionnelles.

«Nous sommes entre frères et sœurs. On ne se drague pas et personne ne ressent quoi que ce soit envers qui que ce soit » se défend Mariama Camara. « Il se peut, tempère Daouda, que l’un d’entre nous ressent quelque chose pour l’autre. C’est tout à fait normal. Je ne vous dirai pas que c’est impossible puisque je peux bel et bien s’énamourer de l’une d’entre elles. On a le droit d’être amoureux non ! Mais rien de tout cela. Il y un esprit de groupe c’est à dire une amitié amitieuse et pas un amour amoureux ».

Franchement très drôle non même si on a du mal à comprendre ! Une autre chose. Dommage que la TVM, qui doit participer à l’éclosion des talents, ne soit pas présente pour immortaliser ces jeunes comédiens désopilants qui ont vachement émerveillé tout le public. Pour une première grande mise en scène, c’était chouette et réussi.

Babacar Baye Ndiaye

( 2 octobre, 2007 )

Objectifs du Millénaire pour le Développement:L’égalité des sexes et l’autonomisation des Femmes

En 2000, à l’instar des autres états membres de l’Organisation des Nations Unies (ONU), la Mauritanie s’est engagée à éliminer toutes les formes de disparités entre les sexes. Sept ans après sa souscription à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement(OMD), où en est notre pays en matière d’égalité des sexes et d’autonomisation des femmes ? Enquête.

«Le premier rôle de la femme est de rester au foyer.» Ces paroles, extraites de Tribaliques, un ouvrage de Henri Lopez, écrivain et homme politique congolais, appartiennent désormais à une époque révolue où la femme était considérée comme «un objet de volupté», où elle n’avait aucun rôle à jouer dans la société, par conséquent marginalisée, tenue en marge de tout ce qui est inhérent aux prises de décision voire aux prises de position se rapportant à l’évolution sociale et politique de son pays.

Signe des temps : la femme a pris des galons, a pris conscience du rôle qui lui est dévolu et surtout acquis de l’expérience. En un mot, un nouveau jour est en train de se lever est-on tenté de dire. Dans presque tous les pays du monde, plus particulièrement dans les pays en développement, l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes occupent des places de choix dans les programmes de développement économique et social des gouvernements. Qu’en est-il de notre pays ?

En Mauritanie, déjà, depuis 1985, le gouvernement a adopté un vaste programme de réformes économiques et financières destinées à rétablir les grands équilibres macro-économiques, à relancer la croissance et à lutter contre la pauvreté.

Ainsi donc, sur le plan social et politique, des pas ont été franchis par le gouvernement mauritanien vers l’intégration et la responsabilisation des femmes. A cet égard, des femmes ont été nommées ambassadrices(deux) et walis(deux). Même cas de figure qui pourrait se présenter pour la nomination des hakems où on peut s’attendre à la nomination plus importante des femmes.

Au niveau du gouvernement, trois femmes ont été nommées aux postes de secrétaires généraux même si le nombre de femmes ministres n’a pas augmenté par rapport à la transition. En outre, même si la présence des femmes sur la scène politique est assez singulière, on compte maintenant deux femmes leaders de partis politiques : madame Sehla Mint Ahmed Zaîd du Parti National El inma(PNI) récemment reconnu et madame Naha Mint Mouknass de l’Union pour la Démocratie et le Progrès(UDP).

A l’assemblée Nationale et au sénat, on compte maintenant 17 femmes députées et 9 femmes sénatrices. En outre, Nouakchott qui ne comptait qu’une seule mairie dirigée par une femme en compte maintenant trois dirigées par des femmes. Certains concours administratifs, jusque là inaccessibles aux femmes, sont ouverts à elles. C’est le cas dans l’armée, la gendarmerie, la garde nationale et la police. Même dans l’aviation civile, elles ont «arraché» leur place.

C’est le cas de Ilham Mint Zeidane 23 ans et Maimouna Mint Mohamed Mbarek 24 ans, toutes deux pilotes à saint Hubert à Montréal. Des précédents !Comme quoi, les femmes sont aussi capables. «Je crois que ce n’est pas suffisant, estime Aminétou Mint Ely Présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille(AFCF). I

l faudrait que le quota des 20% soit matérialisé au niveau de l’administration, de la diplomatie, de la magistrature, dans toutes les sphères de l’Etat. Mais surtout, il est très important qu’elles accèdent à la magistrature…Elles sont marginalisées et victimes de l’injustice. Il faut que ce quota soit appliqué. On ne peut pas faire deux poids deux mesures.» Sur le plan social, les femmes à travers des organisations sont impliquées dans tous les grands dossiers : réconciliation nationale, esclavage, retour des déportés, passif humanitaire…actions humanitaires.

Malgré la volonté politique clairement affichée par les autorités du pays en premier lieu le Président de la République de promouvoir l’accès des femmes aux sphères de décision, de réduire leur faible accès à l’éducation, à la santé et aux outils de production, les actions en faveur de l’émancipation de la femme mauritanienne se heurtent à de nombreux obstacles au sein de la société.

La persistance de la pauvreté qui frappe les femmes, les disparités entre hommes et femmes en matière d’accès aux services et aux ressources, l’inégalité devant les structures politiques et économiques, le partage inégal des pouvoirs et des responsabilités décisionnelles, le non respect des droits des femmes, la persistance des mauvais traitements infligés aux petites filles et la violation de leurs droits fondamentaux, la non-scolarisation des filles et l’analphabétisme sont autant de paramètres qui ont été identifiés et qui constituent réellement des empêchements à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes.

C’est vrai que la constitution consacre l’égalité juridique entre les hommes et les femmes, qu’un texte de loi rendant obligatoire l’enseignement des filles de 6 à 14 ans a été adopté en 2002. Certes, dans le but d’assurer l’égalité des sexes, la Mauritanie a signé la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination contre la femme adoptée par l’assemblée générale des nations unies en 1979 de même que ratifiée son protocole facultatif, le 11 novembre 2001.

Certes, le gouvernement mauritanien s’est engagé, à l’issue des journées de concertation, organisées en octobre 2005, à adopter et mettre en œuvre un quota de représentativité de 20% au profit des femmes, aux fonctions électives. Mais ceci mis à part, il y a toujours des problèmes, des discriminations, des revendications de la part des associations de défense des droits de la femme : notamment la ratification du protocole additionnel de la charte africaine des droits de l’homme que la Mauritanie n’a pas ratifiée et qui est très important pour la femme mauritanienne.

Il y a aussi la non harmonisation des lois internes avec les conventions internationales. Pourtant, les traités et accords internationaux conclu par la Mauritanie, où est reconnu et garanti le principe d’égalité, ont une autorité supérieure aux lois de l’Etat et doivent être obligatoirement exécutés. C’est le cas du code du statut personnel et du code de la famille qui comportent des lacunes.

Il y a aussi les réserves sur la CEDAW que la Mauritanie tarde encore à ratifier. C’est également le cas des dispositions de l’article 9 de la convention de Montevideo sur la nationalité des femmes qui avait consacré le principe de la non-discrimination en disposant que «aucune distinction fondée sur le sexe n’existera au regard de la nationalité, dans la législation ou la pratique» n’ont pas encore de traduction dans le droit interne mauritanien qui demeure régi par le code de nationalité de 1961 dont certaines dispositions ne sont pas tout à fait conformes au principe d’égalité consacré par cet article.

Et pourtant, la constitution mauritanienne consacre dans son article 80 la supériorité des conventions internationales régulièrement ratifiées sur la législation. L’Etat mauritanien est-il bien armé pour relever les défis que constituent l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ? Notre pays parviendra-t-il à réaliser ce troisième objectif du millénaire pour le développement d’ici 2015 ?

«En tout cas, face à des structures étatiques composées de féodaux, de maîtres esclaves, de personnes sectaires, de conservateurs, la femme mauritanienne n’aura pas sa place dans cette société même si on veut construire ce pays sur des bases égalitaires et sans discrimination» pense Aminétou Mint Ely.

La promotion de la femme passe d’abord par le travail c’est bien connu. En d’autres termes, favoriser ou créer une indépendance économique des femmes car, tant qu’elles attendront de l’homme quelque chose elles ne pourront pas être indépendantes de celui-ci et seront toujours aliénées.

L’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ne demandent pas de fonds même s’il a un aspect développement. Il ne s’agit pas non plus de créer «un féminisme isolant». Mais de favoriser un certain nombre de paramètres qui sont la garantie de la promotion des femmes et de leurs accès aux sphères de décision.

C’est dans ce cadre qu’un document portant Stratégie Nationale de Promotion Féminine a été élaboré en vue d’améliorer les conditions d’existence durables de la femme et renforcer son statut dans la société.

Celle-ci, qui repose sur une vision à l’horizon 2015, se traduira par un renforcement de la participation économique des femmes, par une éradication de l’analphabétisme doublé d’un accès à l’éducation de base pour toutes, par une amélioration de la santé maternelle et infantile, par une grande participation politique et sociale de la femme et enfin par une reconnaissance entière de ses droits.
 

Babacar Baye Ndiaye

( 2 octobre, 2007 )

Protection des enfants

Haro sur leurs mauvais traitements !

Quelle est la situation actuelle des droits de l’enfant en Mauritanie ? C’est pour apporter des éclaircissements à cette interrogation, que Terre des Hommes a initié un débat sur les droits des enfants dans les domaines de la justice et de la santé animé par des experts sociologues, juristes, médecins et psychiatres au Centre Culturel Français Antoine de Saint Exupéry de Nouakchott ce mardi 19 septembre.

Ce débat a permis, loin d’être un diagnostic holistique, d’avoir une meilleure connaissance de la situation des droits de l’enfant, du cadre juridique et institutionnel, de certaines pratiques traumatisantes qui provoquent un déséquilibre psychique mais aussi la nécessité de mener des campagnes de sensibilisation sur les mauvais traitements des enfants qui constituent de facto la couche la plus vulnérable de la société. Au cours de ce débat, les experts ont essayé de faire comprendre la situation dans laquelle vit l’enfant mauritanien de manière générale. Chacun de son coté a évoqué la nécessité de protéger les enfants trop souvent victimes de pratiques coutumières nocives à la santé ou de violences extrêmement graves.
Certes, beaucoup de choses ont été accomplies dans le cadre de la promotion des droits de l’enfant. Parmi lesquelles, on peut citer l’adoption du code statut personnel, l’intégration de la dimension enfant dans le cadre stratégique de lutte contre la pauvreté, la réforme de la justice juvénile qui sont des avancées significatives militant en faveur du recul et de la disparition des mauvais traitements des enfants.
De même que la Mauritanie a ratifié plusieurs instruments juridiques internationaux : la convention relative aux droits de l’enfant et a adhéré au protocole additif à la CDE, la convention sur les pires formes de travail, la convention 182 du bureau international du travail, la convention sur le travail de nuit des enfants.
Mais il a été relevé par certains experts du débat que le législateur mauritanien qui est sensé même protégé l’enfant ignorent le contenu de ces conventions qui ne sont pas souvent harmonisées avec les lois internes, et d’autre part, les parents eux non plus ne maîtrisent pas ou ne connaissent pas bien les droits et les devoirs de leurs progénitures. Ceci crée, à leurs yeux, des disjonctions entre les textes juridiques et les pratiques. Et par ailleurs, il n y a pas de spécification sur toutes les situations d’atteinte aux droits de l’enfant en Mauritanie. Et Dieu sait qu’elles sont nombreuses !
Dans notre pays, les enfants peuvent se retrouver du jour au lendemain dans un cercle vicieux. Drogue, pédophilie, vols, viols… Cette situation est un corollaire de l’extrême pauvreté de certaines familles qui vivent parfois dans des conditions difficiles.
Même si la situation des droits de l’enfant dans notre pays est peu reluisante, il faut dire que la dimension de l’enfant a toujours été prise en considération. On peut citer entre autres la loi n°006/07 portant incrimination et répression des pratiques esclavagistes qui assure la promotion et la sauvegarde du droit et du bien être de l’enfant.
Sur le plan institutionnel, la mise en place de la brigade des mineurs a permis la diminution de certains phénomènes qui étaient jusque là persistants. Disposant suffisamment de peu de moyens et travaillant dans des conditions parfois très difficiles, cette brigade a participé à la régression de la délinquance juvénile Nouakchott. C’est le cas des vols de voiture souvent faits par des enfants issus de familles aisées. Pour ce qui est des viols qui demeurent le délit le plus fréquent, la brigade enregistre par jour 2 à 3 cas. En ce qui concerne l’inceste ou les mariages forcés, la situation est en nette régression.
Sur le plan judiciaire, il y a eu beaucoup de choses qui ont été faites dans le cadre de la promotion des droits de l’enfant. La législation mauritanienne qui est inspirée du droit musulman a marqué des pas importants dans la justice des mineurs. Auparavant, les pouvoirs publics appliquaient les même peines appliquées aux adultes et les enfants en conflit avec la loi partageaient les mêmes cellules avec les adultes. C’est par la suite que le centre de Beyla fut construit pour essayer d’apporter des solutions à la délinquance juvénile et de séparer les enfants des adultes. Aujourd’hui, certaines associations de défense des droits de l’enfant plaident pour la suppression de ce centre qui, à leurs yeux, ne constituent pas la solution au x problèmes de délinquance juvénile. Et aujourd’hui, grâce à la réforme de la justice des mineurs, l’enfant bénéficie juridiquement du principe de l’assouplissement des peines. Ainsi donc d’une législation répressive on est passé à une législation éducative.
Ce n’est pas uniquement le chapitre justice qui est apparent dans les droits des enfants même si elle occupe une place assez importante. Il y a aussi le volet sanitaire puisque les conséquences psychologiques de certaines pratiques sont incalculables. En outre, il a été noté au cours de ce débat que les filles sont les premières victimes en matière d’atteinte aux droits de l’enfant : gavage, viols, travail forcé, exploitation sexuelle, pédophilie…
En Mauritanie, on estime à 78 pour 1000, le taux de mortalité infantile. Aujourd’hui, on suppose que 56% des filles de 0 à 1 an sont excisées. Ce phénomène est pratiqué dans presque toutes les communautés du pays. Mais elle demeure plus pratiquée dans l’est du pays chez les Maures. Mis à part ceci, l’excision est pratiquée à grande échelle dans notre pays. Un tour sur les statistiques confirme cet état de fait. 75% des femmes interrogées sur cette pratique affirment qu’elles feront exciser leurs filles. Les raisons sont assez dissemblables : 80% d’entre elles la pratiquent pour des raisons religieuses tandis que 20% la font pour des raisons coutumières. Et par rapport aux conséquences, il y a eu des discussions entre les médecins et les religieux. Mais jusqu’à présent, les médecins mauritaniens ne se sont pas prononcés de manière explicite sur cette pratique. Un jeu de ping pong s’est installé entre les médecins et les religieux, chacun ne voulant pas assumer ouvertement ces propres responsabilités sur cette question assez «embarrassante» et délicate.
Pour ce qui est des infanticides, 34 cas(2007) ont été signalés dans la ville de Nouakchott alors que celui des enfants abandonnés a fortement progressé. Ajouté à cela, les enfants malades qui souffrent du manque de prise en charge.
Les enfants apprentis et les enfants almoudos ferment la marche des enfants dont les droits les plus élémentaires sont bafoués au vu et au su de tout le monde. C’est pour tirer la sonnette d’alarme que ce débat a eu lieu afin de permettre d’ouvrir d’autres brèches dans la promotion et la sauvegarde du bien être de l’enfant mauritanien. Et ceci passera nécessairement par l’information, la formation et la sensibilisation sur les droits de l’enfant.
Babacar Baye Ndiaye

( 2 octobre, 2007 )

Les Etats-Unis d’Amérique: 231 ans d’histoires !

L’indépendance ça se fête. Ce mercredi, 4 juillet, les Etats-Unis d’Amérique ont célébré leur 231ème anniversaire d’accession à la souveraineté internationale. Dans notre pays, cette fête a été marquée par des festivités parmi lesquelles cette exposition organisée et intitulée «Regard sur la civilisation américaine ».

Quand les Etats-Unis d’Amérique organisent, célèbrent ou fêtent leur jour d’indépendance, c’est toujours un événement. Ça se voit tout de suite à des détails prêts. Par exemple, une forte présence des éléments de sécurité qui canalise la circulation et des paniers à salade partout.

Pas de va-nu-pieds encore moins de curieux autour du périmètre où se déroule la fête ou la cérémonie. Sans parler du cercle restreint des privilégiés et des voitures luxueuses d’où sortent des ambassadeurs uniquement du G8 ou des pays financièrement puissants ou aussi d’autres personnages mondains et certainement très chics. Aujourd’hui, c’est au musée national que ça se déroule.

Ce 4 juillet 2007, les Etas-Unis d’Amérique, les Etats-Unis qui font rêver, la superpuissance mondiale, fête ses 231 ans d’indépendance. Dans les jardins de notre musée national, on a installé des sièges sous trois tentes multicolores et bien aménagées pour la déclaration du chargé d’affaires de l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique et du représentant du ministère de la Culture et de la Communication et accueillir aussi les «amis » de la grande puissance mondiale.

Il est presque 20 heures. Initialement prévue à 19 heures, la cérémonie officielle commencera avec une heure de retard. C’est normal. Ce sont les gendarmes du monde. Eh oui, les gendarmes du monde ! Et on n’a pas le droit de piper un mot ni grommeler. Un, deux, trois claquements de main suffiront pour indiquer aux invités de rejoindre les sièges sous les tentes. Maintenant, les choses sérieuses peuvent débuter.

Le chargé d’affaires de l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique en Mauritanie Steven Koutsis, dans son laïus, se dira heureux de constater que son pays partage ses idéaux avec les citoyens d’un nouveau partenaire, la Mauritanie, dans une grande et interminable expérience, appelée démocratie. « La Mauritanie, dit-il, se trouve actuellement à un important tournant de son histoire, similaire à celui de l’Amérique d’il y a quelques siècles. Sur son chemin, elle y trouvera plein de défis à relever auxquels fera face un courage intrépide, un optimisme sans failles eut une certitude de vaincre sans égal ».

Quant au représentant du ministère de la Culture et de la Communication docteur Kane, il a souligné l’importance des relations entre les deux pays notamment dans le domaine de la Culture qui mérite selon lui d’être encouragé et intensifié. « La culture est un facteur de transformation sociale et de développement économique. Nos cultures riches par leurs variétés et leurs diversités constituent un atout sûr pour une meilleure connaissance entre nos sociétés et nos populations. »

Docteur Kane, en outre, ajoutera que «la mission de notre musée est de sauvegarder et de développer notre culture, notre patrimoine mais aussi contribuer à l’ouverture de notre culture à d’autres cultures. L’exposition «Regard sur la civilisation américaine » sera sûrement la plus belle occasion au public mauritanien, de s’imprégner, de s’inspirer de l’histoire, de la culture et de la mode de vie américaine ».

Quinze minutes plutard, c’est la fin. Pas de temps perdu. Aucun. C’est le moment de faire découvrir l’exposition qui retrace les grandes époques du Nouveau Monde. Une exposition sur les arts et la culture, sur la vie économique et sociale, sur la vie politique et institutionnelle, sur les sciences. Quittons l’Amérique du 15ème siècle.

Il faut le dire, sinon, ce serait impardonnable, il y avait à manger et à boire. Oui, à boire et à manger ! Mais aussi, j’ai failli commettre l’irréparable, de l’animation musicale par le groupe folklorique américain «Old Grey Goose ». Y a que les Etats Unis qui savent fourbir une exposition semblable. Fête d’indépendance oblige non !

Babacar Baye Ndiaye

( 3 octobre, 2007 )

Enclavement, l’autre grand mal dont souffre la Mauritanie!

Qu’on ne se leurre pas ! On ne peut pas prétendre développer la Mauritanie, la mettre sur des rails qui ne ripent pas, sans pour autant que le gouvernement ne s’attelle pas aux problèmes d’enclavement et ceux inhérents aux infrastructures qui font terriblement défaut.

Les belles idées, c’est alléchant sans doute. Les beaux discours font rêver et espérer un avenir meilleur incontestablement. Cependant, il faudrait que nos hommes politiques, en premier lieu les ministres, boulottent pour les populations qui se font du mouron à chaque fois que l’hivernage s’installe dans notre pays car, complètement coupées du reste de la Mauritanie.

Certaines localités du pays vivent un véritable casse-tête pendant la période des pluies dû à leur enclavement. Et pourtant, chaque jour, nous entendons des paroles du genre «la Mauritanie a les côtes les plus poissonneuses au monde», «nous avons un sous sol qui regorge de mines et de fer», «nous avons le pétrole».

Certes, nous avons tout ça, mais où en est-on aujourd’hui ? Où est-ce qu’on a mis tout cet argent gagné en signant des contrats juteux. Des contrats signés parfois dans des conditions peu transparentes !

A ce que nous voyons, il n’a pas été au demeurant utilisé à bon escient ni profité aux populations encore moins servi pour développer le pays économiquement et socialement. A quoi ont servi toutes ces ressources naturelles ? Tous ces milliards ?

Si les populations ont des problèmes de transport, si les populations n’ont pas accès à l’eau potable. Si les soins de santé sont onéreux. Si elles n’ont pas un accès facile aux connexions électriques.

Notre retard dans tous les domaines est décevant et patent. Dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication dans les secteurs de l’éducation, de la Santé, les infrastructures routières et tutti quanti ont besoin des injections financières considérables pour les sortir de l’agonie où elles se sont retrouvées par le truchement d’hommes politiques corrompus et véreux.

En effet, beaucoup de localités à cette période pluvieuse sont difficilement accessibles. Les seules et rares localités qui échappent à ce calvaire ce sont celles qui se trouvent sur les routes butinées. Les conséquences d’une telle situation -ironie du sort, c’est toujours la même situation- sont énormes. Un préjudice pour ces populations souvent confrontées à des problèmes et épouvantables !

Pas étonnant d’entendre souvent qu’une femme enceinte a succombé au moment où on l’acheminait vers une structure de santé. Ce casse-tête touche aussi les enseignants principalement du cycle fondamental qui servent souvent dans des localités complètement enclavées et privées de routes, d’écoles dignes de ce nom et de structures sanitaires entre autres. Il n y a pas que les problèmes politiques qui doivent marquer l’action du gouvernement.

Babacar Baye NDiaye

( 3 octobre, 2007 )

ANAPEJ:Mise en œuvre de stratégies de lutte contre le chômage

En Mauritanie, le chômage touche presque 2 jeunes sur 3 de moins de 30 ans. Pour rétrécir cette proportion criarde et inverser la tendance, l’Agence Nationale de Promotion de l’Emploi des Jeunes a élaboré des stratégies de lutte contre le chômage.

La Mauritanie n’échappe pas aux tentacules du chômage. D’après des statistiques fournies par le Ministère de l’Emploi, de l’Insertion et de la Formation Professionnelle, le taux de chômage excéderait la barre des 40%. Un taux très élevé estiment certains si l’on regarde l’échantillon de la population mauritanienne et les diverses opportunités relatives aux ressources naturelles dont dispose la Mauritanie et susceptibles de booster l’économie nationale.

C’est dans ce cadre, que le gouvernement de la République Islamique de Mauritanie, en vue de diminuer le taux de chômage très élevé, a crée par décret l’Agence Nationale de Promotion de l’Emploi des Jeunes pour soustraire le taux de chômage de plus en plus fort et préoccupant. Mais surtout de trouver des solutions à la crise de l’emploi que traverse actuellement notre pays.

Contrairement à d’autres pays surtout européens, le chômage dans notre pays ne constitue pas encore un enjeu politique majeur. Les jeunes continuent d’affronter inexorablement le chômage. On se rappelle encore de l’énorme bousculade qu’il y a eu devant l’ANAPEJ au mois d’août dernier, lorsque le Ministère de l’Emploi, de l’Insertion et de la Formation Professionnelle et le Ministère du Travail et des Affaires Sociales du Royaume d’Espagne ont signé un accord le 25 juillet 2007 portant sur la régulation et la gestion des flux migratoires entre la Mauritanie et le Royaume d’Espagne.

C’est dire combien la situation est assez difficile pour les jeunes mauritaniens, surtout ceux sortant des écoles professionnelles et de formation, de trouver un travail décent.

Les entreprises qu’elles soient du public ou du privé ne recrutent plus ou se font sur des critères contraires aux principes de justice et d’équité. Les autorités en sont tellement conscientes que le PM a laissé entendre substantiellement, durant sa visite au Ministère de l’Emploi, de l’Insertion et de la Formation Professionnelle ainsi que toues les structures et établissements relevant dudit ministère souvent rangé dans la catégorie «des ministères inutiles» que le changement passe par la résorption quantitative du taux de chômage.

Dans cette optique, l’Agence Nationale de Promotion de l’Emploi des Jeunes a initié quatre programmes ou axes prioritaires dans le cadre de la lutte contre le chômage : le programme de l’auto emploi, le programme de placement, l’Observatoire de l’emploi et enfin le programme de développement des compétences.

Le Programme de l’auto emploi

Ce programme se justifie par l’insuffisance de l’offre d’emploi, notamment l’emploi salarié, sur le marché national. A travers ce programme, l’ANAPEJ vise la promotion de l’emploi indépendant chez les jeunes demandeurs d’emploi. Il cherche à faire profiter aux jeunes demandeurs d’emploi des opportunités visant à les orienter vers la création des petits et micro projets générateurs de revenus et créateurs d’emploi.

Ce programme a pour objectif d’abord, de promouvoir l’esprit d’initiatives et d’entreprises chez les jeunes demandeurs d’emploi ensuite, de renforcer les capacités entrepreneuriales et managériales des demandeurs d’emploi et enfin, de faciliter l’accès au crédit aux demandeurs d’emploi.

Signalons que c’est l’ANAPEJ elle-même, à travers un partenariat, qui confiera la gestion de lignes de crédit aux structures financières(IMF et autres) destinées à financer les projets soumis par les jeunes. Au titre de ce partenariat, ces dernières seront responsables de la gestion, du suivi et du recouvrement des prêts consentis aux bénéficiaires.

Le programme de placement

Ce programme a pour mandat de faire une prospection approfondie du marché de l’emploi pour connaître les besoins et les potentialités afin de favoriser l’émergence et la multiplication des opportunités d’emplois salariés pour les jeunes demandeurs d’emploi.

Cette prospection conduit à la création de partenaires multiples entre l’Agence et les administrations, les partenaires au développement, les organisations professionnelles d’employeurs et de travailleurs, les collectivités locales, la société civile, les hommes d’affaire etc.

Grâce à sa connaissance du marché, l’agence réalise des contacts avec les employeurs potentiels, identifie des programmes d’insertion, sur la base des besoins exprimés et procède à la sélection des candidats selon les profils souhaités. En effet, contrairement au programme de crédit qui profite à toutes les catégories sans distinction, le placement quant à lui, fait souvent appel à des profils spécifiques pour des besoins déterminés et des compétences bien définies par les employeurs.

L’agence est très souvent mise à contribution par les administrations pour effectuer des recrutements à durée déterminée d’un grand nombre d’agents(recrutements, gestion du processus électoral, enquêtes d’envergure…) comme elle reçoit des enquêtes émanant de partenaires ou d’employeurs qui cherchent à faire des recrutements directs.

Dans ce cas, l’agence joue un rôle de référence et d’expertise pour l’identification des profils idéaux grâce à sa base de données sur les chômeurs qui offrent une gamme variée de choix aux recruteurs. Pour ce faire, l’agence réalise des missions et des contacts sur tout le territoire national pour s’enquérir des opportunités et pour établir des partenariats durables pour la création d’opportunités d’emploi.

L’Observatoire de l’Emploi

Pour mieux cibler ses actions et affiner ses stratégies, l’Agence partira d’une connaissance exacte de la situation du chômage dans le pays : chiffres, marché de travail, population cible, tendances, opportunités, limites etc.…pour cela, elle a mis en place un département de l’Observatoire de l’emploi chargé de collecter, de traiter et de diffuser les données sur la situation du chômage dans sa globalité et plus spécifiquement celui des jeunes.

Le département à travers ses activités met à la disposition des autres départements, des décideurs et des chercheurs, des données actuelles nécessaires à la prise de décision et à la planification des actions. L’une des missions fondamentales du département est de réaliser des études et des enquêtes sur les questions de l’emploi.

Ces études sont réalisées en vue de connaître les déterminants du chômage dans le pays et les facteurs intervenants dans sa réduction. Dans cette perspective, le département identifie en collaboration avec les autres départements techniques de l’Agence les études dans les différents thèmes portant sur son domaine d’intervention.

Le département de l’Observatoire jouera un rôle fondamental dans la mise en œuvre des programmes de l’Agence notamment en tant qu’acteur stratégique dans l’orientation de ses programmes à travers la production, l’analyse et la diffusion d’indicateurs sur l’emploi. Il sera aussi au cœur des préoccupations visant à maximiser la lisibilité des actions de l’agence.

Programme de développement de compétences

Parmi les programmes que l’Agence a mis en œuvre pour la promotion de l’emploi, la formation occupe une place prépondérante dans la mesure où les employeurs privilégient, en premier lieu, les compétences dans l’expression de leurs besoins de recrutement.

S’ajoute à cela le fait que les besoins du marché en travail qualifié soient actuellement très importants alors que les qualifications disponibles ne répondent pas aux besoins du marché. L’Agence, consciente de ce problème, s’appuie sur la formation, la reconversion et l’adaptation professionnelles comme axes stratégiques en vue d’augmenter les chances d’employabilité de son public cible.

Pour arriver à la réalisation des objectifs du programme, des formations variées sont mises en œuvre en fonction des besoins exprimés en formation qualifiante, en formation de reconversion et enfin en formation en petits métiers.

Babacar Baye Ndiaye

( 3 octobre, 2007 )

Abderrahmane Ahmed Salem, Directeur de la maison des cinéastes

«La SENAF, ce n’est pas une rencontre de business. C’est un échange entre des professionnels du cinéma, des jeunes qui rêvent de faire du cinéma et aussi une population qui a soif d’avoir son image »

La 2ème édition de la Semaine Nationale du Film a tiré ses rideaux. Mais les défis qui attendent la maison des cinéastes sont nombreux parmi lesquels le retour de la population, des spectateurs vers le cinéma mais aussi de créer une vraie image mauritanienne. En attendant 2008 Incha Allah, le directeur de la maison des cinéastes se dévoile…

Le Rénovateur : La deuxième édition consacrée au cinéma en Mauritanie a pris fin. Avez-vous l’impression d’avoir réussi cette manifestation ?
Abderrahmane Ahmed Salem : Plus ou moins. Nous avions vraiment envisagé de faire mieux que la précédente édition. Nous avons mis tout un système de réussite avec les éléments de la maison des cinéastes et des partenaires, avec un travail de sensibilisation, de communication et d’organisation surtout. Nous avons bien choisi notre invité et bien sur la programmation des films. A part quelques problèmes avec l’administration, on ne s’attendait pas à une telle réussite.
Le Rénovateur : A quel(s) genre(s) de problème(s) faites-vous allusion ?
A.A.S : Nous sommes en phase d’un partenaire qui ne prend pas souvent les choses au sérieux, un partenaire qui veut gérer notre relation comme à la manière dont il gère son travail. Nous, nous voyons les choses différemment. Tout doit être proposé, communiqué, partagé. Or, dans l’administration comme dans toute administration, les choses ne se passent pas de cette manière.
Le Rénovateur : Etes-vous satisfait du travail que vous avez entrepris durant toute cette semaine ?
A.A.S : Absolument ! Nous avons pu organiser ce festival dans des conditions très difficiles mais avec une bonne réussite surtout que nous avions pu toucher 20% des nouakchottois cette année par rapport aux 12% de l’année précédente. Nous avons pu organiser un festival dans des conditions géopolitiques différentes avec une liberté d’expression très importante.
Le Rénovateur : Cependant, il faut reconnaître que ça n’a pas été facile pour vous surtout du point de vue organisationnel où on a constaté beaucoup de couacs ?
A.A.S : Bien sur ! Nous avons rencontré des difficultés par rapport d’abord à ce problème de coupure électrique mais surtout à ce problème de coordination entre nous et l’administration du ministère de la Culture et de la Communication qui a fait tarder notre 3ème jour de conférence et qui a aussi envoyé, ce n’est pas pour minimiser la personne qui est un homme de culture, un conseiller pour clôturer ce festival alors que nous avons invité des ambassadeurs, le président de la communauté urbaine de Nouakchott. Sur le plan protocolaire, je crois, que ce n’est pas une bonne chose.
Le Rénovateur : Pensez-vous, qu’à l’issue de ce festival, où beaucoup de films mauritaniens furent projetés et découverts, qu’on pourra véritablement parler de cinéma mauritanien ?
A.A.S : Pas encore. Certes, il y a des tentatives, des initiatives, mais pour le moment, nous ne pouvons pas parler de cinéma mauritanien véritablement.
Le Rénovateur : Le ministère de la culture et de la communication est prêt à soutenir toute initiative visant à donner au cinéma mauritanien la place qui lui revient de droit. Qu’est-ce que vous en pensez ?
A.A.S : C’est une très bonne initiative et je voudrai à cette occasion signaler une chose. Nous sommes très satisfaits de la coopération de la personne du ministre qui est un homme de culture, un homme généreux, disponible, modeste mais à vrai dire, un ministre ne peut pas à lui gérer un ministère.
Le Rénovateur : Pourquoi n’avez-vous pas pensé à décentraliser la manifestation dans d’autres localités du pays ? On semble vous reprocher cela. Ou bien vous avez pensé que cela exigeait beaucoup d’argent.
A.A.S : Je pense que la production artistique ce n’est pas seulement un problème de coût. C’est aussi un problème de volonté. C’est aussi un mode de fonctionnement. Nous, nous avions pensé à décentraliser la manifestation depuis l’année dernière avec cette idée d’organiser chaque mois une semaine régionale du film dans chaque wilaya pour faire à la fin de l’année un festival national à Nouakchott. Je pense, à mon avis, qu’il n’est pas normal que nous organisions des manifestations uniquement à Nouakchott ou dans les grandes villes en ignorant le reste du pays.
Le Rénovateur : Avez-vous pensé pour la(les) prochaine(s) édition(s) à convier d’autres pays pour rendre cette SENAF plus attrayante, plus populaire et lui donner un cachet plus international ?
A.A.S : Certes, nous sommes optimistes et très ambitieux. Nous voulons d’abord faire les choses de manière douce. Ce festival, beaucoup d’institutions et de partenaires ont voulu que cette manifestation soit dans la 2ème édition une manifestation internationale, sous-régionale ou internationale. Nous estimons que ce n’est pas le moment. Il faut attendre encore la 5ème ou peut être la 6ème édition. Il urge d’abord de bien faire les choses sur le plan national.
Le Rénovateur : Comment avez vous vécu la 2ème édition de la SENAF par rapport à l’édition précédente ?
A.A.S : C’était très, très difficile pour moi. J’ai perdu ma mère et ce même jour, on m’a appelé pour m’informer de la déprogrammation par le ministère du film de Pierre Yves. Sur le plan personnel, ce fut très rude. Mais, je suis bien entouré avec des gens pleins d’énergie et qui ont pris cette manifestation comme étant la leur. Et grâce à eux, je n’ai pas senti le poids de l’organisation sur mes épaules.
Le Rénovateur : Qu’est-ce que vous avez donc retenu de cette 2ème édition ?
A.A.S : Je crois que cette manifestation commence surtout à prendre une dimension nationale très importante et quand je dis dimension nationale c’est une dimension qui représente tout le pays. Pendant cette 2ème édition, nous avons pu présenter des films qui évoquent les diversités culturelles et ethniques du pays, présenté des projections de films de jeunes avec une liberté d’expression et une vision cinématographique intellectuelle très claire. J’ose dire que nous sommes sur la bonne voie.
Le Rénovateur : Tout le monde attendait la projection du film «le cercle des noyés » mais finalement il n’a pas été projeté. Quel est votre avis là-dessus ?
A.A.S : je salue d’abord l’initiative du ministère de la culture qui envisage d’utiliser ce film dans une campagne nationale sur le passif humanitaire de même que du discours du Président de la République sur le retour de nos frères. Tout ça nous réconforte. Mais de l’autre coté, je suis inquiet par rapport au calendrier de cette campagne qu’on attend impatiemment. Nous ne sommes pas pressés de voir la projection du film, ce qui nous intéresse c’est le résultat de la campagne, le travail de terrain mais de déclencher une situation, d’arriver à vivre ensemble.
Le Rénovateur : La SENAF est un festival. Peut-on s’attendre donc pour les prochaines éditions à des distributions de prix pour les meilleurs films produits par les cinéastes mauritaniens ?
A.A.S : La SENAF, ce n’est pas encore un festival parce qu’un festival ça reflète l’idée des producteurs, des réalisateurs, des stars. La SENAF, ce n’est pas une rencontre de business, c’est un échange entre des professionnels du cinéma, des jeunes qui rêvent de faire du cinéma et aussi une population qui a soif d’avoir son image.
Le Rénovateur : Combien vous a-t-elle coûté l’organisation d’une telle manifestation ?
A.A.S : 64 millions d’ouguiyas. Nous n’avons reçu que 22 millions d’ouguiyas.

Propos recueillis
pas Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 3 octobre, 2007 )

Abderrahmane A. Salem, directeur général de la maison des cinéastes

« Il n y pas véritablement de cinéma mauritanien…et l’Etat n’a jamais compris que le cinéma est une industrie qui rapporte beaucoup d’argent »

Le cinéma en Mauritanie, à l’image des autres parties de la Culture, souffre cruellement du manque d’appui financier, de considération politique. En attendant que le ministère de la Culture et de la Communication dévoile son organigramme, les cinéastes mauritaniens attendent avec d’espoir et d’impatience que les nouvelles autorités leur accordent plus d’attention.
Le Rénovateur : Quelle est actuellement l’analyse que vous faites de l’état des lieux de la situation du cinéma en Mauritanie ?
Abderrahmane A. Salem : Je préfère dire «cinéma en Mauritanie » que «cinéma mauritanien ». Ça fait déjà une grande différence. C’est parce qu’il y a des choses qui se font et qui n’ont pas souvent une signature mauritanienne. Maintenant, pour ce qui est de l’état des lieux de la situation du cinéma en Mauritanie, il y a trois tableaux. Le premier tableau concerne le travail de nos cinéastes comme Abderrahmane Cissako, Cheikh Mbaye entre autres qui sont présents sur le plan international, sous-régional et continental. Le deuxième tableau est relatif aux initiatives locales de la maison des cinéastes surtout au niveau de Nouakchott, de l’association mauritanienne de la promotion du cinéma, du réseau panafricain des cinéastes représenté par Sidi Ould Bahi. Il y a enfin l’autre tableau moins visible qui concerne l’intervention de l’Etat ou la vision du département de la culture et de la communication.
Le Rénovateur : Dans deux semaines, le cinéma mauritanien sera à l’honneur à travers la SENAF organisée par la maison des cinéastes en partenariat avec le CCF. Un mot par rapport à ce grand événement cinématographique.
A.A.S : Effectivement. D’ailleurs, une partie de notre programme se passera au CCF et durant trois jours, nous allons organiser des débats qui tourneront essentiellement sur la situation cinématographique en Mauritanie. Ce festival c’est une activité nationale presque. En marge de ce festival, il y aura un espace officiel à l’ancienne maison des jeunes où on présentera tous les films de Pierre Yves Vanderweed qui est l’invité d’honneur de la deuxième édition. Parallèlement à cela, on organisera des projections de films dans les quartiers populaires, dans d’autres espaces comme la fondation Moktar Ould Daddah, l’espace culturel Diadié Tabara Camara.
Le Rénovateur : Sans faire de parallèle, peut-on parler de cinéma mauritanien comme on parle du cinéma marocain, français, burkinabé etc ?
A.A.S : Pas du tout ! Je remarque que vous reveniez encore sur le terme «cinéma mauritanien ». Pour le moment, on ne peut pas parler de cinéma mauritanien parce qu’il n y a pas véritablement de cinéma mauritanien. Il y a des tentatives certes mais il n y pas un film ou un cinéma mauritanien. Il y a le cinéma mauritanien représenté dans l’exil par monsieur Abderrahmane Cissako qui est notre grand cinéaste. Il n y pas de cinéma mauritanien parce que nous ne voyons pas nos images sur les médias ou dans les salles de cinéma. Cependant, il y a beaucoup de tentatives.
Le Rénovateur : Et pourtant, malgré de telles tentatives, on a l’impression que ce cinéma est quasi inexistant ou est presque à l’article de la mort ?
A.A.S : Il a commencé à exister dans les années 60 avec feu Hamam Fall qui a pu acheter des salles de cinéma avec Gomez, produire des films avec feu Mohamed Saleck. Malgré qu’il n y ait pas d’école de cinéma, de centre de formation, il y avait un vrai départ. Et le cinéma était contrôlé comme un acte de journalisme, comme une œuvre engagée. Dés le début, on a beaucoup inhibé l’évolution du cinéma. Mais aujourd’hui, quand on regarde la ville de Nouakchott par rapport aux années 60 et 70, il y avait 11 salles de cinéma. Maintenant, c’est beaucoup plus pire parce qu’il n’y a aucune volonté, une vraie volonté de faire changer les choses.
Le Rénovateur : A votre avis, en tant que directeur de la maison des cinéastes, y a-t-il vraiment un moyen de sortir le cinéma en Mauritanie de sa torpeur ?
A.A.S : Mais bien sur ! Il faut d’abord une vraie volonté politique et non pas à discourir tout le temps. Il faut traduire cette volonté en actes concrets, envisager d’abord des programmes de formation dans les milieux scolaires, intégrer le cinéma dans l’organigramme de l’éducation, organiser régulièrement des manifestations cinématographiques. En plus de cela, il faut en profiter pour vendre le décor en Mauritanie et cela c’est quelque chose qui est très importante pour le pays où personne n’a voulu tenter de le faire. Le problème actuel du cinéma mondial c’est un problème de décor naturel.
Le Rénovateur : L’absence de ressources, d’école ou de salles de cinéma, de production, de politique cinématographique nous éclaire un peu sur la situation du cinéma en Mauritanie. Que faut-il faire pour l’impulser ?
A.A.S : Je peux prendre le Burkina Faso qui est un pays pauvre. Et pourtant, chaque année, il organise la plus rencontre cinématographique en Afrique et voire dans le monde. Il y a eu une volonté politique de faire du Burkina Faso un lieu de rencontre et ça a crée beaucoup d’engouement, des espaces de production, de diffusion, d’échanges, de débats, de manifestations. Je crois qu’en Mauritanie, s’il y a cette volonté politique, un texte législatif ou organisationnel sur le cinéma, une intégration de la culture cinématographique dans les milieux scolaires ou la création de centre de formation cinématographique, on pourra absolument faire du cinéma.
Le Rénovateur : Le cinéma en Mauritanie n’est-il pas simplement victime depuis longtemps du manque de volonté politique de la part des autorités de la République ?
A.A.S : Il est totalement voire trop victime de l’absence de volonté politique. L’Etat mauritanien n’a jamais compris que la culture est un outil de développement surtout pour un pays qui a plusieurs ethnies et où la musique, la danse, le cinéma, l’art plastique jouent énormément dans la vision du développement d’un pays. Les hommes d’affaires n’ont jamais compris eux aussi que le cinéma est une industrie qui rapporte beaucoup d’argent. On est dans un pays où la mémoire est très courte et on est très pressé à avoir des résultats du jour au lendemain alors que pour investir dans le cinéma, ça prend beaucoup de temps. L’Etat ne s’intéresse pas du tout à l’art de manière générale.
Le Rénovateur : La maison des cinéastes est peu connue des mauritaniens. Quel est son rôle et pourquoi une telle maison ?
A.A.S : La philosophie est très simple dans la maison des cinéastes. On a fait un diagnostic sur place et on a constaté qu’il y avait plus de salles de cinéma dans les années 60 qu’aujourd’hui. Nous nous sommes posé alors la question pourquoi une telle situation ? En plus du phénomène de la vidéo, de la télévision, il y a une rupture entre les mauritaniens et la culture cinématographique. Pendant les années 60, on n’a pas pu créer un public cinéphile, donner le goût au grand écran parce qu’il n y avait pas un travail d’éducation et d’information. Maintenant, nous, nous avons décidé de faire que de la projection et de la formation destinée à nos professionnels. Dans ce cadre, nous avons organisé des sessions de formation pour les jeunes collégiens et les lycéens, des projections de films dans les espaces publics, à l’intérieur du pays avec notre programme «écran-dromadaire ». Le but c’est d’abord de créer cette culture, l’envie chez les gens. Peut être qu’un jour, les hommes d’affaires seront intéressés par le coté commercial du cinéma.

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 3 octobre, 2007 )

Mamadou Sarr, Secrétaire Exécutif du FONADH

« La question du retour des déportés doit être abordée sans passion dans le cadre d’un dialogue instructif »

Récemment, le Président de la République, dans un discours officiel, a annoncé le retour imminent des déportés mauritaniens restés encore au Sénégal et au Mali. Cette décision a été beaucoup saluée par les associations de défense des droits de l’Homme parmi lesquelles le FONADH qui a toujours suivi ce dossier épineux.

Le Rénovateur : Peut-on savoir le nombre de réfugiés mauritaniens restés encore au Sénégal et au Mali ?
Adama Sarr : C’est très difficile d’avancer des chiffres exacts. Le dernier recensement sur lequel on peut se fonder aujourd’hui a été effectué en 1995. Ce recensement évaluait à 66.000 le nombre de réfugiés mauritaniens au Sénégal et 18.000 au Mali. Cependant, entre temps, il y a eu des anciens déportés qui sont rentrés. Ceux qui sont rentrés par le biais du H.C.R. sont 32.000 et ceux qui sont rentrés de leur propre gré ou de leurs propres moyens sont estimés entre 8 à 10.000. Raisonnablement, il devrait rester entre 20.000 au Sénégal et 15.000 au Mali. Ce sont là que des chiffres approximatifs. Le seul moyen de déterminer exactement le nombre de déportés c’est de faire une identification et un recensement exhaustifs des réfugiés mauritaniens restés encore au Sénégal, Mali et même ailleurs.
Le Rénovateur : Vous nous donnez des chiffres dissemblables. Qu’est-ce qui explique, à votre avis, qu’on n’a pas de chiffres exacts ?
A.S. : On ne peut pas donner de chiffres précis parce que jusque là, il n y a pas eu de recensements répétitifs. S’il y en avait eu, on serait fixé. Aujourd’hui, la première tache à faire, dans la mesure où il y a une volonté politique de régler ce problème, c’est de pouvoir faire un recensement exhaustif. Les gens sont en train d’avancer des chiffres avoisinant entre 700.000 et 500.000, des chiffres assez fantaisistes. C’est pourquoi, je reste prudent par rapport aux chiffres et il faudrait être très circonspect. Et comme il n y pas de recensement exhaustif, il faut avoir une certaine réserve par rapport aux chiffres.
Le Rénovateur : Peut-on penser donc que les chiffres sur les déportés mauritaniens ont été manipulés par les autorités de l’époque qui ont toujours nié cette réalité douloureuse ?
A.S. : Le plus important, aujourd’hui, c’est le fait qu’on reconnaisse qu’il y a des déportés qui sont encore au Sénégal et au Mali, des mauritaniens qui ont été victimes des événements de 89 et qui demeurent encore dans des conditions inhumaines et enfin une volonté politique pour que ces personnes puissent rentrer dans la dignité et recouvrir tous leurs droits. Le nombre, ce n’est pas ça l’essentiel. Il faudrait éviter le débat sur les chiffres. Certaines personnes essaient de créer des problèmes par rapport aux chiffres et soutiennent que la Mauritanie sera envahie par toute l’Afrique de l’Ouest. Ce qui est erroné.
Le Rénovateur : Maintenant que les desseins de l’Etat mauritanien sur la question des déportés sont formels, faut-il en conclure que toutes les victimes de ces années sombres vont recouvrir tous leurs droits comme vous l’avez toujours souhaité ?
A.S. : Le retour n’est pas une fin en soi. Ce qui est important, une fois que ces hommes et ces femmes rentrent, qu’ils puissent être rétablis dans tous leurs droits. Au moment de leur déportation, toutes leurs pièces d’identification ont été déchirées. Parmi ces déportés, il y avait des fonctionnaires, des éleveurs, des paysans qui ont subi des préjudices lesquels doivent être réparés. Je crois comprendre, dans la déclaration du Président de la République, il est mentionné que ces personnes vont être rétablies dans tous leurs droits. Une fois que ces personnes seront de retour, il faudrait qu’on évalue les pertes en conséquence, soit leur restituer leurs biens ou sinon les indemniser.
Le Rénovateur : Vous parlez d’indemnisations. Mais de quelle manière vont-elles se faire et est-ce que l’Etat est prêt à l’accomplir pour toutes les victimes sans exception ?
A.S. : Maintenant, comme on a dit, ce sera des modalités pratiques. Si le principe de l’indemnisation est résolu, le reste, je crois autour d’une table, on pourra trouver des solutions. Je ne peux pas anticiper, mais en tout cas, si effectivement, nous sommes associés, au moment venu, nous allons faire des propositions. Comme nous l’avons toujours dit, il faut impliquer les victimes, les intéressés. Tous les autres ne sont que des facilitateurs mais le plus important, c’est que ces victimes ne soient pas mises à l’écart. C’est aussi valable pour les autres dossiers comme le passif humanitaire ou l’esclavage.
Le Rénovateur : Le FONADH que vous dirigez et qui est très actif dans le dossier des réfugiés mauritaniens a-t-il été associé au programme de réinsertion concocté par l’Etat mauritanien ?
A.S. : Officiellement, non. Nous espérons qu’au moment venu, nous allons l’être parce que nous estimons qu’au sein du FONADH, il y a beaucoup de victimes et on ne peut pas le marginaliser sur cette question qui a été toujours inscrite parmi nos préoccupations. Nous apporterons notre contribution avec nos différentes organisations qui ont eu à travailler sur cette question à laquelle chaque mauritanien doit s’impliquer pour que réellement nous trouvions une issue à ce problème qui a tant divisé notre peuple pendant des années. Aujourd’hui, pour recoller les morceaux, il faudrait bien que tout le monde s’approprie cette question. Si cette démarche est menée, il n y a pas de raison que ce problème ne soit pas réglé.
Le Rénovateur : Si le FONADH n’est pas associé à ce programme, allez-vous oui ou non soutenir cette initiative de l’Etat mauritanien ?
A.S. : On ne peut pas contourner notre organisation qui est aussi une organisation où se trouvent des victimes. Si demain, on doit régler ce problème des victimes, il faudrait que ces dernières soient associées. Dans la mesure où on est en train de lancer des appels à tous les pans de la société, je pense que le FONADH ne peut pas être en reste d’autant plus que je peux dire que c’est l’une des organisations qui maîtrisent bien ce dossier parce qu’elle a toujours suivi ce dossier. Pour nous, l’essentiel, c’est que nous tirons dans le même sens pour que nous trouvions une issue heureuse à ce problème.
Le Rénovateur : Le discours du Chef de l’Etat sur les réfugiés mauritaniens a suscité beaucoup de réactions positives. Cependant, il y a des gens qui semblent s’opposer à cette décision officielle ?
A.S. : Nous, du FONADH, nous avons beaucoup apprécié le discours du Chef de l’Etat sur le retour des déportés qui a été toujours notre préoccupation, notre revendication. Effectivement, certaines personnes ne souhaiteraient pas que ce problème soit réglé parce que les acteurs, jusqu’à présent, sont là. Ils ont participé à ce qui s’est passé durant ces années de braise. Donc, certainement, ils ne sont pas favorables à cette décision. Heureusement, c’est un courant minoritaire. Dans ce genre de problèmes aussi complexes, on ne peut pas avoir l’unanimité par rapport aux conditions. Il est dans l’intérêt de la Mauritanie de régler ce problème et non le laisser pourrir. La question du retour des déportés doit être abordée sans passion dans le cadre d’un dialogue constructif. Telle est notre approche.
Le Rénovateur : Vous avez été déporté et victime d’une politique d’exclusion…
A.S. : Effectivement, j’ai été déporté comme beaucoup d’autres mauritaniens. A un moment donné, on peut dire que c’est la folie qui a gagné le régime de l’époque. Ce qui s’est passé, on doit le qualifier d’acte génocidaire. S’il y a un conflit entre deux états, c’est à eux de le résoudre. Il ne faudrait pas que les populations en soient victimes. Les déportations n’ont concerné qu’une seule communauté qui n’avait rien à voir avec ce qui s’est passé. La Mauritanie, malheureusement, en a profité pour se débarrasser d’une composante de sa communauté. C’est cet acte qu’il ne fallait pas entreprendre. Aujourd’hui, il faut panser cette plaie pour que plus jamais aucun régime ne puisse s’en prendre à une seule communauté.
Le Rénovateur : A votre avis, entre pardonner, se dire la vérité, oublier ou poursuivre les bourreaux, que fait-il faire ?
A.S. : Il faut d’abord un impératif de vérité et aussi un devoir de justice. Une fois, ces conditions réunies, on peut tendre vers la réconciliation. On ne peut pas pardonner comme ça, non ! Il y a des choses qui se sont passées. Il faut qu’on sache véritablement qui sont les auteurs de tels actes condamnables. Ce n’est pas, comme le pensent certains, remuer le couteau dans la plaie, non ! Par exemple, si je prends le cas du passif humanitaire, les veuves ont besoin de faire leur deuil, de savoir la vérité, de connaître dans quelles conditions leurs maris ont été massacrés. Ce sont les victimes seules qui peuvent pardonner parce que c’est elles qui ont subi dans leur sang et leur chair ce qui s’est passé. Toutes ces victimes n’ont aucun esprit de revanche. Tout ce qu’elles veulent, c’est qu’elles soient rétablies dans tous leurs droits et que la vérité soit dite.

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 3 octobre, 2007 )

Siré Camara, directeur de l’Espace Culturel Diadié Tabara Camara

« la politique culturelle et de jeunesse a été longtemps occultée… »

Depuis septembre 2006, cet Espace culturel qui porte le nom d’un illustre instituteur mauritanien existe. Ce temple de promotion du savoir situé dans le quartier de la Socogim est peu connu des mauritaniens. Entretien avec son directeur.

Le Rénovateur : Depuis un an, l’Espace culturel Diadié Tabara Camara existe. Mais en réalité, il est moins connu que les autres centres culturels de Nouakchott. Comment expliquez-vous cela ?
Siré Camara : C’est tout à fait normal. Ces centres auxquels vous faites allusion existent depuis plus de trente ans. Ce n’est pas étonnant que notre centre soit moins connu. Mais depuis notre existence, nous avons quand même fait des choses assez intéressantes et les gens d’ailleurs commencent à apprécier notre travail. En un an, nous avons organisé deux événements majeurs. Nous avons initié «la quinzaine de la démocratie ».C’était une première en Mauritanie. Elle a eu lieu au mois de février dernier. Au cours de cette quinzaine, il y a eu des conférences-débats, des discussions et des projections de films qui ont permis à beaucoup de jeunes d’exprimer leurs idées. On a reçu même le représentant du système des nations unies en Mauritanie et cette quinzaine a été beaucoup saluée. C’est un événement qui avait fait beaucoup de bruit. L’autre événement c’était «regards sur la ville ». C’est un projet qui a été réalisé en partenariat avec la coopération française et RFI. Cet événement aussi a eu beaucoup de succès.
Le Rénovateur : Pourquoi cet Espace Culturel porte-t-il le nom de Diadié Tabara Camara et qui était-il ?
S.C : Nous avons voulu d’abord donner à cet espace culturel un nom authentiquement mauritanien. Nous avons choisi ce nom parce que tout simplement Diadié Tabara Camara est un des premiers instituteurs du pays à être sorti de l’école coloniale de Rosso. Il a été directeur d’école et inspecteur de la jeunesse. Il a été un des membres fondateurs de la Semaine de l’Amitié et de la Fraternité qui est un événement d’intégration des jeunes de la sous région(Kayes, Bassi, Labé, Tamba). En plus de tout cela, la maison lui appartient. S’il n’avait pas mis sa maison à notre disposition, cet espace culturel n’aurait certainement pas existé.
Le Rénovateur : Les centres de culture font défaut dans notre pays et pourtant ils sont essentiels pour l’éducation et le savoir des jeunes. Mais on a l’impression que les pouvoirs publics ne participent pas à leur essor ?
S. C : Pourquoi ne participent-ils pas à leur essor ? C’est une question qui mérite d’être posée. C’est une politique culturelle, de jeunesse qui a été longtemps occultée en Mauritanie. C’est ce qui explique ce vide dans le milieu culturel. Ce vide se caractérise par le manque de structures pour dynamiser, gérer et promouvoir toutes les idées qu’on retrouve chez les jeunes. C’est aussi un manque de volonté politique, de compétence tout simplement. Cette situation n’est pas seulement propre en Mauritanie. Mais la situation dans notre pays est quand même assez frappante. Et d’ailleurs, cet espace est né suite à des discussions avec des jeunes qui disaient qu’ils ne pouvaient pas s’amuser ni échanger des idées.
Le Rénovateur : Alors que faut-il faire à votre avis ?
S.C : Je pense qu’il faut en créer. Normalement, dans chaque quartier, il doit y avoir un espace culturel.
Le Rénovateur : Peut-on savoir les raisons qui vous ont poussé à créer cet Espace Culturel ?
S.C : Les raisons sont multiples. Moi, je suis animateur socioculturel et j’ai vécu en France depuis 17 ans. J’ai crée cet espace pour permettre aux jeunes de s’exprimer mais aussi de garder un lien avec leur passé tout en s’ouvrant au monde extérieur. D’autre part, maintenant tout le monde parle de réconciliation mais pour se réconcilier, il faut avoir des structures, des espaces où on peut se retrouver et échanger. Mon souhait, c’est aussi que les mauritaniens puissent se retrouver quelles que soient leur origine, leur ethnie, leur âge, leur catégorie sociale et discuter pour essayer de trouver des solutions à leur problème.
Le Rénovateur : Si vous aviez un mot à dire au ministre de la Culture Mohamed Vall Ould Cheikh, ce serait quoi ?
S.C : Qu’il vienne voir les jeunes, les rencontrer, les écouter, discuter avec eux et voir nos activités.
Le Rénovateur : Acheter des livres, des équipements matériels, organiser des activités culturelles, bref, faire fonctionner un espace culturel exige beaucoup de moyens financiers et humains. Est-ce que cela signifie que vous tenez solidement le bout de la corde ?
S.C : Très difficilement. Il faut savoir que cet espace a été crée sur fonds propres. C’est des millions que j’ai investis dans ce projet. Il n y a pas eu une goutte de subvention de qui que ce soit. Les subventions sont venues bien après. Mais c’est très insuffisant par rapport à nos besoins. Et aujourd’hui, nous voulons que l’Etat nous appuie. Ceci dit nous avons aussi besoin d’être reconnue d’abord. Certes nous sommes sous la tutelle du ministère de la Culture et nous voulons être aidés dans notre travail sinon nous ne pourrons pas tenir.

Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 3 octobre, 2007 )

Fara Bâ

« il faut lutter impérativement contre l’oubli… »

« Le cercle des noyés » est un film documentaire réalisé par Pierre Yves Vanderweerd, un réalisateur belge. Ce film raconte l’histoire douloureuse des détenus de la prison de Oualata. Ce film, qui a eu beaucoup de succès en Europe sera projeté selon toute vraisemblance, entre le 23 et le 29 juin en Mauritanie. En attendant la projection du film dans notre pays, Fara Bâ, narrateur du film, a bien voulu nous en parler un peu plus sur ce film.

Le Rénovateur : Comment une expérience carcérale a-t-elle pu inspirer un film ?
Fara Bâ : Ce film est né d’une rencontre entre le cinéaste belge Pierre Yves Vanderweerd et moi. Je lui ai raconté mon histoire en tant qu’ancien détenu politique du bagne de Oualata et l’histoire l’avait beaucoup bouleversée. De là nous avons voulu réaliser cette histoire. C’est un film sur les droits humains. C’est un travail de mémoire que nous avons fait ensemble, un devoir de mémoire parce que celle-ci, il faut la préserver. Il faut donner de la valeur à la mémoire. C’est un film contre l’oubli. C’est très important de faire cette mise au point. Nous pensons également que ce film pourrait servir de thérapie en Mauritanie, parce que nous avons fait une véritable descente aux enfers pendant la garde-à-vue en prison. Nous avons subi les tortures les plus atroces et cela a été durement pénible.
Le Rénovateur : Pourquoi le choix sur votre personne pour faire la narration historique ?
Fara Bâ : Bon, c’est une rencontre par le biais d’amis. Un ami personnel précisément a permis cette relation et de parler des arrestations de 86, des conditions de détention. C’est de là qu’a germé l’idée de faire un tel film. Et c’est extrêmement important puisque le film doit être projeté ici en Mauritanie. Nous pensons qu’il va servir comme une sorte de cataclysme. Tout le monde saura que ce que nous avons vécu a été atroce et innommable. Et cela va pousser les mauritaniens à s’interroger, se poser des questions, qu’on se dise plus jamais ça dans notre pays. Cela est essentiel.
Le Rénovateur : Vous êtes le narrateur du film, du point de vue technique comment ça s’est passé ?
Fara Bâ : Je devrais dire d’emblée qu’il s’agit d’un film documentaire. Ce n’est pas une fiction. Je ne suis que le narrateur du film. Il y a un texte qu’il faut lire. Cette narration est soutenue par des images du quotidien de la Mauritanie parce que le cinéaste a pu filmer le fort, des scènes de vie quotidienne à Nouakchott, sur la route de l’espoir. Il y a également l’interview de mon épouse.
Le Rénovateur : Qu’est-ce que vous avez ressenti lorsqu’on vous a proposé de relater votre vie carcérale dans un film documentaire ?
Fara Bâ : Moi-même, j’ai beaucoup poussé Pierre à faire ce film là parce que pour moi c’était une nécessité. Et évidemment, je ne suis pas le seul à œuvrer pour la réalisation de ce genre de film. J’ai travaillé avec d’autres amis qui étaient avec moi en prison, avec des camarades d’infortune qui ont apporté leurs témoignages parce que ce film là c’est la somme de plusieurs témoignages.
Le Rénovateur : Pourquoi avez-vous attendu si longtemps pour faire un film sur votre vie carcérale alors que vous pouviez même le faire sous le régime de Taaya. Pourquoi un tel choix ?
Fara Bâ : Nous avons pensé que c’était périlleux de faire ce film à cette période. Parce que comme vous le savez, Taaya était un dictateur. Notre pays a vécu une dictature exécrable et détestable et qu’il aspirait à une pérennité. C’était donc risqué d’entreprendre ce film là. Donc on a attendu mais l’attente a été un peu longue parce que nous avons commencé à nous concerter depuis 1996.A un moment donné, j’ai dit à Pierre que nous allons faire ce film advienne que pourra parce qu’il faut que la mémoire soit préservée. Il faut lutter impérativement contre l’oubli.
Le Rénovateur : On sait très bien que la vie carcérale laisse des souvenirs inoubliables. A votre avis, est-ce que ce film a constitué pour vous une sorte de délivrance ?
Fara Bâ : La prison, elle est extrêmement dure surtout quand vous êtes privé de liberté, quand vous subissez l’enfermement. C’est toujours une expérience pénible. Quand on sort de prison, on en sort souvent diminué. Mais c’est bon de pouvoir extérioriser ce qu’on a enduré en prison. Je pense que ça sert aussi à décompresser. Je voulais dire malgré tout ce que nous avons enduré, les tortures, l’enfermement, la privation, je n’ai pas de rancune contre personne. Je ne suis pas animé par un quelconque désir de vengeance que ce soit.
Le Rénovateur : Et vous pensez en vue de tout cela que ce film aura un écho favorable en Mauritanie notamment chez certaines élites politiques ou lobbies ?
Fara Bâ : Je pense qu’avec la nouvelle donne en Mauritanie, il y a un changement extrêmement important. Il y a un processus démocratique très significatif qui a été enclenché. Je ne pense pas que le nouveau régime puisse brandir encore la censure. J’ai la ferme conviction que ce film va sortir et il est prévu qu’il sorte ici entre le 23 et le 29 juin. S’il sortait également, il faudrait qu’il y ait un débat après la visualisation du film par rapport aux dimensions droits de l’homme, culturelle, politique et mémorielle. Je pense que tout cela est essentiel.
Le Rénovateur : Pensez vous que ce film a pu restituer l’essentiel de cette période que vous avez ou bien est-ce que ça était une restitution parcellaire d’une grande souffrance que vous avez vécu ?
Fara Bâ : Je voudrai rappeler que dans ce film, il n y a aucune incitation à la violence ni à la haine. C’est un film documentaire tout simplement. Maintenant, restituer ce que nous avons vécu ce n’est pas possible. Mais je pense que l’essentiel a été dit dans ce film par rapport à ce que nous avons enduré. Ce film c’est par rapport à un vécu. Il y a des choses que j’ai vues, que j’ai endurées, des analyses que j’en ai faites. Et ce n’est pas certes comme cela l’évoquerait une personne qui n’a pas connu tout cela. Moi, je pense avoir dit l’essentiel sans choquer qui que ce soit, c’est mon sentiment. Il y a eu des réactions. Certains ont pensé qu’il fallait faire une fiction par rapport à ce vécu, qu’il fallait reconstituer les chaînes que nous avions aux pieds, les tortures que nous avons subies, les jaguars, la brique le soir où vous êtes à genoux…
Le Rénovateur : Vous avez partagé avec Boye Harouna la même cellule. Est-ce que son livre vous a été d’une certaine utilité dans le cadre de la réalisation de ce film ?
Fara Bâ : J’ai lu son livre il y a quelques temps mais j’avoue que je n’ai pas pris de notes après lecture du livre de mon ami Harouna Boye. Je me suis fondé sur mon expérience personnelle, sur ce que j’ai enduré, ce qui me reste dans la mémoire. Je ne me suis pas appuyé sur ce livre à vrai dire sur ce livre pour faire faire ce film.
Le Rénovateur : Que représente pour vous la prison de Oualata ?
Fara Bâ : Elle a été nommée le mouroir de Oualata. Je ne pense qu’il y ait en Mauritanie une prison aussi dure parce que la prison de Oualata est au même titre que celle de Tazmamarte au Maroc ou bien le camp Boiro en Guinée d’autres prisons tristement célèbres. Ça c’est une situation particulière parce que c’est des militants du FLAM qui ont été arrêtés. Il fallait les casser systématiquement, les humilier pour que ça serve de leçons et que d’autres ne tentent plus de poser les problèmes des négro africains et ceux de la cohabitation. Je pense que cette prison est assez spéciale pour moi parce que nous avions des arrêtés aux pieds, nous sommes restés cinq mois sans se laver, nous avons été torturés en prison sans compter les injures du lieutenant qui commandait le fort, on nous a traités de juifs, de sales nègres.
Le Rénovateur : Quelques années après cette période de braise, qu’est ce que vous éprouvez envers ceux qui vous ont torturé dans la geôle de Oualata ?
Fara Bâ : Je rencontre souvent mes tortionnaires. D’ailleurs dans ce film, cette situation est évoquée. On se salue, c’est comme si de rien n’était. On s’enquiert des nouvelles de la famille et ça s’arrête là. Comme je l’ai dit tantôt, je ne suis pas animé par un sentiment de vengeance. Moi je veux qu’on dépasse tout cela. Evidemment, il faut que la vérité soit dite, qu’il y ait une réconciliation nationale. Il y a des problèmes plus graves et nous savons qu’en 1990, il y a eu des exécutions sommaires et extrajudiciaires, des massacres contre des négro africains. Tant que ces problèmes ne sont pas réglés, on ne peut pas parier la pérennité de la Mauritanie et de sa viabilité.
Le Rénovateur : A Oualata, il y a eu des décédés parmi les détenus. Est-ce qu’ils tiennent une certaine place dans ce film ?
Fara Bâ : Bien évidemment, on a parlé de ceux qui sont morts dans la geôle de Oualata dans le film. Nous avons perdu Ken Youssou Guéye qui est mort à la prison de Néma, Taphsir Diop, Abdoul Khoudouss Bâ et Alassane Oumar Bâ. Dans le film, il y ales tombeaux qui sortent. C’est une scène de nuit très poignante et leurs photos ont apparu dans ce film.

Entretien réalisé par
Cheikh Tidiane Dia et Babacar Baye Ndiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 3 octobre, 2007 )

Madame Marième Daddah

Pour la première fois de son existence, la fondation Moktar Ould Daddah peu connue des mauritaniens a tenu sa première Assemblée générale constitutive ce 19 Mai à son siège de l’îlot O à tévragh Zeina. Le Rénovateur a profité de cette occasion pour s’entretenir avec Madame Marième Daddah, Présidente de la Fondation.
Le Rénovateur : Depuis le 30 juin 2004, votre association a été reconnue par l’Etat mauritanien. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour tenir votre première Assemblée Générale ?
Madame Marième Daddah : Nous avons attendu trois années pour différentes raisons. Il y a d’abord les contextes politiques qui ont été assez variés pendant cette époque précise. Mais aussi, il y a eu ma volonté d’asseoir la Fondation, de lui donner des assises véritables. Je ne m’imaginais pas une telle Assemblée il y a deux ou trois ans. Je n’étais pas prête. Voilà succinctement les raisons pour lesquelles on a tardé à tenir notre première Assemblée Générale.
Le Rénovateur : Beaucoup de jeunes ne connaisent pas assez bien le Président Moktar Ould Daddah. Quelles sont les actions que vous comptez mener pour faire rayonner sa mémoire auprès des générations présentes et futures ?
Mme. M.D : C’est une question intéressante dans la mesure où c’est une obsession pour moi de toucher la jeunesse qui est le trésor de ce pays. C’est sur elle qu’on doit porter l’essentiel de nos efforts. Ce que vous ne savez peut être pas c’est que cette jeunesse vient elle même à la Fondation. C’est une occasion d’insister de manière assez précise là-dessus : la Fondation prend des initiatives c’est vrai mais je souhaite qu’elles viennent du peuple mauritanien et en particulier de sa jeunesse. C’est cela qui m’intéresse.
Le Rénovateur : Que reste-t-il de l’héritage du Président Moktar Ould Daddah ?

Mme.M.D : J’espère beaucoup de choses. L’histoire et la mémoire ont été occultées pendant ces trente dernières années. Trente ans c’est plus qu’une génération et c’est la raison pour laquelle vous aviez dit tantôt que les jeunes ne le connaissent pas assez bien. Il est décédé- que Dieu l’accueille dans son paradis- en 2003 mais il est plus que jamais présent. Ce qui reste de lui, c’est l’essentiel c’est-à-dire une manière de gouverner, de voir l’avenir de la Mauritanie, un ensemble de valeurs basées sur la probité intellectuelle, la transparence, l’amour de la patrie et le respect du peuple mauritanien.
Le Rénovateur : Vous connaissez assez bien le nouveau Président de la République et du reste, il vous a reçue récemment en audience au palais de la République. Quelles relations entretenez-vous avec lui ?
Mme. M.D : Lorsqu’il a décidé de se mettre en politique, aux affaires comme il disait, il m’a rendu visite au mois de décembre 2006 et à sa demande pour me présenter son programme et ses projets. J’avais trouvé cette démarche très agréable et pertinente aussi. Effectivement, non seulement je l’ai rencontré après son élection mais à son investiture récemment il y a quelques jours. Nous avons ensemble évoqué la situation actuelle du pays et notre disponibilité pour l’aider à relever les défis qu’il s’est donné et qui sont très lourds et graves. Il a besoin de la participation de chaque mauritanien.
Le Rénovateur : Vous êtes partisane de la valorisation des hommes du passé qui ont été actifs dans la construction du pays pendant les premières années de l’indépendance. Pourquoi un tel choix ?
Mme M.D : Eh bien, ce choix s’explique pour le respect de l’histoire ! Ce n’est pas parce que Moktar a été le leader incontesté de cette période. Il a fondé l’Etat-Nation mauritanien, personne même ceux qui ont des réserves à son égard ne peuvent le nier mais ce travail n’a pas été fait seul. Il a fait ce travail avec des gens, des ministres, des ambassadeurs, des gouverneurs et tous les fonctionnaires qui ont travaillé avec lui de même que les membres du parti peuple mauritanien. Tout ce monde là fait partie de l’histoire. Je pense qu’il est heureux, bon et bien de les associer à l’œuvre de construction nationale du Président Moktar.
Le Rénovateur : A un moment donné de votre vie, vous avez été aux contours du pouvoir. Quel parallèle faites- vous entre la Mauritanie des années 60 et celle d’aujourd’hui ?
Mme M.D : Je me suis jusqu’ici interdite de faire des comparaisons pour deux raisons principales. D’abord, c’est difficile de la faire. La Mauritanie des années 60 s’inscrivait dans un contexte régional et international qui n’est plus du tout le même aujourd’hui. La deuxième raison est la plus importante à mon avis c’est-à-dire mon refus de me transformer en tribunal. Je ne porterai pas de jugements. Le rôle de al Fondation c’est de faire reconnaître l’œuvre du Président Moktar. Parce qu’elle est méconnue et occultée. Elle a été volontairement cachée et cela est mauvais. Je suis obligée de le dire. Je pense que l’histoire aura son rôle et que les mauritaniens sont assez intelligents pour en tirer les conclusions qu’ils doivent en tirer.
Le Rénovateur : On entend pas assez souvent la Fondation Moktar Ould Daddah. Qu’est-ce qui explique ce manque de visibilité?
Mme M.D : Elle s’explique par le contexte dans lequel il est né et qui n’était pas favorable. C’est en bousculant un peu les choses qu’on a été finalement reconnu en juin 2004. Cela s’explique aussi par le fait qu’au début notre Fondation n’avait pas assez de membres et que la communication n’était pas assez importante bien qu’on ait fait beaucoup de choses.
Le Rénovateur : L’unité nationale vous tient certes à cœur. Est-ce à dire que vous avez des appréhensions ?
Mme M.D : Avoir des appréhensions serait une attitude négative. Je constate des faits qui se sont déroulés ces trente dernières années et qui ont ébranlé l’unité nationale. Qu’il s’agisse des conflits tribaux, de personnes, de culture, rien n’a été fait. Il faut que nous vivions nos différences comme une richesse. Et pour qu’elle le soit, il faut qu’on apprenne à se connaître les uns les autres et à se respecter pour faire ensemble quelque chose. C’est cela une nation. On a un passé commun et Dieu sait qu’il est long, passionnant, intéressant et riche. On doit bâtir un avenir commun et pour cela il faut qu’on se connaisse et s’aime entre nous.
Le Rénovateur : Pensez-vous que cette unité passera par l’instauration d’une véritable justice qui est un axe de la démocratie ?
Mme. M.D : Bien sur ! Une justice digne de ce nom qui soit séparée des autres pouvoirs. S’il n y a pas cela, ce n’est pas possible de parler de démocratie. D’abord donc une justice qui en soit une. En ce moment là, on pourra espérer établir un régime démocratique je dirai à la mauritanienne. Il faut quand même que nous gardions un peu de recul par rapport aux systèmes importés de l’extérieur avec des histoires et des cultures différentes.
Le Rénovateur : Vous êtes une femme ambitieuse et par rapport à la Fondation, qu’est-ce qui vous préoccupe et que vous aimeriez voir se réaliser ?
Mme M.D : Une Mauritanie qui a retrouvée sa dignité, son unité, sa place dans le monde. Elle avait une place dans le monde arabe et en Afrique. Une Mauritanie fraternelle, crédible pour les investissements extérieurs, qui s’enrichit et connaît une forte croissance mais cela ne suffit pas. Je veux une répartition équitable et juste pour nos ressources nationales et pour cela je compte sur les mauritaniens. C’est eux seuls qui doivent prendre leur destin en main. L’aide extérieure ne pouvant jouer qu’un rôle d’appoint important mais le destin c’est nous qui devons le prendre entre nos mains. Jusqu’ici, j’ai le sentiment que ce principe n’a pas été respecté et cela m’afflige.
Le Rénovateur : Et Ahmed Ould Daddah, quelles sont vos relations ?
Mme M.D : La fondation Moktar Ould Daddah n’est pas un parti politique. Nous ne cherchons pas le pouvoir. Nous avons des objectifs à long terme. Nous ne cherchons ni fonction ni argent. Ahmed Ould Daddah est le demi frère de Moktar. Il a crée depuis longtemps son parti politique. Il vit sa vie de leader politique et chacun fait ce qu’il doit faire pour le pays.
Interview réalisée par Babacar Baye Ndiaye

( 3 octobre, 2007 )

Madame Aminétou Mint Ely Moctar: »L’expérience a montré que la majorité des postes dirigés par des femmes marchent mieux que ceux dirigés par les hommes »

Dans l’interview suivante qu’elle a accordée au Rénovateur Quotidien, madame Aminétou Mint Ely, qui a reçu récemment un prix de la République française, «gicle» ses vérités sur certaines personnes qui ne voudraient pas que la femme mauritanienne s’émancipe ou participent à la gestion de ce pays. Et selon elle, il faut des critères de choix et tant qu’on nommera des gens sur le clanisme, le régionalisme ou le tribalisme, la femme n’avancera pas. Elle n’a pas manqué l’occasion de saluer aussi la détermination des femmes mauritaniennes.

Le Rénovateur : Votre association est-elle bien impliquée dans l’égalité des sexes ?

Aminétou Mint Ely : Notre association a pour objectif l’égalité entre les sexes. C’est parce que nous estimons qu’elle peut jouer un rôle dans le développement de ce pays. Cependant, nous ne pouvons pas dire que la femme est l’égal de l’homme sans qu’elle ne soit en mesure d’accomplir toutes les tâches accessibles pour les hommes. En d’autres termes, elle doit avoir sa parole, être associée à la prise de décision. Elle doit produire et avoir une capacité intellectuelle, de gestion et d’analyse qui va lui permettre de jouer le rôle qui lui est dévolu, le rôle d’égal à égal avec l’homme.

Le Rénovateur : L’Etat vous soutient-il en tant qu’association de femmes leaders dans l’émancipation des femmes mauritaniennes ?

AME : C’est à la femme d’arracher ce qui lui revient de droit. Ce n’est pas à l’Etat encore moins les partis politiques qui vont lui donner ce droit. Je pars du principe que la personne ne peut trouver que ce qu’elle a arraché de ses propres moyens et de ses propres luttes. Dans la production, dans les partis politiques, dans la société civile, dans le développement, dans le mouvement associatif, les femmes sont impliquées et dynamiques. Tout cela, c’est elle-même qui s’est montrée capable de le faire, c’est elle-même qui s’est engagée. C’est vrai qu’il y a eu des opportunités qui lui ont été offertes. Mais il y a aussi leur dynamisme, leur capacité et leur volonté de s’organiser, d’être à la hauteur des choses qu’on leur donne et de participer à la construction de ce pays et à son développement économique, social et politique.

Le Rénovateur : Tantôt, vous avez fait allusion à des opportunités qui ont été offertes à la femme mauritanienne…

AME : La femme mauritanienne, depuis longtemps, s’est toujours intéressée à la politique et à connaître le monde dans lequel elle vit. Dans ce cadre, lors des journées de concertations d’octobre 2005, il y a eu une large participation des femmes et surtout des groupes qui se sont formés pour faire un plaidoyer en demandant l’accès des femmes aux sphères de décision. Et n’oublions pas que l’expérience a montré que la majorité des postes dirigés par des femmes marchent mieux que ceux dirigés par les hommes. Elles sont plus correctes dans leur gestion. C’est très rare de voir des femmes qui font des détournements. Ces journées de réflexion ont permis aux femmes d’avoir le quota des 20%. Malgré que je sois pour ce quota qui n’est qu’un moyen vers l’égalité, j’estime qu’il doit y avoir égalité. Je félicite le régime actuel des pas qu’il a franchis vers l’émancipation des femmes mais il reste encore surtout dans l’application effective du quota.

Le Rénovateur : Et que dites-vous à ceux qui disent ou pensent que l’émancipation de la femme mauritanienne constitue une aspiration utopique ?

AME : Cela me fait rire parce que ça ne m’étonne pas. Il y a des moments que la Mauritanie a vécus et que personne ne croyait plus à rien. Il y a quelques années, nous ne croyions pas qu’il y aurait un jour changement, que nous parlerions de démocratie dans notre pays, qu’il y aurait un président de la République élu démocratiquement, qu’il y aurait une loi criminalisant l’esclavage, qu’il y aurait le retour des déportés. La population mauritanienne est constituée aujourd’hui de 53,6% de femmes. Comment développer ce pays alors que la grande majorité est exclue ? Ce n’est pas seuls les hommes qui peuvent développer ce pays ni économiquement, ni juridiquement, ni socialement. Il faut l’effort de tous dans le respect, dans l’égalité et dans la justice entre les êtres humains. Il ne faut pas perdre de vue que c’est la femme qui porte tout dans la société mauritanienne.

Le Rénovateur : Pensez-vous que l’Etat mauritanien est bien armé pour relever les défis de l’émancipation de la femme mauritanienne ?

AME : Pas vraiment. Car, il y a des gens qui sont enchaînés par les coutumes, par une confusion entre la coutume et la religion. C’est une force rétrograde qui empêche la femme d’être égale à l’homme. On entend cela tous les jours à la radio, à la télé mais en réalité, ils ne veulent pas admettre cette émancipation. Par exemple, l’un de nos célèbres imams s’est même insurgé dans un prêche contre la nomination des femmes ambassadrices. Une femme peut être astronaute et conserver le principe de sa religion et tout ce qui est en relation avec ses coutumes et traditions qui n’ont rien à voir avec la religion. Nous continuerons à nous battre pour renforcer la capacité des femmes enchaînées par des structures étatiques qui ne fonctionnent pas et qui ne font rien en ce sens-là. Les pratiques qu’ils font sont contraires à la politique générale de l’Etat.

Le Rénovateur : Qu’est-ce qu’une femme émancipée pour vous ?

AME : Chaque pays a sa vision des choses. Nous sommes des pays africains. Nous avons nos valeurs, nos traditions. Ceux qui se gênent de nos valeurs et de nos traditions qui ne sont pas contradictoires avec la charria et celle-ci a donné à la femme tous ses droits. Mais il y a une confusion chez nous entre charria et les traditions. Nous voulons une charria débarrassée des traditions. Nous voulons aussi une émancipation égalitaire d’une vision africaine et non européenne.

Le Rénovateur : Succinctement, comment pouvez-vous dans ce cadre acquérir l’émancipation de la femme mauritanienne ?


AME : Nous cherchons tout d’abord à renforcer les capacités des femmes pour être en mesure de diriger, d’orienter et de s’imposer. Nous, nous ne pouvons pas demander à l’Etat de mettre une femme qui n’a pas la capacité. Le renforcement de leur capacité à nos yeux est fondamental. En d’autres termes, former des femmes leaders capables de diriger ce pays et de participer à la gestion des affaires publiques ; créer une indépendance  économique en mettant en place des mutuelles, des unités de micro crédits, des projets générateurs de revenus et enfin créer une solidarité entre toutes les femmes sans distinction de statut social.

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

( 3 octobre, 2007 )

Pr. Abdoulaye Sow, chercheur: »L’un des grands problèmes qui ont secoué la Mauritanie a tourné autour de la cohabitation communautaire »

A l’occasion des journées d’études sur les droits culturels organisées conjointement par l’Equipe de Recherche sur les Mutilations Génitales Féminines de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Nouakchott, de l’Unesco et de l’Association des Femmes Chefs de Famille, le Professeur Abdoulaye Sow, dans l’interview suivante, revient sur l’importance des droits culturels ainsi que de leurs conséquences qui en résulteraient s’ils sont violés.

Le Rénovateur : Les droits culturels sont-ils respectés en Mauritanie ?

Pr. Abdoulaye Sow : Il est très difficile de répondre par l’affirmative ou la négative. D’abord(…)dans notre entendement, les droits culturels c’est l’ensemble des droits qui concourent à la préservation de l’identité d’un individu. Il est certain qu’en Mauritanie, nous ne pouvons pas le nier, il y a eu des violations massives des droits culturels surtout à partir des années 89-90-91-92. Nous savons très bien que l’un des grands problèmes qui ont secoué notre pays a tourné autour de la cohabitation communautaire. Les droits culturels tournent autour des communautés culturelles de la défense des libertés culturelles. Au temps du régime du Président Ould Taya, il y a eu des violations des droits culturels surtout des communautés négro-africaines.

Le Rénovateur : Les droits culturels, on le sait, étaient un sujet tabou dans notre pays à une époque donnée. En est-il toujours ainsi ? Peut-on penser ou oser croire que la situation n’a pas évolué ?

Pr.A.S : Non ! Actuellement, il y a une nouvelle dynamique qui s’est opérée avec l ‘arrivée d’un nouveau régime au pouvoir. Même si rien de concret n’a été fait, il y a l’esprit de réconciliation et une volonté politique (…). Il est de notre devoir d’accompagner ce mouvement afin qu’il soit un mouvement irréversible parce que la finalité du respect des droits culturels, c’est l’instauration d’une Mauritanie où toutes les composantes nationales dans la fierté reconnue acceptent de vivre et d’œuvrer pour le développement de notre pays.

Le Rénovateur : Quelle est l’importance des droits culturels dans le processus démocratique actuel de notre pays ?

Pr.A.S : Sans le respect des droits culturels, il ne peut pas y avoir de démocratie. Si nous parvenons en Mauritanie à réconcilier les différentes communautés nationales afin que les mauritaniens se reconnaissent dans leur radio, leur télévision nationale, leur gouvernement, leur hymne national, les éléments et les symboles des déterminants culturels, il est certain que nous aurions fait beaucoup de choses. Il faut se dire aussi qu’on ne peut pas construire une nation en braquant les communautés les unes contre les autres, en faisant de l’exclusivisme politique.

Le Rénovateur : Quels seraient les corollaires d’une violation des droits culturels ?

Pr.A.S : L’une des conséquences directes d’une violation des droits culturels, c’est les humiliations qui sont subies par les populations qui sont victimes de cette violation et à qui on nie toute citoyenneté, tout apport culturel. La chose qu’il faut éviter et sur laquelle il faut attirer l’attention des gens, c’est de leur dire lorsqu’il y a violation des droits culturels, on ne sait jamais comment va réagir l’individu qui a été blessé dans sa fierté culturelle. Il peut réagir par le repli identitaire ou par l’utilisation des armes. Je ne fais pas un jugement de valeur sur la rébellion touareg. Mais je dis quelque part, s’il y a eu cette rébellion, c’est qu’il y a eu violation de leurs droits culturels.

Le Rénovateur : Actuellement, il y a un débat sur l’identité culturelle en Mauritanie chacun essayant de la définir à sa propre manière. Comment vous, en tant qu’anthropologue, la définiriez-vous ?

Pr.A.S : On ne peut pas définir l’identité culturelle. Le problème, ce n’est pas la question de l’identité culturelle encore moins sa définition. C’est la question de l’acceptabilité de la multiplicité des communautés qui vivent dans la plupart des pays africains qui fait que si on prend en charge l’existence de toutes ces communautés, il faut qu’il y ait l’émergence d’une identité culturelle résultat des convergences culturelles des différentes composantes nationales. Le problème ce n’est pas un problème épistémologique ni une question de définition. L’identité culturelle c’est l’ensemble des éléments de pratique, de croyance et de valeurs qui concourent à donner à l’individu une identité culturelle. Il ne peut pas y avoir identité culturelle en dehors d’une communauté culturelle en d’autres termes, il faut que les populations qui vivent dans un espace territorial se rendent compte qu’ils sont traités de la même manière et que leurs cultures sont homologuées au même pied d’égalité.

Le Rénovateur : Existe-t-il une liberté culturelle en Mauritanie ?

Pr.A.S : Il faut d’abord définir celle-ci. La liberté culturelle tourne autour de droits qu’ a l’individu d’introniser son chef traditionnel, de faire un mariage, les festivités, les jeux traditionnels sans que l’individu ne soit stigmatisé ou source de discrimination. Si aujourd’hui, je dois me marier et que je veux le faire selon les canons de la tradition et que ces canons d’expression de la tradition ne constituent pas une violation des droits de l’homme, l’Etat doit me laisser organiser cela sans me donner des taxes à embêter, me fixer des heures où il faut s’arrêter. On a vu un ensemble de tracasseries qui se sont passées dans les régions du sud de la Mauritanie qui faisaient un excès de zèle parce que l’organisation de ces festivités dites libertés faisaient partie de la réalité culturelle de l’homme négro-africain était devenu source de richesse pour certaines forces de l’ordre.


Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

( 3 octobre, 2007 )

Mbareck Ould Beyrouk, écrivain: »Nous vivons dans une société où chaque communauté vit de manière enfermée »

Il a publié de nombreux contes et nouvelles. Actuellement, il exerce cumulativement la fonction de conseiller à l’Agence Mauritanienne d’Information et à la HAPPA. Le Rénovateur lui ouvre ses colonnes pour parler des problèmes relatifs à l’édition en Mauritanie, au désintéressement des hommes politiques de tout ce qui est culturel mais aussi de dire ses vérités sur la société mauritanienne.

Le Rénovateur : Que ressentez-vous quand vous voyez que l’édition en Mauritanien rencontre des difficultés ?

Mbareck Ould Beyrouk : Dire que l’édition en Mauritanie rencontre des difficultés est un euphémisme. Elle n’existe pas. Il n y a rien qui est fait pour encourager les auteurs à éditer. Les structures d’édition locale sont inexistantes de même que les structures d’aide aux auteurs. En matière de production, notre pays est mal connu et les travaux des mauritaniens ne sont pas souvent facilement acceptés. Il faudrait vraiment s’affirmer pour être édité sauf si on édite à frais d’auteurs.

Le Rénovateur : Est-ce à dire que vous avez rencontré personnellement des difficultés en ce qui concerne l’édition de votre premier roman ?

M.O.B : C’est toujours très difficile d’éditer surtout dans une grande maison d’édition. Mais en ce qui me concerne, j’ai eu la chance de tomber sur un éditeur très sérieux.

Le Rénovateur : «Et le Ciel a oublié de pleuvoir » est le titre de votre premier roman. Pourquoi avez –vous choisi un tel titre ?

M.O.B : D’abord, ce n’est pas moi qui ai choisi ce titre. C’est l’éditeur qui a trouvé ce titre. J’avais choisi au départ comme titre du texte «Lola », nom du personnage principal. Le titre, lui, est tiré d’une phrase du roman.

Le Rénovateur : Ce roman remet en cause nos fantasmes, notre vécu, nos révoltes, nos rêves. Est-ce que cela traduit que la réalité va au-delà ?

M.O.B : La réalité transcende souvent la fiction. A travers ce roman, j’ai relaté une histoire vraie, des personnages réels, une situation spirituelle et sociale qui existent de fait. C’est à partir de là que j’ai fait la fiction.

Le Rénovateur : Que pensez-vous de la faible part de la littérature mauritanienne dans la littérature africaine ?

M.O.B : Cette situation est dûe au désintéressement des hommes politiques à tout ce qui est culturel. Nos autorités n’ont jamais accordé une véritable importance à la littérature et à l’art. Elles n’ont jamais essayé d’encourager les vocations, ni mettre en place une structure d’édition, ni aider les auteurs à publier encore moins donner un véritable intérêt à l’auteur.

Le Rénovateur : Vous êtes un homme de médias et de culture, depuis quelques temps, vous suivez l’actualité nationale. Qu’en pensez-vous ?

M.O.B : Les fonctions que j’occupe m’obligent à observer une certaine réserve. Mais en tant qu’homme de médias, j’ai bien accueilli la nouvelle loi sur la presse qui supprime de fait l’autorisation préalable qui constituait une entrave à la liberté de presse. Depuis le 3 août 2005 jusqu’à nos jours, j’ai constaté qu’il n’y a pas de saisie. De manière générale, les choses bougent et c’est bien pour notre pays.

Le Rénovateur : La sortie de votre roman a été bien accueillie. Apparemment, il s’est bien vendu puisque les librairies ont épuisé leur stock. Qu’est-ce qui a expliqué à votre avis ce coup de succès littéraire ?

M.O.B : Il est dû à mon avis à la trame historique et à l’écriture politique qui est une première. Ce succès ne s’est pas limité uniquement en Mauritanie. Ce livre a été sélectionné par tous les grands prix littéraires de la francophonie. Il a concouru également au prix littéraire de France Inter. Le roman est aussi présent dans les grandes foires de livre. J’estime que pour un premier roman, je ne me plains pas. Mais, je suis plus ambitieux que ça.

Le Rénovateur : Quand vous dites je vous cite : «ce livre, je l’ai écrit pour moi, pour me reconnaître, distinguer les voix qui m’appellent, qui interpellent les mauritaniens. C’est une interrogation, pas une réponse. » Vous vous interrogez sur quoi ?

M.O.B : Je m’interroge sur notre société, notre avenir, la manière dont nous nous voyons. Nous les mauritaniens, nous ne nous disons pas la vérité, nous ne nous regardons pas en face. Il y a toujours entre nous une surface qui cache notre véritable être. Nous nous donnons parfois des qualités et des défauts que nous n’avons pas. Nous vivons dans une société où chaque communauté vit de manière enfermée. Il y a trop de préjugés, trop de clivages. Le mauritanien aime par exemple se glorifier, dire qu’il est un descendant de je sais qui, dire que les compagnons du Prophète(pbsl) ont leurs descendants en Mauritanie. C’est un peuple qui ne prend pas en charge sa propre histoire et qui préfère se projeter ailleurs.

Le Rénovateur : Vous êtes un iconoclaste. Quels sont vos rêves que vous aimeriez voir se réaliser pour la Mauritanie dans cinq, dix, vingt ans… ?

M.O.B : J’aimerais voir des mauritaniens qui lisent, des mauritaniens cultivés et voir dans l’administration des hommes qui s’intéressent à la culture et pas comme folklore. Je pense que le développement de notre pays passera par le savoir. Ce n’est pas le micmac politique. Il y a quelques années, le régime de Taya avait lancé cette idée de savoir. J’estime qu’il faudrait y revenir. J’ai constaté que les maisons du livre ont fermé. Il faut les rouvrir. La lecture publique est extrêmement importante. Pour pouvoir favoriser tout cela, il faut qu’il y ait une édition en Mauritanie.

Propos recueillis par
Babacar Baye NDiaye

( 3 octobre, 2007 )

Birome Guéye, rédacteur en chef de l’éveil hebdo: Un homme épris de justice

Marié et père de trois enfants, Birome Guéye est un homme à la fois simple et timide. Depuis moins d’un an, il est le rédacteur en chef de l’hebdomadaire l’éveil hebdo.

—————Par Babacar Baye Ndiaye

Birome Guéye est entré dans le journalisme dans des circonstances particulières et rien ne le prédestinait dans le milieu. « Je n’ai jamais rêvé d’être journaliste. J’avais rêvé de faire plutôt du droit. Je me voyais dans une carrière de juriste ».

Le sort en avait décidé autrement et il était dit ou plutôt écrit qu’il n’embrasserait jamais une telle carrière puisque très vite après l’obtention de son baccalauréat, il est envoyé grâce à une bourse de la part de l’état mauritanien en Tunisie au pays de Ben Ali pour y suivre des études en journalisme.

Ses premiers pas en tant que journaliste, il les a débutés à l’éveil hebdo en 1991 avant de le quitter pour y revenir neuf ans plu tard. Mais entre temps, Birome a labouré dans les champs de quelques journaux qui d’ailleurs n’existent plus maintenant. Il s’agit de « Mauritanie Nouvelle », « Mauritanie Demain », « Al Bayaane ».

Un parcours tumultueux diront les uns un yoyo pour les autres. Mais pourquoi ce choix ? Parce que « l’être humain est ambitieux par nature. Il cherche toujours à évoluer, à progresser. Si on a une offre qui nous permet de progresser dans la profession, on ne dira pas non ! ».

Centraliser, coordonner, veiller et parfois rappeler à l’ordre, voilà ce à quoi fait face chaque semaine Birome Guéye. Lassant non ? « Il arrive parfois des moments où on est fatigué.

On est appelé à travailler pendant les jours fériés sans répit, la nuit, dans des conditions souvent difficiles du fait d’un manque de moyens matériels et financiers. Mais c’est notre métier aussi ». Birome Guéye qui se dit ne pas aimer trop spéculer, préférant toujours avancer sur des choses assez solides, a estimé que la presse écrite mauritanienne est entrain de se chercher en laissant entendre qu’il faut du temps pour asseoir une presse libre.

Journaliste politique ? Il s’en défend, ou s’en méfie, déclarant que la politique ne l’a jamais intéressé parce qu’il a vu comment les gens font de la politique dans ce pays ce qui explique peut être qu’il ne s’est jamais intéressé à la politique car selon lui il y a trop de « dénigrements, de choses insupportables ».

Il est davantage préoccupé par la situation politique du pays. « C’est qu’on ait quelqu’un qui puisse gérer le pays de manière libre. Qu’il arrive à mettre le pays sur les rails. Il y a eu tellement de problèmes, d’injustices causées par l’ancien régime. Que le nouveau Président puisse régler ou en tout cas essayer de régler les problèmes essentiels de ce pays.

J’ai espoir au nouveau Président mais je me demande s’il va avoir cette marge de manœuvre avec toutes ces pressions qu’on voit. D’une part la coalition et les militaires et d’autre part l’opposition. Je me pose la question : est-ce qu’il pourra faire quelque chose ?» avoue Birome Guéye.

En attendant que les choses bougent et changent, il tient beaucoup à la cohésion de son foyer « pour moi, c’est la famille qui passe avant tout ». Pas besoin donc de jongler par ci par là.

Chercher à vivre, à résoudre ses problèmes est déjà tracassant reconnaît- il surtout dans le journalisme qui est un travail exigent. Alors comment fait- il pour gérer ses responsabilités de rédacteur en chef ? « Moi, je travaille comme si j’étais avec des amis afin que le courant puisse passer et surtout qu’il n y ait pas de blocage. Je n’aime pas cette sorte de hiérarchisation verticale. N’empêche pas qu’il y’ait des moments où il faut faire entendre sa voix. Je pense parfois qu’il faut assumer son rôle de chef sans être pédant ni contraignant ».

Pour Birome, qui a eu la baraka de bourlinguer notamment en France, au Sénégal et en Tunisie trois pays qu’il connaît parfaitement, il se caractérise selon ses propres termes comme quelqu’un qui aime la justice et qui a horreur de l’injustice.

( 3 octobre, 2007 )

Tghana Cheikh Saad bouh dit cheikh aidara, rédacteur en chef de l’authentique

Aujourd’hui rédacteur en chef de l’authentique depuis sept ans, cheikh aidara a eu à travailler d’abord dans l’administration publique avant d’atterrir sur les pistes du journalisme.

————Par Babacar Baye Ndiaye

D’abord, cheikh aidara a débuté sa carrière de fonctionnaire dans l’administration publique et a eu à collaborer pendant plus de dix ans avec l’Office National des Statistiques (O.N.S).

Ce qui lui permis comme il le dit d’acquérir une longue et solide expérience dans ce domaine et de connaître très bien la Mauritanie mais aussi de côtoyer toutes les couches et composantes de la population. Un plus dans l’enrichissement de son expérience, s’enorgueillit-il.

Mais pourquoi ce choix venant de la part d’un fonctionnaire de l’état ? Parce qu’ « il n y a aucun métier que j’aurai préféré au journaliste. J’ai toujours aimé l’écriture qui m’a toujours passionné. J’écrivais même avant d’être journaliste » et cheikh de poursuivre « le journalisme c’est une vocation comme certains embrassent la carrière d’enseignant comme vocation non pas par amour du gain mais par amour que l’on voue au métier, c’est une passion ».

Nul besoin de lui dire « soyez journaliste si c’est votre métier ». Ainsi donc en déchaussant ses babouches de fonctionnaire de l’état, il préféra marcher sur les berges de la presse écrite et intégra aussitôt l’authentique après avoir passé une période éphémère dans un journal appelé « Le Temps ».

Cependant, le métier de journaliste avoue-t-il est un travail harassant, stressant mais par amour au métier, il essaie tant bien que mal de supporter la lassitude qui fait partie du métier. Derrière son nom de marabout, se cache une rigueur infaillible. « Je suis un homme pointilleux et rigoureux.

Quand j’entreprends un travail, je le fais entièrement avec tout le sérieux requis. D’ailleurs, c’est que me reproche Oumar (directeur de publication de l’authentique) tout le temps ». Alors question Cheikh ? Ne vous est-il jamais arrivé d’être tracassé dans la vie ? « Rien ne me tracasse. Je suis quelqu’un qui ne pense pas au lendemain et qui oublie hier. C’est une disposition naturelle que j’ai cultivée parce que je suis issu d’une famille maraboutique qui a des principes assez rigoristes. Je vis au jour le jour ».

Son principal souci demeure les ressources humaines c’est-à-dire avoir des journalistes formés et se consacrer entièrement à son rôle de rédacteur en chef autrement dit un chef d’orchestre d’une équipe.

Et par rapport à la presse écrite en Mauritanie ? « Elle a connu une grande évolution c’est-à-dire sur le plan de la qualité, de la régularité, de la profusion des titres de journaux, il y a un très grand progrès qui s’est dessiné ces dernières années bien qu’il y a encore beaucoup de lacunes. Les journalistes ont besoin encore de formation parce que très peu sont formés sur les techniques journalistiques ».

Etant né au Sénégal et y ayant fait toutes ses études, Cheikh Aidara fait partie de ceux qui revendiquent leur double culture mauritanienne et sénégalaise. Eternel optimiste, il ne peut s’empêcher de se réjouir du processus de transition qui a tiré à sa fin.

« je pense que l’avenir nous réservera quelque chose de meilleur par rapport à ce que nous avons vécu. C’est le souhait de la plupart des mauritaniens. J’aurai aimé qu’on s’achemine vers un gouvernement d’union nationale pour dépasser cette période de post- transition mais malheureusement tel ne sera le cas. Je le regrette. Je pense qu’il faut qu’il y ait une opposition qui s’oppose de manière démocratique et responsable ».

Quand il est à la maison, il met à profit son temps libre pour s’occuper de sa femme et ses deux enfants. La politique et lui c’est dans le cadre de son travail. « Je ne milite à aucun parti politique. Je ne me suis jamais impliqué dans le jeu politique ».

( 3 octobre, 2007 )

Amy Sow, artiste-peintre

Le rêve d’enfance devenu réalité

On peut dire sans se gourer qu’elle compte parmi les artistes peintres de sa génération les plus remarquables. Son exposition de lundi dernier restera peut être l’un des grands moments de sa vie d’artiste peintre. Jusque là ne participant qu’à des expositions communes, elle a, cette fois-ci grâce au centre culturel de Nouakchott, fait une exposition personnelle.

Ses sources d’inspiration, elle les cherche dans les profondeurs de la beauté de la femme africaine. «Je m’inspire, affirme-t-elle, de la femme africaine plus particulièrement de la femme hall poulaar. L’inspiration n’a pas de frontières. Parfois, on peut imaginer quelque chose et le faire sortir à travers la peinture » et «Baba Maal aussi, avoue-t-elle, m’inspire d’une façon extraordinaire. C’est mon idole ». Amy Sow, la trentaine rugissante, exhale un look d’artiste. Depuis toute petite, elle ne rêvait que d’être artiste un jour et se souvient encore de ses premières esquisses dans la peinture.«Au début, raconte-t-elle, je n’avais pas d’initiateurs. Je me débrouillais toute seule. En 2001, j’ai été à l’école des beaux-arts de Nouakchott. Nous étions la première promotion féminine. Nous étions 10 filles et nous avions subi 6 mois de formation à l’issue de laquelle, nous avions reçu des attestations ; des ateliers de calligraphie nous ont été ouverts avec le soutien du commissariat aux droits de l’Homme et à la lutte contre la pauvreté ».
Comme à l’égard de beaucoup d’artistes, elle n’a pas pu échapper aux tentacules de la peinture qui est selon elle un moyen d’expression. «C’est la peinture, dit-elle, qui m’a choisi en quelque sorte. Je ne peux pas expliquer dans quelles circonstances je suis venue à la peinture. C’est venu tout d’un coup ! ». Depuis ses débuts, en 1999, elle a fréquenté la jet-set des artistes peintres mauritaniens. «Je faisais des desseins. J’ai découvert la peinture en fréquentant quelques artistes peintres mauritaniens comme par exemple Maurice ».
Mariée à un artiste peintre qu’elle qualifie de «démocrate », elle ne compte pas abandonner un jour son «univers artistique » qu’elle trouve fantastique. Originaire de Kaédi, dans le sud de la Mauritanie, cette peule d’ébène peut être considérée comme une artiste peintre rêveuse. «Ce n’est pas interdit de rêver se défend-elle ».
La passion de Amy Sow pour la peinture est instinctive. Elle a un fort penchant pour les peintures, aidée en cela par la compréhension de son entourage. «Je suis à l’aise, s’enorgueillit-elle, dans la peinture. C’est mon univers. C’est vrai que ce n’est pas évident chez nous pour une femme artiste, de surcroît peintre. Souvent, elle est mal vue. Heureusement, dans ma famille, je suis comprise. Ma famille et principalement mon mari me soutiennent. C’est peut être aussi je suis issue de famille d’artistes. » Elle n’a jamais rêvé de faire autre chose que faire de la peinture. Même si, elle n’a jamais participé à des expositions internationales, elle compte dans l’avenir exposer en Belgique. D’ailleurs, elle a été à Saint-Louis du Sénégal où elle a exposé à l’occasion du festival international de jazz et les gens, paraît-il, ont beaucoup apprécié ses tableaux.
Les peintures de Amy Sow ont beaucoup à nous apprendre. Des tableaux superbes, une peinture surréelle qui mêle réalité et imaginaire. Ses tableaux nous ramènent dans la réalité des choses et de l’actualité. Par exemple, l’Emigration «des jeunes africains qui veulent partir à l’autre bout du monde ». Ce n’est pas «prudent et c’est dangereux » pense-t-elle et d’ajouter «on voit toujours des morts, des naufragés ». Certains de ses tableaux évoquent ce drame contemporain. L’excision qui demeure encore malgré «des campagnes de sensibilisation » sur cette pratique. Outre cela, on retrouve dans ses tableaux l’espoir, l’amour, la beauté de la femme africaine, le rêve, la nostalgie, les traditions, le mariage, les silences du palais qui évoquent la psychose des femmes violées, terrorisées et qui souffrent de la folie des hommes en temps de guerre.
Amy Sow se réjouit que la peinture commence à être appréciée par les mauritaniens et à prendre place dans leur cœur. «La peinture en Mauritanie, dit-elle, commence à être connue. Auparavant, elle ne faisait pas partie de notre culture non seulement mais elle était mal vue. Maintenant, certains préjugés commencent à disparaître et les gens commencent à changer ». Rassurant pour penser que tout va changer dans le domaine de la peinture dans ce pays où les mentalités sont fortement claquemurées dans des tours d’ivoire imprenables et insurmontables.
Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr

Le rêve d’enfance devenu réalité

On peut dire sans se gourer qu’elle compte parmi les artistes peintres de sa génération les plus remarquables. Son exposition de lundi dernier restera peut être l’un des grands moments de sa vie d’artiste peintre. Jusque là ne participant qu’à des expositions communes, elle a, cette fois-ci grâce au centre culturel de Nouakchott, fait une exposition personnelle.

Ses sources d’inspiration, elle les cherche dans les profondeurs de la beauté de la femme africaine. «Je m’inspire, affirme-t-elle, de la femme africaine plus particulièrement de la femme hall poulaar. L’inspiration n’a pas de frontières. Parfois, on peut imaginer quelque chose et le faire sortir à travers la peinture » et «Baba Maal aussi, avoue-t-elle, m’inspire d’une façon extraordinaire. C’est mon idole ». Amy Sow, la trentaine rugissante, exhale un look d’artiste. Depuis toute petite, elle ne rêvait que d’être artiste un jour et se souvient encore de ses premières esquisses dans la peinture.«Au début, raconte-t-elle, je n’avais pas d’initiateurs. Je me débrouillais toute seule. En 2001, j’ai été à l’école des beaux-arts de Nouakchott. Nous étions la première promotion féminine. Nous étions 10 filles et nous avions subi 6 mois de formation à l’issue de laquelle, nous avions reçu des attestations ; des ateliers de calligraphie nous ont été ouverts avec le soutien du commissariat aux droits de l’Homme et à la lutte contre la pauvreté ».
Comme à l’égard de beaucoup d’artistes, elle n’a pas pu échapper aux tentacules de la peinture qui est selon elle un moyen d’expression. «C’est la peinture, dit-elle, qui m’a choisi en quelque sorte. Je ne peux pas expliquer dans quelles circonstances je suis venue à la peinture. C’est venu tout d’un coup ! ». Depuis ses débuts, en 1999, elle a fréquenté la jet-set des artistes peintres mauritaniens. «Je faisais des desseins. J’ai découvert la peinture en fréquentant quelques artistes peintres mauritaniens comme par exemple Maurice ».
Mariée à un artiste peintre qu’elle qualifie de «démocrate », elle ne compte pas abandonner un jour son «univers artistique » qu’elle trouve fantastique. Originaire de Kaédi, dans le sud de la Mauritanie, cette peule d’ébène peut être considérée comme une artiste peintre rêveuse. «Ce n’est pas interdit de rêver se défend-elle ».
La passion de Amy Sow pour la peinture est instinctive. Elle a un fort penchant pour les peintures, aidée en cela par la compréhension de son entourage. «Je suis à l’aise, s’enorgueillit-elle, dans la peinture. C’est mon univers. C’est vrai que ce n’est pas évident chez nous pour une femme artiste, de surcroît peintre. Souvent, elle est mal vue. Heureusement, dans ma famille, je suis comprise. Ma famille et principalement mon mari me soutiennent. C’est peut être aussi je suis issue de famille d’artistes. » Elle n’a jamais rêvé de faire autre chose que faire de la peinture. Même si, elle n’a jamais participé à des expositions internationales, elle compte dans l’avenir exposer en Belgique. D’ailleurs, elle a été à Saint-Louis du Sénégal où elle a exposé à l’occasion du festival international de jazz et les gens, paraît-il, ont beaucoup apprécié ses tableaux.
Les peintures de Amy Sow ont beaucoup à nous apprendre. Des tableaux superbes, une peinture surréelle qui mêle réalité et imaginaire. Ses tableaux nous ramènent dans la réalité des choses et de l’actualité. Par exemple, l’Emigration «des jeunes africains qui veulent partir à l’autre bout du monde ». Ce n’est pas «prudent et c’est dangereux » pense-t-elle et d’ajouter «on voit toujours des morts, des naufragés ». Certains de ses tableaux évoquent ce drame contemporain. L’excision qui demeure encore malgré «des campagnes de sensibilisation » sur cette pratique. Outre cela, on retrouve dans ses tableaux l’espoir, l’amour, la beauté de la femme africaine, le rêve, la nostalgie, les traditions, le mariage, les silences du palais qui évoquent la psychose des femmes violées, terrorisées et qui souffrent de la folie des hommes en temps de guerre.
Amy Sow se réjouit que la peinture commence à être appréciée par les mauritaniens et à prendre place dans leur cœur. «La peinture en Mauritanie, dit-elle, commence à être connue. Auparavant, elle ne faisait pas partie de notre culture non seulement mais elle était mal vue. Maintenant, certains préjugés commencent à disparaître et les gens commencent à changer ». Rassurant pour penser que tout va changer dans le domaine de la peinture dans ce pays où les mentalités sont fortement claquemurées dans des tours d’ivoire imprenables et insurmontables.

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le R »novateur Quotidien

( 3 octobre, 2007 )

Aniz : la perle du zook mauritanien

Ce vendredi 11 Mai, au centre culturel français, elle a tenu son premier spectacle pour faire découvrir son talent au public de Nouakchott. Venu nombreux, le public a beaucoup apprécié la belle voix de ce prodige talent. En attendant de conquérir un jour d’autres publics, d’autres contrées, elle fait trémousser ses nombreux fans.

Des filles émancipées et branchées qui prêtent l’oreille ou gigotent au moindre son de zook, on en voit des milliers partout en Mauritanie mais des filles qui chantent le zook sont très rares. Comme quoi une véritable révolution musicale est entrain de s’établir petit à petit dans notre pays. Aniz fait partie de celles là. Depuis septembre 2006, elle a réalisé son rêve de petite fille de cinq ans. « J’ai fait mes premiers pas dans la musique grâce à une rappeuse sénégalaise sister Feuz qui m’a présentée des jeunes du groupe de rap mauritanien Number One African Salam. Je leur ai expliqué que je voulais faire de la musique, que c’était mon rêve. C’est alors qu’ils ont décidé de m’appuyer ».
Seule fille qui fait actuellement du zook en Mauritanie, Aniz, selon sa propre expression, se sent comme toutes les autres filles et ceci ne l’empêche pas d’avoir la tête sur les épaules. « Ce n’est pas parce que je chante que je suis différente d’elles non ! »
Agée seulement de 19 ans, elle sait que la tache qui l’attend ne sera pas facile pour elle. « Parfois, quand je monte sur scène, je suis découragée parce qu’il n y a pas de public en Mauritanie. Tu ne sais même pas si ce que tu fais leur plait ou non ! ». Elle pouvait être rappeuse, mais elle avait envie de zooker d’ailleurs dans sa répertoire musicale, elle mélange avec une subtilité parfaite le R’n’B et le zook. Alors, elle chantera pour l’amour, l’amitié et sa mère qui n’est plus d’ailleurs de ce monde mais à qui elle tient toujours à rendre hommage à chaque fois qu’elle monte sur scène dans l’un de ses morceaux. Sa timidité ne l’empêche pas néanmoins de porter en bandoulière sa philosophie : « Défendre les jeunes filles par rapport à certaines étiquettes qu’on leur colle ». Charmante, elle l’est et elle aurait pu être mannequin. Longiligne, toute en finesse, avec un magnifique sourire, elle optera pour la musique, à 18 ans, pour dit-elle devenir une chanteuse. Et elle mettra en berne ses études au profit de sa passion. Mais pour autant, Aniz ne s’endort pas sur ses lauriers et elle continue son chemin en attendant de trouver un producteur un jour.
Il est difficile pour une jeune fille de 19 ans comme elle de se faire comprendre par les siens. « Je vis avec ma tante. Au début, elle m’encourageait mais par la suite elle me reprocha mes sorties qui devenaient à ses yeux de plus en plus fréquentes ».
Faire face donc, malgré les obstacles de la vie, de l’incompréhension et de l’appréhension des parents et…ne pas laisser tomber sa passion. Aniz, la perle du zook mauritanien, assume avec beaucoup de modestie son statut de jeune fille musicienne.

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 3 octobre, 2007 )

Bac 2007: C’est parti !

Visage cafardeux, fatigue, peur naturelle, pression, affolement, tract, panique, stress…Le baccalauréat fait battre la chamade des élèves. Depuis hier, les examens du baccalauréat ont démarré, sur l’ensemble du territoire national avec des retards inexpliqués dans quelques centres de Nouakchott.

La plupart des élèves rencontrés aux centres d’examen se disaient très calmes et très sereins après avoir fait l’épreuve de français. Aicha qui en est à sa deuxième année de tentative semble être très confiante.

«Cette fois-ci, dit-elle, je n’ai pas eu vraiment très peur. Je me sens extrêmement bien » et d’ajouter en toute franchise «Si j’échouais derechef, je ne referai pas le bac. L’année dernière, j’avais toutes les possibilités de réussir mais bon… ».

Même si les élèves estiment que l’épreuve de français a été abordable, ils n’ont pas quand même dissimulé avant la distribution des sujets leur peur de l’inconnu, des choix à faire, et principalement de la pression psychologique. Aminétou n’est pas logée à la même enseigne qu’Aicha. Pour cette jeune fille, c’est sa première fois de faire le bac «J’ai eu très peur, avoue-t-elle, parce que je ne savais pas comment ça allait se passer et cela à vrai dire m’a un peu perturbé. J’ai eu la trouille. J’imaginais qu’il allait y avoir beaucoup de monde. Mais finalement, ça s’est très bien passé ».

Parmi ces élèves, il y a aussi ceux qui sont un peu déçus des sujets donnés. C’est le cas de Moktar qui s’attendait plutôt à autre chose. « J’attendais beaucoup le théâtre ou le roman mais bof ! C’est la poésie qui est finalement sortie. Cependant, tout n’est pas encore perdu parce que j’ai beaucoup travaillé même si c’est très subjectif ». Son camarade d’à coté lui apparemment n’est pas optimiste «Mon problème c’est au niveau de la correction. Je n’ai pas confiance parce qu’il y a souvent des magouilles de toutes natures, de la mafia. Je ne suis pas trop rassuré parce qu’ici ce qui compte c’est l’argent et non pas le travail ».

A en croire certains présidents de jury, les examens se déroulent pour le moment dans de très bonnes conditions. Les dispositions matérielles ont été réunies et l’ensemble du personnel d’encadrement de même que le dispositif de sécurité.

Pour ce bac 2007, toutes les mesures idoines ont été prises pour interdire notamment l’utilisation des portables dans les salles d’examen et toujours par rapport à cela, les sorties ont été limitées sauf pour les cas nécessaires.

De telles dispositions ont choqué certains comme Absa très loquace. «Il est impossible de tricher. Trois surveillants dans une salle. ! Comment peut-on tricher dans ces conditions ? Beaucoup de surveillants dans une même salle c’est du n’importe quoi ! »

Cette année, pour éviter la grogne des professeurs et des surveillants, les indemnités de surveillance et de correction ont été augmentées à hauteur de 50%. Certainement, pense Monsieur Cheikh Ould Ahmed président du jury Lettres Modernes au Collège des jeunes filles, elles auront un impact favorable sur le déroulement des examens.

Cependant, malgré les efforts déployés par le ministère de l’Education Nationale pour le bon déroulement des examens, dans plusieurs centres de Nouakchott, comme celui d’El Mina B entre autres, des retards considérables d’une heure d’horloge ont été constatés. Et personne n’a su ce qui s’est véritablement passé dans ces centres d’examen même les élèves n’ont pas été édifiés.

Certes toute œuvre humaine est faillible. Mais pourquoi les présidents de jury des dits centres n’ont-ils pas élucidé les raisons de ce retard suspicieux ? La première bouffée de pression passée, les élèves maintenant se disent à l’aise pour aborder avec beaucoup de sérénité la suite des examens même s’ils ont des doutes. La veille du baccalauréat c’est souvent aussi pour certains une soirée d’insomnie :la pression est trop forte, on ne sait jamais ce qui va se passer. «Je n’ai pas dormi de la nuit nous explique Khadija. Je n’ai même pas pris mon petit déjeuner. Hier, je me suis endormi vers deux heures du matin ».

Le bac ce n’est pas seulement la pression. C’est aussi les libations (entendons par-là les pratiques occultes ) et les élèves interrogés avouent ne pas recourir à de tels usages qu’ils trouvent ringards. Le bac de cette année selon certains élèves pour le moment est plus facile que celui de 2007. L’après bac, beaucoup d’entre eux y pensent déjà. Faire des études en tourisme et hôtellerie, journalisme, marketing, droit, anglais, … nos futurs bacheliers rêvent déjà des carrières prometteuses.

Babacar Baye Ndiaye

( 3 octobre, 2007 )

Malouma Mint Meidah: »que l’unité nationale soit une chose ancrée dans nos esprits »

Ce vendredi 4 Mai, au centre culturel français de Nouakchott, Malouma a présenté en spectacle son nouvel album « Nour » à son public. Le Rénovateur en a profité pour lui poser certaines questions relatives à sa vie professionnelle, à l’unité nationale, à sa nouvelle fonction de sénatrice, à l’émancipation des femmes mauritaniennes mais également à ses préoccupations pour la Mauritanie.

Le Rénovateur : Pourquoi avez-vous choisi « Nour » comme titre de votre nouvel album ?

Malouma : D’abord, c’est une prière faite à Allah Le Tout Puissant. C’est pour cela que j’ai pris « Nour » comme titre de mon nouvel album. C’est la première chose qui m’est arrivée à l’esprit lorsque j’ai commencé l’album. J’ai senti vraiment la nécessité de rendre à travers cet album grâce à Allah et aussi parce que cette période, tout le monde s’en souvient, a coïncidé avec les caricatures sur le prophète Mohamed (PSL). « Nour », on peut dire que c’est une réponse à tout cela.

Le Rénovateur : Qu’est-ce qui différencie, à votre avis, l’album « Nour » à vos précédents albums ?

Malouma : Dans l’album « Nour », il y a la participation de beaucoup de musiciens étrangers surtout français connus à travers le monde. Hormis cela, il y a l’arrangement qui est très différent de celui des précédents albums. C’est un album plus rythmique, plus moderne et plus électronique. Sur le choix des thématiques, il y a aussi une très grande différence par rapport aux albums précédents.

Le Rénovateur : Quelques mois après la sortie de votre album, êtes- vous satisfaite des ventes au niveau international et national ?

Malouma : Bien sur que oui ! Mais au dernier moment parait-il qu’il y a eu beaucoup de piratages au niveau international. L’album a été téléchargé sur la toile. C’est une chose qui est très difficile pour tous les artistes qui continuent encore à souffrir de ce commerce illicite et malhonnête. L’album, après sa sortie internationale, a eu des échos favorables au niveau des ventes. En Mauritanie, je n’ai pas sorti l’album parce que d’abord le marché musical est très mal organisé et il y a trop de magouilles.

Le Rénovateur : Justement, en tant qu’artiste, que ressentez- vous lorsque vous voyez qu’en Mauritanie, il manque énormément de structures musicales dignes de ce nom ?

Malouma : C’est une situation que tous les artistes du pays déplorent du fonds du cœur. Comparez à d’autres pays, il y a beaucoup de choses qui manquent et qui restent à accomplir notamment sur le plan musical. C’est dommage qu’il n y ait pas assez de structures pour promouvoir notre musique. Tout ce qui est culturel fait défaut dans notre pays ou n’est pas bien pris en charge par les pouvoirs publics.

Le Rénovateur : Depuis janvier 2007, vous êtes devenue sénatrice, est-ce que ce sera une manière pour vous de faire entendre la voix des artistes et de défendre leurs droits ?

Malouma : Être sénatrice, c’est une chose qui va me permettre d’être plus responsable, de participer dans les décisions politiques et à mener des projets importants. C’est une fonction qui pourra me permettre d’être aussi plus présente sur la scène politique. Je pense que c’est une occasion pour moi d’autre part de défendre le droit des artistes et de faire connaître toutes les difficultés que rencontrent les artistes de manière générale.

Le Rénovateur : Comment feriez-vous pour concilier votre vie professionnelle et votre activité politique ?

Malouma : Pour moi, c’est facile de concilier les deux parce que tout simplement, ça ne demande qu’une organisation de temps. Au sénat, je n’occupe pas de poste. Je ne suis là bas que durant les périodes de session et celles-ci sont connues de même que les périodes de tournées. C’est vrai que tout mon travail, je le fais à l’extérieur mais cela ne m’empêchera pas d’être une bonne sénatrice.

Le Rénovateur : On dit de vous que vous êtes une femme engagée et une combattante. Qu’est ce qui a expliqué cela ?

Malouma : C’est une longue histoire. Peut être c’est dû au fait que j’ai très tôt vu des choses injustes. Des choses que je trouvais anormales et que j’ai voulues toujours dénoncer comme par exemple le problème des castes qui est un véritable problème en Mauritanie ou bien les idées racistes ou ségrégationnistes. Et puis, j’ai eu la chance d’avoir un père qui m’a très tôt montré la voie à suivre. J’ai vécu dans un univers plein de clichés. Cela se ressente aussi à travers ma musique. Je suis devenue une artiste qui a chanté pour ses sentiments et ce que vivent notamment les pauvres. C’est vrai que je suis une référence dans le milieu musical en Mauritanie.

Le Rénovateur : A votre avis, que faut-il faire pour que la musique mauritanienne s’exporte ou plutôt se développe d’abord ?

Malouma : J’estime que la première chose dont la musique a besoin c’est d’abord une restructuration en profondeur. Le ministère de la culture, les médias officiels doivent y participer. Il faut créer des lieux d’expression artistique pour promouvoir l’art de manière générale comme par exemple la création d’une Ecole Nationale des Arts ou un conservatoire national. Pour cela, il faut mener des études sérieuses pour ce genre de projet. Cela étant, on ne doit pas pour autant négliger la musique traditionnelle et il faut donner des possibilités et des moyens aux artistes qui la promeuvent. Je fais partie de la dernière génération qui a appris la musique traditionnelle et je suis sûre que si cette génération disparaissait, la musique traditionnelle va disparaître aussi. Cependant, nous sommes dans un monde universalisé, il faut penser à l’ouverture de notre musique pour la rendre plus moderne si on veut qu’elle s’exporte. Nous avons des imaginations et des choses modernes qu’on peut partager avec le reste du monde.

Le Rénovateur : Qu’est -ce qui vous parait le plus difficile dans votre vie d’artiste ?

Malouma : Je trouve que tout est difficile dans la vie. Si la musique n’était pas ma passion, je l’aurai abandonnée depuis belles lurettes. Il faut reconnaître que les manques de moyens ou l’environnement n’encouragent pas souvent à être artiste. Le public, les amis et autres nous poussent toujours à persévérer dans le milieu artistique. On leur doit tout cela je pense.

Le Rénovateur : Vous qui avez bourlingué à travers le monde et aussi en tant que femme moderne, pensez vous que la femme mauritanienne est indépendante ?

Malouma : La femme mauritanienne, elle est plutôt active notamment dans le commerce et l’entreprenariat. Elle est très engagée dans ces secteurs-là. Il y a la femme négro-africaine et la femme maure et chacune d’elle à sa façon de vivre et je trouve que la femme négro africaine ressemble beaucoup à la femme maghrébine.

Le Rénovateur : Et vos préoccupations pour la Mauritanie ?


Malouma : Je souhaite véritablement que notre pays devienne un pays moderne et démocratique où les libertés individuelles s’exerceront librement. Je rêve que la Mauritanie soit une référence en Afrique et dans le monde arabo-musulman parce qu’il y a un métissage culturel qui est très beau. Il y a encore beaucoup de secrets qui sont des trésors qu’on n’a pas encore trouvé. Je souhaite enfin que l’unité nationale soit une chose ancrée dans nos esprits.

Interview réalisée
par Babacar Baye Ndiaye

( 3 octobre, 2007 )

L’Alliance Progressiste et Populaire survivra-t-elle ?

Curieuse décision que celle que vient de prendre le bureau exécutif de l’Alliance Progressiste et Populaire (déclarent certains) qui s’est tenue ce Lundi 19 Mars à son siége de Tévragh- Zeina et qui a duré plus de huit heures de temps. C’est une véritable bombe que l’APP a lâché en décidant de soutenir la candidature de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.

Inutile de le dissimuler : ce n’est plus une arcane de notre vie politique. Entre Messaoud Ould Boulkheir et Ahmed Ould Daddah, ce n’est pas le parfait amour, ni « allez, je ne vous hais point ». La conclusion peut paraître hâtive mais l’étau se resserre de plus en plus autour de Ahmed Ould Daddah ! Autrement dit les chances de le voir remporter le second tour de l’élection présidentielle s’amenuisent et se rétrécissent de jour en jour et les combinaisons ou calculs politiques jouent en sa défaveur. Mais pour le moment, ne vendons pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Puisqu’on peut assister au jour du dépouillement des bulletins de vote, à des retournements de situation spectaculaires, ne gageons rien. De même, les électeurs conscients (et Dieu sait qu’ils sont nombreux) qui aspirent au changement peuvent ne pas suivre le bureau exécutif de l’APP dans sa décision. Les uns voient dans ce choix un »suicide politique » d’autres par contre la considèrent comme « logique ». Ainsi donc, l’APP a fini par soutenir le candidat Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi en contrepartie d’une participation effective à la gestion des affaires dans le cadre d’un gouvernement commun intègre et compétent qui prend en charge les grandes questions pour lesquelles ce parti a lutté inlassablement durant les dernières décennies mais aussi de pousser le processus démocratique à aller de l’avant et sortir de l’ère du pouvoir personnel, de tout mettre en œuvre afin d’éviter au pays le risque d’un éventuel tiraillement entre les institutions élues et le pouvoir militaire représenté par le CMJD. 19 mois après le salvateur coup d’état du 03 août 2005 par le Colonel Ely Ould Mohamed Vall, la Mauritanie venait de franchir, avec le premier tour, un pallier important de son histoire sur le chemin de la consolidation de l’état de droit et de la démocratie. Dimanche prochain, les électeurs se rendront derechef au bureau de vote pour élire ou Ahmed Ould Daddah ou Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. L’entre deux tours de l’élection présidentielle aura été tumultueux et plein de suspens notamment en ce qui concerne le choix des soutiens des malheureux candidats indécis et qui ont fini par faire monter la barre des enchères très haut. Autant dire qu’il s’agit d’un second tour exceptionnel qui n’a pas encore livré ses secrets. Pendant cette période, on nous a caché tout, on nous a rien dit. Mais, au-delà de cette supercherie politique, sur quelles bases se ficèlent les alliances électorales ? Quelle est, en effet, la seule justification sérieuse qu’elles peuvent apporter aux deux candidats ? C’est qu’elles garantissent une éventuelle participation dans un gouvernement élargi. Et rien du tout. Dans ce registre là, c’est baux deux candidats d’être prêts pour le rendez-vous que le peuple leur a fixé. Quel enseignement faudra-t-il tirer de la décision de l’APP autrement dit quelles seront les conséquences et dans ce cas, seront-elles favorables ou défavorables ? En politique, il faut oser opérer des choix et les assumer au risque de se morfondre. Certainement, les valeurs qu’incarnent Messaoud Ould Boulkheir et Ahmed Ould Daddah ne sont pas compatibles. Mais comme l’a laissé entendre le premier en l’occurrence Messaoud, son choix est loin d’être ambigu encore moins catastrophique. Alors l’Alliance Progressiste Populaire survivra-t-elle à sa décision surprenante du 19 mars passé ?

Babacar Baye N’Diaye
ducdejoal@yahoo.fr

Curieuse décision que celle que vient de prendre le bureau exécutif de l’Alliance Progressiste et Populaire (déclarent certains) qui s’est tenue ce Lundi 19 Mars à son siége de Tévragh- Zeina et qui a duré plus de huit heures de temps. C’est une véritable bombe que l’APP a lâché en décidant de soutenir la candidature de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.

Inutile de le dissimuler : ce n’est plus une arcane de notre vie politique. Entre Messaoud Ould Boulkheir et Ahmed Ould Daddah, ce n’est pas le parfait amour, ni « allez, je ne vous hais point ». La conclusion peut paraître hâtive mais l’étau se resserre de plus en plus autour de Ahmed Ould Daddah ! Autrement dit les chances de le voir remporter le second tour de l’élection présidentielle s’amenuisent et se rétrécissent de jour en jour et les combinaisons ou calculs politiques jouent en sa défaveur. Mais pour le moment, ne vendons pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Puisqu’on peut assister au jour du dépouillement des bulletins de vote, à des retournements de situation spectaculaires, ne gageons rien. De même, les électeurs conscients (et Dieu sait qu’ils sont nombreux) qui aspirent au changement peuvent ne pas suivre le bureau exécutif de l’APP dans sa décision. Les uns voient dans ce choix un »suicide politique » d’autres par contre la considèrent comme « logique ». Ainsi donc, l’APP a fini par soutenir le candidat Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi en contrepartie d’une participation effective à la gestion des affaires dans le cadre d’un gouvernement commun intègre et compétent qui prend en charge les grandes questions pour lesquelles ce parti a lutté inlassablement durant les dernières décennies mais aussi de pousser le processus démocratique à aller de l’avant et sortir de l’ère du pouvoir personnel, de tout mettre en œuvre afin d’éviter au pays le risque d’un éventuel tiraillement entre les institutions élues et le pouvoir militaire représenté par le CMJD. 19 mois après le salvateur coup d’état du 03 août 2005 par le Colonel Ely Ould Mohamed Vall, la Mauritanie venait de franchir, avec le premier tour, un pallier important de son histoire sur le chemin de la consolidation de l’état de droit et de la démocratie. Dimanche prochain, les électeurs se rendront derechef au bureau de vote pour élire ou Ahmed Ould Daddah ou Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. L’entre deux tours de l’élection présidentielle aura été tumultueux et plein de suspens notamment en ce qui concerne le choix des soutiens des malheureux candidats indécis et qui ont fini par faire monter la barre des enchères très haut. Autant dire qu’il s’agit d’un second tour exceptionnel qui n’a pas encore livré ses secrets. Pendant cette période, on nous a caché tout, on nous a rien dit. Mais, au-delà de cette supercherie politique, sur quelles bases se ficèlent les alliances électorales ? Quelle est, en effet, la seule justification sérieuse qu’elles peuvent apporter aux deux candidats ? C’est qu’elles garantissent une éventuelle participation dans un gouvernement élargi. Et rien du tout. Dans ce registre là, c’est baux deux candidats d’être prêts pour le rendez-vous que le peuple leur a fixé. Quel enseignement faudra-t-il tirer de la décision de l’APP autrement dit quelles seront les conséquences et dans ce cas, seront-elles favorables ou défavorables ? En politique, il faut oser opérer des choix et les assumer au risque de se morfondre. Certainement, les valeurs qu’incarnent Messaoud Ould Boulkheir et Ahmed Ould Daddah ne sont pas compatibles. Mais comme l’a laissé entendre le premier en l’occurrence Messaoud, son choix est loin d’être ambigu encore moins catastrophique. Alors l’Alliance Progressiste Populaire survivra-t-elle à sa décision surprenante du 19 mars passé ?

Babacar Baye N’Diaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 3 octobre, 2007 )

Ely part-il malgré lui ?

Toute œuvre humaine a une fin. Ely Mohamed Vall est sur le départ, la Mauritanie et les mauritaniens vont entrer dans une nouvelle ère, une ère trouée d’incertitudes, d’interrogations et de zones d’ombres.

Mohamed Vall a fait semblant hier de ne pas paraître mélancolique, de faire croire qu’il ne s’agissait que d’un grand jour pour notre pays : « Est-ce que j’ai l’air triste » a-t-il lancé aux cinquantaines de journalistes. De ne pas voir qu’une page de l’histoire de la Mauritanie est bel et bien en train de se tourner. Le mot « réussite » a donc marqué la période de transition qui a duré 19 mois. Dans son allocution, Ely Mohamed Vall s’est d’ailleurs efforcé de conforter cet état d’esprit. A l’en croire, « le CMJD, le gouvernement de transition et l’ensemble des mauritaniens ont contribué à la réussite de cette œuvre qui est commune à tous les mauritaniens ». En un mot, Ely est convaincu qu’ « ils ont commencé quelque chose qui a été commencé par l’ensemble du peuple mauritanien, que ceci n’est qu’un début et qu’il y a encore beaucoup de choses à accomplir ». Comme pour dissiper les supputations ou pour tordre le cou aux griefs faits au CMJD, à qui l’on reprochait de vouloir conserver le pouvoir ou de soutenir un quelconque candidat, Mohamed Ely Vall s’est voulu être très clair : « Nous avons été au pouvoir pour des raisons précises. Nous avions déclaré que nous sommes là pour accomplir une mission précise et nous quitterons au bout de cette mission et cela n’est pas posé en termes de plaisir ou de déplaisir. Il est posé en termes de devoir à accomplir pour notre pays ». Ely, le tombeur de Maaouiya est-il satisfait de ses 19 mois passés à la tête de l’état. Apparemment oui. « En tout cas, j’ai le sentiment d’avoir tout fait », a-t-il expliqué au sortir de son bureau de vote à la direction des domaines où il a accompli son devoir civique aux environs de 10h 15. A l’analyse de tout cela, Ely reviendra-t-il au pouvoir après avoir pris goût ? En attendant, le colonel missionnaire va assurer jusqu’à terme la transition entamée depuis le 3 Août 2005. Le pouvoir est un opium et qui l’avale le sentira brûler ses entrailles et son cœur. Cette réalité, Ely Mohamed Vall l’a si bien comprise. Maaouiya a goûté aux délices du pouvoir, au lieu de partir, il est resté. Ely a goûté mais il est en train de partir, malgré lui. Car, il avait promis, promis de tenir et de respecter ses engagements et le calendrier du processus électoral. C’est ce qu’on appelle marcher sur sa langue. Après tout, il a sauvé le pays des dérives qui le guettait, à instaurer un nouveau esprit tant sur le plan démocratique que sur le plan social. En bon sportif, Ely a rendu un hommage à la classe politique notamment les 19 candidats en lice qui se sont comportés selon ses propres termes de façon «exemplaire » et «admirable » durant la campagne présidentielle qui s’est déroulé de manière correcte sans le moindre incident majeur.

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 3 octobre, 2007 )

Marionnette ou volonté de rupture avec le passé ?

Le second tour de l’élection présidentielle du 25 mars pourrait se présenter et se dérouler sous des aspects totalement inédits. On pourrait assister à des bouillonnements incroyables.

Sidi Ould Cheikh Abdallah va-t-il remporter le duel final qui l’oppose à Ahmed Ould Daddah ? Durant sa campagne électorale, il est apparu sur la scène politique comme le Président qui « rassure ». Il a visiblement et malicieusement compris qu’il lui fallait surtout se préoccuper de l’unité nationale. A tort ou à raison, il a été accusé par ses adversaires d’être soutenu par le pouvoir militaire. Sur cette affaire, on a entendu le chef de l’état, le colonel Ely Ould Mohamed Val ouvrir le parapluie du CMJD à plusieurs occasions. Sidi Ould Cheikh Abdallah est-il une marionnette au service du CMJD ? Ou, s’est-il présenté à l’élection présidentielle pour défendre les puissants officiers du CMJD et bien sur leur fortune ainsi que les barrons de l’ancien régime tapis toujours dans l’ombre et qui ne veulent pas s’éloigner du pouvoir même pas d’un iota ? Quitte à compromettre l’unité nationale et la stabilité du pays. Autant d’interrogations sans réponses. Il suffit d’ouvrir les yeux et d’observer pour comprendre ce qui se trame. Mais la bataille ne sera pas facile pour Sidi qui aura en face de lui Ahmed Ould Daddah qui incarne aux yeux de tout le monde l’unique chance pour l’opposition ancienne d’accéder au pouvoir et qui ne manquera pas à coup sur de bénéficier du soutien des ténors de l’opposition pour des raisons de combat historique dont l’U.F.P. et l’A.P.P. qui viennent de confirmer leur soutien à Ahmed Ould Daddah.
Selon toute vraisemblance, Sidi Ould Cheikh Abdallah part favori au second tour de l’élection présidentielle du 25 mars prochain, car il dispose du soutien infaillible du CMJD qui contrôle l’administration et les mannes financières. Nous voilà dans un univers étrange qui s’apparente plutôt à un « deal politique » entre Sidi et les membres du CMJD. Outre ces faveurs, il peut compter sur une grande partie de l’électorat de Zéine Ould Zeidane, de l’électorat noir et bien sur son expérience politique et étatique. Et qui sait sur la fraude ( ?).
Le second tour de l’élection présidentielle suscite un vif intérêt chez les deux camps qui ont affûté déjà leurs armes. Et c’est peu dire en affirmant qu’il sera un second tour à haute tension à moins qu’il n’y ait un esprit de dépassement qui va planer sur la tête des militants des deux camps. Face à la détermination des uns et des autres de gagner à tout prix ce scrutin (on parle et je ne sais sur quelles raisons se fonde-t-on de l’investiture prochaine de Sidi Ould Cheikh Abdallah) et l’optimisme du camp de Ahmed Ould Daddah convaincu que le changement doit s’effectuer contre vents et marées, il est fort à craindre que tous les ingrédients d’une crise politique (ce que nous ne souhaitons pas pour le peuple mauritanien) sont plus que jamais entre les mains des irréductibles des deux camps qui ne lésineront pas un seul moment à mettre le feu aux poudres. L’après 25 mars nous édifiera si les deux candidats ont le sens de la responsabilité et du dépassement que doit prôner tout homme politique dans un contexte de mise à l’épreuve.

Babacar Baye Ndiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 3 octobre, 2007 )

Règlement du passif humanitaire

S’inspirer des parangons sud africain et marocain ?

Dans de nombreux pays du monde où des processus de changement ont été engagés après des périodes de graves violations des droits de l’Homme, des commissions indépendantes ont été mises sur pied. En Mauritanie, incontestablement, les autorités se sont engagées dans un processus de réconciliation nationale. Mais les prémices d’une véritable volonté de faire toute la lumière sur le passif humanitaire tardent à voir le jour. Face aux intimidations à peine déguisées de ceux qui ont engendré cette parenthèse de l’histoire de la Mauritanie, les autorités feront-elles black out ou vont-elles privilégier la vérité ? Va-t-on s’acheminer vers la mise sur pied d’une commission indépendante ?
Contrairement à une certaine idée répandue, et à ce que pensent certains responsables de partis politiques, il ne s’agit pas d’indexer des personnalités de l’armée ou du pouvoir, ni de faire la chasse aux sorcières encore moins d’engager des procès tous azimuts. Ni la haine en réponse à la haine. Mais de faire la lumière sur ce qui s’est passé de 1986 à 1991 en matière de violations des droits de l’Homme en Mauritanie dans le cadre du passif humanitaire en s’inspirant de certains exemples bien connus en Afrique quitte à envoyer des missions d’informations dans ces pays. C’est à partir de là et de là seulement qu’on peut enclencher des procédures allant dans le sens de la réconciliation nationale. Car, aujourd’hui, qu’est-ce qui garantit véritablement la non-répétition des dites violations ?
Quoiqu’il n’ait pas aisé d’apporter des solutions consensuelles à la problématique du passif humanitaire, il y a cependant des paradigmes de mécanismes que la Mauritanie peut adopter dans le cadre d’un règlement juste de cette question sensible et épineuse. Reste à savoir comment et quand mettre ou adopter ces mécanismes pouvant permettre une issue heureuse sans occulter les questions de fond.
Par rapport aux compensations des victimes, certes, la réponse est complexe. Mais il appartient à l’Etat mauritanien avec les bailleurs de fond de voir ce qui est possible et ce qui n’est pas possible de faire, de voir comment compte-t-il procéder aux compensations des victimes tout en esquivant que la balance ne se penche ni à gauche ni à droite. Car, les victimes de ces violations des droits humains ont subi des préjudices moraux, physiques et matériels.
En outre, comment se départir de toutes formes d’instrumentalisation de la question du passif humanitaire ? Ce n’est pas un secret de polichinelle : le passif humanitaire est un problème extrêmement complexe et très difficile qu’il faille traiter avec beaucoup de lucidité et de responsabilité. Et c’est un fallacieux prétexte de dire qu’on est en train d’instrumentaliser la question du passif humanitaire sur le plan politique et qu’aussi l’armée ne doit rien répondre. Ils ignorent par-là que la question du passif humanitaire est avant tout un problème politique parmi tant d’autres problèmes politiques que connaissent la Mauritanie et qui demeurent les problèmes de tous les mauritaniens.
Comment construire une vision consensuelle dans le cadre d’un règlement du passif humanitaire ? La Mauritanie n’a pas droit à l’erreur. Non ! Car, aujourd’hui, elle est sous les lumières, pour paraphraser Alioune Tine Secrétaire Général de la RADDHO, de la communauté internationale qui s’intéresse à ce qui se passe, se développe en matière de démocratie et de droits humains.
En Mauritanie, les victimes des tragédies successives, entre 1986 à 1991, se comptent par centaines de milliers. Comme il a toujours été préconisé dans le traitement du passif humanitaire, les responsables des violations des droits de l’Homme doivent avoir le courage d’assumer leurs actes et de se présenter devant la justice. Dans ce domaine, l’Afrique du sud et le Maroc qui est un pays voisin où des exactions graves ont été commises sont des parangons qui peuvent servir la Mauritanie. Et pourquoi les autorités de la République ne s’inspireraient-elles pas de ces expériences africaines qui ont pourtant merveilleusement réussi ?
Dans ces deux pays africains, les autorités ont mis sur pied des commissions qui ont sérieusement travailler et de manière indépendante à ce que de telles violations ne puissent plus se reproduire, que des garanties soient données en ce sens et que cette douloureuse page soit tournée. Mais également à définir et à faire officiellement et publiquement reconnaître l’ampleur que les exactions ont eue dans leur pays, ainsi que les mauvaises répercussions qu’elles ont pu avoir sur les personnes des victimes, sur la cohésion du tissu social et sur le principe même du respect des dispositions de la loi.
La Mauritanie n’est pas une exception et ces exemples sont bel et bien applicables à notre pays. Ceci ne peut se faire que dans une commission indépendante qui devra faire dans un premier temps le bilan aussi complet que possible des violations graves des droits de l’Homme nées de ces événements douloureux qu’a connus la Mauritanie mais aussi en dernier lieu rendre aux victimes de ces événements leur dignité civique et humaine comme cela a été le cas au Maroc et en Afrique du Sud. La création d’une telle commission serait toujours bénéfique et il y a urgence de la créer pour qu’elle s’acquitte de sa mission relative au travail de mémoire et à la réconciliation nationale. Mais un processus de réconciliation suppose les étapes suivantes qu’il faut bien mettre en homogénéité pour esquiver des tâtonnements qui n’aboutissent qu’à des impasses : la reconnaissance, le repentir, le pardon et la restauration. Quant à la composition de la dite commission, elle peut comprendre des représentants des victimes choisis librement par eux et qui sont les premières à être victimes, des organisations de défense des droits de l’homme en Mauritanie, de la société civile, d’ONGs humanitaires…bref, une commission composée d’une équipe pluridisciplinaire de plusieurs membres. Les modalités pratiques reviennent à l’Etat à qui il appartient de les définir. Il s’agira par conséquent de réparer le tort vécu par les victimes qui ont seules la plénitude d’amnistier.
Ces commissions, dans ces deux pays, ont démontré leur importance grandissante dans le processus de réconciliation se déroulant dans ces pays où de graves violations des droits de l’Homme ont été constatées notamment celle de faire recouvrer leur dignité aux victimes des violations, de susciter une reconnaissance publique et officielle des peines qu’elles ont endurées et de consacrer les valeurs des droits de l’homme.
Les victimes ne demandent pas trop. Juste qu’on leur dise la vérité sur les mobiles des exactions commises contre elles. Sans doute, les compensations sont nécessaires mais ce ne sont pas le plus important. Mais la vérité.

Babacar Baye Ndiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 3 octobre, 2007 )

Les déportés

Et le volet pénal et judiciaire ?

Sur la question du retour des déportés que n’a-t-on pas supputé, entendu comme propositions, rabâché, expliqué, suggéré, avancé des contre-propositions, émis des réserves ? Le retour des déportés, c’est quasi une assurance. Mais pour ce qui est de la traduction en justice des responsables de ces crimes, qu’en serait-il réellement ? Ce volet de la question des déportés, on semble l’occulter. Ou tout au moins, ce qui est urgent, ce sont les modalités pratiques relatives au rapatriement des déportés.

Le retour des déportés : faut-il en avoir peur ? Depuis le discours officiel du Président de la République sur le retour des déportés, toute une botte d’actions négatives, d’amalgames et de fausses interprétations est érigée en parapet pour essayer de barrer, de contourner toutes initiatives, procédures ou mécanismes pouvant aboutir au retour définitif des déportés dans leur pays natal, la Mauritanie. Eux, les antinégromauritaniens, que cherchent-ils encore ? Après avoir brisé leur échine, humilié dans leur dignité, les voilà maintenant qui s’opposent à leur retour. Le pouvoir de SIDI a hérité des dossiers qui scindent encore et créent des remous dans l’opinion : dossier des «déportés », dossier du «passif humanitaire » indissociable au précédent, dossier de «l’esclavage ». Sur chacun de ces dossiers, il y aura toujours des voix, des personnes qui se feront entendre pour défendre leurs intérêts personnels et matériels. Par rapport à la question des déportés, la véritable question est de savoir si Maouiya et sa bande vont être jugés pour leurs forfaits qu’ils ont commis ? C’est une interrogation pleine de susceptibilité, une corde raide, une question qui peut fâcher, une question qui peut susciter une approbation. Durant la période des années de braise comme on dit encore, des choses sans précédent se sont déroulées dans ce pays au su et au vu de tout le monde, des choses inqualifiables ont eu lieu : une communauté bien identifiée et minutieusement ciblée a été déportée contre son gré dans des conditions exceptionnelles et épouvantables. Et cela pour des raisons purement politiques et idéologiques et qui n’avaient rien à voir avec les affrontements inter communautaires entre la Mauritanie et le Sénégal. Aujourd’hui, on parle du retour des déportés et seuls ceux qui se sentent coupables ne veulent pas admettre ou en entendre parler de l’esquisse d’une procédure pénale et judiciaire. Ceux qui ont quelque chose à se réprimander dans leur âme et conscience. Nul doute donc que ces derniers ne soient désarçonnés car des vilenies se sont accomplies dans un silence coupable. A cette époque, ceux qui avaient osé stigmatiser ou dénoncer de telles pratiques avaient été contraints à l’exil forcé ou au musellement. Ainsi, allait la Mauritanie du Président Taya. Aujourd’hui, on parle d’associer tout le monde à ce processus de retour des déportés. Ce qui est curieux au fond. Mais en réalité, au moment des déportations, à quelques exceptions prés, qui a osé prendre le contre-pied du régime de Taya, dire la vérité au diable et aux diablotins protégés actuellement sur le plan pénal et judiciaire par l’ordonnance n°2006-015 qui, dans son article 5 par son alinéa 2, stipule que les situations d’atteinte aux droits de l’Homme sont celles survenues après l’entrée en vigueur de l’ordonnance laquelle en réalité n’est destinée qu’à protéger des hommes qui continuent d’exercer dans les sphères de l’Etat faisant de la loi leur instrument. Toutes les dispositions législatives ont été prises curieusement pour absoudre et faire disparaître les traces de forfaits commis entre 89-90 et 91. C’est comme si tout était minutieusement étudié et bien planifié. Car, il y eut la loi d’amnistie n° 93-23 du 14 juin 1993 sous le régime du Président Taya et l’ordonnance 2006-015 du 12 juillet 2006 prise par le gouvernement de la transition et qui consacrait encore une nouvelle fois les desseins de l’Etat mauritanien à ne pas poursuivre les auteurs de ces basses œuvres et l’impunité des criminels. Mais SIDI Mohamed Ould Cheikh Abdallahi fera-t-il abroger ces deux textes juridiques qui constituent en effet des obstacles pour mettre au moins la lumière sur les actes commis en vue de trouver un terrain favorable à l’entente loin de toute surenchère que nul ne doit aviver. L’heure doit être à l’apaisement des rancœurs C’est le premier levier qu’il faudra déplacer si nous voulons que justice soit faite et que nous ne nous aventurions plus à pratiquer une «politique de chauvinisme d’état et d’exclusion » dans ce pays. Au cas échéant, ce serait une déception pour les victimes.

Babacar Baye Ndiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Marché des poulets: Des écailleurs et des bruits

Qui sont-ils, ces jeunes et grandes personnes qui ont fait de l’écaillage leur gagne-pain quotidien ? D’où viennent-ils et pourquoi font –ils cette activité que beaucoup de personnes de leur génération répugneraient à faire quitte à leur donner des millions d’ouguiyas ? Et qui ne les a pas vus ou aperçus, avec un écailleur à la main, en allant vers le 5ième arrondissement en face de l’Office National de la Médecine du Travail ?

Ils viennent de loin, très loin quelquefois, à des centaines de kilomètres de Nouakchott. Ils ont déserté leurs bourgades pour se faire des picaillons, pêcher du boulot. Mais quel boulot ? L’écaillage.

Sans complexe, ils exercent cette activité avec beaucoup de contentement. «Si tu n’as pas de métier et que tu vois ce genre de gagne-pain, tu vas le faire pour pouvoir subvenir à tes besoins…il n y a pas d’humiliation à faire ce travail parce que la personne ne doit survivre qu’à la sueur de son front.

Si tu ne mens pas, ne gruges pas, je pense qu’il n y a pas de raison à se sentir morveux. C’est mon gagne-pain, ça me permet tant bien que mal de régler mes petites nécessités. Avec ce métier, j’arrive à entretenir mes parents et ma propre famille… » Ousseynou Fall est marié et père de 4 progénitures.

Originaire dans un village du Sénégal Arame, il accomplit depuis 1998 cette activité qui lui a permis «d’acheter des chèvres, des moutons». Sans diplômes, sans qualification professionnelle et sans aucun niveau d’études, il souhaiterait bien changer de métier et envisage de s’expatrier en Europe. Mais en attendant, il s’occupe de son boulot où toute son espérance repose.

Ousseynou Fall partage ce métier avec une dizaine d’autres jeunes et grandes personnes dont la fraction d’âge oscille entre 25 et 45 ans. Leur point identique avec Ousseynou : eux non plus, ils n’éprouvent aucun déshonneur à faire ce métier qu’ils exercent depuis plus de 10 ans pour les uns et 20 ans pour les autres. En moyenne, ils peuvent récolter par jour 2500 UM à 7000 UM selon les périodes.

El Hadj Lo, originaire de Wothie lèz Bogué, marié et père de 3 enfants, quant à lui, a été un boy de maison avant de choir dans ce métier. «Je trouvais cela surhumain et laborieux, dit-il. Dans ce métier au moins, tu as ta liberté. S’il n’y avait pas quelque chose à empocher, je l’aurai abandonné depuis longtemps » avoue-t-il.

Vrai ou faux, il nous dira qu’avec ce métier, il a pu s’acheter une mercédes, bâtir une maison à Kouffa.

Son voisin d’à coté, Cheikh Sarr, polygame et natif de Kaédi, avoue lui aussi que grâce à cette activité, il n’éprouve plus maintenant aucun besoin matériel et financier. «Je ne dépends de personne et si je laissais ce métier, je rentrerai chez moi parce que je ne vois pas quelque chose de meilleur que ce métier. C’est très dégoûtant, reconnaît-il, ça empeste partout mais je ne pense pas l’abandonner un jour ».

Depuis des années, ils sont ensemble, se connaissent et se considèrent comme des frères. La concurrence entre eux ne les ébranle pas. Loin de là. Cheikh Sidati Fall, lui, il habite à Nouakchott. Depuis 1982, il officie dans ce métier.

Il a été d’abord maçon et pêcheur ensuite avant d’atterrir sur les pistes de l’écaillage parce que dans la maçonnerie et la pêche, dit-il, il ne gagnait rien. Contrairement à ses amis qui ont réalisé quelque chose, lui, savoure-t-il, il parvient à «mettre quelque chose dans le ventre » de ses enfants. «J’en ai épousé, avoue-t-il. J’ai tué 4 béliers le jour de mon mariage ». Comme ses amis interpellés, lui non plus, il ne compte pas abandonner cette activité.

Mohamed Ibrahima Diallo est provenant de Rkiz. Depuis 1975, il est dans ce métier. Agé de 45 ans, très railleur et loquace, d’ailleurs on le surnomme le «comédien des lieux », il se nargue de ceux qui pensent que leur activité n’est pas valorisant et même affirme qu’il n a pas besoin «des salaires de 20, 40, 60 mille Ouguiyas».

Des montants à son avis «qui ne peuvent pas supporter certaines dépenses familiales » et d’ajouter «J’ai 3 femmes, dit-il avec beaucoup de condescendance. Un journaliste ne peut pas avoir 3 épouses ». Ouah, celui-là, il a du culot hein ! Mais bon, après tout, il a raison non ou bien !

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

Mohamed Camara, Président de l’Association des Groupes de Musiciens Mauritaniens: »Les choses doivent changer »

Le Rénovateur : Pourquoi avez-vous décidé de mettre en place l’Association des Groupes Musiciens de Mauritanie ?

Mohamed Camara : Cette idée est venue à partir d’un constat. Nous avions remarqué que les artistes mauritaniens étaient éparpillés. Nous sommes donc dits qu’il serait intéressant de créer une structure regroupant l’ensemble des groupes musiciens et musiciens de Mauritanie. C’est ainsi que nous avons tenu une assemblée générale à l’issue de laquelle nous avons créé cette association pour promouvoir et donner une forte impulsion à la musique mauritanienne au-delà de nos frontières.

Le Rénovateur : A votre avis, pensez-vous que les artistes mauritaniens étaient dispersés ?

M.C : Effectivement. Mais actuellement, avec cette association, les artistes se retrouvent, s’entraident et à tout moment, on peut faire appel à un instrumentiste ou un musicien dans les manifestations culturelles. Les artistes ont compris qu’il faut qu’il y ait une unité, que les gens se regroupent dans une association.

Le Rénovateur : Et depuis quand cette association existe-t-elle ?

M.C : Elle a été crée le 15 juillet 2005. Certes, nous sommes tout à fait une structure encore jeune mais nous sommes une structure très dynamique.

Le Rénovateur : Qu’est-ce que vous avez réussi à réaliser depuis cette date de création de l’association ?

M.C : A vrai dire, nous avons réalisé beaucoup de choses. Par exemple, nous avons aidé des artistes à participer à certaines manifestations en dehors de notre pays. Nous avons aussi aidé certains artistes à sortir leur album comme par exemple Diam Min Tekky, Maodo Almamy etc. par ailleurs, le ministère de la Culture a reconnu notre association et a eu à travailler avec elle. Ça c’est un privilège. Ce qui est plus remarquable, c’est que nous avons pu obtenir des cartes professionnelles dûment signées par le ministère de tutelle. Il y a beaucoup d’artistes qui n’ont pas eu cette chance là.

Le Rénovateur : Vous êtes le Président de l’AGMM. Certainement, vous serez à l’aise pour nous dire comment se porte présentement la musique mauritanienne ?

M.C : Elle se porte très bien. La preuve, nous représentons notre pays à l’extérieur. Nous avons des vedettes qui s’expriment ailleurs au nom de la Mauritanie. C’est un pas déjà. Auparavant, il n y avait pas cela. Tout musicien que vous interpellerez, il pourra vous dire que tout se passe très bien.

Le Rénovateur : Quels sont ces vedettes qui représentent la musique mauritanienne à l’extérieur ?

M.C : Je peux vous citer Malouma qui est très bien connue, Dimi, Ousmane Gangué, Hamady Gawdel, Tiédel Mbaye, Hawa Diméré qui est notre maman et j’en passe…

Le Rénovateur : Tantôt, vous avez cité Ousmane Gangué et pourtant, il est presque établi au Sénégal ?

M.C : Vous savez le cas de Ousmane Gangué est un cas assez particulier. Les artistes sont libres aussi de s’établir là où ils veulent. Il s’est trouvé qu’il est à l’aise au Sénégal et peut être qu’il trouve ce qu’il veut là bas. Mais néanmoins, il sait que c’est ici son berceau, ses origines. Un musicien mauritanien quand il quitte ici et part au Sénégal, il est bien apprécié. On se demande même où il a appris la musique. Les gens s’étonnent parfois de la manière dont les artistes mauritaniens jouent ou chantent. Et pourtant, nous n’avons pas des écoles de musique.

Le Rénovateur : Que dites-vous du manque de structures musicales en Mauritanie ?

M.C : Effectivement, il y a un manque de structures criard dans notre pays. C’est une réalité. Auparavant, les autorités n’accordaient aucune importance à la musique, aux musiciens, aux structures de musique. Actuellement, vu l’évolution des choses, de la démocratie qui s’installe, les autorités ont conscience de cela.

Le Rénovateur : Depuis que vous avez créé cette AGMM, est-ce que véritablement les choses ont véritablement ont changé ?

M.C : Franchement oui. On a réussi à instaurer cette solidarité entre les musiciens, cette entraide qui existe entre eux. Avant, il n y avait pas ça. Il a fallu qu’on crée cette association pour que les choses commencent à bouger.

Le Rénovateur : Vous êtes à la tête de l’AGMM, est-ce à dire que vous êtes payé ou bien vous exercé cette fonction bénévolement ?

M.C : Moi, je suis là pour aider. Je ne suis pas payé et je n’attends rien des artistes. Vous pouvez demander aux artistes, ils me connaissent tous. Je veux uniquement les aider, que ça marche pour notre pays, pour les musiciens principalement.

Le Rénovateur : Qui finance(ent) votre association ?

 

 M.C : C’est nous-mêmes. Et jusqu’à présent, nous n’avons pas reçu de subventions de la part du ministère de la Culture. C’est aussi par l’intermédiaire des amis, des hommes de bonne volonté, des contacts personnels que je parvienne à débloquer certaines situations pour mener à bien notre action. Mais beaucoup de gens croient que quand on crée une structure c’est parce qu’il y a des millions. Non, il faut travailler pour mériter ces millions.

Le Rénovateur : Souvent, on reproche au ministère de la Culture, leur absence de volonté ou d’appui derrière les artistes. Qu’est-ce que vous en pensez ?

M.C : Effectivement, dans le temps, il y avait ça. Mais actuellement, je crois que les choses ont changé, devraient changer et doivent changer. Récemment, les autorités du ministère de la Culture nous ont reçus et elles sont prêtes à travailler avec nous et à nous soutenir financièrement et matériellement. Auparavant, le ministère ne donnait aucun crédit à cette structure. Elles savent que c’est la seule structure qui regroupe l’ensemble des artistes mauritaniens.

Le Rénovateur : Quand vous devez tenir des réunions, il y a souvent des absences ou des retards. Qu’est-ce que vous comptez faire pour pallier à tout cela ?

M.C : Je prends régulièrement des sanctions à l’égard des artistes. C’est eux-mêmes qui l’ont exigé. Ils ont estimé s’il y a des retardataires, il ne faudrait pas revenir sur l’ordre du jour. En plus, si les gens ne viennent pas à l’heure, il faut qu’ils paient une certaine caution de 1000 UM. Vous savez aussi bien que moi pour soustraire à un artiste 1000 UM c’est tout un tas de problèmes.

Le Rénovateur : Et où ira tout cet argent ?

M.C : Il ira dans l’administration de l’association. Vous savez, l’administration, elle est dispendieuse. Il y a les déplacements, les frais, etc. Quand on veut créer une chose, il faut qu’il y ait une assise. S’il n y pas d’assise, il n y a pas de structure, c’est du leurre. Je n’aime pas ça. Je veux travailler. Je veux prouver que nous sommes là. C’est notre pays, il faut que nous prouvions que nous sommes là. Nos musiciens sont là, il faut qu’ils prouvent qu’ils sont là eux aussi.

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

Le Parti National pour El inma annonce les couleurs

Aussitôt le Parti National El Inma reconnu, les responsables dudit parti ont tenu une conférence de presse pour saluer la décision des nouvelles autorités consistant à la reconnaissance de plusieurs partis politiques qui ont souffert de la censure et de l’exclusion du champ politique.

Un parti d’ouverture

Le Parti National pour El Inma (PNI) se veut un parti d’ouverture, un parti proche de «tous les opprimés » sans exception tout en suivant avec beaucoup d’intérêt l’évolution sociale et politique de l’Irak selon leurs propres termes, de la Palestine et dans chaque foyer de tension.
En matière de politique intérieure, la présidente du PNI, madame Sehla Mint Ahmed Zaid a fait savoir sa réelle et ferme détermination de lutter contre la violence, l’extrémisme et tout ce qui menace la Mauritanie, de même que la position de son parti pour le retour des déportés mauritaniens qui, sans doute, selon elle, incarnera le rapprochement, l’amitié et renforcera l’unité nationale entre toutes les composantes du peuple mauritanien. La présidente du parti a noté qu’il est de leur devoir de participer d’une manière responsable dans la construction du pays pour relever les défis que dictent les conditions internationales.

Un discours politique nouveau

Le PNI veut sortir selon son chargé de communication de la mêlée des partis politiques traditionnellement connus en Mauritanie et s’inscrit dans une perspective de rupture dans la scène politique. «Nous pensons qu’au niveau de notre parti, note le chargé de la communication, que les peuples ont longtemps été dans l’opium politique. Nous estimons qu’il est nécessaire de mettre en avant les problèmes économiques. Nous pensons qu’il est tant que les politiques cessent pour laisser place aux économiques ».

Ni de l’opposition ni du pouvoir

Aucune réponse n’est avancée dans ce sens. La seule explication qui a été donnée est la suivante : « notre parti vient de naître. Nous n’avons pas encore 45 jours. Il faut nous laisser le temps de réfléchir. » En attendant qu’ils cogitent de leur sort dans l’arène politique, le PNI sera seulement «avec ceux qui sont pour l’intérêt national, ceux qui sont pour la sauvegarde de l’unité nationale, ceux qui sont contre la corruption et la division, ceux qui pensent, ceux qui auront un nouveau look pour gérer non seulement les mauritaniens mais les deniers publics ».

Le PNI revient sur le financement des partis politiques

Je ne crois pas, estime le chargé de communication du PNI, qu’on peut donner à un parti politique suffisamment de moyens pour réaliser son programme politique. « Aujourd’hui, en Mauritanie, il y a beaucoup de partis mais je ne crois pas que le nouveau gouvernement qui est l’héritier du gouvernement de la transition qui a fait de tous ses moyens pour décapiter les partis politiques n’a pas encore mis une stratégie en place pour financer les partis politiques réellement. Je ne parle pas des subventions superficielles qui sont jetées comme des grains à une volaille mais de prendre en compte les partis politiques de savoir que ces partis expriment la volonté d’une composante des mauritaniens. Cette volonté n’a pas encore existé mais nous pensons dans l’avenir qu’il y aura une nouvelle volonté politique pour pouvoir financer réellement les partis politiques ».

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

Dobet Gnahoré

Une artiste polyvalente

Elle est venue en Mauritanie pour présenter son spectacle et son nouvel album « Na Afriki » ce vendredi 23mars 2007. Et pour une première, elle a laissé une bonne impression et le public qui était dans la salle des spectacles du centre culturel français de Nouakchott a beaucoup apprécié. Rencontre avec une âme d’artiste.

Cela fait 12 ans que Dobet Gnahoré est dans la musique. Elle a grandi dans un village panafricain artistique en Cote d’Ivoire. Dès l’age de douze ans, elle a eu la chance de côtoyer des danseurs, des chanteurs, des artistes, des comédiens ce qui lui a permis comme elle l’a laissé entendre d’être polyvalente dans l’art. Mais pour cette ivoirienne, fille d’un percussionniste comédien, basée en France dans les Ardennes dans un petit village de plus de deux cents âmes, être musicienne demande avant tout une certaine rigueur voire une certaine constance. « Il faut chercher à être professionnel, polyvalent et exigent puisque le métier demande toutes ces choses surtout avec un public qui te juge. Il faut forcément avoir l’âme perfectionniste pour pouvoir atteindre un certain nombre d’objectifs ».
Et impossible, quand on est un artiste engagé, de ne pas jeter un regard critique sur le monde contemporain, de ne pas être affecté par ce qui se passe ailleurs et surtout lorsqu’il se déroule dans in pays africain où des élites politiques prennent en otage les populations, saccagent et dilapident les richesses nationales et ne les font pas profiter aux populations démunies.
Pillages ou les voleurs d’or noir ? « C’est un texte que j’ai écris après un voyage à Congo Brazzaville. Nous sommes arrivés là bas et nous avons vu toute la richesse de ce pays. On nous a racontés toute l’histoire de ce pays merveilleux. Et chose étrange, le peuple même n’arrive pas à profiter de la richesse qu’il a. C’est de là qu’est née l’idée d’écrire cette chanson. Je trouvais cette situation très injuste » déclare Dobet Gnahoré en soupirant.
Son style est un mélange de musique traditionnelle de l’Afrique. « J’écoute beaucoup de la musique traditionnelle africaine. Depuis tout le temps, j’ai essayé de valoriser à ma façon les rythmes africains. Ce sont ces rythmes de chez nous qui nous nourrissent et qui ont nourri pas mal d’artistes africains et surtout aussi dans le monde extérieur. Donc, j’ai vraiment envie de valoriser la culture africaine à ma façon, d’aborder d’autres langues africaines et surtout me promener dans les rites et essayer de les jouer comme il se doit ».
Sa préoccupation ? C’est surtout par rapport à la situation actuelle en Afrique caractérisée par des guerres, des famines, des maladies… « Qu’on arrive à s’en sortir, à valoriser nos cultures, à se cultiver de la terre, avoir de l’eau et chercher nous même à s’auto suffire. A nous donc de prendre en charge nos vies ». Un véritable cri de cœur contre les supposées fatalités qui veulent toujours que le continent africain et ses fils demeurent dans le bas du tableau mais aussi et surtout pour dire qu’il est temps maintenant de changer les choses.
Ancienne adepte de Woré Woré Liking (une icône de l’art africain) qui lui a donné l’envie et le goût d’être artiste, elle n’omet pas, pour valoriser sa musique et lui donner un cachet varié, d’apporter des instruments traditionnels comme la calebasse, la haute cour, la sanza et le houdou qui constituent la base même de sa musique. Et coté thèmes ? « Je n’ai pas de thèmes particuliers. J’aborde tous les thèmes de la vie : la guerre, la joie, la famille, la pédophilie, la polygamie, l’inceste et cætera… » Autant de thèmes contemporains et peut être une manière pour elle d’être une artiste universelle porteuse de messages.
Et en tant que femme, elle a rendu un hommage à la femme africaine celle qui supporte et porte tout dans le foyer, à travers un titre « djiguène » qui veut dire en Wolof femme. Et nul doute qu’elle a envie de la valoriser surtout dans son spectacle, de la mettre en avant, de montrer sa force parce qu’elle est douce mais aussi parce qu’elle est avant tout « mère » autrement dit qu’elle a un coté très félin la femme.
Et comme pour montrer que la vie est belle, elle lâche à travers sa sublime et alléchante voix de femme africaine : « Dieu nous a mis sur terre pour être ensemble. Nous avons nos qualités et nos défauts. Nous sommes faits du même sang. Nous devons le respect aux autres et favoriser l’entente entre les peuples ».

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Isabel Fiadeiro

Une passionnée du désert

Depuis des siècles, le désert du Sahara occidental fascine les voyageurs, les visiteurs, les touristes du monde entier. Et d’ailleurs, que n’a-t-on pas écrit, dit, peint, dessiné et filmé sur cette vaste étendue de sable aux mille charmes irrésistibles. Isabel Fiadeiro, une artiste-peintre d’origine portugaise, parcourt inlassablement le désert mauritanien depuis plus de trois ans toujours avec le même plaisir.

Voulez-vous faire plaisir à Isabel Fiadeiro ? C’est très simple : parlez-lui du désert. Depuis quelques années, elle expose ses aquarelles qui constituent le reflet de tout ce qu’elle a vu et rencontré durant ses séjours dans le désert mauritanien. En regardant ses aquarelles descriptives et réalistes, on est tenté de dire que le désert exerce sur elle un poids de fascination dans son âme. «Je suis, dit-elle, complètement amoureuse du désert. Il me fascine beaucoup ».
Par ailleurs et à vrai dire, c’est un penchant naturel qu’elle éprouve pour les gens qui vivent dans le désert. «J’aime beaucoup la Mauritanie et les gens. Je passe beaucoup de temps dans le badiyaa mauritanien. J’y fais souvent des séjours de trois à quatre semaines ».
Elle ne vit que de la peinture : c’est sa vie, c’est son domaine de prédilection. Son amour aux desseins remonte depuis son enfance. «J’ai commencé à peindre depuis que je suis toute petite. C’est ma vie. C’est mon travail. C’est la seule chose que je fais. J’ai toujours dessiné mais la peinture je l’ai commencée plutard. J’ai étudié la peinture mais c’est une activité qui fait partie de ma vie ».
La peinture pour elle est une véritable passion à laquelle elle ne peut résister mais aussi c’est une façon pour elle de communiquer avec les gens principalement. Ces desseins nous permettent de mieux comprendre la vie dans les badiyas mauritaniens, nous dévoilent beaucoup de réalités en nous révélant aussi leur contrariété. De desseins en desseins, nous passons à un univers étrange qui nous dévoile son jardin secret. Cependant, c’est très difficile, reconnaît-elle, de transmettre ses émotions, ce qu’elle ressent, parce que selon elle, chaque personne voit d’une manière différente et apporte sa propre expérience.
Pour cette femme portugaise qui connaît assez bien la Mauritanie, il n y a pas de grande différence entre Nouakchott et les autres grandes villes d’Europe. «Je trouve que la vie à badiya est beaucoup plus facile ; les gens sont très accueillants. Par contre, les gens de la ville me font penser au Portugal. Ici, en ville, les gens sont entre deux mondes et parfois ça peut être difficile ».

Babacar Baye Ndiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Adaptation thétrale de «Et le Ciel a oublié de pleuvoir»

En Mauritanie, le théâtre a toujours été considéré comme une activité de second rôle. Mais heureusement- et c’est là quelque chose à encourager notamment en premier lieu par le ministère de la Culture- qu’il y a des gens qui s’efforcent tant bien que mal de redonner espoir au théâtre mauritanien qui semble être à l’article de la mort.
C’est dans la salle des spectacles du centre culturel français de Nouakchott que Gérard Tolohin originaire du Bénin et établi en Mauritanie depuis plus de dix ans, a mis en scène devant un public nombreux «Et le Ciel a oublié de pleuvoir » de Mbarek Ould Beyrouk qui a été présent et avait du mal à cacher son émotion et sa satisfaction après avoir suivi la mise en scène de son roman. « Je trouve que c’est extraordinaire qu’il y ait des jeunes mauritaniens qui essaient de jouer aussi bien dans un théâtre qui n’est pas un théâtre de pantomime. C’est un véritable théâtre ce qui demande un effort, un savoir-faire et un art. Au début, pour eux, c’était extrêmement difficile. Je sais qu’ils ont eu à faire beaucoup d’effort et travailler longtemps».
Donner une nouvelle face au théâtre mauritanien voire la réinventer c’est ce qu’a fait Gérard Tolohin en adaptant au théâtre ce roman : « On cherchait une pièce de théâtre écrite par un auteur mauritanien. Mais on n’en a pas trouvé et on a été obligé de prendre ce roman pour l’adapter » et pour ce coup d’essai réussi il refuse de s’enorgueillir «c’est ma petite contribution pour essayer de sensibiliser les gens sur certains thèmes ».
Cependant, la tache n’a pas été facile pour lui parce qu’il «a été en face d’étudiants qui ne maîtrisaient pas assez bien la langue française » et il lui a fallu donc beaucoup d’effort et d’énergie pour qu’ils comprennent le texte en l’espace de six mois. Pour des jeunes qui n’ont jamais fait de comédie, ce n’était pas évident de réussir ce pari et la seule chose qui leur était demandé c’était leur disponibilité uniquement !
Même si Gérard est «à l’aise avec les pièces africaines », le théâtre en Mauritanie, selon sa propre expression, ne se porte pas bien parce qu’il n y a pas assez de dramaturgie même s’il y a des troupes qui essaient de faire beaucoup de choses et d’après ses propos «il faudrait créer un environnement favorable pour que puissent éclore les troupes de théâtre qui n’ont pas souvent accès à la diffusion, à la télévision et à la radio. C’est vrai qu’il n’y a pas assez de personnes qui se sentent soutenues pour monter une pièce ou jouer de la comédie ».
Ce n’est pas un hasard si Gérard a adapté au théâtre ce roman qui a osé parlé de certaines réalités que beaucoup de gens n’aiment pas souvent évoquer ou esquivent parce que sensibles comme par exemple la différence sociale, la noblesse, les difficultés dans les mariages mixtes qui constituent entre autres de véritables problèmes en Mauritanie. Le théâtre, sans ambages, nous dévoile des vérités crues et les personnages sont là pour mettre en scène cette évidence. En abordant ainsi des thèmes qui intéressent les populations, le théâtre peut susciter un intérêt de la part des populations. « Il y a des gens qui s’intéressent au théâtre. Il faut parler de ce qui les touche. D’ailleurs, les troupes qui jouent dans les langues nationales ont plus de succès auprès des populations parce que celles-ci les comprennent très bien ».
S’il y a un enseignement à tirer de cette pièce, c’est d’abord le courage de l’auteur qui a écrit des choses qu’on n’ose pas pointer du doigt et celui du personnage principal Lola « qui est le symbole de la modernité, celle qui ne veut plus écouter la voix de la tradition, des conservateurs et qui veut se libérer de cette prison, des choix qu’on lui a imposés » mais aussi celle qui « a essayé de s’affranchir, de dire non à des lois et pratiques traditionnelles ». Une véritable révolutionnaire ! …

Babacar Baye Ndiaye
Ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Ewlade Leblade

« A’datne »

De fil en aiguille, Ewlade Leblade a su se faire une place sur la scène musicale en Mauritanie. Ce groupe de Rap, grâce à la sortie de leur premier album «A’datne » est devenu l’un des rares groupes qui peut se targuer aujourd’hui de faire partie désormais du cercle restreint des privilégiés.

Le succès de l’album sorti récemment a propulsé Mohamed, Sah et Hamadi, membres du groupe devant l’actualité musicale. Ce groupe de Rap vient de boucler leur tournée nationale qui a duré un mois. Pour ces trois rappeurs et leur manager Khadim, fini le temps où les tournées n’étaient qu’un rêve, un palier inaccessible. Succès oblige ! C’est le temps maintenant de travailler davantage, d’être plus sérieux parce que selon Khadim «c’est tout un pays maintenant » qui est derrière Ewlade Leblade. Impensable donc pour eux «d’arrêter cette belle aventure qui ne fait que commencer ».
Les membres de Ewlade Leblade qui veut dire en hassanya «les fils du pays » n’ont pas oublié qu’ils sont «des gens du ghetto ». Le succès de leur album ne les a point poussés à faire la grosse tronche mais par contre eux, ils essaient néanmoins de «gérer ce succès » auquel ils ne s’attendaient pas si vite. Ewlade Leblade, contre vents et marées, a pu résister contre de certaines idées préconçues par rapport à leur engagement et à leur position. « On ne peut pas faire du Rap sans être engagé. On ne peut pas non plus dire des bêtises mais quand même il y a des réalités qu’il faut dire sans détours » explique Khadim, manager du groupe.
Ce groupe de jeunes, il leur a fallu deux ans d’existence pour sortir leur premier album «A’datne ». Ce qui semblait un obstacle à franchir si l’on sait que parfois on peut mettre plus de cinq ans voire plus pour trouver un producteur ou s’autoproduire. C’est pour dire en bref que sortir un album en Mauritanie, c’est parfois la mer à boire, reconnaît Khadim en regrettant le fait qu’ «il n y ait pas de producteurs en Mauritanie ou s’il en existe ne font pas confiance aux musiciens de manière générale ou alors ils se disent qu’ils ne vont pas jeter leur argent par les fenêtres ».
L’argent !…Le mot est lâché et pour s’autoproduire, il faut en avoir. Alors comment «les fils du pays » ont-ils trouvé les kopecks nécessaires à leur autoproduction ? « Nous avons pris nos propres fonds que nous avions gagnés en organisant des concerts » nous dit Khadim. Et le montant des ventes ? Là aussi c’est un secret. Et pas la peine de lui demander combien leur a coûté cette autoproduction. « Je n’ai pas à ma disposition tous les détails pour vous dire combien nous avons véritablement dépensé ». Ah ! Dommage ! Nous n’avons pas réussi à le faire cracher la somme ! Et avant la production, ils ont néanmoins «rencontré des difficultés » puisque «les gens ne comprenaient pas » ou plutôt n’avaient pas confiance en eux. Mais voilà que quelques semaines après la sortie de l’album, «les sponsors courent» derrière eux. D’ailleurs, ils ont «reçu d’autres labels qui veulent travailler » avec eux et qui sont prêts à les produire.
L’album «A’datne » qui signifie en hassanya «traditions » a été tiré en 3000 cassettes et 1000 CD dont plus de 2650 vendus pour les cassettes et plus de 600 pour les CD. Et malgré toutes les mesures préventives que Khadim avait prises, ils ont «beaucoup souffert » du piratage. A Zouérate par exemple, ils ont trouvé leurs « CD piratés à gogo ». L’album, réalisé entre la Mauritanie et le Sénégal, comporte huit titres avec un intro. Un album pour «montrer aux mauritaniens qu’on peut faire autrement le Rap » mais aussi et principalement «montrer que la Mauritanie a des valeurs, une culture, une image à vendre » d’où le titre de l’album «A’datne »

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Groupe Wal Fadjri de Nouakchott

Depuis 1995, ce groupe dont la tranche d’age varie entre 25 ans et 30 ans essaie tant bien que mal de faire plaisir à ces centaines de noctambules venus chercher la délectation. Notamment dans les bar-restaurant. Jusque là très peu répandus et bougrement limités sous nos tropiques, les groupes de variétés sont en effet peu connus du public.

Comme beaucoup de groupes, Wal Fadjri groupe est le fruit d’un long compagnonnage d’une bande de copains passionnés par-dessus tout par la musique, une bande de copains qui partagent les mêmes préoccupations, les mêmes visions et les mêmes rêves. Leur avantage c’est d’avoir grandi, joué, étudié et même fait du théâtre ensemble. Aujourd’hui, ils n’ont qu’un seul centre d’intérêt : réussir dans le milieu musical. De la bonne musique, avec un mélange de reggae, de jazz, de blues, de salsa et de mbalax, Wal Fadjri groupe sait très bien la raccommoder. Des jeunes talentueux et pleins de volonté, sans tambour battant ni trompette, satisfont tous les VSD des noctambules venus se détendre ou « tuer le temps ». Des thèmes d’actualités. Des chansons réalistes qui relatent parfaitement la vie quotidienne. Des chansons à la fois railleuses et pleines de susceptibilités. Pas besoin donc de tempérer ou de caresser pour dire la vérité telle quelle, sur la situation en Afrique fortement caractérisée de manière générale par la pauvreté et le désespoir de plus en plus grandissants de ses populations, sur les jeux de yoyo que se livrent souvent les deux sexes, sur le truchement des uns et des autres. Dire la vérité sans être agaçant c’est une sorte de sacerdoce primordiale pour cette bande de copains. Pas besoin aussi d’aller très vite en besogne pour ce qui concerne la sortie d’un album. Et pour ce jeune groupe mauritanien qui n’a pas encore sorti son premier album sur le marché national, faire un album est un acte qu’il faut d’abord mûrement réfléchir et l’inscrire dans la durée et la continuité. « La sortie d’un album, c’est quelque chose qu’il faut préparer. Nous nous sommes toujours dits avant de sortir un album, il, faut être prêt musicalement ! Sortir un album et s’éclipser aussitôt ce n’est pas intéressant. Nous insistons d’abord sur notre répertoire musical. Un album ne s’improvise pas, ça se crée. Et pour cela, il faut travailler. », estime Seydou Sow, lead vocal du groupe. Difficile donc, quand on est un groupe de variétés, de se faire un nom dans le milieu ou encore de trouver les bonnes issues ? « Nous pensons que la sortie d’un album dépend du public, de l’entourage, de l’audimat. C’est ceux qui vous écoutent qui doivent vous servir d’effet locomotive. Souvent, on nous pose la question : qu’est-ce que vous attendez pour sortir un album ? Mais malheureusement, notre problème c’est d’avoir un appui financier pour sortir un album. Ici en Mauritanie, les producteurs sont quasi rares et c’est très rare aussi de les voir dénicher les artistes ou les groupes » déclare Seydou Sow.
Aujourd’hui, Wal Fadjri groupe fait parti des rares groupes mauritaniens de variétés qui joue tous les VSD. Mais là n’est pas le véritable problème. « Il n’y a que certaines sociétés de tabac qui acceptent de sponsoriser les groupes. Même elles aussi, ce qu’elles payent, ça ne vaut pas grand-chose. Si c’était notre choix, nous n’allions pas chanter pour elles mais nous n’avons pas le choix. Les structures qui sont là pour débloquer de l’argent ne le font pas pour les artistes. Au niveau du ministère de la Culture, on ne fout rien et on ne soutient pas les artistes. Comme par exemple, il n y pas assez de manifestations culturelles ou des festivals pour permettre aux artistes de se faire découvrir ».
Leurs sources d’inspiration sont vastes et il faut les chercher dans la souffrance des populations, dans les maladies comme le Sida, dans les problèmes que nous vivons dans nos familles, dans la société. Des messages de solidarité caractérisent aussi leurs chansons « il y a des gens qui ne peuvent rien faire ni obtenir quoique ce soit, nous estimons qu’il faut penser à eux ». Leur rôle n’est pas seulement de faire plaisir mais aussi de ne pas taire certaines injustices « quand les blancs viennent en Afrique, ils ne rencontrent aucune difficulté. Il leur suffit de montrer leur passeport. Nous n’avons jamais vu nos policiers appréhender des blancs pour leur demander leur papier. Mais si c’est un africain qui vit en Europe, il a tous les problèmes du monde ».
Un véritable coup de gueule qui appelle à la prise en conscience de nos dirigeants téméraires souvent ridicules devant les européens.

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Kennache,

Un projet pour sauvegarder le patrimoine audiovisuel mauritanien

En marge de la deuxième édition de la Semaine Nationale du Film(SENAF), la maison des cinéastes mauritaniens par le biais de son directeur Abderrahmane Ould Salem, a tenu lundi dernier une conférence de presse au centre culturel français de Nouakchott. Cette conférence a principalement tourné sur le projet Kennache qui est un projet de sauvegarde du patrimoine audiovisuel mauritanien.

«Pour rester vivant, un pays doit faire vivre sa culture, la diffuser, la stimuler et la soumettre aux débats. » Cette belle phrase peut bien résumer la préoccupation actuelle de la maison des cinéastes Et si des efforts colossaux ne sont pas entrepris dans le sens de la sauvegarde du patrimoine audiovisuel mauritanien, la mémoire audiovisuelle risque de se perdre dans les marécages du temps sans laisser de traces visibles. C’est ce qu’à compris certainement la maison des cinéastes en initiant ce projet Kennache qui a deux soucis. D’abord par un souci de conservation : à en croire le directeur de la maison des cinéastes, des documents audiovisuels ont été souvent détruits pour des raisons politiques. De régimes en régimes, des pans entiers de notre patrimoine audiovisuel ont été engloutis dans les sables mouvants de l’idiotie et de l’acharnement des hommes politiques au détriment de la mémoire nationale et collective. Ainsi donc, la maison des cinéastes, par une volonté, un plaisir et une détermination sans failles, pour récupérer certaines de ces archives notamment chez des particuliers, est en train d’effectuer une vaste entreprise de récupération de tout ce patrimoine audiovisuel qui a toujours souffert de la folie des régimes politiques qui se sont succédés depuis les indépendances à nos jours. Le deuxième souci qui a amené la maison des cinéastes à se lancer dans ce projet de grande envergure est de permettre principalement aux futures générations d’avoir une idée sur leur passé, leur culture, leur histoire et leur patrimoine.
Dans les années post indépendance, la plupart des cérémonies de mariage étaient tournées sous forme d’un film. Ces films du point de vue traditionnel constituent des trésors audiovisuels inestimables. A travers ces films donc, nous pouvons voir combien la société mauritanienne a évolué. La maison des cinéastes dans ce cadre a entrepris des démarches pour récupérer une bonne partie de ces cérémonies de mariage. En plus de la collecte des films, le projet Kennache s’occupe aussi de la collecte des archives sonores comme les contes, les musiques entre autres et de certaines photos qui ont marqué l’histoire de la Mauritanie à travers le temps. Certaines architectures historiques malheureusement disparues de notre patrimoine sont concernées par ce projet Kennache et la maison des cinéastes compte donner vie à tout ce trésor architectural en récupérant certaines archives ou photos.
Puisque les images d’aujourd’hui seront la mémoire de demain, plus de 300 films et 2000 images numérisées ont été conservées dans le cadre du projet Kennache. Cependant, reconnaît Abderrahmane, un problème juridique se pose dans ce travail qui est celui du droit d’auteur. Mais, assure-t-il, une structure officielle sera mise en place pour légaliser toutes ces archives audiovisuelles.
Hormis cela, des démarches avec INA et Gaumont qui détiennent respectivement 20% et 83% du patrimoine audiovisuel national ont été entreprises et ces maisons d’archives sont disposées à aider la maison des cinéastes pour avoir une bonne partie de la mémoire audiovisuelle de notre pays. L’autre source d’archives en ligne de mire est celle des armées françaises et il paraît que ces archives sont en train d’être transférées au niveau de l’INA. Le projet de Kennache s’est associé avec Pierre Yves pour récupérer certains de ses interviews et images tournées par lui et qui constituent aussi une bonne source de la mémoire audiovisuelle mauritanienne.
Ce travail de fourmi se fait et sera fait en collaboration avec le laboratoire des recherches scientifiques de l’université de Nouakchott. A travers ce projet Kennache, la maison des cinéastes s’inscrit à sa manière dans la sauvegarde de la culture et des arts en Mauritanie. Et pourtant, au début de ce projet, beaucoup de gens ne croyaient pas à ce projet qui a pour objectif de réunir toute la mémoire audiovisuelle de notre pays. Et selon, le directeur de la maison des cinéastes, il y avait une vraie volonté de tout détruire. Deux bobines d’ailleurs, pour corroborer ses thèses, datant de 1960, ont été retrouvées dans une poubelle au sénat. Oui au sénat !Ce projet, cet effort est félicité, loué et salué par tout le monde.

Exposition photographique
Dans le cadre de la semaine nationale du cinéma, une exposition photographique est organisée au centre culturel français de Nouakchott pour faire revisiter la mémoire cinématographique, représentée par les bobines, et les personnes de la maison des cinéastes, représentées par les photos de ces différentes actions(formation, diffusion, visites, festival 2006).
Dans cette exposition photographique, on peut voir à travers des photos exposées des microphones solidement accrochés sur des bouts de bâton pour servir de perche durant les tournages de film qui se font souvent dans des conditions souvent artisanales et pitoyables avec des moyens limités et rudimentaires. Des projections de film durant l’édition passée qui se déroulent en plein air dans certaines zones périphériques de Nouakchott. Des cours de formation en cinématographie dans les locaux de la maison des cinéastes aux séances de tournages parfois très drôles et amusants en passant dans la cinémathèque de la maison des cinéastes, des stagiaires recevant leurs attestations de diplôme de la maison des cinéastes, des gens qui prient, discutent et boivent du thé, on peut voir des visages qui font tout le charme de cette exposition. Des photos qui montrent lumineusement combien le cinéma en Mauritanie vivote mais également des photos denses de moralité, de crudité et de vérités sur notre histoire, notre peuple et notre culture.
Le cinéma, c’est de l’art, un art merveilleux, un art qui nous inscrit dans l’éternité. Il est là pour rendre éternelles, impérissables nos traces. Chez nous, contrairement aux géants cinéastes européens ou américains qui utilisent les gros moyens pour nous impressionner, nos cinéastes, à leur manière, font parler de notre cinéma.
Des projecteurs de 16 mm et de 8 mm sont exposés à cette occasion. L’image saisissante est celle dans laquelle le directeur de la maison des cinéastes tient entre ses mains l’Etalon Yélenga du cinéaste mauritanien Abderrahmane Cissako remporté au FESPACO grâce à son film «En attendant le bonheur » en 2003.

Babacar baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Les Ongles Noirs

Faire monter le bourrichon, les Ongles Noirs savent très bien comment s’y prendre. Ce mardi 5 juin, sous un froid glacial, sur le parvis du CCF, en plein air, ils ont emballé le public en lui offrant un concert plein de punch et de savoir-faire.
Leurs spectacles sur scène représentent toujours des moments pour se déchaîner. Partout où ils passent, ils ne laissent personne sur le carreau. Ils sont cinq musiciens tous de la même génération, du même tempérament et du même style. Le spectacle qu’ils ont offert au public ce mardi dernier témoigne bien de l’étendue de leur palette créative. Avec ce groupe, c’est véritablement l’ambiance à 100% mixte. Sur scène, ils sont remarquables.
Sur les berges de la plage de la Bretagne aux bars de Paris en passant par les cotes espagnoles, les Ongles Noirs ont acquis une expérience, un style musical dans lequel ils excellent. Une manière de montrer qu’ils sont devenus des professionnels de la musique. «Au début, avoue Yvan Krivokapic membre du groupe, ce n’était pas sérieux de même que le nom du groupe. Et puis, petit à petit, au bout de cinq, six ans, on a commencé à devenir des professionnels de la musique ».
Ainsi donc, de fil en aiguille, ce groupe qui est né d’une rencontre de trois amis passionnés de musique et d’aventures mondaines va se faire découvrir. «Le premier été où on est parti en Bretagne explique Yvan, on s’est découvert des aptitudes musicales et une amitié qui favorisait la gestation du groupe. Nous sommes partis en Espagne. On a commencé à jouer dans les bars de Paris où tout s’est véritablement déclenché. Et petit à petit, l’arrivée du batteur, du saxophoniste, de l’ingénieur-son, de l’ingénieur-lumière et de la manageuse ».
Très vite, le groupe se forme et commence à se faire une place dans le milieu musical français. Fini maintenant les reprises de chansons. C’est le temps maintenant d’écrire ses propres chansons. Fini aussi les bêtises. Début février dernier, ils «accouchent » leur premier bébé qu’ils baptiseront «Pourquoi tu pers ton calme », un album qui reflète leurs fantasmes. «Nous avons trouvé que c’était un bon titre par rapport à notre monde souligne Yvan. Nous ne sommes pas un groupe politisé. Nous ne faisons pas de la chanson engagée. Disons que nous sommes engagés humainement et nous pointons le doigt sur des choses humaines qui nous paraissent bizarres comme par exemple les gens qui ont des sensibilités bizarres, qui deviennent bizarres ou alors qui disent des choses bizarres ».
Dans leurs chansons, il n y pas que les fantasmes. Il y aussi et comme on pouvait s’y attendre l’amour, cet être suprême et bien sur les love stories. Et à les entendre chanter, on a l’impression qu’ils en ont beaucoup souffert «oui, c’est vrai comme tout le monde » avoue Yvan avant d’ajouter «ça m’a beaucoup aidé à écrire toutes ces chansons-là ».
Leur style inclassable mais drôlement intéressant sur le plan musical mélange du rock, de la chanson néo réaliste du début du 20ème siècle, du jazz, du world music, des chansons espagnoles et cubaines. A chaque groupe ses inspirateurs, ses icônes. Jacques Brel, La Manon Négra, les V.R.P. et les Négresses vertes !
Les Ongles Noirs ne sont pas forcément impeccables mais peu importe. Ce groupe d’énergumènes a un tempérament, une énergie, il nous fait rêver et pouffer de rire à la fois.

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Les phares de Nouadhibou

Ils sont au nombre de six et viennent de la ville de Nouadhibou. Une passion les réunit depuis plus de quatre ans : la musique. Avec Samba Bambaye comme président, ils ont réussi à mettre en place un groupe baptisé « Les phares de Nouadhibou ».

Les phares de Nouadhibou, comme l’a expliqué son président, existe depuis quatre ans pour des buts et des objectifs bien déterminés. « C’est de prendre la musique traditionnelle et la moderniser à notre manière et faire plaisir à notre peuple autrement dit de rentrer pleinement dans la musique moderne ». Aujourd’hui, les phares de Nouadhibou font partie des rares orchestres de l’intérieur du pays de la Mauritanie qui se produisent périodiquement à Nouakchott. Difficile, quand on est un orchestre, de se faire un nom dans le cercle musical. « On a que quelques orchestres qui sont dans ce cercle mais qui sont très limités voire ignorés ou minimisés alors nous avons voulu se joindre à ce cercle restreint ! »Déclare Samba Bambaye. Inutile de leur demander s’ils ont eu à sortir un album : ils n’en ont pas mais « nous sommes entrain de préparer la maquette de notre album » nous confie le président des phares de Nouadhibou apparemment dépité de cet état de fait. Ces jeunes musiciens ont préféré à leur guise de revaloriser la musique de leurs ancêtres : « Nous faisons une musique qu’on appelle le bondie qui est une ancienne musique, une musique de nos ancêtres qui la dansaient à leur manière mais aujourd’hui nous l’avons choisie pour la revaloriser et avoir une musique spécifique à nous ». Une manière pour eux de s’inscrire dans une démarche novatrice malgré la dure réalité du milieu et des moyens qui font souvent défaut. Et jusque là, les phares de Nouadhibou, avec l’appui de l’Alliance franco mauritanienne de Nouadhibou, ce groupe a pu réaliser une tournée à Nouakchott, Kaédi, Attar, Bababé, et selon Samba Bambaye, le groupe est entrain d’envisager dans l’avenir d’effectuer une tournée sous régionale et africaine. Leurs souhaits c’est de voir leur Mauritanie devenir un autre pays, changer de pomme, prendre de l’élan et aller dans le bon sens : « Que la Mauritanie devienne un pays de paix, de prospérité, de tranquillité, d’égalité, de justice et que la jeunesse prend sa place dans ce pays et qu’il faudrait qu’on propulse cette jeunesse dans tous les domaines non seulement dans la musique mais dans l’éducation, l’emploi, les techniques, les sciences, dans tous les secteurs de la vie nationale et qu’on essaie de la prendre au sérieux et non pas comme le font les politiciens mais que ce soit quelque chose de réel, de palpable, de visible dans les prochaines années ». Des préoccupations sociales qui ne les empêcheraient pas pour autant de vivre sans oublier qu’ils ont un devoir envers les autres régions de la Mauritanie et qu’ils doivent aussi leur faire plaisir : « On ne comprend pas à travers la musique que nous pouvons envoyer le maximum de messages pour changer le monde de demain » nous dit Samba. Leurs thèmes de prédilection sont variés « nous parlons du social, de la jeunesse, du peuple, des guerres dans les autres pays du monde, des sentiments ». Au lieu de venir s’installer à Nouakchott, les phares de Nouadhibou, pour ne pas souffrir de l’éloignement de leur terroir naturel, ont décidé de rester à Nouadhibou. « Nous avons fait le choix parce que d’abord nous sommes natifs de cette région qui mérite tant et beaucoup de choses plus que n’importe quelle autre région de la Mauritanie et nous avons pris l’initiative de débuter à partir de cette région et y rester ». Pour pouvoir représenter la Mauritanie et devenir les ambassadeurs de sa musique, les phares de Nouadhibou ont laissé entendre qu’ils sont entrain de se préparer et qu’il faut s’attendre à une résurgence de la musique mauritanienne sur le plan national et international et qu’on entendra parler beaucoup d’elle. Le milieu musical, loin d’être un univers Épinal, a parfois la vie rude et les clichés négatifs ou autres partis pris sans fondements viennent parfois se greffer au lot quotidien des nombreuses contraintes qui pèsent souvent sur ces jeunes artistes. « Par exemple, quand on voit quelqu’un faire de la musique on pense que c’est quelqu’un qui n’a pas de famille c’est à dire qu’il est un diable qu’on tire par la queue et malheureusement c’est pas ça la réalité ». Les phares de Nouadhibou n’oublient pas qu’il faut d’abord aimer son pays avant d’aimer sa famille et un titre comme « je t’aime mon pays » l’illustre très bien et par rapport à la situation politique actuelle du pays, Samba Bambaye nous confie : « On demande à tous les politiciens de la place d’être plus ou moins sérieux avec le peuple qui a beaucoup besoin d’eux parce que ce peuple les a mis devant la scène c’est parce qu’il a jugé qu’ils sont capables de le gérer, de le diriger de la bonne manière avec une main qui lui permettra de profiter à tous les biens que Dieu lui a donné et qu’aucune des personnes n’est propriétaire ». C’est- parce que la Mauritanie est multiculturelle, les phares de Nouadhibou chantent dans toutes les langues du pays et Samba Bambaye d’ajouter « nous sommes des mauritaniens et c’est ça la véritable marque de celui qui veut du bien à ce pays ».

Babacar Baye Ndiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Ma vie dans la brousse des fantômes

Que reste-t-il de l’œuvre de Amos Tutuola ? Un demi siècle après sa publication, « Ma vie dans la brousse des fantômes » continue de susciter un intérêt particulier chez les metteurs en scène. Un intérêt qui peut s’expliquer par l’extraordinaire histoire qui y est merveilleusement relatée.

C’est dans la salle des spectacles du centre culturel français de Nouakchott que Guy Lenoir a mis en scène avec Nicolas Haudelaine, un jeune acteur plein d’avenir, le mardi 17 avril dernier « Ma vie dans la brousse des fantômes ». Dans le but de faire découvrir au public mauritanien ce texte à la fois constructif, éducatif et formateur mais aussi nous faire savoir « qu’il faut des années et des années avant de se construire, que les petits prétentieux qui croient que tout peut arriver tout de suite se trompent et que le personnage a mis 24 ans pour se rendre à l’évidence qu’il pouvait devenir un homme »
En mettant en scène cette œuvre, Guy Lenoir a voulu lui donner une version théâtralisée d’une part et d’autre part le plaisir de faire vivre les personnages sur la scène et les montrer à l’imaginaire des jeunes et surtout des enfants qui sont très épris de la visualisation des histoires. « Un texte, quand il est édité malheureusement est lu par une minorité de personnes. Et le théâtre est là pour faire une croix de transmission entre l’écrivain et son public pour inciter le lecteur à acheter ou lire l’ouvrage » précise-t-il.
Par la magie du verbe, du corps de l’acteur et aussi par l’invitation faite aux musiciens d’accompagner le spectacle, le metteur en scène avec la bombe-son crée des climats, des intentions, des humeurs, des univers fantasmatiques dans l’espace de la visualisation de l’histoire. C’est comme si on était dans la réalité de l’œuvre. Mais le théâtre se heurte parfois à une difficulté. « Celle-ci c’est de trouver un rythme à l’œuvre, à la pièce car le personnage est seul et c’est très difficile d’imposer un public aujourd’hui et vous voyez le public d’aujourd’hui, il a des téléphones portables, vit à l’heure de l’Internet, du zapping télévisuel, au bout d’un quart d’heure le voilà qui commence à se secouer sur son siège, il se gratte, il est un peu excité quoi (éclats de rire) ». Comment donc en un mot trouver les ressorts qui permettent de maintenir cette attention permanente du spectateur ?
Pour ce féru de dramaturgie africaine et malgache, le théâtre répond d’abord à une exigence et à un choix thématique dans la mise en scène « je pense que le théâtre est fait à la fois pour bousculer la collectivité, nous inquiéter, nous poser quelques questions mais il faut qu’il se passe dans la bonhomie, la joie, le travestissement, la fête théâtrale, la musique et la danse. Pour cela, il faut trouver de beaux textes qui soient des textes costauds et qui ont un caractère poétique, littéraire et une dramaturgie très forte, une dimension sociale et politique ».
Guy Lenoir a toujours été fasciné par l’œuvre d’Amos Tutuola et cette fascination, il faut la rechercher très loin dans le temps. C’était en 1989 lorsqu’il fit sa rencontre à Ibadan au Nigeria et celle de Michel Laforest qui avait auparavant adapté « Ma vie dans la brousse des fantômes ». Fascination ou simple bonheur de mise en scène? « En tout cas, il, me suit toujours depuis 1989 et régulièrement avec de nouveaux artistes je la crée en plusieurs langues et la joue dans plusieurs pays d’Afrique mais à chaque fois avec des artistes différents dans des versions linguistiques différentes » confesse-t-il avant d’ajouter « je l’ai inscrite dans la répertoire d’une action artistique que je mène à bordeaux sous le nom de migrations culturelles aquitaine-afrique »

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Moussa Samba MBOW

« Le peace and love en bandoulière »

Des jeunes qui s’intéressent à la musique sont comme les flacons de parfum de Paris, ça ne court pas beaucoup les rues de Nouakchott. Mais de plus en plus, on assiste à l’entrée de ces derniers dans ce cercle restreint. Moussa est de ceux-là. Il est né à Rosso et grandi comme il le dit entre les deux frontières : comprenez bien la Mauritanie et le Sénégal.

Lui, il ne jure que par la musique et comme d’autres centaines de jeunes, Moussa a choisi de s’orienter dans la musique : « je fais de l’acoustique, du reggae, du zook, du 4 fois 4 musical quoi ! C’est à partir de 1993, que le virus de la musique est entrain dans mon sang. Depuis lors, je suis mon petit chemin mais je n’ai pas encore sorti mon album pour le moment ».
Son domaine de prédilection c’est le peace and love, concept musical qu’il veut propulser et lui donner une nouvelle dimension en Mauritanie : « j’écris des textes qui vont dans ce sens pour lancer des messages de paix et d’amour et montrer que le monde et les peuples sont identiques, uns et indivisibles ».
La musique est très tôt devenue sa passion c’est pour cette raison qu’il est musicien. Mais il y a une explication plus banale : « j’ai des parents qui font de la musique ce qui m’a beaucoup influencé. Je me suis donc dit que c’était peut être là ma vocation, mon orientation ».
Et qu’est-ce qui retarde la sortie de son album ? « D’abord, je n’ai pas encore les moyens financiers nécessaires. Parce qu’aussi j’ai dépassé de prendre des instruments et moi je veux avoir mes propres sons qui seront programmés ou bien avoir un groupe et faire des répétitions. Mais tout cela est très difficile de les obtenir dans notre pays » regrette-t-il.
Son combat à lui, c’est un combat pour la paix, l’amour, l’unité, la liberté mais aussi un combat contre l’injustice et pour l’éveil et la prise en conscience de la jeunesse sur son avenir obnubilée par l’eldorado occidental : « en ce moment, il y a beaucoup de jeunes qui sont un peu déboussolés parce qu’ils ont des problèmes à résoudre. Il faut qu’ils ouvrent leurs yeux, regardent la réalité et la vie d’une autre manière et se mettre sur un chemin qui leur permettra d’aboutir à un lendemain meilleur ».
Des projets, des idées, il en a pleines la tête. En dehors du cadre musical, il écrit des scénarii : « je n’ai pas fait d’école de cinéma. Ce sont des idées qui viennent comme ça et que j’essaie d’écrire. D’ailleurs j’ai écris un scénario sur les clandestins. Quand je vois ça, je me dis que ces jeunes sont seulement désespérés et il faut les appuyer et je pense qu’il faut les faire revenir à la raison. Ils ont choisi d’être des clandestins parce qu’ils sont dans la galère. Ils pensent que la seule solution c’est peut être émigrer puis qu’ils ont vu des jeunes comme eux qui sont partis et qui ont réussi dans leur vie ».
La violence, la drogue, les viols… autant de maux qui accablent la jeunesse. Face donc à cela, on ne peut que s’interroger comment faire pour soutenir ces jeunes qui se retrouvent dans le désespoir absolu ? Ça, il faut avoir le cœur pur pour l’éprouver, un cœur d’humaniste.
« 8-9 qui n’avait pas dit son nom » est un autre projet mais il a décidé de laisser tomber parce qu’il estime que ça peut créer des tollés. Mais pourquoi un tel choix de la part d’un rappeur comme lui ? « Que les populations vivent en paix » dit-il et de rajouter en confessant : « moi-même je suis victime de ces malheureux événements mais comme je l’ai tantôt dit je suis dans le domaine du peace and love. Et ça ne veut pas dire pour autant que je hais mon pays ou encore éprouver de la rancœur pour les politiciens de l’époque ». Ne dit-on pas que la vie est un combat, un combat pour défendre et se défendre.

Babacar Baye Ndiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Sidi Bailel Thiam

Une icône de la musique traditionnelle mauritanienne

Toujours chanter, toujours faire plaisir à ses nombreuses groupies. Sidi Bailel Thiam ? Derrière cet homme de 57 ans, se dissimule une passion très forte pour la musique. Sa voix forte mais naturelle et son style musical très particulier sont tout de suite identifiables. La caractéristique des grands musiciens semble-t-il. Avec lui, c’est tous les rythmes du Fouta qui sont distillés. Enfin presque tout. Son handicap est connu de tous. Est-ce peut-être ce qui l’a rendu quasi célèbre ? Mais, quoiqu’il en soit, ne vous apitoyez pas de ce polygame et père d’enfants, car derrière son handicap, il est un chanteur qui a accepté avec de bonne foi son état de non-voyant, son destin. «C’est la volonté du Tout Puissant et tout émane de Lui » dit-il sans un air de tristesse ou de culpabilité.
Par contre et c’est une évidence, Sidi Bailel Thiam et le Farba Baila(le nom de son groupe) sont toujours à la mode. Ses chants atypiques l’ont d’ailleurs imposé comme l’un des chanteurs incontournables dans le domaine de la musique traditionnelle en Mauritanie. Pendant presque deux tours d’horloge au CCF ce mercredi dernier, il a fait danser sur ses rythmes traditionnels, le public venu assisté à ce concert. Le plus beau ce fut ses trémoussements car sur scène, il devient un autre, il se métamorphose «pour faire plaisir » à ceux qui le regardent. Rien n’est plus émouvant d’entendre sa voix. Les «ah », en particulier, répétés jusqu’à l’ivresse et à chaque fois qu’il chantait un refrain connu, le public ovationnait ou se permettait parfois des acrobaties. Dans le désordre et la cacophonie.
De Fouta, où il est né en 1950, aux concerts et manifestations culturelles, où il arbore le patrimoine culturel mauritanien, Sidi Bailel Thiam mêle le ripo, le wango, le dadali et le nalé. Depuis 1970, Sidi Bailel Thiam et les siens n’ont rien modifié ni leur comportement, ni leur tenue traditionnelle et encore moins leur style musical. Fervent défenseur de la musique traditionnelle, il est aussi un parangon pour la jeune génération qui est venue d’ailleurs lui témoigner toute son admiration. Certainement, un jour, sans lui, on ne parlera plus de musique traditionnelle. A 57 ans, il semble toujours malgré le poids de l’âge en excellente forme, tel un beau diable tout juste sorti de sa cage. Certes aussi, ses sorties sont de plus en plus moins nombreuses mais avec lui, on est certain de passer un excellent moment. Ses chansons laudatives, ses chants populaires ont fait de lui une icône de la musique traditionnelle mauritanienne.

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Maladies Cécitantes

Le Programme National de Lutte contre la Cécité en collaboration avec le lions club de Mauritanie a lancé ce Samedi 2 juin une campagne de dépistage du trichiasis dans la Moughata de Dar-Naim dans le cadre du projet trachome 2007. Cette campagne couvrira toutes les moughatas de Nouakchott jusqu’au 31 décembre 2007.

A en croire le docteur ophtalmologue Jiddou du P.N.L.C.C., la cécité en Mauritanie est un véritable problème de santé publique puisqu’elle touche une grande partie de la population. Et toujours selon lui, le choix de la Moughata de Dar- Naim s’explique par un choix stratégique. « Dar- Naim est l’une des récentes moughatas de Nouakchott. C’est une Moughata où il y a beaucoup de pauvreté. Cette campagne de dépistage nous permettra d’avoir une idée sur la situation sanitaire en matière de trachome et de trichiasis dans la Moughata ».
La situation est loin d’être alarmante et le dépistage concerne tout le monde. Le Programme National de Lutte contre la Cécité en collaboration avec le lions club et les autorités de la Moughata ont fait le maximum d’efforts pour informer les populations. « Nous avons une stratégie que nous allons pratiquer qui est la stratégie du porte à porte ». Toutes les maladies Cécitantes n’ont pas été passées à la loupe. Mais pour ce qui est du trachome, un dépistage a été fait sur l’ensemble du territoire national excepté les wilayas de Tiris Zemmour et de Dakhlet Nouadhibou. Au niveau du Trarza et du Tagant, le taux de cécité est très élevé d’après les tests de dépistage. Des campagnes de dépistages ont été faites et actuellement on est au stade d’évaluation de ces campagnes. Notons à ce propos que chaque année on fait de telles campagnes et à la troisième année on évalue si le taux de cécité a baissé ou augmenté.
Le démarrage de la campagne de dépistage a été rehaussé par la présence du maire et du préfet de la Moughata de Dar- Naim qui se sont félicités tour à tour de cette action humanitaire et ont réaffirmé leur disposition à soutenir cette campagne initiée par le Ministère de la Santé et des Affaires Sociales et financée par le lions club international dont on a noté la présence de l’administrateur des projets «Priorité à la Vue » Madame Myriam Liman membre du lions club la Rose des sables.
La fondation lions club international, comme l’a rappelé madame Liman dans son discours d’ouverture de campagne; est une association à but humanitaire qui est en collaboration avec le P.N.L.C.C. aidé par le Ministère de la Santé dans sa lutte pour supprimer la cécité qui peut être un frein pour le développement puisque les malades ne travaillent pas. La sauvegarde de la vue est une priorité pour la fondation. Le Ministère de la Santé et des Affaires Sociales a décidé dans le domaine de la santé publique de créer dans les chefs lieux départementaux, des centres secondaires de prévention et traitement et des postes de santé et unités de base en milieu rural.
Depuis 1994, en collaboration avec le P.N.L.C.C., des requêtes, selon madame Liman, ont été transmises à la fondation du Lions Club International, pour obtenir de l’aide et créer des centres «Priorité à la vue » à Teyarett, à Aioun, à Kaédi et les doter en bloc opératoire, matériel consommables et pour aider à la formation du personnel ophtalmologique. Le montant total de ces projets est de 601.845 dollars et un de ces projets a été réalisé en collaboration avec Initiative Trachome International(I.T.I) pour la valeur de 87.000 dollars.
Rappelons que le Lions Club de Mauritanie est formé de trois clubs : Lions Club Doyens, Lions Club Caravane et Lions Club la Rose des Sables et de jeunes clubs Léo : Oasis, Palmier et Sahel.
A Dar- Naim, une «soupe populaire » a été offerte par Le Lions Club aux couches démunies de la population avec la collaboration de la Mutuelle de Santé de Dar- Naim et l’ONG «Sida et Nous ». La journée du démarrage de la campagne à Dar- Naim a été clôturée par le dépistage du porte à porte dans plusieurs maisons.

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Exode rural

Le mirage urbain

Ils sont plusieurs milliers, pour la plupart des jeunes, majoritairement originaires de l’intérieur du pays. Leur vie se résume aujourd’hui à un combat de tous les instants pour la survie.

Ils ont abandonné leurs parents, leurs villages, leurs épouses, leurs amis pour se donner une chance de ne pas être comptés parmi les dépourvus ou laisser pour compte de la conjoncture économique. Samba Dia 25 ans, originaire de Kaédi ville située au Sud de la Mauritanie et juste à la frontière du Sénégal explique : « je travaillais dans la menuiserie appartenant à mon oncle. Je suis resté avec lui pendant plus de cinq ans. Maintenant, je veux être indépendant financièrement. Parfois, c’est un peu difficile pour moi. C’était une nécessité de quitter cet atelier pour pouvoir voler de mes propres ailes. Réussir, c’est une autre réalité surtout pour les jeunes issus de l’intérieur ». Samba a bien envie de retourner dans sa ville natale où sa fiancée est entrain de l’attendre, mais il ne peut pas y aller tant qu’il n’a pas amassé l’argent nécessaire pour ses accordailles. Au moment où il quittait Kaédi, il n’avait pas encore fait les démarches nécessaires. Des milliers de jeunes sont logés à la même enseigne que Samba Dia.
Hammadid a 30 ans. Il avait une petite boutique à Tintane. Grâce à son commerce, il subvenait tant bien que mal aux besoins de sa petite famille et de ses parents. Actuellement, il est dans le désespoir selon ses propres thermes. « Ici à Nouakchott, c’est la galère. Je fais tout ce qui me tombe sous la main. Tout ce qui peut me faire gagner, ne serait-ce que de quoi me mettre quelque chose dans le ventre. Souvent, je fais des lavages de voiture. Sinon, c’est souvent le cirage des chaussures. Je fais des rondes au centre ville et on me paie 40 ouguiyas. Mais aujourd’hui, je ne gagne pas le quart de ce que je gagnais en travaillant si durement ».
Aujourd’hui, malgré des efforts déployés dans la promotion de l’emploi, trouver un job dans ces temps qui courent est une véritable casse-tête pour ces milliers de jeunes sans qualification aucune ou qui ont tout simplement un niveau d’éducation moyen ou bas. Pas de politique d’emploi, donc pas de travail disponible. Ces nombreux jeunes sont des milliers et foisonnent les artères de Nouakchott.
Baba a 25 ans. Il crèche seul dans une petite chambre à teyarett et fait de la maçonnerie. Chaque mois, il est astreint de banquer 5000 ouguiyas sans compter les autres dépenses.
« Pour obtenir de quoi subvenir à ces besoins, il faut accepter des travaux occasionnels. C’est dur. La vie est vraiment difficile. Mais, c’est mieux que de compter sur les gens je pense. J’espère bien qu’un jour les politiciens penseront aux populations démunies au lieu de ne penser seulement qu’à assouvir leur propre désir. J’ai laissé ma famille à Ouadenaga pour venir à Nouakchott parce que je n’avais pas le choix. Je suis l’aîné de ma famille et mes parents ont vieilli. Je dois les envoyer chaque mois une certaine somme d’argent pour qu’ils puissent vivre dans la dignité ».
Il y a aussi ceux qui, au départ, y ont cru et aujourd’hui ont réussi après tant d’années de dur labeur. Ahmed est de ceux là. Avec l’argent qu’il a pu mettre en épargne durant cinq ans, il est parvenu à monter sa propre boulangerie avec l’appui d’un de ses amis qui se trouve actuellement aux Etats-Unis. Il dirige maintenant sa propre entreprise qui emploie présentement cinq personnes. Apparemment, tout va bien « je ne me plains pas. C’est une bonne affaire. Hormis les dépenses globales, je peux dire Dieu merci ».
Situation qui ne ressemble pas à celle de Mahmut qui a 29 ans. Il a quitté Guérou il y a aujourd’hui deux ans. « Il m’arrive parfois de ne pas être en mesure de payer le loyer et les propriétaires ne sont pas souvent compréhensifs et peuvent te mettre à la porte à n’importe quel moment. Ce qui les intéresse, c’est seulement leur fric. Je me débrouille afin de pouvoir payer le loyer et avoir de quoi manger. C’est difficile ».
Recherche de l’emploi, espoir, dépassement de soi, volonté de réussir, rêve, désespoir, attente d’un lendemain meilleur…tout ça fait partie de leur vie quotidienne. Tout un chapelet d’obsessions difficiles à égrener pour ces milliers de jeunes volontaires que la ville a alléchés. Là aussi, chacun y va de sa propre survie et parfois l’aventure s’avère douloureuse. Mais, ne dit-on pas que tant qu’il y a vie, il y a toujours l’espoir.

Babacar Baye NDiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Thieub-thieub

Un marché pas comme les autres

Thieub-thieub, c’est un marché de Nouakchott, un marché bien connu des populations. Un marché célèbre, un marché où le bon côtoie le moins bon. Ce marché qui s’étend sur une vaste zone, est un lieu où se rencontrent toutes les couches sociales de Nouakchott.

A quelques minutes du centre ville, en plein Vème arrondissement qui jouxte le VIème arrondissement, Thieub-thieub passe aussi pour l’un des plus grands centres d’approvisionnement pour les populations de Nouakchott. Le «Grand Magasin » en quelque sorte de ces populations. Ici, les tables, les cantines, les dépôts de bois, de ferraille, les boutiques, les étales, les machines à coudre ont pignon sur rue. Pour reprendre un slogan de publicité fort légendaire, on pourrait alléguer qu’ «on trouve tout à Thieub-thieub » : de la friperie pour les faibles et moyennes bourses, du poisson fraîchement amené du port artisanal de Nouakchott, et d’autres marchandises de consommation ou de décors intérieurs comme les moquettes ou les bols paraboliques entre autres à de moindres coûts. Sans parler des condiments, des fruits et légumes, des boucheries, des gargotes démesurées. Et bien sûr, de l’abus de confiance. Car dans ce marché, il semblerait, comme partout d’ailleurs, qu’il y a des gens tricheurs, vicieux, fourbes incroyablement retors.
Thieub-thieub est avant tout un lieu où les populations peuvent trouver ce dont ils ont besoin à moindre prix avec l’assurance de n’avoir que l’embarras du choix. A vrai dire, Thieub-thieub est un marché exclusivement «destiné » aux pauvres qui n’ont que la misère, la détresse et la débine dans leurs sacs à main. Les clients comme les vendeurs viennent de partout : des zones périphériques, de Ksar mais aussi de Teyarett. Ce qui se vend dans ce marché à des prix bas, ailleurs, ça se vend à des prix élevés. D’où la raison qui explique la ruée des populations vers ce marché «particulier » et «pas comme les autres ».
Dans le périmètre du marché Thieub-thieub se sont installé plusieurs grossistes, fournisseurs et détaillants. Dans ce marché, les affaires fonctionnement merveilleusement à la grande joie de tout le monde. Malgré le commissariat qui se trouve à côté, n’empêche que ce marché est souvent considéré, à tort ou à raison, comme le «marché aux voleurs » voire «le bordel ». Il n y a pas de contrôle permanent dans cette zone. L’hygiène et les normes de sécurité, n’en parlons même pas. Ça empeste partout notamment dans la surface où sont installées de petites tables sur lesquelles sont disposés les poissons à vendre et au bord des quelles pullulent des bosses d’écaille. Des eaux usées déversées partout ! Un sol qui écœure ! Ce marché, à l’image des autres marchés de Nouakchott, souffre d’un environnement impropre. Des tas d’immondices et d’ordures gisant par-ci et par-là dans cette zone oubliée des autorités locales et centrales qui laissent en sus cette situation pourrir sans s’engager dans la prise de décisions adéquates. Cette halle déjà, avec celles de 5ème et 6ème, s’étouffe et étouffe les riverains qui n’ont la paix que lorsqu’il se fait tard et que les vendeurs et acheteurs commencent à vider les lieux qui deviennent denses dans la journée, rendant ainsi les deux principales artères de cette zone impraticables. Les marchés eux aussi ont besoin d’études prospectives afin que la Mauritanie ait des marchés ultramodernes dignes de ce nom et non pas des marchés construits dans des conditions ne respectant pas souvent les normes de construction en matière de bâtiment et de travaux publics.

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Réconciliation Nationale

Les femmes plaident pour leur implication

Comment impliquer les femmes mauritaniennes dans le processus de réconciliation nationale déclenchée par les autorités de la République ? Cette question a fait l’objet d’une journée de réflexion organisée par l’Initiative Femmes pour la Paix-l’Unité et la Concorde Nationale sous le thème : «Le rôle de la femme dans le processus de la Réconciliation nationale ». Cette journée de réflexion a permis d’aborder tous les contours relatifs au rôle que doit avoir la femme mauritanienne laquelle doit participer aux efforts de réconciliation nationale en proposant des voies et moyens pouvant déboucher sur des résultats efficaces et palpables.
Cette journée de réflexion, comme l’a rappelé la coordonnatrice de l’IFPUCN, madame Lô Khadijétou Cheikh dans son discours d’introduction, est un apport pour soutenir la recherche et la mise en œuvre de solutions viables et acceptables de nature à rétablir la paix et la concorde nationale. « Ce regroupement, a-t-elle clarifié, est apolitique et se fixe comme objectif la prévention des problèmes nés des violations des droits humains en se fondant sur le droit de vérité et l’exigence de la paix sociale ».
Quel rôle la femme doit-elle jouer dans le cadre du retour des déportés et exilés mauritaniens et le règlement juste et équitable du passif humanitaire ? Comment la femme peut-elle contrecarrer les actions qui peuvent nuire à l’unité nationale et à la stabilité du pays ? Quel rôle la femme doit-elle jouer dans les stratégies de rapprochement entre les différentes composantes de peuple ? Comment peut-on ignorer le rôle que la femme a toujours jouer dans la réconciliation nationale dans l’histoire de notre pays ? Autant d’interrogations sur lesquelles se sont inclinées les femmes pour réaffirmer leur rôle dans le processus de réconciliation nationale et offrir des cadres d’actions pour faire converger leur engagement dans ce processus.
Les femmes se sont-elles senties marginalisées dans les problèmes actuels qui préoccupe la Mauritanie ? En tout cas, dans leur plaidoyer, elles ont fait remarquer qu’elles doivent occuper une place centrale dans la réconciliation nationale. Car, estiment-elles et compte tenu de leur rôle social spécifique, elles doivent être mises en avant au niveau de toutes les actions, aussi bien dans la conception que dans l’exécution de certains dossiers comme l’esclavage, le retour des déportés et leur insertion dans la vie active de même que dans celui du passif humanitaire.
Cette initiative des femmes mauritaniennes, selon Moussa Gandiga Secrétaire Général du ministère de la promotion féminine, de la famille et de l’enfance, s’inscrit en droite ligne dans les orientations du Président de la République qui a tenu ses nombreuses promesses relatives à l’épineux dossier du retour des mauritaniens déportés au Sénégal et au Mali.
Certaines femmes, à l’égard de madame Norma vice-présidente de l’IFPUCN, ont formulé des appels de dépassement par rapport aux incidents malheureux dont les conséquences sont aujourd’hui connues de tous tout en mettant en garde certaines personnes obnubilées par ces événements dramatiques . En engageant des réflexions et des démarches pour parvenir à des solutions consensuelles, les femmes apportent leur tribut à la paix, à la sécurité et à la réalisation de la réconciliation nationale qui passera nécessairement par un règlement concerté sur certains problèmes. Les religieux dont l’impact dans la réconciliation nationale est incontournable ont été associés à cette journée de réflexion sur le rôle de la femme dans le processus de la réconciliation nationale.

Babacar Baye Ndiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Projet de loi sur l’esclavage

Les anti esclavagistes se concertent pour une stratégie d’éradication

Les pratiques esclavagistes, malgré l’ordonnance n° 81.234 de novembre 1981 abolissant l’esclavage, la loi n° 2003-05 du 17 juillet 2003 portant répression de la traite des personnes et la loi n° 2005.015 portant code du travail, ne sont pas encore définitivement éradiquées.
Sur le plan politique, l’adoption de telles mesures constituent certes des avancées significatives mais elles restent inopérantes en raison du manque de mise en œuvre d’une tactique de communication appropriée.

Les efforts normatifs jusque là entrepris par les autorités ne semblent pas limiter le problème ni satisfaire les expectatives. C’est dans ce cadre, conformément aux engagements des pouvoirs publics, le législateur est appelé à renforcer les règles en vigueur relatives à l’esclavage en incriminant et en réprimant les pratiques qui lui sont associées. Ainsi donc, par ce projet de loi portant incrimination et répression de l’esclavage, les autorités de la République «visent l’élimination de toutes les tares héritées du passé, la promotion d’une culture d’égalité, de tolérance et de citoyenneté et la mise en place de conditions favorisant le progrès et l’émancipation de tous les mauritaniens. »
Les organisations de défense des droits de l’Homme, SOS Esclaves, le FONADH et l’AMDH, ont organisé une journée de concertation pour une stratégie nationale d’éradication des pratiques esclavagistes en Mauritanie en rapport avec ce projet qui «vise à mieux combattre les pratiques esclavagistes en définissant le crime et délits d ‘esclavage et les peines qui leur sont applicables. » Ce projet de loi, selon l’exposé de motifs présenté par le Premier ministre, harmonise ainsi notre législation avec la convention de Genève de 1926 relative à l’esclavage à laquelle la Mauritanie a adhéré le 6 juin 1986.
« Même si l’égalité de tous les citoyens, sans discrimination aucune, lit-on toujours dans l’exposé de motifs, est un principe fondamental, constitutionnellement reconnu par tous les textes fondamentaux depuis notre indépendance, la persistance d’inégalités effective a, néanmoins continué à entretenir la discorde et les divisions. »
Aucun acte réglementaire n’a jamais été pris sur le plan de la mise en œuvre pratique pour faciliter l’application des dispositions de l’ordonnance n°81.234 de novembre 1981. Jusqu’à aujourd’hui, cette situation se caractérisait par un manque de définition de l’acte comme un crime et non comme une justification par l’Islam. L’esclavage survit, avec des pratiques anciennes et nouvelles et des manifestations visibles ou invisibles. D’où, selon SOS Esclaves, la double exigence d’opportunité et d’urgence de lui trouver une solution juste et durable.
Sur le plan juridique, l’esclave est considéré comme une propriété, un bien meuble. Rappelons à cet égard que les moindres plaintes et démarches entreprises pour dénoncer les faits relatifs à cette pratique inhumaine n’ont pas réussi à provoquer la moindre sanction contre les fautifs. SOS Esclaves regrette aussi que «les organes d’information, le plus souvent dénaturent les faits et peignent les militants anti- esclavagistes sous des jours sombres » et fait remarquer que «la plupart des agents chargés de la sécurité et de l’ordre ont eu des attitudes de complicité avec les auteurs de crimes d’esclavage, au moins de complaisance ».
La journée de concertation pour une stratégie d’éradication des pratiques esclavagistes en Mauritanie fut une occasion pour les participants de plaider pour une élimination définitive de cette pratique hideuse et de faire des amendements au projet de loi portant incrimination et répression de l’esclavage. Mais, cependant, ils ont noté que «l’état continue de brandir, sans les traduire par des actes concrets, ses lois abolitionnistes et sa juridiction à deux vitesses. »

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

L’UFP face aux questions de l’heure.

Le bureau national de l’Union des Forces de Progrès s’est réuni ce jeudi 10 mai en session extraordinaire pour procéder à de larges informations, définir la politique du parti pour la période actuelle et se pencher sur sa situation organisationnelle. L’ensemble de ses questions ont été abordées au cours d’un point de presse tenu au siège du parti hier matin.

A l’issue d’un point de presse consacré à l’évaluation de la présidentielle de2007, le BN de l’UFP a estimé que les résultats du premier tour ont été en deçà de l’influence du parti, du fait des difficultés rencontrées dans la disposition des ressources humaines et en matière de communication, dans un contexte identitaire dominant.
Lors de cette réunion, le BN de l’UFP a évoqué la situation actuelle du pays, l’unité nationale, le retour des déportés, l’éradication de l’esclavage, la lutte contre la corruption ainsi que le rôle et la place des forces armées dans les instituions républicaines .
Et par rapport aux forces armées et aux forces publiques, le BN a suggéré que les mesures indispensables soient prises pour améliorer les conditions d’existence des officiers et des soldats, leur assurer un système de promotion équitable et transparent.
Dans ce chapitre, le BN a dénoncé « la volonté de certains officiers de l’ex-CMJD d’exercer leur hégémonie sur la direction des affaires du pays » et s’est inquiété « des supputations relatives à une institution chargée de la sécurité, non conforme aux lois et règles de la République ».
La prévalence du gouvernement technocratique actuel, les dangers de récupération par le Mithaq, l’éventualité d’un coup d’état en cas de crise institutionnelle grave et enfin, la possibilité d’un gouvernement de large consensus, lit-on dans le communiqué de presse, sont les scénarios qui découlent de l’évaluation de la situation par le BN.
La prise en charge des populations démunies et de leurs préoccupations quotidiennes a été au centre des discussions. Le BN « a décidé d’accorder une attention prioritaire à ces questions en particulier dans les secteurs spécifiques comme ceux des jeunes, des femmes, des travailleurs, des paysans et des opérateurs économiques ».
Le BN est revenu sur la découverte de quantités de stupéfiants qui indique, selon lui, que les maffias internationales agissent dans notre pays en complicité avec des réseaux mauritaniens, révélant ainsi la criminalisation de l’économie mauritanienne. Enfin, les membres du BN de l’UFP a appelé les partis représentés au parlement, l’ensemble des forces patriotiques et tous les mauritaniens qui se soucient de la salubrité de notre économie, à une compétition honnête et transparente entre les opérateurs ainsi que de la préservation de l’éthique et des valeurs morales.


Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

Tabagisme: Les jeunes et la cigarette

Aujourd’hui, beaucoup de jeunes fument sans savoir pourquoi. Mais, savent-ils véritablement les conséquences du tabagisme ? Le fait de fumer est-il devenu chez eux un simple plaisir, une forte dépendance ou un acte de liberté ?

Qui n’a pas vu sur les paquets de cigarettes inscrits visiblement « abus dangereux pour la santé » ou « nuit gravement à la santé ». Qui n’a pas remarqué, dans les rues, à coté des écoles, dans les boites de nuit, entre amis autour d’une table, des jeunes à la fleur de l’age pétuner, piaffant comme des marmots.

Il n y pas d’age précis pour tirer les premières bouffées. Cependant, le constat est là : on fume n’importe où, n’importe comment, comme on veut et quand on veut. Ailleurs, comme par exemple en Europe, des mesures restrictives ont été prises pour diminuer la consommation de cigarette notamment dans les lieux publics. De telles mesures sont accompagnées par d’autres mesures substitutives.

Et les réfractaires sont souvent passibles de peines disciplinaires ou financières. Qu’en est –il de la Mauritanie ? Les autorités, en premier lieu le ministère de la santé, ont-elles joué pleinement leur rôle ? Certes, à la télévision, à la radio, dans les journaux, il est très rare de voir, d’entendre ou de lire des spots publicitaires relatifs à la cigarette. Par contre, on voit dans la ville de Nouakchott, de grands tableaux publicitaires sur la cigarette partout.

C’est évident que c’est une véritable manne financière pour les autorités voire même une vache laitière. Mais, doivent-elles privilégier l’argent au détriment de la santé des populations de manière générale et de la jeunesse en particulier ? Malgré des efforts et des campagnes de sensibilisation, des journées de lutte contre le tabagisme, des initiatives privées, la cigarette gagne de plus en plus la jeunesse.

Pas de législation, pas de protection donc. Mais, ne dit-on pas que le tabagisme a ses raisons que la raison ne connaît pas. Alpha est un élève en classe de quatrième au collège EL Hadj Omar Tall. Il a débuté à fumer à partir de 17 ans « j’ai tiré mes premières bouffées pour faire comme les copains copines.

Ce sont les filles en partie qui m’ont poussé à fumer. Question d’être un gentleman à leurs yeux. Mais, parfois, il m’arrive de vouloir abandonner mais c’est trop difficile ». Si certains peinent à se débarrasser de la cigarette, d’autres par contre, ont tiré leur épingle du jeu « Je fumais.

Mais quand les conséquences ont pris le pas sur mon plaisir, je me suis dit qu’il fallait arrêter de fumer » nous raconte un ami de alpha et d’ajouter « des mois durant, j’ai accumulé toutes les raisons de stopper sans pouvoir me décider ». Fumer donc est-ce un plaisir ou une dépendance ?

Les réponses dans ce domaine dépendent des uns et des autres. Ce qui est étonnant, c’est que les jeunes qu’on a rencontrés filles ou garçons, n’ignorent pas les conséquences (maladies respiratoires, cancer du poumon, gorge en feu, cancer de l’utérus…). Ce qu’ils ignorent par contre c’est quand et comment cesser de fumer. Et pourtant, des méthodes de cure anti- tabac ou de dépistage existent.

Mais pour ceux qui ne se sont pas encore décidés à laisser tomber, il existe des solutions simples comme par exemple, prendre des clous de girofle avec du miel, prendre un verre de lait la nuit avant de dormir ou tout simplement prendre de la gomme arabique qui est très efficace contre les maladies pulmonaires.

Talibouyah a commencé à fumer à partir de 16 ans et selon sa propre expression, c’est la folie de la jeunesse qui l’a poussée à fumer et c’est devenu chez lui un plaisir. « j’ai toujours envie de fumer mais j’ai mis dans ma tête quand j’arrive à un certain age que je vais cesser de fumer » et à la question de savoir s’il lui quelquefois de vouloir tout simplement laisser tomber, il répond : « oui, cela m’est arrivé une fois et j’ai abandonné pendant 6 mois. Maintenant, j’ai repris ».

Même si la cigarette est un stimulant qui permet d’être en forme, de redoubler d’efforts comme le laissent croire certains jeunes, il arrive parfois de lasser ce qui explique qu’on abandonne à un moment pour reprendre quelques jours ou quelques mois plu tard.

Lala aicha à 18 ans, elle est sublime et à travers un sourire qui fait rêver, elle lâche naturellement « parce que j’avais des amies qui fumaient et j’avais envie de voir ce que c’était, voilà. Je me sentais trop bête. Tout le monde fumait et moi je les regardais comme une enfant de 3 ans. Ça m’énervait. Et hop, c’était parti. Je ne peux pas rester une heure de temps sans allumer de cigarette. Il ne m’est jamais venu à l’esprit de vouloir abandonner. Je sais très bien les conséquences mais je m’en fous. Par contre, si je suis mariée je vais abandonner ». Et sa petite amie de rajouter: « quand on fait quelque chose par plaisir, on s’en fout des conséquences même si on va crever ».

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

La justice, les prisons, les prisonniers

Privations de liberté, de sommeil, châtiments corporels, décrépitude, supplices, tortures, brimades, insultes…Voilà des actes QUE subissent souvent les prisonniers et qui font partie de leur quotidien carcéral dans les prisons. La plus célèbre d’entre elles, c’est incontestablement celle de Oualata. Dans cette prison appelée aussi «le mouroir de Oualata », combien étaient-ils à être victimes de la honte, du mal et de la turpitude ? Sans parler de la prison centrale et autres prisons ? Des actes malheureusement passés sous silence avec la complicité béante des autorités policières et judiciaires qui semblent opter pour la continuité de tels actes rétrogrades et primitifs ! Sans pour autant prétendre se substituer à la place du diable ou cautionner certains délits, ces prisonniers, ils ont droit à un traitement humain et digne, quelle que soit la nature de leur forfait. Car, leurs droits sont inscrits dans notre charte fondamentale ; car, ce sont des personnes qui respirent, des personnes comme vous et moi. Et, il faut, ne serait-ce qu’une seule fois, prêter attention aux infortunes, au récit des victimes de tels actes ou de converser avec elles pour pouvoir capter l’image de leur souffrance physique et morale, pour comprendre aussi combien parfois certains hommes sont cruels, cyniques et sans rémission. Mais surtout comprendre combien le sort de ces prisonniers est dramatique : pas de bonne nourriture, pas de vêtements, pas de lits, de couverture, de l’électricité, des sanitaires chimiques, de l’eau pour se laver, pas de télé pour suivre les déplacements du Président de la République et ses accompagnateurs, les séminaires des ministres, les avions qui s’écrasent comme des châteaux de cartes…ou de suivre les sarcasmes de Bot Maghour et sa bande tous les mardis soirs. En réalité, ce qui se fait dans «nos » geôles, loin de tout regard, de toutes curiosités, de toutes critiques, n’indiquent pas succinctement que les autorités «d’en haut » veulent «démolir » ces vieilles pratiques avilissantes dignes d’un régime stalinien, hitlérien et mussolinien. Sans compter parfois les informations ratiboisées à coup de matraque sur les prisonniers qui ne bénéficient d’aucune assistance judiciaire dès les premières heures de leur appréhension. Encore moins d’assistance psychiatrique durant leur séjour carcéral ou leur sortie de prison. Et, dans ce chapitre, aucune disposition juridique n’est entrevue pour interdire la torture et prévoir des poursuites contre leurs auteurs qui agissent la plupart du temps dans l’impunité et dans un froid clair-obscur. Le code pénal mauritanien étant lacunaire sur ce plan. Un code pénal taillé sur mesure pour cacher la silhouette des bourreaux et leurs bévues. A ce propos, les organisations de défense des droits de l’Homme ont émis plusieurs fois des souhaits pour une révision du code pénal. Mais en vain. Des centaines de prisonniers croupissent toujours dans «nos » geôles sans être cloués sur leur véritable sort et leur avenir du fait d’une justice souvent pataude et passive. Ajoutées à cela, les mauvaises humeurs de certains magistrats qui envoient comme bon leur semblent des innocents dans les prisons du fait de leurs pouvoirs trop exorbitants. Dans ce sens, au regard de tout cela, une réforme de la justice, plus que jamais, devient une urgence, une nécessité pour se mettre à l’air du temps et esquiver surtout que les ressorts de cette machine ne s’enlise pas dans les outrages du temps. Même si, depuis le 3 août 2005, il y a eu moins d’arrestation politique, contrairement aux rudes époques de Taya où on était appréhendé, emprisonné et torturé pour ses idées, force est de reconnaître qu’en matière d’arrestation civile, beaucoup de choses restent à faire. En outre, la plupart des prisons sont exiguës, pleines et dans état de délabrement inquiétant. Il n y a aucune norme de sécurité. Les récentes représailles dans l’une des prisons des prisons de Nouakchott qui ont abouti à l’échappée de plusieurs détenus corroborent cette situation alarmante. Les prisons constituent-elles des solutions, des remèdes ?

Babacar Baye Ndiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Khattou Bint Boukharry!

L’épouse du chef de l’Etat, Khattou Bint Boukharry, tient incontestablement une position prééminente auprès de son mari, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Président de la République.

Consciente donc des actions qu’elle doit mener sur le front humanitaire, elle a créé, elle aussi, sa propre fondation qui porte d’ailleurs son nom. Cette fondation présentement s’active auprès des populations de Tintane pour apporter sa contribution. Mais la fondation est-elle une solution à la réduction de la pauvreté ?

Personne ne remet en doute que madame Khattou Bint Boukharry, première dame de la Mauritanie ait, elle aussi, sa fondation.

Qu’elle ait la magnanimité d’assister les populations démunies, de contribuer efficacement et personnellement au développement économique et social du pays, de lutter sans relâche contre toute forme de violences envers les femmes et principalement les enfants !

Qu’elle apporte son contrefort aux handicapés et aux personnes âgées ! Qu’elle veuille aider les populations sinistrées victimes de catastrophes naturelles comme elle est en train de le faire à coté des populations de Tintane ! C’est fort bien.

Elle n’est pas la première et ne serait pas la dernière à le faire. Car, c’est presque une coutume institutionnalisée. Toutes les premières dames ont leur fondation ou leur association. Ces fondations, la plupart du temps, ont un but essentiellement humanitaire.

Comment établir un cadre de proximité entre le Président de la République et les couches défavorisées ? Cette action revient à la première dame, madame Khattou Bint Boukharry qui doit véhiculer le message humanitariste du chef de l’Etat.

De tout le temps, les premières dames ont joué des rôles incontournables dans les affaires présidentielles et nationales, du fait de leur statut particulier de première dame. Cette situation leur confère donc une certaine ascendance décisionnelle et des prérogatives que ne leur confèrent ni la constitution ni la loi. Mais ceci ne crée-t-il pas des immixtions de prés ou de loin dans la gestion des affaires de l’Etat.

S’il est vrai que nous sommes dans une République qui garantit la liberté d’expression et la liberté de presse, s’il est vrai aussi que nous pratiquons la bonne gouvernance et la transparence financière, il serait bon d’éclairer la lanterne du citoyen lambda sur la fondation elle-même.

Son utilité véritable ? S’il a un rôle politique à jouer ? d’où proviennent les fonds de la fondation. Les enquêteurs de la fondation sont-ils banqués et par qui ? Sur quels critères ont-ils été choisis ?

A combien s’élève son budget ? Est-elle juridiquement légale c’est à dire reconnue par le ministère de l’intérieur ? A-t-elle un rôle politique à jouer ? En tout cas, on ne peut dissocier l’action de la première dame et celle de son mari dans certaines affaires. Autant d’interrogations. Et mieux vaut aller chercher des fantômes que d’attendre des réponses claires.

La Mauritanie n’est pas encore un eldorado pour se permettre certaines dépenses ou charges financières. Cette fondation gagnerait à ne pas reproduire les mêmes maladresses de certaines associations dont les deux tiers des fonds sont détournés par des êtres en chair et en os, des responsables sans préoccupations morales et sans pudeur ni scrupule.

La première dame avait-elle une fondation ? Non ! Alors pourquoi d’être la première dame pour avoir sa fondation. La raison est très simple et compréhensive. C’est que maintenant, l’argent est disponible, coule à flots. On peut en faire ce qu’on veut sans contrôle ni audit. D’ailleurs, quel est cet inspecteur de l’Etat qui aura le culot, osera de fourrer son nez dans cette fondation ?

On n’y peut rien. C’est comme ça. Ça fait parti des arcanes de l’Etat

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

Les misères d’une presse!

Une fois n’est pas coutume. Si l’on fouinait dans les misères du métier de journaliste, dans les misères d’une certaine presse écrite de la RIM. Si, pour une fois, on confessait sans retenue, sans détours et à cœur ouvert, la vie des journalistes de cette presse écrite c’est à dire ses souffrances qui lui empêchent de vivre mieux dans le meilleur des mondes possibles. Objectivement, à quelques exceptions près, quel est cet organe de la presse écrite qui émerge vraiment, évolue clairement, bref s’en sort ?

Quelle est cette presse, qui peut se targuer d’être dans des conditions confortables ? Quel est ce journaliste qui peut s’enorgueillir d’avoir trouvé une autosuffisance financière ?

La preuve, beaucoup d’entre eux exercent d’autres fonctions parallèles. Ils sont instituteurs, professeurs et je ne sais quoi davantage. Parce que, il faut le dire, les salaires sont misérables et ironie du sort, les patrons se sucrent sur le de leurs employés(les journalistes).

Nous le savons tous : les journalistes vivotent, souffrent et ne sont point mis dans des conditions dignes de ce nom. Quittons maintenant ce chapitre pour parler de la liberté de presse et d’expression qui n’existe que de surface. Il n y pas véritablement de presse entièrement libre du moment où nous avons «la trouille » de publier ce que nous pensons et devons dénoncer. S

ur un autre front, le journaliste n’échappe pas aux coups de gueule de certains milieux politico-affairistes. Aux risques de poursuites judiciaires voire même d’emprisonnement.

Pour preuve : les journalistes subissent parfois des menaces de mort, des intimidations de toute nature. On les empêche, je ne sais pour quels motifs, d’accomplir convenablement leur métier.

D’un autre côté, entre le pouvoir et la presse, c’est souvent l’éternelle impossibilité de la cohabitation du chat et du chien. Cette presse écrite là, dont on claironne à longueur de journée son rôle primordial, ne vit que de misères, de miettes. Pas des ventes comme le croient certains.

Mais des abonnements. Et là aussi, ce n’est pas facile de percer pour certains. Il faut avoir des atomes crochus pour en bénéficier. Les subventions et les cartes de presse professionnelles promises par l’état tardent à voir le jour. Pendant ce temps là, que fait la HAPA ?

A vrai dire, nous pratiquons un journalisme d’amateur et rien n’est fait pour être dans «l’air du temps ». On ne développe pas une entreprise médiatique sans faire suivre les moyens. Pas n’importe lesquels ? Même pour aller à un reportage c’est la croix et la bannière.

Et le comble dans tout ça, c’est que parfois plus de deux journalistes sont obligés de se partager le même appareil photo, le même baladeur enregistreur. Comment peut-on faire du bon journalisme dans ces conditions ? En tout cas, ce n’est pas demain la veille. Toutes nos chaussures sont éculées et poussiéreuses…Zut !

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

Dur, dur d’être enfant de la rue!!!

Les enfants sont l’avenir d’une nation a-t-on coutume de dire. Ce n’est pas certainement ces enfants dont la tranche d’âge varie entre 7 et 15 ans qu’on associerait à ce principe séculaire.

Car, ces enfants de la rue vivent des situations dramatiques et inhumaines victimes souvent de malnutrition, d’accidents de la route, de violences, de toutes les corvées imaginables de la part de leurs «tuteurs ».

Ces enfants ne sont point protégés par les lois de leur République et leur droit à un avenir sain n’est point respecté. Qui ne les a pas vus, au bord des carrefours, des mosquées, des marchés en train de tendre lamentablement leurs mains droites en bravant parfois des situations scabreuses et mortelles. Ces images choquantes ne devraient laisser personne indifférente.

Les bonnes paroles ne viendront pas à bout de la mendicité des enfants tout court. Seuls un changement viscéral des mentalités et un engagement politique fort peuvent y parvenir.

Ces enfants aux regards pitoyables sont livrés à eux-mêmes, contractant souvent des maladies d’une autre époque, se débattant contre la mort ou vivant dans des conditions d’hygiène et de vie insalubre et exécrable. Ces enfants de la rue rencontrent tous les supplices de la vie, ignorent l’épanouissement et la joie de vivre.

La lutte contre la mendicité des enfants de la rue doit s’inscrire dans une campagne de sensibilisation, dans une lutte plus globale contre la pauvreté. Faudrait-il que nos législateurs votent une loi caractérisant la mendicité comme un délit ?

Encore faudrait-il associer les organisations qui défendent le droit des enfants et surtout combattre le mal par la racine à savoir en conscientisant les parents qui continuent d’envoyer leurs enfants «dans la gueule du loup » ? Car, à vrai dire, dans ces supposées «écoles coraniques », l’unique chose que les «maîtres » apprennent aux enfants durant leur séjour, c’est comment mendier.

Les enfants restent des enfants et il nous appartient de les tracer un avenir meilleur que celui lequel leurs parents les a jetés inconsciemment. Aidons-les à sortir de ce canevas et ne soyons pas complices de cette situation écœurante !

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

Quand le Ministère de la Culture et de la Communication donne le mauvais exemple !

L’absence des représentants du Ministère de la Culture et de la Communication, ce mercredi 27, au CCF, à l’occasion de la conférence sur «la stratégie nationale pour le cinéma » en marge de la SENAF, est tout simplement irrémissible, burlesque voire un opprobre.

Ce congé explique non seulement un manque de considération viscéral, mais il soulève également des interrogations quant aux déterminations véritables et politiques du Ministère de la Culture et de la Communication de faire avancer ou faire bouger l’Art et la Culture en Mauritanie.

En n’étant pas présents à la conférence, les représentants du Ministère de la Culture et de la Communication ont déshonoré le cinéma en Mauritanie et plus particulièrement Abderrahmane Ahmed Salem qui ne savait plus quoi faire sinon se disculper au près du public qui était venu assister à cette conférence qui n’a pas eu lieu finalement.

Ainsi donc, ils donnent raison à ceux qui ont toujours pensé ou plutôt reproché au Ministère de la Culture et de la Communication, son laxisme, son manque de soutien et de volonté politique à l’égard des arts et de la Culture. Pour éclore comme les pétales d’une fleur, notre cinéma national n’a pas besoin de mauvais exemples encore moins des représentants insoucieux.

Et au lieu de voler au secours de notre cinéma qui était presque à l’article de la mort, les autorités du Ministère de la Culture et de la Communication ont démontré une énième fois de plus que nous ne pouvons pas compter sur elles !

Hélas donc, pourra-t-on continuer indéfiniment, au mépris de l’Art et de la Culture, à compter sur un ministère dont l’unique talent est de nous abreuver des balivernes, des discours sans valeur et stériles, des promesses platoniques pour faire garder une bouture d’espoir et de confiance dans nos esprits ? Cette méthode assassine de faire rêvasser a fait son temps.

Elle a entraîné des leurres dans le cœur de ceux qui sont concernés par les arts et la culture, trucidé des initiatives o combien porteuses de fruits. Le Ministère de la Culture et de la Communication serait-il en train de se détourner de ses devoirs primaires à l’égard des cinéastes qui ne demandent pas trop ? Nous savons tous que ce n’est pas l’imagination et l’esprit d’initiative qui font défaut à la maison des cinéastes.

Loin s’en faut. Malheureusement et c’est dommage que la véracité dans le domaine de la Culture et de la Communication soit encore rébarbative et désarmante. Non, le Ministère de la Culture et de la Communication, n’a pas véritablement changé même si ceux qui y font la pluie et le beau temps tambourinent des airs de bonne volonté, claironnent à longueur de journée leurs desseins de bien faire et de bien réussir.

Certes, on peut bien faire à moins qu’on ne le veuille pas. Mais, s’il vous plaît, ne nous donnez plus l’occasion de gribouiller sur ce qui précède…et à y voir de près, nous avons parfois l’impression que ce ministère remet l’ouvrage sur le métier chaque fois. A quand la véritable rupture dans la pratique des choses ?

Babacar baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

La marche irréversible de l’Histoire!!!

Beaucoup de personnes, par étroitesse d’esprit, ne savent pas ou ignorent naturellement que l’Histoire, la Grande Histoire, lorsqu’elle est en marche, on ne peut l’appréhender, fut-on descendant d’Hercule.

Pour preuve, la trajectoire des pays dits «grandes démocraties » a été souvent jalonnée par des événements souvent douloureux certes mais denses de moralité du point de vue historique, morale, philosophique et politique.

Nous osons croire, même si comme le prétendent certains esprits brillants que comparaison n’est pas souvent raison, que la Mauritanie est en train d’arpenter la bonne piste elle aussi en essayant de sublimer, avec courage et détermination, autant dire tant bien que mal son passé douloureux et épisodique.

Peu importe, dans ce cas, qu’il y ait des personnes de mauvaise foi, des personnes enrubannées par le Diable qui essaient de secouer dans l’ombre les amarres de la barque dans laquelle nous sommes embarqués.

Parce que tout simplement, l’Histoire de notre République est en marche, une procession irréversible et inébranlable. Parce que maintenant, il est permissif de rêver, il y a des hommes et des femmes épris de justice sociale, de paix et de stabilité qui veulent recoller à leur manière les mille tessons de la bouteille, de réconcilier la Grande Mauritanie qui exige aussi de ses fils, de nous de la grandeur.

Parce que la volonté politique qui anime «ces hommes et ces femmes » laisse présager incontestablement des lendemains meilleurs. Car, les grands dossiers, ces dossiers encombrants -- passif humanitaire, esclavage, déportés – qui n’ont jamais trouvé une oreille et un cœur sensibles, une issue et un règlement convenable, sont en train d’être pris à bras-le-corps par ces hommes et ces femmes.

A ceux-là, les générations futures leur seront redevables et reconnaissantes. Nous avons tellement envie de glapir bravo à eux tellement ça apporte du baume au cœur. Des ambitions, des initiatives que certains, ceux qui veulent enfouir la marche de l’Histoire, s’acharnent, on ne sait pour quelles raisons, à contenir.

Déterminés à résoudre ces problèmes, les pouvoirs publics n’entendent pas se laisser coiffer sur le poteau. D’ailleurs sur la question du règlement définitif du retour des déportés mauritaniens, des missions officielles sont parties pour essayer de voir comment coordonner ce vaste programme du retour des déportés.

L’horizon, pour ces «démolisseurs » de l’Histoire, se couvre d’autant que leurs actions ne suscitent guère de réaction immédiate. Bref, cette sorte de ligne rouge qui existait et existe encore entre les communautés disparaîtra à jamais un jour qu’on le veuille ou pas. Comment donc ne pas approuver et être sensible à ce qui est en train de se faire ?

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

La Faculté de médecine

En Mauritanie, c’est la mode. Il suffit qu’une personne influente décide que telle chose se fait à telle date, tel lieu pour que le projet soit lancé sans que cela réponde à une exigence de développement et de bien être social. Or, nul n’ignore que tels projets demandent du temps, de l’argent et bien sûr du sérieux.

Combien de créations, de projets qui devaient être bien réfléchies et bien étudiées sont nées dans la précipitation et sans études de faisabilité fiables. Une œuvre universitaire aussi grande qu’une grande faculté de médecine mérite-t-elle d’être fondée dans la plus grande anarchie, sans aucune concertation, entourée d’indifférence, emmitouflée dans l’anonymat absolu. Les mauritaniens savent-ils qu’ils ont une faculté de médecine ?

Quelle faculté ? Un bâtiment perdu au milieu d’une lucarne de l’hôpital national. C’est de là que la première promotion de futurs médecins subira une formation.

C’est là que des générations vont être sacrifiées sans pour autant bénéficier d’une formation académique et scientifique qui tiendrait en considération les exigences de qualité en matière d’offres de services hospitaliers.

Ces futurs médecins, sur quels critères de sélection ont-ils été choisis ? Et par rapport aux futures formations, les nouveaux bacheliers vont-ils être inclus dans cette phase de formation qui ne devait concerner que les nouveaux bacheliers ?

Ce n’est pas en formant des médecins, des infirmiers, du personnel soignant qu’on va venir à bout du manque de personnel criard dans les structures hospitalières du pays.

La création de cette faculté de médecine a été bien accueillie mais l’efficacité d’un tel projet laisse à désirer surtout dans sa mise en homogénéité. Le manque de concertation aussi dans ce projet a suscité beaucoup de mécontentement.

Alors qu’il urge de réformer le secteur de la Santé dans notre pays, il serait préférable de se pencher bien sur la balance en vue d’esquiver que la Mauritanie ne périclite.

Dans ce projet de grande envergure, est-ce que les moyens nécessaires ont été débloqués dans la réalisation d’un tel projet qui demande beaucoup de perspicacité et de sérieux. La Mauritanie dispose des professeurs éminents capables d’impulser cette entreprise mais faudrait-il encore qu’ils soient associés à cette œuvre.

Certes, la création d’une telle faculté répond à une exigence de demande de services de plus en plus forte. Il ne faudrait pas non plus omettre qu’un tel projet exige des laboratoires modernes, des recherches académiques entre autres. Et sur quelles bases les enseignants de cette faculté ont-ils été choisis ?

Avec un enseignement de plus en plus au rabais faut-il encore commettre les mêmes impairs en créant tous azimuts des facultés qui n’apporteront rien à l’enseignement universitaire mauritanien sinon que de l’appauvrir. Déjà, l’université de Nouakchott est abandonnée à elle-même, aucune perspective d’avenir ou de restructuration pour la sortir de son sommeil profond. Dans ce cas, faut-il accroître à la médiocrité, la médiocrité ? Certainement pas.

Babacar Baye NDiaye

( 4 octobre, 2007 )

L’affaire de la drogue : où en sommes-nous ?

Celle ci défraye encore la chronique. Pour preuve, les saisies se suivent. La drogue suscite beaucoup d’inquiétudes, d’interrogations, de supputations créant beaucoup de remous dans l’opinion.

Au vu de la lenteur judiciaire qui entoure cette affaire peut-on donc penser qu’elle a été classée dans la layette des «affaires indésirables » ? Ou alors les autorités en charge de cette affaire sont-elles en train de faire un travail de fourmi pour pouvoir appréhender les personnes concernées de près ou de loin par cette affaire ? La question taraude les esprits de tous les mauritaniens : où en est l’affaire ?

Jusqu’à présent, ils n’ont rien compris de cette affaire nébuleuse, leur lanterne n’étant pas toujours éclairée. On se demanderait même si elle ne serait pas purement et simplement étouffée par les pouvoirs publics qui, pourtant, au début de son éclatement avaient affiché leur ferme volonté de «faire toute la lumière », leur détermination à remuer ciel et terre pour trouver les responsables qui avaient introduit frauduleusement ces importantes quantités de drogue dans notre pays et de les traduire en justice qui qu’ils soient.

Certainement, ce n’était pas un spectacle de chahut que nous offraient les pouvoirs publics. Car, depuis lors, les mauritaniens n’ont rien «entendu » sur cette affaire.

Même si, il y a eu des suspects qui ont été appréhendés, nous serions tentés de croire que nous sommes en train d’assister à un étouffement «complice » de cette affaire extrêmement complexe et encombrante parce que tout simplement, selon certaines rumeurs, certaines présomptions, beaucoup de personnalités, de grandes personnalités, civiles, politiques ou militaires, bien connues, seraient mêlées jusqu’à la moelle de leurs os dans cette affaire.

Nous savons tous que ce ne sont pas les pauvres qui font ou feront entrer d’importantes quantités de drogue dans le pays par le biais des frontières, du port ou de l’aéroport. Nous savons aussi que des pots de vin sont souvent reçus par les responsables de ces sites pour faire passer invisiblement la drogue.

Dans ce pays, par le biais de ce commerce illicite, beaucoup de personnes sont devenues millionnaires ou milliardaires. Nous cacherait-on des vérités fracassantes dans cette affaire ? Des têtes vont-elles tomber ? Pour le moment, rien ne présage qu’on assistera à l’implosion de la vérité vue les lenteurs et les «obstacles » qui obstruent cette affaire dense de mystères.

Sauf si les autorités accéléraient le pas en mettant les bouchées double. La drogue, c’est une affaire, un cercle de réseaux hyperstructurés difficiles à démanteler. Mais là n’est pas le véritable problème. D’où les questions suivantes : les autorités vont-elles faire profil bas au détriment de la vérité ?

Où vont-elles combattre l’enrichissement illicite de cette catégorie qui s’enrichit d’un coup de baguette magique ? Les autorités en charge de cette affaire auraient-elles desserré le poing ? Tout porte à le croire sauf si…on nous disait où en est l’affaire ?

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

Une autre image de Nouakchott

Des égouts qui dégorgent à longueur de journée, de la fumée piquante provenant de déchets carbonisés, des espaces transformés en dépôts d’ordures, des tas d’immondices jonchant les périphéries des routes, des eaux usées déversées partout…Nouakchott ventre-saint-gris ! est en train de s’effondrer sous le poids des saletés.

Nos espaces naturels, s’ils n’ont pas déjà disparu, sont dans un état de décrépitude très inquiétante. Et aucune mesure n’est prise jusque là pour parer à cette prolifération vertigineuse de ses «plaques d’impuretés » dues à la folie et à l’acharnement des hommes sur notre écosystème qui est de plus en plus acculé.

S’il ne l’est déjà. Ajoutée à cela, la pollution atmosphérique qu’engendrent ces «bus », ces tacots, ces vieilles carcasses d’une autre époque. Et en sus, des embouteillages de plus en plus taquinants et insupportables occasionnant ainsi des pertes de temps considérables et inestimables pour notre économie. Sans parler des charrettes qui encombrent les grandes artères de la capitale et des édicules construits souvent à proximité des routes.

A vrai dire, Nouakchott ressemble à tout sauf à une ville propre, une ville écologique, une ville où on peut avoir la certitude de vadrouiller en inspirant et expirant de l’air pur. D’ailleurs, ces temps qui courent, il n’est pas surprenant de constater des personnes «allergiques » aux puanteurs de masquer leur bouche et leurs deux fosses nasales tellement que ça empeste partout.

Nouakchott, naturellement, a besoin d’une cure, des opérations d’embellissement du genre «quartiers propres » ou «ville propre ». Déjà que c’est insupportable, qu’en sera-t-il si des pluies torrentielles tombaient sur notre capitale ?

L’image de Nouakchott est écœurante et désarmante. Ce n’est pas digne d’un pays qui veut se faire respecter. Et voilà des années que ça dure, finalement, on a l’impression que les populations, faute de solutions et de secours, se sont accommodée de cette atmosphère nauséabonde et étouffante.

Pas de protestation ni de marche pour protester contre cette situation. Pendant ce temps, au lieu de nettoyer ces «images sales et irrespectueuses », les autorités compétentes semblent fouetter d’autres chats. Nouakchott ressemble à une femme décatie et dans ce pays, l’hygiène publique ne semble guère préoccuper personne. Dans quelle capitale sommes-nous alors ? Certainement, pas dans une capitale aux charmes irrésistibles !

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

Nicole Vignote: »Je me sens plus proche de la Mauritanie maintenant que de la France »

«Je suis très attachée à ce pays, j’aime bien le désert, les cultures mauritaniennes et je trouve que les gens sont chaleureuses, respectueuses et fidèles en amitié.» Ces paroles pleines de sincérité et dites avec beaucoup d’émotion sont de Nicole Vignote, une française à la fois peintre, sculpteur, poète et artiste nomade, installée en Mauritanie depuis octobre 1998.

Son dada : aller à la rencontre des autres, découvrir d’autres publics ! Tout comme Ulysse et le chevalier à la triste figure, elle part à la quête des autres, d’elle-même et de l’aventure.

Animée par «un désir culturel» insatiable, elle voyage au Maroc, au Burkina Faso, au Cap Vert, en Espagne, en Suisse, au Canada, en Tchéquie et au Sénégal. Pas étonnant donc quand elle écrit : «voyage, voyage et fertilise ton regard car le soleil n’éclaire pas que la beauté».

Elle laissera son instinct l’a guidé. Là voilà qui découvre la Mauritanie, cette «autre planète» où elle parviendra à tisser et avoir de bonnes relations amicales. Bourlingueuse dans l’âme, elle multiplie ses expériences et fait beaucoup d’échanges avec des «gens, des enfants, des publics en difficultés, des enfants psychotiques».

Car, estime-t-elle, l’art est au service de toutes les causes puisqu’elle s’inscrit dans le développement. Très dynamique mais peu loquace, caractéristique des artistes, dans le domaine artistique, elle a eu à travailler avec beaucoup d’autres artistes comme elle.

D’ailleurs, son CV, très éblouissant et bien fourni témoigne d’un parcours assez singulier et truffé de moments exceptionnels.

En Mauritanie, elle sera à l’origine des premiers «ateliers pour enfants», de la première «maison des artistes». Elle co-fondera la première «association des artistes mauritaniens». Elle est aussi à l’origine du «cercle des poètes». Bref, une femme impliquée et qui a beaucoup joué dans la mutation de l’espace artistique mauritanien.

Parce qu’un artiste, a-t-elle laissé entendre, doit être impliqué dans la société. Et elle est encore plus optimiste qu’auparavant, elle qui a presque participer à l’éclosion de certains mauritaniens aujourd’hui.

«Je crois, dit-elle, que les choses vont bouger. J’ai déjà vu les choses bouger depuis que je suis là puisqu’il n y avait pratiquement rien quand je suis arrivée. Je pense que ça évolue mais les artistes mauritaniens doivent savoir qu’ils ont encore beaucoup à apprendre».

Autodidacte, elle abandonnera cette voie pour dit-elle «se concentrer à son travail d’artiste» qui avait pris place dans son cœur. Ce qui préoccupe Nicole Vignote ? Les enfants, leurs droits. La preuve : au mois de juin dernier, elle a été commissaire d’une manifestation sur «les droits des enfants» organisé par «Terre des hommes» en collaboration avec les élèves de l’école Diam-Ly.

Cette exposition s’est déroulée au musée national où un débat sur les droits des enfants a été organisé. D’ailleurs, un autre sur les droits des enfants sera organisé dans ce mois de septembre au CCF de Nouakchott. Une vraie artiste !

Depuis 1981, Nicole Vignote a vraiment vécu dans le milieu des artistes, des peintres, des sculpteurs et des musiciens dans le quartier de la Bastille à Paris où ses aptitudes artistiques qui dormaient en elle se sont véritablement réveillées.

L’art, pour elle, c’est une manière de s’ouvrir au monde, une façon de restaurer mais surtout d’aller vers les autres, d’appartenir «au regard des autres et à tous».

Cette «envie de se confronter à d’autres cultures» reflète parfaitement sa personnalité, sa nature. Elle s’intéresse à tout : à la poésie, au théâtre, au patrimoine. En un mot, tout ce qui est culturel.

«La culture, dit-elle, c’est un facteur de développement. Un pays ne peut pas se développer sans culture. C’est impossible ! Il faut préserver d’une part son patrimoine car la création d’aujourd’hui est le patrimoine de demain. C’est aussi l’image d’un pays à l’extérieur.»

Voilà presque 10 ans qu’elle est en Mauritanie ! Et c’est avec beaucoup de connaissance qu’elle parle de ce pays qui l’a adoptée, de la société mauritanienne dans laquelle elle se sent bien et à l’aise.

 «La Mauritanie, affirme-t-elle, est en train de bouger. Et c’est bien parce qu’on assiste depuis août 2005 à l’émergence de beaucoup d’initiatives. Il y a vraiment beaucoup de gens qui veulent faire beaucoup de choses et c’est bien de les encourager.»

Cependant, a-t-elle avoué, «j’ai beaucoup de choses à apprendre encore en Mauritanie. J’en apprends tous les jours». Très édifiante non !

La France son pays, sa famille et ses amis lui manquent beaucoup. Et ce n’est pas l’argent sans doute qui l’a retenue en Mauritanie. «Il y a très peu d’artistes qui gagnent beaucoup d’argent précise-t-elle. Même en Europe, il y a beaucoup d’artistes en difficultés.

Malgré certaines contraintes, des moments «de petits découragements», elle ne pense pas qu’elle va abandonner ce noble métier au profit d’un autre. La raison ? L’amour de la peinture et la création sont plus forts que tout !

 Pour elle, la liberté est fondamentale dans la création, dans l’art et dans l’œuvre. «Un artiste doit être quelqu’un de libre, quelqu’un qui doit pouvoir exprimer tout ce qu’il pense».

Même si elle est en Afrique, elle garde pour autant «sa manière de s’exprimer» dans le domaine artistique. Et là aussi, il n y a pas d’ordre précis. Tout est fait dans un engrenage. Les choses s’enchaînent les unes dans les autres.

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

Baguiss

Le groupe qui veut donner des ailes à la musique Bambado

Le Bambado est une musique séculaire qui se transmet de père en fils. Des siècles durant, les gardiens de cette musique ont chanté la bienséance, la vie des marabouts, des guerriers, les louanges d’Allah et de Son Prophète Mohamed (P.S.L)…Le Bambado fait partie de notre patrimoine musical et pour ne pas perdre ce trésor sacré, millénaire, Baguiss, nom d’un groupe de jeunes musiciens mauritaniens, est né pour sauvegarder cette musique, la faire rayonner et lui imprimer un nouveau cachet.
Leur spectacle au CCF, ce mercredi 16 mai, était leur baptême de feu. Mais déjà depuis trois ans ce groupe existait et les musiciens ont décidé de faire quelque chose de nouveau par rapport à ce qui se fait en matière de sonorités dans le milieu musical mauritanien. « On avait envie de changer cet état d’esprit musical qui avait tendance à balancer dans le mbalax sénégalais. Tous les groupes mauritaniens qui font de la musique poulaar mettent 3 ou 4 percussions alors que cela donne des sonorités authentiquement wolof », souligne Laye Thiam manager du groupe. Ainsi donc, résister contre vents et marées au mbalax sénégalais, dire non à tout cela et améliorer la musique Bambado, tel semble être désormais le credo de ces jeunes musiciens. Mais quoiqu’il en soit, Laye Thiam admet cette réalité. « Baba Maal a très tôt chanté dans nos oreilles. On ne pouvait pas y échapper. Il faut le reconnaître » et la sortie de l’album ? « On ne se presse pas, on prend notre temps pour mettre quelque chose de nouveau dans les oreilles ». Tout est dit en une phrase. Il n y a pas une certaine ouverture de cette musique qui se cherche encore et qui est une musique typiquement traditionnelle. « Si on parle de Bambado, on ne peut pas dire que c’est une musique moderne. C’est une musique qui se singularise par le Hodu. Maintenant, on veut sortir cet instrument dans cet univers traditionnel. Par exemple, pourquoi pas ne pas jouer du Hodu avec un contre bas, des instruments modernes ?» poursuit Laye Thiam.
Ce qui préoccupe Baguiss dans leurs chansons c’est surtout l’éducation des enfants. Certainement, parce qu’ils en ont. Leur style musical est empreint de salsa, de zook, du pentatonique malien, du jazz et du blues. Rester sur la scène à dénoncer ou à critiquer, ce n’est pas leur tasse de thé. Ils préfèrent laisser cela entre les mains de leurs frangins rappeurs. Mais pour autant, ça ne les empêche pas de faire entendre leurs voix sur certaines situations.
Partir, partir, partir claironne les jeunes. Mais Guéladio, lead vocal du groupe, qui a eu la baraka de bourlinguer en Europe, a du mal à comprendre l’acharnement et l’obsession des jeunes à vouloir coûte que coûte émigrer. Pour lui, ces deniers sont des complexés qui ne veulent partir parce que Samba est parti.
Issu d’une famille de Bambado c’est-à-dire de griots, Guéladio a commencé à jouer de la musique à l’age de 18 ans. Son père, Saidou Bâ, faisait partie de l’orchestre national de la Mauritanie. Son inspirateur ? Ali Farka Touré. « Il était un ami à mon père et l’appelait maître. Un jour, alors qu’il séjournait chez nous, il m’a offert sans délier bourse une guitare parce que je lui faisais du thé. Il m’a dit : « fils, joue et soie musicien ! ».
Conscients du rôle qu’ils doivent apporter à la sauvegarde de cette musique, les musiciens de Baguiss, veulent s’ouvrir en même temps aux autres musiques et non pas rester accrochés à leur terroir. Parce que la musique est universelle aussi, Baguiss en est conscient pour se faire un passage nécessaire et conquérir d’autres publics.

Babacar Baye Ndiaye
ducedejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

La réalité de l’épidémie du VIH/SIDA en Mauritanie et les possibilités de traitement des malades

Quelles sont les principales informations sur les virus du Sida ? L’engagement du gouvernement mauritanien face à la maladie ? La prise en charge des malades au Centre de traitement ambulatoire de Nouakchott ? La prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant ?…Ces questions ont été abordées lors d’une conférence/débat au CCF ce mercredi 13 juin animée par le docteur Clouzeau de la coopération française, le docteur Abderrahmane Ould Mohamedoune du CTA de Nouakchott et Mme Cira qui pilote l’expérience PTME de Sebkha.
Selon les termes du docteur Clouzeau, la lutte contre le VIH/SIDA passe d’abord contre la lutte des tabous puisque le sida est une maladie rattachée à la sexualité. C’est dans ce cadre que le centre national de lutte contre le sida a été crée, dirigé par le Premier ministre et regroupant différents ministères, la Société Civile, le secteur privé et les religieux. Par ailleurs, c’est le CNLS qui coordonne les financements de la lutte contre le sida comme par exemple le projet MAP financé entièrement par la Banque Mondiale à hauteur de 21.000 USD de même que le projet du Fonds Mondial qui avoisine 17.000 USD. Le CNLS définit et applique le cadre stratégique en optant une approche multisectorielle et décentralisée.
Les grands axes de la lutte contre le sida passe aussi à en croire toujours le docteur Clouzeau par la connaissance de l’épidémie, la prévention de la transmission, le dépistage, le traitement des malades, la lutte contre la discrimination et la prévention de la transmission du VIH/SIDA de la mère à l’enfant(PTME). Depuis 1994, il y a la trithérapie et l’association des médicaments antirétroviraux qui permettent au prix de nombreuses contraintes de restaurer progressivement les cellules détruites par le virus du VIH/SIDA. En Mauritanie, depuis deux ans, ces traitements existent. La situation épidémiologique dans notre pays n’est pas pour le moment trop inquiétant comparativement à d’autres pays. Dans notre pays, 12.000 personnes portent le virus du VIH/SIDA dont 1.250 seulement sont prises en charge au CTA tandis que chaque année il y a 1.500 nouvelles infections. Le sida est une maladie comme le diabète et il est possible de se protéger par l’abstinence, la fidélité ou en utilisant le préservatif(même si ce n’est pas une protection absolue c’est mieux pour se protéger du virus), de se faire dépister à travers les centres de dépistages volontaires, aux femmes enceintes de se faire dépister dans les nouvelles structures ou de se faire traiter.
Avant 2003, la prise en charge pour les personnes portant le VIH/SIDA se faisait au centre de traitement ambulatoire de Dakar. Depuis le 1er décembre 2004, il a été crée le centre de traitement ambulatoire de Nouakchott situé au sein de l’hôpital Sebkha. En 2000, plus de 650 dépistages ont été effectués dans la plus grande confidentialité, l’anonymat, la gratuité. Cependant, reconnaît le docteur Abderrahmane Ould Mohamedoune, les consultations médicales sont très longues et parfois très contraignantes. La distribution des médicaments pour le traitement est gratuite. Hormis cela, il y aussi le soutien psychologique du centre en dehors de la distribution des médicaments et du suivi biologique.
L’expérience de la Prévention de la transmission du VIH/SIDA de la mère à l’enfant(PTME) lors de la grossesse et de l’allaitement du centre de Sebkha a été exposée par madame Cira. La mise en place de la PTME de Sebkha a démarré le 1er décembre 2005 et a été opérationnel depuis avril 2005 pour des raisons de manque de laboratoire. Durant cette période selon elle, 4990 femmes ont bénéficié de dépistages gratuits. 44 d’entre elles ont été déclarées positives et toutes les femmes séropositives ont été conduites au CTA pour une prise en charge. En Mauritanie, on estime qu’il y a plus de 1035 femmes enceintes porteuses du VIH/SIDA. Le dépistage des femmes enceintes est bien possible dans notre pays et selon madame Cira, la contamination des enfants n’est pas une fatalité.
Durant cette conférence-débat, il y a eu le témoignage d’un PVVIH mauritanien qui fait partie des premières personnes bénéficiant du traitement du VIH/SIDA au Sénégal. Son nom c’est Mohamed Mouloud. Quand il a découvert sa séropositivité en 2002, il a, dit-il, senti la mort dans l’âme puisqu’il a perdu son emploi et se sentait rejeté. Maintenant, avec le traitement antirétroviral, il va mieux et il compte se remarier et reprendre ses activités. Il a par ailleurs stigmatisé l’attitude des médias et de la presse qui ne parlent pas de cette maladie. Il a par ailleurs expliqué comment la PVVIH peut vivre secrètement parce qu’il a peur d’être découvert, aller discrètement au CTA, prendre son traitement en cachette, ne pas oser en parler à son entourage. Le sida comme il l’a rappelé n’est pas une maladie contagieuse. C’est une maladie transmissible. Il appelle par conséquent la société à ne pas ajouter à la souffrance physique la souffrance morale. «Je ne suis pas parti au marché pour l’acheter ».

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 5 octobre, 2007 )

Quand le passif humanitaire divise la grande muette !

Le débat autour du passif humanitaire suscite beaucoup de remous dans l’armée qui a eu à jouer un rôle prééminent dans les événements tragiques de 1989-90-91. C’est en 1986 que les premiers actes contre la communauté négro mauritanienne ont eu lieu avec son point culminant la parenthèse de 1990 et 1991 ou plus de 500 militaires Négro mauritaniens ont été exécutés, accusés de vouloir renverser le régime du Président Taya.
Durant sa campagne présidentielle, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallah avait affirmé sa réelle volonté politique de trouver une issue heureuse à la question du passif humanitaire. Deux mois après son investiture, il fait une déclaration officielle dans laquelle il reconnaît le rôle de l’Etat et affirme derechef sa volonté de trouver des solutions justes et objectives à ce dossier qui constitue un lourd et difficile héritage que lui ont délégué le CMJD et le régime de Taya. Quelques jours après ce discours officiel, une délégation interministérielle composée du Ministre de l’intérieur Zakaria Yall et du Ministre Secrétaire Général de la Présidence de la République Yahya Ould Ahmed El Waghef se rendent dans les camps des réfugiés mauritaniens qui se trouvent au Sénégal. De même que des campagnes de sensibilisation et d’explication sont menées auprès des populations, de la société civile, des partis politiques et des autorités religieuses afin de les associer dans le programme de retour des réfugiés mauritaniens concocté par l’Etat.
Toutefois, malgré de telles tentatives, le passif humanitaire semble relégué au second plan. On dirait que cette question serait en train d’être banalisée et occultée par les pouvoirs publics du moins à l’heure actuelle. Pour quelles raisons ? Et par rapport au passif humanitaire, le président de la république soutient l’engagement de l’Etat mauritanien à mener une « enquête honnête et sérieuse » en vue de connaître le nombre exact de personnes qui ont été tuées au cours de ces événements et permettre à leurs familles de recouvrer tous leurs droits.
Tout le monde sait qu ‘une partie de l’armée nationale a les mains et les bras bien trempés dans le dossier du passif humanitaire. Au sein de cette républicaine, il semblerait qu’il y ait des officiers qui éprouvent une peur bleue. Pour ce qui est de la question judiciaire du passif humanitaire, deux tendances se dégagent : d’une part, ceux qui se sentent mouillés et qui ne voudraient pas qu’on en parle. Cette tendance, parait-il, n’hésiterait pas à agir, à semer la zizanie, si on l’ accusait d’avoir participé à ces événements, des menaces à peines voilées. Cette tendance ainsi donc n’aurait pas intérêt que cette question soit soulevée. L’autre aile est plus favorable à la mise sur pied d’un mécanisme d’identification des auteurs. A cet égard, certains officiers célèbres du défunt CMJD ont estimé de leur part avoir les « mains propres » et souhaiteraient qu’on ré-ouvre le dossier et que la lumière soit faite par rapport aux exactions commises au nom de l’armée.
Qui est bourreau et qui ne l’est pas ? Difficile à répondre. Ce qui est sûr et certain, c’est que cette question du passif humanitaire divise l’armée. Et à l’extérieur, l’image de notre armée nationale est galvaudée par son passé tumultueux. Au sein de l’armée, ils sont légion, ceux qui veulent que les choses soient clarifiées et les responsabilités situées. L’armée doit être à l’image du pays. En matière de commandement militaire, la discrimination est patente Dans cette armée, il n y a pas de volonté d’instaurer un esprit d’équité et de justice Pourtant le problème peut- être réglé en s’inspirant des exemples marocain et sud africain. Les compensations ne devraient pas obnubiler les ayants droits au point d’occulter le côté juridique du dossier. Ou alors, pourquoi les bourreaux ne présenteraient-ils pas leurs excuses aux victimes qui ont par ailleurs le droit de savoir dans quelles conditions leurs maris ont été trucidés ? En outre, par rapport au plan de règlement, c’est à l’Etat de voir les modalités pratiques. Les veuves disent ne point s’ opposer au pardon. A condition que les bourreaux avouent leurs crimes.
Aujourd’hui, c’est un défit, si l’état veut régler aussi le passif humanitaire, le premier signal fort qu’il devrait entreprendre, c’est de démettre les officiers de certains commandements de l’armée. Le Président de la République en est certainement conscient. C’est sans doute ce qui explique qu’il est en train d’opérer des mutations en douceur au sein de la grande muette. Le CMJD avait penché sur les méthodes à utiliser dans le cadre du passif humanitaire. Mais il y a eu cependant un relâchement à l’époque. Les bourreaux peuvent avoir une porte de sortie honorable. Encore faudrait-il qu’ils assument leur leurs actes et aient le courage de reconnaître ce qu’ils ont commis.
Comme ce sont des militaires, n’avaient-ils pas agi sous commandement ? Un autre débat dans un débat.


Babacar Baye Ndiaye

( 5 octobre, 2007 )

Des chantiers prioritaires

S’il y a une situation qui a pu préoccuper et rassembler tous les mauritaniens, loin des identifications politiques et communautaristes, c’est bien celle de la stabilité politique et sociale du pays. Durant la campagne électorale, mais également dans des débats organisés par les médias nationaux et étrangers sur le processus électoral en Mauritanie, beaucoup de thèmes ont été évoqués et débattus par les 19 candidats chacun y apportant sa corbeille de propositions et de contribution. Les partis politiques, la presse, les organisations de défense des droits de l’homme et de la société civile ont accordé une part capitale à ces sujets qui étaient jusque là occultés ou considérés comme tabous, ou mis en seconde importance. On a entendu les propositions des uns et des autres, reste maintenant à les réunir dans un cahier de charge et les mettre en application dans l’intérêt de la Nation et du pays.

La moralisation de l’administration

Dans le cadre de l’assainissement des finances publiques, le prochain gouvernement devra avoir comme cheval de bataille la moralisation de l’administration qui passerait nécessairement par la lutte contre l’impunité et la corruption. Et sur cette question, tout le monde devrait se mobiliser pour apporter sa contribution par rapport à ces deux maux qui ont gangrené l’appareil d’état durant plus de deux décennies. Les solutions ne manquent pas. Comme cela se fait ailleurs, une commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite (CNLI) serait la bienvenue. Cette commission aurait pour rôle entre autres de punir en cas de preuves avérées la réalisation de profits personnels ou l’obtention d’avantages de toute nature ainsi que la corruption passive ou active, la concussion et le détournement. Toujours par rapport à cette question, beaucoup de candidats ont proposé durant la campagne électorale des mesures allant dans ce sens. Il faudra pour remporter ce pari, doter cette commission des moyens financiers, matériels et humains afin qu’elle soit indépendante et joue pleinement son rôle de veille.

La question de l’unité nationale

C’est une question primodiale et d’un enjeu majeur. Et pour preuve, elle a occupé une place importante dans tous les programmes et discours des candidats qui pensent qu’il faut nécessairement rebâtir entre les mauritaniens la confiance qui a été écornée durant les années 90. Mais sur quelles bases devra se faire l’unité nationale ?
Le premier jalon va consister d’abord à procéder aux réparations et préjudices civils durant la période du règne du Président Taaya. Que tous les torts qui ont été faits soient réparés pour tous les déportés et les réfugiés mauritaniens. D’autres par contre pensent qu’il faut aller au fond des choses pour savoir réellement quelle a été l’étendue de la spoliation des terres et des violations et quelle a été la dimension du problème afin qu’il soit traité au mieux ? Toujours sur cette question, Sidi O / Cheikh a même préconisé s’il est élu de mettre en place un Observatoire des Droits de l’Homme qui va régler définitivement toutes les questions relatives aux problèmes des réfugiés, des veuves des victimes des douloureux événements de 1989 et 1991. D’autres, comme Ahmed Daddah, proposent l’organisation d’une réconciliation nationale. Il y a aussi le problème du partage du pouvoir politique qui a été souvent monopolisé par une ethnie ou une famille qui détenait tous les leviers de commande de l’état, de l’économie et de tous les espaces de la vie nationale. Enfin, il y a le problème de la répartition des richesses nationales qui n’ont pas véritablement profité aux populations les plus démunies. Tous ces problèmes devraient être traités de manière consensuelle pour aboutir à une véritable réconciliation nationale. Fort donc de ces éléments, comment tourner la page sans pour autant réveiller les démons du passé de manière à favoriser la réconciliation ?

D’autres priorités

La question culturelle suscite encore des débats au sein de la population mauritanienne de même que la question des langues qui n’est pas définitivement réglée même si c’est une question tranchée par la constitution. La Mauritanie est un pays multi culturel et multi linguistique. Pourquoi donc favoriser une langue au détriment des autres ? Cette inégalité est plus visible au niveau de la radio et de la télé.
Depuis des décennies, l’armée a joué un rôle non négligeable dans la structure de l’appareil d’état pour des raisons politiques et électoralistes. Actuellement, la non ingérence de l’armée dans les affaires politiques et publiques est plus que d’actualités. Avec l’arrivée du CMJD au pouvoir, le contexte politique a changé à partir du moment où la transition est venue. Une chose est certaine avec ce régime militaire, la Mauritanie s’est débarrassée d’un régime dictatorial. Quel sera alors le rapport du futur chef de l’état avec l’armée ? Autrement dit si l’Etat de droit et la vie politique se feraient sans l’intervention de l’armée ?
Selon toute vraisemblance, l’après transition pourrait être la continuité des acquis démocratiques et leur préservation, la mise en place d’un nouveau système de gouvernance fondé sur des bases égalitaires. Meme si c’est vrai que chaque période avec les événements qui la caractérisent et la façonnent, on ne s’empêcherait pas de glapir désormais, plus rien ne sera comme avant. Vive la démocratie et l’état de droit seules garanties de liberté et de justice sociale ! Ces valeurs universelles n’appartiennent à personne !

Babacar Baye Ndiaye

( 5 octobre, 2007 )

Règlement du passif humanitaire

S’inspirer des parangons sud africain et marocain ?

Dans de nombreux pays du monde où des processus de changement ont été engagés après des périodes de graves violations des droits de l’Homme, des commissions indépendantes ont été mises sur pied. En Mauritanie, incontestablement, les autorités se sont engagées dans un processus de réconciliation nationale. Mais les prémices d’une véritable volonté de faire toute la lumière sur le passif humanitaire tardent à voir le jour. Face aux intimidations à peine déguisées de ceux qui ont engendré cette parenthèse de l’histoire de la Mauritanie, les autorités feront-elles black out ou vont-elles privilégier la vérité ? Va-t-on s’acheminer vers la mise sur pied d’une commission indépendante ?
Contrairement à une certaine idée répandue, et à ce que pensent certains responsables de partis politiques, il ne s’agit pas d’indexer des personnalités de l’armée ou du pouvoir, ni de faire la chasse aux sorcières encore moins d’engager des procès tous azimuts. Ni la haine en réponse à la haine. Mais de faire la lumière sur ce qui s’est passé de 1986 à 1991 en matière de violations des droits de l’Homme en Mauritanie dans le cadre du passif humanitaire en s’inspirant de certains exemples bien connus en Afrique quitte à envoyer des missions d’informations dans ces pays. C’est à partir de là et de là seulement qu’on peut enclencher des procédures allant dans le sens de la réconciliation nationale. Car, aujourd’hui, qu’est-ce qui garantit véritablement la non-répétition des dites violations ?
Quoiqu’il n’ait pas aisé d’apporter des solutions consensuelles à la problématique du passif humanitaire, il y a cependant des paradigmes de mécanismes que la Mauritanie peut adopter dans le cadre d’un règlement juste de cette question sensible et épineuse. Reste à savoir comment et quand mettre ou adopter ces mécanismes pouvant permettre une issue heureuse sans occulter les questions de fond.
Par rapport aux compensations des victimes, certes, la réponse est complexe. Mais il appartient à l’Etat mauritanien avec les bailleurs de fond de voir ce qui est possible et ce qui n’est pas possible de faire, de voir comment compte-t-il procéder aux compensations des victimes tout en esquivant que la balance ne se penche ni à gauche ni à droite. Car, les victimes de ces violations des droits humains ont subi des préjudices moraux, physiques et matériels.
En outre, comment se départir de toutes formes d’instrumentalisation de la question du passif humanitaire ? Ce n’est pas un secret de polichinelle : le passif humanitaire est un problème extrêmement complexe et très difficile qu’il faille traiter avec beaucoup de lucidité et de responsabilité. Et c’est un fallacieux prétexte de dire qu’on est en train d’instrumentaliser la question du passif humanitaire sur le plan politique et qu’aussi l’armée ne doit rien répondre. Ils ignorent par-là que la question du passif humanitaire est avant tout un problème politique parmi tant d’autres problèmes politiques que connaissent la Mauritanie et qui demeurent les problèmes de tous les mauritaniens.
Comment construire une vision consensuelle dans le cadre d’un règlement du passif humanitaire ? La Mauritanie n’a pas droit à l’erreur. Non ! Car, aujourd’hui, elle est sous les lumières, pour paraphraser Alioune Tine Secrétaire Général de la RADDHO, de la communauté internationale qui s’intéresse à ce qui se passe, se développe en matière de démocratie et de droits humains.
En Mauritanie, les victimes des tragédies successives, entre 1986 à 1991, se comptent par centaines de milliers. Comme il a toujours été préconisé dans le traitement du passif humanitaire, les responsables des violations des droits de l’Homme doivent avoir le courage d’assumer leurs actes et de se présenter devant la justice. Dans ce domaine, l’Afrique du sud et le Maroc qui est un pays voisin où des exactions graves ont été commises sont des parangons qui peuvent servir la Mauritanie. Et pourquoi les autorités de la République ne s’inspireraient-elles pas de ces expériences africaines qui ont pourtant merveilleusement réussi ?
Dans ces deux pays africains, les autorités ont mis sur pied des commissions qui ont sérieusement travailler et de manière indépendante à ce que de telles violations ne puissent plus se reproduire, que des garanties soient données en ce sens et que cette douloureuse page soit tournée. Mais également à définir et à faire officiellement et publiquement reconnaître l’ampleur que les exactions ont eue dans leur pays, ainsi que les mauvaises répercussions qu’elles ont pu avoir sur les personnes des victimes, sur la cohésion du tissu social et sur le principe même du respect des dispositions de la loi.
La Mauritanie n’est pas une exception et ces exemples sont bel et bien applicables à notre pays. Ceci ne peut se faire que dans une commission indépendante qui devra faire dans un premier temps le bilan aussi complet que possible des violations graves des droits de l’Homme nées de ces événements douloureux qu’a connus la Mauritanie mais aussi en dernier lieu rendre aux victimes de ces événements leur dignité civique et humaine comme cela a été le cas au Maroc et en Afrique du Sud. La création d’une telle commission serait toujours bénéfique et il y a urgence de la créer pour qu’elle s’acquitte de sa mission relative au travail de mémoire et à la réconciliation nationale. Mais un processus de réconciliation suppose les étapes suivantes qu’il faut bien mettre en homogénéité pour esquiver des tâtonnements qui n’aboutissent qu’à des impasses : la reconnaissance, le repentir, le pardon et la restauration. Quant à la composition de la dite commission, elle peut comprendre des représentants des victimes choisis librement par eux et qui sont les premières à être victimes, des organisations de défense des droits de l’homme en Mauritanie, de la société civile, d’ONGs humanitaires…bref, une commission composée d’une équipe pluridisciplinaire de plusieurs membres. Les modalités pratiques reviennent à l’Etat à qui il appartient de les définir. Il s’agira par conséquent de réparer le tort vécu par les victimes qui ont seules la plénitude d’amnistier.
Ces commissions, dans ces deux pays, ont démontré leur importance grandissante dans le processus de réconciliation se déroulant dans ces pays où de graves violations des droits de l’Homme ont été constatées notamment celle de faire recouvrer leur dignité aux victimes des violations, de susciter une reconnaissance publique et officielle des peines qu’elles ont endurées et de consacrer les valeurs des droits de l’homme.
Les victimes ne demandent pas trop. Juste qu’on leur dise la vérité sur les mobiles des exactions commises contre elles. Sans doute, les compensations sont nécessaires mais ce ne sont pas le plus important. Mais la vérité.
Babacar Baye Ndiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 5 octobre, 2007 )

Géraldine Laurent

Une jazzwoman d’exception

Elle est devenue une jazzwoman de manière circonstancielle. Une manière peut être pour elle de se faire plaisir ou de faire plaisir. Dans le cadre d’une tournée africaine, elle a fait escale à Nouakchott pour faire apprécier au public mauritanien son jazz captivant.
« Géraldine Laurent se révèle comme une jazzwoman d’exception : fougue, mise en place, racines et originalité, risques pris, paris tenus avec un swing ébahissant ». Belle phrase de Télérama écrite sur Géraldine. Phrase qui résume la particularité atypique de cette jeune française de la Rochelle âgée seulement de 32 piges. Normal dira-t-on quand on a été principalement influencée par les parangons de la musique jazz comme Charlie Parker, Sony Rollings, Eric Dolphy, Ornette Coleman, John Coltrane…
Du conservatoire de Niort aux salles de répétitions de Paris avec Laurent Bataille, Géraldine a su se faire une place dans le Panthéon des jazzwoman de la planète. De ces petites répétitions va naître un groupe qui portera un nom étrange : « Time Out Trio ». Du coup, ce groupe va participer à des concerts. Ce fut le début d’une aventure et voilà depuis quatre ans que Géraldine Laurent, Laurent Bataille et Yoni Zelnick travaillent ensemble et voyagent ensemble.
Et pourtant, Géraldine n’avait jamais rêvé dans sa vie ni imaginé de faire de la musique jazz puisque son domaine de prédilection à elle, c’était la musique traditionnelle. Par hasard donc, « J’ai appris le saxophone au conservatoire et mon professeur aimait beaucoup le jazz. C’est lui à vrai dire qui m’a fait découvrir et aimer cette musique qui est une musique essentielle et importante ».
Ayant compris très vite les exigences du métier, que c’est une vie artistique et professionnelle avec des engagements et des contrats à satisfaire et à respecter, elle veut sans outre mesure supporter la charge qui pèse sur ses épaules car pour elle, « la musique, on en aura jamais fini » même si parfois il lui arrive parfois de se sentir effilochée. « Oui, ça m’arrive souvent comme tout le monde. Paradoxalement, c’est très difficile de faire de la musique et de transcender tout ça, d’essayer à chaque fois, de changer, de faire mieux, de ne pas se répéter, de travailler pour avancer ».
Time Out Trio nous fait revivre sur scène les standards de jazz, les chansons de comédie musicale américaine des années 30 et 40. La sortie de leur album est prévue pour le mois de Septembre prochain. Le jazz est aujourd’hui considéré comme une musique traditionnelle voire séculaire. Donc, il est plus facile pour les autres musiques comme le Rap, le Rock, le R’n’B d’avoir un public de plus en plus expansif. « Le jazz se porte au mieux on va dire. Mais bon, il y a un problème de diffusion comme toutes les autres musiques. C’est vrai qu’il est moins diffusé que les autres. Cependant, il y a toujours un public important pour le jazz. C’est un peu comme la musique classique et les musiques traditionnelles », estime Géraldine Laurent.
A part cela, il y a une explication beaucoup plus convaincante. « Je pense que tout ça est lié à un problème économique comme pour beaucoup de problèmes en général c’est-à-dire que ce qui peut rapporter beaucoup d’argent, ce n’est pas forcément le jazz ou certaines formes de création qui ne sont pas à consommer tout de suite. Donc ceux qui diffusent cette musique si ça ne leur rapporte pas beaucoup d’argent, ils ne vont pas s’y intéresser alors que s’ils distribuent du rap ou autre chose, ça leur rapporte beaucoup d’argent ».
Quand elle n’est pas sur scène, elle adore faire du piano, sortir, aller dans les bons restaurants, s’amuser. Eh oui, elle est un cœur à prendre et pas besoin de lui demander ce qu’elle attend. « J’attends un marié » répond-elle en souriant.

Babacar Baye NDiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 7 octobre, 2007 )

Journée Mondiale des Enseignants

Une manifestation célébrée dans la sobriété

Le Syndicat National de l’Enseignement Secondaire (SNES) a célébré dans la sobriété vendredi dernier la «Journée Mondiale des Enseignants» sous le thème «des enseignants et des enseignantes de qualité pour une éducation de qualité». Non seulement, il n y a pas eu de manifestation officielle pour célébrer cette journée dédiée aux enseignants du monde entier mais celle-ci est passée inaperçue dans notre pays. Le Ministère de l’Education Nationale a brillé par son absence. Méconnaissance ou omission involontaire ? Ou alors a-t-il estimé inopportun de célébrer cette journée ?

Le Président de l’Internationale de l’Education (I.E.), Thulas Nxesi, a estimé dans son discours lu par le Secrétaire Général du SNES, Idoumou Ould Boudide à l’occasion de cette Journée Mondiale des Enseignants que «des ressources humaines et financières supplémentaires devront être investies si l’on veut parvenir à une éducation publique gratuite et de qualité d’ici 2015».
Le Président de l’I.E. a profité de cette journée pour tirer la sonnette d’alarme car la situation en matière d’éducation surtout des enfants est assez critique. «Plus de 70 millions d’enfants sont encore privés de leur droit fondamental à l’éducation » a-t-il indiqué et selon lui, «au-delà de l’objectif de permettre à tous les enfants d’aller à l’école, nous devons aussi faire diminuer la taille des classes de 80 enfants ou plus à un niveau acceptable de 40 enfants ». Il a également attiré l’attention sur la situation de l’éducation qui prévaut actuellement en Afrique où «les systèmes d’éducation publique font face à de multiples défis».
La célébration de la «Journée Mondiale des Enseignants» de l’année 2007 organisée sous le patronage de l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture (UNESCO) intervient en Mauritanie dans une circonstance assez caractéristique marquée par certaines décisions esquissées par le Ministère de l’Education Nationale visant à muter la trombine du système d’enseignement mauritanien miné par des années de statisme : test du 23 et 24 juillet dernier destiné à évaluer le niveau d’enseignement en Mauritanie, transparence dans les candidatures pour le recrutement des DREN et des IDEN et enfin les critères précis dans l’élaboration des choix des postes d’affectation.
Les syndicats se sont confrontés à une absence de dialogue avec leur Ministère de tutelle qui a pris à certaines occasions des décisions unilatérales. A titre d’exemples, nous pouvons citer les critères de choix des DREN et des affectations. Néanmoins, les syndicats ont salué l’esprit d’ouverture de l’actuelle Ministre de l’Education Nationale madame Nebghouha Mint Mohamed Vall.
Le thème de la journée mondiale des enseignants et enseignantes de cette année a mis l’accent sur le lien entre les conditions de travail des enseignants et les conditions d’apprentissage des enfants.
«Dans de nombreux pays, les enseignants reçoivent à peine un an de formation initiale voire moins. Pire encore, dans des pays comme le Niger, la plupart des enseignants et enseignantes du primaire ne reçoivent qu’une formation de quelques semaines et sont ensuite considérés comme des enseignants diplômés» fait remarquer Thulas Nxesi qui considère cette situation complètement inacceptable et d’ajouter «sans formation adéquate, il est tout simplement impossible de délivrer le programme d’enseignement de haute qualité que nous voulons donner et auquel tous les élèves ont droit». En outre, le Président de l’I.E. a exigé des gouvernements qu’ils appliquent les recommandations de l’UNESCO/OIT relative à la condition du personnel enseignant et procèdent aux investissements publics nécessaires pour que les enseignants puissent faire leur travail de manière correcte et professionnelle.
Certes, la Mauritanie souffre d’une pénurie d’enseignants qui est défi entre autres auquel fait face notre système d’éducation publique qui doit permettre en effet que tous les enfants aillent à l’école pour que l’objectif du millénaire pour le développement sur l’éducation soit réalisé. Mais, la réalisation de cet objectif passe incontournablement par un environnement de travail décent, des salaires permettant de vivre dans de bonnes conditions, un traitement égal et équité des droits pour les femmes, un développement professionnel initial et continu, une implication dans l’élaboration des politiques et une négociation collective pour défendre et renforcer les droits des enseignants.
En marge de cette journée mondiale des enseignants, le SNES a tenu à l’endroit de ses membres un exposé informatique sur les dernières décisions prises par le Ministère de l’Education Nationale ainsi que sur le contenu des négociations avec le Ministère de tutelle.

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 7 octobre, 2007 )

Bourrage de crâne

Comment sortir aujourd’hui du gouffre, des ténèbres, de l’inconnu…la culture mauritanienne ? C’est la seule question. Plutôt hâbleurs que créatifs nos hommes politiques ont-ils favorisé l’émergence d’un mauritanien de loustic nouveau ? A cette immense interrogation nos hommes politiques ne prétendront pas fournir une réponse. Mais ils la poseront autrement. Lutte contre la pauvreté, lutte contre la mauvaise gestion économique, protection des ressources naturelles, promotion de la démocratie, des droits de l’homme, des libertés fondamentales…Tous les jours, à la télévision, à la radio, dans les journaux, on nous serine souvent à longueur de journée ces genres de priorité au demeurant biturant. En Mauritanie, parler de lutte contre l’ignorance peut paraître surprenant à bien des égards. La lutte contre l’ignorance en évidence n’est pas une orientation pour les autorités politiques. Oui on me dira qu’il y a le ministère de l’analphabétisme. Oui on me dira qu’il y a aussi le ministère de la culture et patati et patata. Mais existe-t-il vraiment des efforts allant dans ce sens ? A-t-on mis en place des programmes de lutte contre l’ignorance ? 11mars pilule déjà à l’horizon. En ligne de mire, les élections présidentielles. Des candidatures tous azimuts. Des alliances électorales à n’en pas douter. Objectivement aujourd’hui quel est cet homme politique parmi les candidats qui peut se targuer d’avoir inscrit dans son programme le développement du savoir et de la culture en Mauritanie ? Mieux. Quel est ce régime qui s’est véritablement investi dans la promotion du binôme savoir culture quel est ce ministre de la culture des indépendances a nos jours qui peut dire voila ce que j’ai accompli dans le domaine culturel ? Quel est ce régime qui a pu construire des bibliothèques des centres de documentation des maisons de lecture publique, (même si elles ont existe elles n’ont pas survécu) ; des centres culturels, des lycées modernes, des structures de formation adéquates, d’autres pôles universitaires…partout dans le pays ? Nous ne parlons même pas de structure de promotion culturelle. Heureusement qu’il y a le centre culturel français Antoine Saint- Exupéry de Nouakchott et d’autres centres culturels arabes (Marocain et Egyptien). Que serait la situation si ces derniers n’existaient pas ?
Certes, la Mauritanie est un pays sous développé avec ses réalités socio- économiques exaspérante, avec ces populations à bas revenu. Certes, ce que les autres n’ont pas bâti en un siècle voire plus, nous Mauritaniens on ne le fera pas en deux lurettes. On sait tout ça. Mais on sait aussi que ce laïus a fait son temps et qu’il ne se justifie plus à lui seul. Aujourd’hui les autorités des régimes anciens ou actuels doivent malheureusement se sentir responsables de leurs coulpes notamment dans le domaine des choix d’intégration. On l’a dit et répété : les nations émergeantes ont puisé leur propre parangon de réussite dans leur histoire et leur tradition tout en épousant le pas de la mondialisation.
La culture mauritanienne est-elle moribonde ?
Cette question a souvent lanciné mon esprit. L’édition est essentielle dans la diffusion du savoir. Comment donc comprendre que la Mauritanie n’ait pas encore une structure d’édition. La situation dans ce domaine comme dans bien d’autres domaines de la culture est patente et fâcheuse. Depuis plus de 50 ans, les régimes militaires ou civils qui se sont succédés n’ont rien fait dans la promotion du savoir pénalisant ainsi des générations entières. Les exemples ne manquent pas.
Jusque là, nos autorités n’ont pas investi dans le savoir ni se sont investies dans la promotion de nos produits culturels. L’administration en s’écartant de cette voie a ouvert la porte à l’ignorance et à la méconnaissance. Et aujourd’hui, peu de Mauritaniens lisent ou non pas accès à la lecture ou à l’information alors qu’on parle de NTICs, d’ouverture à tout va. Les librairies qui participent à la promotion du savoir, on peut les compter du bout des doigts. En matière de production littéraire, on a envie de glatir. Evidemment, il y a des auteurs qui essaient tant bien que mal de presser le pas. Mais, Allah que de chemin encore à parcourir. On a l’impression que la production est en régression. Heureusement là aussi qu’il y a M’Barreck Ould Beyrouk (Et le ciel a oublié de pleuvoir), Mohamed Baby ( Bilal), Elimane Ould Mohamed Baba (De mémoire de Nouakchottois), Mohamed Ould Hattatt (Meurtre au cabanon 3) etc…
Mais, faudrait-il que l’Etat s’y mette pour qu’on ait plus à revenir sur ce qu’on a écrit…

Babacar Baye N’Diaye
Le Rénovateur Quotidien

( 7 octobre, 2007 )

La tuberculose

Nos populations sont de plus en plus victimes de la maladie tuberculeuse et de ses complications. Une maladie grave et qui peut toucher les poumons ou toutes les autres parties du corps mais aussi une maladie qui peut se guérir.

« En Mauritanie, 6000 nouveaux cas environ sont attendus chaque année et moins de 4000 sont dépistés annuellement par les services de santé ». le constat du programme national de lutte contre la tuberculose est d’autant plus alarmante que d’ores et déjà dans le monde 3 millions des décès sont dus à la tuberculose. Entre 8 et 9 millions de personnes y souffrent de la maladie. En Mauritanie à en croire les études hospitalières cette situation traduit que plusieurs sujets sont atteints par cette maladie sans pouvoir bénéficier des soins gratuits de prise en charge des cas de tuberculose par manque d’information ou par ignorance. Parce que la maladie tuberculeuse n’a plus aucun secret pour la médecine et qu’un suivi médical respecté peut guérir définitivement le Ministère de la Santé et des Affaires Sociales milite pour une prise de conscience des populations. « Les pouvoirs publics ont mis en place au niveau de chaque centre de santé les moyens nécessaires pour le dépistage et le traitement de tous les cas suspects ou atteints de la maladie tuberculeuse : des laboratoires pour le dépistage, de médicaments gratuits pour le traitement et des personnels formés sur les stratégies nationales et internationales de prise en charge des cas », précise Sadna Ould Baheida Ministre de la Santé et des Affaires Sociales. La mortalité élevée tient au retentissement de la maladie sur plusieurs organes. Parmi lesquels : les poumons, les os, les ganglions, les reins, le cerveau, le cœur, etc. Un problème d’autant plus crucial que la bacille de la tuberculose se propage dans l’air lorsqu’une personne atteinte de tuberculose pulmonaire tous ou éternues. Une autre personne peut alors inhaler la bactérie qui se fixe dans ses poumons. La transmission peut alors se faire par voie sanguine vers les autres appareils de l’organisme. Les études faites sur la tuberculose sont préoccupantes. Elles soulignent une grande méconnaissance de la maladie tuberculeuse et de ses conséquences…90% des Mauritaniens ne se sentent pas menacés par cette maladie, plus une personne sur trois pense qu’elle ne concerne que des populations à risque, et un sur quatre pense qu’il y a de moins en moins de contamination ! En aucun cas, nous ne pouvons affirmer que l’épidémie est contenue. Selon les données les plus récentes, chaque année, on enregistre plus de 6000 nouveaux cas et moins de 4000 seulement sont dépistés annuellement par les services de santé. De plus en plus on assiste à un relâchement très inquiétant que la prévention et une expansion de la maladie au sein de toute la population. Non seulement les Mauritaniens pensent ne pas être menacés par la tuberculose mais presque un sur trois croit à tort qu’il n’est pas une personne à risque ! Avec le soutien du Ministère de la Santé et des Affaires Sociales, de l’Organisation Mondiale de la Santé, du PNUD et du Global Fund, le Programme National de Lutte contre la Tuberculose a souhaité établir une meilleure prise en charge de la maladie en Mauritanie et se donner les moyens de la guérir. Oui ! La tuberculose est une maladie qui se guérit. Les antibiotiques antituberculeux utilisés ont permis à des milliers de personnes atteintes de tuberculose de guérir définitivement. A cette occasion, un manuel de sensibilisation a été élaboré et diffusé au niveau de toutes les composantes de nos populations.

Babacar Baye N’Diaye
Le Rénovateur Quotidien

( 7 octobre, 2007 )

Ibrahima Moctar Sarr:« Personne ne peut imposer à lui seul ses idées dans ce pays »

Pour aboutir à un consensus national, il faut qu’il y ait dialogue. C’est la conviction de Ibrahima Moctar Sarr, leader de la formation politique Alliance pour la Justice et la Démocratie/ Mouvement pour la Rénovation (AJD/MR) qui a tenu sa première conférence de presse trois semaines après son congrès extraordinaire des 18 et 19 août dernier. A part quelques anecdotes racontées avec beaucoup d’humour et des propos moralisateurs tenus à l’endroit des journalistes rien de nouveau sous le soleil. Même discours et même tempérament sur les questions nationales. Que d’opinions déjà entendues !

Au cours de toute la conférence de presse qui a duré presque un quart d’heure, Ibrahima Moctar Sarr s’est appesanti essentiellement sur la nécessité de régler le problème de la cohabitation entre les différentes composantes nationales, de faire le point sur ce qui s’est passé, de panser cette plaie béante ouverte par le régime du Président Ould Taya, de mener une véritable investigation pour situer les responsabilités.
«Il y a des crimes qui ont été commis dans ce pays, dit-il. L’Etat ne peut pas s’arroger le droit de les amnistier facilement. Ce sont les victimes et les ayant droits qui peuvent pardonner.
Dès que les faits seront cernés, les dommages réparés, il sera très facile que les ayant droits et les victimes accordent leur pardon pour que la Mauritanie reparte sur de bons pieds ».
Et selon Ibrahima Moctar Sarr, il ne peut y avoir de cohabitation harmonieuse sans que les questions essentielles -problème de l’esclavage et celui du passif humanitaire entre autres- ne soient résolues et sans que l’Etat ne prenne pas les dispositions pour réparer les torts.
«On ne peut pas parler à quelqu’un qui a des blessures ouvertes qui ne sont pas encore fermées, à quelqu’un qui a été déporté hors de chez lui, à quelqu’un qui ne sait pas comment ses proches ont été tués, à quelqu’un qui a les chaînes aux pieds en tant qu’esclave» affirme-t-il sur un ton visiblement ferme et pantelant. «Si la justice nationale ne fait pas son travail, la justice internationale le fera» avertit-il. «Chaque problème doit être réglé correctement. Mais les problèmes doivent être pris en compte par l’Etat avec la solidarité nationale» a-t-il préconisé.
Sur toutes les questions essentielles qui concernent le pays, l’AJD/MR, en corrélation avec tous les autres partis politiques qui partagent ses points de vue, est prêt à aider le gouvernement dans ce qu’il y a d’essentiel et d’important à réaliser dans la mesure où le gouvernement veut aller de l’avant. «Mais, a-t-il précisé, nous ne manquerons pas de mettre l’accent sur les insuffisances, de nous opposer à toute action qui va dans le sens contraire des intérêts de la Mauritanie ».
En outre, l’AJD/MR a estimé d’abord, pour qu’il y ait consensus national ou discussion consensuelle, il faudrait qu’on règle certains préalables à savoir : définir l’identité de la Mauritanie, déterminer comment on doit faire le partage du pouvoir politique entre les différentes composantes nationales, définir comment on peut redistribuer les richesses nationales du pays. Et pour Ibrahima Moctar Sarr, les réparations doivent d’abord être prioritaires car elles conditionnent tout le reste du processus de réconciliation nationale.
. «Une fois qu’elles sont faites, nous pouvons maintenant engager un débat autour des éléments consensuels qui peuvent permettre une meilleure cohabitation » a-t-il laissé entendre. Reste à savoir comment ces «chantiers» seront accueillis par le gouvernement.
«Ce qui fait notre problème, confie-t-il, c’est que nous avons toujours cherché nos différences. Nous avons toujours mis l’accent sur ce qui nous différencie. Nous n’avons jamais cherché à savoir ce qui nous unit.»
Et pour montrer qu’on peut aboutir à un consensus national, l’AJD d’alors avait mis en chantier à la veille de l’élection présidentielle de février 2007 le Mouvement National pour la Réconciliation qui avait comme leitmotiv de créer une osmose au sein de la société mauritanienne et de permettre surtout aux mauritaniens de se réconcilier entre eux-mêmes.
Cette première rencontre qualifiée d’historique par un Ibrahima Moctar Sarr décontracté n’était pas fortuite peut-on dire sans se gourer. C’était pour dans un premier temps s’adapter «au changement de contexte» politique qui se singularise maintenant par «une évolution notable dans le pays». C’était aussi l’opportunité pour l’AJD/MR de marquer la «rupture avec une orientation politique et une façon de faire la politique ». Car, «nous venons d’un régime d’exception, a-t-il rappelé, un régime qui avait pratiquement monopolisé tous les pouvoirs, un régime qui avait dénié au peuple mauritanien le droit de s’exprimer».
C’était aussi l’occasion pour lui d’encourager la presse dans l’assainissement des mœurs politiques et le respect des droits de l’homme.«Je lui suggère encore d’assainir la profession pour que le journaliste comprenne qu’il ne lui ait pas donné d’écrire ce qu’il veut. Il y a une manière de faire du journalisme. On peut faire le journalisme sans passion. On peut faire aussi un journalisme engagé dans le sens des intérêts de la Mauritanie »
Et aux journalistes qui font du panégyrique, du bidonnage ou autres choses, il sermonne. «Il est permis de donner son point de vue mais il faut toujours éviter que ce point de vue aille dans le sens contraire des intérêts de la Mauritanie».
Diantre ! Quand est-ce que nos hommes politiques arrêteront-ils de nous sermonner ?

Babacar Baye Ndiaye

( 7 octobre, 2007 )

Le Sénateur de M’Bout rallie le Parti de Ould Maouloud

C’était hier, au siège de l’UFP à Tevragh Zeina que le nouveau sénateur de M’Bout, Monsieur Youssouf Sylla a tenu une conférence de ralliement à laquelle fut conviée la presse nationale et internationale. Le sénateur Youssouf Sylla désormais membre de l’UPP qui était accompagné de responsables de l’UFP dont Monsieur Mohamed Ould Maouloud, candidat à la présidentielle du 11 mars 2007, a annoncé son adhésion à l’UFP.
Youssouf Sylla a entamé sa déclaration d’adhésion en remerciant d’abord l’assistance plus particulièrement la presse nationale pour annoncer son adhésion à l’UFP. Selon ses propres termes, c’est un choix qu’il a fait dans l’intérêt de la Mauritanie et pour soutenir le candidat Mohamed Ould Maouloud qui, à ses yeux, représente la clé du changement pour notre pays. Il a par ailleurs souligné qu’il a choisi librement d’adhérer à l’UFP parce qu’il pense que c’est son devoir de choisir ce qu’il estime être bien pour son pays et que c’est dans ce cadre là qu’il faut placer son ralliement.
Le sénateur a tenu à rappeler aussi que la question de son appartenance à la coalition des « indépendants » est tranchée, qu’il n’est plus un indépendant mais qu’il appartenait désormais à l’UFP, qu’il n’a jamais pris de contact avec qui que ce soit pour lui dire qu’il faut rester « indépendant ». « J’ai choisi d’aller dans un parti, j’y vais » lance-t-il avant d’ajouter selon sa propre expression qu’il est à corps et à âme à l’UFP. Au sujet des raisons de son ralliement à ce parti, Mr Sylla a laissé entendre que c’est une conviction personnelle puisque si tel n’était pas le cas, il pouvait se rallier à d’autres partis qui ont « beaucoup d’argent, beaucoup de moyens et beaucoup d’influences ». Il a noté que sa décision a été facilitée par l’approbation des populations de M’Bout qui ont adhéré à sa démarche.
Enfin, le candidat Mohamed Ould Maouloud, prenant la parole a remercié le sénateur Sylla pour son adhésion à l’UFP et salué sa décision qui dit-il, est une décision courageuse et qu’il espère que beaucoup d’autres élus emprunteront la même voie. Il a terminé en remarquant que l’UFP en sort renforcé. Mohamed Ould Maouloud a souligné que l’influence du Sénateur sera d’un grand apport car c’est une personnalité très connue et qui a une influence au-delà de M’Bout où il a prouvé son poids. Cet atout permettra à l’UFP d’être la force dominante à M’Bout.

Babacar Baye N’Diaye

( 7 octobre, 2007 )

En attendant le changement !…

Certains, pour des raisons historiques et évidentes ont bien voulu le changement. Mais finalement, il n’a pas eu lieu. Là aussi, pour des raisons de rapports de force défavorables. En attendant, un vent de changement soufflerait-il sur le pays au million de poètes ?

Les achats de conscience ! C’est un mal et une turpitude. Un avilissement moral, humain et intellectuel. Une honte pour la démocratie, le progrès et le développement social. Nous ne remettons pas en question le fait que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdalmlahi ait été élu souverainement par le peuple mauritanien. Que les élections aient été transparentes et respectueuses des règles du jeu démocratique et électoral. Que le nouveau Président fraîchement élu soit le Président qui « rassure » ou l’homme qu’il faut à la situation actuelle du pays pour des raisons de stabilité politique et sociale. Mais voilà : nous en avons notre claque de ces sempiternels messieurs qui entourent notre Président et qui ont fait campagne avec lui. Ces messieurs-là ont eu à chapeauter ce pays. Et nous savons sur quelle rive ils l’ont fait échouer ! Après la publication définitive des résultats du second tour de l’élection présidentielle par le conseil constitutionnel, j’en ai conclu sans savoir pourquoi : encore cinq ans pour ces messieurs là qui, décidément, sont nés je suis tenté de le dire pour être les éternels faiseurs de Président. Mais bon que faire ? Telle est la volonté de la majorité populaire. Et pourtant durant la campagne électorale, on a salué et claironné la maturité du peuple mauritanien ce qui reste à prouver. Soit. Mais un fait est là essentiel : les élections ont été libres et acceptées par les acteurs et, pour la première fois depuis l’indépendance de notre Etat, les mauritaniens peuvent rêver d’un monde meilleur. Et il aura fallu attendre quarante sept ans pour qu’ils voient leur Président issu des urnes et élu démocratiquement. Organiser des élections libres et démocratiques est une bonne chose mais le véritable salut du peuple mauritanien passe d’abord par une véritable réconciliation nationale. Le mal est si viscéral et les problèmes sont tels qu’il est surréaliste voire maladroit de penser que seul Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, si volontaire et si plein d’intentions soit-il, sortir la Mauritanie de sa léthargie actuelle. Le prochain quinquennat s’annonce laborieux. Et c’est peu dire en affirmant ici qu’il sera un quinquennat à dur labeur.
Qu’on le veuille ou non, les organisations de la société civile ont un rôle primordial a joué dans la continuité du processus démocratique et post électoral. Elles en sont conscientes et ont promis en de multiples occasions d’appuyer le futur Président et son équipe pour trouver des solutions consensuelles à ces dossiers nationaux. Les organisations de la société civile ont fait des propositions dans ce sens au futur gouvernement, notamment le lancement d’une action de réconciliation nationale et la consolidation de l’unité. La promotion du dialogue et de la démocratie est une bonne chose. Et je pense qu’à cet égard, il faut éviter les « deux poids deux mesures ».
Ne nous voilons pas la face. Ce n’est pas en accumulant des frustrations, des passions, des rancoeurs qu’on parviendra à s’en sortir. Et selon toute vraisemblance, l’après Ely pourrait être ou bien la continuité d’un système de gouvernance démocratique entamée par le CMJD ou bien le retour au culte de la personnalité. Et ce serait dommage et signifierait que le processus électoral aura accouché d’un avorton et de surcroît déçu les espérances des millions de citoyens mauritaniens.
On se rappelle que tous les leviers de commande politique et le dispositif de sécurité étaient concentrés entre les mains de Taya et du clan des « vieux barrons sans tonsures » du PRDS. Ainsi donc, avec l’arrivée de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, ont opéré un come back spectaculaire ces messieurs là qui ont fini par faire l’état comme étant leur propriété privée.
Le pouvoir est une tentation, dit on. Qu’en sera-t-il de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallah ? Respectera-t-il ses engagements pris devant le peuple durant la campagne électorale et réitérés dans son discours du 26 mars à l’hôtel Khaima ? Observera-t-il et fera-t-il observer la loi de manière juste et équitable sans discrimination de couleurs ?…
Autant d’interrogations substantielles qui peuvent tarauder tellement le risque de voir le pouvoir devenir une propriété clanique est grand. Et si on n’y prend pas garde, l’héritage de la transition du 3 Août 2005 risquera de voler en éclats. En attendant que le changement ait lieu, sera-t-il une malédiction ou une bénédiction pour le peuple mauritanien ?

Babacar Baye NDiaye

( 7 octobre, 2007 )

Sœur Carmen

Une Sœur au chevet des femmes mauritaniennes. Depuis 14 ans, cette sœur espagnole de Notre Dame d’Afrique, travaille comme volontaire au croissant rouge mauritanien et dirige le centre de formation de Péka 10 où des centaines de femmes apprennent trois ans durant les techniques de couture et de teinture ainsi des cours d’alphabétisation.

« Je suis en Mauritanie depuis le 13 janvier 1993. Depuis mon enfance, j’ai toujours travaillé à la promotion de la femme. Je pense que la femme mauritanienne comme toute femme africaine c’est elles qui sauveront demain l’Afrique ».
Le croissant rouge mauritanien a ouvert trois centres de formation à Nouakchott, à Dar-Naim, à Dar-El-Barka et à Péka 10. Depuis 1993, Sœur Carmen dirige le centre de formation de Péka 10. Chaque année, ce centre accueille plus de cinquante femmes qui sont formées pour trois ans. Outre cela, ce centre accueille les enfants de ces femmes qui n’ont pas encore atteint l’age de la scolarisation.
Aujourd’hui, avec la coopération espagnole et une ONG qui s’appelait la MPDL (mouvement pour la justice et la paix) Sœur Carmen a réussi à construire et meubler une boutique située en face de l’ancien hôpital de Sebkha. « Le but de la boutique c’est de faire connaître les produits que les femmes mauritaniennes du croissant rouge font dans les trois centres de formation, raconte-t-elle. C’est pour créer une porte de sortie pour les femmes mauritaniennes. Les femmes peuvent avoir du travail mais où écouler leurs produits, d’où l’idée de mettre en place cette boutique. Malheureusement nos clients ce sont les toubabs et ces derniers préfèrent les robes à l’européenne faite avec des couleurs et des teintures africaines ».
Pourtant, les femmes de ces trois centres participent à toutes les expositions notamment la journée du 8 mars dédiée à la femme pour promouvoir et faire connaître leurs produits. Alors comment faire ? S’interroge Sœur Carmen. « Pas un centime d’aide de la part de l’état mauritanien. Les autorités ne savent même pas qu’on existe. Peut être qu’elles le savent maintenant puisqu’en 2005 il y a eu la reine d’Espagne qui est venue en visite officielle en Mauritanie. Elle est venue visiter notre centre à Péka 10. En ce moment-là, notre centre est sorti à travers les médias mauritaniens et espagnols. J’ai reçu des coups de fil de partout et les gens me disaient que Carmen nous sommes contents de vous on vous a vue à la télé ». Depuis lors, la situation n’a pas changé et les problèmes subsistent. Sœur Carmen reconnaît qu’elle ne peut pas tout faire à elle seule, qu’elle passe parfois des nuits entières sans fermer l’œil parce qu’elle n’a plus de quoi payer la nourriture, de quoi nourrir les enfants. Comme elle le dit, ce n’est pas le paradis. « Si ce n’était pas mon pays, il y a longtemps que ce centre n’aurait plus existé, lance-t-elle. Maintenant, nous allons vers une autonomie financière car les gens ne peuvent pas être assistées durant toute leur vie et ce n’est pas bon. La Mauritanie doit s’habituer à pouvoir trouver par elle-même ces propres fonds pour fonctionner. Ce n’est pas normal qu’un centre de formation qui délivre un diplôme aux femmes, que ce diplôme n’ait pas une valeur officielle. Les autorités mauritaniennes doivent se rendre à l’évidence que ce sont des centres de formation et qu’elles doivent prendre en considération ces diplômes ».
Babacar Baye Ndiaye.
Le Rénovateur Quotidien

( 7 octobre, 2007 )

Khaled K

« Bienvenue dans ma tête »

Depuis quelques années, avec sa petite caisse en bois remplie de petites machines, il voyage à travers le monde. Ce mardi 10 Avril, il était au centre culturel français Antoine de Saint Exupery pour faire découvrir au public son spectacle « Bienvenue dans ma tête »

Quand il ne représente pas un bouddhiste entrain de prier dans un monastère ou un temple, un affrontement ou un conflit entre indiens et cow-boys, un chevalier en califourchon entrain de fumer, un chinois qui boulotte ou une cérémonie quelque part, il joue avec sa voix, des samplers et vous convie à un drôle de voyage autour du monde. Pour le profane ou pour celui qui n’a jamais assisté à son spectacle, pas facile d’imaginer que cette représentation fulgurante fournira un ensemble harmonieux hybride et volatile qui fera surgir les univers les plus périlleux. Son spectacle est une véritable prouesse technique. Si vous n’avez pas eu la chance de voir Khaled K sur scène, vous avez manqué une grosse occasion de vous faire embarquer dans un voyage imaginaire qui vous ferait rêver, rire et danser.
« Bienvenue dans ma tête » est une mise en scène époustouflante. Comment fait-il pour assurer un tel spectacle, il répond « c’est la maîtrise des appareils, l’amour du son. Je m’entraîne, je fais de la gymnastique, je nage pour garder la forme de la voix » et d’ajouter « le spectacle est un moyen d’expression, quelque chose qui me permet de se sentir mieux. Quand je commence à monter sur scène pour faire les improvisations, physiquement, j’ai besoin de crier, de sauter en l’air, de bouger et ça c’est la scène qui le permet ».
Le spectacle pour Khaled est un véritable cadre de liberté. Tout a débuté il y a six ans lorsqu’il a acheté « ses petites machines » à lui avec lesquelles il travaille actuellement sur scène dans divers spectacles. Grâce donc à ces « petites machines »,on pourrait dire ses compagnons de voyage, il produit des sons et les superpose « j’ai appris à m’en servir très rapidement et une fois que je les ai maîtrisés, je suis monté sur scène et j’ai commencé à faire des improvisations ».
La musique qui accompagne son spectacle et les thèmes qui y sont proposés est née de ces improvisations. Et il y a moins d’un an, il a travaillé sur la mise en scène (« bienvenue dans ma tête ») pour finir ces chansons. Son spectacle, comme il l’a fait savoir, c’est quelque chose qu’on ne peut pas raconter ni expliquer, c’est quelque chose qu’on doit aller voir ou assister. Entre conte, chanson, comédie, Khaled K ne laisse rien au hasard « j’aime bien mélangé tout ça. C’est pour ça que mon spectacle est multidimensionnel ».
Pour cet ancien technicien en régie lumière qui a appris ce métier en regardant des spectacles, c’est la curiosité, le fait d’être seul sur scène et de ne pas répondre à une demande, à une règle qui lui a donné l’envie de trouver quelque chose à improviser ce qui explique son attachement à la liberté « je le fais de manière inconsciente. J’ai besoin de liberté surtout quand il n y a pas de frontières, de limites pour pouvoir bouger à travers le monde donc musicalement j’ai pu le faire. Il y a une seule question qui m’a guidé : c’est pourquoi je ne suis pas l’autre ? ».
Une question banale dira –t-on. Mais Khaled K s’est toujours interrogé et s’interroge encore sur l’histoire de l’humanité, sur certains crimes comme par exemple le conflit entre les indiens et les cow-boys. « Je me suis toujours intéressé aux indiens d’Amérique sans savoir beaucoup leur histoire mais je sais qu’il y a eu des génocides monstrueux. Je me suis posé la question pourquoi les indiens ont été décimés de cette manière ».
Dans « Bienvenue dans ma tête », on retrouve toutes les dimensions de l’univers humain : ce qui fait qu’on a le far West c’est-à-dire les cow-boys avec leurs pistolets, les moines tibétains dans un recueillement et une spiritualité très forte, les fous qui dansent dans les boites de nuit.
Son spectacle est une transposition de la vie réelle sur la scène, une sorte de regard sur la planète puisqu’on y voit toutes les couleurs et toutes les représentations de la vie humaine et à la fin Khaled nous invite inconsciemment ou consciemment à se poser la question suivante : pourquoi ne sommes-nous pas l’un de chacun ?
Dans son spectacle, il y met beaucoup de finesse et de sensibilité, des images qu’on voit tout le temps comme par exemple les gens qui ont des chapeaux sur la tête sous le soleil dans les rizières avec les jambes dans l’eau et qui cueillent ou font le piquage, de l’indien d’Amérique jusqu’aux petites marionnettes chinoises. Leur point commun c’est que ce sont des gens qui s’inscrivent dans la tradition c’est-à-dire qu’ils n’ont aucune technologie à leur disposition, ils ont juste la terre et des moyens rudimentaires.
Le voyage, la liberté, la menace, la mort, la joie de vivre, la peur…tout y est représenté. Et mieux encore, quand il joue avec la marionnette, c’est vachement agréable dans la sonorité !

Babacar Baye NDiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 7 octobre, 2007 )

Administration : Lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite

Qu’une nouvelle ère s’ouvre, quelle attitude les nouvelles autorités opteront envers les vampires de l’économie ? Mais surtout comment réorganiser l’administration après tant d’années de laxisme, de favoritisme, d’immobilisme, de politisation, d’interventionnisme et de dilapidation des biens publics ?

Verra-t-on appliquer le principe de bonne gouvernance dans la gestion des affaires publiques ? Autant d’actes courageux que devra effectuer le Président Sidi Mohamed et son gouvernement pour sortir l’administration de sa léthargie et la mettre sur les bons rails.
Si aucun effort n’est pas véritablement fait, le ver de la corruption continuera de poursuivre son travail de pourrissement de l’administration et aucun secteur ne sera épargné. De plus en plus, l’administration mauritanienne est plongée depuis quelques années dans un profond malaise auquel elle n’arrive pas à s’en départir. Cette situation qui n’a que trop duré a affecté considérablement l’économie nationale. Aucun secteur public n’est véritablement épargné par ce malaise « congénital » qui a encore de beaux jours devant lui.

Les différents régimes qui se sont succédanés n’ont jamais pu remporter le combat à chaque fois qu’il s’est agi d’assainir cette administration. D’ailleurs, toute tentative visant à éradiquer les maux qui gangrènent notre administration est vouée au fiasco. Tant qu’un changement de mentalités n’aura pas été opéré, il sera difficile de vaincre ce mal. Pour ce faire, il urge de prendre des mesures incitatives en vue de restreindre la dépendance du personnel administratif aux pots de vin et autres dessous de tables.

La corruption est un mal qui n’épargne aucun secteur de l’administration. L’acquisition des marchés publics souffre royalement d’une absence de transparence. Le récent rapport de l’Inspection Générale d’Etat nous édifie sur le degré de corruption de la plupart de nos administrateurs et du niveau de mauvaise gestion de l’administration. La manière dont la plupart de ces marchés sont acquis nous identifie encore sur le caractère du non respect des règles de compétitivité.

Aucune mesure n’a jamais été prise pour témoigner d’une véritable volonté de changer les choses dans bien des secteurs de l’administration allant dans le sens du renforcement de la lutte contre l’enrichissement illicite et la corruption. L’argent, qui provient des fonds de développement et de l’aide publique internationale, qui devait servir où être utilisé dans des projets de lutte contre la pauvreté est soustrait et les bénéficiaires laissés en rade.

Conséquence : la pauvreté s’accentue de plus en plus. Au lieu d’investir cet argent quelque part dans l’éducation, la santé, l’eau potable, l’électricité, les infrastructures, les vampires de l’économie préfèrent l’épargner dans des banques pour s’assurer une bien paisible vie ou bien s’acheter de belles voitures, construire de superbes villas, passer tout leur temps à snober les belles femmes.

On note aussi qu’il n’y a aucune loi qui astreint les hauts fonctionnaires à faire la déclaration de leurs biens y compris le Président de la République, ses ministres, ses sénateurs, ses députés, ses maires, ses gouverneurs, ses directeurs… Ainsi donc de hauts cadres sont devenus malhonnêtement riches. Des millions d’ouguiyas sont détournés sans que personne n’ait pipé mot. Et pourtant la question du détournement des fonds publics est une question tranchée par le code de procédure pénale mauritanien. Mais au fond l’applique-t-on ?

De nombreux responsables sont en fonction depuis des décennies. Ils ont bénéficié des avantages et des privilèges du Parti-Etat. D’autres même ont continué à conserver leur position sociale après le coup d’état du 3 août 2005. Jusque là, aucun haut responsable de l’administration, fut-il descendant d’un saint ou d’un marabout vénéré, n’a jamais pensé faire sa déclaration. D’ailleurs, comment y penserait-il faute de disposition légale et réglementaire.

En dehors de leurs revenus légitimement perçus certains responsables font augmenter significativement leur patrimoine ou celui de leurs proches parents créant ainsi des charges supplémentaires pour le budget de l’état. Il y a des fonctionnaires qui pensent qu’ils sont nés pour être d’éternels ministres ou directeurs. Des anciens caciques du régime de Taaya continuent de faire la ronde. Maintenant, ils réclament encore leur part du partage du gâteau quitte à retarder la nomination des postes de ministères. Pourtant, chaque jour on voit de jeunes personnes cadenassées parce qu’elles ont cambriolé une maison. Mais jamais on a emprisonné un haut responsable ou dignitaire du parti au pouvoir ou quelqu’un ayant bénéficié des largesses du pouvoir.

Face à une telle situation moribonde et exaspérante, des mesures rigoureuses doivent être prises pour redorer le blason de l’administration. A cet égard, la revalorisation substantielle des salaires des fonctionnaires pour les mettre à l’abri de la corruption et pour qu’ils puissent conserver leur probité ne ferait qu’atténuer la gravité de la situation. La promotion dans le travail devra se faire dans l’égalité et surtout mettre la personne à la place qu’il faut loin des appartenances politiques ou raciales. Sans oublier parfois de sanctionner et d’imposer la rigueur dans le pointage du personnel.

Les défis pour une bonne administration sont énormes. Les nouvelles autorités vont-elles se lancer dans cette démarche ou vont-elles faire empirer la situation ? Certes, combattre la corruption et assainir l’administration ne sont pas choses aisées. Mais il est du devoir moral des nouvelles autorités, en premier lieu le Chef de l’Etat, de combattre certaines pratiques compromettantes qui ont toujours entravé la bonne marche de l’administration.

Babacar Baye NDiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 7 octobre, 2007 )

Université de Nouakchott : Les étudiants en colère!

Depuis des semaines, l’université de Nouakchott est dans le tourbillon. Hier, une fois de plus, ce sont les étudiants de la faculté des Sciences et Techniques, suivis de leurs camarades des autres facultés qui ont renoué avec les grèves. Ils ont tenu un sit-in à l’intérieur du Rectorat devant les autorités universitaires. Pour en savoir plus, nous avons tapé à la porte du rectorat en vain…

L’université de Nouakchott est l’université des pauvres. Cette triste réalité illustre bien les conditions extrêmement difficiles voire insupportables dans lesquelles vivent les étudiants mauritaniens. L’université de Nouakchott n’est pas digne d’une véritable université. La situation est alarmante. Les toilettes sont lamentables, les bibliothèques mal équipées, le restaurant n’existe que de nom. Les normes d’hygiène ne sont pas souvent respectées.

Sur le plan équipements modernes, l’université de Nouakchott est en retard considérable par rapport aux autres universités africaines et maghrébines. Les étudiants ne disposent même pas de salles informatiques. Dans ce domaine, aucun effort n’a été fait par les autorités universitaires. Les étudiants ont abandonnés à eux-mêmes.

Pour dix mille étudiants, l’université de Nouakchott n’offre pas un service de santé digne de ce nom encore moins de bibliothèque universitaire (B.U), ni de salles de sport. Pour venir à l’université, c’est tout un tas de problèmes. Les étudiants n’ont pas de moyens de transport satisfaisants, les bus sont souvent vieux et délabrés. Beaucoup de ces problèmes rendent la vie des étudiants très difficile.

Les étudiants attendent des autorités universitaires, du ministère de l’Enseignement supérieur, qu’ils fassent des efforts quand les situations sont tendues. La capacité d’accueil du restaurant universitaire est très faible pour un nombre d’étudiants estimés à 10.000. Prendre le repas à midi ou à 13 heures, relève de l’exploit.

Les bibliothèques de la plupart des facultés sont délabrées. Les ouvrages manquent, ou s’il en existe les éditions sont anciennes et pire encore il est très difficile de trouver des ouvrages qui correspondent au programme. Il y a aussi la discrimination entre les facultés. Les étudiants de médecine sont mieux favorisés que les autres étudiants.

C’est comme si la Mauritanie n’a besoin que de médecin dans le futur. Les littéraires, les économistes, les juristes, les gestionnaires, les scientifiques sont les oubliés de la nouvelle politique universitaire. L’université a été créée pour les étudiants. Donc les autorités doivent s’occuper des problèmes des étudiants.

La collaboration manque entre les étudiants et les autorités universitaires. Les étudiants sont désespérés puisqu’il n’y a aucune perspective pour l’avenir. Les professeurs s’absentent beaucoup et les cours tardent à reprendre. La plupart de nos autorités ont leurs progénitures à l’étranger puisqu’elles savent bien que l’université de Nouakchott ne vaut pas tripette. C’est ça qu’on appelle manquer de respect au citoyen, celui-là même qui est le détenteur du pouvoir.

Revendications en attente Les étudiants réclament la généralisation des bourses, au cas échéant, une bourse obligatoire pour les étudiants qui passent en deuxième année, augmenter le nombre de boursiers des quatrièmes années pour le troisième cycle. Ils veulent que les autorités universitaires prennent au moins cinq à six étudiants.

Ils réclament aussi l’augmentation des bourses jusqu’à 15.000 UM puisque tous les fonctionnaires de l’Etat ont bénéficié des augmentations considérables sur leur salaire. De 1981 à 2006, le montant de la bourse n’a pas évolué. Les salaires grimpent pourquoi donc ne pas penser aux étudiants qui ne demandent que le minimum, estiment- ils. Et de rappeler  » qu’il ne faut pas oublier que les étudiants constitueront les futurs cadres de ce pays. « 

Certains étudiants, c’est le cas de Mar, estiment qu’ils sont libres de réclamer leurs droits si on les en prive. Les autorités étatiques, en premier lieu, le chef de l’Etat, avec les autorités universitaires doivent prendre en charge les problèmes que rencontrent l’université et les étudiants.

Il y va de la crédibilité de cette institution. Espérons qu’il y aura bientôt une issue heureuse et que les étudiants regagneront le chemin des amphithéâtres.

Babacar Baye Ndiaye

( 7 octobre, 2007 )

Prix des denrées de première nécessité: Cauchemar des ménages!

Rares sont les pères de famille qui ne sont pas en proie à la cherté des denrées de première nécessité. Et ce n’est pas donné à n’importe qui d’assurer la dépense quotidienne qui est un véritable casse-tête

Se nourrir devient pour les Nouakchottois une véritable préoccupation. Les denrées de première nécessité sont onéreuses et les prix ne cessent de grimper. La plupart des femmes rencontrées au marché estiment que la vie à Nouakchott est trop dure.

C’est le cas de Aïssata Wane, mère de quatre enfants, demeurant à la Médina 3.  » C’est difficile. Mais bon que faire ? C’est toujours les pauvres qui en pâtissent. Mon mari, lui, est un mécanicien, parfois, il rentre bredouille à la maison. La situation, actuellement, est pénible pour tout le monde notamment pour nous les pauvres.

C’est aussi le sentiment de cette dame qui pense qu’il faudrait diminuer les denrées de première nécessité puisque les pères de famille ne tiennent plus la barre haute.

A la place  » Khar Yalla  » située à quelques mètres du carrefour clinique, nous avons trouvé des ouvriers désoeuvrés sans travail, assis sur des emmarchements ou sur des arbres, à l’attente d’une clientèle. Ils viennent en partie des quartiers défavorisés de Nouakchott.

Fuyant la misère et la pauvreté, ils viennent ici monnayer leur expertise contre des sommes dérisoires. Ici, les avis sont unanimes : le train de vie est cher.

Pour voir du bon poisson ou de la bonne viande, il faut décaisser 2400 UM sans parler de l’huile, du riz, du lait, du sucre. Les conditions de vie deviennent de plus en plus difficiles. Les ménages souffrent du fait de la cherté des denrées de première nécessité.

Les pères de familles sont-ils malheureux?

Titi Hassan et El Hadj Sarr, tous deux ouvriers de leur état, font partie de ceux-là.  » Pour assurer la dépense quotidienne, il faut au moins 2000 UM sans compter le transport, le loyer, l’eau.

Et, pire encore, on peut rester des jours sans trouver de clientèle. La concurrence est devenue rude. Le métier de journalier est très difficile et ne permet pas de satisfaire entièrement nos besoins. « 

Ce n’est pas seulement les ouvriers qui se plaignent de la cherté des prix des denrées de première nécessité. Il y a aussi les fonctionnaires de l’Etat. C’est le cas de Ahmed Salem, père de famille et fonctionnaire au ministère de l’Education nationale qui pense qu’il faut augmenter les salaires, diminuer les prix des denrées de première nécessité et d’ajouter  » nous attendons du gouvernement la prise en charge des préoccupations des citoyens.

Babacar Baye Ndiaye

( 7 octobre, 2007 )

Promesses

Je ferai ceci…je ferai cela et patati et patata. Deux semaines durant, les mauritaniens ont entendu toutes sortes de promesses et de slogans. Chaque candidat s’est prétendu être l’avocat ou le sauveur du peuple, le Messie, l’homme providentiel, l’incarnation du changement et je ne sais quoi encore. L’argent a été au rendez vous. Et dans ce domaine là, malheur à ceux qui ont traîné le diable par la queue.

D’ici quelques heures, les feux seront au rouge. Ce sera maintenant au peuple de départager les dix neuf candidats en lice. On sait d’ores et déjà que l’élection présidentielle du 11 mars connaîtra des fortunes diverses Et l’on peut claironner sans être un démagogue que les quatre vingt dix pour cent voir plus qui caractérisaient les scrutins présidentiels ne seront pas au rendez vous.

Mais aussi et j’aimerai bien le croire que les mauritaniens ne sont pas des moutons de panurges même si ceux qui pratiquent la politique au plus haut degré sont des moulins à paroles et excellent parfois dans la pantalonnade. Jusque là, les candidats ont été irréprochables. Pas de phrases assassines ni de d’attaques personnelles même si on a constaté qu’il n’y avait pas d’idées nouvelles et des projets de grande envergure.

Coté pronostics, d’un jour à l’autre, les estimations font boule de neige. Pour le moment, ne gageons rien et serrons nous le kiki. Deux semaines durant, la campagne présidentielle a transformé des centaines de milliers de mauritaniens en autistes que rien n’intéressait hormis l’atmosphère qui prévalait partout dans les campagnes et dans les villes du pays. Journaux entre les mains, post-radio collé à l’oreille et yeux rivés sur les écrans de la télévision nationale.

Il y a un temps nous étions comme l’oiseau sur la branche. Aujourd’hui, nous sommes dans le registre de l’espoir et le monde est entrain de nous observer. Le Mali sous Amadou Toumani Touré a connu une transition réussie. Reste la Mauritanie. Les années à venir seront une mise à l’épreuve à la démocratie aussi bien pour le peuple mauritanien que pour celui qui va occuper le fauteuil présidentiel.

Babacar Baye Ndiaye

( 7 octobre, 2007 )

Un pas en avant, deux pas en arrière et un pas à coté

Cela peut paraître invraisemblable. Mais quelque soit le futur Président de la République qui sera élu au soir du 25 mars prochain, il n’y aura rien de nouveau, ni de spécial. Je ne dirai même pas d’air nouveau pour la Mauritanie.

Ces deux candidats ont en commun d’avoir connu dans le passé les arcanes du pouvoir et ont eu à une époque donnée de notre histoire participé à la gestion de ce pays. Et dans ce domaine, tous les deux traînent des casseroles. Ils ont fait leur temps mais aussi leurs preuves. Alors que peuvent –ils vraiment apporter à la démocratie et à la justice sociale ?

Pour le moment, les mauritaniens (même pas la majorité) ont fait leur choix et l’ont assumé en choisissant ces deux candidats. Le taux d’absentions risque de surprendre beaucoup d’observateurs pour deux raisons majeures vu les scores qu’ils ont réalisé lors du premier tour de l’élection présidentielle.

Premièrement, l’indiscipline des électeurs des malheureux candidats à moins qu’il n y ait des consignes de vote risque de peser lourd sur la balance électorale.

Deuxièmement, l’abstention de l’électorat négro-africain ne sachant sur quel joker se rabattre risque là aussi de faire tache d’huile sans oublier les 30% des mauritaniens qui se sont abstenus.

Avec Sidi, c’est le retour à l’ancien régime que craignent beaucoup de gens même s’il dit être le président qui rassure. Ahmed lui ne fait pas l’unanimité à cause de ses sorties jugées discriminatoires par certains. Entre Sidi Ould Cheikh Abdallahi et Ahmed Ould Daddah, les mauritaniens auront-ils l’embarras du choix ?

Avec un électorat aussi dispersé, qui des deux réussira-t-il à faire le consensus autour de sa personne et tirer le maximum de profit ? Qui sera le lièvre ? Et qui sera l’hyène dans cette partie de pêche ? Les enjeux seront énormes malgré leur impopularité (35 mauritaniens sur 100 ont voté pour les deux candidats favoris).

Avec une configuration politique sans précédente, jusqu’où nous mènerons le second tour du 25 mars prochain ? Zeidane, Messaoud, Ibrahima Saar…, derrière qui se rangeront-ils ou feront- ils monter les enchères en vue d’un gouvernement de larges consensus issu de sensibilités différentes ?

Babacar Baye Ndiaye

( 7 octobre, 2007 )

Quel scénario pour le second tour ?

L’élection présidentielle du 11 mars passé aura été l’élection des grandes surprises, des révélations mais aussi des déceptions imprévisibles et inopinées. Avec le second tour, nous nous retrouvons sans savoir pourquoi dans une période cruciale de notre histoire politique et sociale. Qu’on ne se leurre pas, nous sommes dans une impasse avec tous les ingrédients et risques que ce second tour pourrait engendrer ?

On murmure qu’au sein de l’armée des allégeances tribales commencent à faire leur apparition .Chaque candidat aurait obtenu le soutien de hauts gradés de sa tribu .Si une telle rumeur se confirme on serait assis sur une poudrière ; Ce que personne ne souhaite.

Les scénarii sont loin d’être joués contrairement à ce que pensent certains. Loin s’en faut. Chacun des deux candidats a les potentialités avec des forces et des faiblesses bien sur de remporter ce second tour vu leur électorat respectif et les soutiens qu’ils peuvent bénéficier même si dans ce domaine Sidi Ould Cheikh Abdallahi part favori pour plusieurs raisons. Quel scénario nous réservera le duel Sidi Daddah ?

Le peuple mauritanien sera-t-il épargné de cette confrontation qui sent déjà le roussi ? Par ailleurs, les deux phénix de la scène politique feront-ils basculer la Mauritanie dans l’implosion sociale ? Là-dessus, c’est la pénombre.

Finalement, cette bataille de présage tant attendue des dinosaures sans tonsure aura lieu ce 25 mars. Mais quelque soit l’issue du second tour, la tache sera difficile pour le futur Président qui devra tenir en considération les questions majeures relatives à l’unité nationale et qui constituent autant de mines explosives pour la Mauritanie et pour lesquelles il devra trouver des solutions adéquates. Contrairement à l’élection présidentielle du 11 mars, celle du second tour dégage une atmosphère déjà passionnante et pleine de suspens.

Babacar Baye NDiaye

( 7 octobre, 2007 )

L’affaire de la drogue : où en sommes-nous ?

Celle-ci défraye encore la chronique. Pour preuve, les saisies se suivent. La drogue suscite beaucoup d’inquiétudes, d’interrogations, de supputations créant beaucoup de remous dans l’opinion.

Au vu de la lenteur judiciaire qui entoure cette affaire peut-on donc penser qu’elle a été classée dans la layette des «affaires indésirables » ? Ou alors les autorités en charge de cette affaire sont-elles en train de faire un travail de fourmi pour pouvoir appréhender les personnes concernées de près ou de loin par cette affaire ? La question taraude les esprits de tous les mauritaniens : où en est l’affaire ?

Jusqu’à présent, ils n’ont rien compris de cette affaire nébuleuse, leur lanterne n’étant pas toujours éclairée. On se demanderait même si elle ne serait pas purement et simplement étouffée par les pouvoirs publics qui, pourtant, au début de son éclatement avaient affiché leur ferme volonté de «faire toute la lumière », leur détermination à remuer ciel et terre pour trouver les responsables qui avaient introduit frauduleusement ces importantes quantités de drogue dans notre pays et de les traduire en justice qui qu’ils soient.

Certainement, ce n’était pas un spectacle de chahut que nous offraient les pouvoirs publics. Car, depuis lors, les mauritaniens n’ont rien «entendu » sur cette affaire.

Même si, il y a eu des suspects qui ont été appréhendés, nous serions tentés de croire que nous sommes en train d’assister à un étouffement «complice » de cette affaire extrêmement complexe et encombrante parce que tout simplement, selon certaines rumeurs, certaines présomptions, beaucoup de personnalités, de grandes personnalités, civiles, politiques ou militaires, bien connues, seraient mêlées jusqu’à la moelle de leurs os dans cette affaire.

Nous savons tous que ce ne sont pas les pauvres qui font ou feront entrer d’importantes quantités de drogue dans le pays par le biais des frontières, du port ou de l’aéroport.

Nous savons aussi que des pots de vin sont souvent reçus par les responsables de ces sites pour faire passer invisiblement la drogue. Dans ce pays, par le biais de ce commerce illicite, beaucoup de personnes sont devenues millionnaires ou milliardaires.

Nous cacherait-on des vérités fracassantes dans cette affaire ? Des têtes vont-elles tomber ? Pour le moment, rien ne présage qu’on assistera à l’implosion de la vérité vue les lenteurs et les «obstacles » qui obstruent cette affaire dense de mystères.

Sauf si les autorités accéléraient le pas en mettant les bouchées double. La drogue, c’est une affaire, un cercle de réseaux hyperstructurés difficiles à démanteler.

Mais là n’est pas le véritable problème. D’où les questions suivantes : les autorités vont-elles faire profil bas au détriment de la vérité ? Où vont-elles combattre l’enrichissement illicite de cette catégorie qui s’enrichit d’un coup de baguette magique ?

Les autorités en charge de cette affaire auraient-elles desserré le poing ? Tout porte à le croire sauf si…on nous disait où en est l’affaire ?

 

Babacar Baye Ndiaye

( 7 octobre, 2007 )

Quelle est cette force qui se dissimule derrière toute action de changement ?

Plus que jamais, la Mauritanie a besoin des hommes et des femmes capables de relever les défis qui ont pour nom : réconciliation nationale, justice sociale, développement économique et social, démocratie, bonne gouvernance,…pour cela, il faudra s’armer d’impétuosité et de ténacité.

Car, apparemment, à chaque fois qu’une bonne action est annoncée ou entamée, il y a une force obscure, une force sans âme et sans état d’âme qui se présente pour barrer ou empêcher toute initiative allant dans le bon sens du changement des mentalités et des comportements.

Passif humanitaire, retour des déportés, la question de l’esclavage, sur l’émancipation des femmes mauritaniennes, des personnes d’une nature pas catholique et suspecte qui se dérobent toujours derrière leur visage de pierre créent le désordre et sèment la frousse dans l’esprit des citoyens en brandissant des menaces ou des propos de tout acabit.

Certainement qu’ils sont malades et c’est un danger de laisser ces gens le monopole de l’action et de l’intimidation qu’ils assènent à longueur de journée dans les médias ou autres supports de communication. Avec tout ce qu’elle a connu, la Mauritanie actuellement a besoin de s’apaiser, de rejoindre le ban des nations civilisées et démocratiques.

De montrer qu’elle est peut bien s’en sortir ! Sauf si elle ne le veut. Que ce qu’elle a traversé ne fait partie désormais que de l’histoire ancienne, une histoire qui était irréversible !

On doit pouvoir maintenant sortir de ce canevas pour avancer. Il faut presser le pas déjà que nous avons perdu presque un quart de siècle dû à la folie d’une poignée de personnes sans préoccupation morale et sans vergogne et surtout racoler les mille tessons de la bouteille.

D’ailleurs où est-ce qu’elle nous a mené sinon à la décadence et au déchirement du tissu social, des stigmates non encore cicatrisés ? Fort heureusement hélas, qu’il y a des personnes de bonne foi et épris de paix et de justice qui s’attèlent à cette tache gigantesque et noble. Comme quoi, les temps ne sont pas loin. Il ne servira pas à grand-chose de mettre des bâtons dans les roues.

Ces grands fanatiques risquent de nous obstruer la voie si l’on n’y prend pas garde ! Pour qui se prennent-ils ? Ne parvenant pas toujours à accepter l’histoire et le cours de l’histoire, cette force rétrograde continue de se replier sur elle-même en oubliant qu’il ne sert à rien de courir en tous azimuts en braillant «non, jamais !».

Pourquoi ont-ils toujours peur ? Peut être qu’elle a perdu son flegme. Qu’elle éprouve elle aussi une peur instinctive. Qu’elle sait qu’elle a le couteau sous la gorge. Qu’à tout moment, les choses peuvent basculer. Les exemples sont légion.

S’il y a des personnes qui doivent nécessiter une cure spirituelle c’est bien celles là. Et comme c’est de leurs mœurs, de leur mode de pensée, de leur stratégie, conséquence de leur étroitesse d’esprit, elles sont certainement en train de bourdonner dans l’oreille des populations pour empêcher sans doute que le Président de la République, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi ne crée lui aussi son propre parti politique.

Car, et d’ailleurs, ne l’ont-elles pas fait avec le retour des déportés, la loi criminalisant l’esclavage ou l’égalité des sexes. Ce ne serait pas alors surprenant de leur part qu’elles prennent leur gourdin et leur tambour !

Babacar Baye NDiaye

( 7 octobre, 2007 )

Submersions au sud de la Mauritanie : SOS en faveur des populations

Depuis quelques jours, les populations du sud de la Mauritanie vivent un calvaire dramatique pour ne pas dire dans un enfer, consécutif à d’importantes quantités de pluie enregistrées ces derniers jours.

Alors que même nous avons encore en mémoire les images choquantes de la ville de Tintane complètement submergée, alors que même la situation dans cette moughata a semblé excéder les pouvoirs publics et les autorités locales pour xyz raisons, voila que d’importantes quantités de pluies viennent encore de tomber sur les wilayas du Brakna, du Gorgol et du Guidimakha rendant presque ces localités inaccessibles ou difficiles à vivre.

Déjà, selon certaines informations, les dégâts seraient assez importants : beaucoup d’habitations effondrées, d’importantes familles déplacées, trois personnes gravement blessées. Les populations semblent être oubliées par les autorités de la République qui tardent encore à tirer la sonnette d’alarme, à se mobiliser en temps réel pour secourir ces populations désemparées.

Il semblerait aussi que les autorités locales n’ont pas estimé ou senti la nécessité de sonner l’alerte ni de mobiliser les aides alimentaires et médicales pour secourir les sinistrés.

Ce qui est curieusement incompréhensible. Même si déjà, sur place, la fondation de la première dame, madame Khattou Bint Boukhary et le commissariat à la protection sociale et à la sécurité alimentaire sont sur pied d’œuvre pour alléger les souffrances des populations consécutives aux dernières intempéries en leur distribuant des produits alimentaires, des vêtements, des tentes, les lenteurs constatées dans le traitement de cette situation sont assez inquiétantes.

On se rappelle encore qu’au lendemain des intempéries qui avaient submergé la moughata de Tintane, tout le gouvernement (presque enfin!) s’était mobilisé en premier lieu le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi himself.

Même notre marine nationale, notre gendarmerie nationale, notre police nationale et notre garde nationale s’étaient mobilisées et impliquées dans les secours.

On se croyait même dans un tournage de film digne des américains. C’est pour dire que notre gouvernement avait vraiment mouillé le maillot comme disent les sportifs.

Ce n’est pas aller trop vite en besogne en pensant que le gouvernement n’accorde pas d’attention sur ce qui se passe là-bas ou dédramatise la situation qui prévaut actuellement dans le sud du pays!

Ou alors -c’est souvent le cas- il attend que la situation devienne catastrophique, lui échappe, se pourrisse ou le transcende pour qu’il réagisse promptement.

Babacar baye NDiaye

( 7 octobre, 2007 )

Assainissement : Enfin, les autorités ont trouvé chaussures à leurs pieds !

«Dragui-transport ». C’est cette société française désormais qui se chargera de l’assainissement du centre-ville de Nouakchott et de Ksar. Pour les autres localités de Nouakchott ou de l’intérieur du pays, elles peuvent encore patienter.

 

En terme de création d’emplois, l’état peut bien se frotter les mains car hormis l’assainissement dont elle aura en charge, cette société créera plus de 600 emplois permanents.

 

Même si le montant de l’accord signé entre les autorités et la société «Dragui-transport » membre du groupe français «Pizzorno Environnement » n’a pas été dit. Maintenant, les privilégiés des quartiers chics de Nouakchott peuvent pousser «un Ouf de soulagement !».

La gestion de l’assainissement doit aussi concerner les collectivités locales qui ont assurément un rôle à jouer dans ce secteur où c’est le capharnaüm qui fait ravage dû principalement à une absence d’études sérieuses et viables.

 

Cette gestion ne doit pas être considérée comme un «domaine réservé ou exclusif» autrement dit, il ne faut pas faire endosser toute la responsabilité à la Communauté Urbaine de Nouakchott qui ne dispose pas suffisamment de moyens financiers et techniques pour pouvoir répondre aux exigences et aux besoins des populations de Nouakchott en terme d’assainissement.

 

C’est pour cela qu’on parle de décentralisation pour un peu alléger les domaines d’intervention de l’état et surtout responsabiliser les collectivités locales dans certaines prises de décisions qui ne doivent impliquer qu’elles-mêmes.

 

Cette fois, espérons que la bonne solution a été trouvée et que Nouakchott longtemps abandonnée à elle –même va enfin se présenter comme une ville propre dans un environnement salubre. Et c’est une honte pour l’image du pays de voir notre capitale où tout est concentré patauger dans les ordures.

 

La capitale Nouakchott est la seule capitale des capitales de l’Union du Maghreb Arabe où les problèmes d’assainissement sont récurrents parce qu’il n y a jamais eu dans ce domaine des signes qui montrent réellement que les autorités ont à l’esprit et au cœur l’assainissement de la ville de Nouakchott.

 

Et malgré les efforts qui ont été toujours consentis dans ce secteur très malade par les pouvoirs publics, notre capitale n’a pas changé et les problèmes sont restés les mêmes voire plus préoccupants.

 

La problématique de l’assainissement ne devrait même pas constituer un obstacle pour nos autorités car l’agglomération de Nouakchott n’est pas très vaste de même que sa population qui est très restreinte contrairement à d’autres capitales de la sous région où le taux de pourcentage en terme de chiffres est très élevé.

 

Les populations de Nouakchott sont tellement indisciplinées et dénuées de l’esprit de citoyenneté et de civisme qu’il faudra à cette société du temps et de la patience pour venir à bout du problème de l’assainissent.

 

Le développement urbain ce n’est pas seulement l’affaire des pouvoirs publics. C’est aussi celle des citoyens qui doivent en premier lieu montrer leur adhésion au projet de tout développement urbain.

 

Babacar Baye NDiaye

( 7 octobre, 2007 )

Promotion de la femme mauritanienne:Les prémices d’un renouveau

Notre Président de la République, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, serait-il devenu le Président des femmes mauritaniennes, leur avocat, leur Ami ?

Car, depuis quelques temps, depuis qu’il est devenu Président de la République, il ne cesse de surprendre les hommes, tous les jours, sa pugnacité de promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, de montrer qu’il n’est pas fesse-mathieu en terme de progrès, de promotion et d’émancipation féminine.

Après leurs nominations aux postes d’ambassadrices, les voilà maintenant promues aux postes de walis. Des précédents dans l’histoire politique et sociale de notre pays qui vient de sortir d’une époque d’obscurantisme et de fanatisme qui a toujours entravé la bonne marche de la République, de notre état et de notre peuple.

La promotion des femmes de plus en plus accentuée sonnerait-elle le glas d’une époque? Nos femmes, longtemps marginalisées et enchaînées dans des clichés infondés, seraient-elles en train de vivre dans le meilleur des mondes ?

La seule fausse note- incompréhensible et impardonnable !-c’est qu’il n y a pas eu parmi toutes ces nominations officielles esquissées ces derniers temps modernes, des femmes issues de la communauté négro-mauritanienne.

Sans aucun esprit de sectarisme ni aucune idée revendicatrice, c’est pour signifier simplement que la Mauritanie n’appartient pas uniquement à une seule communauté. C’est pour dire aussi, qu’au moment où la problématique sur la réconciliation nationale suscite beaucoup de débats, d’engouement et d’inquiétudes simultanément, il faut pratiquer et promouvoir une politique non discriminatoire et égalitaire qui constitue des gages d’intégration et de justice.

Ceci dit, non «avec cœur », Monsieur le Président de la République, continuez sur cette lancée de gloire pour faire rêver nos femmes, surtout celles qui se battent inlassablement et de manière convaincue pour leur reconnaissance et leur acceptation dans les sphères de décision de l’administration !

En tout cas, ce ne sont pas les associations de défense des droits de la femme mauritanienne qui ne vont pas ovationner des deux mains et des deux pieds. La femme mauritanienne est aussi capable d’accomplir de bonnes choses contrairement à ce que pensent certains esprits malveillants.

D’ailleurs, la compétence n’est pas l’apanage exclusif de l’un ou l’autre des deux sexes. C’est une question de jugement du reste relatif.

Aujourd’hui, personne ne pourra reprocher au Président de la République l’attention particulière qu’il porte ou qu’il est en train de porter sur la femme mauritanienne. Ce qu’elle n’a jamais osé rêver. On est tenté de brailler «Enfin ! Les femmes ont-elle trouvé leur véritable avocat ?» en la personne du Président de la République, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi himself qui est en train de bouleverser -c’est une impression- les mœurs et les traditions et les coutumes séculaires.

Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi serait-il un Président iconoclaste ? Les historiens sans doute nous apporteront des éclaircissements à cette question ?

 

Babacar baye NDiaye

( 8 octobre, 2007 )

Enseignants des écoles privées formés par l’ANAPEJ:Plus de trois mois d’arriérés de salaires

Depuis 8 heures, ces enseignants des écoles privées formés par l’ANAPEJ attendent que le Directeur Général de la dite agence les reçoit pour les fixer sur leur sort. En effet, voilà plus de trois mois qu’ils courent derrière leurs salaires. Mais à chaque fois, c’est la même chanson qui leur est servie : il faut patienter. Mais jusqu’à quand semblent-ils se demander.

«Nous avons négocié. Nous avons tout fait pour obtenir nos droits. Mais en vain !». Ces propos de désespoir sont de Thiam Abderrahmane, délégué des enseignants des écoles privées formés par l’ANAPEJ. «Certains d’entre nous sont restés plus de trois mois sans toucher leurs salaires d’autres six mois » nous rencarde-t-il. Peut-on penser que la Mauritanie est un pays où on ne respecte pas les droits les plus élémentaires des travailleurs ?

En effet, depuis le mois de juillet dernier, tous les jours, ces enseignants sont là, assis sous les arbres en cette période de Ramadan. Pourtant, ils sont allés voir leur ministère de tutelle qui les a promis de tout faire pour les rétablir dans leurs droits pour lesquels ils sont en train de réclamer depuis plusieurs mois.

«Nous avons vu la Ministre de l’Education Nationale, le Secrétaire Général dudit ministère. Nous avons soulevé tous ces problèmes qui sont actuellement en instance. Ils nous ont promis d’apporter et de trouver des solutions à nos problèmes. ».

Même son de cloche au niveau de l’inspection de travail de Nouakchott qui n’a rien fait pour eux. «C’est nous qui nous plaignions à aller à chaque fois qu’il y a des cas avérés, nous nous déplaçons à l’inspection du travail mais en réalité, ils n’ont rien fait en notre faveur.

D’ailleurs, ils ne peuvent rien faire contre les écoles privées. C’est un lobby» affirme Thiam Abderrahmane apparemment dépité par la situation.

Pendant ce temps-là, leur dossier traîne toujours au niveau de l’ANAPEJ qui refuse de les rencontrer ou renvoie toujours leur rencontre avec ces enseignants aux calendes grecques. Ces jeunes enseignants sont liés avec les écoles privées par des contrats de travail signés par l’ANAPEJ dans le cadre de sa lutte contre le chômage en Mauritanie.

Mais selon les termes de Thiam Abderrahmane, les services de l’ANAPEJ n’ont pas respecté les clauses du contrat qui les lient avec eux. Ce contrat qui est un contrat à durée indéterminé a été mal ficelé, une sorte de contrat maison selon lui. «Nous ne sommes plus disposés à travailler avec eux dans ces conditions(l’ANAPEJ, note de la rédaction).

Nos intérêts sont occultés. Nous avons demandé la révision du contrat c’est à dire revenir à la case de départ. C’est mieux que de travailler dans ces conditions » dit Thiam Abderrahmane sur un ton menaçant. En vain, ils sont entrés en contact avec l’ANAPEJ. «Nous le faisons chaque jour.

C’est pourquoi, les gens sont mobilisés. Depuis quelques mois, tous les jours, nous venons ici. On nous avance des raisons budgétaires et financières à chaque fois. Le plus important pour nous c’est le contrat signé avec les écoles privées. Il s’est trouvé que ce contrat occulte les intérêts des enseignants.

Par conséquent, nous ne trouvons pas un terrain d’entente qui puisse faire que les enseignants et les directeurs d’école puissent travailler sereinement ».

Ainsi, si la situation empire, ces enseignants préféreraient rompre avec les écoles privées que de continuer à travailler dans ces conditions de travail où ils passent le plus clair de leur temps à réclamer leurs droits devant des responsables qui ne veulent rien entendre de leurs détresses et de leurs supplications.

 Avec un salaire mensuel de 42.000 UM, ces centaines de jeunes réclament des conditions de travail décent à défaut de leur non-intégration dans la fonction publique. «Les enseignants sont mis dans de telles conditions de travail. On peut dire que ce sont des conditions extrêmement difficiles parce qu’on les fait travailler sans salaire. Ils ne sont payés à temps et sont souvent harcelés. »

Ces enseignants font aussi face aux directeurs d’écoles privées qui se disent ne pas être en mesure de pouvoir les payer parce qu’ils n’ont pas assez de moyens financiers pour couvrir leurs salaires. Car, en effet, la moitié des salaires de ces enseignants est prise en charge par l’ANAPEJ et l’autre moitié par les écoles privées.

 

Babacar Baye Ndiaye

( 13 octobre, 2007 )

Situation économique et sociale du pays: Les chefs de famille entre l’enclume et le marteau!

 Six mois après l’investiture de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi à la magistrature suprême, les populations notamment les travailleurs, les chômeurs et les fonctionnaires poireautent toujours et avec impatience les grandes réformes sociales et économiques tant promises durant la campagne présidentielle de février et mars 2007.

Et face aux supplications et exigences sociales trop pressantes, le gouvernement de Zéine Ould Zeidane semble avoir du pain sur la planche. Cherté de la vie, chômage, privatisations avec son lot de conséquences…le gouvernement pourra-t-il rassurer les chefs de famille qui ont commencé déjà à désespérer ? 

Rares, aujourd’hui, sont les chefs de famille qui ne sont pas en proie à la cherté des denrées de premières nécessités. Et ce n’est pas donné à n’importe qui d’assurer la dépense quotidienne qui est devenu un véritable casse-tête. Se nourrir donc devient pour les Nouakchottois une véritable préoccupation.

Les denrées de premières nécessités sont onéreuses et les prix ne cessent de grimper. La plupart des femmes rencontrées au marché estiment que la vie à Nouakchott est trop dure. C’est le cas de Fatimata Demba Anne, mère de quatre enfants, demeurant à la Médina 3. ” C’est très difficile dit-elle. Mais bon que faire ? C’est toujours les pauvres qui en pâtissent. Mon mari, lui, est un mécanicien, parfois, il rentre bredouille à la maison. La situation, actuellement, est pénible pour tout le monde notamment pour nous les pauvres.»

C’est aussi le sentiment de cette dame, Aïssata Wane, qui pense qu’il faudrait diminuer les denrées de premières nécessités puisque les chefs de famille ne tiennent plus la barre haute. A la place ” Khar Yalla ” située à quelques mètres du carrefour clinique, nous y avons trouvé des ouvriers désoeuvrés sans travail, assis sur des emmarchements ou sur des arbres, à l’attente d’une clientèle providentielle.

Ils viennent en partie des quartiers défavorisés de Nouakchott. Fuyant la mouise et la pauvreté, ils viennent ici monnayer leur expertise contre des sommes dérisoires. Ici, les avis sont unanimes : le train de vie est cher et l’emploi introuvable ! Pour avoir du bon poisson ou de la bonne viande, il faut décaisser 2400 UM sans parler de l’huile, du riz, du lait, du sucre.

Les conditions de vie deviennent de plus en plus difficiles et tracassantes. Les ménages souffrent du fait de la cherté des denrées de premières nécessités. El Hadj Hassan Bâ et Cheikh Tidiane Sarr, tous deux ouvriers de leur état, font partie de ceux-là. ” Pour assurer la dépense quotidienne, il faut au moins 2000 UM sans compter le transport, le loyer, l’eau. Et, pire encore, on peut rester des jours sans trouver de clientèle. La concurrence est devenue rude.

Le métier de journalier est très difficile et ne permet pas de satisfaire entièrement nos besoins. ” Ce n’est pas seulement les ouvriers qui se plaignent de la cherté des prix des denrées de premières nécessités. Il y a aussi les fonctionnaires de l’Etat. C’est le cas de Mohamed Ould  Salem, père de famille et fonctionnaire au Ministère de l’Education nationale qui pense qu’il faut augmenter les salaires, diminuer les prix des denrées de premières nécessités et d’ajouter : «Nous attendons du gouvernement la prise en charge des préoccupations des citoyens.»

La Mauritanie traverse-t-elle une crise sans précédent ? Dans une conférence de presse organisée mardi 9 octobre dernier, les leaders de l’opposition ont fait part de leurs inquiétudes sur la situation actuelle que traverse la Mauritanie caractérisée par une crise sociale aiguë en raison de la cherté de la vie et de la flambée incontrôlable des prix, le chômage grandissant qui frappe la jeunesse en particulier les diplômés.

Les roublards de la République- de la transition- ont emporté avec eux comme un Tsunami les tirelires de l’Etat laissant derrière eux une Mauritanie chauffant au bain-marie. L’économie, la politique, la collectivité…aucun pan de la vie nationale n’est épargné par les soubresauts d’une situation délétère consécutive à un marasme économique qui frise des interrogations. Dans ce tohu-bohu socio-politico-économique où c’est le sauve-qui-peut, le cauchemar de la marmite turlupine les chefs de famille de plus en plus pris entre l’enclume et le marteau.

Récemment, dans une interview accordée à un hebdomadaire de la place, l’éveil-hebdo, Ibrahima Moctar Sarr affirmait que «la situation économique et sociale du pays est réellement préoccupante, beaucoup d’entreprises semble-t-il risquent de déposer leur bilan, certaines vont être rétrocédées à des privés étrangers, on parle de la SNIM pour au moins 20%, Air Mauritanie n’est plus gérable, la Somelec et la SNDE traînent des assiettes, le marasme existe dans nos bidonvilles et dans la campagne, il est aggravé par les catastrophes naturelles. Nous devons tous nous nous préoccuper de cette grave situation et être inventifs pour trouver des solutions salvatrices».

Par Babacar Baye NDiaye

( 14 octobre, 2007 )

Journée mondiale de la Santé mentale

Le Représentant de l’Organisation Mondiale de la Santé(OMS) en Mauritanie, à l’occasion de la «journée mondiale de la santé mentale du 10 octobre dernier, Docteur Kéita Bah, a estimé que «les boule versements que provoque le déplacement d’un nombre important de personnes charrient les désordres mentaux ».

«La région africaine en général et la sous-région ouest africaine en particulier ont connu leur lot de conflit et de catastrophes qui ont provoqué des déplacements des populations entières et dont les séquelles sur la santé mentale restent encore de nos jours perceptibles » a-t-il indiqué.

Selon lui, «les soins de santé mentale doivent s’adapter aux défis des situations socioculturelles » et surtout principalement en tenant en considération «la diversité culturelle, raciale et ethnique des individus » et à en croire toujours le docteur Kéita Bah, l’Organisation Mondiale de la Santé, dans ses efforts pour amener tous les peuples du monde au niveau de santé le plus élevé possible, appuiera les systèmes de soins à répondre à ces nouveaux défis. Et d’après les statistiques de l’Organisation Mondiale de la Santé, 50% des migrants présentent des troubles de santé mentale allant des désordres mentaux chroniques au traumatisme et à la dépression.

Récemment, une enquête du Ministère de la Santé et des Affaires Sociales en collaboration avec l’Organisation Mondiale de la Santé a relevé que ces maladies constituent un problème sérieux de santé publique puisqu’elles sont en effet responsables de 13% de la morbidité et qu’elles sont aussi à la base de 33% des invalidités. C’est dans ce contexte que l’Organisation Mondiale de la Santé a développé une stratégie mondiale et régionale pour promouvoir la santé mentale.

 «Cette stratégie, a souligné le représentant de l’OMS en Mauritanie, vise à aider les pays à élaborer et à mettre en œuvre des politiques, des plans d’actions et des mesures législatives en vue d’assurer des soins de santé mentale au niveau communautaire, notamment par le développement des ressources humaines. »

Et pour mieux connaître et contrôler ces maladies mentales en Mauritanie, l’OMS a appuyé la formation du personnel de santé dans la ville de Nouadhibou, mis à la disposition des structures concernées des médicaments de santé mentale destinés aux personnes les plus vulnérables ainsi qu’une mise sur pied d’une ligue pour la lutte contre l’épilepsie et la prise en charge des maladies épileptiques.

Babacar Baye NDiaye

( 14 octobre, 2007 )

Journée mondiale des réfugiés : A quand la fin de calvaire des réfugiés mauritaniens ?

 «Recensement immédiat des déportés restés au Sénégal et au Mali », «Recouvrement de la citoyenneté des victimes de 89 », «Rétablissement des victimes dans leurs droits », «Retour organisé dans la dignité des déportés ».
Voilà en résumé les grandes préoccupations du Forum des Organisations Nationales des Droits Humains (FONADH) qui a célébré ce mercredi 20 juin la journée mondiale des réfugiés. Contrairement aux années précédentes, la journée de cette année a été marquée par la présence de certains partis politiques et de certaines organisations syndicales.

A l’occasion de la journée mondiale des réfugiés, le FONADH a rappelé la situation insoutenable des réfugiés mauritaniens restés encore au Sénégal et au Mali. Rappelons que des dizaines de milliers de citoyens négro-mauriatniens ont été contraints de quitter
la Mauritanie. La question des réfugiés constitue un cas particulier. Et comme l’a rappelé le Secrétariat Exécutif du FONADH, il s’agit de personnes que des représentants de l’Etat mauritanien ont expulsées de leur propre territoire.
La plupart de ces réfugiés ont été victimes d’une politique de chauvinisme de l’Etat et d’exclusion. « Malheureusement, pendant que les victimes affrontaient avec peine les conditions de vie dramatiques, les autorités mauritaniennes de l’époque niaient avec arrogance cette réalité douloureuse », note le Secrétariat Exécutif du FONADH.

Cette question des déportés a toujours été esquivée comme une peste par le pouvoir du colonel Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya et celui du CMJD. «Les changements intervenus le 3 août 2005 avaient suscité beaucoup d’espoir, quant au règlement de cette douloureuse question. Malheureusement, les autorités de la transition, n’ont pas voulu aborder la question » regrette le Secrétariat exécutif du FONADH.
Notons que pendant les élections présidentielles, des engagements très précis par rapport à cette question ont été pris par les différents candidats. Et à ce titre, l’actuel Président de la République et son Premier ministre ont réitéré à plusieurs occasions leurs engagements à régler ce problème, ainsi que celui du passif humanitaire et de l’esclavage dans les meilleurs délais.
Soulignons enfin que la question des réfugiés mauritaniens est très liée à celle du passif humanitaire, à savoir la question des exécutions extrajudiciaires et celle des licenciements abusifs commis durant la même période.

Babacar Baye N’Diaye 
 

( 14 octobre, 2007 )

L’argent du pétrole

Ce n’est pas un secret de polichinelle : le pétrole fait entrer beaucoup d’argent dans notre pays. Et tant mieux pour notre économie nationale. Mais là, n’est pas le véritable problème. Mais ailleurs.

En effet, depuis quelques années, la Mauritanie est devenue par la grâce du Ciel l’un des centres d’intérêt, l’une des destinations privilégiées de ces grandes firmes pétrolières internationales. Ainsi donc, des millions voire des milliards d’ouguiyas sont déversés dans les caisses de l’Etat par ces dernières dans le cadre de l’exploration et de la production pétrolière.

Mais tout cet argent, suffira-t-il pour éradiquer substantiellement la pauvreté d’autant plus que les trois quart de la population vivent en dessous du seuil de la pauvreté ? Les nouvelles autorités mettront-elles à profit ces richesses pétrolières pour développer la Mauritanie et la changer sur le plan social et politique ?

Pour ne pas commettre les mêmes bêtises et les mêmes erreurs que les régimes précédents, le régime actuel gagnerait en investissant l’argent du pétrole dans les politiques sectorielles et surtout en esquivant la déliquescence des biens par une bonne gestion économique et financière.

Cela dit, malgré ces richesses halieutiques, minières et pétrolières, notre pays demeure en sus un pays sous développé ; très loin du cercle restreint des pays émergents de la planète terre. C’est parce que jusque là, il n’y a jamais eu une sérieuse volonté pour que la Mauritanie s’en sorte convenablement.

Nous ne devons surtout pas omettre que le pétrole est une ressource épuisable. Une raison supplémentaire pour marcher sur le tapis du progrès social et collectif. L’argent du pétrole ne doit point servir à entretenir un certain clientélisme politique, ni à conforter des intérêts personnels, ni à remplir les valises diplomatiques et les comptes bancaires d’un ministre, d’un directeur, d’un P.M ou d’un P.R. encore moins d’une ethnie, d’un clan ou d’un lobby.

Mais à lutter efficacement contre la pauvreté, le chômage et le déficit structurel en matière d’éducation, de santé, d’infrastructures, d’assainissement, d’approvisionnement en eau et en électricité…des secteurs en perte de vitesse notoire.

Cet argent, ça devrait aussi servir à ceux qui luttent inlassablement pour la survie et leur devenir, à ceux qui réclament qu’on leur améliore leurs conditions de vie misérable, à ces centaines de milliers de mauritaniens qui vivent dans des bauges dans des situations indécentes, à ces mauritaniens désespérés qui se débattent contre la faim et la misère, à ces hommes et femmes de la Mauritanie abyssale…loin de tout, seuls avec Dieu !

Babacar Baye NDiaye

( 14 octobre, 2007 )

Projet de loi sur l’esclavage: Les anti esclavagistes se concertent pour une stratégie d’éradication

Les pratiques esclavagistes, malgré l’ordonnance n° 81.234 de novembre 1981 abolissant l’esclavage, la loi n° 2003-05 du 17 juillet 2003 portant répression de la traite des personnes et la loi n° 2005.015 portant code du travail, ne sont pas encore définitivement éradiquées.

Sur le plan politique, l’adoption de telles mesures constituent certes des avancées significatives mais elles restent inopérantes en raison du manque de mise en œuvre d’une tactique de communication appropriée.

Les efforts normatifs jusque là entrepris par les autorités ne semblent pas limiter le problème ni satisfaire les expectatives. C’est dans ce cadre, conformément aux engagements des pouvoirs publics, le législateur est appelé à renforcer les règles en vigueur relatives à l’esclavage en incriminant et en réprimant les pratiques qui lui sont associées.

Ainsi donc, par ce projet de loi portant incrimination et répression de l’esclavage, les autorités de la République «visent l’élimination de toutes les tares héritées du passé, la promotion d’une culture d’égalité, de tolérance et de citoyenneté et la mise en place de conditions favorisant le progrès et l’émancipation de tous les mauritaniens. »

Les organisations de défense des droits de l’Homme, SOS Esclaves, le FONADH et l’AMDH, ont organisé une journée de concertation pour une stratégie nationale d’éradication des pratiques esclavagistes en Mauritanie en rapport avec ce projet qui «vise à mieux combattre les pratiques esclavagistes en définissant le crime et délits d‘esclavage et les peines qui leur sont applicables. »

Ce projet de loi, selon l’exposé de motifs présenté par le Premier ministre, harmonise ainsi notre législation avec la convention de Genève de 1926 relative à l’esclavage à laquelle la Mauritanie a adhéré le 6 juin 1986.

« Même si l’égalité de tous les citoyens, sans discrimination aucune, lit-on toujours dans l’exposé de motifs, est un principe fondamental, constitutionnellement reconnu par tous les textes fondamentaux depuis notre indépendance, la persistance d’inégalités effective a, néanmoins continué à entretenir la discorde et les divisions. »

Aucun acte réglementaire n’a jamais été pris sur le plan de la mise en œuvre pratique pour faciliter l’application des dispositions de l’ordonnance n°81.234 de novembre 1981. Jusqu’à aujourd’hui, cette situation se caractérisait par un manque de définition de l’acte comme un crime et non comme une justification par l’Islam.

L’esclavage survit, avec des pratiques anciennes et nouvelles et des manifestations visibles ou invisibles. D’où, selon SOS Esclaves, la double exigence d’opportunité et d’urgence de lui trouver une solution juste et durable.

Sur le plan juridique, l’esclave est considéré comme une propriété, un bien meuble. Rappelons à cet égard que les moindres plaintes et démarches entreprises pour dénoncer les faits relatifs à cette pratique inhumaine n’ont pas réussi à provoquer la moindre sanction contre les fautifs.

SOS Esclaves regrette aussi que «les organes d’information, le plus souvent dénaturent les faits et peignent les militants anti- esclavagistes sous des jours sombres » et fait remarquer que «la plupart des agents chargés de la sécurité et de l’ordre ont eu des attitudes de complicité avec les auteurs de crimes d’esclavage, au moins de complaisance ».

La journée de concertation pour une stratégie d’éradication des pratiques esclavagistes en Mauritanie fut une occasion pour les participants de plaider pour une élimination définitive de cette pratique hideuse et de faire des amendements au projet de loi portant incrimination et répression de l’esclavage.

Mais, cependant, ils ont noté que «l’état continue de brandir, sans les traduire par des actes concrets, ses lois abolitionnistes et sa juridiction à deux vitesses. »

Babacar Baye NDiaye

( 14 octobre, 2007 )

Khadijetou Mint Ismail:Une découverte à la mesure de son talent!

Incontestable dans son domaine, elle l’est. Appréciée pour ce qu’elle fait, elle l’est aussi. Et depuis quelques années, Khadijetou Mint Ismail est devenue l’une des rares femmes mauritaniennes fière d’exposer ses tableaux d’art au Centre Culturel Français de Nouakchott.

Ce n’est pas une exagération ou un péché de le dire : entre elle et la peinture, c’est une véritable histoire d’amour et de passion.

« Il faut toujours dire ce que l’on voit. Surtout, il faut toujours, ce qui est le plus difficile, voir ce que l’on voit » notait Péguy.

Son exposition qui dévoile beaucoup de choses de la vie, révèle aussi son univers intérieur et son attachement au rêve : rêve de nuits de folie, rêve de liberté, rêve de savoir, rêve de progrès, rêve de tendresse…

Pour le profane, difficile à comprendre. Mais, pour cette femme née en 1967, c’est pour rendre visible ses pensées, ses soucis qui l’accablent. Grâce donc à la peinture, elle s’extériorise.

Ses expositions offrent toujours quelque chose à regarder, à apprécier, à déguster et met en avant le désert et la société. Mais comment une enseignante comme elle qui n’a jamais fréquenté une école des Beaux Arts a pu entrer dans la peinture.

« J’ai toujours aimé la peinture depuis mon jeune âge. Quand je me mets à peindre, je me sens vraiment à l’aise » répond t-elle.

On a souvent tendance à nous faire croire que nos femmes sont dénuées d’imagination et de pifomètre dans les domaines de l’art. Loin s’en faut.

La peinture représente beaucoup pour elle et comme elle le dit, c’est une véritable « amie ». Un moyen d’expression qui lui permet intérieurement d’oublier les tracasseries de la vie.

Khadijetou Mint Ismail est une surréaliste quoique ce mot peut paraître surprenant. Une artiste peintre qui est viscéralement abstraite et baignant dans un univers de rêves et de découvertes. « Quand je suis esseulée, désœuvrée, ou que j’aie des soucis, dès que  je commence à peindre, j’oublie tout aussitôt. C’est une amie intime », lâche t-elle à travers un sourire qui en dit long.

Derrière un homme,  il y a une femme dit-on, mais aussi derrière une femme, il y a un homme. Tout dépend du cadre dans lequel où on se situe,  se trouve.
Grâce donc à son mari qui lui est d’un soutien professionnel très fort, elle a pu acquérir du matériel pour faire ses œuvres d’art, exprimer son être et se faire découvrir à la mesure de son talent.

Parce qu’elle est femme et mère, la majorité de ses peintures représentent les rêves que peut ou pourrait avoir n’importe quelle fille en âge d’aller à l’école.

Ni Picasso, encore moins Joseph Bernard ne l’ont influencé pour éveiller le talent qui roupillait en elle. D’ailleurs, ça ne lui dit rien ces noms-là : « je n’ai pas subi d’influence. C’est venu de manière naturelle. Au début, il faut dire que c’est plutôt grâce à ma fille qui faisait souvent des dessins parce qu’on lui avait acheté du matériel de peinture. Un jour, je me suis dit que je vais essayer de faire des tableaux, de reproduire des œuvres »  précise t-elle.

Ce coup d’essai allait devenir le début de l’aventure et depuis lors, Khadijetou Mint Ismail continue dans ce qui est devenu pour elle une véritable passion. En attendant de conquérir un jour les grandes expositions internationales, elle nous fait rêver des nuits illuminées. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 14 octobre, 2007 )

Les squats de Nouakchott: Des lopins de terre sans eau ni électricité

Depuis plus d’un quart de siècle, les conditions climatiques de la Mauritanie se sont considérablement dégradées entraînant ainsi une détérioration de la situation économique et sociale qui a touché toutes les franges de la société. Conséquence de la situation : presque, dans chaque quartier de Nouakchott, il y a des espaces, des bouts de terre sans eau ni électricité généralement appelées squats par ci, «Kebbas » ou «gazraas » par là.
Dans ces squats, les populations vivent dans des environnements insalubres. Les risques pour la santé auxquelles elles sont exposées proviennent du manque d’assainissement et d’eau potable, du surpeuplement et de la mauvaise aération des logements et des lieux. Les carences alimentaires réduisent la résistance des habitants aux maladies, ce qui est d’autant plus grave qu’ils vivent constamment au contact d’organismes pathogènes.
Hadami, maçon de son état, vit depuis dix ans dans l’un des squats de Nouakchott appelés communément «Kebbas » avec sa famille, sa femme et ses deux enfants, l’un âgés de cinq ans et l’autre de trois ans. Eux quatre, ils vivent dans une baraque avec un lit et deux matelas pour leurs progénitures, et un espace encore plus petit faisant office de garde robe.
Le toit de la baraque confectionnée de matériaux de fortune commence à se désintégrer et en cette période des pluies, il a dû tendre des bâches solides pour éviter que les eaux de pluie ne suintent à travers les perforations du toit. Son sort n’est pas cependant beaucoup plus enviable que celui des autres voisins assez nombreux qui ne peuvent pas tous passer la nuit dans leurs baraques et sont astreints souvent à dormir à la belle étoile en ne souhaitant guère qu’il ne pleuve.
Ceci met en évidence le fait que les sombres réalités de la vie dans ces «Kebbas » échappent aux politiques du gouvernement. En plus de toutes sortes de maladies, il y a toujours des risques d’incendie. D’autre part, la population de Nouakchott a explosé en l’espace de 45 ans. Les squats ou «gazraas » sont une des conséquences du manque de politique en matière de logement. Et pourtant, il est démontré que les politiques d’amélioration du logement en milieu urbain peuvent avoir d’immenses répercussions sur la réduction de la pauvreté et le bien être environnemental.
En outre, dans ces squats, l’eau est rare et chère pour les populations qui en achètent souvent en petites quantités à des vendeurs des rues, à des coûts unitaires considérables. A ces habitants des «gazraas », qu’est-ce qui a été fait pour eux par le Ministère de l’habitat ou du logement, des services publics ou de la Communauté Urbaine de Nouakchott ?
Le seul pis-aller utilisé jusqu’ici est la méthode répressive c’est-à-dire incinérer ces «taudis » de misère. Les squatters de la Gazraa, au nord du cimetière d’Arafat, qui ont occupé l’actualité le mois passé, en sont l’illustration parfaite, des hommes, des femmes et des enfants assistaient avec impuissance devant les forces de l’ordre à la destruction de leur «logement ».
Pour ces populations, pas de projets de développement ou des programmes de logement à loyer modéré. Et aucune incitation offerte par l’Etat. Bien que les autorités aient fait des efforts pour gérer la croissance de Nouakchott par le truchement de plans d’aménagement successifs, ces tentatives n’ont pas débouché à des résultats concrets.

Babacar Baye Ndiaye

( 14 octobre, 2007 )

Sinistrés des Inondations de Tintane: La mobilisation continue…pour assister les populations

Biens endommagés, pertes en vies humaines, populations déplacées, dégâts extrêmement considérables…les dernières submersions sur Tintane ont plongé cette Moughataa du Hodh El Gharbi de 60.000 âmes dans une situation catastrophique Cependant, la mobilisation continue…pour assister dignement les populations victimes de ces inondations de la semaine dernière. Le Président de la République et son gouvernement semblent tenir bon. Mais jusqu’à quand ?

 ———--Par Babacar Baye Ndiaye

Dés les premières heures qui suivirent la catastrophe, l’Etat a affiché ses desseins et principalement son engagement à résoudre ce problème  survenu de façon imprévisible et cursive. C’est ainsi donc, que ce vendredi 10 août, le ministre de la Culture et de la Communication a tenu un point de presse pour informer l’opinion publique des mesures entreprises par l’Etat mauritanien pour assister convenablement les populations de la Moughataa de Tintane rudement affectées par ces terribles inondations.
Ainsi, le commissariat chargé de la protection sociale et de la sécurité alimentaire, le ministère de l’économie et des finances, le ministère de l’hydraulique, de l’énergie et des technologies de l’information et de la communication, la SNDE, le ministère des transports, le ministère de la santé, l’armée, la police et enfin le ministère de l’équipement, de l’urbanisme et de l’habitat ont été mis à contribution afin que des mesures nécessaires soient prises pour secourir les populations sinistrées. Au cours de ce point de presse, le ministre a annoncé qu’une enveloppe de 30 millions d’ouguiyas a été remise au wali de la wilaya. En outre, d’importants produits alimentaires et des lots de matériels divers ont été acheminés sur Tintane. 
De même des  dispositions sanitaires ont été prises en vue de prévenir des risques épidémiologiques dans cette Moughataa. Dans le même ordre d’idées, le ministère de l’économie et des finances, Abderrahmane Ould Hama Vezzaz a lui aussi tenu le lendemain(11août) une réunion d’information avec le corps diplomatique accrédité à Nouakchott sur la situation qui prévaut actuellement à Tintane. Les aspects relatifs à la sécurité des populations, fait remarquer le ministre de l’économie et des finances, n’ont pas été négligés par le gouvernement qui a eu à débloquer, dans le cadre de ces submersions, plus d’un milliard d’ouguiyas entièrement endossées par le budget de l’Etat.
Ces dispositions prises par l’Etat, comme l’a rappelé un diplomate présent au cours de la réunion d’information, ont constitué un «baume » pour ces populations. Dans ce même registre, une cellule de crise pilotée par le Premier ministre a été mise en place pour suivre de prés l’évolution de la situation et prendre éventuellement les dispositions qui s’imposeraient.
Quant au Président de la République, il s’est rendu personnellement dans la Moughataa pour s’enquérir de la situation. En compagnie de ses principaux collaborateurs, des ministres concernés et de leurs experts, il a entrepris des contacts et notamment discuté avec les populations de leurs préoccupations pour pouvoir connaître leurs besoins. A l’issue de sa visite, le Président a demandé qu’on fasse un recensement des populations sinistrées. Il a donné des instructions pour sauver ce qui reste encore sous la menace parmi les habitants et les biens mais surtout d’assurer l’approvisionnement permanent de la Moughataa en produits de premières nécessités.
Au sujet des mesures d’urgence en ligne de mire, il sera aménagé des canalisations permettant d’évacuer les eaux de pluie de manière à assurer la pérennité de la vie dans la Moughataa. Et parallèlement, cinq camps, pour servir d’accueil et d’hébergement aux populations sinistrées, ont été érigés en vue de les mettre à l’abri, provisoirement. Actuellement, il est très difficile de faire une évaluation précise des dommages occasionnés par les inondations.
Une équipe d’experts a été dépêchée sur les lieux pour évaluer les pertes. Mais, selon des informations, le coût des dégâts serait «exorbitant ». On avance plusieurs milliards d’ouguiyas. Outre les pertes en biens, les inondations ont provoqué le déplacement de 2000 à 2500 personnes. Et deux personnes, dont l’identification n’a  pas été révélée par les autorités, ont péri dans cette catastrophe naturelle.
Le réseau d’adduction en eau potable et le réseau électrique ont été complètement endommagés. Mais, rassure le ministre de l’économie et des finances au cours de la réunion d’information qu’il a eu avec le corps diplomatique, tous les moyens seront mis en oeuvre pour rétablir dans les meilleurs délais les services publics, l’eau et l’électricité.
Dans le cadre de l’appui international, une équipe technique du système des nations unies en Mauritanie sera envoyée sur place. Et pour ce qui est de la solidarité nationale, il y a eu des initiatives de quelques parlementaires, de la société civile et des partis politiques de l’opposition. La vitesse de réaction des autorités a été beaucoup saluée par la représentation diplomatique qui a été très sensible au drame que vivent actuellement les populations de Tintane. Le premier pays à s’être manifesté est la Libye qui a envoyé deux cargos chargés de médicaments, de vivres et divers matériels. 
Le ministre de l’économie et des finances a annoncé un plan de relogement des populations sinistrées de Tintane. La mise en œuvre d’un tel programme exige beaucoup de moyens financiers. La Mauritanie, à cet égard, compte sur ses partenaires au développement, sur la contribution des pays frères et amis, sur la solidarité et la bonne volonté de tous les mauritaniens.
Pour cela, des spécialistes seront envoyés sur place  pour évaluer le coût du relogement. Il s’agira de sortir des terres de Tintane, une nouvelle ville dotée de toutes les infrastructures communautaires (écoles, routes, réseaux électriques…). Ce projet, selon le ministre de l’économie et des finances, coûtera beaucoup de milliards. Reste à savoir si les fonds vont être  trouvés et à temps ? Ce plan de relogement fera l’objet d’une approche de développement intégré et permettra par la même occasion d’améliorer la qualité de l’habitat, de développer les activités économiques et surtout de créer de l’emploi.
Les jours à venir, les autorités vont mettre sur pied des mécanismes de gestion des catastrophes naturelles. En réalité, Tintane n’est que la partie visible de l’iceberg. Car, le gouvernement avait identifié 18 communes inondables dont la commune de Tintane pour que les risques d’inondations de grande envergure soient anticipés. C’est ainsi que le gouvernement a prévu un programme de longue durée pour soustraire les populations de ces localités des risques d’inondations. Et Tintane se remettra-t-elle de ces submersions ?

( 17 octobre, 2007 )

Aminétou Mint Ely Moctar:«Notre pays a toujours connu des situations économiques très difficiles mais aucun régime n’a pensé ni osé vendre nos sociétés nationales (…) Si le régime actuel est là pour l’intérêt des populations, il doit préserver leurs biens »

Dans l’interview suivante qu’elle a accordée au Rénovateur Quotidien, Aminétou Mint Ely Moctar, présidente de l’AFCF et membre de la Société Civile revient sur la situation actuelle du pays, le dossier du retour des déportés, le Ministère chargé des relations avec les parlements et de la Société civile et sur le rôle que doit jouer la Société civile dans une jeune démocratie comme la Mauritanie.  Et pour sortir de l’impasse, il urge d’organiser des journées de concertation, seule solution, selon elle, qui peut sortir le pays de la situation qu’il traverse actuellement.    

Le Rénovateur : Quelle appréciation personnelle faites-vous de la situation actuelle du pays ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : La situation actuelle du pays, personnellement, me préoccupe beaucoup pour différentes raisons. Je n’ai jamais vu un état de fait aussi catastrophique en Mauritanie du point de vue économique et social : montée des prix des denrées alimentaires, pauvreté, chômage, la vente de la SNIM et d’Air Mauritanie, sur la façon et même la gestion politique du pays (…). La Mauritanie n’a jamais atteint une telle situation.

Le Rénovateur : Vous de la Société Civile, vous connaissez tout cela. Mais vous semblez fermer  les yeux. N’êtes-vous pas en train de donner du crédit à ceux qui vous reprochent votre passivité voire même votre complicité avec l’Etat ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Pas du tout ! Il faut quand même relativiser les choses c’est-à-dire que

la Société Civile n’est pas la même, qu’elle n’a pas la même vision des choses. La Société Civile est encore jeune et elle est habituée à être instrumentalisée par l’Etat. Jouer un rôle dans l’ancrage de la démocratie et la lutte contre toute déviation, ce n’est pas n’importe quelle ONG qui peut l’assumer ! Notre rôle c’est d’attirer l’attention du gouvernement sur les déviations et surtout sue ce qui ne va pas dans le pays. Car, en réalité, l’Etat a besoin d’un interlocuteur qui  attire son attention, l’oriente, lui dit la réalité parce qu’il n’est pas en liaison directe avec les masses ni en face des situations.

Le Rénovateur : Mais n’empêche qu’il y a une Société Civile qui applaudit toujours des deux mains tout ce que fait le gouvernement. 

Aminétou Mint Ely Moctar : Bien sûr ! D’ailleurs, on peut dire que la majorité de la Société Civile passe tout son temps à applaudir les politiciens ou les dirigeants. Ça on le voit ! Nous, en tant que de

la Société Civile (FONADH, NDLR), nous n’applaudissons personne. Nous n’avons pas l’habitude de le faire d’ailleurs. Nous sommes contre le fait d’applaudir un régime. Mais aussi, par principe, il faut se dire la vérité, quand il y a des avancées, nous le disons et le félicitons. Et si ça ne va pas, nous attirons l’attention, nous critiquons pour que l’Etat puisse dépasser les difficultés.

Le Rénovateur : Comment expliquez-vous donc votre mutisme, votre inaction si vous n’êtes pas en complicité avec les autorités d’autant plus vous savez très bien que la situation du pays est assez critique ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Je crois que

la Société Civile doit être plus vigilante sur la situation du pays. Donc, il faut écouter, voir et après faire le constat. C’est que nous sommes en train de faire. Nous menons à notre manière nos enquêtes et après nous nous prononcerons parce que là, il ne faut pas aussi faire des réactions hâtives. Il faut partir de la réalité par des arguments valables et corrects.

Le Rénovateur : Cela veut dire que vous êtes en perte de vitesse ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Non, non ! Nous avons toujours dénoncé mais là, nous sommes en train de voir plus clair. Les choses, il faut les analyser et voir où cela peut nous mener. Nous, nous ne sommes pas des politiciens. Nous sommes une organisation qui a un point de vue sur la société. Maintenant, nous estimons que notre rôle c’est de combattre tout ce qui ne va pas avec les intérêts des populations. Si toutes ces sociétés nationales seront vendues, ça va être la catastrophe dans ce pays. Notre pays a toujours été confronté à des situations économiques très difficiles mais aucun régime n’a pensé ni osé vendre nos sociétés  nationales. Nous estimons que si le régime actuel est là pour l’intérêt des populations, il doit préserver leurs biens.

Le Rénovateur : Ne pensez-vous pas que l’Etat mauritanien est astreint aujourd’hui de faire cela ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Je crois, pour le moment, aucune condition ne doit obliger l’Etat à vendre ces sociétés. Il faut chercher d’autres mesures plus propices et plus favorables, des solutions durables. Il ne faut pas que la solution vienne du tic au tac. Les militaires affirment qu’ils ont laissé les caisses de l’Etat remplies d’argent. Où est tout cet argent ? Ce n’est pas en bradant ces sociétés nationales que nous allons sortir de cette impasse. Il faut voir d’autres solutions.

Le Rénovateur : A votre avis, la situation actuelle du pays n’est-elle pas une suite logique d’une mauvaise gestion économique durant la période de transition ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Je ne peux pas dire que c’est le CMJD. Je peux dire simplement qu’il a une part de responsabilité. Quand l’actuel gouvernement est venu, il fallait d’abord faire la part des choses. Le PM (Zéine Ould Zeidane, NDLR) avait déclaré que les caisses de l’Etat sont vides. Ces propos ont été démentis par Sidi Mohamed Ould Boubacar (PM durant la période de transition, NDLR)  et par le gouverneur de

la Banque Centrale. Je ne peux que responsabiliser l’actuel gouvernement. Et ce n’est pas tout. Pendant les intempéries sur Tintane, le gouvernement avait reçu beaucoup d’argent. Où est passé tout cet argent ? Il a été promis aux populations de Tintane de construire une nouvelle ville. Mais j’ai appris que cette nouvelle ville ne peut pas être construite maintenant. Cela veut dire quoi ? Cela veut dire que ces fonds ont été employés dans d’autres choses. Donc, on ne peut faire la sourde oreille avec tout cet argent. Il faut que le peuple mauritanien sache où sont rentrés ces fonds.

Le Rénovateur : Pendant que l’opposition fait part de ses appréhensions par rapport à la situation actuelle du pays, les syndicats dénoncent la volonté des pouvoirs publics de brader les sociétés nationales, que fait la Société Civile ? A-t-elle quelque chose à proposer pour sortir le pays de cette situation ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Tout ce que je peux dire c’est qu’il ne faudrait pas que les pouvoirs publics se hasardent à vendre notre dernier fleuron économique. Je suis contre la vente du dernier espoir du peuple mauritanien.

Le Rénovateur : Et si c’était la seule solution ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Je crois que cela ne peut pas être la seule alternative pour
la Mauritanie. Ça ne doit pas se passer comme ça même si c’est la seule alternative. Il faut qu’il y ait des journées de discussion, d’échanges. Il faut que l’Etat organise des journées de concertations sur al situation actuelle du pays. Il faut que l’Etat prenne en considération le point de vue des populations, des cadres de ce pays. Ces journées de concertation vont permettre aux citoyens d’être informées.

Le Rénovateur : Vous estimez donc qu’il est urgent de les organiser, ces journées de concertation ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : C’est la seule solution qui peut faire sortir ce pays de la situation qu’il traverse actuellement. Sinon, ce serait vraiment regrettable pour notre jeune démocratie et pour l’espoir tant fondé sur le changement.

Le Rénovateur : L’opposition est en train de préparer une plate-forme revendicative qu’il va soumettre au gouvernement pour l’aider à organiser correctement le retour des déportés. Qu’en est-il de

la Société Civile et avez-vous quelque chose à soumettre au gouvernement ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Je ne peux pas parler de l’opposition parce que ce qui se passe là-bas m’échappe vraiment. Mais je sais quand même qu’elle est censée avoir son mot à dire sur une situation aussi importante que le retour des déportés, le règlement du passif humanitaire, l’esclavage…À notre niveau, nous avons déjà une proposition au niveau du FONADH. Nous avons déjà fait une étude sur ce que nous estimons nécessaire pour le retour des déportés. Malheureusement, depuis un certain moment, depuis la première rencontre avec le Ministre de l’Intérieur, nous avons l’impression d’être écartés de la scène. Il n’y a plus de relation, de contact entre l’Etat et nous.

Le Rénovateur : Est-ce à dire que vous vous sentez mis à l’écart ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Effectivement ! Par exemple, par rapport au conseil économique et social, le ministère chargé des relations avec les parlements et de la société civile est en train de voir comment intégrer trois éléments de la société civile dans cette institution. Nous ne savons même pas sur quelles bases. Le FONADH n’a jamais été contacté alors que nous avons des ONGS reconnues sur le plan international. Ce n’est pas simplement pour critiquer mais c’est pour qu’il y ait un changement, qu’on rectifie les erreurs et qu’on ne tombe pas dans les mêmes erreurs du passé. Nous avons toujours été exclu mais cela ne nous a pas empêché de lutter et de dire notre point de vue.  Nous estimons aujourd’hui qu’un retour des déportés ne peut avoir aucun effet positif  sans l’implication des associations des victimes qui sont là, des associations des droits de l’homme qui ont lutté durant les années sombres pour le retour de ces déportés.

Le Rénovateur : Actuellement, on a l’impression que ce dossier est tombé comme un soufflet contrairement à ses débuts ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Il est toujours facile, surtout dans une campagne politique, de promettre beaucoup de choses. Mais il est extrêmement difficile de tenir ses engagements. Aujourd’hui, il y a une sous-estimation de ce que demande un retour organisé des déportés et dans la dignité. Il ne suffit pas de montrer la bonne volonté, d’appeler au pardon encore moins de dire aux mauritaniens de s’accepter entre eux mais il y a des mesures pratiques et celles-ci avec la situation actuelle, l’Etat qui est en déche, est-ce qu’il est possible de faire un retour digne des déportés ? Avec quoi va-t-on les accueillir, les insérer dans la vie active ? Il y a énormément de questions qui se posent avec la situation actuelle. Un pays qui est en train de vendre l’essentiel de ses biens, comment peut-il amener ces milliers de bouche à nourrir, qui cherchent à travailler, qui cherchent des logements ? Il faut que les gens se posent des questions et il faut qu’il y ait des réponses. C’est dans ces journées de concertation que nous allons trouver les réponses de toutes les questions que nous nous posons.

Le Rénovateur : Vous êtes membre de la société civile. Votre ministère de tutelle remplit-il son rôle ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Le ministère ? Personnellement, je suis vraiment déçue. Lorsqu’on a crée par décret ce ministère, je m’attendais à l’équité et à la transparence dans une ère de démocratie. C’était ça ma vision de ce ministère. Quelques jours plus tard, il fait un appel à la même tendance qui était là au temps de Taya et qui nous avait empêché de tenir notre congrès. Ce sont les mêmes personnes qui ont été appelées et surtout par relations personnelles. Je crois dans un pays démocratique, il faut dépasser le régionalisme, les affinités, la parenté, le tribalisme. Notre jeune démocratie ne peut continuer sur ces mêmes pratiques si elle veut se développer.

Le Rénovateur : Vous semblez reprocher le ministère des relents de discrimination ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Absolument ! Et je crois que ce n’est pas sérieux ni digne d’un ministère censé représenté toutes les composantes de la société civile. Cela dit, il faut que ce ministère soit au dessus des contradictions de la société civile. Le rôle de l’Etat c’est de rapprocher les gens et non de se mêler de certaines contradictions souvent personnelles. Quand ce ministère fait appel, il doit appeler toutes les composantes existantes de la société civile.

Le Rénovateur : N’êtes-vous pas au demeurant victime de votre démarcation par rapport à la politique de l’Etat ce qui explique qu’on vous marginalise souvent ? 

Aminétou Mint Moctar Ely : Je pense que nous en tant qu’association des droits de l’homme, notre rôle c’est de dire la vérité et de défendre les intérêts du peuple mauritanien. Même si on va nous marginaliser comme cela a été toujours le cas. Durant le régime de Taya, c’était la même chose. Apparemment, aujourd’hui, les mêmes pratiques de marginalisation demeurent encore. Je n’ai pas vu réellement ce changement qui permet à tout le monde de se sentir aux mêmes pieds d’égalité que les autres. Rien a changé parce qu’il y a toujours une volonté d’exclure certaines personnes.

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye

( 23 octobre, 2007 )

L’opposition aurait-elle fait mieux ?

La situation du pays est-elle si grave que ça ? Apparemment, c’est sans nul doute ce que nous veulent faire croire ou avaler sans qu’on rechigne les partis politiques en quête de légitimité, les travailleurs et

la Société Civile qui, pendant voilà presque un mois, tambourinent  des airs d’une catastrophe imminente qui pourrait s’abattre sur la Mauritanie sans donner véritablement des détails qui tiennent debout. De sa part, le pouvoir multiplie malicieusement les sorties d’explication pour rassurer l’opinion ce qui est tout à fait normal et compréhensible. Dans cette bataille qui s’apparente plutôt insipide, monotone et lourde, derrière lequel des deux camps faut-il se ranger ? Lequel des deux blocs qui sont en train de se regarder en chien de faïence, faut-il croire ? La vie politique et sociale du pays n’a jamais été aussi trépidante, riche en débats et en perspectives. Cela prouve que notre jeune démocratie respire, que la Mauritanie est devenue un pays où il y a la liberté d’expression et la liberté de dire et de défendre ses opinions. Contrairement à une époque récente où on pouvait recevoir des coups torrides sur la tronche ! Aujourd’hui, dans cette bataille rangée, chacun veut avoir le monopole de la parole, chacun veut tirer de son côté le maximum d’opinions favorables et d’approbations. L’apposition qui se singularise par son manque d’information et de dynamisme, se veut par ces temps qui courent maintenant plus prévoyante c’est-à-dire participer activement dans le débat national en accordant plus d’attention à ce qui se fait. Mais on verra bientôt jusqu’à où elle peut aller, cette opposition qui est en train de s’accrocher sur des futilités qui ne participent pas encore moins n’enrichissent la vitalité de la démocratie. Certains dossiers sont rangés dans les tiroirs et certaines questions non moins importantes sont occultées. Vente de la Snim, d’Air Mauritanie, flambée des prix, pouvoir d’achat restreint…Certes la situation n’est pas aussi meilleure que ça ! Pourquoi donc tout ce capharnaüm ? D’ailleurs, si nous regardons autour de nous, quel est ce pays qui ne connaît pas de difficultés. C’est pour dire même les grandes puissances économiques n’échappent pas à la conjoncture mondiale actuelle. L’opposition –divisée sur certaines questions- au lieu de proposer des solutions pratiques, est en train de se tortiller lamentablement. La seule chose qu’elle sait faire c’est d’organiser des conférences de presse à n’en pas finir. Une opposition forte descend dans la rue pour manifester son ras-le-bol si la situation est aigue et le contexte l’exige ! Parait-il qu’elle va organiser un meeting le 31 octobre prochain pour exiger du pouvoir qu’il procède aux réformes promues durant la campagne présidentielle et aussi protester contre certaines mesures qui ont été prises par le pouvoir actuel. Ce que cette opposition n’ignore pas, c’est qu’elle sait parfaitement que l’actuel pouvoir a hérité d’une situation coton. N’est-ce pas là vouloir jeter de la poudre aux yeux des populations ? Ou alors pourquoi donc vouloir aller si vite en besogne ? D’ailleurs, cette opposition, ferait-elle mieux si elle était à la place de l’actuel régime ? Et si Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi leur confiait le pouvoir durant 6 mois ? Dans ce cas, on verrait bien ce dont elle est capable !

Babacar Baye NDiaye 

( 23 octobre, 2007 )

Un Président au dessus de la mêlée ?

 Pourquoi encore tant d’appréhensions de la part de l’opposition au sujet de la création d’un parti présidentiel ? Est-ce à dire que notre Président de la République, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi doit être au dessus de la mêlée autrement dit au dessus des querelles des partis politiques ? C’est que semble vouloir l’opposition qui est en train de tout faire pour qu’un parti présidentiel ne soit mis en place. Le seul argument en effet qu’elle avance est le suivant : nous risquons de revenir au parti-Etat au temps de Mouawiya. Ceci voudrait-il dire ou signifier que ce dernier et Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi sont comme deux larrons en foie.  Non seulement, nous n’en serons pas là, mais la Mauritanie qui a franchi un nouveau pallier ne peut pas se permettre de revenir deux ans en arrière. C’est avoir un pois chiche dans la tête que de croire une telle hypothèse ! La volonté du Président de la République de créer son «propre» parti politique fait toujours couler beaucoup d’encre. On jase encore et continuera à jaser toujours tant que Sidioca qui s’est claquemuré dans un silence absolu ne lève le suspens et nous dit qu’en sera-t-il exactement de ce parti. Notre Président de la République, tellement il est malicieux- c’est qu’on appelle manger sans se salir les mains- qu’il a confié ce projet ambitieux à son ministre secrétaire général de
la Présidence de la République qui est en train de dérouler petit à petit son tapis. Et pendant ce temps là, l’opposition de son côté est en train elle aussi d’essayer de mener la vie dure au pouvoir en nous faisant croire qu’un parti de la majorité présidentielle serait regrettable  pour notre pays. Et en sonnant le glas d’une démocratie embryonnaire, l’opposition n’aurait-elle pas perdu la lutte d’avance ? Car, en effet, s’il le veut, rien ne pourra empêcher à Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi de former son parti. Il détient actuellement le pouvoir, il a l’argent, les moyens nécessaires de le faire et d’appliquer sa vision du pouvoir. Dans ce cas, nous ne verrons pas pourquoi notre Président de la République n’irait pas jusqu’au bout de son idée et de son ambition si inopportune soit-elle. Au demeurant, entre Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et l’opposition, les polémiques et les accusations voire même la tension ne font que s’amorcer. En outre, la Mauritanie, n’est pas un pays isolé du globe terrestre. Tous les candidats indépendants qui sont parvenus à être Président de leur pays ont fini par créer leur propre parti politique. Qu’il soit simultanément chef de parti ou Président de la République, l’essentiel pour nous, c’est que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi honore ses engagements qu’il avait pris devant le peuple mauritanien durant la campagne présidentielle de Février- Mars 2007. Tout ce qui suit n’est que chimères !

Babacar Baye NDiaye   

( 23 octobre, 2007 )

Philippe Duchemin: 40 ans de jazz !

Philippe Duchemin a sorti  à son actif 5 compacts discs baptisés tous «Philippe Duchemin Trio» et a collaboré dans une quarantaine de productions avec d’autres musiciens jazzmen. De passage à Nouakchott, il a tenu un concert en hommage à Oscar Peterson au Centre Culturel Français.

—————--Par Babacar Baye Ndiaye 

Non, ce n’est pas un hasard si Philippe Duchemin a dû embrasser très tôt et vite la carrière de jazzmen. Déjà, à l’age de 9 ans, il avait commencé à jouer du piano classique. Puis à l’age de 15 ans, avec des professeurs de musique classique.

Ensuite, il dût, pour se perfectionner et s’améliorer, travailler son jazz tout seul avec des disques pour essayer de faire ce que ses aînés ont fait avant lui. Pour lui, tout a commencé aux états unis d’Amérique, berceau du jazz. «J’avais un oncle, se remémore-t-il encore, qui vivait au sud de la France.

Celui-ci était un pianiste amateur qui jouait dans un orchestre de jazz à Nouvelle Orléans…Lorsque j’ai entendu cette musique, je me suis dit que c’est cela que je vais faire dans ma vie. Et puis un jour, on m’a invité à jouer avec eux. Je n’avais que 14 ans.» Ce premier coup n’était point pour lui une consécration mais juste un moment d’essai.

Né en 1957 à Toulouse au Sud de la France, Philippe Duchemin  est toujours un célibataire, un choix délibéré qu’il assume parfaitement. «Je ne suis pas marié et je n’ai pas d’enfant », précise-t-il avant d’ajouter avec condescendance « je ne suis pas marié parce que j’aime les femmes. Le problème c’est qu’en musique, on est tout le temps en voyage. On ne peut pas se marier et avoir des enfants si on a choisi de voyager tout le temps. Ma femme c’est ma musique ».

Le jazz c’est d’abord pour lui une passion même si reconnaît-il, il y gagne beaucoup d’argent. Son maître à penser, Oscar Peterson. «C’est un grand artiste, dit-il. Je l’ai toujours écouté ». Mais au fond qui était ce monsieur-là. 

«C’est un pianiste né au Canada mais il a surtout travaillé aux états unis. Il est connu dans le monde entier. C’est un homme qui a une grande technique de piano. Il a crée un véritable style de piano que j’adore. C’est pour cela que j’essaie de jouer dans sa direction ».

Le moment qui l’a le plus marqué c’est lorsqu’il a joué avec des jazzmen américains. Il se rappelle encore comme si c’était hier de ces moments forts dans sa carrière de jazzman. «J’ai joué avec Kenny Clark, Lionel Humton entre autres et la rencontre avec ces américains étaient toujours un peu difficile c’est-à-dire que je n’avais pas beaucoup d’expérience.

Mais à chaque fois, cela m’a enrichi. J’ai beaucoup appris de ces gens-là». «J’avais le trac de jouer avec ces gens-là, avec des gens qui avaient beaucoup plus d’expérience que moi alors que moi je n’en avais pas beaucoup, avoue Philippe Duchemin. Maintenant, cela me fait moins d’effet. Je suis devenu plus expérimenté. Je n’ai plus de trac».

Aujourd’hui, par contre, ce sont les moments de déception et quand ça ne progresse pas qui le tracasse. «Parfois, j’ai l’impression de stagner, que je suis un peu vidé, reconnaît-il ». Inutile de savoir s’il va abandonner la musique. 

«Ah ! Non,  se précipite-t-il de répondre. Le jazz, c’est ma vie » et de poursuivre cette fois sur un autre ton « le jazz est une musique universelle. Certes, on constate souvent que ce sont les personnes âgées qui aiment ça parce que ce n’est pas à la mode. La mode c’est quoi. C’est un commerce. C’est ça que je regrette. Et la musique n’a rien à voir avec le commerce.

La musique de jazz c’est une belle musique. Je ne vois pas pourquoi il ne doit pas être à la mode. Je ne vois pas non plus pourquoi il devrait avoir une connotation désuète alors que cela devrait être quelque chose qui doit être présente».

Philippe Duchemin déplore principalement cette image de musique ringarde dont souffre aujourd’hui le jazz mais reste néanmoins optimiste. «J’ai toujours peur qu’il disparaisse parce que lorsqu’on ne produit plus à la radio, on n’est plus à la mode. Mais à côté de cela, je vois toujours des musiciens jeunes qui arrivent et jouent du jazz même s’ils ont entre 12 et 13 ans. Il y en aura toujours. On arrivera jamais à tuer cette musique».

Et pour lui, il faut aller chercher ailleurs les problèmes que rencontre actuellement le jazz surtout au niveau des médias qui ont participé en grande partie à l’agonie du jazz avec la complicité des grandes maisons de disc américaines. 

«Les médias ne sont intéressés que par l’argent dit-il. Ils sont payés par les majors des compagnies américaines qui leur disent d’aller dans telles directions. Tout ça, c’est une affaire de commerce. Il ne faut pas mélanger l’art et le commerce».

Son jazz s’inspire de la musique classique, de la musique brésilienne (la Casanova) et de la musique folklorique surtout slave. Parmi ceux qui l’ont influencé, on peut citer bien sûr Oscar Peterson, Fats Waller, Eroll Garner, Art Tatum… autant de noms dans l’univers du jazz.

Pour son premier concert à Nouakchott, il a laissé une bonne impression. Et lui-même que pense-t-il de la Mauritanie. «Ah ! J’étais surpris c’est-à-dire que ça ne ressemble pas au reste de l’Afrique que je connais bien. Les gens sont assez calmes et aimables. Je suis surpris de voir un autre côté de l’Afrique. »

( 28 octobre, 2007 )

Sidi Yahya, Président de l’Association des Artistes-plasticiens de Mauritanie: « Les acteurs culturels ne peuvent rien faire sans l’appui de l’administration »

Dans l’interview suivante qu’il nous a accordée, Sidi Yahya revient sur le manque de considération dont souffre le secteur des arts plastiques  peu connus des mauritaniens mais aussi des voies et moyens pour faire développer ce secteur culturel.

————Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye 

Le Rénovateur : Le secteur des arts plastiques et de façon générale celui de la culture est-il pris en considération par l’Etat comme un moteur de développement ? 

Sidi Yahya : Les arts plastiques, c’est comme tous les autres secteurs culturels du pays. Ce n’est pas encore pris en considération encore moins comme un moteur de développement. Rien ne pourra aller si la culture de manière générale n’est pas une affaire d’Etat. Au niveau du Ministère de la Culture, nous n’avons jamais vu un projet culturel avec des buts bien précis. Les acteurs culturels ne peuvent rien faire sans l’appui de l’administration. Et par rapport aux arts plastiques, notre Ministère de tutelle n’a pas une philosophie et une orientation claire. 

Le Rénovateur : Les arts plastiques sont peu connus des mauritaniens. Qu’est-ce qu’il faut faire pour que ce secteur puisse se développer ? 

Sidi Yahya : C’est très simple ! Il faut que nous sachions, nous les mauritaniens, avec la culture, nous pouvons faire une recette économique pour notre pays. Les hommes d’affaires, le ministère de la culture ne croient pas toujours que nous pouvons faire un investissement rentable qui donne de bons résultats pour notre pays. Prenez l’exemple de l’Egypte : d’énormes devises rentrent dans ce pays grâce à son cinéma et à son théâtre. La culture est devenue une véritable industrie. Nous devons, nous aussi, considérer la culture et les arts comme un créneau de développement. Dans notre association, nous avons plus d’une quarantaine de personnes qui nourrissent leurs propres familles de leur métier. Ces gens-là, ils participent à l’effort de développement et à la lutte contre la pauvreté. Ce n’est pas distribuer des sacs de riz ou des bidons d’huile. Il faut plutôt penser à développer les ressources humaines. 

Le Rénovateur : Aujourd’hui, est-ce qu’on peut dire qu’il y a eu des progrès dans le secteur des arts plastiques ? 

Sidi Yahya : Je voulais d’abord préciser une chose. Le 27 octobre prochain, je vais déposer ma démission. Ils m’ont poussé et sollicité (les artistes plasticiens) pour être le Président de l’association dans un moment très difficile. Les trois premiers mois, nous avons abattu un travail incroyable en organisant des expositions, des événements comme « la semaine bleue », des expositions de photos, des activités avec des partenaires comme l’UE et la Caritas. Malgré tout cela, j’ai senti que chacun ne veut pas apporter son effort dans le travail collectif. Maintenant, par rapport à votre question, je dirai oui. Si je me rappelle très bien, j’avais fait ma première participation à une exposition collective en 1987 qui était plutôt destinée à combler un vide dans la saison culturelle du ministère de la culture. A l’époque, les autorités du ministère de la culture n’avaient pas confiance aux artistes plasticiens. Si nous étions sollicités, c’est pour juste boucher un trou. Aujourd’hui, nous participons à des expositions nationales et internationales. Nous avons acquis une expérience. Tout cela, ce n’est pas le ministère de la culture mais plutôt grâce à nos propres efforts. Bien sûr, nous n’oublierons pas le Centre Culturel Français qui nous a beaucoup aidés et joué un rôle extraordinaire dans la promotion de la culture mauritanienne. 

Le Rénovateur : Vous, en tant que structure, qu’est-ce que vous avez fait pour contribuer davantage à faire connaître ce secteur des arts plastiques ? 

Sidi Yahya : Nous avons rencontré récemment le ministère de la culture et de la communication en personne. Il nous a fait savoir son intérêt pour les arts plastiques et nous a promis de faire quelque chose. C’est déjà un bon signe à mon avis. Il nous a même affirmé qu’un Prix national pour les arts sera bientôt lancé. Et en plus, il nous a payés nos trois mois d’arriérés de location. Cependant, ce que nous voulons, c’est que nous devenons comme les autres pays c’est à dire que nous organisions des événements ou des festivals. Un pays où il n’y a pas de festivals, c’est incroyable. Le seul festival que nous organisons, c’est le festival de la poésie. 

Le Rénovateur : Bénéficiez-vous d’un appui des autorités pour vendre davantage l’image de la Mauritanie à l’extérieur ? 

Sidi Yahya : Nous n’avons jamais bénéficié d’un appui quelconque ! Et pourtant, il y a énormément de possibilités pour valoriser notre patrimoine national et culturel. Ceci est possible si nous faisons des concours pour des tableaux qui seront reproduits avec une impression et les vendre moins chers que les originaux. Avec les tableaux, on peut faire des cartes postales. Certainement, les artistes n’ont pas les moyens. Moi, par exemple, je n’ai pas les moyens d’établir dix mille cartes postales mais la poste elle-même a la possibilité de le faire. Il suffit d’acheter une toile et de faire la reproduction. L’imprimerie nationale peut faire cela et distribuer les tableaux dans les bureaux de l’administration. A l’étranger, il n’y a pas de tableaux mauritaniens accrochés sur les murs de nos ambassades. 

Le Rénovateur : Les cinéastes ont leur SENAF. Etes-vous dans cette perspective pour faire connaître les arts plastiques mauritaniens ? 

Sidi Yahya : C’est évident qu’il faudra essayer d’organiser un festival comme le reste du secteur. Pour ce faire, il faudrait d’abord avoir une équipe, des artistes plasticiens conscients de leur travail. Moi personnellement, je ne veux pas m’avancer dans une telle perspective et je ne veux pas non plus m’attendre à de mauvais résultats à la dernière minute. A mon avis, c’est impossible parce qu’il n y a pas encore une équipe dynamique et soudée capable d’assumer une telle manifestation. 

( 28 octobre, 2007 )

KBB: La Première dame du pays!!!

L’épouse du chef de l’Etat, Khattou Bint Boukharry, tient incontestablement une position prééminente auprès de son mari, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Président de la République.

Consciente donc des actions qu’elle doit mener sur le front humanitaire, elle a créé, elle aussi, sa propre fondation qui porte d’ailleurs son nom. Cette fondation présentement s’active auprès des populations de Tintane pour apporter sa contribution. Mais la fondation est-elle une solution à la réduction de la pauvreté ? 

Personne ne remet en doute que madame Khattou Bint Boukharry, première dame de la Mauritanie ait, elle aussi, sa fondation. Qu’elle ait la magnanimité d’assister les populations démunies, de contribuer efficacement et personnellement au développement économique et social du pays, de lutter sans relâche contre toute forme de violences envers les femmes et principalement les enfants !

Qu’elle apporte son contrefort aux handicapés et aux personnes âgées ! Qu’elle veuille aider les populations sinistrées victimes de catastrophes naturelles comme elle est en train de le faire à coté des populations de Tintane ! C’est fort bien.

Elle n’est pas la première et ne serait pas la dernière à le faire. Car, c’est presque une coutume institutionnalisée. Toutes les premières dames ont leur fondation ou leur association. Ces fondations, la plupart du temps, ont un but essentiellement humanitaire. 

Comment établir un cadre de proximité entre le Président de la République et les couches défavorisées ? Cette action revient à la première dame, madame Khattou Bint Boukharry qui doit véhiculer le message humanitariste du chef de l’Etat.

De tout le temps, les premières dames ont joué des rôles incontournables dans les affaires présidentielles et nationales, du fait de leur statut particulier de première dame. Cette situation leur confère donc une certaine ascendance décisionnelle et des prérogatives que ne leur confèrent ni la constitution ni la loi. Mais ceci ne crée-t-il pas des immixtions de prés ou de loin dans la gestion des affaires de l’Etat ? 

S’il est vrai que nous sommes dans une République qui garantit la liberté d’expression et la liberté de presse, s’il est vrai aussi que nous pratiquons la bonne gouvernance et la transparence financière, il serait bon d’éclairer la lanterne du citoyen lambda sur la fondation elle-même. Son utilité véritable ?

S’il a un rôle politique à jouer ? D’où proviennent les fonds de la fondation. Les enquêteurs de la fondation sont-ils banqués et par qui ? Sur quels critères ont-ils été choisis ? A combien s’élève son budget ? Est-elle juridiquement légale c’est à dire reconnue par le ministère de l’intérieur ? En tout cas, on ne peut pas dissocier l’action de la première dame et celle de son mari dans certaines affaires. Autant d’interrogations. Et mieux vaut aller chercher des fantômes que d’attendre des réponses claires. 

La Mauritanie n’est pas encore un eldorado pour se permettre certaines dépenses ou charges financières. Cette fondation gagnerait à ne pas reproduire les mêmes maladresses de certaines associations dont les deux tiers des fonds sont détournés par des êtres en chair et en os, des responsables sans préoccupations morales et sans pudeur ni scrupule. 

La première dame avait-elle une fondation ? Non ! Alors pourquoi d’être la première dame pour avoir sa fondation. La raison est très simple et compréhensive. C’est que maintenant, l’argent est disponible, coule à flots. On peut en faire ce qu’on veut sans contrôle ni audit. D’ailleurs, quel est cet inspecteur de l’Etat qui aura le culot, osera de fourrer son nez dans cette fondation ?  On n’y peut rien. C’est comme ça. Ça fait parti des arcanes de l’Etat.

babacar baye Ndiaye

( 28 octobre, 2007 )

Nos syndicats d’enseignement jouent-ils leur rôle ?

 Quand enfin va-t-on trouver de bonnes solutions à notre système éducatif qui est devenu jusqu’au trognon et dangereusement un véritable problème ? Des réformes, toujours des réformes et encore des réformes ! Mais en réalité, qu’est-ce qui a véritablement mué dans notre système éducatif ? Depuis plus de deux décennies, l’école mauritanienne s’est enfoncée viscéralement dans un gouffre dont elle a du mal à s’en tirer. D’un pouvoir à l’autre, d’un ministre à l’autre, notre éducation nationale aura été trempée dans toutes les sauces d’une mauvaise préparation sans que cela n’effarouche personne, en premier lieu les syndicats d’enseignement qui ont failli à leur mission de contre-pouvoir. Au lieu de jouer efficacement leur rôle, ils se turlupinent plutôt de leurs intérêts personnels d’abord que de la qualité de l’enseignement et de son développement. Pour l’augmentation de leurs salaires, pour leurs affectations, pour leurs primes de craie entre autres, ils se sont bien battus, becs et ongles, pour obtenir tout cela. On ne les a jamais aperçus par contre battre le macadam pour stigmatiser la ringardise des programmes. L’enseignement de qualité passe inéluctablement par- là : s’adapter aux nouvelles circonstances et évoluer avec elles. L’enseignement, le comble dans tout cela, est devenu le point de chute des chômeurs indésirables de la société mauritanienne, des retraités et des maîtrisards en je ne sais quoi encore. Il y a quelques jours seulement, en réalité, mon attention fut attirée par cette phrase bien gribouillée sur un kit d’écolier «l’avenir de la Mauritanie est dans l’éducation ». C’est bien beau tout cela mais ne rêvons pas. Ce n’est pas avec un tel programme et une telle situation qu’on y parviendra, un programme établi sur des bases politiciennes. Ce n’est pas certainement non plus avec nos syndicats qu’il faut compter pour redresser la barre. La situation actuelle de notre éducation nationale est la preuve que nos syndicats n’ont pas été vigilants et ont laissé délibérément sinon approuvé même certains choix politiques de nos hommes politiques qui ont politisé l’éducation nationale. Nos syndicalistes ne savent que nous seriner des phrases du genre «qu’il est urgent de réformer notre système éducatif » ou «il faut améliorer les conditions de travail des enseignants». Au lieu de proposer des solutions concrètes par rapport à la situation actuelle que traverse le système éducatif mauritanien, les syndicats d’enseignement se montrent de plus en plus veules et flasques. Et pourtant, ils savent mieux que quiconque que notre éducation nationale est prise en otage et brinquebalée dans des réformes qui n’ont rien apporté à notre système éducatif. Ce tâtonnement a aujourd’hui engendré un système d’enseignement aux abois avec toutes les conséquences qui sont devenues visibles maintenant. Il est prévu de tenir des états généraux sur l’éducation nationale d’ici peu de temps. Nous verrons bien si nos syndicats d’enseignement jouent pleinement leur rôle de contre-pouvoir. 

Babacar Baye Ndiaye

( 28 octobre, 2007 )

Ba Djibril Ngawa: Le Picasso Mauritanien!

Les arts plastiques, il l’a dans le sang et dans l’âme. Sa forme d’expression est particulièrement vivante. Ce qui lui a valu sans nul doute d’être comparé à de grands artistes. Pour autant, il ne se gonfle pas. Il se montre toujours modeste en essayant de garder sa tronche sur ses épaules. «Je ne sais pas si je suis un artiste-né ou non, se demande-t-il, mais ces liens me poussent à beaucoup creuser sur ce que je fais. Si on va jusqu’à me comparer à Pablo Picasso ou Keith Haring, pour moi, c’est grave et lourd. »  

————-Par Babacar Baye Ndiaye

Au début, en effet, il avait «un peu peur » et rien ne le prédestinait à fouler les arts plastiques, un domaine «qui demande beaucoup de savoir» mais aussi un domaine qui manque de considération et de valorisation. «Les arts plastiques, confie-t-il, peuvent participer à la valorisation et à la promotion du pays. A travers ça, nous pouvons  développer par exemple, le tourisme culturel et la photo-artistique qui ne sont pas trop bien connue dans notre pays. » 

Il rencontre Margueret Ambrossino, une volontaire du corps de la paix, un fin connaisseur de l’histoire de l’art. «C’est elle qui m’a dit pour la première fois que mon style est proche de celui de Picasso », explique-t-il.

En 2006, il voyage en France et expose curieusement ou accidentellement ( !) à l’école Pablo Picasso. De même, il rencontre aussi Luc Lessueur, un artiste français qui lui offrit d’ailleurs un magnifique tableau.

Au cours de cette rencontre, ils échangèrent beaucoup. Ce dernier lui suggéra de travailler davantage ses tableaux puisque sa forme d’expression, qui est assez originale, reflète parfaitement les couleurs et les réalités de son pays. 

Ces tableaux montrent merveilleusement cet état d’esprit. A travers eux, l’artiste plasticien qu’il est se replonge dans son enfance. «Ce que je ressors dans mes tableaux, c’est réellement moi-même. C’est ce que j’ai vécu. Ce n’est pas parce que la Mauritanie est culturellement diversifiée que j’essaie de ressortir ça, non ! C’est parce que moi-même j’ai grandi dans un milieu multiculturel. » 

Photographe dans l’esprit, il est un artiste qui se nourrit de l’image et sa forme d’expression est souvent comparée à d’autres artistes, lui qui n’a pas tellement étudié les arts plastiques ni eu de références dans ce domaine. «A l’occasion de la troisième édition du festival national de la jeunesse et des sports en 2005, se rappelle-t-il encore, on m’a demandé de représenter le Guidimakha en photographie et en arts plastiques. Lorsque j’ai exposé mes dessins, ceux qui les avaient vus, m’ont dit de valoriser mes dessins sur toile puisque ma forme d’expression est pleine de liens communs avec ce que faisait Pablo Picasso. » 

Auteur de la célèbre chanson «Ne coupez pas les arbres» qu’on diffuse presque tous les jours à la radio nationale, Ba Djibril Ngawa est un défenseur de la nature, de la préservation de l’écologie. D’ailleurs, dans l’un de ses tableaux, il montre l’importance de la protection de l’environnement. 

«L’homme, dit-il, est responsable de ce qui se passe sur la planète. » Dans un registre plus humain, il exhibe les combats multiformes de la vie en jouant sur les couleurs et les formes. 

«Parfois, a-t-il laissé entendre, tu perçois l’autre comme un étranger. Tu as peur de lui. Mais à la fin, vous partagez presque les mêmes choses et les mêmes points de vue. » Mais cela n’est possible qu’à travers le dialogue, l’acceptation de l’autre, la cohabitation des différences.

«Dans une démocratie, il faut accepter et respecter les différences puisque chacun a sa manière de voir les choses. Certes, il n y a pas de démocratie parfaite mais pour vivre en paix, il faut respecter ces différences. » 

C’est une chance et elle n’est pas offerte à n’importe qui. Il faut bien fouiner dans son enfance pour pouvoir comprendre Ba Djibril Ngawa. Lui, nous pouvons dire qu’il est «une» somme de la Mauritanie. A cinq, il a été élevé par un marabout maure durant 7 ans puis confié à une famille soninké où se trouvait un douanier wolof. Et c’est avec beaucoup de fierté qu’il parle de tout cela. 

«Il y a de profondes similitudes dans la société mauritanienne et il y a aussi la diversité culturelle. Mais il faut ressortir tout cela pour que les gens sachent qu’ils sont obligés de vivre ensemble. Loin de la politique, les mauritaniens vivent dans les mêmes conditions. » 

Les arts plastiques et la photographie lui ont-ils rapporté beaucoup ? «Je ne suis pas trop attiré par le côté commercial de l’art, précise-t-il. Je ne fais pas de tableaux pour les vendre à de vils prix. Parfois, les artistes sont obligés de brader leurs œuvres parce qu’ils vivent de ça. Il faut s’organiser pour au moins valoriser les prix des tableaux…Les arts plastiques sont encore un phénomène nouveau dans notre pays» et de renchérir sans pour autant être l’avocat du diable «le ministre ne peut pas comprendre les artistes. Il n’est pas musicien, ni photographe encore moins artiste plasticien. Il ne peut pas comprendre nos problèmes si nous ne les lui expliquons pas». 

Marié et père de deux enfants, Ba Djibril Ngawa est tantôt dans la musique, tantôt dans la photographie et les arts plastiques. «L’art c’est difficile avoue-t-il. C’est très difficile d’avoir une vie de famille tranquille.

Dans le domaine musical, tu ne peux pas avoir une vie familiale paisible. Tu bouges beaucoup. Réconcilier art et famille c’est très compliqué. Tu voyages…Par contre dans l’art plastique, c’est le calme, la tranquillité. » 

( 1 novembre, 2007 )

Dental ou les Papys de la musique mauritanienne

Ce mercredi 10 Octobre dernier(2007), le public rassemblé à la cafétéria du Centre Culturel de Nouakchott attendait avec impatience les papys de la musique mauritanienne en l’occurence Baby Sarr, Sédinté Diawara, Ibrahima Sox…Pour une première bulle d’essai, ces papys savent parfaitement qu’ils ne doivent point décevoir ce public venu les découvrir pour la première fois.

 —————--Par Babacar Baye Ndiaye

Ce n’est pas donné souvent à un artiste d’avoir sur les jambes trente ans de carrière musicale. Eux, ils ont franchi ce seuil très difficile à accéder. Et c’est avec beaucoup de fierté que ces messieurs-là assument qu’on les surnomme «les papys» de la musique mauritanienne. «Vu notre âge, nous ne pouvons pas refuser. Cela ne nous dérange guère. C’est très beau. Mais en disant papys, il ne faudrait pas nous rejeter comme musiciens parce que nous avons été les pionniers de la musique mauritanienne. 30 ans de carrière musicale, ce n’est pas petit ! » dit Babi Sarr, manager et simultanément chanteur-guitariste du groupe Dental. 

Les premières notes de Babi Sarr remontent en 1976 à Nouadhibou. Par la même année, il découvre le plaisir de jouer la musique. En 1978, il joue avec le «Tiris-Zemmour», un orchestre de Zouérate. Comme un oisillon devenu oiseau, il vole de ses propres ailes et forme, en 1987, son propre groupe «Le Phare» qui s’éteignit malheureusement pour lui avec les événements de 1989. Ce fut l’esquisse de la traversée du désert. Il part au Sénégal, contraint, malgré lui. Et le revoilà, en 2005, de retour à son pays natal. Il remonnaie son expérience à «Darolgal Fulbé», à «Khoumaro» et à «Golé Diré» de Coumba Salah. En 2006, il recrée un groupe «Dental» autrement dit l’union, la réunion des cultures mauritaniennes. Toute une connotation qui résume succinctement son combat pour la fraternité et le brassage culturel. La création de ce groupe vient ainsi donc récompenser des années de sacrifices, d’efforts et de travail. 

Même si Babi Sarr et sa bande sont devenus, naturellement, les papys de la musique mauritanienne, on peut voir en eux l’incarnation et la représentation d’une époque musicale. Babi Sarr exhale une nature modeste avec un zeste de timidité qui lui est presque inséparable. C’est un monsieur aussi qui, malgré les épreuves et les vicissitudes de la vie, a su préserver et jalousement les liens d’amitié. La preuve, depuis 1990, il chemine avec Sédinté Diawara, son soliste. Une complicité hors pair ! D’ailleurs, ils sont toujours ensemble. «Nous nous étions  promis de jouer ensemble, de créer notre propre groupe, souligne Babi Sarr. Nous avons pu concrétiser cela. Au début, chacun de nous jouait séparément dans des groupes différents. Quand nous avons vu que cela n’allait pas bien dans ces groupes-là, nous avons décidé de se retrouver en tant que musiciens pour former notre groupe (Dental, ndlr)». 

De profession enseignante depuis 1979, la musique semble faire partie de la vie de Babi Sarr, de son instinct et il nourrit une inlassable passion pour ce qu’il fait voilà depuis plus de 30 ans et c’est avec beaucoup de fierté qu’il le dit. «Je fais ce que j’aime, assure-t-il, et je n’attends rien de la musique. Je suis enseignant pour assurer la survie de ma famille. Je ne suis pas issu de famille de musiciens. La musique c’est quelque chose que j’aie aimée avec le temps. » Les rappeurs l’éblouissent. «Ce que les gens murmurent bas, eux, ils le disent haut et fort. Ils transmettent les messages là où il faut ». 

Et pour lui, la musique mauritanienne a tous les avantages pour être appréciée partout à travers le monde, reste maintenant à l’exploiter pour vendre cette musique. «Un moment, il y a eu une ruée sur l’Inde pour la recherche et l’inspiration. C’est parce que les gens n’avaient pas compris notre richesse musicale. S’ils l’avaient compris, ils se seraient rués sur la Mauritanie pour exploiter et valoriser notre musique». 

«La musique maure, dit-il pour corroborer ses assertions,  compte 7 voix musicales différentes qu’on retrouve dans toutes les autres musiques du monde. La musique poular qui a, elle aussi, ses propres voix. La  musique Soninké riche en rythmes et en air de même que la musique wolof riche elle aussi en rythmes». 

Ainsi donc, aux yeux de Babi Sarr, ce qui manque, ce sont les infrastructures telles que les écoles. «Pour faire de la musique, soutient-il, il faut savoir la lire, l’écrire. Nous n’avons pas un observatoire. Nous, les musiciens, nous sommes tous des autodidactes. Nous n’avons pas d’écoles pour y être formés. Pour véhiculer une musique, il faut l’apprendre. Le patrimoine est là, riche et varié. Mais… » 

Combinant savamment une musique où tout le monde peut se retrouver, Dental allie avec dextérité musique moderne et musique traditionnelle en partant de la musique traditionnelle pour lui donner une couleur moderne. «Une musique ne vieillit pas, confie-t-il. Si elle vieillissait, qu’est-ce qu’on allait trouver. Maintenant, quelle est l’appréciation et la réaction des gens par rapport à cette musique (Dental, ndlr). » 

Babi Sarr est favorable à une musique mauritanienne multicolore et représentative de toutes les couches sociales. «Où est le musicien qui véhicule aujourd’hui la musique mauritanienne dans toutes ses couches sociales, s’interroge-t-il. Chacun de nos musiciens représente une seule composante et celle-ci ne représente pas la Mauritanie. Il aurait été mieux d’avoir une musique dans laquelle on entendrait toutes les musiques. A défaut de cela, que chaque musicien essaie au moins de faire entendre les autres couches. » Il cite comme exemple, Hadrami Ould Meidah. «Il a eu un grand succès au niveau de tout le monde parce que lorsqu’il chantait, on entendait toutes les couches sociales, toutes les langues et cela plaisait parce que chacun se sentait dans sa musique. » 

Son concert qui a été bien accueilli lui a donné davantage de motivation et de courage pour continuer dans ce qu’il aime : faire plaisir et se faire plaisir

( 8 novembre, 2007 )

Jusqu’ où mènera la dégradation des conditions de vie ?

 

Et de vrai, Monsieur Yahya Ould El Waghef continue sa campagne d’explication sur la création du futur parti de la mouvance présidentielle. Récemment, il faisait face à une partie de la Société Civile. Une journée destinée à courtiser plutôt qu’à informer. Assurément, personne ne nie, à corps défendant, le rôle que peut jouer la Société Civile dans le processus actuel de développement du pays. La Société Civile, sans pour autant être l’avocat du diable, devrait se tenir à l’écart de tout ce qui est politique pour pouvoir véritablement mériter son rôle de contre-pouvoir. C’est un secret de polichinelle, la Mauritanie vit actuellement une sorte de tohu-bohu sans précédent fait de tiraillements et de problèmes de tout acabit. Et jusqu’où nous mènera la dégradation des contions de vie des populations ?En effet, la semaine dernière, l’opposition démocratique, elle aussi, organisait un meeting pour stigmatiser ce qu’elle appelle «le retour à la case de départ» qui est en train d’être opéré par l’actuel pouvoir. N’aurait-on pas foulé les pieds sur une terre d’argile ? Pendant ce temps-là, les prix de l’essence s’envolent à la pompe. En réalité, sur le plan social et économique, le pouvoir actuel n’à pas encore véritablement convaincu et séduit les populations sur ces réelles capacités de bien muer le quotidien des masses populaires. Son autarcie semble augmenter leurs appréhensions. Le pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi n’a pas encore fait mieux que ces prédécesseurs. A part décentraliser le conseil des ministres à Nouadhibou. On se demande par la même occasion ce qu’il attend pour mettre en marche la machine des grandes réformes sociales et économiques tant promises durant la campagne présidentielle de février-mars 2007. Certains engagements tardent toujours à se concrétiser sans que l’on sache pourquoi. Les conférences se multiplient et toujours pas de  réponses aux multiples équations que nous nous posons. La dernière en date celle du premier ministre Zéine Ould Zeidane qui a, lui aussi, déçu par son manque d’allusion à la situation actuelle du pays comme si toute la responsabilité de toutes nos souffrances est essentiellement  du ressort du Président de la République qui est seul habilité à répondre aux préoccupations des mauritaniens qui ruminent encore leur déception, leur patience et la confrontation serait loin d’être inévitable. L’eau, l’électricité, les denrées de premières nécessités…tout est devenu cher. Avec une telle situation qui donne du tournis aux populations, que valent vraiment nos syndicats qui n’existent que de nom ? Certes, la montée du prix du pétrole sur le marché international est servie sur la table comme seule explication. Dans ce cas, il appartient à l’Etat mauritanien de trouver des mesures accompagnatrices ou compensatrices pour alléger substantiellement la souffrance des populations qui ne savent plus où se donner de la tronche.  Déjà, des esquisses de manifestations se tiennent et s’organisent ça et là. Si cette situation délétère continue, ces manifestions pourraient se généraliser partout dans le pays. A vrai dire, les protestations contre la dégradation des conditions de vie dans le pays ne font que commencer. Et c’est peu dire en pensant que ce sont là des signes assez inquiétants pour la Mauritanie et sa stabilité sociale. Malgré la bonne volonté du nouveau pouvoir d’appliquer les règles de la transparence, de bonne gouvernance, bref, de faire sortir le pays de son trou, le gouvernement semble avoir les yeux dans les poches. Si vraiment la situation est aussi grave que cela, pourquoi alors, le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi ne le reconnaîtrait-il pas ? Au Sénégal, Abdoulaye Wade a reconnu de manière officielle la situation critique qu’est en train de traverser son pays. Ceci pour rassurer les populations face à une situation sociale éprouvante. C’est sous-estimer la situation actuelle du pays en tressant des lauriers au Président de la République mais aussi en lui cachant la vérité.

 

Babacar baye NDiaye  

Le Rénovateur Quotidien

 

 

( 8 novembre, 2007 )

Journée de sensibilisation sur le retour des déportés

 

L’implication des leaders religieux dans la réconciliation nationale est importante et incontournable. Tel est l’enseignement, à vrai dire,  qu’on peut tirer de la journée de sensibilisation sur le retour des déportés qui réunissait hier, à l’hôtel Khaima, l’Association des Imams et Oulémas pour la Défense des Droits des Femmes et des Enfants, l’Initiative des Femmes pour la Paix, l’Unité  et la Concorde Nationale, les représentants des institutions de la République comme la Commission Nationale des Droits de l’Homme et le Ministère de l’Intérieur pour ne citer que celles-là. 

Cette journée de sensibilisation des leaders religieux intervient, en effet, dans un contexte où le gouvernement et le peuple mauritanien sont en train de préparer le retour des déportés. A travers cette journée de sensibilisation, c’est l’implication des leaders religieux qui est visée au regard de leur rôle décisif et de leur audience très large dont ils bénéficient  auprès des populations. 

La coordonnatrice de l’IFPUCN Madame Lô Khadijétou Cheikh a réitéré au nom de l’ONG qu’elle dirige sa profonde gratitude à l’endroit du Président de la République et du Gouvernement mauritanien pour leur engagement constant en faveur de la réconciliation nationale qui s’est traduit, selon elle, par de multiples initiatives louables. 

Cette journée de sensibilisation sur le retour des déports, rappelons le, s’inscrit dans une dynamique déjà enclenchée avec la tenue, à Nouakchott, le 16 août dernier, de la journée de réflexion sur «le rôle des femmes dans le processus de réconciliation nationale». 

Quant à Madame Narjess Saîdine représentant le PNUD a, dans son allocution, réaffirmé l’appui de cette institution aux autorités de la République pour trouver une solution consensuelle au problème des déportés tout en mettant l’accent sur l’adoption d’un principe de dialogue, de concertation et d’implication de tous les acteurs  au niveau national sur la question.   

A l’en croire, le règlement de ce dossier est une étape importante vers l’unité nationale et la garantie des droits de l’Homme. 

Pour couronner de succès cette journée de sensibilisation, il a été demandé de faire un prêche commun ce vendredi dans toutes les mosquées de Nouakchott. 

Les organisateurs de cette journée de sensibilisation sur le retour des déportés ont souhaité que les leaders religieux s’engagent dans un plaidoyer en faveur du renforcement de l’unité nationale et de la nécessité d’éradiquer les germes de la haine. 

Babacar Baye NDiaye 

Le Rénovateur Quotidien 

( 8 novembre, 2007 )

Manifestations à l’est du pays/Arrestations dans les rangs de l’opposition

 

 Des manifestations violentes ont éclaté dans certaines localités du pays à la suite de hausses de prix ayant touché les denrées de premières nécessités. A Bassikounou et à Djiguéni, des locaux administratifs ont été mis à sac par des jeunes lycéens encadrés par des brigades. Plusieurs personnes ont été blessées au cours d’affrontements entre les forces de l’ordre et des groupes d’émeutiers. A l’issue de ces échauffourées, des dégâts matériels considérables ont été signalés et des arrestations de deux militants de l’opposition en particulier du Hatem et du RFD sont intervenues à Bassikounou et à Djiguéni.  A Kankossa, une victime par balle a été identifiée. Les coups de feu ont été tirés par la gendarmerie qui avait été auparavant saccagé ainsi que le local de la SNDE et la préfecture. La victime est un jeune homme qui a reçu la balle en pleine tête. Les personnes arrêtées sont accusées d’être les instigateurs de ces troubles derrière lesquels le pouvoir «soupçonne la main de l’opposition qui cherche par tous les moyens à destabiliser le pays». De telles accusations qualifiées de «troubles à l’ordre public» risquent de générer une situation explosive préjudiciable au climat de paix et de liberté qui commençait à s’instaurer dans le pays depuis l’arrivée du nouveau régime. Choses vraiment dommage ! 

 Les acteurs politiques doivent se mobiliser pour trouver une solution adéquate destinée à apaiser les tensions et du coup désamorcer la crise. Le langage du dialogue demeure la meilleure voie pour résoudre ce phénomène.   

Babacar Baye NDiaye 

Le Rénovateur Quotidien   

( 8 novembre, 2007 )

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely/ Président de l’Amicale «Paix sans Frontières»

 

  

«Tous ceux qui préconisent la rupture diplomatique avec l’Etat d’Israël sont contre la paix» 

 

Le Rénovateur : Pouvez-vous nous présenter d’abord votre Amicale «Paix sans frontière» ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Notre association est une amicale constituée d’un réseau d’ONGs exerçant dans plusieurs domaines allant du développement social au développement culturel en passant par le développement économique. Elle est aussi constituée d’une élite intellectuelle de la société mauritanienne. Nous sommes convaincus du principe de la paix dans le monde entier et bien sûr sans exclure l’Etat d’Israël. 

 

Le Rénovateur : Cela veut dire que la paix est au cœur de vos préoccupations ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Nous avons cette profonde conviction. Nous sommes convaincus que ce monde qui a beaucoup souffert de la guerre, de la haine, de la destruction, de l’inégalité, il doit y régner l’amour et le dialogue entre les pays et les peuples. Nous pensons que la Mauritanie peut jouer un grand rôle dans ce domaine. 

 

Le Rénovateur : Mais avez-vous déjà pensé à faire transmettre ce message de paix à l’intérieur du pays ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Nous pensons que notre point fort en tant qu’amicale c’est d’être sur le terrain et en contact permanent avec les populations. Nous nous exprimons à la place de milliers de personnes qui n’ont pas le courage de s’exprimer. Cette nouvelle ère de démocratie est à saisir par le peuple mauritanien qui s’est toujours battu pour obtenir certains acquis. Nous pensons que les dernières démarches entreprises pour le retour des déportés et la criminalisation de l’esclavage sont des signes de bonne volonté et participent à l’instauration de la paix et de la justice dans notre pays. 

 

Le Rénovateur : Vraisemblablement, vous êtes apparemment pour le maintien des relations diplomatiques entre la Mauritanie et l’Etat d’Israël ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Je pense que l’Etat hébreu est un état qui existe comme tous les autres états du monde. Qu’est-ce que l’Etat d’Israël a fait que les occidentaux n’ont pas fait ? 

 

Le Rénovateur : En prônant le maintien des relations diplomatiques entre la Mauritanie et l’Etat d’Israël, ne craignez-vous pas de subir les coups de fouet de ceux qui sont contre ce maintien en premier lieu les islamistes ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Je pense que qu’il y a des gens qui sont porteurs d’un discours négationniste en Mauritanie en exploitant le discours politique pour influencer un peuple qui n’est pas en mesure de discerner et d’analyser le fond des choses. Tous ceux qui préconisent la rupture diplomatique avec l’Etat d’Israël sont contre la paix. L’Etat d’Israël a le droit à l’existence comme tous les autres peuples du monde et de vivre dans la paix. Nous ne sommes pas contre la création d’un Etat palestinien. Nous sommes pour la cohabitation pacifique de ces deux peuples. Ceci passe préalablement par le dialogue, l’ouverture, la tolérance et la confiance. 

 

Le Rénovateur : Ne risquez-vous pas d’être esseulé dans votre combat actuel à savoir le maintien des relations diplomatiques entre la Mauritanie et l’Etat Hébreu ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Les gens ne sont pas contre notre initiative. Actuellement, les gens doivent sortir de leur timidité et de leur torpeur. Nous voudrions qu’ils se libèrent, qu’ils s’expriment librement et profiter de ce climat de démocratie et de liberté d’expression reconnue par la loi. C’est l’occasion ou jamais. Les gens ne sont pas contre le maintien des relations diplomatiques entre la Mauritanie et l’Etat Hébreu. 

 

Le Rénovateur : Votre démarche, y a-t-il des raisons sous-jacentes qui l’expliquent ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Nous sommes convaincus de notre combat que nous sommes en train de mener. Nous avons lutté pour d’autres causes bien avant cela. Nous pensons que c’est vraiment là où l’on doit intervenir contrairement à ces partis politiques qui n’ont rien fait pour la Mauritanie. C’est des gens qui protègent leurs intérêts. Nous savons d’où ils viennent et leur message politique est vide. 

 

Le Rénovateur : Sera tenu bientôt le sommet de la paix à Washington. A votre avis, la Mauritanie doit-elle ou non participer à cette rencontre internationale sur la paix ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Nous avons adressé une lettre ouverte à son Excellence Monsieur le Président de la République en lui demandant d’assister à ce sommet. La Mauritanie doit assister à ce sommet comme tous les autres pays qui ont des relations diplomatiques avec l’Etat Hébreu comme à l’image de l’Egypte et de la Jordanie qui sont des pays arabes. Nous pensons que la Mauritanie a un rôle à jouer dans le processus de la paix dans le monde. Nous savons que cette décision nécessite un grand courage et nous avons confiance au Président de la République. Nous savons très bien qu’il est sage, qu’il est un partisan de la paix et qu’il l’a prouvé dans des décisions délicates depuis son arrivée au pouvoir. 

 

Le Rénovateur : …et par rapport à votre ONG «Solidarité pour le développement et la lutte contre la pauvreté en Mauritanie». 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : C’est une ONG qui intervient essentiellement dans le domaine social. Nous savons tous qu’il y a toujours des écarts. Les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent davantage. Nous ne sommes pas une ONG cartable ni une ONG de luxe. Nous intervenons dans les quartiers périphériques de Nouakchott et à l’intérieur du pays. 

 

Le Rénovateur : Puisque votre ONG œuvre dans le domaine social, quel regard portez-vous sur la situation sociale actuelle du pays ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Je pense que la situation actuelle, elle est très difficile. Il faut penser mettre en place des programmes d’urgence pour venir en aide les populations défavorisées qui ont un pouvoir très limité. Il faut aussi que l’Etat intervienne avec force pour protéger ces 80% de la population vivant dans la pauvreté. De même que penser aux souffrances des populations de Tintane en leur apportant un soutien concret puisque moi-même j’y étais et j’ai vu dans quelles conditions elles vivent. 

 

Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye 

                ducdejoal@yahoo.fr  

                Le Rénovateur Quotidien 

 

( 11 novembre, 2007 )

Diddal Jalaal

 

 La musique au service de la société et du développement 

 

En même temps qu’elle est universelle, la musique a toujours été le support central d’une société, d’une communauté, d’une ethnie et d’une langue. Ainsi naquit Diddal Jalaal. Et aujourd’hui, depuis quelques années, ce groupe est devenu, sans pour autant sortir un album, populaire, sollicité et surtout apprécié. Avec un style assez particulier et original –l’afronomade-, ce groupe a su se faire une place dans le panthéon musical mauritanien. 

 

Qui n’a pas vu sur le petit écran ni entendu à la radio Diddal Jalaal ? Ce groupe, après dix ans d’existence, est devenu de manière évidente le symbole d’un pays, le porte-étendard de la musique nomade mauritanienne à l’extérieur. Et pourtant, lorsque les initiateurs de ce groupe folklorique décidaient de se lancer dans une carrière musicale, ils n’y croyaient presque pas. Aujourd’hui, ce groupe n’en finit pas de voyager partout, en France, dans la sous-région et à l’intérieur du pays. D’ailleurs, ils viennent d’une tournée à l’intérieur du pays dans l’Assaba et le Guidimakha, leur terroir, dans le cadre d’une sensibilisation sur le sida, la protection de l’environnement et la scolarisation des filles.

En effet, depuis 1996, début de l’aventure, Diddal Jalaal a évolué voire beaucoup évolué avec le temps et dans le temps. Les blancs-becs que furent les membres du groupe ont beaucoup appris, capitalisé une expérience fantastique à l’occasion de leurs voyages et de leurs rencontres avec d’autres musiciens. Leur privilège, c’est de partager leur musique, qui est très large, avec beaucoup d’autres peuples et  de pays. «Le style que nous jouons, explique Bâ Djibril Ngawa, manager du groupe, c’est de l’afronomade. C’est un genre musical qu’on retrouve dans beaucoup de peuples de culture nomade. Il est composé de sonorités puisées dans de vastes espaces entre l’océan et la mer rouge».

Diddal Jalaal, c’est comme aussi dans une petite république. C’est-à-dire que nul n’est au dessus des lois. Tout est bien organisé et géré. «Gérer un groupe, ce n’est pas facile. Nous avons des lois très strictes. Chacun de nous est obligé de les respecter sinon, il est exclu» martèle le manager dans un ton sérieux. Même s’il est indispensable, lui demandai-je ? «Personne n’est indispensable, signale-t-il. Même moi ! Sans discipline, on ne peut pas faire quelque chose. Avec la musique, on doit être sérieux et responsable». Paroles de manager !

Aujourd’hui, les membres de Diddal Jalaal ont bien compris que la musique c’est une grande responsabilité, une affaire de professionnalisme qui exige beaucoup d’effort et de travail. Que ce n’est pas seulement jouer et faire du plaisir ! C’est plus profond que cela. Bien connu en Mauritanie, ce groupe veut se lancer maintenant dans une carrière internationale avec comme seule optique la valorisation de la culture nomade mauritanienne. «Si un musicien veut vraiment se lancer dans une carrière internationale, il doit vraiment collaborer avec des professionnels qui connaissent bien le milieu et qui ont déjà fait le chemin» pense Bâ Djibril Ngawa. Ce qui est déjà fait pour eux puisqu’ils ont déjà collaboré avec des calibres de la musique africaine comme le malien Balla Sissako et fait beaucoup de résidences c’est-à-dire des ateliers de création notamment en France.

A Diddal Jalaal, il n y a pas que chanter et danser. Ici, la musique est avant tout au service de la société et du développement. «On n’est pas dans la musique pour faire de l’ambiance. Il faut que les sociétés africaines prennent conscience que la musique est un média puissant qui peut rapprocher les gens et servir aussi au développement». Prenant ainsi le contre-pied de ceux qui font les éloges, le manager du groupe Diddal Jalaal pense que le griotisme monopolise beaucoup la musique mauritanienne. C’est pour cela, pense-t-il, que cette musique est en stagnation. Et pour se défaire de cette chaîne, il faut professionnaliser la musique pour qu’elle puisse participer durablement au développement du pays.  «On ne peut pas faire de la musique sans avoir un bagage intellectuel. On ne peut pas faire carrière sur le plan international sans développer et élargir ses connaissances musicales. Il faut nous comparer aux autres pays de la sous-région ou du Maghreb, c’est très différend. Notre musique, si on veut la développer, les intellectuels et les professionnels doivent s’impliquer».

Profondément attachés à leurs origines, les membres de Diddal Jalaal emportent toujours avec eux, dans leurs bagages, des instruments traditionnels (baylol, gnagnérou, mbagou, hordé, kérona) très rares qui font le charme de leur musique et lui donnent un rythme et une tonalité authentiquement nomades. Un style propre ! Parce qu’ «on ne peut pas convaincre les autres avec ce qu’ils ont déjà. C’est avec ce que nous avons» dixit le manager du groupe. Diddal Jalaal, c’est aussi une association reconnue par l’Etat mauritanien puisqu’un récipissé de reconnaissance leur a été délivré. Ici, c’est la vocation, le don et le talent qui sont recherchés et un groupe à leurs yeux, c’est d’abord un encadrement professionnel. A Diddal Jalaal, on croit dur comme béton que la musique doit être au service d’une cause. «Il y a beaucoup d’analphabètes dans la société mauritanienne. A travers la musique, un message de sensibilisation passe très rapidement et on peut mobiliser les gens facilement  en jouant de la musique».

Comprenant parfaitement que la carrière musicale est une aventure parfois très «ambiguë», Bâ Djibril Ngawa, manager du groupe, avoue, malgré la popularité dont sa formation musicale bénéficie à travers le pays, n’être pas encore satisfait puisqu’il reste beaucoup de choses, à son avis, à faire notamment  pour un groupe qui veut se lancer dans une carrière internationale. Contrairement à leur début où ils ne comprenaient pas grande chose de la musique, les membres de Diddal Jalaal sont entrés maintenant dans la phase des «choses sérieuses».

Comme l’appétit vient en mangeant, ils ne veulent surtout pas brûler les étapes. «Il faut mûrir les choses et les préparer très bien» conclut le manager du groupe.

 

Babacar Baye NDiaye 

ducdejoal@yahoo.fr

Le rénovateur Quotidien 

( 12 novembre, 2007 )

Non à l’amalgame !

«Nos meilleures graines sont nos enfants». Ainsi parlait l’auteur de «L’aventure Ambiguë», Cheikh Hamidou Kane,  dans la bouche de l’un de ses personnages. Cette phrase vaut bien d’être méditée dans le contexte actuel où les démons de la violence ont gagné certains établissements scolaires du pays. Rarement, nous en sommes arrivés à ce point. Nos enfants ont-ils embarqués dans le navire de la violence mené par des mains dangereuses qui ne se soucient que de leur plan destructeur ? Qui incite les gens à la violence ? L’école mauritanienne en voie de reconstruction a besoin d’être préservée de tels actes préjudiciables à tout le peuple mauritanien. Ainsi donc, vu la situation du pays marquée par des tiraillements, il est du ressort des pouvoirs publics et de l’opposition démocratique d’éclairer la lanterne des populations mauritaniennes qui sont en train d’être dangereusement manipulées par des individus de mauvaise foi. Des individus qui sont en train de vouloir faire basculer derechef le pays dans une situation explosive comme s’ils n’avaient rien retenu des leçons du passé et comme si aussi ils voulaient toujours demeurer dans le statut quo. En effet, ces gens-là sont en train d’utiliser et d’exploiter cette situation consécutive à la hausse des prix des denrées de premières nécessités constatées depuis quelques temps pour créer la confusion et la suspicion au sein des populations et les dresser les unes contre les autres. Cette situation aussi semble être aggravée, ce qui est profondément regrettable,  par d’autres gens qui utilisent dans pareilles circonstances comme c’est présentement le cas  le langage de la diversion et de l’amalgame. Le comble dans tout cela, c’est lorsqu’on veut assimiler ces dernières manifestations  la question  du retour des déportés qui n’a aucun rapport avec les dernières manifestations. Ce qui est une insulte, avec tout ce que le pouvoir actuel a abattu comme effort pour que le dossier des déportés connaisse enfin une issue heureuse. S’il y a des intentions cachées ceci n’a rien à voir avec des manifestations parties avec   la hausse des prix. Hélas, ils sont en train de détourner la réalité des choses en voulant nous faire croire que les mauritaniens sont contre le retour des déportés. A vrai dire, les adversaires de la Mauritanie sont ceux-là même qui cherchent toujours sans répit à détruire la Mauritanie en tenant un langage démagogique et perturbateur. Et si on glisse sur le terrain politique, la chute risque d’être brutale et fatale encore. Certes,  l’Etat qui n’a pas su anticiper sur ces événements tragiques    pour empêcher  les gens de manifester en utilisant la politique de l’autruche mais cela ne voudrait pas signifier en abuser pour semer l’amalgame dans l’esprit des populations incapables souvent  de discerner le vrai et le faux. La stabilité du pays risque de voler en éclats si l’on n’y prend pas garde en contrecarrant certains groupuscules qui sont en train de gaver les mauritaniens d’idées absurdes et maléfiques. Babacar Baye NDiaye Le Rénovateur Quotidien 

( 12 novembre, 2007 )

Signature de l’accord tripartite pour le rapatriement des réfugiés mauritaniens

 

  

Cette signature, conclue ce 12 novembre au palais des congrès de Nouakchott, couronne les multiples efforts engagés  par la Mauritanie, le Sénégal et le H.C.R. dans le cadre d’un retour organisé des réfugiés mauritaniens dans leur pays. Dans son allocution, le Ministre de l’Intérieur mauritanien, Yall Zakaria a réitéré toute la reconnaissance du gouvernement mauritanien envers le gouvernement sénégalais pour son étroite collaboration dans le retour des déportés en lui fournissant des informations utiles sur les réfugiés mauritaniens afin de s’imprégner de leur situation. Le Ministre de l’Intérieur a aussi remercié le H.C.R. qui a, depuis presque deux décennies, assisté les réfugiés mauritaniens en leur offrant sécurité et nourriture. Le Ministre a par ailleurs magnifié l’implication de certaines ONGs des droits de l’Homme dans le domaine de la sensibilisation et de la défense des intérêts des populations. Cet accord marque le démarrage du retour des déportés avec en prélude la tenue des journées de concertation prévues ce 20 novembre et destinées à sensibiliser l’opinion mauritanienne sur l’adoption d’un plan d’action définitive regroupant toutes les associations des droits de l’homme au Sénégal, en Mauritanie et en Europe. La Mauritanie, a rappelé Yall Zakaria, respectera ses engagements pris dans le cadre du retour des déportés. 

Quant au Ministre sénégalais de l’Intérieur maître Ousmane Ngom, il a réitéré l’engagement du gouvernement sénégalais à aider le gouvernement mauritanien dans le processus de rapatriement  des déportés  pour ceux qui souhaiteraient rentrer dans leur pays dans la sécurité. Cet accord, dira-t-il, à une dimension historique puisqu’il va régler de manière définitive le problème du retour des déportés. Le peuple mauritanien et le peuple sénégalais ont vécu toujours ensemble, a-t-il soutenu, au- delà des tensions consubstantielles. Ainsi donc, il est de leur rôle, en vue de préserver et renforcer les liens qui existent entre les deux peuples d’inventer de nouvelles solidarités. Pour ce qui est des associations de défense de l’homme présentes à cette cérémonie de cérémonie, dont la RADDHO et le FONADH qui ont exprimé toute leur satisfaction sur cette signature tripartite entre le gouvernement sénégalais, mauritanien et le H.C.R., qui marque enfin le début du règlement définitif de ce processus de rapatriement des déportés mauritaniens. 

Babacar Baye Ndiaye 

Le Rénovateur Quotidien 

( 12 novembre, 2007 )

Christophe Sawadogo

«Je me sers du quotidien comme substrat pour la création»

Christophe Sawadogo est un peintre burkinabé qui vit à Ouagadougou. De 1992 à 1996 il a étudié les arts et la communication avant de devenir critique d’art durant plusieurs années. Il décide ensuite de se consacrer à la peinture. La force de Christophe tient dans sa passion et sa maîtrise de la calligraphie, ainsi que dans sa fascination pour les mots et la poésie. Il travaille essentiellement avec des encres de couleur sur des fonds en papier trempés dans des bains d’encre. Ses œuvres sont exposées actuellement au centre culturel français de Nouakchott et ce durant tout le mois de novembre.

 

Le Rénovateur : On dit de vous que vous êtes parmi les artistes les plus prometteurs d’Afrique de l’Ouest ?

Christophe Sawadogo : Non ! Je trouve qu’à partir du moment où un artiste a le courage de prendre le pinceau et s’exprime dans des conditions de travail et de promotion difficile comme c’est souvent le cas en Afrique, il faut reconnaître cet artiste. Me considérer parmi les artistes les plus prometteurs en Afrique de l’ouest, c’est trop dire ! Je suis comme les autres artistes.

 

Le Rénovateur : Quelle matière utilisez-vous dans vos peintures ?

Christophe Sawadogo : Les encres de chine et à coté de cela, dans la peinture, je travaille avec des terres que je recueille chez moi (Burkina Faso, ndlr) et puis j’y ajoute des acryliques. J’obtiens par le mélange beaucoup de techniques mixtes.

 

Le Rénovateur : On remarque aussi que les femmes occupent essentiellement une bonne part dans vos peintures. Qu’est-ce qui explique cela ?

Christophe Sawadogo : Je pense que la femme est un sujet éternel et on peut débattre là-dessus jusqu’à longueur de journée. Bon ! Je ne fais pas exception en travaillant avec comme inspiratrices les femmes parce qu’avant moi, il y a eu beaucoup d’artistes. Je veux parler de Picasso entre autres artistes célèbres qui se sont référés à la femme comme thème de création. Moi, je ne fais que poursuivre la tradition.

 

Le Rénovateur : Comment cette passion pour la peinture s’est-elle réveillée en vous ?

Christophe Sawadogo : Je dirai que c’est comme toute passion, c’est comme l’amour. On ne sait pas comment on y arrive. On ne sait pas non plus comment on en sort. C’est comme ça que je peux dire. Je ne peux pas expliquer cette passion.

 

Le Rénovateur : Les prix de vos tableaux varient entre 225.000 f cfa et 1.656.000 f cfa. Est-ce que ce n’est pas trop cher pour un africain qui a un pouvoir d’achat très limité ?

Christophe Sawadogo : Non ! J’ai vu dans la rue des gens qui circulent à bord d’une limousine. Un tableau ne vaut pas une limousine ! Tout dépend de la valeur qu’on accorde aux choses matérielles ou aux choses culturelles. Il y en a qui peuvent mettre un million sur une femme et d’autres qui peuvent mettre un million sur une voiture. Pourtant, ils ne trouvent pas que c’est trop cher alors que ce sont ces mêmes objets, une fois partis en Europe, on crie à l’extraversion culturelle, on crie que nos œuvres sont en train d’être pillées. C’est parce que nous, nous n’investissons pas dans notre culture. C’est exactement cela.

 

Le Rénovateur : On dirait aussi que les artistes africains font des œuvres d’art pour une catégorie sociale bien nantie ?

Christophe Sawadogo : Je trouve que c’est assez fort  comme propos parce que moi, lorsque j’expose, je vois aussi l’homme de la rue. Celui qui a le goût, ce n’est pas forcément, celui qui a l’argent. On peut avoir l’argent et ne peut pas avoir du goût.  On peut être pauvre et avoir beaucoup de goût. L’exposition ou un vernissage, c’est une occasion pour celui qui aime la culture de venir et de voir ce qui est exposé.

 

Le Rénovateur : Est-ce que cette cherté des tableaux participe-t-elle vraiment à promouvoir les arts dans les pays africains ?

Christophe Sawadogo : Non ! Je ne trouve pas que ces tableaux sont chers(il insiste sur sa réponse). Je ne sais pas si vous connaissez déjà les marchés de l’art contemporain africain. Je vous dis que c’est un marché qui a de l’avenir. Je crois que nous ne devons pas minimiser ce que nous faisons. Il faut que les artistes africains se disent que ce qu’ils font c’est de la richesse et comme toute richesse, cela suppose beaucoup de travail et comme beaucoup de travail qui demande d’énergie et d’effort, il doit être bien rémunéré.

 

Le Rénovateur : C’est votre première venue en Mauritanie. Qu’est-ce que vous garderez comme souvenir de votre séjour ?

Christophe Sawadogo : Je garde de la Mauritanie un voyage à la rencontre d’un peuple chaleureux et aussi chaleureux que la terre qui l’accueille. Je suis heureux de retrouver dans mes peintures que les gens ont remarqué qu’il y avait une résonance avec nos couleurs et aussi avec le milieu social. Les thèmes que j’aborde ne sont pas étrangers aux thèmes qui sont abordés ici. Pour moi, c’est vraiment comme si j’étais chez moi. Je suis heureux d’autant plus que beaucoup de gens lorsqu’ils viennent me voir, il y en a ceux qui demandent si je connaissais la Mauritanie auparavant…donc, cela prouve que ce que je fais quelque part rencontre une certaine adhésion de la part des mauritaniens.

 

Le Rénovateur : La peinture c’est votre passion. Que seriez-vous devenu si vous n’étiez pas artiste peintre ?

Christophe Sawadogo : Si je n’étais pas dans la peinture(il observe un moment de silence)…si je n’étais pas dans la peinture(il se rabâche)…Non ! Je ne sais pas ce que je ferais. Je pense que si je n’étais pas dans la peinture, je serai dans un autre milieu où l’émotion est…

 

Le Rénovateur : C’est à dire que vous êtes émotif ?

Christophe Sawadogo : Dans la peinture, la poésie, la littérature, c’est l’émotion qu’on recherche. Dans tous les arts et la culture, c’est l’émotion qu’on recherche.

 

Le Rénovateur : Justement, comment faites-vous pour allier presque avec beaucoup de subtilité peinture, calligraphie, poésie, autant d’univers dissemblables ?

Christophe Sawadogo : Il y va de l’attention comme il y va de la culture. Aussi bien j’aime lire, aussi bien j’adore tout ce qui est étranger ou qui m’est semblable et la curiosité m’aide à rentrer au fond des choses et aussi à rester dans la surface des couleurs.

 

Le Rénovateur : Dans vos tableaux, vous nous invitez au respect de la femme africaine. Sa condition actuelle vous préoccupe-t-elle à ce point ?

Christophe Sawadogo : On peut y voir une lecture sous-jacente. Sinon, ce qui m’inspire davantage, c’est le vécu, le quotidien et je me sers du quotidien comme substrat pour la création, pour ce que je propose.

 

Le Rénovateur : Les œuvres d’art, en Afrique, sont souvent assimilées à des produits de luxe. Cela participe-t-il à les faire connaître davantage ?

Christophe Sawadogo : Non, à mon avis ! L’art accompagne la vie en Afrique. On n’a pas besoin d’être un nanti pour consommer une œuvre d’art. Pour moi, ce n’est pas un luxe. Il y a des richesses qui sont immortelles et pour moi, la culture l’est.

 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

Le Rénovateur Quotidien

 

( 14 novembre, 2007 )

Retour des déportés

Le H.C.R. appelle à la solidarité 

 

Avec la signature de l’accord tripartite qui régira les conditions du retour des réfugiés mauritaniens dans leur pays, entre les Ministres de l’Intérieur de la Mauritanie et du Sénégal ainsi que le Représentant du Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés en Mauritanie, ce 12 novembre dernier, tout porte à croire que nous allons nous acheminer vers la fin du long et douloureux calvaire des déportés mauritaniens qui attendaient ce jour depuis plus de 18 ans. 

 

Cette signature de l’accord tripartite pour le rapatriement des réfugiés mauritaniens couronnant les efforts des autorités sénégalaises et mauritaniennes dans la recherche de solutions consensuelles au retour des déportés complétera les mesures que le gouvernement mauritanien présentera au cours des journées de consultations nationales prévues ce 20 novembre pour régler dans le détail la question de la réintégration des rapatriés victimes des événements de 1989. En effet, ces journées de concertation, qui vont regrouper toutes les associations des droits de l’Homme vivant au  Sénégal, en Mauritanie et en Europe, toutes les organisations nées des événements de 1989, seront destinées à sensibiliser entre autres l’opinion publique sur l’adoption d’un plan d’action définitive tenant en compte toutes les parties concernées par ce retour des déportés dans leur pays d’origine. 

Cet accord triparti, lit-on dans le communiqué du H.C.R., énonce les engagements que les trois parties prennent pour le succès de ce rapatriement organisé jusqu’en décembre 2008 ainsi que pour la réinsertion durable des rapatriés dans le tissu social mauritanien dans le cadre plus large d’un programme gouvernemental de développement durable. La réalisation de ces engagements, précise toujours le communiqué, dépendra de la solidarité de la communauté nationale mauritanienne, de la solidarité entre les deux états concernés et de la solidarité internationale qui doit accompagner ce processus de réconciliation. 

Rappelons qu’avec l’appui de la France, de l’Italie et des Etats-Unis d’Amérique, le H.C.R. a pu établir à Rosso et à Kaédi un premier dispositif d’accueil des rapatriés en collaboration avec une ONG nationale et les autorités régionales. Et selon le H.C.R., un total de 12.600 réfugiés a exprimé le souhait d’être rapatriés. 

En vue d’un retour des déportés dans des conditions conformes à leur qualité de citoyens mauritaniens et dans la jouissance de tous les droits attachés à la citoyenneté mauritanienne, le H.C.R., sera étroitement associé dans le rapatriement volontaire et organisé des réfugiés mauritaniens qui marquera la fin d’une question humanitaire restée sans réponse depuis quelques 18 années. 

 

Réactions sur cette signature tripartite 

 

Alioune Tine, S.G. de la RADDHO 

«Une page historique vient d’être tournée» 

J’estime qu’il y a une page historique de la tragédie que ce pays a vécue qui vient d’être tournée. Je pense que le Président de la République, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a pris une décision courageuse, une décision responsable qui, si elle respecte les intérêts des réfugiés, permettra de réconcilier la Mauritanie avec son histoire, sa géographie et avec elle-même (…) 

Je n’ai pas de doute non plus. C’est une décision difficile. Tout le monde le sait. C’est une décision qui doit être soutenue de façon consensuelle. Je pense aussi que si tout le monde y met du sien et qu’il n y ait pas d’instrumentalisation politique de cette affaire parce que tous les risques viennent de là, il n y a pas de raison pour qu’on réussisse. Donc, il ne faut pas se faire d’illusion. Il y aura toujours de la résistance et des blocages. Si la Société Civile aussi continue à faire le travail de sensibilisation et l’Etat à manifester toute sa volonté politique de régler les intérêts des réfugiés selon les normes c’est à dire les engagements souscrits par la Mauritanie, je pense qu’on va réussir. 

 

Mamadou Sarr, S.E. du FONADH 

«Cette signature augure un bon retour des déportés» 

Je crois que c’est un grand jour parce que cela fait deux décennies qu’on attendait cette occasion. On ne peut que s’en féliciter et autant que faire accompagner cette décision. Le fait que cet accord triparti ait été signé par la Mauritanie, le Sénégal et le H.C.R.  augure un bon retour des déportés(…) 

On a toujours des appréhensions dans ces genres de problème parce qu’il y a des résistances et d’autres facteurs. Mais, je crois, que c’est un début qui permet de décrisper la situation dans la mesure où aujourd’hui, il y a une volonté manifeste du gouvernement mauritanien de régler ce problème. Je crois aussi que cette signature prépare correctement les journées nationales de concertation autour de cette question. Pour le moment, je suis optimiste même si c’est mesuré. Maintenant, avec le temps et le déroulement de cette affaire, nous allons voir. 

 

Francis Kpatindé, porte-parole du H.C.R. en Afrique de l’Ouest 

«Nos équipes sont prêtes» 

Je me réjouis de la signature de cet accord qui était attendu depuis plus de 18 ans. Vous savez que ces gens sont partis de la Mauritanie dans des conditions regrettables, dans des conditions que nous connaissons tous. Donc, on ne peut que se réjouir de leur retour imminent. Le rapatriement commencera sans nul doute début décembre. Nous allons rapatrier et ramener dans leur pays d’origine quelques 24.000 négro-mauritaniens. Nous avons pour cette occasion 4 bureaux installés  sur les deux rives du fleuve Sénégal à Richard-Toll et à Ourossogui coté sénégalais et 2 autres bureaux à Kaèdi et à Rosso coté mauritanien. Nos équipes sont prêtes pour accompagner le processus de retour des déportés mauritaniens (…). 

Cette signature nous rassure puisque c’est une bonne chose. Nous avons une équipe élue démocratiquement à la tête de la Mauritanie aujourd’hui. C’est un bon signal que le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi se soit engagé au retour de ses compatriotes. Je pense qu’il faut saisir la balle au bond (…). 

Il n y a aucune entreprise humaine sans difficultés. Il y aura des couacs mais je crois que la volonté politique y est. Il faut saisir cette chance. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

Le Rénovateur Quotidien 

( 15 novembre, 2007 )

Dany Doriz

 

 «Le jazz n’est pas en décalage !» 

 

Marié et père de trois enfants, Dany Doriz a sorti à son actif 25 albums dont le plus célèbre restera sans doute «My Favorites Vibes». Sa passion pour le jazz n’est plus à démontrer. Depuis plus d’un demi-siècle, il bourlingue à travers le monde entre l’Europe, l’Afrique et les Etats-Unis. La semaine dernière, il était de passage à Nouakchott. Le Rénovateur Quotidien en a profité pour lui poser quelques questions relatives à la musique jazz. 

 

Le Rénovateur : Le jazz n’est plus ce qu’il était. N’avez-vous pas peur qu’il disparaisse un jour face à la montée en puissance d’autres tendances musicales plus écoutées ? 

Dany Doriz : Au contraire ! Je suis un grand défenseur du jazz swing, de la musique swing et du jazz festif. La musique que nous avons joué ce soir (8 novembre dernier, ndlr), c’est ce que j’appelle «le swing music» qui plaît à tout le monde même aux gens qui ne sont pas de grands amateurs de jazz (…). Je m’occupe beaucoup de festival en Europe. J’organise la programmation et partout, ça marche très bien parce que j’élimine à tort ou à raison tout ce qui n’est pas vraiment du jazz. Toutes les musiques ont droit d’exister mais elles ne devraient pas toutes s’appeler jazz rock, jazz union ou free jazz. Pour moi, le jazz c’est une musique qui doit swinguer, swinguer et être festif. 

 

 Le Rénovateur : En tant qu’artiste, vous voyagez beaucoup. Votre carrière musicale ne vous prive-t-elle pas votre vie familiale ? 

Dany Doriz : Pas du tout ! La vie familiale, pour moi, c’est très important. Quand je suis chez moi, je travaille beaucoup. Je récupère du temps sur le plan familial. 

 

Le Rénovateur : Tous les jazzmen, enfin presque, aiment les femmes. Est-ce votre cas ? 

Dany Doriz : Eh ! bien, j’aime garder une jolie femme. Bien sûr, j’aime garder une jolie femme. J’aime les femmes surtout quand elles sont belles. Je préfère la belle musique et je préfère les jolies femmes plutôt que les moches musiques et les femmes qui ne sont pas belles. 

 

Le Rénovateur : C’est très rare de voir un jazzman surtout présentement qui ne fait pas de reprises. Est-ce que cela veut dire que les jazzmen actuels sont en manque d’inspiration ? 

Dany Doriz : On reprend bien sûr les thèmes qui ont été rendus célèbres par de grands musiciens tels que Lionel Humton, Louis Amstrong, Eroll Garner mais aussi on joue des thèmes que l’on compose, toujours dans l’idée du «swing music». (…) Les créateurs du jazz sont tous morts. Il y a une nouvelle génération de musiciens aussi bien en Europe, en Afrique et aux Etats Unis qui joue de la bonne musique de jazz presque aussi bien que les créateurs. 

 

Le Rénovateur : On a l’impression aussi que le jazz actuellement est en décalage par rapport aux autres styles musicaux. Comment pouvez-vous expliquer cela ? 

Dany Doriz : Non, je pense que le jazz n’est pas en décalage ! Ce sont les médias qui sont en décalage. Il n y a plus de mélodie, de ligne harmonique alors que le public, lui, est très réceptif. Ce sont les médias qui ne sont pas dans le coup. 

 

Le Rénovateur : Tous les jazzmen ont leurs maîtres. Quels sont, vous, vos maîtres ? 

Dany Doriz : C’est le premier vibraphoniste au monde. Lionel Humton. J’ai été son ami pendant 30 ans. J’allais souvent chez lui aux Etats Unis. J’ai fait des tournées avec lui. C’est mon maître. Quand j’étais jeune, c’était mon idole. 

 

Le Rénovateur : Avez-vous déjà eu l’occasion de venir en Mauritanie ? 

Dany Doriz : C’est la première fois et j’en suis très ravi. Ça vit et bouge beaucoup. Je crois que c’est un pays d’avenir où c’est sûr plus ça va aller,  plus les gens vont aimer le jazz. 

 

Le Rénovateur : Aujourd’hui, le jazz est peu écouté à travers le monde. Croyez-vous qu’il reprendra ses lettres de noblesse ? 

Dany Doriz : Je crois que les choses sont sur la bonne voie surtout que les musiciens vont continuer à persévérer pour créer de belles mélodies, à swinguer. 

 

Le Rénovateur : Dans ce cas, que faudra-t-il faire pour que le jazz connaisse un nouveau souffle, une nouvelle résurgence ? 

Dany Doriz : Je crois qu’il faudrait en envoyant de temps en temps à la télévision. Les musiciens statistiques, qui jouent tout seul des morceaux, sans mélodie et sans ligne harmonique, vont être éliminés. 

 

Le Rénovateur : Vous est-il déjà arrivé de vouloir abandonné le jazz et tenter une autre expérience ? 

Dany Doriz : Jamais ! J’ai toujours fait de la musique. Dès l’âge de 3 ans, je faisais de la musique classique, du piano et du saxophone. J’ai commencé le jazz à 16 ans. Cela fait plus de 40 ans maintenant que je suis dans la musique. Je n’ai jamais eu une seule seconde envie d’arrêter. 

 

Le Rénovateur : Lorsque vous voyez que dans les écoles de musique, il y a très peu de jeunes qui s’intéressent au jazz, qu’est-ce que cela vous fait ? 

Dany Doriz : Parce qu’on ne sait pas leur expliquer ce que c’est la vraie musique de jazz. 

 

Le Rénovateur : N’est-il pas urgent de revenir aux sources authentiques du jazz, de le redéfinir voire même de le moderniser ? 

Dany Doriz : Le jazz, c’est une musique moderne puisqu’on dit maintenant que c’est la musique classique du 20ème siècle. Donc, c’est une musique très récente. On ne peut pas dire non plus qu’elle est ringarde. Au contraire, elle est complètement à la mode. Toutes les musiques d’aujourd’hui, même le Rap, viennent du jazz parce que quelque part, les rappeurs swinguent. La base du swing c’est le jazz. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 Le Rénovateur Quotidien

( 18 novembre, 2007 )

Saidou Adama Gaye, chanteur-compositeur

 

 

«Sur scène, pour être agréable aux yeux des gens, j’essaie de leur cacher ma personne» 

 

Né en 1983, il a commencé à chanter à l’âge de 12 ans dans les écoles. Ayant grandi entre la Mauritanie et le Sénégal, Saidou Adama Gaye a connu une enfance mouvementée puisqu’il a perdu très tôt son père et sa grand-mère. Très apprécié par ses talents de musicien, il est souvent comparé à Baba Maal. 

  

Le Rénovateur : La première chose qui attire l’attention sur votre groupe, c’est qu’il est composé essentiellement de jeunes de moins de 30 ans. Est-ce un choix personnel ? 

Saidou Adama Gaye : Effectivement, puisque j’ai toujours voulu s’entourer de jeunes qui peuvent m’accompagner et avec qui aussi je peux m’entendre parfaitement. Je peux me défouler comme je veux pendant les répétitions sans le moindre complexe. Par contre, avec des gens plus âgés que moi, c’est toujours difficile. 

 

Le Rénovateur : On peut dire que votre musique n’est pas une musique traditionnelle. Ce qui est curieux puisque vous êtes hall poular. Votre musique, elle est plutôt moderne et surtout rythmique. 

Saidou Adama Gaye : Nous sommes au 21ème siècle et le monde a beaucoup évolué. En matière de musique traditionnelle, on ne peut pas faire mieux que certains artistes hall poulars. Mais par contre, dans la musique moderne, on peut créer des choses que les gens ne connaissaient pas et d’ailleurs qui peuvent être agréables. C’est mon objectif puisque je me bats pour le faire nuit et jour. 

 

Le Rénovateur : Votre musique ne laisse personne sur le carreau. Même les «toubabs» dansent bien votre musique.   

Saidou Adama Gaye : C’est parce qu’au moins, je ne dirai pas qu’elle est bien faite, elle est acceptable. Si une musique est acceptable, elle est donc universelle. Lorsqu’elle est universelle, elle appartient à tout le monde. C’est pourquoi tout le monde a dansé parce que se reconnaissant dans cette musique. 

 

Le Rénovateur : Tout le monde est unanime sur vos qualités de musicien. Quel est votre secret ? 

Saidou Adama Gaye : Certes, les gens m’apprécient beaucoup mais chacun a ses défauts. Peut-être que j’essaie de leur cacher réellement la personne de Saidou sur scène pour être agréable aux yeux des gens. 

 

Le Rénovateur : Vous êtes jeune et simultanément musicien. Quel message lancez-vous dans vos textes à ces jeunes désespérés qui prennent le chemin de l’émigration clandestine ? 

Saidou Adama Gaye : La différence entre les artistes, c’est le fait d’être engagés ou non. Je ne dirai pas que je complètement engagé mais d’une part je le suis car j’essaie de lancer des messages qui peuvent servir à mon pays, à ma jeunesse et à la jeunesse mondiale. Je chante en poular certes, mais j’ai l’impression de m’adresser à tout le monde. 

 

Le Rénovateur : On vous compare aussi à Baba Maal, une autre icône de la musique hall poular. Qu’est-ce que cela vous fait ? 

Saidou Adama Gaye : Cela me fait énormément plaisir car le fait d’être comparé à lui, c’est déjà quelque chose puisque Baba Maal est parmi les grands musiciens de ce monde. Certainement que je garde quelque chose en moi qui reflète sa personnalité, je ne sais pas, mais quand même cela me fait plaisir. 

 

Le Rénovateur : D’ailleurs, qui vous a initié à la musique ? 

Saidou Adama Gaye : Ce sont certains de mes compagnons qui m’ont initié à la musique (il cite Malick Wade). Ils ont remarqué mes qualités et ont pu déclencher ça en me poussant à faire de la musique. Au départ, je n’avais pas accepté. 

 

Le Rénovateur : Ce que vous faites-là donc, vous ne l’avez pas hérité ? 

Saidou Adama Gaye : Si, si. Ma grand-mère chantait. Elle était connue pour ses chansons. Mon père, lui aussi, chantait mais pas tellement. Il a très tôt laissé. Il y a aussi mon oncle(Yéro Mota) qui chantait lui aussi. Si je veux chanter des chansons traditionnelles, je reprends leurs chansons. 

 

Le Rénovateur : Dans vos chansons aussi, vous vous référez souvent à Dieu et à son Prophète Mohamed (PSL) surtout pour un jeune de votre trempe. 

Saidou Adama Gaye : C’est parce que je suis avant tout un croyant. L’étant ainsi, je crois que je dois jouer un rôle qui peut être intéressant dans la société. Etant croyant aussi, j’appelle le monde à être croyant. Etant musulman, on commet des erreurs sans s’en rendre compte et je dois être en mesure de faire revenir les gens à leur religion. 

 

Le Rénovateur : On peut savoir ce que vous attendez pour sortir votre premier album ? 

Saidou Adama Gaye : Il faut être mûr sur le plan musical avant de sortir un album. Cela ne fait pas à peine trois lorsque j’ai débuté dans la musique. Donc, il faut patienter. J’ai un répertoire très riche mais je ne veux pas pour le moment sortir un album. Je suis prêt mais je veux attendre un peu pour acquérir plus de maturité et d’expérience. 

 

Le Rénovateur : Vous aussi, vous vous inscrivez dans la continuité des chansons laudatives ou élogieuses. Est-ce à dire que vous ne pouvez pas vous en passer ? 

Saidou Adama Gaye : J’ai toujours vécu avec des gens expérimentés.  Ce qui m’a un peu aidé. Actuellement, je ne peux pas m’en passer puisqu’il y a des gens proches qui n’ont pas cessé de me soutenir. Donc, je leur rends hommage. Les gens que je chante ce sont des gens qui m’ont aimé et aidé pour que je puisse devenir aujourd’hui ce que je suis actuellement.    

 

Le Rénovateur : Sur scène, vous devenez un autre Saidou. Où puisez-vous toute cette énergie que vous redonnez au public ? 

Saidou Adama Gaye : Tout simplement, parce que j’ai pu débuter à l’âge jeune mes activités artistiques. Donc, je suis habitué. C’est pourquoi cela ne me dérange pas de changer de tempo ou de tempérament en fonction de la musique qu’on joue sur scène. 

 

Le Rénovateur : Non seulement, vous êtes profondément attaché à vos origines mais aussi vous semblez défendre votre culture ? 

Saidou Adama Gaye : Comme dit un proverbe français «le caque sent toujours le hareng ». Donc, si je suis en mesure de faire quelque chose, je le ferai d’abord pour ma société, ma culture et après extérioriser. 

 

Le Rénovateur : Tout à l’heure, vous chantiez l’amour dans l’une de vos chansons. Cela veut-il dire que vous n’avez pas échappé aux tentacules de l’amour ? Que vous êtes amoureux ? 

Saidou Adama Gaye : C’est ma vie privée (dit-il en rigolant). De toute façon, je ne peux pas vous répondre. (J’insiste encore sur ma question). Personnellement, j’ai aimé et j’ai été heureux en amour et je continue à être heureux. C’est pour cela, je chante l’amour car cela m’a servi à quelque chose. Je ne peux pas tout raconter. Bien sûr, j’ai connu des déceptions et des succès. Actuellement, je suis heureux. C’est pour cela, j’ai pu oublier tout car l’amour est beau. 

 

Babacar Baye NDiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

Le Rénovateur Quotidien 

  

( 25 novembre, 2007 )

Journées nationales sur le retour des déportés

 

 Un pas vers le processus de réconciliation nationale ! 

Longtemps annoncées, ces journées de concertation sur le retour des déportés ont finalement eu lieu. Ce qui n’était pas une évidence avec toutes les stratégies de sabotage et d’intoxication qui ont été âprement menées par des réseaux hyperstructurés allant même jusqu’à assimiler les récentes manifestations sur la hausse des prix au retour des déportés. Et en les tenant, non seulement, le gouvernement a tenu sa promesse mais il a voulu donner par la même occasion un signal fort et retentissant à tout le peuple mauritanien notamment à ceux qui avaient des suspicions sur la tenue de ces assises nationales. Cependant, tout le mérite revient au Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qui a eu le courage de parler d’un dossier qui était jusque là tabou. Ce n’est pas non plus son  engagement personnel sur le retour des déportés qui sera écorné puisque depuis sa campagne électorale, il a fait preuve de tout son désir de régler la question des déportés contrairement à son prédécesseur qui n’a pas voulu tremper ses mains dans la sauce. En effet, depuis son discours du 29 juin, les choses sont allées plus vite que prévues dans le bon sens et le Président de la République a bien compris que l’unité nationale- très superficielle- ne peut passer qu’à travers la résolution de certains dossiers épineux comme celui des déportés, un dossier engendré et légué par l’ancien régime. Ces journées de concertation nationale sur le retour des déportés, même s’il y a eu des voix qui se sont élevées pour dénoncer un certain manque de concertation, seront des moments forts dans le processus de réconciliation nationale. Au-delà même de l’espoir que ces journées ont suscité, elles constituent  en effet une étape très importante et décisive dans le processus de retour des déportés. Un facteur vers le processus de réconciliation nationale ! Une occasion de discuter sereinement sur les issues du règlement de ce dossier dans le consensus ! A vrai dire, ces journées de concertation doivent être saluées puisqu’elles rentrent en droite ligne dans la vision du chef de l’Etat d’une Mauritanie réconciliée avec elle-même mais surtout dans le cadre de la promotion de l’unité nationale qui passe sans doute par le règlement définitif du retour des déportés. En d’autres termes, elles serviront en effet de locomotive dans la suite du règlement du retour des déportés dans leur pays. A coup sûr, le règlement de ce dossier sera un apport considérable dans la consolidation de l’unité nationale puisque ce dossier a engendré beaucoup de haine, de tension et de frustration dans le cœur de ceux qui ont été victimes de près ou de loin des foudres de la dictature du régime déchu. Ainsi donc, ces journées de concertation nationale sur le retour des déportés constitueront sans doute un moment fort dans la consolidation des efforts du gouvernement visant à régler de manière consensuelle et dépassionnée le dossier des réfugiés et celui du passif humanitaire. Cet esprit de réconciliation nationale a plané pendant les trois jours qu’ont duré les journées au palais des congrès où la société civile, la classe politique et les associations des réfugiés ont montré leur forte implication dans le règlement définitif du retour des déportés et à leur adhésion à tout projet de rétablissement de la confiance et du respect entre tous les mauritaniens. Après 18 années d’exil forcé, les déportés mauritaniens vivent les derniers moments d’un long et douloureux calvaire. Ces journées qui ne sont qu’un prélude à leur rapatriement marqueront à coup sûr l’esquisse d’une nouvelle ère dans la réconciliation nationale. Et aujourd’hui, nul ne s’émeut que les détracteurs de la réconciliation nationale, de la démocratie, des libertés publiques, de la paix et de la justice sociale souhaitassent  et priassent ardemment pour que les journées de concertation sur le retour des déportés ne connaissent pas un franc succès ou ne produisent pas des résultats prometteurs. Piqûre de rappel ! Pendant leur règne au pouvoir, pendant cette période où il fallait suivre ou périr, au summum de leur gloire, ils n’ont cessé d’exhiber sans gêne que ces «déportés mauritaniens» n’étaient pas des leurs, qu’ils appartenaient à un autre pays. Ces «mauritaniens», leur tort c’est d’être nés en Mauritanie. Leur tort, c’est d’être des «Kowriyas» comme ils disent. Depuis le discours du Président de la République sur le retour des déportés mauritaniens, le 29 juin dernier,  ils ne dorment plus. Comme hier, ces détracteurs continuent encore à battre en brèche tout projet de retour des déportés dans leur pays d’origine. A commencer par intoxiquer les populations ! Peut-être que le syndrome de la peur d’être masqués un jour les habite, une trouille presque inséparable. Mais, comme l’a rappelé le Président de la République dans son discours d’ouverture des journées nationales de concertation et de mobilisation pour le retour des réfugiés et le règlement du passif humanitaire au Palais des congrès ce 20 novembre, il ne s’agira pas de faire la chasse aux sorciers. Il faut être humble pour tenir un tel propos ! Même s’il est trop tôt de tirer le chapeau à Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, de lui dresser des lauriers, il a accompli sa mission, celle d’avoir assumé la responsabilité de l’Etat mauritanien en reconnaissant de manière officielle les forfaits qui ont été commis au nom de la puissance publique. C’est aux populations de se l’en approprier et de continuer cette œuvre de réconciliation nationale. Il n y a pas d’opprobre aujourd’hui pour eux de faire amende honorable. La lutte ne fait que s’esquisser et le plus difficile reste à faire. Les témoignages entendus par-ci et par-là au palais des congrès à l’occasion des journées de concertation convergent parfaitement au même point et témoignent de toute évidence d’une volonté commune de transcender certaines émotions à la limite compréhensibles. Le retour des déportés suscite beaucoup de débats au sein de la population mauritanienne mais aussi beaucoup de zones d’incongruités et d’incompréhension de la part de certaines personnes très réceptives à certaines déclarations enflammeuses. Ceci passe incontestablement dans la sensibilisation. C’est un volet qui ne devrait pas être omis si on veut réussir ces journées de concertation sur le retour des réfugiés mauritaniens, si on veut qu’elles servent à quelque chose de symbolique. Certes ce problème est politique mais il concerne tout le monde. Le retour des déportés, on en parle à longueur de journée, mais très peu de personnes en appréhendent l’enjeu ou les enjeux.  Ce rôle incombe de prime abord aux pouvoirs publics notamment aux walis, aux hakems, aux maires, aux représentants du peuple qui doivent apporter leur effort dans ce vaste mouvement de retour des déportés. Puisqu’au moins plus 20.000 réfugiés mauritaniens seront concernés par le plan de rapatriement concocté par l’état mauritanien, sénégalais et le H.C.R. Ce qui n’est pas une mince affaire ! Une complexité qui s’explique par la durée que cette affaire a provoquée. Dans cette perspective, les médias doivent jouer leur rôle de courroie de transmission. L’avenir de la Mauritanie dépendra sans doute de ce qu’en feront surtout les hommes politiques qui sont souvent responsables de certaines dérives ! 

Babacar Baye NDiaye    

 

( 25 novembre, 2007 )

Journées Nationales de Concertation sur le retour des déportés

Une initiative saluée par tous les particiapnts

L’initiative prise par le gouvernement mauritanien d’organiser des Journées Nationales de Concertation sur le Retour des Déportés et le Passif humanitaire a été beaucoup saluée et à l’unanimité par l’ensemble des participants à  cet événement de grande envergure nationale venus du Sénégal, du Mali, de la France…

Cette initiative sur le retour des déportés et le passif humanitaire, qui est une première, a été qualifiée de «louable» par les participants. Parmi eux,  Ba Oumar du Rassemblement pour l’Egalité et le Développement, un mouvement associatif basé à Nouakchott et ayant participé aux travaux de l’atelier Insertion des Réfugiés. «C’est une initiative très courageuse et très sage que le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a pris. Si vraiment, les gens appliquent sur le terrain ce qui a été dit, on peut dire que la Mauritanie tournera définitivement la page de son passé douloureux.» Même son de cloche de la part de Mohamed Abdellahi Bellil, acteur de la société civile, qui pense que ces journées permettront de continuer la concertation. «Ce fut un moment très fort d’échanges, de compréhension et de consensus d’autant plus qu’il s’agissait des journées nationales de concertation sur de grandes questions nationales très sensibles qui intéressent et engagent tout le monde pour l’avenir de ce pays et pour son sort. Le fait que tous les acteurs impliqués et concernés de près ou de loin aient assisté à ces journées de concertation est une bonne chose. Les discussions ont permis de dégager de grandes lignes, des pistes qui vont nous conduire sur le bon chemin.» 

De l’avis général des participants, le ton a été pondéré et il n y a pas eu de passion observée ça et là. Ainsi donc, un esprit d’optimisme a régné  au palais des congrès où il y avait une compréhension large de tous les enjeux et surtout une volonté commune et partagée d’œuvrer pour la réconciliation nationale, l’unité et la cohésion sociale. «Ces journées furent constructives, note Ousmane Barry, coordonnateur de l’Union des Associations des Réfugiés Mauritaniens au Sénégal, dans la mesure où nous avons pu nous entendre sur l’essentiel et se parler en tant que fils de ce pays. Il leur convient de se retrouver et d’agir au nom de l’unité nationale, passer aux choses sérieuses et à la construction de notre Etat. » Et d’autres comme Fadiga Tijane membre du Covire préconise, pour des raisons de stabilité politique et sociale mais surtout de dépassement,  la voix du dialogue. «Nous sommes encore un Etat fragile. Il faudrait apaiser les esprits, trouver un terrain de consensus et appuyer la politique du Président de la République. Il y a eu des actes commis par des gens certes mais il faudrait qu’on essaie d’aller au dialogue. » Ces crimes sont rangés dans un registre aux couleurs sombres appelé «passif humanitaire».

En effet, le passif humanitaire a constitué l’épine dorsale au cours des discussions puisqu’il est au cœur même du problème des réfugiés. Mais aussi une corde raide qui appelle beaucoup de prudence et de responsabilité pour certains participants. «Il faut laisser le temps aux gens pour qu’on puisse trouver un consensus national. Ce qui a été fait est fait. Les faits sont connus ! Il y a des solutions à tout problème. Il ne faudrait pas aller dans la brutalité des choses», prévient Fadiga Tijane, victime des exactions de 1990 et délégué médical au Covire tout en souhaitant que la lumière soit faite sur les actes commis par des fonctionnaires de l’Etat. «Nous préconisons, poursuit-il, la création d’une commission nationale ou internationale pour ce problème-là. A défaut d’une commission internationale, créer une commission nationale puisque c’est avant tout un problème national que nous devons traiter au niveau national et voir avec le pouvoir en place comment trouver des solutions. Il ne faudrait pas qu’on utilise cela comme une arme de revanche. »

Durant le déroulement des travaux dans les ateliers, il y a eu toutefois quelques points saillants qui n’ont pas été complètement évacués ou pris en considération. C’est par exemple le cas de la question des indemnisations et l’insertion dans la vie active des réfugiés mauritaniens qui voudraient revenir. «On a remarqué que la plupart de ces réfugiés qui ont été victimes des déportations étaient des éleveurs. Mais dans les documents, c’est juste dans une phrase où on a parlé qu’on va chercher une solution convenable pour eux mais on n’a pas beaucoup précisé quels genres d’indemnités ou de compensations va-t-on leur donner. On sait que c’est un point essentiel dans l’éventuel retour de ces réfugiés mauritaniens. On a dit qu’on va essayer de les donner des projets, des terres pour ceux qui n’en avaient pas et pour ceux qui en avaient, on va essayer de récupérer leur terre et de les leur rendre», fait observer Ba Oumar, participant à l’atelier Insertion des réfugiés et membre du Rassemblement pour l’Egalité et le Développement. «De manière générale, ce qui a été conçu dans les papiers recoupe nos vœux. Le seul point d’achoppement essentiel, c’est le passif humanitaire. Maintenant, les réfugiés que nous sommes et qui sont au centre de ce problème doivent être représentés en amont et en aval dans ce problème», soutient Ousmane Barry.

Les journées de concertation nationale sur le retour des déportés mauritaniens et le passif humanitaire ont presque mobilisé toutes les bonnes volontés de ce pays. Là où on a pu vraiment associer les hommes politiques, la Société Civile, les médias entre autres, on pouvait assimiler les acteurs culturels qui ont été les grands oubliés de ces Journées Nationales de Concertation. D’ailleurs, ceux que nous avons accrochés au passage ne sont pas allés avec le dos de la cuillère pour critiquer vertement cette absence des acteurs culturels qui peuvent jouer aussi, à leurs yeux, un rôle de sensibilisateurs. Omission ou ignorance ? Abderrahmane Salem, directeur de la maison des cinéastes répond : «C’est une ignorance. Ils(les pouvoirs publics, ndlr) ne sont pas capables de travailler sur une grande action. Le retour des déportés  mauritaniens et le passif humanitaire, c’est un travail de sensibilisation d’abord parce qu’il y a un devoir de mémoire, des choses à témoigner, à dire et c’est avec les acteurs concernés qu’on peut faire cela.» Rappelons aussi que les autorités avaient promis de projeter «Le cercle des noyés» à l’occasion de ces journées de concertation. Il n’en fut rien et Abderrahmane a dû mal à cacher sa déception et son amertume. «Je ne comprends pas pourquoi. Elles avaient publié officiellement une déclaration du Ministère de la Culture et de la Communication en disant qu’elles vont intégrer le film «Le cercle des noyés» dans la campagne de sensibilisation sur le retour des déportés et le passif humanitaire.»

Certains participants ont pointé un doigt accusateur sur ces journées de concertation où ils ont constaté un manque de communication. Ce qui n’est pas de l’avis de Bouzoumou Ould Cheikh Ahmed qui a soutenu le contraire. «Si on pense à l’ordre institué au sein des différents ateliers, on peut affirmer que l’organisation de ces journées s’est bien passée. Tout le monde a eu l’occasion de parler dans le calme et tous les différents ateliers ont été dotés de moyens nécessaires pour pouvoir faire le travail correctement.»

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr

Le Rénovateur Quotidien

 

( 6 décembre, 2007 )

Hassane Kassi Kouyaté, comédien

 

 « Ce qui est intéressant dans le livre de Kourouma, c’est qu’il fait un constat sans concession… » 

Ce samedi 24 novembre dernier au Centre Culturel Français de Nouakchott, «Le Théâtre de Labrador» venue de France présentait «Monné, outrages et défis» de Ahmadou Kourouma, une mise en scène réalisée par Stéphanie Loik. En l’absence de celle-ci, Hassane Kassi Kouyaté, directeur de festivals, metteur en scène, comédien et conteur s’est confié aux colonnes de Rénovateur Quotidien pour parler de certaines questions que soulève cette œuvre romanesque, une véritable fresque de la colonisation française en Afrique de l’Ouest. 

 

Le Rénovateur : Est-ce qu’il est facile d’adapter au théâtre une œuvre romanesque comme «Monné, outrages et défis» de Ahmadou Kourouma ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Aucune œuvre romanesque n’est facile à adapter au théâtre parce que c’est d’abord du roman. Donc, il faut savoir par quel bout le prendre et savoir aussi l’adapter aux contraintes du théâtre. C’est très difficile surtout pour cette œuvre particulièrement qui est une œuvre sur l’histoire de la colonisation française en Afrique de l’Ouest. C’est un travail immense ! 

 

Le Rénovateur : Quelle différence y a-t-il entre l’adaptation théâtrale de  Monné, outrages et défis et Monné, outrages et défis, en tant qu’œuvre romanesque ? 

Hassane Kassi Kouyaté : La différence c’est que d’abord le roman est une sorte d’épopée, de souffle et de saga. Il y a plein de choses qui sont évoquées ! Dans cette œuvre, nous avons pris une seule ligne.  C’est l’histoire du train. 

 

Le Rénovateur : Qu’est-ce que vous avez voulu faire partager avec les gens lorsque vous avez décidé d’adapter ce roman au théâtre ? 

Hassane Kassi Kouyaté : C’est moi qui ai proposé à Stéphanie Loik ce roman(la metteuse en scène du roman, ndlr). Stéphanie, c’est une femme qui travaille beaucoup, qui fait du théâtre qu’on appelle du «théâtre politique». On dit souvent que son théâtre est un théâtre engagé. On avait déjà travaillé sur un texte sur «les enfants soldats» par la suite, elle  m’a demandé d’autres thèmes sur l’Afrique. Et nous, nous pensons aujourd’hui, à l’heure actuelle, il est important de rappeler l’histoire. Ce qui nous a motivés en première ligne, c’est de remettre l’histoire sur le devant de la scène. On dit quand on ne sait pas ce qui s’est passé, on ne sait pas ce qu’on va faire. On se base sur des expériences positives et négatives du passé. 

 

Le Rénovateur : Pensez-vous que les gens s’intéressent toujours au théâtre en Afrique ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Je suis africain mais je vis en France. Je ne peux pas parler totalement du théâtre africain en général mais dans quelques pays d’Afrique de l’Ouest que je connais, je pense que les gens  sont intéressés à un certain type de théâtre. Parfois, c’est les thèmes qui les intéressent mais les formes ne les intéressent pas. Je pense qu’il y  a une réflexion à faire sur l’adéquation du fond et de la forme aujourd’hui au théâtre pour qu’il intéresse davantage les gens. 

 

Le Rénovateur : Monné, outrages et défis, c’est l’abdication d’un roi devenu fantoche malgré lui ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Oui, malgré lui, il était devenu fantoche parce qu’il croyait dur comme fer et en plus il a été manipulé aussi par l’interprète. Les interprètes ont joué un rôle assez déterminant dans la colonisation qu’elle soit positive ou négative ! 

Le Rénovateur : Durant la mise en scène, par la bouche de l’interprète, on apprend que l’homme blanc est bon. L’est-il toujours à votre avis ? 

Hassane Kassi Kouyaté : L’homme blanc n’est pas toujours bon. En réalité, c’est un homme. Dans tous les peuples du monde, il y a du bon et du mauvais. Par contre, ceux qui étaient venus, ils n’étaient pas venus avec de bons sentiments. Même si l’objectif était de piller les richesses naturelles de nos pays ! Appelons un chat, un chat. Dans tout acte humain, il y a toujours du bon. Ils ont aussi posé des actes qui sont bons. 

 

Le Rénovateur : Monné, outrages et défis, c’est aussi une véritable fresque de la colonisation ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Mais c’est une vraie fresque ! C’est 100 ans d’histoire de l’Afrique de l’Ouest. Il(Ahmadou Kourouma, ndlr) a fait une belle recherche historique qu’il a romancée. 

Le Rénovateur : L’argent occupe une place centrale dans Monné… 

 

Hassane Kassi Kouyaté : Oui, parce qu’il a transformé les gens ! Avant, dans nos sociétés, il n y avait pas d’argent. Maintenant, c’est l’argent. 

Le Rénovateur : Cet argent-là n’a-t-il pas bouleversé les habitudes de vie des noirs qui ne connaissaient pas cela ? 

Hassane Kassi Kouyaté : C’est évident puisque nos sociétés étaient complémentaires traditionnellement. Ce n’était même pas des sociétés de troc. Et puis, cela  a évolué à partir du moment où l’argent est venu, il y a eu ce qu’on appelle l’appât du gain et l’individualisme s’est développé. Ça a créé ce qu’on sait aujourd’hui ! 

 

Le Rénovateur : Le toubab n’a-t-il pas simplement changé les mentalités des noirs en leur imposant des modes de vie qui n’étaient pas les leurs ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Bien sûr puisque le toubab a décidé qu’il fallait nous civiliser puisque nous étions des sauvages. Cela veut dire que ce que nous avions comme modes de vie n’étaient pas bien. Donc, il fallait appliquer une autre mode de vie. C’est sûr qu’ils ont bouleversé nos modes de vie africaine ! 

 

Le Rénovateur : Le langage du colonisateur  a-t-il toujours été vrai ? 

Hassane Kassi Kouyaté : C’est une interrogation légitime. Par exemple, lorsqu’on fait croire à Djigy, roi de Soba qu’on va lui donner le train, nous savons tous comment cela s’est passé. Ces rois-là, on les avait fait passer à l’expo universelle coloniale en France. On les avait montrés le train. C’est vrai ! Ils y ont cru mais le blanc sait que cela ne se fait pas en un jour ou deux jours. On était dupé parce qu’on était naïf. 

 

Le Rénovateur : C’est le cas de Djigy qui a  été dupé par le colonisateur qui lui a promis monts et merveilles qui, finalement, ne verront pas jour ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Oui, il a été dupé par le colonisateur mais en même temps aussi par l’histoire parce que pendant la chose, la guerre s’est quand même éclatée en France. Ce qui n’était pas prévu. Il y a donc l’histoire. On n’est pas toujours maître du destin. Il y a la duperie des toubabs mais aussi les circonstances imprévisibles de la vie qui sont venues perturber l’initiative des français puisqu’ils suspendront la construction du train pour envoyer les tirailleurs. 

 

Le Rénovateur : Est-ce que cela signifie que la naïveté de certains de nos rois a grandement facilité l’implantation de la colonisation en Afrique de l’Ouest en croyant dur comme béton tout ce que leur disait le toubab ? 

Hassane Kassi Kouyaté : IL ne faut pas trop parler de naïveté. C’est vrai qu’il y a eu la naïveté des rois. Ce qui est intéressé dans le livre de Kourouma, c’est qu’il fait un constat sans concession en disant qu’il y a la naïveté mais aussi la complicité des africains. Il ne faut pas non plus mentir. Si on rétablit l’histoire, on pourra avancer parce qu’on ne peut pas dire que tout était à la faute des blancs. Quand on analyse, selon quelques chercheurs, il n’y avait pas plus de 12.000 blancs dans toute l’Afrique de l’Ouest et nous, nous étions combien de millions. Qu’est-ce qu’ils ont fait(ces rois, ndlr) ? Ils ont crée ce qu’on appelle les classes sociales pour garder leurs privilèges. Qui étaient les collecteurs ? C’était des noirs qui matraquaient leurs frères ! Donc, ils sont aussi complices. 

 

Le Rénovateur : Monné… c’est aussi l’affrontement de deux civilisations différentes, deux religions dissemblables et deux modes de vie contradictoires ? 

Hassane Kassi Kouyaté : C’est tout le débat que nous avons en tant qu’africains entre la culture de nos ancêtres et la religion ancestrale, notre religion de base qui est l’animisme qu’on le veuille ou non. Après, il y a eu l’Islam que certains peuples africains ont adoptés et les gens se sont retrouvés avec du syncrétisme. Et selon les difficultés, quand ils n’arrivent pas à résoudre les problèmes par l’un, ils vont vers l’autre. 

 

Le Rénovateur : Les ravages et les désastres des deux guerres mondiales sont évoquées aussi dans Monné… ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Bien sûr ! Les deux guerres mondiales ont été terribles dans tous les systèmes parce qu’il fallait des bras, de la matière première pour faire marcher les usines. Et où cela se trouvait  ? Chez nous ! 

 

Le Rénovateur : Les noirs ont participé à ces deux guerres mondiales à coté des français. Mais la France n’a pas été reconnaissante envers ces noirs appelés communément «tirailleurs sénégalais» ? 

Hassane Kassi Kouyaté :  Nous savons que c’est un grand combat que nos grands-parents ont mené, que nos pères mènent et que nous devons  mener,  nous aussi. Maintenant, les derniers rares qui restent, ils ne vont pas pouvoir bénéficier ou profiter des pensions liées à une sorte d’équité. 

 

Le Rénovateur : Peut-on penser donc que la France a trahi ceux qui avaient participé à sa libération ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Bien sûr que c’est une trahison même s’ils essaient de remédier à certaines choses. Des monuments sont en train d’être faits partout en France pour les tirailleurs sénégalais. Ils essayent. Mais il y a beaucoup de choses qui ont été faites. Cependant, il y a encore beaucoup à faire. 

 

Le Rénovateur : A travers Monné, outrages et défis, Ahmadou Kourouma n’a-t-il pas voulu nous dire que l’Afrique et les Africains doivent se suffire pour sortir de sa situation actuelle ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Ce que je crois comprendre c’est que nous les Africains, arrêtons de dire que c’est la faute des blancs. Réglons nos vrais problèmes. Si on se donne la main, on peut faire beaucoup de choses. 

 

Le Rénovateur : Où en serait aujourd’hui l’Afrique s’il n y avait pas eu la colonisation ? 

Hassane Kassi Kouyaté : C’est très difficile de répondre à cette question personnellement puisque je suis un enfant né après les indépendances. Je pense que l’Afrique serait autrement mais qu’on ne serait pas malheureux. 

 

Propos recueillis 

Babacar Baye Ndiaye 

( 6 décembre, 2007 )

Journée Mondiale de Lutte contre le Sida

 

 Casser le mythe qui entoure le VIH/Sida 

 

A l’instar de la communauté internationale, la Mauritanie a célébré la Journée Mondiale de Lutte contre le Sida, une pandémie qui fait des ravages dans le monde. Cette journée organisée à l’hôtel Mercure par l’Association des Jeunes pour la Lutte contre les Maladies(IST, VIH/Sida, paludisme, tuberculose, diarrhées) a vu la participation de plus de 120 jeunes de moins de 30 ans, des représentants de la société civile, des leaders religieux. 

Aujourd’hui, en effet, le VIH/Sida n’est plus un secret de polichinelle et touche presque la moitié des populations africaines. De quoi susciter des frissons puisque le VIH/Sida n’épargne personne ! «En 2006, 39 millions de personnes vivaient avec le VIH/Sida qui est la principale cause de mortalité en Afrique subsaharienne où se trouve presque 64% de personnes vivant avec le VIH/Sida, a rappelé Lô Abderrahmane, Président de l’AJLM ». 

Les chiffres révélés par l’Organisation Mondiale de la Santé dans ses différents rapports prouvent que cette pandémie des temps modernes doit mobiliser davantage d’effort de la part de tout le monde. Des chiffres qui effarent et donnent la chair de poule illustrent parfaitement cette nécessité. «2 millions d’entre elles(les personnes vivant avec le VIH/Sida, ndlr) sont des enfants âgés de moins de 15 ans, révèle le Président de l’AJLM. Ainsi sur 10 enfants âgés de moins de 15 ans qui vivent avec le VIH/Sida, neuf vivent en Afrique subsaharienne. On estime à 2,7 millions le nombre de personnes récemment infectées dans la région et à 2 millions celui des adultes et des décédés après avoir contracté le sida ». 

Contrairement à d’autres pays de la sous-région où le taux de prévalence est très important, la situation épidémiologique de notre pays n’est pas pour le moment trop inquiétant. Mais pour réussir à freiner l’élan de cette pandémie, il est urgent de mettre en place des stratégies de lutte contre le sida, des stratégies qui demandent beaucoup d’efforts et d’énergie du fait de sa complexité. «En Mauritanie, le taux de prévalence adulte entre 15 à 19 ans serait un peu moins de 1% rencarde le Président de l’AJLM. Ce taux relativement faible ne doit pas nous empêcher d’agir». 

Pour réussir à casser le mythe qui entoure le VIH/Sida, il faut le «détaboutiser» autrement dit en parler ouvertement comme toutes les autres maladies telles que  le paludisme qui tue chaque 30 secondes une personne. Depuis 2004, date de sa création, l’AJLM s’est fortement impliquée dans la lutte contre le sida qui demeure encore dans notre pays un tabou culturel et religieux en associant des hommes religieux et des représentants de la société civile dans leur campagne de sensibilisation. «Il y a beaucoup de jeunes qui connaissent bien le sida, comment il se transmet et comment l’éviter. Le problème maintenant, c’est d’inciter les jeunes à aller faire le test de dépistage parce qu’ils hésitent encore à faire ce test» a déploré Lô Abderrahmane. «Le Sida existe en Mauritanie et cela ne doit pas être un problème tabou, soutient Cheikh Ahmed, directeur de la Nouvelle Maison des Jeunes. Il y a des centres de dépistage, des centres d’information. Il est tant de reconnaître qu’il est dans nos foyers. Cette journée du 1er décembre ne doit pas être seulement l’apanage des ONGs mais aussi celui de tous les mauritaniens». 

Cette journée de lutte contre le sida s’est terminée sur de belles notes musicales de Ousmane Gangué venu apporter sa contribution non seulement en tant que membre de l’AJLM mais en tant que concerné par le VIH/Sida.

Témoignage de Fatimata Baal, séropositive 

«Ne croyez pas que vous êtes à l’abri du VIH/Sida si vous ne faîtes pas attention!» 

«C’est la deuxième fois que je m’adresse à des jeunes de votre âge, que je fais un témoignage devant mon fils, mon enfant qui a tenu à m’accompagner. Lui, aussi, se sent touché, engagé, investi et aimerait lutter contre le VIH/Sida. S’il est là aujourd’hui, c’est pour vous dire que le sida est une réalité en Mauritanie. Nous ne savons pas d’où il vient et comment il est arrivé dans notre pays. Mais aujourd’hui, il est là, il est mauritanien. Il n y a pas de famille épargnée par ce virus : des hommes, des femmes et des enfants sont concernés. Des enfants naissent avec le VIH/Sida en Mauritanie. Il ne faut pas surtout croire, comme le disent certains, que c’est la maladie des célibataires, des prostituées. Non, c’est la maladie de tout le monde ! Si mon fils est aujourd’hui ici, c’est pour vous dire que des mamans et papas sont concernés aussi par le sida. Cela veut dire que vous aussi, vous êtes concerné par le sida. Et s’il(le VIH/Sida, ndlr) a réussi à tenir tête jusqu’à ce jour, c’est parce qu’il y a eu la peur qui l’a accompagné, c’est parce qu’il y a eu des silences qui l’ont encouragé partout dans le monde. Cette peur et ce silence, aujourd’hui, personnellement, je pense que c’est vous la jeunesse qui arriverez à bout de cela, c’est vous qui arrivez à mettre fin à cela(…). C’est pour vous dire que nous comptons beaucoup sur vous, les jeunes. Je suis infirmière. J’ai eu à voyager beaucoup. J’ai fait l’Europe et une partie de l’Afrique. Je connaissais les modes de transmission du VIH/Sida mais je pensais que je n’étais pas concerné par le VIH/Sida. Parce que comme beaucoup, je croyais que cela ne me concernait pas, que ce n’était que la maladie réservée à une certaine catégorie sociale, à des personnes que surtout nous, nous discriminons et stigmatisons jusqu’au jour où j’ai découvert en 2000 que je vivais avec le VIH/Sida. Ça a complètement détruit ma vie. Je suis restée des années sans travailler. Des années malade surtout psychologiquement. Il n y avait pas que la peur ! IL n y avait pas que la honte parce que les gens lient la honte au VIH/Sida. Mais, il y avait aussi les médicaments parce que je me disais, il n y a pas de traitement. Comment vais-je survivre ? Je ne pouvais jamais m’acheter les médicaments pour me traiter ! Je ne pourrai pas regarder mon fils pour lui dire que je vis avec le VIH/Sida ! Et je ne pourrai jamais dire aux gens que je vis avec le VIH/Sida parce qu’ils vont porter un doigt accusateur sur mon fils ! Pendant des années, je l’ai caché à ma famille jusqu’au jour où j’ai commencé à fréquenter des personnes vivant avec le VIH/Sida à Nouakchott parce qu’un centre de traitement venait d’être ouvert, parce que certaines de ces personnes, je les ai rencontrées à Dakar. Je me suis rendue compte d’une chose : que moi aussi, j’étais coupable du silence ! Que moi aussi, j’étais coupable de crime ! Qu’en me taisant, le VIH/Sida allait avancer , avoir plus de force, allait toucher plus de maman, détruire plus de famille ! Alors, j’ai décidé de briser le silence. J’ai commencé à briser le cœur de mon fils en lui apprenant que je vivais que le VIH/Sida. J’ai commencé à m’engager officiellement au niveau du Secrétariat Exécutif National de Lutte contre le Sida financé par la Banque Mondiale et l’Etat Mauritanien qui offre le traitement gratuitement à toute personne vivant avec le VIH/Sida, qui offre aussi un accompagnement psychosocial même si encore ce n’est pas l’idéal comme on l’aurait souhaité, c’est beaucoup mieux par rapport à d’autres pays où il n y a même pas de traitement. Aujourd’hui, il n’est pas normal dans notre pays qu’il y ait une personne qui n’ait pas entendu parler du VIH/Sida, qui ne connaît pas les modes de transmission du VIH/Sida, qui ne sait pas qu’il y a un traitement gratuit et qu’une mère qui vit avec le VIH/Sida et qui n’est pas en charge à 99%  a des risques de transmettre le VIH/Sida à son enfant dès sa naissance. Je pense que cela est important et cela doit être dit(…). Rien n’explique le rejet qui est lié au VIH/Sida. Il atteint des papas et mamans responsables et respectables. Il atteint des cadres, il atteint des jeunes de 15 ans, de 20 ans, des filles, des garçons. J’en ai vu qui sont tous désespérés. Ne croyez pas que vous êtes à l’abri du VIH/Sida si vous ne faîtes pas attention ! Faire attention c’est quoi ? C’est connaître la prévention tout d’abord. L’abstinence, c’est la première garantie. La fidélité du couple s’ils sont séronégatifs bien sûr. Mais pour cela, il faut se faire dépister pour savoir qu’on ne vit pas avec le VIH/Sida. Lorsqu’on parle de sexe, il y a le préservatif. Il y a le tabou lié à cela. Il y a l’Islam. Les gens ne veulent pas parler de préservatif. Moi, j’en parle parce que je m’adresse à vous les jeunes. Je m’adresse à mes enfants. Je ne vois que mes filles et mes fils. J’ai décidé d’en parler un jour et je me suis dit qu’il ne faut pas attendre que mon fils attrape cette «salauperie» pour lui dire «il fallait porter des préservatifs». Le plus important, n’oubliez pas qu’il y a des personnes qui vivent avec le VIH/Sida et que ce sont des mères de famille et des pères de famille qui sont en détresse morale surtout parce qu’ils ont peur. Ils ont peur de vous, de votre regard, de votre jugement. Ils ont peur pour leurs enfants pour qu’ils soient indexés demain et qu’il y a une responsabilité que vous devez assumer. Il y a un devoir d’accompagnement que vous devez à personnes là.» 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

   

  

( 6 décembre, 2007 )

Ciré Kane, chargé de communication à l’AJD/MR

 

Le Rénovateur Quotidien : Votre réaction par rapport à ces Journées Nationales de Concertation sur le retour des déportés des mauritaniens ? 

Ciré Kane : Nous félicitons le Président de la République pour avoir eu cette belle initiative. C’était des journées nécessaires pour régler l’un des problèmes les plus épineux en Mauritanie à savoir le dossier des déportés et le passif humanitaire. Le compte rendu de l’atelier sur le retour des déportés a été plus ou moins satisfaisant(il participait dans cet atelier, ndlr). Quant aux débats sur le passif humanitaire, ils n’ont pas été rendus dans une version fidèle. Le passif humanitaire implique intrinsèquement un volet judiciaire. 

Le Rénovateur Quotidien : A vous entendre parler, on a l’impression qu’il y a eu des manquements ? 

Ciré Kane : En termes clairs, ce que je veux dire, c’est que le rapporteur sur le passif humanitaire en version française a failli à sa mission d’honnêteté intellectuelle. Ce qu’il a dit n’était pas du tout à l’image des débats qui ont été de très haute qualité. Tout le monde a eu voix au chapitre. Mais il ne faudrait pas et c’est là où j’attire l’attention de l’opinion, qu’on dise que tout ce qui a été dit dans cet atelier doit être synthétisé en vrac c’est à dire que ça va être un travail inachevé. Il suffirait alors que les bourreaux viennent à cette assemblée pour que leurs avis soient retenus. Il y a quand même un minimum de respect par rapport aux victimes qui n’ont pas eu voix au chapitre. Il aurait fallu qu’elles parlent en premier lieu parce que dans cette thérapie de groupe, les premiers à écouter ce sont les victimes pour revenir sur la réalité des faits. Donc, je suis tout à fait choqué par cette méthodologie qui consiste à mettre des points contradictoires sur des sujets essentiels

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes en train de faire des récriminations. Est-ce à dire que le travail a été mal préparé ? 

Ciré Kane : Je ne dirai pas qu’il a été mal préparé. Je dirai plutôt qu’il a été saboté parce que sur tous les points essentiels, on a eu un avis et son contraire. Il est évident qu’une commission de synthèse chargée de consolider le travail au niveau des ateliers sera dans l’impossibilité de trancher. 

Le Rénovateur Quotidien : Le retour des déportés et le passif humanitaire furent inscrits dans votre programme électoral. Quel sera votre apport à ces journées ? 

Ciré Kane : Notre apport, nous l’avons dit. Aujourd’hui, s’il y a un blocage sur le passif humanitaire, l’AJD/MR l’avait déjà anticipé. On sait que c’est un problème très épineux où les passions sont loin d’être apaisées. On envisageait de procéder aux réparations immédiates qui sont l’organisation matérielle du retour des déportés. Quant au passif humanitaire, ce n’est pas en 3 jours qu’on peut le trancher. Il faudrait un débat national où on discuterait de tous les problèmes dont le premier est forcément le passif humanitaire puisque c’est de sa résolution que dépend l’unité nationale. Le vrai problème en Mauritanie, c’est le problème de la cohabitation entre nos communautés et bâcler ces journées sur un thème aussi important que le passif humanitaire, ce n’est pas à la Mauritanie service. Le déroulement de l’atelier sur le passif humanitaire confirme toutes nos craintes : que toute précipitation va nous entraîner vers une situation de blocage ! Le discours de la haine risque de revenir au galop. Il faudrait prendre tout son temps sur le passif. 

Le Rénovateur Quotidien : Apparemment vous êtes déçu ? 

Ciré Kane : Je suis déçu de l’atelier sur le passif humanitaire. Je suis satisfait de la volonté du Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi mais la volonté d’un seul homme ne suffit pas à changer un système malheureusement ! 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

( 6 décembre, 2007 )

Libéralisation du secteur audiovisuel: A quand les premières diffusions ?

Ainsi donc, la Mauritanie s’est dotée depuis quelques jours d’une deuxième chaîne de radio (officielle) en plus de Radio Mauritanie et de Radio Jeunesse. Volonté ou signe de sortir des crevasses de l’immobilisme ! Ou tout simplement rupture avec le passé et le recul !…

Ceci constitue en soi un bond assez significatif dans la floraison et le développement des médias en Mauritanie et l’accès du citoyen mauritanien à ces derniers.

Mais cela ne voudrait pas dire non plus que quelque chose a bien changé puisqu’on poireaute toujours l’avènement de la pluralité dans les médias officiels et la libéralisation surtout du secteur audiovisuel. Mordieu ! La Mauritanie est pratiquement le seul pays en Afrique de l’Ouest et du Maghreb a avoir un espace audiovisuel monocolore du fait d’une libéralisation du secteur audiovisuel non encore ébauchée par les autorités du pays.

Il ne faut pas avoir peur des médias puisqu’ils participent à l’ancrage de la démocratie, des libertés publiques, de la bonne gouvernance et de la transparence dans la gestion des affaires publiques. Une sorte de parapet pour ceux qui voudraient riper !

Certes, il y a eu des pogromes de bonne volonté, des pogromes d’ouverture des nouvelles autorités pour essayer de sortir la presse indépendante d’une situation coton notamment en procédant à une réduction substantielle des tarifs d’impression, en associant la presse à certains déplacements des autorités à l’extérieur du pays, en établissant une carte professionnelle en vue de structurer le milieu de la presse indépendante où il y a trop de capharnaüm.

C’est vrai que beaucoup d’actes sont engagés par les autorités dans le sens d’une meilleure appréciation de la presse surtout indépendante. Mais tout cela suffit-il réellement à gober ou gommer les insuffisances, les efforts à accomplir et les impertinences qui caractérisent aujourd’hui, de manière générale, l’espace audiovisuel mauritanien  si on peut parler ainsi. La TVM, autrefois placardée, embobinée et toujours au service d’un pouvoir fanfaron, tarde toujours à convaincre les télespectateurs mauritaniens plus accrochés à d’autres images venues d’ailleurs.

C’est parce que cette «machinerie-là» n’offre pas des programmes alléchants à ces télespectateurs et nous goinfrent souvent d’informations indésirables et en déphasage avec les réalités nationales et contemporaines. Sauf pour la première fois, lorsqu’elle nous a ragaillardis par une rétrospective pas mal sur l’histoire de la Mauritanie ce 28 novembre dernier.

Véritable coup de maître ou essai réussi ! Les nouvelles autorités ont compris vite qu’il fallait changer d’attitude. La TVM Plus, venue booster son aînée, à bout de souffle, a pu, par la diversité qu’offrent ces différents programmes, s’attirer sans superbe une bonne sympathie et une appréciation de la part des mauritaniens.

Elle le doit non seulement à la pluralité de ses programmes mais à sa méthode. Car, pour attirer des télespectateurs, il faut offrir quelque chose de nouveau. Ce que la TVM n’a jamais réussi à faire et à risquer. Que nous apprend, en réalité, la TVM ? Que dalle ! Ni sur l’histoire, ni sur l’évolution politique, sociale et économique du monde ! Ni sur la situation des populations ! Que des programmes bidons et inconvenants!

Dans d’autres pays, l’établissement d’un espace audiovisuel a été possible grâce à la détermination et la pression d’abord des professionnels du secteur mais aussi à la volonté politique. Pourquoi  la Mauritanie ferait ou devrait-elle faire exception ? Ou alors, ce que je ne veux pas imaginer, un espace audiovisuel libre serait impossible en Mauritanie ?

Ce n’est pas sur des tergiversations encore moins sur la couardise qu’on y parviendra. Je ne veux pas penser non plus comme certaines personnes que la libéralisation ne serait pas une bonne chose. Actuellement, il est impérieux et nécessaire pour la Mauritanie de procéder et très vite à la libéralisation du secteur audiovisuel.

Maintenant que la situation à une telle option est favorable, il est du devoir des autorités de concrétiser cette impérieuse nécessité et sans plus tarder, pour sortir d’une longue période d’arriération et de cupidité, rejoindre la caravane des pays qui s’ébaudissent de leur nomenclature audiovisuelle. Nous attendons… avec beaucoup d’espoir cet avènement car, sur le plan médiatique, notre pays a pour caractéristique de n’avoir pas su libéraliser ce secteur.

Les médias officiels ne peuvent pas projeter seuls le citoyen mauritanien souvent ignorant de ce qui se déroule et manipulé candidement. Même si, dans son programme politique durant la campagne présidentielle de février-mars 2007, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi n’a pas trop évoqué cela, pour marquer encore les esprits et son quinquennat, le meilleur service qu’il peut rendre aux mauritaniens, c’est de libéraliser le secteur audiovisuel. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 6 décembre, 2007 )

La Mauritanie glorifiée à Paris

 Quelque chose de rarissime, une sorte de renouveau, est en train de se dérouler et cela peut paraître surprenant  et invraisemblable à certains égards. A Paris, dans la capitale française, les partenaires au développement de la Mauritanie ont glorifié à l’unanimité notre pays.

Ce qui est une première pour un gouvernement mauritanien qui a été toujours en odeur de sainteté avec les bailleurs de fond qui sont très attentifs à certains détails. En France, le pays des droits de l’Homme, de la liberté d’expression, de la justice, de la liberté, de la fraternité, la Mauritanie a été auréolée de toutes les glorifications. Des points marqués par notre pays !

Ceci, parce que, les indices macro-économiques sont au vert. Ceci, parce que, il y a eu un vent de démocratie, de libertés publiques et des signes positifs et encourageants qui planent au-dessous du ciel mauritanien. Nous savons tous, que les partenaires au développement ne sont pas là pour applaudir lorsque rien ne va. Dans leurs expressions, la langue de bois n’existe pas ! Ils ne savent pas.

En plus de cela, la Mauritanie peut se targuer d’avoir réussi une transition vers l’enracinement des valeurs démocratiques. Puisqu’il n y a pas si longtemps que notre pays(qui était lié au destin de Maouiya et de ses ouailles qui refusent toujours d’aller en retraite comme lui aux Emirats arabes Unis) ait sorti des ténèbres qui l’ont empêché de mouvoir jusqu’à un certain 3 août 2005.

De telles glorifications, émanant de la bouche des partenaires au développement, bien évidemment, nous le devons, au Président de la République qui a eu le courage et le mérite de prendre le taureau par les cornes, d’opter pour une nouvelle ère pour la Mauritanie et les Mauritaniens notamment en concrétisant des promesses relatives au retour des déportés, au règlement du passif humanitaire et une loi incriminant les pratiques esclavagistes.

Autant de mesures volontaires du Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qui ne pouvaient pas laisser indifférents les différents partenaires au développement de la Mauritanie qui partait déjà avec la faveur des pronostics comme on dit.

Le plat était bien garni et prêt pour la dégustation. Aujourd’hui, notre pays peut se vanter avec superbe de dire : «Les autres ne sont pas meilleurs que nous ! ». Lui, le Président de la République, jusqu’ici et nous espérons qu’il en sera ainsi jusqu’à la fin de son quinquennat, a été irréprochable en montrant l’exemple.

C’est à son entourage immédiat et à son gouvernement d’être plus sérieux et ambitieux mais surtout débarrassés de toutes intentions velléitaires qui pourraient torpiller le processus enclenché car la Mauritanie n’a plus droit à la bévue. Et du temps, il en faudra pour parvenir à accrocher le wagon mauritanien sur le train des grands pays. Ainsi donc, notre pays peut espérer être accompagné dans les prochains cinq ans à venir par la communauté internationale.

Cette rencontre du Groupe Consultatif pour la Mauritanie restera dans les esprits puisque pour la première fois aussi, la presse indépendante a été associée à ce grand rendez-vous pour être un témoin direct des discussions et négociations entre la délégation mauritanienne et les bailleurs de fonds. Contrairement à d’autres époques où cela se faisait dans le secret le plus absolu loin des œillères de la presse indépendante.

Celle-ci, avec beaucoup de professionnalisme, nous a permis de vivre en permanence les échanges entre les partenaires au développement et les autorités mauritaniennes. Comme si tout cela se passait à Nouakchott ! C’est dire que la presse indépendante peut être mature et responsable à condition qu’on ne lui mette pas les bâtons dans les roues. 

Babacar Baye Ndiaye    

( 9 décembre, 2007 )

Journée de formation sur les OMD

 

 

Plaidoyer pour une structure de volontariat en Mauritanie 

 

Ce 7 décembre dernier, en partenariat avec l’AFVP et quelques clubs universitaires tels que «le Club de l’Excellence de l’Etudiant » présidé par Ousseynou Cissé et «Eco-Plus » dirigé par Mahmoud Ly, le PNUD a organisé une session de formation à l’attention d’une vingtaine d’étudiants de l’Université de Nouakchott sur «le volontariat et les Objectifs du Millénaire pour le Développement ». Pendant, cette journée de formation, trois communications sur «l’implication des volontaires dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement », «le renforcement des structures de volontariat, l’exemple du Corps de la Paix »et«le Volontariat et le système des Nations Unies » furent développées successivement par Hama Ould Souvi, Président du Réseau National de la Jeunesse, Dame Ba, chargé de formation au Corps de la Paix et enfin Frances Bellaobo, chargé de programme aux Volontaires des Nations Unies(VNU). 

 

«Le volontariat, c’est du social, c’est de la solidarité » faisait remarquer Hama Ould Souvi. En d’autres termes, comment les volontaires peuvent-ils participer à la réalisation des OMD, identifiés en 2000 par les experts des Nations Unies pour permettre aux pays en voie de développement notamment d’améliorer leurs conditions de vie progressivement. Tous les 8 points contenus dans la Déclaration des Objectifs du Millénaire pour le Développement ont été passés en revue pour essayer de faire comprendre aux étudiants l’importance de la réalisation des OMD. Durant les échanges et les interventions des participants, il a été souligné l’urgence d’agir, car, en Mauritanie, tout n’est pas rose. Par exemple dans les domaines de la santé maternelle et infantile où notre pays a beaucoup encore à faire. «Il est inacceptable que cette situation continue » a lancé en cri d’amertume le Président du Réseau National de la Jeunesse. Les OMD nous concernent tous. L’exemple le plus illustrant concerne le domaine de la protection de l’environnement où les changements climatiques n’épargnent personne et par conséquent, toute l’humanité doit agir de concert pour essayer de trouver des solutions et des alternatives à ces problèmes sans précédents. 

L’autre Objectif qui doit nous mobiliser concerne le VIH/Sida. En 2006, il y a eu 39 millions de séropositifs à travers le monde. Ces chiffres sont tombés de 33 à 34 millions. Dans certains pays africains, il y a eu des progrès mais par contre, dans d’autres pays, le taux a considérablement augmenté. Qu’en est-il de la Mauritanie ? Est-ce que le taux a augmenté ou baissé ? Ces interrogations sont aussi valables dans le domaine de l’éducation primaire pour tous. En effet, l’objectif 2 qui est un élément important pourrait permettre à la Mauritanie de sortir des canevas de l’ignorance. 

Quant à l’objectif 3 qui concerne l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, il a suscité au cours des échanges beaucoup de débats, d’interprétation, de passion et de contradiction. Il a été relevé en Europe que les hommes et les femmes ont les mêmes chances. En Afrique et plus particulièrement en Mauritanie, tel n’est pas le cas pour des raisons essentiellement religieuses et sociales voire même politiques. Ceci a créé un déséquilibre notoire en défaveur de la femme qui ne participe guère au développement du pays et aux prises de décision. 

Sur le premier Objectif(Réduire l’extrême pauvreté et la faim), la Mauritanie a fait d’importants progrès malgré un contexte économique parfois peu favorable. Autre Objectif réussi par la Mauritanie et salué par les Nations Unies concerne la scolarisation des filles. 

Sur chaque Objectif, des solutions et des contributions ont été apportées. Maintenant, reste à savoir quelle stratégie pouvons-nous(les volontaires, ndlr) adopter pour réaliser les OMD ? Ceci demande incontestablement de la volonté, des ressources humaines et des moyens car «on est obligé de faire des progrès ». Les OMD sont réalisables donc vu les propositions qui ont été faites par les différents participants. Par exemple, par rapport à l’objectif 1 relatif à la réduction de l’extrême pauvreté et la faim, il a été préconisé d’aménager des terres cultivables pour pouvoir assurer notre autosuffisance alimentaire puisque presque tous nos produits alimentaires sont importés de même qu’aussi réduire le salaire des autorités au profit des pauvres car plus de 80% de la population mauritanienne vivent sous le seuil de la pauvreté. 

En Mauritanie, le volontariat n’est pas officiellement reconnu par l’Etat contrairement à d’autres pays comme les Etats Unis d’Amérique où un volontaire du Corps de la Paix peut bénéficier de quelques avantages qui peuvent lui permettre de se préparer à une vie professionnelle, de continuer ses études et surtout d’être reconnu par l’Etat. Pourquoi donc, aux yeux de Dame Ba, on ne s’inspirerait pas du Corps de la Paix pour créer une structure semblable en Mauritanie avec un programme bien défini et ficelé dans divers secteurs d’activités comme la Santé, l’Education, l’Agro/Environnement, la promotion de l’éducation des filles et la promotion des nouvelles technologies et des PME. Ainsi donc, le rôle du volontaire est incontournable dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement. Cette journée de formation en réalité est une ébauche pour la mise en place prochaine d’une structure de volontariat en Mauritanie d’ici 3 ans. Comme l’a rappelé Frances Bellaobo, la récompense financière n’est pas le principal motif de l’engagement du volontaire. Le volontariat contribue à renforcer la cohésion sociale grâce aux liens de confiance et de réciprocité entre les gens. Il est également prévu de construire un Centre de Volontariat et de Coopération à l’Université de Nouakchott pour initier les étudiants au cours de développement. 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

  

( 13 décembre, 2007 )

Isabelle Fiadeiro

«Je me sens bien lorsque je suis dans le désert » 

Depuis sa dernière exposition du 4 juin dernier au Centre Culturel Français de Nouakchott, Isabelle Fiadeiro s’est beaucoup amélioré sur le plan artistique et créatif. Même son français. Et tant mieux pour elle ! 

Le Rénovateur Quotidien : Vous aimez les paysages du désert. Est-ce de l’amour, de l’enchantement ou purement et simplement une échappatoire ? 

Isabelle Fiadeiro : C’est un refuge en réalité puisque j’aime beaucoup les paysages du désert, du Sahara. Je l’ai découvert, il y a 4 ans ! Je suis fascinée par le Sahara. De temps en temps, je pars en brousse. Je reste un mois dans un village, dans un petit endroit. Tu voyages, tu regardes, tu vois différentes choses. Après tu fais la sélection. Il y a d’autres choses que j’ai vues et que je n’ai pas encore reproduites. Le fleuve par exemple ! 

Le Rénovateur Quotidien : Mohamed, Sidi, Hassane, Husseine…sont des noms qui reviennent dans vos peintures ? 

Isabelle Fiadeiro : Peut être parce que je passe beaucoup de temps dans le désert. C’est dans le désert que les trois religions divines sont descendues. Ce sont des noms de Prophètes. Il y a un moment que ces gens peut-être ont marché dans le même endroit. A partir de là, on comprend pourquoi les religions sont descendues dans le désert. 

Le Rénovateur Quotidien : La peinture, est-ce une manière pour vous de restituer ce que vous voyez, entendez ou ressentez lorsque vous êtes dans la nature, le Sahara ? 

Isabelle Fiadeiro : La peinture fait partie de ma vie. C’est une façon de remettre tout en place peut-être. Je me sens bien lorsque je suis dans le désert entre les populations. J’ai du temps pour dessiner, discuter et faire des choses. C’est très différent de la vie que je menais en Europe très rapide, toujours à courir. Ça te donne du temps pour réfléchir, pour résister. 

Le Rénovateur Quotidien : Pourquoi ces paysages vous fascinent-ils ? 

Isabelle Fiadeiro : Je pense que c’est l’immensité. On se rend compte qu’on est insignifiant, qu’on est de petits objets devant une vaste étendue de dunes et de sable. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous peignez grâce à votre imaginaire ou bien ce que vous peignez, c’est quelque chose que vous entendiez, viviez ou voyiez ? 

Isabelle Fiadeiro : Tous les deux. La peinture a deux phases.  Une première phase où j’essaie de reproduire le réel ou l’autre phase où j’essaie de faire avec l’atmosphère. Les couleurs changent, elles ne sont pas réelles. 

Le Rénovateur Quotidien : A quoi ressemble la vie sous le Khaima ? 

Isabelle Fiadeiro : C’est tranquille, je pense. Lorsqu’on est dans un petit village sous un Khaima, il y a tous ces gestes qu’on répète quotidiennement, qu’on refait et qu’on écoute. Un de ses meilleurs souvenirs que je garde c’est le ver de thé à battre sur la table. 

Le Rénovateur Quotidien : Contrairement à votre dernière exposition, vous êtes beaucoup amélioré, vos tableaux sont devenus plus expressifs, mieux relookés. Qu’est-ce qui a changé en vous ? 

Isabelle Fiadeiro : Je suis dans une recherche permanente. Ce n’est pas encore fini. On continue à travailler pour s’améliorer. Je travaille seule tous les jours. Mon mari aussi m’aide avec des accrochages par-ci et par-là(confie-t-elle avec un grand et doux sourire qui en dit long). Il me donne l’appui moral pour continuer. Je pense que les admirateurs peuvent voir tout le travail qui a beaucoup évolué. 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

( 13 décembre, 2007 )

Réconciliation Nationale:Cheikh Saad Bouh Camara favorable à la mise en place d’une « commission vérité et réconciliation »

 A l’occasion de la célébration de la Journée Internationale des Droits de l’Homme, Monsieur Cheikh Saad Bouh Camara revient en filigrane sur le contexte dans lequel cette Journée Internationale est née et sur les voies et moyens à définir pour s’acheminer définitivement vers la réconciliation nationale. 

Le Rénovateur Quotidien : Pouvez-vous nous rappeler le contexte dans lequel la Journée Internationale des Droits de l’Homme est née ? 

Cheikh Saad Bouh Camara : Le 10 décembre 1948 au Palais de Chariot à Paris, la communauté internationale, pour la première fois, reprenait la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. La Déclaration Universelle de ces Droits de L’Homme est à la fois, la suite de la charte des Nations Unies, laquelle date, le 26 juin 1945 qui a vu la naissance de l’Organisation des Nations Unies et ça va être le commencement de la période contemporaine moderne actuelle des droits de l’homme. Cette déclaration c’est à la fois une utopie, un rêve et un objectif qui ne sera jamais atteint mais qui a posé les jalons et qui a permis de mettre en pratique, de mettre en vrac, de traduire dans les faits un certain nombre de recommandations, de pactes et de traités. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les états ont décidé de se réunir et de mettre en place une documentation des traités, un arsenal de traités internationaux qu’il fallait faire respecter. Il s’agit donc d’un long trajet parce que dès 1948, la Déclaration a permis de lutter contre la colonisation, dès 1948, la Déclaration a permis de mettre en place un certain nombre d’instruments juridiques qui sont actuellement les pièces cardinales de la réglementation sur le plan international en matière de droits de l’homme. On peut citer le pacte international relatif aux droits civils et militaires et le pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Je citerai également et c’est extrêmement important, la convention contre toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, la convention des droits de l’enfant. il faut dire que cela a permis de voir émerger la justice internationale à travers la création de la cour pénale internationale qui est aussi l’une des conséquences de la déclaration universelle des droits de l’homme parce que pour la première fois, on a voulu statuer, arrêter les personnes qui violent les droits de l’homme de façon massive et les juger. C’est un pas considérable et il faut retenir que la C.P.I est une consécration. Il faut rappeler que la C.P.I  peut s’autosaisir et peut même décider de déclencher une campagne ou ouvrir un dossier par rapport à des personnes, des groupes ou un Etat qui violent les droits de l’homme. 

Le Rénovateur Quotidien : Chaque pays peut-il saisir cette juridiction internationale ? 

Cheikh Saad Bouh Camara : Si un Etat a rempli les conditions pour être membre de la C.P.I, cet Etat peut déposer une plainte. C’est le cas présentement pour certains pays comme l’Ouganda et la R.D.C par rapport à des personnes qui ont fait subir des violations massives et répétées des droits de l’Homme. Cela pour dire que l’impunité ne sera plus pardonnée ni tolérée. Cela aussi pour rappeler notre devoir, nous en tant que militants des droits de l’Homme, concernant la lutte contre l’impunité. Ce devoir, il se conjugue et se décline en 5 étapes : 

1.     

Par un devoir de mémoire : il faut obtenir et exiger qu’on n’oublie pas les violations des droits de l’Homme. C’est la première condition, elle est incontournable. On ne demande pas un devoir de mémoire pour se venger mais au contraire pour que cela ne puisse plus jamais se reproduire et pour qu’aussi historiquement, on marque les esprits et les cœurs des uns et des autres pour qu’ils sachent ce qui s’est passé. 

2.      Par un devoir de vérité : cela veut dire qu’on va aller chercher, faire des investigations et chercher la véracité et la fiabilité des faits. Le devoir de vérité accompagne le devoir de mémoire. 

3.     

Par un devoir de justice : il est incontournable. Il faut juger les criminels qui qu’ils soient et où qu’ils soient, anciens chefs d’Etat ou chefs d’Etat en mandat. 

4.      Par un devoir de réparation : il faut non seulement traiter les gens dans leur dignité mais il faut une réparation morale, matérielle et financière. C’est dans ce cadre qu’il faut faire campagne pour qu’il y ait réparation de nos parents réfugiés mais aussi pour ceux ou celles qui ont été victimes du passif humanitaire. 

5.     

Enfin, après avoir décliné le devoir de mémoire, celui de vérité, de justice et de réparation, il y a le dernier mais pas le moindre, the last but not the least, le devoir de réconciliation. 

Le Rénovateur Quotidien : Et quelle est la stratégie qu’il faut adopter pour que tout cela soit possible ? 

Cheikh Saad Bouh Camara : Je crois qu’il faut continuer à exiger et à demander qu’il y ait une commission vérité et réconciliation pour savoir tout ce qui s’est passé pendant ces différentes décennies. Il faut se mobiliser aussi pour la lutte contre toutes les formes d’esclavage anciennes ou contemporaines. La mobilisation de tout un chacun est sine qua non. Il faut qu’on sache le contenu de cette loi votée par le Parlement et qu’on suive avec attention les décrets d’application et enfin participer au temps de mobilisation sociale contre toutes les formes d’esclavage. Il faut se mobiliser non seulement pour pouvoir voir réellement l’application de cette loi mais aussi pour accueillir nos frères et sœurs réfugiés. C’est un combat, un combat au plan de la communication et au plan culturel. C’est un combat pour qu’ils puissent recouvrer leur dignité. C’est un combat pour les mettre dans les mêmes conditions que ceux qui sont là. Nous devons tout faire pour qu’ils puissent être rétablis dans leurs droits et avoir les réparations qu’ils méritent. C’est après seulement que nous pouvons parler de réconciliation nationale. 

Propos recueillis 

Babacar Baye Ndiaye 

( 13 décembre, 2007 )

Point de presse du FONADH

Au cours d’un point de presse organisé à l’occasion de la Journée Internationale des Droits de l’Homme célébré partout à travers le monde notamment par les Organisations de Défense des Droits de l’Homme, monsieur Sarr Mamadou, Secrétaire Exécutif du FONADH a estimé qu’il faut créer des conditions objectives pour que l’abolition de l’esclavage soit effective en Mauritanie. 

«Les résultats des journées de concertation constituent sans nul doute une grande avancée sur la voie du règlement du dossier des réfugiés et du passif humanitaire » s’est réjoui le FONADH qui a souligné le contexte dans lequel s’est déroulée la Journée Internationale des Droits de l’Homme. «Les engagements pris par le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi lors de la campagne présidentielle commencent à connaître un début d’application ». 

Ces engagements concernent l’adoption de la loi portant incrimination de l’esclavage et répression des pratiques esclavagistes, la tenue des Journées Nationales de Concertation et de Mobilisation sur le Retour des Réfugiés et le Règlement du Passif humanitaire et la mise en place attendue de la plate forme des Acteurs Non Etatiques pour le suivi de l’Accord de Cotonou ainsi que de la loi relative aux associations. 

Se disant «fidèle à ses principes sacro-saints de liberté, d’égalité et de démocratie» et prêt à «appuyer la mise en œuvre des résultats des Journées Nationales de Concertation(tenues entre le 21,22 et 23 novembre dernier, ndlr) et les mesures d’accompagnement de la loi incriminant l’esclavage», le FONADH a salué la volonté du Président de la République qui a placé au premier rang de ses priorités la consolidation de l’unité nationale et la cohésion sociale de même que l’engagement de l’ensemble des acteurs concernés par ces questions nationales. 

Enfin, le FONADH a recommandé aux autorités mauritaniennes de faire preuve d’une grande vigilance en vue de faire respecter les dispositions contenues dans les déclarations, pactes et conventions internationaux en matière de promotion et de protection des droits humains ratifiés par la Mauritanie. 

Babacar Baye Ndiaye    

( 13 décembre, 2007 )

Ministère du Commerce et de l’Industrie

 

Journée d’Encadrement au profit des ADC 

 

Ce jeudi 13 décembre à l’hôtel Atlantic de Nouakchott, le Ministère du Commerce et de l’Industrie en partenariat avec l’Organisation Internationale de la Francophonie a organisé une Journée d’encadrement au profit des Associations de Protection des Consommateurs sur le contrôle de la qualité et le respect des normes destinées à la consommation humaine et animale. 

 

Cette Journée d’Encadrement fut une opportunité d’échanges qui a permis d’ouvrir le dialogue entre la Direction de la Protection des Consommateurs et les Organisations des Associations de Défense des Consommateurs mauritaniens. Ce fut aussi une occasion des deux parts de discuter du décret n°2007-064 fixant les conditions de contrôle de la qualité et de respect des normes destinées à la consommation humaine et animale. Ce décret en effet ne concerne pas les produits de pêche. Celui-ci  a prévu par ailleurs dans son article 19 des sanctions allant de 10.000 à 3 millions d’ouguiyas contre ceux qui falsifieraient des aliments destinés à la consommation humaine et animale ou ceux qui tenteraient d’importer, de fabriquer, d’exposer, de mettre en vente ou de distribuer des substances médicamenteuses falsifiées, avariées ou périmées. Une mesure saluée par les Associations de Défense des Consommateurs(ADC) qui ont appelé les autorités à plus de vigilance et de dureté concernant l’application effective des mesures contenues dans ce décret signé par Sidi Ould Boubakar(Premier ministre sous la transition, ndlr) ainsi que d’autres dispositions prises relatives à la protection des consommateurs. 

Durant cette journée, il a été surtout question de faire un diagnostic et un état des lieux des produits destinés à la consommation humaine ou animale mais surtout d’insister sur le rôle primordial que peuvent jouer les Associations de Défense des Consommateurs(ADC) dans la régulation de tous les paramètres liés à la qualité des services et marchandises offertes. Cette journée de sensibilisation et de concertation a montré aussi l’absence de stratégies suffisamment conséquentes de la part des Associations de Défense des Consommateurs(ADC) pour mettre en pratique leurs ambitions sur le terrain. 

En Mauritanie, sous la pression des Associations de Défense des Consommateurs(ADC), les pouvoirs publics ont fini par élaborer une législation en institutionnalisant notamment ces associations de protection des consommateurs. Cette volonté des autorités s’est aussi accompagnée au grand bonheur des Associations de Défense des Consommateurs par la création d’organismes chargés de recevoir les plaintes des consommateurs. 

Contrairement à d’autres pays où les Associations de Défense des Consommateurs constituent un contre-pouvoir réel et menaçant, ces dernières, en effet, dans notre pays, sont méconnues du grand public. Ceci explique en grande partie les insuffisances de leurs actions dans notre pays où les laboratoires de contrôle et les ressources humaines manquent terriblement mais surtout où les consommateurs sont souvent envahis par des produits périmés ou avariés. 

Toutefois, par rapport à tous les problèmes qui ont été soulevés au cours de cette Journée d’encadrement des Associations de Défense des Consommateurs, des perspectives relatives à l’élargissement du domaine d’action de ces associations furent dégagées afin de permettre leur meilleure connaissance au près du public. 

Babacar Baye Ndiaye 

  

 

( 17 décembre, 2007 )

59ième anniversaire de la Déclaration des Droits de l’Homme

 

 

Tous contre l’impunité 

 

Tous les gros bonnets des Organisations de Défense des Droits de l’Homme et de la Société Civile que comptent la Mauritanie, enfin presque, s’étaient donnés rendez-vous à l’Ancienne Maison des Jeunes de Nouakchott pour célébrer le 59ième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948 sous le thème «combattre l’impunité». De même que toutes les Associations nées des événements malheureux de 1989 telles que le Collectif des Veuves, le Regroupement des Victimes des Evénements 89-91, du Collectif des Opérateurs Economiques Victimes des Evénements de 89 en RIM, la Coordination des Victimes de la Répression de 86-91 et enfin le Comité de Solidarité avec les Victimes des Violations des Droits Humains en Mauritanie. 

 

«Nous devons tous nous mobiliser afin de combattre la torture sous toutes les formes car c’est un crime contre l’humanité». Ces propos sont de Mamadou Moctar Sarr, Secrétaire Exécutif du FONADH, qui prononçait son mot de bienvenue en prélude à la conférence de Presse sur les droits humains en Mauritanie. Même si, a-t-il reconnu que «la célébration du 59ième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dans notre pays cette année se déroule dans un contexte particulièrement favorable marqué par des changements significatifs». 

Ces changements pris par Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi concernent l’adoption de la loi portant incrimination de l’esclavage et répression des pratiques esclavagistes et notamment la tenue des journées nationales de concertation et de mobilisation sur le retour des réfugiés et le règlement du passif humanitaire(20,21 et 22 novembre dernier, ndlr). 

Ce 59ième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme fut aussi une occasion pour les femmes mauritaniennes de rappeler les discriminations dont elles sont souvent victimes dans tous les domaines et leur détermination à lutter pour l’avènement d’un monde plus juste. «La femme mauritanienne, a déclaré Aminétou Mint Ely, Présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille, se débat nuit et jour pour conquérir sa liberté et son indépendance, pour assurer son émancipation et participer, à l’égal de l’homme, à la construction de son avenir et à celui de son pays. » 

Mutilations génitales, mariages précoces, mariages forcés, viols, gavage, discrimination au niveau du droit au logement, de l’accès à l’emploi, du droit à la pension à ses ayant droits après son décès, de l’octroi de la bourse d’études à l’étranger, de la gestion des biens de ses enfants orphelins…sont autant de pratiques néfastes qui obstruent la marche des femmes mauritaniennes vers l’égalité. Ainsi donc, aux yeux de Aminétou Mint Ely Moctar,  toutes les femmes doivent «participer à cette bataille pour l’éradication définitive de toutes les formes de violence, d’exclusion et de discrimination de toutes sortes qui étouffent les libertés et l’aspiration des femmes à la justice et à l’égalité». 

Plaidant pour une meilleure implication des femmes dans la gestion des affaires, la Présidente de l’AFCF a souhaité davantage d’engagement de la part des pouvoirs publics et de tous les acteurs dans la poursuite de ces efforts.   

Cheikh Saad Bouh Kamara, prenant la parole a rappelé l’importance de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui consacre le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales. «Tous les droits de tous les citoyens sont à défendre avec la même ardeur» dit-il en faisant remarquer que la plupart des intervenants présents à cette salle sont des victimes des droits de l’Homme. Faisant allusion aux événements qui ont jalonné le cours de l’Histoire du pays, il a soutenu qu’il est du devoir des pouvoirs publics de combattre l’impunité. D’abord par le devoir de mémoire, le devoir de vérité, le devoir de justice, le devoir de réparation et enfin par le devoir de réconciliation. Dans le même ordre d’idées, il a affirmé qu’il est du ressort des Organisations de défense des droits de l’Homme et des associations nées des événements de 89 d’exiger la mise sur pied d’une commission vérité et réconciliation à l’image de l’Afrique du sud, du Royaume du Maroc, de certains pays d’Amérique latine ou d’Asie et bientôt pour le Liberia. Il a aussi rappelé les 13 groupes sociaux dont les droits sont régulièrement bafoués : les femmes, les enfants, les minorités, les autochtones, les réfugiés, les déplacés, les migrants, les détenus, les analphabètes, les prostituées, les personnes vivant avec le VIH/Sida, les personnes handicapées, les personnes sans ressources ou pauvres. 

Les débats qui ont suivi l’exposé substantiel du contenu de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ont tourné autour  du retour des déportés(la date précise), de la délivrance et de l’obtention des pièces d’état civil des déportés, du rétablissement des veuves dans leurs droits, des poursuites judiciaires, des tortures et des massacres subis par les populations négro-mauritaniennes. 

A l’occasion de la célébration du 59ième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, des stands animés par des Organisations de Défense des Droits de l’Homme furent montés, des stands qui rappellent les violations massives des droits de l’Homme en Mauritanie. Le stand qui a le plus attiré de monde est celui de la Coordination des Victimes de la Répression de 86-91(COVIRE). A travers un bandeau en blanc parsemé d’écriture verte, un message attire l’attention : «la Covire lutte pour le devoir de vérité, de mémoire, de justice et de réparation » et au-dessous de ce bandeau, une multitude de portraits de personnes pendues au camp d’Inal rappelle fraîchement l’horreur et la barbarie, la répugnance et l’émotion. Des yeux qui vous regardent dignement, sans voix, sans tumulte, sans superbe, des pères de famille, des jeunes à la fleur de l’âge sacrifiés à l’autel de l’ignominie. Certainement, ceux qui avaient perpétré ces actes n’avaient pas sous leurs yeux l’article premier de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme qui stipule : «Tous les êtres naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

( 17 décembre, 2007 )

Abderrahmaani Aamadu Bah, lead vocal de Daarorgal Fulbe

 

 «Nous risquons d’être absorbés, envahis ou engloutis… » 

La semaine dernière, Daarorgal Fulbe était au Centre Culturel Français pour égailler les fidèles de la cafétéria. Superbement habillé de manière royale et ressemblant à un Almamy du Fouta, Abderrahmaani Aamadu Bah et son orchestre nous ont offert de la bonne musique qui nous a bercé et charrié pendant plus d’une heure. Une musique qui rappelle les nuits du Fouta au bord du fleuve Sénégal. Après une bonne prestation, nous lui avons posé quelques questions. 

Le Rénovateur Quotidien : C’est votre première fois d’être sur scène, qu’est-ce que cela vous fait ? 

Ce n’est pas ma première fois de monter sur scène. En effet, c’est ma troisième fois avec Daarorgal Fulbe. Avant cela, j’ai eu à jouer dans plusieurs villages du Fouta. En 1981, je suis venu m’installer à Nouakchott pour militer dans les associations de développement de la culture Poular. En 1989, avec les malheureux événements de 89, j’ai dû arrêter ma carrière de chanteur et de musicien. C’est à partir de 1991 que j’ai décidé de monter l’orchestre «Daarorgal Fulbe». 

Le Rénovateur Quotidien : Non seulement, vous êtes un orchestre mais aussi vous êtes une association. 

Nous sommes une association de développement. Certes, nous sommes avant tout un orchestre mais nous privilégions néanmoins tout ce qui concerne l’éveil des peuples et nous intervenons aussi dans diverses activités de développement. 

Le Rénovateur Quotidien : Que signifie ce sceptre que vous avez entre vos mains ? 

Ce bonnet que je porte s’appelle «cabral». Les marabouts ou les éleveurs l’ont toujours porté. Cela fait partie de notre habillement de même que ce sceptre que vous voyez là(il le montre). Ce sceptre a aussi une autre signification. La plupart des personnes âgées marchent avec pour leur servir d’appui. C’est aussi un symbole de sagesse et de royauté. 

Le Rénovateur Quotidien : Dans l’une de vos chansons sur scène tout à l’heure, vous exaltiez la bravoure des héros de la liberté. Est-ce à dire que vous êtes attaché à la liberté ? 

Nous sommes astreints toujours de chanter la liberté puisque nous naissons tous libres et égaux. Les héros de la liberté que nous chantons furent de grands héros qui se sont toujours battus pour la liberté et celle de leurs peuples. D’autres aussi se sont battus contre l’injustice, l’occupation coloniale. Et jusqu’à présent, nous continuons à nous battre pour acquérir nos droits et notre liberté. Tant que la personne n’est pas libre, elle ne peut pas s’épanouir et se sentir citoyen du monde à part entière. Ainsi donc, il est de notre rôle historique, en tant que leaders d’opinion, de rappeler aux jeunes générations et futures, les noms des grands héros de la liberté. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous jouez de la musique traditionnelle typiquement influencée des rythmes du Fouta. Cela veut-il dire que vous valorisez la culture Peule ? 

Je veux exhiber avant tout mon attachement à mon patrimoine culturel. Je veux aussi partager ce patrimoine avec d’autres. Il faut d’abord montrer aux autres sa richesse culturelle avant de se projeter dans les leurs. 

Le Rénovateur Quotidien : Vos chansons sont aussi purement traditionnelles. On n’y retrouve pas de percussions. Ce qui est rare dans les orchestres qui ont souvent tendance à utiliser ces instruments rythmiques ? 

Nous ne devons pas laisser en rade notre musique traditionnelle. Certes, on peut apporter de nouvelles touches par rapport aux sonorités sur cette musique. Notre priorité c’est de moderniser cette musique folklorique. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous existez depuis 1991. Mais jusqu’à présent, vous n’avez pas encore sorti un album. Qu’est-ce que vous attendez ? 

C’est vrai ! Mais cela peut se comprendre d’une certaine manière. Aujourd’hui, la façon dont la musique est faite ou jouée ne me convient pas. Moi, je suis pour une nouvelle conception de la musique traditionnelle. Cela veut dire qu’il faut revoir notre conception de faire de la musique. Avec l’expérience que j’ai pu acquérir à travers la musique, je pense que Daarorgal Fulbe est assez mûr pour sortir un album. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous ne faîtes pas uniquement chanter les grandes figures du Fouta mais aussi et surtout vous éveillez et conscientisez. C’est le cas dans votre chanson «grossesse non désirée ». 

Cela, chez nous les halpoular, est un épiphénomène. Quelque chose de nouveau dans nos mœurs et coutumes ! Actuellement, nous vivons dans un monde où les habitudes de vie ont été bouleversées notamment par la modernité. 

Le Rénovateur Quotidien : A votre avis, faut-il défendre la musique traditionnelle, la préserver pour qu’elle ne disparaisse pas un jour puisque très peu de gens la jouent maintenant ou l’écoutent ? 

Cela est une des raisons qui fait que je chante toujours. Je n’ai pas encore un successeur. Toutes ces filles que vous avez vu gigoter, ce sont mes enfants. Je veux quelqu’un qui peut assurer la relève au cas où je ne serais plus de ce monde afin de préserver cette musique traditionnelle que nous avons héritée de nos aïeux  depuis plusieurs siècles. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez chanté au passage Tijane Anne  que vous appelez l’or du peuple. 

Tijane Anne n’est plus à présenter. C’était quelqu’un qui a défendu la culture poular. Il était unique dans son genre. Il a pu éveiller les populations, les conscientiser sur leur rôle et leur devoir à observer ou à tenir. En tant que chanteur, je dois de me souvenir de lui en le chantant puisqu’il a fait durant sa vie de grandes choses pour l’émancipation de la culture poular. Il n’a aussi cessé de se préoccuper du devenir de son peuple et des peuples d’Afrique. 

Le Rénovateur Quotidien : A travers, l’une de vos chansons, vous demandez que nous réhabilitions  nos cultures et nos coutumes. Est-ce à dire qu’elles sont menacées ou en train de disparaître ce que vous craignez ? 

Nous subissions de plein fouet la mondialisation maintenant. On ne peut pas vivre en autarcie. Le monde est devenu aujourd’hui un village planétaire. C’est pour cela, si nous ne faisons pas attentions, nous risquons d’être absorbés, envahis ou engloutis par les autres en perdant nos cultures et nos coutumes. C’est la civilisation de l’universel, du donner et du recevoir. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous pensez qu’aujourd’hui, il n y a plus de héros. C’est pour cela que vous faites revivre leur histoire en chantant les grands héros du Fouta ? 

Les héros existent toujours. Cependant, ils ne sont plus nombreux comme auparavant. Les héros ne sont plus devenus ceux qui partent en guerre ou qui luttent contre l’occupation coloniale. De nos jours, les héros, on les retrouve dans d’autres champs d’action comme par exemple, dans le domaine du développement ou de l’éveil des peuples. 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

   

 

 

 

 

 

( 24 décembre, 2007 )

Moctar Ould Mohamed, Secrétaire Exécutif du SNEP

 

 «L’école publique mauritanienne est devenue un centre d’ignorance et de crime» 

 

«L’école publique mauritanienne est devenue un centre d’ignorance et de crime». C’est en ces termes pessimistes que le Secrétaire Exécutif du Syndicat National de l’Education Publique(SNEP), Moctar Ould Mohamed, a qualifié l’enseignement public mauritanien, lundi dernier, au cours d’un atelier de planification Thompson(Mauritanie-Guinée) ouvert aux syndicats de l’Enseignement fondamental et secondaire.

 

Moctar O/ Mohamed n’y est pas allé par quatre chemins pour dire sans détours ce qu’il pense du système éducatif mauritanien. «Le secteur de l’enseignement fondamental et secondaire vit une situation lamentable créée par le cumul des erreurs commises par l’ancien régime dont la politique improvisée en la matière a été soutenue par une (mafia) qui maîtrise tous les rouages du ministère de l’éducation nationale ». 

 

Pour le Secrétaire Exécutif du Syndicat National de l’Education Publique, ce lobby a transformé dangereusement le Ministère de l’Education Nationale  en un centre pervers qui ne peut être restauré, selon ses propres termes, qu’en chassant cette «mafia».

 

Pour corroborer ses assertions et dénoncer cette «mafia» qui semble faire la pluie et le beau temps dans cet important et stratégique Ministère, il cite comme exemples : les mouvements, la promotion, les allocations familiales, les concours et le diplôme du baccalauréat, le détournement des primes notamment les primes d’éloignement, de la correction et de la surveillance du concours à l’intérieur du pays qui sont systématiquement détournés aux dépens des bénéficiaires qui «passent la majeure partie des vacances dans les couloirs du Ministère à la recherche de cette prime et n’en trouvent souvent que très peu et après beaucoup d’effort».

 

A ce propos, Moctar Ould Mohamed a soutenu que «toutes les primes et tous les droits ne sont payés qu’après des négociations et ne sont versés qu’après des mois de retard afin d’obliger les ayants droits à accepter n’importe quoi ».

 

Pire encore, outre le retard dans le paiement des primes et la méthode peu orthodoxe qui accompagne le circuit financier du paiement des droits, la corruption et le favoritisme gangrènent  le système éducatif mauritanien. «Les budgets destinés à la formation continue et aux séminaires, rencarde Moctar Ould Mohamed, sont détournés, les résultats sont médiocres et l’encadrement mince, c’est pourquoi, les enseignants sont découragés et leur niveau est très bas. Il faut signaler le manque de transparence dans la promotion, le manque d’évaluation équitable et objectif.»

 

C’est pourquoi, face à une situation assez préoccupante, le Syndicat National de l’Education Publique demande et dans les meilleurs délais l’ouverture d’un dialogue sérieux et clair pour trouver très rapidement des solutions idoines aux problèmes chroniques qui minent le Système Educatif Mauritanien et le paralysent.

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

Infos source: Le Rénovateur Quotidien (Mauritanie)   

( 25 décembre, 2007 )

Grand Marché de Noël: Le Rendez-vous des artisans mauritaniens

Le Grand Marché de Noël ou le Rendez-vous des artisans mauritaniens : c’est presque devenu une tradition respectée et attendue par tous les amateurs de belles créations. En effet, chaque année, plus précisément, au mois de décembre, le Centre Culturel français de Nouakchott organise des expositions artisanales, une occasion pour les artisans mauritaniens de dévoiler tout leur talent et leur savoir-faire dans divers secteurs d’activités.

Le Grand Marché de Noël n’est pas à raconter mais à découvrir. Des créations ludiques à voir et qui vous donnent inéluctablement l’envie naturelle de les caresser ou de se les approprier ! Des objets qui arborent une douceur insondable ! Il est très difficile de résister à la magnificence de ces milliers de créations artistiques et artisanales qui vous regardent sans bouger. Principalement, l’œuvre de femmes. Ici, tout est made in Mauritanie. De la sculpture sur bois ou en bronze aux masques et instruments de musique en passant par la maroquinerie, le tissage et la bijouterie, le visiteur ou l’acheteur aura sans doute l’embarras du choix devant ces belles créations.

Même si, ce Grand Marché n’est pas encore trop bien connu du public mauritanien qui n’est pas friand d’objets artisanaux, il demeure néanmoins une vitrine pour les acteurs de l’artisanat mauritanien. Au-delà de son caractère purement lucratif, artistique et promotionnel, le Grand Marché de Noël, c’est avant tout un moment de rencontre, de découverte mais surtout d’échanges d’idées.

«Ce Grand Marché m’a vraiment fait beaucoup de plaisir, m’a permis de venir exposer au centre culturel français et de découvrir de nouvelles et de jolies choses mais surtout de faire de nouvelles connaissances » témoigne Penda Sylla qui représente la boutique Sinaa et qui est à sa première exposition. «Je n’ai jamais trop aimé l’artisanat, ajoute-t-elle, mais depuis que je travaille dans ce milieu, j’admire et je commence à aimer».

Le Grand Marché de Noël a la particularité d’accueillir chaque année des artisans d’origine étrangère mais vivant sur le territoire mauritanien en y exerçant la profession d’artisan. C’est le cas de Adama Bogano qui en est à sa deuxième exposition et vend des bagues, des colliers et des boucles d’oreille en argent.

Au début, en effet, ce Grand Marché de Noël n’était pas du tout un Grand Marché pour devenir en laps de temps un rendez-vous de l’artisanat mauritanien. Au fil des années, ce rendez-vous s’est quasi transformé en foire et est devenu une attraction, un rendez-vous à ne pas manquer pour les inconditionnels des belles créations.

Alassane Sy, plus connu sous le sobriquet de Amadou Bodjel, témoigne, lui qui a été parmi les premiers artisans mauritaniens à participer à cette exposition. L’artisanat, il l’a dans le sang et les veines. «L’artisanat, certes, est un métier mais c’est avant tout, une tradition, une culture chez certaines ethnies comme chez nous, les halpoular, une culture que nous pratiquons avec fierté depuis des millénaires. Je suis né dans l’artisanat. Je l’ai hérité de mes parents qui l’ont hérité à leur tour de leurs parents. C’est un art qui se transmet de génération en génération ».

Pour ce vieux, qui ne se rappelle plus de quelle année, il est venu au monde, le secteur de l’artisanat mauritanien devrait être réorganisé puisque c’est un secteur, selon lui, qui fait vivre de nombreuses familles, un secteur générateur de revenus.

En matière de subvention artisanale, l’Etat traîne davantage les pieds. Pas de foire ou de rencontre artisanale pour sortir ce secteur de l’ornière. Le Grand Marché, ce n’est pas uniquement l’affaire des coopératives qui ont envahi ce secteur. C’est aussi, celle des bonnes volontés. Ginette Sahuc, une française vivant en Mauritanie depuis plus de 50 ans, en est la parfaite illustration.

Partagée entre sa «boutique partage » qui se trouve au Ksar et le centre culturel en cette période, elle en est à sa 6ième année d’exposition. On peut dire qu’elle fait partie du cercle restreint des âmes généreuses, toujours prêtes à s’investir pour une cause sociale. «Je suis là pour les autres. Tout ce qui est là ne m’appartient pas. Cela appartient aux autres(les coopératives, les prisonnières, ndlr). Avec 50 ans en Mauritanie, on ne peut pas rester les bras croisés. »

«J’ai travaillé pendant 25 ans au Croissant Rouge Mauritanien, poursuit-elle, et j’ai continué à le faire toute seule, à aller toujours devant l’autre, mon prochain. C’est Dieu qui m’envoie vers les autres jusqu’à la fin de mes jours ».

La plupart des acheteurs, ce sont des étrangers, principalement des français. Très peu de mauritaniens accordent assez d’importance à notre artisanat local. «Ils viennent pour regarder sans acheter », confie Awa Ndiaye représentant la coopérative «Soumpou ».

A son coté, Léila Sy. Elle excelle dans la teinture depuis plus de 18 ans. Grâce à l’artisanat, elle a pu voyager dans certains pays, y nouer des contacts et surtout recevoir de temps en temps des commandes de l’extérieur. Comme quoi, l’artisanat peut bien nourrir son homme.

Le Grand Marché de Noël rapporte beaucoup de choses à l’artisanat mauritanien. Certains participants ont souhaité voir d’autres rendez-vous de ce genre afin de permettre à l’artisanat mauritanien de se développer en créant des liens d’échanges entre les autres pays. En termes de vente, les chiffres différent des uns et des autres et chaque exposant y trouve son compte.

Une chose est sure et certaine : ce n’est pas l’imagination, le talent ou le savoir-faire qui manquent à nos artisans. Ce qui manque, ce sont les moyens qui font cruellement défaut ou ne suivent pas à cause d’une véritable politique artisanale sérieuse.

Babacar Baye Ndiaye

 

( 27 décembre, 2007 )

Le cadeau de fin d’année offert par Sidi à Ely

Ely Mohamed Vall, Chef d’Etat Major Adjoint de l’Armée ! C’est la nomination, sauf par miracle, même si on rêvait debout, à laquelle personne ne s’attendait en cette période de fin d’année 2007. Cette nomination, en réalité, est tombée à un moment trépidant marqué par des soubresauts sans précédent et assez inquiétants. Pendant, la nomination de Ely Mohamed Vall faite par décret présidentiel, tombeur de Maouiya et ancien Chef d’Etat, on apprend tristement que quatre soldats mauritaniens sont tués à El Ghalaoui sur les frontières mauritano algériennes. Au vu de tout cela, on est tenté de s’interroger, de se demander le pourquoi et l’utilité de cette nomination de Ely Mohamed Vall au poste de Chef d’Etat Major Adjoint de notre Armée Nationale, lui qui avait soutenu à la veille des élections présidentielles sur les ondes de Radio France Internationale(RFI), qu’il ne serait pas tenté par une autre fonction officielle par respect à la fonction de Président de la République qu’il a déjà occupé pendant plus de 19 moins à la tête du pays. Pourquoi ce retournement de situation, ce changement de veste de la part de Ely Mohamed Vall ? Non seulement, cette nomination est tombée comme un coup de marteau sur nos tronches mais elle va créer des remous à coup sur dans l’esprit des mauritaniens qui ne sont point habitués à de pareilles situations incompréhensibles mais surtout provoquer et susciter d’interminables étonnements et interrogations. Certes, cette nomination est stratégique et factuelle vu la période assez dramatique qu’est en train de vivre la Mauritanie sur le plan intérieur en matière de sécurité consécutif à l’assassinat odieux de quatre touristes français aux encablures de la ville d’Aleg. Toutefois, à travers cette nomination, on peut y voir une volonté manifeste de la part des autorités de mettre sur le tablier des velléités politiques et nationales et cela pourrait s’apparenter- ce qui serait dommage et regrettable pour notre démocratie et notre gouvernement- à un fiasco voire même un aveu d’incompétence et d’incapacité des nouvelles autorités de pouvoir sortir de l’impasse actuelle, du gouffre et du trou, de pouvoir faire face à ces bandes de malfrats et d’assassinats qui ont investi le territoire national pour y semer la terreur et la peur. Cette nomination constitue en effet le meilleur cadeau de fin d’année que pouvait offrir gentiment et amicalement Sidi à Ely. Elle consacre ainsi donc le retour de Ely dans l’escarcelle du pouvoir politique et militaire ce que craignait bon nombre de sceptiques qui avaient «prédit» ce retour.

 

Babacar Baye Ndiaye

( 29 décembre, 2007 )

Mokhis, Président de l’Union des Artistes Peintres de Mauritanie (UAPM)

« Actuellement, les gens peuvent s’exprimer comme ils veulent. A l’époque, c’était très difficile» 

Mokhis, ce bout de bois de Dieu plein de talent, n’est plus à présenter dans le milieu culturel mauritanien. Admiré et respecté par tous notamment la nouvelle génération, pour son engagement et sa disponibilité dans les causes culturelles, un des pionniers parmi tant d’autres de la peinture contemporaine mauritanienne, il incarne sans orgueil une époque, celle du «seul contre tous». Dans l’interview suivante qu’il nous a accordée et réalisée dans son atelier de création à la Maison des Artistes sise Tévragh-Zéina, il revient sur l’UAPM dont il est redevenu le nouveau patron, sur ses débuts dans la peinture et les arts plastiques, entre autres.   

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes redevenu le nouveau patron de l’UAPM. Pourquoi ce retour à la tête de cette association? 

J’avais pris les rênes de cette association, il y a de cela 4 ans. J’ai fait connaître les artistes peintres mauritaniens à travers beaucoup de pays de la sous-région. Vous savez, pour la transparence, il faut qu’il y ait un mandat alors que le mien pendant qu’il expirait, il n y avait toujours pas de candidat. Finalement, on a eu des candidats qui se sont présentés. Il y a eu un premier président qui n’a pas pu finir son mandat faute de disponibilité pour pouvoir véritablement se consacrer à l’association. On a organisé une nouvelle assemblée générale à l’issue de laquelle deux anciens artistes furent optés  pour diriger l’association. Lorsqu’ils furent élus, les gens s’attendaient à ce qu’ils fassent mieux que moi et mon prédécesseur. 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce qui a véritablement motivé votre retour? 

C’est parce qu’il y a eu une carence. On ne sentait plus l’événement. Il n y avait plus de choses qui se font et puis au niveau même de l’association, de la maison, disons presque, les artistes étaient dehors quoi ! Chaque fin de mois, le propriétaire de la maison venait nous menacer régulièrement de fermer la maison. Il a fallu donc que je revienne en prenant les rênes de l’association pour essayer de changer les choses. 

Le Rénovateur Quotidien : Derrière votre nom se cache un grand artiste dont le talent est reconnu par tout le monde. Cette passion pour les arts plastiques et la peinture,  comment est-elle  née en vous? 

Ça a commencé depuis tout petit. Quand j’étais à l’école primaire, je m’intéressais aux bandes dessinées. J’ai commencé à reproduire les affiches de cinéma que je revendais. Des gens m’encourageaient et des personnes plus âgées que moi me disaient : «ce que tu es en train de faire, c’est plutard que tu vas le connaître. D’ailleurs, tu peux même en faire un métier». A cette époque, je ne pouvais pas savoir ce que c’était vraiment ! En 1975, j’ai reçu la visite d’un canadien, Denis Ride, un professeur d’arts plastiques,  de français, d’anglais et de yoga, qui avait entendu parler de moi. J’étais à Rosso et il y est venu me voir. J’étais surpris de le voir. Il a insisté pour que je parte avec lui à Nouakchott. C’est en ce moment là, que l’aventure de Mokhis a débuté, que j’ai commencé à m’initier à la peinture. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes parmi sinon l’un des premiers artistes peintres mauritaniens? 

C’est vrai ! Mais avant moi, il y avait feu Wane Bocar qui était un grand artiste, un doyen. Je suis de l’époque des Hane Mamadou, Abba Souleymane et Issa Baal. En 1979, on a créé la première exposition d’arts plastiques intitulée «Démarrage de la peinture contemporaine en Mauritanie». 

Le Rénovateur Quotidien : Certainement, vous serez à l’aise pour nous dire comment se porte la peinture en Mauritanie, par rapport à 10, 20 ans en arrière? 

Actuellement, les gens peuvent s’exprimer comme ils veulent. A l’époque, c’était très difficile. Je dirai plutôt qu’à cette époque, nous étions les pionniers, donc, c’était en quelque sorte «seul contre tous» c’est à dire seul contre tous les tabous et surtout de faire comprendre aux gens que ces productions ne sont pas vraiment interdites. Lorsqu’on dessine quelqu’un, on le dessine sur papier, il n y a pas d’ombre et s’il en existait, à l’époque, au temps du prophète Mohamed (PSL), on disait que les gens faisaient des statuettes à usage d’idolâtrie. En ce moment, c’est devenu quelque chose de beau. C’est de l’ornement. Celui qui crée une statuette sait très bien qu’elle n’a pas de pouvoir. S’il croit en Dieu, il saura que c’est la création d’une main humaine. 

Le Rénovateur Quotidien : Les artistes peintres mauritaniens sont à l’image des eaux d’un fleuve. On ne les entend pas. On leur reproche leur manque de cohésion. D’ailleurs, c’est ce qui a poussé Sidi Yahya à rendre le tablier? 

Effectivement ! Au niveau même des artistes, il n y a pas de confiance. Ils n’ont pas confiance en ceux qui les dirigent et ceux qui sont plus anciens qu’eux. Donc, c’est pourquoi, il y a toujours ces lacunes qui créent des problèmes au sein de l’association et qui font aussi que beaucoup de présidents, en cours de route, sont découragés et préfèrent abandonner. 

Le Rénovateur Quotidien : A votre avis, y a-t-il assez de programmation culturelle pour promouvoir certains secteurs d’activités culturelles comme celles de la peinture et des arts plastiques? 

Bien sûr ! Par exemple, notre nouveau bureau qui vient d’être élu et dont je suis le Président est un bureau très dynamique composé de gens choisis sur des critères précis. Aminétou Sow qui est notre secrétaire, par exemple, pour son honnêteté et son travail, est une femme qui peut contribuer vraiment pour notre bureau. On a pris comme secrétaire général, Omar Lerajel, un ancien et l’un des artistes qui a eu l’idée d’exposer au CCF avec un très grand sponsor de 3 millions d’UM. C’est des gens qui ont de l’expérience et qui peuvent faire bouger les choses. On a beaucoup de programme pour l’année 2007-2008. Par exemple, on organisera dans trois mois, une rencontre intitulée «Rencontre des artistes du Sahel» qui va aboutir plutard au Festival des Arts en Mauritanie. 

Le Rénovateur Quotidien : Les arts plastiques et la peinture sont très peu connus des mauritaniens. Que faut-il faire pour véhiculer l’image de ce secteur? 

Je dirai plutôt qu’il y a quelques années, ce n’était pas bien connu. Nous n’avions que des étrangers qui achetaient nos œuvres. Les mauritaniens participent à toutes les manifestations que nous organisons parfois. Chaque année, nous sommes conviés à l’exposition sur la fête de l’Europe. Beaucoup de gens nous ont côtoyés et en ont conclu qu’il faut encourager ce secteur culturel. 

Le Rénovateur Quotidien : L’UAPM que vous dirigez participe-t-il actuellement au discours de réconciliation nationale comme à l’image des chanteurs qui vont bientôt sortir un album national sur l’unité nationale? 

Mais bien sûr ! Les artistes peintres sont là pour l’unité nationale ou la réconciliation nationale. D’ailleurs, personnellement, l’exposition que je suis en train de préparer, c’est une exposition qui va se faire d’ici peu au Musée National et sera intitulé «Regards sur le passé». Une exposition sur des personnages qui ont marqué l’histoire de la Mauritanie et à qui il faut rendre hommage. C’est donc toutes les couches, les ethnies de la Mauritanie qui ont contribué à la création de ce pays qui seront représentés. 

Le Rénovateur Quotidien : On peut s’attendre donc à voir, puisque vous êtes devenu le nouveau patron de l’UAPM, un jour que tous les artistes peintres mauritaniens apportent leur effort et leur contribution à travers une gigantesque œuvre picturale à l’élan de réconciliation nationale? 

On avait pensé à ça. Nous avions  pensé faire une très grande fresque picturale sur ce thème, l’unité nationale mais faute de moyens jusqu’ici, nous demandons  toujours aux gens de nous appuyer et nous sommes prêts à aller voir la Communauté Urbaine de Nouakchott si elle peut nous offrir une façade dans la ville où nous pourrons vraiment se défiler et montrer aussi que les artistes peintres contribuent à cette unité nationale. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’il est facile de gérer une équipe comme celle que vous coachez? 

C’est très difficile de gérer les artistes. Mais on fait quand même ce qu’on peut. J’ai été au Mali pour assister au festival de Ségou, au Marché National de l’Art et à l’inauguration du mémorial de Modibo Kéita. J’y ai rencontré des artistes venus de la sous-région. Je dirai plutôt que nous avons franchi un grand pas en avant. 

Le Rénovateur Quotidien : Si vous êtes revenu à la tête de l’UAPM. Est-ce à dire que vous êtes animé d’une ferme volonté de changer les choses ? 

Mais bien sûr ! C’est pourquoi, nous avons pris cette équipe de choc pour essayer uniquement de refaire, de mieux faire marcher cette association. 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce qui manque aux artistes peintres mauritaniens ? 

C’est d’être pris en charge par l’Etat. Tout ce qui leur pose comme problème pour le moment, c’est leur quotidien. C’est des gens qui sont bloqués. On sent vraiment qu’il y a quelque chose qui les empêche de se défouler. Tant qu’ils ont ce problème, au niveau de leur famille, ils ne pourront pas s’épanouir. Si ce coté est arrangé, s’ils sont pris en charge, comme le faisait Léopold Sédar Senghor (ancien Président du Sénégal de 1960 à 1980, ndlr). Ils étaient logés et nourris. Ils avaient un petit salaire symbolique qui leur permettait, en temps creux, de pouvoir régler leurs problèmes. 

Le Rénovateur Quotidien : Si vous aviez un message à faire, une critique à faire, ce serait quoi en tant qu’artiste peintre? 

Ce serait plutôt encourager les gens à amener leurs enfants à faire de la peinture et qu’il y a une association qui est prête à recevoir tous les gens et à donner un coup de main à tout celui qui veut s’initier à la peinture et aux arts plastiques. 

Le Rénovateur Quotidien : Et une critique à faire? 

Je n’ai pas de critique ! 

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous de la création du prix littéraire pour les arts plastiques et la peinture? 

Vous savez, c’est une première expérience de la part des autorités du ministère de la culture. On ne peut pas leur en vouloir pour ce qu’ils ont fait. C’était une petite erreur qui n’est pas aussi grave. Cela les a servis de leçon et d’expérience pour que, plutard, ils puissent nous mettre au courant, dans le bain, pour tout ce qui doit se faire en ce qui concerne les prix. 

Le Rénovateur Quotidien : Votre ministère de tutelle participe-t-il réellement à la promotion des arts plastiques et la peinture, à la valorisation du patrimoine national? 

Je dirai plutôt que le nouveau ministre qui est venu est quand même un peu plus sensible aux problèmes des artistes parce qu’il nous a demandés à nous rencontrer à deux reprises. La preuve, le ministère a dégagé une somme d’argent pour payer les arriérés de loyer de notre maison. Tout cela prouve vraiment que le ministère est en train de se pencher sur les problèmes associatifs des artistes surtout plasticiens. 

 

Interview réalisée par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

  

  

( 9 janvier, 2008 )

Baba Maal

Lancement de son album «Riche Afrique!!!» en Mauritanie 

Ce vendredi dernier (4 janvier 2008), au Centre Culturel Français de Nouakchott, avait lieu le lancement du nouvel album de Baba Maal intitulé international «Riche Afrique!!!».Après «Mi Yewni ou Missing You » et sept ans de sabbat musical, Baba Maal et le Dandé Lénool nous reviennent avec un nouvel album intitulé «International Riche Afrique!!!». Un album qui tombe à pic et qui vient s’inscrire en faux contre certains propos à la limite désarmants du genre «l’Afrique est pauvre », «l’Afrique est le déchet du monde », «En Afrique, c’est la déchéance ». Un album international pour montrer aussi que «l’Afrique est riche par sa beauté, sa culture et ses ressources naturelles ». 

 

On a attendu, beaucoup attendu et trop attendu même. Toujours pas la silhouette de Baba Maal ! La conférence de presse, prévue dans la salle des spectacles du CCF à 16 heures, n’aura finalement lieu que vers les coups de 17 heures et demi. L’expectative devenait de plus en plus insupportable. «Il sera là dans 5 minutes » nous dit-on en guise d’assurance après avoir poireauté pendant plus de 90 minutes.  Enfin, elle a eu lieu mais avec beaucoup de piétinement. « Sur le plan timing, il est ingérable (Baba Maal, ndlr)» nous confie un des organisateurs de la venue à Nouakchott de l’enfant du Podor apparemment dépité par cette longue attente. Vrai ou faux, les journalistes qui ont été invité à cette conférence de presse en ont beaucoup souffert cette  après midi de vendredi. 

Habillé en boubou blanc qui n’arrêtait pas d’émettre des frou-frou et cousu par des jeunes stylistes mauritaniens, Baba Maal est apparu devant le public avec un nouveau look, plus rajeuni et plus raffiné. En rasta ! Dès son apparition, comme à l’accoutumée, en roi, il a eu droit à des glorifications de la part d’une femme dont on méconnaissait l’identité. Certainement sa griotte ! Il y avait les passionnés de Baba Maal qui ont tenu à être présents à cette conférence de presse. Mais aussi des popularités du monde politique et stylistique comme Ibrahima Moctar Sarr et Madame Oumou Sy. Son dernier voyage en Mauritanie date de deux ans. Donc, son retour était très attendu par ses groupies et le lancement de son nouvel album en Mauritanie n’était point fortuit. 

Au cours de sa conférence de presse, Baba Maal a beaucoup parlé de l’Afrique, de la culture africaine, de sa jeunesse. Ce qu’il pense de la situation actuelle qui prévaut dans le continent noir, de sa vision de l’avenir, de ses projets, de ses relations avec les autorités politiques sénégalaises en premier lieu avec le Président de la République du Sénégal, maître Abdoulaye Wade. 

«C’est vrai que nous traversons des moments difficiles, reconnaît-il,  nous avons les guerres, les conflits, la pauvreté, les maladies. C’est sûr ! Mais ce n’est pas une raison valable pour condamner l’Afrique à jamais. Nous avons la jeunesse africaine qui est très dynamique et qui n’aspire qu’à faire quelque chose pour son continent et pour elle-même. Nous avons aussi les femmes qui restent un groupe très solide sur qui nous pouvons compter demain». Pour lui, fini le temps de pleurnicher, il faut agir et cela en comptant sur nous-mêmes, sur notre engagement personnel, sur les Africains qui ont conscience du devenir de leur continent, sur les amis de l’Afrique, sur les gens qui aiment ce continent, sa culture et son histoire. 

L’album international «Riche Afrique!!!» est un appel solennel à tous les africains de se joindre au projet «Africa 2015» afin de promouvoir les Objectifs du Millénaire pour le Développement, lutter contre la pauvreté et essayer surtout de corriger l’image de l’Afrique. « C’est dommage, dit-il, qu’une partie de l’Afrique ne se rende pas compte que nous avons le monde entier rivé sur nous. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas promouvoir ce qu’il y a de plus beau sur ce continent, ce qu’il y a de positif. Ce n’est pas non plus une raison de ne pas montrer certaines parties de ce continent qui essaient de véhiculer une bonne image de l’Afrique». 

Baba Maal est un artiste déroutant sur le plan musical. La preuve, de «Baayo» à «Mi Yewni ou missing you» qui a reçu le prestigieux «Prix de la Word Music» décernée par la BBC en passant par «Laam Toro», «Firin Fouta» et «Nomad Soul», il a su allier divers styles musicaux, lui qui nous a souvent habitué à la musique traditionnelle. De Philadelphie au studio du groupe mythique «Roots» à Londres au studio «Beethoween» en passant par Dakar, les enregistrements de l’album «Riche Afrique!!!» aura duré deux ans. «On a voulu travailler de manière naturelle pour sortir quelque chose qui reflète ce que je voulais ressortir. Il fallait donc réfléchir à deux fois avant de sortir un nouvel album international» confie-t-il. Un album qui ne s’inscrirait pas dans les mêmes perspectives que les albums précédents de Baba Maal sur le plan international. Une rupture dans la conception musicale ! Un «pont de jonction» entre le continent noir et le reste du monde et notamment  la diaspora africaine. 

Pilotant le projet «Africa 2015», Baba Maal, qui n’est plus à présenter, est aujourd’hui parmi les rares artistes africains qui collaborent avec le Programme des Nations Unies pour le Développement. «Nous utilisons la musique pour pouvoir échanger des idées, mener des projets et essayer de trouver des financements pour construire même si ce n’est qu’une salle de classe ou acheter des table-bancs» dit-il. 

Dans «Tinoo», Baba Maal fait un clin d’œil à la femme africaine tout en se préoccupant de son sort. «Nous avons besoin de nos sœurs, de nos mamans et de nos femmes. Nous avons besoin d’elles un peu partout dans la société parce qu’elles restent une référence, une force qui peut participer à changer la destinée de nos pays et de nos peuples » lance-t-il. «Nous avons beaucoup de choses à gagner de ces femmes qui sont les femmes africaines» rajoute-t-il. 

L’album international «Riche Afrique!!!» a vu la participation de Bineta Lally Sow et Baba Maal n’a pas tari d’éloges envers cette diva de la musique guinéenne. «J’ai été très sensible au fait qu’elle était une grande chanteuse au même titre que Césaria Evora. Elle a tout donné à cette culture peule, cette culture poular. Avec 50 ans de carrière musicale, elle ne vit pas décemment. Elle a un caractère qui montre vraiment la grandeur des femmes africaines et des femmes foulbé». 

S’inspirant des Objectifs du Millénaire pour le Développement, Baba Maal a composé une chanson(lekki-lekki) qui parle de l’écologie, de la protection de l’environnement. «Même si, nous ne sommes pas responsables de ce qui se passe sur cette planète, nous devons nous réunir pour parer toutes ces éventualités comme la désertification» avertit-il. 

A travers son album international «Riche Afrique!!!», Baba Maal a montré encore une fois une autre facette de lui, de son génie musical en puisant dans ses expériences pour parler de l’Afrique. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

   

( 9 janvier, 2008 )

Docteur Mohamed Moussa, chirurgien au C.H.N. de Nouakchott, membre du Syndicat des médecins spécialistes en Mauritanie: »Il y a une très grande crise dans le secteur de la santé »

Qui est le plus opiniâtre  entre le Ministère de la Santé qui refuse d’ouvrir des négociations et les médecins spécialistes qui bivouaquent toujours sur leur position malgré qu’ils aient été reçus par le Conseil Supérieur de la Fonction Publique hier à 13 heures ? Chaque camp accuse l’autre d’immobilisme, de manque d’ouverture et de dialogue sérieux. Pour en savoir plus, nous avons ouvert nos colonnes au docteur Mohamed Moussa. 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce qui est ressorti des discussions que vous avez eues avec le Conseil Supérieur de la Fonction Publique ? 

Pour le moment, nous ne pouvons pas parler de discussions parce qu’il n y en avait pas. Notre rencontre avec le Conseil Supérieur de la Fonction Publique a porté essentiellement sur un accord pour un statut préposé. C’est un accord portant sur un projet de loi relatif au statut des médecins. 

Le Rénovateur Quotidien : Et sur quoi porte cet accord plus précisément ? 

Actuellement, ce qu’on a reçu c’est l’accord sur un statut des médecins spécialistes et même un statut pour le personnel de la santé. Cela n’ajoutera pas beaucoup de choses pour les salaires. L’acquisition de ce statut est un atout qui pourra nous permettre de lutter pour avoir des indemnités de plus et améliorer le salaire des médecins spécialistes et du personnel de la santé. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’au cours de votre réunion avec le CSFP, aurez-vous discuté de vos problèmes et de vos préoccupations ? 

Nos problèmes ont déjà fait l’objet de plusieurs discussions et le seront davantage. Nos réclamations sont la création d’un statut avec l’amélioration des indemnités des médecins. On n’a pas beaucoup de choses sur lesquelles à discuter. 

Le Rénovateur Quotidien : Et on vous a promis de le faire ? 

Eux, ils savent mieux que nous, nos réclamations sont légitimes et normales. Mais l’application de cette loi, c’est ça le problème : quand et comment ? 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous allez poursuivre votre mot d’ordre de grève ? 

Bien sûr ! Jusqu’au moment où je vous parle, nous sommes en grève. Nous allons continuer à observer ce mouvement de grève jusqu’à la tenue du prochain Conseil des Ministres. On nous a promis que le statut du personnel de la santé sera adopté par le Conseil des Ministres. Après l’adoption de cette loi, nous allons tenir une Assemblée Générale pour discuter de la situation et de l’évolution de nos revendications pour décider de la continuité ou de l’arrêt de la grève. 

Le Rénovateur Quotidien : N’êtes-vous pas en train de pousser le bouchon un peu loin en poursuivant cette grève ? 

Je ne pense pas. Nous sommes en train d’ouvrir une porte de sortie au gouvernement. Pousser le bouchon, ce serait élargir la grève, arrêter les urgences, faire une démission massive. On a beaucoup de moyens de serrer le bouchon. On ne peut pas encore annuler une grande grève à la suite des promesses. Cette grève était venue après les promesses. Cela veut dire qu’on ne peut pas arrêter une grève de 140 spécialistes. Chacun de nous a au moins bac+11. On est des intellectuels quand même. On est rentré dans la grève après des consultations juridiques. On a consulté des avocats et on sait parfaitement ce qu’on est en train de faire. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes déterminés à aller jusqu’au bout malgré les menaces du gouvernement de vous radier de la fonction publique ? 

Ces menaces ne nous ébranlent pas. On ne peut pas faire sortir 12 élèves dans une salle de classe et on voudrait le faire avec 140 spécialistes. Soyons raisonnables ! Nous devons être sages. S’ils réclament leurs droits, c’est tout à fait légitime. 

Le Rénovateur Quotidien : Au niveau de l’hôpital national, il y a les patients qui se plaignent… 

(Il m’interrompt)Nos revendications, jusqu’à preuve du contraire, sont légitimes. C’est le gouvernement qui est responsable de cette situation. Dès qu’on dépose un préavis de grève, on lance la responsabilité sur le dos du gouvernement. Nous devons réclamer nos droits malgré la situation des populations. C’est vrai que cela nous fait mal au cœur d’avoir des malades qui ne reçoivent pas leurs traitements. Mais on peut faire quelque chose pour eux, on peut assurer les urgences mais encore, notre seul moyen de réclamations de nos droits après des négociations, c’est la grève. 

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous adressé un préavis de grève à votre tutelle ? 

On a adressé un préavis de grève de 45 jours, presque 35 jours ouvrables. La loi nous demande de faire un préavis de 10 jours ouvrables. C’est après qu’on a lancé la grève et on l’a suspendu. On ne l’a pas arrêtée. La grève du 3 décembre 2007, on l’a suspendu. On l’a repris après un mois de négociations avec le gouvernement. On a repris la grève qui était suspendue. 

Le Rénovateur Quotidien : Mouvement de grève par-ci, confrontation par-là…Peut-on parler de crise dans le secteur de la santé ? 

Il y a une très grande crise dans le secteur de la santé. Nous, nous voulons créer la crise. La grève, c’est une création d’une crise et nous,  nous savons qu’il y aura une crise et c’est à partir de cette crise, qu’on pourra arracher nos droits. Nous savons très bien qu’il y aura une grande crise, un grand problème et même beaucoup de dégâts. Il y a des gens qui viennent à l’hôpital et qui ne se traitent pas. Tout ceci, c’est la responsabilité du gouvernement. Il doit lancer une discussion très rapide. 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’allez-vous faire si le gouvernement ne vous propose pas des solutions qui ne vous conviennent pas ? 

Nous ne souhaitons pas en arriver là. Nous sommes toujours à l’écoute du gouvernement. Nous sommes des gens sages. Nous ne sommes pas avec des diables. Nous pensons qu’il y aura une solution rapide qui sera trouvée à cette situation. On ne peut pas imaginer que notre gouvernement ne peut pas résoudre un problème comme celui-là, qui est un problème facile à résoudre. Nous ne demandons pas quelque chose d’impossible. 

Le Rénovateur Quotidien : Votre grève, est-ce une manière de revendiquer de meilleures conditions de vie et de travail ou tout simplement s’agit-il d’une pression sur les autorités pour assouvir les intérêts d’un groupe ? 

Non, pas du tout ! S’il y a un décret pris par le Président de la République élaborant un statut des médecins, nous arrêtons immédiatement la grève. 

Le Rénovateur Quotidien : Un député a souhaité entendre le Ministre de la santé sur la situation actuelle du secteur. Qu’est-ce que vous en pensez ? 

Le ministre de la santé est un politicien et nous, nous sommes des praticiens. Lui, il pratique la politique et nous la médecine. Lui, il a le droit de jouer avec tous les mots. Nous, nous jouons avec les seringues et les médicaments. Il peut dire tout ce qu’il veut mais il est responsable de ces paroles et nous, responsables de nos réflexes. Nous croyons que ce qu’il a dit relève du jeu politique. Tout le monde sait que les hôpitaux sont en paralysie totale, le secteur de la santé est en crise. Le fait que le Ministre affirme qu’il n y a pas de problème et que les techniciens supérieurs peuvent exercer à la place des spécialistes, cela veut dire qu’il n y a pas de santé en Mauritanie, cela veut dire aussi que ceux qui peuvent aller se faire traiter ailleurs n’ont qu’à aller et les autres à mourir. 

Le Rénovateur Quotidien : Donc, à votre niveau, vous n’êtes pas satisfait ? 

Bien sûr ! On n’est pas satisfait de la manière dont le dossier est traité, de la gestion de l’Etat, du gouvernement, du ministère de la santé, du ministère de la fonction publique, du ministère de l’économie et des finances et même du Premier ministre. Nous souhaitons que le Président de la République agisse le plus rapidement possible. 

Le Rénovateur Quotidien : C’est pour faire connaître à l’opinion publique tout cela que vous avez agi de la sorte en observant ce mouvement de grève ? 

Ecoutez, nous ne sommes pas en bras de fer avec le gouvernement ni avec les populations. Nous sommes des médecins qui réclament leurs droits. Certains d’entre nous ont bac+11 ou 13 alors que les professeurs d’université n’ont que bac+9. Nous demandons les mêmes traitements de faveur qu’eux. Nous demandons un cadre juridique avec lequel nous pouvons travailler. C’est très simple ! 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

( 22 janvier, 2008 )

Abderrahmane Ould Salem, directeur de la maison des cinéastes

«Le cinéma mauritanien est pris en otage par la décision politique (…) et l’absence d’une culture cinéphile» 

Pendant 15 jours, la caravane dromadaire, initiée par la maison des cinéastes, a traversé 18 villes de l’intérieur du pays. Au total, 17 films furent projetés au grand bonheur des populations autochtones. 5000 spectateurs directs ont été touchés et des dizaines de milliers de personnes sensibilisées sur des thèmes comme l’unité nationale entre autres. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous revenez de l’intérieur du pays dans le cadre de la promotion du concept «écran dromadaire ». Pouvez-vous revenir sur cette caravane ? 

Cette caravane, elle a trois rôles. Dans un premier temps, elle nous permet de prendre en contact avec le maximum possible de sources qu’elles soient des associations de la société civile, des notables, des gens qui appartiennent à la mémoire du pays, etc. Deuxième rôle, c’est l’éducation parce que nous projetons pas mal de films qui traitent des sujets très intéressants sur des thèmes comme l’unité nationale, la santé, la justice… et le troisième rôle, c’est la mémoire parce que nous essayons  de filmer le maximum d’images pour construire un peu la mémoire surtout audiovisuelle qui fait malheureusement beaucoup de défaut dans notre pays. 

Le Rénovateur Quotidien : Comment est-ce que cette caravane mobile a été accueillie par les populations autochtones ? 

C’était vraiment magique ! C’était déjà l’hospitalité des mauritaniens partout mais aussi la curiosité, la découverte et l’échange. Là où nous sommes passés, nous avons voulu intégrer le lieu. Nous n’avons jamais voulu débarquer comme des étrangers avec leurs matériels. A chaque fois, on a essayé de prendre en contact avec les autorités, les jeunes pour leur demander ce qui les intéresse en terme de projection de films. Par exemple, à Oualata, nous avons projeté un film tourné dans les années 50 que les habitants n’ont jamais vu. 

Le Rénovateur Quotidien : Et vous pensez que vous avez réussi quelque chose ? 

Nous avons réussi d’abord à connaître le pays. Chaque fois qu’on reprenait la caravane, on découvrait un coin du pays. Nous avons réussi à savoir ce qui intéresse les différents types de populations et nous avons surtout réussi à emmener avec nous beaucoup d’images de l’intérieur. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’on peut penser que cette caravane mobile vient confirmer votre principe qui est de rapprocher les hommes et les cultures ? 

Absolument ! Le but de la maison des cinéastes c’est de rapprocher les hommes et les cultures. Je crois que le fait de se déplacer à un endroit, c’est déjà un acte de rapprochement et après aller avec le but d’intégrer l’autre ou de vivre avec l’autre, c’est aussi un acte très important. En plus, quand on projette un film tourné à Oualata et on le projette dans un petit coin à Trarza, c’est pour montrer aux gens de Trarza qu’il y a une autre localité qui s’appelle Oualata. Quand on projette des images tournées à Zouérate et on le projette à Boghé, c’est pour montrer aux gens de Boghé qu’il y a une localité qui s’appelle Zouérate. Ceci rentre toujours dans cette optique de rapprochement entre les hommes et les cultures. 

Le Rénovateur Quotidien : Tout à l’heure, vous évoquiez le manque de mémoire audiovisuelle en Mauritanie. C’est dans ce cadre que vous avez initié le projet «Kennache». Où en êtes-vous actuellement ? 

On est en avance. On est en train de digitaliser d’autres films qu’on a trouvés. Nous avons terminé notre base de données. Localement, on peut la consulter : tous les titres, les contenus de films et les dates de tournage. D’ici peu de temps, nous allons être en ligne sur notre site. On est en train aussi de digitaliser et de répertoriées les images qu’on a amenées de l ‘intérieur du pays. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que ce travail a été de tout repos ? 

Pas du tout ! Je pense que le problème qu’on va avoir peut être, on risque d’avoir un jour beaucoup d’images et ne pas avoir le temps de montrer ces images aux générations d’aujourd’hui. Je crois que si on arrive à avoir une très bonne équipe qui va travailler nuit et jour pour récupérer certaines images et une autre équipe qui va organiser les projections, on n’aura pas beaucoup de problèmes. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez apparemment des appréhensions par rapport à l’aboutissement concret de ce projet ? 

Ce ne sont pas des appréhensions. Nous sommes très motivés, nous voulons vraiment faire ce projet mais nous n’avons pas encore vu un engagement réel- parce que ce n’est pas un projet de la maison des cinéastes, c’est un projet pour tout le pays- un engagement officiel du ministère de la culture et de la communication, un engagement de la part des individus qui détiennent des archives chez eux. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous voulez dire que les autorités n’ont pas encore montré un  intérêt particulier à ce projet? 

Oui ! 

Le Rénovateur Quotidien : Les chanteurs, les poètes, les peintres sont primés sauf les cinéastes. Quel est votre avis sur cela ? 

Je pense que c’est une très bonne chose de primer tous les créateurs mais ce n’est pas une bonne chose. Je crois qu’il y a eu des défaillances au niveau de l’organisation et de l’attribution de certains prix. Maintenant, nous, notre position est somme toute claire. Je pense que celui qui doit me primer, c’est celui qui me comprend et qui comprend ce que je fais. Cette personne ou cet administrateur qui comprend ce que la maison des cinéastes est en train de faire n’est pas encore trouvé. 

Le Rénovateur quotidien : Donc, vous vous sentez mis à l’écart ? 

Absolument ! Le cinéma mauritanien est orphelin. Il est pris en otage par la décision politique, les structures culturelles et l’absence d’une culture cinéphile chez les populations. Il est dans une situation terrible mais parallèlement à cela, le cinéma ou l’image en général ne devrait pas être un corps étranger dans notre pays parce que nous consommons beaucoup d’images. 

Le Rénovateur Quotidien : Dans ce cas, pourquoi faut-il continuer à pousser les jeunes à faire du cinéma si ceux qui sont sensés encourager la créativité et promouvoir le cinéma ne le font pas ? 

C’est pour cela, nous avons initié un projet qui consiste à implanter partout dans le pays des antennes de la maison des cinéastes, des sortes de mini maisons des cinéastes. On va commencer la semaine prochaine à Nouakchott en lançant l’antenne pilote à El Mina, des antennes dans les autres quartiers de Nouakchott et à l’intérieur du pays. Ces antennes vont organiser des projections cinématographiques, des rencontres, traiter les mêmes sujets que traite la maison des cinéastes, filmer le quotidien des gens et construire une mémoire, vont créer des espaces pour équiper les jeunes perdus et d’expression pour les jeunes. Je pense que le jour où on arrivera à installer ces antennes, ce serait déjà une bonne chose dans la promotion du cinéma en Mauritanie. 

Le Rénovateur Quotidien : Certainement, vous êtes en train de préparer la 3ième édition de la SENAF. Est-ce qu’on peut avoir une idée sur les préparatifs ? 

Actuellement, nous sommes sur la préparation de trois choses plus urgentes pour la SENAF. La première, c’est la production des 14 films que nous allons projeter. Les 7 films se rapporteront au thème de ce festival qui sera  «migration et voyages libres» et les 7 autres sur des thèmes libres. La deuxième chose, c’est les choix et la sélection des films qu’on va projeter. Nous sommes déjà à 7 films européens et 4 films africains. La troisième chose, c’est la préparation et la recherche des partenaires pour financer ce festival. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce à dire que cette SENAF plus élargie et plus ouverte que la précédente édition ? 

Bien sûr ! Dans la forme, on compte un peu «internationaliser» cette édition 2008 et dans le contenu, on reste avec un festival national. Ce qui est c’est qu’il y aura plus de pays africains et européens que l’édition 2007. 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

   

( 22 janvier, 2008 )

Meurtre des 4 touristes français près d’Aleg:Une mise à l’épreuve judiciaire, diplomatique et sécuritaire !

Trois semaines après le meurtre des 4 touristes français près d’Aleg, les deux principaux suspects sont actuellement en train d’être cuisinés par la police mauritanienne dans le cadre de ce qu’il est convenu d’appeler «la tuerie du 24 décembre 2007 ». En attendant de retrouver le troisième suspect dont l’arrestation est imminente, la justice mauritanienne se prépare à un «grand procès ». Un précédent dans notre pays ! Retour sur les péripéties de l’assassinat des 4 touristes français. 

————Par Babacar Baye Ndiaye

Le 24 décembre 2007, on apprend qu’une famille de touristes français est attaquée. Bilan : 4 morts sauvagement abattus et un rescapé, un vieux de plus de 60 ans. Conséquences : le secteur du tourisme est au ralenti et le Paris-Dakar est annulé après de multiples tractations dans les bureaux du Ministère de l’Intérieur mauritanien entre les organisateurs et les autorités mauritaniennes.

Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi mit au parfum promet que tout sera fait pour retrouver les assassins. Après leur forfait qualifié de «crapuleux», les meurtriers, des mauritaniens prirent la poudre d’escampette. Direction : le Sénégal, parce que c’est plus près. Pendant ce temps-là que fait la police routière ? Comment donc expliquer le fait que les meurtriers aient pu disparu très rapidement dans la nature? Ya-t-il  des taupes dans la police qui auraient participé à cette disparition mystérieuse ? 

Quelques heures plutard, l’information est relayée à travers le net et très rapidement. Toute la presse internationale en fait ses choux gras envoyant même des reporters sur place ou faisant des débats là-dessus : France 24, Al Jazeera, de même que la presse indépendante. 

Pendant ce temps, les autorités mauritaniennes, dans un communiqué rendu public le lendemain de la tuerie et comme on pouvait s’y attendre, «déplorent et condamnent cet acte criminel » et assurent avoir «mobilisé tous les moyens nécessaires à l’effet de rechercher, identifier et punir les coupables ». 

L’indignation est perceptible ! Les communiqués condamnant cet acte barbare tombent simultanément. Les partis politiques, la société civile, les organisations de défense des droits de l’homme, bref toute la Mauritanie, fait un appel à toutes les composantes de la nation en vue de s’unir pour éviter que de tels actes qui sont préjudiciables à l’image de notre pays ne se reproduisent. 

Les jours suivants nous édifieront davantage sur ce meurtre. On sait maintenant que cet acte barbare n’est pas l’imagination de bandits armés comme l’avait annoncé le gouvernement mauritanien. Ceci pour des raisons politiques et diplomatiques. Des incidents troublants nous édifient sur l’identité des meurtriers, plus proches de l’aile d’Al Quaida au Maghreb arabe qui confirme ces liens, dans un communiqué, avec des islamistes mauritaniens. Désormais, l’enquête va privilégier la piste terroriste. 

L’armée nationale fait aussi parler d’elle. Un remue-ménage qui tombe à pic car la Mauritanie est vraisemblablement menacée par les attaques terroristes car, trois jours après l’assassinat des 4 touristes français, on apprend que des militaires mauritaniens sont tués dans le Nord-Est de la Mauritanie à El Ghallaouiya. Félix Négri est nommé chef d’Etat major de l’armée nationale. Malgré les assurances du gouvernement mauritanien, la France fait une évaluation du niveau de risque que représente un déplacement en Mauritanie après le meurtre des 4 touristes français près d’Aleg. 

La mort des 3 soldats mauritaniens vient jeter une douche froide et nous rappelle l’attaque d’une caserne militaire à Lemghéitty attribuée au GSPC en 2005 et soldée par le trépas d’une quinzaine de soldats mauritaniens. On parle du syndrome de Lemghéitty.

Et jusqu’à présent, c’est ça qui est un peu curieux, l’identité des auteurs de l’attaque mortelle d’Al Ghallaouiya n’a pas été identifiée. Aucune lumière sur les tenants et les aboutissants de cette attaque ! On en saura que dalle. Ceci démontre que la Mauritanie ne pourra faire face au terrorisme sans disposer de moyens logistiques et financiers conséquents pour lutter ou contrecarrer les attaques terroristes. 

L’enquête sur le meurtre des 4 touristes français fait son petit bonhomme de chemin. A cet égard, on apprend de sources judiciaires, que les auteurs de la «tuerie du 24 décembre 2007 » seraient proches d’Al Quaida au Maghreb islamique(AQMI), la nouvelle appellation du groupe salafiste pour la prédication et le combat algérien. Ce qu’on ignorait c’est que deux d’entre  eux avaient été arrêtés en 2006 pour «appartenance à des groupes extrémistes  salafistes». L’un d’entre eux fut libéré sans inculpation et l’autre acquitté après son procès. Et le 3ième ? Boule de mystère pour le moment. 

La tuerie des 4 touristes français et l’embuscade mortelle d’El Ghallaouiya viennent greffer et conforter les suspicions qui ont toujours peser sur l’efficacité de l’appareil de sécurité et de l’administration territoriale. Après l’attaque d’El Ghallaouiya, c’est l’alerte maximale au niveau de l’Etat major de l’armée nationale qui mobilisa des unités de l’armée. Malgré ce vacarme de bottes des militaires, les auteurs de l’assassinat des 4 touristes vont parvenir à s’éclipser dans les ténèbres. 

Le 29 décembre 2007, le colonel Ely Ould Mohamed Ould Khal est nommé au poste de chef d’état-major adjoint de l’armée nationale. Une nomination mal vue et mal appréciée par les organisations de défense des droits de l’homme qui la qualifient d’irrespectueux et de manquements aux principes de la morale. Ceci est un autre débat et mériterait d’être clarifié ! 

Le 2 janvier 2008, un autre communiqué, cette fois-ci de la primature, tombe. Dans le communiqué, elle prend le contre-pied des «mauvaises volontés » qui voudraient galvauder l’image du pays, regrette les douloureux événements qui ont ulcéré tout le pays tout en les qualifiant d’actes isolés.

Tout ceci pour esquiver justement la réalité. Le gouvernement mauritanien ne préférant pas appeler un chat, un chat ! En l’occurrence, la présence d’activistes scabreux sur le territoire mauritanien. Au même moment, les condamnations et les dénonciations contre l’assassinat des 4 touristes français continuent de pleuvoir. Même les partis politiques d’obédience religieuse comme le Parti National pour la Réforme et le Développement de Jémil Mansour blâme cet acte «barbare et lâche ».

Chacun semble être concerné. On condamne sur toute la ligne. Partis politiques, érudits religieux, organisations de la société civile, tout le monde semble être conscient du danger qui guette la Mauritanie. On semble dire que la Mauritanie n’est pas la Somalie ni le Pakistan encore moins l’Afghanistan où chaque jour des attentats ou attaques terroristes ont lieu. 

Les contrôles de sécurité  se renforcent sur les axes de route nationale du pays, sur les points névralgiques des centres urbains comme Nouakchott et au niveau des frontières notamment avec l’Algérie qui constitue la fourmilière, le lieu de refuge, de repli stratégique, d’encadrement et d’opération des groupes islamistes se revendiquant d’Al Quaida au Maghreb. 

La mobilisation est générale. Pas de répit surtout pour nos services de sécurité. Car, en effet, depuis plus de trois semaines, c’est tous les services de renseignement de la police, de la gendarmerie et de l’armée qui sont mobilisés dans le cadre de l’enquête de l’assassinat des 4 touristes français à Aleg le 24 décembre 2007. C’est une véritable chasse à courre qui s’engage à la poursuite des auteurs de cet assassinat qui ont pris la fuite vers le Sénégal en traversant le fleuve Sénégal appuyé en cela par des individus qui ont été à leur tour interpellés, appréhendés puis relâchés pour certains et incarcérés pour d’autres. 

4 janvier 2008, coup de tonnerre : le Rallye Paris-Dakar de l’édition 2008 est annulé pour des raisons d’insécurité. La raison d’Etat l’emporte.

Le gouvernement mauritanien semble être pris de court et choqué par la décision du gouvernement français de «déconseiller fortement » ses ressortissants à se rendre en Mauritanie.

La pilule sera amère et dure à avaler par la Mauritanie qui affirme que cette «décision » n’a aucun rapport avec la réalité en terme de sécurité dans notre pays. La bataille des communiqués ou plutôt la bataille diplomatique entre la France et la Mauritanie aura été pleine de suspens et de rebondissements, chacune essayant de légitimer sa position.

«C’est la sagesse qui a prévalu avec l’annulation du rallye » dira Michèle-Alliot Marie, la ministre française de l’Intérieur qui soutiendra qu’ «en ce moment, des groupes se réclamant d’Al Quaida ont la volonté de commettre des actions fortes et symboliques » contre les intérêts français. 

Ce n’est plus un doute, il existe bel et bien des activistes terroristes en Mauritanie. La preuve, de jeunes mauritaniens sont tout le temps recrutés à coup de dollar ou d’euro pour aller combattre dans les pays occupés par les occidentaux. 

Le vendredi 11 janvier 2008, au moment où une marche pour célébrer la journée nationale contre le terrorisme, on apprend que deux des trois présumés assassins des 4 touristes français tués le 24 décembre dernier à Aleg et considérés comme des proches d’Al Quaida sont appréhendés en Guinée Bissau. Ces derniers avouent n’avoir aucun regret d’avoir tué des «infidèles et des alliés américains » et «sont prêts à répéter le geste s’ils en ont encore l’occasion». 

Le message est à la fois édifiant et terrifiant car il révèle à n’en pas douter un crime avec préméditation. Le parcours de ces deux présumés est troublant à plus d’un titre. L’un des présumés du nom de Sidi Ould Sidna avait été arrêté en novembre 2006 pour appartenance à un groupe terroriste et aurait, selon des informations de la police mauritanienne, subi des entraînements militaires dans les maquis du GSPC algérien.

Et l’autre présumé arrêté du nom de Mohamed Ould Sidi Chabrnou aurait eu lui aussi des relations avec le GSPC et reçu une formation militaire. Naturellement, donc, on pourrait penser que ces deux jeunes se seraient connus en Algérie. Leur  appartenance à Al Quaida qui compte plus de 500 hommes armés dont 400 en Algérie et une centaine se déplaçant dans la zone sahélienne entre la Mauritanie et le Mali ne fait plus l’ombre d’un doute.

En outre, l’itinéraire pris par les jeunes terroristes montre l’existence de cellules dans les pays comme le Sénégal, la Mali, la Gambie, la Guinée Bissau et la Guinée Conakry. Ces deux jeunes auraient-ils été appréhendés sans le concours des roussins français qui n’ont cessé de pister les fugitifs dans leur fuite d’Aleg jusqu’à Bissau en passant par le Sénégal et la Gambie ?

Le fait qu’ils aient pu sortir du territoire mauritanien a surpris plus d’un et soulevé beaucoup d’interrogations. En attendant la capture du dernier présumé qui se trouve actuellement au Mali, a-t-on appris, l’enquête se poursuit. Depuis le début de cette affaire, 14 personnes sont arrêtées et entendues par la police dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat des 4 touristes français. 

Dans le cadre de la lutte contre l’activisme islamiste, on annonce l’arrivée de soldats américains qui vont former des unités méharistes mauritaniennes patrouillant le long de la frontière avec l’Algérie, le Sahara occidental et le Mali. Mais ceci suffira-t-il à venir à bout de l’expansionnisme dangereux des groupuscules armés se réclamant d’Al Quaida au Maghreb ? 

Quoiqu’il en soit, il faut prendre au sérieux l’existence d’un réseau d’hommes et de soutien logistique dont la réalité ne fait plus aucune suspicion. A cet égard, il faut noter que c’est la stabilité de la Mauritanie qui est en jeu. Ce pays, jusque là épargné des attaques terroristes risque de basculer dans le fondamentalisme religieux. 

Le fondamentalisme religieux, c’est le feu avec lequel les autorités ne devraient pas badiner au péril de se voir calciner les doigts. La tuerie des 4 touristes français et l’attaque mortelle d’El Ghallaouiya constituent à n’en pas douter des messages clairs et des avertissements sérieux. 

( 2 février, 2008 )

Collège de Tévragh-Zéina: Les élèves boudent les cours et les classes

La voie la plus rapide pour se faire entendre lorsqu’on n’est pas d’accord c’est de calciner des pneus et de barrer la route. Cette méthode, les élèves du Collège de Tévragh-Zéina, l’ont si bien appliqué ce samedi 26 aux environs de 10 heures. Ils étaient dans la rue pour protester contre les dernières mesures prises par le ministère de l’éducation nationale. 

Les potaches dudit établissement sont sortis en masse dans la rue en boudant ainsi les cours et les salles de classes pour dénoncer «les réformes» de la toute puissante ministre de l’éducation nationale, madame Nebghouha Mint Mohamed  Vall. De quoi susciter l’ire des collégiens et chauffer leur esprit ! 

«Nous n’en voulons pas de ces mesures ! », «Nous ne voulons pas apprendre les soirs ! », «Ce n’est pas normal »…Ces propos émanant de la bouche de quelques élèves manifestants sont clairs et prouvent que les dernières mesures sont mal accueillies. Certains y voient déjà une volonté de la part de la ministre de faire avaler aux enseignants et aux élèves des «décisions unilatérales» sans qu’ils rechignent. «Ce qui s’est passé est très regrettable. Je crois que c’est le résultat d’un manque de concertation entre le ministère de l’éducation nationale, le corps enseignant, les élèves et les parents d’élèves. On n’a pas demandé malheureusement notre avis », déplore Monsieur Bâ, professeur de français qui soutient que cette décision de faire une journée discontinue est impopulaire. «Je suis enseignant mais je suis aussi parent d’élève. Je sais ce que représente une journée discontinue financièrement et même par rapport aux problèmes que rencontrent les élèves pour trouver le bus». 

Difficilement acceptée par les élèves et les enseignants, cette mesure risque fort bien de perturber l’année scolaire et vient de jeter une véritable bombe dans la mare de l’école mauritanienne. «C’est une mesure qu’on aurait dû chercher à contourner ou en tout cas à ne pas prendre surtout dans cette période» prévient monsieur Bâ. «Il ne sert à rien de lancer des pierres parce qu’éventuellement, on peut blesser des personnes qui n’ont rien à voir avec cette affaire. On doit privilégier la concertation et faire le pour et le contre. Je pense que cette mesure est venue à un moment inopportun parce que nous sommes au milieu de l’année scolaire. On va tout changer et puis, il y a des parents qui n’ont pas les moyens.», rajoute son collègue qui n’a pas voulu décliner son identité. 

Une fois de plus, la ministre, celle qui ose toucher là où ça fait mal, est venu bousculer les choses. Et l’école mauritanienne n’est-elle pas en train de frôler une suite scolaire qui risquerait d’être trépidante. «Je ne pense pas. On n’ira pas jusque là », estime un enseignant. 

Ces manifestations constituent, à n’en pas douter, le début d’un mauvais signe de confrontation entre les différents acteurs de notre éducation nationale. Ceci est plausible d’autant plus que les récentes mesures prises par le ministère de l’éducation nationale, dans l’unilatéralisme, ont exacerbé les enseignants et les élèves. «Je pense que c’est un peu excessif. J’aurai préféré que la journée soit continue. J’habite loin. J’ai des enfants. Ça me coûtera très cher!», confie un enseignant. 

L’erreur de la part du ministère de l’éducation nationale, soutiennent certains enseignants, c’est d’avoir pris cette décision sans la moindre concertation avec les concernés. Pendant ce temps là, la fumée continuait de nous asphyxier. Finalement, les forces de l’ordre ne seront présentes qu’aux environs de 11 heures pour dissiper les manifestants qui ont bloqué la circulation durant plus d’une heure paralysant tout le trafic et astreignant les automobilistes à contourner cet axe routier passant devant l’hôtel Novotel. 

Comme pour apporter des arguments après coût, l’inspecteur général de l’éducation nationale a fait une sortie à la télévision nationale sans réellement convaincre. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 2 février, 2008 )

Exposition

«Regards sur le passé» par Mokhis 

Qui mieux que Mohamed Ould Sidi Mohamed, plus connu sous le sobriquet de «Mokhis», pouvait démarrer la première exposition des figures historiques ayant amorcé la Mauritanie moderne ? Ce jeudi 24 janvier, au musée national de Nouakchott, cet artiste hors pair, déjà connu de tout le monde, a confirmé une fois de plus tout ce qu’on pense de lui : qu’il est un génie artistique ! 

«C’est l’histoire de la Mauritanie que la nouvelle génération ne connaît pas que j’ai immortalisé ». Le dessein est là et cette phrase peut bien résumer succinctement la dévotion dans laquelle Mokhis a voulu entreprendre son vaste projet qui est celui de porter, à travers la peinture, ses «regards sur le passé», un projet qui lui a valu 6 mois de dure labeur, seul dans son atelier de création. 

Le thème de l’exposition («Regards sur le passé ») dont la cérémonie officielle a été présidée par la secrétaire générale du ministère de la culture et de la communication en présence du secrétaire général de la fondation Khattou Bint Boukhary, de Marième Daddah, de Mamadou Hadiya Kane, directeur de l’office national des musées est à la fois symbolique, pédagogique et culturelle. 

Culturelle, pédagogique et symbolique parce que cette exposition, la première du genre, a réussi à réunir les plus illustres personnages historiques ayant amorcé la Mauritanie moderne. Des émirs (Abderrahmane Ould Souéid Ahmed) aux hommes politiques( Moctar Ould Daddah) en passant par les marabouts(Baba Ould Cheikh Sidiya) sans oublier les grands chefs de tribus(Mohamed Ould Lab, de la tribu des Oulad Damane), rien n’a été laissé au hasard ni occulté pour trahir la mémoire collective. 

18 tableaux au total ! 18 regards différents sur le passé ! Chaque tableau est une histoire, une histoire à nous, une histoire qui appartient désormais à la postérité, une histoire à préserver des vicissitudes du temps et de la vie pour rester inaltérable ! Chaque collection est un pan de notre patrimoine, de notre civilisation, de nos vestiges, d’une poignée de personnes qui ont fortement marqué l’histoire de la Mauritanie contemporaine sur le plan religieux, politique et social. 

Les 18 tableaux n’ont laissé personne indifférente tellement c’est expressif et impressionnant par leur grandeur et leur stature. Tout le monde était là pour découvrir ce patrimoine : les amateurs d’art, les disciples, les autorités et surtout les amis. «C’est joli ! C’est magnifique ! Le ministère(de la culture et de la communication, ndlr) doit acheter toutes les œuvres. Regards sur le passé : c’est un thème très important et très intéressant», confie, l’air ému et la voix étouffée, madame Khadijétou Mint Ismail, artiste peintre. «Je trouve que c’est vraiment extraordinaire ! C’est ça qui représente notre diversité culturelle, notre héritage, notre histoire et notre mémoire. C’est aussi ça qui fait notre unité nationale et notre richesse», témoigne Mohamed Yahya, cet autre artiste peintre mauritanien plein de fougue. 

Mokhis n’a pas déçu ses invités et a prouvé qu’il est un artiste de grand talent pour paraphraser madame Marième Daddah qui avait dû mal à retenir son émotion. «Le thème qu’il a choisi n’est pas banal, n’est pas anodin. C’est le thème de la mémoire. La mémoire, nous y sommes tous attachés et nous savons que sans mémoire nous ne construirons pas un avenir digne de ce nom. Tous ces personnages sont émouvants. C’est bien Mokhis d’avoir jeté un lumineux coup de projecteur sur le passé de ceux qui avec leurs faiblesses et leurs défauts d’être des humains ont su au fil des siècles et même des millénaires déposer les strates de l’histoire. C’est là une remarquable contribution aux efforts de tous ceux qui rêvent la Mauritanie de demain faite de mémoire et de créativité.» 

Cet événement artistique a ému plus d’un. Au premier des rangs, le directeur de l’office national des musées, Mamadou Hadiya Kane qui a souligné le génie artistique et l’importance de cette œuvre nationale et citoyenne du peintre. «Au niveau historique, c’est fondamental parce que c’est des personnes qui ont marqué la vie politique de la Mauritanie dont la plupart d’entre eux n’étaient pas bien connus. Ça va être la première fois de voir ces personnes. Au niveau de l’art ou de l’histoire de l’art, c’est un travail extrêmement important parce que d’habitude, c’est des peintres spécialisés dans ce que l’on appelle la peinture historique ou bien spécialisés dans les portraits. Or, Mokhis a réussi la synthèse de tout cela. D’où l’importance. L’autre importance de cette exposition, c’est le mécénat parce que ça a été soutenu par la fondation de la première dame Khattou Bint Boukhary. » 

Cette œuvre monumentale, réalisée à partir de photos, n’est pas encore la propriété du musée national. Tout le monde a souhaité que cette merveille reste au musée national pour que l’ensemble des populations puisse en bénéficier. «On voudrait que ces tableaux restent ensemble pour constituer une étape importante de notre histoire. C’est des tableaux destinés à la vente mais on ne voudrait pas qu’ils soient vendus séparément. Le musée n’a pas malheureusement les moyens de les acheter mais ce qu’on souhaiterait c’est d’avoir une personne, une fondation qui achèterait tous les tableaux et qu’ils restent ensemble», a souligné le directeur de l’Office national des musées. 

Ayant compris que l’art peut bien jouer un rôle dans la réconciliation nationale, Mokhis vient de réaliser un chef d’œuvre historique en faisant d’une pierre deux coups : laisser un patrimoine aux générations à venir et réussir à réunir dans une exposition de  grandes figures historiques de la Mauritanie moderne. 

Parallèlement à cette exposition de Mokhis, l’acquisition d’un tableau représentant la mosquée de Chinghetty par le musée national a été inaugurée par la secrétaire générale du ministère de la culture et de la communication. Une œuvre de plus pour les collections de notre musée national ! 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

  

 

( 2 février, 2008 )

Pratiques esclavagistes:SOS Esclaves et l’AFCF sonnent l’alerte contre la «janjaouidisation »

L’Association des Femmes Chefs de Famille(AFCF) en collaboration avec SOS Esclaves a tenu une conférence de presse pour faire-part de leurs inquiétudes suscitées par des violations graves des droits de l’homme se rapportant aux pratiques esclavagistes. 

Pour sonner l’alerte contre «la janjaouidisation » qui commence à apparaître dans notre pays, Birame de SOS Esclaves n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour dénoncer cette nouvelle situation scabreuse. «IL y a des segments maures dans le monde rural qui commencent à se «janjaouidiser» à la manière du Soudan, avertit-il. Ils sont armés jusqu’aux dents et commencent à ouvrir le feu pour régler des comptes avec leurs anciens esclaves à l’occasion des litiges fonciers ». 

Pour convaincre l’assistance de la véracité de ses propos, il cite la localité de Dembat Atchan qui a été récemment sous les feux de l’actualité. D’ailleurs, quelques-unes de ces victimes de cette «janjaouidisation » dont fait allusion Birame ont été présentes, dans la salle de conférence, accompagnées de leurs parents ou de leurs proches. 

Il a par ailleurs mis garde contre certaines violations graves des droits de l’homme se rapportant à l’esclavage- agricole, domestique, sexuel- des cas, selon lui, qui peuvent «mettre la Mauritanie dans des situations de conflits intra-communautaires ». Tout ceci, à l’en croire, découle du refus de la part des autorités de réprimer les pratiques esclavagistes voire de les reconnaître. Les conséquences d’un tel refus sont vicieuses puisqu’il «cause beaucoup de frustrations et celles-ci font monter la tension ». 

La Mauritanie, actuellement, semble être sur une mauvaise pente notamment en matière de violations des droits de l’homme se rapportant à l’esclavage. Dans ce cadre, 7 femmes, d’ailleurs présentes à cette conférence de presse, ont été brutalisées et maltraitées, selon leurs témoignages, par la gendarmerie de Keur Macène, leur localité. Leur tort, c’est d’avoir refusé que leurs terres soient octroyées à un homme d’affaires maure. Ces cas sont fréquents, commencent à se généraliser sur l’ensemble du territoire national et constituent des risques potentiels de conflits. 

Les pratiques esclavagistes sexuelles sont légion aussi. Des filles continuent à être abusées par leurs maîtres sous la couverture du droit de cuissage. Parmi les victimes de ces pratiques, Toha Mint Ahmédou, elle aussi présente à cette conférence. Comme d’autres victimes, elle a été abusée et violée par son maître. Et actuellement, elle a un enfant que refuse de reconnaître son maître(voir l’interview avec Aminétou). 

La Présidente de l’AFCF, dépitée par cette situation des femmes victimes de la discrimination, des violences, d’exclusion et plus particulièrement de l’esclavage a affirmé que son association «luttera jusqu’à la dernière minute pour que chaque esclave retrouve sa liberté et sa dignité » avant de révéler «qu’il y a chaque jour, des milliers de victimes qui se présentent devant l’administration et qui n’ont aucune réponse que la soumission envers ceux qui les exploitent depuis des années ». 

 Ces nouveaux cas de pratiques esclavagistes relancent à nouveau le débat sur la problématique application de la loi n°048-2007 sur l’esclavage et les pratiques esclavagistes. 

                                    ………………….. 

L’Afcf va porter plainte devant les juridictions concernées concernant l’affaire Toha Mint Ahmédou

C’est une illusion de croire que les pratiques esclavagistes ont disparu en République Islamique de Mauritanie. On en veut pour preuve cette femme esclave du nom de Toha Mint Ahmédou qui a été abusée et engrossée par son maître Mohamed Ould Ahmed Baba qui a refusé de reconnaitre l’enfant âgé d’un an. Aminétou Mint Ely Moctar qui dirige l’Afcf a bien voulu nous en éclaircir davantage sur ce cas de pratiques esclavagistes. 

Le Rénovateur Quotidien : Maintenant que votre association a été mise au parfum de cette affaire, allez-vous à votre tour saisir la justice ? 

La justice locale a été saisie pour cette affaire mais rien a été fait dans ce sens. Apparemment, il y a une certaine complicité entre l’administration, le maître, la gendarmerie et le cadi. 

Le Rénovateur Quotidien : Pour le moment, que comptez-vous faire ? 

Nous allons d’abord essayer d’écouter les victimes et après nous allons essayer de porter cette affaire devant les instances juridictionnelles concernées pour qu’il y ait justice. Nous estimons que cet enfant a droit à la reconnaissance paternelle. La façon dont le père a abusé de la fille pour l’exploiter et l’endoctriner est une méthode à dénoncer et à punir parce que c’est une atteinte à l’intégrité physique d’une femme. C’est un cas d’esclavage avéré qu’il faut dénoncer et combattre. 

Le Rénovateur Quotidien : Il y a une loi criminalisant l’esclavage et les pratiques esclavagistes qui a été votée par le parlement.  Mais apparemment, elle n’a aucun impact dissuasif ? 

Cette loi, elle est très importante mais cela n’est pas suffisant. Ce qu’il faut, c’est d’abord des mesures d’accompagnement. C’est l’application de la loi elle-même pour que les auteurs de ces pratiques soient punis. Lorsqu’on applique cette loi sur un maître esclave, cela va être une expérience pour les autres. Ces derniers sauront que cette loi existe et qu’elle est applicable. Il y a le manque de vulgarisation, d’initiation des autorités locales et de l’appareil judiciaire sur cette loi. Et tant qu’il n’y a pas une punition sévère des auteurs de ces pratiques, on ne pourra pas avancer. 

Le Rénovateur Quotidien : La lutte ne sera pas facile. Pensez-vous que vous vous en sortirez victorieux ? 

C’est sûr parce que nous sommes dans l’heure de la mondialisation. Nous sommes dans un siècle qui ne permet plus l’exploitation de l’homme par l’homme, qui ne permet plus que des pratiques inhumaines restent et demeurent ancrées dans l’esprit des populations et existent dans nos sociétés. Maintenant, c’est vrai que c’est difficile, que la lutte est très longue mais nous espérons qu’avec la compréhension et la volonté de l’Etat, de telles pratiques vont disparaître. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 5 février, 2008 )

Ladji Traoré, Secrétaire Général de l’APP : « Israël reste pour nous le dernier régime colonial et ségrégationniste sur la terre. »

Après l’assassinat des quatre touristes d’origine française près d’Aleg le 24 décembre 2007 et l’attaque d’El Ghallaouiya ; soldée par la mort de trois soldats mauritaniens, notre pays vient de subir à nouveau une autre attaque terroriste. Autant cette attaque dont les auteurs n’ont pas encore été retrouvés est révélatrice d’une désapprobation de la présence d’Israël en Mauritanie, autant elle montre combien les relations entre la Mauritanie et l’Etat Hébreux peuvent se dégrader du jour au lendemain. Certains partis politiques sont connus pour leur radicalisme envers Israël. Parmi eux, l’APP. Dans l’interview suivante, Ladji Traoré, secrétaire général dudit parti, revient sur cette grande question qui divise l’opinion publique et la classe politique mauritaniennes.   

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous de l’attaque du 1er février contre l’ambassade d’Israël en Mauritanie ? 

Ladji Traoré : Nous, nous avons un principe très clair. Premièrement par rapport à la question d’Israël parce que c’est le fonds du problème.  Deuxième par rapport à la question du terrorisme en général. Je pense que l’un est lié à l’autre. On ne peut pas expliquer comme ça cette attaque. Il y a certes l’ambassade d’Israël qui se trouve à coté mais ce que l’on ne dit pas toujours et très clairement, c’est qu’il y a aussi un restaurant géré (VIP, ndlr) par un couple mauritano-français. Donc, il y a eu agression à la fois contre l’ambassade d’Israël mais aussi contre un établissement public. 

Le Rénovateur Quotidien : Cette attaque vous a-t-elle surpris ou non ? 

Ladji Traoré : Surpris, pas tout à fait. Parce que nous, depuis les événements d’Aleg, nous l’avons écrit et nous n’avons cessé de le dire, il y a une tentative d’instauration du terrorisme en Mauritanie. L’argument essentiel, c’est la présence de l’ambassade d’Israël en Mauritanie. Il y a aussi une frange de l’opinion qui est mécontente et contre les relations diplomatiques entre la Mauritanie et Israël. 

Le Rénovateur Quotidien : Cette attaque est intervenue trois semaines après l’organisation d’une journée nationale contre le terrorisme. 

Ladji Traoré : Je pense que nous avons eu une manifestation à caractère unanime qui va des partis qui soutiennent la majorité présidentielle  jusqu’aux courants islamistes en passant par l’ensemble des partis de l’opposition à l’exception de l’AJD/MR et du RFD. L’ensemble de la classe politique mauritanienne a pris la route pour dénoncer publiquement le terrorisme dans notre pays. 

Le Rénovateur Quotidien : On connaît la position de votre parti sur la question israélienne. A votre avis, est-ce que la Mauritanie gagnerait à rompre ses relations diplomatiques avec l’Etat Hébreu ? 

Ladji Traoré : Qu’est-ce que la Mauritanie gagne dans ses relations avec l’Etat Hébreux ? Je vais faire un petit recul parce que je crois que nous sommes rattrapés par notre histoire contemporaine. Les seules motivations qui ont fait qu’il y a 10 ans Maaouiya Ould Sidi Ahmed Taya a noué des relations diplomatiques avec l’Etat d’Israël, c’était premièrement son isolement sur le plan international, africain et arabe. Il s’est donc rapproché d’Israël et notamment des protecteurs d’Israël, les Etats Unis d’Amérique pour mieux avoir des facilités avec les bailleurs de fonds qui sont très influençables par les Etats Unis d’Amérique. Par conséquent, l’établissement des relations diplomatiques dans le temps par le régime mauritanien est en droite ligne de la crise que nous vivons actuellement. Nous, nous sommes contre ces relations. Pourquoi ? Parce que nous, APP, nous sommes pour la libération des peuples, pour l’autodétermination des peuples que ce soit en Palestine, au Sahara occidental ou ailleurs. Dès le début, nous avons dénoncé sous Maaouiya, les relations qui existaient entre la Mauritanie et ce que nous appelons l’entité sioniste. L’actualité fait aujourd’hui qu’il y a une recrudescence contre la présence d’Israël dans notre pays en raison de ce que fait le régime israélien à Gaza contre les populations palestiniennes. Ce qui se passe à Gaza est intolérable. C’est ce qui explique sans nul doute la réaction de cette manière de certaines forces terroristes mauritaniennes qui sont dans la droite ligne du courant islamiste. Mais nous, nous ne sommes pas pour le terrorisme. Nous sommes pour la rupture des relations diplomatiques avec Israël pour lesquelles nous pensons que notre pays ne gagne rien. 

Le Rénovateur Quotidien : Et pourtant, malgré tout ce que vous dites là, on a constaté qu’au sein même de l’opinion publique ou de la classe politique mauritanienne, cette question divise… 

Ladji Traoré : C’est vrai qu’il y a  des attitudes distanciées. Je sais que dans certains milieux et dans une bonne frange de la population, les gens analysent cela comme des relations banales. Pour nous, il n’en est rien parce que Israël reste pour nous le dernier régime colonial et ségrégationniste sur la terre. Certainement, les prises de conscience et les positions politiques peuvent être différenciées. Nous ne voyons pas d’ailleurs concrètement en termes de coopération ce que Israël rapporte en Mauritanie. Nous avons en construction un hôpital en cancérologie. L’hôpital est là depuis plus de 5 ans en construction. Il ne voit pas le jour. Il ne finit pas. Certains malades mauritaniens auraient même des scrupules à aller se soigner dans un hôpital israélien. C’est dire à quel point l’unanimité de l’opinion qui très est sensible à ces relations avec Israël. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous demandez qu’on rompe les relations diplomatiques avec Israël. Mais en réalité, c’est un acte difficile à prendre. 

Ladji Traoré : Mais quelle difficulté y a-t-il ? Est-ce qu’il y a des intérêts économiques, politiques et culturels ? Les relations diplomatiques sont essentiellement basées sur les intérêts des états. Nous pensons que dans le cas présent, nous n’avons aucun intérêt particulier avec l’Etat d’Israël. 

Le Rénovateur Quotidien : On parle, depuis longtemps, de cette rupture diplomatique, mais on a l’impression que les hommes politiques n’osent pas franchir le rubicond ou faire le premier pas. C’est toujours le même refrain. 

Ladji Traoré : Nous pensons que les événements actuels vont, avec l’indignation du peuple mauritanien et l’expression de son sentiment quasi unanime, inciter les pouvoirs publics à réfléchir et à accélérer le processus de la prise de cette décision. 

Le Rénovateur Quotidien : Ne pensez-vous pas que vous êtes en train de jouer avec le feu ? 

Ladji Traoré : Quel feu ? Nous, nous sommes sur le terrain politique et diplomatique. Il y a d’autres qui sont en train de jouer à leur manière et nous n’avons pas eu de gêne à les dénoncer parce qu’en politique, il y a deux méthodes. La méthode démocratique et pacifique d’un coté et les méthodes terroristes de l’autre comme cela est en train de se faire dans notre pays. Le Rénovateur Quotidien : En tenant un discours radical sur Israël, n’avez- vous pas ouvert la brèche aux groupes terroristes qui en ont profité avec cette attaque ? 

Ladji Traoré : Pas du tout parce que nous, nous avons un discours de principe, un discours politique depuis toujours, un discours de soutien à la lutte du peuple palestinien. Est-ce que c’est parce que le terrorisme existe que nous ne devons plus défendre une cause ? Nous combattons à la fois la domination coloniale d’Israël et le développement du terrorisme en Mauritanie sans aucune ambiguïté. 

Le Rénovateur Quotidien : On parle de plus en plus de l’imminence d’un remaniement gouvernemental. L’APP, partira ou restera-t-elle dans l’attelage du gouvernement ? 

Ladji Traoré : Nous pensons qu’à l’issue des élections présidentielles, il s’est dégagé une majorité présidentielle et une opposition. Le remaniement de tous les jours et de toutes les semaines dont vous faîtes écho vient du bord de ceux qui prônent un gouvernement d’union nationale où il n y aura plus de majorité présidentielle ou d’opposition. Je pense que cette solution n’a pas porté des fruits positifs en Afrique. Il faut qu’il y ait une majorité qui gouverne et une opposition conséquente qui s’oppose de manière démocratique et patriotique. Si la majorité présidentielle sait que l’opposition a raison, elle doit l’écouter. Si l’opposition sait que la majorité est sur la bonne voie, elle doit pouvoir l’encourager et l’appuyer. 

Le Rénovateur Quotidien : L’APP a actuellement l’air fébrile et on constate de plus en plus le départ et le ralliement de vos cadres et militants dans d’autres partis politiques. N’avez-vous pas peur pour l’avenir de votre parti ? 

Ladji Traoré : Ces nouvelles ne sont pas ce que nous constatons. L’APP a enregistré jeudi dernier une arrivée massive de personnalités et de cadres à Nouakchott. A l’intérieur du pays aussi, nous constatons un rush de l’APP. L’opinion comprend davantage les positions de l’APP. Nous avons toujours combattu et refusé de nous taire. Ni sur le problème israélien, ni sur le retour des déportés ni sur le problème de l’esclavage. Alors que beaucoup faisaient bouche cousue. Au contraire, je pense que ce qui se passe sur la scène politique, c’est la concrétisation de la justesse des positions politiques de l’APP sur un certain nombre de problèmes majeurs du pays. Je ne suis pas au courant qu’il y ait une défection de cadres de l’APP. 

Le Rénovateur Quotidien : Quelle est votre réaction sur l’arrivée de la première vague des réfugiés mauritaniens qui sont revenus à leur pays après 18 années d’exil forcé ? 

Ladji Traoré : Nous avons salué de nos vœux cet événement. Nous avons envoyé une délégation d’accueil. Maintenant, nous attendons la réunion prochaine de la commission d’orientation sur les problèmes des réfugiés et des déportés pour aller voir concrètement comment ces gens sont accueillis. Qu’est-ce qui est envisagé et selon quel agenda les problèmes d’intégration et de réinsertion des réfugiés ?   

Le Rénovateur Quotidien : On remarque de plus en plus la recrudescence des problèmes fonciers en Mauritanie. 

Ladji Traoré : Nous assistons en Mauritanie, mine de rien, à une recrudescence intérieure des luttes politiques et des luttes sociales parce que le programme d’application du Président de la République n’est pas approuvé par tout le monde. Les anciens propriétaires veulent entériner leurs titres traditionnels sur la terre et chasser systématiquement ceux qui cultivaient les terres depuis des siècles Le retour des déportés dérange beaucoup de gens. Il faut bien le dire. Ce n’est pas l’unanimité. Le problème de l’esclavage et les changements sociaux dérangent énormément aussi des milieux. 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye 

( 5 février, 2008 )

Regards croisés sur l’attaque contre l’ambassade d’Israël

L’attaque du 1er février contre l’ambassade d’Israël dans notre pays continue de susciter des réactions de toute part notamment dans certains partis politiques comme le Rassemblement pour l’Egalité et la Justice(REJ) dirigé par Cheikh Sid’Ahmed Dieng et le Parti du Rassemblement Populaire(PRP) dirigé par Mohamed Ould Nanah. 

Le Rénovateur Quotidien : Comment avez-vous accueilli la nouvelle de l’attaque contre l’ambassade d’Israël en Mauritanie ? 

Cheikh Sid’Ahmed Dieng : Nous considérons que cette attaque a été perpétrée par des gens isolés. C’est des comportements que nous dénonçons parce que nous luttons contre toute forme de violences particulièrement des attaques perpétrées contre des hôtes de la Mauritanie. Nous considérons que c’est des attaques qui versent directement dans la destruction de notre démocratie naissante. 

Mohamed Ould Nanah : Depuis deux semaines, certains partis politiques ont commencé à agiter la rue qui ne comprend pas la valeur des relations diplomatiques entre notre pays et Israël et l’importance du dialogue civilisationnel. Nous constatons que notre pays est menacé et il a besoin de grands nationalistes qui peuvent jouer le rôle de régulateur au niveau de l’opinion publique. Israël est un Etat important pour nos relations dans l’avenir. Nous sommes un pays qui a besoin des autres. Si nous rompons nos relations avec Israël, nous démissionnons du dialogue civilisationnel et nous ne l’accepterons pas. C’est pourquoi, nous avons refusé catégoriquement de signer une lettre adressée au Président de la République pour rompre nos relations diplomatiques avec Israël.   

Le Rénovateur Quotidien : Pensez-vous qu’à la suite de cette attaque que les relations diplomatiques entre la Mauritanie et l’Etat Hébreu vont survivre ? 

Cheikh Sid’Ahmed Dieng : Cette attaque ne peut en aucun cas ternir les relations entre la Mauritanie et Israël. Je pense que c’est des attaques qui ne ciblent pas réellement l’Etat d’Israël. C’est des attaques qui ciblent la consolidation de l’unité nationale et le développement de la démocratie dans notre pays. 

Mohamed Ould Nanah : Cette attaque n’est pas seulement une attaque contre l’ambassade d’Israël mais c’est une attaque contre la consolidation de notre démocratie. C’est des extrémistes, des chauvins qui cherchent à s’imposer par la violence. C’est l’avenir de notre pays qui est menacé. Nous ne sommes pas remués par notre passion personnelle. Nous demandons à notre gouvernement d’être vigilants et d’assurer la sécurité des personnes. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que cette attaque ne va pas jeter de l’huile sur le feu dans les relations diplomatiques entre la Mauritanie et Israël ? 

Cheikh Sid’Ahmed Dieng : Des attaques sont perpétrées partout dans le monde ! Je pense que le gouvernement mauritanien est assez responsable pour gérer ces situations de turbulences ourdies par des extrémistes acharnés. 

Mohamed Ould Nanah : Je suis sûr que l’Etat d’Israël est un Etat civilisé. Les Israéliens savent qu’il y a beaucoup de mauritaniens qui sont pour le maintien des relations entre la Mauritanie et Israël. Il y a des chauvins qui cherchent à détruire toute sorte de relations. Quelqu’un qui utilise les armes, on ne sait plus ce qu’il est en train de faire. Actuellement, notre pays est sur un pont. Nous cherchons à véhiculer un discours civilisé et qui accepte les autres. 

Le Rénovateur Quotidien : Tous les partis politiques, dont les vôtres, ont condamné cette attaque. Pensez-vous que ces condamnations vont stopper l’élan des extrémistes comme vous dites ? 

Cheikh Sid’Ahmed Dieng : C’est vrai que tous les partis politiques ont condamné ces agissements violents mais au-delà des condamnations que nous portons contre de tels agissements qui ne sont rien d’autre que de la récupération politique, nous considérons que les questions nationales doivent être privilégiées et encouragées.   

Mohamed Ould Nanah : Effectivement ! Je pense que ces extrémistes doivent être combattus par le renforcement de nos lois et par la vigilance des intellectuels qui comprennent les enjeux de demain. Nous avons besoin de sauver notre face en tant que mauritanien. 

Le Rénovateur Quotidien : On sait que la Palestine est le nœud de tout ce problème. Quelle est votre position par rapport à cette question ? 

Cheikh Sid’Ahmed Dieng : L’intérêt que nous portons à la réalisation et à la sécurité de l’Etat de Palestine relève d’une préoccupation profonde. Cette position nous conforte dans notre conviction ferme de protéger la paix dans le monde en privilégiant toujours le dialogue avec tous les protagonistes de même la lutte contre toute forme de violence et d’injustice ou qu’elle soit et particulièrement dans notre pays doit faire l’objet d’une analyse objective et suivie d’actions appropriées.   

Mohamed Ould Nanah : Notre position est très claire sur cette question. On ne peut pas être contre le peuple palestinien. Les Israéliens et les Palestiniens sont condamnés à vivre ensemble. La seule solution à ce problème est la solution du dialogue pacifique, la solution des nations unies. Ce n’est pas la violence qui viendra à bout de ce conflit et les Palestiniens doivent le comprendre. Une fois que les Palestiniens le comprennent, je pense que les Israéliens vont trouver une solution. 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

( 5 février, 2008 )

Les métiers de la coiffeuse: Un secteur en plein essor ?

En quelques années, les salons de coiffure ont investi la ville de Nouakchott. Face à une demande en croissance exponentielle, une économie lucrative s’est mise en place.  Devenus un secteur lucratif, les métiers de la coiffeuse attirent de plus en plus de jeunes filles. Mais, il n y a pas que cela. Ceci n’est que la partie visible de l’iceberg.

Il y a aussi des risques énormes que courent les coiffeuses surtout pour celles qui ne sont pas issues des centres de formation professionnelle en coiffure et esthétique. «Le professionnalisme est beaucoup recherché dans le marché de la coiffure, affirme Rouguiya Diaw, assistante de direction au centre de formation professionnelle en coiffure et esthétique, Exotifs.

Nous exigeons beaucoup de nos candidates qui voudraient suivre une formation en coiffure. Il faut d’abord qu’elles sachent lire et écrire parce que les coiffeuses travaillent avec des produits chimiques. Avant de les utiliser, il faut d’abord les connaître. Il y a des notices et des normes d’utilisation. Dans les salons, nous voyons des filles qui utilisent des produits sans pour autant les connaître. » 

Impossible d’y échapper, les salons de coiffure pullulent partout à Nouakchott et proposent divers services de coiffure (coupe de cheveux, tissage, bouclage, brushing, mèches, balayage…), des soins de beauté(visage, pieds, épilation…) et d’autres proposent également en vente des produits de beauté, des cheveux naturels et des accessoires de tissage. 

Signes des temps modernes, de plus en plus, les filles choisissent les métiers de la coiffeuse. Mais pour quelles raisons ? Les concernées livrent leurs ‘petits secrets’ sans pour autant prouver les raisons d’in tel choix. 

«C’est une question de passion et de goût », pense Aida, coiffeuse à Premier et gérante du salon ‘Wa Keur Baye Niasse’. «C’est un métier qui fait évoluer, qui permet de connaître beaucoup de gens, de rencontrer toute sorte de personnes, de s’épanouir, de se faire plaisir, de faire plaisir aux autres, de découvrir beaucoup de choses dans la vie… », explique madame Chaitou Sana, coiffeuse à Tévragh-Zéina et propriétaire de ‘Salon Myriam’.

On constate de plus en plus un intéressement grandissant des métiers de la coiffeuse. «La coiffure est un métier qui rapporte beaucoup. Quand on gère bien, on peut bien gagner sa vie », pense aussi Yéni Diop, coiffeuse à Médina 3 et spécialisée dans le brushing, la coupe de cheveux et la teinture. 

Pour être belles et agréables aux yeux de leurs maris, de leurs amants, de leurs confidents ou de leurs concubins, nos femmes sont prêtes à faire tous les sacrifices inconcevables voire dépenser des sommes colossales. Ainsi donc, les salons de coiffure, les centres d’esthétique, les boutiques de cosmétique et les hamames, autrefois peu répandus, sont pris d’assaut par la junte féminine mauritanienne.

C’est une véritable course à l’élégance et au charme artificiel qui ont supplanté la nature et les mœurs. C’est vrai que nos femmes se sont toujours préoccupées de leur élégance, de leur beauté et surtout de leur carnation. Mais que cache une telle ruée effrénée vers ces «lieux de beauté» qu’on retrouve presque dans chaque coin de rue de Nouakchott. «C’est vouloir se déterminer, confirmer sa personnalité. C’est tout simplement un bien-être. C’est naturel ! Il n’y a aucune obligation », confie madame Chaitou Sana. 

Non seulement, les métiers de la coiffeuse souffrent d’un manque de valorisation mais ce secteur est marqué aussi par l’anarchie et la désorganisation. Les salons de coiffure poussent comme des champignons partout à Nouakchott. Une situation mal vue par certaines coiffeuses professionnelles dont madame Chaitou Sana qui s’insurge contre certains «charognards » qui ont investi ce secteur et voudraient en faire un fonds de commerce. «Si on est du métier, on est obligé de vivre avec les problèmes qu’on rencontre. Si quelqu’un n’est pas du métier, il ne sent pas la douleur ni la difficulté encore moins la fatigue morale ou physique », explique-t-elle avec un brin d’amertume.   

Exerçant depuis plus de 18 ans dans la coiffure, madame Chaitou Sana voit d’un mauvais œil la prolifération tous azimuts des salons de coiffure qui provoquent la concurrence des prix. «Si une coiffeuse qui est dans les quartiers périphériques de Nouakchott propose par exemple 700 UM et qu’une autre qui est à Tévragh-Zéina propose 2500 UM, cela va provoquer la concurrence des prix. Certaines clientes font la différence entre le métier, le professionnalisme et le service et d’autres entre le prix et le service. C’est dommage que les gens ne sachent pas différencier en Mauritanie. Une cliente est chiche de vous quitter à cause de 500 UM de différence !» 

Face à la prolifération des salons de coiffure, un marché sauvage s’est mis en place. «Cela nous dérange un peu, avoue Rouguiya Diaw. Nous avons même créé un syndicat pour cela. Dans tout métier, il faut qu’il y ait des réglementations. Nous sommes en train de nous battre contre cette prolifération de ces salons de coiffure. » 

Avec un marché porteur, nombreuses sont les jeunes filles ou les femmes qui ont investi les métiers de la coiffeuse. Certaines sont sorties des centres de formation, d’autres dans les salons de coiffure. Un marché parallèle ! «Il y a des salons qui forment mais à la fin de leur formation, les élèves ne reçoivent pas de diplômes ou une attestation de formation », précise Rouguiya Diaw. Ces centres de formation travaillent comme les écoles normales c’est à dire qu’ils font des examens, des devoirs, des évaluations contrairement aux salons de coiffure. 

Les produits utilisés, la main d’œuvre, les employés, les frais de loyer, d’électricité et d’eau constituent de véritables casse-tête pour les tenancières de ces ‘lieux de beauté’. 

La concurrence devient de plus en plus rude pour appâter les clientes face à la cherté des produits et du matériel. «Chaque année, on a un changement de prix et les gens refusent de comprendre ce que c’est qu’un changement de prix. On ne peut rien faire sans utilisation de produits ou de matériel », fait remarquer madame Chaitou Sana. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 13 février, 2008 )

Marchés de la capitale et de 5ième: Les autorités font la barbe aux vendeurs

Les autorités ont décidé, cette fois-ci, de mettre fin à l’occupation illégale et parfois même anarchique des voies publiques notamment au bord des grands marchés comme ceux de la capitale et de 5ième. Une mesure qui est loin d’être appréciée par les déguerpis qui n’en croyaient pas de leurs yeux !

 C’est un véritable coup de pioche que les vendeurs ont reçu sur leur tronche ce jeudi 7 février. Hagards, ils semblent être pris de court par la rapidité des événements et pourtant, on les avait bien avertis quelques jours auparavant. «Nous avons informé et sensibilisé la population pendant 4 jours », se défend la maire de Sebkha, Raby Chérif Aidara, trouvée au marché de 5ième. Accompagnée d’une équipe du Ministère de l’Habitat et de l’Equipement, madame la maire est descendue sur le terrain pour constater de visu l’état d’avancement des opérations de déguerpissement. «Nous sommes là pour la population. Nous représentons la populations », déclare-t-elle avant d’affirmer qu’ils(les élus locaux, ndlr) ont reçu l’ordre de ‘faire déguerpir les gens qui occupent illégalement les espaces publics notamment au bord des marchés’. 

Afin de protéger les marchés et les populations, contre des risques d’incendie et autres, le gouvernement de Zéine Ould Zéidane a décidé de prendre le taureau par les cornes : déguerpir les vendeurs des voies publiques. Et, malgré l’opiniâtreté et l’obstination de ces derniers, le gouvernement semble être déterminé à aller jusqu’au bout de sa logique. Mais cette énième mesure de déguerpissement connaîtra-t-elle un succès. Car, pour certains, elle n’est pas la première et ne sera pas la dernière non plus. «La population mauritanienne n’est pas habituée à ces genres de choses. Elle est habituée à vivre dans l’illégalité. Je crois que les gens vont comprendre notre action », dit-elle en déclarant que les raisons d’un tel déguerpissement sont d’ordre sécuritaire. «Ces temps-ci, fait-elle remarquer, nous avons pu recenser beaucoup d’incendies, de fusillades et d’incendie. C’est pour cela, tout le gouvernement plus les élus locaux se sont réunis pour lutter contre ces problèmes ». 

En effet, cette disposition intervient quelques jours après le terrible embrasement du marché des planchers situé à quelques mètres des kebbas d’El Mina occasionnant d’importantes pertes financières. Avec ce déguerpissement, c’est des milliers de famille qui retombent dans l’inquiétude et le désespoir. Car, si certains ont dû mal à dissimuler leurs craintes d’autres par contre ont dû mal à ruminer leur colère. «Nous sommes des mères de famille et nous dépendons beaucoup de notre labeur, confie Ba Boye, habitante de Kouffa, dans la colère et la frustration. Avant de déguerpir les gens, il faut préalablement leur chercher des espaces où occuper. Les policiers ont passé tout leur temps à nous lancer des grenades lacrymogènes ». «Depuis plus de 20 ans, nous sommes là. Nous, les vendeuses de poissons, nous sommes fatiguées de ces provocations. C’est comme si nous n’étions pas de ce pays. Et pourtant, chaque jour, nous payons entre 300 et 400 UM. Non seulement, ils nous déguerpissent de manière sauvage mais ils nous maltraitent », renchérit une autre dame. 

Deux jours après le drame, certains sont revenus, notamment des femmes, pour récupérer dans les décombres, les dépôts d’ordures, ce qui peut l’être davantage. D’autres, nonobstant la présence des éléments de la police et de la gendarmerie qui veillent au grain, continuent de braver l’interdit. D’autres encore essaient de résister mais à leur manière. «Nous restons là malgré nous. C’est vrai que c’est interdit de s’installer ici mais nous n’avons pas d’autres solutions », confie un grilleur de viande. 

C’est vrai que Nouakchott est devenu une ville encombrante, que notre capitale ressemble à un taudis, que les voies publiques sont envahies de jour en jour par des cohortes de miséreux, que cette mesure participe à aérer les espaces occupés. Mais est-ce une raison suffisante de pourchasser comme des bêtes des familles entières qui n’ont d’autres sources de revenus que ce qu’ils gagnent de leur labeur. Et certains reprochent aux autorités de s’être lancées dans une telle entreprise sans avoir pris assez de précaution et jettent la responsabilité sur le compte de l’Etat mauritanien. «Ces gens-là sont installés ici depuis combien de temps ? On a tout fait. On est allé voir les autorités. Elles n’ont rien fait. C’est une situation qui risque d’être dangereuse, si on ne trouve pas des solutions et des mesures très rapides. Il faut prendre des mesures d’accompagnement. Quand on décide de dégager les gens, il faut les prévoir un lieu », fulmine un riverain du marché 5ième qui pense par ailleurs que la faute incombe aux autorités surtout locales qui ont laissé pourrir la situation. «L’Etat doit aménager des marchés de poissonnerie modernes pourvus d’eau », préconise Coly Sow, agent d’hygiène qui estime que c’est la seule solution pour venir à bout de cette ‘pagaille’. «Si les autorités veulent que cette pagaille cesse, elles doivent aménager des espaces destinés uniquement aux vendeuses de légumes, de poissons et de viande », rajoute-t-il. 

Jusqu’où ira cette mesure ? Ou est-ce une manière de faire du boucan ? Les autorités iront-elles jusqu’au bout de leur logique ? Face à des populations déterminées, les autorités vont-elles lâcher du lest ? 

Comme pour convaincre les populations, Raby Chérif Aidara avancera que toutes les dispositions ont été prises par le gouvernement pour recaser les déguerpis qui semblent ne pas croire de telles choses. Mais entre la prise de décision et la réalisation d’un projet dans les faits, c’est toute une éternité. En Mauritanie, nous sommes tellement habitués à des retournements de situation, que certains pensent déjà que cette mesure n’aura pas de succès. «Là où je suis, je suis avec l’équipe du plan et de l’aménagement du ministère de l’habitat et de l’équipement pour nous aider à borner  les lieux », rassure la maire de Sebkha. 

Ces lieux se trouvent derrière le dispensaire de Basra et le marché de Kouffa. 

Babacar  Baye Ndiaye 

( 13 février, 2008 )

Festival International des Musiques Nomades de Nouakchott

Un festival pour valoriser les artistes mauritaniens 

Créé en 2004, le Festival International des Musiques Nomades de Nouakchott, première manifestation annuelle de dimension internationale dans le pays, a contribué ces dernières années à dynamiser la vie musicale en Mauritanie. Fort du succès des premières éditions, son rayonnement et sa pérennisation lui permettent aujourd’hui de rejoindre les grandes manifestations culturelles existant déjà dans les grandes villes africaines, telles que Dakar, Ouagadougou, Bamako, Marrakech, Fès, etc. 

Thématisé autour des musiques nomades, ce festival valorise les artistes mauritaniens, mais invite également des musiciens issus des cultures nomades du monde entier à se produire en Mauritanie. Ce «nomadisme musical » s’entend aussi et bien sûr dans sa dimension contemporaine. Sensible à la mondialisation des échanges artistiques et culturels, le Festival favorise les rencontres «transculturelles », entre tradition et modernité, associant les artistes de cultures différentes et les technologies contemporaines sur des projets artistiques inédits. Enfin, le projet développe, à l’occasion de la manifestation, un volet formation des artistes, des équipes administratives, techniques et logistiques du pays, destiné à la pérennisation de la manifestation à moyen terme, et la professionnalisation des artistes. Le festival se déroule sur cinq jours, du lundi 7 au vendredi 11 avril 2008, dans toute la ville de Nouakchott. Le grand stade au cœur de la commune du Ksar est aménagé en espace de concert : accès public, grande scène équipée d’un système d’éclairage et de sonorisation d’envergure pour l’accueil des concerts internationaux destinés à un large public venant de toute la ville. Deux groupes internationaux invités se succèdent sur la scène chaque soir du 8 au 12 avril 2008. Toute la ville s’animera pendant le temps du festival. Une antenne permanente sera mise en place avec les relais locaux (mairies, associations…) dans plusieurs quartiers des communes (moughataas). Chacun des quartiers accueillera quotidiennement en fin d’après midi près de 20 concerts de chanteurs et musiciens de la scène mauritanienne. 

 

Les veillées sous la ‘Khaima’Autour de minuit, après les concerts du Ksar, le CCF accueille sous la khaïma, dans une ambiance conviviale et « acoustique », les grands artistes traditionnels, maîtres des musiques maures et négro-africaines, virtuoses du chant, du tidinit, de l’ardine et des percussions… Ils inviteront le public, les professionnels et les journalistes étrangers à entrer dans la nuit en musique, en découvrant la richesse du répertoire traditionnel qui a traversé les époques jusqu’à nos jours.  

Une rencontre professionnelle 

« La circulation des artistes entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne ». Cette table-ronde réunira les responsables festivals et grandes manifestations musicales du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne autour des enjeux de la circulation et le formation des artistes : Festival Timitar / Essaouira (Maroc), Festival au Désert (Mali), Festival Hip Hop de Ouagadougou (Burkina Faso), Festival El Jem (Tunisie), Africa fête (Sénégal), Transsaharienne des Arts et de la Culture (Niger) etc… 

Le ‘campement du festival’ 

Le CCF accueille le campement du Festival : bureau d’information, point presse, expositions, conférences, restauration… Sous une grande khaïma, un espace convivial de rencontre est aménagé pour la durée du festival. 

Une sélection de 4 groupes mauritaniens  «émergents» sera présentée au public chaque soir à 17h dans la salle de concert du CCF, avant les grands concerts de soirée. Accompagnés dans le cadre d’une formation à la scène, ils représentent la nouvelle génération d’artistes mauritaniens qui, bientôt, sillonnera les routes africaines et européennes avec leurs instruments. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

( 13 février, 2008 )

Brigitte Ould Daddah, artiste plasticienne

« La Mauritanie est un pays d’humanité. Où que vous alliez, il y a cette chaleur humaine dans toutes les couches de la population » 

 

Le fait d’être l’épouse d’Ahmed Ould Daddah, le chef de file de l’opposition démocratique, ne l’a pas transfiguré. Sobre, elle l’est jusqu’à la moelle de ses os. Pour preuve, on ne l’entend presque pas. «C’est moi qui ai toujours voulu me mettre en arrière », explique-t-elle. Ce lundi 11 février, elle exposait ses ‘tapisseries en patchwork’ au centre culturel français de Nouakchott, Antoine de Saint-Exupéry.

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que c’est votre première fois d’exposer au Centre Culturel Français ? 

Non ! J’expose depuis 20 ans. J’ai commencé à Bangui en République Centre africaine(ndlr : R.C.A) où on était en poste(avec Ahmed Ould Daddah, son mari, ndlr). J’ai exposé ici(au CCF, ndlr), il y a 15 ans, lorsque je suis revenue. Ce n’est pas ma première fois d’exposer au CCF. Tous les deux ans, j’expose ici, depuis 1992. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Très peu de mauritaniens connaissent les techniques du patchwork ! C’est quoi exactement ? 

Le patchwork, c’est un assemblage de tissus. On coupe le tissu en petits bouts, en carré ou en longueur. Après, je les couds ensemble pour faire une harmonie de couleurs. Chaque bout a une couleur différente. J’ai appris ça en Bangui, figurez-vous, avec une française qui l’avait appris d’une américaine. Mais c’est une technique extrêmement courante en Amérique. Ça s’appelle Log-Cabin. On commence avec un support d’un tissu blanc, on trace des lignes et ensuite on commence au milieu et on fait les tours. Ce qui fait qu’on a de petits carrés de 10 cm sur 10. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Chinguetti, Oualata, Boutilimit, Nouadhibou, Bogué…Que représentent ces villes pour vous ? 

Rien de spécial ! Pas plus que les autres villes ! Ça représente la Mauritanie. C’est la lumière de la Mauritanie. C’est le dépouillement aussi des villes. Parce que c’est des villes au bord de l’eau. C’est des villes sahariennes. Les villes ne représentent pas quelque chose de spécial. C’est des impressions ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Comment faites-vous pour confectionner de telles tapisseries ? 

Je les fais toute seule avec le plus grand plaisir. Personne ne touche ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous jouez beaucoup sur les couleurs aussi. 

C’est ma manière de travailler. J’aime les couleurs. J’aime travailler avec les couleurs et parfois aussi avec les non -couleurs c’est à dire les couleurs beiges. Il faut qu’il y ait toujours quelque chose qui ressort. Cette fois-ci, ce n’est pas trop beige, sauf Nouadhibou(parmi ses tableaux exposés, il y en a un intitulé ‘Nouadhibou’, ndlr). Je joue avec les couleurs, c’est vrai. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Il vous a fallu combien de temps pour préparer toute cette merveille ? 

Une année de préparation ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : La religion est présente aussi dans vos tableaux à travers l’évocation des lieux de culte ? 

C’est la tonalité de la Mauritanie. Ce n’est pas que la religion. C’est une spiritualité qui ressort de l’environnement, qui donne une sorte de paix dans l’âme. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Peut-on penser que vos tableaux que nous avons ce soir (11 février, ndlr) reflètent bien tout ce que vous avez vu ou vécu pendant une ou des années ? 

C’est un peu mes sentiments vis à vis de mon environnement et plus aussi de mes voyages ailleurs, de mon origine danoise. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce que cela vous a fait de voir tout ce public venu nombreux pour admirer votre travail ? 

Ça m’a fait grand plaisir. A chaque fois que j’expose, il y a un monde fou. Seulement, la presse ne s’intéressait pas beaucoup avant. Afin, ce n’est pas qu’elle ne s’intéresse pas. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Comment expliquez-vous le fait qu’on ne vous entende presque pas ? 

C’est moi qui ai toujours voulu me mettre en arrière. Je ne suis pas au devant de la scène 

politique comme je ne suis pas du pays. Cela ne veut pas dire que je ne m’y intéresse pas. C’est un de mes principes parce que je vis dans un environnement politique. Mais la politique, proprement dite, comme militante ou me montrer, non ! Je n’ai jamais voulu ça. Je suis réservée. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et votre mari, que représente-t-il pour vous dans votre métier (artiste plasticienne, ndlr) ? 

Il m’a toujours soutenu. Il m’a toujours encouragé. Il trouve très, très bien que je m’occupe comme ça. C’est une manière saine de vivre, de s’exprimer. Ça lui convient bien ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous avez un secret particulier puisque votre technique a émerveillé plus d’un ? 

Non, je ne crois pas ! Je ne sais pas trop ! Je n’analyse pas tellement ce que je fais. Je pense que peut-être que c’est des gens qui connaissent bien l’art. Je suis très ravie de voir beaucoup de mauritaniens. Avant, il y en avait pas beaucoup et maintenant, il devient de plus en plus nombreux. Pas seulement, les artistes plasticiens mais aussi le public. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et quel regard portez-vous sur les artistes peintres ou plasticiens mauritaniens ? 

Ils ne se sont pas seulement améliorés mais ils se sont révélés. On voit qu’ils existent. Peut-être qu’ils ont toujours existé mais ils n’ont pas pu s’exprimer ou ils n’ont pas voulu s’exprimer publiquement. 

 

Le Rénovateur Quotidien : L’espoir, la paix, le rassemblement…sont des mots qui évoquent beaucoup de choses apparemment pour vous ? 

Mais bien sûr ! D’abord, la Mauritanie est un pays d’humanité. Où que vous alliez, il y a cette chaleur humaine dans toutes les couches de la population. Ça nous fait sentir à nous tous une paix, une sérénité et le rassemblement parce que tout justement, c’est la ‘Terre des Hommes’. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes l’épouse d’Ahmed Ould Daddah. Quelle place occupez-vous auprès de lui ? 

Je suis sa campagne depuis 42 ans(elle glousse). Je ne peux pas dire plus. 

 

Le Rénovateur Quotidien :  L plupart des femmes des hommes politiques sont des femmes engagées. Est-ce que vous l’êtes? 

Je suis engagée à ma manière. Mais à la maison. Je reçois les gens avec mon mari. Dès fois, sans lui, lorsqu’ils sont des dames. Je ne suis pas la garde robe d’un homme. Jamais ! Je ne m’impose pas parce que j’ai toujours quelque chose à faire. Mais je suis disponible, si on a besoin de moi. C’est ma philosophie. C’est mon goût personnel. Je laisse la Mauritanie aux mauritaniens. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et ce soir (11 février, ndlr), vous avez vendu combien de tableaux ou de tapisseries ? 

Je n’ai pas encore fait les comptes. Mais j’ai vendu la moitié de ma production. Je suis très satisfaite. Ça a été vraiment très sympathique. Vous savez, j’ai beaucoup de connaissance. Ils peuvent être parfois complaisants. Ils achètent peut-être pour me faire plaisir. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes d’origine et de culture occidentale et votre mari de culture arabo-musulmane.  Deux sphères différentes. Comment vivez-vous cela, ce biculturalisme ? 

Non, ce n’est pas un grand problème. D’abord, lui, il est biculturel. Il est absolument mauritanien à 100% mais il a une grande ouverture d’esprit comme la plupart des mauritaniens de sa génération. Ça n’a pas été compliqué. Moi, je m’adapte tant bien que mal. Ce n’est pas difficile pour moi. Mais la langue( le hassanya, ndlr) est un peu difficile pour moi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et comment vivez-vous actuellement en Mauritanie ? 

Je vis très bien. J’adore être ici parce que j’ai beaucoup de temps pour faire mon travail. Je vois le monde comme je veux le voir. Je suis bien avec les mauritaniens, la culture mauritanienne qui m’intéresse beaucoup et me touche. La Mauritanie, c’est mon pays. Je suis là depuis 1967. 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

  

 

 

 

 

 

( 13 février, 2008 )

Les réfugiés regrettent déjà leur retour!!!

Ce n’est pas demain la veille pour les réfugiés mauritaniens exilés au Sénégal depuis plus de 19 ans. Qu’il s’agisse de Médina Salam, Rosso ou PK 17 (sites d’accueil des réfugiés rentrés le 29 janvier dernier, ndlr), la situation est loin d’être rassurante et les réfugiés commencent déjà à désenchanter. Et pourtant, le gouvernement leur avait promis une réinsertion digne dés leur retour en Mauritanie. Cela démontre encore que le succès est loin d’être acquis. 

Les choses deviennent de plus en plus claires comme l’eau de roche en ce qui concerne les aptitudes réelles de la part des pouvoirs publics à assurer un retour digne comme ils l’ont toujours claironné dans leurs discours.  En effet, quelques jours, après le retour de la première vague des déportés mauritaniens au Sénégal, des sentiments de regret, de désespoir et de doutes commencent à s’installer dans le cœur de ceux qui avaient décidé volontairement de retourner à leur pays d’origine, la Mauritanie, après 19 ans d’exil forcé. Parce que tout simplement, la réalité sur le terrain ne rassure pas et les conditions de vie laissent à désirer. Et ils commencent déjà à regretter leur retour dans des conditions pas meilleures que celles qu’ils connaissaient au Sénégal et ne croient pas qu’ils vont recouvrer leurs droits rapidement tel que promis par les autorités au moment des négociations pour leur retour rapide. Ce sentiment est aussi perceptible dans le camp des associations des réfugiés nées des événements de 89 qui ont dû mal à comprendre comment ce dossier a pu être géré de manière catastrophique et laxiste par les autorités de la République et notamment par le H.C.R. qui avait organisé, on se rappelle, l’opération test du 29 janvier dernier, dans la précipitation d’autant plus que les conditions n’étaient point réunies pour assurer un retour digne et organisé. Sur le terrain, les choses semblent être plus compliquées que prévues. Et malgré un tel état de fait, les autorités continuent à entretenir l’illusion dans l’esprit des populations en prétextant qu’elles ‘maîtrisent’ parfaitement la situation. Mais la réalité sur le terrain indique que le retour des déportés a été précipité et dévoile en même temps une mauvaise gestion qui a été faite de ce dossier. Les premiers revenants de la déportation sont abandonnés à leur sort. Comme pour alerter l’opinion publique, les représentants des réfugiés n’ont cessé de faire part de leurs appréhensions et de leurs réserves quant aux conditions de retour des déportés mauritaniens. Cette situation délétère risque de ne pas encourager les familles en attente dans les camps des réfugiés pour suivre, comme leurs compatriotes rentrés, le chemin du retour. Selon le H.C.R., ce sont quelques 24.000 personnes qui ont été recensées comme des réfugiés mauritaniens au Sénégal. Quant à l’Agence Nationale chargée de l’Accueil et de la Réinsertion des Réfugiés, elle semble ne pas être en mesure de relever les défis qui lui sont assignés. La réalité sur le terrain prouve bel et bien que les autorités n’étaient pas bien préparer pour assurer un retour digne dans des conditions de réinsertion dignes et acceptables. C’est vrai que la volonté politique du Président de la République est révélatrice d’une intention indéfectible de régler ce problème. C’est vrai que les partenaires au développement se sont signalés en promettant aux autorités de les accompagner dans leurs démarches et initiatives. Mais le constat est là : ils tardent à se manifester alors que les autorités se sont déjà embarquer sans biscuit. Pour se débarrasser ‘politiquement’ de ce retour qui dérange, une agence a été créée par décret présidentiel. Mais à l’état actuel des choses, cette agence est loin de répondre aux exigences et attentes des réfugiés qui nourrissaient pourtant beaucoup d’optimisme. Cet optimisme risque de voler en éclats si les autorités tardent à réagir promptement et à rectifier le tir. Sans tenir compte de la complexité de ce dossier et pour des raisons essentiellement politiques, même si ça a été toujours une priorité, les autorités ont accéléré, avec la pression du H.C.R., le processus de retour des réfugiés mauritaniens au Sénégal. Conséquences : beaucoup de manquements ont été relevés. Des manquements graves que semblent minimiser les pouvoirs publics en faisant comme si de rien n’était. Des manquements susceptibles de créer des regains de tensions. Cela va de la récupération  des terres et bien spoliés aux indemnisations en passant par la réinsertion des réfugiés. Autant de problèmes qui montrent que la réinsertion des réfugiés doit se faire dans la plus grande honnêteté et la transparence  en respectant les revendications des déportés qui sont à la limite légitimes. Depuis leur installation à leurs sites d’accueil, ni les ministres Ahmed Ould Waghef et Yall Zakaria ne se sont rendus sur ces sites. Ceux-là même qui les avait accueillis. A part les représentants des réfugiés et quelques partis politiques, tout porte à croire que la situation des 101 personnes n’intéresse personne, encore moins leurs conditions de vie. Même si les rations alimentaires continuent d’être assurées par le H.C.R. et le P.A.M. Les autorités locales ne disposent pas assez de marge de manœuvre pour agir. Ce qui rend parfois la situation encore beaucoup plus difficile. Les infrastructures de base (eau, électricité, postes de santé, écoles…) font défaut. Les terres des réfugiés sont toujours occupées par des notables ou des hommes d’affaires maures. Et rien n’a été fait notamment envers les jeunes qui ‘passent le plus clair de leur temps à tourner en rond’. Face à ces urgences, l’agence d’appui à la réinsertion tarde à prendre à bras-le-corps les problèmes auxquels les déportés sont confrontés. Ajouté à cela le retard cumulé dans la constitution de la commission nationale d’identification, les commissions régionales et départementales ainsi que la composition de la commission nationale d’identification et de concertation sur les déportés. Autant de paramètres qui font dire que le retour des réfugiés a été fait dans la plus grande précipitation. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 21 février, 2008 )

Papis Koné, chef d’orchestre de Walfadjiri Groupe

«. C’est vrai que nous jouions au VIP mais cela ne voudrait pas signifier que notre avenir est en jeu »

 

Avant l’attaque du 29 janvier dernier contre l’ambassade d’Israël en Mauritanie, le Groupe Walfadjiri égayait les noctambules du VIP où il assurait tous les VSD. Maintenant que VIP aurait été fermé, comment les membres dudit  groupe l’ont-ils vécu ? Est-ce un coup dur pour eux d’autant plus qu’ils s’apprêtaient à sortit leur premier album avec l’appui financier du propriétaire de VIP? Eléments de réponse dans cette interview suivante avec Papis Koné, chef d’orchestre de Walfadjiri Groupe.

 

Le Rénovateur Quotidien : Après l’attaque contre l’ambassade d’Israël, le VIP, où vous jouiez régulièrement, a été fermé. N’avez-vous pas peur pour la suite de votre carrière musicale ? 

Papis Koné : Mais bien sûr puisque cela fait à peine plus de 5 ans que notre groupe (Walfadjiri, ndlr) assurait tous les VSD (vendredi, samedi, dimanche, ndlr). Cette attaque, qu’elle soit l’œuvre de mauritaniens ou d’étrangers, est inacceptable.

 

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous rencontré le propriétaire du VIP ? 

Papis Koné : Pas du tout ! Lorsque nous avons essayé de rentrer en contact avec lui, nous avons eu au téléphone sa femme qui nous a confirmé qu’il a été évacué sur Dakar. Depuis la nuit de cette attaque, nous n’avons plus de ces nouvelles. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et que comptez-vous faire maintenant ?

Papis Koné : Nous avions eu des projets avec le propriétaire du VIP. Avec nos propres moyens, nous avions réussi à faire un CD à Nouakchott. Avec l’argent que nous avons gagné, j’ai pu aller en France pour faire le mixage et le mastering. Restée seulement la duplication que lui devait assurer. Malheureusement, cette attaque est survenue. Alors qu’il était prêt à décaisser l’argent nécessaire pour la duplication de notre CD qui devait se faire au Maroc. 

 

Le Rénovateur Quotidien : A vous entendre parler, on a l’impression que cette attaque a changée littéralement votre programme ? 

Papis Koné : Effectivement ! Puisque VIP constituait un point de vente et de promotion pour  notre groupe. C’est un milieu très fréquenté par beaucoup de touristes notamment français qui veulent se distraire lorsqu’ils sont de passage à Nouakchott. Ça leur faisait énormément de plaisir car il y avait toujours un groupe qui jouait en live. C’est vraiment un coup dur pour notre groupe d’autant plus qu’actuellement, nous ne jouons plus, même si c’est vrai que nous jouons dans d’autres endroits, les jours ordinaires. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Quelle attitude comptez-vous adoptez ?

Papis Koné : Personne n’ignore que la musique est une activité dévalorisée dans notre pays. C’est une raison des raisons d’ailleurs qui explique le départ de plusieurs musiciens mauritaniens vers d’autres pays comme la France, le Sénégal, le Mali. Telle ne sera pas notre attitude. La culture est essentielle dans la promotion d’un pays. Il n y a pas que la politique qui peut faire changer les choses. La musique joue un rôle non négligeable dans la société pour preuve, nous avons participé à de nombreuses campagnes de sensibilisation sur les élections et bientôt sur la bonne gouvernance. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Où en êtes-vous par rapport à la sortie de votre premier album ? 

Papis Koné : Le CD était déjà enregistré à Nouakchott. Tout ce qui restait c’était le mixage et le mastering. Cela ne fait pas à peine 10 jours que je suis revenu de France où j’étais parti finaliser l’enregistrement de notre album. Comme je vous ai expliqué tantôt, il ne restait plus que le propriétaire du VIP décaisse  l’argent pour qu’on fasse la duplication au Maroc et revenir à Nouakchott faire la promotion de notre album au centre culturel français. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Maintenant, comment vivez-vous cette situation au niveau de votre groupe ? 

Papis Koné : Très difficilement ! Nous sommes là, les bras croisés ! VIP était notre lieu de répétition. Ces temps-ci, nous ne savons plus où se donner de la tête. Nous sommes désœuvrés ! Ce qui nous reste maintenant comme solution, c’est d’aller à la mosquée.  

 

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous essayé de faire quelque chose pour que VIP retrouve sa place ? 

Papis Koné : Ce n’est pas de notre ressort de le faire. D’ailleurs, il paraît qu’il (le propriétaire, ndlr) est en train de chercher un autre lieu plus sécure. C’est vrai que nous jouions au VIP mais cela ne voudrait pas signifier que notre avenir est en jeu. Nous sommes en train de voir d’autres perspectives, de pister d’autres solutions. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous contacté d’autres gens pour la duplication de votre album ?    

Papis Koné : Nous avons cela en ligne de mire. Mais qui contacter ? Nous avons adressé des lettres de sponsoring qui n’ont reçu aucune suite favorable. C’est très difficile de trouver des partenaires s’il s’agit de produire un album. Nous voulons faire notre propre autoproduction et c’est bien possible. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes musicien. Comment expliquez-vous le fait qu’il soit très difficile de trouver un producteur en Mauritanie ? 

Papis Koné : Ce qui intéresse les mauritaniens, ils le font. La musique et le sport ne les intéressent guère. Si tu attends une aide de qui que ce soit, tu risques de perdre ton temps inutilement. Tous les artistes qui ont réussi aujourd’hui, ils ont réussi grâce à leur détermination et leur abnégation. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Mais est-ce que vous êtes partis voir des artistes qui ont plus de relation que vous à l’extérieur  pour qu’ils vous appuient. D’ailleurs, n’est-ce pas que vous avez une association, non ? 

Papis Koné : C’est vrai que nous avons une association. Mais à quoi sert-elle ? En ce qui concerne ces artistes dont vous avez fait allusion, nous rencontrons les mêmes difficultés et les mêmes préoccupations. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Quand on parle de musique, on songe aussitôt à des studios de production, de promotion, de duplication. Mais rien de tout cela en Mauritanie. Que faut-il faire à votre avis ?

Papis Koné : C’est une situation très déplorable. Ce n’est pas à nous d’aller voir les autorités pour leur faire-part de cette situation connue de tout le monde. Il y a des gens qui ont réussi à monter des studios grâce à leurs propres moyens. On sent vraiment que ces derniers veulent participer à la promotion de la musique mauritanienne. Mais il faut les appuyer dans leurs initiatives. En plus de cela, il n’existe pas une structure qui défend les droits des artistes quand ils mettent leur album sur le marché national. 

 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

  

 

( 21 février, 2008 )

Réchauffement climatique: La Mauritanie peut-elle y faire face ?

Pour sonner l’alerte contre le dérèglement du système climatique qui serait à l’origine des perturbations météorologiques extrêmes, des inondations, de longues périodes de sécheresse, des vagues de chaleur meurtrières, le film ‘Une vérité qui dérange’ de Davis Guggenheim avec Al Gore et Charles Berling a été projeté au centre culturel français, ce mardi 12 février. Un film qui donne de grosses sueurs de frissons !

Cette projection de film a été suivie d’un débat sur la thématique du réchauffement climatique. A bien entendre les experts en changement climatique, nous nous acheminons vers un cataclysme sans précédent si rien n’est fait pour véhiculer le message de sensibilisation sur les changements climatiques auprès des populations et notamment des bailleurs de fonds.

Certes, les pays africains polluent moins que les pays avancés mais ce n’est pas une raison valable pour dormir sur nos lauriers, semblent dire ces mêmes experts qui pointent un doigt accusateur sur la cupidité des hommes. «L’industrialisation, la course à l’enrichissement, le besoin de survie ont poussé tout le monde à entamer les ressources sans réfléchir en réalité sur l’équilibre qu’on doit maintenir», s’indigne Oumar Fall, consultant international en changement climatique.

Les effets du réchauffement climatique se font sentir de plus en plus à travers les perturbations météorologiques extrêmes, la perturbation de l’atmosphère, les inondations, la sécheresse, les vagues de chaleur meurtrières, la fonte des glaces, la perturbation de l’atmosphère.

C’est dans cette optique qu’a vu le jour le film ‘Une vérité qui dérange’, un film qui met à nu les dangers qui guettent l’humanité et au delà même c’est  son existence qui est littéralement menacée. L’exemple le plus illustratif est la fonte des glaces qui pourrait entraîner le déplacement de plus de 600 millions de personnes vivant au bord de la mer.

Les inondations de Tintane sont encore récentes pour nous rappeler que nous sommes tous embarqués dans le même bateau et que nous sommes aussi responsables que les Américains et les Chinois qui demeurent les deux géants du monde en termes d’émission de gaz à effet de serre. 

Dans ce cadre, les pays les moins avancés(P.M.A., ndlr) ont exigé des pays industrialisés des programmes d’adaptation pendant qu’ils réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre qui est la cause principale du réchauffement climatique. Ainsi donc, dans le protocole de Kyoto, signé par tous les pays membres des Nations Unies à l’exception de l’Australie et des Etats Unis d’Amérique, les états signataires dudit protocole ont décidé de réduire à moitié les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2012.

La communauté internationale bien consciente de ce danger a décidé de mettre en place un fonds qui permettra de créer des programmes d’adaptation dans les pays les moins avancés qui ne disposent pas assez de potentialités humaines et scientifiques pour faire face aux changements climatiques.

Le message est clair : l’Afrique n’est pas épargnée par le réchauffement climatique, par les phénomènes de changements climatiques. Et face à cette situation, que peut faire la Mauritanie ? Autrement dit, comment peut-elle s’adapter aux changements climatiques en cours ? «Le cas de la Mauritanie ne se pose pas de la même manière qu’il se pose aux Etats Unis. Nous, nous avons besoin de vivre. Peut-être, nous n’avons pas exploité nos ressources naturelles mais nous, nous avons besoin de nous adapter à ces changements climatiques. C’est ça en réalité la problématique qui se pose en Mauritanie. Nous n’émettons pas suffisamment de gaz à effet de serre mais nous le subissons de même que ce réchauffement climatique qui se passe dans le monde comme la plupart des pays les moins avancés », explique Oumar Fall.

Ainsi donc, la Mauritanie est loin de tirer son épingle du jeu. Le Programme des Nations Unies pour le Développement va appuyer les autorités mauritaniennes pour essayer de sensibiliser les populations  sur les enjeux écologiques et environnementaux.

A cet égard, un colloque international sera tenu à Nouakchott bientôt sur les changements climatiques. On annonce même la présence de Nicolas Hulot et de l’ex-vice président des Etats Unis d’Amérique, Al Gore, dont le film ‘Une vérité qui dérange’ lui a valu le prix Nobel de la Paix 2007.

Babacar Baye Ndiaye  

( 21 février, 2008 )

Unicef: Lancement du rapport 2008 de la situation des enfants dans le monde

Contenant 154 pages, le rapport de l’UNICEF sur la situation des enfants dans le monde 2008 a  examiné les principales questions, problématiques et sujets relatifs aux enfants et présenté les statistiques économiques et sociales en lien avec le bien-être des enfants de tous les pays. Ce lancement du rapport s’est déroulé devant les représentants du Ministère chargé de la Promotion Féminine, de l’Enfance et de la Famille, du Ministère de la Santé, de la Coordinatrice Résidente du Système des Nations Unies, le Représentant de l’OMS et le Représentant de l’UNICEF en Mauritanie, Monsieur Christian Skoog. 

Le thème de cette année 2008 porte sur ‘la survie de l’enfant’. Le choix du thème s’explique par la situation dramatique que vivent les enfants notamment ceux de l’Afrique subsaharienne qui connaît un fort taux de mortalité infantile très élevée. «En Afrique subsaharienne, la situation est particulièrement alarmante et à plutôt tendance à empirer : 1 enfant sur 6 meurt dans cette région avant d’atteindre l’âge de 5 ans », déclare Christian Skoog, dans sa présentation sur la situation des enfants dans le monde 2008.

Parmi les raisons invoquées par les experts de l’UNICEF figurent les conflits, les catastrophes naturelles, le SIDA, la pauvreté, le manque d’infrastructure physique et les faibles capacités des systèmes de santé qui entravent les progrès vers de meilleures chances de survie de l’enfant en Afrique subsaharienne.

En termes de taux de mortalité infantile, la Mauritanie occupe la 28ième  place mondiale devant de nombreux pays de la sous-région. Même si dans ce cadre, les résultats sont assez encourageants, ils demeurent toutefois insuffisants pour pouvoir atteindre la cible 4 des objectifs du millénaire pour le développement relatif à la mortalité des enfants.

Ceci est d’autant plus vrai que l’enquête nationale sur les indicateurs du bien-être et de la santé surtout de l’enfant a montré que le taux de mortalité infanto-juvénile reste élevé en Mauritanie.  Ainsi donc, mesurant l’importance de la protection de l’enfant et de sa survie, le gouvernement a souscrit et adopté en partenariat avec l’UNICEF et l’OMS une stratégie accélérée pour la survie et le développement de l’enfant qui prévoit une batterie de dispositions susceptibles de réduire le pourcentage des décès des enfants.

Ces mesures vont de la présence d’un personnel soignant qualifié lors de l’accouchement et soins au nouveau-né à l’utilisation optimale des moustiquaires traités à l’insecticide et médicaments efficaces pour prévenir et soigner le paludisme en passant entre autres par l’amélioration de la qualité de l’eau et des installations sanitaires et à la vaccination contre les 6 grandes maladies que l’on peut éviter par un vaccin.

Cela passe en outre par l’application des stratégies suivantes qui peuvent avoir des impacts réels sur la réduction de la mortalité infantile : instaurer des conditions favorables à la survie et à la santé de la mère, du nouveau-né et de l’enfant, renforcer le continuum de soins dans l’espace temporel et géographique, mettre en œuvre à grande échelle des panoplies de services essentiels en renforçant les systèmes de santé et les partenariats communautaires, développer les données, les recherches et les conclusions sur lesquelles s’appuie l’action, mobiliser des ressources pour les mères, les nouveau-nés et les enfants et enfin faire de la survie des mères, des nouveau-nés et des enfants un impératif mondial.

«La survie de l’enfant n’est pas seulement un impératif sur le plan des droits de l’homme, c’est aussi un impératif sur le plan du développement », a dit Joy Phumaphi, vice-présidente du réseau du développement humain à la banque mondiale qui pense qu’ «investir dans la santé des enfants et de leurs mères, c’est une bonne décision d’un point de vue économique et l’une des voies les plus sûres qu’un pays pourrait choisir vers un avenir meilleur ».

Encadré: Les principales causes immédiates des décès d’enfants

Les pays et les régions dans lesquels les enfants de moins de 5 ans meurent en grand nombre sont bien connus et les principales causes immédiates de décès prématurés et de problèmes de santé sont elles aussi bien établies.

Environ 40% de tous les décès d’enfants de moins de 5 ans ont lieu durant la période néonatale, le premier mois de la vie, des suites de complications( sida, blessures, rougeole, paludisme, maladies diarrhéiques, tétanos, asphyxie à la naissance, anomalies congénitales, naissance prématurée…). Sur ces décès néonatals, environ 26%  sont imputables à des infections graves. Une proportion non négligeable des infections est causée par la pneumonie et la septicémie. Environ 2 millions d’enfants de moins de 5 ans meurent de pneumonie chaque année- environ 1 décès sur 5 à l’échelle mondiale. De plus, jusqu’à un million d’enfants meurent d’infections graves, dont la pneumonie, durant la période néonatale. Malgré les progrès accomplis depuis les années 1980, les maladies diarrhéiques représentent 17% des décès d’enfants de moins de 5 ans. Pris ensemble, le paludisme, la rougeole et le SIDA sont responsables de 15% des décès d’enfants.

De nombreux facteurs se conjuguent pour accroître la mortalité des enfants au-delà de leurs impacts individuels, la dénutrition étant responsable de 50% des décès d’enfants. Une eau insalubre, un assainissement insuffisant et des installations sanitaires inadéquates sont non seulement responsables de l’incidence élevée des maladies diarrhéiques mais aussi un important facteur de mortalité des enfants de moins de 5 ans par suite de pneumonie, de troubles néonatals et de dénutrition.

Source : Rapport de l’UNICEF 2008 sur la situation des enfants dans le monde 

Babacar Baye Ndiaye

( 21 février, 2008 )

Opération de retour des déportés:«Si des actes forts ne sont pas pris, l’opération de retour sera vouée à l’échec », estime le FONADH

Deux jours après la conférence de presse de l’Agence Nationale chargée de l’Accueil et de la Réinsertion des Réfugiés et de l’annulation du retour du deuxième contingent des déportés mauritaniens au Sénégal, le Forum National des Organisations des Droits de l’Homme a tenu une conférence de presse, ce mercredi 20 février 2008,  pour dénoncer les agissements du H.C.R. et de l’ambassadeur de Mauritanie au Sénégal tout en demandant le respect et l’application des recommandations issues des journées nationales de concertation( tenues les 20, 21 et 22 novembre 2007, ndlr) mais et surtout en demandant l’implication pleine et entière des organisations de défense des droits de l’homme en tant que partenaires dans le processus du règlement du passif humanitaire. 

Le FONADH n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour tirer à boulets rouges sur le H.C.R., qui mène selon lui, une gestion peu transparente de la question du retour des déportés. «Nous avons constaté dés le départ, fait remarquer Mamadou Moctar Sarr, secrétaire exécutif du FONADH, aux premiers moments des recensements, que le H.C.R., n’avait pas véritablement impliqué les responsables des structures de défense des intérêts des déportés. Lors, des journées nationales de concertation sur le retour des déportés et le règlement du passif humanitaire, des engagements ont été pris mais nous avons l’impression que le H.C.R. est en train de faire cavalier seul ».

En outre, le FONADH s’est insurgé contre l’attitude du H.C.R. qui a organisé l’opération test dans la précipitation et le manque de préparation dans l’organisation de ce rapatriement des déportés mauritaniens. «Après le retour des déportés, une semaine plus tard, nous avons envoyé sur place une délégation pour visiter l’ensemble des sites aménagés pour ceux qui sont revenus. Depuis qu’ils sont revenus (les déportés, ndlr), aucune autorité n’est venue les rendre visite. L’opération test ne nous satisfait pas et les conditions de vie sont déplorables. Et on peut dire que les autorités sont en train de baisser les bras », déclare le secrétaire exécutif du FONADH qui estime que «le recensement a été fait dans une opacité totale » avec la partialité de l’ambassadeur de MAURITANIE (Ahmed Ould Bellal, ndlr) au Sénégal qui traite, selon lui, avec un groupe de réfugiés au détriment de la partie la plus représentative. «Au moment de signer l’accord triparti, l’ambassadeur s’est fait accompagner de trois individus qui ne représentent personne. Tout ce que ces gens-là (allusion faite aux organisations de défense des droits humains, ndlr) veulent, c’est qu’ils soient impliqués dans le processus de rapatriement. Les victimes, on ne doit pas les contourner. C’est pourquoi nous disons et nous l’avons signalé au plus haut niveau que l’ambassadeur est en train de jouer un jeu dangereux par rapport à ce problème. Ce ne sont pas des affirmations gratuites. C’est quelque chose de vérifiable ».

Le processus de rapatriement des déportés mauritaniens a été confié par l’ALPD (Association de Lutte contre la pauvreté et pour le Développement) dirigée par Mohamed Vall Ould Khissa et par ailleurs parenté à l’ambassadeur de Mauritanie au Sénégal. Le FONADH est monté au créneau pour dénoncer ce recrutement qui s’est fait dans une totale opacité. Ce recrutement est mal apprécié d’autant plus que ce monsieur Mohamed Vall Ould Khissa est accusé d’être un détracteur du processus de rapatriement des déportés mauritaniens. On l’accuse même d’avoir été contre le retour des déportés. Comment donc, les pouvoirs publics, connaissant tout cela, n’ont-ils pas réagi en confiant l’opération de retour à une ONG blanche comme neige et qui ne compromettrait aucunement la réussite de ce processus de rapatriement ? «On aurait pu, pour un problème aussi important, lancer un avis d’appel d’offres et voir toutes les ONGs qui postulent », pense Mamadou Moctar Sarr.

Le FONADH, dans le sens d’apporter des solutions par rapport au retour des déportés mauritaniens, a mis en place un comité de réflexion, dirigé par Lalla Aicha membre du FONADH. Ce dit comité a déjà élaboré un plan d’action qui a été transmis aux autorités. Car, estime le FONADH, si des actes forts de consolidation des acquis et de motivation des réfugiés ne sont pas pris, l’opération de retour sera vouée à l’échec.

Par ailleurs, le FONADH a dénoncé la précipitation dans laquelle, l’ANAIR a été mise sur place par les pouvoirs publics au détriment des intérêts et des droits des déportés. «Cette agence devrait avoir d’abord un conseil d’administration qui étudierait les grandes orientations avant de commencer la mise en œuvre de son programme d’urgence. Mais, malheureusement, l’agence est partie trop vite en besogne. A notre connaissance, le conseil d’administration n’a pas encore été désigné. Il faut que l’agence respecte le minimum qui est d’abord la mise en place de ce conseil. Nous pensons que cette agence pourra jouer un grand rôle d’autant plus que nous savons que l’action du H.C.R. est très limitée dans le temps. Il reviendra donc à l’agence de créer des conditions nécessaires pour régler définitivement le problème des déportés », a laissé entendre Mamadou Moctar Sarr tout en dénonçant le manque de concertation qui environne le processus de rapatriement des déportés mauritaniens mais surtout en reprochant à l’ANAIR d’avoir concocté un programme d’urgence sans pour autant demander leur avis.

Babacar Baye Ndiaye 

( 28 février, 2008 )

Birame Ould Dah: »La position et des pouvoirs publics, c’est de protéger les maîtres et de ne donner aucune issue aux esclaves pour pouvoir se libérer »

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Nous ne sommes pas encore au bout du tunnel en ce qui concerne l’éradication totale de l’esclavage en Mauritanie. Chaque jour, on voit un nouveau cas d’esclavage. Le dernier en date est celui de Hana Mint Salem, originaire de la Moughataa de R’Kiz.

La loi incriminant et pénalisant l’esclavage et les pratiques esclavagistes n’a pas tempéré l’ardeur des maîtres esclaves. Les défenseurs des droits de l’Homme, comme Birame Ould Bilal, y voient la main de l’Etat et des pouvoirs publics. Explications.

Le Rénovateur Quotidien : Le cas de Hana Mint Salem avait défrayé la chronique ces temps derniers. Pouvez-vous revenir sur ce cas d’esclavage ? 

Birame Ould Dah : Cette dame était esclave chez El Hussein dans la localité de Lighbéine dans la Moughataa de R’Kiz. Elle a fui l’esclavage et lorsqu’elle a décidé de voir le commandant de la gendarmerie, le préfet et le Président du tribunal départemental, ces derniers ont refusé de lui porter assistance et d’enclencher une procédure judiciaire à la lumière de la loi pour récupérer ses enfants. Ce cas a été posé à la justice. La commission nationale des droits de l’homme a réussi à récupérer les enfants chez les maîtres mais il reste la procédure judiciaire qui est bloquée par le parquet de la République à Rosso qui refuse de diligenter une poursuite en bonne et due forme selon la loi contre les maîtres qui ont pratiqué l’esclavage et qui ont tenté de tuer son mari en ordonnant sa mise à mort. 

Le Rénovateur Quotidien : Et que comptez-vous faire ? 

Birame Ould Dah : Nous avons déjà pris un avocat pour la femme et celui-ci a introduit une plainte mais les autorités judiciaires de Rosso refusent de faire un classement sans suite de l’affaire pour que cette décision soit frappée d’appel par notre avocat et l’avocat de la victime bien qu’elles refusent de faire la poursuite judiciaire. Cette affaire est bloquée. Il n’y a pas d’issue de justice. La justice s’érige en protecteur des maîtres, des criminels. Nous constatons que le gouverneur d’Aleg a été enlevé de son poste et nous pensons que c’est dû au fait qu’il a traité correctement les cas d’esclavage qui lui ont été exposés. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous pensez que certaines personnalités ou personnes sont réticentes contre l’éradication de l’esclavage ? 

Birame Ould Dah: Tout le pouvoir exécutif et judiciaire est réticent. Même au plus sommet de l’Etat, il y a une manifestation de la mauvaise volonté de l’Etat pour appliquer les lois sur les manquements des droits de l’homme et l’esclavage. Je pense que le gouverneur d’Aleg a été victime de son souci d’appliquer la loi parce que c’est lui qui a enlevé de l’esclavage  la fillette Messouden Tova pour la remettre à sa mère  contre le gré du pouvoir judiciaire et sécuritaire. 

Le Rénovateur Quotidien : Et pourtant, une loi pénalisant et criminalisant l’esclavage a été votée. Comment expliquez-vous  le fait qu’elle ne soit pas appliquée par les autorités  locales notamment ? Est-ce une manière de saupoudrer ou de nous faire croire une bonne volonté d’éradiquer cette pratique ? 

Birame Ould Dah: La loi reste une loi destinée à la consommation. Je pense que c’est une manière de saupoudrer les yeux des gens et à couper l’herbe sous le pied des organisations de défense des droits de l’homme. En vérité, la position de l’Etat et des pouvoirs publics, c’est de protéger les maîtres et de ne donner aucune issue aux esclaves pour pouvoir se libérer. 

Le Rénovateur Quotidien : Tantôt vous affirmiez que vous allez continuer à saisir la justice. Qu’allez-vous faire si vous n’obtenez pas gain de cause ? 

Birame Ould Dah : Nous lançons un appel pour que la justice prenne son cours, pour que les instances judiciaires concernées nous déboutent et en nous déboutant, nous aurons l’occasion de porter ce problème devant d’autres instances comme par exemple la commission africaine des droits de l’homme et des peuples ou le comité international pour la lutte contre la discrimination raciale. 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

( 28 février, 2008 )

Violations des droits de l’Homme

L’AFCF et S.O.S. Esclaves montent au créneau 

 

Ivoukou Ould Boussersera, Vatma Mint Ahmed El Abd, Cheikhna Ould Ejwad, Jiid Ould Souwelka, Aminétou Mint Khadar…leur point commun, c’est d’être tous des victimes de l’impunité. Des associations de défense des droits de l’homme, S.O.S. Esclaves et l’AFCF, sont montées au créneau, hier,  au cours d’une conférence de presse pour dénoncer ces cas d’atteinte graves aux droits de l’homme et les agissements de ceux qu’ils appellent les «chats gras » qui font la pluie et le beau temps en Mauritanie.   

 

En dépit d’une nouvelle situation politique, la Mauritanie est loin d’être encore un pays exsangue en terme de violations des droits de l’homme. De jour en jour, les droits les plus élémentaires y sont bafoués comme en témoignent les cas d’impunité au grand écœurement  des associations de défense des droits de l’homme déterminées à aller jusqu’au bout de leur souffle. «Il y a une sorte d’impunité. Nous avons constaté la complicité du procureur et de la gendarmerie (de la ville de Nouadhibou, ndlr). Nous l’avons dénoncé et nous l’avons porté au ministère de la justice. Mais jusqu’à présent, le silence demeure », a laissé entendre Aminétou Mint Ely Moctar faisant allusion à la disparition de Ivoukou Ould Boussersera. «Nous pensons que ce cas est un cas très grave d’atteinte aux droits de l’homme et la mise en scène incombe au procureur actuel de Akjoujt qui bénéficie d’un soutien solide au sein du cabinet du Premier ministre », renchérit Birame Ould Bilal. 

 Par rapport à cette affaire, des associations de défense des droits de l’homme, dont l’AFCF, S.O.S. Esclaves et le FONADH avaient dépêché à Nouadhibou une mission auprès du procureur, du gouverneur et de la gendarmerie. Mais en vain, elles n’ont pas eu d’informations confirmant cette disparition et ont écarté la thèse selon laquelle ce jeune homme s’est noyé comme l’affirme Ould Oumière qui l’avait recruté comme berger à Akjoujt. 

Spoliation des terres, esclavage, injustice,…La liste est assez longue. Des atteintes aux droits de l’homme qui sont pour la plupart du temps l’œuvre de dignitaires, d’hommes d’affaires, de chefs de tribus et comme à l’accoutumée, la police et la gendarmerie se déchargent sur les populations qui ne savent pas à quel saint se vouer. Des situations aggravées par l’absence de cadis neutres et honnêtes au niveau des moughataas. Dans leurs témoignages, les victimes se sont plaint d’avoir été spoliées de leurs terres par la force par des ‘chats gras’ avec la complicité des autorités locales parce que disposant des moyens financiers et de l’influence très considérable dans leur localité. 

«Dans un pays sensé être un pays de démocratie, de droit et d’équité, nous ne pouvons pas accepter ces genres de pratiques aujourd’hui. Il faut que chaque mauritanien épris de paix et de liberté s’engage à dénoncer ces genres de pratiques et  demander à ce que la loi soit appliquée parce que toute fois qu’on applique la loi sur une personne, ça va être une expérience, un exemple pour les autres. Ça va permettre aux autres de ne plus répéter la même chose. Si on continue dans le sens de l’impunité, les gens vont continuer à faire ce qu’ils veulent », a conclu la Présidente de l’AFCF. 

«Nous sommes dans un pays où les populations déshéritées sont à la merci de l’injustice, de l’abus de justice et de l’abus de l’Etat. Il y a des personnalités qui sont trempées dans des violations graves des droits de l’homme », affirme Birame en citant l’exemple de Cheikhna Mohamed Ould Ejwad et Jiid Ould Souwelka qui ont été respectivement spoliés par Baba Ould Walhama et Mohamed Ould Déh avec la connivence de l’administration territoriale. Une situation qu’il trouve injuste en se fondant sur un principe du droit selon lequel nul ne doit être exproprié moyennant une rétribution juste, équitable et acceptable. 

«La loi n’a pas été appliquée jusqu’ici dans ce pays, poursuit-il. On continue à dénaturer et à refuser à appliquer la loi et surtout on continue à donner des décisions de justice qui nous permettent de porter les affaires dans d’autres instances. Ça s’est une manière de fermer les portes de la justice aux victimes ». 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

( 28 février, 2008 )

Gérard Tolohin, metteur en scène

« Je pense que le jour où la Mauritanie  reconnaîtra  la valeur et l’importance de ses artistes, il y aura un très gros pas qui sera franchi » 

 

‘Le Dernier jour d’un condamné’ aborde, sans fioritures, le thème de la peine de mort. Ce texte écrit, il y a plus d’un siècle et demi par Victor Hugo, est toujours d’actualité malgré les vicissitudes du temps. C’est un thème qui ne laisse personne indifférent. Parmi ceux-là, Gérard Tolohin qui l’a ressuscité en adaptant au théâtre ce grand texte qui est un plaidoyer contre la peine de mort. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Tout à l’heure, avant de monter sur scène (ndlr, cette interview a été faite le dimanche 24 à 22 heures), vous aviez l’air un peu tendu et crispé. Comment vous vous sentez  maintenant ? 

Gérard Tolohin : Bien !!! C’est toujours à la fin qu’on se sent d’avoir bien accompli quelque chose.  Tout le stress qu’on avait accumulé disparaît. A la fin du spectacle on se sent léger. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Après ‘le ciel a oublié de pleuvoir’ de Mbareck Ould Beyrouk, vous revenez avec ‘le dernier jour d’un condamné’ de Victor Hugo. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à adapter ce texte au théâtre ? 

Gérard Tolohin : En réalité, on m’a demandé de le jouer parce que d’abord il est au programme des élèves de 3ième   année de l’enseignement français. Lorsqu’on me l’a proposé, j’ai dit oui toute suite. Le thème qui y est évoqué (la peine de mort, ndlr) est un thème qui me plaît beaucoup. C’est un thème qui est toujours d’actualités.  C’est pour moi, une manière de faire d’une pierre deux coups. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Ce texte est un plaidoyer contre la peine de mort. Vous, personnellement, êtes-vous oui ou non contre la peine de mort ? 

Gérard Tolohin : Ah ! Oui, je suis fondamentalement contre la peine de mort. Pour moi, ça va même à l’encontre de l’esprit humain. Tuer ou exécuter quelqu’un sous prétexte qu’on veut rendre justice, c’est une grosse erreur. Je ne pense pas qu’on peut verser du sang pour réparer une faute. Je n’y crois pas ! 

 

Le Rénovateur Quotidien :  Vous n’êtes pas sans savoir que la peine de mort existe en Mauritanie même si elle n’a jamais été appliquée. Et certainement, vous ne me direz pas non plus  que l’adaptation de ce roman, vous l’avez fait de manière fortuite ? 

Gérard Tolohin : Que ce soit en Mauritanie ou ailleurs, la peine de mort doit être combattue. C’est quelque chose d’inconcevable et d’inacceptable à nos jours. Maintenant par rapport à l’adaptation même du texte, j’ai voulu faire attention d’abord à mes sentiments et tendances psychologiques. J’ai essayé de m’approprier ce texte pour l’adapter de manière africaine. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Serez-vous devenu, après avoir lu ce texte, un ‘droit de l’hommiste’ ? 

Gérard Tolohin : Oui ! Je pense que la vie est un droit fondamental pour tout être humain et je ne vois pas les raisons pour lesquelles, on devrait lui ôter ce droit. Même un criminel a droit à cette vie-là. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que l’adaptation de ce texte a été facile pour vous ? 

Gérard Tolohin : Ça n’a pas été facile parce que ce n’était pas un texte prévu pour être joué en tant que tel. Il fallait se débrouiller, faire des contorsions pour pouvoir l’adapter. J’avoue que le début était difficile mais par la suite, j’ai trouvé cela vraiment surmontable. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Il vous a fallu combien de temps pour maîtriser ce texte qui est apparemment très difficile ? 

Gérard Tolohin : Il m’a fallu 4 mois ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Comme ‘le ciel a oublié de pleuvoir’, ‘le dernier jour d’un condamné est aussi un texte engagé. Peut-on dire ou pensez que vous êtes  une personne profondément engagée ? 

Gérard Tolohin : Lorsqu’on est dans un environnement où il y a autant de problèmes, il est hors de question de fermer les yeux.  Il y a des thèmes qu’on ne doit occulter. Nous ne sommes pas des hommes politiques et nous avons (les artistes, ndlr) notre façon de s’exprimer et de faire passer notre message. C’est un engagement et là, c’est tellement évident pour moi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Un lit, une chaise, une table sur laquelle est déposée une bouteille d’eau, un grillage représentant les murs de la prison…Apparemment, vous avez voulu être fidèle dans la mise en scène de ce texte ? 

Gérard Tolohin : Oui ! C’est vrai, mais je me dis aussi que ça peut être une prison de n’importe quel continent, de n’importe quel pays du monde. D’ailleurs, dans le texte, il y a des passages faisant allusion à la ville de Paris que j’ai éliminés. Tout cela, pour universaliser, d’une certaine manière, le texte. Un lit, une table…C’est un décor minimaliste pour moi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Maintenant que vous avez joué le rôle du condamné à mort dans ce texte, que pensez-vous de la prison ? 

Gérard Tolohin : En Afrique, de manière générale, les conditions de détention dans les prisons sont difficiles. J’en ai visité quelques-unes. L’environnement est tel qu’on a l’impression que l’être humain est réduit à une certaine forme d’animalité pure. C’est comme si, le prisonnier n’avait aucun droit. On le prive de tout, même de sa dignité. Je pense qu’il faut mettre les prisonniers, à leur sortie de prison,  dans de bonnes conditions de réhabilitation pour préparer leur sortie. La prison ne doit pas être un lieu où on ridiculise ou humilie l’être humain. Un lieu où on lui enlève toute dignité, toute humanité, non ! Parce qu’à sortie de prison, il peut être pire. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Des millions d’individus ou d’innocents croupissent dans les geôles en attendant leur jugement. Qu’en pensez-vous ? 

Gérard Tolohin : Pour moi, soit, on est capable de leur donner de bonnes conditions carcérales ou bien on essaye de trouver d’autres moyens. On ne peut pas garder les gens dans des conditions exécrables. N’importe qui peut se retrouver un jour incarcéré. C’est triste de voir des prisonniers humilier! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Ce texte a-t-il changé quelque chose en vous ? Que vous a-t-il appris ? 

Gérard Tolohin : ça m’a appris la force des mots. Victor Hugo est un auteur engagé qui s’est battu pour donner plus de dignité à l’homme. ‘Le dernier jour d’un condamné’, est né de cette détermination et de cette soif de liberté. C’est vraiment un cri, un cri que pousse un homme qui sait qu’il va mourir. Un homme qui aime la vie ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est vrai que vous vivez en Mauritanie depuis plus de 10 ans mais on ne vous connaît pas assez. Et si je vous posais la question de savoir qui est Gérard, qu’avez-vous à me répondre ? 

Gérard Tolohin : C’est la question la plus difficile  à laquelle il serait vraiment prétentieux d’y répondre. (Il hésite) je suis comédien, metteur en scène. Je suis entre autres enseignant, professeur de français. On peut dire que je suis quelqu’un qui se cherche à travers le miroir que lui renvoient les autres. C’est une quête permanente! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Comment est né en vous cet amour pour la Mauritanie et le fait de vouloir rester ici ? 

Gérard Tolohin : Mon pays natal, c’est le Niger. C’est un pays très similaire à la Mauritanie de par son climat d’abord.  Lorsque je suis venu ici, j’ai retrouvé ma vie d’enfance. Je me suis adapté très vite. Il y a beaucoup de similitude entre la Mauritanie et le Niger. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez été témoin des dernières mutations de la société mauritanienne. Actuellement, en tant qu’artiste, quel regard portez-vous sur la Mauritanie ? 

Gérard Tolohin : La Mauritanie a effectué un gros pas. Je veux dire sur le plan politique. Mais sur le plan culturel, je crois qu’il y a encore de la marge, beaucoup de choses à faire. Je pense que le jour où la Mauritanie  reconnaîtra  la valeur et l’importance de ses artistes, il y aura un très gros pas qui sera franchi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et vous faîtes partie de ceux qui participent même à l ‘émergence de la culture mauritanienne ? 

Gérard Tolohin : C’est ma manière de contribuer à cet effort, de former de jeunes comédiens de demain et qui pourront un jour représenter la Mauritanie, donner du goût du théâtre à ces jeunes comme quelqu’un d’autre me l’avait donné quand j’étais jeune. Tout ce que je peux faire, c’est de transmettre cette passion à ces jeunes. La jeunesse mauritanienne est disponible. Maintenant, est-ce qu’on le propose quelque chose? Je n’en suis pas si sûr. La jeunesse mauritanienne comme toute jeunesse a besoin de choses vraies, de choses qui parlent d’elles. Je crois que c’est sur cela qu’il faudrait accès dorénavant : parler de la Mauritanie, de ses réalités, de ses problèmes sociaux… Je crois qu’ils sont intéressés à chaque fois qu’on parle d’eux. 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

Ducdejoal@yahoo.fr 

  

( 28 février, 2008 )

OMD: La Mauritanie peut mieux faire!

Un atelier de formation sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement et l’UNDAF a été organisé, ce dimanche 24 février, à l’hôtel Novotel, au profit des journalistes mauritaniens s’intéressant aux questions de développement. Au cours de cet atelier, trois thèmes ont été développés respectivement par Alessandra Pellizzeri, sur l’origine et le contexte des OMD, par Mohameden Fall sur la pertinence des OMD pour les pays en développement comme le nôtre et enfin par Mohamed Lemine Ould Moustapha sur le plan cadre des Nations Unies pour l’aide au développement dans l’objectif de la réforme du système des nations unies ainsi que l’application de ce plan en Mauritanie. 

Tout a commencé en 2000 lorsque les chefs d’Etat et de gouvernement du monde entier se sont engagés à réduire à moitié d’ici 2015 un  certain nombre de disparités avec l’appui des pays développés qui ont décidé de consacrer les résultats de leur croissance économique aux pays pauvres dans le but de les aider à réduire de moitié la pauvreté, à assurer un cycle d’enseignement primaire complet à leurs progénitures, à sauver la vie de millions de femmes qui meurent en accouchant faute de soins ou d’infrastructures sanitaires…

La Déclaration du Millénaire est adoptée par l’assemblée générale des nations unies et constituera le texte référentiel en matière d’engagement en faveur du bien être de l’humanité et du souci d’assurer aux sociétés des conditions de vie meilleures. C’est le début d’une nouvelle conception de coopération et de partenariat qui s’installe entre les pays riches et les pays pauvres dans le cadre de la lutte contre le VIH/Sida, les réchauffements climatiques, les conditions de vie de plus en plus dégradantes de millions de personnes sans avenir.

C’est dans cette optique que seront élaborés les Objectifs du Millénaire pour le Développement qui se basent sur les principes majeurs de la déclaration universelle  des droits de l’homme et de la charte des nations unies en réintroduisant les mêmes principes : la paix, la solidarité, l’aide au développement, la bonne gouvernance, la réduction de la pauvreté et la lutte des grandes pandémies de notre temps comme le VIH/Sida ou le paludisme.

En Mauritanie, huit ans après l’adoption de la Déclaration du Millénaire, la situation est peu reluisante notamment par rapport aux objectifs 4, 5 et 6 ou des efforts colossaux doivent être accomplis si nous voulons atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement ou à défaut de réduire à moitié les disparités. 

 Dans ce domaine, la Mauritanie peut s’inspirer des exemples mozambicains et bangladais qui ont fait des progrès considérables dans la réalisation des OMD relatifs à la santé ou à l’Erythrée qui a réussi à diminuer considérablement le taux de mortalité infantile en distribuant des moustiquaires imprégnées dans le cadre de la lutte contre le paludisme dont le moyen le plus efficace de s’en protéger reste la prévention.   

Ainsi donc, il est bien possible à la suite de ces exemples d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement d’autant plus que par rapport à l’objectif 2 (assurer l’éducation primaire pour tous les enfants), la Mauritanie est citée comme un exemple concret en terme de réduction des inégalités entre les garçons et les filles en âge de fréquenter l’école primaire. Les analyses menées dans le cadre du premier rapport ont montré et outre et parfaitement que notre pays pourrait atteindre probablement les cibles OMD de l’éducation en dépit d’une dégradation notoire de la qualité de l’enseignement.

 Notre pays a toujours fait de la lutte contre la pauvreté une priorité nationale en l’intégrant au niveau de ses stratégies et politiques de développement. Ainsi donc, de 1990 à 2000, le taux de la réduction de la pauvreté est passé de 56,5% à 46,3%. Si cette tendance est maintenue, ce taux pourrait chuter de 28,25% selon certaines prévisions. Mais ce n’est pas une raison supplémentaire, estiment experts du système des nations unies en Mauritanie, de dormir sous nos lauriers.

Au regard de certains indicateurs, on peut bien penser que la Mauritanie peut faire mieux. Les conditions sont favorables puisque notre pays a bénéficié de l’annulation de la dette et a été éligible  à la déclaration de Paris en 2005.

La Mauritanie bénéficie par ailleurs du soutien de l’UNDAF qui concourt à la mise en œuvre du Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (CSLP) et à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement. Dans ses axes stratégiques, on peut citer la bonne gouvernance, la lutte contre la mortalité maternelle et infanto juvénile, le renforcement de l’éducation et de la formation, l’amélioration de l’accès des populations à des moyens d’existence durable et enfin la lutte contre le VIH/Sida, des cibles qui convergent avec les OMD.

Aujourd’hui, tous les plans d’action élaborés par le gouvernement mauritanien intègrent les Objectifs du Millénaire pour le Développement. Les défis sont là, énormes et c’est de leur réalisation effective ou partielle que dépendra le progrès de notre pays. Encore 7 ans nous séparent de 2015, d’ici là, engageons la course contre la montre puisque l’espoir est permis si nous regardons les résultats obtenus à travers le monde.

Babacar Baye Ndiaye

( 28 février, 2008 )

Ewlade Leblade

Démenti de l’implication d’un des leurs dans l’assassinat des 4 touristes français

 

Interloqués, ébahis, surpris! Les mots ne semblent pas proportionnés pour exprimer le sentiment de surprise du Groupe Ewlade Leblade à la sortie de l’article publié par Jeune Afrique sous la plume de Marianne Meunier à l’implication d’un des membres du groupe. En effet, leur surprise fut grande de voir l’un des leurs(Hamad Ould Chabarnou confondu avec Mohamed Ould Mbeirikatt) cités dans l’affaire de l’assassinat des quatre touristes français, le 24 décembre 2007 à Aleg.  Khadim, le manager du groupe, a démenti catégoriquement ces allégations en niant toute implication de près ou de loin de l’un des membres du groupe. Il a tenu à préciser que de telles allégations parues dans Jeune Afrique du 20 au 26 janvier dernier n’engage que l’auteur de cet article qui a été selon lui mal informée sur le groupe. Comble de l’ironie et à leur grande surprise, cette information circulait plus d’un mois sans qu’aucun des membres du groupe ne soit au courant de cette information qui risque de ternir l’image du groupe à l’extérieur. “D’où viennent ces informations ? Nous sommes pour le moment dans l’impossibilité de le dire. L’essentiel pour nous ce qu’on devrait faire en tant que groupe, nous l’avons fait ”, a affirmé le manager du groupe, Khadim, qui a laissé entendre qu’ils ont consulté déjà leur avocat pour que cette affaire soit portée devant la justice. Apparemment, c’est un coup dur que vient de subir ce groupe qui a dû mal à comprendre la source de ces informations. Certains journaux même de la place se sont permis à relayer cette information diffusée par Jeune Afrique.

Babacar Baye NDiaye

( 28 février, 2008 )

Organisations de la Société Civile:Les Nations Unies et la Banque Mondiale prêtes à appuyer leur restructuration

Le centre d’information et de documentation des nations unies et la banque mondiale a organisé hier un débat intitulé «Regard croisé sur la problématique de la société civile en Mauritanie : quelles stratégies des nations unies et la banque mondiale ? » Ce débat a vu la participation de plusieurs organisations de la société civile.

Faible structuration, déficit de moyens, de formation, d’expérience, faible décentralisation, déficit d’accès aux sources de financement nationales et internationales…Voilà en substance les faiblesses dont souffre la Société Civile Mauritanienne. Autant dire des difficultés qui l’empêchent de jouer et de remplir pleinement son rôle. C’est dans ce cadre que le Représentant de la Banque Mondiale en Mauritanie, Monsieur François Rantrua a promis que son institution va accorder un intérêt particulier à la société civile mauritanienne qu’elle associera désormais dans ses actions. «Cela va de la promotion de la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption en passant par la promotion des droits économiques et sociaux, la lutte contre le VIH/Sida, le renforcement des capacités, la promotion de la démocratie et la transparence dans la gestion des ressources naturelles », a-t-il déclaré tout en rappelant que les Organisations de la Société Civile jouent un rôle important dans l’atteinte des principaux objectifs de la Banque Mondiale à savoir la promotion d’une croissance économique équitable et la réduction de la pauvreté.

Dans son exposé introductif, Alessandra Pellizzeri a rappelé l’importance que joue la Société civile en matière de bonne gouvernance et de contrôle sur l’action publique du gouvernement. Dans le cadre de la restructuration des Organisations de la Société Civile, le gouvernement avait initié deux mesures phares dans ce sens à savoir : mettre en place une nouvelle plate-forme de la société civile et réfléchir sur l’avant projet de loi pour les associations, statuts et modalités pratiques pour la mise en place de cette forme. Il a été relevé au cours de ce débat que pour pouvoir véritablement jouer son rôle, la Société Civile doit disposer de réelles capacités d’action. Le PNUD a beaucoup participé à la naissance de la société civile mauritanienne. Dans cette optique, le PNUD va mettre en œuvre une nouvelle stratégie pour la Société civile en définissant une approche sélective sur la base de critères objectifs et permettre aux OSC d’être opérationnelles dans un environnement favorable à l’autonomisation de la société civile qui passe par l’établissement d’un code de déontologie.

A l’issue de ce débat, on peut penser que rien ne va au sein de la société civile mauritanienne qui manque d’organisation et de coordination. Comme l’a rappelé le représentant de la Banque Mondiale en Mauritanie, l’objectif de ce partenariat est de renforcer la concertation et l’implication effective des OSC dans le travail que fait la Banque Mondiale en Mauritanie.

Babacar Baye Ndiaye

( 28 février, 2008 )

Ibrahima Moctar Sarr, Président de l’AJD/MR: »C’est l’Etat qui doit se charger du retour des déportés et prendre les mesures nécessaires qui s’imposent pour les secourir »

Après son audience avec le Président de la République, Ibrahima Moctar Sarr a tenu une conférence de presse, hier, au siège de son parti pour livrer ses analyses sur la situation politique et sociale du pays marquée principalement  par le retour des déportés et l’adoption du projet de loi portant sur l’amendement  du statut de l’opposition. 

 

Dans son mot d’introduction, le Président de l’AJD/MR, Ibrahima Moctar Sarr,  est revenu à nouveau sur le retour des déportés qui a été possible, selon lui, grâce à la bonne volonté  du Président de la République « qui n’a ménagé aucun effort depuis son élection pour la réussite de ce dossier » dira t-il. Cependant, il a remarqué que l’organisation de ce retour s’est déroulée dans des conditions incompréhensibles voire inacceptables. Après le retour des déportés, une délégation officielle a été dépêchée sur place par l’AJD/MR pour s’enquérir de la situation  qui prévalait dans les trois sites qui ont été aménagés pour la circonstance. A la suite de la visite de ces sites, les responsables de l’AJD/MR ont fait savoir que les conditions n’étaient pas réunies pour que le retour des déportés dans leur pays soit des meilleurs. «Ils étaient dans des abris de fortune. Ils n’avaient plus rien à manger. La dotation qu’on leur avait donnée était pratiquement finie. Les conditions sanitaires étaient déplorables. La proximité et le problème d’hygiène sans parler de la scolarité des enfants qui restaient à régler », a déclaré Ibrahima Moctar Sarr, qui estime qu’une telle situation devait nécessitait un plan d’urgence de la part des autorités qui avaient tardé à réagir promptement et efficacement pour éviter toutes appréhensions ou inquiétudes de la part des déportés «Ce que nous ne comprenions pas c’est que l’Etat ne soit pas en mesure de prendre en charge les citoyens qui sont rentrés. Quelles que soient les critiques adressées au H.C.R. au P.A.M. ou autres, nous pensons que ce sont des organisations d’appoint qui sont venues pour nous aider ». 

A l’en croire, c’est l’état mauritanien qui doit se charger du retour des mauritaniens déportés et prendre les mesures nécessaires qui s’imposent pour les secourir. C’est dans ce cadre qu’Ibrahima Moctar Sarr a adressé une demande d’audience auprès du chef de l’Etat pour s’entretenir avec lui de ce dossier. «J’ai tenu à dire au président de la république par rapport à ce premier contingent  qu’il devait bénéficier d’une attention des plus remarquables pour constituer une sorte de marketing afin que ceux qui ne sont pas encore rentrés aient le courage de rentrer. » 

«Nous devons avoir à l’idée une chose fondamentale : ces compatriotes qui sont rentrés après 19 ans d’exil, sont traumatisés » a reconnu Ibrahima Moctar Sarr qui pense que pour réparer cela, il faudrait une grande action vigoureuse de la part des pouvoirs publics en organisant une grande solidarité populaire. «Nous avons pensé comme on avait fait avec les rapatriés au Sénégal que les déportés ont besoin d’un élan de solidarité de la part du peuple mauritanien tout en entier » a-t-il suggéré  en faisant remarquer que cette solidarité n’a pas été manifestée comme le peuple mauritanien l’avait fait contre le terrorisme ou contre l’occupation d’Israël en Palestine. 

Ainsi donc, pour marquer leur solidarité à leurs compatriotes mauritaniens, l’AJD/MR va organiser le 1er mars à venir une Journée Nationale de Solidarité à la «Case» afin d’amener les mauritaniens à participer à ce retour. «Le retour des déportés est un jalon important sur la voie de la réconciliation nationale. La réconciliation nationale ne peut véritablement aboutir que si elle passe par la réparation des préjudices subis qui vont du retour des déportés à la solution du passif humanitaire », a-t-il conclu en faisant savoir que c’est cela seulement qui pourra déterminer les points de convergence qui assureront la pérennité d’une coexistence pacifique en dépassant certaines passions et certains rancœurs. 

Par rapport au projet de  loi sur le statut de l’opposition, Ibrahima Moctar Sarr a salué l’adoption de cette loi votée par la majorité qui est pour lui un pas important vers l’instauration d’une démocratie véritable en Mauritanie. Cependant, il n’a pas manqué à cette occasion de dénoncer l’exclusion dont son parti a été l’objet, y voyant,  une volonté manifeste de certains de vouloir fragiliser l’opposition. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

( 10 mars, 2008 )

Enseignement technique/Mouvement de grève dans les rangs des professeurs

Apparemment, ça sent le roussi dans l’enseignement technique et de la formation  professionnelle. En effet, les professeurs ont observé un arrêt de travail ce lundi 3 mars sur l’ensemble du territoire national. Selon leurs assertions, ils ne comptent pas s’arrêter là  si toutefois  les autorités n’ont pas satisfait leurs revendications. Et pour montrer aussi qu’ils sont déterminés à aller jusqu’au bout, ils ont déjà déposé un préavis de grève si un dialogue sincère n’est pas établi. 

Mécontents de leur sort qui leur réservé et de leurs conditions de travail précaires, les professeurs de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle ont décidé, hier, de suspendre leurs cours jusqu’à nouvel ordre c’est à dire jusqu’à ce que leur ministère de tutelle accepte de revoir sa copie. «Nous sommes là pour protester et montrer notre mécontentement. Depuis deux ans, en effet, nous courons  derrière notre ministère de tutelle pour résoudre nos problèmes », nous rencarde Ahmed Salem, chargé de la communication et des relations extérieures au Syndicat National des Professeurs d’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle, retrouvé devant le portail du Lycée National d’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle.   

Ce mouvement de grève est né à la suite de multiples négociations avec leur ministère de tutelle entamées depuis décembre 2005. En effet, depuis le dépôt de leur plate-forme revendicative le 1er mai 2007, les professeurs de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle courent derrière leurs doléances qui semblent échoir dans l’oreille d’un sourd en l’occurrence leur ministère de tutelle qui les avait pourtant promis des primes de craie et de risques déjà acquis, après d’âpres négociations, mais qu’il tarde toujours à concrétiser. 

Autre grief reproché au ministère de l’enseignement technique concerne la nomination de certains directeurs des établissements de l’enseignement technique. Des nominations qui violent, selon le chargé de la communication et des relations extérieures du SYNAPET, l’article n° 11 de l’arrêté n° 0314 du 02/04/2002 qui stipule que les directeurs des lycées doivent être un professeur de l’enseignement technique, disposant d’une ancienneté de 5 ans et aurait fait preuve d’une compétence et d’une régularité irréprochable. 

Ces nominations, ont soutenu les professeurs, se sont fait sur des bases qui ne tiennent pas en compte les textes en vigueur sur l’enseignement technique. «Comment peut-on donc avoir confiance en des gens qui ne respectent pas les textes et les lois », s’interroge alors Ahmed Salem. «On a contacté le ministre plusieurs fois. Il nous donne seulement des promesses. Mais jusqu’à aujourd’hui, il n’a jamais fait quelque chose de concret. C’est toujours des promesses, des séries de promesses sans fin », déplore-t-il. 

Cet arrêt de travail n’est qu’un avertissement adressé au Ministère de l’Enseignement Technique. Mais, prédisent les professeurs, si rien n’est fait dans le sens de tenir en considération leurs principales revendications, ils vont durcir le ton en paralysant l’enseignement dans tous les lycées de formation technique et professionnelle ainsi que dans tous les centres de formation professionnelle et de perfectionnement. La balle est maintenant dans le cas du gouvernement. «S’il n’y a pas une amélioration de la situation, certainement, on va prendre d’autres mesures. D’ailleurs, nous avons déjà déposé un préavis de grève pour le 2 avril prochain et d’ici là, si les gens ne résolvent pas nos problèmes, nous allons rentrer dans une grève ouverte», a laissé entendre le chargé de la communication et des relations extérieures du SYNAPET qui a exigé, en outre, que leurs doléances relatives au développement de carrière surtout soient respectées par le gouvernement s’il veut que les choses s’en arrêtent là et ne s’empirent. «On a voulu dès le début prendre des démarches responsables. On a contacté les autorités compétentes. Mais, malheureusement,  cela n’a pas abouti à quelque chose », regrette-t-il. 

«Nous savons que l’enseignement technique et professionnel est coûteux. C’est un métier ingrat comme tout autre enseignement mais il est à la base de tout développement économique d’un pays. Aucun pays ne peut se développer sans son enseignement technique », déclare Hosmi Ould Maloukif, Président du Conseil National du SYNAPET qui pense pour que l’enseignement technique mauritanien  retrouve son lustre d’antan, il faut que les professeurs, ceux-là même qui ont accepté de choisir ce métier, puissent avoir en contre partie de quoi subvenir à leurs besoins. 

Il a par ailleurs rappelé aux autorités de prendre toutes leurs responsabilités par rapport à l’hémorragie qui est en train de causer beaucoup de dégâts à l’enseignement technique mauritanien. «Tous les ans, dit-il, nous avons 4 ou 6 parmi les meilleurs professeurs qui quittent l’enseignement pour aller dans les métiers où ils sont mieux rémunérés. Si vous prenez un ingénieur et vous lui payez 60.000 UM. Que représente cette somme par rapport à la vie quotidienne d’aujourd’hui au moment où il peut trouver 400.000 ou 600.000 UM dans les entreprises privées ? ». 

L’arrêt de cette hémorragie passe, selon lui, par l’amélioration des conditions de vie et de travail des professeurs afin qu’ils puissent continuer à travailler et former des générations mais en respectant un certain nombre d’exigences. «Tout ce que nous voulons, c’est l’équité. Que tous les fils de ce pays soient traités de la même manière ! Qu’on arrête ces parachutages ! Qu’on arrête les coups de piston ! Nous demandons l’application des lois et qu’il y ait des critères de transparence », déclare le Président du Conseil National du SYNAPET sur un ton grave. 

L’image de l’Enseignement Technique Mauritanien est marquée par une situation exécrable et désarmante. Dans les ateliers de formation et d’apprentissage du lycée national technique et professionnel où nous avons fait un tour, les machines de travail datent de plus de 40 ans. Les budgets alloués sont insignifiants pour pouvoir répondre aux exigences de la formation et d’un enseignement de qualité. Mais «elles continuent à fonctionner, assure Hosmi Ould Maloukif, grâce à l’effort des professeurs qui continuent à les entretenir et à les maintenir. Les pièces ne sont plus fabriquées à l’étranger puisque ces machines n’existent plus. Nous sommes obligés de confectionner les pièces pour les réparer. Tout cela, sans contre partie. On n’a aucune prime de maintenance, ni d’entretien, ni de réparation, ni de risques ». 

Un des professeurs qui nous a accompagné dans les ateliers de formation nous a même confié qu’il n’y a jamais eu de renouvellement de ces vieilles machines. D’ailleurs, des appels d’offres ont été faits dans ce sens mais jusqu’à présent rien de concret. Et comme on dit, les promesses n’engagent que ceux qui y croient. 

Outre cela, les risques auxquels sont exposés les élèves et les professeurs sont réels. Il arrive même, nous dit-on,  que des accidents de travail surviennent. Certains même se retrouvent avec des doigts amputés par ces machines  hyper tranchantes dont le nom seulement évoque beaucoup de choses : la guillotine, la presse-plieuse… 

Babacar Baye Ndiaye 

( 10 mars, 2008 )

Kadjata Malick Diallo, député de l’UFP

Au cours d’une conférence de presse, le député Kadjata Malick Diallo, accompagné de ses camarades députés, est largement revenu en détails sur l’évaluation de la session ordinaire  relative aux amendements du statut de l’opposition finalement approuvés par une grande majorité des parlementaires.

 

Jeudi dernier, les parlementaires s’étaient réunis au cours d’une session ordinaire consacré à l’examen d’une proposition de loi émanant de l’Union des forces et de Progrès(UFP) pour remplacer l’ordonnance du CMJD en date du 9 avril 2006 portant statut de l’opposition démocratique. Au cours d’une conférence de presse organisée par les parlementaires de l’UFP, le député Kadjata Malick Diallo est largement revenu en détails sur l’évaluation de la session ordinaire  relative aux amendements du statut de l’opposition finalement approuvés par une grande majorité des parlementaires.

Pour ne pas engendrer des sentiments d’exclusion ou de frustration, Khadija Malick Diallo a rappelé que la proposition de loi sur le statut de l’opposition démocratique avait fait l’objet d’une large concertation au niveau de ‘toute’ l’opposition afin que des amendements soient apportés à l’ordonnance du CMJD relative au statut de l’opposition démocratique. «Il a été convenu que nous apportions des amendements à l’ordonnance du CMJD. Pourquoi ? Parce qu’elle répondait aux aspirations et une demande criarde de l’opposition pour qu’elle soit dotée d’un statut qui la préserve et qui garantit ses intérêts et ses droits », explique Kadjata Malick Diallo qui n’a pas manqué de constater qu’il y avait, malgré la pertinence de cette ordonnance,  un certain nombre de lacunes relevées dans l’ordonnance du CMJD portant statut de l’opposition.  «Ces lacunes se résument au fait que le chef de file de l’opposition devrait être le porte-parole attitré de toute l’opposition et qu’il devait donc donner l’avis de l’ensemble des partis qu’il soit en accord ou en désaccord » a-t-elle observé en faisant remarquer qu’il(le chef de file de l’opposition) bénéficiait de manière exclusive des avantages matériels et protocolaires considérables et qu’aussi, il fallait parler de «l’institution de l’opposition »  et non dire «chef de file de l’opposition ».

«On s’était mis d’accord au niveau de l’opposition pour que ces lacunes là soient relevées et  modifiées par des amendements qu’il faut apporter au niveau de l’assemblée nationale lors de la session ordinaire de novembre à janvier », a-t-elle déclaré.

Dans l’ordonnance du CMJD, il a été constaté que la mise en place de «l’institution de l’opposition »  posait problème. Cela découlait du fait que l’ordonnance accordait beaucoup de prérogatives au chef de file de l’opposition’. A l’époque, dans la mise en place de cette structure, l’UFP avait décliné sa participation pour des raisons objectives. « Au niveau de la loi, les prérogatives reviennent au chef de file de l’opposition » a déclaré Kadjata Malick Diallo. Ainsi donc, des modifications devaient être apportées pour combler toutes ces lacunes relevées dans l’ordonnance du CMJD portant statut de l’opposition. L’UFP, en âme et conscience, et surtout devant l’insistance de Ahmed Ould Daddah, avait décidé de participer à la mise en place de cette institution. «On a fini par accepter de participer à la mise en place de cette institution. Au moment de mettre en place cette institution, nous avons privilégié à ce qu’on détermine les critères sur lesquels on doit monter cette institution. Les autres partis n’ont pas été d’accord avec nous sur cette approche » a-t-elle soutenu  en pensant que leurs partenaires sont allés trop vite en besogne et ceci a créé des malentendus et des points de divergence au sein même de l’opposition notamment entre l’UFP et le RFD. «Si on ne détermine pas des critères sur lesquels on se met d’accord et qu’on va appliquer à tout le monde, il sera tout simplement de l’arbitraire » a-t-elle estimé car cela a fait planer le doute au niveau de l’UFP qui voyait mal la manière même dont le chef de file de l’opposition a été désigné par le conseil constitutionnel du seul  fait que Ahmed Ould Daddah  bénéficiait plus de députés à l’assemblée nationale par rapport aux autres partis politiques de l’opposition.

La répartition des autres postes de l’institution du chef de file de l’opposition notamment celui de secrétaire général  a créé beaucoup d’écarts entre les différents partis politiques. «Nous considérons le fait de ne pas accepter que ce critère soit appliqué sur le poste de secrétaire général, c’est parce que ce poste devait revenir à l’UFP et on voudrait que ce dernier occupe ce poste. On met entre parenthèses le critère par rapport à ce poste et à l’ensemble des autres postes », dit-elle.

Les plénières, prévues pour le vote de la proposition de loi sur le statut de l’opposition, ont été moult fois retardées voire même reportées à cause du manque de consensus au niveau des critères de désignation du chef de file de l’opposition qui doit revenir, juridiquement,  au parti qui a le plus de députés à l’assemblée nationale comme cela se passe dans tous les pays qui sont dotés d’un statut de l’opposition à l’instar de la Grande Bretagne, de l’Australie et du Canada. «Alors pourquoi chercher à le retarder pour son application », s’interroge Kadjata Malick Diallo qui pense qu’il fallait définir des critères consensuels pour pouvoir sortir de cette situation confuse. Heureusement, que la loi portant sur le statut de l’opposition a été votée et cela a permis de dénouer la situation de tiraillements entre les différents partis de l’opposition.

 

Babacar Baye Ndiaye 

Ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

 

 

( 10 mars, 2008 )

Allou Allassane, chanteur: »Je me suis marié deux fois à cause d’un manque de compréhension vis-à-vis de mon comportement et de mon esprit d’artiste »

 

Allou Allassane ou l’Enfant du Walo, comme il aime à s’en affabuler, vient de sortir au Sénégal et en Mauritanie, son nouvel album, «Yaag Yoon » (en substance, péripéties de la vie, ndlr) qui comprend six titres : ‘Mame’(aïeul), ‘Mi Yidima’(je t’aime), ‘Ma Dome’(Mon enfant), ‘Nabi’(Le Prophète Mohamed, PSL), ‘Walo’(son territoire natal) et ‘Unité Nationale’. On a eu droit ce jeudi 28 février à une ambiance 100% festive et mbalax comme on pouvait l’attendre de lui. Le C.C.F a vibré au rythme du mbalax made in Mauritania avec Allou Allassane. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Apparemment, vous êtes une personne qui ne respecte pas l’heure. Vous deviez être sur scène à partir de 18 heures. Vous avez fait poireauter le public pendant plus d’une heure et demi. 

Allou Allassane : Je m’en excuse auprès du public. C’était indépendant de ma volonté. Encore une fois, je m’excuse car ce n’est pas dans mes habitudes de faire attendre le public. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Que faisiez-vous pendant tout ce temps-là ? 

Allou Allassane : Je me douchais…Je me préparais…Je priais… 

 

Le Rénovateur Quotidien : Pensez-vous que quelqu’un comme vous qu’on jette des fleurs en disant que vous êtes talentueux, devrait-il agir ainsi ? 

Allou Allassane : Nul n’est parfait. C’est des choses imprévisibles qui peuvent arriver à tout moment. Ce n’était pas dans mes intentions de monter sur scène avec beaucoup de retard. Les gens qui me connaissent parfaitement savent que je suis une personne qui respecte l’heure. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Sur scène, vous sautillez beaucoup. 

Allou Allassane : C’est l’émotion. J’étais danseur avant d’être chanteur. J’ai le rythme dans le sang. 

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est vrai que vous avez sorti un album mais vous êtes peu connu des mauritaniens. Qu’allez-vous faire pour vous imposer sur la scène musicale mauritanienne ? 

Allou Allassane : Qu’est-ce que vous entendez par beaucoup de gens ne me connaissent pas ? J’ai sorti mon album à Dakar. J’ai vendu 2000 cassettes. Les radios et les télévisions sénégalaises diffusent régulièrement mes chansons. Comme j’ai fait trois mois de promotion de ma cassette au Sénégal, j’ai décidé de revenir à mon pays pour promouvoir ma cassette et essayer de s’imposer sur la scène musicale mauritanienne. Découvrir la personnalité de Allou Allassane, c’est cela peut-être qui restait ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Tout le monde vous concède vos talents de danseur. Mais par rapport à vos textes, vous avez encore du chemin à parcourir. 

Allou Allassane : Ça, c’est la première qu’on me le dit ! Dans mon album, j’ai prouvé que je suis un chanteur engagé. C’est moi-même qui définis mes propres thèmes. J’ai chanté sur des thèmes extraordinaires allant de l’éducation à la vie en passant par la religion et la solidarité. Si vous faîtes très attention, beaucoup de chanteurs ne font que des éloges dans leurs chansons. Moi, non ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous, de manière générale, de la musique mauritanienne ? 

Allou Allassane : C’est une musique riche qui a beaucoup de potentialités mais demeure encore inexploitée dans le vrai sens du mot. Il y a des problèmes de mécènes : des supports qui doivent mettre en valeur la culture de ce pays-là. La culture joue un rôle très important dans toutes les activités qui peuvent mettre en valeur un pays partout dans le monde. On espère qu’avec la nouvelle situation du pays, il y aura peut-être des avancées dans ce domaine. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez décidé de jouer du mbalax pur et dur. Pourquoi ? 

Allou Allassane : Je ne dirai pas que je fais entièrement du mbalax pur et dur parce qu’aussi, je fais du mbalax diversifié : il y a une partie de jazz avec une coloration rythmique de toutes les couleurs musicales de la sous-région. Je joue de la musique multidimensionnelle et diversifiée. 

 

Le Rénovateur Quotidien : A votre avis, pensez-vous que les artistes mauritaniens qui jouent du mbalax ont de l’avenir dans ce pays ? 

Allou Allassane : Ils ont de l’avenir si vraiment, ils changent de comportements c’est à dire la vraie valeur d’un artiste, c’est de croire en lui, d’avoir la foi et la détermination pour pouvoir affronter les péripéties de la vie musicale. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Dans votre album, il y a un morceau intitulé «Mi Yidima ». Est-ce que vraiment vous croyez à l’amour ? 

Allou Allassane : Je le crois mais c’est très difficile de le vivre. L’amour est un sentiment divin  qui se trouve dans le cœur : quand tu regardes une femme ou quelque chose que tu aimes, ce n’est pas toi qui choisis le fait de l’aimer. C’est un sentiment intérieur qui donne un sentiment de reflet ou de sensation qui te permet de savoir que tu aimes quelque chose. Maintenant, reste à avoir la conscience de le suggérer, de le gérer en tant qu’amour. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous personnellement souffert de l’amour ? 

Allou Allassane : Oui, beaucoup ! Je me suis marié deux fois à cause d’un manque de compréhension vis à vis de mon comportement et de mon esprit d’artiste. Je suis un artiste sollicité donc je dois être à la disposition de tout le monde. La femme qui ne comprend pas tout cela ne peut pas vivre avec moi. Il y a toujours un problème d’incompréhension mais il existe toujours l’amour. 

 

Le Rénovateur Quotidien : D’ailleurs, êtes-vous marié ? 

Allou Allassane : Je suis encore célibataire mais je suis en train de me préparer au mariage. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Revenons encore à votre album «Yaag Yoon ». Quelle est la situation actuelle des ventes ? 

Allou Allassane : Quand je l’ai fait sortir au Sénégal avec le studio 2000, j’ai produit 2000 cassettes. J’ai dupliqué encore 1000 cassettes qui ont été achetés par les walo-walo. J’ai amené à Nouakchott 500 cassettes qui ont été bien vendus. Je suis en train de préparer avec des partenaires la duplication en Compact Disc parce qu’il y a beaucoup de gens qui le demandent. J’ai pu contourner les pirateries parce que je n’ai pas vendu à Sandaga (marché à Dakar, ndlr) mais j’ai vendu mon album en faisant le porte à porte. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et ç’a marché ? 

Allou Allassane : Effectivement ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Lorsque vous intitulez votre album, «Yaag Yoon », à quoi faites-vous allusion ? 

Allou Allassane : Je fais allusion aux moments les plus durs de ma vie. J’ai laissé ma carrière d’enseignant pour être  musicien. J’ai laissé ma famille. J’ai dû faire face à l’incompréhension de mon environnement. Personne n’avait compris ma détermination par rapport à la musique. C’est par rapport à tout l’itinéraire que j’ai fait pour me cultiver dans le domaine musical- 10 ans de musique et 15 ans de danse -, que j’ai décidé d’intituler cet album, «Yaag Yoon ». 

 

Le Rénovateur Quotidien : Les artistes mauritaniens vivent très difficilement de leur art. Qu’en pensez-vous ? 

Allou Allassane : Ils ne vivent pas de leur musique, c’est vrai. C’est un métier qui ne nourrit pas son homme en Mauritanie parce que ce n’est pas pris en considération. Il n’y a pas d’ouverture. Il n’y a pas de mécène. Vous voyez le C.C.F, c’est une opportunité pour un artiste quel que soit ce qu’on lui paie, de montrer ses talents. Avec les médias et les mécènes, on croit qu’on va nous appuyer pour développer la musique en Mauritanie. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Que représente le Walo pour vous ? 

Allou Allassane : Il représente beaucoup de choses pour moi parce que c’est un créneau de développement que les gens ignorent. Le Walo représente notre pétrole, notre richesse et nous devons s’unir pour son développement. Nous avons une terre fertile et les eaux du fleuve. Ce qui reste à faire c’est d’amener du matériel agricole et investir dans notre sous-sol. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et vous serez le premier à y retourner si toutes ces conditions sont réunies ? 

Allou Allassane : Le premier clip que j’ai introduit à la télé, c’est Walo. C’est pour montrer la diversité culturelle et l’idée que j’ai du développement de cette contrée. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez chanté dans votre album le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Pourquoi ? 

Allou Allassane : Non, je ne l’ai pas chanté. J’ai fait allusion au peuple qui a élu un Président qui s’appelle tel. Qu’attend maintenant ce peuple ? 

 

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous du Président ? 

Allou Allassane : Je pense qu’il a des idées novatrices qui peuvent permettre à une démocratie, à un développement. Mais est-ce que cette donnée politique est comprise par les éléments politiques de l’époque. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous semblez avoir beaucoup de confiance  en lui ? 

Allou Allassane : J’ai une confiance en lui parce qu’il y a un petit changement qui commence à naître. Vous voyez la liberté de ton qu’il y a dans la presse. Aujourd’hui, les gens s’expriment comme ils veulent.  Lorsque tu entends quelqu’un dire ses pensées, c’est parce qu’il y a une liberté d’expression. Voilà l’espoir que nous avons reste maintenant à s’occuper du peuple, aux gens qui ont faim, qui sont malades, aux sans-abri, à la santé, à l’éducation… 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez aussi chanté l’unité nationale. Est-ce à dire que cela vous tient à cœur ? 

Allou Allassane : Je voulais devenir le Président non pas de la Mauritanie mais de l’Afrique pour définir notre politique de développement. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et vous pensez qu’il en manque ? 

Allou Allassane : Bien sûr ! Nous avons les compétences et le savoir mais ça traîne dans la cohésion des idées. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous estimez que les artistes ont un rôle très important  à jouer dans cette unité nationale ? 

Allou Allassane : Parfaitement ! Et si nos politiques et notre gouvernement ont compris cela, ils doivent investir dans la culture en pensant à nous parce que nous jouons un rôle très important dans l’unité de ce pays. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Tout à l’heure, lorsque Ousmane Gangué chantait, vous aviez des larmes aux yeux. Etes-vous émotif à ce point-là ? 

Allou Allassane : C’est l’émotion. Il a fait des éloges sur ma personne. Nous, les Africains, nous aimons cela et malheureusement, cela commence à disparaître dans nos traditions. Nous avons tendance à oublier nos traditions du fait de l’influence occidentale. 

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est la première fois qu’un chanteur mauritanien utilise le concept «la Mauritanie qui gagne ». Est-ce que vous y croyez réellement ? 

Allou Allassane : C’est pour cela, je l’ai chanté. Je ne chante pas ce que je ne ressens pas. Je suis un musicien engagé et cultivé. Un musicien qui a rampé, qui a souffert et qui comprend qu’il y a un peuple derrière moi qui demande à ce que je transmette  leurs doléances. Je me considère en quelque sorte leur porte-parole. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

( 10 mars, 2008 )

Situation des prisons en Mauritanie

Aminétou Mint Ely Moctar demande l’amélioration des conditions de détention 

 

Les  conditions de détention des prisonniers mauritaniens ne sont pas fameuses, peut-on penser, à l’issue de la conférence de presse organisée, ce samedi 1er mars, en collaboration avec S.O.S. Esclaves et Al Marsaad Mauritanie, deux associations fortement impliquées dans la défense des droits de l’Homme en Mauritanie. D’ailleurs, le récent rapport de la Commission Nationale des Droits de l’Homme(CNDH) a révélé de nombreux dysfonctionnements criards dans nos prisons. Pas étonnants donc d’entendre des parents de prisonniers affirmer que leurs progénitures sont régulièrement torturées loin de tout regard. 

 

Au cours d’une conférence de presse tenue samedi dernier, la Présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille(AFCF), Aminétou Mint Ely Moctar a catégoriquement dénoncé les conditions dans lesquelles sont détenus  les prisonniers mauritaniens, qu’ils soient des prisonniers d’opinion ou de droit commun. «Nous estimons, souligne-t-elle, quel que soit le crime qui a été commis par un prisonnier, il ne faut jamais oublier que c’est un être humain et qu’il a droit d’avoir une vie décente ». A ses yeux, les prisonniers doivent bénéficier plus d’attention de la part des autorités en leur accordant le droit de recevoir des visites, de voir leurs parents, d’être pris en charge, de bien manger, d’être soignés lorsqu’ils souffrent, bref d’être dans de bonnes conditions. 

Elle a par ailleurs attiré l’attention des mauritaniens sur les brimades, les humiliations et les maltraitances que subissent sans relâche ces mêmes prisonniers qui ne bénéficient d’aucune protection juridique ou sociale. «Nous sommes contre de telles pratiques », a-t-elle martelé en soulignant que «leurs parents ont droit de savoir dans quelles conditions ils vivent. De quoi, ils mangent. C’est un droit élémentaire qu’il faut accorder à leurs parents ». C’est pourquoi, Aminétou Mint Ely Moctar a demandé à ce que des mesures soient prises pour que les parents des prisonniers puissent avoir des informations sur les conditions de détention des prisonniers dans le cadre du respect de la dignité humaine. 

Récemment, un rapport sur la situation des conditions de détention dans les prisons a été publié par la Commission Nationale des Droits de l’Homme(CNDH). Ce rapport a indiqué que les conditions de détention des prisonniers sont catastrophiques. Mais à défaut de changer cette situation, Aminétou Mint Ely Moctar a suggéré qu’elles soient améliorées au bénéfice des prisonniers et de leurs parents.   

Cette situation inquiétante et déplorable est connue des pouvoirs publics qui semblent ne pas accorder du crédit à l’amélioration des conditions de détention des prisonniers. En outre, certains prisonniers, et ils sont nombreux à croupir au fond des geôles, depuis leur incarcération, leurs proches parents n’ont plus de leurs nouvelles. 

Une situation que Aminétou Mint Ely Moctar juge inacceptable et estime qu’il est du ressort des pouvoirs publics d’améliorer les conditions de détention des prisonniers en leur assurant une protection sociale dans un cadre légal. «Tout ce que nous pouvons demander à la justice, c’est qu’elle soit une justice équitable et qu’elle soit une justice réelle » a-t-elle laissé entendre. «Nous voulons que la situation des prisonniers change et que les prisons soient élargies », dit-elle en faisant allusion à la prison centrale qui a largement dépassé sa capacité d’accueil et elle est actuellement à plus de 800 prisonniers entassés dans des cellules souvent trop exiguës. 

Cette situation précaire et dangereuse n’a pas laissé de marbre la Présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille(AFCF)  qui a stigmatisé la manière dont les prisonniers sont entassés et la façon dont ils sont traités. «Nous sommes dans un pays démocratique », dit-elle persuadée qu’on ne peut pas continuer à bafouer les principes les plus élémentaires de la justice et du droit alors que la Mauritanie a ratifié la convention contre la torture. «Le fait d’enchaîner un être humain pendant toute la journée et toute la nuit, c’est de la torture. Cela est inadmissible et inacceptable. Il faut traiter l’être humain en tant qu’être humain et non selon le crime qu’il a commis », pense-t-elle. 

Aminétou Mint Ely Moctar a saisi la balle au bond pour lancer un appel au gouvernement mauritanien de revoir la situation des conditions de détention des prisonniers et notamment en permettant aux parents des prisonniers d’avoir un accès aux prisons en leur apportant à manger, en leur soignant lorsqu’ils tombent malades, etc… 

Et par rapport à la condition actuelle qui prévaut dans les territoires palestiniens, Aminétou Mint Ely Moctar a estimé, en tant que défenseur des droits de l’Homme, que c’est un «massacre collectif» qui a visé principalement des femmes et des enfants. L’Etat Hébreu, a-t-elle fait savoir, est entrain de bafouer toutes les conventions internationales sur les droits des enfants et de la femme sans que cela ne fasse rechigner personne. «Nous demandons aux autorités mauritaniennes de faire pression auprès d’Israël », a-t-elle dit en qualifiant ces raids israéliens de «crime odieux», des attaques qui doivent, selon elle, mobiliser toutes les Organisations de Défense des Droits de l’Homme du monde entier pour que cette situation s’estompe immédiatement afin d’éviter qu’elle ne dégénère et étale ses tentacules sur toute la planète. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

( 10 mars, 2008 )

Dioba, artiste-chanteuse/Une vraie militante des causes de l’enfant !

Elle est née en 1982 à Nouakchott. Issue d’une famille de griots. Elle est chanteuse et veut aller plus loin : conquérir la Mauritanie et être populaire. Cette ambitieuse, qui refuse de jouer les seconds rôles dans la musique mauritanienne, s’habille toujours en rastafari.

Cette ‘femme publique’ s’appelle Marième Guéye plus connue sous le nom d’artiste de Dioba. Lorsqu’on parle d’elle, les mots et les qualificatifs ne manquent pas : c’est une diva, c’est une star, elle a la voix d’or, elle peut aller loin…affirment ses amies et ceux qui partagent avec elle, le milieu de la musique. Mais elle refuse de s’en affabuler. 

«Je n’ai pas une voix d’or ! Je ne suis pas encore une diva ! », glousse-t-elle.Peu importe, ce que les ‘autres’ pensent ou déclarent puisque les appréciations sont libres. Sa sobriété, elle la garde comme un précieux coffret. D’ailleurs, c’est parmi ses particularités. Normal, peut-on penser, quand on est issu d’une famille où le virus du chant et de la musique se transmet de génération en génération dans les limbes de la voix. 

Elle aurait pu être rappeur, tirer à boulets rouges sur le gouvernement, dénoncer les injustices sociales, dire tout ce qu’elle pense lorsqu’elle monte sur scène sans fioritures, elle aurait pu être un vrai esprit révolutionnaire, mais elle avait envie de faire du vrai mbalax parsemé de jazz, de salsa et  de reggae.

Marième Guèye dit Dioba

Elle va s’appeler Dioba, nom qu’elle a emprunté à sa grand-mère, Fatou Diop Gawlo, une grande cantatrice.  De sa grand-mère, elle ne gardera que son nom. Pas de souvenirs d’elle puisqu’elle décédera très tôt.

Elle bravera tous les obstacles et tous les interdits. En premier lieu, faire face à l’incompréhension de ces parents qui ne voulaient pas qu’elle devienne musicienne. Mais face à sa détermination, le mur parental a finalement cédé. Et elle se rappelle encore de ces moments et ces nuits où ses parents l’interdisaient de sortir. Mais, ses débuts dans la musique furent difficiles, avoue-t-elle. 

Bien sûr, Dioba n’est pas comme ces filles arrogantes. D’ailleurs, l’arrogance, ça l’agace ! Elle ne supporte pas les personnes arrogantes. Free, elle l’est. Elle n’a pas peur des regards et des critiques des autres, dit-elle. Les décolletés qu’elle porte parfois en est une illustration. Mais elle n’oublie jamais qu’elle est une musulmane et qu’elle respecte assidûment les heures de prière.

Cigarette à la main, jambes croisées, string out…Dioba affirme qu’elle n’est pas de cette catégorie de filles. Ni de ces jeunes filles là qui ne savent pas faire la vaisselle, la cuisine…avec de bons plats : yassa, mafé, tchiou, thiébou djeune…

Toutes ces bonnes choses là, elle les a apprises de sa grand-mère, Mariétou Guèye, à qui elle rend souvent hommage dans ses morceaux.  Le copinage ne l’intéresse pas. «Je n’ai pas ce temps-là », s’explique-t-elle. Mariée ? «J’attends l’homme providentiel », répond-elle avec un brin d’humour. Ses relations avec les autres artistes sont parfaites. Elle répond toujours à leur sollicitation.

Qu’elle soit pour assurer leurs chœurs ou faire un play-back sur scène !  Elle participe aussi à des campagnes de sensibilisation notamment sur la lutte contre le VIH/Sida.  Elle vit de manière naturelle son statut de ‘femme publique’. La situation des enfants est son seul leitmotiv. Elle a mal au cœur lorsqu’elle aperçoit dans les rues de Nouakchott, des enfants sans chaussures, sous le soleil, en train de tendre la main.

Sa vie, elle veut la ménager, pour la cause des enfants. Elle compte même créer une association dans ce sens lorsqu’elle trouvera des fonds nécessaires pour venir en aide aux enfants de la rue. Une vraie militante des causes de l’enfant.                                                                                                           

Et celle que l’on taxe souvent de «jamaïcaine» du fait de son look ne s’est jamais découragé. Matin, midi, soir : elle est toujours en répétition. Elle croit dur comme fer qu’elle peut réussir dans la musique et que seul le travail paie. Des projets, elle en a pleine la tête. Mais elle refuse d’en parler. Il semblerait qu’elle a horreur des prévisions.

Elle ne s’aventure jamais à avancer de date. Car, «Seul Dieu sait», se justifie-t-elle. D’ailleurs, le mot «Dieu » revient tout le temps sur ses propos.  Nièce de Jimmy Mbaye, un guitariste du super étoiles de Youssou Ndour, l’un des meilleurs guitaristes d’Afrique, elle ne veut pas aller trop vite en besogne en ce qui concerne sa carrière musicale.

Même si elle sait qu’elle peut s’en sortir en sollicitant son expérience et son aide.  Elle ingurgite toutes sortes de musique. Une fille moderne et émancipée ! Ma Sané de Wa Flash de Thiès et Coumba Gawlo Seck l’empêchent de dormir. Lorsqu’elles chantent, elle devient muette et attentive !  Choriste de Malouma, elle a pu voyager dans pas mal de pays.

Cette collaboration l’a permis de s’améliorer mais surtout de découvrir certaines astuces de la vie musicale. Grandi entre Nouakchott, Dakar et Tivaouane, elle n’a pas eu la chance de fréquenter l’école française. «Je ne regrette rien », avoue-t-elle. Enfant, se souvient-elle, elle était têtue et bagarreuse. Mais, rassure-t-elle, elle a changé maintenant. Certainement, parce qu’elle est devenue disciple de Khalifa Ababacar Sy (chef religieux de la confrérie Tijane au Sénégal à Tivaouane, ndlr). 

Babacar Baye Ndiaye 

( 10 mars, 2008 )

Dorsale à fibre optique: Le projet coûtera à Mauritel plus de 2 milliards d’ouguiyas

L’entreprise Mauritel vient de franchir un nouveau cap en lançant son nouveau projet, la «dorsale à fibre optique » qui reliera Nouakchott à Nouadhibou. La pause de la première pierre  de cet important projet financé à hauteur de 2.364.054.000 UM s’est déroulé ce jeudi 6 mars  en présence du ministre en charge des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, du Président- Directeur Général de Mauritel et de nombreuses convives. L’occasion a été saisie par les responsables pour faire une présentation sur les progrès réalisés par Mauritel. 

Mauritel, leader de télécommunication en Mauritanie comme elle se proclame, vient non seulement de taper fort avec ce projet qualifié de «structurant et novateur », mais aussi de prouver qu’elle ne compte pas jouer les seconds rôles dans le secteur des nouvelles technologies de l’Information et de la Communication de plus en plus fortement marqué par la concurrence et l’innovation en matière de produits et de services à la pointe de la technologie. 

 C’est dire que Mauritel  ne compte pas s’arrêter là puisqu’en l’espace de 7 ans, elle a réalisé de gros efforts, malgré des couacs à la limite compréhensifs, grâce à un transfert de compétences et un appui organisationnel et technologique de la part de Maroc Télécom au capital de Mauritel en tant que partenaire stratégique par une prise de participation à hauteur de 51% par un investissement global de 48 milliards USD. 

Les progrès réalisés par Mauritel et Mauritel Mobiles

Ainsi donc, depuis 2001, début du partenariat avec Maroc Télécom, Mauritel et Mauritel Mobiles n’ont cessé d’accroître leur parc dans le but de répondre aux exigences de plus en plus pressantes de la clientèle en termes de prestation de services. Les localités du pays couvertes par le réseau fixe sont passées de 14 en 2001 à 36 en 2006. Une faible évolution engendrée essentiellement par l’explosion du mobile. Ce phénomène est mondial et aucun opérateur du téléphone fixe n’y échappe. 

De 2000 à 2007, le parc de Mauritel fixe est passé de 19.003 abonnés à 36.780 abonnés. Pour ce qui est de Mauritel Mobiles, le nombre d’abonnés est passé de 7.000 à 904.469 entre 2001 et 2007 : soit une progression de 37% par an.     

En 2007, Mauritel Mobiles a investi 7.868.000.000 UM dans l’expansion de son réseau. Pour cette année 2008, elle envisage d’investir 9.657.000.000 UM. En termes de contributions au trésor public de l’Etat Mauritanien, Mauritel Mobiles a fait entrer dans les caisses de l’Etat 12.369.000.000 UM. 

Outre ces importantes avancées en matière d’infrastructures de télécommunications et des retombées positives en termes d’investissements, d’introduction d’une panoplie de produits et services, d’une contribution significative aux recettes de l’Etat, la Mauritel est une entreprise citoyenne qui contribue efficacement à la création de milliers d’emplois directs ou indirects et participe également à des actions humanitaires importants dont une aide conséquente pour les sinistrés de Tintane(100 tonnes de denrées alimentaires distribuées) en plus de son appui constant à la promotion sociale et culturelle dans notre pays. 

Dorsale à fibre optique: »un projet structurant et novateur » 

La Dorsale à fibre optique est un projet de grande envergure nationale qui reliera Nouakchott à Nouadhibou par 24 fibres optiques qui permettront d’offrir une capacité importante et extensible de 1500 Gbps. Non seulement, elle va renforcer le déploiement SDH et STM entre Nouakchott et Nouadhibou mais va permettre de sécuriser  la connectivité internationale du pays mais aussi de véhiculer tout ce qu’on peut imaginer dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication : écoulement du trafic Internet, voix, données et liaisons louées internationales… 

Les travaux de cet important projet de plus de 500 km seront réalisés par Fiberhome, une société spécialisée dans les communications,  et prendront fin à la fin de mois de février 2009. Ce projet est entièrement financé par Mauritel pour un budget alloué de 2.364.054.000 UM soit 6.321.000 Euros. 

Babacar Baye Ndiaye

( 10 mars, 2008 )

Fête internationale de la femme:«Ensemble pour un développement équilibré »

Les femmes mauritaniennes, à l’instar de la communauté internationale, ont célébré hier, au Palais des Congrès de Nouakchott, la fête internationale de la femme sous la présidence effective de l’épouse du Président de la République Madame Khattou Bint El Boukhary. A l’occasion de cette importante cérémonie, madame Vatimétou Mint Khattry, Ministre chargée de la promotion féminine, de l’enfance et de la Famille a révélé qu’un plan d’action pour la femme rurale sera bientôt achevé pour améliorer la situation de celle-ci et pour lui permettre de bénéficier de façon adéquate des programmes de développement exécutés par l’Etat. 

Profitant de ce 8 mars pour exprimer leur élan de solidarité, les femmes mauritaniennes ont exprimé ‘leur admiration et leur grande considération pour la lutte héroïque que mènent leurs sœurs en Palestine’ qui ont refusé ‘obstinément toute soumission et résignation préférant plutôt la mort pour la défense de leur pays’. 

Dans son discours, madame Vatimétou Mint Khattry, Ministre chargée de la promotion féminine, de l’enfance et de la Famille a magnifié d’emblée, au nom de toutes les femmes mauritaniennes, l’action de l’épouse du Président de la République Madame Khattou Bint El Boukhary. «Nous saluons, dit-elle, les sacrifices grandioses consentis par la première dame, l’épouse du Président de la République Madame Khattou Bint El Boukhary en vue d’alléger les souffrances des catégories vulnérables et des sinistrés auxquelles elle montre une solidarité exemplaire dans les moments les plus difficiles ». 

Fêté sous le thème «Ensemble pour un développement équilibré », le 8 mars de cette année 2008 intervient quelques jours après l’appel lancé par le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi  aux femmes mauritaniennes d’entreprendre une campagne contre la gabegie et la corruption et à participer activement à la réforme de la société mauritanienne. 

Plus qu’un coup de projecteur sur la réalité de la femme mauritanienne, la fête internationale de la femme de cette année fut une occasion pour la ministre chargée de la promotion féminine, de l’enfance et de la famille de faire une présentation des actions menées par son ministère et les défis qui se dressent sur le chemin des femmes mauritaniennes. 

C’est vrai que le nombre de femmes dans les postes de décision a accru et que leur participation dans la vie politique, économique et sociale du pays va en crescendo, mais leur place dans la société mauritanienne demeure encore très faible malgré le crédit accordé par le Président de la République aux femmes de bénéficier des priorités du gouvernement dans le domaine du développement et de la lutte contre la pauvreté ainsi que celui de la résolution  des grands défis relatifs à l’esclavage et à ses séquelles, au retour des réfugiés, au règlement du passif humanitaire… 

Face à cette nouvelle conjoncture, le ministère de la promotion féminine, de l’enfance et de la femme a pris une batterie de mesures élaborées dans un plan triennal qui tient en compte le cadre stratégique de la lutte contre la pauvreté. Ce qui a pu permettre de redynamiser la stratégie nationale pour la promotion féminine et d’adopter un arsenal juridique en faveur de la famille, de la femme et de l’enfant. 

Outre cela, le ministère a consolidé les centres de promotion professionnels pour la promotion féminine. Tous ces efforts du gouvernement dans le cadre de la promotion féminine vivent à améliorer le sort de la femme mauritanienne. Ainsi donc, «en ce qui concerne la lutte contre la pauvreté au sein des femmes et de la famille, confie madame Vatimétou Mint Khattry, Ministre chargée de la promotion féminine, de l’enfance et de la Famille, des efforts ont été concentrés sur cette catégorie à travers des programmes directement ciblés par le département et exécuter par d’autres départements et en coordination avec ceux-ci ». 

La femme mauritanienne est désormais au cœur des préoccupations du gouvernement mauritanien. Cela se manifeste dans les différents programmes élaborés dans ce sens. Comme par exemple, le programme de LIHDADE et d’Aftout, le programme d’urgence dans les wilayas des deux Hodds financé à hauteur de 80.000.000 UM réparties dans des projets générateurs de revenus dans le cadre d’un plan gouvernemental. 

S’inscrivant dans une démarche novatrice, le ministère de la promotion féminine va privilégier l’approche genre et l’intégrer dans les politiques et programmes de développement afin de réaliser l’égalité des chances.  Dans ce cadre, la ministre a fait savoir que son ministère va adopter une stratégie nationale avant la fin de l’année en cours.

Babacar Baye Ndiaye

( 10 mars, 2008 )

Qu’est-ce qui a changé en Mauritanie ?

Serions-nous curieusement dans un pays bizarre, dans un pays habité par des aveugles qui ne comprennent que dalle de tout ce qui se fait ou se trame sur leur dos et à leur insu tous les jours.

Aujourd’hui, à la grande stupéfaction de tout le monde, les voleurs, les dissimulateurs et les papelards d’hier, ceux qui ont dépouillé la République, le pays et l’ont introverti à tort et à travers, s’érigent en donneurs de leçons, de moralité et de probité. Que c’est incroyable !

Qui ne souvient pas encore de leur arrogance intraitable ? Nos douleurs sont encore fraîches pour être omises de si vite. Ils  se permettent d’affirmer, devant celui qui veut les entendre, qu’ils incarnent le changement, les aspirations du peuple mauritanien et qu’il n’y a pas d’autres alternatives qu’eux-mêmes.

Ni leurs idées, leurs méthodes, leurs opinions, leur manière de faire de la politique encore moins leurs mensonges, à la limite, extravagants n’ont pas alterné au fil des années. Et qu’on ne s’y trompe pas, rien n’a véritablement changé en Mauritanie. Il faut vraiment avoir mangé de la cervelle de poule ou de coq pour le croire. La transhumance est érigée en règle comme une sorte de bouée de sauvetage pour pouvoir échapper honteusement aux dures réalités de la vie quotidienne.

Les fils des hauts et intouchables dignitaires du pouvoir usent et abusent des propriétés de l’Etat sans que cela ne turlupine leurs pères. Pendant ce temps-là, une localité de la wilayaa de l’Assaba souffre d’un manque criard de poste de santé, d’eau potable, d’électricité, de téléphone…

Et nous trouvons cela normal. Nous sommes loin du partage et de la redistribution des richesses nationales, de la justice sociale et de l’équilibre économique. Ce ne sont pas à travers des statistiques ou des chiffres tronqués qu’on peut faire disparaître ou réduire à moitié la pauvreté qui avilit l’être humain. Comment d’ailleurs  peut-on être digne dans la pauvreté ?

Chaque jour, les riches spolient les terres des pauvres sans que la justice n’intervienne parce qu’ils sont pauvres. Chaque jour, on accuse et emprisonne des innocents parce qu’ils sont incapables de se payer les frais d’un bon avocat souvent en connivence avec l’administration. Chaque jour, on accuse des gens de vol ou d’escroquerie parce qu’ils sont pauvres. Alors que les véritables voleurs roulent dans des voitures qui frisent la démesure. 

Ce qui a changé sous nos cieux, ce sont les discours officiels, c’est le locataire du palais présidentiel. Ce qui a changé, c’est le Président de l’Assemblée Nationale. Les mêmes figures gravitent toujours autour des centres de décision stratégiques du pouvoir depuis plus de deux décennies et on ose nous dire que les choses ne sont plus comme elles étaient. Bien sûr qu’elles ne sont plus comme avant. Ce qui n’a pas changé, c’est l’impunité. Ce qui n’a pas changé, c’est notre indifférence face aux pauvres qui manquent de perspectives. 

Ceux qui nous dirigent et taillent notre destinée à la mesure de leurs intérêts cryptopersonnels peuvent-ils nous assurer des lendemains meilleurs comme il a été prédit dans «Mauritanie Vision 2030» ? Déjà, les actes qu’ils posent chaque jour sont loin d’être rassurants pour un mauritanien averti. Va-t-on continuer à renier l’héritage du 3 août 2005 ? Le doute est permis !

Qu’on ne s’y trompe pas, rien n’a changé en Mauritanie. Et pourtant, certains gens qui ont honni la République en bafouant les principes les plus élémentaires de la bonne gouvernance, du respect des droits de l’homme, de la justice et de l’égalité sociale, veulent nous faire croire qu’un nouvel esprit s’est installé dans nos mœurs. Que nenni ! Que du bla-bla !

La mise en place des structures dirigeantes du PNDD a consacré le retour en triomphe des disciples de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya dans l’engrenage du pouvoir. Et les mauritaniens ont assisté impuissants face à ce retour. Ils n’ont rien dit encore moins manifesté leur désapprobation. On leur serine tout le temps les mêmes discours. C’est comme s’ils oubliaient que leur avenir leur appartient et qu’il serait dangereux de le confier à des «mains douteuses » et peu scrupuleuses. Nous ne sommes pas encore au bout de nos surprises ! Loin de là. 

La Mauritanie serait-elle habitée par des moutons de panurge ? Comment donc expliquer que ceux-là même qui ont participé à la ruine de ce pays en détournant les fonds publics destinés à la construction de routes, de structures sanitaires, d’écoles, etc…puissent revenir en passant par la grande porte.

Ceux-là même qui ont participé à la paupérisation de nos populations, contribué à l’effritement de notre économie en transformant nos unités industrielles et nos sociétés d’Etat en propriété privée. C’est tout simplement hallucinant notre taux de chômage pour un pays qui ne compte pas plus de 3 millions de bouches à nourrir, à vêtir, à éduquer, à soigner et à protéger en les mettant dans de bonnes conditions de vie et de travail. Les populations vulnérables continuent d’être opprimées au su de tout le monde. 

Le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi est comme pris dans un étau qui se resserre de plus en fort et inquiétant autour de sa personne. Les vieux faucons et les vieux loups sont toujours tapis sous l’ombre.

Le feu couve toujours sous la cendre et la fumée peut se dissiper à tout moment. Ceux qui sont contre les réformes sociales sont en train de ruminer, malgré eux, leur désaccord. Sidioca, comme on l’appelle affectueusement, devrait se soucier de manière vigilante de la sournoiserie, de la supercherie et surtout d’une certaine déviance politique qui risquerait de le faire porter le chapeau en le faisant endosser toute une responsabilité dont il ne serait pas responsable et la source.

On est en train de profiter dangereusement de sa bonne foi et de sa générosité patriotique sans que personne ne rechigne. Trouve-t-on cela normal et établi dans l’ordre des choses ? Surtout de la part d’un Président de la République, élu démocratiquement et légitimement par une bonne frange de la population, mais qui se fait avaler des couleuvres de toute taille et de n’importe quel poids par des inconditionnels de la gabegie. Lui, qui a osé s’attaquer à des dossiers aussi complexes et sensibles comme le retour des déportés et l’esclavage mérite-t-il vraiment cela ? 

Nos hommes politiques manquent de dignité et de foi politique à vrai dire. Ils s’orientent  comme un ballon d’air à la guise de leurs intérêts. Le pouvoir se clanise et c’est là un véritable problème qui risque de transformer le pouvoir en un centre d’appétit, d’intérêt et de confrontation dont les conséquences n’épargneraient personne. 

Le PNDD serait-il donc devenu le point de chute des anciens sbires du Président Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya ? Tout porte à le croire et on a bien des raisons de nous angoisser sur l’avenir et la gestion de ce pays longtemps mêlé à toutes les sauces par nos hommes politiques à la recherche du temps perdu. L’éducation est un exemple patent de nos tâtonnements en matière de choix et d’identification de programmes. On ne sait même ce qui est bon ou mauvais pour nos populations. On avale à tout va tout ce qu’on nous propose sans peser le bénéfique et le préjudiciable. 

Ceci est d’autant plus vrai qu’ils ont fait preuve de leurs véritables aptitudes à pouvoir transformer la Mauritanie et de leur manque de vision politique. Sinon, aujourd’hui, nous n’en serions pas là à chercher nos repères et nos marques visiblement perdus dans les foliacés du temps. 

Le grand perdant de la ressuscitation des anciens princes du PRDS serait incontestablement l’opposition qui semble être transcendée par les événements. Au lieu de faire face, elle semble préférer faire joujou peut être plus facile à faire qu’à contrer la vague du PNDD. Quand l’histoire jugera, elle donnera certainement tort à notre opposition démocratique qui est en train de  s’entre-déchirer pour des pruines. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 11 mars, 2008 )

Athié Mohamed El Michry, membre fondateur de l’Association «Empreintes Culturelles »

 «Quand on est de ce pays, on ne peut pas ne pas s’intéresser à la poésie … Il faudrait que chaque maire, chaque élu, ait dans sa politique, une politique culturelle » 

 

L’Association «Empreintes Culturelles » est une association qui favorise la promotion des arts et de la culture ainsi que la préservation et la valorisation du patrimoine culturel mauritanien sous tous ses aspects. Nous revenons, avec un de ses membres en la personne de Athié Mohamed El Michry, sur cette association qui vise la promotion et la préservation du patrimoine, la recherche et la collecte des textes écrits ou parlés et la constitutions d’un fonds poétique mauritanien. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Les mauritaniens s’intéressent-ils vraiment à la poésie et à leur poésie de manière particulière ? 

Athié Mohamed El Michry : (Il sourit d’abord) Excusez-moi ! Votre question ne me fait pas rire. En fait, je crois que tous ceux qui connaissent ce pays ou ceux qui ne le connaissent pas mais qui en ont entendu parler ont dit que la Mauritanie, «C’est la Terre des Hommes », «C’est le pays d’un million de poètes ». Quand on est de ce pays -- ce pays qui est un trait d’union entre le monde arabe et le monde africain où pratiquement toutes les deux civilisations se retrouvent -, on ne peut pas ne pas s’intéresser à la poésie. Je crois que dans tous les milieux  mauritaniens -- arabophone, poularophone, soninképhone ou wolophone -, les gens aiment bien la poésie. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Tout à l’heure, vous disiez que la Mauritanie est «le pays d’un million de poètes ». Est-ce qu’elle l’est toujours ? 

Athié Mohamed El Michry : Vous savez, la poésie c’est comme la musique. Je dirai quelque part que c’est un militantisme. Lorsqu’on est poète, on l’est, on le reste. On ne dit pas : ‘j’étais poète’ ou ‘j’étais un artiste’. Non ! C’est comme le scoutisme. On est poète à vie. On est artiste à vie. D’ailleurs, on ne peut pas faire la différence entre l’art et la poésie. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Malgré tout ce que vous êtes en train de soutenir, on a constaté néanmoins de plus en plus un désintéressement des mauritaniens de la poésie. N’avez-vous pas peur que ce trésor ne se perde ou disparaisse faute de transmission ? 

Athié Mohamed El Michry : Les mauritaniens ne sont pas désintéressés à la poésie. Ils ne sont pas mis dans des conditions où ils peuvent exprimer ce qu’ils ressentent. C’est une question d’espace. C’est une question de politique. C’est une question d’orientation. C’est des choix qu’il faut faire. Nous sommes un peuple nomade. Nous sommes des bergers, des pasteurs, des agriculteurs et nous aimons beaucoup les grands espaces. Ce qui se passe aujourd’hui est triste. C’est à dire qu’on ne crée pas les conditions. Il n’y pas un espace où les artistes, les écrivains, les génies créateurs mauritaniens peuvent s’exprimer. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Cela est dû à quoi. Est-ce dû à un manque de volonté politique à votre avis ? 

Athié Mohamed El Michry : Non, je ne crois pas. La volonté politique : oui. Mais le drame de ce pays, ce sont d’abord nos intellectuels. Les mauritaniens sont extrêmement intelligents. Lorsqu’un mauritanien est en dehors de son pays, les gens se rendent compte de son intelligence. Mais le problème maintenant : qu’est-ce que le gouvernement fait pour ces génies mauritaniens qu’ils soient artistes, politiciens ou journalistes.  C’est vrai : les mauritaniens sont des génies mais on ne les a pas crée des conditions. On accorde plus d’importance à l’aspect mercantile. Le mauritanien vit pour le présent ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : La poésie mauritanienne a connu un grand rayonnement. D’ailleurs, c’est elle qui a fait connaître notre pays. Qu’en est-il aujourd’hui ? 

Athié Mohamed El Michry : Je profite de cette occasion pour féliciter Ould Taleb. Il y a eu ce concours de poésie dans le monde arabe. Personne n’en a jamais entendu parler ! Il a fallu que Mohamed Ould Taleb soit parmi les derniers nominés pour qu’il y ait de la récupération. Il y a deux ans, pour la première fois, le ministère de la Culture a organisé le Festival International de la poésie. Il faut le faire à chaque fois. Cela veut dire qu’il nous faut une politique militante, un engagement de l’Etat et du Ministère de la Culture. Ces poètes en herbe, il en existe. Ils sont dans les écoles fondamentales, les lycées, les campements. Il faut faire des compétitions artistiques et culturelles mais surtout créer des espaces culturels où les gens peuvent s’exprimer. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Certainement, vous avez applaudi lorsqu’on a institué le prix de la poésie. Justement, qu’en pensez-vous ? 

Athié Mohamed El Michry : Je l’ai applaudi mais je suggère aussi qu’il ne soit pas l’apanage seulement du ministère de la Culture. Il faudrait que chaque maire, chaque élu, ait dans sa politique, une politique culturelle. L’Etat, c’est un tout. Lorsque l’Etat crée dans son organigramme un ministère de la Culture et des Arts, c’est qu’il a une vision sur ce qu’il veut faire. L’institution, c’est l’institution. Maintenant, ce sont les hommes qui sont dans cette institution qui doivent redynamiser cette institution. Aujourd’hui, nous sommes dans un contexte de dialogue, dans un contexte de mondialisation, nous devons poussons l’Etat à aller vers ce que nous voulons. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vers quoi par exemple ? 

Athié Mohamed El Michry : Par rapport à nos besoins. Amenons l’Etat à répondre à nos besoins. Je suis un cadre du ministère de la Jeunesse et des Sports mais je peux travailler dans le domaine des Arts et de la Culture. Aujourd’hui, les maisons des livres font partie du patrimoine institutionnel du ministère des Arts et de la Culture. Il n’y a pas une Moughataa ou une wilaya, où il n’y a pas ces maisons de livres. Il faut aller vers ces maisons de livres. Il faut les animer. Il faut que nous ayons des hommes qui se spécialisent et s’intéressent  à la Culture. Des journalistes comme vous pour diffuser. On a le temps de chercher de l’argent. Pour le moment, il faut que les gens sachent que dans le contexte dans lequel nous sommes, nous avons besoin que ce pays soit connu à l’étranger par le biais de ses artistes, de ses intellectuels, et de sa jeunesse. Il faut redynamiser, il faut revaloriser la jeunesse mauritanienne à travers des activités artistiques et culturelles. Il faut que le ministère de l’Education nationale revalorise cet aspect dans ses programmes. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous pensez donc qu’on n’accorde pas assez de crédit aux activités culturelles et artistiques en Mauritanie ? 

Athié Mohamed El Michry : La Culture est essentielle dans notre pays. On ne peut pas vivre de la nostalgie. L’Islam, c’est une religion. Ce n’est pas l’apanage de la Mauritanie. Elle appartient à la communauté universelle. Le Coran appartient à tout le monde. Mais chaque peuple, chaque communauté, a ses usages, ses traditions, sa façon de vivre. La manière dont nous vivons ici, ce n’est pas la même chose que celle en Arabie Saoudite. Ce n’est pas la même avec celle du Nigeria. La Culture, c’est plus que ça. 

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est par rapport à tout cela que vous avez décidé de mettre en place «Empreintes Culturelles » ? 

Athié Mohamed El Michry : Quoiqu’on dise, ce pays est très bien positionné. Aujourd’hui, nous avons des relations exceptionnelles avec l’Espagne. On ne peut pas parler des almoravides sans penser à l’Espagne. On ne peut pas parler de l’Andalousie sans penser à la Mauritanie. Le fanion de l’équipe de Bastia, c’est la tête d’un maure. Lorsqu’on parle de Chinghetty, on parle de la culture arabe, de la culture maure. Lorsqu’on parle de Koumbi Saleh, c’est la culture négro africaine. Lorsqu’on parle de l’empire de Macyna, c’est la culture peule. Tout ça se retrouve en Mauritanie. Quand on parle d’ «Empreintes Culturelles », ce n’est pas par hasard que nous avons pris cette dénomination. Ce pays est un tout : l’Afrique est là, le monde arabe est là. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Si vous aviez quelque chose à dire au Ministre de la Culture et de la Communication, ce serait quoi ? 

Athié Mohamed El Michry : Je lui dirai tout simplement de permettre aux artistes de s’exprimer. Que le ministère accompagne les initiatives culturelles ! Il ne revient pas au ministère d’organiser, d’orienter, d’exécuter et d’appliquer des programmes artistiquement. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Quelles sont les perspectives d’ «Empreintes Culturelles » dans l’immédiat ? 

Athié Mohamed El Michry : Je n’ai jamais été pessimiste parce que j’ai la foi. Ce pays, quoiqu’on dise, sortira grandi dans les dix prochaines à venir. Nous ne devons que les autres à travers leurs télévisions diffuser une partie de nous-mêmes. Il faut qu’aujourd’hui que le halpoular sache ce que c’est que la culture soninké. Que celui du Nord sache ce que c’est que la culture du sud ! Le mauritanien lambda non-politique n’a pas de problème d’unité. Je pense que le problème revient à ces hommes politiques, à ces intellectuels qui font de la manipulation.  Le peuple mauritanien en lui-même dans son essence, son terroir, son fond, n’est pas divisé. Mais je pense qu’aujourd’hui, il faudrait que les gens se connaissent, se découvrent et la poésie, les arts sont la forme la plus pacifique pour rapprocher les hommes. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

( 15 mars, 2008 )

Conférence de presse de l’AFCF et S.O.S. Esclaves/Pratiques esclavagistes, expropriation foncière : Trop, c’est trop !

 

Faut-il continuer à fermer les yeux sur les cas de pratiques esclavagistes, d’expropriation foncière ou de mauvais traitements humains dont sont victimes les populations et qui sont monnaie courante dans notre pays ? Faut-il aussi continuer à nier leur existence ? D’autant plus que chaque jour,  certaines organisations de défense des droits de l’homme comme l’Association des Femmes Chefs de Famille, Conscience et Résistance et S.O.S. Esclaves sont saisis de ces genres de problèmes : cas des populations de Dembat Atchen qui ont été sévèrement réprimées par les forces de sécurité, cas de Abdou Ould Isselmou qui a constaté des pratiques esclavagistes dans la localité où il enseigne et enfin le cas de la famille feu Salimou Ould Khader dont la maison a été détruite à coups de Bulldozers sous les ordres du wali de l’Assaba. La salle de conférence fut trop petite pour accueillir plus de 100 personnes ! 

 

Dembat Atchen  

 

Cette localité jusque là peu connue des mauritaniens est devenue célèbre à cause des affrontements entre Haratines et leurs anciens maîtres qui voulaient leur reprendre leurs terres. La presse indépendante d’ailleurs en avait fait ses choux gras pendant quelques jours. Résultats de ces affrontements : plusieurs blessés grave chez les  familles qui se sont opposées à l’expropriation de leurs terres. Certains d’entre les ‘récalcitrants’ sont toujours détenus dans les geôles de la Gendarmerie nationale de Kiffa et ne bénéficient aucun soutien pour le moment. Parmi ces détenus, il y a une femme qui a le bras cassé et risquerait même d’être amputé.  Et cela fait deux mois maintenant que ces derniers croupissent en prison. Une situation mal appréciée par l’AFCF et S.O.S. Esclaves qui estiment que ces derniers doivent être évacués sur Nouakchott pour qu’ils puissent être soignés convenablement. 

Ces deux organisations de défense des droits ont par ailleurs noter la gravité qui entoure de tels incidents en faisant relever que les ‘autorités ont placé des forces de sécurité qui se nourrissent directement sur les biens de ces populations’ tout en assimilant cette pratique digne à l’époque coloniale. 

 

Pratiques esclavagistes : Un enseignant monte au créneau 

 

Il s’appelle Abdou Ould Isselmou. Né en 1973 à Sélibabi, il enseigne depuis 7 ans et  servait dans la localité de Tokomadji. Sa prise de position sur des cas de pratiques de pratiques esclavagistes lui a valu aujourd’hui les coups de foudre des autorités locales qui ont décidé de le suspendre de ses fonctions d’enseignant pour seul motif qu’il voulait dénoncer ces cas de pratiques esclavagistes. Son unique tort, c’est d’avoir remarqué que des enfants, en âge d’aller à l’école, étaient utilisés comme esclaves. Pour le contraindre à l’échec, une campagne d’intimidation a été orchestrée par la gendarmerie avec la complicité des autorités locales au niveau des familles des enfants pour nier toutes les assertions d’Abdou Ould Isselmou. Une enquête a été ouverte dans ce sens pour essayer de clarifier  les thèses soutenues par cet enseignant faisant allusion à l’existence de cas de pratiques esclavagistes dans cette localité du pays. Cette situation semble inquiéter les organisations de défense des droits de l’homme. «Nous pensions que l’Etat a pris cette loi criminalisant l’esclavage de bonne foi et que les autorités veulent vraiment appliquer la loi. Si cette affaire se confirme, nous aurons l’impression que nous sommes rentrés dans une situation de duperie et qu’on veut tout faire pour que personne ne puisse avoir des preuves que l’esclavage existe », a déploré Boubacar Messaoud qui a laissé entendre qu’ «on cherche à apeurer les victimes pour qu’ils ne puissent pas se plaindre ». 

 

La famille feu Salimou Ould Khader 

 

A ce propos, deux sit-in de soutien a organisé par l’Association des Femmes Chefs de Famille devant le ministère de l’intérieur afin que le problème soit pris en charge par les autorités. En effet, depuis quelques mois, cette famille a lancé un appel de détresse mais jusqu’à présent, il n’y a rien de nouveau. Le wali à l’origine de cette affaire est toujours en poste à Kiffa. 

Par rapport à tous ces cas, l’Association des Femmes Chefs de Famille, Conscience et Résistance et S.O.S. Esclaves ont dénoncé la lenteur, le laxisme et la complicité des autorités dans ces cas. 

 

Les précisions de Boubacar Messaoud 

 

«Je suis un militant des droits de l’Homme. Je sais ce que je dis et qu’on ne retienne de moi  ce que j’ai dit », a souligné Boubacar Messaoud faisant allusion à une question posée par un journaliste relatif aux assertions de Abdoul Ould Isselmou sur l’existence de cas de pratiques esclavagistes dans la localité de Tokomadji. «Si effectivement, cela s’est passé comme ça,  nous nous trouvons dans une situation nouvelle qui n’est pas celle que nous avions espéré. Aujourd’hui, nous attendons que la loi soit appliquée de manière effective. Si elle n’est pas appliquée et ce qu’on vient de nous révéler s’avère exact, nous nous rendons compte que cette loi est faite pour poursuivre les militants anti-esclavagistes plutôt que de poursuivre ceux qui pratiquent l’esclavagisme. Il y a   certaines choses que nous n’endosserons pas. Nous ne sommes pas ici avec un discours de violences. Nous sommes venus avec un discours de droits de l’homme et nous ne nous engageons pas à attaquer qui que ce soit et à répondre par la violence. Nous nous engageons à militer et à aller en prison pour nos idées et les principes pour lesquels nous sommes mobilisés. » 

Les esclaves, c’est connu, n’ont pas droit à l’Etat civil. C’est un tort et une infraction aux yeux de Boubacar Messaoud. Ce dernier, toujours égal à lui-même, n’a pas manqué de signifier que les autorités surtout locales ne leur donnent pas souvent l’occasion de vérifier la véracité des cas de pratiques esclavagistes. 

 

Situation actuelle des droits de l’Homme en Mauritanie 

 

En réponse à une question relative à la situation actuelle des droits de l’Homme en Mauritanie, Boubacar Messaoud, président de S.O.S. Esclaves soutiendra que ‘la situation est meilleure que celle que nous avons connue sous Maouiya et pendant la transition’. Pour appuyer ses affirmations, il citera par exemple la création de la Commission Nationale des Droits de l’Homme qui sillonne périodiquement tout le pays et fait des rapports réguliers sur la situation des droits de l’homme en Mauritanie. Mais, selon lui, il n’est pas encore l’heure d’applaudir et que tout dépendra de la bonne volonté que manifesteront les autorités dans le traitement des dossiers relatifs aux violations des droits de l’Homme. 

Pour la présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille Aminétou Mint Ely Moctar, l’impunité continue toujours de sévir dans notre pays. Pour preuve, elle cite les cas d’injustices ou de violations des droits de l’homme dont elle est souvent saisie. Les organisations de défense des droits de l’homme, selon elle, souffrent beaucoup de cette impunité. 

«On n’a pas constaté aucun changement de l’attitude des pouvoirs publics vis-à-vis des traitements des questions des droits de l’homme », estime Birame Ould Dah qui pense que rien n’a évolué. «Le même système perdure », conclut-il. 

Présent à cette conférence de presse pour réaffirmer son soutien inconditionnel aux ONGs qui luttent contre les violations des droits de l’homme en Mauritanie, Mohamed Lemine Ould Dadde, président de Conscience et Résistance a affirmé qu’ «il y a eu certes des lois, des tolérances et des avancées » mais «l’administration qu’elle soit centrale ou territoriale continue toujours à pratiquer les mêmes méthodes ». 

La corruption, le racisme et les violations des droits de l’Homme, sont des motifs, selon lui, de continuer, quel que soit le régime en place, le combat pour la justice et l’égalité entre tous les citoyens mauritaniens. 

Pour que la Mauritanie soit citée parmi les exemples de démocratie, il faut que les pouvoirs publics respectent  d’abord les lois et non pas le contraire. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

   

  

( 24 mars, 2008 )

Abderrahmane Cissako, cinéaste: »l’espoir de trop est toujours un danger! »

A l’issue d’une visite dans les locaux de ‘La Maison des Cinéastes’, Abderrahmane Cissako, l’auteur du film ‘Bamako’ qui lui a valu la distinction de l’Etalon de Yélinga, a tenu une conférence de presse au cours de laquelle, il a appelé les autorités mauritaniennes notamment celles du Ministère de la Culture et de la Communication à  soutenir et appuyer les initiatives de ‘La Maison des Cinéastes’ qui représente, selon lui, un symbole très important. 

 

C’est toujours un plaisir d’entendre Abderrahmane Cissako parler de culture, de développement, d’avenir  et d’unité. Il en a été beaucoup question durant toute sa conférence de presse. A cette occasion, il n’a pas manqué l’opportunité de souligner toute son admiration envers les femmes et hommes qui composent ‘La Maison des Cinéastes’. Et surtout toute sa considération envers Abderrahmane O. Salem, malheureusement absent à cette conférence de presse. «Si ‘La Maison des Cinéastes’ est ce qu’elle est aujourd’hui, c’est grâce à un homme (Abderrahmane O. Salem, NDLR) », a-t-il déclaré. Mais cela n’est pas suffisant pour lui. «Une seule personne ne peut pas tout faire. Il faut une volonté commune et des énergies », pense-t-il. «Il ne peut y avoir de développement sans un développement culturel. Ce n’est pas possible ! Aucun pays ne peut se développer sans se regarder en face. La Culture, elle permet à quelqu’un de se voir dans son miroir. Lorsqu’on n’a pas la capacité de se voir, d’intégrer son voisin, son frère, on n’est pas fort soi-même. »

Pour lui, la Culture peut jouer un rôle fédérateur en Mauritanie et que nous sommes condamnés inéluctablement à vivre en paix ensemble d’autant plus que nous formons une communauté de destin.  « L’homme doit se réconcilier en permanence avec soi-même et son voisin. C’est pourquoi on dit ‘assalamou aleykoum’.»

 «Nous sommes encore un pays jeune. Quand voit les indépendances, c’est assez récent. Les accidents qui ont eu lieu dans cette vie récente de ce pays, je pense qu’il faut l’accepter, le comprendre et penser au futur. 50 ans pour un pays, ce n’est rien. C’est à nous jeunes de bâtir ce pays et nous pouvons le faire. La culture peut jouer un rôle fondamental dans tout cela », rappelle-t-il en donnant l’exemple de ‘La Maison des Cinéastes’.

«Plus on est une force, plus on est une vérité. Une vérité, elle peut ne pas s’imposer un jour, deux jours ou trois jours. Mais une vérité, elle s’impose toujours. Elle va finir par s’imposer parce qu’elle transcende tout. Elle va s’imposer parce qu’il y a toujours des gens qui y croient »,

A ses yeux, la Mauritanie et les mauritaniens doivent essayer de tourner la page et affronter avec lucidité les défis qui leur sont posé et non pas s’attarder sur des choses inutiles qui ne les font pas avancer.

«Nous venons tous de milieux simples et de sociétés simples. La notion ‘je viens d’une grande famille’ ne doit pas être notre objectif. Je n’ai jamais cherché -et je ne le ferai- pas à me positionner et à expliquer véritablement d’où je viens. Je ne rentre pas dans les détails. Quand on rentre dans la justification de quelque chose, on encourage autre chose. Je suis un homme et je cherche à être honnête avec moi-même. Je cherche à être honnête avec mon peuple. Je ferai un travail dans ce sens. Je n’ai pas besoin d’appartenir à tel ou tel. Je n’en ai pas franchement besoin. Je crois aussi le rôle de la culture, c’est ça : comment arriver à réconcilier les hommes, comment arriver à gommer les concepts qui sont dans les mentalités et qui nous ramènent en bas. En procédant ainsi, on crée finalement la méfiance de l’autre. On crée des barrières qui, en réalité, n’existent pas » et c’est une erreur, pense-t-il de se glorifier de ses origines parce que ça n’a pas d’importance. « Toute origine est forte. Toute origine est glorieuse. On ne peut pas plus glorieux que son voisin. On est des êtres humains et je pense que chaque être humain  doit faire en sorte d’apporter la paix. »

 

«Moi, je crois en l’homme même si on est déçu par des comportements humains. Mais l’homme est toujours capable du meilleur. Et c’est ce meilleur qu’il faut toujours cultiver à chaque fois. C’est un travail très lent : le travail de la culture et c’est trop long aussi ; donc, il ne faut pas s’attendre à un résultat aujourd’hui ou demain. »

 

« A chaque fois en Mauritanie, j’ai le sentiment de n’avoir pas fait assez », avoue-t-il.

 

«Je suis là beaucoup plus confortable qu’ailleurs et malheureusement certaines choses s’imposent à moi tout simplement comme cinéaste africain. »

 

«Quand on appartient à une injustice qu’est l’Afrique, la mission est beaucoup plus lourde et beaucoup plus importante. Un acte, on le pose pour le continent parce qu’il en a besoin. Mais chaque être humain, il vient de quelque part. lorsqu’on ton pays te manque, tu n’es pas forcément fort. Mais quand tu n’es plus dans ton pays, tu as une capacité qui permet d’entrevoir les choses d’une certaine façon et peut-être de l’aimer encore plus. Quand on vit des quotidiens difficiles, on est déçu beaucoup plus facilement. »

 

«Je ne cherche pas de façon phraséologique en parlant ou en écrivant d’avoir des positions politiques ou de parler de la souffrance des gens. Je ne suis pas encore ici pour vivre un quotidien. Mais ce qui passe me concerne. J’ai envie de me battre pour l’avenir du pays parce que je crois en l’avenir de ce pays-là », conclut-il.

babacar baye ndiaye

( 24 mars, 2008 )

Interview de Mahmoud Boubacar Ly, président d’Eco-Plus: »l’implication de la jeunesse mauritanienne dans le développement du pays est encore embryonnaire »

Les étudiants mauritaniens, à l’instar des autres étudiants du monde entier, ont célébré le 12 mars dernier, la fête internationale de l’Etudiant. Mahmoud Boubacar Ly, président d’Eco-Plus(une association qui regroupe les étudiants en Economie et Gestion), et coorganisateur de cette manifestation, a bien voulu se prêter à nos questions. 

Le Rénovateur Quotidien : Tantôt(NDLR, cette interview a eu lieu mercredi 12 mars 2008), dans vos propos, vous demandiez aux étudiants mauritaniens de s’impliquer davantage dans le développement de leur université. Pourquoi cet appel ? 

Mahmoud Boubacar Ly : Cet appel, c’est tout simplement l’appel d’un citoyen qui cherche à réunir l’ensemble de la composante estudiantine du pays dans le but de trouver les voies et moyens qui permettront de pouvoir participer au développement surtout de notre pays. Ceci doit passer par les jeunes qui constituent sans doute l’avenir de ce pays et par conséquent leur implication devient nécessaire dans ce processus. Il faut promouvoir en eux la capacité de créer et de travailler ensemble, de regrouper leurs idées et de les affronter pour pouvoir relever les défis relatifs au développement et à l’émancipation des différentes couches de la population mauritanienne. 

Le Rénovateur Quotidien : Justement, vous parlez d’implication. Pensez-vous que la jeunesse mauritanienne est assez impliquée dans le développement du pays ? 

Mahmoud Boubacar Ly : L’implication de la jeunesse mauritanienne dans le développement du pays est encore embryonnaire. Présentement, il y a peu de jeunes mauritaniens qui s’intéressent à l’actualité de leur pays. Ils ont plutôt l’esprit évasif et trop distrait. Je demande aux jeunes et en particulier les étudiants de savoir organiser leur temps et de se consacrer au développement de leur patrie et de leur nation. C’est très important qu’ils participent au développement de leur pays. 

Le Rénovateur Quotidien : Partagez-vous l’idée selon laquelle l’horizon est bouché pour la jeunesse mauritanienne ? 

Mahmoud Boubacar LY : L’ancien régime avait une politique de jeunesse catastrophique et lamentable en matière de politique de jeunesse. Il avait fermé tous les canaux d’information qui devraient permettre à la jeunesse mauritanienne de se renseigner et avoir goût à puiser et à être imprégné de ce qui se passe dans  leur pays. Ceci a causé une passivité de la jeunesse mauritanienne. Il est temps que les gens aient un esprit de veille car leur sort dépend de cela. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes étudiant. Quel regard portez-vous sur l’université de Nouakchott ? 

Mahmoud Boubacar Ly : L’université dans sa diversité n’est pas vue sous un aspect très important. Le budget qui doit aller dans le financement de l’université ne va pas entièrement dans les activités universitaires. Je sais- parce que je suis étudiant et que j’ai l’expérience- qu’il y a un potentiel de jeunes qui sont capables de prouver qu’ils ont l’intelligence et la capacité de capter beaucoup de messages. Le gouvernement n’essaie pas de rentabiliser tout cela. Notre université trébuche parce que tout simplement l’administration universitaire ne met pas du sérieux dans ce qu’elle fait. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous soutenez donc que rien n’a évolué au sein de cette université depuis quelques années ? 

Mahmoud Boubacar Ly : En vérité, depuis sa création, rien n’a changé. C’est les mêmes bâtiments ! C’est la même construction ! C’est les mêmes modules ! En 2005, on a fait une ‘petite’ réforme. On nous a promis beaucoup de choses : le système LMD, d’améliorer les relations entre professeurs et étudiants, de perfectionner le système universitaire…Mais jusqu’à présent, nous ne voyons aucun changement, aucune évolution de la situation. Tout est resté comme auparavant. On disait que c’est Taya qui a détruit l’aspect de citoyenneté et de travail dans la mentalité des mauritaniens. Aujourd’hui, il n’est pas là mais les gens continuent à pousser les jeunes à être passifs.

Propos recueillis

Babacar Baye Ndiaye 

( 24 mars, 2008 )

Birame O. Dah: »Radio Mauritanie a tendance à faire perpétuer les instincts pro-esclavagistes »

Dans un entretien exclusif accordé au Rénovateur Quotidien, Birame O. Dah, membre de S.O.S. Esclaves et de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, a fustigé l’attitude passive et même complice de l’administration territoriale, de la police judiciaire, de la justice et surtout des médias officiels plus particulièrement Radio Mauritanie qui perpétue, selon lui, les vieux instincts pro-esclavagistes. 

 

L’esclavage reste encore une tare fortement ancrée dans la société mauritanienne. Malgré une loi qui a été votée, il continue de subsister. La preuve, les organisations de défense des droits de l’Homme et notamment les anti-esclavagistes sont régulièrement saisies et assaillies par les victimes de cette pratique ringarde. La dernière en date : Haby Mint Rabah. Née en 1973, elle ressemble maintenant à ces vieilles femmes du Darfour fuyant la terreur et la misère. 

Véritable cas de pratique esclavagiste, les autorités de la wilaya du Trarza en premier lieu le wali, monsieur Abdallah O. Mohamed Mahmoud, ont nié le fait que Haby Mint Rabah eut été esclave de Abdallahi O. Moctar. «Lorsque ce problème leur a été posé, ils ont affirmé que c’est un faux problème d’esclavage et une dénonciation fausse et mensongère », rapporte Birame O. Dah qui a fait savoir parallèlement que le comportement du wali du Trarza prouve bel et bien que certaines autorités du pays continuent à narguer la loi en refusant son application. Birame O. Dah signe et persiste avec des allégations à l’appui que ce dernier continue de jouer le jeu des esclavagistes. Assumant entièrement ses propos, il n’y est pas allé par quatre chemins pour dénoncer le manque de collaboration franche et sérieuse du wali du Trarza sur ce cas d’esclavage avéré. 

A la suite d’un ordre de mission et d’un mandat ordonné par la Commission Nationale des Droits de l’Homme, Haby Mint Rabah a pu être libérée du joug de son maître, Abdallahi O. Moctar, malgré des écueils rencontrés : la gendarmerie n’a pas été compréhensive. Et pourtant, la loi est sans équivoque là-dessus : lorsqu’il y a présomption de crime(l’esclavage relève du crime de droit commun), le ministère public et la police judiciaire doivent immédiatement enclencher une procédure d’enquête qui doit mettre les choses au clair. Actuellement, l’enquête est entre les mains de la Gendarmerie Nationale de Méderdra. En attendant qu’elle détermine la véracité d’actes ou pratiques esclavagistes de la part de son maître, Haby Mint Rabah vit dans la maison de Birame O. Dah à PK. Par rapport à l’affranchissement économique des esclaves, rien a été encore fait par le gouvernement pour soutenir les esclaves. «Il y a plusieurs esclaves chez moi, rencarde Birame O. Dah, alors que je ne suis qu’un simple fonctionnaire très modeste. J’ai un salaire qui ne peut même pas me faire vivre avec ma famille. Nous sommes obligés, avec les militants des droits de l’Homme, par des cotisations, de prendre en charge des familles ou des personnes qui sont libérées de l’esclavage. » 

Toujours, dans le cadre de l’affranchissement économique des esclaves, le gouvernement a promis 6 milliards d’ouguiyas. Cet argent, pense Birame O. Dah, doit servir à prendre en charge les esclaves et non pas à remplir les poches des maîtres-esclaves. En outre, constatant que la fondation KB est très impliquée dans la lutte contre la réduction de la pauvreté, qu’elle fait des activités de bienfaisance, il a lancé un appel à la dite fondation et notamment à sa présidente de se tourner vers les victimes de l’esclavage qui sont en grande majorité des femmes. «On se demande, s’interroge-t-il, pourquoi les femmes esclaves qui sont libérées du joug de l’esclavage ne bénéficient pas de l’aide de cette fondation ? » 

Concernant l’éradication de l’esclavage, ce n’est pas seulement l’administration territoriale, la police judiciaire ou la justice qui traînent les pieds, il y a également les médias officiels comme Radio Mauritanie. Sur un ton corrosif, Birame O. Dah a accusé cette dernière de perpétuer les instincts esclavagistes. Dur aussi, il a été avec Horizons à qui il a récriminé son refus de donner la parole à certaines personnalités, mouvements et organisations anti-esclavagistes. 

Cette attitude de rétraction de ces deux médias officiels, pense-t-il, montre parfaitement qu’ils perpétuent encore les méthodes de l’ancien régime. «A longueur de jour et de nuit, ils font des tables rondes qui s’orientent vers la négation de l’esclavage et le manque de sensibilisation », constate-t-il. «Radio Mauritanie est en train d’enraciner la culture négationniste et la culture esclavagiste », poursuit-il tout en demandant aux autorités de révoquer le directeur actuel de Radio Mauritanie et ses collaborateurs qui perpétuent la confusion sur l’esclavage mais aussi de s’attaquer à la phase d’affranchissement économique des esclaves qu’il estime le plus important car sur ce point, beaucoup d’équivoques restent à lever. Les esclaves, du fait de leur analphabétisme et leur manque d’information, ignorent carrément la teneur de la loi sur l’esclavage ni des orientations de l’Etat sur cette pratique. Là aussi, Birame O. Dah n’a pas mâché ses mots. Il a indexé Radio Mauritanie de ne pas jouer véritablement son rôle dans la campagne de sensibilisation contre l’éradication de l’esclavage. Pour lui, Radio Mauritanie est une radio qui promeut la culture esclavagiste. «Radio Mauritanie est restée une radio esclavagiste, une radio qui continue à rabattre les citoyens par un négativisme inlassable de l’esclavage. » 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

  

( 24 mars, 2008 )

Philippe Debrion, directeur du centre culturel français Antoine de Saint-Exupery de Nouakchott

« On n’est pas le lieu de la diffusion de la culture mauritanienne. On est un lieu de dialogue et d’échanges sur différents types de perception culturelle » 

Quel intellectuel  du pays issu de l’école française n’a fréquenté le centre culturel français de Nouakchott ? Un coin autrefois favori du mauritanien : qu’il soit artiste ou intellectuel ! Sa seule évocation éveille bien de souvenirs pour certains qui y ont presque passé leur jeunesse en bouquinant, en regardant des films… L’importance du centre culturel français Antoine de Saint-Exupéry n’est plus à démontrer. Au fil des années on a comme l’impression que ce centre a perdu  tout son prestige d’antan. Mais qu’en est-il réellement ? Eléments de réponse dans cette interview suivante de Philippe Debrion, directeur du centre culturel français Antoine de Saint-Exupery de Nouakchott.

————Propos recuillis par Babacar Baye Ndiaye

 

Le Rénovateur Quotidien : Lorsqu’on vous a affecté à Nouakchott, comment avez-vous réagi ? 

Philippe Debrion : J’étais plutôt content. C’est un pays un peu différent de l’Afrique Noire. Il y a un mélange de différentes  cultures et une diversité assez intéressante. Mon affectation, je l’ai plutôt pris comme quelque chose de très positif. 

Le Rénovateur Quotidien : Cela fait à peine plus de six mois que vous êtes là, comment trouvez-vous la Mauritanie ? 

Philippe Debrion : Le pays, je ne le connais pas assez bien ! J’ai été une fois à Chinguetti et une fois à Rosso. C’est tout ce que j’ai fait. Je sais quand on sort de Nouakchott, on a une vision complètement différente du pays. C’est cette vision qu’il faudrait bien garder. Moi, j’aime beaucoup le désert. Je trouve que c’est beau : il y a de beaux paysages, de belles dunes. On ne peut qu’être sensible et ému à la beauté de ce désert. 

Le Rénovateur Quotidien : Depuis votre arrivée, vous tardez à annoncer les couleurs. Les programmes, dit-on, sont vides comme des coquilles voire qu’ils  ne sont pas alléchants. Certains affirment même qu’ils sont nuls. Que répondez-vous à tout cela ? 

Philippe Debrion : (Un peu surpris) C’est vide ? Je suis un peu étonné par vos propos parce qu’on a beaucoup de monde : on vient de passer Habib Koité (4 mars dernier, NDLR) et la salle était pleine. Les concerts forum, il y a beaucoup de monde qui vient. Au cinéma aussi, on a beaucoup de public. La programmation est grosso modo la même. On a rajouté de nouvelles manifestations qui n’existaient pas auparavant et puis on est en train de préparer d’autres manifestations. Non, il est toujours aussi complet ! 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous êtes venu avec un nouveau programme ou bien c’est le même programme concocté par votre prédécesseur qui continue toujours ? 

Philippe Debrion : Non, il y a une certaine continuité ! On a gardé les concerts forum et les concerts cafétéria. J’ai mis en place avec Lamine Kane ‘tous sur scène’ qui a un succès. Il y a les cours de théâtre qui ont repris idem les cours de danse qui vont reprendre. Nous allons collaborer avec ‘Mauridanse’. Il y a des ateliers qui se mettent en place avec les écoles : on est en train de développer un projet autour du livre et de la lecture. 

Le Rénovateur Quotidien : Les artistes mauritaniens de manière générale souffrent d’un manque criard d’appui de la part des autorités culturelles. A votre niveau,  avez-vous  des projets ambitieux pour les soutenir ? 

Philippe Debrion : On a un projet qu’on est en train de monter avec ‘Monza’. C’est un festival hip-hop qui va avoir lieu au mois de mai prochain avec une programmation nationale et internationale. On est en train de monter avec les griots mauritaniens des opérations de musique beaucoup plus traditionnelles. Ce sera l’occasion de créer des lieux de rencontre et d’échanges culturels entre les musiciens traditionnels et modernes. Il ne faudrait pas que la musique moderne fasse disparaître la musique traditionnelle. 

Le Rénovateur Quotidien : Y’ a-t-il  des artistes qui viennent vous soumettre des projets et que si ces derniers peuvent donner des résultats satisfaisants vous les appuyez ? 

Philippe Debrion : Mais bien sûr ! Après, il y a un niveau de qualité. S’ils n’ont pas une qualité sur scène qu’on espérait, il faudrait qu’ils travaillent davantage. C’est une longue étape pour arriver au professionnalisme ou avoir un niveau musical qui soit de bonne qualité. On offre la possibilité à un artiste qui n’a pas de compacts Disc, de cassettes, de pouvoir se présenter sur le forum. Pour ceux qui ont de l’expérience, on a la possibilité de faire un concert cafétéria. Pour ceux qui sont dans une mécanique beaucoup plus professionnelle voire en phase de le devenir, on peut envisager de les faire entrer en salle. 

Le Rénovateur Quotidien : Comment se passent les élections au niveau des choix sur les artistes ? On affirme et même qu’il y a des discriminations et du favoritisme. 

Philippe Debrion : (Il observe un silence) Moi de mon coté, je n’ai pas le sentiment qu’on favorise ou défavorise certains. Tous ceux qui sont artistes disent qu’ils sont bons. Il y a des étapes, il faut les passer. Certains artistes voient dans le passage au CCF comme étant un aboutissement. On ne peut pas non plus prendre le même groupe tout le temps. On essaie aussi de ne pas blesser les susceptibilités. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que c’est vous qui allez à la recherche des artistes où c’est l’inverse ? 

Philippe Debrion : C’est une conjonction des deux. Il y a des gens qui ont suffisamment de renommée et de talent : donc, il faut aller les chercher. Il y a d’autres aussi qui sont très solliciteurs mais qui n’ont pas nécessairement le talent des premiers. Le concert forum par exemple est une occasion pour les artistes de se frotter à la scène. Il ne faudrait pas oublier que nous sommes un centre culturel. Culture ne veut pas dire artistique. Ce n’est pas non plus seulement  un lieu de diffusion de la musique.  On est aussi un lieu de travail, d’études, de recherche et de lecture. On essaie de donner aux artistes mauritaniens une visibilité à un moment donné. On essaie de faire passer aussi des connaissances à travers des expositions scientifiques ou littéraires. On a une forte diversité dans nos activités. Il est aussi intéressant pour les artistes mauritaniens de découvrir ce qui passe dans la sous-région. On n’est pas le lieu de la diffusion de la culture mauritanienne. On est un lieu de dialogue et d’échanges sur différents types de perception culturelle. 

Le Rénovateur Quotidien : Toujours dans le cadre des échanges culturels, avez-vous une politique qui permet d’envoyer par exemple des artistes mauritaniens en France ? 

Philippe Debrion : On n’est pas non plus le lieu pour envoyer des artistes à l’étranger. (…)Il y a des pays où les artistes mauritaniens ne sont pas connus: donc, il faut s’imposer et être meilleur ou avoir une qualité de musique qu’on ne trouve pas ailleurs. Une musique assez novatrice et en même temps d’un très bon niveau dans son exécution. ! Quand vous voyez les artistes africains capables d’aller en Occident, aux Etats Unis d’Amérique  ou ailleurs, vous vous rendez compte qu’il y en a pas beaucoup. En Mauritanie, vous avez de la chance. Vous avez Malouma qui est une artiste internationale. Ousmane Gangué qui commence à prendre un peu d’ampleur. Il faut bien comprendre que les CCF ne peuvent pas être le lieu de diffusion de la musique locale à l’étranger si déjà l’artiste lui-même n’arrive pas à s’imposer dans les pays limitrophes. 

Le Rénovateur Quotidien : Je reviens encore à la programmation. On a constaté qu’il y a trop de jazz. C’est seulement dans ce mois de mars qu’on n’a pas eu de jazz. Allez-vous procéder à une programmation plus locale ? 

Philippe Debrion : Pour le jazz, on va reprendre au mois de mai. On va faire un coup d’arrêt. On a d’autres priorités : on essaie de faire venir une troupe de danse, les frères Guissé du Sénégal et Ablaye Cissoko qui fait du jazz avec de la Kora… 

Le Rénovateur Quotidien : On a remarqué aussi que les pièces de théâtre manquent énormément. Avez-vous pensé à équilibrer un peu la programmation ? 

Philippe Debrion : Effectivement ! D’ailleurs, on fera venir un groupe de théâtre de la Guinée Conakry. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’il est facile de faire venir des stars internationales comme Habib Koité et comment cela se passe concrètement ? 

Philippe Debrion : Il y a une coordination régionale gérée par un ami qui se trouve à Dakar. C’est plusieurs CCF qui se mettent ensemble pour gérer ce type de spectacle. Parce qu’il y a des tournées, on arrive donc à avoir ces spectacles à des prix assez raisonnables. Il arrive parfois qu’on bute sur des difficultés. Par exemple, on a essayé de monter un spectacle avec DJ Awadi mais on n’a pas réussi.   

Le Rénovateur Quotidien : Au mois de février, vous nous annonciez  la venue de Claudi Siar(animateur de couleurs tropicales sur RFI, NDLR). Qu’en est-il exactement ? 

Philippe Debrion : Il semblerait qu’au mois de décembre dernier, il y a eu  quelque chose d’un peu particulier et qu’au mois de janvier, il y a eu encore un autre problème en Mauritanie(il fait allusion à l’assassinat des 4 touristes français du 24 décembre 2007 et l’attaque contre l’ambassade d’Israël du 29 janvier 2008, NDLR).  Du coup, il y a eu un conseil aux voyageurs qui a été prescrit par le Quai d’Orsay.   

Le Rénovateur Quotidien : Mais lui qu’est-ce qu’il a à voir dans tout çà ? 

Philippe Debrion : S’il y’a un problème de sécurité, automatiquement, il va y avoir des réticences à faire partir des gens à l’étranger notamment dans des pays susceptibles d’être des pays à risques. Cependant, je suis toujours en contact avec Hortense (productrice de couleurs tropicales, NDLR). Je dois la rappeler la fin du mois de mars pour refaire le point et voir quand est-ce qu’on pourrait enregistrer l’émission (à Nouakchott, NDLR). 

Le Rénovateur Quotidien : Comment percevez-vous le fait que la Mauritanie soit assimilée à un pays terroriste ? 

Philippe Debrion : Pays terroriste ? Vous allez un peu vite en besogne ! C’est vrai qu’il y a eu des incidents de parcours mais ce n’est pas vraiment le cas. Ce qui vous a choqué peut-être, c’est que ce n’était jamais arrivé. 

Le Rénovateur Quotidien : Les autorités françaises ne sont-elles pas allées trop vite en besogne comme vous dîtes lorsqu’elles ont déconseillé  ‘fortement’ à  ses ressortissants de ne pas se rendre en Mauritanie ? 

Philippe Debrion : (Il observe le silence) Ça, vous allez voir directement les autorités(rires). Ce n’est pas moi l’autorité ! Vous leur demandez à eux. Moi, je constate simplement. C’est un fait et puis les choses risquent fortement de se tasser. Je crois que les mauritaniens ne sont pas des gens agressifs ni méchants. Moi qui vis dans ce pays, je me dis que c’est un peu injuste : les mauritaniens ne méritent pas ça.   

( 24 mars, 2008 )

Elections : on en parle de plus en plus mais auront-elles ?

Un an après l’élection de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi à la magistrature suprême du pays, des voix s’élèvent de plus en plus  fortement  pour demander l’organisation de nouvelles élections législatives, sénatoriales et municipales. Mais le Président de la République, connu pour son ouverture d’esprit, va-t-il accorder du crédit à ceux qui réclament, becs et ongles, la tenue de ces nouvelles élections ? Va-t-il céder si la pression devient de plus en plus visible et lisible ?

Les circonstances actuelles permettent-elles véritablement d’envisager ou de s’engager sans biscuit dans une telle entreprise sérieuse qui exige beaucoup de mobilisations financières et des ressources humaines considérables en terme de supervision et de déploiement sur le terrain ?

Le budget de l’année en cours ne prévoit pas cela ou ne l’a pas prévu. Admettons par exemple, que la Mauritanie décide d’organiser de nouvelles élections législatives, sénatoriales ou municipales, où alors va-t-elle trouver tout l’argent nécessaire ? Certainement, ce n’est pas avec les recettes de la SNIM !

Tenir des élections dans de telles circonstances ne serait pas forcément un signe de reculade mais une preuve de donner à chaque parti politique ou chaque mauritanien qui le désire sa chance d’être représenté à l’assemblée nationale, au sénat et dans les communes.

Mais là, ne se situe pas la véritable inquiétude et la suspicion. Nous savons tous que les élections sont toujours l’occasion bénie et rêvée pour le pouvoir parce qu’il a à sa disposition toutes les mannes financières du pays, de gaspiller, de dilapider et de distribuer sans sourciller et comme bon lui semble des billets de banque à flots.

Laissant de côté toute considération politicienne ou d’ordre politique, on peut penser que de telles élections feraient aboutir ou donneraient naissance à une nouvelle réalité ou recomposition de la scène politique et à une configuration plus réelle et plus expressive de notre landerneau politique.

Dans ce cas, chacun pourra y trouver son compte notamment les partis politiques comme l’AJD/MR de Ibrahima Moctar Sarr qui a engrangé plus de 8% de l’électorat durant les élections présidentielles de février 2007 à l’issue de laquelle, il s’était positionné 4ième derrière Zéine Ould Zéidane, Ahmed Ould Daddah et Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallah. Et devant Mohamed Ould Maouloud !

Si on arrivait à tenir de telles élections, ce serait véritablement un précédent dans l’histoire politique de la Mauritanie. Mais à vrai dire, est-ce qu’organiser des élections législatives, sénatoriales ou locales est une nécessité urgente ?

D’un point de vue rationnel, il n’y a aucune obligation à prendre cette option. Mais d’un point de vue politique, et surtout avec la nouvelle configuration de la scène politique marquée par l’entrée en jeu du PNDD, de l’AJD/MR et d’autres partis politiques récemment autorisés par le ministère de l’Intérieur, ce serait une hypothèse plausible à ne pas écarter.

Dans ce registre, des partis politiques comme l’AJD/MR d’Ibrahima Moctar Sarr qui n’a aucun député à l’assemblée nationale, ni un sénateur et encore moins un conseiller municipal pourrait tirer profit d’une éventuelle organisation d’élections législatives, sénatoriales ou municipales, vu le score non négligeable qu’il a réalisé durant l’élection présidentielle.

Même si certainement, les contextes ne sont pas les mêmes. Cette position stratégique lui a valu d’être  la force politique la plus courtisée du pays. Le PNDD, pour sa part, serait certainement favorable et pourrait même précipiter cette décision d’autant plus que les membres de ce parti commencent à envoyer des signaux  de contestation  à  l’action gouvernementale. Qu’à cela ne tienne ! Mais si c’est pour des raisons d’opportunisme ou d’intérêts gropusculaires, on ne voit pas pour quelles raisons devrait-on tenir de telles élections pour  une poignée de personnes avides de pouvoir.

Evidemment, toute la décision et toute la responsabilité revient au Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, qui est seul maître à bord et à qui il est libre de décider  ou non de l’organisation  de ces élections anticipées que réclament de plus en plus des partis politiques qui fondent leur position sur la situation actuelle qui prévaut dans le pays.

La création du PNDD pourrait être un élément moteur dans la tenue de nouvelles élections législatives, sénatoriales et municipales. Ce ne serait pas donc surprenant qu’on se réveille un bon jour en apprenant la dissolution de l’assemblée nationale, du sénat et des collectivités locales  pour servir le desiderata de lobbies. Ce ne sont pas les procédures ou les techniques qui manquent souvent dans ces genres de situations. Tellement que nos politiciens sont doués qu’ils ne manqueront pas  d’user  toutes les astuces et de tous les subterfuges les plus extravagants pour arriver à leur fin.

Les cadres du PNDD pourraient faire avaler leur pilule au Président. Mais comme Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a toujours ‘refusé’ ou fait savoir que le ‘Pacte National pour la Démocratie et le Développement’ n’était pas son parti, on verra bien s’il en est toujours ainsi. Et cautionner cela, signifierait le contraire. Et comme on le sait, on ne peut gouverner qu’avec ‘sa’ majorité pour esquiver une cohabitation parfois très difficile. Compte tenu surtout du fait dans nos pays que nos ‘gouvernants’ ne sont pas souvent habitués à ce genre de situation parfois exécrable et insupportable à gérer.

Il est certain qu’organiser des élections nouvelles serait coûteux pour notre pays. Compte tenu aussi de la dèche qui frappe notre trésor public.  La Mauritanie peut-elle se permettre le luxe d’organiser de nouvelles élections en l’espace d’une année ? Plus qu’un précédent, l’organisation de ces élections signifierait la fin des ‘indépendants’ sans étiquette et appartenance politique pour quelques-uns d’entre eux.

En cas d’élections, quel parti politique en profitera. C’est vrai que les ‘indépendants’ sont majoritaires à l’assemblée nationale, au sénat et dans les communes. Mais, en cas d’élections, est-ce que ce sera la même coloration ? Rien n’est moins sûr !

Aujourd’hui, ceux qui réclament la démission du gouvernement de Zéine Ould Zéidane demandent par la même occasion l’organisation de nouvelles élections. Notamment la coalition Mithaq El Wihda qui regroupe 23 partis politiques.

Au cas où il serait démis de ses fonctions de Premier ministre, ambitieux qu’il est jusque dans l’âme, Zéine O. Zéidane ne mettrait pas du temps lui aussi pour créer son propre parti politique qui refléterait sa vision politique et se lancer dans la perspective électorale.

On sait parfaitement que rien ne lie Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et Zéine Ould Zéidane en termes politiques. Donc, pour ne pas mourir ‘politiquement’, il serait astreint de forger son parti politique. Reste à savoir maintenant : quand aura-t-il lieu ?

Déjà, certains partis politiques se sont situés dans une logique de campagne préélectorale. Ils commencent à étendre leurs bases, à multiplier les contacts avec leurs militants, à sillonner le pays. Comme pour cautionner les rumeurs faisant état  de l’organisation de nouvelles élections, le Ministère de la Décentralisation et de l’Aménagement du territoire a catégoriquement démenti de telles informations. Une rumeur étant toujours une sorte de sondage auprès de l’opinion, on verra bien si le pouvoir va tenir en compte les exigences du moment.

En termes de suffrage, des partis politiques comme l’Union des Forces de Progrès et l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/ Mouvement pour la Rénovation, chassent sur le même terrain politique. Surtout qu’après le vote du statut de l’opposition, ces deux formations politiques se regardent en chiens de faïence.

Babacar Baye Ndiaye 

( 24 mars, 2008 )

Acte 2 de la phase de rapatriement: Les déportés de la wilaya du Brakna retournent à la terre et au sang!

Située au sud de la Mauritanie, Boghé, une ville frontalière avec le Sénégal, séparé seulement de quelques 70 mètres par le fleuve Sénégal, est à moins de 350 km de Nouakchott. Au bord du fleuve- à Boghé, il n’y a pas d’embarcadère ni de quai- dans le quartier de Boghé Escale, des centaines de personnes attendent d’un moment à l’autre les déportés mauritaniens venant de Ndioum, une ville du Sénégal, frontalière aussi avec la Mauritanie dans le cadre du rapatriement volontaire.

Dès les premières heures de la matinée, les populations de Boghé ont pris d’assaut les berges du fleuve où étaient aménagées pour la circonstance des tentes qui devenaient de plus en plus trop exiguës au fur et à mesure qu’elles affluaient. Et pour parer à toute éventualité, toutes les dispositions nécessaires furent prises par l’ALPD, l’ONG chargée de l’organisation, de l’accueil et de l’installation des déportés dans leur site.

«Nous avons mis toute la logistique en place, rassure monsieur Mohamed Lemine Bakayoko chef d’antenne de l’ALPD(Brakna et Trarza). Toutes les pirogues sont en place accompagnées de femmes pour aider les enfants avec des besoins spécifiques et équipées de gilets de sauvetage. Nos camions sont en place en attendant la traversée pour acheminer les déportés vers la maison des jeunes pour remplir leur formalité. »Aucun incident ne fut enregistré au cours de la traversée qui a duré plus de deux heures. Pas de doute non plus ni de crainte de la part de l’ALPD qui affichait une bonne mine ce dimanche 23 mars. 

L’ambiance était festive. Il y avait les familles qui étaient venues accueillir leurs frères, leurs sœurs, leurs parents. «C’est la joie extrême, confie Dioum Ciré responsable de l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme à Boghé venu accueillir lui aussi les déportés. Tout le monde est là. Aujourd’hui, grâce à la volonté du chef de l’Etat, le retour des déportés est devenu une réalité. » Et de demander aux autorités d’assurer le suivi du retour des déportés autrement dit les rétablir dans leurs droits : logement, éducation, santé…

En attendant, la fête continue toujours sous un soleil de plomb. Dans la foulée, les déportés rentrés en 1995. Parmi eux : Amadou Sow dit Demba Gaye. Pour ces gens-là laissés en rade, rien encore n’a été prévu jusqu’au moment où le ministre de l’Intérieur prononçait son discours. «Nous souhaitons vraiment que notre cas soit réglé », plaide-t-il. Doléances bien captées par Yall Zakaria puisque dans son discours, il annoncera un certain nombre de dispositions qui seront prises dans ce sens. 

La joie, la tristesse, l’émotion étaient au rendez-vous idem les pleurs et les larmes. Dans ce tohu-bohu indescriptible, certains déportés ont accompli deux rakats surrogatoires pour rendre gloire à Allah, le Tout Puissant. Une image très forte ! La venue des déportés mauritaniens est toujours un moment de temps fort qui ne laisse personne indifférente. 

«C’est épatant de voir des citoyens revenir dans la joie et l’allégresse dans leur pays après tant d’années d’endurance à l’étranger…», lâche un habitant de Boghé sous le coup de l’émotion en voyant les déportés descendre des pirogues. Non loin, d’autres regardent et contemplent les déportés. «C’est la consécration de l’orientation du Président de la République, souligne Abdoulaye Mamadou Ba conseiller à la présidence de la République.

C’est l’apogée de la réalisation d’une partie très importante du programme du Président de la République qui a tenu à ce que justice soit rétablie par rapport à ce qui s’était passé en 1989. La Mauritanie ira dorénavant de l’avant avec une citoyenneté bien rétablie pour nos compatriotes qui ont vécu à l’étranger. C’est aussi le signe que l’Etat de droit est en train de s’enraciner davantage dans notre pays pour le bonheur des mauritaniens, pour le futur du pays et de son développement. » 

C’est sous le crépitement des flashs, des ovations, des rythmes de tam-tam et de chants que les déportés ont été accueillis. Jus, biscream, eau minérale, boisson, gâteaux…Tout a été prévu contrairement à Rosso. Cependant, l’ALPD, chargée par ailleurs de l’organisation et de l’accueil des déportés a eu d’énormes problèmes : problèmes de coordination, d’organisation et surtout d’espace… 

Au demeurant, toutes les autorités concernées par ce rapatriement ont été mises à contribution pour que ce retour se déroule dans de très bonnes conditions. Pour ne pas omettre ou commettre les mêmes erreurs lors de la phase test de rapatriement qui s’était déroulée à Rosso le 29 janvier dernier, les points ont été mis sur les i.

«L’Etat a dévolu l’organisation de cette opération de retour et de réinsertion à l’ANAIR qui est en collaboration avec le H.C.R. Ces organismes prendront en considération toutes les observations et je suis sûr que des solutions seront trouvées le plus rapidement possible par rapport à toutes les doléances qui auront été posées par nos compatriotes », a assuré Abdoulaye Mamadou Ba conseiller à la présidence de la République faisant allusion à l’utilisation de tentes pour subroger les bâches où il fait excessivement chaud pendant la journée.   

Ouvrant la cérémonie officielle, le maire de Boghé Ba Adama Moussa et membre de l’union des Forces de Progrès, a esquissé son discours par un retentissant : «Chers compatriotes rentrés aujourd’hui de déportation, je vous salue et  je vous souhaite la bienvenue dans votre chère patrie la Mauritanie et dans votre ville Boghé… » suivi d’ovations des populations. 

«Personne n’ignore les conditions inhumaines dans lesquelles vous aviez été déportés et les difficultés que vous avez enduré durant ces 20 dernières années… », rappelle-t-il en s’adressant aux déportés revenus, dit-il, grâce à la sagesse, à la persévérance, au courage et au patriotisme de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi dont la moindre allusion provoquait des salves d’applaudissements de la part des populations. 

En effet, la cérémonie de Boghé marquait le retour du 4ième groupe des déportés mauritaniens mais surtout le 1er groupe pour la Wilaya du Brakna. «La solution de ce problème hérité du passé ne se réduit pas tout simplement  à ouvrir la voie du retour, a précisé le directeur de l’ANAIR Moussa Fall, mais va au-delà vers la garantie d’une vie digne. » 

Dans ce cadre, l’Agence Nationale d’Appui et de Réinsertion des Réfugiés, pour couper l’herbe sous les pieds et éviter tout amalgame, a déjà entrepris pour cette première vague des déportés de la wilaya du Brakna un programme d’appui et d’accueil pour les  nouvelles familles dont chacune bénéficiera, dans le cadre de la dotation d’accueil, 700.000 Ouguiyas.

Et le directeur de l’ANAIR de saisir l’occasion pour divulguer les trois composantes du plan d’action de son agence. «D’abord, le plan d’accueil renforcé(PAR) qui consiste à réaliser des projets d’intérêts communs en faveur des populations d’accueil en général et des actions spécifiques et bien ciblées en faveur plus particulièrement des rapatriés de 96-97 et 98 et des muçafirines qui étaient expulsés du Sénégal.

Une étude d’évaluation rapide de ce programme a été engagée en partenariat avec l’Université d’Arizona et des équipes conjointes de nos deux institutions qui sillonnent actuellement les différentes régions ciblées. Cette étude sera soumise après sa validation par le gouvernement à l’appréciation des partenaires techniques et financiers.

Ensuite, nous avons engagé le plan d’action de l’ANAIR qui comporte un plan d’insertion durable qui vise à assurer une cohabitation harmonieuse et  durable des populations dans les différentes wilayas d’accueil des rapatriés. La réussite de ce programme permettra à terme de renforcer nos capacités et de surmonter les défis de l’insuffisance de la production agricole et de l’insécurité alimentaire de notre pays.

Une dernière composante du programme de l’ANAIR vise les rapatriés revenus en dehors de l’accord triparti. Mais comme l’a si bien dit le Président de la République, la sagesse nous recommande d’ordonner les priorités, de commencer par rétablir dans leurs droits ceux qui ont subi l’injustice de la part de leur pays et de créer une atmosphère qui nous aidera à faire face à l’ensemble des problèmes avec davantage d’unité, de fermeté et de capacité. » 

Bien sûr, le H.C.R. a été de la partie. Son représentant à Nouakchott, Didier Laye, a tiré un chapeau aux autorités du Brakna pour leur soutien enthousiaste, rapide et efficace. «Sans quoi, cette opération n’aurait pu avoir lieu dans les conditions que nous voulions c’est à dire de rapidité mais surtout de confort et de dignité pour les personnes qui rentraient », soutient-il visiblement satisfait aussi de la volonté du Président de la République, du soutien de la communauté internationale et du désir des déportés de retourner chez eux. 

Depuis le début du rapatriement, plus de 900 personnes sont revenues volontairement. Pour ce qui concerne la wilaya du Brakna, deux autres rapatriements sont prévus ce 25 et 27 mars courant. «Nous allons continuer les rapatriements et maintenir la cadence », a promis Didier Laye même en dépit des tergiversations, des interrogations et des limites du H.C.R. 

Quant au représentant des déportés, Abdou Roudou, il a essentiellement centré son laïus sur le pardon et la tolérance en faisant savoir qu’ils sont fiers de retourner à leur pays d’origine sans regret ni rancœur. 

C’est sous un soleil qui tapait si fort que le ministre de l’Intérieur Yall Zakaria, en convalescence, a prononcé son discours : «Bismillah, Bismillah, Bismillah. » Avec ce retour, «une page se tourne, dit-il, un jalon dans la restauration et la consolidation de l’unité nationale » ; l’administration et l’Etat accompagneront les déportés dans leur réinsertion de la vie active nationale. 

A la tête d’une très forte délégation(ambassadeurs d’Espagne, des Etats-Unis et d’Allemagne, de la Représentante du système des nations unies en Mauritanie), le ministre de l’Intérieur a fait savoir que la volonté politique du gouvernement mauritanien de résoudre le problème des déportés mauritaniens est évidente et  réelle. 

«Tous les gages de sincérité ont été donnés et tous les mécanismes d’encadrement de l’accueil des réfugiés sont aujourd’hui opérationnels et donnent entière satisfaction », estime Yall Zakaria en donnant l’exemple de la Commission Nationale d’Identification des Réfugiés et ses antennes régionales et locales qui fonctionnent, selon lui, de manière satisfaisante. 

Dans le cadre des premiers mouvements de rapatriements, une équipe de l’université d’Arizona sera bientôt au Brakna pour la collecte des données pertinentes pour la formulation d’un programme cohérent et intégré de développement au profit de tous les rapatriés et de tous les muçafirines et des populations des zones d’accueil.

L’enjeu de ce programme est de taille : répondre aux sollicitudes des rapatriés, réaliser ou rétablir des infrastructures de base, formuler des projets d’insertion dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage et d’activités génératrices de revenus… «L’échec et les dysfonctionnements ne sont pas permis », a déclaré le ministre de l’Intérieur Yall Zakaria. «Cette phase d’insertion des rapatriés est cruciale et requière une forte mobilisation des pays amis et des partenaires au développement », reconnaît-il. L’objectif étant de créer par ailleurs les conditions d’un développement harmonieux et solidaire. 

Le lancement des opérations de retour et d’insertion des déportés au Brakna marquait la phase d’accélération du processus de rapatriement. Les autorités administratives régionales et départementales ont été engagées par le ministre de l’Intérieur pour la réussite de ce projet si cher au Président de la République. 

Moins de 300 personnes furent concernées par cette phase : elles bénéficieront des programmes d’urgence de l’ANAIR, de l’appui du H.C.R. et du P.A.M. dans leurs sites. Elles recevront aussi leurs pièces d’état civil et leurs cartes d’identité nationale comme l’a assuré le ministre de l’Intérieur Yall Zakaria, dans le respect des lois et règlements du pays. 

Toutes ces personnes ont été installées à Boinguel Tchilé, leur village d’origine situé à quelques 15 minutes de Boghé, où 85 tentes sont aménagées par le H.C.R. Cette localité rasée durant les événements de 1989 ne donne pas aujourd’hui l’image qu’elle fut habitée en y mettant les pieds tellement qu’elle ressemble à un cimetière. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 30 mars, 2008 )

Détournement de mineures

 

 Oumoul Khairy : mariée à 6 ans, divorcée à 8 ans 

 

L’Association des Femmes Chefs de Famille (l’AFCF) a organisé, ce samedi 29 mars, à son siège sis Tévragh-Zéina, une conférence de presse. A l’ordre du jour, deux points : le premier concernait l’arrestation du rédacteur en chef du quotidien arabophone  Essirage, Mohamed Salem O. Mohameddou par la police mauritanienne la semaine dernière et le second point était relatif au détournement de mineures. Le cas de Oumoul Khairy mariée à 6 ans et divorcée à 8 ans constitue un exemple bouleversant d’une atrocité bien avérée digne d’un autre âge. 

L’AFCF se solidarise avec Mohamed Salem O. Mohameddou rédacteur en chef d’Essirage 

Aminétou Mint Ely Moctar a condamné, au cours de ‘sa’ conférence de presse, la manière dont le journaliste d’Essirage Mohamed Salem O. Mohameddou a été appréhendé par les forces de l’ordre. (Il fut cueilli sans mandat d’arrêt dans son lieu de travail, NDLR). Cela, à ses yeux, est inadmissible surtout dans un pays démocratique. «Dans un pays qui veut avancer, dit-elle, la moindre des choses, c’est d’accorder la liberté d’expression et la liberté d’opinion à sa presse et à ses journalistes. » 

La présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille a mis en exergue le rôle de la presse dans l’information des populations mauritaniennes, l’ancrage de la démocratie et le développement  de notre pays. Selon elle, les pouvoirs publics ne doivent pas s’immiscer encore moins fouiner dans le travail de la presse et des journalistes. L’arrestation de ce journaliste démontre, s’exclame-t-elle, que les autorités veulent museler la presse et tuer dans l’œuf la liberté d’expression et d’opinion dans notre pays. En outre, elle a demandé la libération immédiate et sans condition de Mohamed Salem O. Mohameddou rédacteur en chef du quotidien arabophone  Essirage. «Nous lançons un appel à l’Etat mauritanien de libérer ce journaliste qui reste encore détenu. Nous ne voulons pas qu’il y ait une tache qui va salir l’image de notre pays», note-t-elle. 

Tout en réitérant son soutien et sa solidarité à Mohamed Salem O. Mohameddou, la présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille, Aminétou Mint Ely Moctar a réaffirmé son engagement en faveur de la justice et de la liberté d’expression, seuls gages d’un Etat de droit. 

 

Cas de mariage précoce  

Une fillette mariée à 6 ans et divorcée à 8 ans ? Cela est arrivé en République Islamique de Mauritanie. Son nom : Oumoul Khairy.  Agée aujourd’hui de 8 ans, elle a été amenée en Arabie Saoudite, à l’âge de 6 ans par sa tante El Moumina Mint Tijani qui l’a marié à un certain Abdelatif O. Adel. Ce dernier, après avoir violé la petite, a été expulsé d’Arabie Saoudite. Ce cas de mariage précoce, à la limite répugnant, est un véritable cas de conscience. Durant deux années, elle a été torturée et maltraitée par sa propre tante et la famille de cette dernière. Sans que ces parents ne soient véritablement pas au courant ! 

Ecœurée par ce mariage précoce qu’elle qualifie de détournement de mineure et de viol, Aminétou Mint Ely Moctar a appelé les autorités à être plus vigilantes sur ce genre de trafic qui sont devenues monnaie courante dans notre pays. Souvent l’œuvre de réseaux hyperstructurés avec parfois la complicité de certains policiers, les trafics d’enfants et de petites filles se développent de jour en jour au su de tout le monde sans que cela ne fasse rechigner personne. Estimant que de telles pratiques sont contraires aux principes de l’islam, Aminétou Mint Ely Moctar a demandé l’appui et la solidarité de tout le monde pour freiner de telles pratiques. Par rapport à ce cas, l’AFCF, a révélé sa présidente, va porter plainte au niveau de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et de saisir aussi le ministère de la promotion féminine, de la femme et de l’enfance. Oumoul Khairy, a promis Aminétou, sera encadrée et alphabétisée. 

Sur le plan juridique, le cas de Oumoul Khairy est un cas très grave qui viole le Code du Statut Personnel qui stipule que le mariage doit se faire à l’âge de 18 ans au moins. Que dire de cette fillette âgée seulement de 8 ans ? 

Cet énième cas de détournement mineure pose aussi le problème des trafics d’enfants souvent utilisés pour servir de prostituée dans certains pays arabes. Aminétou a demandé à la presse de faire des investigations sur ces pratiques qui avilissent l’être humain dont la majorité des victimes demeurent des mineures souvent livrées à elles-mêmes. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

( 30 mars, 2008 )

Tahara Mint Hembara : Le Retour sur scène !

Tout a commencé en 1989 pour cette dame d’honneur lorsque au paroxysme des événements terribles entre la Mauritanie et le Sénégal nés d’un incident anodin entre agriculteurs sénégalais et éleveurs mauritaniens, elle a osé dire non ! Lever sa voix contre ce qui se passait ! Dire halte aux massacres et aux tueries qui commençaient à sévir dans les deux pays. «J’étais à Abidjan. Ça m’a révolté ! Ça m’a choqué ! Je ne m’y attendais pas du tout. Je ne m’imaginais pas une seule seconde de ma vie que le Sénégal et la Mauritanie puissent être des ennemis », confie-t-elle dans un accent grave montrant encore son amertume, son indignation et son écœurement. De cette période douloureuse,  elle en garde toujours des souvenirs regrettables et amers comme un comprimé de nivaquinine.  Et, aujourd’hui, presque vingt ans après, lorsqu’elle en parle, c’est comme si elle était marquée au fer rouge. «Je n’aime pas faire ma promotion sur des misères qui se sont déroulées à l’époque. Mais, c’est une époque que j’ai très mal vécue », avoue-t-elle avec une pointe de fausse modestie. Sa prise de position, son courage et son humanisme  lui valurent même des récriminations de la part de la communauté maure dont elle est issue, des menaces d’intimidation et de mort de la part de certains extrémistes. Cela, elle le paiera cher, trop cher même. «A Paris, se souvient-elle, on me téléphonait. On me harcelait. J’étais obligée de déménager en 1989. Et laissez-moi vous dire que déménager à Paris, ce n’est pas une sinécure. J’étais obligée de changer de numéro de téléphone. J’étais obligée d’aller dans un autre quartier puisqu’on me téléphonait tous les soirs pour me dire beaucoup de méchancetés que je ne vais pas débiter ici tout de même. Ils me disaient : ‘De quoi tu te mêles ?’, ‘Ça ne te regarde pas’… » Elle en souffrira beaucoup, réduite presque à l’anonymat et à la peur. 

 

La révolte contre l’arabisation 

 

La fin des années 70 verra le début de l’instauration de l’arabisation dans le système éducatif mauritanien. Elle faisait le collège. Là aussi, elle se révoltera voyant dans l’arabisation une manière évidente de marginaliser la communauté ‘négro-mauritanienne’. Elle sera l’une des rares mauresses à manifester contre cette décision passée comme lettre à la poste. «Je ne suis pas contre l’arabisation du système. Loin s’en faut et j’insiste. Mais brusque, je savais que ça lésait la partie négro-mauritanienne. »C’était la période des hommes de treillis ! «J’ai toujours été contre le régime des militaires puisqu’il n’y a pas de démocratie véritable », dit-elle. Ses relations avec les différents régimes qui se sont succédés furent exécrables et tendues. «Je défie quiconque de me sortir une image de moi, une chanson de moi, quelque chose de moi sous un régime militaire quelconque », lance-t-elle et de rajouter : «C’est dans les casernes qu’ils doivent être. J’aime beaucoup les militaires. Nous avons besoin de nos militaires : ce sont des fils de la nation. Nous avons besoin d’eux lorsque nous sommes menacés. Nous n’avons pas besoin de militaires dans les bureaux ni à la présidence encore moins dans un ministère.» 

Elle croit dur comme fer que tous les mauritaniens ne sont pas tous des extrémistes. Les massacres qui ont résulté des évènements de 1989, soutient-elle, est l’œuvre d’un régime militaire. «Et il ne faudrait pas que nos autres communautés (poular, soninké et wolof, NDLR) de ce pays croient qu’elles ont un problème avec une communauté (maure, NDLR). NON ! », préviesnt-elle. 

Elle regrette le fait que la Mauritanie n’ait pu jamais exploiter sa position stratégique de pays-passerelle entre le monde africain et le monde arabe. «C’est une force, pense-t-elle, mais nous en avons toujours fait une faiblesse jusqu’à présent. Pourquoi ? » 

 

‘Je ne suis pas la chanteuse du pouvoir’ 

 

Depuis le 19 avril 2007, la Mauritanie est dirigée par Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi. Tahara Mint Hembara qui a soutenu le programme politique de ce dernier durant sa campagne présidentielle, est optimiste puisque ce dernier a tenu toutes ses promesses. «Tout est en train de se mettre en place », dit-elle. Même si elle comprend dans une certaine mesure l’empressement des mauritaniens. «Par essence, l’être humain est pressé. Nous voulons tout, tout de suite. Ce n’est pas possible. Il faut donner du temps au temps », estime-t-elle. «Je pense que les choses s’acheminent vers le bien et que ça va aller de mieux en mieux. Si ça ne va pas, au vote prochain, on sanctionne les gens qui n’ont pas été à la hauteur. C’est tout. Où est le problème », poursuit-elle en faisant savoir qu’elle serait la première à sanctionner le pouvoir. 

Depuis quelques temps, Tahara Mint Hembara a le vent en poupe : célébration du 8 mars, invitée à la visite du président allemand Kohler, retour des déportés…Cette femme de l’Est semble être adulée par le pouvoir de Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi. Alors chanteuse du pouvoir ou non ? «Non, je ne suis pas la chanteuse du pouvoir. Absolument pas ! », se défend-elle. «J’ai été à coté des déportés puisque ce sont mes convictions, explique-t-elle. Je venais faire ce que j’avais fait il y a 20 ans. Il n’y a pas de raison que je ne sois pas là. Quand je suis venue au 8 mars, ce n’est pas le pouvoir. Le 8 mars, c’est la fête de la femme. Lorsqu’on m’a invité lors de la visite du président allemand, c’était avec un groupe d’artistes dont je faisais partie. » 

Bourrée d’idées à faire craquer n’importe qui, elle ne compte pas se ré-investir dans le combat politique. «Pendant longtemps, j’ai fait de la politique : je me suis battue. Maintenant, je préfère prendre un peu de recul par rapport à la politique », annonce-t-elle pour se consacrer à sa passion : la musique. «Je ne suis pas une artiste qui applaudit à l’aveuglette, assure-t-elle, et je ne suis pas non plus une artiste qui applaudit derrière des gens pour avoir quelque chose. » 

Aujourd’hui, celle qui a tout donné à son pays attend le retour de l’ascenseur. Mais, elle est à bout de souffle lorsqu’elle est cataloguée comme étant l’artiste du pouvoir. Elle qu’on a contraint à l’exil en lui empêchant de passer son baccalauréat tout simplement parce qu’elle défendait une cause noble. «Je suis l’artiste qui n’a jamais fait de promotion personnelle sur le dos d’une partie de la population, fulmine-t-elle comme pour se justifier. Je ne suis pas l’artiste d’un camp. Je suis l’artiste de tous les mauritaniens qui souffrent d’injustice. » 

Tahara Mint Hembara est l’une des rares femmes mauritaniennes à s’être inscrite à l’université de Sorbonne de Paris I. «Je n’ai pas pu pousser mes études à cause du fait qu’il fallait chanter le soir et terminer le matin. Je suis une petite nature. Je ne pouvais pas assurer tout cela. J’étais obligée de laisser tomber ma 3ième année. J’ai formé mon groupe composé de métisses. Nous avons sillonné l’Europe et nous avons commencé à gagner de l’argent », affirme celle qui se définit comme étant une citoyenne du monde. «Quand on est correct, intelligent, sympathique, bon : les gens vous acceptent. Je suis une femme qui a un casier judiciaire absolument vierge à mille pour cent en France. Partout où j’étais, je n’ai jamais eu de problème parce que je suis quelqu’un qui est respectueuse des valeurs humaines », rappelle-t-elle. 

 

Le destin d’une intellectuelle griotte 

 

Non seulement, Tahara Mint Hembara est une artiste mais aussi c’est une intellectuelle, une commerçante. Et surtout, une grande humoriste. «J’adore rire. Je peux passer toute une journée en train de faire rire. Le rire, c’est un métier très difficile. Ce n’est pas donné à n’importe qui ! », se targue-t-elle avec beaucoup de coquetterie et d’humour. «J’écris aussi, révèle-t-elle. J’écris ma vie. J’écris la vie des gens autour de moi. J’ai une plume pas très mauvaise, j’espère. Un jour, quand je publierai, on verra bien. Il y en a d’ailleurs qui auront de véritables surprises (rires) : bonnes ou mauvaises. Ça dépend de ce qu’ils ont fait. » 

Tout ce qui est péjoratif, elle n’aime pas. Certainement dû à ses origines griottes. Et comment, cette enfant unique qui a grandi dans une famille de tribu guerrière du coté de son père adoptif(Ahmed O. Said, de la tribu des Oulad Demane qu’elle chérit beaucoup) qu’elle prenait pour son propre papa ; d’une famille où il ne résonnait aucune note musicale est devenue l’une des plus grandes cantatrices de l’Afrique ? «Ça a été une véritable passion », explique-t-elle. Un des greniers de la musique traditionnelle mauritanienne, elle avertit : «Notre musique traditionnelle, on ne doit pas la toucher. On doit la laisser telle quelle. »Mais pour que cette musique soit préservée des coups de foudre de la musique moderne, pense-t-elle, il faut qu’elle soit écrite, qu’on crée des instituts de musique, que les enfants y aillent comme ils vont à l’école, que les autorités donnent de l’importance à la culture. Mais aussi, à ses yeux, la rendre plus swing, plus classique et plus dansante… 

L’album ‘Yaman Yaman’, c’est elle. Le 1er album international mauritanien sorti en 1989 à Paris. D’ailleurs, l’un des morceaux de cet album sera repris quelques années plus tard par David Bowie. Ce succès ne sera que de courte durée : elle sera victime d’un accident opératoire qui l’astreindra à s’éloigner des scènes et de la musique. Le temps aussi de se marier pour faire plaisir à sa maman. «Le mariage est une institution religieuse très importante qu’il faut respecter jusqu’au bout et ce n’est pas évident », précise-t-elle. Maintenant, elle vit seule : un cœur à prendre ? «Je ne sais pas », glousse-t-elle. Prête à se remarier après deux mariages merveilleux ? «Je vous assure que je suis incapable de vous répondre. Je voudrais prendre quelques années sabbatiques », dit-elle en rigolant. 

La chanson sur l’unité et la réconciliation nationale, c’est elle aussi. Un morceau chanté dans toutes les langues nationales du pays et dans tous les foyers. De Nema, sa ville natale, elle n’en garde que des réminiscences vagues. «Je me souviens que le sable était noir », dit-elle. Femme de culture, elle pense qu’elle a le charisme et toutes les qualités humaines pour faire de la politique. «Je sais parler aux gens, commente-t-elle, leur dire la vérité sans les blesser. Je suis quelqu’un qui est pour l’unité nationale. Je suis quelqu’un qui aime les gens et qui les défends. » Ayant longtemps refusé de courber l’échine, maintenant, elle ne demande qu’une chose : l’amour des mauritaniens. «On m’a tellement mal aimée pendant longtemps que j’ai besoin d’amour et d’ailleurs je demande à tout le monde de m’aimer. Je fais un appel solennel aux mauritaniens de m’aimer. J’ai besoin de leur amour surtout ! » 

Femme épanouie, elle ne regrette rien de sa vie même de n’avoir pas eu d’enfants. Emotive, elle le devient lorsqu’elle évoque sa mère disparue en 1999. «Si je pouvais imaginer qu’elle disparaîtrait d’un coup, je ne me serai jamais absentée toutes ces années-là. » 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

  

  

 

 

( 30 mars, 2008 )

Boubacar Messaoud, président de S.O.S. Esclaves: »la loi sur l’esclavage ne porte pas d’effet parce qu’il y a eu une campagne de sensibilisation extrêmement faible et derrière laquelle, il y a une autre opérée par certaines administrations et par certaines autorités civiles et politiques qui font dire à tout le monde que l’esclavage n’existe pas »

Sous la pression de la classe politique et de la société civile, une loi criminalisant l’esclavage a été votée par l’Assemblée nationale et le sénat. Quelques mois après sa promulgation dans le journal officiel, son application effective et réelle pose encore problème. Pourquoi ? Où en est-on aujourd’hui avec la sensibilisation ? Que faut-il faire pour les esclaves et les victimes ? Boubacar Messaoud, président de S.O.S. Esclaves, apporte des réponses dans cette interview suivante. 

Le Rénovateur Quotidien : Le 8 juillet 2007, S.O.S. Esclaves a tenu une journée de concertation pour une stratégie d’éradication des pratiques esclavagistes en Mauritanie. La situation a-t-elle évolué ? 

Boubacar Messaoud : Il y a eu la loi sur l’esclavage qui a été promulguée et cette loi est un outil que nous avons toujours jugé indispensable. L’une des premières actions à mener contre l’esclavage, c’est de faire cesser l’impunité des crimes et délits d’esclavage. Nous pensons que c’est un bon pas par rapport à la question. 

Le Rénovateur Quotidien : C’est une satisfaction entière ou à moitié ? 

Boubacar Messaoud : Non ! C’est juste le premier acte. Maintenant, par rapport à la loi, nous estimons que c’est un acte positif même si elle a des insuffisances. Nous pensons qu’elle n’est pas en elle-même une fin en soi : elle demande des mesures d’accompagnement très importantes pour qu’elles puissent produire l’effet escompté. En ce qui concerne la loi elle-même, nous disons qu’elle est intéressante. C’est la preuve que l’opinion nationale et ceux qui nous gouvernent reconnaissent aujourd’hui- avec beaucoup d’hésitations et du bout des lèvres- qu’il y a des pratiques esclavagistes dans ce pays. L’esclavage a toujours été nié et occulté. Avec cette loi, c’est un élément d’une reconnaissance de fait : dorénavant on peut attaquer devant la justice quelqu’un qui pratique l’esclavage. Mais la plus grande insuffisance dans la loi, c’est le refus de donner aux organisations de la société civile notamment celles de défense des droits de l’homme de se porter partie civile. Car les esclaves totalement aliénés qui n’ont- comme toute leur vie durant -- que la soumission et la résignation ne peuvent faire du tort à celui qu’ils ont toujours considéré leur maître et protecteur. 

Le Rénovateur Quotidien : Pourquoi ce refus ? 

Boubacar Messaoud : Ils (ceux qui ont voté la loi) ne veulent pas que les gens qui pratiquent l’esclavage soient poursuivis et sanctionnés. C’est une position grave de conséquences. Aujourd’hui, la loi a été votée, promulguée et publiée, mais nous avons soumis plusieurs cas devant les juridictions mais les victimes ont chaque fois déclaré qu’elles ne veulent pas se plaindre. Ce refus de se plaindre a souvent été suscité parce que l’esclave n’étant pas habitué à se plaindre. La plainte devrait aller jusqu’au bout pour faire comprendre à tout un chacun que l’esclavage n’est plus tolérer. S’il n’y a pas de plainte ou si celle-ci est retirée,  il n’y aura jamais de sanction et la loi n’aura jamais un début d’application car elle va tomber en désuétude comme les lois qui l’ont précédé. 

Le Rénovateur Quotidien : Depuis que cette loi a été votée, on n’a pas constaté de sanctions alors que de jour en jour les Organisations de défense des droits de l’homme, comme S.O.S. Esclaves,  sont régulièrement saisies par des victimes ? 

Boubacar Messaoud : Pour qu’il y ait sanction, il faut qu’on puisse déposer une plainte. Nous, nous avions demandé à avoir le statut de partie civile. Si nous avions le statut de partie civile, quand bien même le plaignant retire sa plainte où ne se plaint pas, nous, nous pourrions continuer l’action et porter plainte. A ce moment là, nous aurions déjà, les effets escomptés sur les poursuites. En fait, la pratique de l’esclavage est une normalité dans notre société. La loi a été faite pour punir cette pratique et la rendre anormale et dangereuse pour ceux qui continuent à s’y adonner. Pour que cette loi puisse circonscrire l’esclavage ou avoir un effet dissuasif réel, il faut qu’elle puisse être appliquée sur des contrevenants. Souvent, les autorités demandent à ce que l’esclave prouve lui-même qu’il est esclave. La loi sur l’esclavage ne porte pas d’effet parce qu’il y a eu une campagne de sensibilisation extrêmement faible et derrière laquelle, il y a une autre opérée par certaines administrations et par certaines autorités civiles et politiques qui font dire à tout le monde que l’esclavage n’existe pas. Nous avons une société civile et des organisations de défense des droits de l’Homme qui sont là pour faire des enquêtes, suivre le problème et aider à faire ressortir au grand jour le monstre. Nous sommes dans une société où la remise en cause de l’esclavage sur le plan des principes n’est pas encore réellement suffisante. Les gens ne sont pas éduqués contre l’esclavage : ils estiment que c’est une normalité. Déjà, le fait de quitter son maître sans son affranchissement et son consentement est grave pour eux et réprouvée par la morale sociale.    

Le Rénovateur Quotidien : A l’état actuel des choses, vous ne pensez pas qu’on devrait réévaluer la loi sur l’esclavage et les pratiques esclavagistes puisqu’elle a décelé beaucoup de lacunes et d’équivoques ? 

Boubacar Messaoud : Nous pensons plutôt que cette loi devrait être modifiée et donner aux organisations de défense des droits de l’homme spécialisées dans la lutte contre l’esclavage la capacité de se porter partie civile. Actuellement, la loi ne prévoit qu’une seule chose : l’assistance. C’est ce que nous faisions avant la loi. Ça, c’est une insuffisance : par rapport à une loi qui doit être mise en pratique dans une société réfractaire à ce genre de loi. Au moins, cet aménagement aurait été nécessaire. C’est le handicap que l’on rencontre aujourd’hui pour traduire devant les juridictions et sanctionner des personnes pour crimes ou délits d’esclavage. 

Le Rénovateur Quotidien : Le gouvernement n’a pas encore mis en place une structure d’accueil et de prise en charge des esclaves pour leur fournir assistance. Qu’en pensez-vous ? 

Boubacar Messaoud : C’est que la loi elle-même ne suffit pas. Quand bien même elle serait parfaite, elle ne suffit pas. Il faut qu’il y ait des structures, une politique et un ensemble d’actions et de mesures susceptibles de permettre à ces esclaves de s’insérer dans la vie économique et sociale. C’est une demande incontournable et objective. Aujourd’hui, les esclaves qui ont quitté leurs maîtres ont toujours des difficultés à s’insérer dans la vie indépendamment de leurs maîtres. Les autorités n’ont pas encore mis en place un système qui puisse prendre en charge ces gens-là et une structure d’accueil et d’insertion est nécessaire. Il devrait y avoir -et c’est là où je suis d’accord avec vous -une structure officielle vers laquelle la victime de pratiques esclavagistes qui veut se plaindre puisse trouver assistance. Il y a dans la loi sur l’esclavage un article qui stipule que les autorités judiciaires, policières et/ou administratives  qui refuseront de prendre en considération la plainte et la démarche de l’esclave doivent être poursuivis. Cette structure officielle serait compétente pour dénoncer et faire poursuivre les autorités pour manquement au droit. Mais qui est habilité à les poursuivre et à les dénoncer à part une autorité légale, compétente et reconnue comme telle ? Aujourd’hui, cette situation n’est supplée que par la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH). Mais nous voulons une autorité spécifique à l’esclavage. 

Sur le plan économique, ce qu’il faut faire c’est : une fois qu’on a déterminé le profil des victimes, il s’agira de développer des projets spécifiques à chacun pour l’insertion sans rupture avec leur propre milieu d’origine. Pour les anciens bergers : développer des projets d’élevage en mettant à leur disposition du bétail pour pratiquer à leur propre compte l’élevage. Pour les paysans agriculteurs, il faudra leur donner totalement ou partiellement la terre qu’ils ont toujours cultivé en propriété. En milieu urbain, leur dispenser l’éducation et l’enseignement professionnel et développer parmi ces couches des activités génératrices de revenu et le micro-crédit. Mener une politique de discrimination positive à leur profit dans l’accès à l’emploi et aux bourses d’études. Tout ceci constitue de vastes programmes qui demandent au minimum la mise en place d’une Agence Nationale pour l’Eradication de l’Esclavage et ses Séquelles. 

Nous pensons qu’il est nécessaire que les terres cultivables réputées appartenir à l’Etat mais qui sont sous la coupe et la houlette des tribus soient redistribuées et que la réforme foncière de 1983 soit réellement mise en application. 

Il y a également l’éducation. Les esclaves sont laissés-pour-compte depuis toujours. Ceux qui arrivent à accéder à l’école sont toujours des exceptions. Le retard de ce coté est immense. Comment combler ce retard ? Pour le réussir, il est nécessaire qu’une politique de développement des écoles dans les ‘Adouabas’ (villages de haratines) soit réelle.   

Le Rénovateur Quotidien : Par rapport au travail des enfants, d’ailleurs de graves violations concernant les conventions sur le travail des enfants ont été constatées en 2005 par l’O.I.T., est-ce qu’il y a eu des améliorations ? 

Boubacar Messaoud : Je pense qu’il n’y a pas encore d’amélioration et il fait partie des problèmes de l’esclavage. Si on combat sincèrement l’esclavage avec cette loi sur l’esclavage, le travail des enfants peut reculer parce qu’il y a une loi sur la protection des enfants qui est encore plus grande et plus forte que la loi sur l’esclavage. Si elle est appliquée, le travail des enfants peut reculer voire disparaître. Mais elle n’est pas appliquée : tout un chacun considère que le travail des enfants est une normalité. La pratique esclavagiste en Mauritanie concerne essentiellement les femmes et les enfants. Les hommes sont surtout victimes des séquelles de l’esclavage. Pour ce qui concerne les enfants, ils travaillent et ne vont pas à l’école. Ils gardent les troupeaux, font les domestiques et puisent de l’eau. Ils vont rarement à l’école coranique. Ils ne font que servir. Les femmes également ont la contrainte de leurs enfants souvent partagés entre les familles des maîtres qui ont besoin de main d’œuvre servile. Le travail des enfants fait partie de notre culture et c’est un mal profond. Pour l’éradiquer, il faut d’abord l’interdire, mettre les enfants à l’école et aider leurs parents à se passer de leurs services. Les lois sont bonnes mais il faut prendre des mesures d’accompagnement qui permettront à ces lois de pouvoir être appliquées. Cela me paraît important dans l’évolution du travail des enfants car il fait partie des esclavages traditionnels que nous appelons l’esclavage par ascendance. 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

( 3 avril, 2008 )

Arrestation de Me Fatimata Mbaye à Paris : »Soukheire Belhassane, présidente de la FIDH, demande aux autorités mauritaniennes d’adresser une protestation officielle aux autorités françaises »

L’arrestation de Me Fatimata Mbaye continue de susciter des mouvements de sympathie et de solidarité. La dernière en date : celle de la Tunisienne, madame Soukheire Belhassane, présidente de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme et par ailleurs vice-présidente de la Ligue tunisienne des Droits de l’Homme qui est venue à Nouakchott  exprimer vivement son soutien à Me Fatimata Mbaye à la suite de sa garde-à-vue durant 24 heures par la police française.   

Au cours d’une conférence de presse, organisée à l’hôtel Tfeilà, ce lundi 1 avril, madame Soukheire Belhassane, se basant sur le fait que Me Fatimata Mbaye appartient à la Commission Nationale des Droits de l’Homme qui est une institution mauritanienne, a demandé, à la suite de son audience avec le ministre de l’Intérieur Yall Zakaria, aux autorités mauritaniennes d’adresser ‘une protestation officielle’ auprès des autorités françaises. 

Qualifiant l’arrestation de Maître Fatimata Mbaye de choquant, de révoltant et d’absolument insupportable, madame Soukheire Belhassane a demandé, après un réquisitoire sur la banalisation du recours à la  violence par les services de l’ordre français lors des expulsions des migrants et des demandeurs d’asile, au procureur de la République française de faire toute la lumière sur les investigations nécessaires afin de déterminer les motifs d’un tel traitement et les éventuelles responsabilités concernant ces violences qui ont été exercées à l’égard de la personne migrante(à l’origine de l’arrestation de Me Fatimata Mbaye) mais également à l’égard de la présidente de l’AMDH(Association Mauritanienne des Droits de l’Homme) et du médecin qui l’avait soutenu dans sa protestation. 

En attendant que l’enquête menée actuellement en France révèle sa version des faits sur cette affaire tristement célèbre, la FIDH  a demandé par ailleurs que la lumière soit faite sur l’arrestation et la privation de liberté de Maître Fatimata Mbaye durant toute sa garde-à-vue qui a duré 24 heures chrono. «La FIDH exhorte les autorités françaises à tout mettre en œuvre afin que les décisions judiciaires de reconduite à la frontière soient exécutées dans le respect de la dignité humaine. La maltraitance que subissent aujourd’hui les migrants de manière générale est honteuse et insupportable », a déclaré madame Soukheire Belhassane qui a appelé par ailleurs la France, berceau de la liberté et des droits de l’Homme, à respecter ses engagements internationaux en matière de droits de l’Homme. «Nous demandons aux compagnies aériennes et en l’occurrence Air France en particulier d’informer clairement d’une manière systématique le personnel sur le comportement et les mesures à adopter à ce type de situation et ce surtout conformément aux droits fondamentaux des personnes humaines et qui sont garantis par les instruments régionaux et internationaux de protection des droits de l’Homme », a ajouté la présidente de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, madame Soukheire Belhassane accompagnée au cours de sa conférence de presse par le président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, Mohamed Said O. Hamody. 

A la suite de sa visite en Mauritanie, madame Soukheire Belhassane s’est rendue aussi dans notre capitale économique, Nouadhibou, plus précisément au Centre d’Accueil de Nouadhibou où des centaines de migrants ouest africains sont détenus. «Je suis vraiment sous le choc. Je trouve que les conditions sont absolument inhumaines », dit-elle en comparaison au centre d’accueil de Pnom Penh où les conditions de séjour sont meilleures que celles des centres d’accueil de Nouadhibou, de Bruxelles et de Pologne qu’elle a récemment visités dans le cadre de ses missions dans les pays de transits. Les jeunes détenus dans ce centre d’accueil de Nouadhibou sont essentiellement des sénégalais, des maliens et des guinéens. Leurs conditions de séjour sont contraires aux droits de l’Homme : âgés de moins de 20 ans, ils s’entassent dans un bâtiment de 50², dorment dans des lits d’infortune et ne disposent que des couvertures pouilleuses jetées à sol. «Ils sont alignés les uns au dessus des autres, dans une position assise et ils ne peuvent pas bouger. Les conditions sont celles d’une prison. On a le cœur serré de voir ces jeunes gens complètement immobilisés», a-t-elle affirmé. 

Constatant que la Mauritanie devient de plus en plus un pays de transit et d’installation pour les migrants,  madame Soukheire Belhassane, présidente de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme a fait savoir qu’il y a aujourd’hui une nécessité de clarifier la convention sur l’immigrant clandestin qui fait souvent l’objet d’accusations graves et gratuites comme l’introduction de la drogue dans les pays de transit. «Brancher les phénomènes de drogue sur les phénomènes de migrations, c’est encore alourdir le poids qui pèse aujourd’hui sur le migrant », fait-t-elle remarquer. 

A la tête de la  Fédération Internationale des Droits de l’Homme depuis Avril 2007,  madame Soukheire Belhassane a fait de la situation des migrants sa priorité. «Les migrants ne sont pas des sous-hommes, s’indigne-t-elle. Le droit à la santé, à la libre circulation, à l’éducation sont des droits fondamentaux qui doivent être partout les mêmes et respectés. Qu’il y ait des règles, que la migration clandestine soit surveillée et régulée, c’est normal. C’est le droit à tout Etat de le faire. Mais que ces règles soient appliquées ?». 

Evoquant les accords de coopération sur l’immigration clandestine entre l’Espagne et l’Afrique,   

Madame Soukheire Belhassane a dénoncé vigoureusement l’attitude des pays européens qui n’ont pas encore signé la convention sur le droit du travailleur émigrant, d’ailleurs ratifié par la Mauritanie depuis 2007. Renforçant ses mesures contre l’immigration, les pays européens ont élaboré un projet de directives européennes sur l’immigrant. Des mesures qui visent essentiellement le retour des migrants à leur pays d’origine. Avant leur expulsion, les migrants seront gardés pendant plus de 18 mois dans un centre de rétention et comble de l’ironie, ils seront frappés d’une interdiction de retour en Europe pendant 5 ans. «La migration sélective est totalement à rejeter parce que c’est écrémer nos pays du sud ; prendre le meilleur alors que des pays se saignent aux quatre veines… », a noté madame Soukheire Belhassane. 

Babacar Baye Ndiaye 

  

   

( 6 avril, 2008 )

Khady Mint Cheikhna, directrice du Festival International des Musiques Nomades

«Le Festival International des Musiques Nomades est l’occasion de montrer que nous sommes une terre de convivialité, d’hospitalité et d’ouverture » 

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A quelques heures de l’ouverture de la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades à Nouakchott par Ousmane Gangué et le Kodé Pinal, la directrice dudit festival Khady Mint Cheikhna nous a accordé une interview exclusive dans laquelle elle a laissé entendre que ce festival pourrait servir de vitrine à la culture mauritanienne dans les prochaines années à venir.  

Le Rénovateur Quotidien : Les grands noms de la musique mauritanienne comme Malouma, Tahara Mint Hembara, Dimi, Tiédel Mbaye entre autres ne participeront pas à ce festival. Expliquez-nous un peu ? 

Khady Mint Cheikhna : Certains grands artistes auraient pu participer mais en raison de leur indisponibilité, ils n’ont pas pu le faire. Nous avons fait une programmation artistique qui a été faite sur la base de critères objectifs. Parmi lesquels, on peut citer la disponibilité des artistes mais surtout de donner l’opportunité à des talents émergents et enfin de donner des chances à ceux qui n’ont jamais pu participer aux précédentes éditions du Festival International des Musiques Nomades. Si certains artistes n’ont pas pu participer, c’est en fonction de ces critères-là que je viens d’énumérer. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce qu’un rappeur comme Didier Awadi vient faire dans un festival international consacré aux musiques nomades ? 

Khady Mint Cheikhna : La musique nomade est tout à fait convertible à la musique moderne. On peut la valoriser et pour nous, la musique nomade ne doit pas rester en retrait. Elle doit communiquer avec le monde et accompagner l’évolution artistique du monde entier. Elle peut trouver sa place dans le circuit des marchés internationaux. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Les concerts dans les moughataas mettent en valeur plus les artistes mauritaniens que la programmation du Ksar qui met l’accent sur la musique internationale. Est-ce un choix délibéré ? 

Khady Mint Cheikhna : Nous avons un public très varié. Une frange de la population opte pour la musique traditionnelle. Nous avons des jeunes qui sont imprégnés et de plus en plus acquis à la musique moderne. Pour cette raison, nous avons essayé de donner satisfaction à tout notre public et à toute notre population dans toutes ses composantes et goûts aussi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Organiser un festival de cette dimension demande beaucoup d’argent. D’ailleurs, est-ce que son financement a posé problèmes ? 

Khady Mint Cheikhna : Bien entendu que c’est difficile de trouver de l’argent pour ce genre de manifestation ! C’est encore beaucoup plus difficile chez nous parce que les hommes d’affaires ne sont pas encore complètement acquis à l’idée que la musique et la culture de manière générale peuvent générer des fonds. Cependant, nous avons eu des partenaires mauritaniens et étrangers comme la coopération française, espagnole et allemande. Mais l’argent, le sponsoring ou le financement d’un Festival pose  toujours problème parce qu’il est toujours perçu comme une perte sèche ou une simple contribution sans retour financier. 

  

Le Rénovateur Quotidien : Vous qui êtes la directrice de ce festival, la réussite de cette 4ième édition, à votre avis,  dépendra de quoi exactement ? 

Khady Mint Cheikhna : La réussite dépendra de l’adhésion et de l’intégration de la population à cet événement mais surtout de la nécessité d’organiser régulièrement une manifestation culturelle de cette dimension ; si la population comprend qu’elle a besoin d’une manifestation culturelle, de son propre festival comme le Mali, le Niger, le Sénégal qui ont leurs propres festivals. Le festival international des musiques nomades, c’est un rendez-vous, un échange culturel et une occasion d’identifier de nouveaux talents mais aussi l’occasion de montrer que nous sommes une terre de convivialité, d’hospitalité et d’ouverture. 

 

Le Rénovateur Quotidien : En quelque sorte essayer de vendre l’image de la Mauritanie ? 

Khady Mint Cheikhna : Bien sûr ! L’un des objectifs majeurs est de valoriser l’image de marque de la Mauritanie et de la montrer dans toutes ses facettes culturelles. 

 

Le Rénovateur Quotidien : A quelques heures de l’ouverture de la 4ième édition du Festival International de Musique Nomade, est-ce que tout est fin prêt ? Y’a-t-il eu des couacs de dernière minute ? 

Khady Mint Cheikhna : On ne peut jamais dire que la réussite d’une manifestation comme le Festival International des Musiques Nomades est acquis d’avance. Quoiqu’on dise, il y a toujours des imperfections. Toutefois, toute l’équipe du festival n’a épargné  aucun effort pour que l’organisation soit la meilleure possible. Et je dis bien ‘possible’ puisque le risque zéro n’existe pas. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Pour l’ouverture de la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades, vous avez porté votre choix sur Ousmane Gangué. Qu’est-ce qui a dicté le choix sur lui ? 

Khady Mint Cheikhna : Parqu’Ousmane Gangué est l’un des artistes modernes en Mauritanie qui commence véritablement  à faire son ascension musicale. C’est un artiste qui a beaucoup de courage et qui travaille très bien. Nous voulons d’abord le faire découvrir et l’aider afin qu’il puisse occuper une place dans le circuit des marchés internationaux et dans le showbiz. 

 

Le Rénovateur Quotidien : La musique comme outil de développement économique, vous y croyez ? 

Khady Mint Cheikhna : Tout à fait ! Je pense que la culture est un moyen extraordinaire de génération de fonds. La culture : si elle est bien organisée et sponsorisée peut rapporter des fonds énormes et peut être un axe de développement économique. 

 

Propos recueillis par : 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

( 8 avril, 2008 )

Military Underground: Le Duo de la Médina 3

                                                     

Composé de 10 titres plus un Intro, le premier album de Military Underground «Au Secours» est sorti depuis le 13 mars dernier à Nouakchott. La cérémonie de dédicace a eu lieu le même jour à l’ancienne maison des jeunes.

————-Par Babacar Baye Ndiaye 

Originaire de la Médina 3, le duo de ce groupe de Rap flirte déjà avec le succès : concerts par-ci, voyages par-là sans oublier les interminables autographes des fans et les émissions de radio qui pointent à l’horizon. L’amour, la paix, l’unité des chœurs, la solidarité, la révolte, la foi, l’amertume, la corruption, la souffrance des populations de la ‘Mauri-Tanie’…

Tout y est chanté dans un mélange de français, d’anglais, de poular, de wolof, de bambara et de hassanya. Un album révolutionnaire tant dans les paroles que dans la conception musicale. Du truculent dans la mayonnaise ‘rapologique’ du pays. 

2000-2008 : il a fallu huit ans d’existence à Papa Fall alias P.A et Mamadou Sène Diouf alias F-Diou, chanteurs de Military Underground, pour mettre sur le marché national leur premier album «Au Secours », un appel du cœur ‘lancé à tout celui, qui par sa plume, son esprit de bonne volonté, son influence physico-morale, financière, politique œuvrant dans le sens positif pour une Afrique et un monde meilleur’.

Dans l’intro de leur album, ils se définissent comme ceux qui sont venus délivrer le hip hop mauritanien des préjugés et des injustices dont il est victime. Comprenez par-là le désintéressement dont souffrent de manière générale les musiciens mauritaniens. D’où le titre ‘Considération Zéro’ en featuring avec le tonitruant groupe de Rap Diam Min Tekki. 

Le mouvement du hip hop mauritanien, estiment-ils, doit progresser et emprunter une nouvelle voie qui pourra lui permettre de rivaliser avec les autres pays de la sous-région comme le Sénégal où le Rap est très développé grâce à de multiples efforts consentis dans son rayonnement. 

Leur destin s’est croisé depuis leur tendre enfance dans les rues de la Médian 3, leur ‘bled’. Ayant grandi ensemble et fréquenté les mêmes écoles, P.A et F-Diou sont venus dans le Rap pour être ‘la voix de ceux qui n’ont pas de voix’.

A leurs yeux, le Rap mauritanien a besoin d’un nouveau coup de pouce qu’ils sont venus apporter. Prenant le contre-pied de ceux qui font du Rap pour leurrer le public, ils ont opté pour un Rap ‘real’. Le Rap vulgaire n’est pas leur cadre d’expression : ils le laissent à ceux qui n’ont aucune valeur morale et sociale.

La sortie de leur album «Au Secours » n’a pas changé en aucune manière leur vie ni leur rapport avec les autres. Leurs sources d’inspiration tournent autour des faits divers de société. Le Rappeur, pensent-ils, doit évoluer, changer d’attitude et surtout maîtriser la rhétorique. Leur premier album sorti, ils vont devoir maintenant confirmer qu’ils ne sont pas venus dans le Rap pour faire un passage éphémère comme c’est souvent le cas avec certains musiciens qui ne savent pas suivre les réalités de la musique.  

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Surprenant, leur album l’est. Dans leur vocabulaire, le mot ‘Amour’ au sens premier du terme n’a pas sa place. C’est pour les autres ! Peut-être qu’ils n’y croient pas. Peut-être qu’ils ne sentent pas ce mot plein de mystères  dans leur texte.

Pour écrire leurs textes justement, P.A et F-Diou sont allés puiser dans la vie quotidienne des populations mauritaniennes. Comme «Au Secours » et «Maatrachi »(en français, rien de nouveau sous le soleil)  qui évoquent respectivement les problèmes de santé que rencontrent les populations et de la corruption galopante dans les services.

Dans leurs critiques, ils n’épargnent personne notamment les hommes politiques pour leurs frasques et leurs mensonges. Ils en veulent à Ould Hamza qui leur a tourné le dos parce que ce dernier avait promis aux jeunes de la Médina 3 qu’ils représentent des monts et des merveilles durant les élections municipales de 2006.

Maintenant, pour voir l’ombre du maire de Nouakchott, ce n’est pas une sinécure. A l’endroit de la jeunesse mauritanienne, ils les consolent en ces termes : ‘ne jamais se désespérer et surtout de tenir le coup’. P.A et F-Diou sont des rappeurs qui n’ont pas leur langue dans leur poche. Non plus, ils ne cachent pas leurs opinions pour dénoncer et dire la vérité.

Par exemple, dans «Maatrachi » en featuring avec Izakaz et Francoman, ils affirment sans fioritures que l’ex-président de la République Maouiya O. Sid’Ahmed Taya mérite le même sort que Sadam Hussein. Tout en campant sur leur position, ils portent sur le dos de Ould Taya toutes les infortunes de la Mauritanie : division communautaire, corruption, injustice, pauvreté, tribalisme, favoritisme… 

Habitant dans un trou perdu(Médina 3), ces jeunes ‘oubliés’ de la République mettent à profit leur statut de leaders d’opinion pour lutter contre le désespoir et la souffrance des populations à travers leurs textes, véritables reflets de leur vécu quotidien.

Trop de gens meurent par négligence, disent-ils, en faisant allusion aux hôpitaux. Ce n’est pas par hasard qu’ils ont écrit ‘Au Secours’ puisqu’ils ont été moult fois témoins de ces négligences humaines dont souffrent souvent nos structures hospitalières. Ecrire des choses vraies et qui parlent des misères des populations, tel semble être le sacerdoce de Military Underground. Nos médecins sont en premier lieu visés par les récriminations de ce groupe de Rap. 

Military Underground qui veut dire en français ‘Les militaires sous la terre’ ne comptent pas s’arrêter en si bons chemins.  Pour véritablement incarner l’esprit militaire, ces jeunes rappeurs sont partis recevoir une formation militaire. Mais rassurez-vous, ils ne sont ni bruts ni des imbéciles.

Pour ce qui concerne Papa Fall, il est allé jusqu’en terminale plus des années d’Anglais à Oasis Book et l’autre Mamadou Sène Diouf est actuellement étudiant dans un centre de formation en comptabilité. Solidement influencés par Dasfxe, Terror Squad, Morgan Héritage, Bob Marley, Tiken Jah Fakoly entre autres, Military Underground, avec son premier album ‘Au Secours’ peut se targuer aujourd’hui d’avoir réussi un coup : celui de la production. 

Dans l’un de leurs morceaux intitulé ‘Rest in Peace’, ils ont rendu hommage aux victimes du bateau  sénégalais ‘Le Joola’ disparues le 26 septembre 2003 aux larges des côtes gambiennes. «Il fallait qu’on le chante pour être quitte avec nos consciences », pensent-ils. 

S’inscrivant dans le combat politique de Nkrumah, Cheikh Anta Diop entre autres panafricains, Military Underground milite pour une Afrique Unie débarrassée de ses vieilles habitudes qui l’empêchent de s’en sortir. Mais ceci passe d’abord par l’unité des cœurs et des actions. D’où le titre ‘Rest in Peace’ en featuring avec Mamy Kanouté qui exprime un véritable plaidoyer envers la fraternité entre les peuples africains. 

                                        

( 11 avril, 2008 )

Didier Awadi : « Si tu veux qu’un système évolue, tu le critiques »

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Didier Awadi, ce rappeur d’origine sénégalaise et membre fondateur du mythique Positif Black Soul n’est plus à présenter au monde entier. Venu dans le cadre de la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades de Nouakchott, nous l’avons uniquement rencontré pour vous. Dans l’interview suivante, vous verrez bien qu’il ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit de dire la vérité. 

Le Rénovateur Quotidien : En Afrique, les APE ont suscité des réactions passionnées. D’ailleurs, vous avez écrit un texte dans lequel vous stigmatisez ces accords. Dites-nous concrètement qu’est-ce qui vous a poussé à l’écrire ? 

Didier Awadi : D’abord, j’ai essayé de savoir de quoi il était question. Lorsque j’ai compris que c’était de nouveaux accords qui allaient condamner sûrement l’Afrique, je me suis dit : ‘ On n’a pas le droit de laisser faire ça. Il faut qu’on réagisse et qu’on tienne au courrant le maximum de personnes.’ Nous avons demandé à des spécialistes de nous expliquer le fonds de ce problème. Lorsque ces derniers nous ont expliqué : nous nous sommes dit que nous allons vulgariser cette parole. Nous avons tenu des ateliers avec des spécialistes et des artistes. Une fois que nous avons fini, nous avons estimé qu’il fallait dire aux gens : ‘Voilà, les africains aujourd’hui sont éveillés. On ne les fait pas signer n’importe quoi pour faire entrer n’importe quoi en Afrique’.

 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce que vous pensez de l’immigration clandestine des Africains ? 

Didier Awadi : Chaque être humain a le droit de voyager. Donc, il ne faudrait pas qu’on nous dise : ‘Oui, vous n’avez pas le droit d’aller partout dans le monde’. Un européen qui veut venir en Afrique, il n’a aucun problème. Pourquoi, lorsqu’un africain va demander un visa normalement on le lui refuse ? Et après, ils se disent : ‘Ils sont en train de mourir en mer’. Evidemment, si tu fermes les portes et les fenêtres, il ne reste que la mer. Les mecs qui prennent la mer, que voulez-vous qu’ils fassent ? En plus, on continue l’hypocrisie jusqu’à nous dire : ‘On va vous aider à rester chez vous’. Mais merde ! Si on a envie de voyager, laissez-nous voyager ! Si un européen éprouve l’envie de venir en Afrique, il vient et on l’accueille bien. Et on va continuer à le faire. Mais quand un africain- parce qu’il est pauvre- vient à l’ambassade demander un visa, on lui dit : ‘On ne peut pas accueillir la merde du monde’. L’Afrique n’est pas pauvre. Elle est appauvrie. A partir de là, si on a envie de voyager qu’on ne nous dise pas : ‘On n’a pas le droit’. Aujourd’hui, si nous sommes devenus pauvres, c’est parce qu’il y a des responsables. Les APE participent de ces actes qui créent la pauvreté.

 

Le Rénovateur Quotidien : Dans vos textes, des noms comme Cheikh Anta Diop, Thomas Sankara, Nkrumah, Patrice Lumumba, Nelson Mandela entre autres reviennent tout le temps. Est-ce que vous vous identifiez à ces figures africaines qui ont lutté en quelque sorte pour la dignité de l’homme noir ? 

Didier Awadi : C’est vrai que je m’identifie à toutes ces figures historiques africaines. Je pense que chacun d’entre nous s’identifie à tout ce qui se fait de bien. Partout, il y aura des gens de bien. Mais c’est vrai ma première référence, c’est des gens comme Thomas Sankara, Patrice Lumumba, Cheikh Anta Diop…

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes connu pour votre engagement et vos positions radicales. Est-ce que c’est un choix que vous avez opté ? 

Didier Awadi : Ce n’est pas un choix. Ça s’impose ! Ça s’impose naturellement ! On ne fait pas le choix de s’engager. C’est plutôt le résultat d’une action, d’une prise de conscience. En quelque sorte, je dis ce que je pense !

 

Le Rénovateur Quotidien : On sait que vous avez un studio à Dakar. D’ailleurs, vous avez produit de nombreux artistes sénégalais bien connus aujourd’hui. Est-ce qu’on vous comptez le faire en Mauritanie ? 

Didier Awadi : Si ! On a travaillé sur l’album de Waraba. Il a enregistré des titres au studio (Sankara, NDLR). Il y a beaucoup d’artistes aussi du continent qui y viennent enregistrer leurs produits.

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que Didier Awadi est fidèle en amitié ? 

Didier Awadi : Je suis très mal placé pour me juger ! Mais je sais que j’ai les mêmes potes depuis que je suis tout petit.

 

Le Rénovateur Quotidien : Comment pouvez-vous nous expliquer le départ de Carlou D de votre groupe le PBS/Radikal ? 

Didier Awadi : On vous a dit qu’il était mon ami ? Qu’est-ce que vous en savez pour dire que c’est mon ami ?

 

Le Rénovateur Quotidien : Rien du tout, juste pour savoir ! 

Didier Awadi : Pouvez-vous reformuler votre question ?

 

Le Rénovateur Quotidien : Comme Carlou D était dans votre groupe, certainement donc, il était votre ami ? 

Didier Awadi : Ce n’était pas une amitié. C’était une relation de travail.

 

Le Rénovateur Quotidien : Et entre vous deux, il n’y a rien eu ? 

Didier Awadi : Rien du tout ! Il voulait faire une carrière solo et voilà quoi. C’est nous qui l’avons forgé pour qu’il devienne un grand artiste aujourd’hui. Actuellement, il fait cavalier seul. C’est ce qu’on voulait et c’est ce qui est arrivé.

 

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous de lui, de sa musique ? 

Didier Awadi : C’est un des grands artistes rappeurs au Sénégal mais c’est nous qui l’avons propulsé.

 

Le Rénovateur Quotidien : Pensez-vous, comme Alpha Blondy, que les ennemis de l’Afrique, ce sont les africains eux-mêmes ? 

Didier Awadi : Non, je ne vais pas penser comme Alpha Blondy ! Les ennemis de l’Afrique : il y a les européens, les africains, les américains. Les ennemis de l’Afrique : c’est vous, c’est moi, c’est tout le monde.  Je ne vais pas dire que ‘les ennemis de l’Afrique, ce sont les africains’ et m’arrêter là. Ce serait simpliste. Je n’aime pas…comme tel a dit et puis tu tombes dedans. Non ! Il faut remettre en question. L’ennemi de l’Afrique, c’est juste quelqu’un qui va tout faire pour que le pays n’avance pas.

 

Le Rénovateur Quotidien : Dans l’un de vos morceaux en l’occurrence, Mor Ndajé (en français, celui qui aime se mettre en évidence dans toute les occasions) qui est un morceau sarcastique, vous adressez des critiques au Président Wade. Que lui reprochez-vous ? 

Didier Awadi : On adresse des critiques aux tenants du système pour qu’il évolue. Si tu veux qu’un système évolue, tu le critiques. Mais tu le fais de manière objective. La critique objective fait avancer le système. On appelle cela démocratie.

 

Le Rénovateur Quotidien : Au Togo, Faure Eyadema a remplacé son père au pouvoir. Item avec Joseph Kabila au Congo démocratique même si le processus n’est pas le même. Actuellement, au Sénégal, on suppute que Karim Wade pourrait succéder à son père. Que vous inspire ce parachutage à la tête des pouvoir en Afrique ? 

Didier Awadi : On ne peut qu’être contre cela. Je pense que si n’importe qui veut être Président de la République, il doit passer par la voie politique c’est à dire se battre sur le terrain politique mais pas profiter des largesses de papa pour accéder au pouvoir.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous n’épargnez pas non plus les présidents africains que vous traitez de voyous et de cyniques ? 

Didier Awadi : Je ne les épargne pas parce qu’ils ne m’épargnent pas. Si un ‘mec’ que tu as élu aujourd’hui pense que tu travailles pour lui alors que c’est toi qui l’as mis là où il est, c’est toi qui le paies, il doit travailler pour toi, c’est ton serviteur ! Je pense que les jeunes doivent être conscient qu’on met qui on veut au pouvoir. Et quelques fois même les gens qui pensent être indéboulonnables, le peuple s’est levé comme un seul homme pour dire non. On a vu Moussa Traoré au Mali. Ça va se passer soit par les urnes si les gens acceptent le jeu démocratique ou bien ce sera violent.

 

Le Rénovateur Quotidien : Pensez-vous qu’il existe des solutions pour sortir l’Afrique du sous-développement et de la pauvreté ? 

Didier Awadi : Il y a toujours des solutions. Je suis un optimiste. Il faut y croire. Tant qu’on pense: ‘Tant qu’on ne  nous aide pas, tant qu’on ne tend pas la main’, on restera des mendiants, eh bien, évidemment, on sera dans la merde. Je crois qu’il faut donner du boulot aux gens, les réveiller quand il faut même s’il faut donner un coup de pied au cul.

 

Le Rénovateur Quotidien : A quand votre retraite musicale ? 

Didier Awadi : Ma retraite ? C’est lorsque vous serez retraité(éclats de rire).

 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

ducdejoal@yahoo.fr                                              didier.jpg

 

( 16 avril, 2008 )

Les partis politiques de la mouvance présidentielle condamnent les actes terroristes de la semaine dernière

Les partis politiques regroupant la majorité présidentielle se sont réunis, ce samedi 12 avril à l’hôtel Khatter pour dénoncer les derniers événements qui ont eu lieu la semaine dernière à Nouakchott. Accompagné des partis politiques regroupés dans la mouvance présidentielle à savoir APP, UDP, PLEJ, SAWAB, FADILA, MITHAQ et EL WIHDA, le président du Pacte National pour la Démocratie et le Développement Ould Waghef par ailleurs secrétaire général à la présidence de la République a annoncé au cours de cette conférence de presse d’importants chantiers dans le domaine de la sécurité et de l’agriculture, sans pour autant donner assez de détails, pour faire face aux problèmes de sécurité et par ailleurs assurer l’autosuffisance alimentaire. Qualifiant les actes terroristes récemment perpétrés par des groupes extrémistes, les partis de la mouvance présidentielle ne sont pas allés par quatre chemins pour faire-part de leurs inquiétudes que tels actes pourraient avoir sur la stabilité du pays, la quiétude des populations et de son image sur le plan international. 

Prenant le contre-pied de ceux qui se réclament à tort de l’Islam pour perpétrer de tels actes, les partis politiques regroupés dans la majorité présidentielle se sont déclarés soucieux d’ouvrer pour garantir la sécurité du pays qui est un impératif qui transcende certains considérations partisanes. Dans un communiqué très critique, ces paris ont condamné fermement lesdits actes tout en présentant leurs condoléances les plus attristées aux familles des victimes militaires et civiles. Ils ont par ailleurs appelé le gouvernement à tout mettre en œuvre pour renforcer la lutte contre l’extrémisme et la violence et notamment la communauté des oulémas à protéger l’Islam contre les déviations des faux dévots qui en font un alibi pour couvrir leurs entreprises mafieuses. Enfin, dans le communiqué lu en la circonstance, les partis politiques de la mouvance présidentielle a salué l’action du gouvernement mauritanien notamment à travers son plan le plan d’urgence qui prend en compte les besoins essentiels et les préoccupations des populations les plus démunies et qui est aussi de nature à les soustraire aux tentations. 

Babacar Baye Ndiaye

( 16 avril, 2008 )

Clôture de la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades

Tinariwen et Sékouba Bambino ont mis le feu au stade du Ksar 

 

Tout est bien qui finit bien. Eh ! Oui, la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades de Nouakchott qui a réuni durant 5 jours plus de 300 artistes venus d’Europe, d’Orient et d’Afrique, a pris fin ce vendredi 11 avril, avec les prestations époustouflantes de Tinariwen et de Sékouba Bambino respectivement, pour ceux qui ne le connaissent pas, originaires du Mali et de la Guinée Conakry. Malgré une folle semaine marquée par des accrochages nourris entre les forces de l’ordre et des groupes extrémistes dans la ville de Nouakchott, le Festival a finalement triomphé du terrorisme en résistant à la peur.

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Pour le dernier jour du Festival International des Musiques Nomades de Nouakchott, personne ne voulait se le faire raconter le lendemain. Déjà, à 20 heures, avant le début du spectacle, les populations riveraines du Ksar ont pris d’assaut le stade. La première partie du concert fut assuré par Tinariwen. Originaire de l’Adar des Ifoghas, ce groupe malien représente les ‘Ishoumar’, jeunes touaregs ne connaissant que le travail précaire et l’exil.  Musique contemporaine touarègue aux guitares électriques blues et aux chants caractéristiques, leur place tient autant à leur poids politique qu’à leur histoire de rebelle. Ils sont devenus de véritables représentants d’une culture à cheval entre l’Orient et l’Afrique Noire sur les scènes internationales. Leur musique, assouf, qui signifie la solitude, la nostalgie, fait la synthèse entre le blues, le rock, la musique traditionnelle touarègue et la musique arabe. Venus se produire pour la première fois en Mauritanie, les musiciens de Tinariwen ont laissé une bonne impression au public mauritanien. Car, dès leur entrée, sur scène, ce sont des salves d’applaudissement qui accueillirent leurs sons de tam-tam. Bien enrubannés, portant des boubous blancs, ils ont offert de leur mieux au public mauritanien. Accompagnés de deux superbes nanas pareilles à des nymphes et vêtues, elles aussi, en voile pourpre, les musiciens de Tinariwen ont égayé le public sur des sons berçant. A chaque début de morceau qu’entamait le groupe, il y avait les cris de joie qui accompagnaient la musique. Le public se reconnaissant dans cette musique que jouait Tinariwen très proche de la musique traditionnelle maure en demandait toujours. Captivante, la musique de Tinariwen vous transporte dans le temps, dans le désert, dans les viscères de la nuit. Ce Festival International des Musiques Nomades de Nouakchott fut l’occasion pour ce groupe de se faire découvrir en Mauritanie où vit aussi une importante communauté touarègue. A travers leur musique, ils essaient de véhiculer un message de paix entre toutes les communautés. A travers leur accoutrement très particulier, ils revalorisent la culture touarègue très peu connue en Afrique.   

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C’est sous un froid de glace et dans un stade plein à craquer que les jembé et les tam-tam annoncèrent l’arrivée de Sékouba Bambino. Durant presque deux tours d’horloge, il a tenu en haleine le public. Une chose est sûre : les absents ont eu tort et les présents ne le regretteront certainement pas  de s’être déplacés. Les sons de la musique mandingue furent ressuscités ce vendredi 11 avril. Sapristi ! Même le diable a eu chaud ! Item, les dizaines de centaine de personnes. Voire très chaud. Très forte et envoûtante, la musique de Sékouba Bambino n’a pas laissé personne sur le carreau. La batterie, les sons de jembé, de tam-tam et de balafon ont fait exploser l’applaudimètre ! La Guinée était bien là, celle qui sait vibrer les cœurs. Enflammé, Sékouba Bambino ne cessait de chantonner : ‘Mauritanie ! Mauritanie ! Mauritanie !’. L’Afrique était bien là. Les ‘Woooh’ ne cessaient de fuser partout à chaque fois qu’il prononçait la Mauritanie, le Mali, la Guinée, le Sénégal, la Cote d’Ivoire ou le Maroc. Changeant de tempo musical comme ils voulaient, les musiciens de Sékouba Bambino ont bien chauffé le stade du Ksar. Tellement qu’il voulait donner tout le meilleur de lui, que Sékouba a senti la nécessité d’enlever l’un de ses boubous qui commençait à l’importuner. A la suite d’une partie de notes musicales rythmées, endiablées et bien servies, était venu le temps des ballades. Et lorsque Sékouba Bambino prend sa guitare, il faut s’attendre à une partie de plaisir. Rien que des notes douces pour vous bercer comme un marmot d’un an. Sékouba Bambino a bien montré que lorsqu’une musique est bien faite et suave, elle peut être dansée par tout le monde malgré la langue dans laquelle elle est chantée. Eh ! Oui, tout le monde a dansé, chanté, approuvé et applaudi. Surtout lorsqu’il a entonné son mythique morceau ‘Apollo Soumamba’. C’était vraiment le summum ! Que dire de l’entrée sur scène de Ousmane Gangué qui distribua généreusement sans sourciller des billets de 1000 et 2000 UM à Sékouba Bambino ! Le public n’en revenait pas. Ousmane Gangué, content, s’est permis, lui aussi, de balancer dans les airs, son boubou. Ce fut merveilleux. Les ‘Bambino argaye’(en français, viens) que ce dernier chantonnait ont ébloui plus d’un. Ce que la politique n’a  pu faire, la musique l’a fait c’est à dire réunir les cœurs et dire que les frontières sont virtuelles. De leur première rencontre sur scène, ce fut grandiose. Qui disait ou pensait que les mauritaniens ne savent pas danser  la salsa ? Tenez-vous bien, ils en ont montré de tous les pas de danse. Eh ! Oui, parfois même mieux que les Cubains, les inventeurs de la salsa. Détrompez-vous : les mauritaniennes savent aussi décaler. Qu’est-ce que vous croyez ? Il fallait les voir faire le tournesol et vibrer leurs popotins. Hum ! En tout cas pas mal ! Même les mauresses savent gigoter le couper-décaler. Cette fois-ci made in Mauritania. Sékouba Bambino est reparti comme il est venu. Et la directrice du Festival International des Musiques Nomades, à la fin de la prestation de Sékouba Bambino, Khady Mint Cheikhna n’a pas dissimulé toute sa satisfaction. «Je suis contente que ce festival soit déroulé dans de bonnes conditions. On a eu droit à toutes les musiques et la population, visiblement, est comblée parce que ce soir, la ville a une âme. Nous avons, à travers cette manifestation, une rencontre et un rapprochement des hommes. Lorsque les hommes se rapprochent, la paix s’instaure. Je  demande l’indulgence pour les imperfections parce que toute œuvre humaine est par essence insuffisante et comporte des lacunes. Mais en tout cas, je voudrai exprimer toute ma satisfaction envers les partenaires qui nous ont soutenus durant tout ce festival. » 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr                copiedebambino2.jpg 

 

 

 

( 16 avril, 2008 )

Débrayage des enseignants du secondaire

Après le départ en grève des professeurs de l’enseignement supérieur pour 45 jours, voilà que ceux du secondaire entrent dans la danse. Visiblement suivi, le mot d’ordre du SIPES a gagné tous les établissements secondaires publics du pays. Seules les écoles privées ne s’y sont pas mêlées pour des raisons pécuniaires. A quelques exceptions près, comme dans certaines villes de l’intérieur du pays comme Kiffa ou Kaédi, ce mouvement de grève de 3 jours consécutifs lancé par le Syndicat Indépendant des Professeurs de l’Enseignement Secondaire(SIPES) a été suivi sur l’ensemble du territoire national. Les autorités du Ministère de l’Education Nationale semblent être prises de court par la célérité des événements qui ont affirmé faire de leur mieux pour trouver des solutions à leurs revendications. 

Ce mouvement de grève est né à la suite d’une insatisfaction de la part du Syndicat Indépendant des Professeurs de l’Enseignement Secondaire de leur plate-forme revendicative dont les points substantiels portaient sur la non -- révision du statut des enseignants, l’augmentation de la prime d’incitation, l’instauration de prime d’acquisition de documentation, la réouverture des concours de recrutement ministériel et le non paiement de l’indemnité d’éloignement. 

Intervenu à moins de deux mois de la fin de l’année scolaire, ce mouvement de grève lancé par le SIPES est analysé comme une volonté manifeste de saborder l’année scolaire et surtout d’utiliser le terrain syndical pour assouvir leurs revendications. Selon certaines sources concordantes, des garanties formelles ont été pourtant données par le Ministère de l’Education Nationale qui a reçu le SIPES en vue de négocier sur les différents points contenus dans sa plate-forme revendicative. 

Avec cette grève, le SIPES récidive. On se rappelle, il y a 3 mois, le même syndicat avait lancé un mot d’ordre de grève d’une journée qui était mal suivi. Mais cette fois-ci, le syndicat semble taper fort car cette grève de 3 jours est suivie par l’ensemble des professeurs du secondaire du pays. Ces derniers, aujourd’hui, sont accusés de vouloir torpiller l’année scolaire en cours en brandissant l’arme des revendications qui ont fait l’objet d’une série de négociations avec le Ministère de l’Education Nationale pour trouver des solutions.  Cette grève qui devra en principe durer 3 jours va-t-elle se poursuivre si le Ministère ne parvenait pas à satisfaire tous les points contenus dans la plate-forme revendicative du Syndicat Indépendant des Professeurs de l’Enseignement Secondaire ? 

Le premier jour du mot d’ordre de grève légalement lancé par le Syndicat Indépendant des Professeurs de l’Enseignement Secondaire a été un franc succès. Notamment, à Nouakchott, où tous les professeurs de l’enseignement secondaire ont observé ce mouvement de grève. Selon le coordonnateur du SIPES à Tiris-Zemmour, monsieur Souleymane O. Boyba, le mot d’ordre de grève a été suivi à 100% dans cette wilaya même si à Bir Mogrhéin il a été relevé un cas de défaillance de 45 mn. 

Selon les dernières informations que nous avons eues, le Ministère de l’Education Nationale est toujours ouvert au dialogue avec les partenaires sociaux dans le but de protéger l’enseignement secondaire d’une turbulence dont les victimes premières seraient les élèves.   

Babacar Baye Ndiaye 

( 16 avril, 2008 )

Thiédel Mbaye: »Dans tout le monde entier, c’est la Mauritanie seule qui néglige ses artistes. Parfois, c’est décourageant. Tu fais un concert gratuit, la population ne vient pas »

 

D’origine griotte, cette diva mauritanienne, dont l’amitié avec Baba Maal n’est plus à prouver, a laissé sa carrière de comptable pour se consacrer à la musique, sa passion. Dans l’interview suivante que Thiédel Mbaye, qui n’est plus à présenter, nous a accordé, elle y évoque entre autres sujets l’indifférence totale dans laquelle baigne la musique mauritanienne.                                                                                                   

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Le Rénovateur Quotidien : En Mauritanie, on n’accorde pas assez de crédit à la musique. Les structures manquent. Il y a, en plus de cela, un problème de coordination entre les musiciens. Comment voyez-vous l’avenir de la musique mauritanienne ? 

Thiédel Mbaye : La situation dans laquelle s’est retrouvée la musique mauritanienne est vraiment inquiétante. La situation des artistes est aussi préoccupante. L’art n’a pas sa juste valeur en Mauritanie. Tu peux être artiste, tu fournis des efforts, tu fais tes