( 6 mars, 2011 )

Goûter au profit des enfants déshérités du centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary d’Arafat [Reportage Photos]

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A Arafat, dans le quartier de Meçid El Nourou, en retrait de la route qui mène vers le cimetière de Nouakchott, derrière un îlot de maisons, se dresse une institution: le Centre feu Moulaye Ould Boukhary de l’Ong Ensemble contre la pauvreté et l’enfance déshéritée. Lorsqu’on pénètre à l’intérieur de cette institution, on est vite bluffé par le cadre et l’environnement. 

Le Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary, financé par le Japon, dispose d’un réfectoire, d’un dortoir, d’une cuisine, d’une administration, d’une salle de formation, d’une bibliothèque où séjournent régulièrement des élèves du quartier, d’une salle de consultations gratuitement assurée par le radiologue Brahim Ntaghry, un des membres fondateurs de l’institution. 

Voilà 6 ans que cet institut, au nom de l’enfance déshéritée, a été créé par des cadres mauritaniens issus de diverses catégories socioprofessionnelles. Aussitôt, le projet est vite lancé. Les bénévoles se bousculent à la porte et l’institution peut se permettre d’accueillir sans arrêt des enfants déshérités. 

L’expérience est vite couronnée de succès. Coup sur coup, le Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary reçoit le prix de la FAO pour la nutrition des enfants déshérités en 2OO7 et un autre décerné par la Croix Rouge Italienne à la même année. Au même moment, l’institution reçoit des visiteurs de haute marque comme des ministres de la République, le vice-ministre des affaires étrangères de la République d’Italie. 

Le Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary vit aujourd’hui une période très difficile. Et, malgré le peu de moyens dont dispose cette institution, elle continue tout de même à accueillir des enfants déshérités notamment d’Arafat. 

Le président fondateur de cet institut, Mohamed El Khamess Sidi Abdallahi, s’est engagé depuis quelques temps, dans une course contre la montre pour donner une nouvelle impulsion au Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary qui n’assure plus à ses pensionnaires un repas par jour depuis l’arrêt du projet de nutrition « Orphelins Enfants vulnérables » piloté par le ministère de la Santé. 

Et, aujourd’hui, le défi majeur de l’administration de cette institution qui a pour ambassadeurs de bonne volonté Raghab Alama du Liban et Ousmane Gangué, c’est exactement de pouvoir assurer une prise en charge nutritionnelle aux enfants. 

Ce 2 mars 2011, vers les coups de dix huit heures, le centre est plongé dans une ambiance devenue presqu’inhabituelle. « De temps en temps, on offre des goûters aux enfants », explique Mohamed El Khamess Abdallahi, son président fondateur. Et chaque goûter semble redonner de la vie, de l’harmonie à son institution. 

Ces goûters sont souvent offerts par des personnes de bonne volonté comme à l’image d’Elisabeth Rodach du Lions Club International qui est venue spécialement offrir un goûter aux enfants déshérités du Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary doté également d’une mahadraa où étudient les enfants et une mosquée. 

« Vous avez beaucoup de chance de vivre dans ce quartier où vous avez des mamans qui sont à votre disposition, qui vous éduquent et vous donnent du confort. On essaiera de faire le maximum pour trouver et vous offrir davantage de goûters comme celui d’aujourd’hui », déclare Elisabeth Rodach qui a promis d’assister le centre pour le confort des enfants. 

Le centre compte cinq bénévoles dont deux enseignants qui dispensent, à l’après-midi, des cours de rattrapage en français et en arabe aux enfants assuré par Lalla Coulibaly (la mamie des enfants) et Mohamed Salem Ould Aly. 

Dans ce centre qui accueille entre 5O et 8O enfants, on y trouve des orphelins et des enfants issus de foyers extrêmement pauvres. Chaque jour, après les classes, à l’après-midi, ils viennent plancher dans cet institut dont ils sont devenus si familiers.   

« Des requêtes sont en cours pour assurer au moins un repas par jour aux enfants », indique Mohamed El Khamess Sidi Abdallahi. Malgré qu’il soit débordé, le centre continue à accueillir des enfants déshérités et principalement des enfants orphelins qui ont entre 1 et 10 ans, telle cette fille de 5 ans qui a perdu ses parents et qui traîne avec elle son petit frère âgé d’un an. « Il y’a des cas qu’on ne peut pas refuser et on est obligés de les accueillir », explique-t-il. 

La nuit est tombée depuis une dizaine de minutes et déjà le centre commence à se désemplir petit à petit. Les enfants sont partis rejoindre leurs foyers ainsi que les mères de famille qui bénéficient des services du Centre feu Moulaye Ahmed Ould Boukhary sauf le permanent du centre, Housseynou Ahmed et la gouvernante. 

« Dans un contexte marqué par de fortes disparités sociales et par la persistance de la prévalence de la pauvreté, je suis sûr que tout appui généreux à l’enfance orpheline, frange vulnérable de la population, sera d’un précieux concours pour préserver les acquis et développer de nouvelles activités », glisse, avant de prendre congé, le président du centre et par ailleurs médaillé d’or en tir à la cible à Kampala. 

Aujourd’hui, le centre qui éprouve le besoin d’être soutenu est confronté à une série de contraintes dont principalement l’absence de ressources financières suffisantes pour une prise en charge  conséquente de ses charges et du nécessaire développement de nouvelles activités. 

L’Ong envisage d’ailleurs d’organiser, au mois de mars courant, une soirée de gala avec l’artiste Ousmane Gangué. Puis, un grand concert où des artistes du Mali et du Sénégal seront invités. Les fonds récoltés seront destinés à la réhabilitation du centre Moulaye Ahmed Ould Boukhary et à la nutrition des enfants déshérités. 

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 16 janvier, 2011 )

Entretien exclusif avec Ahmed Hamza Président de la Communauté Urbaine de Nouakchott: « A un an du terme de mon mandat, je puis vous confirmer ma décision de ne pas rempiler »

En marge du meeting de la COD notre reporter a tendu son micro à M. Ahmed Hamza, président de la CUN pour recueillir ses impressions.

Le Quotidien de Nouakchott : Selon des observateurs, vous passiez par hasard quand vous avez aperçu des élus debout sur la place. Vous avez décidé alors de rejoindre le meeting, habillé en costume pendant que tout le monde était en boubou, donc préparés pour le meeting. En fait vous êtes arrivé bien après que le meeting ait débuté et vous en êtes reparti avant la fin. Qu’en est-il ?

Ahmed Ould Hamza : Généralement je ne perds pas mon temps pour répondre à ce genre de radotage. Toujours est-il que j’ai quitté mon bureau vers 18 heures 40.

En effet mon devoir est de consacrer toute mon énergie à servir mes concitoyens, et comme j’avais encore un peu de temps, je suis allé au meeting. Effectivement j’étais le seul qui n’était pas en habit traditionnel. Tout simplement parce que je suis venu directement sans prendre le temps de passer chez moi pour me changer. Mais le plus important est que j’ai assisté à l’essentiel des interventions.

L’on a remarqué que vous étiez debout et le président Messoud Ould Boulkheir vous a proposé son siège ?

C’est vrai, et je lui en saurai gré. Vous aurez aussi remarqué mon refus de l’honneur qu’il me faisait ainsi. Même si je trouve le geste amical et courtois, je ne peux pas admettre que le président de l’Assemblée nationale et de surcroît, ancien candidat à la magistrature suprême, cède sa place au Président de la Communauté Urbaine de Nouakchott. Toutefois, je reconnais que le geste était touchant et plein de sens.

Ceci dit, Il n’en demeure pas moins que l’organisation de notre meeting n’était pas au point, les organisateurs n’ayant prévu que dix sièges sur l’estrade. C’est pourquoi, à l’instar de tous ceux qui ne sont pas chef de partis membres de la COD, je suis resté debout. C’est d’ailleurs ce qui explique, qu’étant fatigué, je n’ai pu rester jusqu’à la fin. L’essentiel pour moi était de marquer par ma présence, ma qualité de militant.

Quelle évaluation faites-vous de ce meeting par rapport à celui organisé la veille par la Coalition des Partis de la Majorité Présidentielle ainsi que de votre appréciation des contenus des discours ?

Autant le meeting de la majorité m’a semblé réussi avec une affluence importante et diversifiée, autant celui de l’opposition m’a déçu par la foule très clairsemée que nous avons réussi à drainer. Cela est d’autant plus étonnant que normalement la conjoncture politique et économique se prête à la contestation. Sur le plan des thématiques abordées, je dois vous avouer que mis à part les termes et expressions malséantes, je me suis reconnu dans ce discours qui, par son ton et son contenu, rappelle étrangement celui de l’opposition.

Ainsi on a vu certains leaders de la Majorité, dénoncer la hausse des prix et enjoindre le gouvernement de prendre les mesures idoines en vue de la juguler. Jusqu’ici nous étions plutôt habitués à une Majorité qui acceptait tout, justifiait tout et ne critiquait jamais. Je dois aussi vous avouer que de notre côté, j’ai surtout été impressionné par le discours de Messoud Ould Boulkheir d’une haute portée politique laissant la porte ouverte au dialogue.

Justement en parlant de dialogue et de ses perspectives, quelle est votre position sur la question ?

Qu’on le veuille ou non, sur plusieurs plans, le discours du président Mohamed Ould Abdel Aziz, rejoint celui développé par l’opposition durant de longues années. Incontestablement il est plus proche de l’opposition que de la majorité actuelle. Rien ne doit empêcher une ouverture vers l’opposition. J’ai toujours dit que nous avions besoin d’une scène politique apaisée et que le pouvoir devait s’ouvrir et ne pas considérer ses opposants comme des ennemis, mais comme des adversaires.

Il y a des points sur lesquels il doit y avoir un consensus national, cela n’empêche pas à tout un chacun de garder ses propres spécificités ou différences. Au lieu de perdre notre temps dans des querelles stériles, nous devons tous, chacun dans sa position, unir nos efforts pour la construction de notre pays. C’est en tout cas ma conviction profonde et je ne ménagerai aucun effort pour qu’elle prévale.

Pourtant, autant que nous sachions, vous avez vous même des problèmes avec le pouvoir ou tout au moins avec des pans importants de l’Administration ?

Je vous le confirme ; mais je tiens à préciser que je ne m’oppose pas pour le plaisir de m’opposer. J’ai toujours eu une attitude constructive et le seul problème que j’ai, c’est celui de la défense de mes compétences et de mon statut d’élu local, représentant les citoyens de notre plus grande agglomération et qui se trouve être notre capital politique et économique. Mon combat est donc uniquement pour la décentralisation, car mon intime conviction est qu’il ne peut y avoir de développement sans la décentralisation et le libéralisme commercial.

Un dernier mot ?

Bientôt je serais à la fin de mon mandat et le seul souhait que j’ai, c’est de pouvoir travailler en harmonie avec les pouvoirs publics pour le bien être de nos concitoyens et de notre ville, pour pouvoir dépenser cette année à bon escient, les milliards d’économie que nous avons pu faire, pour le plus grand bien de notre ville et ce avant qu’ils ne subissent le sort qui lui était réservé avant nous.

A vous entendre vous ne serez pas là pour un second mandat ?

Non ! Et non ! Plus jamais on ne m’y reprendra. A un an du terme de mon mandat, je puis vous confirmer ma décision de ne pas rempiler.

Propos recueillis par BC

( 16 janvier, 2011 )

Ladji Traoré à coeur ouvert au Rénovateur Quotidien

Ladji Traoré est le secrétaire général de l’Alliance populaire progressiste, il répond aux questions du Rénovateur Quotidien.

Le Rénovateur Quotidien : Selon Samory , Monsieur Messaoud Ould Boulkheïr a laissé entendre qu’il a « une nouvelle vision qui est celle de jouer un autre rôle de dimension nationale tel que la lutte contre le terrorisme, les anti-arabismes et les antiesclavagistes qu’il considère comme des extrémistes et des sectaires. Info ou intox ?

L .T : Pour tous ceux qui sont sur le champ de la lutte pour la démocratie et contre l’esclavage, monsieur Messaoud Ould Boulkheïr n’a pas varié de vision et l’affaire du cas d’esclavage avéré découvert et dénoncé par les militants de l’APP, de l’IRA, de S.O.S esclaves et du Flère est d’une actualité brûlante et dans laquelle le président Messaoud ne ménage aucun effort pour couper court aux tentatives d’amalgames et faire libérer les militants anti-esclavagistes emprisonnés est suffisamment éloquent pour couper court à toutes les balivernes à ce sujet.

Depuis la crise ouverte par le coup d’Etat du 8 août 2008 et la lutte acharnée qui est menée pour l’instauration d’une véritable démocratie dans notre pays, aux yeux de ses amis et même ses adversaires Messaoud Ould Boulkheïr a pris la dimension d’un grand patriote dont la vision ne cesse de s’affirmer.

Il s’est porté de même aux premiers rangs des manifestations populaires historiques contre l’AQMI dès 2007, à travers les rues de Nouakchott. Il est possible que pour certains esprits sectaires, la lutte contre l’esclavage est antinomique d’un combat global pour la démocratie, la justice pour tous, l’unité et la sécurité nationales.

Le Rénovateur Quotidien : Certains militants de l’A.P.P soutiennent qu’une main invisible cherche à déstabiliser le parti de l’intérieur. La direction de l’Alliance populaire progressiste a-t-elle le sentiment que Samory agit sous l’influence du pouvoir ?

L .T : Devant la persistance et même l’acharnement de monsieur Samory Ould Beye dans ce qu’il convient d’appeler sa campagne de sape du parti et de dénigrement de son président monsieur Messaoud Ould Boulkheïr combattant patriote, rassembleur et intransigeant, farouchement attaché à la paix et à l’unité nationale, les mouvements des femmes et des jeunes ont rendu public des communiqués de presse pour dénoncer les conceptions erronées de monsieur Samory Ould Beye, des responsables de haut rang dont un secrétaire général adjoint ont donné des interviews dans des journaux en ligne et en langue arabe, en ma qualité de secrétaire général du parti j’ai demandé à monsieur Samory Ould Beye de venir s’entretenir avec moi en présence de membres du bureau exécutif.

Je lui ai dit combien ses idées étaient erronées et en contradiction avec le programme politique du parti et sa stratégie pour sortir notre pays de la crise consécutive au coup d’Etat. Je lui disais ma disponibilité d’écouter des suggestions éventuelles pour une meilleure conduite de l’action du parti. Devant son entêtement le parti a choisi un large débat interne et une campagne de pédagogie politique plutôt qu’une mesure disciplinaire et administrative toujours plus faciles et peut-être pas toujours efficaces.

L’avenir dira en définitive est-ce pour des raisons de limitation politique et idéologique que monsieur Samory agit ou pour une volonté de positionnement à des fins de recherche de leadership politique ou pour d’autres motivations ou instigations inavouées ou la connivence de toutes ces motivations.

Le Rénovateur Quotidien : Que va-t-il se passer ? Samory va-t-il être exclu du parti après les déclarations publiées sur les colonnes du Quotidien de Nouakchott ?

L.T : Il n’appartient pas à ce stade du large débat interne qui est mené dans les instances de base du parti de répondre à cette question. Seules les instances supérieures compétentes du parti tireront les conclusions de ce débat, et le moment venu, prendront des décisions ultimes en conformité avec l’intérêt supérieur du parti, ses orientations fondamentales et ses dispositions statutaires.

Le Rénovateur Quotidien : On a vu monsieur Mohamed Jemil Mansour se lever contre la commission mise en place pour la réforme de l’état civil, parce que celle-ci dans sa composition ne reflète pas le multiculturalisme mauritanien. Que vous inspire de cette reforme ?

L.T : La révision de l’état civil telle qu’envisagée par le régime en place suscite partout inquiétude et soulève même un tollé général tant au niveau de la classe politique que dans la société civile. En effet en raison de ces incidences économiques sociales, politiques, électorales, et vu les antécédents négatifs de notre état civil actuel, APP accorde la plus haute importance à la question.

Par le passé nous avons souligné le caractère incomplet et bâclé des recensements qui excluaient beaucoup de citoyens, avec peu d’importance accordée à l’orthographe des patronymes des différentes communautés notamment des négro-africains, le bas niveau culturel et technique des personnels impliqués dans le travail, leur méconnaissance notoire des noms et prénoms les plus usuels autant de problèmes qui suscitent à nouveau de graves inquiétudes.

En outre la démarche purement sécuritaire avancée est loin d’être convaincante et cache peut-être des velléités de négation de la nationalité de certaines composantes.

Il y a lieu de se prémunir davantage d’ouverture en associant des cadres de toutes les composantes nationales à ce travail particulièrement sensible si l’on veut aboutir à des résultats transparents pouvant servir de base de données à toutes les utilisations ultérieures concernant les populations tant citadines que rurales, et servirent de base pour des listes électorales ouvertes à tous.

Le Rénovateur Quotidien : Le foncier est au cœur du débat politique depuis quelques temps. Que pensez-vous de « concessions » attribuées aux hommes d’affaires dans certaines zones rurales du pays ?

L.T : La question foncière est un problème fondamental dans n’importe quel pays et régime socio-économique. Elle est essentielle dans notre pays compte tenu du contexte environnemental de désertisation, de raréfaction des ressources naturelles : sols, espèces animales, couvert végétal, ressources en eaux de surface et de nappes phréatiques et surtout en raison de son incidence sociale par rapport à toute véritable politique de développement durable de justice sociale.

En effet l’ordonnance 83 127 du 5 juin 1983 portant organisation foncière visait avant d’être détournée de ses objectifs au détriment de ceux qui tirent leurs ressources de la terre, au profit de certains hommes d’affaires et officiers supérieurs absentéistes du secteur rural, à la libération des éléments dépourvus et opprimés des collectivités tribales et villageoises.

Le nouveau danger qui menace le monde rural actuellement en Afrique et singulièrement les paysans mauritaniens c’est la ruée de fonds vautours étrangers qui cherchent à s’investir à des fins spéculatives dans les terres agricoles, c’est l’opération « Land grabbling » sans la recherche d’une quelconque autosuffisance alimentaire.

La seule politique nationale qui vaille c’est l’accès des paysans à la terre, et l’appui de l’Etat pour les moyens de sa mise en valeur, financière, matérielle et technique, seule condition pour éradiquer la misère de la campagne, et mettre fin à l’exode rural vers les centres urbains, assurer l’autosuffisance et la sécurité alimentaires durables et préserver des superficies pour les générations futures. Tout le reste illustre l’absence totale de vision à long terme du régime actuel et sa politique d’improvisation dans tous les domaines.

Le Rénovateur Quotidien : Alors qu’il portait plainte contre un cas présumé d’esclavage, Birane est allé en prison, si bien que d’aucuns soutiennent que la Mauritanie sous la présidence issue de la « rectification du 6 août 2008 » a fait un pas en arrière en matière des droits de l’homme. Partagez-vous cet avis ?

L.T : Les péripéties aux allures surréalistes du cas d’esclavage révélé et dénoncé à Fellouja, quartier périphérique de la commune d’Arafat, par des militants anti-esclavagiste de d’APP, d’IRA, de S.O.S esclaves et du Flère, ne surprennent en définitive que ceux qui sont étrangers au combat complexe contre le phénomène bien enraciné et pernicieux de l’esclavage dans notre pays dans ses différentes composantes nationales et des complicités qu’il trouve au sein des forces de police, de l’administration jusqu’y compris la justice.

Les militants de APP eux y sont bien habitués pour avoir été emprisonnés déjà en 2005, dans un cas similaire révélé à Mederdra. Il est donc temps de marquer une rupture radicale avec toutes les formes d’hypocrisie et de manipulation relatives à l’esclavage et aux pratiques qui lui sont liées.

Ce rôle essentiel incombe à cet égard à l’Etat et à ses différents organes pour une application ferme de la loi n° 2007-048 du 3 septembre 2007 portant incrimination de l’esclavage et réprimant toutes les pratiques esclavagistes et il est temps de prendre des arrêtés subséquents pour donner toute l’effectivité à cette loi et prendre des mesures spécifiques plus concrètes au-delà du discours général ambiant de lutte contre la pauvreté et l’esclavage.

Le Rénovateur Quotidien : Selon des indiscrétions le leader de l’APP, monsieur Messaoud Ould Boulkheïr aurait été reçu en audience, récemment, par le président Ould Abdel Aziz , quels sont les sujets qu’ils ont aborde ? Est-ce que le président de l’A.P.P en a profité pour plaider en faveur de Birane Ould Dah Abeïd et ses compagnons de l’IRA ?

L.T : Dès le début de cette affaire, le président Messaoud Ould Boulkheïr s’est impliqué personnellement allant jusqu’à contacter les plus hautes autorités du pays pour demander d’éclaicir totalement cette affaire d’esclavage, dépasser les effets collatéraux et libérer immédiatement les militants anti-esclavagistes,du reste tout le monde se souvient deux jours après cette audience de son discours de clôture de la première session parlementaire dans lequel il est revenu sur ce sujet.

Pour le reste de votre question monsieur Messaoud à ce niveau a dû certainement débattre avec le président Mohamed Ould Abdel Aziz d’autres sujets d’intérêt national dont je n’ai aucune idée.

Propos recueillis par Samba Camara

( 16 janvier, 2011 )

Communiqué du Conseil des ministres du 13 janvier 2011

Le Conseil des Ministres s’est réuni Jeudi 13 Janvier 2011 sous la Présidence de son Excellence Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz, Président de la République. Le Conseil a examiné et adopté les projets de décrets suivants :

- Projet de décret portant modification de certaines dispositions du décret n° 2006-097 du 15 Septembre 2006 portant organisation et fonctionnement de l’Université de Nouakchott. Le projet, conformément aux nouvelles dispositions de la loi 2010-043 du 21 juillet 2010 abrogeant l’ordonnance 2006-007 relative à l’Enseignement Supérieur, introduit de nouveaux organes de gestion et réorganise certaines missions de l’Université de Nouakchott.

- Projet de décret portant modification de certaines dispositions du décret n° 2009-161 du 29 Avril 2009 portant création, organisation et fonctionnement de l’Institut Supérieur de Comptabilité et d’Administration des Entreprise. Le projet met en place les nouvelles dispositions régissant les structures organiques de l’établissement et identifie, également, l’origine et la composition des ressources mises à sa disposition.

- Projet de décret portant modification de certaines dispositions du décret n° 2009-160 du 29 Avril 2009 portant création, organisation et fonctionnement du Centre National des oeuvres Universitaires. Ce projet de décret introduit des modifications importantes relatives à la mission et à l’organisation du Centre, et ce, en vue d’assurer une meilleure gestion des oeuvres universitaires, notamment le logement, la santé, les bourses, les aides sociales, le transport et les activités culturelles et sportives.

- Projet de décret portant modification de certaines dispositions du décret n° 2009-158 du 29 Avril 2009 portant création, organisation et fonctionnement de l’Institut Supérieur d’Enseignement Technologique de Rosso. Le projet définit les prérogatives de l’ISET et complète les structures organiques de l’établissement.

- Projet de décret portant réorganisation et fonctionnement de l’Ecole Normale Supérieure de Nouakchott. Ce projet de décret permet de rénover le cadre organisationnel de l’Ecole Normale Supérieure en le rendant plus adapté à ses nouvelles missions et en élargissant ses capacités d’initiative. Il vise également à diversifier l’offre de formation de l’école à travers la création de nouvelles filières.

- Projet de décret portant approbation et déclaration d’utilité publique du plan de restructuration des secteurs d’Arafat limitrophes de Toujounine et Dar Naim. Le projet couvre 15 secteurs connaissant d’importantes occupations illicites et permettra les rajustements et les réaménagements nécessaires à même de favoriser une restructuration optimale des quartiers ; l’opération fournira 12 090 lots à usage d’habitation et 112 autres destinés aux équipements collectifs et aux places publiques.

- Projet de décret modifiant et complétant certaines dispositions du décret n°2010-046 du 1er mars 2010, portant création d’une Société de Transport Public (STP). Le projet transforme la STP en une Société d’économie mixte par la participation du Privé national au capital de la Société.

- Projet de décret portant approbation de la modification du Statut de la Société de Transport Public (STP). Le projet remet en phase l’organisation et la structuration de la STP d’avec sa nouvelle configuration et réorganise ses organes délibérant et exécutif ;

- Projet de décret accordant le permis de recherche n° 1017 pour les substances du groupe 4 (Uranium) dans la zone sud Bir Tenebdar (Wilaya du Tiris Zemmour) au profit de la société Mauritanian Ressources Ltd.

- Projet de décret accordant le permis de recherche n° 1018 pour les substances du groupe 2 (Or) dans la zone de Zreig (Wilaya du Gorgol) au profit de la société Mauritanian Ressources Ltd.

- Projet de décret accordant le permis de recherche n° 1086 pour les substances du groupe 2 (Or) dans la zone d’Inal (Wilayas du Dakhlet Nouadhibou et de l’Inchiri) au profit de la société Lusitania Mauritania.

- Projet de décret accordant le permis de recherche n° 1108 pour les substances du groupe 2 (Or) dans la zone d’Aimou (Wilaya de Dakhlet Nouadhibou) au profit de la société Tayssir Resources.

Le Ministre des Affaires Economiques et du Développement, Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération par Intérim, a présenté une communication relative à la situation internationale.

Le Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation a présenté une communication relative à la situation intérieure.

Le Ministre de l’Equipement et des Transports a présenté une communication relative à un rapport mensuel sur les accidents de circulation. La communication présente la situation des accidents de la circulation survenus au cours du mois de Décembre dernier et les différentes actions à mener pour diminuer et atténuer la situation.

Au regard de l’évolution des prix de certaines denrées alimentaires, le président de la république a instruit le Gouvernement de prendre les mesures les plus urgentes de nature à permettre de contenir les prix à des niveaux les plus accessibles aux populations sur l’ensemble du territoire. Dans ce même cadre, il a demandé de valoriser davantage la production nationale, et particulièrement dans les secteurs des céréales, de la viande, du poisson et des légumes aux fins d’une meilleure et plus grande accessibilité des populations ; ceci ne pourrait qu’influencer favorablement le la qualité des prix.

( 16 janvier, 2011 )

Deux mineures violées, l’une par son oncle par alliance et l’autre par son père

Deux mineures, l’une (sénégalaise) âgée de 16 ans et l’autre (mauritanienne) de 15 ans, ont été violées, la première, par son oncle par alliance et la seconde, par son père, a-t-on appris samedi auprès d’une source proche d’une association de défense des droits de l’Homme mauritanienne, en charge de ces dossiers.

Le viol de la mineure âgée de 16 ans s’est déroulé, jeudi passé, vers 2 heures du matin au Ksar. L’auteur du fait, après avoir été dénoncé par son épouse, a arrêté puis placé en garde à vue à la Brigade des mineurs, en attendant d’être statué sur son sort.

Au sujet de la fille âgée de 15 ans, elle habite à Sebkha. Elle a été séquestrée puis violée par son père. Le viol s’est produit mardi dernier, courant d’après-midi. Le père de la fille a été rapidement interpellé et placé en garde à vue.

Les deux victimes, précise-t-on, ont été reçues au Centre El Wafa pour les conseils et la prise en charge des victimes de violences sexuelles puis accompagnées au Centre Hospitalier National pour l’obtention du certificat médico-légal par un médecin réquisitionné par la police.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 16 janvier, 2011 )

Les violences sexuelles ‘ne doivent pas être tolérées ni acceptées’ selon Zeinabou Mint Taleb Moussa

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Une des leçons à retenir du rapport de synthèse 2010 sur les cas de violences sexuelles à Nouakchott élaboré par l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant (A.m.s.m.e.) pourrait être celle-ci : premièrement, les cas par rapport à l’année 2009 ont diminué et deuxièmement, on constate que, comparativement, à l’année précédente, les tranches d’âge 10/15 et 16/18 sont toujours les plus touchées.

Lors de la publication, le 13 janvier, des résultats de ce rapport de synthèse au Centre El Wafa pour les conseils et la prise en charge des victimes des violences sexuelles de l’A.m.s.m.e., sa présidente, Zéinabou Mint Taleb Moussa, a expliqué cette chute du taux de violences sexuelles par la mise en place de programmes de prévention et de sensibilisation qui ont touché presque toutes les catégories socioprofessionnelles menés dans les neuf moughataas de la ville de Nouakchott.

C’est dans les moughataas d’El Mina, d’Arafat, de Sebkha et de Dar-Naim où l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant a enregistré le plus grand nombre de cas de violences sexuelles. Cet état de fait serait consécutif, selon cette Ong, à la particularité géographique de ces zones de forte prédominance des violences sexuelles.

Pour l’année 2009, l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant avait enregistré 205 cas de violences sexuelles. En 2010, cette Ong a enregistré 160 cas de violences sexuelles. Les filles mineures se retrouvent à la tête du peloton (127 cas) suivies des filles mineures domestiques (9 cas) et des femmes adultes (10 cas). Les femmes domestiques ferment la marche avec seulement deux cas. Les garçons mineurs n’échappent pas non plus aux violences sexuelles. Pour l’année 2010, 12 cas ont été enregistrés.

Derrière le profil des agresseurs se cachent des visages du mari de la mère, de l’enseignant, du père, du marabout, du voisin, du boutiquier, du camarade de classe, de l’ami de la famille, de l’employeur domestique, du domestique, du cousin, du vendeur ambulant, du pompiste, du tailleur, du tôlier, du mécanicien, de l’ânier, du taximan, de l’étranger, du délinquant, de l’inconnu et du mari. Au total, cela fait 258 agressions enregistrées pour l’année 2010.

Les victimes des violences sexuelles proviennent la plupart du temps de la Brigade des mineurs, des structures sanitaires, des commissariats de Police et du Centre El Wafa pour les conseils et la prise en charge des victimes des violences sexuelles.

« Lorsque nous les accueillons, nous leur faisons des examens médicaux. Pour le VIH/Sida, jusqu’à présent, on n’a pas eu un cas positif. Mais, en ce qui concerne le virus de l’hépatite B, nous avons eu deux cas positifs », a indiqué Zéinabou Mint Taleb Moussa.

Par ailleurs, en plus des prestations fournies aux victimes par le Centre El Wafa et le suivi médical des victimes, l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant assure le suivi juridique des dossiers.

« Mais, parfois, il y’a des valeurs socioculturelles qui interviennent pour décourager les victimes de porter plainte devant les juridictions. C’est un problème que nous rencontrons et nous faisons tout afin de pousser les victimes à n’avoir pas peur de porter plainte », a expliqué Me El Id Ould Mohameden, avocat à la Cour et chargé du suivi juridique des dossiers au niveau de l’A.m.s.m.e.

Dans le rapport de synthèse de cette Ong, on a noté une forte diminution des arrangements qui se faisaient soit devant la police ou devant le tribunal entre les parents en comparaison avec l’année 2009 où le taux de pourcentage représentait 43%.

Pour l’année 2010, le pourcentage d’arrangement est tombé jusqu’à 41%, un résultat qui s’expliquerait par le fait que les parents des victimes aient compris le besoin de porter plainte. « Il y’a violence mais il n’y a pas de justice. Nous sommes victimes, victimes et victimes. Victimes d’une agression barbare, victimes de mentalités et victimes de l’injustice et de l’insuffisance des lois », a souligné Zeinabou Mint Taleb Moussa.

L’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant vient d’achever une enquête sur les violences sexuelles dans cinq régions de la Mauritanie (Gorgol, Assaba, Brakna, Adrar et Dahlet Nouadhibou). D’après sa présidente, cette enquête montre que ce phénomène est réel en Mauritanie et demeure encore un sujet tabou.

Zeinabou Mint Taleb Moussa a annoncé la création d’une ligne d’assistance téléphonique et d’aide aux enfants qui souhaitent des conseils ou qui sont en danger. Ce numéro vert (80001010) d’appel gratuit mis à la disposition par la Mauritel à l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant sera également ouvert aux femmes victimes de violences. D’ici février, ce numéro vert sera ouvert aux autres opérateurs téléphoniques à savoir Mattel et Chinguittel.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 16 janvier, 2011 )

Meeting de la Coordination de l’Opposition Démocratique à la Capitale

Les leaders de la Coordination de l’Opposition Démocratique (C.o.d.) ont appelé jeudi, lors d’un meeting populaire qui a réuni des milliers de personnes, Mohamed Ould Abdel Aziz et son gouvernement dirigé par Moulaye Ould Mohamed Laghdaf à mettre un terme à la paupérisation et à la gabegie.

S’exprimant le premier lors de ce meeting, Messaoud Ould Boulkheir a dénoncé la montée des prix et le chômage. Le Président de l’Assemblée Nationale s’est également prononcé sur le sort des rapatriés restés encore au Sénégal et Mali.

Lui succédant sur la tribune, Ahmed Ould Daddah a abondé dans le même sens que Messaoud Ould Boulkheir en dénonçant le chômage qui frappe la jeunesse mauritanienne et les marchés de gré à gré qui, selon lui, ont connu une forte hausse. Par rapport à la cherté de la vie, le président du Rassemblement des Forces Démocratiques a regretté le fait que le gouvernement de Moulaye Ould Mohamed Laghdaf n’ait rien fait pour amortir le prix des denrées de premières nécessités.

Puis, c’était au tour de Bâ Mamadou Alassane, président du Parti pour la Liberté, la Justice et l’Egalité d’emboucher la trompette en fustigeant les expropriations foncières dont sont victimes les populations de la vallée du fleuve Sénégal et l’arrêt du processus de rapatriement des réfugiés mauritaniens installés au Sénégal.

Le président d’El Wiam, Boidiel Ould Houmeid, a révélé, au sujet de l’augmentation des denrées de premières nécessités, que cela s’expliquerait par la volonté des commerçants qui avaient financé la campagne présidentielle de Mohamed Ould Abdel Aziz. Il a indiqué, à l’heure actuelle, sur un ton ironique, que même les seringues et les sparadraps ne sont plus à la portée des citoyens. Manière pour lui de s’élever contre la privatisation des soins de santé.

Au sujet de la gabegie, Ahmed Ould Sidi Baba a soutenu que les vrais prévaricateurs, se trouvent dans le camp de ceux qui incarnent aujourd’hui le pouvoir, s’inscrivant ainsi en faux contre les allégations de la Coalition des Partis de la Majorité (CPM) qui affirme que l’opposition est composée de Moufcidines.

Le président du l’Union des Forces de Progrès, Mohamed Ould Maouloud a appelé les pouvoirs publics à libérer immédiatement Birame Ould Dah Ould Abeid et ses amis condamnés à six mois de prison ferme par la justice. Il a déclaré qu’il est temps que Mohamed Ould Abdel Aziz et son gouvernement apporte des réponses claires et rapides aux problèmes que rencontrent les mauritaniens. Cela, a-t-il expliqué, pour éviter à la Mauritanie ce qui se passe actuellement en Tunisie depuis quelques semaines. Le président de l’Union des Forces de Progrès s’est enfin interrogé sur l’utilisation des 50 millions de dollars donnés par l’Arabie Saoudite à la Mauritanie.

Quant à Mahfoudh Ould Bettah a regretté, lui, que l’armée ne soit plus une armée républicaine.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

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( 16 janvier, 2011 )

Le lapsus de Mintata Mint Hedeyd provoque des éclats de rire

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Mercredi, dans l’après-midi, lors du meeting de la Coalition des Partis de la Majorité (C.p.m.), la secrétaire générale du Parti Républicain pour la Démocratie et le Renouveau (P.r.d.r.) Mintata Mint Hedeyd a parlé de Mâaouiya Ould Sid’Ahmed Taya, au lieu de Mohamed Ould Abdel Aziz dans un discours qu’elle prononçait.

Ce lapsus de Mintata dont le parti est membre de la Coalition des Partis de la Majorité et reconstruit sur les cendres du défunt Parti Républicain Démocratique et Social (P.r.d.s.) a provoqué des éclats de rire aussi bien chez la foule que chez les autorités présentes à ce meeting. Ce fut un savoureux moment de détente.

Après le ministre de l’hydraulique et de l’assainissement Mohamed Lemine Ould Aboye, c’est autour de Mintata Mint Hedeyd de se mélanger les pinceaux, grossissant ainsi le Guinness des lapsus.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 16 janvier, 2011 )

La CPM passe en revue les réalisations du gouvernement lors d’un meeting populaire

La Coalition des Partis de la Majorité (C.p.m.) a organisé un meeting populaire ce 12 janvier à la grande place située au sud de l’institut Iqraa situé à coté de la centrale électrique de la Moughataa de Arafat sur la route Nouakchott- Rosso.

Ont pris la parole : Mohamed Yahya Ould Horma (1er vice-président de l’Union pour la République), Mintata Mint Hedeyd (S.G. du Parti Républicain pour la Démocratie et le Renouveau), Kane Hamidou Baba (Président du Mouvement pour la Réforme), Oumar Ould Maatalla (Ministre délégué auprès du Ministre d’Etat à l’Education Nationale chargé de l’Enseignement Secondaire), Matty Mint Hamady (Ministre de la fonction publique et de la modernisation de l’administration) et Ousmane Bâ (S.G. du gouvernement).

Tour a tour, ces leaders politiques, devant plusieurs milliers de personnes, ont fait le bilan des réalisations (infrastructures de base, lutte contre la gabegie et la corruption, amélioration des conditions de vie des populations) de Mohamed Ould Abdel Aziz et du gouvernement de Moulaye Ould Mohamed Laghdaf présent à ce meeting ainsi qu’abordé les questions de l’heure sur le plan politique, social et économique, ainsi que les perspectives de l’action politique de la coalition des partis de la majorité présidentielle pour l’année courante.

La Coalition des Partis de la Majorité ont demandé au gouvernement de Moulaye Ould Mohamed Laghdaf de subventionner les denrées de premières nécessités pour préserver le pouvoir d’achat des citoyens afin d’éviter ce qui s’est passé récemment en Algérie.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

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( 16 janvier, 2011 )

Des femmes se forment aux techniques de plaidoyer et de communication

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Une session de formation en technique de plaidoyer et de communication organisée par l’Association des Femmes Chefs de Famille (A.f.c.f.) s’est ouverte, ce lundi, au Ksar, au siège de cette organisation de la société civile.

S’exprimant à l’ouverture de cet atelier qui prendra fin le 14 janvier, Salimata Sy, qui pilote au niveau de l’A.f.c.f. les activités du programme « Former et Agir en Mauritanie«  financé par l’Union Européenne, a présenté les détails de ce programme portant sur « le renforcement des capacités des associations locales de défense des droits humains en matière de mobilisation sur les droits des femmes ».

« C’est un projet qui est axé essentiellement sur le plaidoyer pour l’amélioration de la législation qui règle ou organise la vie des femmes dans notre pays« , a-t-elle expliqué, précisant aussi que cette session de formation en technique de plaidoyer et de communication sera l’occasion de revenir minutieusement sur « les différents textes nationaux ou internationaux qui organisent la vie de ces femmes à savoir les conventions internationales, les lois nationales, les décrets… ».

« Avant de plaider, il faut savoir d’abord parler. Pour parler, il faut savoir communiquer, cerner son message et identifier sur quoi ce que l’on veut communiquer », a-t-elle lancé aux participantes de cette session de formation assurée par Tijani Ould Mohamed El Kerim, directeur de l’Institut Mauritanien pour l’Accès à la Modernité.

Ce projet regroupe trois autres organisations de défense des droits de l’Homme mauritaniennes dont l’Association des Femmes Chefs de Famille.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 2 octobre, 2007 )

Corruption et gabegie:Deux maux qui gangrènent toujours notre administration

Ces deux maux très fréquents dans notre administration sont des paramètres parmi entre autres qui expliquent aujourd’hui et en grande partie notre retard économique et social. Et pour sortir du sous-développement anachronique, il est ressort du gouvernement d’être inflexible en mettant en place des mécanismes efficaces de lutte contre la corruption et la gabegie.

La lutte contre la corruption et la gabegie passe sans doute par la mise en place d’un système judiciaire composé d’hommes et de femmes indépendants, responsables et probes capables de juger certains fonctionnaires de l’Etat qui ont commis des manquements ou délits dans l’exercice de leur fonction.

Pour ce faire, le gouvernement avait fait voter une loi sur la transparence financière visant à combattre la gabegie dans notre pays. Est-elle toujours respectée ? En Mauritanie, les lois sont souvent faites pour distraire l’opinion publique. Et d’autre part, entre l’adoption et l’application d’une telle loi, il y a un pas que nos hommes politiques ne franchissent jamais. La Haute Cour de Justice qui a été mise en place à cet effet veillera-t-elle scrupuleusement au respect de la transparence financière ?

A des degrés dissemblables, la corruption et la gabegie en Mauritanie touchent presque tous les démembrements stratégiques de l’Etat. De la douane à la police nationale en passant par l’appareil judiciaire et les industries extractives, ce phénomène des temps modernes difficile à combattre semble défier les barrières restrictives. Ainsi donc, certaines sociétés nationales, Air Mauritanie par exemple, ont souffert de mauvaise gestion économique.

Chaque directeur général se croyant tout permis allant même jusqu’à transformer cette compagnie en entreprise familiale et l’argent détourné au su de tout le monde sans que des sanctions ne tombent sur la tronche de ces gaspilleurs.

Il fallait s’y attendre : cette situation dramatique a mené inexorablement notre compagnie aérienne à la faillite programmée résultat d’une mauvaise politique de gestion économique catastrophique.

Autre lieu de la survivance et de la promotion flagrante de la corruption : le système judiciaire. Dans son dernier rapport publié la semaine dernière, Transparency International indique que l’influence et l’ingérence directe du pouvoir exécutif dans le processus judiciaire, à travers des menaces, la corruption et l’intimation des juges, sont récurrentes en Afrique.

Le rapport souligne qu’en Afrique, le manque de critères objectifs dans la nomination des membres de la justice et le contrôle de leur salaire et conditions de travail semblent de plus en plus manifestes.

«L’Afrique est l’une des régions où l’on a une perception plus sombre de la corruption judiciaire. La plupart des pays africains perçoivent le système judiciaire comme corrompu » fait remarquer le Vice-président de Transparency International, Akere Muna qui rencarde qu’une personne sue cinq qui ont affaire avec la justice avoue avoir payé un pot-de-vin.

La justice et la police sont comme deux larrons. Récemment, un rapport confidentiel de l’inspection générale d’état a révélé une implication policière dans l’affaire de la drogue de Nouadhibou. Certaines défaillances notées au niveau des forces de sécurité et des services de l’aéroport de Nouadhibou semblent montrer que notre police nationale n’échappe pas à la corruption, autre raison parmi tant d’autres expliquant le développement de la drogue dans notre pays.

En outre, mis à part ceci, notre police nationale est regardée d’un mauvais œil et décriée de plus en plus par les citoyens qui pensent que nos roussins- des corrompus éternels- ne servent plus l’Etat mais sont là uniquement pour se servir. Et comble de l’ironie, la corruption policière se passe maintenant à ciel ouvert et au su de tout le monde.

A coté de la corruption judiciaire et policière, la corruption administrative plus complexe et souvent faite sur des promotions de tout acabit. La corruption dans l’administration détruit la bonne marche de notre société et de ses fondements. Tout se passe dans la manipulation. Sans parler des appels d’offres, des aides internationales, des recrutements de complaisance qui se font à tous azimuts !
L’autre mal qui a sapé et qui sape toujours la société mauritanienne : les détournements de fonds publics.

On se rappelle encore des déclarations du PM à l’Assemblée Nationale faisant état d’un déficit budgétaire de 70 milliards d’ouguiyas. Là aussi, notre armée nationale, nos ministères, nos sociétés nationales, aucun démembrement de l’état n’y échappe.

Pour la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement(CNUCED) qui vient de publier la semaine dernière son rapport, sur 400 milliards de dollars qui s’échappent du continent africain, un tiers aurait pour origine les détournements de fonds publics.

Afin de résorber cette fuite des capitaux, l’organisation internationale préconise une amnistie fiscale temporaire en vue de rapatrier ces fonds en Afrique.

«Je pense que l’idéal serait d’arriver à faire revenir cet argent et à l’injecter dans des investissements productifs, ce qui aurait pour effet d’augmenter le taux de croissance, de créer davantage d’emplois et aussi de régler la pauvreté » à en croire un expert de la CNUCED.

Il s’agira aussi selon cet expert de favoriser les investissements dans les secteurs privilégiant la création d’activités annexes. «Pour caricaturer un peu, les investissements sont concentrés dans les secteurs comme les secteurs des miniers, le pétrole. Maintenant, il faut recommander de pouvoir sortir de ce schéma pour diversifier les investissements dans d’autres secteurs, surtout s’assurer que là on met de l’argent, c’est des secteurs qui vont avoir des effets sur d’autres secteurs. Par exemple, les pays pétroliers pourraient investir dans la pétrochimie, la pétrochimie a beaucoup d’applications(…) ».

Il appartient au gouvernement, dans la lutte contre la corruption et les détournements de fonds, de mettre au point des mécanismes efficaces. Par exemple, dans le domaine des industries extractives qui ont une importance stratégique dans notre économie nationale, pour favoriser la transparence financière et la bonne gouvernance économique, notre pays a mis en place l’Initiative sur la Transparence des Industries Extractives afin d’éviter l’opacité qui entoure souvent les transactions dans ce domaine.

Babacar Baye Ndiaye

( 2 octobre, 2007 )

Populations de Tintane: Le chemin de la Croix continue encore…Mais pour combien de temps ?

Trois semaines après les importantes quantités de pluie tombées sur Tintane, les populations de cette Moughata, seules avec Dieu et leurs chapelets, se débattent pitoyablement, semblables à des proies, pour survivre, échapper à la mort, à la faim et aux maladies, sous le regard impuissant des autorités locales apparemment excédées par la situation qui risque de durer et de perdurer si on ne tire pas sur la sonnette d’alarme. Et rapidement !

Les autorités, à vrai dire, s’étaient-elles préparées à ce genre de situation imprévisible ?
Pas vraiment, car aucun mécanisme de prévention ou de gestion des catastrophes naturelles n’a été mis en place.

Première grande erreur des pouvoirs publics qui ont omis que gouverner, c’est prévoir. Ainsi donc, faute de fonds propres et disponibles (incompréhensible !), de moyens logistiques d’intervention rapide, la Mauritanie s’est tournée vers la communauté internationale laquelle ne tarda pas à se manifester promptement. C’était la seule solution devait-on s’attendre.

En plus, les finances publiques n’ont pas prévu ce genre de catastrophe qui engendre souvent beaucoup de mobilisation financière. Et pour ce faire, deux conférences de presse sont tenues sur-le-champ, l’une par le ministère de la culture et de la communication, l’autre par le ministère de l’économie et des finances, respectivement le 10 et le 11 août.

La situation à Tintane a-t-elle excédé les pouvoirs publics ?

Actuellement, dans cette Moughata, ce n’est pas le beau temps. Les populations sont en train de vivre une (des) situation(s) trépidante (es) pour ne pas dire un temps exécrable.

Eau, électricité, vivres,…les besoins des populations semblent excéder les pouvoirs publics qui avaient pourtant lancé un SOS international en faveur des populations de Tintane.

Un mois presque après le drame, les choses n’ont pas évolué d’un iota ni d’un pouce pour xyz raisons qui n’ont pas encore été élucidées par les autorités aussi bien locales que centrales. Serions-nous sur un «terrain glissant » ?

Boule de mystère ! En plus de cela, les autorités doivent faire face aux divergences tribales entre Sidi Mahmoud d’une part, Lahlal et Dawali d’autre part. Autant d’ingrédients explosifs !Sans oublier les aides qui ne parviennent pas à leurs destinataires. Et les autorités semblent bivouaquer sur leur position : elles sont en train de dédramatiser la situation alors que c’est inquiétant surtout en termes de conséquences et de diagnostic.

Les populations de Tintane se remettront-elles de cette tragédie qui les a instinctivement bouleversées ?

Une chose est sûre et évidente : elles n’omettront pas de si vite cet état de fait. Aujourd’hui, Tintane n’existe que de nom pour ne pas dire complètement rayée de la carte.

Mosquées, écoles, marché, maisons, mairie, dattiers, voitures,…les eaux de pluie ont tout pris et emporté à la fois. Depuis les pluies du 7 août, c’est une autre ville, une autre mode de vie qui a vu le jour. Personne ne comprend. Personne n’a compris. Ce fut très rapide comme un éclair.

 Devant cette vaste étendue d’eau impassible, on ne peut qu’être éberlué. On dirait que Dieu a voulu nous donner, nous êtres périssables, une leçon de grandeur. Que rien ne peut LUI résister !

Vu la situation désespérée dans laquelle vivent ces populations, ce n’est pas encore demain la veille. Quand est-ce que cette vaste étendue d’eau va-t-elle disparaître sous les yeux désemparés des habitants de Tintane ? Dans deux mois, six mois, un an, deux ans…difficile d’y répondre.

Des camps à ciel ouvert

Les camps…il y a ceux qui ont été installés par les pouvoirs publics pour accueillir les populations sans abri. Mais pour combien de temps encore ? C’est la grande question.

Il y a aussi d’autres camps satellites montés en toutes pièces et sans autorisation par d’autres personnes. C’est le cas, à Aguini Ataleb Abdallah, un village situé à 5 km de Tintane et un peu partout aux environs de Tintane.

Comme on peut s’y attendre, dans ces genres de situation, tout le monde couine. Tout le monde profite de cet état de fait exceptionnel et circonstanciel pour se déclarer victime. Mais rassure le maire de Tintane, Saadna Ould Jeddou, il sera mis sur pied un comité pour recenser tous les sinistrés et tout ça dans une éthique de transparence !

Cependant, a-t-il reconnu, il sera très difficile de distinguer les sinistrés sans un recensement précis et surtout sans tenir compte de l’avis des populations qui connaissent mieux le terrain. Dans ces camps, plus d’une dizaine de personne, papa, maman, grand-père, grand-mère, petits enfants cohabitent sous une seule tente dans une promiscuité indescriptible et incroyable.

La desserte en eau n’est pas régulière et elles (les populations) peuvent rester des jours sans se doucher. Pas de toilettes ni de lumière. Des cas de choléra commencent à apparaître. Un médecin pour un camp de plus de 1000 âmes ! Côté sécurité, selon un responsable militaire d’un des camps visités, ils veillent(les militaires) sur les populations comme du lait sur le feu.

Ce n’est pas demain la veille pour les populations
Alors qu’on parle tous les jours de milliards donnés par-ci, des médicaments donnés par-là, Tintane, la meurtrie fait beaucoup parler d’elle. Pour ses populations de cette Moughata, toujours en quête d’assistance sérieuse, le chemin de la Croix continue encore…

Et par ailleurs, la première pause du futur site de relogement, prévu provisoirement dans le sud-est de la ville tarde à voir le jour. De toute évidence, ce projet peut prendre du temps. Sur cette question, la poire est divisée en deux. Certains ne veulent pas entendre parler de relogement ou de reclassement provisoire.

Ils préconisent la reconstruction de la ville. Sur ce, des études ont été menées. Ce sont celles-ci seulement qui pourront déterminer ou non de la reconstruction de la ville de Tintane.

En attendant qu’il se concrétise, les populations de Tintane combattent pour leur survie quotidienne qui ne sera pas de tout repos.

Babacar Baye Ndiaye

( 2 octobre, 2007 )

Structures sanitaires

Qu’attend le Ministère de la Santé et des Affaires Sociales ?

Depuis sa nomination comme ministre de la Santé et des Affaires Sociales, Monsieur Mohamed Ould Raghany tarde toujours à annoncer les couleurs. Alors que beaucoup de maux continuent de gangrener la bonne marche des structures sanitaires de plus en plus désertées par les professionnels de la Santé au profit des cliniques privées ou bien ouvrent parallèlement leurs propres cabinets. Pas étonnants d’en apercevoir presque à chaque coin de la rue de la ville de Nouakchott !
Vous l’avez sans doute constaté ou remarqué. Hormis, le Centre National Hospitalier de Nouakchott qui est notre fleuron en termes d’infrastructures sanitaires, nos structures sanitaires laissent à désirer ou vont mal. Toutes «pataugent», «vivotent», sont aux abois et infestées par des virus qui ont la vie dure dans notre pays : gabegies, corruptions, recrutements de complaisance, déficit en personnel, insuffisance du plateau technique…
Conséquence d’une politique expectative ou manque de volonté ? De toute évidence, les structures sanitaires du pays ne sont pas souvent au niveau des besoins des populations. Pas de réformes annoncées ou esquissées ! Que des promesses à bâtons rompus ! C’est toujours le statut quo. Pour sortir ces «structures sanitaires» de leur sénilité, de leur décrépitude, bref pour les restructurer ou les moderniser, il faudra certes investir des milliards d’ouguiyas dans ce secteur parmi les plus mal au point du pays. Sans compter d’en créer dans les localités qui n’en disposent pas et qui porte préjudice à ces populations.
La situation de ces structures sanitaires est alarmante à plus d’un titre. Par exemple à Nouakchott, les nombreux patients qui fréquentent «l’hôpital national» se soucient ou se préoccupent sans doute de leur souffrance mais certains d’entre eux ou leurs accompagnants ne manquent souvent pas de décrier les conditions de séjour, d’accueil et de traitement à leur égard. Du manque de laboratoires modernes et performants à certaines contraintes comme l’absence de spécialistes dans certains services de l’hôpital en passant par l’absence de formation et d’encadrement, les maux dont souffrent nos structures sanitaires sont légion.
Nonobstant leurs indemnités de logement, de motivation, de garde, d’autres indemnités inhérentes à leur profession, sans parler de leur salaire mensuel que l’état mauritanien les banque, nos médecins crient misère et s’estiment être mal payés. Que dire alors des infirmiers, des sages-femmes, des garçons ou des filles de salle qui passent tout leur temps à pleurnicher comme des marmots.
L’autre mal dont souffrent nos structures sanitaires est en fait une tare typique des pays sous développés. Elle a pour nom le «je-m’en-foutisme». Le personnel tant administratif que soignant viennent au travail à n’importe quelle heure et rentrent quand ils veulent selon leur bonne humeur. Aujourd’hui, c’est un constat d’échec. Toutes les structures sanitaires sont endettées. Pire encore, on a constaté une dégradation manifeste et progressive à tout point de vue avec une prise en charge des malades défaillante et basée sur on ne sait quels critères de choix. Très peu de structures sanitaires connaissent un plateau technique relevé. Résultats d’une politique sanitaire à bâtons rompus et qui a par ailleurs accouché d’une souris. C’est une chimère de nous faire croire qu’il y a une nette amélioration dans ces structures sanitaires, que d’importants efforts ont été consentis dans ce secteur ! Si tel était le cas d’ailleurs, on n’en serait pas à gribouiller encore sur ce que tout le monde sait déjà. Les démunis n’ont pas droit aux soins médicaux les plus élémentaires. En outre, les pouvoirs publics s’en gaussent de leurs préoccupations. Et pourtant, ils savent mieux que quiconque qu’ils sont là grâce à eux, leurs voix.
Dans le secteur de la santé, les difficultés sont réelles. Certaines structures sanitaires ne sont pas loin de l’agonie ou sont dans de beaux draps. D’autres par contre souffrent d’une mauvaise gestion, de problèmes de trésorerie, du manque de moyens matériels et financiers, de ruptures de médicaments. Comme pour dire que nos structures sanitaires souffrent de plusieurs maux et si les solutions tardent à voir le jour la situation risquera de durer et de perdurer ?
L’état doit entamer des réformes d’urgence et mettre ces structures sanitaires sur les bons rails afin qu’elles puissent répondre aux besoins des populations principalement démunies.
Babacar Baye NDiaye

( 2 octobre, 2007 )

The Black Clock

A leur actif, dans leur discographie, deux albums : «A Song for You » sorti en octobre 2006 et «Life Confection » sorti en juin 2007.

Le week end dernier à l’ancienne maison des jeunes de Nouakchott, The Black Clock, sous l’initiative de l’ambassade des états unis en Mauritanie, ont offert un concert gratuit. Ils ont été dans notre pays dans le cadre des relations culturelles américano-mauritaniennes.

Beaucoup d’enfants suivent, souvent, les traces de leurs géniteurs. Ils s’écartent très rarement du chemin que leurs parents voudraient qu’ils arpentent.

Seth Sharp n’a pas échappé à cette volonté parentale. Sa mère, Francis Mc Alpbe Sharp, une actrice et une chanteuse américaine l’a fait découvrir très tôt la musique classique, les ballets.

Elle lui donna l’envie de s’essayer dans la musique parce qu’il assistait régulièrement à ses répétitions. Les années passèrent et Seth Sharp devenu adulte se découvrit des aptitudes musicales innées.

Sa mère, malgré qu’elle le portait encore dans son ventre, continuait à jouer des pièces de théâtre sur scène. « C’est de là sans doute que j’ai contracté le virus de la musique. A bas age, j’accompagnais souvent ma mère à ses répétitions » confie-t-il avec beaucoup d’émotion.

The Black Clock est un groupe de jeunes musiciens américains qui font de la World Music avec un zeste de Jazz, de Soul, de Funk, de Blues, de Gospel et de la Musique Classique.

Un parfum de diversité pour toucher un maximum de public. «J’aime mettre beaucoup de genres dans ma musique » avoue Seth Sharp, lead vocal du groupe.

Il y a des événements dans notre vie qui nous marqueront à jamais, des événements qui resteront toujours gravés au fond de notre mémoire. Pour Seth Sharp, ce fut quand il a chanté à la Maison Blanche pour le Président des Etats Unis, Bill Clinton.  

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Et l’autre événement s’est déroulé à Brazzaville au Congo quand lui et sa bande ont joué devant plus de 18.000 spectateurs hyper enthousiasmés. D’ailleurs, il a écrit un morceau exclusivement dédié à Brazzaville.

Seth Sharp est un musicien qui tient beaucoup à la mélodie, à l’amour et à l’espoir. Parfois même il se permet des chants religieux (gospel) même s’il sait que tout le monde n’est pas religieux.

Petiot, avoue-t-il, il était «vraiment timide » sauf quand il chantonnait. Des moments de bonheur et de déceptions, il en a rencontré de toutes les couleurs comme tout le monde dans sa vie.

Mais Seth Sharp sait très bien ce qui l’attend «dans l’industrie musicale qui est très difficile et très complexe car il y a beaucoup de requins dans ce business et il faut savoir parlementer avec eux pour réussir ».

Et si, jusque là, il n’a pas été la proie de ces «bestioles», c’est grâce en grande partie à sa sœur qui est avocate.

Seth Sharp qui se dit très heureux d’être en Mauritanie qu’il trouve pépère est là par l’intermédiaire d’une compatriote travaillant à l’ambassade américaine de Paris qui lui a proposé d’aller jouer en Afrique.

Etablis en Island où ils sont mieux connus qu’aux états unis, The Black Clock est à leur deuxième voyage en Afrique. Au début de l’aventure, c’était uniquement Seth Sharp qui faisait ses concerts seul en Island.

Au fil du temps, il sentit la nécessité de créer son propre groupe qui existe depuis 2006. Depuis lors, c’est devenu Seth Sharp and the Black Clock, un nom de groupe assez particulier.

« La première fois que j’ai joué avec mon groupe en Island, il n y avait pas de nom pour la bande. Il y a quelqu’un qui a demandé le nom du groupe…Un moment je marchais rêveur et d’un coup j’ai entendu des gens glapir «Black Clock ! », «Black Clock ! », « Black Clock !»…je me suis dit que c’est l’appellation qu’on va donner à notre bande » raconte Seth Sharp l’air très ému.

Marié ? «Je n’ai pas le temps pour me consacrer à cela. Pour le moment, je suis marié avec ma musique » dit-il avec beaucoup d’humour dans un accent français hilarant et jovial.

Et pourquoi pas aussi pas de présence féminine dans son groupe ? « J’ai cherché une femme mais je n’ai pas trouvé. Je suis triste qu’il n y ait pas la présence féminine dans mon groupe » regrette-t-il.

Ses stars préférées, disons plutôt ses icônes ne sont autres que Michael Jackson, Stevie Wonder et Jennifer Holiday, des mégas stars dont les chansons ont beaucoup bourdonné dans ses oreilles et l’ont admirablement influencé.

Certainement, il rêve déjà, un jour, de faire comme elles, de suivre leurs traces : conquérir le monde ! A leur actif, dans leur discographie, deux albums : «A Song for You » sorti en octobre 2006 et «Life Confection » sorti en juin 2007.

Babacar Baye Ndiaye

( 2 octobre, 2007 )

« Il y a beaucoup de frustrations derrière cette image d’unité et de tranquillité »

Boubacar Ould Messaoud, Secrétaire Général de SOS Esclaves

Criminalisation de la pratique de l’esclavage, règlement du passif humanitaire, situation des droits de l’homme en Mauritanie, l’affaire Alioune Sow…Boubacar Messaoud, président de S.O.S Esclaves, revient sur ces grands dossiers épineux toujours pendants et auxquelles doivent s’atteler les nouvelles autorités afin de leur trouver des solutions consensuelles et urgentes.

Le Rénovateur : Cela fait des années qu’on en parle, est-ce qu’on va s’acheminer une fois pour toutes sous le régime de Sidi vers la criminalisation de la pratique de l’esclavage en Mauritanie ?
Boubacar Ould Messaoud : Des engagements ont été pris par les partis politiques durant la période préélectorale et pendant même la période du second tour des présidentielles. Le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi nous a dit lors de l’audience qu’il nous a accordé récemment qu’il va présenter les jours à venir devant l’Assemblée Nationale une loi caractérisant et criminalisant la pratique de l’esclavage en Mauritanie.
Le Rénovateur : Le 9 juillet 1981, une ordonnance a été prise pour abolir la pratique de l’esclavage en Mauritanie. Mais dans la réalité, il n’ y a jamais eu un décret d’application. Qu’est – ce qui explique ce manque de volonté politique ?
BOM : Il provient du fait que la classe politique se sent concernée, solidaire et plus ou moins dépendant de ce système. Tout le monde se défend d’être esclavagiste mais en réalité beaucoup en tirent des profits. Ça c’est la première remarque. D’autre part, il y a un non dit sur le plan de l’information. Les mauritaniens ont toujours considéré que l’esclavage était justifié et légitime du point de vue religieux. Mon expérience personnelle me conduit à dire que la majorité de nos oulémas sont solidaires de la pratique de l’esclavage. Ces derniers considèrent donc qu’un acte contre la pratique de l’esclavage serait un acte à leurs yeux injuste. On a fait une loi et on leur a reconnu des droits. Comment donc prendre une telle loi sans se décrédibiliser vis-à-vis de l’opinion internationale ? Ce décret devait définir les modalités d’application à savoir qui indemniser, comment indemniser et jusqu’où va l’indemnité. Pour notre part, il serait hors de question d’indemniser les maîtres. Il serait plutôt question d’indemniser les esclaves parce qu’ils ont été victimes pendant des siècles d’une exploitation injuste considérée comme un crime contre l’humanité.
Le Rénovateur : Vous connaissez parfaitement le dossier du passif humanitaire, à votre avis, constitue-t-il une véritable menace pour la sécurité et la cohésion nationale du pays ?
BOM : Effectivement, je considère que c’est une véritable menace pour l’unité nationale parce que les victimes du passif humanitaire sont nombreuses. C’est un grand problème. Tout mauritanien conscient doit être préoccupé non pas parce que cela constitue une menace pour le pays mais c’est une question tout simplement de justice. Il n’est pas certainement souhaitable qu’on fasse la chasse aux sorcières et qu’on développe des sentiments de revanche vis-à-vis de qui que ce soit. Il serait bon de reconnaître d’abord les faits et de trouver les voies et moyens permettant une réconciliation nationale autour de ce problème. Il faut reconnaître ce mal parce qu’il a été fait au nom de l’Etat mauritanien, de la République par des gens qui avaient l’autorité sur les forces armées et la sécurité. On est en train de vouloir occulter ce drame. Alors qu’il y a eu des crimes, des morts, des gens qu’on a enterrés vivants, certains qu’on a pendus, d’autres qu’on aurait écartelés dit-on. Ces choses là ne peuvent pas être oubliées. Il faut partager avec les gens leurs détresses et au moins les indemniser. Cette question doit être prise en charge dans sa globalité. Tous ces gens-là, jusqu’à preuve du contraire, sont des mauritaniens.
Le Rénovateur : Récemment, vous avez été saisi de l’affaire Alioune Sow. Où en est actuellement le dossier ?
BOM : Je veux d’abord être précis. Je ne sais pas si cet enfant s’appelle Alioune Sow ou Mohamed Ould Brahim. Je ne prends pas de position ni pour les haratines ni pour les poulars. Ce n’est pas mon rôle. Je pense que ce garçon là est une victime. Si effectivement, il a été volé ou perdu à un moment donné, c’est un crime monstrueux mais je n’ai aucune preuve de cela et je n’accuse personne. Il est victime dans la mesure où il n’a rien à voir avec tout cela. Présentement, il est confié à la Caritas qui a un centre d’accueil plus approprié à la garde des enfants qui ne sont pas gardés contre leur volonté mais qu’on garde simplement parce qu’ils sont objet de litige.
Le Rénovateur : Quel est l’état actuel de la situation des droits de l’Homme en Mauritanie ?
BOM : Elle est le résultat de ces années d’injustice qu’on a vécu sous le régime de Taaya. La transition a apporté beaucoup de bémol. Il y a eu beaucoup de choses qui ont évolué. Il y a le fait que les organisations de défense des droits de l’Homme ont été reconnues. Il y a eu des amnisties. Les dernières élections nous ont paru relativement correctes et transparentes par rapport à ce que nous avons connu au temps de Taaya. Nous pensons que les problèmes de ce pays sont liés au manque de volonté politique. Nous ne sommes pas réfractaires au progrès. Ce sont ceux qui nous dirigent qui sont des dictateurs. Il faut que la classe politique ait le courage de poser les vrais problèmes, de prendre des décisions de progrès. Si aujourd’hui, on avait criminalisé l’esclavage, on verrait bien que beaucoup de mauritaniens qu’on ne soupçonnait même pas seront les premiers à s’investir pour que les mauritaniens soient libres et égaux.
Le Rénovateur : En tant qu’association de défense des droits de l’Homme, qu’est ce que vous préconisez dans le règlement définitif du passif humanitaire et de la pratique de l’esclavage ?
BOM : La pratique de l’esclavage, je pense, prospère encore dans l’impunité qui est un élément d’encouragement et de maintien du système esclavagiste. Il faudrait qu’on fasse suffisamment de sensibilisation pour déconstruire le socle sur lequel repose l’esclavage en Mauritanie. Il faut des campagnes de démolition de la justification religieuse de l’esclavage dans l’esprit des gens. Il faudrait aussi que les tenants de la religion se prononcent, qu’il y ait de véritables débats et des programmes de mise à niveau de ces anciens esclaves. Si nous voulons que cela produise des effets, il faut que cela se fasse de manière consciente et volontariste.
Le Rénovateur : Sans la résolution sérieuse de ces dossiers épineux, pensez-vous que la réconciliation nationale serait-elle possible ?
BOM : La réconciliation nationale ne sera pas possible sans la résolution définitive de ces dossiers, sans l’engagement franc des hommes politiques. Tout ce qu’on fait aujourd’hui, à mon avis, ressemble à de la comédie. On vit ensemble mais c’est très superficiel. Derrière cette image d’unité et de tranquillité, il y a beaucoup de frustrations. Je pense qu’il faut mettre nos problèmes sur la table et en discuter parce que nous sommes unis par la force des choses. On ne peut pas être divisés par la couleur de la peau ni par la langue.
Le Rénovateur : Récemment vous avez été reçu par le Président de la République. Vous a-t-il dévoilé les mesures qu’il va prendre par rapport à toutes ces questions ?
BOM : Le Président de la République nous a bien conforté en nous disant que sur le problème de l’esclavage que la décision est prise de faire une loi le caractérisant et le criminalisant. Il nous a promis que tous les cas d’esclavage que nous aurons à soumettre seront traités jusqu’au bout. Pour ce qui est du passif humanitaire, il a essentiellement parlé des déportés. Il a promis dans 6 mois que ce problème soit réglé et qu’une commission nationale va s’occuper du rapatriement des déportés. Pour ce qui est du passif humanitaire, c’est une question plus complexe et les pouvoirs publics sont entrain de réfléchir sur les modalités d’engager le processus. A cet égard, nous demandons la reconnaissance des associations des victimes puisqu’elles sont les principaux interlocuteurs.
Le Rénovateur : Par rapport à tout cela donc, qu’est-ce que vous répondez aux victimes qui ne croient pas aux rétablissements de leurs droits ?
BOM : Nous comprenons leur désespoir. Tout ça c’est encore des discours, des promesses. Nous allons travailler pour que cela se traduit dans les faits. Ce n’est pas parce que je suis membre d’une commission nationale que les choses vont être réglés illico non ! Il y a un projet et il faudrait qu’il soit concrétisé.
Le Rénovateur : L’ancien Président du CMJD le colonel Ely Mohamed Val a dit dans son interview à Jeune Afrique que parler de ces problèmes c’est tenter le diable. Pensez vous qu’un jour que ces dossiers vont connaître des solutions ?
BOM : Moi je pense qu’ils trouveront des solutions. Mais le diable c’est quoi. Il y a des gens qui ont peur de leurs ombres. Ils savent mieux que quiconque ce dont ils ont peur. Contrairement à ce qui se dit parfois, personne ne cherche à dramatiser les choses. Il n y a jamais eu de tentative, d’attaque encore moins d’agression contre les tortionnaires. Le diable on le tente parce qu’on refuse de reconnaître les crimes qu’on a commis. Moi, je dis à Ely que c’est ceux qui refusent de les reconnaître qui veulent tenter le Diable mais pas ceux qui en parlent.

Interview réalisée par Babacar Baye NDiaye

( 2 octobre, 2007 )

Youssou N’Dour, musicien surdoué et militant

Youssou N’Dour, musicien surdoué et militant

Elégant, affable, efficace, le chanteur sénégalais Youssou N’Dour, 48 ans, figure au palmarès des cent personnalités les plus influentes de la planète publié chaque printemps par le Time Magazine. « J’ai vu Youssou être l’objet d’une attente croissante et devenir sans effort un leader africain de premier plan. Il a imaginé avant tout le monde de lancer des campagnes pour l’élargissement des nouvelles technologies, il s’est engagé dans un combat contre le paludisme, a milité à l’Unicef. Il est pour moi une source d’inspiration, pas seulement comme artiste, mais comme individu », écrivait le chanteur Peter Gabriel pour présenter dans l’hebdomadaire américain du 14 mai celui qu’il découvrit à Dakar en 1984. Youssou N’Dour, qui a commencé sa carrière musicale à l’âge de 14 ans, y était déjà célèbre et adulé.
Youssou N’Dour, musulman de confrérie mouride, est un chanteur populaire, un gamin à la voix d’or né dans la Médina de Dakar, il gère des affaires et s’implique dans l’humanitaire, mais pas seulement. De timide et introverti qu’il était en dehors de la scène à ses débuts, il est aujourd’hui devenu le porte-parole d’une Afrique urbaine et économiquement consciente.
Ainsi, début juin, il était au G8 d’Heiligendamm, près de Rostock, en Allemagne, avec ses amis Bono (chanteur de U2) et Richard Branson (fondateur de Virgin). Du voyage également, Sir Bob Geldof, promoteur du Live Aid en 1985 contre la famine en Ethiopie, puis du « Live 8″ en 2005, série de shows télévisés planétaires montés pour exiger des puissants l’abolition de la dette des pays les plus pauvres. Youssou N’Dour avait alors été le seul chanteur africain à figurer dans les concerts « nobles » de Paris ou de Londres.
Les présidents présents à Rostock, dont Nicolas Sarkozy pour la France, n’ont pas manqué de se laisser photographier aux côtés de ces stars du show-biz, une aristocratie à laquelle, bizarrement, Youssou N’Dour appartient. « You », en effet, vit, travaille à Dakar. Il aurait pu toute sa vie vendre un nombre de disques proportionnel à la connaissance mondiale du wolof.
Mais le musicien surdoué a su décupler ses forces de vente par un incontestable talent, et par un gracieux système d’alliances : duo de charme avec Neneh Cherry (7 Seconds, standard absolu), appui confraternel du cinéaste américain Spike Lee, puis flirts avec la musique arabe, notamment dans Egypt, hymne à l’islam tolérant enregistré au Caire, et récompensé en 2005 par un Grammy Award américain, malgré le choc irakien, alors que, en 2003, il avait annulé sa tournée américaine en signe de protestation. Le voici acteur, rejouant la tragédie de la traite négrière dans le rôle de l’esclave-poète Olaudah Equiano pour Amazing Grace, du Britannique Michael Apted, à sortir prochainement.
Nouvelle cause : le Darfour. Le 6 juillet, en ouverture du festival de jazz de Montreux, il organise une marche en bordure du lac Léman, au côté du rapporteur spécial de l’ONU Jean Ziegler. « Pourquoi Montreux ? », lui demanda la plate-forme d’informations suisse Swissinfo. « Pour moi, le contraste entre Montreux – avec ses belles voitures et ses gens arborant des airs de fête – et le Darfour, avec 200 000 morts et plus de 2 millions de réfugiés, montre que ce monde est déséquilibré. C’est choquant, c’est vrai, mais cela pousse surtout à réfléchir. Le Darfour pose un problème à la fois ethnique, religieux et politique, qui a trait au terrorisme et à l’islam. » Je veux, nous disait-il en juin à Paris, emmener au Darfour des artistes et des intellectuels africains.
La rumeur voudrait que Youssou N’Dour soit mûr pour entrer en politique : il serait candidat à la députation, à la mairie de Dakar, à la présidence de la République du Sénégal, à celle de l’Union africaine… Mais, invité en mai à la grande « party » qui réunissait les cent personnalités de l’année retenues par Time Magazine, il en revient sceptique, chamboulé et gêné : « On a l’impression que, dans ces milieux-là, on peut décider du sort du monde. »
A Dakar, pourtant, la polémique va bon train : sous le baobab Youssou, aucune herbe ne repousserait. Il serait l’ami des présidents, intime d’Abdou Diouf, puis d’Abdoulaye Wade, toujours du côté du manche. Youssou N’Dour possède un studio d’enregistrement, Xippi, un label de disques, Jojoli, une boîte de nuit, le Thiossane, deux fondations humanitaires. Il a créé Joko, un réseau d’accès à Internet pour les plus démunis. Il possède une radio, Radio Futur Medias, un journal, L’Observateur (60 000 exemplaires par jour), regroupés au sein du groupe Futur Medias, qui emploie 104 personnes. Il a des projets de télévision, parce que « les Africains doivent créer leurs médias ».
Son récent divorce à l’amiable d’avec sa première femme, Mamy Camara, a alimenté les gazettes, autant que le procès en diffamation que lui a intenté Karim Wade, le fils du président, après la révélation, dans L’Observateur, d’un trafic de devises de plusieurs millions de dollars l’impliquant. Youssou N’Dour avait soutenu sans réserve ses journalistes. « Les médias, c’est difficile, commente le directeur de la publication, on dit toujours : c’est Youssou qui dit que… Mais non, je découvre le journal chaque matin, c’est un challenge. »
Ce patron de presse inhabituel insiste : « Les Africains ne sont pas forcément bien informés. En 1985, quand je demandais à ma mère ce qu’était l’apartheid, elle ne savait pas. Alors, j’ai écrit la chanson Nelson Mandela. Aujourd’hui, j’ai des amis qui me demandent qui est le président du Darfour ! Nous devons obtenir de vraies informations et les mettre en commun avec les peuples du continent. » Dès 1985 (pour exiger la libération de Mandela), les concerts ont été la première arme de ce père de sept enfants. Au printemps 2005, avec l’organisation internationale Roll Back Malaria (RBM), il organise l’Africa Live à Dakar, contre le paludisme, avec, en octobre, retrouvailles à Genève pour le 60e anniversaire des Nations unies avec Peter Gabriel, Tiken Jah Fakoli, Stephan Eicher, Gilberto Gil et Kofi Annan.
« Il fallait prendre cette maladie au sérieux. En pleine crise de paludisme, les Sénégalais disaient, avec une grande légèreté : je suis un peu « sibirou ». Aujourd’hui, le discours a changé. On sait qu’il y a près de 3 millions de morts du paludisme par an. Je m’étais fixé un seuil de 3 milliards de dollars pour lutter contre cette maladie et notamment acheter des moustiquaires. » Il dit avoir réuni 1,4 milliard. ( source : le monde)

( 2 octobre, 2007 )

Amélioration de la desserte en eau potable dans la Moughata de Teyarett

L’eau c’est bien connu de tout le monde est une ressource indispensable à la vie. Conscient de cette situation, le gouvernement de la République Islamique de Mauritanie a entrepris un vaste programme dans le cadre de l’amélioration de la desserte en eau potable dans la Moughata de Teyarett qui ne dispose pas encore suffisamment de centres de pompage ou d’adduction d’eau.

Nouakchott, par ailleurs capitale, est devenu par la force des choses une métropole de presque d’un million d’habitants. Ce programme ambitieux financé à hauteur de 190.717.233 UM par l’Association Internationale de Développement (IDA) vise à atténuer les souffrances des populations et les pénuries d’eau dont souffre régulièrement cette Moughata populeuse où deux tiers de sa population n’ont pas accès à l’eau potable de manière régulière.

Dans cette Moughata, à l’image des autres zones périurbaines de Nouakchott, très peu de foyers sont raccordés à des conduites d’eau. En outre, ce programme permettra à grande échelle de répondre aux besoins d’eau potable des populations de cette Moughata de Teyarett.

De manière générale, l’alimentation en eau potable vise directement à la réalisation de l’objectif 7 des Objectifs du Millénaire pour le Développement auxquels la Mauritanie a souscrit depuis 2000.

Le principal défi à relever sera de réduire de moitié le pourcentage de la population de cette Moughata qui n’a pas accès de façon durable à un approvisionnement en eau potable mais aussi à améliorer sensiblement la vie des habitants de cette zone périurbaine de Nouakchott.

Mises à part toutes ces considérations d’ordre rationnel, le gouvernement mauritanien devra aussi penser aux autres localités du pays dans ses politiques structurelles. Ce n’est pas uniquement dans la ville de Nouakchott où doivent se concentrer tous les efforts de développement économique et social qu’entreprend le gouvernement.

Combien sont-elles ces populations qui courent à la recherche de ce liquide précieux considéré aujourd’hui dans notre pays comme un produit de consommation luxueux ? Combien sont-elles ces familles qui ne sont pas abonnées aux services de la SNDE du fait des coûts d’embranchement très élevés ?

L’accès à l’eau potable passe aussi par l’atténuation des frais de raccordement qui ne sont pas souvent à la portée de ces populations aux faibles économies. Certes, le gouvernement a élaboré des politiques stratégiques en matière d’eau potable visant à réduire les inégalités persistantes dans ce domaine.

Ce n’est un secret pour personne, les habitants de Nouakchott font face de plus en plus notamment en période de forte chaleur à des pénuries. Sans parler de ceux de l’intérieur du pays. Et il urge de trouver les voies et moyens qui permettront de mettre fin à cette situation très souvent dramatique et contrastée par la rareté de ce liquide précieux.

Là dessus, le projet d’Aftout-Es Sahili 2010 qui vise à alimenter la ville de Nouakchott réduira substantiellement et certainement ce phénomène auquel sont habituées maintenant les populations de Nouakchott. Il est du devoir du gouvernement d’assurer un environnement durable à ses populations.

Babacar Baye NDiaye

( 2 octobre, 2007 )

Marché de l’emploi: Des demandeurs à l’affût de l’hypothétique trésor

Ces hommes et femmes de différents âges ne sont pas uniquement des mauritaniens. Ils viennent aussi de la sous-région notamment du Sénégal et du Mali pour chercher «un petit job» de plus en plus difficile à trouver comme un diamant vert. Même ceux que nous avons rencontrés là bas ne savent pas comment cette bourse informelle du travail est née.

Aux abords de l’église qui se trouve vers le Centre Culturel français, des hommes et des femmes attendent depuis le matin des clients, la plupart du temps des patrons maures, qui viendront leur proposer différents services : lavandière, cuisinière, gardien, boy… A.D. est de ceux-là. Voilà depuis quatre jours qu’elle attend sagement en tricotant. Originaire de Boghé dans le sud de la Mauritanie, mariée et mère de sept enfants, elle a quitté sa ville natale pour venir chercher du travail à Nouakchott.

Presque chaque jour c’est la même routine et la même attente qui dure et perdure encore. Agée de plus de cinquante ans, elle sait que l’attente durera encore. Mais pour combien de temps semble-t-elle se demander ? Elle est la seule grande personne que nous avons rencontrée sur place parmi ces jeunes femmes et ces jeunes filles qui ne cessent d’augmenter de jour en jour en pensant que peut-être qu’elles vont trouver vite un travail quelconque.

Apparemment dépitée par sa situation, elle nous avouera qu’un maure qui l’avait employée quatre jours auparavant l’avait remerciée sans qu’elle ne sache pourquoi. Si la situation perdure nous a-t-elle dit, elle va retourner à Boghé pour s’occuper de ses progénitures.

A côté d’elle se trouve M.S, âgée seulement de 18 ans, depuis ce matin, elle attend le premier client providentiel. Comme les autres jeunes filles de sa génération, c’est sa première fois d’être sur les lieux. Visiblement fatiguée et lassée par une longue attente illimitée, elle lâche des mots à peine imperceptibles. Elles restent ainsi toute une journée sans boire ni manger. Certaines d’entre elles, depuis des mois, voire des années, fréquentent cet endroit à la recherche d’un petit job.

La plupart des personnes qui viennent chercher «ces désespérés de la vie» sont de grands patrons maures qui habitent dans le quartier chic de Tévragh-Zeina. A chaque voiture qui s’arrête devant elles, elles se précipitent sur elle comme des louves affamées. Là aussi, il faut avoir de la baraka pour que le client qui tient compte de certains facteurs telle que la jeunesse et la beauté te propose de faire un détour à la maison.

Chaque jour c’est ainsi. Les prix qu’ils proposent varient souvent entre 20.000 et 25.000 UM selon ces femmes qui estiment que ces sommes d’argent sont dérisoires car ne pouvant pas combler tous leurs besoins quotidiens. Mais là n’est pas le véritable problème de ces femmes dont la plupart d’entre elles n’ont jamais fait les bancs de l’école. «Il y a des hommes qui viennent ici en pensant que nous sommes des prostituées. Comment des femmes qui ont laissé leur mari ou leurs enfants peuvent-elles venir ici en faisant des choses pareilles ?» s’interroge l’une d’entre elles qui ne digère pas cette mauvaise impression que les gens ont sur elles !

Parmi ces femmes, on y retrouve des sénégalaises venues elles aussi tenter leurs chances en Mauritanie. C’est le cas de R.L qui dénonce certaines pratiques et abus dont les étrangères sont souvent victimes, pratiques qui ne sont pas punies ou récriminées. «Parfois, on nous accuse de vols. Tu peux aussi tomber sur des personnes de mauvaises intentions qui peuvent t’abuser. Ou alors elles vous font travailler durant un mois sans qu’elles ne vous payent. Quand tu pars à l’ambassade, au lieu de vous venir en aide, ils vous ignorent.»

Depuis quelques années en effet, la Mauritanie, du fait de sa position géographique, est devenue un passage incontournable dans les migrations transsahariennes. De plus en plus, le nombre de candidats à l’émigration clandestine augmente de manière impressionnante.

Notre pays qui n’échappe pas à la conjoncture économique de plus en plus fortement caractérisée par le sous-emploi se voit envahie par des ressortissants de la sous-région tous les jours. Ces derniers en effet ne sont que des aventuriers à la recherche d’un lendemain meilleur. «Certes, nous cherchons du travail. Mais en vérité nous sommes en Mauritanie pour chercher un moyen d’aller en Europe.», affirme un jeune malien trouvé dans les parages en compagnie d’autres maliens et sénégalais qui n’ont à l’esprit que d’émigrer un jour en Europe.

Babacar Baye Ndiaye

( 2 octobre, 2007 )

Ba Issa Sidy, ancien policier

Secrétaire Général du Collectif des anciens fonctionnaires de police victimes des événements(1986-1989-1992)
«Le calvaire des policiers noirs n’a pas commencé uniquement à partir de 1992. Déjà, en 1986, avec le problème des flamistes, il y avait une sorte de bouillonnement au niveau de la police nationale pour faire un balayage ethnique »

Le rénovateur : Pouvez-vous nous faire un peu la genèse de votre collectif et les démarches que vous avez eues à mener ?
Ba Issa Sidy : En décembre 2003, j’ai rencontré d’anciens fonctionnaires de police victimes des événements de 1986, 1989 et 1992 pour essayer de mettre en place ce collectif. Depuis lors, nous n’avons ménagé aucun effort pour la reconnaissance de nos droits. A cet effet par exemple, nous nous sommes adressées à notre ancien employeur(direction générale de la sûreté nationale du Ministère de l’Intérieur, NDRL). Nous avons aussi rencontré au moment de la transition le directeur général de la sûreté nationale. Récemment, le Ministre de l’Intérieur Yall Zakaria nous a reçus en nous assurant que le gouvernement fera de tout son possible pour résoudre la question du passif humanitaire tout en demandant l’implication de tout le monde à cette dynamique.
Le Rénovateur : A vous entendre parler, on dirait que vous êtes optimiste ?
B.I.S : Effectivement. Mais d’un autre coté, beaucoup parmi les policiers qui étaient victimes des événements courent toujours derrière leurs droits. Ces gens-là ont été révoqués de leur fonction parce qu’ils sont tout simplement noirs. Le calvaire des policiers noirs n’a pas commencé uniquement à partir de 1992. Déjà, en 1986, avec le problème des flamistes, il y avait une sorte de bouillonnement au niveau de la police nationale pour essayer de faire un balayage ethnique. C’est comme si la direction de la sécurité de l’Etat et la direction du personnel avaient voulu se solidariser des mesures prises par le pouvoir politique alors que les policiers n’avaient rein avoir avec la Flam. Il y a eu une complicité entre le directeur du personnel et le directeur de la sécurité de l’Etat qui étaient tous deux des cousins de Maouiya.
Le Rénovateur : Aujourd’hui, êtes-vous prêt à tourner la page ?
B.I.S : Il y a eu des policiers qui ont été torturés. C’est très important de le souligner. Tous les policiers qui avaient été appréhendés au moment des événements ont fait l’objet de tortures et de sévices. Certes, il n y a pas eu de cadavres à faire sortir des tiroirs quand il s’agit de policiers. Dans tous les cas, il faut dire la vérité et rétablir des gens dans leurs droits. On ne peut pas pardonner quand la vérité n’est pas dite sur les tortures commises sur les policiers noirs. Tous les mauritaniens sont appelés à vivre ensemble.
Le Rénovateur : Vous n’êtes pas donc pour la poursuite judiciaire ?
B.I.S : Si, si, si. Je ne suis pas favorable à ce qu’on laisse ces gens-là dans l’impunité parce que cela pourrait les inciter peut-être à refaire la même chose et pourquoi pas si les noirs voulaient faire eux aussi la même chose. Donc, il faut qu’il y ait des mesures pour que de telles choses ne se reproduisent plus.
Le Rénovateur : Votre collectif est-il reconnu par l’Etat mauritanien ?
B.I.S : Non ! Pourtant, nous avons adressé 5 à 6 demandes dans ce sens. Nous ne sommes pas un collectif clandestin. Nos activités sont connues de tout le monde. Chaque année, nous renouvelons notre demande de reconnaissance comme ampliative le FONADH. Même si notre collectif n’est pas encore reconnu par l’état mauritanien, nous continuerons à revendiquer la reprise des policiers injustement révoqués et le retour de certains d’entre eux qui ont été déportés pendant les événements. Aujourd’hui, parmi les 180 victimes, 17 sont décédées.
Le Rénovateur : Vous demandez donc votre réinsertion dans la police nationale ?
B.I.S : Effectivement et principalement pour ceux qui ont la possibilité de réintégrer la police nationale ou à défaut de cela qu’ils puissent obtenir le remboursement intégral de leurs droits. Parmi ces anciens fonctionnaires de la police, il y en a certains qui sont en âge de pouvoir reprendre service. S’ils ont envie de reprendre, il n y a pas de raison qu’ils recouvrent leurs droits. En outre aussi, il faudrait que leurs grades soient ajustés à celles de leurs promotionnaires qui sont actuellement en service.
Le Rénovateur : N’avez-vous pas peur que votre dossier traîne ?
B.I.S : C’est tout à fait normal mais cela ne nous empêchera pas d’être optimiste. Nous sommes des mauritaniens et nous avons des droits. Je crois que le nouveau régime en est conscient. Dans ce cadre, nous avons prévu de rencontrer le Président de l’Assemblée Nationale Messaoud Ould Boulkheir et le Président du Sénat Ba Mamadou Mbaré. Il y a actuellement des signes qui montrent que les autorités sont favorables au règlement définitif de notre dossier. Le Ministre de l’Intérieur nous a même assuré que tous les policiers victimes des événements seront réintégrés dans leurs droits et entièrement dédommagés.
Le Rénovateur : Disposez-vous des documents qui prouvent que vous étiez de la police nationale ?
B.I.S : Effectivement que nous avons des preuves, bien qu’on ait tout fait pour détruire ces documents. Nous savons qu’au niveau de la section solde, on a fait disparaître nos documents. Au moment des événements, il y a eu un groupe de 50 personnes qui ont été radiées sans qu’il y ait la moindre décision. Il n y a pas eu non plus un arrêté. Souvent, nous posons la question de savoir si nos salaires ne sont pas perçus tous les mois par nos anciens employeurs. Cette révocation n’est pas sortie dans le journal officiel. A plusieurs reprises, nous avons fait cas de cela.
Babacar Baye Ndiaye

( 2 octobre, 2007 )

Le Vent du Sable ou l’esquisse d’un théâtre en germination

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En Mauritanie, la quasi-inexistence des mises en scène théâtrales peut laisser penser que le théâtre à l’image des autres pans de la culture est dans une impasse rébarbative. Et son avenir certainement passera par la résurgence des compagnies de théâtre. Le Vent du Sable est né de cette perspective pour désormais impulser le théâtre mauritanien.

Le Vent du Sable, c’est un groupe de jeunes comédiens qui portent les aspirations et les cris de désespoir de cette jeunesse mauritanienne que « les gens n’écoutent pas » et qui « ne croient pas » à ses projets qui pourtant sur le contenu « sont très lourds et très bénéfiques ». Alors le théâtre est devenu pour eux « un cheval de combat » contre les tares de la société mauritanienne, contre la dérive, la papelardise, le mensonge, le laxisme des hommes politiques, l’injustice et l’inégalité des citoyens devant la loi.

Pas étonnant donc quand « ils se définissent comme des citoyens, des citoyens mauritaniens qui ont un droit et qui veulent obtenir ce droit ».
Pour ces jeunes(Sophie Diallo, Daouda Kane, Omar Sy, Céta Diagana, Mariama Camara, Eva Thiam et Sarr Amadou) qui ont entre 21 et 25 ans, c’est par passion qu’ils sont entrés dans l’univers théâtral.

« Le théâtre nous dit Daouda Kane, c’est un univers que nous devons découvrir ». « J’ai eu à rencontrer, poursuit-t-il, un ivoirien qui me disait que ce n’est pas difficile de trouver un comédien. Le plus difficile c’est de trouver un comédien qui vit avec la passion du théâtre ».

Ainsi donc, vivre la passion théâtrale, est devenu pour eux un acte d’épanouissement, de liberté. Sans pour autant mettre en second degré leurs études auxquelles ils tiennent beaucoup.

On ne choisit pas son fatum, a-t-on coutume de dire. Derrière Vent du Sable, il y a un certain Daouda Kane très connu dans le milieu artistique.

Ce bout de bois, par la force des choses, est devenu comédien par hasard. Grâce donc à des années passées au «Théâtre Nomade », une compagnie théâtrale basée au CCF, il décida de créer sa propre compagnie théâtrale «Le Vent du Sable ».

Certainement pour apporter un nouveau souffle au théâtre mauritanien. A la fois metteur en scène et comédien, il est aussi un artiste engagé, un artiste qui n’a pas sa langue et ses yeux dans sa poche.

Il a toujours son mot à dire sur certaines situations qu’il trouve injustes. «Dans certains quartiers comme Socogim ou Tévragh-Zeina, il n y a jamais eu de délestages ou de pénuries d’eau alors que dans d’autres quartiers, il y a toujours ces problèmes ».

Dénoncer, relater ce qu’on voit en un mot dire la vérité telle qu’elle est. Leurs projets ? Préparer un court métrage sur le sida et une pièce de théâtre sur les clandestins. Refusant de porter un regard sur la société mauritanienne, pour des raisons qu’ils n’ont pas voulu élucider, les comédiens de Vent du Sable semblent cependant être préoccupés par le rôle et la place que doit avoir la jeunesse en Mauritanie.

Sans pour autant renier à leur liberté d’expression ou d’écriture, ces jeunes ambitieux restent ancrés dans leurs convictions, leurs principes de manière viscérale.
Difficile, quand on est des jeunes artistes ambitieux, de convaincre ou de se faire comprendre par les gens. «Pour eux, un jeune est égal à un délinquant. On rencontre tout le temps des difficultés. Un jeune qui amène son projet, il n’a aucun espoir d’être soutenu dans ses démarches », regrette Daouda Kane.

Le théâtre du Vent du Sable est un théâtre à la fois comique et tragique. Un théâtre qui ensorcelle ! Qui révèle des secrets de la vie réelle…L’égalité et l’autonomisation des femmes, l’émigration, l’épidémie du VIH/sida, la guerre entre autres autant de préoccupations universelles et qui restent toujours des thèmes qui nous interpellent, des thèmes qui nous concernent directement ou personnellement.

Coté primes de prestations, pas la peine de demander à Daouda, le «petit boss », combien ils gagnent. «Pour le moment, c’est très rare de jouer avec des cachets. Nous gagnons surtout la joie de vivre, comme disent les italiens, la dolce vita ».

Cette joie de vivre est certes fondamentale dans un groupe mais cela n’est pas suffisant. Une chose. Daouda et Cie peuvent devenir soudainement loquaces surtout quand il s’agit de dissiper un amalgame sur leurs relations professionnelles.

«Nous sommes entre frères et sœurs. On ne se drague pas et personne ne ressent quoi que ce soit envers qui que ce soit » se défend Mariama Camara. « Il se peut, tempère Daouda, que l’un d’entre nous ressent quelque chose pour l’autre. C’est tout à fait normal. Je ne vous dirai pas que c’est impossible puisque je peux bel et bien s’énamourer de l’une d’entre elles. On a le droit d’être amoureux non ! Mais rien de tout cela. Il y un esprit de groupe c’est à dire une amitié amitieuse et pas un amour amoureux ».

Franchement très drôle non même si on a du mal à comprendre ! Une autre chose. Dommage que la TVM, qui doit participer à l’éclosion des talents, ne soit pas présente pour immortaliser ces jeunes comédiens désopilants qui ont vachement émerveillé tout le public. Pour une première grande mise en scène, c’était chouette et réussi.

Babacar Baye Ndiaye

( 2 octobre, 2007 )

Objectifs du Millénaire pour le Développement:L’égalité des sexes et l’autonomisation des Femmes

En 2000, à l’instar des autres états membres de l’Organisation des Nations Unies (ONU), la Mauritanie s’est engagée à éliminer toutes les formes de disparités entre les sexes. Sept ans après sa souscription à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement(OMD), où en est notre pays en matière d’égalité des sexes et d’autonomisation des femmes ? Enquête.

«Le premier rôle de la femme est de rester au foyer.» Ces paroles, extraites de Tribaliques, un ouvrage de Henri Lopez, écrivain et homme politique congolais, appartiennent désormais à une époque révolue où la femme était considérée comme «un objet de volupté», où elle n’avait aucun rôle à jouer dans la société, par conséquent marginalisée, tenue en marge de tout ce qui est inhérent aux prises de décision voire aux prises de position se rapportant à l’évolution sociale et politique de son pays.

Signe des temps : la femme a pris des galons, a pris conscience du rôle qui lui est dévolu et surtout acquis de l’expérience. En un mot, un nouveau jour est en train de se lever est-on tenté de dire. Dans presque tous les pays du monde, plus particulièrement dans les pays en développement, l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes occupent des places de choix dans les programmes de développement économique et social des gouvernements. Qu’en est-il de notre pays ?

En Mauritanie, déjà, depuis 1985, le gouvernement a adopté un vaste programme de réformes économiques et financières destinées à rétablir les grands équilibres macro-économiques, à relancer la croissance et à lutter contre la pauvreté.

Ainsi donc, sur le plan social et politique, des pas ont été franchis par le gouvernement mauritanien vers l’intégration et la responsabilisation des femmes. A cet égard, des femmes ont été nommées ambassadrices(deux) et walis(deux). Même cas de figure qui pourrait se présenter pour la nomination des hakems où on peut s’attendre à la nomination plus importante des femmes.

Au niveau du gouvernement, trois femmes ont été nommées aux postes de secrétaires généraux même si le nombre de femmes ministres n’a pas augmenté par rapport à la transition. En outre, même si la présence des femmes sur la scène politique est assez singulière, on compte maintenant deux femmes leaders de partis politiques : madame Sehla Mint Ahmed Zaîd du Parti National El inma(PNI) récemment reconnu et madame Naha Mint Mouknass de l’Union pour la Démocratie et le Progrès(UDP).

A l’assemblée Nationale et au sénat, on compte maintenant 17 femmes députées et 9 femmes sénatrices. En outre, Nouakchott qui ne comptait qu’une seule mairie dirigée par une femme en compte maintenant trois dirigées par des femmes. Certains concours administratifs, jusque là inaccessibles aux femmes, sont ouverts à elles. C’est le cas dans l’armée, la gendarmerie, la garde nationale et la police. Même dans l’aviation civile, elles ont «arraché» leur place.

C’est le cas de Ilham Mint Zeidane 23 ans et Maimouna Mint Mohamed Mbarek 24 ans, toutes deux pilotes à saint Hubert à Montréal. Des précédents !Comme quoi, les femmes sont aussi capables. «Je crois que ce n’est pas suffisant, estime Aminétou Mint Ely Présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille(AFCF). I

l faudrait que le quota des 20% soit matérialisé au niveau de l’administration, de la diplomatie, de la magistrature, dans toutes les sphères de l’Etat. Mais surtout, il est très important qu’elles accèdent à la magistrature…Elles sont marginalisées et victimes de l’injustice. Il faut que ce quota soit appliqué. On ne peut pas faire deux poids deux mesures.» Sur le plan social, les femmes à travers des organisations sont impliquées dans tous les grands dossiers : réconciliation nationale, esclavage, retour des déportés, passif humanitaire…actions humanitaires.

Malgré la volonté politique clairement affichée par les autorités du pays en premier lieu le Président de la République de promouvoir l’accès des femmes aux sphères de décision, de réduire leur faible accès à l’éducation, à la santé et aux outils de production, les actions en faveur de l’émancipation de la femme mauritanienne se heurtent à de nombreux obstacles au sein de la société.

La persistance de la pauvreté qui frappe les femmes, les disparités entre hommes et femmes en matière d’accès aux services et aux ressources, l’inégalité devant les structures politiques et économiques, le partage inégal des pouvoirs et des responsabilités décisionnelles, le non respect des droits des femmes, la persistance des mauvais traitements infligés aux petites filles et la violation de leurs droits fondamentaux, la non-scolarisation des filles et l’analphabétisme sont autant de paramètres qui ont été identifiés et qui constituent réellement des empêchements à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes.

C’est vrai que la constitution consacre l’égalité juridique entre les hommes et les femmes, qu’un texte de loi rendant obligatoire l’enseignement des filles de 6 à 14 ans a été adopté en 2002. Certes, dans le but d’assurer l’égalité des sexes, la Mauritanie a signé la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination contre la femme adoptée par l’assemblée générale des nations unies en 1979 de même que ratifiée son protocole facultatif, le 11 novembre 2001.

Certes, le gouvernement mauritanien s’est engagé, à l’issue des journées de concertation, organisées en octobre 2005, à adopter et mettre en œuvre un quota de représentativité de 20% au profit des femmes, aux fonctions électives. Mais ceci mis à part, il y a toujours des problèmes, des discriminations, des revendications de la part des associations de défense des droits de la femme : notamment la ratification du protocole additionnel de la charte africaine des droits de l’homme que la Mauritanie n’a pas ratifiée et qui est très important pour la femme mauritanienne.

Il y a aussi la non harmonisation des lois internes avec les conventions internationales. Pourtant, les traités et accords internationaux conclu par la Mauritanie, où est reconnu et garanti le principe d’égalité, ont une autorité supérieure aux lois de l’Etat et doivent être obligatoirement exécutés. C’est le cas du code du statut personnel et du code de la famille qui comportent des lacunes.

Il y a aussi les réserves sur la CEDAW que la Mauritanie tarde encore à ratifier. C’est également le cas des dispositions de l’article 9 de la convention de Montevideo sur la nationalité des femmes qui avait consacré le principe de la non-discrimination en disposant que «aucune distinction fondée sur le sexe n’existera au regard de la nationalité, dans la législation ou la pratique» n’ont pas encore de traduction dans le droit interne mauritanien qui demeure régi par le code de nationalité de 1961 dont certaines dispositions ne sont pas tout à fait conformes au principe d’égalité consacré par cet article.

Et pourtant, la constitution mauritanienne consacre dans son article 80 la supériorité des conventions internationales régulièrement ratifiées sur la législation. L’Etat mauritanien est-il bien armé pour relever les défis que constituent l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ? Notre pays parviendra-t-il à réaliser ce troisième objectif du millénaire pour le développement d’ici 2015 ?

«En tout cas, face à des structures étatiques composées de féodaux, de maîtres esclaves, de personnes sectaires, de conservateurs, la femme mauritanienne n’aura pas sa place dans cette société même si on veut construire ce pays sur des bases égalitaires et sans discrimination» pense Aminétou Mint Ely.

La promotion de la femme passe d’abord par le travail c’est bien connu. En d’autres termes, favoriser ou créer une indépendance économique des femmes car, tant qu’elles attendront de l’homme quelque chose elles ne pourront pas être indépendantes de celui-ci et seront toujours aliénées.

L’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ne demandent pas de fonds même s’il a un aspect développement. Il ne s’agit pas non plus de créer «un féminisme isolant». Mais de favoriser un certain nombre de paramètres qui sont la garantie de la promotion des femmes et de leurs accès aux sphères de décision.

C’est dans ce cadre qu’un document portant Stratégie Nationale de Promotion Féminine a été élaboré en vue d’améliorer les conditions d’existence durables de la femme et renforcer son statut dans la société.

Celle-ci, qui repose sur une vision à l’horizon 2015, se traduira par un renforcement de la participation économique des femmes, par une éradication de l’analphabétisme doublé d’un accès à l’éducation de base pour toutes, par une amélioration de la santé maternelle et infantile, par une grande participation politique et sociale de la femme et enfin par une reconnaissance entière de ses droits.
 

Babacar Baye Ndiaye

( 2 octobre, 2007 )

Protection des enfants

Haro sur leurs mauvais traitements !

Quelle est la situation actuelle des droits de l’enfant en Mauritanie ? C’est pour apporter des éclaircissements à cette interrogation, que Terre des Hommes a initié un débat sur les droits des enfants dans les domaines de la justice et de la santé animé par des experts sociologues, juristes, médecins et psychiatres au Centre Culturel Français Antoine de Saint Exupéry de Nouakchott ce mardi 19 septembre.

Ce débat a permis, loin d’être un diagnostic holistique, d’avoir une meilleure connaissance de la situation des droits de l’enfant, du cadre juridique et institutionnel, de certaines pratiques traumatisantes qui provoquent un déséquilibre psychique mais aussi la nécessité de mener des campagnes de sensibilisation sur les mauvais traitements des enfants qui constituent de facto la couche la plus vulnérable de la société. Au cours de ce débat, les experts ont essayé de faire comprendre la situation dans laquelle vit l’enfant mauritanien de manière générale. Chacun de son coté a évoqué la nécessité de protéger les enfants trop souvent victimes de pratiques coutumières nocives à la santé ou de violences extrêmement graves.
Certes, beaucoup de choses ont été accomplies dans le cadre de la promotion des droits de l’enfant. Parmi lesquelles, on peut citer l’adoption du code statut personnel, l’intégration de la dimension enfant dans le cadre stratégique de lutte contre la pauvreté, la réforme de la justice juvénile qui sont des avancées significatives militant en faveur du recul et de la disparition des mauvais traitements des enfants.
De même que la Mauritanie a ratifié plusieurs instruments juridiques internationaux : la convention relative aux droits de l’enfant et a adhéré au protocole additif à la CDE, la convention sur les pires formes de travail, la convention 182 du bureau international du travail, la convention sur le travail de nuit des enfants.
Mais il a été relevé par certains experts du débat que le législateur mauritanien qui est sensé même protégé l’enfant ignorent le contenu de ces conventions qui ne sont pas souvent harmonisées avec les lois internes, et d’autre part, les parents eux non plus ne maîtrisent pas ou ne connaissent pas bien les droits et les devoirs de leurs progénitures. Ceci crée, à leurs yeux, des disjonctions entre les textes juridiques et les pratiques. Et par ailleurs, il n y a pas de spécification sur toutes les situations d’atteinte aux droits de l’enfant en Mauritanie. Et Dieu sait qu’elles sont nombreuses !
Dans notre pays, les enfants peuvent se retrouver du jour au lendemain dans un cercle vicieux. Drogue, pédophilie, vols, viols… Cette situation est un corollaire de l’extrême pauvreté de certaines familles qui vivent parfois dans des conditions difficiles.
Même si la situation des droits de l’enfant dans notre pays est peu reluisante, il faut dire que la dimension de l’enfant a toujours été prise en considération. On peut citer entre autres la loi n°006/07 portant incrimination et répression des pratiques esclavagistes qui assure la promotion et la sauvegarde du droit et du bien être de l’enfant.
Sur le plan institutionnel, la mise en place de la brigade des mineurs a permis la diminution de certains phénomènes qui étaient jusque là persistants. Disposant suffisamment de peu de moyens et travaillant dans des conditions parfois très difficiles, cette brigade a participé à la régression de la délinquance juvénile Nouakchott. C’est le cas des vols de voiture souvent faits par des enfants issus de familles aisées. Pour ce qui est des viols qui demeurent le délit le plus fréquent, la brigade enregistre par jour 2 à 3 cas. En ce qui concerne l’inceste ou les mariages forcés, la situation est en nette régression.
Sur le plan judiciaire, il y a eu beaucoup de choses qui ont été faites dans le cadre de la promotion des droits de l’enfant. La législation mauritanienne qui est inspirée du droit musulman a marqué des pas importants dans la justice des mineurs. Auparavant, les pouvoirs publics appliquaient les même peines appliquées aux adultes et les enfants en conflit avec la loi partageaient les mêmes cellules avec les adultes. C’est par la suite que le centre de Beyla fut construit pour essayer d’apporter des solutions à la délinquance juvénile et de séparer les enfants des adultes. Aujourd’hui, certaines associations de défense des droits de l’enfant plaident pour la suppression de ce centre qui, à leurs yeux, ne constituent pas la solution au x problèmes de délinquance juvénile. Et aujourd’hui, grâce à la réforme de la justice des mineurs, l’enfant bénéficie juridiquement du principe de l’assouplissement des peines. Ainsi donc d’une législation répressive on est passé à une législation éducative.
Ce n’est pas uniquement le chapitre justice qui est apparent dans les droits des enfants même si elle occupe une place assez importante. Il y a aussi le volet sanitaire puisque les conséquences psychologiques de certaines pratiques sont incalculables. En outre, il a été noté au cours de ce débat que les filles sont les premières victimes en matière d’atteinte aux droits de l’enfant : gavage, viols, travail forcé, exploitation sexuelle, pédophilie…
En Mauritanie, on estime à 78 pour 1000, le taux de mortalité infantile. Aujourd’hui, on suppose que 56% des filles de 0 à 1 an sont excisées. Ce phénomène est pratiqué dans presque toutes les communautés du pays. Mais elle demeure plus pratiquée dans l’est du pays chez les Maures. Mis à part ceci, l’excision est pratiquée à grande échelle dans notre pays. Un tour sur les statistiques confirme cet état de fait. 75% des femmes interrogées sur cette pratique affirment qu’elles feront exciser leurs filles. Les raisons sont assez dissemblables : 80% d’entre elles la pratiquent pour des raisons religieuses tandis que 20% la font pour des raisons coutumières. Et par rapport aux conséquences, il y a eu des discussions entre les médecins et les religieux. Mais jusqu’à présent, les médecins mauritaniens ne se sont pas prononcés de manière explicite sur cette pratique. Un jeu de ping pong s’est installé entre les médecins et les religieux, chacun ne voulant pas assumer ouvertement ces propres responsabilités sur cette question assez «embarrassante» et délicate.
Pour ce qui est des infanticides, 34 cas(2007) ont été signalés dans la ville de Nouakchott alors que celui des enfants abandonnés a fortement progressé. Ajouté à cela, les enfants malades qui souffrent du manque de prise en charge.
Les enfants apprentis et les enfants almoudos ferment la marche des enfants dont les droits les plus élémentaires sont bafoués au vu et au su de tout le monde. C’est pour tirer la sonnette d’alarme que ce débat a eu lieu afin de permettre d’ouvrir d’autres brèches dans la promotion et la sauvegarde du bien être de l’enfant mauritanien. Et ceci passera nécessairement par l’information, la formation et la sensibilisation sur les droits de l’enfant.
Babacar Baye Ndiaye

( 2 octobre, 2007 )

Les Etats-Unis d’Amérique: 231 ans d’histoires !

L’indépendance ça se fête. Ce mercredi, 4 juillet, les Etats-Unis d’Amérique ont célébré leur 231ème anniversaire d’accession à la souveraineté internationale. Dans notre pays, cette fête a été marquée par des festivités parmi lesquelles cette exposition organisée et intitulée «Regard sur la civilisation américaine ».

Quand les Etats-Unis d’Amérique organisent, célèbrent ou fêtent leur jour d’indépendance, c’est toujours un événement. Ça se voit tout de suite à des détails prêts. Par exemple, une forte présence des éléments de sécurité qui canalise la circulation et des paniers à salade partout.

Pas de va-nu-pieds encore moins de curieux autour du périmètre où se déroule la fête ou la cérémonie. Sans parler du cercle restreint des privilégiés et des voitures luxueuses d’où sortent des ambassadeurs uniquement du G8 ou des pays financièrement puissants ou aussi d’autres personnages mondains et certainement très chics. Aujourd’hui, c’est au musée national que ça se déroule.

Ce 4 juillet 2007, les Etas-Unis d’Amérique, les Etats-Unis qui font rêver, la superpuissance mondiale, fête ses 231 ans d’indépendance. Dans les jardins de notre musée national, on a installé des sièges sous trois tentes multicolores et bien aménagées pour la déclaration du chargé d’affaires de l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique et du représentant du ministère de la Culture et de la Communication et accueillir aussi les «amis » de la grande puissance mondiale.

Il est presque 20 heures. Initialement prévue à 19 heures, la cérémonie officielle commencera avec une heure de retard. C’est normal. Ce sont les gendarmes du monde. Eh oui, les gendarmes du monde ! Et on n’a pas le droit de piper un mot ni grommeler. Un, deux, trois claquements de main suffiront pour indiquer aux invités de rejoindre les sièges sous les tentes. Maintenant, les choses sérieuses peuvent débuter.

Le chargé d’affaires de l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique en Mauritanie Steven Koutsis, dans son laïus, se dira heureux de constater que son pays partage ses idéaux avec les citoyens d’un nouveau partenaire, la Mauritanie, dans une grande et interminable expérience, appelée démocratie. « La Mauritanie, dit-il, se trouve actuellement à un important tournant de son histoire, similaire à celui de l’Amérique d’il y a quelques siècles. Sur son chemin, elle y trouvera plein de défis à relever auxquels fera face un courage intrépide, un optimisme sans failles eut une certitude de vaincre sans égal ».

Quant au représentant du ministère de la Culture et de la Communication docteur Kane, il a souligné l’importance des relations entre les deux pays notamment dans le domaine de la Culture qui mérite selon lui d’être encouragé et intensifié. « La culture est un facteur de transformation sociale et de développement économique. Nos cultures riches par leurs variétés et leurs diversités constituent un atout sûr pour une meilleure connaissance entre nos sociétés et nos populations. »

Docteur Kane, en outre, ajoutera que «la mission de notre musée est de sauvegarder et de développer notre culture, notre patrimoine mais aussi contribuer à l’ouverture de notre culture à d’autres cultures. L’exposition «Regard sur la civilisation américaine » sera sûrement la plus belle occasion au public mauritanien, de s’imprégner, de s’inspirer de l’histoire, de la culture et de la mode de vie américaine ».

Quinze minutes plutard, c’est la fin. Pas de temps perdu. Aucun. C’est le moment de faire découvrir l’exposition qui retrace les grandes époques du Nouveau Monde. Une exposition sur les arts et la culture, sur la vie économique et sociale, sur la vie politique et institutionnelle, sur les sciences. Quittons l’Amérique du 15ème siècle.

Il faut le dire, sinon, ce serait impardonnable, il y avait à manger et à boire. Oui, à boire et à manger ! Mais aussi, j’ai failli commettre l’irréparable, de l’animation musicale par le groupe folklorique américain «Old Grey Goose ». Y a que les Etats Unis qui savent fourbir une exposition semblable. Fête d’indépendance oblige non !

Babacar Baye Ndiaye

( 3 octobre, 2007 )

Enclavement, l’autre grand mal dont souffre la Mauritanie!

Qu’on ne se leurre pas ! On ne peut pas prétendre développer la Mauritanie, la mettre sur des rails qui ne ripent pas, sans pour autant que le gouvernement ne s’attelle pas aux problèmes d’enclavement et ceux inhérents aux infrastructures qui font terriblement défaut.

Les belles idées, c’est alléchant sans doute. Les beaux discours font rêver et espérer un avenir meilleur incontestablement. Cependant, il faudrait que nos hommes politiques, en premier lieu les ministres, boulottent pour les populations qui se font du mouron à chaque fois que l’hivernage s’installe dans notre pays car, complètement coupées du reste de la Mauritanie.

Certaines localités du pays vivent un véritable casse-tête pendant la période des pluies dû à leur enclavement. Et pourtant, chaque jour, nous entendons des paroles du genre «la Mauritanie a les côtes les plus poissonneuses au monde», «nous avons un sous sol qui regorge de mines et de fer», «nous avons le pétrole».

Certes, nous avons tout ça, mais où en est-on aujourd’hui ? Où est-ce qu’on a mis tout cet argent gagné en signant des contrats juteux. Des contrats signés parfois dans des conditions peu transparentes !

A ce que nous voyons, il n’a pas été au demeurant utilisé à bon escient ni profité aux populations encore moins servi pour développer le pays économiquement et socialement. A quoi ont servi toutes ces ressources naturelles ? Tous ces milliards ?

Si les populations ont des problèmes de transport, si les populations n’ont pas accès à l’eau potable. Si les soins de santé sont onéreux. Si elles n’ont pas un accès facile aux connexions électriques.

Notre retard dans tous les domaines est décevant et patent. Dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication dans les secteurs de l’éducation, de la Santé, les infrastructures routières et tutti quanti ont besoin des injections financières considérables pour les sortir de l’agonie où elles se sont retrouvées par le truchement d’hommes politiques corrompus et véreux.

En effet, beaucoup de localités à cette période pluvieuse sont difficilement accessibles. Les seules et rares localités qui échappent à ce calvaire ce sont celles qui se trouvent sur les routes butinées. Les conséquences d’une telle situation -ironie du sort, c’est toujours la même situation- sont énormes. Un préjudice pour ces populations souvent confrontées à des problèmes et épouvantables !

Pas étonnant d’entendre souvent qu’une femme enceinte a succombé au moment où on l’acheminait vers une structure de santé. Ce casse-tête touche aussi les enseignants principalement du cycle fondamental qui servent souvent dans des localités complètement enclavées et privées de routes, d’écoles dignes de ce nom et de structures sanitaires entre autres. Il n y a pas que les problèmes politiques qui doivent marquer l’action du gouvernement.

Babacar Baye NDiaye

( 3 octobre, 2007 )

ANAPEJ:Mise en œuvre de stratégies de lutte contre le chômage

En Mauritanie, le chômage touche presque 2 jeunes sur 3 de moins de 30 ans. Pour rétrécir cette proportion criarde et inverser la tendance, l’Agence Nationale de Promotion de l’Emploi des Jeunes a élaboré des stratégies de lutte contre le chômage.

La Mauritanie n’échappe pas aux tentacules du chômage. D’après des statistiques fournies par le Ministère de l’Emploi, de l’Insertion et de la Formation Professionnelle, le taux de chômage excéderait la barre des 40%. Un taux très élevé estiment certains si l’on regarde l’échantillon de la population mauritanienne et les diverses opportunités relatives aux ressources naturelles dont dispose la Mauritanie et susceptibles de booster l’économie nationale.

C’est dans ce cadre, que le gouvernement de la République Islamique de Mauritanie, en vue de diminuer le taux de chômage très élevé, a crée par décret l’Agence Nationale de Promotion de l’Emploi des Jeunes pour soustraire le taux de chômage de plus en plus fort et préoccupant. Mais surtout de trouver des solutions à la crise de l’emploi que traverse actuellement notre pays.

Contrairement à d’autres pays surtout européens, le chômage dans notre pays ne constitue pas encore un enjeu politique majeur. Les jeunes continuent d’affronter inexorablement le chômage. On se rappelle encore de l’énorme bousculade qu’il y a eu devant l’ANAPEJ au mois d’août dernier, lorsque le Ministère de l’Emploi, de l’Insertion et de la Formation Professionnelle et le Ministère du Travail et des Affaires Sociales du Royaume d’Espagne ont signé un accord le 25 juillet 2007 portant sur la régulation et la gestion des flux migratoires entre la Mauritanie et le Royaume d’Espagne.

C’est dire combien la situation est assez difficile pour les jeunes mauritaniens, surtout ceux sortant des écoles professionnelles et de formation, de trouver un travail décent.

Les entreprises qu’elles soient du public ou du privé ne recrutent plus ou se font sur des critères contraires aux principes de justice et d’équité. Les autorités en sont tellement conscientes que le PM a laissé entendre substantiellement, durant sa visite au Ministère de l’Emploi, de l’Insertion et de la Formation Professionnelle ainsi que toues les structures et établissements relevant dudit ministère souvent rangé dans la catégorie «des ministères inutiles» que le changement passe par la résorption quantitative du taux de chômage.

Dans cette optique, l’Agence Nationale de Promotion de l’Emploi des Jeunes a initié quatre programmes ou axes prioritaires dans le cadre de la lutte contre le chômage : le programme de l’auto emploi, le programme de placement, l’Observatoire de l’emploi et enfin le programme de développement des compétences.

Le Programme de l’auto emploi

Ce programme se justifie par l’insuffisance de l’offre d’emploi, notamment l’emploi salarié, sur le marché national. A travers ce programme, l’ANAPEJ vise la promotion de l’emploi indépendant chez les jeunes demandeurs d’emploi. Il cherche à faire profiter aux jeunes demandeurs d’emploi des opportunités visant à les orienter vers la création des petits et micro projets générateurs de revenus et créateurs d’emploi.

Ce programme a pour objectif d’abord, de promouvoir l’esprit d’initiatives et d’entreprises chez les jeunes demandeurs d’emploi ensuite, de renforcer les capacités entrepreneuriales et managériales des demandeurs d’emploi et enfin, de faciliter l’accès au crédit aux demandeurs d’emploi.

Signalons que c’est l’ANAPEJ elle-même, à travers un partenariat, qui confiera la gestion de lignes de crédit aux structures financières(IMF et autres) destinées à financer les projets soumis par les jeunes. Au titre de ce partenariat, ces dernières seront responsables de la gestion, du suivi et du recouvrement des prêts consentis aux bénéficiaires.

Le programme de placement

Ce programme a pour mandat de faire une prospection approfondie du marché de l’emploi pour connaître les besoins et les potentialités afin de favoriser l’émergence et la multiplication des opportunités d’emplois salariés pour les jeunes demandeurs d’emploi.

Cette prospection conduit à la création de partenaires multiples entre l’Agence et les administrations, les partenaires au développement, les organisations professionnelles d’employeurs et de travailleurs, les collectivités locales, la société civile, les hommes d’affaire etc.

Grâce à sa connaissance du marché, l’agence réalise des contacts avec les employeurs potentiels, identifie des programmes d’insertion, sur la base des besoins exprimés et procède à la sélection des candidats selon les profils souhaités. En effet, contrairement au programme de crédit qui profite à toutes les catégories sans distinction, le placement quant à lui, fait souvent appel à des profils spécifiques pour des besoins déterminés et des compétences bien définies par les employeurs.

L’agence est très souvent mise à contribution par les administrations pour effectuer des recrutements à durée déterminée d’un grand nombre d’agents(recrutements, gestion du processus électoral, enquêtes d’envergure…) comme elle reçoit des enquêtes émanant de partenaires ou d’employeurs qui cherchent à faire des recrutements directs.

Dans ce cas, l’agence joue un rôle de référence et d’expertise pour l’identification des profils idéaux grâce à sa base de données sur les chômeurs qui offrent une gamme variée de choix aux recruteurs. Pour ce faire, l’agence réalise des missions et des contacts sur tout le territoire national pour s’enquérir des opportunités et pour établir des partenariats durables pour la création d’opportunités d’emploi.

L’Observatoire de l’Emploi

Pour mieux cibler ses actions et affiner ses stratégies, l’Agence partira d’une connaissance exacte de la situation du chômage dans le pays : chiffres, marché de travail, population cible, tendances, opportunités, limites etc.…pour cela, elle a mis en place un département de l’Observatoire de l’emploi chargé de collecter, de traiter et de diffuser les données sur la situation du chômage dans sa globalité et plus spécifiquement celui des jeunes.

Le département à travers ses activités met à la disposition des autres départements, des décideurs et des chercheurs, des données actuelles nécessaires à la prise de décision et à la planification des actions. L’une des missions fondamentales du département est de réaliser des études et des enquêtes sur les questions de l’emploi.

Ces études sont réalisées en vue de connaître les déterminants du chômage dans le pays et les facteurs intervenants dans sa réduction. Dans cette perspective, le département identifie en collaboration avec les autres départements techniques de l’Agence les études dans les différents thèmes portant sur son domaine d’intervention.

Le département de l’Observatoire jouera un rôle fondamental dans la mise en œuvre des programmes de l’Agence notamment en tant qu’acteur stratégique dans l’orientation de ses programmes à travers la production, l’analyse et la diffusion d’indicateurs sur l’emploi. Il sera aussi au cœur des préoccupations visant à maximiser la lisibilité des actions de l’agence.

Programme de développement de compétences

Parmi les programmes que l’Agence a mis en œuvre pour la promotion de l’emploi, la formation occupe une place prépondérante dans la mesure où les employeurs privilégient, en premier lieu, les compétences dans l’expression de leurs besoins de recrutement.

S’ajoute à cela le fait que les besoins du marché en travail qualifié soient actuellement très importants alors que les qualifications disponibles ne répondent pas aux besoins du marché. L’Agence, consciente de ce problème, s’appuie sur la formation, la reconversion et l’adaptation professionnelles comme axes stratégiques en vue d’augmenter les chances d’employabilité de son public cible.

Pour arriver à la réalisation des objectifs du programme, des formations variées sont mises en œuvre en fonction des besoins exprimés en formation qualifiante, en formation de reconversion et enfin en formation en petits métiers.

Babacar Baye Ndiaye

( 3 octobre, 2007 )

Abderrahmane Ahmed Salem, Directeur de la maison des cinéastes

«La SENAF, ce n’est pas une rencontre de business. C’est un échange entre des professionnels du cinéma, des jeunes qui rêvent de faire du cinéma et aussi une population qui a soif d’avoir son image »

La 2ème édition de la Semaine Nationale du Film a tiré ses rideaux. Mais les défis qui attendent la maison des cinéastes sont nombreux parmi lesquels le retour de la population, des spectateurs vers le cinéma mais aussi de créer une vraie image mauritanienne. En attendant 2008 Incha Allah, le directeur de la maison des cinéastes se dévoile…

Le Rénovateur : La deuxième édition consacrée au cinéma en Mauritanie a pris fin. Avez-vous l’impression d’avoir réussi cette manifestation ?
Abderrahmane Ahmed Salem : Plus ou moins. Nous avions vraiment envisagé de faire mieux que la précédente édition. Nous avons mis tout un système de réussite avec les éléments de la maison des cinéastes et des partenaires, avec un travail de sensibilisation, de communication et d’organisation surtout. Nous avons bien choisi notre invité et bien sur la programmation des films. A part quelques problèmes avec l’administration, on ne s’attendait pas à une telle réussite.
Le Rénovateur : A quel(s) genre(s) de problème(s) faites-vous allusion ?
A.A.S : Nous sommes en phase d’un partenaire qui ne prend pas souvent les choses au sérieux, un partenaire qui veut gérer notre relation comme à la manière dont il gère son travail. Nous, nous voyons les choses différemment. Tout doit être proposé, communiqué, partagé. Or, dans l’administration comme dans toute administration, les choses ne se passent pas de cette manière.
Le Rénovateur : Etes-vous satisfait du travail que vous avez entrepris durant toute cette semaine ?
A.A.S : Absolument ! Nous avons pu organiser ce festival dans des conditions très difficiles mais avec une bonne réussite surtout que nous avions pu toucher 20% des nouakchottois cette année par rapport aux 12% de l’année précédente. Nous avons pu organiser un festival dans des conditions géopolitiques différentes avec une liberté d’expression très importante.
Le Rénovateur : Cependant, il faut reconnaître que ça n’a pas été facile pour vous surtout du point de vue organisationnel où on a constaté beaucoup de couacs ?
A.A.S : Bien sur ! Nous avons rencontré des difficultés par rapport d’abord à ce problème de coupure électrique mais surtout à ce problème de coordination entre nous et l’administration du ministère de la Culture et de la Communication qui a fait tarder notre 3ème jour de conférence et qui a aussi envoyé, ce n’est pas pour minimiser la personne qui est un homme de culture, un conseiller pour clôturer ce festival alors que nous avons invité des ambassadeurs, le président de la communauté urbaine de Nouakchott. Sur le plan protocolaire, je crois, que ce n’est pas une bonne chose.
Le Rénovateur : Pensez-vous, qu’à l’issue de ce festival, où beaucoup de films mauritaniens furent projetés et découverts, qu’on pourra véritablement parler de cinéma mauritanien ?
A.A.S : Pas encore. Certes, il y a des tentatives, des initiatives, mais pour le moment, nous ne pouvons pas parler de cinéma mauritanien véritablement.
Le Rénovateur : Le ministère de la culture et de la communication est prêt à soutenir toute initiative visant à donner au cinéma mauritanien la place qui lui revient de droit. Qu’est-ce que vous en pensez ?
A.A.S : C’est une très bonne initiative et je voudrai à cette occasion signaler une chose. Nous sommes très satisfaits de la coopération de la personne du ministre qui est un homme de culture, un homme généreux, disponible, modeste mais à vrai dire, un ministre ne peut pas à lui gérer un ministère.
Le Rénovateur : Pourquoi n’avez-vous pas pensé à décentraliser la manifestation dans d’autres localités du pays ? On semble vous reprocher cela. Ou bien vous avez pensé que cela exigeait beaucoup d’argent.
A.A.S : Je pense que la production artistique ce n’est pas seulement un problème de coût. C’est aussi un problème de volonté. C’est aussi un mode de fonctionnement. Nous, nous avions pensé à décentraliser la manifestation depuis l’année dernière avec cette idée d’organiser chaque mois une semaine régionale du film dans chaque wilaya pour faire à la fin de l’année un festival national à Nouakchott. Je pense, à mon avis, qu’il n’est pas normal que nous organisions des manifestations uniquement à Nouakchott ou dans les grandes villes en ignorant le reste du pays.
Le Rénovateur : Avez-vous pensé pour la(les) prochaine(s) édition(s) à convier d’autres pays pour rendre cette SENAF plus attrayante, plus populaire et lui donner un cachet plus international ?
A.A.S : Certes, nous sommes optimistes et très ambitieux. Nous voulons d’abord faire les choses de manière douce. Ce festival, beaucoup d’institutions et de partenaires ont voulu que cette manifestation soit dans la 2ème édition une manifestation internationale, sous-régionale ou internationale. Nous estimons que ce n’est pas le moment. Il faut attendre encore la 5ème ou peut être la 6ème édition. Il urge d’abord de bien faire les choses sur le plan national.
Le Rénovateur : Comment avez vous vécu la 2ème édition de la SENAF par rapport à l’édition précédente ?
A.A.S : C’était très, très difficile pour moi. J’ai perdu ma mère et ce même jour, on m’a appelé pour m’informer de la déprogrammation par le ministère du film de Pierre Yves. Sur le plan personnel, ce fut très rude. Mais, je suis bien entouré avec des gens pleins d’énergie et qui ont pris cette manifestation comme étant la leur. Et grâce à eux, je n’ai pas senti le poids de l’organisation sur mes épaules.
Le Rénovateur : Qu’est-ce que vous avez donc retenu de cette 2ème édition ?
A.A.S : Je crois que cette manifestation commence surtout à prendre une dimension nationale très importante et quand je dis dimension nationale c’est une dimension qui représente tout le pays. Pendant cette 2ème édition, nous avons pu présenter des films qui évoquent les diversités culturelles et ethniques du pays, présenté des projections de films de jeunes avec une liberté d’expression et une vision cinématographique intellectuelle très claire. J’ose dire que nous sommes sur la bonne voie.
Le Rénovateur : Tout le monde attendait la projection du film «le cercle des noyés » mais finalement il n’a pas été projeté. Quel est votre avis là-dessus ?
A.A.S : je salue d’abord l’initiative du ministère de la culture qui envisage d’utiliser ce film dans une campagne nationale sur le passif humanitaire de même que du discours du Président de la République sur le retour de nos frères. Tout ça nous réconforte. Mais de l’autre coté, je suis inquiet par rapport au calendrier de cette campagne qu’on attend impatiemment. Nous ne sommes pas pressés de voir la projection du film, ce qui nous intéresse c’est le résultat de la campagne, le travail de terrain mais de déclencher une situation, d’arriver à vivre ensemble.
Le Rénovateur : La SENAF est un festival. Peut-on s’attendre donc pour les prochaines éditions à des distributions de prix pour les meilleurs films produits par les cinéastes mauritaniens ?
A.A.S : La SENAF, ce n’est pas encore un festival parce qu’un festival ça reflète l’idée des producteurs, des réalisateurs, des stars. La SENAF, ce n’est pas une rencontre de business, c’est un échange entre des professionnels du cinéma, des jeunes qui rêvent de faire du cinéma et aussi une population qui a soif d’avoir son image.
Le Rénovateur : Combien vous a-t-elle coûté l’organisation d’une telle manifestation ?
A.A.S : 64 millions d’ouguiyas. Nous n’avons reçu que 22 millions d’ouguiyas.

Propos recueillis
pas Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 3 octobre, 2007 )

Abderrahmane A. Salem, directeur général de la maison des cinéastes

« Il n y pas véritablement de cinéma mauritanien…et l’Etat n’a jamais compris que le cinéma est une industrie qui rapporte beaucoup d’argent »

Le cinéma en Mauritanie, à l’image des autres parties de la Culture, souffre cruellement du manque d’appui financier, de considération politique. En attendant que le ministère de la Culture et de la Communication dévoile son organigramme, les cinéastes mauritaniens attendent avec d’espoir et d’impatience que les nouvelles autorités leur accordent plus d’attention.
Le Rénovateur : Quelle est actuellement l’analyse que vous faites de l’état des lieux de la situation du cinéma en Mauritanie ?
Abderrahmane A. Salem : Je préfère dire «cinéma en Mauritanie » que «cinéma mauritanien ». Ça fait déjà une grande différence. C’est parce qu’il y a des choses qui se font et qui n’ont pas souvent une signature mauritanienne. Maintenant, pour ce qui est de l’état des lieux de la situation du cinéma en Mauritanie, il y a trois tableaux. Le premier tableau concerne le travail de nos cinéastes comme Abderrahmane Cissako, Cheikh Mbaye entre autres qui sont présents sur le plan international, sous-régional et continental. Le deuxième tableau est relatif aux initiatives locales de la maison des cinéastes surtout au niveau de Nouakchott, de l’association mauritanienne de la promotion du cinéma, du réseau panafricain des cinéastes représenté par Sidi Ould Bahi. Il y a enfin l’autre tableau moins visible qui concerne l’intervention de l’Etat ou la vision du département de la culture et de la communication.
Le Rénovateur : Dans deux semaines, le cinéma mauritanien sera à l’honneur à travers la SENAF organisée par la maison des cinéastes en partenariat avec le CCF. Un mot par rapport à ce grand événement cinématographique.
A.A.S : Effectivement. D’ailleurs, une partie de notre programme se passera au CCF et durant trois jours, nous allons organiser des débats qui tourneront essentiellement sur la situation cinématographique en Mauritanie. Ce festival c’est une activité nationale presque. En marge de ce festival, il y aura un espace officiel à l’ancienne maison des jeunes où on présentera tous les films de Pierre Yves Vanderweed qui est l’invité d’honneur de la deuxième édition. Parallèlement à cela, on organisera des projections de films dans les quartiers populaires, dans d’autres espaces comme la fondation Moktar Ould Daddah, l’espace culturel Diadié Tabara Camara.
Le Rénovateur : Sans faire de parallèle, peut-on parler de cinéma mauritanien comme on parle du cinéma marocain, français, burkinabé etc ?
A.A.S : Pas du tout ! Je remarque que vous reveniez encore sur le terme «cinéma mauritanien ». Pour le moment, on ne peut pas parler de cinéma mauritanien parce qu’il n y a pas véritablement de cinéma mauritanien. Il y a des tentatives certes mais il n y pas un film ou un cinéma mauritanien. Il y a le cinéma mauritanien représenté dans l’exil par monsieur Abderrahmane Cissako qui est notre grand cinéaste. Il n y pas de cinéma mauritanien parce que nous ne voyons pas nos images sur les médias ou dans les salles de cinéma. Cependant, il y a beaucoup de tentatives.
Le Rénovateur : Et pourtant, malgré de telles tentatives, on a l’impression que ce cinéma est quasi inexistant ou est presque à l’article de la mort ?
A.A.S : Il a commencé à exister dans les années 60 avec feu Hamam Fall qui a pu acheter des salles de cinéma avec Gomez, produire des films avec feu Mohamed Saleck. Malgré qu’il n y ait pas d’école de cinéma, de centre de formation, il y avait un vrai départ. Et le cinéma était contrôlé comme un acte de journalisme, comme une œuvre engagée. Dés le début, on a beaucoup inhibé l’évolution du cinéma. Mais aujourd’hui, quand on regarde la ville de Nouakchott par rapport aux années 60 et 70, il y avait 11 salles de cinéma. Maintenant, c’est beaucoup plus pire parce qu’il n’y a aucune volonté, une vraie volonté de faire changer les choses.
Le Rénovateur : A votre avis, en tant que directeur de la maison des cinéastes, y a-t-il vraiment un moyen de sortir le cinéma en Mauritanie de sa torpeur ?
A.A.S : Mais bien sur ! Il faut d’abord une vraie volonté politique et non pas à discourir tout le temps. Il faut traduire cette volonté en actes concrets, envisager d’abord des programmes de formation dans les milieux scolaires, intégrer le cinéma dans l’organigramme de l’éducation, organiser régulièrement des manifestations cinématographiques. En plus de cela, il faut en profiter pour vendre le décor en Mauritanie et cela c’est quelque chose qui est très importante pour le pays où personne n’a voulu tenter de le faire. Le problème actuel du cinéma mondial c’est un problème de décor naturel.
Le Rénovateur : L’absence de ressources, d’école ou de salles de cinéma, de production, de politique cinématographique nous éclaire un peu sur la situation du cinéma en Mauritanie. Que faut-il faire pour l’impulser ?
A.A.S : Je peux prendre le Burkina Faso qui est un pays pauvre. Et pourtant, chaque année, il organise la plus rencontre cinématographique en Afrique et voire dans le monde. Il y a eu une volonté politique de faire du Burkina Faso un lieu de rencontre et ça a crée beaucoup d’engouement, des espaces de production, de diffusion, d’échanges, de débats, de manifestations. Je crois qu’en Mauritanie, s’il y a cette volonté politique, un texte législatif ou organisationnel sur le cinéma, une intégration de la culture cinématographique dans les milieux scolaires ou la création de centre de formation cinématographique, on pourra absolument faire du cinéma.
Le Rénovateur : Le cinéma en Mauritanie n’est-il pas simplement victime depuis longtemps du manque de volonté politique de la part des autorités de la République ?
A.A.S : Il est totalement voire trop victime de l’absence de volonté politique. L’Etat mauritanien n’a jamais compris que la culture est un outil de développement surtout pour un pays qui a plusieurs ethnies et où la musique, la danse, le cinéma, l’art plastique jouent énormément dans la vision du développement d’un pays. Les hommes d’affaires n’ont jamais compris eux aussi que le cinéma est une industrie qui rapporte beaucoup d’argent. On est dans un pays où la mémoire est très courte et on est très pressé à avoir des résultats du jour au lendemain alors que pour investir dans le cinéma, ça prend beaucoup de temps. L’Etat ne s’intéresse pas du tout à l’art de manière générale.
Le Rénovateur : La maison des cinéastes est peu connue des mauritaniens. Quel est son rôle et pourquoi une telle maison ?
A.A.S : La philosophie est très simple dans la maison des cinéastes. On a fait un diagnostic sur place et on a constaté qu’il y avait plus de salles de cinéma dans les années 60 qu’aujourd’hui. Nous nous sommes posé alors la question pourquoi une telle situation ? En plus du phénomène de la vidéo, de la télévision, il y a une rupture entre les mauritaniens et la culture cinématographique. Pendant les années 60, on n’a pas pu créer un public cinéphile, donner le goût au grand écran parce qu’il n y avait pas un travail d’éducation et d’information. Maintenant, nous, nous avons décidé de faire que de la projection et de la formation destinée à nos professionnels. Dans ce cadre, nous avons organisé des sessions de formation pour les jeunes collégiens et les lycéens, des projections de films dans les espaces publics, à l’intérieur du pays avec notre programme «écran-dromadaire ». Le but c’est d’abord de créer cette culture, l’envie chez les gens. Peut être qu’un jour, les hommes d’affaires seront intéressés par le coté commercial du cinéma.

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 3 octobre, 2007 )

Mamadou Sarr, Secrétaire Exécutif du FONADH

« La question du retour des déportés doit être abordée sans passion dans le cadre d’un dialogue instructif »

Récemment, le Président de la République, dans un discours officiel, a annoncé le retour imminent des déportés mauritaniens restés encore au Sénégal et au Mali. Cette décision a été beaucoup saluée par les associations de défense des droits de l’Homme parmi lesquelles le FONADH qui a toujours suivi ce dossier épineux.

Le Rénovateur : Peut-on savoir le nombre de réfugiés mauritaniens restés encore au Sénégal et au Mali ?
Adama Sarr : C’est très difficile d’avancer des chiffres exacts. Le dernier recensement sur lequel on peut se fonder aujourd’hui a été effectué en 1995. Ce recensement évaluait à 66.000 le nombre de réfugiés mauritaniens au Sénégal et 18.000 au Mali. Cependant, entre temps, il y a eu des anciens déportés qui sont rentrés. Ceux qui sont rentrés par le biais du H.C.R. sont 32.000 et ceux qui sont rentrés de leur propre gré ou de leurs propres moyens sont estimés entre 8 à 10.000. Raisonnablement, il devrait rester entre 20.000 au Sénégal et 15.000 au Mali. Ce sont là que des chiffres approximatifs. Le seul moyen de déterminer exactement le nombre de déportés c’est de faire une identification et un recensement exhaustifs des réfugiés mauritaniens restés encore au Sénégal, Mali et même ailleurs.
Le Rénovateur : Vous nous donnez des chiffres dissemblables. Qu’est-ce qui explique, à votre avis, qu’on n’a pas de chiffres exacts ?
A.S. : On ne peut pas donner de chiffres précis parce que jusque là, il n y a pas eu de recensements répétitifs. S’il y en avait eu, on serait fixé. Aujourd’hui, la première tache à faire, dans la mesure où il y a une volonté politique de régler ce problème, c’est de pouvoir faire un recensement exhaustif. Les gens sont en train d’avancer des chiffres avoisinant entre 700.000 et 500.000, des chiffres assez fantaisistes. C’est pourquoi, je reste prudent par rapport aux chiffres et il faudrait être très circonspect. Et comme il n y pas de recensement exhaustif, il faut avoir une certaine réserve par rapport aux chiffres.
Le Rénovateur : Peut-on penser donc que les chiffres sur les déportés mauritaniens ont été manipulés par les autorités de l’époque qui ont toujours nié cette réalité douloureuse ?
A.S. : Le plus important, aujourd’hui, c’est le fait qu’on reconnaisse qu’il y a des déportés qui sont encore au Sénégal et au Mali, des mauritaniens qui ont été victimes des événements de 89 et qui demeurent encore dans des conditions inhumaines et enfin une volonté politique pour que ces personnes puissent rentrer dans la dignité et recouvrir tous leurs droits. Le nombre, ce n’est pas ça l’essentiel. Il faudrait éviter le débat sur les chiffres. Certaines personnes essaient de créer des problèmes par rapport aux chiffres et soutiennent que la Mauritanie sera envahie par toute l’Afrique de l’Ouest. Ce qui est erroné.
Le Rénovateur : Maintenant que les desseins de l’Etat mauritanien sur la question des déportés sont formels, faut-il en conclure que toutes les victimes de ces années sombres vont recouvrir tous leurs droits comme vous l’avez toujours souhaité ?
A.S. : Le retour n’est pas une fin en soi. Ce qui est important, une fois que ces hommes et ces femmes rentrent, qu’ils puissent être rétablis dans tous leurs droits. Au moment de leur déportation, toutes leurs pièces d’identification ont été déchirées. Parmi ces déportés, il y avait des fonctionnaires, des éleveurs, des paysans qui ont subi des préjudices lesquels doivent être réparés. Je crois comprendre, dans la déclaration du Président de la République, il est mentionné que ces personnes vont être rétablies dans tous leurs droits. Une fois que ces personnes seront de retour, il faudrait qu’on évalue les pertes en conséquence, soit leur restituer leurs biens ou sinon les indemniser.
Le Rénovateur : Vous parlez d’indemnisations. Mais de quelle manière vont-elles se faire et est-ce que l’Etat est prêt à l’accomplir pour toutes les victimes sans exception ?
A.S. : Maintenant, comme on a dit, ce sera des modalités pratiques. Si le principe de l’indemnisation est résolu, le reste, je crois autour d’une table, on pourra trouver des solutions. Je ne peux pas anticiper, mais en tout cas, si effectivement, nous sommes associés, au moment venu, nous allons faire des propositions. Comme nous l’avons toujours dit, il faut impliquer les victimes, les intéressés. Tous les autres ne sont que des facilitateurs mais le plus important, c’est que ces victimes ne soient pas mises à l’écart. C’est aussi valable pour les autres dossiers comme le passif humanitaire ou l’esclavage.
Le Rénovateur : Le FONADH que vous dirigez et qui est très actif dans le dossier des réfugiés mauritaniens a-t-il été associé au programme de réinsertion concocté par l’Etat mauritanien ?
A.S. : Officiellement, non. Nous espérons qu’au moment venu, nous allons l’être parce que nous estimons qu’au sein du FONADH, il y a beaucoup de victimes et on ne peut pas le marginaliser sur cette question qui a été toujours inscrite parmi nos préoccupations. Nous apporterons notre contribution avec nos différentes organisations qui ont eu à travailler sur cette question à laquelle chaque mauritanien doit s’impliquer pour que réellement nous trouvions une issue à ce problème qui a tant divisé notre peuple pendant des années. Aujourd’hui, pour recoller les morceaux, il faudrait bien que tout le monde s’approprie cette question. Si cette démarche est menée, il n y a pas de raison que ce problème ne soit pas réglé.
Le Rénovateur : Si le FONADH n’est pas associé à ce programme, allez-vous oui ou non soutenir cette initiative de l’Etat mauritanien ?
A.S. : On ne peut pas contourner notre organisation qui est aussi une organisation où se trouvent des victimes. Si demain, on doit régler ce problème des victimes, il faudrait que ces dernières soient associées. Dans la mesure où on est en train de lancer des appels à tous les pans de la société, je pense que le FONADH ne peut pas être en reste d’autant plus que je peux dire que c’est l’une des organisations qui maîtrisent bien ce dossier parce qu’elle a toujours suivi ce dossier. Pour nous, l’essentiel, c’est que nous tirons dans le même sens pour que nous trouvions une issue heureuse à ce problème.
Le Rénovateur : Le discours du Chef de l’Etat sur les réfugiés mauritaniens a suscité beaucoup de réactions positives. Cependant, il y a des gens qui semblent s’opposer à cette décision officielle ?
A.S. : Nous, du FONADH, nous avons beaucoup apprécié le discours du Chef de l’Etat sur le retour des déportés qui a été toujours notre préoccupation, notre revendication. Effectivement, certaines personnes ne souhaiteraient pas que ce problème soit réglé parce que les acteurs, jusqu’à présent, sont là. Ils ont participé à ce qui s’est passé durant ces années de braise. Donc, certainement, ils ne sont pas favorables à cette décision. Heureusement, c’est un courant minoritaire. Dans ce genre de problèmes aussi complexes, on ne peut pas avoir l’unanimité par rapport aux conditions. Il est dans l’intérêt de la Mauritanie de régler ce problème et non le laisser pourrir. La question du retour des déportés doit être abordée sans passion dans le cadre d’un dialogue constructif. Telle est notre approche.
Le Rénovateur : Vous avez été déporté et victime d’une politique d’exclusion…
A.S. : Effectivement, j’ai été déporté comme beaucoup d’autres mauritaniens. A un moment donné, on peut dire que c’est la folie qui a gagné le régime de l’époque. Ce qui s’est passé, on doit le qualifier d’acte génocidaire. S’il y a un conflit entre deux états, c’est à eux de le résoudre. Il ne faudrait pas que les populations en soient victimes. Les déportations n’ont concerné qu’une seule communauté qui n’avait rien à voir avec ce qui s’est passé. La Mauritanie, malheureusement, en a profité pour se débarrasser d’une composante de sa communauté. C’est cet acte qu’il ne fallait pas entreprendre. Aujourd’hui, il faut panser cette plaie pour que plus jamais aucun régime ne puisse s’en prendre à une seule communauté.
Le Rénovateur : A votre avis, entre pardonner, se dire la vérité, oublier ou poursuivre les bourreaux, que fait-il faire ?
A.S. : Il faut d’abord un impératif de vérité et aussi un devoir de justice. Une fois, ces conditions réunies, on peut tendre vers la réconciliation. On ne peut pas pardonner comme ça, non ! Il y a des choses qui se sont passées. Il faut qu’on sache véritablement qui sont les auteurs de tels actes condamnables. Ce n’est pas, comme le pensent certains, remuer le couteau dans la plaie, non ! Par exemple, si je prends le cas du passif humanitaire, les veuves ont besoin de faire leur deuil, de savoir la vérité, de connaître dans quelles conditions leurs maris ont été massacrés. Ce sont les victimes seules qui peuvent pardonner parce que c’est elles qui ont subi dans leur sang et leur chair ce qui s’est passé. Toutes ces victimes n’ont aucun esprit de revanche. Tout ce qu’elles veulent, c’est qu’elles soient rétablies dans tous leurs droits et que la vérité soit dite.

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 3 octobre, 2007 )

Siré Camara, directeur de l’Espace Culturel Diadié Tabara Camara

« la politique culturelle et de jeunesse a été longtemps occultée… »

Depuis septembre 2006, cet Espace culturel qui porte le nom d’un illustre instituteur mauritanien existe. Ce temple de promotion du savoir situé dans le quartier de la Socogim est peu connu des mauritaniens. Entretien avec son directeur.

Le Rénovateur : Depuis un an, l’Espace culturel Diadié Tabara Camara existe. Mais en réalité, il est moins connu que les autres centres culturels de Nouakchott. Comment expliquez-vous cela ?
Siré Camara : C’est tout à fait normal. Ces centres auxquels vous faites allusion existent depuis plus de trente ans. Ce n’est pas étonnant que notre centre soit moins connu. Mais depuis notre existence, nous avons quand même fait des choses assez intéressantes et les gens d’ailleurs commencent à apprécier notre travail. En un an, nous avons organisé deux événements majeurs. Nous avons initié «la quinzaine de la démocratie ».C’était une première en Mauritanie. Elle a eu lieu au mois de février dernier. Au cours de cette quinzaine, il y a eu des conférences-débats, des discussions et des projections de films qui ont permis à beaucoup de jeunes d’exprimer leurs idées. On a reçu même le représentant du système des nations unies en Mauritanie et cette quinzaine a été beaucoup saluée. C’est un événement qui avait fait beaucoup de bruit. L’autre événement c’était «regards sur la ville ». C’est un projet qui a été réalisé en partenariat avec la coopération française et RFI. Cet événement aussi a eu beaucoup de succès.
Le Rénovateur : Pourquoi cet Espace Culturel porte-t-il le nom de Diadié Tabara Camara et qui était-il ?
S.C : Nous avons voulu d’abord donner à cet espace culturel un nom authentiquement mauritanien. Nous avons choisi ce nom parce que tout simplement Diadié Tabara Camara est un des premiers instituteurs du pays à être sorti de l’école coloniale de Rosso. Il a été directeur d’école et inspecteur de la jeunesse. Il a été un des membres fondateurs de la Semaine de l’Amitié et de la Fraternité qui est un événement d’intégration des jeunes de la sous région(Kayes, Bassi, Labé, Tamba). En plus de tout cela, la maison lui appartient. S’il n’avait pas mis sa maison à notre disposition, cet espace culturel n’aurait certainement pas existé.
Le Rénovateur : Les centres de culture font défaut dans notre pays et pourtant ils sont essentiels pour l’éducation et le savoir des jeunes. Mais on a l’impression que les pouvoirs publics ne participent pas à leur essor ?
S. C : Pourquoi ne participent-ils pas à leur essor ? C’est une question qui mérite d’être posée. C’est une politique culturelle, de jeunesse qui a été longtemps occultée en Mauritanie. C’est ce qui explique ce vide dans le milieu culturel. Ce vide se caractérise par le manque de structures pour dynamiser, gérer et promouvoir toutes les idées qu’on retrouve chez les jeunes. C’est aussi un manque de volonté politique, de compétence tout simplement. Cette situation n’est pas seulement propre en Mauritanie. Mais la situation dans notre pays est quand même assez frappante. Et d’ailleurs, cet espace est né suite à des discussions avec des jeunes qui disaient qu’ils ne pouvaient pas s’amuser ni échanger des idées.
Le Rénovateur : Alors que faut-il faire à votre avis ?
S.C : Je pense qu’il faut en créer. Normalement, dans chaque quartier, il doit y avoir un espace culturel.
Le Rénovateur : Peut-on savoir les raisons qui vous ont poussé à créer cet Espace Culturel ?
S.C : Les raisons sont multiples. Moi, je suis animateur socioculturel et j’ai vécu en France depuis 17 ans. J’ai crée cet espace pour permettre aux jeunes de s’exprimer mais aussi de garder un lien avec leur passé tout en s’ouvrant au monde extérieur. D’autre part, maintenant tout le monde parle de réconciliation mais pour se réconcilier, il faut avoir des structures, des espaces où on peut se retrouver et échanger. Mon souhait, c’est aussi que les mauritaniens puissent se retrouver quelles que soient leur origine, leur ethnie, leur âge, leur catégorie sociale et discuter pour essayer de trouver des solutions à leur problème.
Le Rénovateur : Si vous aviez un mot à dire au ministre de la Culture Mohamed Vall Ould Cheikh, ce serait quoi ?
S.C : Qu’il vienne voir les jeunes, les rencontrer, les écouter, discuter avec eux et voir nos activités.
Le Rénovateur : Acheter des livres, des équipements matériels, organiser des activités culturelles, bref, faire fonctionner un espace culturel exige beaucoup de moyens financiers et humains. Est-ce que cela signifie que vous tenez solidement le bout de la corde ?
S.C : Très difficilement. Il faut savoir que cet espace a été crée sur fonds propres. C’est des millions que j’ai investis dans ce projet. Il n y a pas eu une goutte de subvention de qui que ce soit. Les subventions sont venues bien après. Mais c’est très insuffisant par rapport à nos besoins. Et aujourd’hui, nous voulons que l’Etat nous appuie. Ceci dit nous avons aussi besoin d’être reconnue d’abord. Certes nous sommes sous la tutelle du ministère de la Culture et nous voulons être aidés dans notre travail sinon nous ne pourrons pas tenir.

Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 3 octobre, 2007 )

Fara Bâ

« il faut lutter impérativement contre l’oubli… »

« Le cercle des noyés » est un film documentaire réalisé par Pierre Yves Vanderweerd, un réalisateur belge. Ce film raconte l’histoire douloureuse des détenus de la prison de Oualata. Ce film, qui a eu beaucoup de succès en Europe sera projeté selon toute vraisemblance, entre le 23 et le 29 juin en Mauritanie. En attendant la projection du film dans notre pays, Fara Bâ, narrateur du film, a bien voulu nous en parler un peu plus sur ce film.

Le Rénovateur : Comment une expérience carcérale a-t-elle pu inspirer un film ?
Fara Bâ : Ce film est né d’une rencontre entre le cinéaste belge Pierre Yves Vanderweerd et moi. Je lui ai raconté mon histoire en tant qu’ancien détenu politique du bagne de Oualata et l’histoire l’avait beaucoup bouleversée. De là nous avons voulu réaliser cette histoire. C’est un film sur les droits humains. C’est un travail de mémoire que nous avons fait ensemble, un devoir de mémoire parce que celle-ci, il faut la préserver. Il faut donner de la valeur à la mémoire. C’est un film contre l’oubli. C’est très important de faire cette mise au point. Nous pensons également que ce film pourrait servir de thérapie en Mauritanie, parce que nous avons fait une véritable descente aux enfers pendant la garde-à-vue en prison. Nous avons subi les tortures les plus atroces et cela a été durement pénible.
Le Rénovateur : Pourquoi le choix sur votre personne pour faire la narration historique ?
Fara Bâ : Bon, c’est une rencontre par le biais d’amis. Un ami personnel précisément a permis cette relation et de parler des arrestations de 86, des conditions de détention. C’est de là qu’a germé l’idée de faire un tel film. Et c’est extrêmement important puisque le film doit être projeté ici en Mauritanie. Nous pensons qu’il va servir comme une sorte de cataclysme. Tout le monde saura que ce que nous avons vécu a été atroce et innommable. Et cela va pousser les mauritaniens à s’interroger, se poser des questions, qu’on se dise plus jamais ça dans notre pays. Cela est essentiel.
Le Rénovateur : Vous êtes le narrateur du film, du point de vue technique comment ça s’est passé ?
Fara Bâ : Je devrais dire d’emblée qu’il s’agit d’un film documentaire. Ce n’est pas une fiction. Je ne suis que le narrateur du film. Il y a un texte qu’il faut lire. Cette narration est soutenue par des images du quotidien de la Mauritanie parce que le cinéaste a pu filmer le fort, des scènes de vie quotidienne à Nouakchott, sur la route de l’espoir. Il y a également l’interview de mon épouse.
Le Rénovateur : Qu’est-ce que vous avez ressenti lorsqu’on vous a proposé de relater votre vie carcérale dans un film documentaire ?
Fara Bâ : Moi-même, j’ai beaucoup poussé Pierre à faire ce film là parce que pour moi c’était une nécessité. Et évidemment, je ne suis pas le seul à œuvrer pour la réalisation de ce genre de film. J’ai travaillé avec d’autres amis qui étaient avec moi en prison, avec des camarades d’infortune qui ont apporté leurs témoignages parce que ce film là c’est la somme de plusieurs témoignages.
Le Rénovateur : Pourquoi avez-vous attendu si longtemps pour faire un film sur votre vie carcérale alors que vous pouviez même le faire sous le régime de Taaya. Pourquoi un tel choix ?
Fara Bâ : Nous avons pensé que c’était périlleux de faire ce film à cette période. Parce que comme vous le savez, Taaya était un dictateur. Notre pays a vécu une dictature exécrable et détestable et qu’il aspirait à une pérennité. C’était donc risqué d’entreprendre ce film là. Donc on a attendu mais l’attente a été un peu longue parce que nous avons commencé à nous concerter depuis 1996.A un moment donné, j’ai dit à Pierre que nous allons faire ce film advienne que pourra parce qu’il faut que la mémoire soit préservée. Il faut lutter impérativement contre l’oubli.
Le Rénovateur : On sait très bien que la vie carcérale laisse des souvenirs inoubliables. A votre avis, est-ce que ce film a constitué pour vous une sorte de délivrance ?
Fara Bâ : La prison, elle est extrêmement dure surtout quand vous êtes privé de liberté, quand vous subissez l’enfermement. C’est toujours une expérience pénible. Quand on sort de prison, on en sort souvent diminué. Mais c’est bon de pouvoir extérioriser ce qu’on a enduré en prison. Je pense que ça sert aussi à décompresser. Je voulais dire malgré tout ce que nous avons enduré, les tortures, l’enfermement, la privation, je n’ai pas de rancune contre personne. Je ne suis pas animé par un quelconque désir de vengeance que ce soit.
Le Rénovateur : Et vous pensez en vue de tout cela que ce film aura un écho favorable en Mauritanie notamment chez certaines élites politiques ou lobbies ?
Fara Bâ : Je pense qu’avec la nouvelle donne en Mauritanie, il y a un changement extrêmement important. Il y a un processus démocratique très significatif qui a été enclenché. Je ne pense pas que le nouveau régime puisse brandir encore la censure. J’ai la ferme conviction que ce film va sortir et il est prévu qu’il sorte ici entre le 23 et le 29 juin. S’il sortait également, il faudrait qu’il y ait un débat après la visualisation du film par rapport aux dimensions droits de l’homme, culturelle, politique et mémorielle. Je pense que tout cela est essentiel.
Le Rénovateur : Pensez vous que ce film a pu restituer l’essentiel de cette période que vous avez ou bien est-ce que ça était une restitution parcellaire d’une grande souffrance que vous avez vécu ?
Fara Bâ : Je voudrai rappeler que dans ce film, il n y a aucune incitation à la violence ni à la haine. C’est un film documentaire tout simplement. Maintenant, restituer ce que nous avons vécu ce n’est pas possible. Mais je pense que l’essentiel a été dit dans ce film par rapport à ce que nous avons enduré. Ce film c’est par rapport à un vécu. Il y a des choses que j’ai vues, que j’ai endurées, des analyses que j’en ai faites. Et ce n’est pas certes comme cela l’évoquerait une personne qui n’a pas connu tout cela. Moi, je pense avoir dit l’essentiel sans choquer qui que ce soit, c’est mon sentiment. Il y a eu des réactions. Certains ont pensé qu’il fallait faire une fiction par rapport à ce vécu, qu’il fallait reconstituer les chaînes que nous avions aux pieds, les tortures que nous avons subies, les jaguars, la brique le soir où vous êtes à genoux…
Le Rénovateur : Vous avez partagé avec Boye Harouna la même cellule. Est-ce que son livre vous a été d’une certaine utilité dans le cadre de la réalisation de ce film ?
Fara Bâ : J’ai lu son livre il y a quelques temps mais j’avoue que je n’ai pas pris de notes après lecture du livre de mon ami Harouna Boye. Je me suis fondé sur mon expérience personnelle, sur ce que j’ai enduré, ce qui me reste dans la mémoire. Je ne me suis pas appuyé sur ce livre à vrai dire sur ce livre pour faire faire ce film.
Le Rénovateur : Que représente pour vous la prison de Oualata ?
Fara Bâ : Elle a été nommée le mouroir de Oualata. Je ne pense qu’il y ait en Mauritanie une prison aussi dure parce que la prison de Oualata est au même titre que celle de Tazmamarte au Maroc ou bien le camp Boiro en Guinée d’autres prisons tristement célèbres. Ça c’est une situation particulière parce que c’est des militants du FLAM qui ont été arrêtés. Il fallait les casser systématiquement, les humilier pour que ça serve de leçons et que d’autres ne tentent plus de poser les problèmes des négro africains et ceux de la cohabitation. Je pense que cette prison est assez spéciale pour moi parce que nous avions des arrêtés aux pieds, nous sommes restés cinq mois sans se laver, nous avons été torturés en prison sans compter les injures du lieutenant qui commandait le fort, on nous a traités de juifs, de sales nègres.
Le Rénovateur : Quelques années après cette période de braise, qu’est ce que vous éprouvez envers ceux qui vous ont torturé dans la geôle de Oualata ?
Fara Bâ : Je rencontre souvent mes tortionnaires. D’ailleurs dans ce film, cette situation est évoquée. On se salue, c’est comme si de rien n’était. On s’enquiert des nouvelles de la famille et ça s’arrête là. Comme je l’ai dit tantôt, je ne suis pas animé par un sentiment de vengeance. Moi je veux qu’on dépasse tout cela. Evidemment, il faut que la vérité soit dite, qu’il y ait une réconciliation nationale. Il y a des problèmes plus graves et nous savons qu’en 1990, il y a eu des exécutions sommaires et extrajudiciaires, des massacres contre des négro africains. Tant que ces problèmes ne sont pas réglés, on ne peut pas parier la pérennité de la Mauritanie et de sa viabilité.
Le Rénovateur : A Oualata, il y a eu des décédés parmi les détenus. Est-ce qu’ils tiennent une certaine place dans ce film ?
Fara Bâ : Bien évidemment, on a parlé de ceux qui sont morts dans la geôle de Oualata dans le film. Nous avons perdu Ken Youssou Guéye qui est mort à la prison de Néma, Taphsir Diop, Abdoul Khoudouss Bâ et Alassane Oumar Bâ. Dans le film, il y ales tombeaux qui sortent. C’est une scène de nuit très poignante et leurs photos ont apparu dans ce film.

Entretien réalisé par
Cheikh Tidiane Dia et Babacar Baye Ndiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 3 octobre, 2007 )

Madame Marième Daddah

Pour la première fois de son existence, la fondation Moktar Ould Daddah peu connue des mauritaniens a tenu sa première Assemblée générale constitutive ce 19 Mai à son siège de l’îlot O à tévragh Zeina. Le Rénovateur a profité de cette occasion pour s’entretenir avec Madame Marième Daddah, Présidente de la Fondation.
Le Rénovateur : Depuis le 30 juin 2004, votre association a été reconnue par l’Etat mauritanien. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour tenir votre première Assemblée Générale ?
Madame Marième Daddah : Nous avons attendu trois années pour différentes raisons. Il y a d’abord les contextes politiques qui ont été assez variés pendant cette époque précise. Mais aussi, il y a eu ma volonté d’asseoir la Fondation, de lui donner des assises véritables. Je ne m’imaginais pas une telle Assemblée il y a deux ou trois ans. Je n’étais pas prête. Voilà succinctement les raisons pour lesquelles on a tardé à tenir notre première Assemblée Générale.
Le Rénovateur : Beaucoup de jeunes ne connaisent pas assez bien le Président Moktar Ould Daddah. Quelles sont les actions que vous comptez mener pour faire rayonner sa mémoire auprès des générations présentes et futures ?
Mme. M.D : C’est une question intéressante dans la mesure où c’est une obsession pour moi de toucher la jeunesse qui est le trésor de ce pays. C’est sur elle qu’on doit porter l’essentiel de nos efforts. Ce que vous ne savez peut être pas c’est que cette jeunesse vient elle même à la Fondation. C’est une occasion d’insister de manière assez précise là-dessus : la Fondation prend des initiatives c’est vrai mais je souhaite qu’elles viennent du peuple mauritanien et en particulier de sa jeunesse. C’est cela qui m’intéresse.
Le Rénovateur : Que reste-t-il de l’héritage du Président Moktar Ould Daddah ?

Mme.M.D : J’espère beaucoup de choses. L’histoire et la mémoire ont été occultées pendant ces trente dernières années. Trente ans c’est plus qu’une génération et c’est la raison pour laquelle vous aviez dit tantôt que les jeunes ne le connaissent pas assez bien. Il est décédé- que Dieu l’accueille dans son paradis- en 2003 mais il est plus que jamais présent. Ce qui reste de lui, c’est l’essentiel c’est-à-dire une manière de gouverner, de voir l’avenir de la Mauritanie, un ensemble de valeurs basées sur la probité intellectuelle, la transparence, l’amour de la patrie et le respect du peuple mauritanien.
Le Rénovateur : Vous connaissez assez bien le nouveau Président de la République et du reste, il vous a reçue récemment en audience au palais de la République. Quelles relations entretenez-vous avec lui ?
Mme. M.D : Lorsqu’il a décidé de se mettre en politique, aux affaires comme il disait, il m’a rendu visite au mois de décembre 2006 et à sa demande pour me présenter son programme et ses projets. J’avais trouvé cette démarche très agréable et pertinente aussi. Effectivement, non seulement je l’ai rencontré après son élection mais à son investiture récemment il y a quelques jours. Nous avons ensemble évoqué la situation actuelle du pays et notre disponibilité pour l’aider à relever les défis qu’il s’est donné et qui sont très lourds et graves. Il a besoin de la participation de chaque mauritanien.
Le Rénovateur : Vous êtes partisane de la valorisation des hommes du passé qui ont été actifs dans la construction du pays pendant les premières années de l’indépendance. Pourquoi un tel choix ?
Mme M.D : Eh bien, ce choix s’explique pour le respect de l’histoire ! Ce n’est pas parce que Moktar a été le leader incontesté de cette période. Il a fondé l’Etat-Nation mauritanien, personne même ceux qui ont des réserves à son égard ne peuvent le nier mais ce travail n’a pas été fait seul. Il a fait ce travail avec des gens, des ministres, des ambassadeurs, des gouverneurs et tous les fonctionnaires qui ont travaillé avec lui de même que les membres du parti peuple mauritanien. Tout ce monde là fait partie de l’histoire. Je pense qu’il est heureux, bon et bien de les associer à l’œuvre de construction nationale du Président Moktar.
Le Rénovateur : A un moment donné de votre vie, vous avez été aux contours du pouvoir. Quel parallèle faites- vous entre la Mauritanie des années 60 et celle d’aujourd’hui ?
Mme M.D : Je me suis jusqu’ici interdite de faire des comparaisons pour deux raisons principales. D’abord, c’est difficile de la faire. La Mauritanie des années 60 s’inscrivait dans un contexte régional et international qui n’est plus du tout le même aujourd’hui. La deuxième raison est la plus importante à mon avis c’est-à-dire mon refus de me transformer en tribunal. Je ne porterai pas de jugements. Le rôle de al Fondation c’est de faire reconnaître l’œuvre du Président Moktar. Parce qu’elle est méconnue et occultée. Elle a été volontairement cachée et cela est mauvais. Je suis obligée de le dire. Je pense que l’histoire aura son rôle et que les mauritaniens sont assez intelligents pour en tirer les conclusions qu’ils doivent en tirer.
Le Rénovateur : On entend pas assez souvent la Fondation Moktar Ould Daddah. Qu’est-ce qui explique ce manque de visibilité?
Mme M.D : Elle s’explique par le contexte dans lequel il est né et qui n’était pas favorable. C’est en bousculant un peu les choses qu’on a été finalement reconnu en juin 2004. Cela s’explique aussi par le fait qu’au début notre Fondation n’avait pas assez de membres et que la communication n’était pas assez importante bien qu’on ait fait beaucoup de choses.
Le Rénovateur : L’unité nationale vous tient certes à cœur. Est-ce à dire que vous avez des appréhensions ?
Mme M.D : Avoir des appréhensions serait une attitude négative. Je constate des faits qui se sont déroulés ces trente dernières années et qui ont ébranlé l’unité nationale. Qu’il s’agisse des conflits tribaux, de personnes, de culture, rien n’a été fait. Il faut que nous vivions nos différences comme une richesse. Et pour qu’elle le soit, il faut qu’on apprenne à se connaître les uns les autres et à se respecter pour faire ensemble quelque chose. C’est cela une nation. On a un passé commun et Dieu sait qu’il est long, passionnant, intéressant et riche. On doit bâtir un avenir commun et pour cela il faut qu’on se connaisse et s’aime entre nous.
Le Rénovateur : Pensez-vous que cette unité passera par l’instauration d’une véritable justice qui est un axe de la démocratie ?
Mme. M.D : Bien sur ! Une justice digne de ce nom qui soit séparée des autres pouvoirs. S’il n y a pas cela, ce n’est pas possible de parler de démocratie. D’abord donc une justice qui en soit une. En ce moment là, on pourra espérer établir un régime démocratique je dirai à la mauritanienne. Il faut quand même que nous gardions un peu de recul par rapport aux systèmes importés de l’extérieur avec des histoires et des cultures différentes.
Le Rénovateur : Vous êtes une femme ambitieuse et par rapport à la Fondation, qu’est-ce qui vous préoccupe et que vous aimeriez voir se réaliser ?
Mme M.D : Une Mauritanie qui a retrouvée sa dignité, son unité, sa place dans le monde. Elle avait une place dans le monde arabe et en Afrique. Une Mauritanie fraternelle, crédible pour les investissements extérieurs, qui s’enrichit et connaît une forte croissance mais cela ne suffit pas. Je veux une répartition équitable et juste pour nos ressources nationales et pour cela je compte sur les mauritaniens. C’est eux seuls qui doivent prendre leur destin en main. L’aide extérieure ne pouvant jouer qu’un rôle d’appoint important mais le destin c’est nous qui devons le prendre entre nos mains. Jusqu’ici, j’ai le sentiment que ce principe n’a pas été respecté et cela m’afflige.
Le Rénovateur : Et Ahmed Ould Daddah, quelles sont vos relations ?
Mme M.D : La fondation Moktar Ould Daddah n’est pas un parti politique. Nous ne cherchons pas le pouvoir. Nous avons des objectifs à long terme. Nous ne cherchons ni fonction ni argent. Ahmed Ould Daddah est le demi frère de Moktar. Il a crée depuis longtemps son parti politique. Il vit sa vie de leader politique et chacun fait ce qu’il doit faire pour le pays.
Interview réalisée par Babacar Baye Ndiaye

( 3 octobre, 2007 )

Madame Aminétou Mint Ely Moctar: »L’expérience a montré que la majorité des postes dirigés par des femmes marchent mieux que ceux dirigés par les hommes »

Dans l’interview suivante qu’elle a accordée au Rénovateur Quotidien, madame Aminétou Mint Ely, qui a reçu récemment un prix de la République française, «gicle» ses vérités sur certaines personnes qui ne voudraient pas que la femme mauritanienne s’émancipe ou participent à la gestion de ce pays. Et selon elle, il faut des critères de choix et tant qu’on nommera des gens sur le clanisme, le régionalisme ou le tribalisme, la femme n’avancera pas. Elle n’a pas manqué l’occasion de saluer aussi la détermination des femmes mauritaniennes.

Le Rénovateur : Votre association est-elle bien impliquée dans l’égalité des sexes ?

Aminétou Mint Ely : Notre association a pour objectif l’égalité entre les sexes. C’est parce que nous estimons qu’elle peut jouer un rôle dans le développement de ce pays. Cependant, nous ne pouvons pas dire que la femme est l’égal de l’homme sans qu’elle ne soit en mesure d’accomplir toutes les tâches accessibles pour les hommes. En d’autres termes, elle doit avoir sa parole, être associée à la prise de décision. Elle doit produire et avoir une capacité intellectuelle, de gestion et d’analyse qui va lui permettre de jouer le rôle qui lui est dévolu, le rôle d’égal à égal avec l’homme.

Le Rénovateur : L’Etat vous soutient-il en tant qu’association de femmes leaders dans l’émancipation des femmes mauritaniennes ?

AME : C’est à la femme d’arracher ce qui lui revient de droit. Ce n’est pas à l’Etat encore moins les partis politiques qui vont lui donner ce droit. Je pars du principe que la personne ne peut trouver que ce qu’elle a arraché de ses propres moyens et de ses propres luttes. Dans la production, dans les partis politiques, dans la société civile, dans le développement, dans le mouvement associatif, les femmes sont impliquées et dynamiques. Tout cela, c’est elle-même qui s’est montrée capable de le faire, c’est elle-même qui s’est engagée. C’est vrai qu’il y a eu des opportunités qui lui ont été offertes. Mais il y a aussi leur dynamisme, leur capacité et leur volonté de s’organiser, d’être à la hauteur des choses qu’on leur donne et de participer à la construction de ce pays et à son développement économique, social et politique.

Le Rénovateur : Tantôt, vous avez fait allusion à des opportunités qui ont été offertes à la femme mauritanienne…

AME : La femme mauritanienne, depuis longtemps, s’est toujours intéressée à la politique et à connaître le monde dans lequel elle vit. Dans ce cadre, lors des journées de concertations d’octobre 2005, il y a eu une large participation des femmes et surtout des groupes qui se sont formés pour faire un plaidoyer en demandant l’accès des femmes aux sphères de décision. Et n’oublions pas que l’expérience a montré que la majorité des postes dirigés par des femmes marchent mieux que ceux dirigés par les hommes. Elles sont plus correctes dans leur gestion. C’est très rare de voir des femmes qui font des détournements. Ces journées de réflexion ont permis aux femmes d’avoir le quota des 20%. Malgré que je sois pour ce quota qui n’est qu’un moyen vers l’égalité, j’estime qu’il doit y avoir égalité. Je félicite le régime actuel des pas qu’il a franchis vers l’émancipation des femmes mais il reste encore surtout dans l’application effective du quota.

Le Rénovateur : Et que dites-vous à ceux qui disent ou pensent que l’émancipation de la femme mauritanienne constitue une aspiration utopique ?

AME : Cela me fait rire parce que ça ne m’étonne pas. Il y a des moments que la Mauritanie a vécus et que personne ne croyait plus à rien. Il y a quelques années, nous ne croyions pas qu’il y aurait un jour changement, que nous parlerions de démocratie dans notre pays, qu’il y aurait un président de la République élu démocratiquement, qu’il y aurait une loi criminalisant l’esclavage, qu’il y aurait le retour des déportés. La population mauritanienne est constituée aujourd’hui de 53,6% de femmes. Comment développer ce pays alors que la grande majorité est exclue ? Ce n’est pas seuls les hommes qui peuvent développer ce pays ni économiquement, ni juridiquement, ni socialement. Il faut l’effort de tous dans le respect, dans l’égalité et dans la justice entre les êtres humains. Il ne faut pas perdre de vue que c’est la femme qui porte tout dans la société mauritanienne.

Le Rénovateur : Pensez-vous que l’Etat mauritanien est bien armé pour relever les défis de l’émancipation de la femme mauritanienne ?

AME : Pas vraiment. Car, il y a des gens qui sont enchaînés par les coutumes, par une confusion entre la coutume et la religion. C’est une force rétrograde qui empêche la femme d’être égale à l’homme. On entend cela tous les jours à la radio, à la télé mais en réalité, ils ne veulent pas admettre cette émancipation. Par exemple, l’un de nos célèbres imams s’est même insurgé dans un prêche contre la nomination des femmes ambassadrices. Une femme peut être astronaute et conserver le principe de sa religion et tout ce qui est en relation avec ses coutumes et traditions qui n’ont rien à voir avec la religion. Nous continuerons à nous battre pour renforcer la capacité des femmes enchaînées par des structures étatiques qui ne fonctionnent pas et qui ne font rien en ce sens-là. Les pratiques qu’ils font sont contraires à la politique générale de l’Etat.

Le Rénovateur : Qu’est-ce qu’une femme émancipée pour vous ?

AME : Chaque pays a sa vision des choses. Nous sommes des pays africains. Nous avons nos valeurs, nos traditions. Ceux qui se gênent de nos valeurs et de nos traditions qui ne sont pas contradictoires avec la charria et celle-ci a donné à la femme tous ses droits. Mais il y a une confusion chez nous entre charria et les traditions. Nous voulons une charria débarrassée des traditions. Nous voulons aussi une émancipation égalitaire d’une vision africaine et non européenne.

Le Rénovateur : Succinctement, comment pouvez-vous dans ce cadre acquérir l’émancipation de la femme mauritanienne ?


AME : Nous cherchons tout d’abord à renforcer les capacités des femmes pour être en mesure de diriger, d’orienter et de s’imposer. Nous, nous ne pouvons pas demander à l’Etat de mettre une femme qui n’a pas la capacité. Le renforcement de leur capacité à nos yeux est fondamental. En d’autres termes, former des femmes leaders capables de diriger ce pays et de participer à la gestion des affaires publiques ; créer une indépendance  économique en mettant en place des mutuelles, des unités de micro crédits, des projets générateurs de revenus et enfin créer une solidarité entre toutes les femmes sans distinction de statut social.

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

( 3 octobre, 2007 )

Pr. Abdoulaye Sow, chercheur: »L’un des grands problèmes qui ont secoué la Mauritanie a tourné autour de la cohabitation communautaire »

A l’occasion des journées d’études sur les droits culturels organisées conjointement par l’Equipe de Recherche sur les Mutilations Génitales Féminines de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Nouakchott, de l’Unesco et de l’Association des Femmes Chefs de Famille, le Professeur Abdoulaye Sow, dans l’interview suivante, revient sur l’importance des droits culturels ainsi que de leurs conséquences qui en résulteraient s’ils sont violés.

Le Rénovateur : Les droits culturels sont-ils respectés en Mauritanie ?

Pr. Abdoulaye Sow : Il est très difficile de répondre par l’affirmative ou la négative. D’abord(…)dans notre entendement, les droits culturels c’est l’ensemble des droits qui concourent à la préservation de l’identité d’un individu. Il est certain qu’en Mauritanie, nous ne pouvons pas le nier, il y a eu des violations massives des droits culturels surtout à partir des années 89-90-91-92. Nous savons très bien que l’un des grands problèmes qui ont secoué notre pays a tourné autour de la cohabitation communautaire. Les droits culturels tournent autour des communautés culturelles de la défense des libertés culturelles. Au temps du régime du Président Ould Taya, il y a eu des violations des droits culturels surtout des communautés négro-africaines.

Le Rénovateur : Les droits culturels, on le sait, étaient un sujet tabou dans notre pays à une époque donnée. En est-il toujours ainsi ? Peut-on penser ou oser croire que la situation n’a pas évolué ?

Pr.A.S : Non ! Actuellement, il y a une nouvelle dynamique qui s’est opérée avec l ‘arrivée d’un nouveau régime au pouvoir. Même si rien de concret n’a été fait, il y a l’esprit de réconciliation et une volonté politique (…). Il est de notre devoir d’accompagner ce mouvement afin qu’il soit un mouvement irréversible parce que la finalité du respect des droits culturels, c’est l’instauration d’une Mauritanie où toutes les composantes nationales dans la fierté reconnue acceptent de vivre et d’œuvrer pour le développement de notre pays.

Le Rénovateur : Quelle est l’importance des droits culturels dans le processus démocratique actuel de notre pays ?

Pr.A.S : Sans le respect des droits culturels, il ne peut pas y avoir de démocratie. Si nous parvenons en Mauritanie à réconcilier les différentes communautés nationales afin que les mauritaniens se reconnaissent dans leur radio, leur télévision nationale, leur gouvernement, leur hymne national, les éléments et les symboles des déterminants culturels, il est certain que nous aurions fait beaucoup de choses. Il faut se dire aussi qu’on ne peut pas construire une nation en braquant les communautés les unes contre les autres, en faisant de l’exclusivisme politique.

Le Rénovateur : Quels seraient les corollaires d’une violation des droits culturels ?

Pr.A.S : L’une des conséquences directes d’une violation des droits culturels, c’est les humiliations qui sont subies par les populations qui sont victimes de cette violation et à qui on nie toute citoyenneté, tout apport culturel. La chose qu’il faut éviter et sur laquelle il faut attirer l’attention des gens, c’est de leur dire lorsqu’il y a violation des droits culturels, on ne sait jamais comment va réagir l’individu qui a été blessé dans sa fierté culturelle. Il peut réagir par le repli identitaire ou par l’utilisation des armes. Je ne fais pas un jugement de valeur sur la rébellion touareg. Mais je dis quelque part, s’il y a eu cette rébellion, c’est qu’il y a eu violation de leurs droits culturels.

Le Rénovateur : Actuellement, il y a un débat sur l’identité culturelle en Mauritanie chacun essayant de la définir à sa propre manière. Comment vous, en tant qu’anthropologue, la définiriez-vous ?

Pr.A.S : On ne peut pas définir l’identité culturelle. Le problème, ce n’est pas la question de l’identité culturelle encore moins sa définition. C’est la question de l’acceptabilité de la multiplicité des communautés qui vivent dans la plupart des pays africains qui fait que si on prend en charge l’existence de toutes ces communautés, il faut qu’il y ait l’émergence d’une identité culturelle résultat des convergences culturelles des différentes composantes nationales. Le problème ce n’est pas un problème épistémologique ni une question de définition. L’identité culturelle c’est l’ensemble des éléments de pratique, de croyance et de valeurs qui concourent à donner à l’individu une identité culturelle. Il ne peut pas y avoir identité culturelle en dehors d’une communauté culturelle en d’autres termes, il faut que les populations qui vivent dans un espace territorial se rendent compte qu’ils sont traités de la même manière et que leurs cultures sont homologuées au même pied d’égalité.

Le Rénovateur : Existe-t-il une liberté culturelle en Mauritanie ?

Pr.A.S : Il faut d’abord définir celle-ci. La liberté culturelle tourne autour de droits qu’ a l’individu d’introniser son chef traditionnel, de faire un mariage, les festivités, les jeux traditionnels sans que l’individu ne soit stigmatisé ou source de discrimination. Si aujourd’hui, je dois me marier et que je veux le faire selon les canons de la tradition et que ces canons d’expression de la tradition ne constituent pas une violation des droits de l’homme, l’Etat doit me laisser organiser cela sans me donner des taxes à embêter, me fixer des heures où il faut s’arrêter. On a vu un ensemble de tracasseries qui se sont passées dans les régions du sud de la Mauritanie qui faisaient un excès de zèle parce que l’organisation de ces festivités dites libertés faisaient partie de la réalité culturelle de l’homme négro-africain était devenu source de richesse pour certaines forces de l’ordre.


Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

( 3 octobre, 2007 )

Mbareck Ould Beyrouk, écrivain: »Nous vivons dans une société où chaque communauté vit de manière enfermée »

Il a publié de nombreux contes et nouvelles. Actuellement, il exerce cumulativement la fonction de conseiller à l’Agence Mauritanienne d’Information et à la HAPPA. Le Rénovateur lui ouvre ses colonnes pour parler des problèmes relatifs à l’édition en Mauritanie, au désintéressement des hommes politiques de tout ce qui est culturel mais aussi de dire ses vérités sur la société mauritanienne.

Le Rénovateur : Que ressentez-vous quand vous voyez que l’édition en Mauritanien rencontre des difficultés ?

Mbareck Ould Beyrouk : Dire que l’édition en Mauritanie rencontre des difficultés est un euphémisme. Elle n’existe pas. Il n y a rien qui est fait pour encourager les auteurs à éditer. Les structures d’édition locale sont inexistantes de même que les structures d’aide aux auteurs. En matière de production, notre pays est mal connu et les travaux des mauritaniens ne sont pas souvent facilement acceptés. Il faudrait vraiment s’affirmer pour être édité sauf si on édite à frais d’auteurs.

Le Rénovateur : Est-ce à dire que vous avez rencontré personnellement des difficultés en ce qui concerne l’édition de votre premier roman ?

M.O.B : C’est toujours très difficile d’éditer surtout dans une grande maison d’édition. Mais en ce qui me concerne, j’ai eu la chance de tomber sur un éditeur très sérieux.

Le Rénovateur : «Et le Ciel a oublié de pleuvoir » est le titre de votre premier roman. Pourquoi avez –vous choisi un tel titre ?

M.O.B : D’abord, ce n’est pas moi qui ai choisi ce titre. C’est l’éditeur qui a trouvé ce titre. J’avais choisi au départ comme titre du texte «Lola », nom du personnage principal. Le titre, lui, est tiré d’une phrase du roman.

Le Rénovateur : Ce roman remet en cause nos fantasmes, notre vécu, nos révoltes, nos rêves. Est-ce que cela traduit que la réalité va au-delà ?

M.O.B : La réalité transcende souvent la fiction. A travers ce roman, j’ai relaté une histoire vraie, des personnages réels, une situation spirituelle et sociale qui existent de fait. C’est à partir de là que j’ai fait la fiction.

Le Rénovateur : Que pensez-vous de la faible part de la littérature mauritanienne dans la littérature africaine ?

M.O.B : Cette situation est dûe au désintéressement des hommes politiques à tout ce qui est culturel. Nos autorités n’ont jamais accordé une véritable importance à la littérature et à l’art. Elles n’ont jamais essayé d’encourager les vocations, ni mettre en place une structure d’édition, ni aider les auteurs à publier encore moins donner un véritable intérêt à l’auteur.

Le Rénovateur : Vous êtes un homme de médias et de culture, depuis quelques temps, vous suivez l’actualité nationale. Qu’en pensez-vous ?

M.O.B : Les fonctions que j’occupe m’obligent à observer une certaine réserve. Mais en tant qu’homme de médias, j’ai bien accueilli la nouvelle loi sur la presse qui supprime de fait l’autorisation préalable qui constituait une entrave à la liberté de presse. Depuis le 3 août 2005 jusqu’à nos jours, j’ai constaté qu’il n’y a pas de saisie. De manière générale, les choses bougent et c’est bien pour notre pays.

Le Rénovateur : La sortie de votre roman a été bien accueillie. Apparemment, il s’est bien vendu puisque les librairies ont épuisé leur stock. Qu’est-ce qui a expliqué à votre avis ce coup de succès littéraire ?

M.O.B : Il est dû à mon avis à la trame historique et à l’écriture politique qui est une première. Ce succès ne s’est pas limité uniquement en Mauritanie. Ce livre a été sélectionné par tous les grands prix littéraires de la francophonie. Il a concouru également au prix littéraire de France Inter. Le roman est aussi présent dans les grandes foires de livre. J’estime que pour un premier roman, je ne me plains pas. Mais, je suis plus ambitieux que ça.

Le Rénovateur : Quand vous dites je vous cite : «ce livre, je l’ai écrit pour moi, pour me reconnaître, distinguer les voix qui m’appellent, qui interpellent les mauritaniens. C’est une interrogation, pas une réponse. » Vous vous interrogez sur quoi ?

M.O.B : Je m’interroge sur notre société, notre avenir, la manière dont nous nous voyons. Nous les mauritaniens, nous ne nous disons pas la vérité, nous ne nous regardons pas en face. Il y a toujours entre nous une surface qui cache notre véritable être. Nous nous donnons parfois des qualités et des défauts que nous n’avons pas. Nous vivons dans une société où chaque communauté vit de manière enfermée. Il y a trop de préjugés, trop de clivages. Le mauritanien aime par exemple se glorifier, dire qu’il est un descendant de je sais qui, dire que les compagnons du Prophète(pbsl) ont leurs descendants en Mauritanie. C’est un peuple qui ne prend pas en charge sa propre histoire et qui préfère se projeter ailleurs.

Le Rénovateur : Vous êtes un iconoclaste. Quels sont vos rêves que vous aimeriez voir se réaliser pour la Mauritanie dans cinq, dix, vingt ans… ?

M.O.B : J’aimerais voir des mauritaniens qui lisent, des mauritaniens cultivés et voir dans l’administration des hommes qui s’intéressent à la culture et pas comme folklore. Je pense que le développement de notre pays passera par le savoir. Ce n’est pas le micmac politique. Il y a quelques années, le régime de Taya avait lancé cette idée de savoir. J’estime qu’il faudrait y revenir. J’ai constaté que les maisons du livre ont fermé. Il faut les rouvrir. La lecture publique est extrêmement importante. Pour pouvoir favoriser tout cela, il faut qu’il y ait une édition en Mauritanie.

Propos recueillis par
Babacar Baye NDiaye

( 3 octobre, 2007 )

Birome Guéye, rédacteur en chef de l’éveil hebdo: Un homme épris de justice

Marié et père de trois enfants, Birome Guéye est un homme à la fois simple et timide. Depuis moins d’un an, il est le rédacteur en chef de l’hebdomadaire l’éveil hebdo.

—————Par Babacar Baye Ndiaye

Birome Guéye est entré dans le journalisme dans des circonstances particulières et rien ne le prédestinait dans le milieu. « Je n’ai jamais rêvé d’être journaliste. J’avais rêvé de faire plutôt du droit. Je me voyais dans une carrière de juriste ».

Le sort en avait décidé autrement et il était dit ou plutôt écrit qu’il n’embrasserait jamais une telle carrière puisque très vite après l’obtention de son baccalauréat, il est envoyé grâce à une bourse de la part de l’état mauritanien en Tunisie au pays de Ben Ali pour y suivre des études en journalisme.

Ses premiers pas en tant que journaliste, il les a débutés à l’éveil hebdo en 1991 avant de le quitter pour y revenir neuf ans plu tard. Mais entre temps, Birome a labouré dans les champs de quelques journaux qui d’ailleurs n’existent plus maintenant. Il s’agit de « Mauritanie Nouvelle », « Mauritanie Demain », « Al Bayaane ».

Un parcours tumultueux diront les uns un yoyo pour les autres. Mais pourquoi ce choix ? Parce que « l’être humain est ambitieux par nature. Il cherche toujours à évoluer, à progresser. Si on a une offre qui nous permet de progresser dans la profession, on ne dira pas non ! ».

Centraliser, coordonner, veiller et parfois rappeler à l’ordre, voilà ce à quoi fait face chaque semaine Birome Guéye. Lassant non ? « Il arrive parfois des moments où on est fatigué.

On est appelé à travailler pendant les jours fériés sans répit, la nuit, dans des conditions souvent difficiles du fait d’un manque de moyens matériels et financiers. Mais c’est notre métier aussi ». Birome Guéye qui se dit ne pas aimer trop spéculer, préférant toujours avancer sur des choses assez solides, a estimé que la presse écrite mauritanienne est entrain de se chercher en laissant entendre qu’il faut du temps pour asseoir une presse libre.

Journaliste politique ? Il s’en défend, ou s’en méfie, déclarant que la politique ne l’a jamais intéressé parce qu’il a vu comment les gens font de la politique dans ce pays ce qui explique peut être qu’il ne s’est jamais intéressé à la politique car selon lui il y a trop de « dénigrements, de choses insupportables ».

Il est davantage préoccupé par la situation politique du pays. « C’est qu’on ait quelqu’un qui puisse gérer le pays de manière libre. Qu’il arrive à mettre le pays sur les rails. Il y a eu tellement de problèmes, d’injustices causées par l’ancien régime. Que le nouveau Président puisse régler ou en tout cas essayer de régler les problèmes essentiels de ce pays.

J’ai espoir au nouveau Président mais je me demande s’il va avoir cette marge de manœuvre avec toutes ces pressions qu’on voit. D’une part la coalition et les militaires et d’autre part l’opposition. Je me pose la question : est-ce qu’il pourra faire quelque chose ?» avoue Birome Guéye.

En attendant que les choses bougent et changent, il tient beaucoup à la cohésion de son foyer « pour moi, c’est la famille qui passe avant tout ». Pas besoin donc de jongler par ci par là.

Chercher à vivre, à résoudre ses problèmes est déjà tracassant reconnaît- il surtout dans le journalisme qui est un travail exigent. Alors comment fait- il pour gérer ses responsabilités de rédacteur en chef ? « Moi, je travaille comme si j’étais avec des amis afin que le courant puisse passer et surtout qu’il n y ait pas de blocage. Je n’aime pas cette sorte de hiérarchisation verticale. N’empêche pas qu’il y’ait des moments où il faut faire entendre sa voix. Je pense parfois qu’il faut assumer son rôle de chef sans être pédant ni contraignant ».

Pour Birome, qui a eu la baraka de bourlinguer notamment en France, au Sénégal et en Tunisie trois pays qu’il connaît parfaitement, il se caractérise selon ses propres termes comme quelqu’un qui aime la justice et qui a horreur de l’injustice.

( 3 octobre, 2007 )

Tghana Cheikh Saad bouh dit cheikh aidara, rédacteur en chef de l’authentique

Aujourd’hui rédacteur en chef de l’authentique depuis sept ans, cheikh aidara a eu à travailler d’abord dans l’administration publique avant d’atterrir sur les pistes du journalisme.

————Par Babacar Baye Ndiaye

D’abord, cheikh aidara a débuté sa carrière de fonctionnaire dans l’administration publique et a eu à collaborer pendant plus de dix ans avec l’Office National des Statistiques (O.N.S).

Ce qui lui permis comme il le dit d’acquérir une longue et solide expérience dans ce domaine et de connaître très bien la Mauritanie mais aussi de côtoyer toutes les couches et composantes de la population. Un plus dans l’enrichissement de son expérience, s’enorgueillit-il.

Mais pourquoi ce choix venant de la part d’un fonctionnaire de l’état ? Parce qu’ « il n y a aucun métier que j’aurai préféré au journaliste. J’ai toujours aimé l’écriture qui m’a toujours passionné. J’écrivais même avant d’être journaliste » et cheikh de poursuivre « le journalisme c’est une vocation comme certains embrassent la carrière d’enseignant comme vocation non pas par amour du gain mais par amour que l’on voue au métier, c’est une passion ».

Nul besoin de lui dire « soyez journaliste si c’est votre métier ». Ainsi donc en déchaussant ses babouches de fonctionnaire de l’état, il préféra marcher sur les berges de la presse écrite et intégra aussitôt l’authentique après avoir passé une période éphémère dans un journal appelé « Le Temps ».

Cependant, le métier de journaliste avoue-t-il est un travail harassant, stressant mais par amour au métier, il essaie tant bien que mal de supporter la lassitude qui fait partie du métier. Derrière son nom de marabout, se cache une rigueur infaillible. « Je suis un homme pointilleux et rigoureux.

Quand j’entreprends un travail, je le fais entièrement avec tout le sérieux requis. D’ailleurs, c’est que me reproche Oumar (directeur de publication de l’authentique) tout le temps ». Alors question Cheikh ? Ne vous est-il jamais arrivé d’être tracassé dans la vie ? « Rien ne me tracasse. Je suis quelqu’un qui ne pense pas au lendemain et qui oublie hier. C’est une disposition naturelle que j’ai cultivée parce que je suis issu d’une famille maraboutique qui a des principes assez rigoristes. Je vis au jour le jour ».

Son principal souci demeure les ressources humaines c’est-à-dire avoir des journalistes formés et se consacrer entièrement à son rôle de rédacteur en chef autrement dit un chef d’orchestre d’une équipe.

Et par rapport à la presse écrite en Mauritanie ? « Elle a connu une grande évolution c’est-à-dire sur le plan de la qualité, de la régularité, de la profusion des titres de journaux, il y a un très grand progrès qui s’est dessiné ces dernières années bien qu’il y a encore beaucoup de lacunes. Les journalistes ont besoin encore de formation parce que très peu sont formés sur les techniques journalistiques ».

Etant né au Sénégal et y ayant fait toutes ses études, Cheikh Aidara fait partie de ceux qui revendiquent leur double culture mauritanienne et sénégalaise. Eternel optimiste, il ne peut s’empêcher de se réjouir du processus de transition qui a tiré à sa fin.

« je pense que l’avenir nous réservera quelque chose de meilleur par rapport à ce que nous avons vécu. C’est le souhait de la plupart des mauritaniens. J’aurai aimé qu’on s’achemine vers un gouvernement d’union nationale pour dépasser cette période de post- transition mais malheureusement tel ne sera le cas. Je le regrette. Je pense qu’il faut qu’il y ait une opposition qui s’oppose de manière démocratique et responsable ».

Quand il est à la maison, il met à profit son temps libre pour s’occuper de sa femme et ses deux enfants. La politique et lui c’est dans le cadre de son travail. « Je ne milite à aucun parti politique. Je ne me suis jamais impliqué dans le jeu politique ».

( 3 octobre, 2007 )

Amy Sow, artiste-peintre

Le rêve d’enfance devenu réalité

On peut dire sans se gourer qu’elle compte parmi les artistes peintres de sa génération les plus remarquables. Son exposition de lundi dernier restera peut être l’un des grands moments de sa vie d’artiste peintre. Jusque là ne participant qu’à des expositions communes, elle a, cette fois-ci grâce au centre culturel de Nouakchott, fait une exposition personnelle.

Ses sources d’inspiration, elle les cherche dans les profondeurs de la beauté de la femme africaine. «Je m’inspire, affirme-t-elle, de la femme africaine plus particulièrement de la femme hall poulaar. L’inspiration n’a pas de frontières. Parfois, on peut imaginer quelque chose et le faire sortir à travers la peinture » et «Baba Maal aussi, avoue-t-elle, m’inspire d’une façon extraordinaire. C’est mon idole ». Amy Sow, la trentaine rugissante, exhale un look d’artiste. Depuis toute petite, elle ne rêvait que d’être artiste un jour et se souvient encore de ses premières esquisses dans la peinture.«Au début, raconte-t-elle, je n’avais pas d’initiateurs. Je me débrouillais toute seule. En 2001, j’ai été à l’école des beaux-arts de Nouakchott. Nous étions la première promotion féminine. Nous étions 10 filles et nous avions subi 6 mois de formation à l’issue de laquelle, nous avions reçu des attestations ; des ateliers de calligraphie nous ont été ouverts avec le soutien du commissariat aux droits de l’Homme et à la lutte contre la pauvreté ».
Comme à l’égard de beaucoup d’artistes, elle n’a pas pu échapper aux tentacules de la peinture qui est selon elle un moyen d’expression. «C’est la peinture, dit-elle, qui m’a choisi en quelque sorte. Je ne peux pas expliquer dans quelles circonstances je suis venue à la peinture. C’est venu tout d’un coup ! ». Depuis ses débuts, en 1999, elle a fréquenté la jet-set des artistes peintres mauritaniens. «Je faisais des desseins. J’ai découvert la peinture en fréquentant quelques artistes peintres mauritaniens comme par exemple Maurice ».
Mariée à un artiste peintre qu’elle qualifie de «démocrate », elle ne compte pas abandonner un jour son «univers artistique » qu’elle trouve fantastique. Originaire de Kaédi, dans le sud de la Mauritanie, cette peule d’ébène peut être considérée comme une artiste peintre rêveuse. «Ce n’est pas interdit de rêver se défend-elle ».
La passion de Amy Sow pour la peinture est instinctive. Elle a un fort penchant pour les peintures, aidée en cela par la compréhension de son entourage. «Je suis à l’aise, s’enorgueillit-elle, dans la peinture. C’est mon univers. C’est vrai que ce n’est pas évident chez nous pour une femme artiste, de surcroît peintre. Souvent, elle est mal vue. Heureusement, dans ma famille, je suis comprise. Ma famille et principalement mon mari me soutiennent. C’est peut être aussi je suis issue de famille d’artistes. » Elle n’a jamais rêvé de faire autre chose que faire de la peinture. Même si, elle n’a jamais participé à des expositions internationales, elle compte dans l’avenir exposer en Belgique. D’ailleurs, elle a été à Saint-Louis du Sénégal où elle a exposé à l’occasion du festival international de jazz et les gens, paraît-il, ont beaucoup apprécié ses tableaux.
Les peintures de Amy Sow ont beaucoup à nous apprendre. Des tableaux superbes, une peinture surréelle qui mêle réalité et imaginaire. Ses tableaux nous ramènent dans la réalité des choses et de l’actualité. Par exemple, l’Emigration «des jeunes africains qui veulent partir à l’autre bout du monde ». Ce n’est pas «prudent et c’est dangereux » pense-t-elle et d’ajouter «on voit toujours des morts, des naufragés ». Certains de ses tableaux évoquent ce drame contemporain. L’excision qui demeure encore malgré «des campagnes de sensibilisation » sur cette pratique. Outre cela, on retrouve dans ses tableaux l’espoir, l’amour, la beauté de la femme africaine, le rêve, la nostalgie, les traditions, le mariage, les silences du palais qui évoquent la psychose des femmes violées, terrorisées et qui souffrent de la folie des hommes en temps de guerre.
Amy Sow se réjouit que la peinture commence à être appréciée par les mauritaniens et à prendre place dans leur cœur. «La peinture en Mauritanie, dit-elle, commence à être connue. Auparavant, elle ne faisait pas partie de notre culture non seulement mais elle était mal vue. Maintenant, certains préjugés commencent à disparaître et les gens commencent à changer ». Rassurant pour penser que tout va changer dans le domaine de la peinture dans ce pays où les mentalités sont fortement claquemurées dans des tours d’ivoire imprenables et insurmontables.
Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr

Le rêve d’enfance devenu réalité

On peut dire sans se gourer qu’elle compte parmi les artistes peintres de sa génération les plus remarquables. Son exposition de lundi dernier restera peut être l’un des grands moments de sa vie d’artiste peintre. Jusque là ne participant qu’à des expositions communes, elle a, cette fois-ci grâce au centre culturel de Nouakchott, fait une exposition personnelle.

Ses sources d’inspiration, elle les cherche dans les profondeurs de la beauté de la femme africaine. «Je m’inspire, affirme-t-elle, de la femme africaine plus particulièrement de la femme hall poulaar. L’inspiration n’a pas de frontières. Parfois, on peut imaginer quelque chose et le faire sortir à travers la peinture » et «Baba Maal aussi, avoue-t-elle, m’inspire d’une façon extraordinaire. C’est mon idole ». Amy Sow, la trentaine rugissante, exhale un look d’artiste. Depuis toute petite, elle ne rêvait que d’être artiste un jour et se souvient encore de ses premières esquisses dans la peinture.«Au début, raconte-t-elle, je n’avais pas d’initiateurs. Je me débrouillais toute seule. En 2001, j’ai été à l’école des beaux-arts de Nouakchott. Nous étions la première promotion féminine. Nous étions 10 filles et nous avions subi 6 mois de formation à l’issue de laquelle, nous avions reçu des attestations ; des ateliers de calligraphie nous ont été ouverts avec le soutien du commissariat aux droits de l’Homme et à la lutte contre la pauvreté ».
Comme à l’égard de beaucoup d’artistes, elle n’a pas pu échapper aux tentacules de la peinture qui est selon elle un moyen d’expression. «C’est la peinture, dit-elle, qui m’a choisi en quelque sorte. Je ne peux pas expliquer dans quelles circonstances je suis venue à la peinture. C’est venu tout d’un coup ! ». Depuis ses débuts, en 1999, elle a fréquenté la jet-set des artistes peintres mauritaniens. «Je faisais des desseins. J’ai découvert la peinture en fréquentant quelques artistes peintres mauritaniens comme par exemple Maurice ».
Mariée à un artiste peintre qu’elle qualifie de «démocrate », elle ne compte pas abandonner un jour son «univers artistique » qu’elle trouve fantastique. Originaire de Kaédi, dans le sud de la Mauritanie, cette peule d’ébène peut être considérée comme une artiste peintre rêveuse. «Ce n’est pas interdit de rêver se défend-elle ».
La passion de Amy Sow pour la peinture est instinctive. Elle a un fort penchant pour les peintures, aidée en cela par la compréhension de son entourage. «Je suis à l’aise, s’enorgueillit-elle, dans la peinture. C’est mon univers. C’est vrai que ce n’est pas évident chez nous pour une femme artiste, de surcroît peintre. Souvent, elle est mal vue. Heureusement, dans ma famille, je suis comprise. Ma famille et principalement mon mari me soutiennent. C’est peut être aussi je suis issue de famille d’artistes. » Elle n’a jamais rêvé de faire autre chose que faire de la peinture. Même si, elle n’a jamais participé à des expositions internationales, elle compte dans l’avenir exposer en Belgique. D’ailleurs, elle a été à Saint-Louis du Sénégal où elle a exposé à l’occasion du festival international de jazz et les gens, paraît-il, ont beaucoup apprécié ses tableaux.
Les peintures de Amy Sow ont beaucoup à nous apprendre. Des tableaux superbes, une peinture surréelle qui mêle réalité et imaginaire. Ses tableaux nous ramènent dans la réalité des choses et de l’actualité. Par exemple, l’Emigration «des jeunes africains qui veulent partir à l’autre bout du monde ». Ce n’est pas «prudent et c’est dangereux » pense-t-elle et d’ajouter «on voit toujours des morts, des naufragés ». Certains de ses tableaux évoquent ce drame contemporain. L’excision qui demeure encore malgré «des campagnes de sensibilisation » sur cette pratique. Outre cela, on retrouve dans ses tableaux l’espoir, l’amour, la beauté de la femme africaine, le rêve, la nostalgie, les traditions, le mariage, les silences du palais qui évoquent la psychose des femmes violées, terrorisées et qui souffrent de la folie des hommes en temps de guerre.
Amy Sow se réjouit que la peinture commence à être appréciée par les mauritaniens et à prendre place dans leur cœur. «La peinture en Mauritanie, dit-elle, commence à être connue. Auparavant, elle ne faisait pas partie de notre culture non seulement mais elle était mal vue. Maintenant, certains préjugés commencent à disparaître et les gens commencent à changer ». Rassurant pour penser que tout va changer dans le domaine de la peinture dans ce pays où les mentalités sont fortement claquemurées dans des tours d’ivoire imprenables et insurmontables.

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le R »novateur Quotidien

( 3 octobre, 2007 )

Aniz : la perle du zook mauritanien

Ce vendredi 11 Mai, au centre culturel français, elle a tenu son premier spectacle pour faire découvrir son talent au public de Nouakchott. Venu nombreux, le public a beaucoup apprécié la belle voix de ce prodige talent. En attendant de conquérir un jour d’autres publics, d’autres contrées, elle fait trémousser ses nombreux fans.

Des filles émancipées et branchées qui prêtent l’oreille ou gigotent au moindre son de zook, on en voit des milliers partout en Mauritanie mais des filles qui chantent le zook sont très rares. Comme quoi une véritable révolution musicale est entrain de s’établir petit à petit dans notre pays. Aniz fait partie de celles là. Depuis septembre 2006, elle a réalisé son rêve de petite fille de cinq ans. « J’ai fait mes premiers pas dans la musique grâce à une rappeuse sénégalaise sister Feuz qui m’a présentée des jeunes du groupe de rap mauritanien Number One African Salam. Je leur ai expliqué que je voulais faire de la musique, que c’était mon rêve. C’est alors qu’ils ont décidé de m’appuyer ».
Seule fille qui fait actuellement du zook en Mauritanie, Aniz, selon sa propre expression, se sent comme toutes les autres filles et ceci ne l’empêche pas d’avoir la tête sur les épaules. « Ce n’est pas parce que je chante que je suis différente d’elles non ! »
Agée seulement de 19 ans, elle sait que la tache qui l’attend ne sera pas facile pour elle. « Parfois, quand je monte sur scène, je suis découragée parce qu’il n y a pas de public en Mauritanie. Tu ne sais même pas si ce que tu fais leur plait ou non ! ». Elle pouvait être rappeuse, mais elle avait envie de zooker d’ailleurs dans sa répertoire musicale, elle mélange avec une subtilité parfaite le R’n’B et le zook. Alors, elle chantera pour l’amour, l’amitié et sa mère qui n’est plus d’ailleurs de ce monde mais à qui elle tient toujours à rendre hommage à chaque fois qu’elle monte sur scène dans l’un de ses morceaux. Sa timidité ne l’empêche pas néanmoins de porter en bandoulière sa philosophie : « Défendre les jeunes filles par rapport à certaines étiquettes qu’on leur colle ». Charmante, elle l’est et elle aurait pu être mannequin. Longiligne, toute en finesse, avec un magnifique sourire, elle optera pour la musique, à 18 ans, pour dit-elle devenir une chanteuse. Et elle mettra en berne ses études au profit de sa passion. Mais pour autant, Aniz ne s’endort pas sur ses lauriers et elle continue son chemin en attendant de trouver un producteur un jour.
Il est difficile pour une jeune fille de 19 ans comme elle de se faire comprendre par les siens. « Je vis avec ma tante. Au début, elle m’encourageait mais par la suite elle me reprocha mes sorties qui devenaient à ses yeux de plus en plus fréquentes ».
Faire face donc, malgré les obstacles de la vie, de l’incompréhension et de l’appréhension des parents et…ne pas laisser tomber sa passion. Aniz, la perle du zook mauritanien, assume avec beaucoup de modestie son statut de jeune fille musicienne.

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 3 octobre, 2007 )

Bac 2007: C’est parti !

Visage cafardeux, fatigue, peur naturelle, pression, affolement, tract, panique, stress…Le baccalauréat fait battre la chamade des élèves. Depuis hier, les examens du baccalauréat ont démarré, sur l’ensemble du territoire national avec des retards inexpliqués dans quelques centres de Nouakchott.

La plupart des élèves rencontrés aux centres d’examen se disaient très calmes et très sereins après avoir fait l’épreuve de français. Aicha qui en est à sa deuxième année de tentative semble être très confiante.

«Cette fois-ci, dit-elle, je n’ai pas eu vraiment très peur. Je me sens extrêmement bien » et d’ajouter en toute franchise «Si j’échouais derechef, je ne referai pas le bac. L’année dernière, j’avais toutes les possibilités de réussir mais bon… ».

Même si les élèves estiment que l’épreuve de français a été abordable, ils n’ont pas quand même dissimulé avant la distribution des sujets leur peur de l’inconnu, des choix à faire, et principalement de la pression psychologique. Aminétou n’est pas logée à la même enseigne qu’Aicha. Pour cette jeune fille, c’est sa première fois de faire le bac «J’ai eu très peur, avoue-t-elle, parce que je ne savais pas comment ça allait se passer et cela à vrai dire m’a un peu perturbé. J’ai eu la trouille. J’imaginais qu’il allait y avoir beaucoup de monde. Mais finalement, ça s’est très bien passé ».

Parmi ces élèves, il y a aussi ceux qui sont un peu déçus des sujets donnés. C’est le cas de Moktar qui s’attendait plutôt à autre chose. « J’attendais beaucoup le théâtre ou le roman mais bof ! C’est la poésie qui est finalement sortie. Cependant, tout n’est pas encore perdu parce que j’ai beaucoup travaillé même si c’est très subjectif ». Son camarade d’à coté lui apparemment n’est pas optimiste «Mon problème c’est au niveau de la correction. Je n’ai pas confiance parce qu’il y a souvent des magouilles de toutes natures, de la mafia. Je ne suis pas trop rassuré parce qu’ici ce qui compte c’est l’argent et non pas le travail ».

A en croire certains présidents de jury, les examens se déroulent pour le moment dans de très bonnes conditions. Les dispositions matérielles ont été réunies et l’ensemble du personnel d’encadrement de même que le dispositif de sécurité.

Pour ce bac 2007, toutes les mesures idoines ont été prises pour interdire notamment l’utilisation des portables dans les salles d’examen et toujours par rapport à cela, les sorties ont été limitées sauf pour les cas nécessaires.

De telles dispositions ont choqué certains comme Absa très loquace. «Il est impossible de tricher. Trois surveillants dans une salle. ! Comment peut-on tricher dans ces conditions ? Beaucoup de surveillants dans une même salle c’est du n’importe quoi ! »

Cette année, pour éviter la grogne des professeurs et des surveillants, les indemnités de surveillance et de correction ont été augmentées à hauteur de 50%. Certainement, pense Monsieur Cheikh Ould Ahmed président du jury Lettres Modernes au Collège des jeunes filles, elles auront un impact favorable sur le déroulement des examens.

Cependant, malgré les efforts déployés par le ministère de l’Education Nationale pour le bon déroulement des examens, dans plusieurs centres de Nouakchott, comme celui d’El Mina B entre autres, des retards considérables d’une heure d’horloge ont été constatés. Et personne n’a su ce qui s’est véritablement passé dans ces centres d’examen même les élèves n’ont pas été édifiés.

Certes toute œuvre humaine est faillible. Mais pourquoi les présidents de jury des dits centres n’ont-ils pas élucidé les raisons de ce retard suspicieux ? La première bouffée de pression passée, les élèves maintenant se disent à l’aise pour aborder avec beaucoup de sérénité la suite des examens même s’ils ont des doutes. La veille du baccalauréat c’est souvent aussi pour certains une soirée d’insomnie :la pression est trop forte, on ne sait jamais ce qui va se passer. «Je n’ai pas dormi de la nuit nous explique Khadija. Je n’ai même pas pris mon petit déjeuner. Hier, je me suis endormi vers deux heures du matin ».

Le bac ce n’est pas seulement la pression. C’est aussi les libations (entendons par-là les pratiques occultes ) et les élèves interrogés avouent ne pas recourir à de tels usages qu’ils trouvent ringards. Le bac de cette année selon certains élèves pour le moment est plus facile que celui de 2007. L’après bac, beaucoup d’entre eux y pensent déjà. Faire des études en tourisme et hôtellerie, journalisme, marketing, droit, anglais, … nos futurs bacheliers rêvent déjà des carrières prometteuses.

Babacar Baye Ndiaye

( 3 octobre, 2007 )

Malouma Mint Meidah: »que l’unité nationale soit une chose ancrée dans nos esprits »

Ce vendredi 4 Mai, au centre culturel français de Nouakchott, Malouma a présenté en spectacle son nouvel album « Nour » à son public. Le Rénovateur en a profité pour lui poser certaines questions relatives à sa vie professionnelle, à l’unité nationale, à sa nouvelle fonction de sénatrice, à l’émancipation des femmes mauritaniennes mais également à ses préoccupations pour la Mauritanie.

Le Rénovateur : Pourquoi avez-vous choisi « Nour » comme titre de votre nouvel album ?

Malouma : D’abord, c’est une prière faite à Allah Le Tout Puissant. C’est pour cela que j’ai pris « Nour » comme titre de mon nouvel album. C’est la première chose qui m’est arrivée à l’esprit lorsque j’ai commencé l’album. J’ai senti vraiment la nécessité de rendre à travers cet album grâce à Allah et aussi parce que cette période, tout le monde s’en souvient, a coïncidé avec les caricatures sur le prophète Mohamed (PSL). « Nour », on peut dire que c’est une réponse à tout cela.

Le Rénovateur : Qu’est-ce qui différencie, à votre avis, l’album « Nour » à vos précédents albums ?

Malouma : Dans l’album « Nour », il y a la participation de beaucoup de musiciens étrangers surtout français connus à travers le monde. Hormis cela, il y a l’arrangement qui est très différent de celui des précédents albums. C’est un album plus rythmique, plus moderne et plus électronique. Sur le choix des thématiques, il y a aussi une très grande différence par rapport aux albums précédents.

Le Rénovateur : Quelques mois après la sortie de votre album, êtes- vous satisfaite des ventes au niveau international et national ?

Malouma : Bien sur que oui ! Mais au dernier moment parait-il qu’il y a eu beaucoup de piratages au niveau international. L’album a été téléchargé sur la toile. C’est une chose qui est très difficile pour tous les artistes qui continuent encore à souffrir de ce commerce illicite et malhonnête. L’album, après sa sortie internationale, a eu des échos favorables au niveau des ventes. En Mauritanie, je n’ai pas sorti l’album parce que d’abord le marché musical est très mal organisé et il y a trop de magouilles.

Le Rénovateur : Justement, en tant qu’artiste, que ressentez- vous lorsque vous voyez qu’en Mauritanie, il manque énormément de structures musicales dignes de ce nom ?

Malouma : C’est une situation que tous les artistes du pays déplorent du fonds du cœur. Comparez à d’autres pays, il y a beaucoup de choses qui manquent et qui restent à accomplir notamment sur le plan musical. C’est dommage qu’il n y ait pas assez de structures pour promouvoir notre musique. Tout ce qui est culturel fait défaut dans notre pays ou n’est pas bien pris en charge par les pouvoirs publics.

Le Rénovateur : Depuis janvier 2007, vous êtes devenue sénatrice, est-ce que ce sera une manière pour vous de faire entendre la voix des artistes et de défendre leurs droits ?

Malouma : Être sénatrice, c’est une chose qui va me permettre d’être plus responsable, de participer dans les décisions politiques et à mener des projets importants. C’est une fonction qui pourra me permettre d’être aussi plus présente sur la scène politique. Je pense que c’est une occasion pour moi d’autre part de défendre le droit des artistes et de faire connaître toutes les difficultés que rencontrent les artistes de manière générale.

Le Rénovateur : Comment feriez-vous pour concilier votre vie professionnelle et votre activité politique ?

Malouma : Pour moi, c’est facile de concilier les deux parce que tout simplement, ça ne demande qu’une organisation de temps. Au sénat, je n’occupe pas de poste. Je ne suis là bas que durant les périodes de session et celles-ci sont connues de même que les périodes de tournées. C’est vrai que tout mon travail, je le fais à l’extérieur mais cela ne m’empêchera pas d’être une bonne sénatrice.

Le Rénovateur : On dit de vous que vous êtes une femme engagée et une combattante. Qu’est ce qui a expliqué cela ?

Malouma : C’est une longue histoire. Peut être c’est dû au fait que j’ai très tôt vu des choses injustes. Des choses que je trouvais anormales et que j’ai voulues toujours dénoncer comme par exemple le problème des castes qui est un véritable problème en Mauritanie ou bien les idées racistes ou ségrégationnistes. Et puis, j’ai eu la chance d’avoir un père qui m’a très tôt montré la voie à suivre. J’ai vécu dans un univers plein de clichés. Cela se ressente aussi à travers ma musique. Je suis devenue une artiste qui a chanté pour ses sentiments et ce que vivent notamment les pauvres. C’est vrai que je suis une référence dans le milieu musical en Mauritanie.

Le Rénovateur : A votre avis, que faut-il faire pour que la musique mauritanienne s’exporte ou plutôt se développe d’abord ?

Malouma : J’estime que la première chose dont la musique a besoin c’est d’abord une restructuration en profondeur. Le ministère de la culture, les médias officiels doivent y participer. Il faut créer des lieux d’expression artistique pour promouvoir l’art de manière générale comme par exemple la création d’une Ecole Nationale des Arts ou un conservatoire national. Pour cela, il faut mener des études sérieuses pour ce genre de projet. Cela étant, on ne doit pas pour autant négliger la musique traditionnelle et il faut donner des possibilités et des moyens aux artistes qui la promeuvent. Je fais partie de la dernière génération qui a appris la musique traditionnelle et je suis sûre que si cette génération disparaissait, la musique traditionnelle va disparaître aussi. Cependant, nous sommes dans un monde universalisé, il faut penser à l’ouverture de notre musique pour la rendre plus moderne si on veut qu’elle s’exporte. Nous avons des imaginations et des choses modernes qu’on peut partager avec le reste du monde.

Le Rénovateur : Qu’est -ce qui vous parait le plus difficile dans votre vie d’artiste ?

Malouma : Je trouve que tout est difficile dans la vie. Si la musique n’était pas ma passion, je l’aurai abandonnée depuis belles lurettes. Il faut reconnaître que les manques de moyens ou l’environnement n’encouragent pas souvent à être artiste. Le public, les amis et autres nous poussent toujours à persévérer dans le milieu artistique. On leur doit tout cela je pense.

Le Rénovateur : Vous qui avez bourlingué à travers le monde et aussi en tant que femme moderne, pensez vous que la femme mauritanienne est indépendante ?

Malouma : La femme mauritanienne, elle est plutôt active notamment dans le commerce et l’entreprenariat. Elle est très engagée dans ces secteurs-là. Il y a la femme négro-africaine et la femme maure et chacune d’elle à sa façon de vivre et je trouve que la femme négro africaine ressemble beaucoup à la femme maghrébine.

Le Rénovateur : Et vos préoccupations pour la Mauritanie ?


Malouma : Je souhaite véritablement que notre pays devienne un pays moderne et démocratique où les libertés individuelles s’exerceront librement. Je rêve que la Mauritanie soit une référence en Afrique et dans le monde arabo-musulman parce qu’il y a un métissage culturel qui est très beau. Il y a encore beaucoup de secrets qui sont des trésors qu’on n’a pas encore trouvé. Je souhaite enfin que l’unité nationale soit une chose ancrée dans nos esprits.

Interview réalisée
par Babacar Baye Ndiaye

( 3 octobre, 2007 )

L’Alliance Progressiste et Populaire survivra-t-elle ?

Curieuse décision que celle que vient de prendre le bureau exécutif de l’Alliance Progressiste et Populaire (déclarent certains) qui s’est tenue ce Lundi 19 Mars à son siége de Tévragh- Zeina et qui a duré plus de huit heures de temps. C’est une véritable bombe que l’APP a lâché en décidant de soutenir la candidature de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.

Inutile de le dissimuler : ce n’est plus une arcane de notre vie politique. Entre Messaoud Ould Boulkheir et Ahmed Ould Daddah, ce n’est pas le parfait amour, ni « allez, je ne vous hais point ». La conclusion peut paraître hâtive mais l’étau se resserre de plus en plus autour de Ahmed Ould Daddah ! Autrement dit les chances de le voir remporter le second tour de l’élection présidentielle s’amenuisent et se rétrécissent de jour en jour et les combinaisons ou calculs politiques jouent en sa défaveur. Mais pour le moment, ne vendons pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Puisqu’on peut assister au jour du dépouillement des bulletins de vote, à des retournements de situation spectaculaires, ne gageons rien. De même, les électeurs conscients (et Dieu sait qu’ils sont nombreux) qui aspirent au changement peuvent ne pas suivre le bureau exécutif de l’APP dans sa décision. Les uns voient dans ce choix un »suicide politique » d’autres par contre la considèrent comme « logique ». Ainsi donc, l’APP a fini par soutenir le candidat Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi en contrepartie d’une participation effective à la gestion des affaires dans le cadre d’un gouvernement commun intègre et compétent qui prend en charge les grandes questions pour lesquelles ce parti a lutté inlassablement durant les dernières décennies mais aussi de pousser le processus démocratique à aller de l’avant et sortir de l’ère du pouvoir personnel, de tout mettre en œuvre afin d’éviter au pays le risque d’un éventuel tiraillement entre les institutions élues et le pouvoir militaire représenté par le CMJD. 19 mois après le salvateur coup d’état du 03 août 2005 par le Colonel Ely Ould Mohamed Vall, la Mauritanie venait de franchir, avec le premier tour, un pallier important de son histoire sur le chemin de la consolidation de l’état de droit et de la démocratie. Dimanche prochain, les électeurs se rendront derechef au bureau de vote pour élire ou Ahmed Ould Daddah ou Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. L’entre deux tours de l’élection présidentielle aura été tumultueux et plein de suspens notamment en ce qui concerne le choix des soutiens des malheureux candidats indécis et qui ont fini par faire monter la barre des enchères très haut. Autant dire qu’il s’agit d’un second tour exceptionnel qui n’a pas encore livré ses secrets. Pendant cette période, on nous a caché tout, on nous a rien dit. Mais, au-delà de cette supercherie politique, sur quelles bases se ficèlent les alliances électorales ? Quelle est, en effet, la seule justification sérieuse qu’elles peuvent apporter aux deux candidats ? C’est qu’elles garantissent une éventuelle participation dans un gouvernement élargi. Et rien du tout. Dans ce registre là, c’est baux deux candidats d’être prêts pour le rendez-vous que le peuple leur a fixé. Quel enseignement faudra-t-il tirer de la décision de l’APP autrement dit quelles seront les conséquences et dans ce cas, seront-elles favorables ou défavorables ? En politique, il faut oser opérer des choix et les assumer au risque de se morfondre. Certainement, les valeurs qu’incarnent Messaoud Ould Boulkheir et Ahmed Ould Daddah ne sont pas compatibles. Mais comme l’a laissé entendre le premier en l’occurrence Messaoud, son choix est loin d’être ambigu encore moins catastrophique. Alors l’Alliance Progressiste Populaire survivra-t-elle à sa décision surprenante du 19 mars passé ?

Babacar Baye N’Diaye
ducdejoal@yahoo.fr

Curieuse décision que celle que vient de prendre le bureau exécutif de l’Alliance Progressiste et Populaire (déclarent certains) qui s’est tenue ce Lundi 19 Mars à son siége de Tévragh- Zeina et qui a duré plus de huit heures de temps. C’est une véritable bombe que l’APP a lâché en décidant de soutenir la candidature de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.

Inutile de le dissimuler : ce n’est plus une arcane de notre vie politique. Entre Messaoud Ould Boulkheir et Ahmed Ould Daddah, ce n’est pas le parfait amour, ni « allez, je ne vous hais point ». La conclusion peut paraître hâtive mais l’étau se resserre de plus en plus autour de Ahmed Ould Daddah ! Autrement dit les chances de le voir remporter le second tour de l’élection présidentielle s’amenuisent et se rétrécissent de jour en jour et les combinaisons ou calculs politiques jouent en sa défaveur. Mais pour le moment, ne vendons pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Puisqu’on peut assister au jour du dépouillement des bulletins de vote, à des retournements de situation spectaculaires, ne gageons rien. De même, les électeurs conscients (et Dieu sait qu’ils sont nombreux) qui aspirent au changement peuvent ne pas suivre le bureau exécutif de l’APP dans sa décision. Les uns voient dans ce choix un »suicide politique » d’autres par contre la considèrent comme « logique ». Ainsi donc, l’APP a fini par soutenir le candidat Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi en contrepartie d’une participation effective à la gestion des affaires dans le cadre d’un gouvernement commun intègre et compétent qui prend en charge les grandes questions pour lesquelles ce parti a lutté inlassablement durant les dernières décennies mais aussi de pousser le processus démocratique à aller de l’avant et sortir de l’ère du pouvoir personnel, de tout mettre en œuvre afin d’éviter au pays le risque d’un éventuel tiraillement entre les institutions élues et le pouvoir militaire représenté par le CMJD. 19 mois après le salvateur coup d’état du 03 août 2005 par le Colonel Ely Ould Mohamed Vall, la Mauritanie venait de franchir, avec le premier tour, un pallier important de son histoire sur le chemin de la consolidation de l’état de droit et de la démocratie. Dimanche prochain, les électeurs se rendront derechef au bureau de vote pour élire ou Ahmed Ould Daddah ou Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. L’entre deux tours de l’élection présidentielle aura été tumultueux et plein de suspens notamment en ce qui concerne le choix des soutiens des malheureux candidats indécis et qui ont fini par faire monter la barre des enchères très haut. Autant dire qu’il s’agit d’un second tour exceptionnel qui n’a pas encore livré ses secrets. Pendant cette période, on nous a caché tout, on nous a rien dit. Mais, au-delà de cette supercherie politique, sur quelles bases se ficèlent les alliances électorales ? Quelle est, en effet, la seule justification sérieuse qu’elles peuvent apporter aux deux candidats ? C’est qu’elles garantissent une éventuelle participation dans un gouvernement élargi. Et rien du tout. Dans ce registre là, c’est baux deux candidats d’être prêts pour le rendez-vous que le peuple leur a fixé. Quel enseignement faudra-t-il tirer de la décision de l’APP autrement dit quelles seront les conséquences et dans ce cas, seront-elles favorables ou défavorables ? En politique, il faut oser opérer des choix et les assumer au risque de se morfondre. Certainement, les valeurs qu’incarnent Messaoud Ould Boulkheir et Ahmed Ould Daddah ne sont pas compatibles. Mais comme l’a laissé entendre le premier en l’occurrence Messaoud, son choix est loin d’être ambigu encore moins catastrophique. Alors l’Alliance Progressiste Populaire survivra-t-elle à sa décision surprenante du 19 mars passé ?

Babacar Baye N’Diaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 3 octobre, 2007 )

Ely part-il malgré lui ?

Toute œuvre humaine a une fin. Ely Mohamed Vall est sur le départ, la Mauritanie et les mauritaniens vont entrer dans une nouvelle ère, une ère trouée d’incertitudes, d’interrogations et de zones d’ombres.

Mohamed Vall a fait semblant hier de ne pas paraître mélancolique, de faire croire qu’il ne s’agissait que d’un grand jour pour notre pays : « Est-ce que j’ai l’air triste » a-t-il lancé aux cinquantaines de journalistes. De ne pas voir qu’une page de l’histoire de la Mauritanie est bel et bien en train de se tourner. Le mot « réussite » a donc marqué la période de transition qui a duré 19 mois. Dans son allocution, Ely Mohamed Vall s’est d’ailleurs efforcé de conforter cet état d’esprit. A l’en croire, « le CMJD, le gouvernement de transition et l’ensemble des mauritaniens ont contribué à la réussite de cette œuvre qui est commune à tous les mauritaniens ». En un mot, Ely est convaincu qu’ « ils ont commencé quelque chose qui a été commencé par l’ensemble du peuple mauritanien, que ceci n’est qu’un début et qu’il y a encore beaucoup de choses à accomplir ». Comme pour dissiper les supputations ou pour tordre le cou aux griefs faits au CMJD, à qui l’on reprochait de vouloir conserver le pouvoir ou de soutenir un quelconque candidat, Mohamed Ely Vall s’est voulu être très clair : « Nous avons été au pouvoir pour des raisons précises. Nous avions déclaré que nous sommes là pour accomplir une mission précise et nous quitterons au bout de cette mission et cela n’est pas posé en termes de plaisir ou de déplaisir. Il est posé en termes de devoir à accomplir pour notre pays ». Ely, le tombeur de Maaouiya est-il satisfait de ses 19 mois passés à la tête de l’état. Apparemment oui. « En tout cas, j’ai le sentiment d’avoir tout fait », a-t-il expliqué au sortir de son bureau de vote à la direction des domaines où il a accompli son devoir civique aux environs de 10h 15. A l’analyse de tout cela, Ely reviendra-t-il au pouvoir après avoir pris goût ? En attendant, le colonel missionnaire va assurer jusqu’à terme la transition entamée depuis le 3 Août 2005. Le pouvoir est un opium et qui l’avale le sentira brûler ses entrailles et son cœur. Cette réalité, Ely Mohamed Vall l’a si bien comprise. Maaouiya a goûté aux délices du pouvoir, au lieu de partir, il est resté. Ely a goûté mais il est en train de partir, malgré lui. Car, il avait promis, promis de tenir et de respecter ses engagements et le calendrier du processus électoral. C’est ce qu’on appelle marcher sur sa langue. Après tout, il a sauvé le pays des dérives qui le guettait, à instaurer un nouveau esprit tant sur le plan démocratique que sur le plan social. En bon sportif, Ely a rendu un hommage à la classe politique notamment les 19 candidats en lice qui se sont comportés selon ses propres termes de façon «exemplaire » et «admirable » durant la campagne présidentielle qui s’est déroulé de manière correcte sans le moindre incident majeur.

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 3 octobre, 2007 )

Marionnette ou volonté de rupture avec le passé ?

Le second tour de l’élection présidentielle du 25 mars pourrait se présenter et se dérouler sous des aspects totalement inédits. On pourrait assister à des bouillonnements incroyables.

Sidi Ould Cheikh Abdallah va-t-il remporter le duel final qui l’oppose à Ahmed Ould Daddah ? Durant sa campagne électorale, il est apparu sur la scène politique comme le Président qui « rassure ». Il a visiblement et malicieusement compris qu’il lui fallait surtout se préoccuper de l’unité nationale. A tort ou à raison, il a été accusé par ses adversaires d’être soutenu par le pouvoir militaire. Sur cette affaire, on a entendu le chef de l’état, le colonel Ely Ould Mohamed Val ouvrir le parapluie du CMJD à plusieurs occasions. Sidi Ould Cheikh Abdallah est-il une marionnette au service du CMJD ? Ou, s’est-il présenté à l’élection présidentielle pour défendre les puissants officiers du CMJD et bien sur leur fortune ainsi que les barrons de l’ancien régime tapis toujours dans l’ombre et qui ne veulent pas s’éloigner du pouvoir même pas d’un iota ? Quitte à compromettre l’unité nationale et la stabilité du pays. Autant d’interrogations sans réponses. Il suffit d’ouvrir les yeux et d’observer pour comprendre ce qui se trame. Mais la bataille ne sera pas facile pour Sidi qui aura en face de lui Ahmed Ould Daddah qui incarne aux yeux de tout le monde l’unique chance pour l’opposition ancienne d’accéder au pouvoir et qui ne manquera pas à coup sur de bénéficier du soutien des ténors de l’opposition pour des raisons de combat historique dont l’U.F.P. et l’A.P.P. qui viennent de confirmer leur soutien à Ahmed Ould Daddah.
Selon toute vraisemblance, Sidi Ould Cheikh Abdallah part favori au second tour de l’élection présidentielle du 25 mars prochain, car il dispose du soutien infaillible du CMJD qui contrôle l’administration et les mannes financières. Nous voilà dans un univers étrange qui s’apparente plutôt à un « deal politique » entre Sidi et les membres du CMJD. Outre ces faveurs, il peut compter sur une grande partie de l’électorat de Zéine Ould Zeidane, de l’électorat noir et bien sur son expérience politique et étatique. Et qui sait sur la fraude ( ?).
Le second tour de l’élection présidentielle suscite un vif intérêt chez les deux camps qui ont affûté déjà leurs armes. Et c’est peu dire en affirmant qu’il sera un second tour à haute tension à moins qu’il n’y ait un esprit de dépassement qui va planer sur la tête des militants des deux camps. Face à la détermination des uns et des autres de gagner à tout prix ce scrutin (on parle et je ne sais sur quelles raisons se fonde-t-on de l’investiture prochaine de Sidi Ould Cheikh Abdallah) et l’optimisme du camp de Ahmed Ould Daddah convaincu que le changement doit s’effectuer contre vents et marées, il est fort à craindre que tous les ingrédients d’une crise politique (ce que nous ne souhaitons pas pour le peuple mauritanien) sont plus que jamais entre les mains des irréductibles des deux camps qui ne lésineront pas un seul moment à mettre le feu aux poudres. L’après 25 mars nous édifiera si les deux candidats ont le sens de la responsabilité et du dépassement que doit prôner tout homme politique dans un contexte de mise à l’épreuve.

Babacar Baye Ndiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 3 octobre, 2007 )

Règlement du passif humanitaire

S’inspirer des parangons sud africain et marocain ?

Dans de nombreux pays du monde où des processus de changement ont été engagés après des périodes de graves violations des droits de l’Homme, des commissions indépendantes ont été mises sur pied. En Mauritanie, incontestablement, les autorités se sont engagées dans un processus de réconciliation nationale. Mais les prémices d’une véritable volonté de faire toute la lumière sur le passif humanitaire tardent à voir le jour. Face aux intimidations à peine déguisées de ceux qui ont engendré cette parenthèse de l’histoire de la Mauritanie, les autorités feront-elles black out ou vont-elles privilégier la vérité ? Va-t-on s’acheminer vers la mise sur pied d’une commission indépendante ?
Contrairement à une certaine idée répandue, et à ce que pensent certains responsables de partis politiques, il ne s’agit pas d’indexer des personnalités de l’armée ou du pouvoir, ni de faire la chasse aux sorcières encore moins d’engager des procès tous azimuts. Ni la haine en réponse à la haine. Mais de faire la lumière sur ce qui s’est passé de 1986 à 1991 en matière de violations des droits de l’Homme en Mauritanie dans le cadre du passif humanitaire en s’inspirant de certains exemples bien connus en Afrique quitte à envoyer des missions d’informations dans ces pays. C’est à partir de là et de là seulement qu’on peut enclencher des procédures allant dans le sens de la réconciliation nationale. Car, aujourd’hui, qu’est-ce qui garantit véritablement la non-répétition des dites violations ?
Quoiqu’il n’ait pas aisé d’apporter des solutions consensuelles à la problématique du passif humanitaire, il y a cependant des paradigmes de mécanismes que la Mauritanie peut adopter dans le cadre d’un règlement juste de cette question sensible et épineuse. Reste à savoir comment et quand mettre ou adopter ces mécanismes pouvant permettre une issue heureuse sans occulter les questions de fond.
Par rapport aux compensations des victimes, certes, la réponse est complexe. Mais il appartient à l’Etat mauritanien avec les bailleurs de fond de voir ce qui est possible et ce qui n’est pas possible de faire, de voir comment compte-t-il procéder aux compensations des victimes tout en esquivant que la balance ne se penche ni à gauche ni à droite. Car, les victimes de ces violations des droits humains ont subi des préjudices moraux, physiques et matériels.
En outre, comment se départir de toutes formes d’instrumentalisation de la question du passif humanitaire ? Ce n’est pas un secret de polichinelle : le passif humanitaire est un problème extrêmement complexe et très difficile qu’il faille traiter avec beaucoup de lucidité et de responsabilité. Et c’est un fallacieux prétexte de dire qu’on est en train d’instrumentaliser la question du passif humanitaire sur le plan politique et qu’aussi l’armée ne doit rien répondre. Ils ignorent par-là que la question du passif humanitaire est avant tout un problème politique parmi tant d’autres problèmes politiques que connaissent la Mauritanie et qui demeurent les problèmes de tous les mauritaniens.
Comment construire une vision consensuelle dans le cadre d’un règlement du passif humanitaire ? La Mauritanie n’a pas droit à l’erreur. Non ! Car, aujourd’hui, elle est sous les lumières, pour paraphraser Alioune Tine Secrétaire Général de la RADDHO, de la communauté internationale qui s’intéresse à ce qui se passe, se développe en matière de démocratie et de droits humains.
En Mauritanie, les victimes des tragédies successives, entre 1986 à 1991, se comptent par centaines de milliers. Comme il a toujours été préconisé dans le traitement du passif humanitaire, les responsables des violations des droits de l’Homme doivent avoir le courage d’assumer leurs actes et de se présenter devant la justice. Dans ce domaine, l’Afrique du sud et le Maroc qui est un pays voisin où des exactions graves ont été commises sont des parangons qui peuvent servir la Mauritanie. Et pourquoi les autorités de la République ne s’inspireraient-elles pas de ces expériences africaines qui ont pourtant merveilleusement réussi ?
Dans ces deux pays africains, les autorités ont mis sur pied des commissions qui ont sérieusement travailler et de manière indépendante à ce que de telles violations ne puissent plus se reproduire, que des garanties soient données en ce sens et que cette douloureuse page soit tournée. Mais également à définir et à faire officiellement et publiquement reconnaître l’ampleur que les exactions ont eue dans leur pays, ainsi que les mauvaises répercussions qu’elles ont pu avoir sur les personnes des victimes, sur la cohésion du tissu social et sur le principe même du respect des dispositions de la loi.
La Mauritanie n’est pas une exception et ces exemples sont bel et bien applicables à notre pays. Ceci ne peut se faire que dans une commission indépendante qui devra faire dans un premier temps le bilan aussi complet que possible des violations graves des droits de l’Homme nées de ces événements douloureux qu’a connus la Mauritanie mais aussi en dernier lieu rendre aux victimes de ces événements leur dignité civique et humaine comme cela a été le cas au Maroc et en Afrique du Sud. La création d’une telle commission serait toujours bénéfique et il y a urgence de la créer pour qu’elle s’acquitte de sa mission relative au travail de mémoire et à la réconciliation nationale. Mais un processus de réconciliation suppose les étapes suivantes qu’il faut bien mettre en homogénéité pour esquiver des tâtonnements qui n’aboutissent qu’à des impasses : la reconnaissance, le repentir, le pardon et la restauration. Quant à la composition de la dite commission, elle peut comprendre des représentants des victimes choisis librement par eux et qui sont les premières à être victimes, des organisations de défense des droits de l’homme en Mauritanie, de la société civile, d’ONGs humanitaires…bref, une commission composée d’une équipe pluridisciplinaire de plusieurs membres. Les modalités pratiques reviennent à l’Etat à qui il appartient de les définir. Il s’agira par conséquent de réparer le tort vécu par les victimes qui ont seules la plénitude d’amnistier.
Ces commissions, dans ces deux pays, ont démontré leur importance grandissante dans le processus de réconciliation se déroulant dans ces pays où de graves violations des droits de l’Homme ont été constatées notamment celle de faire recouvrer leur dignité aux victimes des violations, de susciter une reconnaissance publique et officielle des peines qu’elles ont endurées et de consacrer les valeurs des droits de l’homme.
Les victimes ne demandent pas trop. Juste qu’on leur dise la vérité sur les mobiles des exactions commises contre elles. Sans doute, les compensations sont nécessaires mais ce ne sont pas le plus important. Mais la vérité.

Babacar Baye Ndiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 3 octobre, 2007 )

Les déportés

Et le volet pénal et judiciaire ?

Sur la question du retour des déportés que n’a-t-on pas supputé, entendu comme propositions, rabâché, expliqué, suggéré, avancé des contre-propositions, émis des réserves ? Le retour des déportés, c’est quasi une assurance. Mais pour ce qui est de la traduction en justice des responsables de ces crimes, qu’en serait-il réellement ? Ce volet de la question des déportés, on semble l’occulter. Ou tout au moins, ce qui est urgent, ce sont les modalités pratiques relatives au rapatriement des déportés.

Le retour des déportés : faut-il en avoir peur ? Depuis le discours officiel du Président de la République sur le retour des déportés, toute une botte d’actions négatives, d’amalgames et de fausses interprétations est érigée en parapet pour essayer de barrer, de contourner toutes initiatives, procédures ou mécanismes pouvant aboutir au retour définitif des déportés dans leur pays natal, la Mauritanie. Eux, les antinégromauritaniens, que cherchent-ils encore ? Après avoir brisé leur échine, humilié dans leur dignité, les voilà maintenant qui s’opposent à leur retour. Le pouvoir de SIDI a hérité des dossiers qui scindent encore et créent des remous dans l’opinion : dossier des «déportés », dossier du «passif humanitaire » indissociable au précédent, dossier de «l’esclavage ». Sur chacun de ces dossiers, il y aura toujours des voix, des personnes qui se feront entendre pour défendre leurs intérêts personnels et matériels. Par rapport à la question des déportés, la véritable question est de savoir si Maouiya et sa bande vont être jugés pour leurs forfaits qu’ils ont commis ? C’est une interrogation pleine de susceptibilité, une corde raide, une question qui peut fâcher, une question qui peut susciter une approbation. Durant la période des années de braise comme on dit encore, des choses sans précédent se sont déroulées dans ce pays au su et au vu de tout le monde, des choses inqualifiables ont eu lieu : une communauté bien identifiée et minutieusement ciblée a été déportée contre son gré dans des conditions exceptionnelles et épouvantables. Et cela pour des raisons purement politiques et idéologiques et qui n’avaient rien à voir avec les affrontements inter communautaires entre la Mauritanie et le Sénégal. Aujourd’hui, on parle du retour des déportés et seuls ceux qui se sentent coupables ne veulent pas admettre ou en entendre parler de l’esquisse d’une procédure pénale et judiciaire. Ceux qui ont quelque chose à se réprimander dans leur âme et conscience. Nul doute donc que ces derniers ne soient désarçonnés car des vilenies se sont accomplies dans un silence coupable. A cette époque, ceux qui avaient osé stigmatiser ou dénoncer de telles pratiques avaient été contraints à l’exil forcé ou au musellement. Ainsi, allait la Mauritanie du Président Taya. Aujourd’hui, on parle d’associer tout le monde à ce processus de retour des déportés. Ce qui est curieux au fond. Mais en réalité, au moment des déportations, à quelques exceptions prés, qui a osé prendre le contre-pied du régime de Taya, dire la vérité au diable et aux diablotins protégés actuellement sur le plan pénal et judiciaire par l’ordonnance n°2006-015 qui, dans son article 5 par son alinéa 2, stipule que les situations d’atteinte aux droits de l’Homme sont celles survenues après l’entrée en vigueur de l’ordonnance laquelle en réalité n’est destinée qu’à protéger des hommes qui continuent d’exercer dans les sphères de l’Etat faisant de la loi leur instrument. Toutes les dispositions législatives ont été prises curieusement pour absoudre et faire disparaître les traces de forfaits commis entre 89-90 et 91. C’est comme si tout était minutieusement étudié et bien planifié. Car, il y eut la loi d’amnistie n° 93-23 du 14 juin 1993 sous le régime du Président Taya et l’ordonnance 2006-015 du 12 juillet 2006 prise par le gouvernement de la transition et qui consacrait encore une nouvelle fois les desseins de l’Etat mauritanien à ne pas poursuivre les auteurs de ces basses œuvres et l’impunité des criminels. Mais SIDI Mohamed Ould Cheikh Abdallahi fera-t-il abroger ces deux textes juridiques qui constituent en effet des obstacles pour mettre au moins la lumière sur les actes commis en vue de trouver un terrain favorable à l’entente loin de toute surenchère que nul ne doit aviver. L’heure doit être à l’apaisement des rancœurs C’est le premier levier qu’il faudra déplacer si nous voulons que justice soit faite et que nous ne nous aventurions plus à pratiquer une «politique de chauvinisme d’état et d’exclusion » dans ce pays. Au cas échéant, ce serait une déception pour les victimes.

Babacar Baye Ndiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Marché des poulets: Des écailleurs et des bruits

Qui sont-ils, ces jeunes et grandes personnes qui ont fait de l’écaillage leur gagne-pain quotidien ? D’où viennent-ils et pourquoi font –ils cette activité que beaucoup de personnes de leur génération répugneraient à faire quitte à leur donner des millions d’ouguiyas ? Et qui ne les a pas vus ou aperçus, avec un écailleur à la main, en allant vers le 5ième arrondissement en face de l’Office National de la Médecine du Travail ?

Ils viennent de loin, très loin quelquefois, à des centaines de kilomètres de Nouakchott. Ils ont déserté leurs bourgades pour se faire des picaillons, pêcher du boulot. Mais quel boulot ? L’écaillage.

Sans complexe, ils exercent cette activité avec beaucoup de contentement. «Si tu n’as pas de métier et que tu vois ce genre de gagne-pain, tu vas le faire pour pouvoir subvenir à tes besoins…il n y a pas d’humiliation à faire ce travail parce que la personne ne doit survivre qu’à la sueur de son front.

Si tu ne mens pas, ne gruges pas, je pense qu’il n y a pas de raison à se sentir morveux. C’est mon gagne-pain, ça me permet tant bien que mal de régler mes petites nécessités. Avec ce métier, j’arrive à entretenir mes parents et ma propre famille… » Ousseynou Fall est marié et père de 4 progénitures.

Originaire dans un village du Sénégal Arame, il accomplit depuis 1998 cette activité qui lui a permis «d’acheter des chèvres, des moutons». Sans diplômes, sans qualification professionnelle et sans aucun niveau d’études, il souhaiterait bien changer de métier et envisage de s’expatrier en Europe. Mais en attendant, il s’occupe de son boulot où toute son espérance repose.

Ousseynou Fall partage ce métier avec une dizaine d’autres jeunes et grandes personnes dont la fraction d’âge oscille entre 25 et 45 ans. Leur point identique avec Ousseynou : eux non plus, ils n’éprouvent aucun déshonneur à faire ce métier qu’ils exercent depuis plus de 10 ans pour les uns et 20 ans pour les autres. En moyenne, ils peuvent récolter par jour 2500 UM à 7000 UM selon les périodes.

El Hadj Lo, originaire de Wothie lèz Bogué, marié et père de 3 enfants, quant à lui, a été un boy de maison avant de choir dans ce métier. «Je trouvais cela surhumain et laborieux, dit-il. Dans ce métier au moins, tu as ta liberté. S’il n’y avait pas quelque chose à empocher, je l’aurai abandonné depuis longtemps » avoue-t-il.

Vrai ou faux, il nous dira qu’avec ce métier, il a pu s’acheter une mercédes, bâtir une maison à Kouffa.

Son voisin d’à coté, Cheikh Sarr, polygame et natif de Kaédi, avoue lui aussi que grâce à cette activité, il n’éprouve plus maintenant aucun besoin matériel et financier. «Je ne dépends de personne et si je laissais ce métier, je rentrerai chez moi parce que je ne vois pas quelque chose de meilleur que ce métier. C’est très dégoûtant, reconnaît-il, ça empeste partout mais je ne pense pas l’abandonner un jour ».

Depuis des années, ils sont ensemble, se connaissent et se considèrent comme des frères. La concurrence entre eux ne les ébranle pas. Loin de là. Cheikh Sidati Fall, lui, il habite à Nouakchott. Depuis 1982, il officie dans ce métier.

Il a été d’abord maçon et pêcheur ensuite avant d’atterrir sur les pistes de l’écaillage parce que dans la maçonnerie et la pêche, dit-il, il ne gagnait rien. Contrairement à ses amis qui ont réalisé quelque chose, lui, savoure-t-il, il parvient à «mettre quelque chose dans le ventre » de ses enfants. «J’en ai épousé, avoue-t-il. J’ai tué 4 béliers le jour de mon mariage ». Comme ses amis interpellés, lui non plus, il ne compte pas abandonner cette activité.

Mohamed Ibrahima Diallo est provenant de Rkiz. Depuis 1975, il est dans ce métier. Agé de 45 ans, très railleur et loquace, d’ailleurs on le surnomme le «comédien des lieux », il se nargue de ceux qui pensent que leur activité n’est pas valorisant et même affirme qu’il n a pas besoin «des salaires de 20, 40, 60 mille Ouguiyas».

Des montants à son avis «qui ne peuvent pas supporter certaines dépenses familiales » et d’ajouter «J’ai 3 femmes, dit-il avec beaucoup de condescendance. Un journaliste ne peut pas avoir 3 épouses ». Ouah, celui-là, il a du culot hein ! Mais bon, après tout, il a raison non ou bien !

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

Mohamed Camara, Président de l’Association des Groupes de Musiciens Mauritaniens: »Les choses doivent changer »

Le Rénovateur : Pourquoi avez-vous décidé de mettre en place l’Association des Groupes Musiciens de Mauritanie ?

Mohamed Camara : Cette idée est venue à partir d’un constat. Nous avions remarqué que les artistes mauritaniens étaient éparpillés. Nous sommes donc dits qu’il serait intéressant de créer une structure regroupant l’ensemble des groupes musiciens et musiciens de Mauritanie. C’est ainsi que nous avons tenu une assemblée générale à l’issue de laquelle nous avons créé cette association pour promouvoir et donner une forte impulsion à la musique mauritanienne au-delà de nos frontières.

Le Rénovateur : A votre avis, pensez-vous que les artistes mauritaniens étaient dispersés ?

M.C : Effectivement. Mais actuellement, avec cette association, les artistes se retrouvent, s’entraident et à tout moment, on peut faire appel à un instrumentiste ou un musicien dans les manifestations culturelles. Les artistes ont compris qu’il faut qu’il y ait une unité, que les gens se regroupent dans une association.

Le Rénovateur : Et depuis quand cette association existe-t-elle ?

M.C : Elle a été crée le 15 juillet 2005. Certes, nous sommes tout à fait une structure encore jeune mais nous sommes une structure très dynamique.

Le Rénovateur : Qu’est-ce que vous avez réussi à réaliser depuis cette date de création de l’association ?

M.C : A vrai dire, nous avons réalisé beaucoup de choses. Par exemple, nous avons aidé des artistes à participer à certaines manifestations en dehors de notre pays. Nous avons aussi aidé certains artistes à sortir leur album comme par exemple Diam Min Tekky, Maodo Almamy etc. par ailleurs, le ministère de la Culture a reconnu notre association et a eu à travailler avec elle. Ça c’est un privilège. Ce qui est plus remarquable, c’est que nous avons pu obtenir des cartes professionnelles dûment signées par le ministère de tutelle. Il y a beaucoup d’artistes qui n’ont pas eu cette chance là.

Le Rénovateur : Vous êtes le Président de l’AGMM. Certainement, vous serez à l’aise pour nous dire comment se porte présentement la musique mauritanienne ?

M.C : Elle se porte très bien. La preuve, nous représentons notre pays à l’extérieur. Nous avons des vedettes qui s’expriment ailleurs au nom de la Mauritanie. C’est un pas déjà. Auparavant, il n y avait pas cela. Tout musicien que vous interpellerez, il pourra vous dire que tout se passe très bien.

Le Rénovateur : Quels sont ces vedettes qui représentent la musique mauritanienne à l’extérieur ?

M.C : Je peux vous citer Malouma qui est très bien connue, Dimi, Ousmane Gangué, Hamady Gawdel, Tiédel Mbaye, Hawa Diméré qui est notre maman et j’en passe…

Le Rénovateur : Tantôt, vous avez cité Ousmane Gangué et pourtant, il est presque établi au Sénégal ?

M.C : Vous savez le cas de Ousmane Gangué est un cas assez particulier. Les artistes sont libres aussi de s’établir là où ils veulent. Il s’est trouvé qu’il est à l’aise au Sénégal et peut être qu’il trouve ce qu’il veut là bas. Mais néanmoins, il sait que c’est ici son berceau, ses origines. Un musicien mauritanien quand il quitte ici et part au Sénégal, il est bien apprécié. On se demande même où il a appris la musique. Les gens s’étonnent parfois de la manière dont les artistes mauritaniens jouent ou chantent. Et pourtant, nous n’avons pas des écoles de musique.

Le Rénovateur : Que dites-vous du manque de structures musicales en Mauritanie ?

M.C : Effectivement, il y a un manque de structures criard dans notre pays. C’est une réalité. Auparavant, les autorités n’accordaient aucune importance à la musique, aux musiciens, aux structures de musique. Actuellement, vu l’évolution des choses, de la démocratie qui s’installe, les autorités ont conscience de cela.

Le Rénovateur : Depuis que vous avez créé cette AGMM, est-ce que véritablement les choses ont véritablement ont changé ?

M.C : Franchement oui. On a réussi à instaurer cette solidarité entre les musiciens, cette entraide qui existe entre eux. Avant, il n y avait pas ça. Il a fallu qu’on crée cette association pour que les choses commencent à bouger.

Le Rénovateur : Vous êtes à la tête de l’AGMM, est-ce à dire que vous êtes payé ou bien vous exercé cette fonction bénévolement ?

M.C : Moi, je suis là pour aider. Je ne suis pas payé et je n’attends rien des artistes. Vous pouvez demander aux artistes, ils me connaissent tous. Je veux uniquement les aider, que ça marche pour notre pays, pour les musiciens principalement.

Le Rénovateur : Qui finance(ent) votre association ?

 

 M.C : C’est nous-mêmes. Et jusqu’à présent, nous n’avons pas reçu de subventions de la part du ministère de la Culture. C’est aussi par l’intermédiaire des amis, des hommes de bonne volonté, des contacts personnels que je parvienne à débloquer certaines situations pour mener à bien notre action. Mais beaucoup de gens croient que quand on crée une structure c’est parce qu’il y a des millions. Non, il faut travailler pour mériter ces millions.

Le Rénovateur : Souvent, on reproche au ministère de la Culture, leur absence de volonté ou d’appui derrière les artistes. Qu’est-ce que vous en pensez ?

M.C : Effectivement, dans le temps, il y avait ça. Mais actuellement, je crois que les choses ont changé, devraient changer et doivent changer. Récemment, les autorités du ministère de la Culture nous ont reçus et elles sont prêtes à travailler avec nous et à nous soutenir financièrement et matériellement. Auparavant, le ministère ne donnait aucun crédit à cette structure. Elles savent que c’est la seule structure qui regroupe l’ensemble des artistes mauritaniens.

Le Rénovateur : Quand vous devez tenir des réunions, il y a souvent des absences ou des retards. Qu’est-ce que vous comptez faire pour pallier à tout cela ?

M.C : Je prends régulièrement des sanctions à l’égard des artistes. C’est eux-mêmes qui l’ont exigé. Ils ont estimé s’il y a des retardataires, il ne faudrait pas revenir sur l’ordre du jour. En plus, si les gens ne viennent pas à l’heure, il faut qu’ils paient une certaine caution de 1000 UM. Vous savez aussi bien que moi pour soustraire à un artiste 1000 UM c’est tout un tas de problèmes.

Le Rénovateur : Et où ira tout cet argent ?

M.C : Il ira dans l’administration de l’association. Vous savez, l’administration, elle est dispendieuse. Il y a les déplacements, les frais, etc. Quand on veut créer une chose, il faut qu’il y ait une assise. S’il n y pas d’assise, il n y a pas de structure, c’est du leurre. Je n’aime pas ça. Je veux travailler. Je veux prouver que nous sommes là. C’est notre pays, il faut que nous prouvions que nous sommes là. Nos musiciens sont là, il faut qu’ils prouvent qu’ils sont là eux aussi.

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

Le Parti National pour El inma annonce les couleurs

Aussitôt le Parti National El Inma reconnu, les responsables dudit parti ont tenu une conférence de presse pour saluer la décision des nouvelles autorités consistant à la reconnaissance de plusieurs partis politiques qui ont souffert de la censure et de l’exclusion du champ politique.

Un parti d’ouverture

Le Parti National pour El Inma (PNI) se veut un parti d’ouverture, un parti proche de «tous les opprimés » sans exception tout en suivant avec beaucoup d’intérêt l’évolution sociale et politique de l’Irak selon leurs propres termes, de la Palestine et dans chaque foyer de tension.
En matière de politique intérieure, la présidente du PNI, madame Sehla Mint Ahmed Zaid a fait savoir sa réelle et ferme détermination de lutter contre la violence, l’extrémisme et tout ce qui menace la Mauritanie, de même que la position de son parti pour le retour des déportés mauritaniens qui, sans doute, selon elle, incarnera le rapprochement, l’amitié et renforcera l’unité nationale entre toutes les composantes du peuple mauritanien. La présidente du parti a noté qu’il est de leur devoir de participer d’une manière responsable dans la construction du pays pour relever les défis que dictent les conditions internationales.

Un discours politique nouveau

Le PNI veut sortir selon son chargé de communication de la mêlée des partis politiques traditionnellement connus en Mauritanie et s’inscrit dans une perspective de rupture dans la scène politique. «Nous pensons qu’au niveau de notre parti, note le chargé de la communication, que les peuples ont longtemps été dans l’opium politique. Nous estimons qu’il est nécessaire de mettre en avant les problèmes économiques. Nous pensons qu’il est tant que les politiques cessent pour laisser place aux économiques ».

Ni de l’opposition ni du pouvoir

Aucune réponse n’est avancée dans ce sens. La seule explication qui a été donnée est la suivante : « notre parti vient de naître. Nous n’avons pas encore 45 jours. Il faut nous laisser le temps de réfléchir. » En attendant qu’ils cogitent de leur sort dans l’arène politique, le PNI sera seulement «avec ceux qui sont pour l’intérêt national, ceux qui sont pour la sauvegarde de l’unité nationale, ceux qui sont contre la corruption et la division, ceux qui pensent, ceux qui auront un nouveau look pour gérer non seulement les mauritaniens mais les deniers publics ».

Le PNI revient sur le financement des partis politiques

Je ne crois pas, estime le chargé de communication du PNI, qu’on peut donner à un parti politique suffisamment de moyens pour réaliser son programme politique. « Aujourd’hui, en Mauritanie, il y a beaucoup de partis mais je ne crois pas que le nouveau gouvernement qui est l’héritier du gouvernement de la transition qui a fait de tous ses moyens pour décapiter les partis politiques n’a pas encore mis une stratégie en place pour financer les partis politiques réellement. Je ne parle pas des subventions superficielles qui sont jetées comme des grains à une volaille mais de prendre en compte les partis politiques de savoir que ces partis expriment la volonté d’une composante des mauritaniens. Cette volonté n’a pas encore existé mais nous pensons dans l’avenir qu’il y aura une nouvelle volonté politique pour pouvoir financer réellement les partis politiques ».

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

Dobet Gnahoré

Une artiste polyvalente

Elle est venue en Mauritanie pour présenter son spectacle et son nouvel album « Na Afriki » ce vendredi 23mars 2007. Et pour une première, elle a laissé une bonne impression et le public qui était dans la salle des spectacles du centre culturel français de Nouakchott a beaucoup apprécié. Rencontre avec une âme d’artiste.

Cela fait 12 ans que Dobet Gnahoré est dans la musique. Elle a grandi dans un village panafricain artistique en Cote d’Ivoire. Dès l’age de douze ans, elle a eu la chance de côtoyer des danseurs, des chanteurs, des artistes, des comédiens ce qui lui a permis comme elle l’a laissé entendre d’être polyvalente dans l’art. Mais pour cette ivoirienne, fille d’un percussionniste comédien, basée en France dans les Ardennes dans un petit village de plus de deux cents âmes, être musicienne demande avant tout une certaine rigueur voire une certaine constance. « Il faut chercher à être professionnel, polyvalent et exigent puisque le métier demande toutes ces choses surtout avec un public qui te juge. Il faut forcément avoir l’âme perfectionniste pour pouvoir atteindre un certain nombre d’objectifs ».
Et impossible, quand on est un artiste engagé, de ne pas jeter un regard critique sur le monde contemporain, de ne pas être affecté par ce qui se passe ailleurs et surtout lorsqu’il se déroule dans in pays africain où des élites politiques prennent en otage les populations, saccagent et dilapident les richesses nationales et ne les font pas profiter aux populations démunies.
Pillages ou les voleurs d’or noir ? « C’est un texte que j’ai écris après un voyage à Congo Brazzaville. Nous sommes arrivés là bas et nous avons vu toute la richesse de ce pays. On nous a racontés toute l’histoire de ce pays merveilleux. Et chose étrange, le peuple même n’arrive pas à profiter de la richesse qu’il a. C’est de là qu’est née l’idée d’écrire cette chanson. Je trouvais cette situation très injuste » déclare Dobet Gnahoré en soupirant.
Son style est un mélange de musique traditionnelle de l’Afrique. « J’écoute beaucoup de la musique traditionnelle africaine. Depuis tout le temps, j’ai essayé de valoriser à ma façon les rythmes africains. Ce sont ces rythmes de chez nous qui nous nourrissent et qui ont nourri pas mal d’artistes africains et surtout aussi dans le monde extérieur. Donc, j’ai vraiment envie de valoriser la culture africaine à ma façon, d’aborder d’autres langues africaines et surtout me promener dans les rites et essayer de les jouer comme il se doit ».
Sa préoccupation ? C’est surtout par rapport à la situation actuelle en Afrique caractérisée par des guerres, des famines, des maladies… « Qu’on arrive à s’en sortir, à valoriser nos cultures, à se cultiver de la terre, avoir de l’eau et chercher nous même à s’auto suffire. A nous donc de prendre en charge nos vies ». Un véritable cri de cœur contre les supposées fatalités qui veulent toujours que le continent africain et ses fils demeurent dans le bas du tableau mais aussi et surtout pour dire qu’il est temps maintenant de changer les choses.
Ancienne adepte de Woré Woré Liking (une icône de l’art africain) qui lui a donné l’envie et le goût d’être artiste, elle n’omet pas, pour valoriser sa musique et lui donner un cachet varié, d’apporter des instruments traditionnels comme la calebasse, la haute cour, la sanza et le houdou qui constituent la base même de sa musique. Et coté thèmes ? « Je n’ai pas de thèmes particuliers. J’aborde tous les thèmes de la vie : la guerre, la joie, la famille, la pédophilie, la polygamie, l’inceste et cætera… » Autant de thèmes contemporains et peut être une manière pour elle d’être une artiste universelle porteuse de messages.
Et en tant que femme, elle a rendu un hommage à la femme africaine celle qui supporte et porte tout dans le foyer, à travers un titre « djiguène » qui veut dire en Wolof femme. Et nul doute qu’elle a envie de la valoriser surtout dans son spectacle, de la mettre en avant, de montrer sa force parce qu’elle est douce mais aussi parce qu’elle est avant tout « mère » autrement dit qu’elle a un coté très félin la femme.
Et comme pour montrer que la vie est belle, elle lâche à travers sa sublime et alléchante voix de femme africaine : « Dieu nous a mis sur terre pour être ensemble. Nous avons nos qualités et nos défauts. Nous sommes faits du même sang. Nous devons le respect aux autres et favoriser l’entente entre les peuples ».

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Isabel Fiadeiro

Une passionnée du désert

Depuis des siècles, le désert du Sahara occidental fascine les voyageurs, les visiteurs, les touristes du monde entier. Et d’ailleurs, que n’a-t-on pas écrit, dit, peint, dessiné et filmé sur cette vaste étendue de sable aux mille charmes irrésistibles. Isabel Fiadeiro, une artiste-peintre d’origine portugaise, parcourt inlassablement le désert mauritanien depuis plus de trois ans toujours avec le même plaisir.

Voulez-vous faire plaisir à Isabel Fiadeiro ? C’est très simple : parlez-lui du désert. Depuis quelques années, elle expose ses aquarelles qui constituent le reflet de tout ce qu’elle a vu et rencontré durant ses séjours dans le désert mauritanien. En regardant ses aquarelles descriptives et réalistes, on est tenté de dire que le désert exerce sur elle un poids de fascination dans son âme. «Je suis, dit-elle, complètement amoureuse du désert. Il me fascine beaucoup ».
Par ailleurs et à vrai dire, c’est un penchant naturel qu’elle éprouve pour les gens qui vivent dans le désert. «J’aime beaucoup la Mauritanie et les gens. Je passe beaucoup de temps dans le badiyaa mauritanien. J’y fais souvent des séjours de trois à quatre semaines ».
Elle ne vit que de la peinture : c’est sa vie, c’est son domaine de prédilection. Son amour aux desseins remonte depuis son enfance. «J’ai commencé à peindre depuis que je suis toute petite. C’est ma vie. C’est mon travail. C’est la seule chose que je fais. J’ai toujours dessiné mais la peinture je l’ai commencée plutard. J’ai étudié la peinture mais c’est une activité qui fait partie de ma vie ».
La peinture pour elle est une véritable passion à laquelle elle ne peut résister mais aussi c’est une façon pour elle de communiquer avec les gens principalement. Ces desseins nous permettent de mieux comprendre la vie dans les badiyas mauritaniens, nous dévoilent beaucoup de réalités en nous révélant aussi leur contrariété. De desseins en desseins, nous passons à un univers étrange qui nous dévoile son jardin secret. Cependant, c’est très difficile, reconnaît-elle, de transmettre ses émotions, ce qu’elle ressent, parce que selon elle, chaque personne voit d’une manière différente et apporte sa propre expérience.
Pour cette femme portugaise qui connaît assez bien la Mauritanie, il n y a pas de grande différence entre Nouakchott et les autres grandes villes d’Europe. «Je trouve que la vie à badiya est beaucoup plus facile ; les gens sont très accueillants. Par contre, les gens de la ville me font penser au Portugal. Ici, en ville, les gens sont entre deux mondes et parfois ça peut être difficile ».

Babacar Baye Ndiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Adaptation thétrale de «Et le Ciel a oublié de pleuvoir»

En Mauritanie, le théâtre a toujours été considéré comme une activité de second rôle. Mais heureusement- et c’est là quelque chose à encourager notamment en premier lieu par le ministère de la Culture- qu’il y a des gens qui s’efforcent tant bien que mal de redonner espoir au théâtre mauritanien qui semble être à l’article de la mort.
C’est dans la salle des spectacles du centre culturel français de Nouakchott que Gérard Tolohin originaire du Bénin et établi en Mauritanie depuis plus de dix ans, a mis en scène devant un public nombreux «Et le Ciel a oublié de pleuvoir » de Mbarek Ould Beyrouk qui a été présent et avait du mal à cacher son émotion et sa satisfaction après avoir suivi la mise en scène de son roman. « Je trouve que c’est extraordinaire qu’il y ait des jeunes mauritaniens qui essaient de jouer aussi bien dans un théâtre qui n’est pas un théâtre de pantomime. C’est un véritable théâtre ce qui demande un effort, un savoir-faire et un art. Au début, pour eux, c’était extrêmement difficile. Je sais qu’ils ont eu à faire beaucoup d’effort et travailler longtemps».
Donner une nouvelle face au théâtre mauritanien voire la réinventer c’est ce qu’a fait Gérard Tolohin en adaptant au théâtre ce roman : « On cherchait une pièce de théâtre écrite par un auteur mauritanien. Mais on n’en a pas trouvé et on a été obligé de prendre ce roman pour l’adapter » et pour ce coup d’essai réussi il refuse de s’enorgueillir «c’est ma petite contribution pour essayer de sensibiliser les gens sur certains thèmes ».
Cependant, la tache n’a pas été facile pour lui parce qu’il «a été en face d’étudiants qui ne maîtrisaient pas assez bien la langue française » et il lui a fallu donc beaucoup d’effort et d’énergie pour qu’ils comprennent le texte en l’espace de six mois. Pour des jeunes qui n’ont jamais fait de comédie, ce n’était pas évident de réussir ce pari et la seule chose qui leur était demandé c’était leur disponibilité uniquement !
Même si Gérard est «à l’aise avec les pièces africaines », le théâtre en Mauritanie, selon sa propre expression, ne se porte pas bien parce qu’il n y a pas assez de dramaturgie même s’il y a des troupes qui essaient de faire beaucoup de choses et d’après ses propos «il faudrait créer un environnement favorable pour que puissent éclore les troupes de théâtre qui n’ont pas souvent accès à la diffusion, à la télévision et à la radio. C’est vrai qu’il n’y a pas assez de personnes qui se sentent soutenues pour monter une pièce ou jouer de la comédie ».
Ce n’est pas un hasard si Gérard a adapté au théâtre ce roman qui a osé parlé de certaines réalités que beaucoup de gens n’aiment pas souvent évoquer ou esquivent parce que sensibles comme par exemple la différence sociale, la noblesse, les difficultés dans les mariages mixtes qui constituent entre autres de véritables problèmes en Mauritanie. Le théâtre, sans ambages, nous dévoile des vérités crues et les personnages sont là pour mettre en scène cette évidence. En abordant ainsi des thèmes qui intéressent les populations, le théâtre peut susciter un intérêt de la part des populations. « Il y a des gens qui s’intéressent au théâtre. Il faut parler de ce qui les touche. D’ailleurs, les troupes qui jouent dans les langues nationales ont plus de succès auprès des populations parce que celles-ci les comprennent très bien ».
S’il y a un enseignement à tirer de cette pièce, c’est d’abord le courage de l’auteur qui a écrit des choses qu’on n’ose pas pointer du doigt et celui du personnage principal Lola « qui est le symbole de la modernité, celle qui ne veut plus écouter la voix de la tradition, des conservateurs et qui veut se libérer de cette prison, des choix qu’on lui a imposés » mais aussi celle qui « a essayé de s’affranchir, de dire non à des lois et pratiques traditionnelles ». Une véritable révolutionnaire ! …

Babacar Baye Ndiaye
Ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Ewlade Leblade

« A’datne »

De fil en aiguille, Ewlade Leblade a su se faire une place sur la scène musicale en Mauritanie. Ce groupe de Rap, grâce à la sortie de leur premier album «A’datne » est devenu l’un des rares groupes qui peut se targuer aujourd’hui de faire partie désormais du cercle restreint des privilégiés.

Le succès de l’album sorti récemment a propulsé Mohamed, Sah et Hamadi, membres du groupe devant l’actualité musicale. Ce groupe de Rap vient de boucler leur tournée nationale qui a duré un mois. Pour ces trois rappeurs et leur manager Khadim, fini le temps où les tournées n’étaient qu’un rêve, un palier inaccessible. Succès oblige ! C’est le temps maintenant de travailler davantage, d’être plus sérieux parce que selon Khadim «c’est tout un pays maintenant » qui est derrière Ewlade Leblade. Impensable donc pour eux «d’arrêter cette belle aventure qui ne fait que commencer ».
Les membres de Ewlade Leblade qui veut dire en hassanya «les fils du pays » n’ont pas oublié qu’ils sont «des gens du ghetto ». Le succès de leur album ne les a point poussés à faire la grosse tronche mais par contre eux, ils essaient néanmoins de «gérer ce succès » auquel ils ne s’attendaient pas si vite. Ewlade Leblade, contre vents et marées, a pu résister contre de certaines idées préconçues par rapport à leur engagement et à leur position. « On ne peut pas faire du Rap sans être engagé. On ne peut pas non plus dire des bêtises mais quand même il y a des réalités qu’il faut dire sans détours » explique Khadim, manager du groupe.
Ce groupe de jeunes, il leur a fallu deux ans d’existence pour sortir leur premier album «A’datne ». Ce qui semblait un obstacle à franchir si l’on sait que parfois on peut mettre plus de cinq ans voire plus pour trouver un producteur ou s’autoproduire. C’est pour dire en bref que sortir un album en Mauritanie, c’est parfois la mer à boire, reconnaît Khadim en regrettant le fait qu’ «il n y ait pas de producteurs en Mauritanie ou s’il en existe ne font pas confiance aux musiciens de manière générale ou alors ils se disent qu’ils ne vont pas jeter leur argent par les fenêtres ».
L’argent !…Le mot est lâché et pour s’autoproduire, il faut en avoir. Alors comment «les fils du pays » ont-ils trouvé les kopecks nécessaires à leur autoproduction ? « Nous avons pris nos propres fonds que nous avions gagnés en organisant des concerts » nous dit Khadim. Et le montant des ventes ? Là aussi c’est un secret. Et pas la peine de lui demander combien leur a coûté cette autoproduction. « Je n’ai pas à ma disposition tous les détails pour vous dire combien nous avons véritablement dépensé ». Ah ! Dommage ! Nous n’avons pas réussi à le faire cracher la somme ! Et avant la production, ils ont néanmoins «rencontré des difficultés » puisque «les gens ne comprenaient pas » ou plutôt n’avaient pas confiance en eux. Mais voilà que quelques semaines après la sortie de l’album, «les sponsors courent» derrière eux. D’ailleurs, ils ont «reçu d’autres labels qui veulent travailler » avec eux et qui sont prêts à les produire.
L’album «A’datne » qui signifie en hassanya «traditions » a été tiré en 3000 cassettes et 1000 CD dont plus de 2650 vendus pour les cassettes et plus de 600 pour les CD. Et malgré toutes les mesures préventives que Khadim avait prises, ils ont «beaucoup souffert » du piratage. A Zouérate par exemple, ils ont trouvé leurs « CD piratés à gogo ». L’album, réalisé entre la Mauritanie et le Sénégal, comporte huit titres avec un intro. Un album pour «montrer aux mauritaniens qu’on peut faire autrement le Rap » mais aussi et principalement «montrer que la Mauritanie a des valeurs, une culture, une image à vendre » d’où le titre de l’album «A’datne »

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Groupe Wal Fadjri de Nouakchott

Depuis 1995, ce groupe dont la tranche d’age varie entre 25 ans et 30 ans essaie tant bien que mal de faire plaisir à ces centaines de noctambules venus chercher la délectation. Notamment dans les bar-restaurant. Jusque là très peu répandus et bougrement limités sous nos tropiques, les groupes de variétés sont en effet peu connus du public.

Comme beaucoup de groupes, Wal Fadjri groupe est le fruit d’un long compagnonnage d’une bande de copains passionnés par-dessus tout par la musique, une bande de copains qui partagent les mêmes préoccupations, les mêmes visions et les mêmes rêves. Leur avantage c’est d’avoir grandi, joué, étudié et même fait du théâtre ensemble. Aujourd’hui, ils n’ont qu’un seul centre d’intérêt : réussir dans le milieu musical. De la bonne musique, avec un mélange de reggae, de jazz, de blues, de salsa et de mbalax, Wal Fadjri groupe sait très bien la raccommoder. Des jeunes talentueux et pleins de volonté, sans tambour battant ni trompette, satisfont tous les VSD des noctambules venus se détendre ou « tuer le temps ». Des thèmes d’actualités. Des chansons réalistes qui relatent parfaitement la vie quotidienne. Des chansons à la fois railleuses et pleines de susceptibilités. Pas besoin donc de tempérer ou de caresser pour dire la vérité telle quelle, sur la situation en Afrique fortement caractérisée de manière générale par la pauvreté et le désespoir de plus en plus grandissants de ses populations, sur les jeux de yoyo que se livrent souvent les deux sexes, sur le truchement des uns et des autres. Dire la vérité sans être agaçant c’est une sorte de sacerdoce primordiale pour cette bande de copains. Pas besoin aussi d’aller très vite en besogne pour ce qui concerne la sortie d’un album. Et pour ce jeune groupe mauritanien qui n’a pas encore sorti son premier album sur le marché national, faire un album est un acte qu’il faut d’abord mûrement réfléchir et l’inscrire dans la durée et la continuité. « La sortie d’un album, c’est quelque chose qu’il faut préparer. Nous nous sommes toujours dits avant de sortir un album, il, faut être prêt musicalement ! Sortir un album et s’éclipser aussitôt ce n’est pas intéressant. Nous insistons d’abord sur notre répertoire musical. Un album ne s’improvise pas, ça se crée. Et pour cela, il faut travailler. », estime Seydou Sow, lead vocal du groupe. Difficile donc, quand on est un groupe de variétés, de se faire un nom dans le milieu ou encore de trouver les bonnes issues ? « Nous pensons que la sortie d’un album dépend du public, de l’entourage, de l’audimat. C’est ceux qui vous écoutent qui doivent vous servir d’effet locomotive. Souvent, on nous pose la question : qu’est-ce que vous attendez pour sortir un album ? Mais malheureusement, notre problème c’est d’avoir un appui financier pour sortir un album. Ici en Mauritanie, les producteurs sont quasi rares et c’est très rare aussi de les voir dénicher les artistes ou les groupes » déclare Seydou Sow.
Aujourd’hui, Wal Fadjri groupe fait parti des rares groupes mauritaniens de variétés qui joue tous les VSD. Mais là n’est pas le véritable problème. « Il n’y a que certaines sociétés de tabac qui acceptent de sponsoriser les groupes. Même elles aussi, ce qu’elles payent, ça ne vaut pas grand-chose. Si c’était notre choix, nous n’allions pas chanter pour elles mais nous n’avons pas le choix. Les structures qui sont là pour débloquer de l’argent ne le font pas pour les artistes. Au niveau du ministère de la Culture, on ne fout rien et on ne soutient pas les artistes. Comme par exemple, il n y pas assez de manifestations culturelles ou des festivals pour permettre aux artistes de se faire découvrir ».
Leurs sources d’inspiration sont vastes et il faut les chercher dans la souffrance des populations, dans les maladies comme le Sida, dans les problèmes que nous vivons dans nos familles, dans la société. Des messages de solidarité caractérisent aussi leurs chansons « il y a des gens qui ne peuvent rien faire ni obtenir quoique ce soit, nous estimons qu’il faut penser à eux ». Leur rôle n’est pas seulement de faire plaisir mais aussi de ne pas taire certaines injustices « quand les blancs viennent en Afrique, ils ne rencontrent aucune difficulté. Il leur suffit de montrer leur passeport. Nous n’avons jamais vu nos policiers appréhender des blancs pour leur demander leur papier. Mais si c’est un africain qui vit en Europe, il a tous les problèmes du monde ».
Un véritable coup de gueule qui appelle à la prise en conscience de nos dirigeants téméraires souvent ridicules devant les européens.

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Kennache,

Un projet pour sauvegarder le patrimoine audiovisuel mauritanien

En marge de la deuxième édition de la Semaine Nationale du Film(SENAF), la maison des cinéastes mauritaniens par le biais de son directeur Abderrahmane Ould Salem, a tenu lundi dernier une conférence de presse au centre culturel français de Nouakchott. Cette conférence a principalement tourné sur le projet Kennache qui est un projet de sauvegarde du patrimoine audiovisuel mauritanien.

«Pour rester vivant, un pays doit faire vivre sa culture, la diffuser, la stimuler et la soumettre aux débats. » Cette belle phrase peut bien résumer la préoccupation actuelle de la maison des cinéastes Et si des efforts colossaux ne sont pas entrepris dans le sens de la sauvegarde du patrimoine audiovisuel mauritanien, la mémoire audiovisuelle risque de se perdre dans les marécages du temps sans laisser de traces visibles. C’est ce qu’à compris certainement la maison des cinéastes en initiant ce projet Kennache qui a deux soucis. D’abord par un souci de conservation : à en croire le directeur de la maison des cinéastes, des documents audiovisuels ont été souvent détruits pour des raisons politiques. De régimes en régimes, des pans entiers de notre patrimoine audiovisuel ont été engloutis dans les sables mouvants de l’idiotie et de l’acharnement des hommes politiques au détriment de la mémoire nationale et collective. Ainsi donc, la maison des cinéastes, par une volonté, un plaisir et une détermination sans failles, pour récupérer certaines de ces archives notamment chez des particuliers, est en train d’effectuer une vaste entreprise de récupération de tout ce patrimoine audiovisuel qui a toujours souffert de la folie des régimes politiques qui se sont succédés depuis les indépendances à nos jours. Le deuxième souci qui a amené la maison des cinéastes à se lancer dans ce projet de grande envergure est de permettre principalement aux futures générations d’avoir une idée sur leur passé, leur culture, leur histoire et leur patrimoine.
Dans les années post indépendance, la plupart des cérémonies de mariage étaient tournées sous forme d’un film. Ces films du point de vue traditionnel constituent des trésors audiovisuels inestimables. A travers ces films donc, nous pouvons voir combien la société mauritanienne a évolué. La maison des cinéastes dans ce cadre a entrepris des démarches pour récupérer une bonne partie de ces cérémonies de mariage. En plus de la collecte des films, le projet Kennache s’occupe aussi de la collecte des archives sonores comme les contes, les musiques entre autres et de certaines photos qui ont marqué l’histoire de la Mauritanie à travers le temps. Certaines architectures historiques malheureusement disparues de notre patrimoine sont concernées par ce projet Kennache et la maison des cinéastes compte donner vie à tout ce trésor architectural en récupérant certaines archives ou photos.
Puisque les images d’aujourd’hui seront la mémoire de demain, plus de 300 films et 2000 images numérisées ont été conservées dans le cadre du projet Kennache. Cependant, reconnaît Abderrahmane, un problème juridique se pose dans ce travail qui est celui du droit d’auteur. Mais, assure-t-il, une structure officielle sera mise en place pour légaliser toutes ces archives audiovisuelles.
Hormis cela, des démarches avec INA et Gaumont qui détiennent respectivement 20% et 83% du patrimoine audiovisuel national ont été entreprises et ces maisons d’archives sont disposées à aider la maison des cinéastes pour avoir une bonne partie de la mémoire audiovisuelle de notre pays. L’autre source d’archives en ligne de mire est celle des armées françaises et il paraît que ces archives sont en train d’être transférées au niveau de l’INA. Le projet de Kennache s’est associé avec Pierre Yves pour récupérer certains de ses interviews et images tournées par lui et qui constituent aussi une bonne source de la mémoire audiovisuelle mauritanienne.
Ce travail de fourmi se fait et sera fait en collaboration avec le laboratoire des recherches scientifiques de l’université de Nouakchott. A travers ce projet Kennache, la maison des cinéastes s’inscrit à sa manière dans la sauvegarde de la culture et des arts en Mauritanie. Et pourtant, au début de ce projet, beaucoup de gens ne croyaient pas à ce projet qui a pour objectif de réunir toute la mémoire audiovisuelle de notre pays. Et selon, le directeur de la maison des cinéastes, il y avait une vraie volonté de tout détruire. Deux bobines d’ailleurs, pour corroborer ses thèses, datant de 1960, ont été retrouvées dans une poubelle au sénat. Oui au sénat !Ce projet, cet effort est félicité, loué et salué par tout le monde.

Exposition photographique
Dans le cadre de la semaine nationale du cinéma, une exposition photographique est organisée au centre culturel français de Nouakchott pour faire revisiter la mémoire cinématographique, représentée par les bobines, et les personnes de la maison des cinéastes, représentées par les photos de ces différentes actions(formation, diffusion, visites, festival 2006).
Dans cette exposition photographique, on peut voir à travers des photos exposées des microphones solidement accrochés sur des bouts de bâton pour servir de perche durant les tournages de film qui se font souvent dans des conditions souvent artisanales et pitoyables avec des moyens limités et rudimentaires. Des projections de film durant l’édition passée qui se déroulent en plein air dans certaines zones périphériques de Nouakchott. Des cours de formation en cinématographie dans les locaux de la maison des cinéastes aux séances de tournages parfois très drôles et amusants en passant dans la cinémathèque de la maison des cinéastes, des stagiaires recevant leurs attestations de diplôme de la maison des cinéastes, des gens qui prient, discutent et boivent du thé, on peut voir des visages qui font tout le charme de cette exposition. Des photos qui montrent lumineusement combien le cinéma en Mauritanie vivote mais également des photos denses de moralité, de crudité et de vérités sur notre histoire, notre peuple et notre culture.
Le cinéma, c’est de l’art, un art merveilleux, un art qui nous inscrit dans l’éternité. Il est là pour rendre éternelles, impérissables nos traces. Chez nous, contrairement aux géants cinéastes européens ou américains qui utilisent les gros moyens pour nous impressionner, nos cinéastes, à leur manière, font parler de notre cinéma.
Des projecteurs de 16 mm et de 8 mm sont exposés à cette occasion. L’image saisissante est celle dans laquelle le directeur de la maison des cinéastes tient entre ses mains l’Etalon Yélenga du cinéaste mauritanien Abderrahmane Cissako remporté au FESPACO grâce à son film «En attendant le bonheur » en 2003.

Babacar baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Les Ongles Noirs

Faire monter le bourrichon, les Ongles Noirs savent très bien comment s’y prendre. Ce mardi 5 juin, sous un froid glacial, sur le parvis du CCF, en plein air, ils ont emballé le public en lui offrant un concert plein de punch et de savoir-faire.
Leurs spectacles sur scène représentent toujours des moments pour se déchaîner. Partout où ils passent, ils ne laissent personne sur le carreau. Ils sont cinq musiciens tous de la même génération, du même tempérament et du même style. Le spectacle qu’ils ont offert au public ce mardi dernier témoigne bien de l’étendue de leur palette créative. Avec ce groupe, c’est véritablement l’ambiance à 100% mixte. Sur scène, ils sont remarquables.
Sur les berges de la plage de la Bretagne aux bars de Paris en passant par les cotes espagnoles, les Ongles Noirs ont acquis une expérience, un style musical dans lequel ils excellent. Une manière de montrer qu’ils sont devenus des professionnels de la musique. «Au début, avoue Yvan Krivokapic membre du groupe, ce n’était pas sérieux de même que le nom du groupe. Et puis, petit à petit, au bout de cinq, six ans, on a commencé à devenir des professionnels de la musique ».
Ainsi donc, de fil en aiguille, ce groupe qui est né d’une rencontre de trois amis passionnés de musique et d’aventures mondaines va se faire découvrir. «Le premier été où on est parti en Bretagne explique Yvan, on s’est découvert des aptitudes musicales et une amitié qui favorisait la gestation du groupe. Nous sommes partis en Espagne. On a commencé à jouer dans les bars de Paris où tout s’est véritablement déclenché. Et petit à petit, l’arrivée du batteur, du saxophoniste, de l’ingénieur-son, de l’ingénieur-lumière et de la manageuse ».
Très vite, le groupe se forme et commence à se faire une place dans le milieu musical français. Fini maintenant les reprises de chansons. C’est le temps maintenant d’écrire ses propres chansons. Fini aussi les bêtises. Début février dernier, ils «accouchent » leur premier bébé qu’ils baptiseront «Pourquoi tu pers ton calme », un album qui reflète leurs fantasmes. «Nous avons trouvé que c’était un bon titre par rapport à notre monde souligne Yvan. Nous ne sommes pas un groupe politisé. Nous ne faisons pas de la chanson engagée. Disons que nous sommes engagés humainement et nous pointons le doigt sur des choses humaines qui nous paraissent bizarres comme par exemple les gens qui ont des sensibilités bizarres, qui deviennent bizarres ou alors qui disent des choses bizarres ».
Dans leurs chansons, il n y pas que les fantasmes. Il y aussi et comme on pouvait s’y attendre l’amour, cet être suprême et bien sur les love stories. Et à les entendre chanter, on a l’impression qu’ils en ont beaucoup souffert «oui, c’est vrai comme tout le monde » avoue Yvan avant d’ajouter «ça m’a beaucoup aidé à écrire toutes ces chansons-là ».
Leur style inclassable mais drôlement intéressant sur le plan musical mélange du rock, de la chanson néo réaliste du début du 20ème siècle, du jazz, du world music, des chansons espagnoles et cubaines. A chaque groupe ses inspirateurs, ses icônes. Jacques Brel, La Manon Négra, les V.R.P. et les Négresses vertes !
Les Ongles Noirs ne sont pas forcément impeccables mais peu importe. Ce groupe d’énergumènes a un tempérament, une énergie, il nous fait rêver et pouffer de rire à la fois.

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Les phares de Nouadhibou

Ils sont au nombre de six et viennent de la ville de Nouadhibou. Une passion les réunit depuis plus de quatre ans : la musique. Avec Samba Bambaye comme président, ils ont réussi à mettre en place un groupe baptisé « Les phares de Nouadhibou ».

Les phares de Nouadhibou, comme l’a expliqué son président, existe depuis quatre ans pour des buts et des objectifs bien déterminés. « C’est de prendre la musique traditionnelle et la moderniser à notre manière et faire plaisir à notre peuple autrement dit de rentrer pleinement dans la musique moderne ». Aujourd’hui, les phares de Nouadhibou font partie des rares orchestres de l’intérieur du pays de la Mauritanie qui se produisent périodiquement à Nouakchott. Difficile, quand on est un orchestre, de se faire un nom dans le cercle musical. « On a que quelques orchestres qui sont dans ce cercle mais qui sont très limités voire ignorés ou minimisés alors nous avons voulu se joindre à ce cercle restreint ! »Déclare Samba Bambaye. Inutile de leur demander s’ils ont eu à sortir un album : ils n’en ont pas mais « nous sommes entrain de préparer la maquette de notre album » nous confie le président des phares de Nouadhibou apparemment dépité de cet état de fait. Ces jeunes musiciens ont préféré à leur guise de revaloriser la musique de leurs ancêtres : « Nous faisons une musique qu’on appelle le bondie qui est une ancienne musique, une musique de nos ancêtres qui la dansaient à leur manière mais aujourd’hui nous l’avons choisie pour la revaloriser et avoir une musique spécifique à nous ». Une manière pour eux de s’inscrire dans une démarche novatrice malgré la dure réalité du milieu et des moyens qui font souvent défaut. Et jusque là, les phares de Nouadhibou, avec l’appui de l’Alliance franco mauritanienne de Nouadhibou, ce groupe a pu réaliser une tournée à Nouakchott, Kaédi, Attar, Bababé, et selon Samba Bambaye, le groupe est entrain d’envisager dans l’avenir d’effectuer une tournée sous régionale et africaine. Leurs souhaits c’est de voir leur Mauritanie devenir un autre pays, changer de pomme, prendre de l’élan et aller dans le bon sens : « Que la Mauritanie devienne un pays de paix, de prospérité, de tranquillité, d’égalité, de justice et que la jeunesse prend sa place dans ce pays et qu’il faudrait qu’on propulse cette jeunesse dans tous les domaines non seulement dans la musique mais dans l’éducation, l’emploi, les techniques, les sciences, dans tous les secteurs de la vie nationale et qu’on essaie de la prendre au sérieux et non pas comme le font les politiciens mais que ce soit quelque chose de réel, de palpable, de visible dans les prochaines années ». Des préoccupations sociales qui ne les empêcheraient pas pour autant de vivre sans oublier qu’ils ont un devoir envers les autres régions de la Mauritanie et qu’ils doivent aussi leur faire plaisir : « On ne comprend pas à travers la musique que nous pouvons envoyer le maximum de messages pour changer le monde de demain » nous dit Samba. Leurs thèmes de prédilection sont variés « nous parlons du social, de la jeunesse, du peuple, des guerres dans les autres pays du monde, des sentiments ». Au lieu de venir s’installer à Nouakchott, les phares de Nouadhibou, pour ne pas souffrir de l’éloignement de leur terroir naturel, ont décidé de rester à Nouadhibou. « Nous avons fait le choix parce que d’abord nous sommes natifs de cette région qui mérite tant et beaucoup de choses plus que n’importe quelle autre région de la Mauritanie et nous avons pris l’initiative de débuter à partir de cette région et y rester ». Pour pouvoir représenter la Mauritanie et devenir les ambassadeurs de sa musique, les phares de Nouadhibou ont laissé entendre qu’ils sont entrain de se préparer et qu’il faut s’attendre à une résurgence de la musique mauritanienne sur le plan national et international et qu’on entendra parler beaucoup d’elle. Le milieu musical, loin d’être un univers Épinal, a parfois la vie rude et les clichés négatifs ou autres partis pris sans fondements viennent parfois se greffer au lot quotidien des nombreuses contraintes qui pèsent souvent sur ces jeunes artistes. « Par exemple, quand on voit quelqu’un faire de la musique on pense que c’est quelqu’un qui n’a pas de famille c’est à dire qu’il est un diable qu’on tire par la queue et malheureusement c’est pas ça la réalité ». Les phares de Nouadhibou n’oublient pas qu’il faut d’abord aimer son pays avant d’aimer sa famille et un titre comme « je t’aime mon pays » l’illustre très bien et par rapport à la situation politique actuelle du pays, Samba Bambaye nous confie : « On demande à tous les politiciens de la place d’être plus ou moins sérieux avec le peuple qui a beaucoup besoin d’eux parce que ce peuple les a mis devant la scène c’est parce qu’il a jugé qu’ils sont capables de le gérer, de le diriger de la bonne manière avec une main qui lui permettra de profiter à tous les biens que Dieu lui a donné et qu’aucune des personnes n’est propriétaire ». C’est- parce que la Mauritanie est multiculturelle, les phares de Nouadhibou chantent dans toutes les langues du pays et Samba Bambaye d’ajouter « nous sommes des mauritaniens et c’est ça la véritable marque de celui qui veut du bien à ce pays ».

Babacar Baye Ndiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Ma vie dans la brousse des fantômes

Que reste-t-il de l’œuvre de Amos Tutuola ? Un demi siècle après sa publication, « Ma vie dans la brousse des fantômes » continue de susciter un intérêt particulier chez les metteurs en scène. Un intérêt qui peut s’expliquer par l’extraordinaire histoire qui y est merveilleusement relatée.

C’est dans la salle des spectacles du centre culturel français de Nouakchott que Guy Lenoir a mis en scène avec Nicolas Haudelaine, un jeune acteur plein d’avenir, le mardi 17 avril dernier « Ma vie dans la brousse des fantômes ». Dans le but de faire découvrir au public mauritanien ce texte à la fois constructif, éducatif et formateur mais aussi nous faire savoir « qu’il faut des années et des années avant de se construire, que les petits prétentieux qui croient que tout peut arriver tout de suite se trompent et que le personnage a mis 24 ans pour se rendre à l’évidence qu’il pouvait devenir un homme »
En mettant en scène cette œuvre, Guy Lenoir a voulu lui donner une version théâtralisée d’une part et d’autre part le plaisir de faire vivre les personnages sur la scène et les montrer à l’imaginaire des jeunes et surtout des enfants qui sont très épris de la visualisation des histoires. « Un texte, quand il est édité malheureusement est lu par une minorité de personnes. Et le théâtre est là pour faire une croix de transmission entre l’écrivain et son public pour inciter le lecteur à acheter ou lire l’ouvrage » précise-t-il.
Par la magie du verbe, du corps de l’acteur et aussi par l’invitation faite aux musiciens d’accompagner le spectacle, le metteur en scène avec la bombe-son crée des climats, des intentions, des humeurs, des univers fantasmatiques dans l’espace de la visualisation de l’histoire. C’est comme si on était dans la réalité de l’œuvre. Mais le théâtre se heurte parfois à une difficulté. « Celle-ci c’est de trouver un rythme à l’œuvre, à la pièce car le personnage est seul et c’est très difficile d’imposer un public aujourd’hui et vous voyez le public d’aujourd’hui, il a des téléphones portables, vit à l’heure de l’Internet, du zapping télévisuel, au bout d’un quart d’heure le voilà qui commence à se secouer sur son siège, il se gratte, il est un peu excité quoi (éclats de rire) ». Comment donc en un mot trouver les ressorts qui permettent de maintenir cette attention permanente du spectateur ?
Pour ce féru de dramaturgie africaine et malgache, le théâtre répond d’abord à une exigence et à un choix thématique dans la mise en scène « je pense que le théâtre est fait à la fois pour bousculer la collectivité, nous inquiéter, nous poser quelques questions mais il faut qu’il se passe dans la bonhomie, la joie, le travestissement, la fête théâtrale, la musique et la danse. Pour cela, il faut trouver de beaux textes qui soient des textes costauds et qui ont un caractère poétique, littéraire et une dramaturgie très forte, une dimension sociale et politique ».
Guy Lenoir a toujours été fasciné par l’œuvre d’Amos Tutuola et cette fascination, il faut la rechercher très loin dans le temps. C’était en 1989 lorsqu’il fit sa rencontre à Ibadan au Nigeria et celle de Michel Laforest qui avait auparavant adapté « Ma vie dans la brousse des fantômes ». Fascination ou simple bonheur de mise en scène? « En tout cas, il, me suit toujours depuis 1989 et régulièrement avec de nouveaux artistes je la crée en plusieurs langues et la joue dans plusieurs pays d’Afrique mais à chaque fois avec des artistes différents dans des versions linguistiques différentes » confesse-t-il avant d’ajouter « je l’ai inscrite dans la répertoire d’une action artistique que je mène à bordeaux sous le nom de migrations culturelles aquitaine-afrique »

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Moussa Samba MBOW

« Le peace and love en bandoulière »

Des jeunes qui s’intéressent à la musique sont comme les flacons de parfum de Paris, ça ne court pas beaucoup les rues de Nouakchott. Mais de plus en plus, on assiste à l’entrée de ces derniers dans ce cercle restreint. Moussa est de ceux-là. Il est né à Rosso et grandi comme il le dit entre les deux frontières : comprenez bien la Mauritanie et le Sénégal.

Lui, il ne jure que par la musique et comme d’autres centaines de jeunes, Moussa a choisi de s’orienter dans la musique : « je fais de l’acoustique, du reggae, du zook, du 4 fois 4 musical quoi ! C’est à partir de 1993, que le virus de la musique est entrain dans mon sang. Depuis lors, je suis mon petit chemin mais je n’ai pas encore sorti mon album pour le moment ».
Son domaine de prédilection c’est le peace and love, concept musical qu’il veut propulser et lui donner une nouvelle dimension en Mauritanie : « j’écris des textes qui vont dans ce sens pour lancer des messages de paix et d’amour et montrer que le monde et les peuples sont identiques, uns et indivisibles ».
La musique est très tôt devenue sa passion c’est pour cette raison qu’il est musicien. Mais il y a une explication plus banale : « j’ai des parents qui font de la musique ce qui m’a beaucoup influencé. Je me suis donc dit que c’était peut être là ma vocation, mon orientation ».
Et qu’est-ce qui retarde la sortie de son album ? « D’abord, je n’ai pas encore les moyens financiers nécessaires. Parce qu’aussi j’ai dépassé de prendre des instruments et moi je veux avoir mes propres sons qui seront programmés ou bien avoir un groupe et faire des répétitions. Mais tout cela est très difficile de les obtenir dans notre pays » regrette-t-il.
Son combat à lui, c’est un combat pour la paix, l’amour, l’unité, la liberté mais aussi un combat contre l’injustice et pour l’éveil et la prise en conscience de la jeunesse sur son avenir obnubilée par l’eldorado occidental : « en ce moment, il y a beaucoup de jeunes qui sont un peu déboussolés parce qu’ils ont des problèmes à résoudre. Il faut qu’ils ouvrent leurs yeux, regardent la réalité et la vie d’une autre manière et se mettre sur un chemin qui leur permettra d’aboutir à un lendemain meilleur ».
Des projets, des idées, il en a pleines la tête. En dehors du cadre musical, il écrit des scénarii : « je n’ai pas fait d’école de cinéma. Ce sont des idées qui viennent comme ça et que j’essaie d’écrire. D’ailleurs j’ai écris un scénario sur les clandestins. Quand je vois ça, je me dis que ces jeunes sont seulement désespérés et il faut les appuyer et je pense qu’il faut les faire revenir à la raison. Ils ont choisi d’être des clandestins parce qu’ils sont dans la galère. Ils pensent que la seule solution c’est peut être émigrer puis qu’ils ont vu des jeunes comme eux qui sont partis et qui ont réussi dans leur vie ».
La violence, la drogue, les viols… autant de maux qui accablent la jeunesse. Face donc à cela, on ne peut que s’interroger comment faire pour soutenir ces jeunes qui se retrouvent dans le désespoir absolu ? Ça, il faut avoir le cœur pur pour l’éprouver, un cœur d’humaniste.
« 8-9 qui n’avait pas dit son nom » est un autre projet mais il a décidé de laisser tomber parce qu’il estime que ça peut créer des tollés. Mais pourquoi un tel choix de la part d’un rappeur comme lui ? « Que les populations vivent en paix » dit-il et de rajouter en confessant : « moi-même je suis victime de ces malheureux événements mais comme je l’ai tantôt dit je suis dans le domaine du peace and love. Et ça ne veut pas dire pour autant que je hais mon pays ou encore éprouver de la rancœur pour les politiciens de l’époque ». Ne dit-on pas que la vie est un combat, un combat pour défendre et se défendre.

Babacar Baye Ndiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Sidi Bailel Thiam

Une icône de la musique traditionnelle mauritanienne

Toujours chanter, toujours faire plaisir à ses nombreuses groupies. Sidi Bailel Thiam ? Derrière cet homme de 57 ans, se dissimule une passion très forte pour la musique. Sa voix forte mais naturelle et son style musical très particulier sont tout de suite identifiables. La caractéristique des grands musiciens semble-t-il. Avec lui, c’est tous les rythmes du Fouta qui sont distillés. Enfin presque tout. Son handicap est connu de tous. Est-ce peut-être ce qui l’a rendu quasi célèbre ? Mais, quoiqu’il en soit, ne vous apitoyez pas de ce polygame et père d’enfants, car derrière son handicap, il est un chanteur qui a accepté avec de bonne foi son état de non-voyant, son destin. «C’est la volonté du Tout Puissant et tout émane de Lui » dit-il sans un air de tristesse ou de culpabilité.
Par contre et c’est une évidence, Sidi Bailel Thiam et le Farba Baila(le nom de son groupe) sont toujours à la mode. Ses chants atypiques l’ont d’ailleurs imposé comme l’un des chanteurs incontournables dans le domaine de la musique traditionnelle en Mauritanie. Pendant presque deux tours d’horloge au CCF ce mercredi dernier, il a fait danser sur ses rythmes traditionnels, le public venu assisté à ce concert. Le plus beau ce fut ses trémoussements car sur scène, il devient un autre, il se métamorphose «pour faire plaisir » à ceux qui le regardent. Rien n’est plus émouvant d’entendre sa voix. Les «ah », en particulier, répétés jusqu’à l’ivresse et à chaque fois qu’il chantait un refrain connu, le public ovationnait ou se permettait parfois des acrobaties. Dans le désordre et la cacophonie.
De Fouta, où il est né en 1950, aux concerts et manifestations culturelles, où il arbore le patrimoine culturel mauritanien, Sidi Bailel Thiam mêle le ripo, le wango, le dadali et le nalé. Depuis 1970, Sidi Bailel Thiam et les siens n’ont rien modifié ni leur comportement, ni leur tenue traditionnelle et encore moins leur style musical. Fervent défenseur de la musique traditionnelle, il est aussi un parangon pour la jeune génération qui est venue d’ailleurs lui témoigner toute son admiration. Certainement, un jour, sans lui, on ne parlera plus de musique traditionnelle. A 57 ans, il semble toujours malgré le poids de l’âge en excellente forme, tel un beau diable tout juste sorti de sa cage. Certes aussi, ses sorties sont de plus en plus moins nombreuses mais avec lui, on est certain de passer un excellent moment. Ses chansons laudatives, ses chants populaires ont fait de lui une icône de la musique traditionnelle mauritanienne.

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Maladies Cécitantes

Le Programme National de Lutte contre la Cécité en collaboration avec le lions club de Mauritanie a lancé ce Samedi 2 juin une campagne de dépistage du trichiasis dans la Moughata de Dar-Naim dans le cadre du projet trachome 2007. Cette campagne couvrira toutes les moughatas de Nouakchott jusqu’au 31 décembre 2007.

A en croire le docteur ophtalmologue Jiddou du P.N.L.C.C., la cécité en Mauritanie est un véritable problème de santé publique puisqu’elle touche une grande partie de la population. Et toujours selon lui, le choix de la Moughata de Dar- Naim s’explique par un choix stratégique. « Dar- Naim est l’une des récentes moughatas de Nouakchott. C’est une Moughata où il y a beaucoup de pauvreté. Cette campagne de dépistage nous permettra d’avoir une idée sur la situation sanitaire en matière de trachome et de trichiasis dans la Moughata ».
La situation est loin d’être alarmante et le dépistage concerne tout le monde. Le Programme National de Lutte contre la Cécité en collaboration avec le lions club et les autorités de la Moughata ont fait le maximum d’efforts pour informer les populations. « Nous avons une stratégie que nous allons pratiquer qui est la stratégie du porte à porte ». Toutes les maladies Cécitantes n’ont pas été passées à la loupe. Mais pour ce qui est du trachome, un dépistage a été fait sur l’ensemble du territoire national excepté les wilayas de Tiris Zemmour et de Dakhlet Nouadhibou. Au niveau du Trarza et du Tagant, le taux de cécité est très élevé d’après les tests de dépistage. Des campagnes de dépistages ont été faites et actuellement on est au stade d’évaluation de ces campagnes. Notons à ce propos que chaque année on fait de telles campagnes et à la troisième année on évalue si le taux de cécité a baissé ou augmenté.
Le démarrage de la campagne de dépistage a été rehaussé par la présence du maire et du préfet de la Moughata de Dar- Naim qui se sont félicités tour à tour de cette action humanitaire et ont réaffirmé leur disposition à soutenir cette campagne initiée par le Ministère de la Santé et des Affaires Sociales et financée par le lions club international dont on a noté la présence de l’administrateur des projets «Priorité à la Vue » Madame Myriam Liman membre du lions club la Rose des sables.
La fondation lions club international, comme l’a rappelé madame Liman dans son discours d’ouverture de campagne; est une association à but humanitaire qui est en collaboration avec le P.N.L.C.C. aidé par le Ministère de la Santé dans sa lutte pour supprimer la cécité qui peut être un frein pour le développement puisque les malades ne travaillent pas. La sauvegarde de la vue est une priorité pour la fondation. Le Ministère de la Santé et des Affaires Sociales a décidé dans le domaine de la santé publique de créer dans les chefs lieux départementaux, des centres secondaires de prévention et traitement et des postes de santé et unités de base en milieu rural.
Depuis 1994, en collaboration avec le P.N.L.C.C., des requêtes, selon madame Liman, ont été transmises à la fondation du Lions Club International, pour obtenir de l’aide et créer des centres «Priorité à la vue » à Teyarett, à Aioun, à Kaédi et les doter en bloc opératoire, matériel consommables et pour aider à la formation du personnel ophtalmologique. Le montant total de ces projets est de 601.845 dollars et un de ces projets a été réalisé en collaboration avec Initiative Trachome International(I.T.I) pour la valeur de 87.000 dollars.
Rappelons que le Lions Club de Mauritanie est formé de trois clubs : Lions Club Doyens, Lions Club Caravane et Lions Club la Rose des Sables et de jeunes clubs Léo : Oasis, Palmier et Sahel.
A Dar- Naim, une «soupe populaire » a été offerte par Le Lions Club aux couches démunies de la population avec la collaboration de la Mutuelle de Santé de Dar- Naim et l’ONG «Sida et Nous ». La journée du démarrage de la campagne à Dar- Naim a été clôturée par le dépistage du porte à porte dans plusieurs maisons.

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Exode rural

Le mirage urbain

Ils sont plusieurs milliers, pour la plupart des jeunes, majoritairement originaires de l’intérieur du pays. Leur vie se résume aujourd’hui à un combat de tous les instants pour la survie.

Ils ont abandonné leurs parents, leurs villages, leurs épouses, leurs amis pour se donner une chance de ne pas être comptés parmi les dépourvus ou laisser pour compte de la conjoncture économique. Samba Dia 25 ans, originaire de Kaédi ville située au Sud de la Mauritanie et juste à la frontière du Sénégal explique : « je travaillais dans la menuiserie appartenant à mon oncle. Je suis resté avec lui pendant plus de cinq ans. Maintenant, je veux être indépendant financièrement. Parfois, c’est un peu difficile pour moi. C’était une nécessité de quitter cet atelier pour pouvoir voler de mes propres ailes. Réussir, c’est une autre réalité surtout pour les jeunes issus de l’intérieur ». Samba a bien envie de retourner dans sa ville natale où sa fiancée est entrain de l’attendre, mais il ne peut pas y aller tant qu’il n’a pas amassé l’argent nécessaire pour ses accordailles. Au moment où il quittait Kaédi, il n’avait pas encore fait les démarches nécessaires. Des milliers de jeunes sont logés à la même enseigne que Samba Dia.
Hammadid a 30 ans. Il avait une petite boutique à Tintane. Grâce à son commerce, il subvenait tant bien que mal aux besoins de sa petite famille et de ses parents. Actuellement, il est dans le désespoir selon ses propres thermes. « Ici à Nouakchott, c’est la galère. Je fais tout ce qui me tombe sous la main. Tout ce qui peut me faire gagner, ne serait-ce que de quoi me mettre quelque chose dans le ventre. Souvent, je fais des lavages de voiture. Sinon, c’est souvent le cirage des chaussures. Je fais des rondes au centre ville et on me paie 40 ouguiyas. Mais aujourd’hui, je ne gagne pas le quart de ce que je gagnais en travaillant si durement ».
Aujourd’hui, malgré des efforts déployés dans la promotion de l’emploi, trouver un job dans ces temps qui courent est une véritable casse-tête pour ces milliers de jeunes sans qualification aucune ou qui ont tout simplement un niveau d’éducation moyen ou bas. Pas de politique d’emploi, donc pas de travail disponible. Ces nombreux jeunes sont des milliers et foisonnent les artères de Nouakchott.
Baba a 25 ans. Il crèche seul dans une petite chambre à teyarett et fait de la maçonnerie. Chaque mois, il est astreint de banquer 5000 ouguiyas sans compter les autres dépenses.
« Pour obtenir de quoi subvenir à ces besoins, il faut accepter des travaux occasionnels. C’est dur. La vie est vraiment difficile. Mais, c’est mieux que de compter sur les gens je pense. J’espère bien qu’un jour les politiciens penseront aux populations démunies au lieu de ne penser seulement qu’à assouvir leur propre désir. J’ai laissé ma famille à Ouadenaga pour venir à Nouakchott parce que je n’avais pas le choix. Je suis l’aîné de ma famille et mes parents ont vieilli. Je dois les envoyer chaque mois une certaine somme d’argent pour qu’ils puissent vivre dans la dignité ».
Il y a aussi ceux qui, au départ, y ont cru et aujourd’hui ont réussi après tant d’années de dur labeur. Ahmed est de ceux là. Avec l’argent qu’il a pu mettre en épargne durant cinq ans, il est parvenu à monter sa propre boulangerie avec l’appui d’un de ses amis qui se trouve actuellement aux Etats-Unis. Il dirige maintenant sa propre entreprise qui emploie présentement cinq personnes. Apparemment, tout va bien « je ne me plains pas. C’est une bonne affaire. Hormis les dépenses globales, je peux dire Dieu merci ».
Situation qui ne ressemble pas à celle de Mahmut qui a 29 ans. Il a quitté Guérou il y a aujourd’hui deux ans. « Il m’arrive parfois de ne pas être en mesure de payer le loyer et les propriétaires ne sont pas souvent compréhensifs et peuvent te mettre à la porte à n’importe quel moment. Ce qui les intéresse, c’est seulement leur fric. Je me débrouille afin de pouvoir payer le loyer et avoir de quoi manger. C’est difficile ».
Recherche de l’emploi, espoir, dépassement de soi, volonté de réussir, rêve, désespoir, attente d’un lendemain meilleur…tout ça fait partie de leur vie quotidienne. Tout un chapelet d’obsessions difficiles à égrener pour ces milliers de jeunes volontaires que la ville a alléchés. Là aussi, chacun y va de sa propre survie et parfois l’aventure s’avère douloureuse. Mais, ne dit-on pas que tant qu’il y a vie, il y a toujours l’espoir.

Babacar Baye NDiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Thieub-thieub

Un marché pas comme les autres

Thieub-thieub, c’est un marché de Nouakchott, un marché bien connu des populations. Un marché célèbre, un marché où le bon côtoie le moins bon. Ce marché qui s’étend sur une vaste zone, est un lieu où se rencontrent toutes les couches sociales de Nouakchott.

A quelques minutes du centre ville, en plein Vème arrondissement qui jouxte le VIème arrondissement, Thieub-thieub passe aussi pour l’un des plus grands centres d’approvisionnement pour les populations de Nouakchott. Le «Grand Magasin » en quelque sorte de ces populations. Ici, les tables, les cantines, les dépôts de bois, de ferraille, les boutiques, les étales, les machines à coudre ont pignon sur rue. Pour reprendre un slogan de publicité fort légendaire, on pourrait alléguer qu’ «on trouve tout à Thieub-thieub » : de la friperie pour les faibles et moyennes bourses, du poisson fraîchement amené du port artisanal de Nouakchott, et d’autres marchandises de consommation ou de décors intérieurs comme les moquettes ou les bols paraboliques entre autres à de moindres coûts. Sans parler des condiments, des fruits et légumes, des boucheries, des gargotes démesurées. Et bien sûr, de l’abus de confiance. Car dans ce marché, il semblerait, comme partout d’ailleurs, qu’il y a des gens tricheurs, vicieux, fourbes incroyablement retors.
Thieub-thieub est avant tout un lieu où les populations peuvent trouver ce dont ils ont besoin à moindre prix avec l’assurance de n’avoir que l’embarras du choix. A vrai dire, Thieub-thieub est un marché exclusivement «destiné » aux pauvres qui n’ont que la misère, la détresse et la débine dans leurs sacs à main. Les clients comme les vendeurs viennent de partout : des zones périphériques, de Ksar mais aussi de Teyarett. Ce qui se vend dans ce marché à des prix bas, ailleurs, ça se vend à des prix élevés. D’où la raison qui explique la ruée des populations vers ce marché «particulier » et «pas comme les autres ».
Dans le périmètre du marché Thieub-thieub se sont installé plusieurs grossistes, fournisseurs et détaillants. Dans ce marché, les affaires fonctionnement merveilleusement à la grande joie de tout le monde. Malgré le commissariat qui se trouve à côté, n’empêche que ce marché est souvent considéré, à tort ou à raison, comme le «marché aux voleurs » voire «le bordel ». Il n y a pas de contrôle permanent dans cette zone. L’hygiène et les normes de sécurité, n’en parlons même pas. Ça empeste partout notamment dans la surface où sont installées de petites tables sur lesquelles sont disposés les poissons à vendre et au bord des quelles pullulent des bosses d’écaille. Des eaux usées déversées partout ! Un sol qui écœure ! Ce marché, à l’image des autres marchés de Nouakchott, souffre d’un environnement impropre. Des tas d’immondices et d’ordures gisant par-ci et par-là dans cette zone oubliée des autorités locales et centrales qui laissent en sus cette situation pourrir sans s’engager dans la prise de décisions adéquates. Cette halle déjà, avec celles de 5ème et 6ème, s’étouffe et étouffe les riverains qui n’ont la paix que lorsqu’il se fait tard et que les vendeurs et acheteurs commencent à vider les lieux qui deviennent denses dans la journée, rendant ainsi les deux principales artères de cette zone impraticables. Les marchés eux aussi ont besoin d’études prospectives afin que la Mauritanie ait des marchés ultramodernes dignes de ce nom et non pas des marchés construits dans des conditions ne respectant pas souvent les normes de construction en matière de bâtiment et de travaux publics.

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Réconciliation Nationale

Les femmes plaident pour leur implication

Comment impliquer les femmes mauritaniennes dans le processus de réconciliation nationale déclenchée par les autorités de la République ? Cette question a fait l’objet d’une journée de réflexion organisée par l’Initiative Femmes pour la Paix-l’Unité et la Concorde Nationale sous le thème : «Le rôle de la femme dans le processus de la Réconciliation nationale ». Cette journée de réflexion a permis d’aborder tous les contours relatifs au rôle que doit avoir la femme mauritanienne laquelle doit participer aux efforts de réconciliation nationale en proposant des voies et moyens pouvant déboucher sur des résultats efficaces et palpables.
Cette journée de réflexion, comme l’a rappelé la coordonnatrice de l’IFPUCN, madame Lô Khadijétou Cheikh dans son discours d’introduction, est un apport pour soutenir la recherche et la mise en œuvre de solutions viables et acceptables de nature à rétablir la paix et la concorde nationale. « Ce regroupement, a-t-elle clarifié, est apolitique et se fixe comme objectif la prévention des problèmes nés des violations des droits humains en se fondant sur le droit de vérité et l’exigence de la paix sociale ».
Quel rôle la femme doit-elle jouer dans le cadre du retour des déportés et exilés mauritaniens et le règlement juste et équitable du passif humanitaire ? Comment la femme peut-elle contrecarrer les actions qui peuvent nuire à l’unité nationale et à la stabilité du pays ? Quel rôle la femme doit-elle jouer dans les stratégies de rapprochement entre les différentes composantes de peuple ? Comment peut-on ignorer le rôle que la femme a toujours jouer dans la réconciliation nationale dans l’histoire de notre pays ? Autant d’interrogations sur lesquelles se sont inclinées les femmes pour réaffirmer leur rôle dans le processus de réconciliation nationale et offrir des cadres d’actions pour faire converger leur engagement dans ce processus.
Les femmes se sont-elles senties marginalisées dans les problèmes actuels qui préoccupe la Mauritanie ? En tout cas, dans leur plaidoyer, elles ont fait remarquer qu’elles doivent occuper une place centrale dans la réconciliation nationale. Car, estiment-elles et compte tenu de leur rôle social spécifique, elles doivent être mises en avant au niveau de toutes les actions, aussi bien dans la conception que dans l’exécution de certains dossiers comme l’esclavage, le retour des déportés et leur insertion dans la vie active de même que dans celui du passif humanitaire.
Cette initiative des femmes mauritaniennes, selon Moussa Gandiga Secrétaire Général du ministère de la promotion féminine, de la famille et de l’enfance, s’inscrit en droite ligne dans les orientations du Président de la République qui a tenu ses nombreuses promesses relatives à l’épineux dossier du retour des mauritaniens déportés au Sénégal et au Mali.
Certaines femmes, à l’égard de madame Norma vice-présidente de l’IFPUCN, ont formulé des appels de dépassement par rapport aux incidents malheureux dont les conséquences sont aujourd’hui connues de tous tout en mettant en garde certaines personnes obnubilées par ces événements dramatiques . En engageant des réflexions et des démarches pour parvenir à des solutions consensuelles, les femmes apportent leur tribut à la paix, à la sécurité et à la réalisation de la réconciliation nationale qui passera nécessairement par un règlement concerté sur certains problèmes. Les religieux dont l’impact dans la réconciliation nationale est incontournable ont été associés à cette journée de réflexion sur le rôle de la femme dans le processus de la réconciliation nationale.

Babacar Baye Ndiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Projet de loi sur l’esclavage

Les anti esclavagistes se concertent pour une stratégie d’éradication

Les pratiques esclavagistes, malgré l’ordonnance n° 81.234 de novembre 1981 abolissant l’esclavage, la loi n° 2003-05 du 17 juillet 2003 portant répression de la traite des personnes et la loi n° 2005.015 portant code du travail, ne sont pas encore définitivement éradiquées.
Sur le plan politique, l’adoption de telles mesures constituent certes des avancées significatives mais elles restent inopérantes en raison du manque de mise en œuvre d’une tactique de communication appropriée.

Les efforts normatifs jusque là entrepris par les autorités ne semblent pas limiter le problème ni satisfaire les expectatives. C’est dans ce cadre, conformément aux engagements des pouvoirs publics, le législateur est appelé à renforcer les règles en vigueur relatives à l’esclavage en incriminant et en réprimant les pratiques qui lui sont associées. Ainsi donc, par ce projet de loi portant incrimination et répression de l’esclavage, les autorités de la République «visent l’élimination de toutes les tares héritées du passé, la promotion d’une culture d’égalité, de tolérance et de citoyenneté et la mise en place de conditions favorisant le progrès et l’émancipation de tous les mauritaniens. »
Les organisations de défense des droits de l’Homme, SOS Esclaves, le FONADH et l’AMDH, ont organisé une journée de concertation pour une stratégie nationale d’éradication des pratiques esclavagistes en Mauritanie en rapport avec ce projet qui «vise à mieux combattre les pratiques esclavagistes en définissant le crime et délits d ‘esclavage et les peines qui leur sont applicables. » Ce projet de loi, selon l’exposé de motifs présenté par le Premier ministre, harmonise ainsi notre législation avec la convention de Genève de 1926 relative à l’esclavage à laquelle la Mauritanie a adhéré le 6 juin 1986.
« Même si l’égalité de tous les citoyens, sans discrimination aucune, lit-on toujours dans l’exposé de motifs, est un principe fondamental, constitutionnellement reconnu par tous les textes fondamentaux depuis notre indépendance, la persistance d’inégalités effective a, néanmoins continué à entretenir la discorde et les divisions. »
Aucun acte réglementaire n’a jamais été pris sur le plan de la mise en œuvre pratique pour faciliter l’application des dispositions de l’ordonnance n°81.234 de novembre 1981. Jusqu’à aujourd’hui, cette situation se caractérisait par un manque de définition de l’acte comme un crime et non comme une justification par l’Islam. L’esclavage survit, avec des pratiques anciennes et nouvelles et des manifestations visibles ou invisibles. D’où, selon SOS Esclaves, la double exigence d’opportunité et d’urgence de lui trouver une solution juste et durable.
Sur le plan juridique, l’esclave est considéré comme une propriété, un bien meuble. Rappelons à cet égard que les moindres plaintes et démarches entreprises pour dénoncer les faits relatifs à cette pratique inhumaine n’ont pas réussi à provoquer la moindre sanction contre les fautifs. SOS Esclaves regrette aussi que «les organes d’information, le plus souvent dénaturent les faits et peignent les militants anti- esclavagistes sous des jours sombres » et fait remarquer que «la plupart des agents chargés de la sécurité et de l’ordre ont eu des attitudes de complicité avec les auteurs de crimes d’esclavage, au moins de complaisance ».
La journée de concertation pour une stratégie d’éradication des pratiques esclavagistes en Mauritanie fut une occasion pour les participants de plaider pour une élimination définitive de cette pratique hideuse et de faire des amendements au projet de loi portant incrimination et répression de l’esclavage. Mais, cependant, ils ont noté que «l’état continue de brandir, sans les traduire par des actes concrets, ses lois abolitionnistes et sa juridiction à deux vitesses. »

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

L’UFP face aux questions de l’heure.

Le bureau national de l’Union des Forces de Progrès s’est réuni ce jeudi 10 mai en session extraordinaire pour procéder à de larges informations, définir la politique du parti pour la période actuelle et se pencher sur sa situation organisationnelle. L’ensemble de ses questions ont été abordées au cours d’un point de presse tenu au siège du parti hier matin.

A l’issue d’un point de presse consacré à l’évaluation de la présidentielle de2007, le BN de l’UFP a estimé que les résultats du premier tour ont été en deçà de l’influence du parti, du fait des difficultés rencontrées dans la disposition des ressources humaines et en matière de communication, dans un contexte identitaire dominant.
Lors de cette réunion, le BN de l’UFP a évoqué la situation actuelle du pays, l’unité nationale, le retour des déportés, l’éradication de l’esclavage, la lutte contre la corruption ainsi que le rôle et la place des forces armées dans les instituions républicaines .
Et par rapport aux forces armées et aux forces publiques, le BN a suggéré que les mesures indispensables soient prises pour améliorer les conditions d’existence des officiers et des soldats, leur assurer un système de promotion équitable et transparent.
Dans ce chapitre, le BN a dénoncé « la volonté de certains officiers de l’ex-CMJD d’exercer leur hégémonie sur la direction des affaires du pays » et s’est inquiété « des supputations relatives à une institution chargée de la sécurité, non conforme aux lois et règles de la République ».
La prévalence du gouvernement technocratique actuel, les dangers de récupération par le Mithaq, l’éventualité d’un coup d’état en cas de crise institutionnelle grave et enfin, la possibilité d’un gouvernement de large consensus, lit-on dans le communiqué de presse, sont les scénarios qui découlent de l’évaluation de la situation par le BN.
La prise en charge des populations démunies et de leurs préoccupations quotidiennes a été au centre des discussions. Le BN « a décidé d’accorder une attention prioritaire à ces questions en particulier dans les secteurs spécifiques comme ceux des jeunes, des femmes, des travailleurs, des paysans et des opérateurs économiques ».
Le BN est revenu sur la découverte de quantités de stupéfiants qui indique, selon lui, que les maffias internationales agissent dans notre pays en complicité avec des réseaux mauritaniens, révélant ainsi la criminalisation de l’économie mauritanienne. Enfin, les membres du BN de l’UFP a appelé les partis représentés au parlement, l’ensemble des forces patriotiques et tous les mauritaniens qui se soucient de la salubrité de notre économie, à une compétition honnête et transparente entre les opérateurs ainsi que de la préservation de l’éthique et des valeurs morales.


Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

Tabagisme: Les jeunes et la cigarette

Aujourd’hui, beaucoup de jeunes fument sans savoir pourquoi. Mais, savent-ils véritablement les conséquences du tabagisme ? Le fait de fumer est-il devenu chez eux un simple plaisir, une forte dépendance ou un acte de liberté ?

Qui n’a pas vu sur les paquets de cigarettes inscrits visiblement « abus dangereux pour la santé » ou « nuit gravement à la santé ». Qui n’a pas remarqué, dans les rues, à coté des écoles, dans les boites de nuit, entre amis autour d’une table, des jeunes à la fleur de l’age pétuner, piaffant comme des marmots.

Il n y pas d’age précis pour tirer les premières bouffées. Cependant, le constat est là : on fume n’importe où, n’importe comment, comme on veut et quand on veut. Ailleurs, comme par exemple en Europe, des mesures restrictives ont été prises pour diminuer la consommation de cigarette notamment dans les lieux publics. De telles mesures sont accompagnées par d’autres mesures substitutives.

Et les réfractaires sont souvent passibles de peines disciplinaires ou financières. Qu’en est –il de la Mauritanie ? Les autorités, en premier lieu le ministère de la santé, ont-elles joué pleinement leur rôle ? Certes, à la télévision, à la radio, dans les journaux, il est très rare de voir, d’entendre ou de lire des spots publicitaires relatifs à la cigarette. Par contre, on voit dans la ville de Nouakchott, de grands tableaux publicitaires sur la cigarette partout.

C’est évident que c’est une véritable manne financière pour les autorités voire même une vache laitière. Mais, doivent-elles privilégier l’argent au détriment de la santé des populations de manière générale et de la jeunesse en particulier ? Malgré des efforts et des campagnes de sensibilisation, des journées de lutte contre le tabagisme, des initiatives privées, la cigarette gagne de plus en plus la jeunesse.

Pas de législation, pas de protection donc. Mais, ne dit-on pas que le tabagisme a ses raisons que la raison ne connaît pas. Alpha est un élève en classe de quatrième au collège EL Hadj Omar Tall. Il a débuté à fumer à partir de 17 ans « j’ai tiré mes premières bouffées pour faire comme les copains copines.

Ce sont les filles en partie qui m’ont poussé à fumer. Question d’être un gentleman à leurs yeux. Mais, parfois, il m’arrive de vouloir abandonner mais c’est trop difficile ». Si certains peinent à se débarrasser de la cigarette, d’autres par contre, ont tiré leur épingle du jeu « Je fumais.

Mais quand les conséquences ont pris le pas sur mon plaisir, je me suis dit qu’il fallait arrêter de fumer » nous raconte un ami de alpha et d’ajouter « des mois durant, j’ai accumulé toutes les raisons de stopper sans pouvoir me décider ». Fumer donc est-ce un plaisir ou une dépendance ?

Les réponses dans ce domaine dépendent des uns et des autres. Ce qui est étonnant, c’est que les jeunes qu’on a rencontrés filles ou garçons, n’ignorent pas les conséquences (maladies respiratoires, cancer du poumon, gorge en feu, cancer de l’utérus…). Ce qu’ils ignorent par contre c’est quand et comment cesser de fumer. Et pourtant, des méthodes de cure anti- tabac ou de dépistage existent.

Mais pour ceux qui ne se sont pas encore décidés à laisser tomber, il existe des solutions simples comme par exemple, prendre des clous de girofle avec du miel, prendre un verre de lait la nuit avant de dormir ou tout simplement prendre de la gomme arabique qui est très efficace contre les maladies pulmonaires.

Talibouyah a commencé à fumer à partir de 16 ans et selon sa propre expression, c’est la folie de la jeunesse qui l’a poussée à fumer et c’est devenu chez lui un plaisir. « j’ai toujours envie de fumer mais j’ai mis dans ma tête quand j’arrive à un certain age que je vais cesser de fumer » et à la question de savoir s’il lui quelquefois de vouloir tout simplement laisser tomber, il répond : « oui, cela m’est arrivé une fois et j’ai abandonné pendant 6 mois. Maintenant, j’ai repris ».

Même si la cigarette est un stimulant qui permet d’être en forme, de redoubler d’efforts comme le laissent croire certains jeunes, il arrive parfois de lasser ce qui explique qu’on abandonne à un moment pour reprendre quelques jours ou quelques mois plu tard.

Lala aicha à 18 ans, elle est sublime et à travers un sourire qui fait rêver, elle lâche naturellement « parce que j’avais des amies qui fumaient et j’avais envie de voir ce que c’était, voilà. Je me sentais trop bête. Tout le monde fumait et moi je les regardais comme une enfant de 3 ans. Ça m’énervait. Et hop, c’était parti. Je ne peux pas rester une heure de temps sans allumer de cigarette. Il ne m’est jamais venu à l’esprit de vouloir abandonner. Je sais très bien les conséquences mais je m’en fous. Par contre, si je suis mariée je vais abandonner ». Et sa petite amie de rajouter: « quand on fait quelque chose par plaisir, on s’en fout des conséquences même si on va crever ».

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

La justice, les prisons, les prisonniers

Privations de liberté, de sommeil, châtiments corporels, décrépitude, supplices, tortures, brimades, insultes…Voilà des actes QUE subissent souvent les prisonniers et qui font partie de leur quotidien carcéral dans les prisons. La plus célèbre d’entre elles, c’est incontestablement celle de Oualata. Dans cette prison appelée aussi «le mouroir de Oualata », combien étaient-ils à être victimes de la honte, du mal et de la turpitude ? Sans parler de la prison centrale et autres prisons ? Des actes malheureusement passés sous silence avec la complicité béante des autorités policières et judiciaires qui semblent opter pour la continuité de tels actes rétrogrades et primitifs ! Sans pour autant prétendre se substituer à la place du diable ou cautionner certains délits, ces prisonniers, ils ont droit à un traitement humain et digne, quelle que soit la nature de leur forfait. Car, leurs droits sont inscrits dans notre charte fondamentale ; car, ce sont des personnes qui respirent, des personnes comme vous et moi. Et, il faut, ne serait-ce qu’une seule fois, prêter attention aux infortunes, au récit des victimes de tels actes ou de converser avec elles pour pouvoir capter l’image de leur souffrance physique et morale, pour comprendre aussi combien parfois certains hommes sont cruels, cyniques et sans rémission. Mais surtout comprendre combien le sort de ces prisonniers est dramatique : pas de bonne nourriture, pas de vêtements, pas de lits, de couverture, de l’électricité, des sanitaires chimiques, de l’eau pour se laver, pas de télé pour suivre les déplacements du Président de la République et ses accompagnateurs, les séminaires des ministres, les avions qui s’écrasent comme des châteaux de cartes…ou de suivre les sarcasmes de Bot Maghour et sa bande tous les mardis soirs. En réalité, ce qui se fait dans «nos » geôles, loin de tout regard, de toutes curiosités, de toutes critiques, n’indiquent pas succinctement que les autorités «d’en haut » veulent «démolir » ces vieilles pratiques avilissantes dignes d’un régime stalinien, hitlérien et mussolinien. Sans compter parfois les informations ratiboisées à coup de matraque sur les prisonniers qui ne bénéficient d’aucune assistance judiciaire dès les premières heures de leur appréhension. Encore moins d’assistance psychiatrique durant leur séjour carcéral ou leur sortie de prison. Et, dans ce chapitre, aucune disposition juridique n’est entrevue pour interdire la torture et prévoir des poursuites contre leurs auteurs qui agissent la plupart du temps dans l’impunité et dans un froid clair-obscur. Le code pénal mauritanien étant lacunaire sur ce plan. Un code pénal taillé sur mesure pour cacher la silhouette des bourreaux et leurs bévues. A ce propos, les organisations de défense des droits de l’Homme ont émis plusieurs fois des souhaits pour une révision du code pénal. Mais en vain. Des centaines de prisonniers croupissent toujours dans «nos » geôles sans être cloués sur leur véritable sort et leur avenir du fait d’une justice souvent pataude et passive. Ajoutées à cela, les mauvaises humeurs de certains magistrats qui envoient comme bon leur semblent des innocents dans les prisons du fait de leurs pouvoirs trop exorbitants. Dans ce sens, au regard de tout cela, une réforme de la justice, plus que jamais, devient une urgence, une nécessité pour se mettre à l’air du temps et esquiver surtout que les ressorts de cette machine ne s’enlise pas dans les outrages du temps. Même si, depuis le 3 août 2005, il y a eu moins d’arrestation politique, contrairement aux rudes époques de Taya où on était appréhendé, emprisonné et torturé pour ses idées, force est de reconnaître qu’en matière d’arrestation civile, beaucoup de choses restent à faire. En outre, la plupart des prisons sont exiguës, pleines et dans état de délabrement inquiétant. Il n y a aucune norme de sécurité. Les récentes représailles dans l’une des prisons des prisons de Nouakchott qui ont abouti à l’échappée de plusieurs détenus corroborent cette situation alarmante. Les prisons constituent-elles des solutions, des remèdes ?

Babacar Baye Ndiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

Khattou Bint Boukharry!

L’épouse du chef de l’Etat, Khattou Bint Boukharry, tient incontestablement une position prééminente auprès de son mari, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Président de la République.

Consciente donc des actions qu’elle doit mener sur le front humanitaire, elle a créé, elle aussi, sa propre fondation qui porte d’ailleurs son nom. Cette fondation présentement s’active auprès des populations de Tintane pour apporter sa contribution. Mais la fondation est-elle une solution à la réduction de la pauvreté ?

Personne ne remet en doute que madame Khattou Bint Boukharry, première dame de la Mauritanie ait, elle aussi, sa fondation.

Qu’elle ait la magnanimité d’assister les populations démunies, de contribuer efficacement et personnellement au développement économique et social du pays, de lutter sans relâche contre toute forme de violences envers les femmes et principalement les enfants !

Qu’elle apporte son contrefort aux handicapés et aux personnes âgées ! Qu’elle veuille aider les populations sinistrées victimes de catastrophes naturelles comme elle est en train de le faire à coté des populations de Tintane ! C’est fort bien.

Elle n’est pas la première et ne serait pas la dernière à le faire. Car, c’est presque une coutume institutionnalisée. Toutes les premières dames ont leur fondation ou leur association. Ces fondations, la plupart du temps, ont un but essentiellement humanitaire.

Comment établir un cadre de proximité entre le Président de la République et les couches défavorisées ? Cette action revient à la première dame, madame Khattou Bint Boukharry qui doit véhiculer le message humanitariste du chef de l’Etat.

De tout le temps, les premières dames ont joué des rôles incontournables dans les affaires présidentielles et nationales, du fait de leur statut particulier de première dame. Cette situation leur confère donc une certaine ascendance décisionnelle et des prérogatives que ne leur confèrent ni la constitution ni la loi. Mais ceci ne crée-t-il pas des immixtions de prés ou de loin dans la gestion des affaires de l’Etat.

S’il est vrai que nous sommes dans une République qui garantit la liberté d’expression et la liberté de presse, s’il est vrai aussi que nous pratiquons la bonne gouvernance et la transparence financière, il serait bon d’éclairer la lanterne du citoyen lambda sur la fondation elle-même.

Son utilité véritable ? S’il a un rôle politique à jouer ? d’où proviennent les fonds de la fondation. Les enquêteurs de la fondation sont-ils banqués et par qui ? Sur quels critères ont-ils été choisis ?

A combien s’élève son budget ? Est-elle juridiquement légale c’est à dire reconnue par le ministère de l’intérieur ? A-t-elle un rôle politique à jouer ? En tout cas, on ne peut dissocier l’action de la première dame et celle de son mari dans certaines affaires. Autant d’interrogations. Et mieux vaut aller chercher des fantômes que d’attendre des réponses claires.

La Mauritanie n’est pas encore un eldorado pour se permettre certaines dépenses ou charges financières. Cette fondation gagnerait à ne pas reproduire les mêmes maladresses de certaines associations dont les deux tiers des fonds sont détournés par des êtres en chair et en os, des responsables sans préoccupations morales et sans pudeur ni scrupule.

La première dame avait-elle une fondation ? Non ! Alors pourquoi d’être la première dame pour avoir sa fondation. La raison est très simple et compréhensive. C’est que maintenant, l’argent est disponible, coule à flots. On peut en faire ce qu’on veut sans contrôle ni audit. D’ailleurs, quel est cet inspecteur de l’Etat qui aura le culot, osera de fourrer son nez dans cette fondation ?

On n’y peut rien. C’est comme ça. Ça fait parti des arcanes de l’Etat

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

Les misères d’une presse!

Une fois n’est pas coutume. Si l’on fouinait dans les misères du métier de journaliste, dans les misères d’une certaine presse écrite de la RIM. Si, pour une fois, on confessait sans retenue, sans détours et à cœur ouvert, la vie des journalistes de cette presse écrite c’est à dire ses souffrances qui lui empêchent de vivre mieux dans le meilleur des mondes possibles. Objectivement, à quelques exceptions près, quel est cet organe de la presse écrite qui émerge vraiment, évolue clairement, bref s’en sort ?

Quelle est cette presse, qui peut se targuer d’être dans des conditions confortables ? Quel est ce journaliste qui peut s’enorgueillir d’avoir trouvé une autosuffisance financière ?

La preuve, beaucoup d’entre eux exercent d’autres fonctions parallèles. Ils sont instituteurs, professeurs et je ne sais quoi davantage. Parce que, il faut le dire, les salaires sont misérables et ironie du sort, les patrons se sucrent sur le de leurs employés(les journalistes).

Nous le savons tous : les journalistes vivotent, souffrent et ne sont point mis dans des conditions dignes de ce nom. Quittons maintenant ce chapitre pour parler de la liberté de presse et d’expression qui n’existe que de surface. Il n y pas véritablement de presse entièrement libre du moment où nous avons «la trouille » de publier ce que nous pensons et devons dénoncer. S

ur un autre front, le journaliste n’échappe pas aux coups de gueule de certains milieux politico-affairistes. Aux risques de poursuites judiciaires voire même d’emprisonnement.

Pour preuve : les journalistes subissent parfois des menaces de mort, des intimidations de toute nature. On les empêche, je ne sais pour quels motifs, d’accomplir convenablement leur métier.

D’un autre côté, entre le pouvoir et la presse, c’est souvent l’éternelle impossibilité de la cohabitation du chat et du chien. Cette presse écrite là, dont on claironne à longueur de journée son rôle primordial, ne vit que de misères, de miettes. Pas des ventes comme le croient certains.

Mais des abonnements. Et là aussi, ce n’est pas facile de percer pour certains. Il faut avoir des atomes crochus pour en bénéficier. Les subventions et les cartes de presse professionnelles promises par l’état tardent à voir le jour. Pendant ce temps là, que fait la HAPA ?

A vrai dire, nous pratiquons un journalisme d’amateur et rien n’est fait pour être dans «l’air du temps ». On ne développe pas une entreprise médiatique sans faire suivre les moyens. Pas n’importe lesquels ? Même pour aller à un reportage c’est la croix et la bannière.

Et le comble dans tout ça, c’est que parfois plus de deux journalistes sont obligés de se partager le même appareil photo, le même baladeur enregistreur. Comment peut-on faire du bon journalisme dans ces conditions ? En tout cas, ce n’est pas demain la veille. Toutes nos chaussures sont éculées et poussiéreuses…Zut !

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

Dur, dur d’être enfant de la rue!!!

Les enfants sont l’avenir d’une nation a-t-on coutume de dire. Ce n’est pas certainement ces enfants dont la tranche d’âge varie entre 7 et 15 ans qu’on associerait à ce principe séculaire.

Car, ces enfants de la rue vivent des situations dramatiques et inhumaines victimes souvent de malnutrition, d’accidents de la route, de violences, de toutes les corvées imaginables de la part de leurs «tuteurs ».

Ces enfants ne sont point protégés par les lois de leur République et leur droit à un avenir sain n’est point respecté. Qui ne les a pas vus, au bord des carrefours, des mosquées, des marchés en train de tendre lamentablement leurs mains droites en bravant parfois des situations scabreuses et mortelles. Ces images choquantes ne devraient laisser personne indifférente.

Les bonnes paroles ne viendront pas à bout de la mendicité des enfants tout court. Seuls un changement viscéral des mentalités et un engagement politique fort peuvent y parvenir.

Ces enfants aux regards pitoyables sont livrés à eux-mêmes, contractant souvent des maladies d’une autre époque, se débattant contre la mort ou vivant dans des conditions d’hygiène et de vie insalubre et exécrable. Ces enfants de la rue rencontrent tous les supplices de la vie, ignorent l’épanouissement et la joie de vivre.

La lutte contre la mendicité des enfants de la rue doit s’inscrire dans une campagne de sensibilisation, dans une lutte plus globale contre la pauvreté. Faudrait-il que nos législateurs votent une loi caractérisant la mendicité comme un délit ?

Encore faudrait-il associer les organisations qui défendent le droit des enfants et surtout combattre le mal par la racine à savoir en conscientisant les parents qui continuent d’envoyer leurs enfants «dans la gueule du loup » ? Car, à vrai dire, dans ces supposées «écoles coraniques », l’unique chose que les «maîtres » apprennent aux enfants durant leur séjour, c’est comment mendier.

Les enfants restent des enfants et il nous appartient de les tracer un avenir meilleur que celui lequel leurs parents les a jetés inconsciemment. Aidons-les à sortir de ce canevas et ne soyons pas complices de cette situation écœurante !

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

Quand le Ministère de la Culture et de la Communication donne le mauvais exemple !

L’absence des représentants du Ministère de la Culture et de la Communication, ce mercredi 27, au CCF, à l’occasion de la conférence sur «la stratégie nationale pour le cinéma » en marge de la SENAF, est tout simplement irrémissible, burlesque voire un opprobre.

Ce congé explique non seulement un manque de considération viscéral, mais il soulève également des interrogations quant aux déterminations véritables et politiques du Ministère de la Culture et de la Communication de faire avancer ou faire bouger l’Art et la Culture en Mauritanie.

En n’étant pas présents à la conférence, les représentants du Ministère de la Culture et de la Communication ont déshonoré le cinéma en Mauritanie et plus particulièrement Abderrahmane Ahmed Salem qui ne savait plus quoi faire sinon se disculper au près du public qui était venu assister à cette conférence qui n’a pas eu lieu finalement.

Ainsi donc, ils donnent raison à ceux qui ont toujours pensé ou plutôt reproché au Ministère de la Culture et de la Communication, son laxisme, son manque de soutien et de volonté politique à l’égard des arts et de la Culture. Pour éclore comme les pétales d’une fleur, notre cinéma national n’a pas besoin de mauvais exemples encore moins des représentants insoucieux.

Et au lieu de voler au secours de notre cinéma qui était presque à l’article de la mort, les autorités du Ministère de la Culture et de la Communication ont démontré une énième fois de plus que nous ne pouvons pas compter sur elles !

Hélas donc, pourra-t-on continuer indéfiniment, au mépris de l’Art et de la Culture, à compter sur un ministère dont l’unique talent est de nous abreuver des balivernes, des discours sans valeur et stériles, des promesses platoniques pour faire garder une bouture d’espoir et de confiance dans nos esprits ? Cette méthode assassine de faire rêvasser a fait son temps.

Elle a entraîné des leurres dans le cœur de ceux qui sont concernés par les arts et la culture, trucidé des initiatives o combien porteuses de fruits. Le Ministère de la Culture et de la Communication serait-il en train de se détourner de ses devoirs primaires à l’égard des cinéastes qui ne demandent pas trop ? Nous savons tous que ce n’est pas l’imagination et l’esprit d’initiative qui font défaut à la maison des cinéastes.

Loin s’en faut. Malheureusement et c’est dommage que la véracité dans le domaine de la Culture et de la Communication soit encore rébarbative et désarmante. Non, le Ministère de la Culture et de la Communication, n’a pas véritablement changé même si ceux qui y font la pluie et le beau temps tambourinent des airs de bonne volonté, claironnent à longueur de journée leurs desseins de bien faire et de bien réussir.

Certes, on peut bien faire à moins qu’on ne le veuille pas. Mais, s’il vous plaît, ne nous donnez plus l’occasion de gribouiller sur ce qui précède…et à y voir de près, nous avons parfois l’impression que ce ministère remet l’ouvrage sur le métier chaque fois. A quand la véritable rupture dans la pratique des choses ?

Babacar baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

La marche irréversible de l’Histoire!!!

Beaucoup de personnes, par étroitesse d’esprit, ne savent pas ou ignorent naturellement que l’Histoire, la Grande Histoire, lorsqu’elle est en marche, on ne peut l’appréhender, fut-on descendant d’Hercule.

Pour preuve, la trajectoire des pays dits «grandes démocraties » a été souvent jalonnée par des événements souvent douloureux certes mais denses de moralité du point de vue historique, morale, philosophique et politique.

Nous osons croire, même si comme le prétendent certains esprits brillants que comparaison n’est pas souvent raison, que la Mauritanie est en train d’arpenter la bonne piste elle aussi en essayant de sublimer, avec courage et détermination, autant dire tant bien que mal son passé douloureux et épisodique.

Peu importe, dans ce cas, qu’il y ait des personnes de mauvaise foi, des personnes enrubannées par le Diable qui essaient de secouer dans l’ombre les amarres de la barque dans laquelle nous sommes embarqués.

Parce que tout simplement, l’Histoire de notre République est en marche, une procession irréversible et inébranlable. Parce que maintenant, il est permissif de rêver, il y a des hommes et des femmes épris de justice sociale, de paix et de stabilité qui veulent recoller à leur manière les mille tessons de la bouteille, de réconcilier la Grande Mauritanie qui exige aussi de ses fils, de nous de la grandeur.

Parce que la volonté politique qui anime «ces hommes et ces femmes » laisse présager incontestablement des lendemains meilleurs. Car, les grands dossiers, ces dossiers encombrants – passif humanitaire, esclavage, déportés – qui n’ont jamais trouvé une oreille et un cœur sensibles, une issue et un règlement convenable, sont en train d’être pris à bras-le-corps par ces hommes et ces femmes.

A ceux-là, les générations futures leur seront redevables et reconnaissantes. Nous avons tellement envie de glapir bravo à eux tellement ça apporte du baume au cœur. Des ambitions, des initiatives que certains, ceux qui veulent enfouir la marche de l’Histoire, s’acharnent, on ne sait pour quelles raisons, à contenir.

Déterminés à résoudre ces problèmes, les pouvoirs publics n’entendent pas se laisser coiffer sur le poteau. D’ailleurs sur la question du règlement définitif du retour des déportés mauritaniens, des missions officielles sont parties pour essayer de voir comment coordonner ce vaste programme du retour des déportés.

L’horizon, pour ces «démolisseurs » de l’Histoire, se couvre d’autant que leurs actions ne suscitent guère de réaction immédiate. Bref, cette sorte de ligne rouge qui existait et existe encore entre les communautés disparaîtra à jamais un jour qu’on le veuille ou pas. Comment donc ne pas approuver et être sensible à ce qui est en train de se faire ?

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

La Faculté de médecine

En Mauritanie, c’est la mode. Il suffit qu’une personne influente décide que telle chose se fait à telle date, tel lieu pour que le projet soit lancé sans que cela réponde à une exigence de développement et de bien être social. Or, nul n’ignore que tels projets demandent du temps, de l’argent et bien sûr du sérieux.

Combien de créations, de projets qui devaient être bien réfléchies et bien étudiées sont nées dans la précipitation et sans études de faisabilité fiables. Une œuvre universitaire aussi grande qu’une grande faculté de médecine mérite-t-elle d’être fondée dans la plus grande anarchie, sans aucune concertation, entourée d’indifférence, emmitouflée dans l’anonymat absolu. Les mauritaniens savent-ils qu’ils ont une faculté de médecine ?

Quelle faculté ? Un bâtiment perdu au milieu d’une lucarne de l’hôpital national. C’est de là que la première promotion de futurs médecins subira une formation.

C’est là que des générations vont être sacrifiées sans pour autant bénéficier d’une formation académique et scientifique qui tiendrait en considération les exigences de qualité en matière d’offres de services hospitaliers.

Ces futurs médecins, sur quels critères de sélection ont-ils été choisis ? Et par rapport aux futures formations, les nouveaux bacheliers vont-ils être inclus dans cette phase de formation qui ne devait concerner que les nouveaux bacheliers ?

Ce n’est pas en formant des médecins, des infirmiers, du personnel soignant qu’on va venir à bout du manque de personnel criard dans les structures hospitalières du pays.

La création de cette faculté de médecine a été bien accueillie mais l’efficacité d’un tel projet laisse à désirer surtout dans sa mise en homogénéité. Le manque de concertation aussi dans ce projet a suscité beaucoup de mécontentement.

Alors qu’il urge de réformer le secteur de la Santé dans notre pays, il serait préférable de se pencher bien sur la balance en vue d’esquiver que la Mauritanie ne périclite.

Dans ce projet de grande envergure, est-ce que les moyens nécessaires ont été débloqués dans la réalisation d’un tel projet qui demande beaucoup de perspicacité et de sérieux. La Mauritanie dispose des professeurs éminents capables d’impulser cette entreprise mais faudrait-il encore qu’ils soient associés à cette œuvre.

Certes, la création d’une telle faculté répond à une exigence de demande de services de plus en plus forte. Il ne faudrait pas non plus omettre qu’un tel projet exige des laboratoires modernes, des recherches académiques entre autres. Et sur quelles bases les enseignants de cette faculté ont-ils été choisis ?

Avec un enseignement de plus en plus au rabais faut-il encore commettre les mêmes impairs en créant tous azimuts des facultés qui n’apporteront rien à l’enseignement universitaire mauritanien sinon que de l’appauvrir. Déjà, l’université de Nouakchott est abandonnée à elle-même, aucune perspective d’avenir ou de restructuration pour la sortir de son sommeil profond. Dans ce cas, faut-il accroître à la médiocrité, la médiocrité ? Certainement pas.

Babacar Baye NDiaye

( 4 octobre, 2007 )

L’affaire de la drogue : où en sommes-nous ?

Celle ci défraye encore la chronique. Pour preuve, les saisies se suivent. La drogue suscite beaucoup d’inquiétudes, d’interrogations, de supputations créant beaucoup de remous dans l’opinion.

Au vu de la lenteur judiciaire qui entoure cette affaire peut-on donc penser qu’elle a été classée dans la layette des «affaires indésirables » ? Ou alors les autorités en charge de cette affaire sont-elles en train de faire un travail de fourmi pour pouvoir appréhender les personnes concernées de près ou de loin par cette affaire ? La question taraude les esprits de tous les mauritaniens : où en est l’affaire ?

Jusqu’à présent, ils n’ont rien compris de cette affaire nébuleuse, leur lanterne n’étant pas toujours éclairée. On se demanderait même si elle ne serait pas purement et simplement étouffée par les pouvoirs publics qui, pourtant, au début de son éclatement avaient affiché leur ferme volonté de «faire toute la lumière », leur détermination à remuer ciel et terre pour trouver les responsables qui avaient introduit frauduleusement ces importantes quantités de drogue dans notre pays et de les traduire en justice qui qu’ils soient.

Certainement, ce n’était pas un spectacle de chahut que nous offraient les pouvoirs publics. Car, depuis lors, les mauritaniens n’ont rien «entendu » sur cette affaire.

Même si, il y a eu des suspects qui ont été appréhendés, nous serions tentés de croire que nous sommes en train d’assister à un étouffement «complice » de cette affaire extrêmement complexe et encombrante parce que tout simplement, selon certaines rumeurs, certaines présomptions, beaucoup de personnalités, de grandes personnalités, civiles, politiques ou militaires, bien connues, seraient mêlées jusqu’à la moelle de leurs os dans cette affaire.

Nous savons tous que ce ne sont pas les pauvres qui font ou feront entrer d’importantes quantités de drogue dans le pays par le biais des frontières, du port ou de l’aéroport. Nous savons aussi que des pots de vin sont souvent reçus par les responsables de ces sites pour faire passer invisiblement la drogue.

Dans ce pays, par le biais de ce commerce illicite, beaucoup de personnes sont devenues millionnaires ou milliardaires. Nous cacherait-on des vérités fracassantes dans cette affaire ? Des têtes vont-elles tomber ? Pour le moment, rien ne présage qu’on assistera à l’implosion de la vérité vue les lenteurs et les «obstacles » qui obstruent cette affaire dense de mystères.

Sauf si les autorités accéléraient le pas en mettant les bouchées double. La drogue, c’est une affaire, un cercle de réseaux hyperstructurés difficiles à démanteler. Mais là n’est pas le véritable problème. D’où les questions suivantes : les autorités vont-elles faire profil bas au détriment de la vérité ?

Où vont-elles combattre l’enrichissement illicite de cette catégorie qui s’enrichit d’un coup de baguette magique ? Les autorités en charge de cette affaire auraient-elles desserré le poing ? Tout porte à le croire sauf si…on nous disait où en est l’affaire ?

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

Une autre image de Nouakchott

Des égouts qui dégorgent à longueur de journée, de la fumée piquante provenant de déchets carbonisés, des espaces transformés en dépôts d’ordures, des tas d’immondices jonchant les périphéries des routes, des eaux usées déversées partout…Nouakchott ventre-saint-gris ! est en train de s’effondrer sous le poids des saletés.

Nos espaces naturels, s’ils n’ont pas déjà disparu, sont dans un état de décrépitude très inquiétante. Et aucune mesure n’est prise jusque là pour parer à cette prolifération vertigineuse de ses «plaques d’impuretés » dues à la folie et à l’acharnement des hommes sur notre écosystème qui est de plus en plus acculé.

S’il ne l’est déjà. Ajoutée à cela, la pollution atmosphérique qu’engendrent ces «bus », ces tacots, ces vieilles carcasses d’une autre époque. Et en sus, des embouteillages de plus en plus taquinants et insupportables occasionnant ainsi des pertes de temps considérables et inestimables pour notre économie. Sans parler des charrettes qui encombrent les grandes artères de la capitale et des édicules construits souvent à proximité des routes.

A vrai dire, Nouakchott ressemble à tout sauf à une ville propre, une ville écologique, une ville où on peut avoir la certitude de vadrouiller en inspirant et expirant de l’air pur. D’ailleurs, ces temps qui courent, il n’est pas surprenant de constater des personnes «allergiques » aux puanteurs de masquer leur bouche et leurs deux fosses nasales tellement que ça empeste partout.

Nouakchott, naturellement, a besoin d’une cure, des opérations d’embellissement du genre «quartiers propres » ou «ville propre ». Déjà que c’est insupportable, qu’en sera-t-il si des pluies torrentielles tombaient sur notre capitale ?

L’image de Nouakchott est écœurante et désarmante. Ce n’est pas digne d’un pays qui veut se faire respecter. Et voilà des années que ça dure, finalement, on a l’impression que les populations, faute de solutions et de secours, se sont accommodée de cette atmosphère nauséabonde et étouffante.

Pas de protestation ni de marche pour protester contre cette situation. Pendant ce temps, au lieu de nettoyer ces «images sales et irrespectueuses », les autorités compétentes semblent fouetter d’autres chats. Nouakchott ressemble à une femme décatie et dans ce pays, l’hygiène publique ne semble guère préoccuper personne. Dans quelle capitale sommes-nous alors ? Certainement, pas dans une capitale aux charmes irrésistibles !

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

Nicole Vignote: »Je me sens plus proche de la Mauritanie maintenant que de la France »

«Je suis très attachée à ce pays, j’aime bien le désert, les cultures mauritaniennes et je trouve que les gens sont chaleureuses, respectueuses et fidèles en amitié.» Ces paroles pleines de sincérité et dites avec beaucoup d’émotion sont de Nicole Vignote, une française à la fois peintre, sculpteur, poète et artiste nomade, installée en Mauritanie depuis octobre 1998.

Son dada : aller à la rencontre des autres, découvrir d’autres publics ! Tout comme Ulysse et le chevalier à la triste figure, elle part à la quête des autres, d’elle-même et de l’aventure.

Animée par «un désir culturel» insatiable, elle voyage au Maroc, au Burkina Faso, au Cap Vert, en Espagne, en Suisse, au Canada, en Tchéquie et au Sénégal. Pas étonnant donc quand elle écrit : «voyage, voyage et fertilise ton regard car le soleil n’éclaire pas que la beauté».

Elle laissera son instinct l’a guidé. Là voilà qui découvre la Mauritanie, cette «autre planète» où elle parviendra à tisser et avoir de bonnes relations amicales. Bourlingueuse dans l’âme, elle multiplie ses expériences et fait beaucoup d’échanges avec des «gens, des enfants, des publics en difficultés, des enfants psychotiques».

Car, estime-t-elle, l’art est au service de toutes les causes puisqu’elle s’inscrit dans le développement. Très dynamique mais peu loquace, caractéristique des artistes, dans le domaine artistique, elle a eu à travailler avec beaucoup d’autres artistes comme elle.

D’ailleurs, son CV, très éblouissant et bien fourni témoigne d’un parcours assez singulier et truffé de moments exceptionnels.

En Mauritanie, elle sera à l’origine des premiers «ateliers pour enfants», de la première «maison des artistes». Elle co-fondera la première «association des artistes mauritaniens». Elle est aussi à l’origine du «cercle des poètes». Bref, une femme impliquée et qui a beaucoup joué dans la mutation de l’espace artistique mauritanien.

Parce qu’un artiste, a-t-elle laissé entendre, doit être impliqué dans la société. Et elle est encore plus optimiste qu’auparavant, elle qui a presque participer à l’éclosion de certains mauritaniens aujourd’hui.

«Je crois, dit-elle, que les choses vont bouger. J’ai déjà vu les choses bouger depuis que je suis là puisqu’il n y avait pratiquement rien quand je suis arrivée. Je pense que ça évolue mais les artistes mauritaniens doivent savoir qu’ils ont encore beaucoup à apprendre».

Autodidacte, elle abandonnera cette voie pour dit-elle «se concentrer à son travail d’artiste» qui avait pris place dans son cœur. Ce qui préoccupe Nicole Vignote ? Les enfants, leurs droits. La preuve : au mois de juin dernier, elle a été commissaire d’une manifestation sur «les droits des enfants» organisé par «Terre des hommes» en collaboration avec les élèves de l’école Diam-Ly.

Cette exposition s’est déroulée au musée national où un débat sur les droits des enfants a été organisé. D’ailleurs, un autre sur les droits des enfants sera organisé dans ce mois de septembre au CCF de Nouakchott. Une vraie artiste !

Depuis 1981, Nicole Vignote a vraiment vécu dans le milieu des artistes, des peintres, des sculpteurs et des musiciens dans le quartier de la Bastille à Paris où ses aptitudes artistiques qui dormaient en elle se sont véritablement réveillées.

L’art, pour elle, c’est une manière de s’ouvrir au monde, une façon de restaurer mais surtout d’aller vers les autres, d’appartenir «au regard des autres et à tous».

Cette «envie de se confronter à d’autres cultures» reflète parfaitement sa personnalité, sa nature. Elle s’intéresse à tout : à la poésie, au théâtre, au patrimoine. En un mot, tout ce qui est culturel.

«La culture, dit-elle, c’est un facteur de développement. Un pays ne peut pas se développer sans culture. C’est impossible ! Il faut préserver d’une part son patrimoine car la création d’aujourd’hui est le patrimoine de demain. C’est aussi l’image d’un pays à l’extérieur.»

Voilà presque 10 ans qu’elle est en Mauritanie ! Et c’est avec beaucoup de connaissance qu’elle parle de ce pays qui l’a adoptée, de la société mauritanienne dans laquelle elle se sent bien et à l’aise.

 «La Mauritanie, affirme-t-elle, est en train de bouger. Et c’est bien parce qu’on assiste depuis août 2005 à l’émergence de beaucoup d’initiatives. Il y a vraiment beaucoup de gens qui veulent faire beaucoup de choses et c’est bien de les encourager.»

Cependant, a-t-elle avoué, «j’ai beaucoup de choses à apprendre encore en Mauritanie. J’en apprends tous les jours». Très édifiante non !

La France son pays, sa famille et ses amis lui manquent beaucoup. Et ce n’est pas l’argent sans doute qui l’a retenue en Mauritanie. «Il y a très peu d’artistes qui gagnent beaucoup d’argent précise-t-elle. Même en Europe, il y a beaucoup d’artistes en difficultés.

Malgré certaines contraintes, des moments «de petits découragements», elle ne pense pas qu’elle va abandonner ce noble métier au profit d’un autre. La raison ? L’amour de la peinture et la création sont plus forts que tout !

 Pour elle, la liberté est fondamentale dans la création, dans l’art et dans l’œuvre. «Un artiste doit être quelqu’un de libre, quelqu’un qui doit pouvoir exprimer tout ce qu’il pense».

Même si elle est en Afrique, elle garde pour autant «sa manière de s’exprimer» dans le domaine artistique. Et là aussi, il n y a pas d’ordre précis. Tout est fait dans un engrenage. Les choses s’enchaînent les unes dans les autres.

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2007 )

Baguiss

Le groupe qui veut donner des ailes à la musique Bambado

Le Bambado est une musique séculaire qui se transmet de père en fils. Des siècles durant, les gardiens de cette musique ont chanté la bienséance, la vie des marabouts, des guerriers, les louanges d’Allah et de Son Prophète Mohamed (P.S.L)…Le Bambado fait partie de notre patrimoine musical et pour ne pas perdre ce trésor sacré, millénaire, Baguiss, nom d’un groupe de jeunes musiciens mauritaniens, est né pour sauvegarder cette musique, la faire rayonner et lui imprimer un nouveau cachet.
Leur spectacle au CCF, ce mercredi 16 mai, était leur baptême de feu. Mais déjà depuis trois ans ce groupe existait et les musiciens ont décidé de faire quelque chose de nouveau par rapport à ce qui se fait en matière de sonorités dans le milieu musical mauritanien. « On avait envie de changer cet état d’esprit musical qui avait tendance à balancer dans le mbalax sénégalais. Tous les groupes mauritaniens qui font de la musique poulaar mettent 3 ou 4 percussions alors que cela donne des sonorités authentiquement wolof », souligne Laye Thiam manager du groupe. Ainsi donc, résister contre vents et marées au mbalax sénégalais, dire non à tout cela et améliorer la musique Bambado, tel semble être désormais le credo de ces jeunes musiciens. Mais quoiqu’il en soit, Laye Thiam admet cette réalité. « Baba Maal a très tôt chanté dans nos oreilles. On ne pouvait pas y échapper. Il faut le reconnaître » et la sortie de l’album ? « On ne se presse pas, on prend notre temps pour mettre quelque chose de nouveau dans les oreilles ». Tout est dit en une phrase. Il n y a pas une certaine ouverture de cette musique qui se cherche encore et qui est une musique typiquement traditionnelle. « Si on parle de Bambado, on ne peut pas dire que c’est une musique moderne. C’est une musique qui se singularise par le Hodu. Maintenant, on veut sortir cet instrument dans cet univers traditionnel. Par exemple, pourquoi pas ne pas jouer du Hodu avec un contre bas, des instruments modernes ?» poursuit Laye Thiam.
Ce qui préoccupe Baguiss dans leurs chansons c’est surtout l’éducation des enfants. Certainement, parce qu’ils en ont. Leur style musical est empreint de salsa, de zook, du pentatonique malien, du jazz et du blues. Rester sur la scène à dénoncer ou à critiquer, ce n’est pas leur tasse de thé. Ils préfèrent laisser cela entre les mains de leurs frangins rappeurs. Mais pour autant, ça ne les empêche pas de faire entendre leurs voix sur certaines situations.
Partir, partir, partir claironne les jeunes. Mais Guéladio, lead vocal du groupe, qui a eu la baraka de bourlinguer en Europe, a du mal à comprendre l’acharnement et l’obsession des jeunes à vouloir coûte que coûte émigrer. Pour lui, ces deniers sont des complexés qui ne veulent partir parce que Samba est parti.
Issu d’une famille de Bambado c’est-à-dire de griots, Guéladio a commencé à jouer de la musique à l’age de 18 ans. Son père, Saidou Bâ, faisait partie de l’orchestre national de la Mauritanie. Son inspirateur ? Ali Farka Touré. « Il était un ami à mon père et l’appelait maître. Un jour, alors qu’il séjournait chez nous, il m’a offert sans délier bourse une guitare parce que je lui faisais du thé. Il m’a dit : « fils, joue et soie musicien ! ».
Conscients du rôle qu’ils doivent apporter à la sauvegarde de cette musique, les musiciens de Baguiss, veulent s’ouvrir en même temps aux autres musiques et non pas rester accrochés à leur terroir. Parce que la musique est universelle aussi, Baguiss en est conscient pour se faire un passage nécessaire et conquérir d’autres publics.

Babacar Baye Ndiaye
ducedejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 4 octobre, 2007 )

La réalité de l’épidémie du VIH/SIDA en Mauritanie et les possibilités de traitement des malades

Quelles sont les principales informations sur les virus du Sida ? L’engagement du gouvernement mauritanien face à la maladie ? La prise en charge des malades au Centre de traitement ambulatoire de Nouakchott ? La prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant ?…Ces questions ont été abordées lors d’une conférence/débat au CCF ce mercredi 13 juin animée par le docteur Clouzeau de la coopération française, le docteur Abderrahmane Ould Mohamedoune du CTA de Nouakchott et Mme Cira qui pilote l’expérience PTME de Sebkha.
Selon les termes du docteur Clouzeau, la lutte contre le VIH/SIDA passe d’abord contre la lutte des tabous puisque le sida est une maladie rattachée à la sexualité. C’est dans ce cadre que le centre national de lutte contre le sida a été crée, dirigé par le Premier ministre et regroupant différents ministères, la Société Civile, le secteur privé et les religieux. Par ailleurs, c’est le CNLS qui coordonne les financements de la lutte contre le sida comme par exemple le projet MAP financé entièrement par la Banque Mondiale à hauteur de 21.000 USD de même que le projet du Fonds Mondial qui avoisine 17.000 USD. Le CNLS définit et applique le cadre stratégique en optant une approche multisectorielle et décentralisée.
Les grands axes de la lutte contre le sida passe aussi à en croire toujours le docteur Clouzeau par la connaissance de l’épidémie, la prévention de la transmission, le dépistage, le traitement des malades, la lutte contre la discrimination et la prévention de la transmission du VIH/SIDA de la mère à l’enfant(PTME). Depuis 1994, il y a la trithérapie et l’association des médicaments antirétroviraux qui permettent au prix de nombreuses contraintes de restaurer progressivement les cellules détruites par le virus du VIH/SIDA. En Mauritanie, depuis deux ans, ces traitements existent. La situation épidémiologique dans notre pays n’est pas pour le moment trop inquiétant comparativement à d’autres pays. Dans notre pays, 12.000 personnes portent le virus du VIH/SIDA dont 1.250 seulement sont prises en charge au CTA tandis que chaque année il y a 1.500 nouvelles infections. Le sida est une maladie comme le diabète et il est possible de se protéger par l’abstinence, la fidélité ou en utilisant le préservatif(même si ce n’est pas une protection absolue c’est mieux pour se protéger du virus), de se faire dépister à travers les centres de dépistages volontaires, aux femmes enceintes de se faire dépister dans les nouvelles structures ou de se faire traiter.
Avant 2003, la prise en charge pour les personnes portant le VIH/SIDA se faisait au centre de traitement ambulatoire de Dakar. Depuis le 1er décembre 2004, il a été crée le centre de traitement ambulatoire de Nouakchott situé au sein de l’hôpital Sebkha. En 2000, plus de 650 dépistages ont été effectués dans la plus grande confidentialité, l’anonymat, la gratuité. Cependant, reconnaît le docteur Abderrahmane Ould Mohamedoune, les consultations médicales sont très longues et parfois très contraignantes. La distribution des médicaments pour le traitement est gratuite. Hormis cela, il y aussi le soutien psychologique du centre en dehors de la distribution des médicaments et du suivi biologique.
L’expérience de la Prévention de la transmission du VIH/SIDA de la mère à l’enfant(PTME) lors de la grossesse et de l’allaitement du centre de Sebkha a été exposée par madame Cira. La mise en place de la PTME de Sebkha a démarré le 1er décembre 2005 et a été opérationnel depuis avril 2005 pour des raisons de manque de laboratoire. Durant cette période selon elle, 4990 femmes ont bénéficié de dépistages gratuits. 44 d’entre elles ont été déclarées positives et toutes les femmes séropositives ont été conduites au CTA pour une prise en charge. En Mauritanie, on estime qu’il y a plus de 1035 femmes enceintes porteuses du VIH/SIDA. Le dépistage des femmes enceintes est bien possible dans notre pays et selon madame Cira, la contamination des enfants n’est pas une fatalité.
Durant cette conférence-débat, il y a eu le témoignage d’un PVVIH mauritanien qui fait partie des premières personnes bénéficiant du traitement du VIH/SIDA au Sénégal. Son nom c’est Mohamed Mouloud. Quand il a découvert sa séropositivité en 2002, il a, dit-il, senti la mort dans l’âme puisqu’il a perdu son emploi et se sentait rejeté. Maintenant, avec le traitement antirétroviral, il va mieux et il compte se remarier et reprendre ses activités. Il a par ailleurs stigmatisé l’attitude des médias et de la presse qui ne parlent pas de cette maladie. Il a par ailleurs expliqué comment la PVVIH peut vivre secrètement parce qu’il a peur d’être découvert, aller discrètement au CTA, prendre son traitement en cachette, ne pas oser en parler à son entourage. Le sida comme il l’a rappelé n’est pas une maladie contagieuse. C’est une maladie transmissible. Il appelle par conséquent la société à ne pas ajouter à la souffrance physique la souffrance morale. «Je ne suis pas parti au marché pour l’acheter ».

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 5 octobre, 2007 )

Quand le passif humanitaire divise la grande muette !

Le débat autour du passif humanitaire suscite beaucoup de remous dans l’armée qui a eu à jouer un rôle prééminent dans les événements tragiques de 1989-90-91. C’est en 1986 que les premiers actes contre la communauté négro mauritanienne ont eu lieu avec son point culminant la parenthèse de 1990 et 1991 ou plus de 500 militaires Négro mauritaniens ont été exécutés, accusés de vouloir renverser le régime du Président Taya.
Durant sa campagne présidentielle, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallah avait affirmé sa réelle volonté politique de trouver une issue heureuse à la question du passif humanitaire. Deux mois après son investiture, il fait une déclaration officielle dans laquelle il reconnaît le rôle de l’Etat et affirme derechef sa volonté de trouver des solutions justes et objectives à ce dossier qui constitue un lourd et difficile héritage que lui ont délégué le CMJD et le régime de Taya. Quelques jours après ce discours officiel, une délégation interministérielle composée du Ministre de l’intérieur Zakaria Yall et du Ministre Secrétaire Général de la Présidence de la République Yahya Ould Ahmed El Waghef se rendent dans les camps des réfugiés mauritaniens qui se trouvent au Sénégal. De même que des campagnes de sensibilisation et d’explication sont menées auprès des populations, de la société civile, des partis politiques et des autorités religieuses afin de les associer dans le programme de retour des réfugiés mauritaniens concocté par l’Etat.
Toutefois, malgré de telles tentatives, le passif humanitaire semble relégué au second plan. On dirait que cette question serait en train d’être banalisée et occultée par les pouvoirs publics du moins à l’heure actuelle. Pour quelles raisons ? Et par rapport au passif humanitaire, le président de la république soutient l’engagement de l’Etat mauritanien à mener une « enquête honnête et sérieuse » en vue de connaître le nombre exact de personnes qui ont été tuées au cours de ces événements et permettre à leurs familles de recouvrer tous leurs droits.
Tout le monde sait qu ‘une partie de l’armée nationale a les mains et les bras bien trempés dans le dossier du passif humanitaire. Au sein de cette républicaine, il semblerait qu’il y ait des officiers qui éprouvent une peur bleue. Pour ce qui est de la question judiciaire du passif humanitaire, deux tendances se dégagent : d’une part, ceux qui se sentent mouillés et qui ne voudraient pas qu’on en parle. Cette tendance, parait-il, n’hésiterait pas à agir, à semer la zizanie, si on l’ accusait d’avoir participé à ces événements, des menaces à peines voilées. Cette tendance ainsi donc n’aurait pas intérêt que cette question soit soulevée. L’autre aile est plus favorable à la mise sur pied d’un mécanisme d’identification des auteurs. A cet égard, certains officiers célèbres du défunt CMJD ont estimé de leur part avoir les « mains propres » et souhaiteraient qu’on ré-ouvre le dossier et que la lumière soit faite par rapport aux exactions commises au nom de l’armée.
Qui est bourreau et qui ne l’est pas ? Difficile à répondre. Ce qui est sûr et certain, c’est que cette question du passif humanitaire divise l’armée. Et à l’extérieur, l’image de notre armée nationale est galvaudée par son passé tumultueux. Au sein de l’armée, ils sont légion, ceux qui veulent que les choses soient clarifiées et les responsabilités situées. L’armée doit être à l’image du pays. En matière de commandement militaire, la discrimination est patente Dans cette armée, il n y a pas de volonté d’instaurer un esprit d’équité et de justice Pourtant le problème peut- être réglé en s’inspirant des exemples marocain et sud africain. Les compensations ne devraient pas obnubiler les ayants droits au point d’occulter le côté juridique du dossier. Ou alors, pourquoi les bourreaux ne présenteraient-ils pas leurs excuses aux victimes qui ont par ailleurs le droit de savoir dans quelles conditions leurs maris ont été trucidés ? En outre, par rapport au plan de règlement, c’est à l’Etat de voir les modalités pratiques. Les veuves disent ne point s’ opposer au pardon. A condition que les bourreaux avouent leurs crimes.
Aujourd’hui, c’est un défit, si l’état veut régler aussi le passif humanitaire, le premier signal fort qu’il devrait entreprendre, c’est de démettre les officiers de certains commandements de l’armée. Le Président de la République en est certainement conscient. C’est sans doute ce qui explique qu’il est en train d’opérer des mutations en douceur au sein de la grande muette. Le CMJD avait penché sur les méthodes à utiliser dans le cadre du passif humanitaire. Mais il y a eu cependant un relâchement à l’époque. Les bourreaux peuvent avoir une porte de sortie honorable. Encore faudrait-il qu’ils assument leur leurs actes et aient le courage de reconnaître ce qu’ils ont commis.
Comme ce sont des militaires, n’avaient-ils pas agi sous commandement ? Un autre débat dans un débat.


Babacar Baye Ndiaye

( 5 octobre, 2007 )

Des chantiers prioritaires

S’il y a une situation qui a pu préoccuper et rassembler tous les mauritaniens, loin des identifications politiques et communautaristes, c’est bien celle de la stabilité politique et sociale du pays. Durant la campagne électorale, mais également dans des débats organisés par les médias nationaux et étrangers sur le processus électoral en Mauritanie, beaucoup de thèmes ont été évoqués et débattus par les 19 candidats chacun y apportant sa corbeille de propositions et de contribution. Les partis politiques, la presse, les organisations de défense des droits de l’homme et de la société civile ont accordé une part capitale à ces sujets qui étaient jusque là occultés ou considérés comme tabous, ou mis en seconde importance. On a entendu les propositions des uns et des autres, reste maintenant à les réunir dans un cahier de charge et les mettre en application dans l’intérêt de la Nation et du pays.

La moralisation de l’administration

Dans le cadre de l’assainissement des finances publiques, le prochain gouvernement devra avoir comme cheval de bataille la moralisation de l’administration qui passerait nécessairement par la lutte contre l’impunité et la corruption. Et sur cette question, tout le monde devrait se mobiliser pour apporter sa contribution par rapport à ces deux maux qui ont gangrené l’appareil d’état durant plus de deux décennies. Les solutions ne manquent pas. Comme cela se fait ailleurs, une commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite (CNLI) serait la bienvenue. Cette commission aurait pour rôle entre autres de punir en cas de preuves avérées la réalisation de profits personnels ou l’obtention d’avantages de toute nature ainsi que la corruption passive ou active, la concussion et le détournement. Toujours par rapport à cette question, beaucoup de candidats ont proposé durant la campagne électorale des mesures allant dans ce sens. Il faudra pour remporter ce pari, doter cette commission des moyens financiers, matériels et humains afin qu’elle soit indépendante et joue pleinement son rôle de veille.

La question de l’unité nationale

C’est une question primodiale et d’un enjeu majeur. Et pour preuve, elle a occupé une place importante dans tous les programmes et discours des candidats qui pensent qu’il faut nécessairement rebâtir entre les mauritaniens la confiance qui a été écornée durant les années 90. Mais sur quelles bases devra se faire l’unité nationale ?
Le premier jalon va consister d’abord à procéder aux réparations et préjudices civils durant la période du règne du Président Taaya. Que tous les torts qui ont été faits soient réparés pour tous les déportés et les réfugiés mauritaniens. D’autres par contre pensent qu’il faut aller au fond des choses pour savoir réellement quelle a été l’étendue de la spoliation des terres et des violations et quelle a été la dimension du problème afin qu’il soit traité au mieux ? Toujours sur cette question, Sidi O / Cheikh a même préconisé s’il est élu de mettre en place un Observatoire des Droits de l’Homme qui va régler définitivement toutes les questions relatives aux problèmes des réfugiés, des veuves des victimes des douloureux événements de 1989 et 1991. D’autres, comme Ahmed Daddah, proposent l’organisation d’une réconciliation nationale. Il y a aussi le problème du partage du pouvoir politique qui a été souvent monopolisé par une ethnie ou une famille qui détenait tous les leviers de commande de l’état, de l’économie et de tous les espaces de la vie nationale. Enfin, il y a le problème de la répartition des richesses nationales qui n’ont pas véritablement profité aux populations les plus démunies. Tous ces problèmes devraient être traités de manière consensuelle pour aboutir à une véritable réconciliation nationale. Fort donc de ces éléments, comment tourner la page sans pour autant réveiller les démons du passé de manière à favoriser la réconciliation ?

D’autres priorités

La question culturelle suscite encore des débats au sein de la population mauritanienne de même que la question des langues qui n’est pas définitivement réglée même si c’est une question tranchée par la constitution. La Mauritanie est un pays multi culturel et multi linguistique. Pourquoi donc favoriser une langue au détriment des autres ? Cette inégalité est plus visible au niveau de la radio et de la télé.
Depuis des décennies, l’armée a joué un rôle non négligeable dans la structure de l’appareil d’état pour des raisons politiques et électoralistes. Actuellement, la non ingérence de l’armée dans les affaires politiques et publiques est plus que d’actualités. Avec l’arrivée du CMJD au pouvoir, le contexte politique a changé à partir du moment où la transition est venue. Une chose est certaine avec ce régime militaire, la Mauritanie s’est débarrassée d’un régime dictatorial. Quel sera alors le rapport du futur chef de l’état avec l’armée ? Autrement dit si l’Etat de droit et la vie politique se feraient sans l’intervention de l’armée ?
Selon toute vraisemblance, l’après transition pourrait être la continuité des acquis démocratiques et leur préservation, la mise en place d’un nouveau système de gouvernance fondé sur des bases égalitaires. Meme si c’est vrai que chaque période avec les événements qui la caractérisent et la façonnent, on ne s’empêcherait pas de glapir désormais, plus rien ne sera comme avant. Vive la démocratie et l’état de droit seules garanties de liberté et de justice sociale ! Ces valeurs universelles n’appartiennent à personne !

Babacar Baye Ndiaye

( 5 octobre, 2007 )

Règlement du passif humanitaire

S’inspirer des parangons sud africain et marocain ?

Dans de nombreux pays du monde où des processus de changement ont été engagés après des périodes de graves violations des droits de l’Homme, des commissions indépendantes ont été mises sur pied. En Mauritanie, incontestablement, les autorités se sont engagées dans un processus de réconciliation nationale. Mais les prémices d’une véritable volonté de faire toute la lumière sur le passif humanitaire tardent à voir le jour. Face aux intimidations à peine déguisées de ceux qui ont engendré cette parenthèse de l’histoire de la Mauritanie, les autorités feront-elles black out ou vont-elles privilégier la vérité ? Va-t-on s’acheminer vers la mise sur pied d’une commission indépendante ?
Contrairement à une certaine idée répandue, et à ce que pensent certains responsables de partis politiques, il ne s’agit pas d’indexer des personnalités de l’armée ou du pouvoir, ni de faire la chasse aux sorcières encore moins d’engager des procès tous azimuts. Ni la haine en réponse à la haine. Mais de faire la lumière sur ce qui s’est passé de 1986 à 1991 en matière de violations des droits de l’Homme en Mauritanie dans le cadre du passif humanitaire en s’inspirant de certains exemples bien connus en Afrique quitte à envoyer des missions d’informations dans ces pays. C’est à partir de là et de là seulement qu’on peut enclencher des procédures allant dans le sens de la réconciliation nationale. Car, aujourd’hui, qu’est-ce qui garantit véritablement la non-répétition des dites violations ?
Quoiqu’il n’ait pas aisé d’apporter des solutions consensuelles à la problématique du passif humanitaire, il y a cependant des paradigmes de mécanismes que la Mauritanie peut adopter dans le cadre d’un règlement juste de cette question sensible et épineuse. Reste à savoir comment et quand mettre ou adopter ces mécanismes pouvant permettre une issue heureuse sans occulter les questions de fond.
Par rapport aux compensations des victimes, certes, la réponse est complexe. Mais il appartient à l’Etat mauritanien avec les bailleurs de fond de voir ce qui est possible et ce qui n’est pas possible de faire, de voir comment compte-t-il procéder aux compensations des victimes tout en esquivant que la balance ne se penche ni à gauche ni à droite. Car, les victimes de ces violations des droits humains ont subi des préjudices moraux, physiques et matériels.
En outre, comment se départir de toutes formes d’instrumentalisation de la question du passif humanitaire ? Ce n’est pas un secret de polichinelle : le passif humanitaire est un problème extrêmement complexe et très difficile qu’il faille traiter avec beaucoup de lucidité et de responsabilité. Et c’est un fallacieux prétexte de dire qu’on est en train d’instrumentaliser la question du passif humanitaire sur le plan politique et qu’aussi l’armée ne doit rien répondre. Ils ignorent par-là que la question du passif humanitaire est avant tout un problème politique parmi tant d’autres problèmes politiques que connaissent la Mauritanie et qui demeurent les problèmes de tous les mauritaniens.
Comment construire une vision consensuelle dans le cadre d’un règlement du passif humanitaire ? La Mauritanie n’a pas droit à l’erreur. Non ! Car, aujourd’hui, elle est sous les lumières, pour paraphraser Alioune Tine Secrétaire Général de la RADDHO, de la communauté internationale qui s’intéresse à ce qui se passe, se développe en matière de démocratie et de droits humains.
En Mauritanie, les victimes des tragédies successives, entre 1986 à 1991, se comptent par centaines de milliers. Comme il a toujours été préconisé dans le traitement du passif humanitaire, les responsables des violations des droits de l’Homme doivent avoir le courage d’assumer leurs actes et de se présenter devant la justice. Dans ce domaine, l’Afrique du sud et le Maroc qui est un pays voisin où des exactions graves ont été commises sont des parangons qui peuvent servir la Mauritanie. Et pourquoi les autorités de la République ne s’inspireraient-elles pas de ces expériences africaines qui ont pourtant merveilleusement réussi ?
Dans ces deux pays africains, les autorités ont mis sur pied des commissions qui ont sérieusement travailler et de manière indépendante à ce que de telles violations ne puissent plus se reproduire, que des garanties soient données en ce sens et que cette douloureuse page soit tournée. Mais également à définir et à faire officiellement et publiquement reconnaître l’ampleur que les exactions ont eue dans leur pays, ainsi que les mauvaises répercussions qu’elles ont pu avoir sur les personnes des victimes, sur la cohésion du tissu social et sur le principe même du respect des dispositions de la loi.
La Mauritanie n’est pas une exception et ces exemples sont bel et bien applicables à notre pays. Ceci ne peut se faire que dans une commission indépendante qui devra faire dans un premier temps le bilan aussi complet que possible des violations graves des droits de l’Homme nées de ces événements douloureux qu’a connus la Mauritanie mais aussi en dernier lieu rendre aux victimes de ces événements leur dignité civique et humaine comme cela a été le cas au Maroc et en Afrique du Sud. La création d’une telle commission serait toujours bénéfique et il y a urgence de la créer pour qu’elle s’acquitte de sa mission relative au travail de mémoire et à la réconciliation nationale. Mais un processus de réconciliation suppose les étapes suivantes qu’il faut bien mettre en homogénéité pour esquiver des tâtonnements qui n’aboutissent qu’à des impasses : la reconnaissance, le repentir, le pardon et la restauration. Quant à la composition de la dite commission, elle peut comprendre des représentants des victimes choisis librement par eux et qui sont les premières à être victimes, des organisations de défense des droits de l’homme en Mauritanie, de la société civile, d’ONGs humanitaires…bref, une commission composée d’une équipe pluridisciplinaire de plusieurs membres. Les modalités pratiques reviennent à l’Etat à qui il appartient de les définir. Il s’agira par conséquent de réparer le tort vécu par les victimes qui ont seules la plénitude d’amnistier.
Ces commissions, dans ces deux pays, ont démontré leur importance grandissante dans le processus de réconciliation se déroulant dans ces pays où de graves violations des droits de l’Homme ont été constatées notamment celle de faire recouvrer leur dignité aux victimes des violations, de susciter une reconnaissance publique et officielle des peines qu’elles ont endurées et de consacrer les valeurs des droits de l’homme.
Les victimes ne demandent pas trop. Juste qu’on leur dise la vérité sur les mobiles des exactions commises contre elles. Sans doute, les compensations sont nécessaires mais ce ne sont pas le plus important. Mais la vérité.
Babacar Baye Ndiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 5 octobre, 2007 )

Géraldine Laurent

Une jazzwoman d’exception

Elle est devenue une jazzwoman de manière circonstancielle. Une manière peut être pour elle de se faire plaisir ou de faire plaisir. Dans le cadre d’une tournée africaine, elle a fait escale à Nouakchott pour faire apprécier au public mauritanien son jazz captivant.
« Géraldine Laurent se révèle comme une jazzwoman d’exception : fougue, mise en place, racines et originalité, risques pris, paris tenus avec un swing ébahissant ». Belle phrase de Télérama écrite sur Géraldine. Phrase qui résume la particularité atypique de cette jeune française de la Rochelle âgée seulement de 32 piges. Normal dira-t-on quand on a été principalement influencée par les parangons de la musique jazz comme Charlie Parker, Sony Rollings, Eric Dolphy, Ornette Coleman, John Coltrane…
Du conservatoire de Niort aux salles de répétitions de Paris avec Laurent Bataille, Géraldine a su se faire une place dans le Panthéon des jazzwoman de la planète. De ces petites répétitions va naître un groupe qui portera un nom étrange : « Time Out Trio ». Du coup, ce groupe va participer à des concerts. Ce fut le début d’une aventure et voilà depuis quatre ans que Géraldine Laurent, Laurent Bataille et Yoni Zelnick travaillent ensemble et voyagent ensemble.
Et pourtant, Géraldine n’avait jamais rêvé dans sa vie ni imaginé de faire de la musique jazz puisque son domaine de prédilection à elle, c’était la musique traditionnelle. Par hasard donc, « J’ai appris le saxophone au conservatoire et mon professeur aimait beaucoup le jazz. C’est lui à vrai dire qui m’a fait découvrir et aimer cette musique qui est une musique essentielle et importante ».
Ayant compris très vite les exigences du métier, que c’est une vie artistique et professionnelle avec des engagements et des contrats à satisfaire et à respecter, elle veut sans outre mesure supporter la charge qui pèse sur ses épaules car pour elle, « la musique, on en aura jamais fini » même si parfois il lui arrive parfois de se sentir effilochée. « Oui, ça m’arrive souvent comme tout le monde. Paradoxalement, c’est très difficile de faire de la musique et de transcender tout ça, d’essayer à chaque fois, de changer, de faire mieux, de ne pas se répéter, de travailler pour avancer ».
Time Out Trio nous fait revivre sur scène les standards de jazz, les chansons de comédie musicale américaine des années 30 et 40. La sortie de leur album est prévue pour le mois de Septembre prochain. Le jazz est aujourd’hui considéré comme une musique traditionnelle voire séculaire. Donc, il est plus facile pour les autres musiques comme le Rap, le Rock, le R’n’B d’avoir un public de plus en plus expansif. « Le jazz se porte au mieux on va dire. Mais bon, il y a un problème de diffusion comme toutes les autres musiques. C’est vrai qu’il est moins diffusé que les autres. Cependant, il y a toujours un public important pour le jazz. C’est un peu comme la musique classique et les musiques traditionnelles », estime Géraldine Laurent.
A part cela, il y a une explication beaucoup plus convaincante. « Je pense que tout ça est lié à un problème économique comme pour beaucoup de problèmes en général c’est-à-dire que ce qui peut rapporter beaucoup d’argent, ce n’est pas forcément le jazz ou certaines formes de création qui ne sont pas à consommer tout de suite. Donc ceux qui diffusent cette musique si ça ne leur rapporte pas beaucoup d’argent, ils ne vont pas s’y intéresser alors que s’ils distribuent du rap ou autre chose, ça leur rapporte beaucoup d’argent ».
Quand elle n’est pas sur scène, elle adore faire du piano, sortir, aller dans les bons restaurants, s’amuser. Eh oui, elle est un cœur à prendre et pas besoin de lui demander ce qu’elle attend. « J’attends un marié » répond-elle en souriant.

Babacar Baye NDiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 7 octobre, 2007 )

Journée Mondiale des Enseignants

Une manifestation célébrée dans la sobriété

Le Syndicat National de l’Enseignement Secondaire (SNES) a célébré dans la sobriété vendredi dernier la «Journée Mondiale des Enseignants» sous le thème «des enseignants et des enseignantes de qualité pour une éducation de qualité». Non seulement, il n y a pas eu de manifestation officielle pour célébrer cette journée dédiée aux enseignants du monde entier mais celle-ci est passée inaperçue dans notre pays. Le Ministère de l’Education Nationale a brillé par son absence. Méconnaissance ou omission involontaire ? Ou alors a-t-il estimé inopportun de célébrer cette journée ?

Le Président de l’Internationale de l’Education (I.E.), Thulas Nxesi, a estimé dans son discours lu par le Secrétaire Général du SNES, Idoumou Ould Boudide à l’occasion de cette Journée Mondiale des Enseignants que «des ressources humaines et financières supplémentaires devront être investies si l’on veut parvenir à une éducation publique gratuite et de qualité d’ici 2015».
Le Président de l’I.E. a profité de cette journée pour tirer la sonnette d’alarme car la situation en matière d’éducation surtout des enfants est assez critique. «Plus de 70 millions d’enfants sont encore privés de leur droit fondamental à l’éducation » a-t-il indiqué et selon lui, «au-delà de l’objectif de permettre à tous les enfants d’aller à l’école, nous devons aussi faire diminuer la taille des classes de 80 enfants ou plus à un niveau acceptable de 40 enfants ». Il a également attiré l’attention sur la situation de l’éducation qui prévaut actuellement en Afrique où «les systèmes d’éducation publique font face à de multiples défis».
La célébration de la «Journée Mondiale des Enseignants» de l’année 2007 organisée sous le patronage de l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture (UNESCO) intervient en Mauritanie dans une circonstance assez caractéristique marquée par certaines décisions esquissées par le Ministère de l’Education Nationale visant à muter la trombine du système d’enseignement mauritanien miné par des années de statisme : test du 23 et 24 juillet dernier destiné à évaluer le niveau d’enseignement en Mauritanie, transparence dans les candidatures pour le recrutement des DREN et des IDEN et enfin les critères précis dans l’élaboration des choix des postes d’affectation.
Les syndicats se sont confrontés à une absence de dialogue avec leur Ministère de tutelle qui a pris à certaines occasions des décisions unilatérales. A titre d’exemples, nous pouvons citer les critères de choix des DREN et des affectations. Néanmoins, les syndicats ont salué l’esprit d’ouverture de l’actuelle Ministre de l’Education Nationale madame Nebghouha Mint Mohamed Vall.
Le thème de la journée mondiale des enseignants et enseignantes de cette année a mis l’accent sur le lien entre les conditions de travail des enseignants et les conditions d’apprentissage des enfants.
«Dans de nombreux pays, les enseignants reçoivent à peine un an de formation initiale voire moins. Pire encore, dans des pays comme le Niger, la plupart des enseignants et enseignantes du primaire ne reçoivent qu’une formation de quelques semaines et sont ensuite considérés comme des enseignants diplômés» fait remarquer Thulas Nxesi qui considère cette situation complètement inacceptable et d’ajouter «sans formation adéquate, il est tout simplement impossible de délivrer le programme d’enseignement de haute qualité que nous voulons donner et auquel tous les élèves ont droit». En outre, le Président de l’I.E. a exigé des gouvernements qu’ils appliquent les recommandations de l’UNESCO/OIT relative à la condition du personnel enseignant et procèdent aux investissements publics nécessaires pour que les enseignants puissent faire leur travail de manière correcte et professionnelle.
Certes, la Mauritanie souffre d’une pénurie d’enseignants qui est défi entre autres auquel fait face notre système d’éducation publique qui doit permettre en effet que tous les enfants aillent à l’école pour que l’objectif du millénaire pour le développement sur l’éducation soit réalisé. Mais, la réalisation de cet objectif passe incontournablement par un environnement de travail décent, des salaires permettant de vivre dans de bonnes conditions, un traitement égal et équité des droits pour les femmes, un développement professionnel initial et continu, une implication dans l’élaboration des politiques et une négociation collective pour défendre et renforcer les droits des enseignants.
En marge de cette journée mondiale des enseignants, le SNES a tenu à l’endroit de ses membres un exposé informatique sur les dernières décisions prises par le Ministère de l’Education Nationale ainsi que sur le contenu des négociations avec le Ministère de tutelle.

Babacar Baye Ndiaye
ducdejoal@yahoo.fr
Le Rénovateur Quotidien

( 7 octobre, 2007 )

Bourrage de crâne

Comment sortir aujourd’hui du gouffre, des ténèbres, de l’inconnu…la culture mauritanienne ? C’est la seule question. Plutôt hâbleurs que créatifs nos hommes politiques ont-ils favorisé l’émergence d’un mauritanien de loustic nouveau ? A cette immense interrogation nos hommes politiques ne prétendront pas fournir une réponse. Mais ils la poseront autrement. Lutte contre la pauvreté, lutte contre la mauvaise gestion économique, protection des ressources naturelles, promotion de la démocratie, des droits de l’homme, des libertés fondamentales…Tous les jours, à la télévision, à la radio, dans les journaux, on nous serine souvent à longueur de journée ces genres de priorité au demeurant biturant. En Mauritanie, parler de lutte contre l’ignorance peut paraître surprenant à bien des égards. La lutte contre l’ignorance en évidence n’est pas une orientation pour les autorités politiques. Oui on me dira qu’il y a le ministère de l’analphabétisme. Oui on me dira qu’il y a aussi le ministère de la culture et patati et patata. Mais existe-t-il vraiment des efforts allant dans ce sens ? A-t-on mis en place des programmes de lutte contre l’ignorance ? 11mars pilule déjà à l’horizon. En ligne de mire, les élections présidentielles. Des candidatures tous azimuts. Des alliances électorales à n’en pas douter. Objectivement aujourd’hui quel est cet homme politique parmi les candidats qui peut se targuer d’avoir inscrit dans son programme le développement du savoir et de la culture en Mauritanie ? Mieux. Quel est ce régime qui s’est véritablement investi dans la promotion du binôme savoir culture quel est ce ministre de la culture des indépendances a nos jours qui peut dire voila ce que j’ai accompli dans le domaine culturel ? Quel est ce régime qui a pu construire des bibliothèques des centres de documentation des maisons de lecture publique, (même si elles ont existe elles n’ont pas survécu) ; des centres culturels, des lycées modernes, des structures de formation adéquates, d’autres pôles universitaires…partout dans le pays ? Nous ne parlons même pas de structure de promotion culturelle. Heureusement qu’il y a le centre culturel français Antoine Saint- Exupéry de Nouakchott et d’autres centres culturels arabes (Marocain et Egyptien). Que serait la situation si ces derniers n’existaient pas ?
Certes, la Mauritanie est un pays sous développé avec ses réalités socio- économiques exaspérante, avec ces populations à bas revenu. Certes, ce que les autres n’ont pas bâti en un siècle voire plus, nous Mauritaniens on ne le fera pas en deux lurettes. On sait tout ça. Mais on sait aussi que ce laïus a fait son temps et qu’il ne se justifie plus à lui seul. Aujourd’hui les autorités des régimes anciens ou actuels doivent malheureusement se sentir responsables de leurs coulpes notamment dans le domaine des choix d’intégration. On l’a dit et répété : les nations émergeantes ont puisé leur propre parangon de réussite dans leur histoire et leur tradition tout en épousant le pas de la mondialisation.
La culture mauritanienne est-elle moribonde ?
Cette question a souvent lanciné mon esprit. L’édition est essentielle dans la diffusion du savoir. Comment donc comprendre que la Mauritanie n’ait pas encore une structure d’édition. La situation dans ce domaine comme dans bien d’autres domaines de la culture est patente et fâcheuse. Depuis plus de 50 ans, les régimes militaires ou civils qui se sont succédés n’ont rien fait dans la promotion du savoir pénalisant ainsi des générations entières. Les exemples ne manquent pas.
Jusque là, nos autorités n’ont pas investi dans le savoir ni se sont investies dans la promotion de nos produits culturels. L’administration en s’écartant de cette voie a ouvert la porte à l’ignorance et à la méconnaissance. Et aujourd’hui, peu de Mauritaniens lisent ou non pas accès à la lecture ou à l’information alors qu’on parle de NTICs, d’ouverture à tout va. Les librairies qui participent à la promotion du savoir, on peut les compter du bout des doigts. En matière de production littéraire, on a envie de glatir. Evidemment, il y a des auteurs qui essaient tant bien que mal de presser le pas. Mais, Allah que de chemin encore à parcourir. On a l’impression que la production est en régression. Heureusement là aussi qu’il y a M’Barreck Ould Beyrouk (Et le ciel a oublié de pleuvoir), Mohamed Baby ( Bilal), Elimane Ould Mohamed Baba (De mémoire de Nouakchottois), Mohamed Ould Hattatt (Meurtre au cabanon 3) etc…
Mais, faudrait-il que l’Etat s’y mette pour qu’on ait plus à revenir sur ce qu’on a écrit…

Babacar Baye N’Diaye
Le Rénovateur Quotidien

( 7 octobre, 2007 )

La tuberculose

Nos populations sont de plus en plus victimes de la maladie tuberculeuse et de ses complications. Une maladie grave et qui peut toucher les poumons ou toutes les autres parties du corps mais aussi une maladie qui peut se guérir.

« En Mauritanie, 6000 nouveaux cas environ sont attendus chaque année et moins de 4000 sont dépistés annuellement par les services de santé ». le constat du programme national de lutte contre la tuberculose est d’autant plus alarmante que d’ores et déjà dans le monde 3 millions des décès sont dus à la tuberculose. Entre 8 et 9 millions de personnes y souffrent de la maladie. En Mauritanie à en croire les études hospitalières cette situation traduit que plusieurs sujets sont atteints par cette maladie sans pouvoir bénéficier des soins gratuits de prise en charge des cas de tuberculose par manque d’information ou par ignorance. Parce que la maladie tuberculeuse n’a plus aucun secret pour la médecine et qu’un suivi médical respecté peut guérir définitivement le Ministère de la Santé et des Affaires Sociales milite pour une prise de conscience des populations. « Les pouvoirs publics ont mis en place au niveau de chaque centre de santé les moyens nécessaires pour le dépistage et le traitement de tous les cas suspects ou atteints de la maladie tuberculeuse : des laboratoires pour le dépistage, de médicaments gratuits pour le traitement et des personnels formés sur les stratégies nationales et internationales de prise en charge des cas », précise Sadna Ould Baheida Ministre de la Santé et des Affaires Sociales. La mortalité élevée tient au retentissement de la maladie sur plusieurs organes. Parmi lesquels : les poumons, les os, les ganglions, les reins, le cerveau, le cœur, etc. Un problème d’autant plus crucial que la bacille de la tuberculose se propage dans l’air lorsqu’une personne atteinte de tuberculose pulmonaire tous ou éternues. Une autre personne peut alors inhaler la bactérie qui se fixe dans ses poumons. La transmission peut alors se faire par voie sanguine vers les autres appareils de l’organisme. Les études faites sur la tuberculose sont préoccupantes. Elles soulignent une grande méconnaissance de la maladie tuberculeuse et de ses conséquences…90% des Mauritaniens ne se sentent pas menacés par cette maladie, plus une personne sur trois pense qu’elle ne concerne que des populations à risque, et un sur quatre pense qu’il y a de moins en moins de contamination ! En aucun cas, nous ne pouvons affirmer que l’épidémie est contenue. Selon les données les plus récentes, chaque année, on enregistre plus de 6000 nouveaux cas et moins de 4000 seulement sont dépistés annuellement par les services de santé. De plus en plus on assiste à un relâchement très inquiétant que la prévention et une expansion de la maladie au sein de toute la population. Non seulement les Mauritaniens pensent ne pas être menacés par la tuberculose mais presque un sur trois croit à tort qu’il n’est pas une personne à risque ! Avec le soutien du Ministère de la Santé et des Affaires Sociales, de l’Organisation Mondiale de la Santé, du PNUD et du Global Fund, le Programme National de Lutte contre la Tuberculose a souhaité établir une meilleure prise en charge de la maladie en Mauritanie et se donner les moyens de la guérir. Oui ! La tuberculose est une maladie qui se guérit. Les antibiotiques antituberculeux utilisés ont permis à des milliers de personnes atteintes de tuberculose de guérir définitivement. A cette occasion, un manuel de sensibilisation a été élaboré et diffusé au niveau de toutes les composantes de nos populations.

Babacar Baye N’Diaye
Le Rénovateur Quotidien

( 7 octobre, 2007 )

Ibrahima Moctar Sarr:« Personne ne peut imposer à lui seul ses idées dans ce pays »

Pour aboutir à un consensus national, il faut qu’il y ait dialogue. C’est la conviction de Ibrahima Moctar Sarr, leader de la formation politique Alliance pour la Justice et la Démocratie/ Mouvement pour la Rénovation (AJD/MR) qui a tenu sa première conférence de presse trois semaines après son congrès extraordinaire des 18 et 19 août dernier. A part quelques anecdotes racontées avec beaucoup d’humour et des propos moralisateurs tenus à l’endroit des journalistes rien de nouveau sous le soleil. Même discours et même tempérament sur les questions nationales. Que d’opinions déjà entendues !

Au cours de toute la conférence de presse qui a duré presque un quart d’heure, Ibrahima Moctar Sarr s’est appesanti essentiellement sur la nécessité de régler le problème de la cohabitation entre les différentes composantes nationales, de faire le point sur ce qui s’est passé, de panser cette plaie béante ouverte par le régime du Président Ould Taya, de mener une véritable investigation pour situer les responsabilités.
«Il y a des crimes qui ont été commis dans ce pays, dit-il. L’Etat ne peut pas s’arroger le droit de les amnistier facilement. Ce sont les victimes et les ayant droits qui peuvent pardonner.
Dès que les faits seront cernés, les dommages réparés, il sera très facile que les ayant droits et les victimes accordent leur pardon pour que la Mauritanie reparte sur de bons pieds ».
Et selon Ibrahima Moctar Sarr, il ne peut y avoir de cohabitation harmonieuse sans que les questions essentielles -problème de l’esclavage et celui du passif humanitaire entre autres- ne soient résolues et sans que l’Etat ne prenne pas les dispositions pour réparer les torts.
«On ne peut pas parler à quelqu’un qui a des blessures ouvertes qui ne sont pas encore fermées, à quelqu’un qui a été déporté hors de chez lui, à quelqu’un qui ne sait pas comment ses proches ont été tués, à quelqu’un qui a les chaînes aux pieds en tant qu’esclave» affirme-t-il sur un ton visiblement ferme et pantelant. «Si la justice nationale ne fait pas son travail, la justice internationale le fera» avertit-il. «Chaque problème doit être réglé correctement. Mais les problèmes doivent être pris en compte par l’Etat avec la solidarité nationale» a-t-il préconisé.
Sur toutes les questions essentielles qui concernent le pays, l’AJD/MR, en corrélation avec tous les autres partis politiques qui partagent ses points de vue, est prêt à aider le gouvernement dans ce qu’il y a d’essentiel et d’important à réaliser dans la mesure où le gouvernement veut aller de l’avant. «Mais, a-t-il précisé, nous ne manquerons pas de mettre l’accent sur les insuffisances, de nous opposer à toute action qui va dans le sens contraire des intérêts de la Mauritanie ».
En outre, l’AJD/MR a estimé d’abord, pour qu’il y ait consensus national ou discussion consensuelle, il faudrait qu’on règle certains préalables à savoir : définir l’identité de la Mauritanie, déterminer comment on doit faire le partage du pouvoir politique entre les différentes composantes nationales, définir comment on peut redistribuer les richesses nationales du pays. Et pour Ibrahima Moctar Sarr, les réparations doivent d’abord être prioritaires car elles conditionnent tout le reste du processus de réconciliation nationale.
. «Une fois qu’elles sont faites, nous pouvons maintenant engager un débat autour des éléments consensuels qui peuvent permettre une meilleure cohabitation » a-t-il laissé entendre. Reste à savoir comment ces «chantiers» seront accueillis par le gouvernement.
«Ce qui fait notre problème, confie-t-il, c’est que nous avons toujours cherché nos différences. Nous avons toujours mis l’accent sur ce qui nous différencie. Nous n’avons jamais cherché à savoir ce qui nous unit.»
Et pour montrer qu’on peut aboutir à un consensus national, l’AJD d’alors avait mis en chantier à la veille de l’élection présidentielle de février 2007 le Mouvement National pour la Réconciliation qui avait comme leitmotiv de créer une osmose au sein de la société mauritanienne et de permettre surtout aux mauritaniens de se réconcilier entre eux-mêmes.
Cette première rencontre qualifiée d’historique par un Ibrahima Moctar Sarr décontracté n’était pas fortuite peut-on dire sans se gourer. C’était pour dans un premier temps s’adapter «au changement de contexte» politique qui se singularise maintenant par «une évolution notable dans le pays». C’était aussi l’opportunité pour l’AJD/MR de marquer la «rupture avec une orientation politique et une façon de faire la politique ». Car, «nous venons d’un régime d’exception, a-t-il rappelé, un régime qui avait pratiquement monopolisé tous les pouvoirs, un régime qui avait dénié au peuple mauritanien le droit de s’exprimer».
C’était aussi l’occasion pour lui d’encourager la presse dans l’assainissement des mœurs politiques et le respect des droits de l’homme.«Je lui suggère encore d’assainir la profession pour que le journaliste comprenne qu’il ne lui ait pas donné d’écrire ce qu’il veut. Il y a une manière de faire du journalisme. On peut faire le journalisme sans passion. On peut faire aussi un journalisme engagé dans le sens des intérêts de la Mauritanie »
Et aux journalistes qui font du panégyrique, du bidonnage ou autres choses, il sermonne. «Il est permis de donner son point de vue mais il faut toujours éviter que ce point de vue aille dans le sens contraire des intérêts de la Mauritanie».
Diantre ! Quand est-ce que nos hommes politiques arrêteront-ils de nous sermonner ?

Babacar Baye Ndiaye

( 7 octobre, 2007 )

Le Sénateur de M’Bout rallie le Parti de Ould Maouloud

C’était hier, au siège de l’UFP à Tevragh Zeina que le nouveau sénateur de M’Bout, Monsieur Youssouf Sylla a tenu une conférence de ralliement à laquelle fut conviée la presse nationale et internationale. Le sénateur Youssouf Sylla désormais membre de l’UPP qui était accompagné de responsables de l’UFP dont Monsieur Mohamed Ould Maouloud, candidat à la présidentielle du 11 mars 2007, a annoncé son adhésion à l’UFP.
Youssouf Sylla a entamé sa déclaration d’adhésion en remerciant d’abord l’assistance plus particulièrement la presse nationale pour annoncer son adhésion à l’UFP. Selon ses propres termes, c’est un choix qu’il a fait dans l’intérêt de la Mauritanie et pour soutenir le candidat Mohamed Ould Maouloud qui, à ses yeux, représente la clé du changement pour notre pays. Il a par ailleurs souligné qu’il a choisi librement d’adhérer à l’UFP parce qu’il pense que c’est son devoir de choisir ce qu’il estime être bien pour son pays et que c’est dans ce cadre là qu’il faut placer son ralliement.
Le sénateur a tenu à rappeler aussi que la question de son appartenance à la coalition des « indépendants » est tranchée, qu’il n’est plus un indépendant mais qu’il appartenait désormais à l’UFP, qu’il n’a jamais pris de contact avec qui que ce soit pour lui dire qu’il faut rester « indépendant ». « J’ai choisi d’aller dans un parti, j’y vais » lance-t-il avant d’ajouter selon sa propre expression qu’il est à corps et à âme à l’UFP. Au sujet des raisons de son ralliement à ce parti, Mr Sylla a laissé entendre que c’est une conviction personnelle puisque si tel n’était pas le cas, il pouvait se rallier à d’autres partis qui ont « beaucoup d’argent, beaucoup de moyens et beaucoup d’influences ». Il a noté que sa décision a été facilitée par l’approbation des populations de M’Bout qui ont adhéré à sa démarche.
Enfin, le candidat Mohamed Ould Maouloud, prenant la parole a remercié le sénateur Sylla pour son adhésion à l’UFP et salué sa décision qui dit-il, est une décision courageuse et qu’il espère que beaucoup d’autres élus emprunteront la même voie. Il a terminé en remarquant que l’UFP en sort renforcé. Mohamed Ould Maouloud a souligné que l’influence du Sénateur sera d’un grand apport car c’est une personnalité très connue et qui a une influence au-delà de M’Bout où il a prouvé son poids. Cet atout permettra à l’UFP d’être la force dominante à M’Bout.

Babacar Baye N’Diaye

( 7 octobre, 2007 )

En attendant le changement !…

Certains, pour des raisons historiques et évidentes ont bien voulu le changement. Mais finalement, il n’a pas eu lieu. Là aussi, pour des raisons de rapports de force défavorables. En attendant, un vent de changement soufflerait-il sur le pays au million de poètes ?

Les achats de conscience ! C’est un mal et une turpitude. Un avilissement moral, humain et intellectuel. Une honte pour la démocratie, le progrès et le développement social. Nous ne remettons pas en question le fait que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdalmlahi ait été élu souverainement par le peuple mauritanien. Que les élections aient été transparentes et respectueuses des règles du jeu démocratique et électoral. Que le nouveau Président fraîchement élu soit le Président qui « rassure » ou l’homme qu’il faut à la situation actuelle du pays pour des raisons de stabilité politique et sociale. Mais voilà : nous en avons notre claque de ces sempiternels messieurs qui entourent notre Président et qui ont fait campagne avec lui. Ces messieurs-là ont eu à chapeauter ce pays. Et nous savons sur quelle rive ils l’ont fait échouer ! Après la publication définitive des résultats du second tour de l’élection présidentielle par le conseil constitutionnel, j’en ai conclu sans savoir pourquoi : encore cinq ans pour ces messieurs là qui, décidément, sont nés je suis tenté de le dire pour être les éternels faiseurs de Président. Mais bon que faire ? Telle est la volonté de la majorité populaire. Et pourtant durant la campagne électorale, on a salué et claironné la maturité du peuple mauritanien ce qui reste à prouver. Soit. Mais un fait est là essentiel : les élections ont été libres et acceptées par les acteurs et, pour la première fois depuis l’indépendance de notre Etat, les mauritaniens peuvent rêver d’un monde meilleur. Et il aura fallu attendre quarante sept ans pour qu’ils voient leur Président issu des urnes et élu démocratiquement. Organiser des élections libres et démocratiques est une bonne chose mais le véritable salut du peuple mauritanien passe d’abord par une véritable réconciliation nationale. Le mal est si viscéral et les problèmes sont tels qu’il est surréaliste voire maladroit de penser que seul Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, si volontaire et si plein d’intentions soit-il, sortir la Mauritanie de sa léthargie actuelle. Le prochain quinquennat s’annonce laborieux. Et c’est peu dire en affirmant ici qu’il sera un quinquennat à dur labeur.
Qu’on le veuille ou non, les organisations de la société civile ont un rôle primordial a joué dans la continuité du processus démocratique et post électoral. Elles en sont conscientes et ont promis en de multiples occasions d’appuyer le futur Président et son équipe pour trouver des solutions consensuelles à ces dossiers nationaux. Les organisations de la société civile ont fait des propositions dans ce sens au futur gouvernement, notamment le lancement d’une action de réconciliation nationale et la consolidation de l’unité. La promotion du dialogue et de la démocratie est une bonne chose. Et je pense qu’à cet égard, il faut éviter les « deux poids deux mesures ».
Ne nous voilons pas la face. Ce n’est pas en accumulant des frustrations, des passions, des rancoeurs qu’on parviendra à s’en sortir. Et selon toute vraisemblance, l’après Ely pourrait être ou bien la continuité d’un système de gouvernance démocratique entamée par le CMJD ou bien le retour au culte de la personnalité. Et ce serait dommage et signifierait que le processus électoral aura accouché d’un avorton et de surcroît déçu les espérances des millions de citoyens mauritaniens.
On se rappelle que tous les leviers de commande politique et le dispositif de sécurité étaient concentrés entre les mains de Taya et du clan des « vieux barrons sans tonsures » du PRDS. Ainsi donc, avec l’arrivée de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, ont opéré un come back spectaculaire ces messieurs là qui ont fini par faire l’état comme étant leur propriété privée.
Le pouvoir est une tentation, dit on. Qu’en sera-t-il de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallah ? Respectera-t-il ses engagements pris devant le peuple durant la campagne électorale et réitérés dans son discours du 26 mars à l’hôtel Khaima ? Observera-t-il et fera-t-il observer la loi de manière juste et équitable sans discrimination de couleurs ?…
Autant d’interrogations substantielles qui peuvent tarauder tellement le risque de voir le pouvoir devenir une propriété clanique est grand. Et si on n’y prend pas garde, l’héritage de la transition du 3 Août 2005 risquera de voler en éclats. En attendant que le changement ait lieu, sera-t-il une malédiction ou une bénédiction pour le peuple mauritanien ?

Babacar Baye NDiaye

( 7 octobre, 2007 )

Sœur Carmen

Une Sœur au chevet des femmes mauritaniennes. Depuis 14 ans, cette sœur espagnole de Notre Dame d’Afrique, travaille comme volontaire au croissant rouge mauritanien et dirige le centre de formation de Péka 10 où des centaines de femmes apprennent trois ans durant les techniques de couture et de teinture ainsi des cours d’alphabétisation.

« Je suis en Mauritanie depuis le 13 janvier 1993. Depuis mon enfance, j’ai toujours travaillé à la promotion de la femme. Je pense que la femme mauritanienne comme toute femme africaine c’est elles qui sauveront demain l’Afrique ».
Le croissant rouge mauritanien a ouvert trois centres de formation à Nouakchott, à Dar-Naim, à Dar-El-Barka et à Péka 10. Depuis 1993, Sœur Carmen dirige le centre de formation de Péka 10. Chaque année, ce centre accueille plus de cinquante femmes qui sont formées pour trois ans. Outre cela, ce centre accueille les enfants de ces femmes qui n’ont pas encore atteint l’age de la scolarisation.
Aujourd’hui, avec la coopération espagnole et une ONG qui s’appelait la MPDL (mouvement pour la justice et la paix) Sœur Carmen a réussi à construire et meubler une boutique située en face de l’ancien hôpital de Sebkha. « Le but de la boutique c’est de faire connaître les produits que les femmes mauritaniennes du croissant rouge font dans les trois centres de formation, raconte-t-elle. C’est pour créer une porte de sortie pour les femmes mauritaniennes. Les femmes peuvent avoir du travail mais où écouler leurs produits, d’où l’idée de mettre en place cette boutique. Malheureusement nos clients ce sont les toubabs et ces derniers préfèrent les robes à l’européenne faite avec des couleurs et des teintures africaines ».
Pourtant, les femmes de ces trois centres participent à toutes les expositions notamment la journée du 8 mars dédiée à la femme pour promouvoir et faire connaître leurs produits. Alors comment faire ? S’interroge Sœur Carmen. « Pas un centime d’aide de la part de l’état mauritanien. Les autorités ne savent même pas qu’on existe. Peut être qu’elles le savent maintenant puisqu’en 2005 il y a eu la reine d’Espagne qui est venue en visite officielle en Mauritanie. Elle est venue visiter notre centre à Péka 10. En ce moment-là, notre centre est sorti à travers les médias mauritaniens et espagnols. J’ai reçu des coups de fil de partout et les gens me disaient que Carmen nous sommes contents de vous on vous a vue à la télé ». Depuis lors, la situation n’a pas changé et les problèmes subsistent. Sœur Carmen reconnaît qu’elle ne peut pas tout faire à elle seule, qu’elle passe parfois des nuits entières sans fermer l’œil parce qu’elle n’a plus de quoi payer la nourriture, de quoi nourrir les enfants. Comme elle le dit, ce n’est pas le paradis. « Si ce n’était pas mon pays, il y a longtemps que ce centre n’aurait plus existé, lance-t-elle. Maintenant, nous allons vers une autonomie financière car les gens ne peuvent pas être assistées durant toute leur vie et ce n’est pas bon. La Mauritanie doit s’habituer à pouvoir trouver par elle-même ces propres fonds pour fonctionner. Ce n’est pas normal qu’un centre de formation qui délivre un diplôme aux femmes, que ce diplôme n’ait pas une valeur officielle. Les autorités mauritaniennes doivent se rendre à l’évidence que ce sont des centres de formation et qu’elles doivent prendre en considération ces diplômes ».
Babacar Baye Ndiaye.
Le Rénovateur Quotidien

( 7 octobre, 2007 )

Khaled K

« Bienvenue dans ma tête »

Depuis quelques années, avec sa petite caisse en bois remplie de petites machines, il voyage à travers le monde. Ce mardi 10 Avril, il était au centre culturel français Antoine de Saint Exupery pour faire découvrir au public son spectacle « Bienvenue dans ma tête »

Quand il ne représente pas un bouddhiste entrain de prier dans un monastère ou un temple, un affrontement ou un conflit entre indiens et cow-boys, un chevalier en califourchon entrain de fumer, un chinois qui boulotte ou une cérémonie quelque part, il joue avec sa voix, des samplers et vous convie à un drôle de voyage autour du monde. Pour le profane ou pour celui qui n’a jamais assisté à son spectacle, pas facile d’imaginer que cette représentation fulgurante fournira un ensemble harmonieux hybride et volatile qui fera surgir les univers les plus périlleux. Son spectacle est une véritable prouesse technique. Si vous n’avez pas eu la chance de voir Khaled K sur scène, vous avez manqué une grosse occasion de vous faire embarquer dans un voyage imaginaire qui vous ferait rêver, rire et danser.
« Bienvenue dans ma tête » est une mise en scène époustouflante. Comment fait-il pour assurer un tel spectacle, il répond « c’est la maîtrise des appareils, l’amour du son. Je m’entraîne, je fais de la gymnastique, je nage pour garder la forme de la voix » et d’ajouter « le spectacle est un moyen d’expression, quelque chose qui me permet de se sentir mieux. Quand je commence à monter sur scène pour faire les improvisations, physiquement, j’ai besoin de crier, de sauter en l’air, de bouger et ça c’est la scène qui le permet ».
Le spectacle pour Khaled est un véritable cadre de liberté. Tout a débuté il y a six ans lorsqu’il a acheté « ses petites machines » à lui avec lesquelles il travaille actuellement sur scène dans divers spectacles. Grâce donc à ces « petites machines »,on pourrait dire ses compagnons de voyage, il produit des sons et les superpose « j’ai appris à m’en servir très rapidement et une fois que je les ai maîtrisés, je suis monté sur scène et j’ai commencé à faire des improvisations ».
La musique qui accompagne son spectacle et les thèmes qui y sont proposés est née de ces improvisations. Et il y a moins d’un an, il a travaillé sur la mise en scène (« bienvenue dans ma tête ») pour finir ces chansons. Son spectacle, comme il l’a fait savoir, c’est quelque chose qu’on ne peut pas raconter ni expliquer, c’est quelque chose qu’on doit aller voir ou assister. Entre conte, chanson, comédie, Khaled K ne laisse rien au hasard « j’aime bien mélangé tout ça. C’est pour ça que mon spectacle est multidimensionnel ».
Pour cet ancien technicien en régie lumière qui a appris ce métier en regardant des spectacles, c’est la curiosité, le fait d’être seul sur scène et de ne pas répondre à une demande, à une règle qui lui a donné l’envie de trouver quelque chose à improviser ce qui explique son attachement à la liberté « je le fais de manière inconsciente. J’ai besoin de liberté surtout quand il n y a pas de frontières, de limites pour pouvoir bouger à travers le monde donc musicalement j’ai pu le faire. Il y a une seule question qui m’a guidé : c’est pourquoi je ne suis pas l’autre ? ».
Une question banale dira –t-on. Mais Khaled K s’est toujours interrogé et s’interroge encore sur l’histoire de l’humanité, sur certains crimes comme par exemple le conflit entre les indiens et les cow-boys. « Je me suis toujours intéressé aux indiens d’Amérique sans savoir beaucoup leur histoire mais je sais qu’il y a eu des génocides monstrueux. Je me suis posé la question pourquoi les indiens ont été décimés de cette manière ».
Dans « Bienvenue dans ma tête », on retrouve toutes les dimensions de l’univers humain : ce qui fait qu’on a le far West c’est-à-dire les cow-boys avec leurs pistolets, les moines tibétains dans un recueillement et une spiritualité très forte, les fous qui dansent dans les boites de nuit.
Son spectacle est une transposition de la vie réelle sur la scène, une sorte de regard sur la planète puisqu’on y voit toutes les couleurs et toutes les représentations de la vie humaine et à la fin Khaled nous invite inconsciemment ou consciemment à se poser la question suivante : pourquoi ne sommes-nous pas l’un de chacun ?
Dans son spectacle, il y met beaucoup de finesse et de sensibilité, des images qu’on voit tout le temps comme par exemple les gens qui ont des chapeaux sur la tête sous le soleil dans les rizières avec les jambes dans l’eau et qui cueillent ou font le piquage, de l’indien d’Amérique jusqu’aux petites marionnettes chinoises. Leur point commun c’est que ce sont des gens qui s’inscrivent dans la tradition c’est-à-dire qu’ils n’ont aucune technologie à leur disposition, ils ont juste la terre et des moyens rudimentaires.
Le voyage, la liberté, la menace, la mort, la joie de vivre, la peur…tout y est représenté. Et mieux encore, quand il joue avec la marionnette, c’est vachement agréable dans la sonorité !

Babacar Baye NDiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 7 octobre, 2007 )

Administration : Lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite

Qu’une nouvelle ère s’ouvre, quelle attitude les nouvelles autorités opteront envers les vampires de l’économie ? Mais surtout comment réorganiser l’administration après tant d’années de laxisme, de favoritisme, d’immobilisme, de politisation, d’interventionnisme et de dilapidation des biens publics ?

Verra-t-on appliquer le principe de bonne gouvernance dans la gestion des affaires publiques ? Autant d’actes courageux que devra effectuer le Président Sidi Mohamed et son gouvernement pour sortir l’administration de sa léthargie et la mettre sur les bons rails.
Si aucun effort n’est pas véritablement fait, le ver de la corruption continuera de poursuivre son travail de pourrissement de l’administration et aucun secteur ne sera épargné. De plus en plus, l’administration mauritanienne est plongée depuis quelques années dans un profond malaise auquel elle n’arrive pas à s’en départir. Cette situation qui n’a que trop duré a affecté considérablement l’économie nationale. Aucun secteur public n’est véritablement épargné par ce malaise « congénital » qui a encore de beaux jours devant lui.

Les différents régimes qui se sont succédanés n’ont jamais pu remporter le combat à chaque fois qu’il s’est agi d’assainir cette administration. D’ailleurs, toute tentative visant à éradiquer les maux qui gangrènent notre administration est vouée au fiasco. Tant qu’un changement de mentalités n’aura pas été opéré, il sera difficile de vaincre ce mal. Pour ce faire, il urge de prendre des mesures incitatives en vue de restreindre la dépendance du personnel administratif aux pots de vin et autres dessous de tables.

La corruption est un mal qui n’épargne aucun secteur de l’administration. L’acquisition des marchés publics souffre royalement d’une absence de transparence. Le récent rapport de l’Inspection Générale d’Etat nous édifie sur le degré de corruption de la plupart de nos administrateurs et du niveau de mauvaise gestion de l’administration. La manière dont la plupart de ces marchés sont acquis nous identifie encore sur le caractère du non respect des règles de compétitivité.

Aucune mesure n’a jamais été prise pour témoigner d’une véritable volonté de changer les choses dans bien des secteurs de l’administration allant dans le sens du renforcement de la lutte contre l’enrichissement illicite et la corruption. L’argent, qui provient des fonds de développement et de l’aide publique internationale, qui devait servir où être utilisé dans des projets de lutte contre la pauvreté est soustrait et les bénéficiaires laissés en rade.

Conséquence : la pauvreté s’accentue de plus en plus. Au lieu d’investir cet argent quelque part dans l’éducation, la santé, l’eau potable, l’électricité, les infrastructures, les vampires de l’économie préfèrent l’épargner dans des banques pour s’assurer une bien paisible vie ou bien s’acheter de belles voitures, construire de superbes villas, passer tout leur temps à snober les belles femmes.

On note aussi qu’il n’y a aucune loi qui astreint les hauts fonctionnaires à faire la déclaration de leurs biens y compris le Président de la République, ses ministres, ses sénateurs, ses députés, ses maires, ses gouverneurs, ses directeurs… Ainsi donc de hauts cadres sont devenus malhonnêtement riches. Des millions d’ouguiyas sont détournés sans que personne n’ait pipé mot. Et pourtant la question du détournement des fonds publics est une question tranchée par le code de procédure pénale mauritanien. Mais au fond l’applique-t-on ?

De nombreux responsables sont en fonction depuis des décennies. Ils ont bénéficié des avantages et des privilèges du Parti-Etat. D’autres même ont continué à conserver leur position sociale après le coup d’état du 3 août 2005. Jusque là, aucun haut responsable de l’administration, fut-il descendant d’un saint ou d’un marabout vénéré, n’a jamais pensé faire sa déclaration. D’ailleurs, comment y penserait-il faute de disposition légale et réglementaire.

En dehors de leurs revenus légitimement perçus certains responsables font augmenter significativement leur patrimoine ou celui de leurs proches parents créant ainsi des charges supplémentaires pour le budget de l’état. Il y a des fonctionnaires qui pensent qu’ils sont nés pour être d’éternels ministres ou directeurs. Des anciens caciques du régime de Taaya continuent de faire la ronde. Maintenant, ils réclament encore leur part du partage du gâteau quitte à retarder la nomination des postes de ministères. Pourtant, chaque jour on voit de jeunes personnes cadenassées parce qu’elles ont cambriolé une maison. Mais jamais on a emprisonné un haut responsable ou dignitaire du parti au pouvoir ou quelqu’un ayant bénéficié des largesses du pouvoir.

Face à une telle situation moribonde et exaspérante, des mesures rigoureuses doivent être prises pour redorer le blason de l’administration. A cet égard, la revalorisation substantielle des salaires des fonctionnaires pour les mettre à l’abri de la corruption et pour qu’ils puissent conserver leur probité ne ferait qu’atténuer la gravité de la situation. La promotion dans le travail devra se faire dans l’égalité et surtout mettre la personne à la place qu’il faut loin des appartenances politiques ou raciales. Sans oublier parfois de sanctionner et d’imposer la rigueur dans le pointage du personnel.

Les défis pour une bonne administration sont énormes. Les nouvelles autorités vont-elles se lancer dans cette démarche ou vont-elles faire empirer la situation ? Certes, combattre la corruption et assainir l’administration ne sont pas choses aisées. Mais il est du devoir moral des nouvelles autorités, en premier lieu le Chef de l’Etat, de combattre certaines pratiques compromettantes qui ont toujours entravé la bonne marche de l’administration.

Babacar Baye NDiaye
Le Rénovateur Quotidien

( 7 octobre, 2007 )

Université de Nouakchott : Les étudiants en colère!

Depuis des semaines, l’université de Nouakchott est dans le tourbillon. Hier, une fois de plus, ce sont les étudiants de la faculté des Sciences et Techniques, suivis de leurs camarades des autres facultés qui ont renoué avec les grèves. Ils ont tenu un sit-in à l’intérieur du Rectorat devant les autorités universitaires. Pour en savoir plus, nous avons tapé à la porte du rectorat en vain…

L’université de Nouakchott est l’université des pauvres. Cette triste réalité illustre bien les conditions extrêmement difficiles voire insupportables dans lesquelles vivent les étudiants mauritaniens. L’université de Nouakchott n’est pas digne d’une véritable université. La situation est alarmante. Les toilettes sont lamentables, les bibliothèques mal équipées, le restaurant n’existe que de nom. Les normes d’hygiène ne sont pas souvent respectées.

Sur le plan équipements modernes, l’université de Nouakchott est en retard considérable par rapport aux autres universités africaines et maghrébines. Les étudiants ne disposent même pas de salles informatiques. Dans ce domaine, aucun effort n’a été fait par les autorités universitaires. Les étudiants ont abandonnés à eux-mêmes.

Pour dix mille étudiants, l’université de Nouakchott n’offre pas un service de santé digne de ce nom encore moins de bibliothèque universitaire (B.U), ni de salles de sport. Pour venir à l’université, c’est tout un tas de problèmes. Les étudiants n’ont pas de moyens de transport satisfaisants, les bus sont souvent vieux et délabrés. Beaucoup de ces problèmes rendent la vie des étudiants très difficile.

Les étudiants attendent des autorités universitaires, du ministère de l’Enseignement supérieur, qu’ils fassent des efforts quand les situations sont tendues. La capacité d’accueil du restaurant universitaire est très faible pour un nombre d’étudiants estimés à 10.000. Prendre le repas à midi ou à 13 heures, relève de l’exploit.

Les bibliothèques de la plupart des facultés sont délabrées. Les ouvrages manquent, ou s’il en existe les éditions sont anciennes et pire encore il est très difficile de trouver des ouvrages qui correspondent au programme. Il y a aussi la discrimination entre les facultés. Les étudiants de médecine sont mieux favorisés que les autres étudiants.

C’est comme si la Mauritanie n’a besoin que de médecin dans le futur. Les littéraires, les économistes, les juristes, les gestionnaires, les scientifiques sont les oubliés de la nouvelle politique universitaire. L’université a été créée pour les étudiants. Donc les autorités doivent s’occuper des problèmes des étudiants.

La collaboration manque entre les étudiants et les autorités universitaires. Les étudiants sont désespérés puisqu’il n’y a aucune perspective pour l’avenir. Les professeurs s’absentent beaucoup et les cours tardent à reprendre. La plupart de nos autorités ont leurs progénitures à l’étranger puisqu’elles savent bien que l’université de Nouakchott ne vaut pas tripette. C’est ça qu’on appelle manquer de respect au citoyen, celui-là même qui est le détenteur du pouvoir.

Revendications en attente Les étudiants réclament la généralisation des bourses, au cas échéant, une bourse obligatoire pour les étudiants qui passent en deuxième année, augmenter le nombre de boursiers des quatrièmes années pour le troisième cycle. Ils veulent que les autorités universitaires prennent au moins cinq à six étudiants.

Ils réclament aussi l’augmentation des bourses jusqu’à 15.000 UM puisque tous les fonctionnaires de l’Etat ont bénéficié des augmentations considérables sur leur salaire. De 1981 à 2006, le montant de la bourse n’a pas évolué. Les salaires grimpent pourquoi donc ne pas penser aux étudiants qui ne demandent que le minimum, estiment- ils. Et de rappeler  » qu’il ne faut pas oublier que les étudiants constitueront les futurs cadres de ce pays. « 

Certains étudiants, c’est le cas de Mar, estiment qu’ils sont libres de réclamer leurs droits si on les en prive. Les autorités étatiques, en premier lieu, le chef de l’Etat, avec les autorités universitaires doivent prendre en charge les problèmes que rencontrent l’université et les étudiants.

Il y va de la crédibilité de cette institution. Espérons qu’il y aura bientôt une issue heureuse et que les étudiants regagneront le chemin des amphithéâtres.

Babacar Baye Ndiaye

( 7 octobre, 2007 )

Prix des denrées de première nécessité: Cauchemar des ménages!

Rares sont les pères de famille qui ne sont pas en proie à la cherté des denrées de première nécessité. Et ce n’est pas donné à n’importe qui d’assurer la dépense quotidienne qui est un véritable casse-tête

Se nourrir devient pour les Nouakchottois une véritable préoccupation. Les denrées de première nécessité sont onéreuses et les prix ne cessent de grimper. La plupart des femmes rencontrées au marché estiment que la vie à Nouakchott est trop dure.

C’est le cas de Aïssata Wane, mère de quatre enfants, demeurant à la Médina 3.  » C’est difficile. Mais bon que faire ? C’est toujours les pauvres qui en pâtissent. Mon mari, lui, est un mécanicien, parfois, il rentre bredouille à la maison. La situation, actuellement, est pénible pour tout le monde notamment pour nous les pauvres.

C’est aussi le sentiment de cette dame qui pense qu’il faudrait diminuer les denrées de première nécessité puisque les pères de famille ne tiennent plus la barre haute.

A la place  » Khar Yalla  » située à quelques mètres du carrefour clinique, nous avons trouvé des ouvriers désoeuvrés sans travail, assis sur des emmarchements ou sur des arbres, à l’attente d’une clientèle. Ils viennent en partie des quartiers défavorisés de Nouakchott.

Fuyant la misère et la pauvreté, ils viennent ici monnayer leur expertise contre des sommes dérisoires. Ici, les avis sont unanimes : le train de vie est cher.

Pour voir du bon poisson ou de la bonne viande, il faut décaisser 2400 UM sans parler de l’huile, du riz, du lait, du sucre. Les conditions de vie deviennent de plus en plus difficiles. Les ménages souffrent du fait de la cherté des denrées de première nécessité.

Les pères de familles sont-ils malheureux?

Titi Hassan et El Hadj Sarr, tous deux ouvriers de leur état, font partie de ceux-là.  » Pour assurer la dépense quotidienne, il faut au moins 2000 UM sans compter le transport, le loyer, l’eau.

Et, pire encore, on peut rester des jours sans trouver de clientèle. La concurrence est devenue rude. Le métier de journalier est très difficile et ne permet pas de satisfaire entièrement nos besoins. « 

Ce n’est pas seulement les ouvriers qui se plaignent de la cherté des prix des denrées de première nécessité. Il y a aussi les fonctionnaires de l’Etat. C’est le cas de Ahmed Salem, père de famille et fonctionnaire au ministère de l’Education nationale qui pense qu’il faut augmenter les salaires, diminuer les prix des denrées de première nécessité et d’ajouter  » nous attendons du gouvernement la prise en charge des préoccupations des citoyens.

Babacar Baye Ndiaye

( 7 octobre, 2007 )

Promesses

Je ferai ceci…je ferai cela et patati et patata. Deux semaines durant, les mauritaniens ont entendu toutes sortes de promesses et de slogans. Chaque candidat s’est prétendu être l’avocat ou le sauveur du peuple, le Messie, l’homme providentiel, l’incarnation du changement et je ne sais quoi encore. L’argent a été au rendez vous. Et dans ce domaine là, malheur à ceux qui ont traîné le diable par la queue.

D’ici quelques heures, les feux seront au rouge. Ce sera maintenant au peuple de départager les dix neuf candidats en lice. On sait d’ores et déjà que l’élection présidentielle du 11 mars connaîtra des fortunes diverses Et l’on peut claironner sans être un démagogue que les quatre vingt dix pour cent voir plus qui caractérisaient les scrutins présidentiels ne seront pas au rendez vous.

Mais aussi et j’aimerai bien le croire que les mauritaniens ne sont pas des moutons de panurges même si ceux qui pratiquent la politique au plus haut degré sont des moulins à paroles et excellent parfois dans la pantalonnade. Jusque là, les candidats ont été irréprochables. Pas de phrases assassines ni de d’attaques personnelles même si on a constaté qu’il n’y avait pas d’idées nouvelles et des projets de grande envergure.

Coté pronostics, d’un jour à l’autre, les estimations font boule de neige. Pour le moment, ne gageons rien et serrons nous le kiki. Deux semaines durant, la campagne présidentielle a transformé des centaines de milliers de mauritaniens en autistes que rien n’intéressait hormis l’atmosphère qui prévalait partout dans les campagnes et dans les villes du pays. Journaux entre les mains, post-radio collé à l’oreille et yeux rivés sur les écrans de la télévision nationale.

Il y a un temps nous étions comme l’oiseau sur la branche. Aujourd’hui, nous sommes dans le registre de l’espoir et le monde est entrain de nous observer. Le Mali sous Amadou Toumani Touré a connu une transition réussie. Reste la Mauritanie. Les années à venir seront une mise à l’épreuve à la démocratie aussi bien pour le peuple mauritanien que pour celui qui va occuper le fauteuil présidentiel.

Babacar Baye Ndiaye

( 7 octobre, 2007 )

Un pas en avant, deux pas en arrière et un pas à coté

Cela peut paraître invraisemblable. Mais quelque soit le futur Président de la République qui sera élu au soir du 25 mars prochain, il n’y aura rien de nouveau, ni de spécial. Je ne dirai même pas d’air nouveau pour la Mauritanie.

Ces deux candidats ont en commun d’avoir connu dans le passé les arcanes du pouvoir et ont eu à une époque donnée de notre histoire participé à la gestion de ce pays. Et dans ce domaine, tous les deux traînent des casseroles. Ils ont fait leur temps mais aussi leurs preuves. Alors que peuvent –ils vraiment apporter à la démocratie et à la justice sociale ?

Pour le moment, les mauritaniens (même pas la majorité) ont fait leur choix et l’ont assumé en choisissant ces deux candidats. Le taux d’absentions risque de surprendre beaucoup d’observateurs pour deux raisons majeures vu les scores qu’ils ont réalisé lors du premier tour de l’élection présidentielle.

Premièrement, l’indiscipline des électeurs des malheureux candidats à moins qu’il n y ait des consignes de vote risque de peser lourd sur la balance électorale.

Deuxièmement, l’abstention de l’électorat négro-africain ne sachant sur quel joker se rabattre risque là aussi de faire tache d’huile sans oublier les 30% des mauritaniens qui se sont abstenus.

Avec Sidi, c’est le retour à l’ancien régime que craignent beaucoup de gens même s’il dit être le président qui rassure. Ahmed lui ne fait pas l’unanimité à cause de ses sorties jugées discriminatoires par certains. Entre Sidi Ould Cheikh Abdallahi et Ahmed Ould Daddah, les mauritaniens auront-ils l’embarras du choix ?

Avec un électorat aussi dispersé, qui des deux réussira-t-il à faire le consensus autour de sa personne et tirer le maximum de profit ? Qui sera le lièvre ? Et qui sera l’hyène dans cette partie de pêche ? Les enjeux seront énormes malgré leur impopularité (35 mauritaniens sur 100 ont voté pour les deux candidats favoris).

Avec une configuration politique sans précédente, jusqu’où nous mènerons le second tour du 25 mars prochain ? Zeidane, Messaoud, Ibrahima Saar…, derrière qui se rangeront-ils ou feront- ils monter les enchères en vue d’un gouvernement de larges consensus issu de sensibilités différentes ?

Babacar Baye Ndiaye

( 7 octobre, 2007 )

Quel scénario pour le second tour ?

L’élection présidentielle du 11 mars passé aura été l’élection des grandes surprises, des révélations mais aussi des déceptions imprévisibles et inopinées. Avec le second tour, nous nous retrouvons sans savoir pourquoi dans une période cruciale de notre histoire politique et sociale. Qu’on ne se leurre pas, nous sommes dans une impasse avec tous les ingrédients et risques que ce second tour pourrait engendrer ?

On murmure qu’au sein de l’armée des allégeances tribales commencent à faire leur apparition .Chaque candidat aurait obtenu le soutien de hauts gradés de sa tribu .Si une telle rumeur se confirme on serait assis sur une poudrière ; Ce que personne ne souhaite.

Les scénarii sont loin d’être joués contrairement à ce que pensent certains. Loin s’en faut. Chacun des deux candidats a les potentialités avec des forces et des faiblesses bien sur de remporter ce second tour vu leur électorat respectif et les soutiens qu’ils peuvent bénéficier même si dans ce domaine Sidi Ould Cheikh Abdallahi part favori pour plusieurs raisons. Quel scénario nous réservera le duel Sidi Daddah ?

Le peuple mauritanien sera-t-il épargné de cette confrontation qui sent déjà le roussi ? Par ailleurs, les deux phénix de la scène politique feront-ils basculer la Mauritanie dans l’implosion sociale ? Là-dessus, c’est la pénombre.

Finalement, cette bataille de présage tant attendue des dinosaures sans tonsure aura lieu ce 25 mars. Mais quelque soit l’issue du second tour, la tache sera difficile pour le futur Président qui devra tenir en considération les questions majeures relatives à l’unité nationale et qui constituent autant de mines explosives pour la Mauritanie et pour lesquelles il devra trouver des solutions adéquates. Contrairement à l’élection présidentielle du 11 mars, celle du second tour dégage une atmosphère déjà passionnante et pleine de suspens.

Babacar Baye NDiaye

( 7 octobre, 2007 )

L’affaire de la drogue : où en sommes-nous ?

Celle-ci défraye encore la chronique. Pour preuve, les saisies se suivent. La drogue suscite beaucoup d’inquiétudes, d’interrogations, de supputations créant beaucoup de remous dans l’opinion.

Au vu de la lenteur judiciaire qui entoure cette affaire peut-on donc penser qu’elle a été classée dans la layette des «affaires indésirables » ? Ou alors les autorités en charge de cette affaire sont-elles en train de faire un travail de fourmi pour pouvoir appréhender les personnes concernées de près ou de loin par cette affaire ? La question taraude les esprits de tous les mauritaniens : où en est l’affaire ?

Jusqu’à présent, ils n’ont rien compris de cette affaire nébuleuse, leur lanterne n’étant pas toujours éclairée. On se demanderait même si elle ne serait pas purement et simplement étouffée par les pouvoirs publics qui, pourtant, au début de son éclatement avaient affiché leur ferme volonté de «faire toute la lumière », leur détermination à remuer ciel et terre pour trouver les responsables qui avaient introduit frauduleusement ces importantes quantités de drogue dans notre pays et de les traduire en justice qui qu’ils soient.

Certainement, ce n’était pas un spectacle de chahut que nous offraient les pouvoirs publics. Car, depuis lors, les mauritaniens n’ont rien «entendu » sur cette affaire.

Même si, il y a eu des suspects qui ont été appréhendés, nous serions tentés de croire que nous sommes en train d’assister à un étouffement «complice » de cette affaire extrêmement complexe et encombrante parce que tout simplement, selon certaines rumeurs, certaines présomptions, beaucoup de personnalités, de grandes personnalités, civiles, politiques ou militaires, bien connues, seraient mêlées jusqu’à la moelle de leurs os dans cette affaire.

Nous savons tous que ce ne sont pas les pauvres qui font ou feront entrer d’importantes quantités de drogue dans le pays par le biais des frontières, du port ou de l’aéroport.

Nous savons aussi que des pots de vin sont souvent reçus par les responsables de ces sites pour faire passer invisiblement la drogue. Dans ce pays, par le biais de ce commerce illicite, beaucoup de personnes sont devenues millionnaires ou milliardaires.

Nous cacherait-on des vérités fracassantes dans cette affaire ? Des têtes vont-elles tomber ? Pour le moment, rien ne présage qu’on assistera à l’implosion de la vérité vue les lenteurs et les «obstacles » qui obstruent cette affaire dense de mystères.

Sauf si les autorités accéléraient le pas en mettant les bouchées double. La drogue, c’est une affaire, un cercle de réseaux hyperstructurés difficiles à démanteler.

Mais là n’est pas le véritable problème. D’où les questions suivantes : les autorités vont-elles faire profil bas au détriment de la vérité ? Où vont-elles combattre l’enrichissement illicite de cette catégorie qui s’enrichit d’un coup de baguette magique ?

Les autorités en charge de cette affaire auraient-elles desserré le poing ? Tout porte à le croire sauf si…on nous disait où en est l’affaire ?

 

Babacar Baye Ndiaye

( 7 octobre, 2007 )

Quelle est cette force qui se dissimule derrière toute action de changement ?

Plus que jamais, la Mauritanie a besoin des hommes et des femmes capables de relever les défis qui ont pour nom : réconciliation nationale, justice sociale, développement économique et social, démocratie, bonne gouvernance,…pour cela, il faudra s’armer d’impétuosité et de ténacité.

Car, apparemment, à chaque fois qu’une bonne action est annoncée ou entamée, il y a une force obscure, une force sans âme et sans état d’âme qui se présente pour barrer ou empêcher toute initiative allant dans le bon sens du changement des mentalités et des comportements.

Passif humanitaire, retour des déportés, la question de l’esclavage, sur l’émancipation des femmes mauritaniennes, des personnes d’une nature pas catholique et suspecte qui se dérobent toujours derrière leur visage de pierre créent le désordre et sèment la frousse dans l’esprit des citoyens en brandissant des menaces ou des propos de tout acabit.

Certainement qu’ils sont malades et c’est un danger de laisser ces gens le monopole de l’action et de l’intimidation qu’ils assènent à longueur de journée dans les médias ou autres supports de communication. Avec tout ce qu’elle a connu, la Mauritanie actuellement a besoin de s’apaiser, de rejoindre le ban des nations civilisées et démocratiques.

De montrer qu’elle est peut bien s’en sortir ! Sauf si elle ne le veut. Que ce qu’elle a traversé ne fait partie désormais que de l’histoire ancienne, une histoire qui était irréversible !

On doit pouvoir maintenant sortir de ce canevas pour avancer. Il faut presser le pas déjà que nous avons perdu presque un quart de siècle dû à la folie d’une poignée de personnes sans préoccupation morale et sans vergogne et surtout racoler les mille tessons de la bouteille.

D’ailleurs où est-ce qu’elle nous a mené sinon à la décadence et au déchirement du tissu social, des stigmates non encore cicatrisés ? Fort heureusement hélas, qu’il y a des personnes de bonne foi et épris de paix et de justice qui s’attèlent à cette tache gigantesque et noble. Comme quoi, les temps ne sont pas loin. Il ne servira pas à grand-chose de mettre des bâtons dans les roues.

Ces grands fanatiques risquent de nous obstruer la voie si l’on n’y prend pas garde ! Pour qui se prennent-ils ? Ne parvenant pas toujours à accepter l’histoire et le cours de l’histoire, cette force rétrograde continue de se replier sur elle-même en oubliant qu’il ne sert à rien de courir en tous azimuts en braillant «non, jamais !».

Pourquoi ont-ils toujours peur ? Peut être qu’elle a perdu son flegme. Qu’elle éprouve elle aussi une peur instinctive. Qu’elle sait qu’elle a le couteau sous la gorge. Qu’à tout moment, les choses peuvent basculer. Les exemples sont légion.

S’il y a des personnes qui doivent nécessiter une cure spirituelle c’est bien celles là. Et comme c’est de leurs mœurs, de leur mode de pensée, de leur stratégie, conséquence de leur étroitesse d’esprit, elles sont certainement en train de bourdonner dans l’oreille des populations pour empêcher sans doute que le Président de la République, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi ne crée lui aussi son propre parti politique.

Car, et d’ailleurs, ne l’ont-elles pas fait avec le retour des déportés, la loi criminalisant l’esclavage ou l’égalité des sexes. Ce ne serait pas alors surprenant de leur part qu’elles prennent leur gourdin et leur tambour !

Babacar Baye NDiaye

( 7 octobre, 2007 )

Submersions au sud de la Mauritanie : SOS en faveur des populations

Depuis quelques jours, les populations du sud de la Mauritanie vivent un calvaire dramatique pour ne pas dire dans un enfer, consécutif à d’importantes quantités de pluie enregistrées ces derniers jours.

Alors que même nous avons encore en mémoire les images choquantes de la ville de Tintane complètement submergée, alors que même la situation dans cette moughata a semblé excéder les pouvoirs publics et les autorités locales pour xyz raisons, voila que d’importantes quantités de pluies viennent encore de tomber sur les wilayas du Brakna, du Gorgol et du Guidimakha rendant presque ces localités inaccessibles ou difficiles à vivre.

Déjà, selon certaines informations, les dégâts seraient assez importants : beaucoup d’habitations effondrées, d’importantes familles déplacées, trois personnes gravement blessées. Les populations semblent être oubliées par les autorités de la République qui tardent encore à tirer la sonnette d’alarme, à se mobiliser en temps réel pour secourir ces populations désemparées.

Il semblerait aussi que les autorités locales n’ont pas estimé ou senti la nécessité de sonner l’alerte ni de mobiliser les aides alimentaires et médicales pour secourir les sinistrés.

Ce qui est curieusement incompréhensible. Même si déjà, sur place, la fondation de la première dame, madame Khattou Bint Boukhary et le commissariat à la protection sociale et à la sécurité alimentaire sont sur pied d’œuvre pour alléger les souffrances des populations consécutives aux dernières intempéries en leur distribuant des produits alimentaires, des vêtements, des tentes, les lenteurs constatées dans le traitement de cette situation sont assez inquiétantes.

On se rappelle encore qu’au lendemain des intempéries qui avaient submergé la moughata de Tintane, tout le gouvernement (presque enfin!) s’était mobilisé en premier lieu le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi himself.

Même notre marine nationale, notre gendarmerie nationale, notre police nationale et notre garde nationale s’étaient mobilisées et impliquées dans les secours.

On se croyait même dans un tournage de film digne des américains. C’est pour dire que notre gouvernement avait vraiment mouillé le maillot comme disent les sportifs.

Ce n’est pas aller trop vite en besogne en pensant que le gouvernement n’accorde pas d’attention sur ce qui se passe là-bas ou dédramatise la situation qui prévaut actuellement dans le sud du pays!

Ou alors -c’est souvent le cas- il attend que la situation devienne catastrophique, lui échappe, se pourrisse ou le transcende pour qu’il réagisse promptement.

Babacar baye NDiaye

( 7 octobre, 2007 )

Assainissement : Enfin, les autorités ont trouvé chaussures à leurs pieds !

«Dragui-transport ». C’est cette société française désormais qui se chargera de l’assainissement du centre-ville de Nouakchott et de Ksar. Pour les autres localités de Nouakchott ou de l’intérieur du pays, elles peuvent encore patienter.

 

En terme de création d’emplois, l’état peut bien se frotter les mains car hormis l’assainissement dont elle aura en charge, cette société créera plus de 600 emplois permanents.

 

Même si le montant de l’accord signé entre les autorités et la société «Dragui-transport » membre du groupe français «Pizzorno Environnement » n’a pas été dit. Maintenant, les privilégiés des quartiers chics de Nouakchott peuvent pousser «un Ouf de soulagement !».

La gestion de l’assainissement doit aussi concerner les collectivités locales qui ont assurément un rôle à jouer dans ce secteur où c’est le capharnaüm qui fait ravage dû principalement à une absence d’études sérieuses et viables.

 

Cette gestion ne doit pas être considérée comme un «domaine réservé ou exclusif» autrement dit, il ne faut pas faire endosser toute la responsabilité à la Communauté Urbaine de Nouakchott qui ne dispose pas suffisamment de moyens financiers et techniques pour pouvoir répondre aux exigences et aux besoins des populations de Nouakchott en terme d’assainissement.

 

C’est pour cela qu’on parle de décentralisation pour un peu alléger les domaines d’intervention de l’état et surtout responsabiliser les collectivités locales dans certaines prises de décisions qui ne doivent impliquer qu’elles-mêmes.

 

Cette fois, espérons que la bonne solution a été trouvée et que Nouakchott longtemps abandonnée à elle –même va enfin se présenter comme une ville propre dans un environnement salubre. Et c’est une honte pour l’image du pays de voir notre capitale où tout est concentré patauger dans les ordures.

 

La capitale Nouakchott est la seule capitale des capitales de l’Union du Maghreb Arabe où les problèmes d’assainissement sont récurrents parce qu’il n y a jamais eu dans ce domaine des signes qui montrent réellement que les autorités ont à l’esprit et au cœur l’assainissement de la ville de Nouakchott.

 

Et malgré les efforts qui ont été toujours consentis dans ce secteur très malade par les pouvoirs publics, notre capitale n’a pas changé et les problèmes sont restés les mêmes voire plus préoccupants.

 

La problématique de l’assainissement ne devrait même pas constituer un obstacle pour nos autorités car l’agglomération de Nouakchott n’est pas très vaste de même que sa population qui est très restreinte contrairement à d’autres capitales de la sous région où le taux de pourcentage en terme de chiffres est très élevé.

 

Les populations de Nouakchott sont tellement indisciplinées et dénuées de l’esprit de citoyenneté et de civisme qu’il faudra à cette société du temps et de la patience pour venir à bout du problème de l’assainissent.

 

Le développement urbain ce n’est pas seulement l’affaire des pouvoirs publics. C’est aussi celle des citoyens qui doivent en premier lieu montrer leur adhésion au projet de tout développement urbain.

 

Babacar Baye NDiaye

( 7 octobre, 2007 )

Promotion de la femme mauritanienne:Les prémices d’un renouveau

Notre Président de la République, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, serait-il devenu le Président des femmes mauritaniennes, leur avocat, leur Ami ?

Car, depuis quelques temps, depuis qu’il est devenu Président de la République, il ne cesse de surprendre les hommes, tous les jours, sa pugnacité de promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, de montrer qu’il n’est pas fesse-mathieu en terme de progrès, de promotion et d’émancipation féminine.

Après leurs nominations aux postes d’ambassadrices, les voilà maintenant promues aux postes de walis. Des précédents dans l’histoire politique et sociale de notre pays qui vient de sortir d’une époque d’obscurantisme et de fanatisme qui a toujours entravé la bonne marche de la République, de notre état et de notre peuple.

La promotion des femmes de plus en plus accentuée sonnerait-elle le glas d’une époque? Nos femmes, longtemps marginalisées et enchaînées dans des clichés infondés, seraient-elles en train de vivre dans le meilleur des mondes ?

La seule fausse note- incompréhensible et impardonnable !-c’est qu’il n y a pas eu parmi toutes ces nominations officielles esquissées ces derniers temps modernes, des femmes issues de la communauté négro-mauritanienne.

Sans aucun esprit de sectarisme ni aucune idée revendicatrice, c’est pour signifier simplement que la Mauritanie n’appartient pas uniquement à une seule communauté. C’est pour dire aussi, qu’au moment où la problématique sur la réconciliation nationale suscite beaucoup de débats, d’engouement et d’inquiétudes simultanément, il faut pratiquer et promouvoir une politique non discriminatoire et égalitaire qui constitue des gages d’intégration et de justice.

Ceci dit, non «avec cœur », Monsieur le Président de la République, continuez sur cette lancée de gloire pour faire rêver nos femmes, surtout celles qui se battent inlassablement et de manière convaincue pour leur reconnaissance et leur acceptation dans les sphères de décision de l’administration !

En tout cas, ce ne sont pas les associations de défense des droits de la femme mauritanienne qui ne vont pas ovationner des deux mains et des deux pieds. La femme mauritanienne est aussi capable d’accomplir de bonnes choses contrairement à ce que pensent certains esprits malveillants.

D’ailleurs, la compétence n’est pas l’apanage exclusif de l’un ou l’autre des deux sexes. C’est une question de jugement du reste relatif.

Aujourd’hui, personne ne pourra reprocher au Président de la République l’attention particulière qu’il porte ou qu’il est en train de porter sur la femme mauritanienne. Ce qu’elle n’a jamais osé rêver. On est tenté de brailler «Enfin ! Les femmes ont-elle trouvé leur véritable avocat ?» en la personne du Président de la République, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi himself qui est en train de bouleverser -c’est une impression- les mœurs et les traditions et les coutumes séculaires.

Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi serait-il un Président iconoclaste ? Les historiens sans doute nous apporteront des éclaircissements à cette question ?

 

Babacar baye NDiaye

( 8 octobre, 2007 )

Enseignants des écoles privées formés par l’ANAPEJ:Plus de trois mois d’arriérés de salaires

Depuis 8 heures, ces enseignants des écoles privées formés par l’ANAPEJ attendent que le Directeur Général de la dite agence les reçoit pour les fixer sur leur sort. En effet, voilà plus de trois mois qu’ils courent derrière leurs salaires. Mais à chaque fois, c’est la même chanson qui leur est servie : il faut patienter. Mais jusqu’à quand semblent-ils se demander.

«Nous avons négocié. Nous avons tout fait pour obtenir nos droits. Mais en vain !». Ces propos de désespoir sont de Thiam Abderrahmane, délégué des enseignants des écoles privées formés par l’ANAPEJ. «Certains d’entre nous sont restés plus de trois mois sans toucher leurs salaires d’autres six mois » nous rencarde-t-il. Peut-on penser que la Mauritanie est un pays où on ne respecte pas les droits les plus élémentaires des travailleurs ?

En effet, depuis le mois de juillet dernier, tous les jours, ces enseignants sont là, assis sous les arbres en cette période de Ramadan. Pourtant, ils sont allés voir leur ministère de tutelle qui les a promis de tout faire pour les rétablir dans leurs droits pour lesquels ils sont en train de réclamer depuis plusieurs mois.

«Nous avons vu la Ministre de l’Education Nationale, le Secrétaire Général dudit ministère. Nous avons soulevé tous ces problèmes qui sont actuellement en instance. Ils nous ont promis d’apporter et de trouver des solutions à nos problèmes. ».

Même son de cloche au niveau de l’inspection de travail de Nouakchott qui n’a rien fait pour eux. «C’est nous qui nous plaignions à aller à chaque fois qu’il y a des cas avérés, nous nous déplaçons à l’inspection du travail mais en réalité, ils n’ont rien fait en notre faveur.

D’ailleurs, ils ne peuvent rien faire contre les écoles privées. C’est un lobby» affirme Thiam Abderrahmane apparemment dépité par la situation.

Pendant ce temps-là, leur dossier traîne toujours au niveau de l’ANAPEJ qui refuse de les rencontrer ou renvoie toujours leur rencontre avec ces enseignants aux calendes grecques. Ces jeunes enseignants sont liés avec les écoles privées par des contrats de travail signés par l’ANAPEJ dans le cadre de sa lutte contre le chômage en Mauritanie.

Mais selon les termes de Thiam Abderrahmane, les services de l’ANAPEJ n’ont pas respecté les clauses du contrat qui les lient avec eux. Ce contrat qui est un contrat à durée indéterminé a été mal ficelé, une sorte de contrat maison selon lui. «Nous ne sommes plus disposés à travailler avec eux dans ces conditions(l’ANAPEJ, note de la rédaction).

Nos intérêts sont occultés. Nous avons demandé la révision du contrat c’est à dire revenir à la case de départ. C’est mieux que de travailler dans ces conditions » dit Thiam Abderrahmane sur un ton menaçant. En vain, ils sont entrés en contact avec l’ANAPEJ. «Nous le faisons chaque jour.

C’est pourquoi, les gens sont mobilisés. Depuis quelques mois, tous les jours, nous venons ici. On nous avance des raisons budgétaires et financières à chaque fois. Le plus important pour nous c’est le contrat signé avec les écoles privées. Il s’est trouvé que ce contrat occulte les intérêts des enseignants.

Par conséquent, nous ne trouvons pas un terrain d’entente qui puisse faire que les enseignants et les directeurs d’école puissent travailler sereinement ».

Ainsi, si la situation empire, ces enseignants préféreraient rompre avec les écoles privées que de continuer à travailler dans ces conditions de travail où ils passent le plus clair de leur temps à réclamer leurs droits devant des responsables qui ne veulent rien entendre de leurs détresses et de leurs supplications.

 Avec un salaire mensuel de 42.000 UM, ces centaines de jeunes réclament des conditions de travail décent à défaut de leur non-intégration dans la fonction publique. «Les enseignants sont mis dans de telles conditions de travail. On peut dire que ce sont des conditions extrêmement difficiles parce qu’on les fait travailler sans salaire. Ils ne sont payés à temps et sont souvent harcelés. »

Ces enseignants font aussi face aux directeurs d’écoles privées qui se disent ne pas être en mesure de pouvoir les payer parce qu’ils n’ont pas assez de moyens financiers pour couvrir leurs salaires. Car, en effet, la moitié des salaires de ces enseignants est prise en charge par l’ANAPEJ et l’autre moitié par les écoles privées.

 

Babacar Baye Ndiaye

( 13 octobre, 2007 )

Situation économique et sociale du pays: Les chefs de famille entre l’enclume et le marteau!

 Six mois après l’investiture de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi à la magistrature suprême, les populations notamment les travailleurs, les chômeurs et les fonctionnaires poireautent toujours et avec impatience les grandes réformes sociales et économiques tant promises durant la campagne présidentielle de février et mars 2007.

Et face aux supplications et exigences sociales trop pressantes, le gouvernement de Zéine Ould Zeidane semble avoir du pain sur la planche. Cherté de la vie, chômage, privatisations avec son lot de conséquences…le gouvernement pourra-t-il rassurer les chefs de famille qui ont commencé déjà à désespérer ? 

Rares, aujourd’hui, sont les chefs de famille qui ne sont pas en proie à la cherté des denrées de premières nécessités. Et ce n’est pas donné à n’importe qui d’assurer la dépense quotidienne qui est devenu un véritable casse-tête. Se nourrir donc devient pour les Nouakchottois une véritable préoccupation.

Les denrées de premières nécessités sont onéreuses et les prix ne cessent de grimper. La plupart des femmes rencontrées au marché estiment que la vie à Nouakchott est trop dure. C’est le cas de Fatimata Demba Anne, mère de quatre enfants, demeurant à la Médina 3. ” C’est très difficile dit-elle. Mais bon que faire ? C’est toujours les pauvres qui en pâtissent. Mon mari, lui, est un mécanicien, parfois, il rentre bredouille à la maison. La situation, actuellement, est pénible pour tout le monde notamment pour nous les pauvres.»

C’est aussi le sentiment de cette dame, Aïssata Wane, qui pense qu’il faudrait diminuer les denrées de premières nécessités puisque les chefs de famille ne tiennent plus la barre haute. A la place ” Khar Yalla ” située à quelques mètres du carrefour clinique, nous y avons trouvé des ouvriers désoeuvrés sans travail, assis sur des emmarchements ou sur des arbres, à l’attente d’une clientèle providentielle.

Ils viennent en partie des quartiers défavorisés de Nouakchott. Fuyant la mouise et la pauvreté, ils viennent ici monnayer leur expertise contre des sommes dérisoires. Ici, les avis sont unanimes : le train de vie est cher et l’emploi introuvable ! Pour avoir du bon poisson ou de la bonne viande, il faut décaisser 2400 UM sans parler de l’huile, du riz, du lait, du sucre.

Les conditions de vie deviennent de plus en plus difficiles et tracassantes. Les ménages souffrent du fait de la cherté des denrées de premières nécessités. El Hadj Hassan Bâ et Cheikh Tidiane Sarr, tous deux ouvriers de leur état, font partie de ceux-là. ” Pour assurer la dépense quotidienne, il faut au moins 2000 UM sans compter le transport, le loyer, l’eau. Et, pire encore, on peut rester des jours sans trouver de clientèle. La concurrence est devenue rude.

Le métier de journalier est très difficile et ne permet pas de satisfaire entièrement nos besoins. ” Ce n’est pas seulement les ouvriers qui se plaignent de la cherté des prix des denrées de premières nécessités. Il y a aussi les fonctionnaires de l’Etat. C’est le cas de Mohamed Ould  Salem, père de famille et fonctionnaire au Ministère de l’Education nationale qui pense qu’il faut augmenter les salaires, diminuer les prix des denrées de premières nécessités et d’ajouter : «Nous attendons du gouvernement la prise en charge des préoccupations des citoyens.»

La Mauritanie traverse-t-elle une crise sans précédent ? Dans une conférence de presse organisée mardi 9 octobre dernier, les leaders de l’opposition ont fait part de leurs inquiétudes sur la situation actuelle que traverse la Mauritanie caractérisée par une crise sociale aiguë en raison de la cherté de la vie et de la flambée incontrôlable des prix, le chômage grandissant qui frappe la jeunesse en particulier les diplômés.

Les roublards de la République- de la transition- ont emporté avec eux comme un Tsunami les tirelires de l’Etat laissant derrière eux une Mauritanie chauffant au bain-marie. L’économie, la politique, la collectivité…aucun pan de la vie nationale n’est épargné par les soubresauts d’une situation délétère consécutive à un marasme économique qui frise des interrogations. Dans ce tohu-bohu socio-politico-économique où c’est le sauve-qui-peut, le cauchemar de la marmite turlupine les chefs de famille de plus en plus pris entre l’enclume et le marteau.

Récemment, dans une interview accordée à un hebdomadaire de la place, l’éveil-hebdo, Ibrahima Moctar Sarr affirmait que «la situation économique et sociale du pays est réellement préoccupante, beaucoup d’entreprises semble-t-il risquent de déposer leur bilan, certaines vont être rétrocédées à des privés étrangers, on parle de la SNIM pour au moins 20%, Air Mauritanie n’est plus gérable, la Somelec et la SNDE traînent des assiettes, le marasme existe dans nos bidonvilles et dans la campagne, il est aggravé par les catastrophes naturelles. Nous devons tous nous nous préoccuper de cette grave situation et être inventifs pour trouver des solutions salvatrices».

Par Babacar Baye NDiaye

( 14 octobre, 2007 )

Journée mondiale de la Santé mentale

Le Représentant de l’Organisation Mondiale de la Santé(OMS) en Mauritanie, à l’occasion de la «journée mondiale de la santé mentale du 10 octobre dernier, Docteur Kéita Bah, a estimé que «les boule versements que provoque le déplacement d’un nombre important de personnes charrient les désordres mentaux ».

«La région africaine en général et la sous-région ouest africaine en particulier ont connu leur lot de conflit et de catastrophes qui ont provoqué des déplacements des populations entières et dont les séquelles sur la santé mentale restent encore de nos jours perceptibles » a-t-il indiqué.

Selon lui, «les soins de santé mentale doivent s’adapter aux défis des situations socioculturelles » et surtout principalement en tenant en considération «la diversité culturelle, raciale et ethnique des individus » et à en croire toujours le docteur Kéita Bah, l’Organisation Mondiale de la Santé, dans ses efforts pour amener tous les peuples du monde au niveau de santé le plus élevé possible, appuiera les systèmes de soins à répondre à ces nouveaux défis. Et d’après les statistiques de l’Organisation Mondiale de la Santé, 50% des migrants présentent des troubles de santé mentale allant des désordres mentaux chroniques au traumatisme et à la dépression.

Récemment, une enquête du Ministère de la Santé et des Affaires Sociales en collaboration avec l’Organisation Mondiale de la Santé a relevé que ces maladies constituent un problème sérieux de santé publique puisqu’elles sont en effet responsables de 13% de la morbidité et qu’elles sont aussi à la base de 33% des invalidités. C’est dans ce contexte que l’Organisation Mondiale de la Santé a développé une stratégie mondiale et régionale pour promouvoir la santé mentale.

 «Cette stratégie, a souligné le représentant de l’OMS en Mauritanie, vise à aider les pays à élaborer et à mettre en œuvre des politiques, des plans d’actions et des mesures législatives en vue d’assurer des soins de santé mentale au niveau communautaire, notamment par le développement des ressources humaines. »

Et pour mieux connaître et contrôler ces maladies mentales en Mauritanie, l’OMS a appuyé la formation du personnel de santé dans la ville de Nouadhibou, mis à la disposition des structures concernées des médicaments de santé mentale destinés aux personnes les plus vulnérables ainsi qu’une mise sur pied d’une ligue pour la lutte contre l’épilepsie et la prise en charge des maladies épileptiques.

Babacar Baye NDiaye

( 14 octobre, 2007 )

Journée mondiale des réfugiés : A quand la fin de calvaire des réfugiés mauritaniens ?

 «Recensement immédiat des déportés restés au Sénégal et au Mali », «Recouvrement de la citoyenneté des victimes de 89 », «Rétablissement des victimes dans leurs droits », «Retour organisé dans la dignité des déportés ».
Voilà en résumé les grandes préoccupations du Forum des Organisations Nationales des Droits Humains (FONADH) qui a célébré ce mercredi 20 juin la journée mondiale des réfugiés. Contrairement aux années précédentes, la journée de cette année a été marquée par la présence de certains partis politiques et de certaines organisations syndicales.

A l’occasion de la journée mondiale des réfugiés, le FONADH a rappelé la situation insoutenable des réfugiés mauritaniens restés encore au Sénégal et au Mali. Rappelons que des dizaines de milliers de citoyens négro-mauriatniens ont été contraints de quitter
la Mauritanie. La question des réfugiés constitue un cas particulier. Et comme l’a rappelé le Secrétariat Exécutif du FONADH, il s’agit de personnes que des représentants de l’Etat mauritanien ont expulsées de leur propre territoire.
La plupart de ces réfugiés ont été victimes d’une politique de chauvinisme de l’Etat et d’exclusion. « Malheureusement, pendant que les victimes affrontaient avec peine les conditions de vie dramatiques, les autorités mauritaniennes de l’époque niaient avec arrogance cette réalité douloureuse », note le Secrétariat Exécutif du FONADH.

Cette question des déportés a toujours été esquivée comme une peste par le pouvoir du colonel Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya et celui du CMJD. «Les changements intervenus le 3 août 2005 avaient suscité beaucoup d’espoir, quant au règlement de cette douloureuse question. Malheureusement, les autorités de la transition, n’ont pas voulu aborder la question » regrette le Secrétariat exécutif du FONADH.
Notons que pendant les élections présidentielles, des engagements très précis par rapport à cette question ont été pris par les différents candidats. Et à ce titre, l’actuel Président de la République et son Premier ministre ont réitéré à plusieurs occasions leurs engagements à régler ce problème, ainsi que celui du passif humanitaire et de l’esclavage dans les meilleurs délais.
Soulignons enfin que la question des réfugiés mauritaniens est très liée à celle du passif humanitaire, à savoir la question des exécutions extrajudiciaires et celle des licenciements abusifs commis durant la même période.

Babacar Baye N’Diaye 
 

( 14 octobre, 2007 )

L’argent du pétrole

Ce n’est pas un secret de polichinelle : le pétrole fait entrer beaucoup d’argent dans notre pays. Et tant mieux pour notre économie nationale. Mais là, n’est pas le véritable problème. Mais ailleurs.

En effet, depuis quelques années, la Mauritanie est devenue par la grâce du Ciel l’un des centres d’intérêt, l’une des destinations privilégiées de ces grandes firmes pétrolières internationales. Ainsi donc, des millions voire des milliards d’ouguiyas sont déversés dans les caisses de l’Etat par ces dernières dans le cadre de l’exploration et de la production pétrolière.

Mais tout cet argent, suffira-t-il pour éradiquer substantiellement la pauvreté d’autant plus que les trois quart de la population vivent en dessous du seuil de la pauvreté ? Les nouvelles autorités mettront-elles à profit ces richesses pétrolières pour développer la Mauritanie et la changer sur le plan social et politique ?

Pour ne pas commettre les mêmes bêtises et les mêmes erreurs que les régimes précédents, le régime actuel gagnerait en investissant l’argent du pétrole dans les politiques sectorielles et surtout en esquivant la déliquescence des biens par une bonne gestion économique et financière.

Cela dit, malgré ces richesses halieutiques, minières et pétrolières, notre pays demeure en sus un pays sous développé ; très loin du cercle restreint des pays émergents de la planète terre. C’est parce que jusque là, il n’y a jamais eu une sérieuse volonté pour que la Mauritanie s’en sorte convenablement.

Nous ne devons surtout pas omettre que le pétrole est une ressource épuisable. Une raison supplémentaire pour marcher sur le tapis du progrès social et collectif. L’argent du pétrole ne doit point servir à entretenir un certain clientélisme politique, ni à conforter des intérêts personnels, ni à remplir les valises diplomatiques et les comptes bancaires d’un ministre, d’un directeur, d’un P.M ou d’un P.R. encore moins d’une ethnie, d’un clan ou d’un lobby.

Mais à lutter efficacement contre la pauvreté, le chômage et le déficit structurel en matière d’éducation, de santé, d’infrastructures, d’assainissement, d’approvisionnement en eau et en électricité…des secteurs en perte de vitesse notoire.

Cet argent, ça devrait aussi servir à ceux qui luttent inlassablement pour la survie et leur devenir, à ceux qui réclament qu’on leur améliore leurs conditions de vie misérable, à ces centaines de milliers de mauritaniens qui vivent dans des bauges dans des situations indécentes, à ces mauritaniens désespérés qui se débattent contre la faim et la misère, à ces hommes et femmes de la Mauritanie abyssale…loin de tout, seuls avec Dieu !

Babacar Baye NDiaye

( 14 octobre, 2007 )

Projet de loi sur l’esclavage: Les anti esclavagistes se concertent pour une stratégie d’éradication

Les pratiques esclavagistes, malgré l’ordonnance n° 81.234 de novembre 1981 abolissant l’esclavage, la loi n° 2003-05 du 17 juillet 2003 portant répression de la traite des personnes et la loi n° 2005.015 portant code du travail, ne sont pas encore définitivement éradiquées.

Sur le plan politique, l’adoption de telles mesures constituent certes des avancées significatives mais elles restent inopérantes en raison du manque de mise en œuvre d’une tactique de communication appropriée.

Les efforts normatifs jusque là entrepris par les autorités ne semblent pas limiter le problème ni satisfaire les expectatives. C’est dans ce cadre, conformément aux engagements des pouvoirs publics, le législateur est appelé à renforcer les règles en vigueur relatives à l’esclavage en incriminant et en réprimant les pratiques qui lui sont associées.

Ainsi donc, par ce projet de loi portant incrimination et répression de l’esclavage, les autorités de la République «visent l’élimination de toutes les tares héritées du passé, la promotion d’une culture d’égalité, de tolérance et de citoyenneté et la mise en place de conditions favorisant le progrès et l’émancipation de tous les mauritaniens. »

Les organisations de défense des droits de l’Homme, SOS Esclaves, le FONADH et l’AMDH, ont organisé une journée de concertation pour une stratégie nationale d’éradication des pratiques esclavagistes en Mauritanie en rapport avec ce projet qui «vise à mieux combattre les pratiques esclavagistes en définissant le crime et délits d‘esclavage et les peines qui leur sont applicables. »

Ce projet de loi, selon l’exposé de motifs présenté par le Premier ministre, harmonise ainsi notre législation avec la convention de Genève de 1926 relative à l’esclavage à laquelle la Mauritanie a adhéré le 6 juin 1986.

« Même si l’égalité de tous les citoyens, sans discrimination aucune, lit-on toujours dans l’exposé de motifs, est un principe fondamental, constitutionnellement reconnu par tous les textes fondamentaux depuis notre indépendance, la persistance d’inégalités effective a, néanmoins continué à entretenir la discorde et les divisions. »

Aucun acte réglementaire n’a jamais été pris sur le plan de la mise en œuvre pratique pour faciliter l’application des dispositions de l’ordonnance n°81.234 de novembre 1981. Jusqu’à aujourd’hui, cette situation se caractérisait par un manque de définition de l’acte comme un crime et non comme une justification par l’Islam.

L’esclavage survit, avec des pratiques anciennes et nouvelles et des manifestations visibles ou invisibles. D’où, selon SOS Esclaves, la double exigence d’opportunité et d’urgence de lui trouver une solution juste et durable.

Sur le plan juridique, l’esclave est considéré comme une propriété, un bien meuble. Rappelons à cet égard que les moindres plaintes et démarches entreprises pour dénoncer les faits relatifs à cette pratique inhumaine n’ont pas réussi à provoquer la moindre sanction contre les fautifs.

SOS Esclaves regrette aussi que «les organes d’information, le plus souvent dénaturent les faits et peignent les militants anti- esclavagistes sous des jours sombres » et fait remarquer que «la plupart des agents chargés de la sécurité et de l’ordre ont eu des attitudes de complicité avec les auteurs de crimes d’esclavage, au moins de complaisance ».

La journée de concertation pour une stratégie d’éradication des pratiques esclavagistes en Mauritanie fut une occasion pour les participants de plaider pour une élimination définitive de cette pratique hideuse et de faire des amendements au projet de loi portant incrimination et répression de l’esclavage.

Mais, cependant, ils ont noté que «l’état continue de brandir, sans les traduire par des actes concrets, ses lois abolitionnistes et sa juridiction à deux vitesses. »

Babacar Baye NDiaye

( 14 octobre, 2007 )

Khadijetou Mint Ismail:Une découverte à la mesure de son talent!

Incontestable dans son domaine, elle l’est. Appréciée pour ce qu’elle fait, elle l’est aussi. Et depuis quelques années, Khadijetou Mint Ismail est devenue l’une des rares femmes mauritaniennes fière d’exposer ses tableaux d’art au Centre Culturel Français de Nouakchott.

Ce n’est pas une exagération ou un péché de le dire : entre elle et la peinture, c’est une véritable histoire d’amour et de passion.

« Il faut toujours dire ce que l’on voit. Surtout, il faut toujours, ce qui est le plus difficile, voir ce que l’on voit » notait Péguy.

Son exposition qui dévoile beaucoup de choses de la vie, révèle aussi son univers intérieur et son attachement au rêve : rêve de nuits de folie, rêve de liberté, rêve de savoir, rêve de progrès, rêve de tendresse…

Pour le profane, difficile à comprendre. Mais, pour cette femme née en 1967, c’est pour rendre visible ses pensées, ses soucis qui l’accablent. Grâce donc à la peinture, elle s’extériorise.

Ses expositions offrent toujours quelque chose à regarder, à apprécier, à déguster et met en avant le désert et la société. Mais comment une enseignante comme elle qui n’a jamais fréquenté une école des Beaux Arts a pu entrer dans la peinture.

« J’ai toujours aimé la peinture depuis mon jeune âge. Quand je me mets à peindre, je me sens vraiment à l’aise » répond t-elle.

On a souvent tendance à nous faire croire que nos femmes sont dénuées d’imagination et de pifomètre dans les domaines de l’art. Loin s’en faut.

La peinture représente beaucoup pour elle et comme elle le dit, c’est une véritable « amie ». Un moyen d’expression qui lui permet intérieurement d’oublier les tracasseries de la vie.

Khadijetou Mint Ismail est une surréaliste quoique ce mot peut paraître surprenant. Une artiste peintre qui est viscéralement abstraite et baignant dans un univers de rêves et de découvertes. « Quand je suis esseulée, désœuvrée, ou que j’aie des soucis, dès que  je commence à peindre, j’oublie tout aussitôt. C’est une amie intime », lâche t-elle à travers un sourire qui en dit long.

Derrière un homme,  il y a une femme dit-on, mais aussi derrière une femme, il y a un homme. Tout dépend du cadre dans lequel où on se situe,  se trouve.
Grâce donc à son mari qui lui est d’un soutien professionnel très fort, elle a pu acquérir du matériel pour faire ses œuvres d’art, exprimer son être et se faire découvrir à la mesure de son talent.

Parce qu’elle est femme et mère, la majorité de ses peintures représentent les rêves que peut ou pourrait avoir n’importe quelle fille en âge d’aller à l’école.

Ni Picasso, encore moins Joseph Bernard ne l’ont influencé pour éveiller le talent qui roupillait en elle. D’ailleurs, ça ne lui dit rien ces noms-là : « je n’ai pas subi d’influence. C’est venu de manière naturelle. Au début, il faut dire que c’est plutôt grâce à ma fille qui faisait souvent des dessins parce qu’on lui avait acheté du matériel de peinture. Un jour, je me suis dit que je vais essayer de faire des tableaux, de reproduire des œuvres »  précise t-elle.

Ce coup d’essai allait devenir le début de l’aventure et depuis lors, Khadijetou Mint Ismail continue dans ce qui est devenu pour elle une véritable passion. En attendant de conquérir un jour les grandes expositions internationales, elle nous fait rêver des nuits illuminées. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 14 octobre, 2007 )

Les squats de Nouakchott: Des lopins de terre sans eau ni électricité

Depuis plus d’un quart de siècle, les conditions climatiques de la Mauritanie se sont considérablement dégradées entraînant ainsi une détérioration de la situation économique et sociale qui a touché toutes les franges de la société. Conséquence de la situation : presque, dans chaque quartier de Nouakchott, il y a des espaces, des bouts de terre sans eau ni électricité généralement appelées squats par ci, «Kebbas » ou «gazraas » par là.
Dans ces squats, les populations vivent dans des environnements insalubres. Les risques pour la santé auxquelles elles sont exposées proviennent du manque d’assainissement et d’eau potable, du surpeuplement et de la mauvaise aération des logements et des lieux. Les carences alimentaires réduisent la résistance des habitants aux maladies, ce qui est d’autant plus grave qu’ils vivent constamment au contact d’organismes pathogènes.
Hadami, maçon de son état, vit depuis dix ans dans l’un des squats de Nouakchott appelés communément «Kebbas » avec sa famille, sa femme et ses deux enfants, l’un âgés de cinq ans et l’autre de trois ans. Eux quatre, ils vivent dans une baraque avec un lit et deux matelas pour leurs progénitures, et un espace encore plus petit faisant office de garde robe.
Le toit de la baraque confectionnée de matériaux de fortune commence à se désintégrer et en cette période des pluies, il a dû tendre des bâches solides pour éviter que les eaux de pluie ne suintent à travers les perforations du toit. Son sort n’est pas cependant beaucoup plus enviable que celui des autres voisins assez nombreux qui ne peuvent pas tous passer la nuit dans leurs baraques et sont astreints souvent à dormir à la belle étoile en ne souhaitant guère qu’il ne pleuve.
Ceci met en évidence le fait que les sombres réalités de la vie dans ces «Kebbas » échappent aux politiques du gouvernement. En plus de toutes sortes de maladies, il y a toujours des risques d’incendie. D’autre part, la population de Nouakchott a explosé en l’espace de 45 ans. Les squats ou «gazraas » sont une des conséquences du manque de politique en matière de logement. Et pourtant, il est démontré que les politiques d’amélioration du logement en milieu urbain peuvent avoir d’immenses répercussions sur la réduction de la pauvreté et le bien être environnemental.
En outre, dans ces squats, l’eau est rare et chère pour les populations qui en achètent souvent en petites quantités à des vendeurs des rues, à des coûts unitaires considérables. A ces habitants des «gazraas », qu’est-ce qui a été fait pour eux par le Ministère de l’habitat ou du logement, des services publics ou de la Communauté Urbaine de Nouakchott ?
Le seul pis-aller utilisé jusqu’ici est la méthode répressive c’est-à-dire incinérer ces «taudis » de misère. Les squatters de la Gazraa, au nord du cimetière d’Arafat, qui ont occupé l’actualité le mois passé, en sont l’illustration parfaite, des hommes, des femmes et des enfants assistaient avec impuissance devant les forces de l’ordre à la destruction de leur «logement ».
Pour ces populations, pas de projets de développement ou des programmes de logement à loyer modéré. Et aucune incitation offerte par l’Etat. Bien que les autorités aient fait des efforts pour gérer la croissance de Nouakchott par le truchement de plans d’aménagement successifs, ces tentatives n’ont pas débouché à des résultats concrets.

Babacar Baye Ndiaye

( 14 octobre, 2007 )

Sinistrés des Inondations de Tintane: La mobilisation continue…pour assister les populations

Biens endommagés, pertes en vies humaines, populations déplacées, dégâts extrêmement considérables…les dernières submersions sur Tintane ont plongé cette Moughataa du Hodh El Gharbi de 60.000 âmes dans une situation catastrophique Cependant, la mobilisation continue…pour assister dignement les populations victimes de ces inondations de la semaine dernière. Le Président de la République et son gouvernement semblent tenir bon. Mais jusqu’à quand ?

 ———–Par Babacar Baye Ndiaye

Dés les premières heures qui suivirent la catastrophe, l’Etat a affiché ses desseins et principalement son engagement à résoudre ce problème  survenu de façon imprévisible et cursive. C’est ainsi donc, que ce vendredi 10 août, le ministre de la Culture et de la Communication a tenu un point de presse pour informer l’opinion publique des mesures entreprises par l’Etat mauritanien pour assister convenablement les populations de la Moughataa de Tintane rudement affectées par ces terribles inondations.
Ainsi, le commissariat chargé de la protection sociale et de la sécurité alimentaire, le ministère de l’économie et des finances, le ministère de l’hydraulique, de l’énergie et des technologies de l’information et de la communication, la SNDE, le ministère des transports, le ministère de la santé, l’armée, la police et enfin le ministère de l’équipement, de l’urbanisme et de l’habitat ont été mis à contribution afin que des mesures nécessaires soient prises pour secourir les populations sinistrées. Au cours de ce point de presse, le ministre a annoncé qu’une enveloppe de 30 millions d’ouguiyas a été remise au wali de la wilaya. En outre, d’importants produits alimentaires et des lots de matériels divers ont été acheminés sur Tintane. 
De même des  dispositions sanitaires ont été prises en vue de prévenir des risques épidémiologiques dans cette Moughataa. Dans le même ordre d’idées, le ministère de l’économie et des finances, Abderrahmane Ould Hama Vezzaz a lui aussi tenu le lendemain(11août) une réunion d’information avec le corps diplomatique accrédité à Nouakchott sur la situation qui prévaut actuellement à Tintane. Les aspects relatifs à la sécurité des populations, fait remarquer le ministre de l’économie et des finances, n’ont pas été négligés par le gouvernement qui a eu à débloquer, dans le cadre de ces submersions, plus d’un milliard d’ouguiyas entièrement endossées par le budget de l’Etat.
Ces dispositions prises par l’Etat, comme l’a rappelé un diplomate présent au cours de la réunion d’information, ont constitué un «baume » pour ces populations. Dans ce même registre, une cellule de crise pilotée par le Premier ministre a été mise en place pour suivre de prés l’évolution de la situation et prendre éventuellement les dispositions qui s’imposeraient.
Quant au Président de la République, il s’est rendu personnellement dans la Moughataa pour s’enquérir de la situation. En compagnie de ses principaux collaborateurs, des ministres concernés et de leurs experts, il a entrepris des contacts et notamment discuté avec les populations de leurs préoccupations pour pouvoir connaître leurs besoins. A l’issue de sa visite, le Président a demandé qu’on fasse un recensement des populations sinistrées. Il a donné des instructions pour sauver ce qui reste encore sous la menace parmi les habitants et les biens mais surtout d’assurer l’approvisionnement permanent de la Moughataa en produits de premières nécessités.
Au sujet des mesures d’urgence en ligne de mire, il sera aménagé des canalisations permettant d’évacuer les eaux de pluie de manière à assurer la pérennité de la vie dans la Moughataa. Et parallèlement, cinq camps, pour servir d’accueil et d’hébergement aux populations sinistrées, ont été érigés en vue de les mettre à l’abri, provisoirement. Actuellement, il est très difficile de faire une évaluation précise des dommages occasionnés par les inondations.
Une équipe d’experts a été dépêchée sur les lieux pour évaluer les pertes. Mais, selon des informations, le coût des dégâts serait «exorbitant ». On avance plusieurs milliards d’ouguiyas. Outre les pertes en biens, les inondations ont provoqué le déplacement de 2000 à 2500 personnes. Et deux personnes, dont l’identification n’a  pas été révélée par les autorités, ont péri dans cette catastrophe naturelle.
Le réseau d’adduction en eau potable et le réseau électrique ont été complètement endommagés. Mais, rassure le ministre de l’économie et des finances au cours de la réunion d’information qu’il a eu avec le corps diplomatique, tous les moyens seront mis en oeuvre pour rétablir dans les meilleurs délais les services publics, l’eau et l’électricité.
Dans le cadre de l’appui international, une équipe technique du système des nations unies en Mauritanie sera envoyée sur place. Et pour ce qui est de la solidarité nationale, il y a eu des initiatives de quelques parlementaires, de la société civile et des partis politiques de l’opposition. La vitesse de réaction des autorités a été beaucoup saluée par la représentation diplomatique qui a été très sensible au drame que vivent actuellement les populations de Tintane. Le premier pays à s’être manifesté est la Libye qui a envoyé deux cargos chargés de médicaments, de vivres et divers matériels. 
Le ministre de l’économie et des finances a annoncé un plan de relogement des populations sinistrées de Tintane. La mise en œuvre d’un tel programme exige beaucoup de moyens financiers. La Mauritanie, à cet égard, compte sur ses partenaires au développement, sur la contribution des pays frères et amis, sur la solidarité et la bonne volonté de tous les mauritaniens.
Pour cela, des spécialistes seront envoyés sur place  pour évaluer le coût du relogement. Il s’agira de sortir des terres de Tintane, une nouvelle ville dotée de toutes les infrastructures communautaires (écoles, routes, réseaux électriques…). Ce projet, selon le ministre de l’économie et des finances, coûtera beaucoup de milliards. Reste à savoir si les fonds vont être  trouvés et à temps ? Ce plan de relogement fera l’objet d’une approche de développement intégré et permettra par la même occasion d’améliorer la qualité de l’habitat, de développer les activités économiques et surtout de créer de l’emploi.
Les jours à venir, les autorités vont mettre sur pied des mécanismes de gestion des catastrophes naturelles. En réalité, Tintane n’est que la partie visible de l’iceberg. Car, le gouvernement avait identifié 18 communes inondables dont la commune de Tintane pour que les risques d’inondations de grande envergure soient anticipés. C’est ainsi que le gouvernement a prévu un programme de longue durée pour soustraire les populations de ces localités des risques d’inondations. Et Tintane se remettra-t-elle de ces submersions ?

( 17 octobre, 2007 )

Aminétou Mint Ely Moctar:«Notre pays a toujours connu des situations économiques très difficiles mais aucun régime n’a pensé ni osé vendre nos sociétés nationales (…) Si le régime actuel est là pour l’intérêt des populations, il doit préserver leurs biens »

Dans l’interview suivante qu’elle a accordée au Rénovateur Quotidien, Aminétou Mint Ely Moctar, présidente de l’AFCF et membre de la Société Civile revient sur la situation actuelle du pays, le dossier du retour des déportés, le Ministère chargé des relations avec les parlements et de la Société civile et sur le rôle que doit jouer la Société civile dans une jeune démocratie comme la Mauritanie.  Et pour sortir de l’impasse, il urge d’organiser des journées de concertation, seule solution, selon elle, qui peut sortir le pays de la situation qu’il traverse actuellement.    

Le Rénovateur : Quelle appréciation personnelle faites-vous de la situation actuelle du pays ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : La situation actuelle du pays, personnellement, me préoccupe beaucoup pour différentes raisons. Je n’ai jamais vu un état de fait aussi catastrophique en Mauritanie du point de vue économique et social : montée des prix des denrées alimentaires, pauvreté, chômage, la vente de la SNIM et d’Air Mauritanie, sur la façon et même la gestion politique du pays (…). La Mauritanie n’a jamais atteint une telle situation.

Le Rénovateur : Vous de la Société Civile, vous connaissez tout cela. Mais vous semblez fermer  les yeux. N’êtes-vous pas en train de donner du crédit à ceux qui vous reprochent votre passivité voire même votre complicité avec l’Etat ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Pas du tout ! Il faut quand même relativiser les choses c’est-à-dire que

la Société Civile n’est pas la même, qu’elle n’a pas la même vision des choses. La Société Civile est encore jeune et elle est habituée à être instrumentalisée par l’Etat. Jouer un rôle dans l’ancrage de la démocratie et la lutte contre toute déviation, ce n’est pas n’importe quelle ONG qui peut l’assumer ! Notre rôle c’est d’attirer l’attention du gouvernement sur les déviations et surtout sue ce qui ne va pas dans le pays. Car, en réalité, l’Etat a besoin d’un interlocuteur qui  attire son attention, l’oriente, lui dit la réalité parce qu’il n’est pas en liaison directe avec les masses ni en face des situations.

Le Rénovateur : Mais n’empêche qu’il y a une Société Civile qui applaudit toujours des deux mains tout ce que fait le gouvernement. 

Aminétou Mint Ely Moctar : Bien sûr ! D’ailleurs, on peut dire que la majorité de la Société Civile passe tout son temps à applaudir les politiciens ou les dirigeants. Ça on le voit ! Nous, en tant que de

la Société Civile (FONADH, NDLR), nous n’applaudissons personne. Nous n’avons pas l’habitude de le faire d’ailleurs. Nous sommes contre le fait d’applaudir un régime. Mais aussi, par principe, il faut se dire la vérité, quand il y a des avancées, nous le disons et le félicitons. Et si ça ne va pas, nous attirons l’attention, nous critiquons pour que l’Etat puisse dépasser les difficultés.

Le Rénovateur : Comment expliquez-vous donc votre mutisme, votre inaction si vous n’êtes pas en complicité avec les autorités d’autant plus vous savez très bien que la situation du pays est assez critique ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Je crois que

la Société Civile doit être plus vigilante sur la situation du pays. Donc, il faut écouter, voir et après faire le constat. C’est que nous sommes en train de faire. Nous menons à notre manière nos enquêtes et après nous nous prononcerons parce que là, il ne faut pas aussi faire des réactions hâtives. Il faut partir de la réalité par des arguments valables et corrects.

Le Rénovateur : Cela veut dire que vous êtes en perte de vitesse ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Non, non ! Nous avons toujours dénoncé mais là, nous sommes en train de voir plus clair. Les choses, il faut les analyser et voir où cela peut nous mener. Nous, nous ne sommes pas des politiciens. Nous sommes une organisation qui a un point de vue sur la société. Maintenant, nous estimons que notre rôle c’est de combattre tout ce qui ne va pas avec les intérêts des populations. Si toutes ces sociétés nationales seront vendues, ça va être la catastrophe dans ce pays. Notre pays a toujours été confronté à des situations économiques très difficiles mais aucun régime n’a pensé ni osé vendre nos sociétés  nationales. Nous estimons que si le régime actuel est là pour l’intérêt des populations, il doit préserver leurs biens.

Le Rénovateur : Ne pensez-vous pas que l’Etat mauritanien est astreint aujourd’hui de faire cela ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Je crois, pour le moment, aucune condition ne doit obliger l’Etat à vendre ces sociétés. Il faut chercher d’autres mesures plus propices et plus favorables, des solutions durables. Il ne faut pas que la solution vienne du tic au tac. Les militaires affirment qu’ils ont laissé les caisses de l’Etat remplies d’argent. Où est tout cet argent ? Ce n’est pas en bradant ces sociétés nationales que nous allons sortir de cette impasse. Il faut voir d’autres solutions.

Le Rénovateur : A votre avis, la situation actuelle du pays n’est-elle pas une suite logique d’une mauvaise gestion économique durant la période de transition ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Je ne peux pas dire que c’est le CMJD. Je peux dire simplement qu’il a une part de responsabilité. Quand l’actuel gouvernement est venu, il fallait d’abord faire la part des choses. Le PM (Zéine Ould Zeidane, NDLR) avait déclaré que les caisses de l’Etat sont vides. Ces propos ont été démentis par Sidi Mohamed Ould Boubacar (PM durant la période de transition, NDLR)  et par le gouverneur de

la Banque Centrale. Je ne peux que responsabiliser l’actuel gouvernement. Et ce n’est pas tout. Pendant les intempéries sur Tintane, le gouvernement avait reçu beaucoup d’argent. Où est passé tout cet argent ? Il a été promis aux populations de Tintane de construire une nouvelle ville. Mais j’ai appris que cette nouvelle ville ne peut pas être construite maintenant. Cela veut dire quoi ? Cela veut dire que ces fonds ont été employés dans d’autres choses. Donc, on ne peut faire la sourde oreille avec tout cet argent. Il faut que le peuple mauritanien sache où sont rentrés ces fonds.

Le Rénovateur : Pendant que l’opposition fait part de ses appréhensions par rapport à la situation actuelle du pays, les syndicats dénoncent la volonté des pouvoirs publics de brader les sociétés nationales, que fait la Société Civile ? A-t-elle quelque chose à proposer pour sortir le pays de cette situation ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Tout ce que je peux dire c’est qu’il ne faudrait pas que les pouvoirs publics se hasardent à vendre notre dernier fleuron économique. Je suis contre la vente du dernier espoir du peuple mauritanien.

Le Rénovateur : Et si c’était la seule solution ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Je crois que cela ne peut pas être la seule alternative pour
la Mauritanie. Ça ne doit pas se passer comme ça même si c’est la seule alternative. Il faut qu’il y ait des journées de discussion, d’échanges. Il faut que l’Etat organise des journées de concertations sur al situation actuelle du pays. Il faut que l’Etat prenne en considération le point de vue des populations, des cadres de ce pays. Ces journées de concertation vont permettre aux citoyens d’être informées.

Le Rénovateur : Vous estimez donc qu’il est urgent de les organiser, ces journées de concertation ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : C’est la seule solution qui peut faire sortir ce pays de la situation qu’il traverse actuellement. Sinon, ce serait vraiment regrettable pour notre jeune démocratie et pour l’espoir tant fondé sur le changement.

Le Rénovateur : L’opposition est en train de préparer une plate-forme revendicative qu’il va soumettre au gouvernement pour l’aider à organiser correctement le retour des déportés. Qu’en est-il de

la Société Civile et avez-vous quelque chose à soumettre au gouvernement ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Je ne peux pas parler de l’opposition parce que ce qui se passe là-bas m’échappe vraiment. Mais je sais quand même qu’elle est censée avoir son mot à dire sur une situation aussi importante que le retour des déportés, le règlement du passif humanitaire, l’esclavage…À notre niveau, nous avons déjà une proposition au niveau du FONADH. Nous avons déjà fait une étude sur ce que nous estimons nécessaire pour le retour des déportés. Malheureusement, depuis un certain moment, depuis la première rencontre avec le Ministre de l’Intérieur, nous avons l’impression d’être écartés de la scène. Il n’y a plus de relation, de contact entre l’Etat et nous.

Le Rénovateur : Est-ce à dire que vous vous sentez mis à l’écart ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Effectivement ! Par exemple, par rapport au conseil économique et social, le ministère chargé des relations avec les parlements et de la société civile est en train de voir comment intégrer trois éléments de la société civile dans cette institution. Nous ne savons même pas sur quelles bases. Le FONADH n’a jamais été contacté alors que nous avons des ONGS reconnues sur le plan international. Ce n’est pas simplement pour critiquer mais c’est pour qu’il y ait un changement, qu’on rectifie les erreurs et qu’on ne tombe pas dans les mêmes erreurs du passé. Nous avons toujours été exclu mais cela ne nous a pas empêché de lutter et de dire notre point de vue.  Nous estimons aujourd’hui qu’un retour des déportés ne peut avoir aucun effet positif  sans l’implication des associations des victimes qui sont là, des associations des droits de l’homme qui ont lutté durant les années sombres pour le retour de ces déportés.

Le Rénovateur : Actuellement, on a l’impression que ce dossier est tombé comme un soufflet contrairement à ses débuts ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Il est toujours facile, surtout dans une campagne politique, de promettre beaucoup de choses. Mais il est extrêmement difficile de tenir ses engagements. Aujourd’hui, il y a une sous-estimation de ce que demande un retour organisé des déportés et dans la dignité. Il ne suffit pas de montrer la bonne volonté, d’appeler au pardon encore moins de dire aux mauritaniens de s’accepter entre eux mais il y a des mesures pratiques et celles-ci avec la situation actuelle, l’Etat qui est en déche, est-ce qu’il est possible de faire un retour digne des déportés ? Avec quoi va-t-on les accueillir, les insérer dans la vie active ? Il y a énormément de questions qui se posent avec la situation actuelle. Un pays qui est en train de vendre l’essentiel de ses biens, comment peut-il amener ces milliers de bouche à nourrir, qui cherchent à travailler, qui cherchent des logements ? Il faut que les gens se posent des questions et il faut qu’il y ait des réponses. C’est dans ces journées de concertation que nous allons trouver les réponses de toutes les questions que nous nous posons.

Le Rénovateur : Vous êtes membre de la société civile. Votre ministère de tutelle remplit-il son rôle ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Le ministère ? Personnellement, je suis vraiment déçue. Lorsqu’on a crée par décret ce ministère, je m’attendais à l’équité et à la transparence dans une ère de démocratie. C’était ça ma vision de ce ministère. Quelques jours plus tard, il fait un appel à la même tendance qui était là au temps de Taya et qui nous avait empêché de tenir notre congrès. Ce sont les mêmes personnes qui ont été appelées et surtout par relations personnelles. Je crois dans un pays démocratique, il faut dépasser le régionalisme, les affinités, la parenté, le tribalisme. Notre jeune démocratie ne peut continuer sur ces mêmes pratiques si elle veut se développer.

Le Rénovateur : Vous semblez reprocher le ministère des relents de discrimination ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Absolument ! Et je crois que ce n’est pas sérieux ni digne d’un ministère censé représenté toutes les composantes de la société civile. Cela dit, il faut que ce ministère soit au dessus des contradictions de la société civile. Le rôle de l’Etat c’est de rapprocher les gens et non de se mêler de certaines contradictions souvent personnelles. Quand ce ministère fait appel, il doit appeler toutes les composantes existantes de la société civile.

Le Rénovateur : N’êtes-vous pas au demeurant victime de votre démarcation par rapport à la politique de l’Etat ce qui explique qu’on vous marginalise souvent ? 

Aminétou Mint Moctar Ely : Je pense que nous en tant qu’association des droits de l’homme, notre rôle c’est de dire la vérité et de défendre les intérêts du peuple mauritanien. Même si on va nous marginaliser comme cela a été toujours le cas. Durant le régime de Taya, c’était la même chose. Apparemment, aujourd’hui, les mêmes pratiques de marginalisation demeurent encore. Je n’ai pas vu réellement ce changement qui permet à tout le monde de se sentir aux mêmes pieds d’égalité que les autres. Rien a changé parce qu’il y a toujours une volonté d’exclure certaines personnes.

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye

( 23 octobre, 2007 )

L’opposition aurait-elle fait mieux ?

La situation du pays est-elle si grave que ça ? Apparemment, c’est sans nul doute ce que nous veulent faire croire ou avaler sans qu’on rechigne les partis politiques en quête de légitimité, les travailleurs et

la Société Civile qui, pendant voilà presque un mois, tambourinent  des airs d’une catastrophe imminente qui pourrait s’abattre sur la Mauritanie sans donner véritablement des détails qui tiennent debout. De sa part, le pouvoir multiplie malicieusement les sorties d’explication pour rassurer l’opinion ce qui est tout à fait normal et compréhensible. Dans cette bataille qui s’apparente plutôt insipide, monotone et lourde, derrière lequel des deux camps faut-il se ranger ? Lequel des deux blocs qui sont en train de se regarder en chien de faïence, faut-il croire ? La vie politique et sociale du pays n’a jamais été aussi trépidante, riche en débats et en perspectives. Cela prouve que notre jeune démocratie respire, que la Mauritanie est devenue un pays où il y a la liberté d’expression et la liberté de dire et de défendre ses opinions. Contrairement à une époque récente où on pouvait recevoir des coups torrides sur la tronche ! Aujourd’hui, dans cette bataille rangée, chacun veut avoir le monopole de la parole, chacun veut tirer de son côté le maximum d’opinions favorables et d’approbations. L’apposition qui se singularise par son manque d’information et de dynamisme, se veut par ces temps qui courent maintenant plus prévoyante c’est-à-dire participer activement dans le débat national en accordant plus d’attention à ce qui se fait. Mais on verra bientôt jusqu’à où elle peut aller, cette opposition qui est en train de s’accrocher sur des futilités qui ne participent pas encore moins n’enrichissent la vitalité de la démocratie. Certains dossiers sont rangés dans les tiroirs et certaines questions non moins importantes sont occultées. Vente de la Snim, d’Air Mauritanie, flambée des prix, pouvoir d’achat restreint…Certes la situation n’est pas aussi meilleure que ça ! Pourquoi donc tout ce capharnaüm ? D’ailleurs, si nous regardons autour de nous, quel est ce pays qui ne connaît pas de difficultés. C’est pour dire même les grandes puissances économiques n’échappent pas à la conjoncture mondiale actuelle. L’opposition –divisée sur certaines questions- au lieu de proposer des solutions pratiques, est en train de se tortiller lamentablement. La seule chose qu’elle sait faire c’est d’organiser des conférences de presse à n’en pas finir. Une opposition forte descend dans la rue pour manifester son ras-le-bol si la situation est aigue et le contexte l’exige ! Parait-il qu’elle va organiser un meeting le 31 octobre prochain pour exiger du pouvoir qu’il procède aux réformes promues durant la campagne présidentielle et aussi protester contre certaines mesures qui ont été prises par le pouvoir actuel. Ce que cette opposition n’ignore pas, c’est qu’elle sait parfaitement que l’actuel pouvoir a hérité d’une situation coton. N’est-ce pas là vouloir jeter de la poudre aux yeux des populations ? Ou alors pourquoi donc vouloir aller si vite en besogne ? D’ailleurs, cette opposition, ferait-elle mieux si elle était à la place de l’actuel régime ? Et si Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi leur confiait le pouvoir durant 6 mois ? Dans ce cas, on verrait bien ce dont elle est capable !

Babacar Baye NDiaye 

( 23 octobre, 2007 )

Un Président au dessus de la mêlée ?

 Pourquoi encore tant d’appréhensions de la part de l’opposition au sujet de la création d’un parti présidentiel ? Est-ce à dire que notre Président de la République, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi doit être au dessus de la mêlée autrement dit au dessus des querelles des partis politiques ? C’est que semble vouloir l’opposition qui est en train de tout faire pour qu’un parti présidentiel ne soit mis en place. Le seul argument en effet qu’elle avance est le suivant : nous risquons de revenir au parti-Etat au temps de Mouawiya. Ceci voudrait-il dire ou signifier que ce dernier et Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi sont comme deux larrons en foie.  Non seulement, nous n’en serons pas là, mais la Mauritanie qui a franchi un nouveau pallier ne peut pas se permettre de revenir deux ans en arrière. C’est avoir un pois chiche dans la tête que de croire une telle hypothèse ! La volonté du Président de la République de créer son «propre» parti politique fait toujours couler beaucoup d’encre. On jase encore et continuera à jaser toujours tant que Sidioca qui s’est claquemuré dans un silence absolu ne lève le suspens et nous dit qu’en sera-t-il exactement de ce parti. Notre Président de la République, tellement il est malicieux- c’est qu’on appelle manger sans se salir les mains- qu’il a confié ce projet ambitieux à son ministre secrétaire général de
la Présidence de la République qui est en train de dérouler petit à petit son tapis. Et pendant ce temps là, l’opposition de son côté est en train elle aussi d’essayer de mener la vie dure au pouvoir en nous faisant croire qu’un parti de la majorité présidentielle serait regrettable  pour notre pays. Et en sonnant le glas d’une démocratie embryonnaire, l’opposition n’aurait-elle pas perdu la lutte d’avance ? Car, en effet, s’il le veut, rien ne pourra empêcher à Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi de former son parti. Il détient actuellement le pouvoir, il a l’argent, les moyens nécessaires de le faire et d’appliquer sa vision du pouvoir. Dans ce cas, nous ne verrons pas pourquoi notre Président de la République n’irait pas jusqu’au bout de son idée et de son ambition si inopportune soit-elle. Au demeurant, entre Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et l’opposition, les polémiques et les accusations voire même la tension ne font que s’amorcer. En outre, la Mauritanie, n’est pas un pays isolé du globe terrestre. Tous les candidats indépendants qui sont parvenus à être Président de leur pays ont fini par créer leur propre parti politique. Qu’il soit simultanément chef de parti ou Président de la République, l’essentiel pour nous, c’est que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi honore ses engagements qu’il avait pris devant le peuple mauritanien durant la campagne présidentielle de Février- Mars 2007. Tout ce qui suit n’est que chimères !

Babacar Baye NDiaye   

( 23 octobre, 2007 )

Philippe Duchemin: 40 ans de jazz !

Philippe Duchemin a sorti  à son actif 5 compacts discs baptisés tous «Philippe Duchemin Trio» et a collaboré dans une quarantaine de productions avec d’autres musiciens jazzmen. De passage à Nouakchott, il a tenu un concert en hommage à Oscar Peterson au Centre Culturel Français.

—————–Par Babacar Baye Ndiaye 

Non, ce n’est pas un hasard si Philippe Duchemin a dû embrasser très tôt et vite la carrière de jazzmen. Déjà, à l’age de 9 ans, il avait commencé à jouer du piano classique. Puis à l’age de 15 ans, avec des professeurs de musique classique.

Ensuite, il dût, pour se perfectionner et s’améliorer, travailler son jazz tout seul avec des disques pour essayer de faire ce que ses aînés ont fait avant lui. Pour lui, tout a commencé aux états unis d’Amérique, berceau du jazz. «J’avais un oncle, se remémore-t-il encore, qui vivait au sud de la France.

Celui-ci était un pianiste amateur qui jouait dans un orchestre de jazz à Nouvelle Orléans…Lorsque j’ai entendu cette musique, je me suis dit que c’est cela que je vais faire dans ma vie. Et puis un jour, on m’a invité à jouer avec eux. Je n’avais que 14 ans.» Ce premier coup n’était point pour lui une consécration mais juste un moment d’essai.

Né en 1957 à Toulouse au Sud de la France, Philippe Duchemin  est toujours un célibataire, un choix délibéré qu’il assume parfaitement. «Je ne suis pas marié et je n’ai pas d’enfant », précise-t-il avant d’ajouter avec condescendance « je ne suis pas marié parce que j’aime les femmes. Le problème c’est qu’en musique, on est tout le temps en voyage. On ne peut pas se marier et avoir des enfants si on a choisi de voyager tout le temps. Ma femme c’est ma musique ».

Le jazz c’est d’abord pour lui une passion même si reconnaît-il, il y gagne beaucoup d’argent. Son maître à penser, Oscar Peterson. «C’est un grand artiste, dit-il. Je l’ai toujours écouté ». Mais au fond qui était ce monsieur-là. 

«C’est un pianiste né au Canada mais il a surtout travaillé aux états unis. Il est connu dans le monde entier. C’est un homme qui a une grande technique de piano. Il a crée un véritable style de piano que j’adore. C’est pour cela que j’essaie de jouer dans sa direction ».

Le moment qui l’a le plus marqué c’est lorsqu’il a joué avec des jazzmen américains. Il se rappelle encore comme si c’était hier de ces moments forts dans sa carrière de jazzman. «J’ai joué avec Kenny Clark, Lionel Humton entre autres et la rencontre avec ces américains étaient toujours un peu difficile c’est-à-dire que je n’avais pas beaucoup d’expérience.

Mais à chaque fois, cela m’a enrichi. J’ai beaucoup appris de ces gens-là». «J’avais le trac de jouer avec ces gens-là, avec des gens qui avaient beaucoup plus d’expérience que moi alors que moi je n’en avais pas beaucoup, avoue Philippe Duchemin. Maintenant, cela me fait moins d’effet. Je suis devenu plus expérimenté. Je n’ai plus de trac».

Aujourd’hui, par contre, ce sont les moments de déception et quand ça ne progresse pas qui le tracasse. «Parfois, j’ai l’impression de stagner, que je suis un peu vidé, reconnaît-il ». Inutile de savoir s’il va abandonner la musique. 

«Ah ! Non,  se précipite-t-il de répondre. Le jazz, c’est ma vie » et de poursuivre cette fois sur un autre ton « le jazz est une musique universelle. Certes, on constate souvent que ce sont les personnes âgées qui aiment ça parce que ce n’est pas à la mode. La mode c’est quoi. C’est un commerce. C’est ça que je regrette. Et la musique n’a rien à voir avec le commerce.

La musique de jazz c’est une belle musique. Je ne vois pas pourquoi il ne doit pas être à la mode. Je ne vois pas non plus pourquoi il devrait avoir une connotation désuète alors que cela devrait être quelque chose qui doit être présente».

Philippe Duchemin déplore principalement cette image de musique ringarde dont souffre aujourd’hui le jazz mais reste néanmoins optimiste. «J’ai toujours peur qu’il disparaisse parce que lorsqu’on ne produit plus à la radio, on n’est plus à la mode. Mais à côté de cela, je vois toujours des musiciens jeunes qui arrivent et jouent du jazz même s’ils ont entre 12 et 13 ans. Il y en aura toujours. On arrivera jamais à tuer cette musique».

Et pour lui, il faut aller chercher ailleurs les problèmes que rencontre actuellement le jazz surtout au niveau des médias qui ont participé en grande partie à l’agonie du jazz avec la complicité des grandes maisons de disc américaines. 

«Les médias ne sont intéressés que par l’argent dit-il. Ils sont payés par les majors des compagnies américaines qui leur disent d’aller dans telles directions. Tout ça, c’est une affaire de commerce. Il ne faut pas mélanger l’art et le commerce».

Son jazz s’inspire de la musique classique, de la musique brésilienne (la Casanova) et de la musique folklorique surtout slave. Parmi ceux qui l’ont influencé, on peut citer bien sûr Oscar Peterson, Fats Waller, Eroll Garner, Art Tatum… autant de noms dans l’univers du jazz.

Pour son premier concert à Nouakchott, il a laissé une bonne impression. Et lui-même que pense-t-il de la Mauritanie. «Ah ! J’étais surpris c’est-à-dire que ça ne ressemble pas au reste de l’Afrique que je connais bien. Les gens sont assez calmes et aimables. Je suis surpris de voir un autre côté de l’Afrique. »

( 28 octobre, 2007 )

Sidi Yahya, Président de l’Association des Artistes-plasticiens de Mauritanie: « Les acteurs culturels ne peuvent rien faire sans l’appui de l’administration »

Dans l’interview suivante qu’il nous a accordée, Sidi Yahya revient sur le manque de considération dont souffre le secteur des arts plastiques  peu connus des mauritaniens mais aussi des voies et moyens pour faire développer ce secteur culturel.

————Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye 

Le Rénovateur : Le secteur des arts plastiques et de façon générale celui de la culture est-il pris en considération par l’Etat comme un moteur de développement ? 

Sidi Yahya : Les arts plastiques, c’est comme tous les autres secteurs culturels du pays. Ce n’est pas encore pris en considération encore moins comme un moteur de développement. Rien ne pourra aller si la culture de manière générale n’est pas une affaire d’Etat. Au niveau du Ministère de la Culture, nous n’avons jamais vu un projet culturel avec des buts bien précis. Les acteurs culturels ne peuvent rien faire sans l’appui de l’administration. Et par rapport aux arts plastiques, notre Ministère de tutelle n’a pas une philosophie et une orientation claire. 

Le Rénovateur : Les arts plastiques sont peu connus des mauritaniens. Qu’est-ce qu’il faut faire pour que ce secteur puisse se développer ? 

Sidi Yahya : C’est très simple ! Il faut que nous sachions, nous les mauritaniens, avec la culture, nous pouvons faire une recette économique pour notre pays. Les hommes d’affaires, le ministère de la culture ne croient pas toujours que nous pouvons faire un investissement rentable qui donne de bons résultats pour notre pays. Prenez l’exemple de l’Egypte : d’énormes devises rentrent dans ce pays grâce à son cinéma et à son théâtre. La culture est devenue une véritable industrie. Nous devons, nous aussi, considérer la culture et les arts comme un créneau de développement. Dans notre association, nous avons plus d’une quarantaine de personnes qui nourrissent leurs propres familles de leur métier. Ces gens-là, ils participent à l’effort de développement et à la lutte contre la pauvreté. Ce n’est pas distribuer des sacs de riz ou des bidons d’huile. Il faut plutôt penser à développer les ressources humaines. 

Le Rénovateur : Aujourd’hui, est-ce qu’on peut dire qu’il y a eu des progrès dans le secteur des arts plastiques ? 

Sidi Yahya : Je voulais d’abord préciser une chose. Le 27 octobre prochain, je vais déposer ma démission. Ils m’ont poussé et sollicité (les artistes plasticiens) pour être le Président de l’association dans un moment très difficile. Les trois premiers mois, nous avons abattu un travail incroyable en organisant des expositions, des événements comme « la semaine bleue », des expositions de photos, des activités avec des partenaires comme l’UE et la Caritas. Malgré tout cela, j’ai senti que chacun ne veut pas apporter son effort dans le travail collectif. Maintenant, par rapport à votre question, je dirai oui. Si je me rappelle très bien, j’avais fait ma première participation à une exposition collective en 1987 qui était plutôt destinée à combler un vide dans la saison culturelle du ministère de la culture. A l’époque, les autorités du ministère de la culture n’avaient pas confiance aux artistes plasticiens. Si nous étions sollicités, c’est pour juste boucher un trou. Aujourd’hui, nous participons à des expositions nationales et internationales. Nous avons acquis une expérience. Tout cela, ce n’est pas le ministère de la culture mais plutôt grâce à nos propres efforts. Bien sûr, nous n’oublierons pas le Centre Culturel Français qui nous a beaucoup aidés et joué un rôle extraordinaire dans la promotion de la culture mauritanienne. 

Le Rénovateur : Vous, en tant que structure, qu’est-ce que vous avez fait pour contribuer davantage à faire connaître ce secteur des arts plastiques ? 

Sidi Yahya : Nous avons rencontré récemment le ministère de la culture et de la communication en personne. Il nous a fait savoir son intérêt pour les arts plastiques et nous a promis de faire quelque chose. C’est déjà un bon signe à mon avis. Il nous a même affirmé qu’un Prix national pour les arts sera bientôt lancé. Et en plus, il nous a payés nos trois mois d’arriérés de location. Cependant, ce que nous voulons, c’est que nous devenons comme les autres pays c’est à dire que nous organisions des événements ou des festivals. Un pays où il n’y a pas de festivals, c’est incroyable. Le seul festival que nous organisons, c’est le festival de la poésie. 

Le Rénovateur : Bénéficiez-vous d’un appui des autorités pour vendre davantage l’image de la Mauritanie à l’extérieur ? 

Sidi Yahya : Nous n’avons jamais bénéficié d’un appui quelconque ! Et pourtant, il y a énormément de possibilités pour valoriser notre patrimoine national et culturel. Ceci est possible si nous faisons des concours pour des tableaux qui seront reproduits avec une impression et les vendre moins chers que les originaux. Avec les tableaux, on peut faire des cartes postales. Certainement, les artistes n’ont pas les moyens. Moi, par exemple, je n’ai pas les moyens d’établir dix mille cartes postales mais la poste elle-même a la possibilité de le faire. Il suffit d’acheter une toile et de faire la reproduction. L’imprimerie nationale peut faire cela et distribuer les tableaux dans les bureaux de l’administration. A l’étranger, il n’y a pas de tableaux mauritaniens accrochés sur les murs de nos ambassades. 

Le Rénovateur : Les cinéastes ont leur SENAF. Etes-vous dans cette perspective pour faire connaître les arts plastiques mauritaniens ? 

Sidi Yahya : C’est évident qu’il faudra essayer d’organiser un festival comme le reste du secteur. Pour ce faire, il faudrait d’abord avoir une équipe, des artistes plasticiens conscients de leur travail. Moi personnellement, je ne veux pas m’avancer dans une telle perspective et je ne veux pas non plus m’attendre à de mauvais résultats à la dernière minute. A mon avis, c’est impossible parce qu’il n y a pas encore une équipe dynamique et soudée capable d’assumer une telle manifestation. 

( 28 octobre, 2007 )

KBB: La Première dame du pays!!!

L’épouse du chef de l’Etat, Khattou Bint Boukharry, tient incontestablement une position prééminente auprès de son mari, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Président de la République.

Consciente donc des actions qu’elle doit mener sur le front humanitaire, elle a créé, elle aussi, sa propre fondation qui porte d’ailleurs son nom. Cette fondation présentement s’active auprès des populations de Tintane pour apporter sa contribution. Mais la fondation est-elle une solution à la réduction de la pauvreté ? 

Personne ne remet en doute que madame Khattou Bint Boukharry, première dame de la Mauritanie ait, elle aussi, sa fondation. Qu’elle ait la magnanimité d’assister les populations démunies, de contribuer efficacement et personnellement au développement économique et social du pays, de lutter sans relâche contre toute forme de violences envers les femmes et principalement les enfants !

Qu’elle apporte son contrefort aux handicapés et aux personnes âgées ! Qu’elle veuille aider les populations sinistrées victimes de catastrophes naturelles comme elle est en train de le faire à coté des populations de Tintane ! C’est fort bien.

Elle n’est pas la première et ne serait pas la dernière à le faire. Car, c’est presque une coutume institutionnalisée. Toutes les premières dames ont leur fondation ou leur association. Ces fondations, la plupart du temps, ont un but essentiellement humanitaire. 

Comment établir un cadre de proximité entre le Président de la République et les couches défavorisées ? Cette action revient à la première dame, madame Khattou Bint Boukharry qui doit véhiculer le message humanitariste du chef de l’Etat.

De tout le temps, les premières dames ont joué des rôles incontournables dans les affaires présidentielles et nationales, du fait de leur statut particulier de première dame. Cette situation leur confère donc une certaine ascendance décisionnelle et des prérogatives que ne leur confèrent ni la constitution ni la loi. Mais ceci ne crée-t-il pas des immixtions de prés ou de loin dans la gestion des affaires de l’Etat ? 

S’il est vrai que nous sommes dans une République qui garantit la liberté d’expression et la liberté de presse, s’il est vrai aussi que nous pratiquons la bonne gouvernance et la transparence financière, il serait bon d’éclairer la lanterne du citoyen lambda sur la fondation elle-même. Son utilité véritable ?

S’il a un rôle politique à jouer ? D’où proviennent les fonds de la fondation. Les enquêteurs de la fondation sont-ils banqués et par qui ? Sur quels critères ont-ils été choisis ? A combien s’élève son budget ? Est-elle juridiquement légale c’est à dire reconnue par le ministère de l’intérieur ? En tout cas, on ne peut pas dissocier l’action de la première dame et celle de son mari dans certaines affaires. Autant d’interrogations. Et mieux vaut aller chercher des fantômes que d’attendre des réponses claires. 

La Mauritanie n’est pas encore un eldorado pour se permettre certaines dépenses ou charges financières. Cette fondation gagnerait à ne pas reproduire les mêmes maladresses de certaines associations dont les deux tiers des fonds sont détournés par des êtres en chair et en os, des responsables sans préoccupations morales et sans pudeur ni scrupule. 

La première dame avait-elle une fondation ? Non ! Alors pourquoi d’être la première dame pour avoir sa fondation. La raison est très simple et compréhensive. C’est que maintenant, l’argent est disponible, coule à flots. On peut en faire ce qu’on veut sans contrôle ni audit. D’ailleurs, quel est cet inspecteur de l’Etat qui aura le culot, osera de fourrer son nez dans cette fondation ?  On n’y peut rien. C’est comme ça. Ça fait parti des arcanes de l’Etat.

babacar baye Ndiaye

( 28 octobre, 2007 )

Nos syndicats d’enseignement jouent-ils leur rôle ?

 Quand enfin va-t-on trouver de bonnes solutions à notre système éducatif qui est devenu jusqu’au trognon et dangereusement un véritable problème ? Des réformes, toujours des réformes et encore des réformes ! Mais en réalité, qu’est-ce qui a véritablement mué dans notre système éducatif ? Depuis plus de deux décennies, l’école mauritanienne s’est enfoncée viscéralement dans un gouffre dont elle a du mal à s’en tirer. D’un pouvoir à l’autre, d’un ministre à l’autre, notre éducation nationale aura été trempée dans toutes les sauces d’une mauvaise préparation sans que cela n’effarouche personne, en premier lieu les syndicats d’enseignement qui ont failli à leur mission de contre-pouvoir. Au lieu de jouer efficacement leur rôle, ils se turlupinent plutôt de leurs intérêts personnels d’abord que de la qualité de l’enseignement et de son développement. Pour l’augmentation de leurs salaires, pour leurs affectations, pour leurs primes de craie entre autres, ils se sont bien battus, becs et ongles, pour obtenir tout cela. On ne les a jamais aperçus par contre battre le macadam pour stigmatiser la ringardise des programmes. L’enseignement de qualité passe inéluctablement par- là : s’adapter aux nouvelles circonstances et évoluer avec elles. L’enseignement, le comble dans tout cela, est devenu le point de chute des chômeurs indésirables de la société mauritanienne, des retraités et des maîtrisards en je ne sais quoi encore. Il y a quelques jours seulement, en réalité, mon attention fut attirée par cette phrase bien gribouillée sur un kit d’écolier «l’avenir de la Mauritanie est dans l’éducation ». C’est bien beau tout cela mais ne rêvons pas. Ce n’est pas avec un tel programme et une telle situation qu’on y parviendra, un programme établi sur des bases politiciennes. Ce n’est pas certainement non plus avec nos syndicats qu’il faut compter pour redresser la barre. La situation actuelle de notre éducation nationale est la preuve que nos syndicats n’ont pas été vigilants et ont laissé délibérément sinon approuvé même certains choix politiques de nos hommes politiques qui ont politisé l’éducation nationale. Nos syndicalistes ne savent que nous seriner des phrases du genre «qu’il est urgent de réformer notre système éducatif » ou «il faut améliorer les conditions de travail des enseignants». Au lieu de proposer des solutions concrètes par rapport à la situation actuelle que traverse le système éducatif mauritanien, les syndicats d’enseignement se montrent de plus en plus veules et flasques. Et pourtant, ils savent mieux que quiconque que notre éducation nationale est prise en otage et brinquebalée dans des réformes qui n’ont rien apporté à notre système éducatif. Ce tâtonnement a aujourd’hui engendré un système d’enseignement aux abois avec toutes les conséquences qui sont devenues visibles maintenant. Il est prévu de tenir des états généraux sur l’éducation nationale d’ici peu de temps. Nous verrons bien si nos syndicats d’enseignement jouent pleinement leur rôle de contre-pouvoir. 

Babacar Baye Ndiaye

( 28 octobre, 2007 )

Ba Djibril Ngawa: Le Picasso Mauritanien!

Les arts plastiques, il l’a dans le sang et dans l’âme. Sa forme d’expression est particulièrement vivante. Ce qui lui a valu sans nul doute d’être comparé à de grands artistes. Pour autant, il ne se gonfle pas. Il se montre toujours modeste en essayant de garder sa tronche sur ses épaules. «Je ne sais pas si je suis un artiste-né ou non, se demande-t-il, mais ces liens me poussent à beaucoup creuser sur ce que je fais. Si on va jusqu’à me comparer à Pablo Picasso ou Keith Haring, pour moi, c’est grave et lourd. »  

————-Par Babacar Baye Ndiaye

Au début, en effet, il avait «un peu peur » et rien ne le prédestinait à fouler les arts plastiques, un domaine «qui demande beaucoup de savoir» mais aussi un domaine qui manque de considération et de valorisation. «Les arts plastiques, confie-t-il, peuvent participer à la valorisation et à la promotion du pays. A travers ça, nous pouvons  développer par exemple, le tourisme culturel et la photo-artistique qui ne sont pas trop bien connue dans notre pays. » 

Il rencontre Margueret Ambrossino, une volontaire du corps de la paix, un fin connaisseur de l’histoire de l’art. «C’est elle qui m’a dit pour la première fois que mon style est proche de celui de Picasso », explique-t-il.

En 2006, il voyage en France et expose curieusement ou accidentellement ( !) à l’école Pablo Picasso. De même, il rencontre aussi Luc Lessueur, un artiste français qui lui offrit d’ailleurs un magnifique tableau.

Au cours de cette rencontre, ils échangèrent beaucoup. Ce dernier lui suggéra de travailler davantage ses tableaux puisque sa forme d’expression, qui est assez originale, reflète parfaitement les couleurs et les réalités de son pays. 

Ces tableaux montrent merveilleusement cet état d’esprit. A travers eux, l’artiste plasticien qu’il est se replonge dans son enfance. «Ce que je ressors dans mes tableaux, c’est réellement moi-même. C’est ce que j’ai vécu. Ce n’est pas parce que la Mauritanie est culturellement diversifiée que j’essaie de ressortir ça, non ! C’est parce que moi-même j’ai grandi dans un milieu multiculturel. » 

Photographe dans l’esprit, il est un artiste qui se nourrit de l’image et sa forme d’expression est souvent comparée à d’autres artistes, lui qui n’a pas tellement étudié les arts plastiques ni eu de références dans ce domaine. «A l’occasion de la troisième édition du festival national de la jeunesse et des sports en 2005, se rappelle-t-il encore, on m’a demandé de représenter le Guidimakha en photographie et en arts plastiques. Lorsque j’ai exposé mes dessins, ceux qui les avaient vus, m’ont dit de valoriser mes dessins sur toile puisque ma forme d’expression est pleine de liens communs avec ce que faisait Pablo Picasso. » 

Auteur de la célèbre chanson «Ne coupez pas les arbres» qu’on diffuse presque tous les jours à la radio nationale, Ba Djibril Ngawa est un défenseur de la nature, de la préservation de l’écologie. D’ailleurs, dans l’un de ses tableaux, il montre l’importance de la protection de l’environnement. 

«L’homme, dit-il, est responsable de ce qui se passe sur la planète. » Dans un registre plus humain, il exhibe les combats multiformes de la vie en jouant sur les couleurs et les formes. 

«Parfois, a-t-il laissé entendre, tu perçois l’autre comme un étranger. Tu as peur de lui. Mais à la fin, vous partagez presque les mêmes choses et les mêmes points de vue. » Mais cela n’est possible qu’à travers le dialogue, l’acceptation de l’autre, la cohabitation des différences.

«Dans une démocratie, il faut accepter et respecter les différences puisque chacun a sa manière de voir les choses. Certes, il n y a pas de démocratie parfaite mais pour vivre en paix, il faut respecter ces différences. » 

C’est une chance et elle n’est pas offerte à n’importe qui. Il faut bien fouiner dans son enfance pour pouvoir comprendre Ba Djibril Ngawa. Lui, nous pouvons dire qu’il est «une» somme de la Mauritanie. A cinq, il a été élevé par un marabout maure durant 7 ans puis confié à une famille soninké où se trouvait un douanier wolof. Et c’est avec beaucoup de fierté qu’il parle de tout cela. 

«Il y a de profondes similitudes dans la société mauritanienne et il y a aussi la diversité culturelle. Mais il faut ressortir tout cela pour que les gens sachent qu’ils sont obligés de vivre ensemble. Loin de la politique, les mauritaniens vivent dans les mêmes conditions. » 

Les arts plastiques et la photographie lui ont-ils rapporté beaucoup ? «Je ne suis pas trop attiré par le côté commercial de l’art, précise-t-il. Je ne fais pas de tableaux pour les vendre à de vils prix. Parfois, les artistes sont obligés de brader leurs œuvres parce qu’ils vivent de ça. Il faut s’organiser pour au moins valoriser les prix des tableaux…Les arts plastiques sont encore un phénomène nouveau dans notre pays» et de renchérir sans pour autant être l’avocat du diable «le ministre ne peut pas comprendre les artistes. Il n’est pas musicien, ni photographe encore moins artiste plasticien. Il ne peut pas comprendre nos problèmes si nous ne les lui expliquons pas». 

Marié et père de deux enfants, Ba Djibril Ngawa est tantôt dans la musique, tantôt dans la photographie et les arts plastiques. «L’art c’est difficile avoue-t-il. C’est très difficile d’avoir une vie de famille tranquille.

Dans le domaine musical, tu ne peux pas avoir une vie familiale paisible. Tu bouges beaucoup. Réconcilier art et famille c’est très compliqué. Tu voyages…Par contre dans l’art plastique, c’est le calme, la tranquillité. » 

( 1 novembre, 2007 )

Dental ou les Papys de la musique mauritanienne

Ce mercredi 10 Octobre dernier(2007), le public rassemblé à la cafétéria du Centre Culturel de Nouakchott attendait avec impatience les papys de la musique mauritanienne en l’occurence Baby Sarr, Sédinté Diawara, Ibrahima Sox…Pour une première bulle d’essai, ces papys savent parfaitement qu’ils ne doivent point décevoir ce public venu les découvrir pour la première fois.

 —————–Par Babacar Baye Ndiaye

Ce n’est pas donné souvent à un artiste d’avoir sur les jambes trente ans de carrière musicale. Eux, ils ont franchi ce seuil très difficile à accéder. Et c’est avec beaucoup de fierté que ces messieurs-là assument qu’on les surnomme «les papys» de la musique mauritanienne. «Vu notre âge, nous ne pouvons pas refuser. Cela ne nous dérange guère. C’est très beau. Mais en disant papys, il ne faudrait pas nous rejeter comme musiciens parce que nous avons été les pionniers de la musique mauritanienne. 30 ans de carrière musicale, ce n’est pas petit ! » dit Babi Sarr, manager et simultanément chanteur-guitariste du groupe Dental. 

Les premières notes de Babi Sarr remontent en 1976 à Nouadhibou. Par la même année, il découvre le plaisir de jouer la musique. En 1978, il joue avec le «Tiris-Zemmour», un orchestre de Zouérate. Comme un oisillon devenu oiseau, il vole de ses propres ailes et forme, en 1987, son propre groupe «Le Phare» qui s’éteignit malheureusement pour lui avec les événements de 1989. Ce fut l’esquisse de la traversée du désert. Il part au Sénégal, contraint, malgré lui. Et le revoilà, en 2005, de retour à son pays natal. Il remonnaie son expérience à «Darolgal Fulbé», à «Khoumaro» et à «Golé Diré» de Coumba Salah. En 2006, il recrée un groupe «Dental» autrement dit l’union, la réunion des cultures mauritaniennes. Toute une connotation qui résume succinctement son combat pour la fraternité et le brassage culturel. La création de ce groupe vient ainsi donc récompenser des années de sacrifices, d’efforts et de travail. 

Même si Babi Sarr et sa bande sont devenus, naturellement, les papys de la musique mauritanienne, on peut voir en eux l’incarnation et la représentation d’une époque musicale. Babi Sarr exhale une nature modeste avec un zeste de timidité qui lui est presque inséparable. C’est un monsieur aussi qui, malgré les épreuves et les vicissitudes de la vie, a su préserver et jalousement les liens d’amitié. La preuve, depuis 1990, il chemine avec Sédinté Diawara, son soliste. Une complicité hors pair ! D’ailleurs, ils sont toujours ensemble. «Nous nous étions  promis de jouer ensemble, de créer notre propre groupe, souligne Babi Sarr. Nous avons pu concrétiser cela. Au début, chacun de nous jouait séparément dans des groupes différents. Quand nous avons vu que cela n’allait pas bien dans ces groupes-là, nous avons décidé de se retrouver en tant que musiciens pour former notre groupe (Dental, ndlr)». 

De profession enseignante depuis 1979, la musique semble faire partie de la vie de Babi Sarr, de son instinct et il nourrit une inlassable passion pour ce qu’il fait voilà depuis plus de 30 ans et c’est avec beaucoup de fierté qu’il le dit. «Je fais ce que j’aime, assure-t-il, et je n’attends rien de la musique. Je suis enseignant pour assurer la survie de ma famille. Je ne suis pas issu de famille de musiciens. La musique c’est quelque chose que j’aie aimée avec le temps. » Les rappeurs l’éblouissent. «Ce que les gens murmurent bas, eux, ils le disent haut et fort. Ils transmettent les messages là où il faut ». 

Et pour lui, la musique mauritanienne a tous les avantages pour être appréciée partout à travers le monde, reste maintenant à l’exploiter pour vendre cette musique. «Un moment, il y a eu une ruée sur l’Inde pour la recherche et l’inspiration. C’est parce que les gens n’avaient pas compris notre richesse musicale. S’ils l’avaient compris, ils se seraient rués sur la Mauritanie pour exploiter et valoriser notre musique». 

«La musique maure, dit-il pour corroborer ses assertions,  compte 7 voix musicales différentes qu’on retrouve dans toutes les autres musiques du monde. La musique poular qui a, elle aussi, ses propres voix. La  musique Soninké riche en rythmes et en air de même que la musique wolof riche elle aussi en rythmes». 

Ainsi donc, aux yeux de Babi Sarr, ce qui manque, ce sont les infrastructures telles que les écoles. «Pour faire de la musique, soutient-il, il faut savoir la lire, l’écrire. Nous n’avons pas un observatoire. Nous, les musiciens, nous sommes tous des autodidactes. Nous n’avons pas d’écoles pour y être formés. Pour véhiculer une musique, il faut l’apprendre. Le patrimoine est là, riche et varié. Mais… » 

Combinant savamment une musique où tout le monde peut se retrouver, Dental allie avec dextérité musique moderne et musique traditionnelle en partant de la musique traditionnelle pour lui donner une couleur moderne. «Une musique ne vieillit pas, confie-t-il. Si elle vieillissait, qu’est-ce qu’on allait trouver. Maintenant, quelle est l’appréciation et la réaction des gens par rapport à cette musique (Dental, ndlr). » 

Babi Sarr est favorable à une musique mauritanienne multicolore et représentative de toutes les couches sociales. «Où est le musicien qui véhicule aujourd’hui la musique mauritanienne dans toutes ses couches sociales, s’interroge-t-il. Chacun de nos musiciens représente une seule composante et celle-ci ne représente pas la Mauritanie. Il aurait été mieux d’avoir une musique dans laquelle on entendrait toutes les musiques. A défaut de cela, que chaque musicien essaie au moins de faire entendre les autres couches. » Il cite comme exemple, Hadrami Ould Meidah. «Il a eu un grand succès au niveau de tout le monde parce que lorsqu’il chantait, on entendait toutes les couches sociales, toutes les langues et cela plaisait parce que chacun se sentait dans sa musique. » 

Son concert qui a été bien accueilli lui a donné davantage de motivation et de courage pour continuer dans ce qu’il aime : faire plaisir et se faire plaisir

( 8 novembre, 2007 )

Jusqu’ où mènera la dégradation des conditions de vie ?

 

Et de vrai, Monsieur Yahya Ould El Waghef continue sa campagne d’explication sur la création du futur parti de la mouvance présidentielle. Récemment, il faisait face à une partie de la Société Civile. Une journée destinée à courtiser plutôt qu’à informer. Assurément, personne ne nie, à corps défendant, le rôle que peut jouer la Société Civile dans le processus actuel de développement du pays. La Société Civile, sans pour autant être l’avocat du diable, devrait se tenir à l’écart de tout ce qui est politique pour pouvoir véritablement mériter son rôle de contre-pouvoir. C’est un secret de polichinelle, la Mauritanie vit actuellement une sorte de tohu-bohu sans précédent fait de tiraillements et de problèmes de tout acabit. Et jusqu’où nous mènera la dégradation des contions de vie des populations ?En effet, la semaine dernière, l’opposition démocratique, elle aussi, organisait un meeting pour stigmatiser ce qu’elle appelle «le retour à la case de départ» qui est en train d’être opéré par l’actuel pouvoir. N’aurait-on pas foulé les pieds sur une terre d’argile ? Pendant ce temps-là, les prix de l’essence s’envolent à la pompe. En réalité, sur le plan social et économique, le pouvoir actuel n’à pas encore véritablement convaincu et séduit les populations sur ces réelles capacités de bien muer le quotidien des masses populaires. Son autarcie semble augmenter leurs appréhensions. Le pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi n’a pas encore fait mieux que ces prédécesseurs. A part décentraliser le conseil des ministres à Nouadhibou. On se demande par la même occasion ce qu’il attend pour mettre en marche la machine des grandes réformes sociales et économiques tant promises durant la campagne présidentielle de février-mars 2007. Certains engagements tardent toujours à se concrétiser sans que l’on sache pourquoi. Les conférences se multiplient et toujours pas de  réponses aux multiples équations que nous nous posons. La dernière en date celle du premier ministre Zéine Ould Zeidane qui a, lui aussi, déçu par son manque d’allusion à la situation actuelle du pays comme si toute la responsabilité de toutes nos souffrances est essentiellement  du ressort du Président de la République qui est seul habilité à répondre aux préoccupations des mauritaniens qui ruminent encore leur déception, leur patience et la confrontation serait loin d’être inévitable. L’eau, l’électricité, les denrées de premières nécessités…tout est devenu cher. Avec une telle situation qui donne du tournis aux populations, que valent vraiment nos syndicats qui n’existent que de nom ? Certes, la montée du prix du pétrole sur le marché international est servie sur la table comme seule explication. Dans ce cas, il appartient à l’Etat mauritanien de trouver des mesures accompagnatrices ou compensatrices pour alléger substantiellement la souffrance des populations qui ne savent plus où se donner de la tronche.  Déjà, des esquisses de manifestations se tiennent et s’organisent ça et là. Si cette situation délétère continue, ces manifestions pourraient se généraliser partout dans le pays. A vrai dire, les protestations contre la dégradation des conditions de vie dans le pays ne font que commencer. Et c’est peu dire en pensant que ce sont là des signes assez inquiétants pour la Mauritanie et sa stabilité sociale. Malgré la bonne volonté du nouveau pouvoir d’appliquer les règles de la transparence, de bonne gouvernance, bref, de faire sortir le pays de son trou, le gouvernement semble avoir les yeux dans les poches. Si vraiment la situation est aussi grave que cela, pourquoi alors, le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi ne le reconnaîtrait-il pas ? Au Sénégal, Abdoulaye Wade a reconnu de manière officielle la situation critique qu’est en train de traverser son pays. Ceci pour rassurer les populations face à une situation sociale éprouvante. C’est sous-estimer la situation actuelle du pays en tressant des lauriers au Président de la République mais aussi en lui cachant la vérité.

 

Babacar baye NDiaye  

Le Rénovateur Quotidien

 

 

( 8 novembre, 2007 )

Journée de sensibilisation sur le retour des déportés

 

L’implication des leaders religieux dans la réconciliation nationale est importante et incontournable. Tel est l’enseignement, à vrai dire,  qu’on peut tirer de la journée de sensibilisation sur le retour des déportés qui réunissait hier, à l’hôtel Khaima, l’Association des Imams et Oulémas pour la Défense des Droits des Femmes et des Enfants, l’Initiative des Femmes pour la Paix, l’Unité  et la Concorde Nationale, les représentants des institutions de la République comme la Commission Nationale des Droits de l’Homme et le Ministère de l’Intérieur pour ne citer que celles-là. 

Cette journée de sensibilisation des leaders religieux intervient, en effet, dans un contexte où le gouvernement et le peuple mauritanien sont en train de préparer le retour des déportés. A travers cette journée de sensibilisation, c’est l’implication des leaders religieux qui est visée au regard de leur rôle décisif et de leur audience très large dont ils bénéficient  auprès des populations. 

La coordonnatrice de l’IFPUCN Madame Lô Khadijétou Cheikh a réitéré au nom de l’ONG qu’elle dirige sa profonde gratitude à l’endroit du Président de la République et du Gouvernement mauritanien pour leur engagement constant en faveur de la réconciliation nationale qui s’est traduit, selon elle, par de multiples initiatives louables. 

Cette journée de sensibilisation sur le retour des déports, rappelons le, s’inscrit dans une dynamique déjà enclenchée avec la tenue, à Nouakchott, le 16 août dernier, de la journée de réflexion sur «le rôle des femmes dans le processus de réconciliation nationale». 

Quant à Madame Narjess Saîdine représentant le PNUD a, dans son allocution, réaffirmé l’appui de cette institution aux autorités de la République pour trouver une solution consensuelle au problème des déportés tout en mettant l’accent sur l’adoption d’un principe de dialogue, de concertation et d’implication de tous les acteurs  au niveau national sur la question.   

A l’en croire, le règlement de ce dossier est une étape importante vers l’unité nationale et la garantie des droits de l’Homme. 

Pour couronner de succès cette journée de sensibilisation, il a été demandé de faire un prêche commun ce vendredi dans toutes les mosquées de Nouakchott. 

Les organisateurs de cette journée de sensibilisation sur le retour des déportés ont souhaité que les leaders religieux s’engagent dans un plaidoyer en faveur du renforcement de l’unité nationale et de la nécessité d’éradiquer les germes de la haine. 

Babacar Baye NDiaye 

Le Rénovateur Quotidien 

( 8 novembre, 2007 )

Manifestations à l’est du pays/Arrestations dans les rangs de l’opposition

 

 Des manifestations violentes ont éclaté dans certaines localités du pays à la suite de hausses de prix ayant touché les denrées de premières nécessités. A Bassikounou et à Djiguéni, des locaux administratifs ont été mis à sac par des jeunes lycéens encadrés par des brigades. Plusieurs personnes ont été blessées au cours d’affrontements entre les forces de l’ordre et des groupes d’émeutiers. A l’issue de ces échauffourées, des dégâts matériels considérables ont été signalés et des arrestations de deux militants de l’opposition en particulier du Hatem et du RFD sont intervenues à Bassikounou et à Djiguéni.  A Kankossa, une victime par balle a été identifiée. Les coups de feu ont été tirés par la gendarmerie qui avait été auparavant saccagé ainsi que le local de la SNDE et la préfecture. La victime est un jeune homme qui a reçu la balle en pleine tête. Les personnes arrêtées sont accusées d’être les instigateurs de ces troubles derrière lesquels le pouvoir «soupçonne la main de l’opposition qui cherche par tous les moyens à destabiliser le pays». De telles accusations qualifiées de «troubles à l’ordre public» risquent de générer une situation explosive préjudiciable au climat de paix et de liberté qui commençait à s’instaurer dans le pays depuis l’arrivée du nouveau régime. Choses vraiment dommage ! 

 Les acteurs politiques doivent se mobiliser pour trouver une solution adéquate destinée à apaiser les tensions et du coup désamorcer la crise. Le langage du dialogue demeure la meilleure voie pour résoudre ce phénomène.   

Babacar Baye NDiaye 

Le Rénovateur Quotidien   

( 8 novembre, 2007 )

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely/ Président de l’Amicale «Paix sans Frontières»

 

  

«Tous ceux qui préconisent la rupture diplomatique avec l’Etat d’Israël sont contre la paix» 

 

Le Rénovateur : Pouvez-vous nous présenter d’abord votre Amicale «Paix sans frontière» ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Notre association est une amicale constituée d’un réseau d’ONGs exerçant dans plusieurs domaines allant du développement social au développement culturel en passant par le développement économique. Elle est aussi constituée d’une élite intellectuelle de la société mauritanienne. Nous sommes convaincus du principe de la paix dans le monde entier et bien sûr sans exclure l’Etat d’Israël. 

 

Le Rénovateur : Cela veut dire que la paix est au cœur de vos préoccupations ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Nous avons cette profonde conviction. Nous sommes convaincus que ce monde qui a beaucoup souffert de la guerre, de la haine, de la destruction, de l’inégalité, il doit y régner l’amour et le dialogue entre les pays et les peuples. Nous pensons que la Mauritanie peut jouer un grand rôle dans ce domaine. 

 

Le Rénovateur : Mais avez-vous déjà pensé à faire transmettre ce message de paix à l’intérieur du pays ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Nous pensons que notre point fort en tant qu’amicale c’est d’être sur le terrain et en contact permanent avec les populations. Nous nous exprimons à la place de milliers de personnes qui n’ont pas le courage de s’exprimer. Cette nouvelle ère de démocratie est à saisir par le peuple mauritanien qui s’est toujours battu pour obtenir certains acquis. Nous pensons que les dernières démarches entreprises pour le retour des déportés et la criminalisation de l’esclavage sont des signes de bonne volonté et participent à l’instauration de la paix et de la justice dans notre pays. 

 

Le Rénovateur : Vraisemblablement, vous êtes apparemment pour le maintien des relations diplomatiques entre la Mauritanie et l’Etat d’Israël ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Je pense que l’Etat hébreu est un état qui existe comme tous les autres états du monde. Qu’est-ce que l’Etat d’Israël a fait que les occidentaux n’ont pas fait ? 

 

Le Rénovateur : En prônant le maintien des relations diplomatiques entre la Mauritanie et l’Etat d’Israël, ne craignez-vous pas de subir les coups de fouet de ceux qui sont contre ce maintien en premier lieu les islamistes ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Je pense que qu’il y a des gens qui sont porteurs d’un discours négationniste en Mauritanie en exploitant le discours politique pour influencer un peuple qui n’est pas en mesure de discerner et d’analyser le fond des choses. Tous ceux qui préconisent la rupture diplomatique avec l’Etat d’Israël sont contre la paix. L’Etat d’Israël a le droit à l’existence comme tous les autres peuples du monde et de vivre dans la paix. Nous ne sommes pas contre la création d’un Etat palestinien. Nous sommes pour la cohabitation pacifique de ces deux peuples. Ceci passe préalablement par le dialogue, l’ouverture, la tolérance et la confiance. 

 

Le Rénovateur : Ne risquez-vous pas d’être esseulé dans votre combat actuel à savoir le maintien des relations diplomatiques entre la Mauritanie et l’Etat Hébreu ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Les gens ne sont pas contre notre initiative. Actuellement, les gens doivent sortir de leur timidité et de leur torpeur. Nous voudrions qu’ils se libèrent, qu’ils s’expriment librement et profiter de ce climat de démocratie et de liberté d’expression reconnue par la loi. C’est l’occasion ou jamais. Les gens ne sont pas contre le maintien des relations diplomatiques entre la Mauritanie et l’Etat Hébreu. 

 

Le Rénovateur : Votre démarche, y a-t-il des raisons sous-jacentes qui l’expliquent ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Nous sommes convaincus de notre combat que nous sommes en train de mener. Nous avons lutté pour d’autres causes bien avant cela. Nous pensons que c’est vraiment là où l’on doit intervenir contrairement à ces partis politiques qui n’ont rien fait pour la Mauritanie. C’est des gens qui protègent leurs intérêts. Nous savons d’où ils viennent et leur message politique est vide. 

 

Le Rénovateur : Sera tenu bientôt le sommet de la paix à Washington. A votre avis, la Mauritanie doit-elle ou non participer à cette rencontre internationale sur la paix ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Nous avons adressé une lettre ouverte à son Excellence Monsieur le Président de la République en lui demandant d’assister à ce sommet. La Mauritanie doit assister à ce sommet comme tous les autres pays qui ont des relations diplomatiques avec l’Etat Hébreu comme à l’image de l’Egypte et de la Jordanie qui sont des pays arabes. Nous pensons que la Mauritanie a un rôle à jouer dans le processus de la paix dans le monde. Nous savons que cette décision nécessite un grand courage et nous avons confiance au Président de la République. Nous savons très bien qu’il est sage, qu’il est un partisan de la paix et qu’il l’a prouvé dans des décisions délicates depuis son arrivée au pouvoir. 

 

Le Rénovateur : …et par rapport à votre ONG «Solidarité pour le développement et la lutte contre la pauvreté en Mauritanie». 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : C’est une ONG qui intervient essentiellement dans le domaine social. Nous savons tous qu’il y a toujours des écarts. Les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent davantage. Nous ne sommes pas une ONG cartable ni une ONG de luxe. Nous intervenons dans les quartiers périphériques de Nouakchott et à l’intérieur du pays. 

 

Le Rénovateur : Puisque votre ONG œuvre dans le domaine social, quel regard portez-vous sur la situation sociale actuelle du pays ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Je pense que la situation actuelle, elle est très difficile. Il faut penser mettre en place des programmes d’urgence pour venir en aide les populations défavorisées qui ont un pouvoir très limité. Il faut aussi que l’Etat intervienne avec force pour protéger ces 80% de la population vivant dans la pauvreté. De même que penser aux souffrances des populations de Tintane en leur apportant un soutien concret puisque moi-même j’y étais et j’ai vu dans quelles conditions elles vivent. 

 

Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye 

                ducdejoal@yahoo.fr  

                Le Rénovateur Quotidien 

 

( 11 novembre, 2007 )

Diddal Jalaal

 

 La musique au service de la société et du développement 

 

En même temps qu’elle est universelle, la musique a toujours été le support central d’une société, d’une communauté, d’une ethnie et d’une langue. Ainsi naquit Diddal Jalaal. Et aujourd’hui, depuis quelques années, ce groupe est devenu, sans pour autant sortir un album, populaire, sollicité et surtout apprécié. Avec un style assez particulier et original –l’afronomade-, ce groupe a su se faire une place dans le panthéon musical mauritanien. 

 

Qui n’a pas vu sur le petit écran ni entendu à la radio Diddal Jalaal ? Ce groupe, après dix ans d’existence, est devenu de manière évidente le symbole d’un pays, le porte-étendard de la musique nomade mauritanienne à l’extérieur. Et pourtant, lorsque les initiateurs de ce groupe folklorique décidaient de se lancer dans une carrière musicale, ils n’y croyaient presque pas. Aujourd’hui, ce groupe n’en finit pas de voyager partout, en France, dans la sous-région et à l’intérieur du pays. D’ailleurs, ils viennent d’une tournée à l’intérieur du pays dans l’Assaba et le Guidimakha, leur terroir, dans le cadre d’une sensibilisation sur le sida, la protection de l’environnement et la scolarisation des filles.

En effet, depuis 1996, début de l’aventure, Diddal Jalaal a évolué voire beaucoup évolué avec le temps et dans le temps. Les blancs-becs que furent les membres du groupe ont beaucoup appris, capitalisé une expérience fantastique à l’occasion de leurs voyages et de leurs rencontres avec d’autres musiciens. Leur privilège, c’est de partager leur musique, qui est très large, avec beaucoup d’autres peuples et  de pays. «Le style que nous jouons, explique Bâ Djibril Ngawa, manager du groupe, c’est de l’afronomade. C’est un genre musical qu’on retrouve dans beaucoup de peuples de culture nomade. Il est composé de sonorités puisées dans de vastes espaces entre l’océan et la mer rouge».

Diddal Jalaal, c’est comme aussi dans une petite république. C’est-à-dire que nul n’est au dessus des lois. Tout est bien organisé et géré. «Gérer un groupe, ce n’est pas facile. Nous avons des lois très strictes. Chacun de nous est obligé de les respecter sinon, il est exclu» martèle le manager dans un ton sérieux. Même s’il est indispensable, lui demandai-je ? «Personne n’est indispensable, signale-t-il. Même moi ! Sans discipline, on ne peut pas faire quelque chose. Avec la musique, on doit être sérieux et responsable». Paroles de manager !

Aujourd’hui, les membres de Diddal Jalaal ont bien compris que la musique c’est une grande responsabilité, une affaire de professionnalisme qui exige beaucoup d’effort et de travail. Que ce n’est pas seulement jouer et faire du plaisir ! C’est plus profond que cela. Bien connu en Mauritanie, ce groupe veut se lancer maintenant dans une carrière internationale avec comme seule optique la valorisation de la culture nomade mauritanienne. «Si un musicien veut vraiment se lancer dans une carrière internationale, il doit vraiment collaborer avec des professionnels qui connaissent bien le milieu et qui ont déjà fait le chemin» pense Bâ Djibril Ngawa. Ce qui est déjà fait pour eux puisqu’ils ont déjà collaboré avec des calibres de la musique africaine comme le malien Balla Sissako et fait beaucoup de résidences c’est-à-dire des ateliers de création notamment en France.

A Diddal Jalaal, il n y a pas que chanter et danser. Ici, la musique est avant tout au service de la société et du développement. «On n’est pas dans la musique pour faire de l’ambiance. Il faut que les sociétés africaines prennent conscience que la musique est un média puissant qui peut rapprocher les gens et servir aussi au développement». Prenant ainsi le contre-pied de ceux qui font les éloges, le manager du groupe Diddal Jalaal pense que le griotisme monopolise beaucoup la musique mauritanienne. C’est pour cela, pense-t-il, que cette musique est en stagnation. Et pour se défaire de cette chaîne, il faut professionnaliser la musique pour qu’elle puisse participer durablement au développement du pays.  «On ne peut pas faire de la musique sans avoir un bagage intellectuel. On ne peut pas faire carrière sur le plan international sans développer et élargir ses connaissances musicales. Il faut nous comparer aux autres pays de la sous-région ou du Maghreb, c’est très différend. Notre musique, si on veut la développer, les intellectuels et les professionnels doivent s’impliquer».

Profondément attachés à leurs origines, les membres de Diddal Jalaal emportent toujours avec eux, dans leurs bagages, des instruments traditionnels (baylol, gnagnérou, mbagou, hordé, kérona) très rares qui font le charme de leur musique et lui donnent un rythme et une tonalité authentiquement nomades. Un style propre ! Parce qu’ «on ne peut pas convaincre les autres avec ce qu’ils ont déjà. C’est avec ce que nous avons» dixit le manager du groupe. Diddal Jalaal, c’est aussi une association reconnue par l’Etat mauritanien puisqu’un récipissé de reconnaissance leur a été délivré. Ici, c’est la vocation, le don et le talent qui sont recherchés et un groupe à leurs yeux, c’est d’abord un encadrement professionnel. A Diddal Jalaal, on croit dur comme béton que la musique doit être au service d’une cause. «Il y a beaucoup d’analphabètes dans la société mauritanienne. A travers la musique, un message de sensibilisation passe très rapidement et on peut mobiliser les gens facilement  en jouant de la musique».

Comprenant parfaitement que la carrière musicale est une aventure parfois très «ambiguë», Bâ Djibril Ngawa, manager du groupe, avoue, malgré la popularité dont sa formation musicale bénéficie à travers le pays, n’être pas encore satisfait puisqu’il reste beaucoup de choses, à son avis, à faire notamment  pour un groupe qui veut se lancer dans une carrière internationale. Contrairement à leur début où ils ne comprenaient pas grande chose de la musique, les membres de Diddal Jalaal sont entrés maintenant dans la phase des «choses sérieuses».

Comme l’appétit vient en mangeant, ils ne veulent surtout pas brûler les étapes. «Il faut mûrir les choses et les préparer très bien» conclut le manager du groupe.

 

Babacar Baye NDiaye 

ducdejoal@yahoo.fr

Le rénovateur Quotidien 

( 12 novembre, 2007 )

Non à l’amalgame !

«Nos meilleures graines sont nos enfants». Ainsi parlait l’auteur de «L’aventure Ambiguë», Cheikh Hamidou Kane,  dans la bouche de l’un de ses personnages. Cette phrase vaut bien d’être méditée dans le contexte actuel où les démons de la violence ont gagné certains établissements scolaires du pays. Rarement, nous en sommes arrivés à ce point. Nos enfants ont-ils embarqués dans le navire de la violence mené par des mains dangereuses qui ne se soucient que de leur plan destructeur ? Qui incite les gens à la violence ? L’école mauritanienne en voie de reconstruction a besoin d’être préservée de tels actes préjudiciables à tout le peuple mauritanien. Ainsi donc, vu la situation du pays marquée par des tiraillements, il est du ressort des pouvoirs publics et de l’opposition démocratique d’éclairer la lanterne des populations mauritaniennes qui sont en train d’être dangereusement manipulées par des individus de mauvaise foi. Des individus qui sont en train de vouloir faire basculer derechef le pays dans une situation explosive comme s’ils n’avaient rien retenu des leçons du passé et comme si aussi ils voulaient toujours demeurer dans le statut quo. En effet, ces gens-là sont en train d’utiliser et d’exploiter cette situation consécutive à la hausse des prix des denrées de premières nécessités constatées depuis quelques temps pour créer la confusion et la suspicion au sein des populations et les dresser les unes contre les autres. Cette situation aussi semble être aggravée, ce qui est profondément regrettable,  par d’autres gens qui utilisent dans pareilles circonstances comme c’est présentement le cas  le langage de la diversion et de l’amalgame. Le comble dans tout cela, c’est lorsqu’on veut assimiler ces dernières manifestations  la question  du retour des déportés qui n’a aucun rapport avec les dernières manifestations. Ce qui est une insulte, avec tout ce que le pouvoir actuel a abattu comme effort pour que le dossier des déportés connaisse enfin une issue heureuse. S’il y a des intentions cachées ceci n’a rien à voir avec des manifestations parties avec   la hausse des prix. Hélas, ils sont en train de détourner la réalité des choses en voulant nous faire croire que les mauritaniens sont contre le retour des déportés. A vrai dire, les adversaires de la Mauritanie sont ceux-là même qui cherchent toujours sans répit à détruire la Mauritanie en tenant un langage démagogique et perturbateur. Et si on glisse sur le terrain politique, la chute risque d’être brutale et fatale encore. Certes,  l’Etat qui n’a pas su anticiper sur ces événements tragiques    pour empêcher  les gens de manifester en utilisant la politique de l’autruche mais cela ne voudrait pas signifier en abuser pour semer l’amalgame dans l’esprit des populations incapables souvent  de discerner le vrai et le faux. La stabilité du pays risque de voler en éclats si l’on n’y prend pas garde en contrecarrant certains groupuscules qui sont en train de gaver les mauritaniens d’idées absurdes et maléfiques. Babacar Baye NDiaye Le Rénovateur Quotidien 

( 12 novembre, 2007 )

Signature de l’accord tripartite pour le rapatriement des réfugiés mauritaniens

 

  

Cette signature, conclue ce 12 novembre au palais des congrès de Nouakchott, couronne les multiples efforts engagés  par la Mauritanie, le Sénégal et le H.C.R. dans le cadre d’un retour organisé des réfugiés mauritaniens dans leur pays. Dans son allocution, le Ministre de l’Intérieur mauritanien, Yall Zakaria a réitéré toute la reconnaissance du gouvernement mauritanien envers le gouvernement sénégalais pour son étroite collaboration dans le retour des déportés en lui fournissant des informations utiles sur les réfugiés mauritaniens afin de s’imprégner de leur situation. Le Ministre de l’Intérieur a aussi remercié le H.C.R. qui a, depuis presque deux décennies, assisté les réfugiés mauritaniens en leur offrant sécurité et nourriture. Le Ministre a par ailleurs magnifié l’implication de certaines ONGs des droits de l’Homme dans le domaine de la sensibilisation et de la défense des intérêts des populations. Cet accord marque le démarrage du retour des déportés avec en prélude la tenue des journées de concertation prévues ce 20 novembre et destinées à sensibiliser l’opinion mauritanienne sur l’adoption d’un plan d’action définitive regroupant toutes les associations des droits de l’homme au Sénégal, en Mauritanie et en Europe. La Mauritanie, a rappelé Yall Zakaria, respectera ses engagements pris dans le cadre du retour des déportés. 

Quant au Ministre sénégalais de l’Intérieur maître Ousmane Ngom, il a réitéré l’engagement du gouvernement sénégalais à aider le gouvernement mauritanien dans le processus de rapatriement  des déportés  pour ceux qui souhaiteraient rentrer dans leur pays dans la sécurité. Cet accord, dira-t-il, à une dimension historique puisqu’il va régler de manière définitive le problème du retour des déportés. Le peuple mauritanien et le peuple sénégalais ont vécu toujours ensemble, a-t-il soutenu, au- delà des tensions consubstantielles. Ainsi donc, il est de leur rôle, en vue de préserver et renforcer les liens qui existent entre les deux peuples d’inventer de nouvelles solidarités. Pour ce qui est des associations de défense de l’homme présentes à cette cérémonie de cérémonie, dont la RADDHO et le FONADH qui ont exprimé toute leur satisfaction sur cette signature tripartite entre le gouvernement sénégalais, mauritanien et le H.C.R., qui marque enfin le début du règlement définitif de ce processus de rapatriement des déportés mauritaniens. 

Babacar Baye Ndiaye 

Le Rénovateur Quotidien 

( 12 novembre, 2007 )

Christophe Sawadogo

«Je me sers du quotidien comme substrat pour la création»

Christophe Sawadogo est un peintre burkinabé qui vit à Ouagadougou. De 1992 à 1996 il a étudié les arts et la communication avant de devenir critique d’art durant plusieurs années. Il décide ensuite de se consacrer à la peinture. La force de Christophe tient dans sa passion et sa maîtrise de la calligraphie, ainsi que dans sa fascination pour les mots et la poésie. Il travaille essentiellement avec des encres de couleur sur des fonds en papier trempés dans des bains d’encre. Ses œuvres sont exposées actuellement au centre culturel français de Nouakchott et ce durant tout le mois de novembre.

 

Le Rénovateur : On dit de vous que vous êtes parmi les artistes les plus prometteurs d’Afrique de l’Ouest ?

Christophe Sawadogo : Non ! Je trouve qu’à partir du moment où un artiste a le courage de prendre le pinceau et s’exprime dans des conditions de travail et de promotion difficile comme c’est souvent le cas en Afrique, il faut reconnaître cet artiste. Me considérer parmi les artistes les plus prometteurs en Afrique de l’ouest, c’est trop dire ! Je suis comme les autres artistes.

 

Le Rénovateur : Quelle matière utilisez-vous dans vos peintures ?

Christophe Sawadogo : Les encres de chine et à coté de cela, dans la peinture, je travaille avec des terres que je recueille chez moi (Burkina Faso, ndlr) et puis j’y ajoute des acryliques. J’obtiens par le mélange beaucoup de techniques mixtes.

 

Le Rénovateur : On remarque aussi que les femmes occupent essentiellement une bonne part dans vos peintures. Qu’est-ce qui explique cela ?

Christophe Sawadogo : Je pense que la femme est un sujet éternel et on peut débattre là-dessus jusqu’à longueur de journée. Bon ! Je ne fais pas exception en travaillant avec comme inspiratrices les femmes parce qu’avant moi, il y a eu beaucoup d’artistes. Je veux parler de Picasso entre autres artistes célèbres qui se sont référés à la femme comme thème de création. Moi, je ne fais que poursuivre la tradition.

 

Le Rénovateur : Comment cette passion pour la peinture s’est-elle réveillée en vous ?

Christophe Sawadogo : Je dirai que c’est comme toute passion, c’est comme l’amour. On ne sait pas comment on y arrive. On ne sait pas non plus comment on en sort. C’est comme ça que je peux dire. Je ne peux pas expliquer cette passion.

 

Le Rénovateur : Les prix de vos tableaux varient entre 225.000 f cfa et 1.656.000 f cfa. Est-ce que ce n’est pas trop cher pour un africain qui a un pouvoir d’achat très limité ?

Christophe Sawadogo : Non ! J’ai vu dans la rue des gens qui circulent à bord d’une limousine. Un tableau ne vaut pas une limousine ! Tout dépend de la valeur qu’on accorde aux choses matérielles ou aux choses culturelles. Il y en a qui peuvent mettre un million sur une femme et d’autres qui peuvent mettre un million sur une voiture. Pourtant, ils ne trouvent pas que c’est trop cher alors que ce sont ces mêmes objets, une fois partis en Europe, on crie à l’extraversion culturelle, on crie que nos œuvres sont en train d’être pillées. C’est parce que nous, nous n’investissons pas dans notre culture. C’est exactement cela.

 

Le Rénovateur : On dirait aussi que les artistes africains font des œuvres d’art pour une catégorie sociale bien nantie ?

Christophe Sawadogo : Je trouve que c’est assez fort  comme propos parce que moi, lorsque j’expose, je vois aussi l’homme de la rue. Celui qui a le goût, ce n’est pas forcément, celui qui a l’argent. On peut avoir l’argent et ne peut pas avoir du goût.  On peut être pauvre et avoir beaucoup de goût. L’exposition ou un vernissage, c’est une occasion pour celui qui aime la culture de venir et de voir ce qui est exposé.

 

Le Rénovateur : Est-ce que cette cherté des tableaux participe-t-elle vraiment à promouvoir les arts dans les pays africains ?

Christophe Sawadogo : Non ! Je ne trouve pas que ces tableaux sont chers(il insiste sur sa réponse). Je ne sais pas si vous connaissez déjà les marchés de l’art contemporain africain. Je vous dis que c’est un marché qui a de l’avenir. Je crois que nous ne devons pas minimiser ce que nous faisons. Il faut que les artistes africains se disent que ce qu’ils font c’est de la richesse et comme toute richesse, cela suppose beaucoup de travail et comme beaucoup de travail qui demande d’énergie et d’effort, il doit être bien rémunéré.

 

Le Rénovateur : C’est votre première venue en Mauritanie. Qu’est-ce que vous garderez comme souvenir de votre séjour ?

Christophe Sawadogo : Je garde de la Mauritanie un voyage à la rencontre d’un peuple chaleureux et aussi chaleureux que la terre qui l’accueille. Je suis heureux de retrouver dans mes peintures que les gens ont remarqué qu’il y avait une résonance avec nos couleurs et aussi avec le milieu social. Les thèmes que j’aborde ne sont pas étrangers aux thèmes qui sont abordés ici. Pour moi, c’est vraiment comme si j’étais chez moi. Je suis heureux d’autant plus que beaucoup de gens lorsqu’ils viennent me voir, il y en a ceux qui demandent si je connaissais la Mauritanie auparavant…donc, cela prouve que ce que je fais quelque part rencontre une certaine adhésion de la part des mauritaniens.

 

Le Rénovateur : La peinture c’est votre passion. Que seriez-vous devenu si vous n’étiez pas artiste peintre ?

Christophe Sawadogo : Si je n’étais pas dans la peinture(il observe un moment de silence)…si je n’étais pas dans la peinture(il se rabâche)…Non ! Je ne sais pas ce que je ferais. Je pense que si je n’étais pas dans la peinture, je serai dans un autre milieu où l’émotion est…

 

Le Rénovateur : C’est à dire que vous êtes émotif ?

Christophe Sawadogo : Dans la peinture, la poésie, la littérature, c’est l’émotion qu’on recherche. Dans tous les arts et la culture, c’est l’émotion qu’on recherche.

 

Le Rénovateur : Justement, comment faites-vous pour allier presque avec beaucoup de subtilité peinture, calligraphie, poésie, autant d’univers dissemblables ?

Christophe Sawadogo : Il y va de l’attention comme il y va de la culture. Aussi bien j’aime lire, aussi bien j’adore tout ce qui est étranger ou qui m’est semblable et la curiosité m’aide à rentrer au fond des choses et aussi à rester dans la surface des couleurs.

 

Le Rénovateur : Dans vos tableaux, vous nous invitez au respect de la femme africaine. Sa condition actuelle vous préoccupe-t-elle à ce point ?

Christophe Sawadogo : On peut y voir une lecture sous-jacente. Sinon, ce qui m’inspire davantage, c’est le vécu, le quotidien et je me sers du quotidien comme substrat pour la création, pour ce que je propose.

 

Le Rénovateur : Les œuvres d’art, en Afrique, sont souvent assimilées à des produits de luxe. Cela participe-t-il à les faire connaître davantage ?

Christophe Sawadogo : Non, à mon avis ! L’art accompagne la vie en Afrique. On n’a pas besoin d’être un nanti pour consommer une œuvre d’art. Pour moi, ce n’est pas un luxe. Il y a des richesses qui sont immortelles et pour moi, la culture l’est.

 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

Le Rénovateur Quotidien

 

( 14 novembre, 2007 )

Retour des déportés

Le H.C.R. appelle à la solidarité 

 

Avec la signature de l’accord tripartite qui régira les conditions du retour des réfugiés mauritaniens dans leur pays, entre les Ministres de l’Intérieur de la Mauritanie et du Sénégal ainsi que le Représentant du Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés en Mauritanie, ce 12 novembre dernier, tout porte à croire que nous allons nous acheminer vers la fin du long et douloureux calvaire des déportés mauritaniens qui attendaient ce jour depuis plus de 18 ans. 

 

Cette signature de l’accord tripartite pour le rapatriement des réfugiés mauritaniens couronnant les efforts des autorités sénégalaises et mauritaniennes dans la recherche de solutions consensuelles au retour des déportés complétera les mesures que le gouvernement mauritanien présentera au cours des journées de consultations nationales prévues ce 20 novembre pour régler dans le détail la question de la réintégration des rapatriés victimes des événements de 1989. En effet, ces journées de concertation, qui vont regrouper toutes les associations des droits de l’Homme vivant au  Sénégal, en Mauritanie et en Europe, toutes les organisations nées des événements de 1989, seront destinées à sensibiliser entre autres l’opinion publique sur l’adoption d’un plan d’action définitive tenant en compte toutes les parties concernées par ce retour des déportés dans leur pays d’origine. 

Cet accord triparti, lit-on dans le communiqué du H.C.R., énonce les engagements que les trois parties prennent pour le succès de ce rapatriement organisé jusqu’en décembre 2008 ainsi que pour la réinsertion durable des rapatriés dans le tissu social mauritanien dans le cadre plus large d’un programme gouvernemental de développement durable. La réalisation de ces engagements, précise toujours le communiqué, dépendra de la solidarité de la communauté nationale mauritanienne, de la solidarité entre les deux états concernés et de la solidarité internationale qui doit accompagner ce processus de réconciliation. 

Rappelons qu’avec l’appui de la France, de l’Italie et des Etats-Unis d’Amérique, le H.C.R. a pu établir à Rosso et à Kaédi un premier dispositif d’accueil des rapatriés en collaboration avec une ONG nationale et les autorités régionales. Et selon le H.C.R., un total de 12.600 réfugiés a exprimé le souhait d’être rapatriés. 

En vue d’un retour des déportés dans des conditions conformes à leur qualité de citoyens mauritaniens et dans la jouissance de tous les droits attachés à la citoyenneté mauritanienne, le H.C.R., sera étroitement associé dans le rapatriement volontaire et organisé des réfugiés mauritaniens qui marquera la fin d’une question humanitaire restée sans réponse depuis quelques 18 années. 

 

Réactions sur cette signature tripartite 

 

Alioune Tine, S.G. de la RADDHO 

«Une page historique vient d’être tournée» 

J’estime qu’il y a une page historique de la tragédie que ce pays a vécue qui vient d’être tournée. Je pense que le Président de la République, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a pris une décision courageuse, une décision responsable qui, si elle respecte les intérêts des réfugiés, permettra de réconcilier la Mauritanie avec son histoire, sa géographie et avec elle-même (…) 

Je n’ai pas de doute non plus. C’est une décision difficile. Tout le monde le sait. C’est une décision qui doit être soutenue de façon consensuelle. Je pense aussi que si tout le monde y met du sien et qu’il n y ait pas d’instrumentalisation politique de cette affaire parce que tous les risques viennent de là, il n y a pas de raison pour qu’on réussisse. Donc, il ne faut pas se faire d’illusion. Il y aura toujours de la résistance et des blocages. Si la Société Civile aussi continue à faire le travail de sensibilisation et l’Etat à manifester toute sa volonté politique de régler les intérêts des réfugiés selon les normes c’est à dire les engagements souscrits par la Mauritanie, je pense qu’on va réussir. 

 

Mamadou Sarr, S.E. du FONADH 

«Cette signature augure un bon retour des déportés» 

Je crois que c’est un grand jour parce que cela fait deux décennies qu’on attendait cette occasion. On ne peut que s’en féliciter et autant que faire accompagner cette décision. Le fait que cet accord triparti ait été signé par la Mauritanie, le Sénégal et le H.C.R.  augure un bon retour des déportés(…) 

On a toujours des appréhensions dans ces genres de problème parce qu’il y a des résistances et d’autres facteurs. Mais, je crois, que c’est un début qui permet de décrisper la situation dans la mesure où aujourd’hui, il y a une volonté manifeste du gouvernement mauritanien de régler ce problème. Je crois aussi que cette signature prépare correctement les journées nationales de concertation autour de cette question. Pour le moment, je suis optimiste même si c’est mesuré. Maintenant, avec le temps et le déroulement de cette affaire, nous allons voir. 

 

Francis Kpatindé, porte-parole du H.C.R. en Afrique de l’Ouest 

«Nos équipes sont prêtes» 

Je me réjouis de la signature de cet accord qui était attendu depuis plus de 18 ans. Vous savez que ces gens sont partis de la Mauritanie dans des conditions regrettables, dans des conditions que nous connaissons tous. Donc, on ne peut que se réjouir de leur retour imminent. Le rapatriement commencera sans nul doute début décembre. Nous allons rapatrier et ramener dans leur pays d’origine quelques 24.000 négro-mauritaniens. Nous avons pour cette occasion 4 bureaux installés  sur les deux rives du fleuve Sénégal à Richard-Toll et à Ourossogui coté sénégalais et 2 autres bureaux à Kaèdi et à Rosso coté mauritanien. Nos équipes sont prêtes pour accompagner le processus de retour des déportés mauritaniens (…). 

Cette signature nous rassure puisque c’est une bonne chose. Nous avons une équipe élue démocratiquement à la tête de la Mauritanie aujourd’hui. C’est un bon signal que le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi se soit engagé au retour de ses compatriotes. Je pense qu’il faut saisir la balle au bond (…). 

Il n y a aucune entreprise humaine sans difficultés. Il y aura des couacs mais je crois que la volonté politique y est. Il faut saisir cette chance. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

Le Rénovateur Quotidien 

( 15 novembre, 2007 )

Dany Doriz

 

 «Le jazz n’est pas en décalage !» 

 

Marié et père de trois enfants, Dany Doriz a sorti à son actif 25 albums dont le plus célèbre restera sans doute «My Favorites Vibes». Sa passion pour le jazz n’est plus à démontrer. Depuis plus d’un demi-siècle, il bourlingue à travers le monde entre l’Europe, l’Afrique et les Etats-Unis. La semaine dernière, il était de passage à Nouakchott. Le Rénovateur Quotidien en a profité pour lui poser quelques questions relatives à la musique jazz. 

 

Le Rénovateur : Le jazz n’est plus ce qu’il était. N’avez-vous pas peur qu’il disparaisse un jour face à la montée en puissance d’autres tendances musicales plus écoutées ? 

Dany Doriz : Au contraire ! Je suis un grand défenseur du jazz swing, de la musique swing et du jazz festif. La musique que nous avons joué ce soir (8 novembre dernier, ndlr), c’est ce que j’appelle «le swing music» qui plaît à tout le monde même aux gens qui ne sont pas de grands amateurs de jazz (…). Je m’occupe beaucoup de festival en Europe. J’organise la programmation et partout, ça marche très bien parce que j’élimine à tort ou à raison tout ce qui n’est pas vraiment du jazz. Toutes les musiques ont droit d’exister mais elles ne devraient pas toutes s’appeler jazz rock, jazz union ou free jazz. Pour moi, le jazz c’est une musique qui doit swinguer, swinguer et être festif. 

 

 Le Rénovateur : En tant qu’artiste, vous voyagez beaucoup. Votre carrière musicale ne vous prive-t-elle pas votre vie familiale ? 

Dany Doriz : Pas du tout ! La vie familiale, pour moi, c’est très important. Quand je suis chez moi, je travaille beaucoup. Je récupère du temps sur le plan familial. 

 

Le Rénovateur : Tous les jazzmen, enfin presque, aiment les femmes. Est-ce votre cas ? 

Dany Doriz : Eh ! bien, j’aime garder une jolie femme. Bien sûr, j’aime garder une jolie femme. J’aime les femmes surtout quand elles sont belles. Je préfère la belle musique et je préfère les jolies femmes plutôt que les moches musiques et les femmes qui ne sont pas belles. 

 

Le Rénovateur : C’est très rare de voir un jazzman surtout présentement qui ne fait pas de reprises. Est-ce que cela veut dire que les jazzmen actuels sont en manque d’inspiration ? 

Dany Doriz : On reprend bien sûr les thèmes qui ont été rendus célèbres par de grands musiciens tels que Lionel Humton, Louis Amstrong, Eroll Garner mais aussi on joue des thèmes que l’on compose, toujours dans l’idée du «swing music». (…) Les créateurs du jazz sont tous morts. Il y a une nouvelle génération de musiciens aussi bien en Europe, en Afrique et aux Etats Unis qui joue de la bonne musique de jazz presque aussi bien que les créateurs. 

 

Le Rénovateur : On a l’impression aussi que le jazz actuellement est en décalage par rapport aux autres styles musicaux. Comment pouvez-vous expliquer cela ? 

Dany Doriz : Non, je pense que le jazz n’est pas en décalage ! Ce sont les médias qui sont en décalage. Il n y a plus de mélodie, de ligne harmonique alors que le public, lui, est très réceptif. Ce sont les médias qui ne sont pas dans le coup. 

 

Le Rénovateur : Tous les jazzmen ont leurs maîtres. Quels sont, vous, vos maîtres ? 

Dany Doriz : C’est le premier vibraphoniste au monde. Lionel Humton. J’ai été son ami pendant 30 ans. J’allais souvent chez lui aux Etats Unis. J’ai fait des tournées avec lui. C’est mon maître. Quand j’étais jeune, c’était mon idole. 

 

Le Rénovateur : Avez-vous déjà eu l’occasion de venir en Mauritanie ? 

Dany Doriz : C’est la première fois et j’en suis très ravi. Ça vit et bouge beaucoup. Je crois que c’est un pays d’avenir où c’est sûr plus ça va aller,  plus les gens vont aimer le jazz. 

 

Le Rénovateur : Aujourd’hui, le jazz est peu écouté à travers le monde. Croyez-vous qu’il reprendra ses lettres de noblesse ? 

Dany Doriz : Je crois que les choses sont sur la bonne voie surtout que les musiciens vont continuer à persévérer pour créer de belles mélodies, à swinguer. 

 

Le Rénovateur : Dans ce cas, que faudra-t-il faire pour que le jazz connaisse un nouveau souffle, une nouvelle résurgence ? 

Dany Doriz : Je crois qu’il faudrait en envoyant de temps en temps à la télévision. Les musiciens statistiques, qui jouent tout seul des morceaux, sans mélodie et sans ligne harmonique, vont être éliminés. 

 

Le Rénovateur : Vous est-il déjà arrivé de vouloir abandonné le jazz et tenter une autre expérience ? 

Dany Doriz : Jamais ! J’ai toujours fait de la musique. Dès l’âge de 3 ans, je faisais de la musique classique, du piano et du saxophone. J’ai commencé le jazz à 16 ans. Cela fait plus de 40 ans maintenant que je suis dans la musique. Je n’ai jamais eu une seule seconde envie d’arrêter. 

 

Le Rénovateur : Lorsque vous voyez que dans les écoles de musique, il y a très peu de jeunes qui s’intéressent au jazz, qu’est-ce que cela vous fait ? 

Dany Doriz : Parce qu’on ne sait pas leur expliquer ce que c’est la vraie musique de jazz. 

 

Le Rénovateur : N’est-il pas urgent de revenir aux sources authentiques du jazz, de le redéfinir voire même de le moderniser ? 

Dany Doriz : Le jazz, c’est une musique moderne puisqu’on dit maintenant que c’est la musique classique du 20ème siècle. Donc, c’est une musique très récente. On ne peut pas dire non plus qu’elle est ringarde. Au contraire, elle est complètement à la mode. Toutes les musiques d’aujourd’hui, même le Rap, viennent du jazz parce que quelque part, les rappeurs swinguent. La base du swing c’est le jazz. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 Le Rénovateur Quotidien

( 18 novembre, 2007 )

Saidou Adama Gaye, chanteur-compositeur

 

 

«Sur scène, pour être agréable aux yeux des gens, j’essaie de leur cacher ma personne» 

 

Né en 1983, il a commencé à chanter à l’âge de 12 ans dans les écoles. Ayant grandi entre la Mauritanie et le Sénégal, Saidou Adama Gaye a connu une enfance mouvementée puisqu’il a perdu très tôt son père et sa grand-mère. Très apprécié par ses talents de musicien, il est souvent comparé à Baba Maal. 

  

Le Rénovateur : La première chose qui attire l’attention sur votre groupe, c’est qu’il est composé essentiellement de jeunes de moins de 30 ans. Est-ce un choix personnel ? 

Saidou Adama Gaye : Effectivement, puisque j’ai toujours voulu s’entourer de jeunes qui peuvent m’accompagner et avec qui aussi je peux m’entendre parfaitement. Je peux me défouler comme je veux pendant les répétitions sans le moindre complexe. Par contre, avec des gens plus âgés que moi, c’est toujours difficile. 

 

Le Rénovateur : On peut dire que votre musique n’est pas une musique traditionnelle. Ce qui est curieux puisque vous êtes hall poular. Votre musique, elle est plutôt moderne et surtout rythmique. 

Saidou Adama Gaye : Nous sommes au 21ème siècle et le monde a beaucoup évolué. En matière de musique traditionnelle, on ne peut pas faire mieux que certains artistes hall poulars. Mais par contre, dans la musique moderne, on peut créer des choses que les gens ne connaissaient pas et d’ailleurs qui peuvent être agréables. C’est mon objectif puisque je me bats pour le faire nuit et jour. 

 

Le Rénovateur : Votre musique ne laisse personne sur le carreau. Même les «toubabs» dansent bien votre musique.   

Saidou Adama Gaye : C’est parce qu’au moins, je ne dirai pas qu’elle est bien faite, elle est acceptable. Si une musique est acceptable, elle est donc universelle. Lorsqu’elle est universelle, elle appartient à tout le monde. C’est pourquoi tout le monde a dansé parce que se reconnaissant dans cette musique. 

 

Le Rénovateur : Tout le monde est unanime sur vos qualités de musicien. Quel est votre secret ? 

Saidou Adama Gaye : Certes, les gens m’apprécient beaucoup mais chacun a ses défauts. Peut-être que j’essaie de leur cacher réellement la personne de Saidou sur scène pour être agréable aux yeux des gens. 

 

Le Rénovateur : Vous êtes jeune et simultanément musicien. Quel message lancez-vous dans vos textes à ces jeunes désespérés qui prennent le chemin de l’émigration clandestine ? 

Saidou Adama Gaye : La différence entre les artistes, c’est le fait d’être engagés ou non. Je ne dirai pas que je complètement engagé mais d’une part je le suis car j’essaie de lancer des messages qui peuvent servir à mon pays, à ma jeunesse et à la jeunesse mondiale. Je chante en poular certes, mais j’ai l’impression de m’adresser à tout le monde. 

 

Le Rénovateur : On vous compare aussi à Baba Maal, une autre icône de la musique hall poular. Qu’est-ce que cela vous fait ? 

Saidou Adama Gaye : Cela me fait énormément plaisir car le fait d’être comparé à lui, c’est déjà quelque chose puisque Baba Maal est parmi les grands musiciens de ce monde. Certainement que je garde quelque chose en moi qui reflète sa personnalité, je ne sais pas, mais quand même cela me fait plaisir. 

 

Le Rénovateur : D’ailleurs, qui vous a initié à la musique ? 

Saidou Adama Gaye : Ce sont certains de mes compagnons qui m’ont initié à la musique (il cite Malick Wade). Ils ont remarqué mes qualités et ont pu déclencher ça en me poussant à faire de la musique. Au départ, je n’avais pas accepté. 

 

Le Rénovateur : Ce que vous faites-là donc, vous ne l’avez pas hérité ? 

Saidou Adama Gaye : Si, si. Ma grand-mère chantait. Elle était connue pour ses chansons. Mon père, lui aussi, chantait mais pas tellement. Il a très tôt laissé. Il y a aussi mon oncle(Yéro Mota) qui chantait lui aussi. Si je veux chanter des chansons traditionnelles, je reprends leurs chansons. 

 

Le Rénovateur : Dans vos chansons aussi, vous vous référez souvent à Dieu et à son Prophète Mohamed (PSL) surtout pour un jeune de votre trempe. 

Saidou Adama Gaye : C’est parce que je suis avant tout un croyant. L’étant ainsi, je crois que je dois jouer un rôle qui peut être intéressant dans la société. Etant croyant aussi, j’appelle le monde à être croyant. Etant musulman, on commet des erreurs sans s’en rendre compte et je dois être en mesure de faire revenir les gens à leur religion. 

 

Le Rénovateur : On peut savoir ce que vous attendez pour sortir votre premier album ? 

Saidou Adama Gaye : Il faut être mûr sur le plan musical avant de sortir un album. Cela ne fait pas à peine trois lorsque j’ai débuté dans la musique. Donc, il faut patienter. J’ai un répertoire très riche mais je ne veux pas pour le moment sortir un album. Je suis prêt mais je veux attendre un peu pour acquérir plus de maturité et d’expérience. 

 

Le Rénovateur : Vous aussi, vous vous inscrivez dans la continuité des chansons laudatives ou élogieuses. Est-ce à dire que vous ne pouvez pas vous en passer ? 

Saidou Adama Gaye : J’ai toujours vécu avec des gens expérimentés.  Ce qui m’a un peu aidé. Actuellement, je ne peux pas m’en passer puisqu’il y a des gens proches qui n’ont pas cessé de me soutenir. Donc, je leur rends hommage. Les gens que je chante ce sont des gens qui m’ont aimé et aidé pour que je puisse devenir aujourd’hui ce que je suis actuellement.    

 

Le Rénovateur : Sur scène, vous devenez un autre Saidou. Où puisez-vous toute cette énergie que vous redonnez au public ? 

Saidou Adama Gaye : Tout simplement, parce que j’ai pu débuter à l’âge jeune mes activités artistiques. Donc, je suis habitué. C’est pourquoi cela ne me dérange pas de changer de tempo ou de tempérament en fonction de la musique qu’on joue sur scène. 

 

Le Rénovateur : Non seulement, vous êtes profondément attaché à vos origines mais aussi vous semblez défendre votre culture ? 

Saidou Adama Gaye : Comme dit un proverbe français «le caque sent toujours le hareng ». Donc, si je suis en mesure de faire quelque chose, je le ferai d’abord pour ma société, ma culture et après extérioriser. 

 

Le Rénovateur : Tout à l’heure, vous chantiez l’amour dans l’une de vos chansons. Cela veut-il dire que vous n’avez pas échappé aux tentacules de l’amour ? Que vous êtes amoureux ? 

Saidou Adama Gaye : C’est ma vie privée (dit-il en rigolant). De toute façon, je ne peux pas vous répondre. (J’insiste encore sur ma question). Personnellement, j’ai aimé et j’ai été heureux en amour et je continue à être heureux. C’est pour cela, je chante l’amour car cela m’a servi à quelque chose. Je ne peux pas tout raconter. Bien sûr, j’ai connu des déceptions et des succès. Actuellement, je suis heureux. C’est pour cela, j’ai pu oublier tout car l’amour est beau. 

 

Babacar Baye NDiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

Le Rénovateur Quotidien 

  

( 25 novembre, 2007 )

Journées nationales sur le retour des déportés

 

 Un pas vers le processus de réconciliation nationale ! 

Longtemps annoncées, ces journées de concertation sur le retour des déportés ont finalement eu lieu. Ce qui n’était pas une évidence avec toutes les stratégies de sabotage et d’intoxication qui ont été âprement menées par des réseaux hyperstructurés allant même jusqu’à assimiler les récentes manifestations sur la hausse des prix au retour des déportés. Et en les tenant, non seulement, le gouvernement a tenu sa promesse mais il a voulu donner par la même occasion un signal fort et retentissant à tout le peuple mauritanien notamment à ceux qui avaient des suspicions sur la tenue de ces assises nationales. Cependant, tout le mérite revient au Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qui a eu le courage de parler d’un dossier qui était jusque là tabou. Ce n’est pas non plus son  engagement personnel sur le retour des déportés qui sera écorné puisque depuis sa campagne électorale, il a fait preuve de tout son désir de régler la question des déportés contrairement à son prédécesseur qui n’a pas voulu tremper ses mains dans la sauce. En effet, depuis son discours du 29 juin, les choses sont allées plus vite que prévues dans le bon sens et le Président de la République a bien compris que l’unité nationale- très superficielle- ne peut passer qu’à travers la résolution de certains dossiers épineux comme celui des déportés, un dossier engendré et légué par l’ancien régime. Ces journées de concertation nationale sur le retour des déportés, même s’il y a eu des voix qui se sont élevées pour dénoncer un certain manque de concertation, seront des moments forts dans le processus de réconciliation nationale. Au-delà même de l’espoir que ces journées ont suscité, elles constituent  en effet une étape très importante et décisive dans le processus de retour des déportés. Un facteur vers le processus de réconciliation nationale ! Une occasion de discuter sereinement sur les issues du règlement de ce dossier dans le consensus ! A vrai dire, ces journées de concertation doivent être saluées puisqu’elles rentrent en droite ligne dans la vision du chef de l’Etat d’une Mauritanie réconciliée avec elle-même mais surtout dans le cadre de la promotion de l’unité nationale qui passe sans doute par le règlement définitif du retour des déportés. En d’autres termes, elles serviront en effet de locomotive dans la suite du règlement du retour des déportés dans leur pays. A coup sûr, le règlement de ce dossier sera un apport considérable dans la consolidation de l’unité nationale puisque ce dossier a engendré beaucoup de haine, de tension et de frustration dans le cœur de ceux qui ont été victimes de près ou de loin des foudres de la dictature du régime déchu. Ainsi donc, ces journées de concertation nationale sur le retour des déportés constitueront sans doute un moment fort dans la consolidation des efforts du gouvernement visant à régler de manière consensuelle et dépassionnée le dossier des réfugiés et celui du passif humanitaire. Cet esprit de réconciliation nationale a plané pendant les trois jours qu’ont duré les journées au palais des congrès où la société civile, la classe politique et les associations des réfugiés ont montré leur forte implication dans le règlement définitif du retour des déportés et à leur adhésion à tout projet de rétablissement de la confiance et du respect entre tous les mauritaniens. Après 18 années d’exil forcé, les déportés mauritaniens vivent les derniers moments d’un long et douloureux calvaire. Ces journées qui ne sont qu’un prélude à leur rapatriement marqueront à coup sûr l’esquisse d’une nouvelle ère dans la réconciliation nationale. Et aujourd’hui, nul ne s’émeut que les détracteurs de la réconciliation nationale, de la démocratie, des libertés publiques, de la paix et de la justice sociale souhaitassent  et priassent ardemment pour que les journées de concertation sur le retour des déportés ne connaissent pas un franc succès ou ne produisent pas des résultats prometteurs. Piqûre de rappel ! Pendant leur règne au pouvoir, pendant cette période où il fallait suivre ou périr, au summum de leur gloire, ils n’ont cessé d’exhiber sans gêne que ces «déportés mauritaniens» n’étaient pas des leurs, qu’ils appartenaient à un autre pays. Ces «mauritaniens», leur tort c’est d’être nés en Mauritanie. Leur tort, c’est d’être des «Kowriyas» comme ils disent. Depuis le discours du Président de la République sur le retour des déportés mauritaniens, le 29 juin dernier,  ils ne dorment plus. Comme hier, ces détracteurs continuent encore à battre en brèche tout projet de retour des déportés dans leur pays d’origine. A commencer par intoxiquer les populations ! Peut-être que le syndrome de la peur d’être masqués un jour les habite, une trouille presque inséparable. Mais, comme l’a rappelé le Président de la République dans son discours d’ouverture des journées nationales de concertation et de mobilisation pour le retour des réfugiés et le règlement du passif humanitaire au Palais des congrès ce 20 novembre, il ne s’agira pas de faire la chasse aux sorciers. Il faut être humble pour tenir un tel propos ! Même s’il est trop tôt de tirer le chapeau à Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, de lui dresser des lauriers, il a accompli sa mission, celle d’avoir assumé la responsabilité de l’Etat mauritanien en reconnaissant de manière officielle les forfaits qui ont été commis au nom de la puissance publique. C’est aux populations de se l’en approprier et de continuer cette œuvre de réconciliation nationale. Il n y a pas d’opprobre aujourd’hui pour eux de faire amende honorable. La lutte ne fait que s’esquisser et le plus difficile reste à faire. Les témoignages entendus par-ci et par-là au palais des congrès à l’occasion des journées de concertation convergent parfaitement au même point et témoignent de toute évidence d’une volonté commune de transcender certaines émotions à la limite compréhensibles. Le retour des déportés suscite beaucoup de débats au sein de la population mauritanienne mais aussi beaucoup de zones d’incongruités et d’incompréhension de la part de certaines personnes très réceptives à certaines déclarations enflammeuses. Ceci passe incontestablement dans la sensibilisation. C’est un volet qui ne devrait pas être omis si on veut réussir ces journées de concertation sur le retour des réfugiés mauritaniens, si on veut qu’elles servent à quelque chose de symbolique. Certes ce problème est politique mais il concerne tout le monde. Le retour des déportés, on en parle à longueur de journée, mais très peu de personnes en appréhendent l’enjeu ou les enjeux.  Ce rôle incombe de prime abord aux pouvoirs publics notamment aux walis, aux hakems, aux maires, aux représentants du peuple qui doivent apporter leur effort dans ce vaste mouvement de retour des déportés. Puisqu’au moins plus 20.000 réfugiés mauritaniens seront concernés par le plan de rapatriement concocté par l’état mauritanien, sénégalais et le H.C.R. Ce qui n’est pas une mince affaire ! Une complexité qui s’explique par la durée que cette affaire a provoquée. Dans cette perspective, les médias doivent jouer leur rôle de courroie de transmission. L’avenir de la Mauritanie dépendra sans doute de ce qu’en feront surtout les hommes politiques qui sont souvent responsables de certaines dérives ! 

Babacar Baye NDiaye    

 

( 25 novembre, 2007 )

Journées Nationales de Concertation sur le retour des déportés

Une initiative saluée par tous les particiapnts

L’initiative prise par le gouvernement mauritanien d’organiser des Journées Nationales de Concertation sur le Retour des Déportés et le Passif humanitaire a été beaucoup saluée et à l’unanimité par l’ensemble des participants à  cet événement de grande envergure nationale venus du Sénégal, du Mali, de la France…

Cette initiative sur le retour des déportés et le passif humanitaire, qui est une première, a été qualifiée de «louable» par les participants. Parmi eux,  Ba Oumar du Rassemblement pour l’Egalité et le Développement, un mouvement associatif basé à Nouakchott et ayant participé aux travaux de l’atelier Insertion des Réfugiés. «C’est une initiative très courageuse et très sage que le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a pris. Si vraiment, les gens appliquent sur le terrain ce qui a été dit, on peut dire que la Mauritanie tournera définitivement la page de son passé douloureux.» Même son de cloche de la part de Mohamed Abdellahi Bellil, acteur de la société civile, qui pense que ces journées permettront de continuer la concertation. «Ce fut un moment très fort d’échanges, de compréhension et de consensus d’autant plus qu’il s’agissait des journées nationales de concertation sur de grandes questions nationales très sensibles qui intéressent et engagent tout le monde pour l’avenir de ce pays et pour son sort. Le fait que tous les acteurs impliqués et concernés de près ou de loin aient assisté à ces journées de concertation est une bonne chose. Les discussions ont permis de dégager de grandes lignes, des pistes qui vont nous conduire sur le bon chemin.» 

De l’avis général des participants, le ton a été pondéré et il n y a pas eu de passion observée ça et là. Ainsi donc, un esprit d’optimisme a régné  au palais des congrès où il y avait une compréhension large de tous les enjeux et surtout une volonté commune et partagée d’œuvrer pour la réconciliation nationale, l’unité et la cohésion sociale. «Ces journées furent constructives, note Ousmane Barry, coordonnateur de l’Union des Associations des Réfugiés Mauritaniens au Sénégal, dans la mesure où nous avons pu nous entendre sur l’essentiel et se parler en tant que fils de ce pays. Il leur convient de se retrouver et d’agir au nom de l’unité nationale, passer aux choses sérieuses et à la construction de notre Etat. » Et d’autres comme Fadiga Tijane membre du Covire préconise, pour des raisons de stabilité politique et sociale mais surtout de dépassement,  la voix du dialogue. «Nous sommes encore un Etat fragile. Il faudrait apaiser les esprits, trouver un terrain de consensus et appuyer la politique du Président de la République. Il y a eu des actes commis par des gens certes mais il faudrait qu’on essaie d’aller au dialogue. » Ces crimes sont rangés dans un registre aux couleurs sombres appelé «passif humanitaire».

En effet, le passif humanitaire a constitué l’épine dorsale au cours des discussions puisqu’il est au cœur même du problème des réfugiés. Mais aussi une corde raide qui appelle beaucoup de prudence et de responsabilité pour certains participants. «Il faut laisser le temps aux gens pour qu’on puisse trouver un consensus national. Ce qui a été fait est fait. Les faits sont connus ! Il y a des solutions à tout problème. Il ne faudrait pas aller dans la brutalité des choses», prévient Fadiga Tijane, victime des exactions de 1990 et délégué médical au Covire tout en souhaitant que la lumière soit faite sur les actes commis par des fonctionnaires de l’Etat. «Nous préconisons, poursuit-il, la création d’une commission nationale ou internationale pour ce problème-là. A défaut d’une commission internationale, créer une commission nationale puisque c’est avant tout un problème national que nous devons traiter au niveau national et voir avec le pouvoir en place comment trouver des solutions. Il ne faudrait pas qu’on utilise cela comme une arme de revanche. »

Durant le déroulement des travaux dans les ateliers, il y a eu toutefois quelques points saillants qui n’ont pas été complètement évacués ou pris en considération. C’est par exemple le cas de la question des indemnisations et l’insertion dans la vie active des réfugiés mauritaniens qui voudraient revenir. «On a remarqué que la plupart de ces réfugiés qui ont été victimes des déportations étaient des éleveurs. Mais dans les documents, c’est juste dans une phrase où on a parlé qu’on va chercher une solution convenable pour eux mais on n’a pas beaucoup précisé quels genres d’indemnités ou de compensations va-t-on leur donner. On sait que c’est un point essentiel dans l’éventuel retour de ces réfugiés mauritaniens. On a dit qu’on va essayer de les donner des projets, des terres pour ceux qui n’en avaient pas et pour ceux qui en avaient, on va essayer de récupérer leur terre et de les leur rendre», fait observer Ba Oumar, participant à l’atelier Insertion des réfugiés et membre du Rassemblement pour l’Egalité et le Développement. «De manière générale, ce qui a été conçu dans les papiers recoupe nos vœux. Le seul point d’achoppement essentiel, c’est le passif humanitaire. Maintenant, les réfugiés que nous sommes et qui sont au centre de ce problème doivent être représentés en amont et en aval dans ce problème», soutient Ousmane Barry.

Les journées de concertation nationale sur le retour des déportés mauritaniens et le passif humanitaire ont presque mobilisé toutes les bonnes volontés de ce pays. Là où on a pu vraiment associer les hommes politiques, la Société Civile, les médias entre autres, on pouvait assimiler les acteurs culturels qui ont été les grands oubliés de ces Journées Nationales de Concertation. D’ailleurs, ceux que nous avons accrochés au passage ne sont pas allés avec le dos de la cuillère pour critiquer vertement cette absence des acteurs culturels qui peuvent jouer aussi, à leurs yeux, un rôle de sensibilisateurs. Omission ou ignorance ? Abderrahmane Salem, directeur de la maison des cinéastes répond : «C’est une ignorance. Ils(les pouvoirs publics, ndlr) ne sont pas capables de travailler sur une grande action. Le retour des déportés  mauritaniens et le passif humanitaire, c’est un travail de sensibilisation d’abord parce qu’il y a un devoir de mémoire, des choses à témoigner, à dire et c’est avec les acteurs concernés qu’on peut faire cela.» Rappelons aussi que les autorités avaient promis de projeter «Le cercle des noyés» à l’occasion de ces journées de concertation. Il n’en fut rien et Abderrahmane a dû mal à cacher sa déception et son amertume. «Je ne comprends pas pourquoi. Elles avaient publié officiellement une déclaration du Ministère de la Culture et de la Communication en disant qu’elles vont intégrer le film «Le cercle des noyés» dans la campagne de sensibilisation sur le retour des déportés et le passif humanitaire.»

Certains participants ont pointé un doigt accusateur sur ces journées de concertation où ils ont constaté un manque de communication. Ce qui n’est pas de l’avis de Bouzoumou Ould Cheikh Ahmed qui a soutenu le contraire. «Si on pense à l’ordre institué au sein des différents ateliers, on peut affirmer que l’organisation de ces journées s’est bien passée. Tout le monde a eu l’occasion de parler dans le calme et tous les différents ateliers ont été dotés de moyens nécessaires pour pouvoir faire le travail correctement.»

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr

Le Rénovateur Quotidien

 

( 6 décembre, 2007 )

Hassane Kassi Kouyaté, comédien

 

 « Ce qui est intéressant dans le livre de Kourouma, c’est qu’il fait un constat sans concession… » 

Ce samedi 24 novembre dernier au Centre Culturel Français de Nouakchott, «Le Théâtre de Labrador» venue de France présentait «Monné, outrages et défis» de Ahmadou Kourouma, une mise en scène réalisée par Stéphanie Loik. En l’absence de celle-ci, Hassane Kassi Kouyaté, directeur de festivals, metteur en scène, comédien et conteur s’est confié aux colonnes de Rénovateur Quotidien pour parler de certaines questions que soulève cette œuvre romanesque, une véritable fresque de la colonisation française en Afrique de l’Ouest. 

 

Le Rénovateur : Est-ce qu’il est facile d’adapter au théâtre une œuvre romanesque comme «Monné, outrages et défis» de Ahmadou Kourouma ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Aucune œuvre romanesque n’est facile à adapter au théâtre parce que c’est d’abord du roman. Donc, il faut savoir par quel bout le prendre et savoir aussi l’adapter aux contraintes du théâtre. C’est très difficile surtout pour cette œuvre particulièrement qui est une œuvre sur l’histoire de la colonisation française en Afrique de l’Ouest. C’est un travail immense ! 

 

Le Rénovateur : Quelle différence y a-t-il entre l’adaptation théâtrale de  Monné, outrages et défis et Monné, outrages et défis, en tant qu’œuvre romanesque ? 

Hassane Kassi Kouyaté : La différence c’est que d’abord le roman est une sorte d’épopée, de souffle et de saga. Il y a plein de choses qui sont évoquées ! Dans cette œuvre, nous avons pris une seule ligne.  C’est l’histoire du train. 

 

Le Rénovateur : Qu’est-ce que vous avez voulu faire partager avec les gens lorsque vous avez décidé d’adapter ce roman au théâtre ? 

Hassane Kassi Kouyaté : C’est moi qui ai proposé à Stéphanie Loik ce roman(la metteuse en scène du roman, ndlr). Stéphanie, c’est une femme qui travaille beaucoup, qui fait du théâtre qu’on appelle du «théâtre politique». On dit souvent que son théâtre est un théâtre engagé. On avait déjà travaillé sur un texte sur «les enfants soldats» par la suite, elle  m’a demandé d’autres thèmes sur l’Afrique. Et nous, nous pensons aujourd’hui, à l’heure actuelle, il est important de rappeler l’histoire. Ce qui nous a motivés en première ligne, c’est de remettre l’histoire sur le devant de la scène. On dit quand on ne sait pas ce qui s’est passé, on ne sait pas ce qu’on va faire. On se base sur des expériences positives et négatives du passé. 

 

Le Rénovateur : Pensez-vous que les gens s’intéressent toujours au théâtre en Afrique ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Je suis africain mais je vis en France. Je ne peux pas parler totalement du théâtre africain en général mais dans quelques pays d’Afrique de l’Ouest que je connais, je pense que les gens  sont intéressés à un certain type de théâtre. Parfois, c’est les thèmes qui les intéressent mais les formes ne les intéressent pas. Je pense qu’il y  a une réflexion à faire sur l’adéquation du fond et de la forme aujourd’hui au théâtre pour qu’il intéresse davantage les gens. 

 

Le Rénovateur : Monné, outrages et défis, c’est l’abdication d’un roi devenu fantoche malgré lui ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Oui, malgré lui, il était devenu fantoche parce qu’il croyait dur comme fer et en plus il a été manipulé aussi par l’interprète. Les interprètes ont joué un rôle assez déterminant dans la colonisation qu’elle soit positive ou négative ! 

Le Rénovateur : Durant la mise en scène, par la bouche de l’interprète, on apprend que l’homme blanc est bon. L’est-il toujours à votre avis ? 

Hassane Kassi Kouyaté : L’homme blanc n’est pas toujours bon. En réalité, c’est un homme. Dans tous les peuples du monde, il y a du bon et du mauvais. Par contre, ceux qui étaient venus, ils n’étaient pas venus avec de bons sentiments. Même si l’objectif était de piller les richesses naturelles de nos pays ! Appelons un chat, un chat. Dans tout acte humain, il y a toujours du bon. Ils ont aussi posé des actes qui sont bons. 

 

Le Rénovateur : Monné, outrages et défis, c’est aussi une véritable fresque de la colonisation ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Mais c’est une vraie fresque ! C’est 100 ans d’histoire de l’Afrique de l’Ouest. Il(Ahmadou Kourouma, ndlr) a fait une belle recherche historique qu’il a romancée. 

Le Rénovateur : L’argent occupe une place centrale dans Monné… 

 

Hassane Kassi Kouyaté : Oui, parce qu’il a transformé les gens ! Avant, dans nos sociétés, il n y avait pas d’argent. Maintenant, c’est l’argent. 

Le Rénovateur : Cet argent-là n’a-t-il pas bouleversé les habitudes de vie des noirs qui ne connaissaient pas cela ? 

Hassane Kassi Kouyaté : C’est évident puisque nos sociétés étaient complémentaires traditionnellement. Ce n’était même pas des sociétés de troc. Et puis, cela  a évolué à partir du moment où l’argent est venu, il y a eu ce qu’on appelle l’appât du gain et l’individualisme s’est développé. Ça a créé ce qu’on sait aujourd’hui ! 

 

Le Rénovateur : Le toubab n’a-t-il pas simplement changé les mentalités des noirs en leur imposant des modes de vie qui n’étaient pas les leurs ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Bien sûr puisque le toubab a décidé qu’il fallait nous civiliser puisque nous étions des sauvages. Cela veut dire que ce que nous avions comme modes de vie n’étaient pas bien. Donc, il fallait appliquer une autre mode de vie. C’est sûr qu’ils ont bouleversé nos modes de vie africaine ! 

 

Le Rénovateur : Le langage du colonisateur  a-t-il toujours été vrai ? 

Hassane Kassi Kouyaté : C’est une interrogation légitime. Par exemple, lorsqu’on fait croire à Djigy, roi de Soba qu’on va lui donner le train, nous savons tous comment cela s’est passé. Ces rois-là, on les avait fait passer à l’expo universelle coloniale en France. On les avait montrés le train. C’est vrai ! Ils y ont cru mais le blanc sait que cela ne se fait pas en un jour ou deux jours. On était dupé parce qu’on était naïf. 

 

Le Rénovateur : C’est le cas de Djigy qui a  été dupé par le colonisateur qui lui a promis monts et merveilles qui, finalement, ne verront pas jour ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Oui, il a été dupé par le colonisateur mais en même temps aussi par l’histoire parce que pendant la chose, la guerre s’est quand même éclatée en France. Ce qui n’était pas prévu. Il y a donc l’histoire. On n’est pas toujours maître du destin. Il y a la duperie des toubabs mais aussi les circonstances imprévisibles de la vie qui sont venues perturber l’initiative des français puisqu’ils suspendront la construction du train pour envoyer les tirailleurs. 

 

Le Rénovateur : Est-ce que cela signifie que la naïveté de certains de nos rois a grandement facilité l’implantation de la colonisation en Afrique de l’Ouest en croyant dur comme béton tout ce que leur disait le toubab ? 

Hassane Kassi Kouyaté : IL ne faut pas trop parler de naïveté. C’est vrai qu’il y a eu la naïveté des rois. Ce qui est intéressé dans le livre de Kourouma, c’est qu’il fait un constat sans concession en disant qu’il y a la naïveté mais aussi la complicité des africains. Il ne faut pas non plus mentir. Si on rétablit l’histoire, on pourra avancer parce qu’on ne peut pas dire que tout était à la faute des blancs. Quand on analyse, selon quelques chercheurs, il n’y avait pas plus de 12.000 blancs dans toute l’Afrique de l’Ouest et nous, nous étions combien de millions. Qu’est-ce qu’ils ont fait(ces rois, ndlr) ? Ils ont crée ce qu’on appelle les classes sociales pour garder leurs privilèges. Qui étaient les collecteurs ? C’était des noirs qui matraquaient leurs frères ! Donc, ils sont aussi complices. 

 

Le Rénovateur : Monné… c’est aussi l’affrontement de deux civilisations différentes, deux religions dissemblables et deux modes de vie contradictoires ? 

Hassane Kassi Kouyaté : C’est tout le débat que nous avons en tant qu’africains entre la culture de nos ancêtres et la religion ancestrale, notre religion de base qui est l’animisme qu’on le veuille ou non. Après, il y a eu l’Islam que certains peuples africains ont adoptés et les gens se sont retrouvés avec du syncrétisme. Et selon les difficultés, quand ils n’arrivent pas à résoudre les problèmes par l’un, ils vont vers l’autre. 

 

Le Rénovateur : Les ravages et les désastres des deux guerres mondiales sont évoquées aussi dans Monné… ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Bien sûr ! Les deux guerres mondiales ont été terribles dans tous les systèmes parce qu’il fallait des bras, de la matière première pour faire marcher les usines. Et où cela se trouvait  ? Chez nous ! 

 

Le Rénovateur : Les noirs ont participé à ces deux guerres mondiales à coté des français. Mais la France n’a pas été reconnaissante envers ces noirs appelés communément «tirailleurs sénégalais» ? 

Hassane Kassi Kouyaté :  Nous savons que c’est un grand combat que nos grands-parents ont mené, que nos pères mènent et que nous devons  mener,  nous aussi. Maintenant, les derniers rares qui restent, ils ne vont pas pouvoir bénéficier ou profiter des pensions liées à une sorte d’équité. 

 

Le Rénovateur : Peut-on penser donc que la France a trahi ceux qui avaient participé à sa libération ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Bien sûr que c’est une trahison même s’ils essaient de remédier à certaines choses. Des monuments sont en train d’être faits partout en France pour les tirailleurs sénégalais. Ils essayent. Mais il y a beaucoup de choses qui ont été faites. Cependant, il y a encore beaucoup à faire. 

 

Le Rénovateur : A travers Monné, outrages et défis, Ahmadou Kourouma n’a-t-il pas voulu nous dire que l’Afrique et les Africains doivent se suffire pour sortir de sa situation actuelle ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Ce que je crois comprendre c’est que nous les Africains, arrêtons de dire que c’est la faute des blancs. Réglons nos vrais problèmes. Si on se donne la main, on peut faire beaucoup de choses. 

 

Le Rénovateur : Où en serait aujourd’hui l’Afrique s’il n y avait pas eu la colonisation ? 

Hassane Kassi Kouyaté : C’est très difficile de répondre à cette question personnellement puisque je suis un enfant né après les indépendances. Je pense que l’Afrique serait autrement mais qu’on ne serait pas malheureux. 

 

Propos recueillis 

Babacar Baye Ndiaye 

( 6 décembre, 2007 )

Journée Mondiale de Lutte contre le Sida

 

 Casser le mythe qui entoure le VIH/Sida 

 

A l’instar de la communauté internationale, la Mauritanie a célébré la Journée Mondiale de Lutte contre le Sida, une pandémie qui fait des ravages dans le monde. Cette journée organisée à l’hôtel Mercure par l’Association des Jeunes pour la Lutte contre les Maladies(IST, VIH/Sida, paludisme, tuberculose, diarrhées) a vu la participation de plus de 120 jeunes de moins de 30 ans, des représentants de la société civile, des leaders religieux. 

Aujourd’hui, en effet, le VIH/Sida n’est plus un secret de polichinelle et touche presque la moitié des populations africaines. De quoi susciter des frissons puisque le VIH/Sida n’épargne personne ! «En 2006, 39 millions de personnes vivaient avec le VIH/Sida qui est la principale cause de mortalité en Afrique subsaharienne où se trouve presque 64% de personnes vivant avec le VIH/Sida, a rappelé Lô Abderrahmane, Président de l’AJLM ». 

Les chiffres révélés par l’Organisation Mondiale de la Santé dans ses différents rapports prouvent que cette pandémie des temps modernes doit mobiliser davantage d’effort de la part de tout le monde. Des chiffres qui effarent et donnent la chair de poule illustrent parfaitement cette nécessité. «2 millions d’entre elles(les personnes vivant avec le VIH/Sida, ndlr) sont des enfants âgés de moins de 15 ans, révèle le Président de l’AJLM. Ainsi sur 10 enfants âgés de moins de 15 ans qui vivent avec le VIH/Sida, neuf vivent en Afrique subsaharienne. On estime à 2,7 millions le nombre de personnes récemment infectées dans la région et à 2 millions celui des adultes et des décédés après avoir contracté le sida ». 

Contrairement à d’autres pays de la sous-région où le taux de prévalence est très important, la situation épidémiologique de notre pays n’est pas pour le moment trop inquiétant. Mais pour réussir à freiner l’élan de cette pandémie, il est urgent de mettre en place des stratégies de lutte contre le sida, des stratégies qui demandent beaucoup d’efforts et d’énergie du fait de sa complexité. «En Mauritanie, le taux de prévalence adulte entre 15 à 19 ans serait un peu moins de 1% rencarde le Président de l’AJLM. Ce taux relativement faible ne doit pas nous empêcher d’agir». 

Pour réussir à casser le mythe qui entoure le VIH/Sida, il faut le «détaboutiser» autrement dit en parler ouvertement comme toutes les autres maladies telles que  le paludisme qui tue chaque 30 secondes une personne. Depuis 2004, date de sa création, l’AJLM s’est fortement impliquée dans la lutte contre le sida qui demeure encore dans notre pays un tabou culturel et religieux en associant des hommes religieux et des représentants de la société civile dans leur campagne de sensibilisation. «Il y a beaucoup de jeunes qui connaissent bien le sida, comment il se transmet et comment l’éviter. Le problème maintenant, c’est d’inciter les jeunes à aller faire le test de dépistage parce qu’ils hésitent encore à faire ce test» a déploré Lô Abderrahmane. «Le Sida existe en Mauritanie et cela ne doit pas être un problème tabou, soutient Cheikh Ahmed, directeur de la Nouvelle Maison des Jeunes. Il y a des centres de dépistage, des centres d’information. Il est tant de reconnaître qu’il est dans nos foyers. Cette journée du 1er décembre ne doit pas être seulement l’apanage des ONGs mais aussi celui de tous les mauritaniens». 

Cette journée de lutte contre le sida s’est terminée sur de belles notes musicales de Ousmane Gangué venu apporter sa contribution non seulement en tant que membre de l’AJLM mais en tant que concerné par le VIH/Sida.

Témoignage de Fatimata Baal, séropositive 

«Ne croyez pas que vous êtes à l’abri du VIH/Sida si vous ne faîtes pas attention!» 

«C’est la deuxième fois que je m’adresse à des jeunes de votre âge, que je fais un témoignage devant mon fils, mon enfant qui a tenu à m’accompagner. Lui, aussi, se sent touché, engagé, investi et aimerait lutter contre le VIH/Sida. S’il est là aujourd’hui, c’est pour vous dire que le sida est une réalité en Mauritanie. Nous ne savons pas d’où il vient et comment il est arrivé dans notre pays. Mais aujourd’hui, il est là, il est mauritanien. Il n y a pas de famille épargnée par ce virus : des hommes, des femmes et des enfants sont concernés. Des enfants naissent avec le VIH/Sida en Mauritanie. Il ne faut pas surtout croire, comme le disent certains, que c’est la maladie des célibataires, des prostituées. Non, c’est la maladie de tout le monde ! Si mon fils est aujourd’hui ici, c’est pour vous dire que des mamans et papas sont concernés aussi par le sida. Cela veut dire que vous aussi, vous êtes concerné par le sida. Et s’il(le VIH/Sida, ndlr) a réussi à tenir tête jusqu’à ce jour, c’est parce qu’il y a eu la peur qui l’a accompagné, c’est parce qu’il y a eu des silences qui l’ont encouragé partout dans le monde. Cette peur et ce silence, aujourd’hui, personnellement, je pense que c’est vous la jeunesse qui arriverez à bout de cela, c’est vous qui arrivez à mettre fin à cela(…). C’est pour vous dire que nous comptons beaucoup sur vous, les jeunes. Je suis infirmière. J’ai eu à voyager beaucoup. J’ai fait l’Europe et une partie de l’Afrique. Je connaissais les modes de transmission du VIH/Sida mais je pensais que je n’étais pas concerné par le VIH/Sida. Parce que comme beaucoup, je croyais que cela ne me concernait pas, que ce n’était que la maladie réservée à une certaine catégorie sociale, à des personnes que surtout nous, nous discriminons et stigmatisons jusqu’au jour où j’ai découvert en 2000 que je vivais avec le VIH/Sida. Ça a complètement détruit ma vie. Je suis restée des années sans travailler. Des années malade surtout psychologiquement. Il n y avait pas que la peur ! IL n y avait pas que la honte parce que les gens lient la honte au VIH/Sida. Mais, il y avait aussi les médicaments parce que je me disais, il n y a pas de traitement. Comment vais-je survivre ? Je ne pouvais jamais m’acheter les médicaments pour me traiter ! Je ne pourrai pas regarder mon fils pour lui dire que je vis avec le VIH/Sida ! Et je ne pourrai jamais dire aux gens que je vis avec le VIH/Sida parce qu’ils vont porter un doigt accusateur sur mon fils ! Pendant des années, je l’ai caché à ma famille jusqu’au jour où j’ai commencé à fréquenter des personnes vivant avec le VIH/Sida à Nouakchott parce qu’un centre de traitement venait d’être ouvert, parce que certaines de ces personnes, je les ai rencontrées à Dakar. Je me suis rendue compte d’une chose : que moi aussi, j’étais coupable du silence ! Que moi aussi, j’étais coupable de crime ! Qu’en me taisant, le VIH/Sida allait avancer , avoir plus de force, allait toucher plus de maman, détruire plus de famille ! Alors, j’ai décidé de briser le silence. J’ai commencé à briser le cœur de mon fils en lui apprenant que je vivais que le VIH/Sida. J’ai commencé à m’engager officiellement au niveau du Secrétariat Exécutif National de Lutte contre le Sida financé par la Banque Mondiale et l’Etat Mauritanien qui offre le traitement gratuitement à toute personne vivant avec le VIH/Sida, qui offre aussi un accompagnement psychosocial même si encore ce n’est pas l’idéal comme on l’aurait souhaité, c’est beaucoup mieux par rapport à d’autres pays où il n y a même pas de traitement. Aujourd’hui, il n’est pas normal dans notre pays qu’il y ait une personne qui n’ait pas entendu parler du VIH/Sida, qui ne connaît pas les modes de transmission du VIH/Sida, qui ne sait pas qu’il y a un traitement gratuit et qu’une mère qui vit avec le VIH/Sida et qui n’est pas en charge à 99%  a des risques de transmettre le VIH/Sida à son enfant dès sa naissance. Je pense que cela est important et cela doit être dit(…). Rien n’explique le rejet qui est lié au VIH/Sida. Il atteint des papas et mamans responsables et respectables. Il atteint des cadres, il atteint des jeunes de 15 ans, de 20 ans, des filles, des garçons. J’en ai vu qui sont tous désespérés. Ne croyez pas que vous êtes à l’abri du VIH/Sida si vous ne faîtes pas attention ! Faire attention c’est quoi ? C’est connaître la prévention tout d’abord. L’abstinence, c’est la première garantie. La fidélité du couple s’ils sont séronégatifs bien sûr. Mais pour cela, il faut se faire dépister pour savoir qu’on ne vit pas avec le VIH/Sida. Lorsqu’on parle de sexe, il y a le préservatif. Il y a le tabou lié à cela. Il y a l’Islam. Les gens ne veulent pas parler de préservatif. Moi, j’en parle parce que je m’adresse à vous les jeunes. Je m’adresse à mes enfants. Je ne vois que mes filles et mes fils. J’ai décidé d’en parler un jour et je me suis dit qu’il ne faut pas attendre que mon fils attrape cette «salauperie» pour lui dire «il fallait porter des préservatifs». Le plus important, n’oubliez pas qu’il y a des personnes qui vivent avec le VIH/Sida et que ce sont des mères de famille et des pères de famille qui sont en détresse morale surtout parce qu’ils ont peur. Ils ont peur de vous, de votre regard, de votre jugement. Ils ont peur pour leurs enfants pour qu’ils soient indexés demain et qu’il y a une responsabilité que vous devez assumer. Il y a un devoir d’accompagnement que vous devez à personnes là.» 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

   

  

( 6 décembre, 2007 )

Ciré Kane, chargé de communication à l’AJD/MR

 

Le Rénovateur Quotidien : Votre réaction par rapport à ces Journées Nationales de Concertation sur le retour des déportés des mauritaniens ? 

Ciré Kane : Nous félicitons le Président de la République pour avoir eu cette belle initiative. C’était des journées nécessaires pour régler l’un des problèmes les plus épineux en Mauritanie à savoir le dossier des déportés et le passif humanitaire. Le compte rendu de l’atelier sur le retour des déportés a été plus ou moins satisfaisant(il participait dans cet atelier, ndlr). Quant aux débats sur le passif humanitaire, ils n’ont pas été rendus dans une version fidèle. Le passif humanitaire implique intrinsèquement un volet judiciaire. 

Le Rénovateur Quotidien : A vous entendre parler, on a l’impression qu’il y a eu des manquements ? 

Ciré Kane : En termes clairs, ce que je veux dire, c’est que le rapporteur sur le passif humanitaire en version française a failli à sa mission d’honnêteté intellectuelle. Ce qu’il a dit n’était pas du tout à l’image des débats qui ont été de très haute qualité. Tout le monde a eu voix au chapitre. Mais il ne faudrait pas et c’est là où j’attire l’attention de l’opinion, qu’on dise que tout ce qui a été dit dans cet atelier doit être synthétisé en vrac c’est à dire que ça va être un travail inachevé. Il suffirait alors que les bourreaux viennent à cette assemblée pour que leurs avis soient retenus. Il y a quand même un minimum de respect par rapport aux victimes qui n’ont pas eu voix au chapitre. Il aurait fallu qu’elles parlent en premier lieu parce que dans cette thérapie de groupe, les premiers à écouter ce sont les victimes pour revenir sur la réalité des faits. Donc, je suis tout à fait choqué par cette méthodologie qui consiste à mettre des points contradictoires sur des sujets essentiels

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes en train de faire des récriminations. Est-ce à dire que le travail a été mal préparé ? 

Ciré Kane : Je ne dirai pas qu’il a été mal préparé. Je dirai plutôt qu’il a été saboté parce que sur tous les points essentiels, on a eu un avis et son contraire. Il est évident qu’une commission de synthèse chargée de consolider le travail au niveau des ateliers sera dans l’impossibilité de trancher. 

Le Rénovateur Quotidien : Le retour des déportés et le passif humanitaire furent inscrits dans votre programme électoral. Quel sera votre apport à ces journées ? 

Ciré Kane : Notre apport, nous l’avons dit. Aujourd’hui, s’il y a un blocage sur le passif humanitaire, l’AJD/MR l’avait déjà anticipé. On sait que c’est un problème très épineux où les passions sont loin d’être apaisées. On envisageait de procéder aux réparations immédiates qui sont l’organisation matérielle du retour des déportés. Quant au passif humanitaire, ce n’est pas en 3 jours qu’on peut le trancher. Il faudrait un débat national où on discuterait de tous les problèmes dont le premier est forcément le passif humanitaire puisque c’est de sa résolution que dépend l’unité nationale. Le vrai problème en Mauritanie, c’est le problème de la cohabitation entre nos communautés et bâcler ces journées sur un thème aussi important que le passif humanitaire, ce n’est pas à la Mauritanie service. Le déroulement de l’atelier sur le passif humanitaire confirme toutes nos craintes : que toute précipitation va nous entraîner vers une situation de blocage ! Le discours de la haine risque de revenir au galop. Il faudrait prendre tout son temps sur le passif. 

Le Rénovateur Quotidien : Apparemment vous êtes déçu ? 

Ciré Kane : Je suis déçu de l’atelier sur le passif humanitaire. Je suis satisfait de la volonté du Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi mais la volonté d’un seul homme ne suffit pas à changer un système malheureusement ! 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

( 6 décembre, 2007 )

Libéralisation du secteur audiovisuel: A quand les premières diffusions ?

Ainsi donc, la Mauritanie s’est dotée depuis quelques jours d’une deuxième chaîne de radio (officielle) en plus de Radio Mauritanie et de Radio Jeunesse. Volonté ou signe de sortir des crevasses de l’immobilisme ! Ou tout simplement rupture avec le passé et le recul !…

Ceci constitue en soi un bond assez significatif dans la floraison et le développement des médias en Mauritanie et l’accès du citoyen mauritanien à ces derniers.

Mais cela ne voudrait pas dire non plus que quelque chose a bien changé puisqu’on poireaute toujours l’avènement de la pluralité dans les médias officiels et la libéralisation surtout du secteur audiovisuel. Mordieu ! La Mauritanie est pratiquement le seul pays en Afrique de l’Ouest et du Maghreb a avoir un espace audiovisuel monocolore du fait d’une libéralisation du secteur audiovisuel non encore ébauchée par les autorités du pays.

Il ne faut pas avoir peur des médias puisqu’ils participent à l’ancrage de la démocratie, des libertés publiques, de la bonne gouvernance et de la transparence dans la gestion des affaires publiques. Une sorte de parapet pour ceux qui voudraient riper !

Certes, il y a eu des pogromes de bonne volonté, des pogromes d’ouverture des nouvelles autorités pour essayer de sortir la presse indépendante d’une situation coton notamment en procédant à une réduction substantielle des tarifs d’impression, en associant la presse à certains déplacements des autorités à l’extérieur du pays, en établissant une carte professionnelle en vue de structurer le milieu de la presse indépendante où il y a trop de capharnaüm.

C’est vrai que beaucoup d’actes sont engagés par les autorités dans le sens d’une meilleure appréciation de la presse surtout indépendante. Mais tout cela suffit-il réellement à gober ou gommer les insuffisances, les efforts à accomplir et les impertinences qui caractérisent aujourd’hui, de manière générale, l’espace audiovisuel mauritanien  si on peut parler ainsi. La TVM, autrefois placardée, embobinée et toujours au service d’un pouvoir fanfaron, tarde toujours à convaincre les télespectateurs mauritaniens plus accrochés à d’autres images venues d’ailleurs.

C’est parce que cette «machinerie-là» n’offre pas des programmes alléchants à ces télespectateurs et nous goinfrent souvent d’informations indésirables et en déphasage avec les réalités nationales et contemporaines. Sauf pour la première fois, lorsqu’elle nous a ragaillardis par une rétrospective pas mal sur l’histoire de la Mauritanie ce 28 novembre dernier.

Véritable coup de maître ou essai réussi ! Les nouvelles autorités ont compris vite qu’il fallait changer d’attitude. La TVM Plus, venue booster son aînée, à bout de souffle, a pu, par la diversité qu’offrent ces différents programmes, s’attirer sans superbe une bonne sympathie et une appréciation de la part des mauritaniens.

Elle le doit non seulement à la pluralité de ses programmes mais à sa méthode. Car, pour attirer des télespectateurs, il faut offrir quelque chose de nouveau. Ce que la TVM n’a jamais réussi à faire et à risquer. Que nous apprend, en réalité, la TVM ? Que dalle ! Ni sur l’histoire, ni sur l’évolution politique, sociale et économique du monde ! Ni sur la situation des populations ! Que des programmes bidons et inconvenants!

Dans d’autres pays, l’établissement d’un espace audiovisuel a été possible grâce à la détermination et la pression d’abord des professionnels du secteur mais aussi à la volonté politique. Pourquoi  la Mauritanie ferait ou devrait-elle faire exception ? Ou alors, ce que je ne veux pas imaginer, un espace audiovisuel libre serait impossible en Mauritanie ?

Ce n’est pas sur des tergiversations encore moins sur la couardise qu’on y parviendra. Je ne veux pas penser non plus comme certaines personnes que la libéralisation ne serait pas une bonne chose. Actuellement, il est impérieux et nécessaire pour la Mauritanie de procéder et très vite à la libéralisation du secteur audiovisuel.

Maintenant que la situation à une telle option est favorable, il est du devoir des autorités de concrétiser cette impérieuse nécessité et sans plus tarder, pour sortir d’une longue période d’arriération et de cupidité, rejoindre la caravane des pays qui s’ébaudissent de leur nomenclature audiovisuelle. Nous attendons… avec beaucoup d’espoir cet avènement car, sur le plan médiatique, notre pays a pour caractéristique de n’avoir pas su libéraliser ce secteur.

Les médias officiels ne peuvent pas projeter seuls le citoyen mauritanien souvent ignorant de ce qui se déroule et manipulé candidement. Même si, dans son programme politique durant la campagne présidentielle de février-mars 2007, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi n’a pas trop évoqué cela, pour marquer encore les esprits et son quinquennat, le meilleur service qu’il peut rendre aux mauritaniens, c’est de libéraliser le secteur audiovisuel. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 6 décembre, 2007 )

La Mauritanie glorifiée à Paris

 Quelque chose de rarissime, une sorte de renouveau, est en train de se dérouler et cela peut paraître surprenant  et invraisemblable à certains égards. A Paris, dans la capitale française, les partenaires au développement de la Mauritanie ont glorifié à l’unanimité notre pays.

Ce qui est une première pour un gouvernement mauritanien qui a été toujours en odeur de sainteté avec les bailleurs de fond qui sont très attentifs à certains détails. En France, le pays des droits de l’Homme, de la liberté d’expression, de la justice, de la liberté, de la fraternité, la Mauritanie a été auréolée de toutes les glorifications. Des points marqués par notre pays !

Ceci, parce que, les indices macro-économiques sont au vert. Ceci, parce que, il y a eu un vent de démocratie, de libertés publiques et des signes positifs et encourageants qui planent au-dessous du ciel mauritanien. Nous savons tous, que les partenaires au développement ne sont pas là pour applaudir lorsque rien ne va. Dans leurs expressions, la langue de bois n’existe pas ! Ils ne savent pas.

En plus de cela, la Mauritanie peut se targuer d’avoir réussi une transition vers l’enracinement des valeurs démocratiques. Puisqu’il n y a pas si longtemps que notre pays(qui était lié au destin de Maouiya et de ses ouailles qui refusent toujours d’aller en retraite comme lui aux Emirats arabes Unis) ait sorti des ténèbres qui l’ont empêché de mouvoir jusqu’à un certain 3 août 2005.

De telles glorifications, émanant de la bouche des partenaires au développement, bien évidemment, nous le devons, au Président de la République qui a eu le courage et le mérite de prendre le taureau par les cornes, d’opter pour une nouvelle ère pour la Mauritanie et les Mauritaniens notamment en concrétisant des promesses relatives au retour des déportés, au règlement du passif humanitaire et une loi incriminant les pratiques esclavagistes.

Autant de mesures volontaires du Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qui ne pouvaient pas laisser indifférents les différents partenaires au développement de la Mauritanie qui partait déjà avec la faveur des pronostics comme on dit.

Le plat était bien garni et prêt pour la dégustation. Aujourd’hui, notre pays peut se vanter avec superbe de dire : «Les autres ne sont pas meilleurs que nous ! ». Lui, le Président de la République, jusqu’ici et nous espérons qu’il en sera ainsi jusqu’à la fin de son quinquennat, a été irréprochable en montrant l’exemple.

C’est à son entourage immédiat et à son gouvernement d’être plus sérieux et ambitieux mais surtout débarrassés de toutes intentions velléitaires qui pourraient torpiller le processus enclenché car la Mauritanie n’a plus droit à la bévue. Et du temps, il en faudra pour parvenir à accrocher le wagon mauritanien sur le train des grands pays. Ainsi donc, notre pays peut espérer être accompagné dans les prochains cinq ans à venir par la communauté internationale.

Cette rencontre du Groupe Consultatif pour la Mauritanie restera dans les esprits puisque pour la première fois aussi, la presse indépendante a été associée à ce grand rendez-vous pour être un témoin direct des discussions et négociations entre la délégation mauritanienne et les bailleurs de fonds. Contrairement à d’autres époques où cela se faisait dans le secret le plus absolu loin des œillères de la presse indépendante.

Celle-ci, avec beaucoup de professionnalisme, nous a permis de vivre en permanence les échanges entre les partenaires au développement et les autorités mauritaniennes. Comme si tout cela se passait à Nouakchott ! C’est dire que la presse indépendante peut être mature et responsable à condition qu’on ne lui mette pas les bâtons dans les roues. 

Babacar Baye Ndiaye    

( 9 décembre, 2007 )

Journée de formation sur les OMD

 

 

Plaidoyer pour une structure de volontariat en Mauritanie 

 

Ce 7 décembre dernier, en partenariat avec l’AFVP et quelques clubs universitaires tels que «le Club de l’Excellence de l’Etudiant » présidé par Ousseynou Cissé et «Eco-Plus » dirigé par Mahmoud Ly, le PNUD a organisé une session de formation à l’attention d’une vingtaine d’étudiants de l’Université de Nouakchott sur «le volontariat et les Objectifs du Millénaire pour le Développement ». Pendant, cette journée de formation, trois communications sur «l’implication des volontaires dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement », «le renforcement des structures de volontariat, l’exemple du Corps de la Paix »et«le Volontariat et le système des Nations Unies » furent développées successivement par Hama Ould Souvi, Président du Réseau National de la Jeunesse, Dame Ba, chargé de formation au Corps de la Paix et enfin Frances Bellaobo, chargé de programme aux Volontaires des Nations Unies(VNU). 

 

«Le volontariat, c’est du social, c’est de la solidarité » faisait remarquer Hama Ould Souvi. En d’autres termes, comment les volontaires peuvent-ils participer à la réalisation des OMD, identifiés en 2000 par les experts des Nations Unies pour permettre aux pays en voie de développement notamment d’améliorer leurs conditions de vie progressivement. Tous les 8 points contenus dans la Déclaration des Objectifs du Millénaire pour le Développement ont été passés en revue pour essayer de faire comprendre aux étudiants l’importance de la réalisation des OMD. Durant les échanges et les interventions des participants, il a été souligné l’urgence d’agir, car, en Mauritanie, tout n’est pas rose. Par exemple dans les domaines de la santé maternelle et infantile où notre pays a beaucoup encore à faire. «Il est inacceptable que cette situation continue » a lancé en cri d’amertume le Président du Réseau National de la Jeunesse. Les OMD nous concernent tous. L’exemple le plus illustrant concerne le domaine de la protection de l’environnement où les changements climatiques n’épargnent personne et par conséquent, toute l’humanité doit agir de concert pour essayer de trouver des solutions et des alternatives à ces problèmes sans précédents. 

L’autre Objectif qui doit nous mobiliser concerne le VIH/Sida. En 2006, il y a eu 39 millions de séropositifs à travers le monde. Ces chiffres sont tombés de 33 à 34 millions. Dans certains pays africains, il y a eu des progrès mais par contre, dans d’autres pays, le taux a considérablement augmenté. Qu’en est-il de la Mauritanie ? Est-ce que le taux a augmenté ou baissé ? Ces interrogations sont aussi valables dans le domaine de l’éducation primaire pour tous. En effet, l’objectif 2 qui est un élément important pourrait permettre à la Mauritanie de sortir des canevas de l’ignorance. 

Quant à l’objectif 3 qui concerne l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, il a suscité au cours des échanges beaucoup de débats, d’interprétation, de passion et de contradiction. Il a été relevé en Europe que les hommes et les femmes ont les mêmes chances. En Afrique et plus particulièrement en Mauritanie, tel n’est pas le cas pour des raisons essentiellement religieuses et sociales voire même politiques. Ceci a créé un déséquilibre notoire en défaveur de la femme qui ne participe guère au développement du pays et aux prises de décision. 

Sur le premier Objectif(Réduire l’extrême pauvreté et la faim), la Mauritanie a fait d’importants progrès malgré un contexte économique parfois peu favorable. Autre Objectif réussi par la Mauritanie et salué par les Nations Unies concerne la scolarisation des filles. 

Sur chaque Objectif, des solutions et des contributions ont été apportées. Maintenant, reste à savoir quelle stratégie pouvons-nous(les volontaires, ndlr) adopter pour réaliser les OMD ? Ceci demande incontestablement de la volonté, des ressources humaines et des moyens car «on est obligé de faire des progrès ». Les OMD sont réalisables donc vu les propositions qui ont été faites par les différents participants. Par exemple, par rapport à l’objectif 1 relatif à la réduction de l’extrême pauvreté et la faim, il a été préconisé d’aménager des terres cultivables pour pouvoir assurer notre autosuffisance alimentaire puisque presque tous nos produits alimentaires sont importés de même qu’aussi réduire le salaire des autorités au profit des pauvres car plus de 80% de la population mauritanienne vivent sous le seuil de la pauvreté. 

En Mauritanie, le volontariat n’est pas officiellement reconnu par l’Etat contrairement à d’autres pays comme les Etats Unis d’Amérique où un volontaire du Corps de la Paix peut bénéficier de quelques avantages qui peuvent lui permettre de se préparer à une vie professionnelle, de continuer ses études et surtout d’être reconnu par l’Etat. Pourquoi donc, aux yeux de Dame Ba, on ne s’inspirerait pas du Corps de la Paix pour créer une structure semblable en Mauritanie avec un programme bien défini et ficelé dans divers secteurs d’activités comme la Santé, l’Education, l’Agro/Environnement, la promotion de l’éducation des filles et la promotion des nouvelles technologies et des PME. Ainsi donc, le rôle du volontaire est incontournable dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement. Cette journée de formation en réalité est une ébauche pour la mise en place prochaine d’une structure de volontariat en Mauritanie d’ici 3 ans. Comme l’a rappelé Frances Bellaobo, la récompense financière n’est pas le principal motif de l’engagement du volontaire. Le volontariat contribue à renforcer la cohésion sociale grâce aux liens de confiance et de réciprocité entre les gens. Il est également prévu de construire un Centre de Volontariat et de Coopération à l’Université de Nouakchott pour initier les étudiants au cours de développement. 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

  

( 13 décembre, 2007 )

Isabelle Fiadeiro

«Je me sens bien lorsque je suis dans le désert » 

Depuis sa dernière exposition du 4 juin dernier au Centre Culturel Français de Nouakchott, Isabelle Fiadeiro s’est beaucoup amélioré sur le plan artistique et créatif. Même son français. Et tant mieux pour elle ! 

Le Rénovateur Quotidien : Vous aimez les paysages du désert. Est-ce de l’amour, de l’enchantement ou purement et simplement une échappatoire ? 

Isabelle Fiadeiro : C’est un refuge en réalité puisque j’aime beaucoup les paysages du désert, du Sahara. Je l’ai découvert, il y a 4 ans ! Je suis fascinée par le Sahara. De temps en temps, je pars en brousse. Je reste un mois dans un village, dans un petit endroit. Tu voyages, tu regardes, tu vois différentes choses. Après tu fais la sélection. Il y a d’autres choses que j’ai vues et que je n’ai pas encore reproduites. Le fleuve par exemple ! 

Le Rénovateur Quotidien : Mohamed, Sidi, Hassane, Husseine…sont des noms qui reviennent dans vos peintures ? 

Isabelle Fiadeiro : Peut être parce que je passe beaucoup de temps dans le désert. C’est dans le désert que les trois religions divines sont descendues. Ce sont des noms de Prophètes. Il y a un moment que ces gens peut-être ont marché dans le même endroit. A partir de là, on comprend pourquoi les religions sont descendues dans le désert. 

Le Rénovateur Quotidien : La peinture, est-ce une manière pour vous de restituer ce que vous voyez, entendez ou ressentez lorsque vous êtes dans la nature, le Sahara ? 

Isabelle Fiadeiro : La peinture fait partie de ma vie. C’est une façon de remettre tout en place peut-être. Je me sens bien lorsque je suis dans le désert entre les populations. J’ai du temps pour dessiner, discuter et faire des choses. C’est très différent de la vie que je menais en Europe très rapide, toujours à courir. Ça te donne du temps pour réfléchir, pour résister. 

Le Rénovateur Quotidien : Pourquoi ces paysages vous fascinent-ils ? 

Isabelle Fiadeiro : Je pense que c’est l’immensité. On se rend compte qu’on est insignifiant, qu’on est de petits objets devant une vaste étendue de dunes et de sable. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous peignez grâce à votre imaginaire ou bien ce que vous peignez, c’est quelque chose que vous entendiez, viviez ou voyiez ? 

Isabelle Fiadeiro : Tous les deux. La peinture a deux phases.  Une première phase où j’essaie de reproduire le réel ou l’autre phase où j’essaie de faire avec l’atmosphère. Les couleurs changent, elles ne sont pas réelles. 

Le Rénovateur Quotidien : A quoi ressemble la vie sous le Khaima ? 

Isabelle Fiadeiro : C’est tranquille, je pense. Lorsqu’on est dans un petit village sous un Khaima, il y a tous ces gestes qu’on répète quotidiennement, qu’on refait et qu’on écoute. Un de ses meilleurs souvenirs que je garde c’est le ver de thé à battre sur la table. 

Le Rénovateur Quotidien : Contrairement à votre dernière exposition, vous êtes beaucoup amélioré, vos tableaux sont devenus plus expressifs, mieux relookés. Qu’est-ce qui a changé en vous ? 

Isabelle Fiadeiro : Je suis dans une recherche permanente. Ce n’est pas encore fini. On continue à travailler pour s’améliorer. Je travaille seule tous les jours. Mon mari aussi m’aide avec des accrochages par-ci et par-là(confie-t-elle avec un grand et doux sourire qui en dit long). Il me donne l’appui moral pour continuer. Je pense que les admirateurs peuvent voir tout le travail qui a beaucoup évolué. 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

( 13 décembre, 2007 )

Réconciliation Nationale:Cheikh Saad Bouh Camara favorable à la mise en place d’une « commission vérité et réconciliation »

 A l’occasion de la célébration de la Journée Internationale des Droits de l’Homme, Monsieur Cheikh Saad Bouh Camara revient en filigrane sur le contexte dans lequel cette Journée Internationale est née et sur les voies et moyens à définir pour s’acheminer définitivement vers la réconciliation nationale. 

Le Rénovateur Quotidien : Pouvez-vous nous rappeler le contexte dans lequel la Journée Internationale des Droits de l’Homme est née ? 

Cheikh Saad Bouh Camara : Le 10 décembre 1948 au Palais de Chariot à Paris, la communauté internationale, pour la première fois, reprenait la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. La Déclaration Universelle de ces Droits de L’Homme est à la fois, la suite de la charte des Nations Unies, laquelle date, le 26 juin 1945 qui a vu la naissance de l’Organisation des Nations Unies et ça va être le commencement de la période contemporaine moderne actuelle des droits de l’homme. Cette déclaration c’est à la fois une utopie, un rêve et un objectif qui ne sera jamais atteint mais qui a posé les jalons et qui a permis de mettre en pratique, de mettre en vrac, de traduire dans les faits un certain nombre de recommandations, de pactes et de traités. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les états ont décidé de se réunir et de mettre en place une documentation des traités, un arsenal de traités internationaux qu’il fallait faire respecter. Il s’agit donc d’un long trajet parce que dès 1948, la Déclaration a permis de lutter contre la colonisation, dès 1948, la Déclaration a permis de mettre en place un certain nombre d’instruments juridiques qui sont actuellement les pièces cardinales de la réglementation sur le plan international en matière de droits de l’homme. On peut citer le pacte international relatif aux droits civils et militaires et le pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Je citerai également et c’est extrêmement important, la convention contre toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, la convention des droits de l’enfant. il faut dire que cela a permis de voir émerger la justice internationale à travers la création de la cour pénale internationale qui est aussi l’une des conséquences de la déclaration universelle des droits de l’homme parce que pour la première fois, on a voulu statuer, arrêter les personnes qui violent les droits de l’homme de façon massive et les juger. C’est un pas considérable et il faut retenir que la C.P.I est une consécration. Il faut rappeler que la C.P.I  peut s’autosaisir et peut même décider de déclencher une campagne ou ouvrir un dossier par rapport à des personnes, des groupes ou un Etat qui violent les droits de l’homme. 

Le Rénovateur Quotidien : Chaque pays peut-il saisir cette juridiction internationale ? 

Cheikh Saad Bouh Camara : Si un Etat a rempli les conditions pour être membre de la C.P.I, cet Etat peut déposer une plainte. C’est le cas présentement pour certains pays comme l’Ouganda et la R.D.C par rapport à des personnes qui ont fait subir des violations massives et répétées des droits de l’Homme. Cela pour dire que l’impunité ne sera plus pardonnée ni tolérée. Cela aussi pour rappeler notre devoir, nous en tant que militants des droits de l’Homme, concernant la lutte contre l’impunité. Ce devoir, il se conjugue et se décline en 5 étapes : 

1.     

Par un devoir de mémoire : il faut obtenir et exiger qu’on n’oublie pas les violations des droits de l’Homme. C’est la première condition, elle est incontournable. On ne demande pas un devoir de mémoire pour se venger mais au contraire pour que cela ne puisse plus jamais se reproduire et pour qu’aussi historiquement, on marque les esprits et les cœurs des uns et des autres pour qu’ils sachent ce qui s’est passé. 

2.      Par un devoir de vérité : cela veut dire qu’on va aller chercher, faire des investigations et chercher la véracité et la fiabilité des faits. Le devoir de vérité accompagne le devoir de mémoire. 

3.     

Par un devoir de justice : il est incontournable. Il faut juger les criminels qui qu’ils soient et où qu’ils soient, anciens chefs d’Etat ou chefs d’Etat en mandat. 

4.      Par un devoir de réparation : il faut non seulement traiter les gens dans leur dignité mais il faut une réparation morale, matérielle et financière. C’est dans ce cadre qu’il faut faire campagne pour qu’il y ait réparation de nos parents réfugiés mais aussi pour ceux ou celles qui ont été victimes du passif humanitaire. 

5.     

Enfin, après avoir décliné le devoir de mémoire, celui de vérité, de justice et de réparation, il y a le dernier mais pas le moindre, the last but not the least, le devoir de réconciliation. 

Le Rénovateur Quotidien : Et quelle est la stratégie qu’il faut adopter pour que tout cela soit possible ? 

Cheikh Saad Bouh Camara : Je crois qu’il faut continuer à exiger et à demander qu’il y ait une commission vérité et réconciliation pour savoir tout ce qui s’est passé pendant ces différentes décennies. Il faut se mobiliser aussi pour la lutte contre toutes les formes d’esclavage anciennes ou contemporaines. La mobilisation de tout un chacun est sine qua non. Il faut qu’on sache le contenu de cette loi votée par le Parlement et qu’on suive avec attention les décrets d’application et enfin participer au temps de mobilisation sociale contre toutes les formes d’esclavage. Il faut se mobiliser non seulement pour pouvoir voir réellement l’application de cette loi mais aussi pour accueillir nos frères et sœurs réfugiés. C’est un combat, un combat au plan de la communication et au plan culturel. C’est un combat pour qu’ils puissent recouvrer leur dignité. C’est un combat pour les mettre dans les mêmes conditions que ceux qui sont là. Nous devons tout faire pour qu’ils puissent être rétablis dans leurs droits et avoir les réparations qu’ils méritent. C’est après seulement que nous pouvons parler de réconciliation nationale. 

Propos recueillis 

Babacar Baye Ndiaye 

( 13 décembre, 2007 )

Point de presse du FONADH

Au cours d’un point de presse organisé à l’occasion de la Journée Internationale des Droits de l’Homme célébré partout à travers le monde notamment par les Organisations de Défense des Droits de l’Homme, monsieur Sarr Mamadou, Secrétaire Exécutif du FONADH a estimé qu’il faut créer des conditions objectives pour que l’abolition de l’esclavage soit effective en Mauritanie. 

«Les résultats des journées de concertation constituent sans nul doute une grande avancée sur la voie du règlement du dossier des réfugiés et du passif humanitaire » s’est réjoui le FONADH qui a souligné le contexte dans lequel s’est déroulée la Journée Internationale des Droits de l’Homme. «Les engagements pris par le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi lors de la campagne présidentielle commencent à connaître un début d’application ». 

Ces engagements concernent l’adoption de la loi portant incrimination de l’esclavage et répression des pratiques esclavagistes, la tenue des Journées Nationales de Concertation et de Mobilisation sur le Retour des Réfugiés et le Règlement du Passif humanitaire et la mise en place attendue de la plate forme des Acteurs Non Etatiques pour le suivi de l’Accord de Cotonou ainsi que de la loi relative aux associations. 

Se disant «fidèle à ses principes sacro-saints de liberté, d’égalité et de démocratie» et prêt à «appuyer la mise en œuvre des résultats des Journées Nationales de Concertation(tenues entre le 21,22 et 23 novembre dernier, ndlr) et les mesures d’accompagnement de la loi incriminant l’esclavage», le FONADH a salué la volonté du Président de la République qui a placé au premier rang de ses priorités la consolidation de l’unité nationale et la cohésion sociale de même que l’engagement de l’ensemble des acteurs concernés par ces questions nationales. 

Enfin, le FONADH a recommandé aux autorités mauritaniennes de faire preuve d’une grande vigilance en vue de faire respecter les dispositions contenues dans les déclarations, pactes et conventions internationaux en matière de promotion et de protection des droits humains ratifiés par la Mauritanie. 

Babacar Baye Ndiaye    

( 13 décembre, 2007 )

Ministère du Commerce et de l’Industrie

 

Journée d’Encadrement au profit des ADC 

 

Ce jeudi 13 décembre à l’hôtel Atlantic de Nouakchott, le Ministère du Commerce et de l’Industrie en partenariat avec l’Organisation Internationale de la Francophonie a organisé une Journée d’encadrement au profit des Associations de Protection des Consommateurs sur le contrôle de la qualité et le respect des normes destinées à la consommation humaine et animale. 

 

Cette Journée d’Encadrement fut une opportunité d’échanges qui a permis d’ouvrir le dialogue entre la Direction de la Protection des Consommateurs et les Organisations des Associations de Défense des Consommateurs mauritaniens. Ce fut aussi une occasion des deux parts de discuter du décret n°2007-064 fixant les conditions de contrôle de la qualité et de respect des normes destinées à la consommation humaine et animale. Ce décret en effet ne concerne pas les produits de pêche. Celui-ci  a prévu par ailleurs dans son article 19 des sanctions allant de 10.000 à 3 millions d’ouguiyas contre ceux qui falsifieraient des aliments destinés à la consommation humaine et animale ou ceux qui tenteraient d’importer, de fabriquer, d’exposer, de mettre en vente ou de distribuer des substances médicamenteuses falsifiées, avariées ou périmées. Une mesure saluée par les Associations de Défense des Consommateurs(ADC) qui ont appelé les autorités à plus de vigilance et de dureté concernant l’application effective des mesures contenues dans ce décret signé par Sidi Ould Boubakar(Premier ministre sous la transition, ndlr) ainsi que d’autres dispositions prises relatives à la protection des consommateurs. 

Durant cette journée, il a été surtout question de faire un diagnostic et un état des lieux des produits destinés à la consommation humaine ou animale mais surtout d’insister sur le rôle primordial que peuvent jouer les Associations de Défense des Consommateurs(ADC) dans la régulation de tous les paramètres liés à la qualité des services et marchandises offertes. Cette journée de sensibilisation et de concertation a montré aussi l’absence de stratégies suffisamment conséquentes de la part des Associations de Défense des Consommateurs(ADC) pour mettre en pratique leurs ambitions sur le terrain. 

En Mauritanie, sous la pression des Associations de Défense des Consommateurs(ADC), les pouvoirs publics ont fini par élaborer une législation en institutionnalisant notamment ces associations de protection des consommateurs. Cette volonté des autorités s’est aussi accompagnée au grand bonheur des Associations de Défense des Consommateurs par la création d’organismes chargés de recevoir les plaintes des consommateurs. 

Contrairement à d’autres pays où les Associations de Défense des Consommateurs constituent un contre-pouvoir réel et menaçant, ces dernières, en effet, dans notre pays, sont méconnues du grand public. Ceci explique en grande partie les insuffisances de leurs actions dans notre pays où les laboratoires de contrôle et les ressources humaines manquent terriblement mais surtout où les consommateurs sont souvent envahis par des produits périmés ou avariés. 

Toutefois, par rapport à tous les problèmes qui ont été soulevés au cours de cette Journée d’encadrement des Associations de Défense des Consommateurs, des perspectives relatives à l’élargissement du domaine d’action de ces associations furent dégagées afin de permettre leur meilleure connaissance au près du public. 

Babacar Baye Ndiaye 

  

 

( 17 décembre, 2007 )

59ième anniversaire de la Déclaration des Droits de l’Homme

 

 

Tous contre l’impunité 

 

Tous les gros bonnets des Organisations de Défense des Droits de l’Homme et de la Société Civile que comptent la Mauritanie, enfin presque, s’étaient donnés rendez-vous à l’Ancienne Maison des Jeunes de Nouakchott pour célébrer le 59ième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948 sous le thème «combattre l’impunité». De même que toutes les Associations nées des événements malheureux de 1989 telles que le Collectif des Veuves, le Regroupement des Victimes des Evénements 89-91, du Collectif des Opérateurs Economiques Victimes des Evénements de 89 en RIM, la Coordination des Victimes de la Répression de 86-91 et enfin le Comité de Solidarité avec les Victimes des Violations des Droits Humains en Mauritanie. 

 

«Nous devons tous nous mobiliser afin de combattre la torture sous toutes les formes car c’est un crime contre l’humanité». Ces propos sont de Mamadou Moctar Sarr, Secrétaire Exécutif du FONADH, qui prononçait son mot de bienvenue en prélude à la conférence de Presse sur les droits humains en Mauritanie. Même si, a-t-il reconnu que «la célébration du 59ième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dans notre pays cette année se déroule dans un contexte particulièrement favorable marqué par des changements significatifs». 

Ces changements pris par Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi concernent l’adoption de la loi portant incrimination de l’esclavage et répression des pratiques esclavagistes et notamment la tenue des journées nationales de concertation et de mobilisation sur le retour des réfugiés et le règlement du passif humanitaire(20,21 et 22 novembre dernier, ndlr). 

Ce 59ième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme fut aussi une occasion pour les femmes mauritaniennes de rappeler les discriminations dont elles sont souvent victimes dans tous les domaines et leur détermination à lutter pour l’avènement d’un monde plus juste. «La femme mauritanienne, a déclaré Aminétou Mint Ely, Présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille, se débat nuit et jour pour conquérir sa liberté et son indépendance, pour assurer son émancipation et participer, à l’égal de l’homme, à la construction de son avenir et à celui de son pays. » 

Mutilations génitales, mariages précoces, mariages forcés, viols, gavage, discrimination au niveau du droit au logement, de l’accès à l’emploi, du droit à la pension à ses ayant droits après son décès, de l’octroi de la bourse d’études à l’étranger, de la gestion des biens de ses enfants orphelins…sont autant de pratiques néfastes qui obstruent la marche des femmes mauritaniennes vers l’égalité. Ainsi donc, aux yeux de Aminétou Mint Ely Moctar,  toutes les femmes doivent «participer à cette bataille pour l’éradication définitive de toutes les formes de violence, d’exclusion et de discrimination de toutes sortes qui étouffent les libertés et l’aspiration des femmes à la justice et à l’égalité». 

Plaidant pour une meilleure implication des femmes dans la gestion des affaires, la Présidente de l’AFCF a souhaité davantage d’engagement de la part des pouvoirs publics et de tous les acteurs dans la poursuite de ces efforts.   

Cheikh Saad Bouh Kamara, prenant la parole a rappelé l’importance de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui consacre le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales. «Tous les droits de tous les citoyens sont à défendre avec la même ardeur» dit-il en faisant remarquer que la plupart des intervenants présents à cette salle sont des victimes des droits de l’Homme. Faisant allusion aux événements qui ont jalonné le cours de l’Histoire du pays, il a soutenu qu’il est du devoir des pouvoirs publics de combattre l’impunité. D’abord par le devoir de mémoire, le devoir de vérité, le devoir de justice, le devoir de réparation et enfin par le devoir de réconciliation. Dans le même ordre d’idées, il a affirmé qu’il est du ressort des Organisations de défense des droits de l’Homme et des associations nées des événements de 89 d’exiger la mise sur pied d’une commission vérité et réconciliation à l’image de l’Afrique du sud, du Royaume du Maroc, de certains pays d’Amérique latine ou d’Asie et bientôt pour le Liberia. Il a aussi rappelé les 13 groupes sociaux dont les droits sont régulièrement bafoués : les femmes, les enfants, les minorités, les autochtones, les réfugiés, les déplacés, les migrants, les détenus, les analphabètes, les prostituées, les personnes vivant avec le VIH/Sida, les personnes handicapées, les personnes sans ressources ou pauvres. 

Les débats qui ont suivi l’exposé substantiel du contenu de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ont tourné autour  du retour des déportés(la date précise), de la délivrance et de l’obtention des pièces d’état civil des déportés, du rétablissement des veuves dans leurs droits, des poursuites judiciaires, des tortures et des massacres subis par les populations négro-mauritaniennes. 

A l’occasion de la célébration du 59ième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, des stands animés par des Organisations de Défense des Droits de l’Homme furent montés, des stands qui rappellent les violations massives des droits de l’Homme en Mauritanie. Le stand qui a le plus attiré de monde est celui de la Coordination des Victimes de la Répression de 86-91(COVIRE). A travers un bandeau en blanc parsemé d’écriture verte, un message attire l’attention : «la Covire lutte pour le devoir de vérité, de mémoire, de justice et de réparation » et au-dessous de ce bandeau, une multitude de portraits de personnes pendues au camp d’Inal rappelle fraîchement l’horreur et la barbarie, la répugnance et l’émotion. Des yeux qui vous regardent dignement, sans voix, sans tumulte, sans superbe, des pères de famille, des jeunes à la fleur de l’âge sacrifiés à l’autel de l’ignominie. Certainement, ceux qui avaient perpétré ces actes n’avaient pas sous leurs yeux l’article premier de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme qui stipule : «Tous les êtres naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

( 17 décembre, 2007 )

Abderrahmaani Aamadu Bah, lead vocal de Daarorgal Fulbe

 

 «Nous risquons d’être absorbés, envahis ou engloutis… » 

La semaine dernière, Daarorgal Fulbe était au Centre Culturel Français pour égailler les fidèles de la cafétéria. Superbement habillé de manière royale et ressemblant à un Almamy du Fouta, Abderrahmaani Aamadu Bah et son orchestre nous ont offert de la bonne musique qui nous a bercé et charrié pendant plus d’une heure. Une musique qui rappelle les nuits du Fouta au bord du fleuve Sénégal. Après une bonne prestation, nous lui avons posé quelques questions. 

Le Rénovateur Quotidien : C’est votre première fois d’être sur scène, qu’est-ce que cela vous fait ? 

Ce n’est pas ma première fois de monter sur scène. En effet, c’est ma troisième fois avec Daarorgal Fulbe. Avant cela, j’ai eu à jouer dans plusieurs villages du Fouta. En 1981, je suis venu m’installer à Nouakchott pour militer dans les associations de développement de la culture Poular. En 1989, avec les malheureux événements de 89, j’ai dû arrêter ma carrière de chanteur et de musicien. C’est à partir de 1991 que j’ai décidé de monter l’orchestre «Daarorgal Fulbe». 

Le Rénovateur Quotidien : Non seulement, vous êtes un orchestre mais aussi vous êtes une association. 

Nous sommes une association de développement. Certes, nous sommes avant tout un orchestre mais nous privilégions néanmoins tout ce qui concerne l’éveil des peuples et nous intervenons aussi dans diverses activités de développement. 

Le Rénovateur Quotidien : Que signifie ce sceptre que vous avez entre vos mains ? 

Ce bonnet que je porte s’appelle «cabral». Les marabouts ou les éleveurs l’ont toujours porté. Cela fait partie de notre habillement de même que ce sceptre que vous voyez là(il le montre). Ce sceptre a aussi une autre signification. La plupart des personnes âgées marchent avec pour leur servir d’appui. C’est aussi un symbole de sagesse et de royauté. 

Le Rénovateur Quotidien : Dans l’une de vos chansons sur scène tout à l’heure, vous exaltiez la bravoure des héros de la liberté. Est-ce à dire que vous êtes attaché à la liberté ? 

Nous sommes astreints toujours de chanter la liberté puisque nous naissons tous libres et égaux. Les héros de la liberté que nous chantons furent de grands héros qui se sont toujours battus pour la liberté et celle de leurs peuples. D’autres aussi se sont battus contre l’injustice, l’occupation coloniale. Et jusqu’à présent, nous continuons à nous battre pour acquérir nos droits et notre liberté. Tant que la personne n’est pas libre, elle ne peut pas s’épanouir et se sentir citoyen du monde à part entière. Ainsi donc, il est de notre rôle historique, en tant que leaders d’opinion, de rappeler aux jeunes générations et futures, les noms des grands héros de la liberté. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous jouez de la musique traditionnelle typiquement influencée des rythmes du Fouta. Cela veut-il dire que vous valorisez la culture Peule ? 

Je veux exhiber avant tout mon attachement à mon patrimoine culturel. Je veux aussi partager ce patrimoine avec d’autres. Il faut d’abord montrer aux autres sa richesse culturelle avant de se projeter dans les leurs. 

Le Rénovateur Quotidien : Vos chansons sont aussi purement traditionnelles. On n’y retrouve pas de percussions. Ce qui est rare dans les orchestres qui ont souvent tendance à utiliser ces instruments rythmiques ? 

Nous ne devons pas laisser en rade notre musique traditionnelle. Certes, on peut apporter de nouvelles touches par rapport aux sonorités sur cette musique. Notre priorité c’est de moderniser cette musique folklorique. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous existez depuis 1991. Mais jusqu’à présent, vous n’avez pas encore sorti un album. Qu’est-ce que vous attendez ? 

C’est vrai ! Mais cela peut se comprendre d’une certaine manière. Aujourd’hui, la façon dont la musique est faite ou jouée ne me convient pas. Moi, je suis pour une nouvelle conception de la musique traditionnelle. Cela veut dire qu’il faut revoir notre conception de faire de la musique. Avec l’expérience que j’ai pu acquérir à travers la musique, je pense que Daarorgal Fulbe est assez mûr pour sortir un album. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous ne faîtes pas uniquement chanter les grandes figures du Fouta mais aussi et surtout vous éveillez et conscientisez. C’est le cas dans votre chanson «grossesse non désirée ». 

Cela, chez nous les halpoular, est un épiphénomène. Quelque chose de nouveau dans nos mœurs et coutumes ! Actuellement, nous vivons dans un monde où les habitudes de vie ont été bouleversées notamment par la modernité. 

Le Rénovateur Quotidien : A votre avis, faut-il défendre la musique traditionnelle, la préserver pour qu’elle ne disparaisse pas un jour puisque très peu de gens la jouent maintenant ou l’écoutent ? 

Cela est une des raisons qui fait que je chante toujours. Je n’ai pas encore un successeur. Toutes ces filles que vous avez vu gigoter, ce sont mes enfants. Je veux quelqu’un qui peut assurer la relève au cas où je ne serais plus de ce monde afin de préserver cette musique traditionnelle que nous avons héritée de nos aïeux  depuis plusieurs siècles. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez chanté au passage Tijane Anne  que vous appelez l’or du peuple. 

Tijane Anne n’est plus à présenter. C’était quelqu’un qui a défendu la culture poular. Il était unique dans son genre. Il a pu éveiller les populations, les conscientiser sur leur rôle et leur devoir à observer ou à tenir. En tant que chanteur, je dois de me souvenir de lui en le chantant puisqu’il a fait durant sa vie de grandes choses pour l’émancipation de la culture poular. Il n’a aussi cessé de se préoccuper du devenir de son peuple et des peuples d’Afrique. 

Le Rénovateur Quotidien : A travers, l’une de vos chansons, vous demandez que nous réhabilitions  nos cultures et nos coutumes. Est-ce à dire qu’elles sont menacées ou en train de disparaître ce que vous craignez ? 

Nous subissions de plein fouet la mondialisation maintenant. On ne peut pas vivre en autarcie. Le monde est devenu aujourd’hui un village planétaire. C’est pour cela, si nous ne faisons pas attentions, nous risquons d’être absorbés, envahis ou engloutis par les autres en perdant nos cultures et nos coutumes. C’est la civilisation de l’universel, du donner et du recevoir. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous pensez qu’aujourd’hui, il n y a plus de héros. C’est pour cela que vous faites revivre leur histoire en chantant les grands héros du Fouta ? 

Les héros existent toujours. Cependant, ils ne sont plus nombreux comme auparavant. Les héros ne sont plus devenus ceux qui partent en guerre ou qui luttent contre l’occupation coloniale. De nos jours, les héros, on les retrouve dans d’autres champs d’action comme par exemple, dans le domaine du développement ou de l’éveil des peuples. 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

   

 

 

 

 

 

( 24 décembre, 2007 )

Moctar Ould Mohamed, Secrétaire Exécutif du SNEP

 

 «L’école publique mauritanienne est devenue un centre d’ignorance et de crime» 

 

«L’école publique mauritanienne est devenue un centre d’ignorance et de crime». C’est en ces termes pessimistes que le Secrétaire Exécutif du Syndicat National de l’Education Publique(SNEP), Moctar Ould Mohamed, a qualifié l’enseignement public mauritanien, lundi dernier, au cours d’un atelier de planification Thompson(Mauritanie-Guinée) ouvert aux syndicats de l’Enseignement fondamental et secondaire.

 

Moctar O/ Mohamed n’y est pas allé par quatre chemins pour dire sans détours ce qu’il pense du système éducatif mauritanien. «Le secteur de l’enseignement fondamental et secondaire vit une situation lamentable créée par le cumul des erreurs commises par l’ancien régime dont la politique improvisée en la matière a été soutenue par une (mafia) qui maîtrise tous les rouages du ministère de l’éducation nationale ». 

 

Pour le Secrétaire Exécutif du Syndicat National de l’Education Publique, ce lobby a transformé dangereusement le Ministère de l’Education Nationale  en un centre pervers qui ne peut être restauré, selon ses propres termes, qu’en chassant cette «mafia».

 

Pour corroborer ses assertions et dénoncer cette «mafia» qui semble faire la pluie et le beau temps dans cet important et stratégique Ministère, il cite comme exemples : les mouvements, la promotion, les allocations familiales, les concours et le diplôme du baccalauréat, le détournement des primes notamment les primes d’éloignement, de la correction et de la surveillance du concours à l’intérieur du pays qui sont systématiquement détournés aux dépens des bénéficiaires qui «passent la majeure partie des vacances dans les couloirs du Ministère à la recherche de cette prime et n’en trouvent souvent que très peu et après beaucoup d’effort».

 

A ce propos, Moctar Ould Mohamed a soutenu que «toutes les primes et tous les droits ne sont payés qu’après des négociations et ne sont versés qu’après des mois de retard afin d’obliger les ayants droits à accepter n’importe quoi ».

 

Pire encore, outre le retard dans le paiement des primes et la méthode peu orthodoxe qui accompagne le circuit financier du paiement des droits, la corruption et le favoritisme gangrènent  le système éducatif mauritanien. «Les budgets destinés à la formation continue et aux séminaires, rencarde Moctar Ould Mohamed, sont détournés, les résultats sont médiocres et l’encadrement mince, c’est pourquoi, les enseignants sont découragés et leur niveau est très bas. Il faut signaler le manque de transparence dans la promotion, le manque d’évaluation équitable et objectif.»

 

C’est pourquoi, face à une situation assez préoccupante, le Syndicat National de l’Education Publique demande et dans les meilleurs délais l’ouverture d’un dialogue sérieux et clair pour trouver très rapidement des solutions idoines aux problèmes chroniques qui minent le Système Educatif Mauritanien et le paralysent.

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

Infos source: Le Rénovateur Quotidien (Mauritanie)   

( 25 décembre, 2007 )

Grand Marché de Noël: Le Rendez-vous des artisans mauritaniens

Le Grand Marché de Noël ou le Rendez-vous des artisans mauritaniens : c’est presque devenu une tradition respectée et attendue par tous les amateurs de belles créations. En effet, chaque année, plus précisément, au mois de décembre, le Centre Culturel français de Nouakchott organise des expositions artisanales, une occasion pour les artisans mauritaniens de dévoiler tout leur talent et leur savoir-faire dans divers secteurs d’activités.

Le Grand Marché de Noël n’est pas à raconter mais à découvrir. Des créations ludiques à voir et qui vous donnent inéluctablement l’envie naturelle de les caresser ou de se les approprier ! Des objets qui arborent une douceur insondable ! Il est très difficile de résister à la magnificence de ces milliers de créations artistiques et artisanales qui vous regardent sans bouger. Principalement, l’œuvre de femmes. Ici, tout est made in Mauritanie. De la sculpture sur bois ou en bronze aux masques et instruments de musique en passant par la maroquinerie, le tissage et la bijouterie, le visiteur ou l’acheteur aura sans doute l’embarras du choix devant ces belles créations.

Même si, ce Grand Marché n’est pas encore trop bien connu du public mauritanien qui n’est pas friand d’objets artisanaux, il demeure néanmoins une vitrine pour les acteurs de l’artisanat mauritanien. Au-delà de son caractère purement lucratif, artistique et promotionnel, le Grand Marché de Noël, c’est avant tout un moment de rencontre, de découverte mais surtout d’échanges d’idées.

«Ce Grand Marché m’a vraiment fait beaucoup de plaisir, m’a permis de venir exposer au centre culturel français et de découvrir de nouvelles et de jolies choses mais surtout de faire de nouvelles connaissances » témoigne Penda Sylla qui représente la boutique Sinaa et qui est à sa première exposition. «Je n’ai jamais trop aimé l’artisanat, ajoute-t-elle, mais depuis que je travaille dans ce milieu, j’admire et je commence à aimer».

Le Grand Marché de Noël a la particularité d’accueillir chaque année des artisans d’origine étrangère mais vivant sur le territoire mauritanien en y exerçant la profession d’artisan. C’est le cas de Adama Bogano qui en est à sa deuxième exposition et vend des bagues, des colliers et des boucles d’oreille en argent.

Au début, en effet, ce Grand Marché de Noël n’était pas du tout un Grand Marché pour devenir en laps de temps un rendez-vous de l’artisanat mauritanien. Au fil des années, ce rendez-vous s’est quasi transformé en foire et est devenu une attraction, un rendez-vous à ne pas manquer pour les inconditionnels des belles créations.

Alassane Sy, plus connu sous le sobriquet de Amadou Bodjel, témoigne, lui qui a été parmi les premiers artisans mauritaniens à participer à cette exposition. L’artisanat, il l’a dans le sang et les veines. «L’artisanat, certes, est un métier mais c’est avant tout, une tradition, une culture chez certaines ethnies comme chez nous, les halpoular, une culture que nous pratiquons avec fierté depuis des millénaires. Je suis né dans l’artisanat. Je l’ai hérité de mes parents qui l’ont hérité à leur tour de leurs parents. C’est un art qui se transmet de génération en génération ».

Pour ce vieux, qui ne se rappelle plus de quelle année, il est venu au monde, le secteur de l’artisanat mauritanien devrait être réorganisé puisque c’est un secteur, selon lui, qui fait vivre de nombreuses familles, un secteur générateur de revenus.

En matière de subvention artisanale, l’Etat traîne davantage les pieds. Pas de foire ou de rencontre artisanale pour sortir ce secteur de l’ornière. Le Grand Marché, ce n’est pas uniquement l’affaire des coopératives qui ont envahi ce secteur. C’est aussi, celle des bonnes volontés. Ginette Sahuc, une française vivant en Mauritanie depuis plus de 50 ans, en est la parfaite illustration.

Partagée entre sa «boutique partage » qui se trouve au Ksar et le centre culturel en cette période, elle en est à sa 6ième année d’exposition. On peut dire qu’elle fait partie du cercle restreint des âmes généreuses, toujours prêtes à s’investir pour une cause sociale. «Je suis là pour les autres. Tout ce qui est là ne m’appartient pas. Cela appartient aux autres(les coopératives, les prisonnières, ndlr). Avec 50 ans en Mauritanie, on ne peut pas rester les bras croisés. »

«J’ai travaillé pendant 25 ans au Croissant Rouge Mauritanien, poursuit-elle, et j’ai continué à le faire toute seule, à aller toujours devant l’autre, mon prochain. C’est Dieu qui m’envoie vers les autres jusqu’à la fin de mes jours ».

La plupart des acheteurs, ce sont des étrangers, principalement des français. Très peu de mauritaniens accordent assez d’importance à notre artisanat local. «Ils viennent pour regarder sans acheter », confie Awa Ndiaye représentant la coopérative «Soumpou ».

A son coté, Léila Sy. Elle excelle dans la teinture depuis plus de 18 ans. Grâce à l’artisanat, elle a pu voyager dans certains pays, y nouer des contacts et surtout recevoir de temps en temps des commandes de l’extérieur. Comme quoi, l’artisanat peut bien nourrir son homme.

Le Grand Marché de Noël rapporte beaucoup de choses à l’artisanat mauritanien. Certains participants ont souhaité voir d’autres rendez-vous de ce genre afin de permettre à l’artisanat mauritanien de se développer en créant des liens d’échanges entre les autres pays. En termes de vente, les chiffres différent des uns et des autres et chaque exposant y trouve son compte.

Une chose est sure et certaine : ce n’est pas l’imagination, le talent ou le savoir-faire qui manquent à nos artisans. Ce qui manque, ce sont les moyens qui font cruellement défaut ou ne suivent pas à cause d’une véritable politique artisanale sérieuse.

Babacar Baye Ndiaye

 

( 27 décembre, 2007 )

Le cadeau de fin d’année offert par Sidi à Ely

Ely Mohamed Vall, Chef d’Etat Major Adjoint de l’Armée ! C’est la nomination, sauf par miracle, même si on rêvait debout, à laquelle personne ne s’attendait en cette période de fin d’année 2007. Cette nomination, en réalité, est tombée à un moment trépidant marqué par des soubresauts sans précédent et assez inquiétants. Pendant, la nomination de Ely Mohamed Vall faite par décret présidentiel, tombeur de Maouiya et ancien Chef d’Etat, on apprend tristement que quatre soldats mauritaniens sont tués à El Ghalaoui sur les frontières mauritano algériennes. Au vu de tout cela, on est tenté de s’interroger, de se demander le pourquoi et l’utilité de cette nomination de Ely Mohamed Vall au poste de Chef d’Etat Major Adjoint de notre Armée Nationale, lui qui avait soutenu à la veille des élections présidentielles sur les ondes de Radio France Internationale(RFI), qu’il ne serait pas tenté par une autre fonction officielle par respect à la fonction de Président de la République qu’il a déjà occupé pendant plus de 19 moins à la tête du pays. Pourquoi ce retournement de situation, ce changement de veste de la part de Ely Mohamed Vall ? Non seulement, cette nomination est tombée comme un coup de marteau sur nos tronches mais elle va créer des remous à coup sur dans l’esprit des mauritaniens qui ne sont point habitués à de pareilles situations incompréhensibles mais surtout provoquer et susciter d’interminables étonnements et interrogations. Certes, cette nomination est stratégique et factuelle vu la période assez dramatique qu’est en train de vivre la Mauritanie sur le plan intérieur en matière de sécurité consécutif à l’assassinat odieux de quatre touristes français aux encablures de la ville d’Aleg. Toutefois, à travers cette nomination, on peut y voir une volonté manifeste de la part des autorités de mettre sur le tablier des velléités politiques et nationales et cela pourrait s’apparenter- ce qui serait dommage et regrettable pour notre démocratie et notre gouvernement- à un fiasco voire même un aveu d’incompétence et d’incapacité des nouvelles autorités de pouvoir sortir de l’impasse actuelle, du gouffre et du trou, de pouvoir faire face à ces bandes de malfrats et d’assassinats qui ont investi le territoire national pour y semer la terreur et la peur. Cette nomination constitue en effet le meilleur cadeau de fin d’année que pouvait offrir gentiment et amicalement Sidi à Ely. Elle consacre ainsi donc le retour de Ely dans l’escarcelle du pouvoir politique et militaire ce que craignait bon nombre de sceptiques qui avaient «prédit» ce retour.

 

Babacar Baye Ndiaye

( 29 décembre, 2007 )

Mokhis, Président de l’Union des Artistes Peintres de Mauritanie (UAPM)

« Actuellement, les gens peuvent s’exprimer comme ils veulent. A l’époque, c’était très difficile» 

Mokhis, ce bout de bois de Dieu plein de talent, n’est plus à présenter dans le milieu culturel mauritanien. Admiré et respecté par tous notamment la nouvelle génération, pour son engagement et sa disponibilité dans les causes culturelles, un des pionniers parmi tant d’autres de la peinture contemporaine mauritanienne, il incarne sans orgueil une époque, celle du «seul contre tous». Dans l’interview suivante qu’il nous a accordée et réalisée dans son atelier de création à la Maison des Artistes sise Tévragh-Zéina, il revient sur l’UAPM dont il est redevenu le nouveau patron, sur ses débuts dans la peinture et les arts plastiques, entre autres.   

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes redevenu le nouveau patron de l’UAPM. Pourquoi ce retour à la tête de cette association? 

J’avais pris les rênes de cette association, il y a de cela 4 ans. J’ai fait connaître les artistes peintres mauritaniens à travers beaucoup de pays de la sous-région. Vous savez, pour la transparence, il faut qu’il y ait un mandat alors que le mien pendant qu’il expirait, il n y avait toujours pas de candidat. Finalement, on a eu des candidats qui se sont présentés. Il y a eu un premier président qui n’a pas pu finir son mandat faute de disponibilité pour pouvoir véritablement se consacrer à l’association. On a organisé une nouvelle assemblée générale à l’issue de laquelle deux anciens artistes furent optés  pour diriger l’association. Lorsqu’ils furent élus, les gens s’attendaient à ce qu’ils fassent mieux que moi et mon prédécesseur. 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce qui a véritablement motivé votre retour? 

C’est parce qu’il y a eu une carence. On ne sentait plus l’événement. Il n y avait plus de choses qui se font et puis au niveau même de l’association, de la maison, disons presque, les artistes étaient dehors quoi ! Chaque fin de mois, le propriétaire de la maison venait nous menacer régulièrement de fermer la maison. Il a fallu donc que je revienne en prenant les rênes de l’association pour essayer de changer les choses. 

Le Rénovateur Quotidien : Derrière votre nom se cache un grand artiste dont le talent est reconnu par tout le monde. Cette passion pour les arts plastiques et la peinture,  comment est-elle  née en vous? 

Ça a commencé depuis tout petit. Quand j’étais à l’école primaire, je m’intéressais aux bandes dessinées. J’ai commencé à reproduire les affiches de cinéma que je revendais. Des gens m’encourageaient et des personnes plus âgées que moi me disaient : «ce que tu es en train de faire, c’est plutard que tu vas le connaître. D’ailleurs, tu peux même en faire un métier». A cette époque, je ne pouvais pas savoir ce que c’était vraiment ! En 1975, j’ai reçu la visite d’un canadien, Denis Ride, un professeur d’arts plastiques,  de français, d’anglais et de yoga, qui avait entendu parler de moi. J’étais à Rosso et il y est venu me voir. J’étais surpris de le voir. Il a insisté pour que je parte avec lui à Nouakchott. C’est en ce moment là, que l’aventure de Mokhis a débuté, que j’ai commencé à m’initier à la peinture. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes parmi sinon l’un des premiers artistes peintres mauritaniens? 

C’est vrai ! Mais avant moi, il y avait feu Wane Bocar qui était un grand artiste, un doyen. Je suis de l’époque des Hane Mamadou, Abba Souleymane et Issa Baal. En 1979, on a créé la première exposition d’arts plastiques intitulée «Démarrage de la peinture contemporaine en Mauritanie». 

Le Rénovateur Quotidien : Certainement, vous serez à l’aise pour nous dire comment se porte la peinture en Mauritanie, par rapport à 10, 20 ans en arrière? 

Actuellement, les gens peuvent s’exprimer comme ils veulent. A l’époque, c’était très difficile. Je dirai plutôt qu’à cette époque, nous étions les pionniers, donc, c’était en quelque sorte «seul contre tous» c’est à dire seul contre tous les tabous et surtout de faire comprendre aux gens que ces productions ne sont pas vraiment interdites. Lorsqu’on dessine quelqu’un, on le dessine sur papier, il n y a pas d’ombre et s’il en existait, à l’époque, au temps du prophète Mohamed (PSL), on disait que les gens faisaient des statuettes à usage d’idolâtrie. En ce moment, c’est devenu quelque chose de beau. C’est de l’ornement. Celui qui crée une statuette sait très bien qu’elle n’a pas de pouvoir. S’il croit en Dieu, il saura que c’est la création d’une main humaine. 

Le Rénovateur Quotidien : Les artistes peintres mauritaniens sont à l’image des eaux d’un fleuve. On ne les entend pas. On leur reproche leur manque de cohésion. D’ailleurs, c’est ce qui a poussé Sidi Yahya à rendre le tablier? 

Effectivement ! Au niveau même des artistes, il n y a pas de confiance. Ils n’ont pas confiance en ceux qui les dirigent et ceux qui sont plus anciens qu’eux. Donc, c’est pourquoi, il y a toujours ces lacunes qui créent des problèmes au sein de l’association et qui font aussi que beaucoup de présidents, en cours de route, sont découragés et préfèrent abandonner. 

Le Rénovateur Quotidien : A votre avis, y a-t-il assez de programmation culturelle pour promouvoir certains secteurs d’activités culturelles comme celles de la peinture et des arts plastiques? 

Bien sûr ! Par exemple, notre nouveau bureau qui vient d’être élu et dont je suis le Président est un bureau très dynamique composé de gens choisis sur des critères précis. Aminétou Sow qui est notre secrétaire, par exemple, pour son honnêteté et son travail, est une femme qui peut contribuer vraiment pour notre bureau. On a pris comme secrétaire général, Omar Lerajel, un ancien et l’un des artistes qui a eu l’idée d’exposer au CCF avec un très grand sponsor de 3 millions d’UM. C’est des gens qui ont de l’expérience et qui peuvent faire bouger les choses. On a beaucoup de programme pour l’année 2007-2008. Par exemple, on organisera dans trois mois, une rencontre intitulée «Rencontre des artistes du Sahel» qui va aboutir plutard au Festival des Arts en Mauritanie. 

Le Rénovateur Quotidien : Les arts plastiques et la peinture sont très peu connus des mauritaniens. Que faut-il faire pour véhiculer l’image de ce secteur? 

Je dirai plutôt qu’il y a quelques années, ce n’était pas bien connu. Nous n’avions que des étrangers qui achetaient nos œuvres. Les mauritaniens participent à toutes les manifestations que nous organisons parfois. Chaque année, nous sommes conviés à l’exposition sur la fête de l’Europe. Beaucoup de gens nous ont côtoyés et en ont conclu qu’il faut encourager ce secteur culturel. 

Le Rénovateur Quotidien : L’UAPM que vous dirigez participe-t-il actuellement au discours de réconciliation nationale comme à l’image des chanteurs qui vont bientôt sortir un album national sur l’unité nationale? 

Mais bien sûr ! Les artistes peintres sont là pour l’unité nationale ou la réconciliation nationale. D’ailleurs, personnellement, l’exposition que je suis en train de préparer, c’est une exposition qui va se faire d’ici peu au Musée National et sera intitulé «Regards sur le passé». Une exposition sur des personnages qui ont marqué l’histoire de la Mauritanie et à qui il faut rendre hommage. C’est donc toutes les couches, les ethnies de la Mauritanie qui ont contribué à la création de ce pays qui seront représentés. 

Le Rénovateur Quotidien : On peut s’attendre donc à voir, puisque vous êtes devenu le nouveau patron de l’UAPM, un jour que tous les artistes peintres mauritaniens apportent leur effort et leur contribution à travers une gigantesque œuvre picturale à l’élan de réconciliation nationale? 

On avait pensé à ça. Nous avions  pensé faire une très grande fresque picturale sur ce thème, l’unité nationale mais faute de moyens jusqu’ici, nous demandons  toujours aux gens de nous appuyer et nous sommes prêts à aller voir la Communauté Urbaine de Nouakchott si elle peut nous offrir une façade dans la ville où nous pourrons vraiment se défiler et montrer aussi que les artistes peintres contribuent à cette unité nationale. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’il est facile de gérer une équipe comme celle que vous coachez? 

C’est très difficile de gérer les artistes. Mais on fait quand même ce qu’on peut. J’ai été au Mali pour assister au festival de Ségou, au Marché National de l’Art et à l’inauguration du mémorial de Modibo Kéita. J’y ai rencontré des artistes venus de la sous-région. Je dirai plutôt que nous avons franchi un grand pas en avant. 

Le Rénovateur Quotidien : Si vous êtes revenu à la tête de l’UAPM. Est-ce à dire que vous êtes animé d’une ferme volonté de changer les choses ? 

Mais bien sûr ! C’est pourquoi, nous avons pris cette équipe de choc pour essayer uniquement de refaire, de mieux faire marcher cette association. 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce qui manque aux artistes peintres mauritaniens ? 

C’est d’être pris en charge par l’Etat. Tout ce qui leur pose comme problème pour le moment, c’est leur quotidien. C’est des gens qui sont bloqués. On sent vraiment qu’il y a quelque chose qui les empêche de se défouler. Tant qu’ils ont ce problème, au niveau de leur famille, ils ne pourront pas s’épanouir. Si ce coté est arrangé, s’ils sont pris en charge, comme le faisait Léopold Sédar Senghor (ancien Président du Sénégal de 1960 à 1980, ndlr). Ils étaient logés et nourris. Ils avaient un petit salaire symbolique qui leur permettait, en temps creux, de pouvoir régler leurs problèmes. 

Le Rénovateur Quotidien : Si vous aviez un message à faire, une critique à faire, ce serait quoi en tant qu’artiste peintre? 

Ce serait plutôt encourager les gens à amener leurs enfants à faire de la peinture et qu’il y a une association qui est prête à recevoir tous les gens et à donner un coup de main à tout celui qui veut s’initier à la peinture et aux arts plastiques. 

Le Rénovateur Quotidien : Et une critique à faire? 

Je n’ai pas de critique ! 

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous de la création du prix littéraire pour les arts plastiques et la peinture? 

Vous savez, c’est une première expérience de la part des autorités du ministère de la culture. On ne peut pas leur en vouloir pour ce qu’ils ont fait. C’était une petite erreur qui n’est pas aussi grave. Cela les a servis de leçon et d’expérience pour que, plutard, ils puissent nous mettre au courant, dans le bain, pour tout ce qui doit se faire en ce qui concerne les prix. 

Le Rénovateur Quotidien : Votre ministère de tutelle participe-t-il réellement à la promotion des arts plastiques et la peinture, à la valorisation du patrimoine national? 

Je dirai plutôt que le nouveau ministre qui est venu est quand même un peu plus sensible aux problèmes des artistes parce qu’il nous a demandés à nous rencontrer à deux reprises. La preuve, le ministère a dégagé une somme d’argent pour payer les arriérés de loyer de notre maison. Tout cela prouve vraiment que le ministère est en train de se pencher sur les problèmes associatifs des artistes surtout plasticiens. 

 

Interview réalisée par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

  

  

( 9 janvier, 2008 )

Baba Maal

Lancement de son album «Riche Afrique!!!» en Mauritanie 

Ce vendredi dernier (4 janvier 2008), au Centre Culturel Français de Nouakchott, avait lieu le lancement du nouvel album de Baba Maal intitulé international «Riche Afrique!!!».Après «Mi Yewni ou Missing You » et sept ans de sabbat musical, Baba Maal et le Dandé Lénool nous reviennent avec un nouvel album intitulé «International Riche Afrique!!!». Un album qui tombe à pic et qui vient s’inscrire en faux contre certains propos à la limite désarmants du genre «l’Afrique est pauvre », «l’Afrique est le déchet du monde », «En Afrique, c’est la déchéance ». Un album international pour montrer aussi que «l’Afrique est riche par sa beauté, sa culture et ses ressources naturelles ». 

 

On a attendu, beaucoup attendu et trop attendu même. Toujours pas la silhouette de Baba Maal ! La conférence de presse, prévue dans la salle des spectacles du CCF à 16 heures, n’aura finalement lieu que vers les coups de 17 heures et demi. L’expectative devenait de plus en plus insupportable. «Il sera là dans 5 minutes » nous dit-on en guise d’assurance après avoir poireauté pendant plus de 90 minutes.  Enfin, elle a eu lieu mais avec beaucoup de piétinement. « Sur le plan timing, il est ingérable (Baba Maal, ndlr)» nous confie un des organisateurs de la venue à Nouakchott de l’enfant du Podor apparemment dépité par cette longue attente. Vrai ou faux, les journalistes qui ont été invité à cette conférence de presse en ont beaucoup souffert cette  après midi de vendredi. 

Habillé en boubou blanc qui n’arrêtait pas d’émettre des frou-frou et cousu par des jeunes stylistes mauritaniens, Baba Maal est apparu devant le public avec un nouveau look, plus rajeuni et plus raffiné. En rasta ! Dès son apparition, comme à l’accoutumée, en roi, il a eu droit à des glorifications de la part d’une femme dont on méconnaissait l’identité. Certainement sa griotte ! Il y avait les passionnés de Baba Maal qui ont tenu à être présents à cette conférence de presse. Mais aussi des popularités du monde politique et stylistique comme Ibrahima Moctar Sarr et Madame Oumou Sy. Son dernier voyage en Mauritanie date de deux ans. Donc, son retour était très attendu par ses groupies et le lancement de son nouvel album en Mauritanie n’était point fortuit. 

Au cours de sa conférence de presse, Baba Maal a beaucoup parlé de l’Afrique, de la culture africaine, de sa jeunesse. Ce qu’il pense de la situation actuelle qui prévaut dans le continent noir, de sa vision de l’avenir, de ses projets, de ses relations avec les autorités politiques sénégalaises en premier lieu avec le Président de la République du Sénégal, maître Abdoulaye Wade. 

«C’est vrai que nous traversons des moments difficiles, reconnaît-il,  nous avons les guerres, les conflits, la pauvreté, les maladies. C’est sûr ! Mais ce n’est pas une raison valable pour condamner l’Afrique à jamais. Nous avons la jeunesse africaine qui est très dynamique et qui n’aspire qu’à faire quelque chose pour son continent et pour elle-même. Nous avons aussi les femmes qui restent un groupe très solide sur qui nous pouvons compter demain». Pour lui, fini le temps de pleurnicher, il faut agir et cela en comptant sur nous-mêmes, sur notre engagement personnel, sur les Africains qui ont conscience du devenir de leur continent, sur les amis de l’Afrique, sur les gens qui aiment ce continent, sa culture et son histoire. 

L’album international «Riche Afrique!!!» est un appel solennel à tous les africains de se joindre au projet «Africa 2015» afin de promouvoir les Objectifs du Millénaire pour le Développement, lutter contre la pauvreté et essayer surtout de corriger l’image de l’Afrique. « C’est dommage, dit-il, qu’une partie de l’Afrique ne se rende pas compte que nous avons le monde entier rivé sur nous. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas promouvoir ce qu’il y a de plus beau sur ce continent, ce qu’il y a de positif. Ce n’est pas non plus une raison de ne pas montrer certaines parties de ce continent qui essaient de véhiculer une bonne image de l’Afrique». 

Baba Maal est un artiste déroutant sur le plan musical. La preuve, de «Baayo» à «Mi Yewni ou missing you» qui a reçu le prestigieux «Prix de la Word Music» décernée par la BBC en passant par «Laam Toro», «Firin Fouta» et «Nomad Soul», il a su allier divers styles musicaux, lui qui nous a souvent habitué à la musique traditionnelle. De Philadelphie au studio du groupe mythique «Roots» à Londres au studio «Beethoween» en passant par Dakar, les enregistrements de l’album «Riche Afrique!!!» aura duré deux ans. «On a voulu travailler de manière naturelle pour sortir quelque chose qui reflète ce que je voulais ressortir. Il fallait donc réfléchir à deux fois avant de sortir un nouvel album international» confie-t-il. Un album qui ne s’inscrirait pas dans les mêmes perspectives que les albums précédents de Baba Maal sur le plan international. Une rupture dans la conception musicale ! Un «pont de jonction» entre le continent noir et le reste du monde et notamment  la diaspora africaine. 

Pilotant le projet «Africa 2015», Baba Maal, qui n’est plus à présenter, est aujourd’hui parmi les rares artistes africains qui collaborent avec le Programme des Nations Unies pour le Développement. «Nous utilisons la musique pour pouvoir échanger des idées, mener des projets et essayer de trouver des financements pour construire même si ce n’est qu’une salle de classe ou acheter des table-bancs» dit-il. 

Dans «Tinoo», Baba Maal fait un clin d’œil à la femme africaine tout en se préoccupant de son sort. «Nous avons besoin de nos sœurs, de nos mamans et de nos femmes. Nous avons besoin d’elles un peu partout dans la société parce qu’elles restent une référence, une force qui peut participer à changer la destinée de nos pays et de nos peuples » lance-t-il. «Nous avons beaucoup de choses à gagner de ces femmes qui sont les femmes africaines» rajoute-t-il. 

L’album international «Riche Afrique!!!» a vu la participation de Bineta Lally Sow et Baba Maal n’a pas tari d’éloges envers cette diva de la musique guinéenne. «J’ai été très sensible au fait qu’elle était une grande chanteuse au même titre que Césaria Evora. Elle a tout donné à cette culture peule, cette culture poular. Avec 50 ans de carrière musicale, elle ne vit pas décemment. Elle a un caractère qui montre vraiment la grandeur des femmes africaines et des femmes foulbé». 

S’inspirant des Objectifs du Millénaire pour le Développement, Baba Maal a composé une chanson(lekki-lekki) qui parle de l’écologie, de la protection de l’environnement. «Même si, nous ne sommes pas responsables de ce qui se passe sur cette planète, nous devons nous réunir pour parer toutes ces éventualités comme la désertification» avertit-il. 

A travers son album international «Riche Afrique!!!», Baba Maal a montré encore une fois une autre facette de lui, de son génie musical en puisant dans ses expériences pour parler de l’Afrique. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

   

( 9 janvier, 2008 )

Docteur Mohamed Moussa, chirurgien au C.H.N. de Nouakchott, membre du Syndicat des médecins spécialistes en Mauritanie: »Il y a une très grande crise dans le secteur de la santé »

Qui est le plus opiniâtre  entre le Ministère de la Santé qui refuse d’ouvrir des négociations et les médecins spécialistes qui bivouaquent toujours sur leur position malgré qu’ils aient été reçus par le Conseil Supérieur de la Fonction Publique hier à 13 heures ? Chaque camp accuse l’autre d’immobilisme, de manque d’ouverture et de dialogue sérieux. Pour en savoir plus, nous avons ouvert nos colonnes au docteur Mohamed Moussa. 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce qui est ressorti des discussions que vous avez eues avec le Conseil Supérieur de la Fonction Publique ? 

Pour le moment, nous ne pouvons pas parler de discussions parce qu’il n y en avait pas. Notre rencontre avec le Conseil Supérieur de la Fonction Publique a porté essentiellement sur un accord pour un statut préposé. C’est un accord portant sur un projet de loi relatif au statut des médecins. 

Le Rénovateur Quotidien : Et sur quoi porte cet accord plus précisément ? 

Actuellement, ce qu’on a reçu c’est l’accord sur un statut des médecins spécialistes et même un statut pour le personnel de la santé. Cela n’ajoutera pas beaucoup de choses pour les salaires. L’acquisition de ce statut est un atout qui pourra nous permettre de lutter pour avoir des indemnités de plus et améliorer le salaire des médecins spécialistes et du personnel de la santé. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’au cours de votre réunion avec le CSFP, aurez-vous discuté de vos problèmes et de vos préoccupations ? 

Nos problèmes ont déjà fait l’objet de plusieurs discussions et le seront davantage. Nos réclamations sont la création d’un statut avec l’amélioration des indemnités des médecins. On n’a pas beaucoup de choses sur lesquelles à discuter. 

Le Rénovateur Quotidien : Et on vous a promis de le faire ? 

Eux, ils savent mieux que nous, nos réclamations sont légitimes et normales. Mais l’application de cette loi, c’est ça le problème : quand et comment ? 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous allez poursuivre votre mot d’ordre de grève ? 

Bien sûr ! Jusqu’au moment où je vous parle, nous sommes en grève. Nous allons continuer à observer ce mouvement de grève jusqu’à la tenue du prochain Conseil des Ministres. On nous a promis que le statut du personnel de la santé sera adopté par le Conseil des Ministres. Après l’adoption de cette loi, nous allons tenir une Assemblée Générale pour discuter de la situation et de l’évolution de nos revendications pour décider de la continuité ou de l’arrêt de la grève. 

Le Rénovateur Quotidien : N’êtes-vous pas en train de pousser le bouchon un peu loin en poursuivant cette grève ? 

Je ne pense pas. Nous sommes en train d’ouvrir une porte de sortie au gouvernement. Pousser le bouchon, ce serait élargir la grève, arrêter les urgences, faire une démission massive. On a beaucoup de moyens de serrer le bouchon. On ne peut pas encore annuler une grande grève à la suite des promesses. Cette grève était venue après les promesses. Cela veut dire qu’on ne peut pas arrêter une grève de 140 spécialistes. Chacun de nous a au moins bac+11. On est des intellectuels quand même. On est rentré dans la grève après des consultations juridiques. On a consulté des avocats et on sait parfaitement ce qu’on est en train de faire. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes déterminés à aller jusqu’au bout malgré les menaces du gouvernement de vous radier de la fonction publique ? 

Ces menaces ne nous ébranlent pas. On ne peut pas faire sortir 12 élèves dans une salle de classe et on voudrait le faire avec 140 spécialistes. Soyons raisonnables ! Nous devons être sages. S’ils réclament leurs droits, c’est tout à fait légitime. 

Le Rénovateur Quotidien : Au niveau de l’hôpital national, il y a les patients qui se plaignent… 

(Il m’interrompt)Nos revendications, jusqu’à preuve du contraire, sont légitimes. C’est le gouvernement qui est responsable de cette situation. Dès qu’on dépose un préavis de grève, on lance la responsabilité sur le dos du gouvernement. Nous devons réclamer nos droits malgré la situation des populations. C’est vrai que cela nous fait mal au cœur d’avoir des malades qui ne reçoivent pas leurs traitements. Mais on peut faire quelque chose pour eux, on peut assurer les urgences mais encore, notre seul moyen de réclamations de nos droits après des négociations, c’est la grève. 

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous adressé un préavis de grève à votre tutelle ? 

On a adressé un préavis de grève de 45 jours, presque 35 jours ouvrables. La loi nous demande de faire un préavis de 10 jours ouvrables. C’est après qu’on a lancé la grève et on l’a suspendu. On ne l’a pas arrêtée. La grève du 3 décembre 2007, on l’a suspendu. On l’a repris après un mois de négociations avec le gouvernement. On a repris la grève qui était suspendue. 

Le Rénovateur Quotidien : Mouvement de grève par-ci, confrontation par-là…Peut-on parler de crise dans le secteur de la santé ? 

Il y a une très grande crise dans le secteur de la santé. Nous, nous voulons créer la crise. La grève, c’est une création d’une crise et nous,  nous savons qu’il y aura une crise et c’est à partir de cette crise, qu’on pourra arracher nos droits. Nous savons très bien qu’il y aura une grande crise, un grand problème et même beaucoup de dégâts. Il y a des gens qui viennent à l’hôpital et qui ne se traitent pas. Tout ceci, c’est la responsabilité du gouvernement. Il doit lancer une discussion très rapide. 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’allez-vous faire si le gouvernement ne vous propose pas des solutions qui ne vous conviennent pas ? 

Nous ne souhaitons pas en arriver là. Nous sommes toujours à l’écoute du gouvernement. Nous sommes des gens sages. Nous ne sommes pas avec des diables. Nous pensons qu’il y aura une solution rapide qui sera trouvée à cette situation. On ne peut pas imaginer que notre gouvernement ne peut pas résoudre un problème comme celui-là, qui est un problème facile à résoudre. Nous ne demandons pas quelque chose d’impossible. 

Le Rénovateur Quotidien : Votre grève, est-ce une manière de revendiquer de meilleures conditions de vie et de travail ou tout simplement s’agit-il d’une pression sur les autorités pour assouvir les intérêts d’un groupe ? 

Non, pas du tout ! S’il y a un décret pris par le Président de la République élaborant un statut des médecins, nous arrêtons immédiatement la grève. 

Le Rénovateur Quotidien : Un député a souhaité entendre le Ministre de la santé sur la situation actuelle du secteur. Qu’est-ce que vous en pensez ? 

Le ministre de la santé est un politicien et nous, nous sommes des praticiens. Lui, il pratique la politique et nous la médecine. Lui, il a le droit de jouer avec tous les mots. Nous, nous jouons avec les seringues et les médicaments. Il peut dire tout ce qu’il veut mais il est responsable de ces paroles et nous, responsables de nos réflexes. Nous croyons que ce qu’il a dit relève du jeu politique. Tout le monde sait que les hôpitaux sont en paralysie totale, le secteur de la santé est en crise. Le fait que le Ministre affirme qu’il n y a pas de problème et que les techniciens supérieurs peuvent exercer à la place des spécialistes, cela veut dire qu’il n y a pas de santé en Mauritanie, cela veut dire aussi que ceux qui peuvent aller se faire traiter ailleurs n’ont qu’à aller et les autres à mourir. 

Le Rénovateur Quotidien : Donc, à votre niveau, vous n’êtes pas satisfait ? 

Bien sûr ! On n’est pas satisfait de la manière dont le dossier est traité, de la gestion de l’Etat, du gouvernement, du ministère de la santé, du ministère de la fonction publique, du ministère de l’économie et des finances et même du Premier ministre. Nous souhaitons que le Président de la République agisse le plus rapidement possible. 

Le Rénovateur Quotidien : C’est pour faire connaître à l’opinion publique tout cela que vous avez agi de la sorte en observant ce mouvement de grève ? 

Ecoutez, nous ne sommes pas en bras de fer avec le gouvernement ni avec les populations. Nous sommes des médecins qui réclament leurs droits. Certains d’entre nous ont bac+11 ou 13 alors que les professeurs d’université n’ont que bac+9. Nous demandons les mêmes traitements de faveur qu’eux. Nous demandons un cadre juridique avec lequel nous pouvons travailler. C’est très simple ! 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

( 22 janvier, 2008 )

Abderrahmane Ould Salem, directeur de la maison des cinéastes

«Le cinéma mauritanien est pris en otage par la décision politique (…) et l’absence d’une culture cinéphile» 

Pendant 15 jours, la caravane dromadaire, initiée par la maison des cinéastes, a traversé 18 villes de l’intérieur du pays. Au total, 17 films furent projetés au grand bonheur des populations autochtones. 5000 spectateurs directs ont été touchés et des dizaines de milliers de personnes sensibilisées sur des thèmes comme l’unité nationale entre autres. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous revenez de l’intérieur du pays dans le cadre de la promotion du concept «écran dromadaire ». Pouvez-vous revenir sur cette caravane ? 

Cette caravane, elle a trois rôles. Dans un premier temps, elle nous permet de prendre en contact avec le maximum possible de sources qu’elles soient des associations de la société civile, des notables, des gens qui appartiennent à la mémoire du pays, etc. Deuxième rôle, c’est l’éducation parce que nous projetons pas mal de films qui traitent des sujets très intéressants sur des thèmes comme l’unité nationale, la santé, la justice… et le troisième rôle, c’est la mémoire parce que nous essayons  de filmer le maximum d’images pour construire un peu la mémoire surtout audiovisuelle qui fait malheureusement beaucoup de défaut dans notre pays. 

Le Rénovateur Quotidien : Comment est-ce que cette caravane mobile a été accueillie par les populations autochtones ? 

C’était vraiment magique ! C’était déjà l’hospitalité des mauritaniens partout mais aussi la curiosité, la découverte et l’échange. Là où nous sommes passés, nous avons voulu intégrer le lieu. Nous n’avons jamais voulu débarquer comme des étrangers avec leurs matériels. A chaque fois, on a essayé de prendre en contact avec les autorités, les jeunes pour leur demander ce qui les intéresse en terme de projection de films. Par exemple, à Oualata, nous avons projeté un film tourné dans les années 50 que les habitants n’ont jamais vu. 

Le Rénovateur Quotidien : Et vous pensez que vous avez réussi quelque chose ? 

Nous avons réussi d’abord à connaître le pays. Chaque fois qu’on reprenait la caravane, on découvrait un coin du pays. Nous avons réussi à savoir ce qui intéresse les différents types de populations et nous avons surtout réussi à emmener avec nous beaucoup d’images de l’intérieur. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’on peut penser que cette caravane mobile vient confirmer votre principe qui est de rapprocher les hommes et les cultures ? 

Absolument ! Le but de la maison des cinéastes c’est de rapprocher les hommes et les cultures. Je crois que le fait de se déplacer à un endroit, c’est déjà un acte de rapprochement et après aller avec le but d’intégrer l’autre ou de vivre avec l’autre, c’est aussi un acte très important. En plus, quand on projette un film tourné à Oualata et on le projette dans un petit coin à Trarza, c’est pour montrer aux gens de Trarza qu’il y a une autre localité qui s’appelle Oualata. Quand on projette des images tournées à Zouérate et on le projette à Boghé, c’est pour montrer aux gens de Boghé qu’il y a une localité qui s’appelle Zouérate. Ceci rentre toujours dans cette optique de rapprochement entre les hommes et les cultures. 

Le Rénovateur Quotidien : Tout à l’heure, vous évoquiez le manque de mémoire audiovisuelle en Mauritanie. C’est dans ce cadre que vous avez initié le projet «Kennache». Où en êtes-vous actuellement ? 

On est en avance. On est en train de digitaliser d’autres films qu’on a trouvés. Nous avons terminé notre base de données. Localement, on peut la consulter : tous les titres, les contenus de films et les dates de tournage. D’ici peu de temps, nous allons être en ligne sur notre site. On est en train aussi de digitaliser et de répertoriées les images qu’on a amenées de l ‘intérieur du pays. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que ce travail a été de tout repos ? 

Pas du tout ! Je pense que le problème qu’on va avoir peut être, on risque d’avoir un jour beaucoup d’images et ne pas avoir le temps de montrer ces images aux générations d’aujourd’hui. Je crois que si on arrive à avoir une très bonne équipe qui va travailler nuit et jour pour récupérer certaines images et une autre équipe qui va organiser les projections, on n’aura pas beaucoup de problèmes. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez apparemment des appréhensions par rapport à l’aboutissement concret de ce projet ? 

Ce ne sont pas des appréhensions. Nous sommes très motivés, nous voulons vraiment faire ce projet mais nous n’avons pas encore vu un engagement réel- parce que ce n’est pas un projet de la maison des cinéastes, c’est un projet pour tout le pays- un engagement officiel du ministère de la culture et de la communication, un engagement de la part des individus qui détiennent des archives chez eux. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous voulez dire que les autorités n’ont pas encore montré un  intérêt particulier à ce projet? 

Oui ! 

Le Rénovateur Quotidien : Les chanteurs, les poètes, les peintres sont primés sauf les cinéastes. Quel est votre avis sur cela ? 

Je pense que c’est une très bonne chose de primer tous les créateurs mais ce n’est pas une bonne chose. Je crois qu’il y a eu des défaillances au niveau de l’organisation et de l’attribution de certains prix. Maintenant, nous, notre position est somme toute claire. Je pense que celui qui doit me primer, c’est celui qui me comprend et qui comprend ce que je fais. Cette personne ou cet administrateur qui comprend ce que la maison des cinéastes est en train de faire n’est pas encore trouvé. 

Le Rénovateur quotidien : Donc, vous vous sentez mis à l’écart ? 

Absolument ! Le cinéma mauritanien est orphelin. Il est pris en otage par la décision politique, les structures culturelles et l’absence d’une culture cinéphile chez les populations. Il est dans une situation terrible mais parallèlement à cela, le cinéma ou l’image en général ne devrait pas être un corps étranger dans notre pays parce que nous consommons beaucoup d’images. 

Le Rénovateur Quotidien : Dans ce cas, pourquoi faut-il continuer à pousser les jeunes à faire du cinéma si ceux qui sont sensés encourager la créativité et promouvoir le cinéma ne le font pas ? 

C’est pour cela, nous avons initié un projet qui consiste à implanter partout dans le pays des antennes de la maison des cinéastes, des sortes de mini maisons des cinéastes. On va commencer la semaine prochaine à Nouakchott en lançant l’antenne pilote à El Mina, des antennes dans les autres quartiers de Nouakchott et à l’intérieur du pays. Ces antennes vont organiser des projections cinématographiques, des rencontres, traiter les mêmes sujets que traite la maison des cinéastes, filmer le quotidien des gens et construire une mémoire, vont créer des espaces pour équiper les jeunes perdus et d’expression pour les jeunes. Je pense que le jour où on arrivera à installer ces antennes, ce serait déjà une bonne chose dans la promotion du cinéma en Mauritanie. 

Le Rénovateur Quotidien : Certainement, vous êtes en train de préparer la 3ième édition de la SENAF. Est-ce qu’on peut avoir une idée sur les préparatifs ? 

Actuellement, nous sommes sur la préparation de trois choses plus urgentes pour la SENAF. La première, c’est la production des 14 films que nous allons projeter. Les 7 films se rapporteront au thème de ce festival qui sera  «migration et voyages libres» et les 7 autres sur des thèmes libres. La deuxième chose, c’est les choix et la sélection des films qu’on va projeter. Nous sommes déjà à 7 films européens et 4 films africains. La troisième chose, c’est la préparation et la recherche des partenaires pour financer ce festival. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce à dire que cette SENAF plus élargie et plus ouverte que la précédente édition ? 

Bien sûr ! Dans la forme, on compte un peu «internationaliser» cette édition 2008 et dans le contenu, on reste avec un festival national. Ce qui est c’est qu’il y aura plus de pays africains et européens que l’édition 2007. 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

   

( 22 janvier, 2008 )

Meurtre des 4 touristes français près d’Aleg:Une mise à l’épreuve judiciaire, diplomatique et sécuritaire !

Trois semaines après le meurtre des 4 touristes français près d’Aleg, les deux principaux suspects sont actuellement en train d’être cuisinés par la police mauritanienne dans le cadre de ce qu’il est convenu d’appeler «la tuerie du 24 décembre 2007 ». En attendant de retrouver le troisième suspect dont l’arrestation est imminente, la justice mauritanienne se prépare à un «grand procès ». Un précédent dans notre pays ! Retour sur les péripéties de l’assassinat des 4 touristes français. 

————Par Babacar Baye Ndiaye

Le 24 décembre 2007, on apprend qu’une famille de touristes français est attaquée. Bilan : 4 morts sauvagement abattus et un rescapé, un vieux de plus de 60 ans. Conséquences : le secteur du tourisme est au ralenti et le Paris-Dakar est annulé après de multiples tractations dans les bureaux du Ministère de l’Intérieur mauritanien entre les organisateurs et les autorités mauritaniennes.

Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi mit au parfum promet que tout sera fait pour retrouver les assassins. Après leur forfait qualifié de «crapuleux», les meurtriers, des mauritaniens prirent la poudre d’escampette. Direction : le Sénégal, parce que c’est plus près. Pendant ce temps-là que fait la police routière ? Comment donc expliquer le fait que les meurtriers aient pu disparu très rapidement dans la nature? Ya-t-il  des taupes dans la police qui auraient participé à cette disparition mystérieuse ? 

Quelques heures plutard, l’information est relayée à travers le net et très rapidement. Toute la presse internationale en fait ses choux gras envoyant même des reporters sur place ou faisant des débats là-dessus : France 24, Al Jazeera, de même que la presse indépendante. 

Pendant ce temps, les autorités mauritaniennes, dans un communiqué rendu public le lendemain de la tuerie et comme on pouvait s’y attendre, «déplorent et condamnent cet acte criminel » et assurent avoir «mobilisé tous les moyens nécessaires à l’effet de rechercher, identifier et punir les coupables ». 

L’indignation est perceptible ! Les communiqués condamnant cet acte barbare tombent simultanément. Les partis politiques, la société civile, les organisations de défense des droits de l’homme, bref toute la Mauritanie, fait un appel à toutes les composantes de la nation en vue de s’unir pour éviter que de tels actes qui sont préjudiciables à l’image de notre pays ne se reproduisent. 

Les jours suivants nous édifieront davantage sur ce meurtre. On sait maintenant que cet acte barbare n’est pas l’imagination de bandits armés comme l’avait annoncé le gouvernement mauritanien. Ceci pour des raisons politiques et diplomatiques. Des incidents troublants nous édifient sur l’identité des meurtriers, plus proches de l’aile d’Al Quaida au Maghreb arabe qui confirme ces liens, dans un communiqué, avec des islamistes mauritaniens. Désormais, l’enquête va privilégier la piste terroriste. 

L’armée nationale fait aussi parler d’elle. Un remue-ménage qui tombe à pic car la Mauritanie est vraisemblablement menacée par les attaques terroristes car, trois jours après l’assassinat des 4 touristes français, on apprend que des militaires mauritaniens sont tués dans le Nord-Est de la Mauritanie à El Ghallaouiya. Félix Négri est nommé chef d’Etat major de l’armée nationale. Malgré les assurances du gouvernement mauritanien, la France fait une évaluation du niveau de risque que représente un déplacement en Mauritanie après le meurtre des 4 touristes français près d’Aleg. 

La mort des 3 soldats mauritaniens vient jeter une douche froide et nous rappelle l’attaque d’une caserne militaire à Lemghéitty attribuée au GSPC en 2005 et soldée par le trépas d’une quinzaine de soldats mauritaniens. On parle du syndrome de Lemghéitty.

Et jusqu’à présent, c’est ça qui est un peu curieux, l’identité des auteurs de l’attaque mortelle d’Al Ghallaouiya n’a pas été identifiée. Aucune lumière sur les tenants et les aboutissants de cette attaque ! On en saura que dalle. Ceci démontre que la Mauritanie ne pourra faire face au terrorisme sans disposer de moyens logistiques et financiers conséquents pour lutter ou contrecarrer les attaques terroristes. 

L’enquête sur le meurtre des 4 touristes français fait son petit bonhomme de chemin. A cet égard, on apprend de sources judiciaires, que les auteurs de la «tuerie du 24 décembre 2007 » seraient proches d’Al Quaida au Maghreb islamique(AQMI), la nouvelle appellation du groupe salafiste pour la prédication et le combat algérien. Ce qu’on ignorait c’est que deux d’entre  eux avaient été arrêtés en 2006 pour «appartenance à des groupes extrémistes  salafistes». L’un d’entre eux fut libéré sans inculpation et l’autre acquitté après son procès. Et le 3ième ? Boule de mystère pour le moment. 

La tuerie des 4 touristes français et l’embuscade mortelle d’El Ghallaouiya viennent greffer et conforter les suspicions qui ont toujours peser sur l’efficacité de l’appareil de sécurité et de l’administration territoriale. Après l’attaque d’El Ghallaouiya, c’est l’alerte maximale au niveau de l’Etat major de l’armée nationale qui mobilisa des unités de l’armée. Malgré ce vacarme de bottes des militaires, les auteurs de l’assassinat des 4 touristes vont parvenir à s’éclipser dans les ténèbres. 

Le 29 décembre 2007, le colonel Ely Ould Mohamed Ould Khal est nommé au poste de chef d’état-major adjoint de l’armée nationale. Une nomination mal vue et mal appréciée par les organisations de défense des droits de l’homme qui la qualifient d’irrespectueux et de manquements aux principes de la morale. Ceci est un autre débat et mériterait d’être clarifié ! 

Le 2 janvier 2008, un autre communiqué, cette fois-ci de la primature, tombe. Dans le communiqué, elle prend le contre-pied des «mauvaises volontés » qui voudraient galvauder l’image du pays, regrette les douloureux événements qui ont ulcéré tout le pays tout en les qualifiant d’actes isolés.

Tout ceci pour esquiver justement la réalité. Le gouvernement mauritanien ne préférant pas appeler un chat, un chat ! En l’occurrence, la présence d’activistes scabreux sur le territoire mauritanien. Au même moment, les condamnations et les dénonciations contre l’assassinat des 4 touristes français continuent de pleuvoir. Même les partis politiques d’obédience religieuse comme le Parti National pour la Réforme et le Développement de Jémil Mansour blâme cet acte «barbare et lâche ».

Chacun semble être concerné. On condamne sur toute la ligne. Partis politiques, érudits religieux, organisations de la société civile, tout le monde semble être conscient du danger qui guette la Mauritanie. On semble dire que la Mauritanie n’est pas la Somalie ni le Pakistan encore moins l’Afghanistan où chaque jour des attentats ou attaques terroristes ont lieu. 

Les contrôles de sécurité  se renforcent sur les axes de route nationale du pays, sur les points névralgiques des centres urbains comme Nouakchott et au niveau des frontières notamment avec l’Algérie qui constitue la fourmilière, le lieu de refuge, de repli stratégique, d’encadrement et d’opération des groupes islamistes se revendiquant d’Al Quaida au Maghreb. 

La mobilisation est générale. Pas de répit surtout pour nos services de sécurité. Car, en effet, depuis plus de trois semaines, c’est tous les services de renseignement de la police, de la gendarmerie et de l’armée qui sont mobilisés dans le cadre de l’enquête de l’assassinat des 4 touristes français à Aleg le 24 décembre 2007. C’est une véritable chasse à courre qui s’engage à la poursuite des auteurs de cet assassinat qui ont pris la fuite vers le Sénégal en traversant le fleuve Sénégal appuyé en cela par des individus qui ont été à leur tour interpellés, appréhendés puis relâchés pour certains et incarcérés pour d’autres. 

4 janvier 2008, coup de tonnerre : le Rallye Paris-Dakar de l’édition 2008 est annulé pour des raisons d’insécurité. La raison d’Etat l’emporte.

Le gouvernement mauritanien semble être pris de court et choqué par la décision du gouvernement français de «déconseiller fortement » ses ressortissants à se rendre en Mauritanie.

La pilule sera amère et dure à avaler par la Mauritanie qui affirme que cette «décision » n’a aucun rapport avec la réalité en terme de sécurité dans notre pays. La bataille des communiqués ou plutôt la bataille diplomatique entre la France et la Mauritanie aura été pleine de suspens et de rebondissements, chacune essayant de légitimer sa position.

«C’est la sagesse qui a prévalu avec l’annulation du rallye » dira Michèle-Alliot Marie, la ministre française de l’Intérieur qui soutiendra qu’ «en ce moment, des groupes se réclamant d’Al Quaida ont la volonté de commettre des actions fortes et symboliques » contre les intérêts français. 

Ce n’est plus un doute, il existe bel et bien des activistes terroristes en Mauritanie. La preuve, de jeunes mauritaniens sont tout le temps recrutés à coup de dollar ou d’euro pour aller combattre dans les pays occupés par les occidentaux. 

Le vendredi 11 janvier 2008, au moment où une marche pour célébrer la journée nationale contre le terrorisme, on apprend que deux des trois présumés assassins des 4 touristes français tués le 24 décembre dernier à Aleg et considérés comme des proches d’Al Quaida sont appréhendés en Guinée Bissau. Ces derniers avouent n’avoir aucun regret d’avoir tué des «infidèles et des alliés américains » et «sont prêts à répéter le geste s’ils en ont encore l’occasion». 

Le message est à la fois édifiant et terrifiant car il révèle à n’en pas douter un crime avec préméditation. Le parcours de ces deux présumés est troublant à plus d’un titre. L’un des présumés du nom de Sidi Ould Sidna avait été arrêté en novembre 2006 pour appartenance à un groupe terroriste et aurait, selon des informations de la police mauritanienne, subi des entraînements militaires dans les maquis du GSPC algérien.

Et l’autre présumé arrêté du nom de Mohamed Ould Sidi Chabrnou aurait eu lui aussi des relations avec le GSPC et reçu une formation militaire. Naturellement, donc, on pourrait penser que ces deux jeunes se seraient connus en Algérie. Leur  appartenance à Al Quaida qui compte plus de 500 hommes armés dont 400 en Algérie et une centaine se déplaçant dans la zone sahélienne entre la Mauritanie et le Mali ne fait plus l’ombre d’un doute.

En outre, l’itinéraire pris par les jeunes terroristes montre l’existence de cellules dans les pays comme le Sénégal, la Mali, la Gambie, la Guinée Bissau et la Guinée Conakry. Ces deux jeunes auraient-ils été appréhendés sans le concours des roussins français qui n’ont cessé de pister les fugitifs dans leur fuite d’Aleg jusqu’à Bissau en passant par le Sénégal et la Gambie ?

Le fait qu’ils aient pu sortir du territoire mauritanien a surpris plus d’un et soulevé beaucoup d’interrogations. En attendant la capture du dernier présumé qui se trouve actuellement au Mali, a-t-on appris, l’enquête se poursuit. Depuis le début de cette affaire, 14 personnes sont arrêtées et entendues par la police dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat des 4 touristes français. 

Dans le cadre de la lutte contre l’activisme islamiste, on annonce l’arrivée de soldats américains qui vont former des unités méharistes mauritaniennes patrouillant le long de la frontière avec l’Algérie, le Sahara occidental et le Mali. Mais ceci suffira-t-il à venir à bout de l’expansionnisme dangereux des groupuscules armés se réclamant d’Al Quaida au Maghreb ? 

Quoiqu’il en soit, il faut prendre au sérieux l’existence d’un réseau d’hommes et de soutien logistique dont la réalité ne fait plus aucune suspicion. A cet égard, il faut noter que c’est la stabilité de la Mauritanie qui est en jeu. Ce pays, jusque là épargné des attaques terroristes risque de basculer dans le fondamentalisme religieux. 

Le fondamentalisme religieux, c’est le feu avec lequel les autorités ne devraient pas badiner au péril de se voir calciner les doigts. La tuerie des 4 touristes français et l’attaque mortelle d’El Ghallaouiya constituent à n’en pas douter des messages clairs et des avertissements sérieux. 

( 2 février, 2008 )

Collège de Tévragh-Zéina: Les élèves boudent les cours et les classes

La voie la plus rapide pour se faire entendre lorsqu’on n’est pas d’accord c’est de calciner des pneus et de barrer la route. Cette méthode, les élèves du Collège de Tévragh-Zéina, l’ont si bien appliqué ce samedi 26 aux environs de 10 heures. Ils étaient dans la rue pour protester contre les dernières mesures prises par le ministère de l’éducation nationale. 

Les potaches dudit établissement sont sortis en masse dans la rue en boudant ainsi les cours et les salles de classes pour dénoncer «les réformes» de la toute puissante ministre de l’éducation nationale, madame Nebghouha Mint Mohamed  Vall. De quoi susciter l’ire des collégiens et chauffer leur esprit ! 

«Nous n’en voulons pas de ces mesures ! », «Nous ne voulons pas apprendre les soirs ! », «Ce n’est pas normal »…Ces propos émanant de la bouche de quelques élèves manifestants sont clairs et prouvent que les dernières mesures sont mal accueillies. Certains y voient déjà une volonté de la part de la ministre de faire avaler aux enseignants et aux élèves des «décisions unilatérales» sans qu’ils rechignent. «Ce qui s’est passé est très regrettable. Je crois que c’est le résultat d’un manque de concertation entre le ministère de l’éducation nationale, le corps enseignant, les élèves et les parents d’élèves. On n’a pas demandé malheureusement notre avis », déplore Monsieur Bâ, professeur de français qui soutient que cette décision de faire une journée discontinue est impopulaire. «Je suis enseignant mais je suis aussi parent d’élève. Je sais ce que représente une journée discontinue financièrement et même par rapport aux problèmes que rencontrent les élèves pour trouver le bus». 

Difficilement acceptée par les élèves et les enseignants, cette mesure risque fort bien de perturber l’année scolaire et vient de jeter une véritable bombe dans la mare de l’école mauritanienne. «C’est une mesure qu’on aurait dû chercher à contourner ou en tout cas à ne pas prendre surtout dans cette période» prévient monsieur Bâ. «Il ne sert à rien de lancer des pierres parce qu’éventuellement, on peut blesser des personnes qui n’ont rien à voir avec cette affaire. On doit privilégier la concertation et faire le pour et le contre. Je pense que cette mesure est venue à un moment inopportun parce que nous sommes au milieu de l’année scolaire. On va tout changer et puis, il y a des parents qui n’ont pas les moyens.», rajoute son collègue qui n’a pas voulu décliner son identité. 

Une fois de plus, la ministre, celle qui ose toucher là où ça fait mal, est venu bousculer les choses. Et l’école mauritanienne n’est-elle pas en train de frôler une suite scolaire qui risquerait d’être trépidante. «Je ne pense pas. On n’ira pas jusque là », estime un enseignant. 

Ces manifestations constituent, à n’en pas douter, le début d’un mauvais signe de confrontation entre les différents acteurs de notre éducation nationale. Ceci est plausible d’autant plus que les récentes mesures prises par le ministère de l’éducation nationale, dans l’unilatéralisme, ont exacerbé les enseignants et les élèves. «Je pense que c’est un peu excessif. J’aurai préféré que la journée soit continue. J’habite loin. J’ai des enfants. Ça me coûtera très cher!», confie un enseignant. 

L’erreur de la part du ministère de l’éducation nationale, soutiennent certains enseignants, c’est d’avoir pris cette décision sans la moindre concertation avec les concernés. Pendant ce temps là, la fumée continuait de nous asphyxier. Finalement, les forces de l’ordre ne seront présentes qu’aux environs de 11 heures pour dissiper les manifestants qui ont bloqué la circulation durant plus d’une heure paralysant tout le trafic et astreignant les automobilistes à contourner cet axe routier passant devant l’hôtel Novotel. 

Comme pour apporter des arguments après coût, l’inspecteur général de l’éducation nationale a fait une sortie à la télévision nationale sans réellement convaincre. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 2 février, 2008 )

Exposition

«Regards sur le passé» par Mokhis 

Qui mieux que Mohamed Ould Sidi Mohamed, plus connu sous le sobriquet de «Mokhis», pouvait démarrer la première exposition des figures historiques ayant amorcé la Mauritanie moderne ? Ce jeudi 24 janvier, au musée national de Nouakchott, cet artiste hors pair, déjà connu de tout le monde, a confirmé une fois de plus tout ce qu’on pense de lui : qu’il est un génie artistique ! 

«C’est l’histoire de la Mauritanie que la nouvelle génération ne connaît pas que j’ai immortalisé ». Le dessein est là et cette phrase peut bien résumer succinctement la dévotion dans laquelle Mokhis a voulu entreprendre son vaste projet qui est celui de porter, à travers la peinture, ses «regards sur le passé», un projet qui lui a valu 6 mois de dure labeur, seul dans son atelier de création. 

Le thème de l’exposition («Regards sur le passé ») dont la cérémonie officielle a été présidée par la secrétaire générale du ministère de la culture et de la communication en présence du secrétaire général de la fondation Khattou Bint Boukhary, de Marième Daddah, de Mamadou Hadiya Kane, directeur de l’office national des musées est à la fois symbolique, pédagogique et culturelle. 

Culturelle, pédagogique et symbolique parce que cette exposition, la première du genre, a réussi à réunir les plus illustres personnages historiques ayant amorcé la Mauritanie moderne. Des émirs (Abderrahmane Ould Souéid Ahmed) aux hommes politiques( Moctar Ould Daddah) en passant par les marabouts(Baba Ould Cheikh Sidiya) sans oublier les grands chefs de tribus(Mohamed Ould Lab, de la tribu des Oulad Damane), rien n’a été laissé au hasard ni occulté pour trahir la mémoire collective. 

18 tableaux au total ! 18 regards différents sur le passé ! Chaque tableau est une histoire, une histoire à nous, une histoire qui appartient désormais à la postérité, une histoire à préserver des vicissitudes du temps et de la vie pour rester inaltérable ! Chaque collection est un pan de notre patrimoine, de notre civilisation, de nos vestiges, d’une poignée de personnes qui ont fortement marqué l’histoire de la Mauritanie contemporaine sur le plan religieux, politique et social. 

Les 18 tableaux n’ont laissé personne indifférente tellement c’est expressif et impressionnant par leur grandeur et leur stature. Tout le monde était là pour découvrir ce patrimoine : les amateurs d’art, les disciples, les autorités et surtout les amis. «C’est joli ! C’est magnifique ! Le ministère(de la culture et de la communication, ndlr) doit acheter toutes les œuvres. Regards sur le passé : c’est un thème très important et très intéressant», confie, l’air ému et la voix étouffée, madame Khadijétou Mint Ismail, artiste peintre. «Je trouve que c’est vraiment extraordinaire ! C’est ça qui représente notre diversité culturelle, notre héritage, notre histoire et notre mémoire. C’est aussi ça qui fait notre unité nationale et notre richesse», témoigne Mohamed Yahya, cet autre artiste peintre mauritanien plein de fougue. 

Mokhis n’a pas déçu ses invités et a prouvé qu’il est un artiste de grand talent pour paraphraser madame Marième Daddah qui avait dû mal à retenir son émotion. «Le thème qu’il a choisi n’est pas banal, n’est pas anodin. C’est le thème de la mémoire. La mémoire, nous y sommes tous attachés et nous savons que sans mémoire nous ne construirons pas un avenir digne de ce nom. Tous ces personnages sont émouvants. C’est bien Mokhis d’avoir jeté un lumineux coup de projecteur sur le passé de ceux qui avec leurs faiblesses et leurs défauts d’être des humains ont su au fil des siècles et même des millénaires déposer les strates de l’histoire. C’est là une remarquable contribution aux efforts de tous ceux qui rêvent la Mauritanie de demain faite de mémoire et de créativité.» 

Cet événement artistique a ému plus d’un. Au premier des rangs, le directeur de l’office national des musées, Mamadou Hadiya Kane qui a souligné le génie artistique et l’importance de cette œuvre nationale et citoyenne du peintre. «Au niveau historique, c’est fondamental parce que c’est des personnes qui ont marqué la vie politique de la Mauritanie dont la plupart d’entre eux n’étaient pas bien connus. Ça va être la première fois de voir ces personnes. Au niveau de l’art ou de l’histoire de l’art, c’est un travail extrêmement important parce que d’habitude, c’est des peintres spécialisés dans ce que l’on appelle la peinture historique ou bien spécialisés dans les portraits. Or, Mokhis a réussi la synthèse de tout cela. D’où l’importance. L’autre importance de cette exposition, c’est le mécénat parce que ça a été soutenu par la fondation de la première dame Khattou Bint Boukhary. » 

Cette œuvre monumentale, réalisée à partir de photos, n’est pas encore la propriété du musée national. Tout le monde a souhaité que cette merveille reste au musée national pour que l’ensemble des populations puisse en bénéficier. «On voudrait que ces tableaux restent ensemble pour constituer une étape importante de notre histoire. C’est des tableaux destinés à la vente mais on ne voudrait pas qu’ils soient vendus séparément. Le musée n’a pas malheureusement les moyens de les acheter mais ce qu’on souhaiterait c’est d’avoir une personne, une fondation qui achèterait tous les tableaux et qu’ils restent ensemble», a souligné le directeur de l’Office national des musées. 

Ayant compris que l’art peut bien jouer un rôle dans la réconciliation nationale, Mokhis vient de réaliser un chef d’œuvre historique en faisant d’une pierre deux coups : laisser un patrimoine aux générations à venir et réussir à réunir dans une exposition de  grandes figures historiques de la Mauritanie moderne. 

Parallèlement à cette exposition de Mokhis, l’acquisition d’un tableau représentant la mosquée de Chinghetty par le musée national a été inaugurée par la secrétaire générale du ministère de la culture et de la communication. Une œuvre de plus pour les collections de notre musée national ! 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

  

 

( 2 février, 2008 )

Pratiques esclavagistes:SOS Esclaves et l’AFCF sonnent l’alerte contre la «janjaouidisation »

L’Association des Femmes Chefs de Famille(AFCF) en collaboration avec SOS Esclaves a tenu une conférence de presse pour faire-part de leurs inquiétudes suscitées par des violations graves des droits de l’homme se rapportant aux pratiques esclavagistes. 

Pour sonner l’alerte contre «la janjaouidisation » qui commence à apparaître dans notre pays, Birame de SOS Esclaves n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour dénoncer cette nouvelle situation scabreuse. «IL y a des segments maures dans le monde rural qui commencent à se «janjaouidiser» à la manière du Soudan, avertit-il. Ils sont armés jusqu’aux dents et commencent à ouvrir le feu pour régler des comptes avec leurs anciens esclaves à l’occasion des litiges fonciers ». 

Pour convaincre l’assistance de la véracité de ses propos, il cite la localité de Dembat Atchan qui a été récemment sous les feux de l’actualité. D’ailleurs, quelques-unes de ces victimes de cette «janjaouidisation » dont fait allusion Birame ont été présentes, dans la salle de conférence, accompagnées de leurs parents ou de leurs proches. 

Il a par ailleurs mis garde contre certaines violations graves des droits de l’homme se rapportant à l’esclavage- agricole, domestique, sexuel- des cas, selon lui, qui peuvent «mettre la Mauritanie dans des situations de conflits intra-communautaires ». Tout ceci, à l’en croire, découle du refus de la part des autorités de réprimer les pratiques esclavagistes voire de les reconnaître. Les conséquences d’un tel refus sont vicieuses puisqu’il «cause beaucoup de frustrations et celles-ci font monter la tension ». 

La Mauritanie, actuellement, semble être sur une mauvaise pente notamment en matière de violations des droits de l’homme se rapportant à l’esclavage. Dans ce cadre, 7 femmes, d’ailleurs présentes à cette conférence de presse, ont été brutalisées et maltraitées, selon leurs témoignages, par la gendarmerie de Keur Macène, leur localité. Leur tort, c’est d’avoir refusé que leurs terres soient octroyées à un homme d’affaires maure. Ces cas sont fréquents, commencent à se généraliser sur l’ensemble du territoire national et constituent des risques potentiels de conflits. 

Les pratiques esclavagistes sexuelles sont légion aussi. Des filles continuent à être abusées par leurs maîtres sous la couverture du droit de cuissage. Parmi les victimes de ces pratiques, Toha Mint Ahmédou, elle aussi présente à cette conférence. Comme d’autres victimes, elle a été abusée et violée par son maître. Et actuellement, elle a un enfant que refuse de reconnaître son maître(voir l’interview avec Aminétou). 

La Présidente de l’AFCF, dépitée par cette situation des femmes victimes de la discrimination, des violences, d’exclusion et plus particulièrement de l’esclavage a affirmé que son association «luttera jusqu’à la dernière minute pour que chaque esclave retrouve sa liberté et sa dignité » avant de révéler «qu’il y a chaque jour, des milliers de victimes qui se présentent devant l’administration et qui n’ont aucune réponse que la soumission envers ceux qui les exploitent depuis des années ». 

 Ces nouveaux cas de pratiques esclavagistes relancent à nouveau le débat sur la problématique application de la loi n°048-2007 sur l’esclavage et les pratiques esclavagistes. 

                                    ………………….. 

L’Afcf va porter plainte devant les juridictions concernées concernant l’affaire Toha Mint Ahmédou

C’est une illusion de croire que les pratiques esclavagistes ont disparu en République Islamique de Mauritanie. On en veut pour preuve cette femme esclave du nom de Toha Mint Ahmédou qui a été abusée et engrossée par son maître Mohamed Ould Ahmed Baba qui a refusé de reconnaitre l’enfant âgé d’un an. Aminétou Mint Ely Moctar qui dirige l’Afcf a bien voulu nous en éclaircir davantage sur ce cas de pratiques esclavagistes. 

Le Rénovateur Quotidien : Maintenant que votre association a été mise au parfum de cette affaire, allez-vous à votre tour saisir la justice ? 

La justice locale a été saisie pour cette affaire mais rien a été fait dans ce sens. Apparemment, il y a une certaine complicité entre l’administration, le maître, la gendarmerie et le cadi. 

Le Rénovateur Quotidien : Pour le moment, que comptez-vous faire ? 

Nous allons d’abord essayer d’écouter les victimes et après nous allons essayer de porter cette affaire devant les instances juridictionnelles concernées pour qu’il y ait justice. Nous estimons que cet enfant a droit à la reconnaissance paternelle. La façon dont le père a abusé de la fille pour l’exploiter et l’endoctriner est une méthode à dénoncer et à punir parce que c’est une atteinte à l’intégrité physique d’une femme. C’est un cas d’esclavage avéré qu’il faut dénoncer et combattre. 

Le Rénovateur Quotidien : Il y a une loi criminalisant l’esclavage et les pratiques esclavagistes qui a été votée par le parlement.  Mais apparemment, elle n’a aucun impact dissuasif ? 

Cette loi, elle est très importante mais cela n’est pas suffisant. Ce qu’il faut, c’est d’abord des mesures d’accompagnement. C’est l’application de la loi elle-même pour que les auteurs de ces pratiques soient punis. Lorsqu’on applique cette loi sur un maître esclave, cela va être une expérience pour les autres. Ces derniers sauront que cette loi existe et qu’elle est applicable. Il y a le manque de vulgarisation, d’initiation des autorités locales et de l’appareil judiciaire sur cette loi. Et tant qu’il n’y a pas une punition sévère des auteurs de ces pratiques, on ne pourra pas avancer. 

Le Rénovateur Quotidien : La lutte ne sera pas facile. Pensez-vous que vous vous en sortirez victorieux ? 

C’est sûr parce que nous sommes dans l’heure de la mondialisation. Nous sommes dans un siècle qui ne permet plus l’exploitation de l’homme par l’homme, qui ne permet plus que des pratiques inhumaines restent et demeurent ancrées dans l’esprit des populations et existent dans nos sociétés. Maintenant, c’est vrai que c’est difficile, que la lutte est très longue mais nous espérons qu’avec la compréhension et la volonté de l’Etat, de telles pratiques vont disparaître. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 5 février, 2008 )

Ladji Traoré, Secrétaire Général de l’APP : « Israël reste pour nous le dernier régime colonial et ségrégationniste sur la terre. »

Après l’assassinat des quatre touristes d’origine française près d’Aleg le 24 décembre 2007 et l’attaque d’El Ghallaouiya ; soldée par la mort de trois soldats mauritaniens, notre pays vient de subir à nouveau une autre attaque terroriste. Autant cette attaque dont les auteurs n’ont pas encore été retrouvés est révélatrice d’une désapprobation de la présence d’Israël en Mauritanie, autant elle montre combien les relations entre la Mauritanie et l’Etat Hébreux peuvent se dégrader du jour au lendemain. Certains partis politiques sont connus pour leur radicalisme envers Israël. Parmi eux, l’APP. Dans l’interview suivante, Ladji Traoré, secrétaire général dudit parti, revient sur cette grande question qui divise l’opinion publique et la classe politique mauritaniennes.   

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous de l’attaque du 1er février contre l’ambassade d’Israël en Mauritanie ? 

Ladji Traoré : Nous, nous avons un principe très clair. Premièrement par rapport à la question d’Israël parce que c’est le fonds du problème.  Deuxième par rapport à la question du terrorisme en général. Je pense que l’un est lié à l’autre. On ne peut pas expliquer comme ça cette attaque. Il y a certes l’ambassade d’Israël qui se trouve à coté mais ce que l’on ne dit pas toujours et très clairement, c’est qu’il y a aussi un restaurant géré (VIP, ndlr) par un couple mauritano-français. Donc, il y a eu agression à la fois contre l’ambassade d’Israël mais aussi contre un établissement public. 

Le Rénovateur Quotidien : Cette attaque vous a-t-elle surpris ou non ? 

Ladji Traoré : Surpris, pas tout à fait. Parce que nous, depuis les événements d’Aleg, nous l’avons écrit et nous n’avons cessé de le dire, il y a une tentative d’instauration du terrorisme en Mauritanie. L’argument essentiel, c’est la présence de l’ambassade d’Israël en Mauritanie. Il y a aussi une frange de l’opinion qui est mécontente et contre les relations diplomatiques entre la Mauritanie et Israël. 

Le Rénovateur Quotidien : Cette attaque est intervenue trois semaines après l’organisation d’une journée nationale contre le terrorisme. 

Ladji Traoré : Je pense que nous avons eu une manifestation à caractère unanime qui va des partis qui soutiennent la majorité présidentielle  jusqu’aux courants islamistes en passant par l’ensemble des partis de l’opposition à l’exception de l’AJD/MR et du RFD. L’ensemble de la classe politique mauritanienne a pris la route pour dénoncer publiquement le terrorisme dans notre pays. 

Le Rénovateur Quotidien : On connaît la position de votre parti sur la question israélienne. A votre avis, est-ce que la Mauritanie gagnerait à rompre ses relations diplomatiques avec l’Etat Hébreu ? 

Ladji Traoré : Qu’est-ce que la Mauritanie gagne dans ses relations avec l’Etat Hébreux ? Je vais faire un petit recul parce que je crois que nous sommes rattrapés par notre histoire contemporaine. Les seules motivations qui ont fait qu’il y a 10 ans Maaouiya Ould Sidi Ahmed Taya a noué des relations diplomatiques avec l’Etat d’Israël, c’était premièrement son isolement sur le plan international, africain et arabe. Il s’est donc rapproché d’Israël et notamment des protecteurs d’Israël, les Etats Unis d’Amérique pour mieux avoir des facilités avec les bailleurs de fonds qui sont très influençables par les Etats Unis d’Amérique. Par conséquent, l’établissement des relations diplomatiques dans le temps par le régime mauritanien est en droite ligne de la crise que nous vivons actuellement. Nous, nous sommes contre ces relations. Pourquoi ? Parce que nous, APP, nous sommes pour la libération des peuples, pour l’autodétermination des peuples que ce soit en Palestine, au Sahara occidental ou ailleurs. Dès le début, nous avons dénoncé sous Maaouiya, les relations qui existaient entre la Mauritanie et ce que nous appelons l’entité sioniste. L’actualité fait aujourd’hui qu’il y a une recrudescence contre la présence d’Israël dans notre pays en raison de ce que fait le régime israélien à Gaza contre les populations palestiniennes. Ce qui se passe à Gaza est intolérable. C’est ce qui explique sans nul doute la réaction de cette manière de certaines forces terroristes mauritaniennes qui sont dans la droite ligne du courant islamiste. Mais nous, nous ne sommes pas pour le terrorisme. Nous sommes pour la rupture des relations diplomatiques avec Israël pour lesquelles nous pensons que notre pays ne gagne rien. 

Le Rénovateur Quotidien : Et pourtant, malgré tout ce que vous dites là, on a constaté qu’au sein même de l’opinion publique ou de la classe politique mauritanienne, cette question divise… 

Ladji Traoré : C’est vrai qu’il y a  des attitudes distanciées. Je sais que dans certains milieux et dans une bonne frange de la population, les gens analysent cela comme des relations banales. Pour nous, il n’en est rien parce que Israël reste pour nous le dernier régime colonial et ségrégationniste sur la terre. Certainement, les prises de conscience et les positions politiques peuvent être différenciées. Nous ne voyons pas d’ailleurs concrètement en termes de coopération ce que Israël rapporte en Mauritanie. Nous avons en construction un hôpital en cancérologie. L’hôpital est là depuis plus de 5 ans en construction. Il ne voit pas le jour. Il ne finit pas. Certains malades mauritaniens auraient même des scrupules à aller se soigner dans un hôpital israélien. C’est dire à quel point l’unanimité de l’opinion qui très est sensible à ces relations avec Israël. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous demandez qu’on rompe les relations diplomatiques avec Israël. Mais en réalité, c’est un acte difficile à prendre. 

Ladji Traoré : Mais quelle difficulté y a-t-il ? Est-ce qu’il y a des intérêts économiques, politiques et culturels ? Les relations diplomatiques sont essentiellement basées sur les intérêts des états. Nous pensons que dans le cas présent, nous n’avons aucun intérêt particulier avec l’Etat d’Israël. 

Le Rénovateur Quotidien : On parle, depuis longtemps, de cette rupture diplomatique, mais on a l’impression que les hommes politiques n’osent pas franchir le rubicond ou faire le premier pas. C’est toujours le même refrain. 

Ladji Traoré : Nous pensons que les événements actuels vont, avec l’indignation du peuple mauritanien et l’expression de son sentiment quasi unanime, inciter les pouvoirs publics à réfléchir et à accélérer le processus de la prise de cette décision. 

Le Rénovateur Quotidien : Ne pensez-vous pas que vous êtes en train de jouer avec le feu ? 

Ladji Traoré : Quel feu ? Nous, nous sommes sur le terrain politique et diplomatique. Il y a d’autres qui sont en train de jouer à leur manière et nous n’avons pas eu de gêne à les dénoncer parce qu’en politique, il y a deux méthodes. La méthode démocratique et pacifique d’un coté et les méthodes terroristes de l’autre comme cela est en train de se faire dans notre pays. Le Rénovateur Quotidien : En tenant un discours radical sur Israël, n’avez- vous pas ouvert la brèche aux groupes terroristes qui en ont profité avec cette attaque ? 

Ladji Traoré : Pas du tout parce que nous, nous avons un discours de principe, un discours politique depuis toujours, un discours de soutien à la lutte du peuple palestinien. Est-ce que c’est parce que le terrorisme existe que nous ne devons plus défendre une cause ? Nous combattons à la fois la domination coloniale d’Israël et le développement du terrorisme en Mauritanie sans aucune ambiguïté. 

Le Rénovateur Quotidien : On parle de plus en plus de l’imminence d’un remaniement gouvernemental. L’APP, partira ou restera-t-elle dans l’attelage du gouvernement ? 

Ladji Traoré : Nous pensons qu’à l’issue des élections présidentielles, il s’est dégagé une majorité présidentielle et une opposition. Le remaniement de tous les jours et de toutes les semaines dont vous faîtes écho vient du bord de ceux qui prônent un gouvernement d’union nationale où il n y aura plus de majorité présidentielle ou d’opposition. Je pense que cette solution n’a pas porté des fruits positifs en Afrique. Il faut qu’il y ait une majorité qui gouverne et une opposition conséquente qui s’oppose de manière démocratique et patriotique. Si la majorité présidentielle sait que l’opposition a raison, elle doit l’écouter. Si l’opposition sait que la majorité est sur la bonne voie, elle doit pouvoir l’encourager et l’appuyer. 

Le Rénovateur Quotidien : L’APP a actuellement l’air fébrile et on constate de plus en plus le départ et le ralliement de vos cadres et militants dans d’autres partis politiques. N’avez-vous pas peur pour l’avenir de votre parti ? 

Ladji Traoré : Ces nouvelles ne sont pas ce que nous constatons. L’APP a enregistré jeudi dernier une arrivée massive de personnalités et de cadres à Nouakchott. A l’intérieur du pays aussi, nous constatons un rush de l’APP. L’opinion comprend davantage les positions de l’APP. Nous avons toujours combattu et refusé de nous taire. Ni sur le problème israélien, ni sur le retour des déportés ni sur le problème de l’esclavage. Alors que beaucoup faisaient bouche cousue. Au contraire, je pense que ce qui se passe sur la scène politique, c’est la concrétisation de la justesse des positions politiques de l’APP sur un certain nombre de problèmes majeurs du pays. Je ne suis pas au courant qu’il y ait une défection de cadres de l’APP. 

Le Rénovateur Quotidien : Quelle est votre réaction sur l’arrivée de la première vague des réfugiés mauritaniens qui sont revenus à leur pays après 18 années d’exil forcé ? 

Ladji Traoré : Nous avons salué de nos vœux cet événement. Nous avons envoyé une délégation d’accueil. Maintenant, nous attendons la réunion prochaine de la commission d’orientation sur les problèmes des réfugiés et des déportés pour aller voir concrètement comment ces gens sont accueillis. Qu’est-ce qui est envisagé et selon quel agenda les problèmes d’intégration et de réinsertion des réfugiés ?   

Le Rénovateur Quotidien : On remarque de plus en plus la recrudescence des problèmes fonciers en Mauritanie. 

Ladji Traoré : Nous assistons en Mauritanie, mine de rien, à une recrudescence intérieure des luttes politiques et des luttes sociales parce que le programme d’application du Président de la République n’est pas approuvé par tout le monde. Les anciens propriétaires veulent entériner leurs titres traditionnels sur la terre et chasser systématiquement ceux qui cultivaient les terres depuis des siècles Le retour des déportés dérange beaucoup de gens. Il faut bien le dire. Ce n’est pas l’unanimité. Le problème de l’esclavage et les changements sociaux dérangent énormément aussi des milieux. 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye 

( 5 février, 2008 )

Regards croisés sur l’attaque contre l’ambassade d’Israël

L’attaque du 1er février contre l’ambassade d’Israël dans notre pays continue de susciter des réactions de toute part notamment dans certains partis politiques comme le Rassemblement pour l’Egalité et la Justice(REJ) dirigé par Cheikh Sid’Ahmed Dieng et le Parti du Rassemblement Populaire(PRP) dirigé par Mohamed Ould Nanah. 

Le Rénovateur Quotidien : Comment avez-vous accueilli la nouvelle de l’attaque contre l’ambassade d’Israël en Mauritanie ? 

Cheikh Sid’Ahmed Dieng : Nous considérons que cette attaque a été perpétrée par des gens isolés. C’est des comportements que nous dénonçons parce que nous luttons contre toute forme de violences particulièrement des attaques perpétrées contre des hôtes de la Mauritanie. Nous considérons que c’est des attaques qui versent directement dans la destruction de notre démocratie naissante. 

Mohamed Ould Nanah : Depuis deux semaines, certains partis politiques ont commencé à agiter la rue qui ne comprend pas la valeur des relations diplomatiques entre notre pays et Israël et l’importance du dialogue civilisationnel. Nous constatons que notre pays est menacé et il a besoin de grands nationalistes qui peuvent jouer le rôle de régulateur au niveau de l’opinion publique. Israël est un Etat important pour nos relations dans l’avenir. Nous sommes un pays qui a besoin des autres. Si nous rompons nos relations avec Israël, nous démissionnons du dialogue civilisationnel et nous ne l’accepterons pas. C’est pourquoi, nous avons refusé catégoriquement de signer une lettre adressée au Président de la République pour rompre nos relations diplomatiques avec Israël.   

Le Rénovateur Quotidien : Pensez-vous qu’à la suite de cette attaque que les relations diplomatiques entre la Mauritanie et l’Etat Hébreu vont survivre ? 

Cheikh Sid’Ahmed Dieng : Cette attaque ne peut en aucun cas ternir les relations entre la Mauritanie et Israël. Je pense que c’est des attaques qui ne ciblent pas réellement l’Etat d’Israël. C’est des attaques qui ciblent la consolidation de l’unité nationale et le développement de la démocratie dans notre pays. 

Mohamed Ould Nanah : Cette attaque n’est pas seulement une attaque contre l’ambassade d’Israël mais c’est une attaque contre la consolidation de notre démocratie. C’est des extrémistes, des chauvins qui cherchent à s’imposer par la violence. C’est l’avenir de notre pays qui est menacé. Nous ne sommes pas remués par notre passion personnelle. Nous demandons à notre gouvernement d’être vigilants et d’assurer la sécurité des personnes. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que cette attaque ne va pas jeter de l’huile sur le feu dans les relations diplomatiques entre la Mauritanie et Israël ? 

Cheikh Sid’Ahmed Dieng : Des attaques sont perpétrées partout dans le monde ! Je pense que le gouvernement mauritanien est assez responsable pour gérer ces situations de turbulences ourdies par des extrémistes acharnés. 

Mohamed Ould Nanah : Je suis sûr que l’Etat d’Israël est un Etat civilisé. Les Israéliens savent qu’il y a beaucoup de mauritaniens qui sont pour le maintien des relations entre la Mauritanie et Israël. Il y a des chauvins qui cherchent à détruire toute sorte de relations. Quelqu’un qui utilise les armes, on ne sait plus ce qu’il est en train de faire. Actuellement, notre pays est sur un pont. Nous cherchons à véhiculer un discours civilisé et qui accepte les autres. 

Le Rénovateur Quotidien : Tous les partis politiques, dont les vôtres, ont condamné cette attaque. Pensez-vous que ces condamnations vont stopper l’élan des extrémistes comme vous dites ? 

Cheikh Sid’Ahmed Dieng : C’est vrai que tous les partis politiques ont condamné ces agissements violents mais au-delà des condamnations que nous portons contre de tels agissements qui ne sont rien d’autre que de la récupération politique, nous considérons que les questions nationales doivent être privilégiées et encouragées.   

Mohamed Ould Nanah : Effectivement ! Je pense que ces extrémistes doivent être combattus par le renforcement de nos lois et par la vigilance des intellectuels qui comprennent les enjeux de demain. Nous avons besoin de sauver notre face en tant que mauritanien. 

Le Rénovateur Quotidien : On sait que la Palestine est le nœud de tout ce problème. Quelle est votre position par rapport à cette question ? 

Cheikh Sid’Ahmed Dieng : L’intérêt que nous portons à la réalisation et à la sécurité de l’Etat de Palestine relève d’une préoccupation profonde. Cette position nous conforte dans notre conviction ferme de protéger la paix dans le monde en privilégiant toujours le dialogue avec tous les protagonistes de même la lutte contre toute forme de violence et d’injustice ou qu’elle soit et particulièrement dans notre pays doit faire l’objet d’une analyse objective et suivie d’actions appropriées.   

Mohamed Ould Nanah : Notre position est très claire sur cette question. On ne peut pas être contre le peuple palestinien. Les Israéliens et les Palestiniens sont condamnés à vivre ensemble. La seule solution à ce problème est la solution du dialogue pacifique, la solution des nations unies. Ce n’est pas la violence qui viendra à bout de ce conflit et les Palestiniens doivent le comprendre. Une fois que les Palestiniens le comprennent, je pense que les Israéliens vont trouver une solution. 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

( 5 février, 2008 )

Les métiers de la coiffeuse: Un secteur en plein essor ?

En quelques années, les salons de coiffure ont investi la ville de Nouakchott. Face à une demande en croissance exponentielle, une économie lucrative s’est mise en place.  Devenus un secteur lucratif, les métiers de la coiffeuse attirent de plus en plus de jeunes filles. Mais, il n y a pas que cela. Ceci n’est que la partie visible de l’iceberg.

Il y a aussi des risques énormes que courent les coiffeuses surtout pour celles qui ne sont pas issues des centres de formation professionnelle en coiffure et esthétique. «Le professionnalisme est beaucoup recherché dans le marché de la coiffure, affirme Rouguiya Diaw, assistante de direction au centre de formation professionnelle en coiffure et esthétique, Exotifs.

Nous exigeons beaucoup de nos candidates qui voudraient suivre une formation en coiffure. Il faut d’abord qu’elles sachent lire et écrire parce que les coiffeuses travaillent avec des produits chimiques. Avant de les utiliser, il faut d’abord les connaître. Il y a des notices et des normes d’utilisation. Dans les salons, nous voyons des filles qui utilisent des produits sans pour autant les connaître. » 

Impossible d’y échapper, les salons de coiffure pullulent partout à Nouakchott et proposent divers services de coiffure (coupe de cheveux, tissage, bouclage, brushing, mèches, balayage…), des soins de beauté(visage, pieds, épilation…) et d’autres proposent également en vente des produits de beauté, des cheveux naturels et des accessoires de tissage. 

Signes des temps modernes, de plus en plus, les filles choisissent les métiers de la coiffeuse. Mais pour quelles raisons ? Les concernées livrent leurs ‘petits secrets’ sans pour autant prouver les raisons d’in tel choix. 

«C’est une question de passion et de goût », pense Aida, coiffeuse à Premier et gérante du salon ‘Wa Keur Baye Niasse’. «C’est un métier qui fait évoluer, qui permet de connaître beaucoup de gens, de rencontrer toute sorte de personnes, de s’épanouir, de se faire plaisir, de faire plaisir aux autres, de découvrir beaucoup de choses dans la vie… », explique madame Chaitou Sana, coiffeuse à Tévragh-Zéina et propriétaire de ‘Salon Myriam’.

On constate de plus en plus un intéressement grandissant des métiers de la coiffeuse. «La coiffure est un métier qui rapporte beaucoup. Quand on gère bien, on peut bien gagner sa vie », pense aussi Yéni Diop, coiffeuse à Médina 3 et spécialisée dans le brushing, la coupe de cheveux et la teinture. 

Pour être belles et agréables aux yeux de leurs maris, de leurs amants, de leurs confidents ou de leurs concubins, nos femmes sont prêtes à faire tous les sacrifices inconcevables voire dépenser des sommes colossales. Ainsi donc, les salons de coiffure, les centres d’esthétique, les boutiques de cosmétique et les hamames, autrefois peu répandus, sont pris d’assaut par la junte féminine mauritanienne.

C’est une véritable course à l’élégance et au charme artificiel qui ont supplanté la nature et les mœurs. C’est vrai que nos femmes se sont toujours préoccupées de leur élégance, de leur beauté et surtout de leur carnation. Mais que cache une telle ruée effrénée vers ces «lieux de beauté» qu’on retrouve presque dans chaque coin de rue de Nouakchott. «C’est vouloir se déterminer, confirmer sa personnalité. C’est tout simplement un bien-être. C’est naturel ! Il n’y a aucune obligation », confie madame Chaitou Sana. 

Non seulement, les métiers de la coiffeuse souffrent d’un manque de valorisation mais ce secteur est marqué aussi par l’anarchie et la désorganisation. Les salons de coiffure poussent comme des champignons partout à Nouakchott. Une situation mal vue par certaines coiffeuses professionnelles dont madame Chaitou Sana qui s’insurge contre certains «charognards » qui ont investi ce secteur et voudraient en faire un fonds de commerce. «Si on est du métier, on est obligé de vivre avec les problèmes qu’on rencontre. Si quelqu’un n’est pas du métier, il ne sent pas la douleur ni la difficulté encore moins la fatigue morale ou physique », explique-t-elle avec un brin d’amertume.   

Exerçant depuis plus de 18 ans dans la coiffure, madame Chaitou Sana voit d’un mauvais œil la prolifération tous azimuts des salons de coiffure qui provoquent la concurrence des prix. «Si une coiffeuse qui est dans les quartiers périphériques de Nouakchott propose par exemple 700 UM et qu’une autre qui est à Tévragh-Zéina propose 2500 UM, cela va provoquer la concurrence des prix. Certaines clientes font la différence entre le métier, le professionnalisme et le service et d’autres entre le prix et le service. C’est dommage que les gens ne sachent pas différencier en Mauritanie. Une cliente est chiche de vous quitter à cause de 500 UM de différence !» 

Face à la prolifération des salons de coiffure, un marché sauvage s’est mis en place. «Cela nous dérange un peu, avoue Rouguiya Diaw. Nous avons même créé un syndicat pour cela. Dans tout métier, il faut qu’il y ait des réglementations. Nous sommes en train de nous battre contre cette prolifération de ces salons de coiffure. » 

Avec un marché porteur, nombreuses sont les jeunes filles ou les femmes qui ont investi les métiers de la coiffeuse. Certaines sont sorties des centres de formation, d’autres dans les salons de coiffure. Un marché parallèle ! «Il y a des salons qui forment mais à la fin de leur formation, les élèves ne reçoivent pas de diplômes ou une attestation de formation », précise Rouguiya Diaw. Ces centres de formation travaillent comme les écoles normales c’est à dire qu’ils font des examens, des devoirs, des évaluations contrairement aux salons de coiffure. 

Les produits utilisés, la main d’œuvre, les employés, les frais de loyer, d’électricité et d’eau constituent de véritables casse-tête pour les tenancières de ces ‘lieux de beauté’. 

La concurrence devient de plus en plus rude pour appâter les clientes face à la cherté des produits et du matériel. «Chaque année, on a un changement de prix et les gens refusent de comprendre ce que c’est qu’un changement de prix. On ne peut rien faire sans utilisation de produits ou de matériel », fait remarquer madame Chaitou Sana. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 13 février, 2008 )

Marchés de la capitale et de 5ième: Les autorités font la barbe aux vendeurs

Les autorités ont décidé, cette fois-ci, de mettre fin à l’occupation illégale et parfois même anarchique des voies publiques notamment au bord des grands marchés comme ceux de la capitale et de 5ième. Une mesure qui est loin d’être appréciée par les déguerpis qui n’en croyaient pas de leurs yeux !

 C’est un véritable coup de pioche que les vendeurs ont reçu sur leur tronche ce jeudi 7 février. Hagards, ils semblent être pris de court par la rapidité des événements et pourtant, on les avait bien avertis quelques jours auparavant. «Nous avons informé et sensibilisé la population pendant 4 jours », se défend la maire de Sebkha, Raby Chérif Aidara, trouvée au marché de 5ième. Accompagnée d’une équipe du Ministère de l’Habitat et de l’Equipement, madame la maire est descendue sur le terrain pour constater de visu l’état d’avancement des opérations de déguerpissement. «Nous sommes là pour la population. Nous représentons la populations », déclare-t-elle avant d’affirmer qu’ils(les élus locaux, ndlr) ont reçu l’ordre de ‘faire déguerpir les gens qui occupent illégalement les espaces publics notamment au bord des marchés’. 

Afin de protéger les marchés et les populations, contre des risques d’incendie et autres, le gouvernement de Zéine Ould Zéidane a décidé de prendre le taureau par les cornes : déguerpir les vendeurs des voies publiques. Et, malgré l’opiniâtreté et l’obstination de ces derniers, le gouvernement semble être déterminé à aller jusqu’au bout de sa logique. Mais cette énième mesure de déguerpissement connaîtra-t-elle un succès. Car, pour certains, elle n’est pas la première et ne sera pas la dernière non plus. «La population mauritanienne n’est pas habituée à ces genres de choses. Elle est habituée à vivre dans l’illégalité. Je crois que les gens vont comprendre notre action », dit-elle en déclarant que les raisons d’un tel déguerpissement sont d’ordre sécuritaire. «Ces temps-ci, fait-elle remarquer, nous avons pu recenser beaucoup d’incendies, de fusillades et d’incendie. C’est pour cela, tout le gouvernement plus les élus locaux se sont réunis pour lutter contre ces problèmes ». 

En effet, cette disposition intervient quelques jours après le terrible embrasement du marché des planchers situé à quelques mètres des kebbas d’El Mina occasionnant d’importantes pertes financières. Avec ce déguerpissement, c’est des milliers de famille qui retombent dans l’inquiétude et le désespoir. Car, si certains ont dû mal à dissimuler leurs craintes d’autres par contre ont dû mal à ruminer leur colère. «Nous sommes des mères de famille et nous dépendons beaucoup de notre labeur, confie Ba Boye, habitante de Kouffa, dans la colère et la frustration. Avant de déguerpir les gens, il faut préalablement leur chercher des espaces où occuper. Les policiers ont passé tout leur temps à nous lancer des grenades lacrymogènes ». «Depuis plus de 20 ans, nous sommes là. Nous, les vendeuses de poissons, nous sommes fatiguées de ces provocations. C’est comme si nous n’étions pas de ce pays. Et pourtant, chaque jour, nous payons entre 300 et 400 UM. Non seulement, ils nous déguerpissent de manière sauvage mais ils nous maltraitent », renchérit une autre dame. 

Deux jours après le drame, certains sont revenus, notamment des femmes, pour récupérer dans les décombres, les dépôts d’ordures, ce qui peut l’être davantage. D’autres, nonobstant la présence des éléments de la police et de la gendarmerie qui veillent au grain, continuent de braver l’interdit. D’autres encore essaient de résister mais à leur manière. «Nous restons là malgré nous. C’est vrai que c’est interdit de s’installer ici mais nous n’avons pas d’autres solutions », confie un grilleur de viande. 

C’est vrai que Nouakchott est devenu une ville encombrante, que notre capitale ressemble à un taudis, que les voies publiques sont envahies de jour en jour par des cohortes de miséreux, que cette mesure participe à aérer les espaces occupés. Mais est-ce une raison suffisante de pourchasser comme des bêtes des familles entières qui n’ont d’autres sources de revenus que ce qu’ils gagnent de leur labeur. Et certains reprochent aux autorités de s’être lancées dans une telle entreprise sans avoir pris assez de précaution et jettent la responsabilité sur le compte de l’Etat mauritanien. «Ces gens-là sont installés ici depuis combien de temps ? On a tout fait. On est allé voir les autorités. Elles n’ont rien fait. C’est une situation qui risque d’être dangereuse, si on ne trouve pas des solutions et des mesures très rapides. Il faut prendre des mesures d’accompagnement. Quand on décide de dégager les gens, il faut les prévoir un lieu », fulmine un riverain du marché 5ième qui pense par ailleurs que la faute incombe aux autorités surtout locales qui ont laissé pourrir la situation. «L’Etat doit aménager des marchés de poissonnerie modernes pourvus d’eau », préconise Coly Sow, agent d’hygiène qui estime que c’est la seule solution pour venir à bout de cette ‘pagaille’. «Si les autorités veulent que cette pagaille cesse, elles doivent aménager des espaces destinés uniquement aux vendeuses de légumes, de poissons et de viande », rajoute-t-il. 

Jusqu’où ira cette mesure ? Ou est-ce une manière de faire du boucan ? Les autorités iront-elles jusqu’au bout de leur logique ? Face à des populations déterminées, les autorités vont-elles lâcher du lest ? 

Comme pour convaincre les populations, Raby Chérif Aidara avancera que toutes les dispositions ont été prises par le gouvernement pour recaser les déguerpis qui semblent ne pas croire de telles choses. Mais entre la prise de décision et la réalisation d’un projet dans les faits, c’est toute une éternité. En Mauritanie, nous sommes tellement habitués à des retournements de situation, que certains pensent déjà que cette mesure n’aura pas de succès. «Là où je suis, je suis avec l’équipe du plan et de l’aménagement du ministère de l’habitat et de l’équipement pour nous aider à borner  les lieux », rassure la maire de Sebkha. 

Ces lieux se trouvent derrière le dispensaire de Basra et le marché de Kouffa. 

Babacar  Baye Ndiaye 

( 13 février, 2008 )

Festival International des Musiques Nomades de Nouakchott

Un festival pour valoriser les artistes mauritaniens 

Créé en 2004, le Festival International des Musiques Nomades de Nouakchott, première manifestation annuelle de dimension internationale dans le pays, a contribué ces dernières années à dynamiser la vie musicale en Mauritanie. Fort du succès des premières éditions, son rayonnement et sa pérennisation lui permettent aujourd’hui de rejoindre les grandes manifestations culturelles existant déjà dans les grandes villes africaines, telles que Dakar, Ouagadougou, Bamako, Marrakech, Fès, etc. 

Thématisé autour des musiques nomades, ce festival valorise les artistes mauritaniens, mais invite également des musiciens issus des cultures nomades du monde entier à se produire en Mauritanie. Ce «nomadisme musical » s’entend aussi et bien sûr dans sa dimension contemporaine. Sensible à la mondialisation des échanges artistiques et culturels, le Festival favorise les rencontres «transculturelles », entre tradition et modernité, associant les artistes de cultures différentes et les technologies contemporaines sur des projets artistiques inédits. Enfin, le projet développe, à l’occasion de la manifestation, un volet formation des artistes, des équipes administratives, techniques et logistiques du pays, destiné à la pérennisation de la manifestation à moyen terme, et la professionnalisation des artistes. Le festival se déroule sur cinq jours, du lundi 7 au vendredi 11 avril 2008, dans toute la ville de Nouakchott. Le grand stade au cœur de la commune du Ksar est aménagé en espace de concert : accès public, grande scène équipée d’un système d’éclairage et de sonorisation d’envergure pour l’accueil des concerts internationaux destinés à un large public venant de toute la ville. Deux groupes internationaux invités se succèdent sur la scène chaque soir du 8 au 12 avril 2008. Toute la ville s’animera pendant le temps du festival. Une antenne permanente sera mise en place avec les relais locaux (mairies, associations…) dans plusieurs quartiers des communes (moughataas). Chacun des quartiers accueillera quotidiennement en fin d’après midi près de 20 concerts de chanteurs et musiciens de la scène mauritanienne. 

 

Les veillées sous la ‘Khaima’Autour de minuit, après les concerts du Ksar, le CCF accueille sous la khaïma, dans une ambiance conviviale et « acoustique », les grands artistes traditionnels, maîtres des musiques maures et négro-africaines, virtuoses du chant, du tidinit, de l’ardine et des percussions… Ils inviteront le public, les professionnels et les journalistes étrangers à entrer dans la nuit en musique, en découvrant la richesse du répertoire traditionnel qui a traversé les époques jusqu’à nos jours.  

Une rencontre professionnelle 

« La circulation des artistes entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne ». Cette table-ronde réunira les responsables festivals et grandes manifestations musicales du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne autour des enjeux de la circulation et le formation des artistes : Festival Timitar / Essaouira (Maroc), Festival au Désert (Mali), Festival Hip Hop de Ouagadougou (Burkina Faso), Festival El Jem (Tunisie), Africa fête (Sénégal), Transsaharienne des Arts et de la Culture (Niger) etc… 

Le ‘campement du festival’ 

Le CCF accueille le campement du Festival : bureau d’information, point presse, expositions, conférences, restauration… Sous une grande khaïma, un espace convivial de rencontre est aménagé pour la durée du festival. 

Une sélection de 4 groupes mauritaniens  «émergents» sera présentée au public chaque soir à 17h dans la salle de concert du CCF, avant les grands concerts de soirée. Accompagnés dans le cadre d’une formation à la scène, ils représentent la nouvelle génération d’artistes mauritaniens qui, bientôt, sillonnera les routes africaines et européennes avec leurs instruments. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

( 13 février, 2008 )

Brigitte Ould Daddah, artiste plasticienne

« La Mauritanie est un pays d’humanité. Où que vous alliez, il y a cette chaleur humaine dans toutes les couches de la population » 

 

Le fait d’être l’épouse d’Ahmed Ould Daddah, le chef de file de l’opposition démocratique, ne l’a pas transfiguré. Sobre, elle l’est jusqu’à la moelle de ses os. Pour preuve, on ne l’entend presque pas. «C’est moi qui ai toujours voulu me mettre en arrière », explique-t-elle. Ce lundi 11 février, elle exposait ses ‘tapisseries en patchwork’ au centre culturel français de Nouakchott, Antoine de Saint-Exupéry.

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que c’est votre première fois d’exposer au Centre Culturel Français ? 

Non ! J’expose depuis 20 ans. J’ai commencé à Bangui en République Centre africaine(ndlr : R.C.A) où on était en poste(avec Ahmed Ould Daddah, son mari, ndlr). J’ai exposé ici(au CCF, ndlr), il y a 15 ans, lorsque je suis revenue. Ce n’est pas ma première fois d’exposer au CCF. Tous les deux ans, j’expose ici, depuis 1992. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Très peu de mauritaniens connaissent les techniques du patchwork ! C’est quoi exactement ? 

Le patchwork, c’est un assemblage de tissus. On coupe le tissu en petits bouts, en carré ou en longueur. Après, je les couds ensemble pour faire une harmonie de couleurs. Chaque bout a une couleur différente. J’ai appris ça en Bangui, figurez-vous, avec une française qui l’avait appris d’une américaine. Mais c’est une technique extrêmement courante en Amérique. Ça s’appelle Log-Cabin. On commence avec un support d’un tissu blanc, on trace des lignes et ensuite on commence au milieu et on fait les tours. Ce qui fait qu’on a de petits carrés de 10 cm sur 10. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Chinguetti, Oualata, Boutilimit, Nouadhibou, Bogué…Que représentent ces villes pour vous ? 

Rien de spécial ! Pas plus que les autres villes ! Ça représente la Mauritanie. C’est la lumière de la Mauritanie. C’est le dépouillement aussi des villes. Parce que c’est des villes au bord de l’eau. C’est des villes sahariennes. Les villes ne représentent pas quelque chose de spécial. C’est des impressions ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Comment faites-vous pour confectionner de telles tapisseries ? 

Je les fais toute seule avec le plus grand plaisir. Personne ne touche ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous jouez beaucoup sur les couleurs aussi. 

C’est ma manière de travailler. J’aime les couleurs. J’aime travailler avec les couleurs et parfois aussi avec les non -couleurs c’est à dire les couleurs beiges. Il faut qu’il y ait toujours quelque chose qui ressort. Cette fois-ci, ce n’est pas trop beige, sauf Nouadhibou(parmi ses tableaux exposés, il y en a un intitulé ‘Nouadhibou’, ndlr). Je joue avec les couleurs, c’est vrai. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Il vous a fallu combien de temps pour préparer toute cette merveille ? 

Une année de préparation ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : La religion est présente aussi dans vos tableaux à travers l’évocation des lieux de culte ? 

C’est la tonalité de la Mauritanie. Ce n’est pas que la religion. C’est une spiritualité qui ressort de l’environnement, qui donne une sorte de paix dans l’âme. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Peut-on penser que vos tableaux que nous avons ce soir (11 février, ndlr) reflètent bien tout ce que vous avez vu ou vécu pendant une ou des années ? 

C’est un peu mes sentiments vis à vis de mon environnement et plus aussi de mes voyages ailleurs, de mon origine danoise. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce que cela vous a fait de voir tout ce public venu nombreux pour admirer votre travail ? 

Ça m’a fait grand plaisir. A chaque fois que j’expose, il y a un monde fou. Seulement, la presse ne s’intéressait pas beaucoup avant. Afin, ce n’est pas qu’elle ne s’intéresse pas. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Comment expliquez-vous le fait qu’on ne vous entende presque pas ? 

C’est moi qui ai toujours voulu me mettre en arrière. Je ne suis pas au devant de la scène 

politique comme je ne suis pas du pays. Cela ne veut pas dire que je ne m’y intéresse pas. C’est un de mes principes parce que je vis dans un environnement politique. Mais la politique, proprement dite, comme militante ou me montrer, non ! Je n’ai jamais voulu ça. Je suis réservée. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et votre mari, que représente-t-il pour vous dans votre métier (artiste plasticienne, ndlr) ? 

Il m’a toujours soutenu. Il m’a toujours encouragé. Il trouve très, très bien que je m’occupe comme ça. C’est une manière saine de vivre, de s’exprimer. Ça lui convient bien ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous avez un secret particulier puisque votre technique a émerveillé plus d’un ? 

Non, je ne crois pas ! Je ne sais pas trop ! Je n’analyse pas tellement ce que je fais. Je pense que peut-être que c’est des gens qui connaissent bien l’art. Je suis très ravie de voir beaucoup de mauritaniens. Avant, il y en avait pas beaucoup et maintenant, il devient de plus en plus nombreux. Pas seulement, les artistes plasticiens mais aussi le public. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et quel regard portez-vous sur les artistes peintres ou plasticiens mauritaniens ? 

Ils ne se sont pas seulement améliorés mais ils se sont révélés. On voit qu’ils existent. Peut-être qu’ils ont toujours existé mais ils n’ont pas pu s’exprimer ou ils n’ont pas voulu s’exprimer publiquement. 

 

Le Rénovateur Quotidien : L’espoir, la paix, le rassemblement…sont des mots qui évoquent beaucoup de choses apparemment pour vous ? 

Mais bien sûr ! D’abord, la Mauritanie est un pays d’humanité. Où que vous alliez, il y a cette chaleur humaine dans toutes les couches de la population. Ça nous fait sentir à nous tous une paix, une sérénité et le rassemblement parce que tout justement, c’est la ‘Terre des Hommes’. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes l’épouse d’Ahmed Ould Daddah. Quelle place occupez-vous auprès de lui ? 

Je suis sa campagne depuis 42 ans(elle glousse). Je ne peux pas dire plus. 

 

Le Rénovateur Quotidien :  L plupart des femmes des hommes politiques sont des femmes engagées. Est-ce que vous l’êtes? 

Je suis engagée à ma manière. Mais à la maison. Je reçois les gens avec mon mari. Dès fois, sans lui, lorsqu’ils sont des dames. Je ne suis pas la garde robe d’un homme. Jamais ! Je ne m’impose pas parce que j’ai toujours quelque chose à faire. Mais je suis disponible, si on a besoin de moi. C’est ma philosophie. C’est mon goût personnel. Je laisse la Mauritanie aux mauritaniens. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et ce soir (11 février, ndlr), vous avez vendu combien de tableaux ou de tapisseries ? 

Je n’ai pas encore fait les comptes. Mais j’ai vendu la moitié de ma production. Je suis très satisfaite. Ça a été vraiment très sympathique. Vous savez, j’ai beaucoup de connaissance. Ils peuvent être parfois complaisants. Ils achètent peut-être pour me faire plaisir. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes d’origine et de culture occidentale et votre mari de culture arabo-musulmane.  Deux sphères différentes. Comment vivez-vous cela, ce biculturalisme ? 

Non, ce n’est pas un grand problème. D’abord, lui, il est biculturel. Il est absolument mauritanien à 100% mais il a une grande ouverture d’esprit comme la plupart des mauritaniens de sa génération. Ça n’a pas été compliqué. Moi, je m’adapte tant bien que mal. Ce n’est pas difficile pour moi. Mais la langue( le hassanya, ndlr) est un peu difficile pour moi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et comment vivez-vous actuellement en Mauritanie ? 

Je vis très bien. J’adore être ici parce que j’ai beaucoup de temps pour faire mon travail. Je vois le monde comme je veux le voir. Je suis bien avec les mauritaniens, la culture mauritanienne qui m’intéresse beaucoup et me touche. La Mauritanie, c’est mon pays. Je suis là depuis 1967. 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

  

 

 

 

 

 

( 13 février, 2008 )

Les réfugiés regrettent déjà leur retour!!!

Ce n’est pas demain la veille pour les réfugiés mauritaniens exilés au Sénégal depuis plus de 19 ans. Qu’il s’agisse de Médina Salam, Rosso ou PK 17 (sites d’accueil des réfugiés rentrés le 29 janvier dernier, ndlr), la situation est loin d’être rassurante et les réfugiés commencent déjà à désenchanter. Et pourtant, le gouvernement leur avait promis une réinsertion digne dés leur retour en Mauritanie. Cela démontre encore que le succès est loin d’être acquis. 

Les choses deviennent de plus en plus claires comme l’eau de roche en ce qui concerne les aptitudes réelles de la part des pouvoirs publics à assurer un retour digne comme ils l’ont toujours claironné dans leurs discours.  En effet, quelques jours, après le retour de la première vague des déportés mauritaniens au Sénégal, des sentiments de regret, de désespoir et de doutes commencent à s’installer dans le cœur de ceux qui avaient décidé volontairement de retourner à leur pays d’origine, la Mauritanie, après 19 ans d’exil forcé. Parce que tout simplement, la réalité sur le terrain ne rassure pas et les conditions de vie laissent à désirer. Et ils commencent déjà à regretter leur retour dans des conditions pas meilleures que celles qu’ils connaissaient au Sénégal et ne croient pas qu’ils vont recouvrer leurs droits rapidement tel que promis par les autorités au moment des négociations pour leur retour rapide. Ce sentiment est aussi perceptible dans le camp des associations des réfugiés nées des événements de 89 qui ont dû mal à comprendre comment ce dossier a pu être géré de manière catastrophique et laxiste par les autorités de la République et notamment par le H.C.R. qui avait organisé, on se rappelle, l’opération test du 29 janvier dernier, dans la précipitation d’autant plus que les conditions n’étaient point réunies pour assurer un retour digne et organisé. Sur le terrain, les choses semblent être plus compliquées que prévues. Et malgré un tel état de fait, les autorités continuent à entretenir l’illusion dans l’esprit des populations en prétextant qu’elles ‘maîtrisent’ parfaitement la situation. Mais la réalité sur le terrain indique que le retour des déportés a été précipité et dévoile en même temps une mauvaise gestion qui a été faite de ce dossier. Les premiers revenants de la déportation sont abandonnés à leur sort. Comme pour alerter l’opinion publique, les représentants des réfugiés n’ont cessé de faire part de leurs appréhensions et de leurs réserves quant aux conditions de retour des déportés mauritaniens. Cette situation délétère risque de ne pas encourager les familles en attente dans les camps des réfugiés pour suivre, comme leurs compatriotes rentrés, le chemin du retour. Selon le H.C.R., ce sont quelques 24.000 personnes qui ont été recensées comme des réfugiés mauritaniens au Sénégal. Quant à l’Agence Nationale chargée de l’Accueil et de la Réinsertion des Réfugiés, elle semble ne pas être en mesure de relever les défis qui lui sont assignés. La réalité sur le terrain prouve bel et bien que les autorités n’étaient pas bien préparer pour assurer un retour digne dans des conditions de réinsertion dignes et acceptables. C’est vrai que la volonté politique du Président de la République est révélatrice d’une intention indéfectible de régler ce problème. C’est vrai que les partenaires au développement se sont signalés en promettant aux autorités de les accompagner dans leurs démarches et initiatives. Mais le constat est là : ils tardent à se manifester alors que les autorités se sont déjà embarquer sans biscuit. Pour se débarrasser ‘politiquement’ de ce retour qui dérange, une agence a été créée par décret présidentiel. Mais à l’état actuel des choses, cette agence est loin de répondre aux exigences et attentes des réfugiés qui nourrissaient pourtant beaucoup d’optimisme. Cet optimisme risque de voler en éclats si les autorités tardent à réagir promptement et à rectifier le tir. Sans tenir compte de la complexité de ce dossier et pour des raisons essentiellement politiques, même si ça a été toujours une priorité, les autorités ont accéléré, avec la pression du H.C.R., le processus de retour des réfugiés mauritaniens au Sénégal. Conséquences : beaucoup de manquements ont été relevés. Des manquements graves que semblent minimiser les pouvoirs publics en faisant comme si de rien n’était. Des manquements susceptibles de créer des regains de tensions. Cela va de la récupération  des terres et bien spoliés aux indemnisations en passant par la réinsertion des réfugiés. Autant de problèmes qui montrent que la réinsertion des réfugiés doit se faire dans la plus grande honnêteté et la transparence  en respectant les revendications des déportés qui sont à la limite légitimes. Depuis leur installation à leurs sites d’accueil, ni les ministres Ahmed Ould Waghef et Yall Zakaria ne se sont rendus sur ces sites. Ceux-là même qui les avait accueillis. A part les représentants des réfugiés et quelques partis politiques, tout porte à croire que la situation des 101 personnes n’intéresse personne, encore moins leurs conditions de vie. Même si les rations alimentaires continuent d’être assurées par le H.C.R. et le P.A.M. Les autorités locales ne disposent pas assez de marge de manœuvre pour agir. Ce qui rend parfois la situation encore beaucoup plus difficile. Les infrastructures de base (eau, électricité, postes de santé, écoles…) font défaut. Les terres des réfugiés sont toujours occupées par des notables ou des hommes d’affaires maures. Et rien n’a été fait notamment envers les jeunes qui ‘passent le plus clair de leur temps à tourner en rond’. Face à ces urgences, l’agence d’appui à la réinsertion tarde à prendre à bras-le-corps les problèmes auxquels les déportés sont confrontés. Ajouté à cela le retard cumulé dans la constitution de la commission nationale d’identification, les commissions régionales et départementales ainsi que la composition de la commission nationale d’identification et de concertation sur les déportés. Autant de paramètres qui font dire que le retour des réfugiés a été fait dans la plus grande précipitation. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 21 février, 2008 )

Papis Koné, chef d’orchestre de Walfadjiri Groupe

«. C’est vrai que nous jouions au VIP mais cela ne voudrait pas signifier que notre avenir est en jeu »

 

Avant l’attaque du 29 janvier dernier contre l’ambassade d’Israël en Mauritanie, le Groupe Walfadjiri égayait les noctambules du VIP où il assurait tous les VSD. Maintenant que VIP aurait été fermé, comment les membres dudit  groupe l’ont-ils vécu ? Est-ce un coup dur pour eux d’autant plus qu’ils s’apprêtaient à sortit leur premier album avec l’appui financier du propriétaire de VIP? Eléments de réponse dans cette interview suivante avec Papis Koné, chef d’orchestre de Walfadjiri Groupe.

 

Le Rénovateur Quotidien : Après l’attaque contre l’ambassade d’Israël, le VIP, où vous jouiez régulièrement, a été fermé. N’avez-vous pas peur pour la suite de votre carrière musicale ? 

Papis Koné : Mais bien sûr puisque cela fait à peine plus de 5 ans que notre groupe (Walfadjiri, ndlr) assurait tous les VSD (vendredi, samedi, dimanche, ndlr). Cette attaque, qu’elle soit l’œuvre de mauritaniens ou d’étrangers, est inacceptable.

 

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous rencontré le propriétaire du VIP ? 

Papis Koné : Pas du tout ! Lorsque nous avons essayé de rentrer en contact avec lui, nous avons eu au téléphone sa femme qui nous a confirmé qu’il a été évacué sur Dakar. Depuis la nuit de cette attaque, nous n’avons plus de ces nouvelles. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et que comptez-vous faire maintenant ?

Papis Koné : Nous avions eu des projets avec le propriétaire du VIP. Avec nos propres moyens, nous avions réussi à faire un CD à Nouakchott. Avec l’argent que nous avons gagné, j’ai pu aller en France pour faire le mixage et le mastering. Restée seulement la duplication que lui devait assurer. Malheureusement, cette attaque est survenue. Alors qu’il était prêt à décaisser l’argent nécessaire pour la duplication de notre CD qui devait se faire au Maroc. 

 

Le Rénovateur Quotidien : A vous entendre parler, on a l’impression que cette attaque a changée littéralement votre programme ? 

Papis Koné : Effectivement ! Puisque VIP constituait un point de vente et de promotion pour  notre groupe. C’est un milieu très fréquenté par beaucoup de touristes notamment français qui veulent se distraire lorsqu’ils sont de passage à Nouakchott. Ça leur faisait énormément de plaisir car il y avait toujours un groupe qui jouait en live. C’est vraiment un coup dur pour notre groupe d’autant plus qu’actuellement, nous ne jouons plus, même si c’est vrai que nous jouons dans d’autres endroits, les jours ordinaires. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Quelle attitude comptez-vous adoptez ?

Papis Koné : Personne n’ignore que la musique est une activité dévalorisée dans notre pays. C’est une raison des raisons d’ailleurs qui explique le départ de plusieurs musiciens mauritaniens vers d’autres pays comme la France, le Sénégal, le Mali. Telle ne sera pas notre attitude. La culture est essentielle dans la promotion d’un pays. Il n y a pas que la politique qui peut faire changer les choses. La musique joue un rôle non négligeable dans la société pour preuve, nous avons participé à de nombreuses campagnes de sensibilisation sur les élections et bientôt sur la bonne gouvernance. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Où en êtes-vous par rapport à la sortie de votre premier album ? 

Papis Koné : Le CD était déjà enregistré à Nouakchott. Tout ce qui restait c’était le mixage et le mastering. Cela ne fait pas à peine 10 jours que je suis revenu de France où j’étais parti finaliser l’enregistrement de notre album. Comme je vous ai expliqué tantôt, il ne restait plus que le propriétaire du VIP décaisse  l’argent pour qu’on fasse la duplication au Maroc et revenir à Nouakchott faire la promotion de notre album au centre culturel français. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Maintenant, comment vivez-vous cette situation au niveau de votre groupe ? 

Papis Koné : Très difficilement ! Nous sommes là, les bras croisés ! VIP était notre lieu de répétition. Ces temps-ci, nous ne savons plus où se donner de la tête. Nous sommes désœuvrés ! Ce qui nous reste maintenant comme solution, c’est d’aller à la mosquée.  

 

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous essayé de faire quelque chose pour que VIP retrouve sa place ? 

Papis Koné : Ce n’est pas de notre ressort de le faire. D’ailleurs, il paraît qu’il (le propriétaire, ndlr) est en train de chercher un autre lieu plus sécure. C’est vrai que nous jouions au VIP mais cela ne voudrait pas signifier que notre avenir est en jeu. Nous sommes en train de voir d’autres perspectives, de pister d’autres solutions. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous contacté d’autres gens pour la duplication de votre album ?    

Papis Koné : Nous avons cela en ligne de mire. Mais qui contacter ? Nous avons adressé des lettres de sponsoring qui n’ont reçu aucune suite favorable. C’est très difficile de trouver des partenaires s’il s’agit de produire un album. Nous voulons faire notre propre autoproduction et c’est bien possible. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes musicien. Comment expliquez-vous le fait qu’il soit très difficile de trouver un producteur en Mauritanie ? 

Papis Koné : Ce qui intéresse les mauritaniens, ils le font. La musique et le sport ne les intéressent guère. Si tu attends une aide de qui que ce soit, tu risques de perdre ton temps inutilement. Tous les artistes qui ont réussi aujourd’hui, ils ont réussi grâce à leur détermination et leur abnégation. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Mais est-ce que vous êtes partis voir des artistes qui ont plus de relation que vous à l’extérieur  pour qu’ils vous appuient. D’ailleurs, n’est-ce pas que vous avez une association, non ? 

Papis Koné : C’est vrai que nous avons une association. Mais à quoi sert-elle ? En ce qui concerne ces artistes dont vous avez fait allusion, nous rencontrons les mêmes difficultés et les mêmes préoccupations. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Quand on parle de musique, on songe aussitôt à des studios de production, de promotion, de duplication. Mais rien de tout cela en Mauritanie. Que faut-il faire à votre avis ?

Papis Koné : C’est une situation très déplorable. Ce n’est pas à nous d’aller voir les autorités pour leur faire-part de cette situation connue de tout le monde. Il y a des gens qui ont réussi à monter des studios grâce à leurs propres moyens. On sent vraiment que ces derniers veulent participer à la promotion de la musique mauritanienne. Mais il faut les appuyer dans leurs initiatives. En plus de cela, il n’existe pas une structure qui défend les droits des artistes quand ils mettent leur album sur le marché national. 

 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

  

 

( 21 février, 2008 )

Réchauffement climatique: La Mauritanie peut-elle y faire face ?

Pour sonner l’alerte contre le dérèglement du système climatique qui serait à l’origine des perturbations météorologiques extrêmes, des inondations, de longues périodes de sécheresse, des vagues de chaleur meurtrières, le film ‘Une vérité qui dérange’ de Davis Guggenheim avec Al Gore et Charles Berling a été projeté au centre culturel français, ce mardi 12 février. Un film qui donne de grosses sueurs de frissons !

Cette projection de film a été suivie d’un débat sur la thématique du réchauffement climatique. A bien entendre les experts en changement climatique, nous nous acheminons vers un cataclysme sans précédent si rien n’est fait pour véhiculer le message de sensibilisation sur les changements climatiques auprès des populations et notamment des bailleurs de fonds.

Certes, les pays africains polluent moins que les pays avancés mais ce n’est pas une raison valable pour dormir sur nos lauriers, semblent dire ces mêmes experts qui pointent un doigt accusateur sur la cupidité des hommes. «L’industrialisation, la course à l’enrichissement, le besoin de survie ont poussé tout le monde à entamer les ressources sans réfléchir en réalité sur l’équilibre qu’on doit maintenir», s’indigne Oumar Fall, consultant international en changement climatique.

Les effets du réchauffement climatique se font sentir de plus en plus à travers les perturbations météorologiques extrêmes, la perturbation de l’atmosphère, les inondations, la sécheresse, les vagues de chaleur meurtrières, la fonte des glaces, la perturbation de l’atmosphère.

C’est dans cette optique qu’a vu le jour le film ‘Une vérité qui dérange’, un film qui met à nu les dangers qui guettent l’humanité et au delà même c’est  son existence qui est littéralement menacée. L’exemple le plus illustratif est la fonte des glaces qui pourrait entraîner le déplacement de plus de 600 millions de personnes vivant au bord de la mer.

Les inondations de Tintane sont encore récentes pour nous rappeler que nous sommes tous embarqués dans le même bateau et que nous sommes aussi responsables que les Américains et les Chinois qui demeurent les deux géants du monde en termes d’émission de gaz à effet de serre. 

Dans ce cadre, les pays les moins avancés(P.M.A., ndlr) ont exigé des pays industrialisés des programmes d’adaptation pendant qu’ils réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre qui est la cause principale du réchauffement climatique. Ainsi donc, dans le protocole de Kyoto, signé par tous les pays membres des Nations Unies à l’exception de l’Australie et des Etats Unis d’Amérique, les états signataires dudit protocole ont décidé de réduire à moitié les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2012.

La communauté internationale bien consciente de ce danger a décidé de mettre en place un fonds qui permettra de créer des programmes d’adaptation dans les pays les moins avancés qui ne disposent pas assez de potentialités humaines et scientifiques pour faire face aux changements climatiques.

Le message est clair : l’Afrique n’est pas épargnée par le réchauffement climatique, par les phénomènes de changements climatiques. Et face à cette situation, que peut faire la Mauritanie ? Autrement dit, comment peut-elle s’adapter aux changements climatiques en cours ? «Le cas de la Mauritanie ne se pose pas de la même manière qu’il se pose aux Etats Unis. Nous, nous avons besoin de vivre. Peut-être, nous n’avons pas exploité nos ressources naturelles mais nous, nous avons besoin de nous adapter à ces changements climatiques. C’est ça en réalité la problématique qui se pose en Mauritanie. Nous n’émettons pas suffisamment de gaz à effet de serre mais nous le subissons de même que ce réchauffement climatique qui se passe dans le monde comme la plupart des pays les moins avancés », explique Oumar Fall.

Ainsi donc, la Mauritanie est loin de tirer son épingle du jeu. Le Programme des Nations Unies pour le Développement va appuyer les autorités mauritaniennes pour essayer de sensibiliser les populations  sur les enjeux écologiques et environnementaux.

A cet égard, un colloque international sera tenu à Nouakchott bientôt sur les changements climatiques. On annonce même la présence de Nicolas Hulot et de l’ex-vice président des Etats Unis d’Amérique, Al Gore, dont le film ‘Une vérité qui dérange’ lui a valu le prix Nobel de la Paix 2007.

Babacar Baye Ndiaye  

( 21 février, 2008 )

Unicef: Lancement du rapport 2008 de la situation des enfants dans le monde

Contenant 154 pages, le rapport de l’UNICEF sur la situation des enfants dans le monde 2008 a  examiné les principales questions, problématiques et sujets relatifs aux enfants et présenté les statistiques économiques et sociales en lien avec le bien-être des enfants de tous les pays. Ce lancement du rapport s’est déroulé devant les représentants du Ministère chargé de la Promotion Féminine, de l’Enfance et de la Famille, du Ministère de la Santé, de la Coordinatrice Résidente du Système des Nations Unies, le Représentant de l’OMS et le Représentant de l’UNICEF en Mauritanie, Monsieur Christian Skoog. 

Le thème de cette année 2008 porte sur ‘la survie de l’enfant’. Le choix du thème s’explique par la situation dramatique que vivent les enfants notamment ceux de l’Afrique subsaharienne qui connaît un fort taux de mortalité infantile très élevée. «En Afrique subsaharienne, la situation est particulièrement alarmante et à plutôt tendance à empirer : 1 enfant sur 6 meurt dans cette région avant d’atteindre l’âge de 5 ans », déclare Christian Skoog, dans sa présentation sur la situation des enfants dans le monde 2008.

Parmi les raisons invoquées par les experts de l’UNICEF figurent les conflits, les catastrophes naturelles, le SIDA, la pauvreté, le manque d’infrastructure physique et les faibles capacités des systèmes de santé qui entravent les progrès vers de meilleures chances de survie de l’enfant en Afrique subsaharienne.

En termes de taux de mortalité infantile, la Mauritanie occupe la 28ième  place mondiale devant de nombreux pays de la sous-région. Même si dans ce cadre, les résultats sont assez encourageants, ils demeurent toutefois insuffisants pour pouvoir atteindre la cible 4 des objectifs du millénaire pour le développement relatif à la mortalité des enfants.

Ceci est d’autant plus vrai que l’enquête nationale sur les indicateurs du bien-être et de la santé surtout de l’enfant a montré que le taux de mortalité infanto-juvénile reste élevé en Mauritanie.  Ainsi donc, mesurant l’importance de la protection de l’enfant et de sa survie, le gouvernement a souscrit et adopté en partenariat avec l’UNICEF et l’OMS une stratégie accélérée pour la survie et le développement de l’enfant qui prévoit une batterie de dispositions susceptibles de réduire le pourcentage des décès des enfants.

Ces mesures vont de la présence d’un personnel soignant qualifié lors de l’accouchement et soins au nouveau-né à l’utilisation optimale des moustiquaires traités à l’insecticide et médicaments efficaces pour prévenir et soigner le paludisme en passant entre autres par l’amélioration de la qualité de l’eau et des installations sanitaires et à la vaccination contre les 6 grandes maladies que l’on peut éviter par un vaccin.

Cela passe en outre par l’application des stratégies suivantes qui peuvent avoir des impacts réels sur la réduction de la mortalité infantile : instaurer des conditions favorables à la survie et à la santé de la mère, du nouveau-né et de l’enfant, renforcer le continuum de soins dans l’espace temporel et géographique, mettre en œuvre à grande échelle des panoplies de services essentiels en renforçant les systèmes de santé et les partenariats communautaires, développer les données, les recherches et les conclusions sur lesquelles s’appuie l’action, mobiliser des ressources pour les mères, les nouveau-nés et les enfants et enfin faire de la survie des mères, des nouveau-nés et des enfants un impératif mondial.

«La survie de l’enfant n’est pas seulement un impératif sur le plan des droits de l’homme, c’est aussi un impératif sur le plan du développement », a dit Joy Phumaphi, vice-présidente du réseau du développement humain à la banque mondiale qui pense qu’ «investir dans la santé des enfants et de leurs mères, c’est une bonne décision d’un point de vue économique et l’une des voies les plus sûres qu’un pays pourrait choisir vers un avenir meilleur ».

Encadré: Les principales causes immédiates des décès d’enfants

Les pays et les régions dans lesquels les enfants de moins de 5 ans meurent en grand nombre sont bien connus et les principales causes immédiates de décès prématurés et de problèmes de santé sont elles aussi bien établies.

Environ 40% de tous les décès d’enfants de moins de 5 ans ont lieu durant la période néonatale, le premier mois de la vie, des suites de complications( sida, blessures, rougeole, paludisme, maladies diarrhéiques, tétanos, asphyxie à la naissance, anomalies congénitales, naissance prématurée…). Sur ces décès néonatals, environ 26%  sont imputables à des infections graves. Une proportion non négligeable des infections est causée par la pneumonie et la septicémie. Environ 2 millions d’enfants de moins de 5 ans meurent de pneumonie chaque année- environ 1 décès sur 5 à l’échelle mondiale. De plus, jusqu’à un million d’enfants meurent d’infections graves, dont la pneumonie, durant la période néonatale. Malgré les progrès accomplis depuis les années 1980, les maladies diarrhéiques représentent 17% des décès d’enfants de moins de 5 ans. Pris ensemble, le paludisme, la rougeole et le SIDA sont responsables de 15% des décès d’enfants.

De nombreux facteurs se conjuguent pour accroître la mortalité des enfants au-delà de leurs impacts individuels, la dénutrition étant responsable de 50% des décès d’enfants. Une eau insalubre, un assainissement insuffisant et des installations sanitaires inadéquates sont non seulement responsables de l’incidence élevée des maladies diarrhéiques mais aussi un important facteur de mortalité des enfants de moins de 5 ans par suite de pneumonie, de troubles néonatals et de dénutrition.

Source : Rapport de l’UNICEF 2008 sur la situation des enfants dans le monde 

Babacar Baye Ndiaye

( 21 février, 2008 )

Opération de retour des déportés:«Si des actes forts ne sont pas pris, l’opération de retour sera vouée à l’échec », estime le FONADH

Deux jours après la conférence de presse de l’Agence Nationale chargée de l’Accueil et de la Réinsertion des Réfugiés et de l’annulation du retour du deuxième contingent des déportés mauritaniens au Sénégal, le Forum National des Organisations des Droits de l’Homme a tenu une conférence de presse, ce mercredi 20 février 2008,  pour dénoncer les agissements du H.C.R. et de l’ambassadeur de Mauritanie au Sénégal tout en demandant le respect et l’application des recommandations issues des journées nationales de concertation( tenues les 20, 21 et 22 novembre 2007, ndlr) mais et surtout en demandant l’implication pleine et entière des organisations de défense des droits de l’homme en tant que partenaires dans le processus du règlement du passif humanitaire. 

Le FONADH n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour tirer à boulets rouges sur le H.C.R., qui mène selon lui, une gestion peu transparente de la question du retour des déportés. «Nous avons constaté dés le départ, fait remarquer Mamadou Moctar Sarr, secrétaire exécutif du FONADH, aux premiers moments des recensements, que le H.C.R., n’avait pas véritablement impliqué les responsables des structures de défense des intérêts des déportés. Lors, des journées nationales de concertation sur le retour des déportés et le règlement du passif humanitaire, des engagements ont été pris mais nous avons l’impression que le H.C.R. est en train de faire cavalier seul ».

En outre, le FONADH s’est insurgé contre l’attitude du H.C.R. qui a organisé l’opération test dans la précipitation et le manque de préparation dans l’organisation de ce rapatriement des déportés mauritaniens. «Après le retour des déportés, une semaine plus tard, nous avons envoyé sur place une délégation pour visiter l’ensemble des sites aménagés pour ceux qui sont revenus. Depuis qu’ils sont revenus (les déportés, ndlr), aucune autorité n’est venue les rendre visite. L’opération test ne nous satisfait pas et les conditions de vie sont déplorables. Et on peut dire que les autorités sont en train de baisser les bras », déclare le secrétaire exécutif du FONADH qui estime que «le recensement a été fait dans une opacité totale » avec la partialité de l’ambassadeur de MAURITANIE (Ahmed Ould Bellal, ndlr) au Sénégal qui traite, selon lui, avec un groupe de réfugiés au détriment de la partie la plus représentative. «Au moment de signer l’accord triparti, l’ambassadeur s’est fait accompagner de trois individus qui ne représentent personne. Tout ce que ces gens-là (allusion faite aux organisations de défense des droits humains, ndlr) veulent, c’est qu’ils soient impliqués dans le processus de rapatriement. Les victimes, on ne doit pas les contourner. C’est pourquoi nous disons et nous l’avons signalé au plus haut niveau que l’ambassadeur est en train de jouer un jeu dangereux par rapport à ce problème. Ce ne sont pas des affirmations gratuites. C’est quelque chose de vérifiable ».

Le processus de rapatriement des déportés mauritaniens a été confié par l’ALPD (Association de Lutte contre la pauvreté et pour le Développement) dirigée par Mohamed Vall Ould Khissa et par ailleurs parenté à l’ambassadeur de Mauritanie au Sénégal. Le FONADH est monté au créneau pour dénoncer ce recrutement qui s’est fait dans une totale opacité. Ce recrutement est mal apprécié d’autant plus que ce monsieur Mohamed Vall Ould Khissa est accusé d’être un détracteur du processus de rapatriement des déportés mauritaniens. On l’accuse même d’avoir été contre le retour des déportés. Comment donc, les pouvoirs publics, connaissant tout cela, n’ont-ils pas réagi en confiant l’opération de retour à une ONG blanche comme neige et qui ne compromettrait aucunement la réussite de ce processus de rapatriement ? «On aurait pu, pour un problème aussi important, lancer un avis d’appel d’offres et voir toutes les ONGs qui postulent », pense Mamadou Moctar Sarr.

Le FONADH, dans le sens d’apporter des solutions par rapport au retour des déportés mauritaniens, a mis en place un comité de réflexion, dirigé par Lalla Aicha membre du FONADH. Ce dit comité a déjà élaboré un plan d’action qui a été transmis aux autorités. Car, estime le FONADH, si des actes forts de consolidation des acquis et de motivation des réfugiés ne sont pas pris, l’opération de retour sera vouée à l’échec.

Par ailleurs, le FONADH a dénoncé la précipitation dans laquelle, l’ANAIR a été mise sur place par les pouvoirs publics au détriment des intérêts et des droits des déportés. «Cette agence devrait avoir d’abord un conseil d’administration qui étudierait les grandes orientations avant de commencer la mise en œuvre de son programme d’urgence. Mais, malheureusement, l’agence est partie trop vite en besogne. A notre connaissance, le conseil d’administration n’a pas encore été désigné. Il faut que l’agence respecte le minimum qui est d’abord la mise en place de ce conseil. Nous pensons que cette agence pourra jouer un grand rôle d’autant plus que nous savons que l’action du H.C.R. est très limitée dans le temps. Il reviendra donc à l’agence de créer des conditions nécessaires pour régler définitivement le problème des déportés », a laissé entendre Mamadou Moctar Sarr tout en dénonçant le manque de concertation qui environne le processus de rapatriement des déportés mauritaniens mais surtout en reprochant à l’ANAIR d’avoir concocté un programme d’urgence sans pour autant demander leur avis.

Babacar Baye Ndiaye 

( 28 février, 2008 )

Birame Ould Dah: »La position et des pouvoirs publics, c’est de protéger les maîtres et de ne donner aucune issue aux esclaves pour pouvoir se libérer »

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Nous ne sommes pas encore au bout du tunnel en ce qui concerne l’éradication totale de l’esclavage en Mauritanie. Chaque jour, on voit un nouveau cas d’esclavage. Le dernier en date est celui de Hana Mint Salem, originaire de la Moughataa de R’Kiz.

La loi incriminant et pénalisant l’esclavage et les pratiques esclavagistes n’a pas tempéré l’ardeur des maîtres esclaves. Les défenseurs des droits de l’Homme, comme Birame Ould Bilal, y voient la main de l’Etat et des pouvoirs publics. Explications.

Le Rénovateur Quotidien : Le cas de Hana Mint Salem avait défrayé la chronique ces temps derniers. Pouvez-vous revenir sur ce cas d’esclavage ? 

Birame Ould Dah : Cette dame était esclave chez El Hussein dans la localité de Lighbéine dans la Moughataa de R’Kiz. Elle a fui l’esclavage et lorsqu’elle a décidé de voir le commandant de la gendarmerie, le préfet et le Président du tribunal départemental, ces derniers ont refusé de lui porter assistance et d’enclencher une procédure judiciaire à la lumière de la loi pour récupérer ses enfants. Ce cas a été posé à la justice. La commission nationale des droits de l’homme a réussi à récupérer les enfants chez les maîtres mais il reste la procédure judiciaire qui est bloquée par le parquet de la République à Rosso qui refuse de diligenter une poursuite en bonne et due forme selon la loi contre les maîtres qui ont pratiqué l’esclavage et qui ont tenté de tuer son mari en ordonnant sa mise à mort. 

Le Rénovateur Quotidien : Et que comptez-vous faire ? 

Birame Ould Dah : Nous avons déjà pris un avocat pour la femme et celui-ci a introduit une plainte mais les autorités judiciaires de Rosso refusent de faire un classement sans suite de l’affaire pour que cette décision soit frappée d’appel par notre avocat et l’avocat de la victime bien qu’elles refusent de faire la poursuite judiciaire. Cette affaire est bloquée. Il n’y a pas d’issue de justice. La justice s’érige en protecteur des maîtres, des criminels. Nous constatons que le gouverneur d’Aleg a été enlevé de son poste et nous pensons que c’est dû au fait qu’il a traité correctement les cas d’esclavage qui lui ont été exposés. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous pensez que certaines personnalités ou personnes sont réticentes contre l’éradication de l’esclavage ? 

Birame Ould Dah: Tout le pouvoir exécutif et judiciaire est réticent. Même au plus sommet de l’Etat, il y a une manifestation de la mauvaise volonté de l’Etat pour appliquer les lois sur les manquements des droits de l’homme et l’esclavage. Je pense que le gouverneur d’Aleg a été victime de son souci d’appliquer la loi parce que c’est lui qui a enlevé de l’esclavage  la fillette Messouden Tova pour la remettre à sa mère  contre le gré du pouvoir judiciaire et sécuritaire. 

Le Rénovateur Quotidien : Et pourtant, une loi pénalisant et criminalisant l’esclavage a été votée. Comment expliquez-vous  le fait qu’elle ne soit pas appliquée par les autorités  locales notamment ? Est-ce une manière de saupoudrer ou de nous faire croire une bonne volonté d’éradiquer cette pratique ? 

Birame Ould Dah: La loi reste une loi destinée à la consommation. Je pense que c’est une manière de saupoudrer les yeux des gens et à couper l’herbe sous le pied des organisations de défense des droits de l’homme. En vérité, la position de l’Etat et des pouvoirs publics, c’est de protéger les maîtres et de ne donner aucune issue aux esclaves pour pouvoir se libérer. 

Le Rénovateur Quotidien : Tantôt vous affirmiez que vous allez continuer à saisir la justice. Qu’allez-vous faire si vous n’obtenez pas gain de cause ? 

Birame Ould Dah : Nous lançons un appel pour que la justice prenne son cours, pour que les instances judiciaires concernées nous déboutent et en nous déboutant, nous aurons l’occasion de porter ce problème devant d’autres instances comme par exemple la commission africaine des droits de l’homme et des peuples ou le comité international pour la lutte contre la discrimination raciale. 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

( 28 février, 2008 )

Violations des droits de l’Homme

L’AFCF et S.O.S. Esclaves montent au créneau 

 

Ivoukou Ould Boussersera, Vatma Mint Ahmed El Abd, Cheikhna Ould Ejwad, Jiid Ould Souwelka, Aminétou Mint Khadar…leur point commun, c’est d’être tous des victimes de l’impunité. Des associations de défense des droits de l’homme, S.O.S. Esclaves et l’AFCF, sont montées au créneau, hier,  au cours d’une conférence de presse pour dénoncer ces cas d’atteinte graves aux droits de l’homme et les agissements de ceux qu’ils appellent les «chats gras » qui font la pluie et le beau temps en Mauritanie.   

 

En dépit d’une nouvelle situation politique, la Mauritanie est loin d’être encore un pays exsangue en terme de violations des droits de l’homme. De jour en jour, les droits les plus élémentaires y sont bafoués comme en témoignent les cas d’impunité au grand écœurement  des associations de défense des droits de l’homme déterminées à aller jusqu’au bout de leur souffle. «Il y a une sorte d’impunité. Nous avons constaté la complicité du procureur et de la gendarmerie (de la ville de Nouadhibou, ndlr). Nous l’avons dénoncé et nous l’avons porté au ministère de la justice. Mais jusqu’à présent, le silence demeure », a laissé entendre Aminétou Mint Ely Moctar faisant allusion à la disparition de Ivoukou Ould Boussersera. «Nous pensons que ce cas est un cas très grave d’atteinte aux droits de l’homme et la mise en scène incombe au procureur actuel de Akjoujt qui bénéficie d’un soutien solide au sein du cabinet du Premier ministre », renchérit Birame Ould Bilal. 

 Par rapport à cette affaire, des associations de défense des droits de l’homme, dont l’AFCF, S.O.S. Esclaves et le FONADH avaient dépêché à Nouadhibou une mission auprès du procureur, du gouverneur et de la gendarmerie. Mais en vain, elles n’ont pas eu d’informations confirmant cette disparition et ont écarté la thèse selon laquelle ce jeune homme s’est noyé comme l’affirme Ould Oumière qui l’avait recruté comme berger à Akjoujt. 

Spoliation des terres, esclavage, injustice,…La liste est assez longue. Des atteintes aux droits de l’homme qui sont pour la plupart du temps l’œuvre de dignitaires, d’hommes d’affaires, de chefs de tribus et comme à l’accoutumée, la police et la gendarmerie se déchargent sur les populations qui ne savent pas à quel saint se vouer. Des situations aggravées par l’absence de cadis neutres et honnêtes au niveau des moughataas. Dans leurs témoignages, les victimes se sont plaint d’avoir été spoliées de leurs terres par la force par des ‘chats gras’ avec la complicité des autorités locales parce que disposant des moyens financiers et de l’influence très considérable dans leur localité. 

«Dans un pays sensé être un pays de démocratie, de droit et d’équité, nous ne pouvons pas accepter ces genres de pratiques aujourd’hui. Il faut que chaque mauritanien épris de paix et de liberté s’engage à dénoncer ces genres de pratiques et  demander à ce que la loi soit appliquée parce que toute fois qu’on applique la loi sur une personne, ça va être une expérience, un exemple pour les autres. Ça va permettre aux autres de ne plus répéter la même chose. Si on continue dans le sens de l’impunité, les gens vont continuer à faire ce qu’ils veulent », a conclu la Présidente de l’AFCF. 

«Nous sommes dans un pays où les populations déshéritées sont à la merci de l’injustice, de l’abus de justice et de l’abus de l’Etat. Il y a des personnalités qui sont trempées dans des violations graves des droits de l’homme », affirme Birame en citant l’exemple de Cheikhna Mohamed Ould Ejwad et Jiid Ould Souwelka qui ont été respectivement spoliés par Baba Ould Walhama et Mohamed Ould Déh avec la connivence de l’administration territoriale. Une situation qu’il trouve injuste en se fondant sur un principe du droit selon lequel nul ne doit être exproprié moyennant une rétribution juste, équitable et acceptable. 

«La loi n’a pas été appliquée jusqu’ici dans ce pays, poursuit-il. On continue à dénaturer et à refuser à appliquer la loi et surtout on continue à donner des décisions de justice qui nous permettent de porter les affaires dans d’autres instances. Ça s’est une manière de fermer les portes de la justice aux victimes ». 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

( 28 février, 2008 )

Gérard Tolohin, metteur en scène

« Je pense que le jour où la Mauritanie  reconnaîtra  la valeur et l’importance de ses artistes, il y aura un très gros pas qui sera franchi » 

 

‘Le Dernier jour d’un condamné’ aborde, sans fioritures, le thème de la peine de mort. Ce texte écrit, il y a plus d’un siècle et demi par Victor Hugo, est toujours d’actualité malgré les vicissitudes du temps. C’est un thème qui ne laisse personne indifférent. Parmi ceux-là, Gérard Tolohin qui l’a ressuscité en adaptant au théâtre ce grand texte qui est un plaidoyer contre la peine de mort. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Tout à l’heure, avant de monter sur scène (ndlr, cette interview a été faite le dimanche 24 à 22 heures), vous aviez l’air un peu tendu et crispé. Comment vous vous sentez  maintenant ? 

Gérard Tolohin : Bien !!! C’est toujours à la fin qu’on se sent d’avoir bien accompli quelque chose.  Tout le stress qu’on avait accumulé disparaît. A la fin du spectacle on se sent léger. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Après ‘le ciel a oublié de pleuvoir’ de Mbareck Ould Beyrouk, vous revenez avec ‘le dernier jour d’un condamné’ de Victor Hugo. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à adapter ce texte au théâtre ? 

Gérard Tolohin : En réalité, on m’a demandé de le jouer parce que d’abord il est au programme des élèves de 3ième   année de l’enseignement français. Lorsqu’on me l’a proposé, j’ai dit oui toute suite. Le thème qui y est évoqué (la peine de mort, ndlr) est un thème qui me plaît beaucoup. C’est un thème qui est toujours d’actualités.  C’est pour moi, une manière de faire d’une pierre deux coups. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Ce texte est un plaidoyer contre la peine de mort. Vous, personnellement, êtes-vous oui ou non contre la peine de mort ? 

Gérard Tolohin : Ah ! Oui, je suis fondamentalement contre la peine de mort. Pour moi, ça va même à l’encontre de l’esprit humain. Tuer ou exécuter quelqu’un sous prétexte qu’on veut rendre justice, c’est une grosse erreur. Je ne pense pas qu’on peut verser du sang pour réparer une faute. Je n’y crois pas ! 

 

Le Rénovateur Quotidien :  Vous n’êtes pas sans savoir que la peine de mort existe en Mauritanie même si elle n’a jamais été appliquée. Et certainement, vous ne me direz pas non plus  que l’adaptation de ce roman, vous l’avez fait de manière fortuite ? 

Gérard Tolohin : Que ce soit en Mauritanie ou ailleurs, la peine de mort doit être combattue. C’est quelque chose d’inconcevable et d’inacceptable à nos jours. Maintenant par rapport à l’adaptation même du texte, j’ai voulu faire attention d’abord à mes sentiments et tendances psychologiques. J’ai essayé de m’approprier ce texte pour l’adapter de manière africaine. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Serez-vous devenu, après avoir lu ce texte, un ‘droit de l’hommiste’ ? 

Gérard Tolohin : Oui ! Je pense que la vie est un droit fondamental pour tout être humain et je ne vois pas les raisons pour lesquelles, on devrait lui ôter ce droit. Même un criminel a droit à cette vie-là. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que l’adaptation de ce texte a été facile pour vous ? 

Gérard Tolohin : Ça n’a pas été facile parce que ce n’était pas un texte prévu pour être joué en tant que tel. Il fallait se débrouiller, faire des contorsions pour pouvoir l’adapter. J’avoue que le début était difficile mais par la suite, j’ai trouvé cela vraiment surmontable. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Il vous a fallu combien de temps pour maîtriser ce texte qui est apparemment très difficile ? 

Gérard Tolohin : Il m’a fallu 4 mois ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Comme ‘le ciel a oublié de pleuvoir’, ‘le dernier jour d’un condamné est aussi un texte engagé. Peut-on dire ou pensez que vous êtes  une personne profondément engagée ? 

Gérard Tolohin : Lorsqu’on est dans un environnement où il y a autant de problèmes, il est hors de question de fermer les yeux.  Il y a des thèmes qu’on ne doit occulter. Nous ne sommes pas des hommes politiques et nous avons (les artistes, ndlr) notre façon de s’exprimer et de faire passer notre message. C’est un engagement et là, c’est tellement évident pour moi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Un lit, une chaise, une table sur laquelle est déposée une bouteille d’eau, un grillage représentant les murs de la prison…Apparemment, vous avez voulu être fidèle dans la mise en scène de ce texte ? 

Gérard Tolohin : Oui ! C’est vrai, mais je me dis aussi que ça peut être une prison de n’importe quel continent, de n’importe quel pays du monde. D’ailleurs, dans le texte, il y a des passages faisant allusion à la ville de Paris que j’ai éliminés. Tout cela, pour universaliser, d’une certaine manière, le texte. Un lit, une table…C’est un décor minimaliste pour moi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Maintenant que vous avez joué le rôle du condamné à mort dans ce texte, que pensez-vous de la prison ? 

Gérard Tolohin : En Afrique, de manière générale, les conditions de détention dans les prisons sont difficiles. J’en ai visité quelques-unes. L’environnement est tel qu’on a l’impression que l’être humain est réduit à une certaine forme d’animalité pure. C’est comme si, le prisonnier n’avait aucun droit. On le prive de tout, même de sa dignité. Je pense qu’il faut mettre les prisonniers, à leur sortie de prison,  dans de bonnes conditions de réhabilitation pour préparer leur sortie. La prison ne doit pas être un lieu où on ridiculise ou humilie l’être humain. Un lieu où on lui enlève toute dignité, toute humanité, non ! Parce qu’à sortie de prison, il peut être pire. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Des millions d’individus ou d’innocents croupissent dans les geôles en attendant leur jugement. Qu’en pensez-vous ? 

Gérard Tolohin : Pour moi, soit, on est capable de leur donner de bonnes conditions carcérales ou bien on essaye de trouver d’autres moyens. On ne peut pas garder les gens dans des conditions exécrables. N’importe qui peut se retrouver un jour incarcéré. C’est triste de voir des prisonniers humilier! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Ce texte a-t-il changé quelque chose en vous ? Que vous a-t-il appris ? 

Gérard Tolohin : ça m’a appris la force des mots. Victor Hugo est un auteur engagé qui s’est battu pour donner plus de dignité à l’homme. ‘Le dernier jour d’un condamné’, est né de cette détermination et de cette soif de liberté. C’est vraiment un cri, un cri que pousse un homme qui sait qu’il va mourir. Un homme qui aime la vie ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est vrai que vous vivez en Mauritanie depuis plus de 10 ans mais on ne vous connaît pas assez. Et si je vous posais la question de savoir qui est Gérard, qu’avez-vous à me répondre ? 

Gérard Tolohin : C’est la question la plus difficile  à laquelle il serait vraiment prétentieux d’y répondre. (Il hésite) je suis comédien, metteur en scène. Je suis entre autres enseignant, professeur de français. On peut dire que je suis quelqu’un qui se cherche à travers le miroir que lui renvoient les autres. C’est une quête permanente! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Comment est né en vous cet amour pour la Mauritanie et le fait de vouloir rester ici ? 

Gérard Tolohin : Mon pays natal, c’est le Niger. C’est un pays très similaire à la Mauritanie de par son climat d’abord.  Lorsque je suis venu ici, j’ai retrouvé ma vie d’enfance. Je me suis adapté très vite. Il y a beaucoup de similitude entre la Mauritanie et le Niger. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez été témoin des dernières mutations de la société mauritanienne. Actuellement, en tant qu’artiste, quel regard portez-vous sur la Mauritanie ? 

Gérard Tolohin : La Mauritanie a effectué un gros pas. Je veux dire sur le plan politique. Mais sur le plan culturel, je crois qu’il y a encore de la marge, beaucoup de choses à faire. Je pense que le jour où la Mauritanie  reconnaîtra  la valeur et l’importance de ses artistes, il y aura un très gros pas qui sera franchi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et vous faîtes partie de ceux qui participent même à l ‘émergence de la culture mauritanienne ? 

Gérard Tolohin : C’est ma manière de contribuer à cet effort, de former de jeunes comédiens de demain et qui pourront un jour représenter la Mauritanie, donner du goût du théâtre à ces jeunes comme quelqu’un d’autre me l’avait donné quand j’étais jeune. Tout ce que je peux faire, c’est de transmettre cette passion à ces jeunes. La jeunesse mauritanienne est disponible. Maintenant, est-ce qu’on le propose quelque chose? Je n’en suis pas si sûr. La jeunesse mauritanienne comme toute jeunesse a besoin de choses vraies, de choses qui parlent d’elles. Je crois que c’est sur cela qu’il faudrait accès dorénavant : parler de la Mauritanie, de ses réalités, de ses problèmes sociaux… Je crois qu’ils sont intéressés à chaque fois qu’on parle d’eux. 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

Ducdejoal@yahoo.fr 

  

( 28 février, 2008 )

OMD: La Mauritanie peut mieux faire!

Un atelier de formation sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement et l’UNDAF a été organisé, ce dimanche 24 février, à l’hôtel Novotel, au profit des journalistes mauritaniens s’intéressant aux questions de développement. Au cours de cet atelier, trois thèmes ont été développés respectivement par Alessandra Pellizzeri, sur l’origine et le contexte des OMD, par Mohameden Fall sur la pertinence des OMD pour les pays en développement comme le nôtre et enfin par Mohamed Lemine Ould Moustapha sur le plan cadre des Nations Unies pour l’aide au développement dans l’objectif de la réforme du système des nations unies ainsi que l’application de ce plan en Mauritanie. 

Tout a commencé en 2000 lorsque les chefs d’Etat et de gouvernement du monde entier se sont engagés à réduire à moitié d’ici 2015 un  certain nombre de disparités avec l’appui des pays développés qui ont décidé de consacrer les résultats de leur croissance économique aux pays pauvres dans le but de les aider à réduire de moitié la pauvreté, à assurer un cycle d’enseignement primaire complet à leurs progénitures, à sauver la vie de millions de femmes qui meurent en accouchant faute de soins ou d’infrastructures sanitaires…

La Déclaration du Millénaire est adoptée par l’assemblée générale des nations unies et constituera le texte référentiel en matière d’engagement en faveur du bien être de l’humanité et du souci d’assurer aux sociétés des conditions de vie meilleures. C’est le début d’une nouvelle conception de coopération et de partenariat qui s’installe entre les pays riches et les pays pauvres dans le cadre de la lutte contre le VIH/Sida, les réchauffements climatiques, les conditions de vie de plus en plus dégradantes de millions de personnes sans avenir.

C’est dans cette optique que seront élaborés les Objectifs du Millénaire pour le Développement qui se basent sur les principes majeurs de la déclaration universelle  des droits de l’homme et de la charte des nations unies en réintroduisant les mêmes principes : la paix, la solidarité, l’aide au développement, la bonne gouvernance, la réduction de la pauvreté et la lutte des grandes pandémies de notre temps comme le VIH/Sida ou le paludisme.

En Mauritanie, huit ans après l’adoption de la Déclaration du Millénaire, la situation est peu reluisante notamment par rapport aux objectifs 4, 5 et 6 ou des efforts colossaux doivent être accomplis si nous voulons atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement ou à défaut de réduire à moitié les disparités. 

 Dans ce domaine, la Mauritanie peut s’inspirer des exemples mozambicains et bangladais qui ont fait des progrès considérables dans la réalisation des OMD relatifs à la santé ou à l’Erythrée qui a réussi à diminuer considérablement le taux de mortalité infantile en distribuant des moustiquaires imprégnées dans le cadre de la lutte contre le paludisme dont le moyen le plus efficace de s’en protéger reste la prévention.   

Ainsi donc, il est bien possible à la suite de ces exemples d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement d’autant plus que par rapport à l’objectif 2 (assurer l’éducation primaire pour tous les enfants), la Mauritanie est citée comme un exemple concret en terme de réduction des inégalités entre les garçons et les filles en âge de fréquenter l’école primaire. Les analyses menées dans le cadre du premier rapport ont montré et outre et parfaitement que notre pays pourrait atteindre probablement les cibles OMD de l’éducation en dépit d’une dégradation notoire de la qualité de l’enseignement.

 Notre pays a toujours fait de la lutte contre la pauvreté une priorité nationale en l’intégrant au niveau de ses stratégies et politiques de développement. Ainsi donc, de 1990 à 2000, le taux de la réduction de la pauvreté est passé de 56,5% à 46,3%. Si cette tendance est maintenue, ce taux pourrait chuter de 28,25% selon certaines prévisions. Mais ce n’est pas une raison supplémentaire, estiment experts du système des nations unies en Mauritanie, de dormir sous nos lauriers.

Au regard de certains indicateurs, on peut bien penser que la Mauritanie peut faire mieux. Les conditions sont favorables puisque notre pays a bénéficié de l’annulation de la dette et a été éligible  à la déclaration de Paris en 2005.

La Mauritanie bénéficie par ailleurs du soutien de l’UNDAF qui concourt à la mise en œuvre du Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (CSLP) et à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement. Dans ses axes stratégiques, on peut citer la bonne gouvernance, la lutte contre la mortalité maternelle et infanto juvénile, le renforcement de l’éducation et de la formation, l’amélioration de l’accès des populations à des moyens d’existence durable et enfin la lutte contre le VIH/Sida, des cibles qui convergent avec les OMD.

Aujourd’hui, tous les plans d’action élaborés par le gouvernement mauritanien intègrent les Objectifs du Millénaire pour le Développement. Les défis sont là, énormes et c’est de leur réalisation effective ou partielle que dépendra le progrès de notre pays. Encore 7 ans nous séparent de 2015, d’ici là, engageons la course contre la montre puisque l’espoir est permis si nous regardons les résultats obtenus à travers le monde.

Babacar Baye Ndiaye

( 28 février, 2008 )

Ewlade Leblade

Démenti de l’implication d’un des leurs dans l’assassinat des 4 touristes français

 

Interloqués, ébahis, surpris! Les mots ne semblent pas proportionnés pour exprimer le sentiment de surprise du Groupe Ewlade Leblade à la sortie de l’article publié par Jeune Afrique sous la plume de Marianne Meunier à l’implication d’un des membres du groupe. En effet, leur surprise fut grande de voir l’un des leurs(Hamad Ould Chabarnou confondu avec Mohamed Ould Mbeirikatt) cités dans l’affaire de l’assassinat des quatre touristes français, le 24 décembre 2007 à Aleg.  Khadim, le manager du groupe, a démenti catégoriquement ces allégations en niant toute implication de près ou de loin de l’un des membres du groupe. Il a tenu à préciser que de telles allégations parues dans Jeune Afrique du 20 au 26 janvier dernier n’engage que l’auteur de cet article qui a été selon lui mal informée sur le groupe. Comble de l’ironie et à leur grande surprise, cette information circulait plus d’un mois sans qu’aucun des membres du groupe ne soit au courant de cette information qui risque de ternir l’image du groupe à l’extérieur. “D’où viennent ces informations ? Nous sommes pour le moment dans l’impossibilité de le dire. L’essentiel pour nous ce qu’on devrait faire en tant que groupe, nous l’avons fait ”, a affirmé le manager du groupe, Khadim, qui a laissé entendre qu’ils ont consulté déjà leur avocat pour que cette affaire soit portée devant la justice. Apparemment, c’est un coup dur que vient de subir ce groupe qui a dû mal à comprendre la source de ces informations. Certains journaux même de la place se sont permis à relayer cette information diffusée par Jeune Afrique.

Babacar Baye NDiaye

( 28 février, 2008 )

Organisations de la Société Civile:Les Nations Unies et la Banque Mondiale prêtes à appuyer leur restructuration

Le centre d’information et de documentation des nations unies et la banque mondiale a organisé hier un débat intitulé «Regard croisé sur la problématique de la société civile en Mauritanie : quelles stratégies des nations unies et la banque mondiale ? » Ce débat a vu la participation de plusieurs organisations de la société civile.

Faible structuration, déficit de moyens, de formation, d’expérience, faible décentralisation, déficit d’accès aux sources de financement nationales et internationales…Voilà en substance les faiblesses dont souffre la Société Civile Mauritanienne. Autant dire des difficultés qui l’empêchent de jouer et de remplir pleinement son rôle. C’est dans ce cadre que le Représentant de la Banque Mondiale en Mauritanie, Monsieur François Rantrua a promis que son institution va accorder un intérêt particulier à la société civile mauritanienne qu’elle associera désormais dans ses actions. «Cela va de la promotion de la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption en passant par la promotion des droits économiques et sociaux, la lutte contre le VIH/Sida, le renforcement des capacités, la promotion de la démocratie et la transparence dans la gestion des ressources naturelles », a-t-il déclaré tout en rappelant que les Organisations de la Société Civile jouent un rôle important dans l’atteinte des principaux objectifs de la Banque Mondiale à savoir la promotion d’une croissance économique équitable et la réduction de la pauvreté.

Dans son exposé introductif, Alessandra Pellizzeri a rappelé l’importance que joue la Société civile en matière de bonne gouvernance et de contrôle sur l’action publique du gouvernement. Dans le cadre de la restructuration des Organisations de la Société Civile, le gouvernement avait initié deux mesures phares dans ce sens à savoir : mettre en place une nouvelle plate-forme de la société civile et réfléchir sur l’avant projet de loi pour les associations, statuts et modalités pratiques pour la mise en place de cette forme. Il a été relevé au cours de ce débat que pour pouvoir véritablement jouer son rôle, la Société Civile doit disposer de réelles capacités d’action. Le PNUD a beaucoup participé à la naissance de la société civile mauritanienne. Dans cette optique, le PNUD va mettre en œuvre une nouvelle stratégie pour la Société civile en définissant une approche sélective sur la base de critères objectifs et permettre aux OSC d’être opérationnelles dans un environnement favorable à l’autonomisation de la société civile qui passe par l’établissement d’un code de déontologie.

A l’issue de ce débat, on peut penser que rien ne va au sein de la société civile mauritanienne qui manque d’organisation et de coordination. Comme l’a rappelé le représentant de la Banque Mondiale en Mauritanie, l’objectif de ce partenariat est de renforcer la concertation et l’implication effective des OSC dans le travail que fait la Banque Mondiale en Mauritanie.

Babacar Baye Ndiaye

( 28 février, 2008 )

Ibrahima Moctar Sarr, Président de l’AJD/MR: »C’est l’Etat qui doit se charger du retour des déportés et prendre les mesures nécessaires qui s’imposent pour les secourir »

Après son audience avec le Président de la République, Ibrahima Moctar Sarr a tenu une conférence de presse, hier, au siège de son parti pour livrer ses analyses sur la situation politique et sociale du pays marquée principalement  par le retour des déportés et l’adoption du projet de loi portant sur l’amendement  du statut de l’opposition. 

 

Dans son mot d’introduction, le Président de l’AJD/MR, Ibrahima Moctar Sarr,  est revenu à nouveau sur le retour des déportés qui a été possible, selon lui, grâce à la bonne volonté  du Président de la République « qui n’a ménagé aucun effort depuis son élection pour la réussite de ce dossier » dira t-il. Cependant, il a remarqué que l’organisation de ce retour s’est déroulée dans des conditions incompréhensibles voire inacceptables. Après le retour des déportés, une délégation officielle a été dépêchée sur place par l’AJD/MR pour s’enquérir de la situation  qui prévalait dans les trois sites qui ont été aménagés pour la circonstance. A la suite de la visite de ces sites, les responsables de l’AJD/MR ont fait savoir que les conditions n’étaient pas réunies pour que le retour des déportés dans leur pays soit des meilleurs. «Ils étaient dans des abris de fortune. Ils n’avaient plus rien à manger. La dotation qu’on leur avait donnée était pratiquement finie. Les conditions sanitaires étaient déplorables. La proximité et le problème d’hygiène sans parler de la scolarité des enfants qui restaient à régler », a déclaré Ibrahima Moctar Sarr, qui estime qu’une telle situation devait nécessitait un plan d’urgence de la part des autorités qui avaient tardé à réagir promptement et efficacement pour éviter toutes appréhensions ou inquiétudes de la part des déportés «Ce que nous ne comprenions pas c’est que l’Etat ne soit pas en mesure de prendre en charge les citoyens qui sont rentrés. Quelles que soient les critiques adressées au H.C.R. au P.A.M. ou autres, nous pensons que ce sont des organisations d’appoint qui sont venues pour nous aider ». 

A l’en croire, c’est l’état mauritanien qui doit se charger du retour des mauritaniens déportés et prendre les mesures nécessaires qui s’imposent pour les secourir. C’est dans ce cadre qu’Ibrahima Moctar Sarr a adressé une demande d’audience auprès du chef de l’Etat pour s’entretenir avec lui de ce dossier. «J’ai tenu à dire au président de la république par rapport à ce premier contingent  qu’il devait bénéficier d’une attention des plus remarquables pour constituer une sorte de marketing afin que ceux qui ne sont pas encore rentrés aient le courage de rentrer. » 

«Nous devons avoir à l’idée une chose fondamentale : ces compatriotes qui sont rentrés après 19 ans d’exil, sont traumatisés » a reconnu Ibrahima Moctar Sarr qui pense que pour réparer cela, il faudrait une grande action vigoureuse de la part des pouvoirs publics en organisant une grande solidarité populaire. «Nous avons pensé comme on avait fait avec les rapatriés au Sénégal que les déportés ont besoin d’un élan de solidarité de la part du peuple mauritanien tout en entier » a-t-il suggéré  en faisant remarquer que cette solidarité n’a pas été manifestée comme le peuple mauritanien l’avait fait contre le terrorisme ou contre l’occupation d’Israël en Palestine. 

Ainsi donc, pour marquer leur solidarité à leurs compatriotes mauritaniens, l’AJD/MR va organiser le 1er mars à venir une Journée Nationale de Solidarité à la «Case» afin d’amener les mauritaniens à participer à ce retour. «Le retour des déportés est un jalon important sur la voie de la réconciliation nationale. La réconciliation nationale ne peut véritablement aboutir que si elle passe par la réparation des préjudices subis qui vont du retour des déportés à la solution du passif humanitaire », a-t-il conclu en faisant savoir que c’est cela seulement qui pourra déterminer les points de convergence qui assureront la pérennité d’une coexistence pacifique en dépassant certaines passions et certains rancœurs. 

Par rapport au projet de  loi sur le statut de l’opposition, Ibrahima Moctar Sarr a salué l’adoption de cette loi votée par la majorité qui est pour lui un pas important vers l’instauration d’une démocratie véritable en Mauritanie. Cependant, il n’a pas manqué à cette occasion de dénoncer l’exclusion dont son parti a été l’objet, y voyant,  une volonté manifeste de certains de vouloir fragiliser l’opposition. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

( 10 mars, 2008 )

Enseignement technique/Mouvement de grève dans les rangs des professeurs

Apparemment, ça sent le roussi dans l’enseignement technique et de la formation  professionnelle. En effet, les professeurs ont observé un arrêt de travail ce lundi 3 mars sur l’ensemble du territoire national. Selon leurs assertions, ils ne comptent pas s’arrêter là  si toutefois  les autorités n’ont pas satisfait leurs revendications. Et pour montrer aussi qu’ils sont déterminés à aller jusqu’au bout, ils ont déjà déposé un préavis de grève si un dialogue sincère n’est pas établi. 

Mécontents de leur sort qui leur réservé et de leurs conditions de travail précaires, les professeurs de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle ont décidé, hier, de suspendre leurs cours jusqu’à nouvel ordre c’est à dire jusqu’à ce que leur ministère de tutelle accepte de revoir sa copie. «Nous sommes là pour protester et montrer notre mécontentement. Depuis deux ans, en effet, nous courons  derrière notre ministère de tutelle pour résoudre nos problèmes », nous rencarde Ahmed Salem, chargé de la communication et des relations extérieures au Syndicat National des Professeurs d’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle, retrouvé devant le portail du Lycée National d’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle.   

Ce mouvement de grève est né à la suite de multiples négociations avec leur ministère de tutelle entamées depuis décembre 2005. En effet, depuis le dépôt de leur plate-forme revendicative le 1er mai 2007, les professeurs de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle courent derrière leurs doléances qui semblent échoir dans l’oreille d’un sourd en l’occurrence leur ministère de tutelle qui les avait pourtant promis des primes de craie et de risques déjà acquis, après d’âpres négociations, mais qu’il tarde toujours à concrétiser. 

Autre grief reproché au ministère de l’enseignement technique concerne la nomination de certains directeurs des établissements de l’enseignement technique. Des nominations qui violent, selon le chargé de la communication et des relations extérieures du SYNAPET, l’article n° 11 de l’arrêté n° 0314 du 02/04/2002 qui stipule que les directeurs des lycées doivent être un professeur de l’enseignement technique, disposant d’une ancienneté de 5 ans et aurait fait preuve d’une compétence et d’une régularité irréprochable. 

Ces nominations, ont soutenu les professeurs, se sont fait sur des bases qui ne tiennent pas en compte les textes en vigueur sur l’enseignement technique. «Comment peut-on donc avoir confiance en des gens qui ne respectent pas les textes et les lois », s’interroge alors Ahmed Salem. «On a contacté le ministre plusieurs fois. Il nous donne seulement des promesses. Mais jusqu’à aujourd’hui, il n’a jamais fait quelque chose de concret. C’est toujours des promesses, des séries de promesses sans fin », déplore-t-il. 

Cet arrêt de travail n’est qu’un avertissement adressé au Ministère de l’Enseignement Technique. Mais, prédisent les professeurs, si rien n’est fait dans le sens de tenir en considération leurs principales revendications, ils vont durcir le ton en paralysant l’enseignement dans tous les lycées de formation technique et professionnelle ainsi que dans tous les centres de formation professionnelle et de perfectionnement. La balle est maintenant dans le cas du gouvernement. «S’il n’y a pas une amélioration de la situation, certainement, on va prendre d’autres mesures. D’ailleurs, nous avons déjà déposé un préavis de grève pour le 2 avril prochain et d’ici là, si les gens ne résolvent pas nos problèmes, nous allons rentrer dans une grève ouverte», a laissé entendre le chargé de la communication et des relations extérieures du SYNAPET qui a exigé, en outre, que leurs doléances relatives au développement de carrière surtout soient respectées par le gouvernement s’il veut que les choses s’en arrêtent là et ne s’empirent. «On a voulu dès le début prendre des démarches responsables. On a contacté les autorités compétentes. Mais, malheureusement,  cela n’a pas abouti à quelque chose », regrette-t-il. 

«Nous savons que l’enseignement technique et professionnel est coûteux. C’est un métier ingrat comme tout autre enseignement mais il est à la base de tout développement économique d’un pays. Aucun pays ne peut se développer sans son enseignement technique », déclare Hosmi Ould Maloukif, Président du Conseil National du SYNAPET qui pense pour que l’enseignement technique mauritanien  retrouve son lustre d’antan, il faut que les professeurs, ceux-là même qui ont accepté de choisir ce métier, puissent avoir en contre partie de quoi subvenir à leurs besoins. 

Il a par ailleurs rappelé aux autorités de prendre toutes leurs responsabilités par rapport à l’hémorragie qui est en train de causer beaucoup de dégâts à l’enseignement technique mauritanien. «Tous les ans, dit-il, nous avons 4 ou 6 parmi les meilleurs professeurs qui quittent l’enseignement pour aller dans les métiers où ils sont mieux rémunérés. Si vous prenez un ingénieur et vous lui payez 60.000 UM. Que représente cette somme par rapport à la vie quotidienne d’aujourd’hui au moment où il peut trouver 400.000 ou 600.000 UM dans les entreprises privées ? ». 

L’arrêt de cette hémorragie passe, selon lui, par l’amélioration des conditions de vie et de travail des professeurs afin qu’ils puissent continuer à travailler et former des générations mais en respectant un certain nombre d’exigences. «Tout ce que nous voulons, c’est l’équité. Que tous les fils de ce pays soient traités de la même manière ! Qu’on arrête ces parachutages ! Qu’on arrête les coups de piston ! Nous demandons l’application des lois et qu’il y ait des critères de transparence », déclare le Président du Conseil National du SYNAPET sur un ton grave. 

L’image de l’Enseignement Technique Mauritanien est marquée par une situation exécrable et désarmante. Dans les ateliers de formation et d’apprentissage du lycée national technique et professionnel où nous avons fait un tour, les machines de travail datent de plus de 40 ans. Les budgets alloués sont insignifiants pour pouvoir répondre aux exigences de la formation et d’un enseignement de qualité. Mais «elles continuent à fonctionner, assure Hosmi Ould Maloukif, grâce à l’effort des professeurs qui continuent à les entretenir et à les maintenir. Les pièces ne sont plus fabriquées à l’étranger puisque ces machines n’existent plus. Nous sommes obligés de confectionner les pièces pour les réparer. Tout cela, sans contre partie. On n’a aucune prime de maintenance, ni d’entretien, ni de réparation, ni de risques ». 

Un des professeurs qui nous a accompagné dans les ateliers de formation nous a même confié qu’il n’y a jamais eu de renouvellement de ces vieilles machines. D’ailleurs, des appels d’offres ont été faits dans ce sens mais jusqu’à présent rien de concret. Et comme on dit, les promesses n’engagent que ceux qui y croient. 

Outre cela, les risques auxquels sont exposés les élèves et les professeurs sont réels. Il arrive même, nous dit-on,  que des accidents de travail surviennent. Certains même se retrouvent avec des doigts amputés par ces machines  hyper tranchantes dont le nom seulement évoque beaucoup de choses : la guillotine, la presse-plieuse… 

Babacar Baye Ndiaye 

( 10 mars, 2008 )

Kadjata Malick Diallo, député de l’UFP

Au cours d’une conférence de presse, le député Kadjata Malick Diallo, accompagné de ses camarades députés, est largement revenu en détails sur l’évaluation de la session ordinaire  relative aux amendements du statut de l’opposition finalement approuvés par une grande majorité des parlementaires.

 

Jeudi dernier, les parlementaires s’étaient réunis au cours d’une session ordinaire consacré à l’examen d’une proposition de loi émanant de l’Union des forces et de Progrès(UFP) pour remplacer l’ordonnance du CMJD en date du 9 avril 2006 portant statut de l’opposition démocratique. Au cours d’une conférence de presse organisée par les parlementaires de l’UFP, le député Kadjata Malick Diallo est largement revenu en détails sur l’évaluation de la session ordinaire  relative aux amendements du statut de l’opposition finalement approuvés par une grande majorité des parlementaires.

Pour ne pas engendrer des sentiments d’exclusion ou de frustration, Khadija Malick Diallo a rappelé que la proposition de loi sur le statut de l’opposition démocratique avait fait l’objet d’une large concertation au niveau de ‘toute’ l’opposition afin que des amendements soient apportés à l’ordonnance du CMJD relative au statut de l’opposition démocratique. «Il a été convenu que nous apportions des amendements à l’ordonnance du CMJD. Pourquoi ? Parce qu’elle répondait aux aspirations et une demande criarde de l’opposition pour qu’elle soit dotée d’un statut qui la préserve et qui garantit ses intérêts et ses droits », explique Kadjata Malick Diallo qui n’a pas manqué de constater qu’il y avait, malgré la pertinence de cette ordonnance,  un certain nombre de lacunes relevées dans l’ordonnance du CMJD portant statut de l’opposition.  «Ces lacunes se résument au fait que le chef de file de l’opposition devrait être le porte-parole attitré de toute l’opposition et qu’il devait donc donner l’avis de l’ensemble des partis qu’il soit en accord ou en désaccord » a-t-elle observé en faisant remarquer qu’il(le chef de file de l’opposition) bénéficiait de manière exclusive des avantages matériels et protocolaires considérables et qu’aussi, il fallait parler de «l’institution de l’opposition »  et non dire «chef de file de l’opposition ».

«On s’était mis d’accord au niveau de l’opposition pour que ces lacunes là soient relevées et  modifiées par des amendements qu’il faut apporter au niveau de l’assemblée nationale lors de la session ordinaire de novembre à janvier », a-t-elle déclaré.

Dans l’ordonnance du CMJD, il a été constaté que la mise en place de «l’institution de l’opposition »  posait problème. Cela découlait du fait que l’ordonnance accordait beaucoup de prérogatives au chef de file de l’opposition’. A l’époque, dans la mise en place de cette structure, l’UFP avait décliné sa participation pour des raisons objectives. « Au niveau de la loi, les prérogatives reviennent au chef de file de l’opposition » a déclaré Kadjata Malick Diallo. Ainsi donc, des modifications devaient être apportées pour combler toutes ces lacunes relevées dans l’ordonnance du CMJD portant statut de l’opposition. L’UFP, en âme et conscience, et surtout devant l’insistance de Ahmed Ould Daddah, avait décidé de participer à la mise en place de cette institution. «On a fini par accepter de participer à la mise en place de cette institution. Au moment de mettre en place cette institution, nous avons privilégié à ce qu’on détermine les critères sur lesquels on doit monter cette institution. Les autres partis n’ont pas été d’accord avec nous sur cette approche » a-t-elle soutenu  en pensant que leurs partenaires sont allés trop vite en besogne et ceci a créé des malentendus et des points de divergence au sein même de l’opposition notamment entre l’UFP et le RFD. «Si on ne détermine pas des critères sur lesquels on se met d’accord et qu’on va appliquer à tout le monde, il sera tout simplement de l’arbitraire » a-t-elle estimé car cela a fait planer le doute au niveau de l’UFP qui voyait mal la manière même dont le chef de file de l’opposition a été désigné par le conseil constitutionnel du seul  fait que Ahmed Ould Daddah  bénéficiait plus de députés à l’assemblée nationale par rapport aux autres partis politiques de l’opposition.

La répartition des autres postes de l’institution du chef de file de l’opposition notamment celui de secrétaire général  a créé beaucoup d’écarts entre les différents partis politiques. «Nous considérons le fait de ne pas accepter que ce critère soit appliqué sur le poste de secrétaire général, c’est parce que ce poste devait revenir à l’UFP et on voudrait que ce dernier occupe ce poste. On met entre parenthèses le critère par rapport à ce poste et à l’ensemble des autres postes », dit-elle.

Les plénières, prévues pour le vote de la proposition de loi sur le statut de l’opposition, ont été moult fois retardées voire même reportées à cause du manque de consensus au niveau des critères de désignation du chef de file de l’opposition qui doit revenir, juridiquement,  au parti qui a le plus de députés à l’assemblée nationale comme cela se passe dans tous les pays qui sont dotés d’un statut de l’opposition à l’instar de la Grande Bretagne, de l’Australie et du Canada. «Alors pourquoi chercher à le retarder pour son application », s’interroge Kadjata Malick Diallo qui pense qu’il fallait définir des critères consensuels pour pouvoir sortir de cette situation confuse. Heureusement, que la loi portant sur le statut de l’opposition a été votée et cela a permis de dénouer la situation de tiraillements entre les différents partis de l’opposition.

 

Babacar Baye Ndiaye 

Ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

 

 

( 10 mars, 2008 )

Allou Allassane, chanteur: »Je me suis marié deux fois à cause d’un manque de compréhension vis-à-vis de mon comportement et de mon esprit d’artiste »

 

Allou Allassane ou l’Enfant du Walo, comme il aime à s’en affabuler, vient de sortir au Sénégal et en Mauritanie, son nouvel album, «Yaag Yoon » (en substance, péripéties de la vie, ndlr) qui comprend six titres : ‘Mame’(aïeul), ‘Mi Yidima’(je t’aime), ‘Ma Dome’(Mon enfant), ‘Nabi’(Le Prophète Mohamed, PSL), ‘Walo’(son territoire natal) et ‘Unité Nationale’. On a eu droit ce jeudi 28 février à une ambiance 100% festive et mbalax comme on pouvait l’attendre de lui. Le C.C.F a vibré au rythme du mbalax made in Mauritania avec Allou Allassane. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Apparemment, vous êtes une personne qui ne respecte pas l’heure. Vous deviez être sur scène à partir de 18 heures. Vous avez fait poireauter le public pendant plus d’une heure et demi. 

Allou Allassane : Je m’en excuse auprès du public. C’était indépendant de ma volonté. Encore une fois, je m’excuse car ce n’est pas dans mes habitudes de faire attendre le public. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Que faisiez-vous pendant tout ce temps-là ? 

Allou Allassane : Je me douchais…Je me préparais…Je priais… 

 

Le Rénovateur Quotidien : Pensez-vous que quelqu’un comme vous qu’on jette des fleurs en disant que vous êtes talentueux, devrait-il agir ainsi ? 

Allou Allassane : Nul n’est parfait. C’est des choses imprévisibles qui peuvent arriver à tout moment. Ce n’était pas dans mes intentions de monter sur scène avec beaucoup de retard. Les gens qui me connaissent parfaitement savent que je suis une personne qui respecte l’heure. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Sur scène, vous sautillez beaucoup. 

Allou Allassane : C’est l’émotion. J’étais danseur avant d’être chanteur. J’ai le rythme dans le sang. 

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est vrai que vous avez sorti un album mais vous êtes peu connu des mauritaniens. Qu’allez-vous faire pour vous imposer sur la scène musicale mauritanienne ? 

Allou Allassane : Qu’est-ce que vous entendez par beaucoup de gens ne me connaissent pas ? J’ai sorti mon album à Dakar. J’ai vendu 2000 cassettes. Les radios et les télévisions sénégalaises diffusent régulièrement mes chansons. Comme j’ai fait trois mois de promotion de ma cassette au Sénégal, j’ai décidé de revenir à mon pays pour promouvoir ma cassette et essayer de s’imposer sur la scène musicale mauritanienne. Découvrir la personnalité de Allou Allassane, c’est cela peut-être qui restait ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Tout le monde vous concède vos talents de danseur. Mais par rapport à vos textes, vous avez encore du chemin à parcourir. 

Allou Allassane : Ça, c’est la première qu’on me le dit ! Dans mon album, j’ai prouvé que je suis un chanteur engagé. C’est moi-même qui définis mes propres thèmes. J’ai chanté sur des thèmes extraordinaires allant de l’éducation à la vie en passant par la religion et la solidarité. Si vous faîtes très attention, beaucoup de chanteurs ne font que des éloges dans leurs chansons. Moi, non ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous, de manière générale, de la musique mauritanienne ? 

Allou Allassane : C’est une musique riche qui a beaucoup de potentialités mais demeure encore inexploitée dans le vrai sens du mot. Il y a des problèmes de mécènes : des supports qui doivent mettre en valeur la culture de ce pays-là. La culture joue un rôle très important dans toutes les activités qui peuvent mettre en valeur un pays partout dans le monde. On espère qu’avec la nouvelle situation du pays, il y aura peut-être des avancées dans ce domaine. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez décidé de jouer du mbalax pur et dur. Pourquoi ? 

Allou Allassane : Je ne dirai pas que je fais entièrement du mbalax pur et dur parce qu’aussi, je fais du mbalax diversifié : il y a une partie de jazz avec une coloration rythmique de toutes les couleurs musicales de la sous-région. Je joue de la musique multidimensionnelle et diversifiée. 

 

Le Rénovateur Quotidien : A votre avis, pensez-vous que les artistes mauritaniens qui jouent du mbalax ont de l’avenir dans ce pays ? 

Allou Allassane : Ils ont de l’avenir si vraiment, ils changent de comportements c’est à dire la vraie valeur d’un artiste, c’est de croire en lui, d’avoir la foi et la détermination pour pouvoir affronter les péripéties de la vie musicale. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Dans votre album, il y a un morceau intitulé «Mi Yidima ». Est-ce que vraiment vous croyez à l’amour ? 

Allou Allassane : Je le crois mais c’est très difficile de le vivre. L’amour est un sentiment divin  qui se trouve dans le cœur : quand tu regardes une femme ou quelque chose que tu aimes, ce n’est pas toi qui choisis le fait de l’aimer. C’est un sentiment intérieur qui donne un sentiment de reflet ou de sensation qui te permet de savoir que tu aimes quelque chose. Maintenant, reste à avoir la conscience de le suggérer, de le gérer en tant qu’amour. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous personnellement souffert de l’amour ? 

Allou Allassane : Oui, beaucoup ! Je me suis marié deux fois à cause d’un manque de compréhension vis à vis de mon comportement et de mon esprit d’artiste. Je suis un artiste sollicité donc je dois être à la disposition de tout le monde. La femme qui ne comprend pas tout cela ne peut pas vivre avec moi. Il y a toujours un problème d’incompréhension mais il existe toujours l’amour. 

 

Le Rénovateur Quotidien : D’ailleurs, êtes-vous marié ? 

Allou Allassane : Je suis encore célibataire mais je suis en train de me préparer au mariage. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Revenons encore à votre album «Yaag Yoon ». Quelle est la situation actuelle des ventes ? 

Allou Allassane : Quand je l’ai fait sortir au Sénégal avec le studio 2000, j’ai produit 2000 cassettes. J’ai dupliqué encore 1000 cassettes qui ont été achetés par les walo-walo. J’ai amené à Nouakchott 500 cassettes qui ont été bien vendus. Je suis en train de préparer avec des partenaires la duplication en Compact Disc parce qu’il y a beaucoup de gens qui le demandent. J’ai pu contourner les pirateries parce que je n’ai pas vendu à Sandaga (marché à Dakar, ndlr) mais j’ai vendu mon album en faisant le porte à porte. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et ç’a marché ? 

Allou Allassane : Effectivement ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Lorsque vous intitulez votre album, «Yaag Yoon », à quoi faites-vous allusion ? 

Allou Allassane : Je fais allusion aux moments les plus durs de ma vie. J’ai laissé ma carrière d’enseignant pour être  musicien. J’ai laissé ma famille. J’ai dû faire face à l’incompréhension de mon environnement. Personne n’avait compris ma détermination par rapport à la musique. C’est par rapport à tout l’itinéraire que j’ai fait pour me cultiver dans le domaine musical- 10 ans de musique et 15 ans de danse -, que j’ai décidé d’intituler cet album, «Yaag Yoon ». 

 

Le Rénovateur Quotidien : Les artistes mauritaniens vivent très difficilement de leur art. Qu’en pensez-vous ? 

Allou Allassane : Ils ne vivent pas de leur musique, c’est vrai. C’est un métier qui ne nourrit pas son homme en Mauritanie parce que ce n’est pas pris en considération. Il n’y a pas d’ouverture. Il n’y a pas de mécène. Vous voyez le C.C.F, c’est une opportunité pour un artiste quel que soit ce qu’on lui paie, de montrer ses talents. Avec les médias et les mécènes, on croit qu’on va nous appuyer pour développer la musique en Mauritanie. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Que représente le Walo pour vous ? 

Allou Allassane : Il représente beaucoup de choses pour moi parce que c’est un créneau de développement que les gens ignorent. Le Walo représente notre pétrole, notre richesse et nous devons s’unir pour son développement. Nous avons une terre fertile et les eaux du fleuve. Ce qui reste à faire c’est d’amener du matériel agricole et investir dans notre sous-sol. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et vous serez le premier à y retourner si toutes ces conditions sont réunies ? 

Allou Allassane : Le premier clip que j’ai introduit à la télé, c’est Walo. C’est pour montrer la diversité culturelle et l’idée que j’ai du développement de cette contrée. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez chanté dans votre album le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Pourquoi ? 

Allou Allassane : Non, je ne l’ai pas chanté. J’ai fait allusion au peuple qui a élu un Président qui s’appelle tel. Qu’attend maintenant ce peuple ? 

 

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous du Président ? 

Allou Allassane : Je pense qu’il a des idées novatrices qui peuvent permettre à une démocratie, à un développement. Mais est-ce que cette donnée politique est comprise par les éléments politiques de l’époque. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous semblez avoir beaucoup de confiance  en lui ? 

Allou Allassane : J’ai une confiance en lui parce qu’il y a un petit changement qui commence à naître. Vous voyez la liberté de ton qu’il y a dans la presse. Aujourd’hui, les gens s’expriment comme ils veulent.  Lorsque tu entends quelqu’un dire ses pensées, c’est parce qu’il y a une liberté d’expression. Voilà l’espoir que nous avons reste maintenant à s’occuper du peuple, aux gens qui ont faim, qui sont malades, aux sans-abri, à la santé, à l’éducation… 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez aussi chanté l’unité nationale. Est-ce à dire que cela vous tient à cœur ? 

Allou Allassane : Je voulais devenir le Président non pas de la Mauritanie mais de l’Afrique pour définir notre politique de développement. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et vous pensez qu’il en manque ? 

Allou Allassane : Bien sûr ! Nous avons les compétences et le savoir mais ça traîne dans la cohésion des idées. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous estimez que les artistes ont un rôle très important  à jouer dans cette unité nationale ? 

Allou Allassane : Parfaitement ! Et si nos politiques et notre gouvernement ont compris cela, ils doivent investir dans la culture en pensant à nous parce que nous jouons un rôle très important dans l’unité de ce pays. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Tout à l’heure, lorsque Ousmane Gangué chantait, vous aviez des larmes aux yeux. Etes-vous émotif à ce point-là ? 

Allou Allassane : C’est l’émotion. Il a fait des éloges sur ma personne. Nous, les Africains, nous aimons cela et malheureusement, cela commence à disparaître dans nos traditions. Nous avons tendance à oublier nos traditions du fait de l’influence occidentale. 

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est la première fois qu’un chanteur mauritanien utilise le concept «la Mauritanie qui gagne ». Est-ce que vous y croyez réellement ? 

Allou Allassane : C’est pour cela, je l’ai chanté. Je ne chante pas ce que je ne ressens pas. Je suis un musicien engagé et cultivé. Un musicien qui a rampé, qui a souffert et qui comprend qu’il y a un peuple derrière moi qui demande à ce que je transmette  leurs doléances. Je me considère en quelque sorte leur porte-parole. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

( 10 mars, 2008 )

Situation des prisons en Mauritanie

Aminétou Mint Ely Moctar demande l’amélioration des conditions de détention 

 

Les  conditions de détention des prisonniers mauritaniens ne sont pas fameuses, peut-on penser, à l’issue de la conférence de presse organisée, ce samedi 1er mars, en collaboration avec S.O.S. Esclaves et Al Marsaad Mauritanie, deux associations fortement impliquées dans la défense des droits de l’Homme en Mauritanie. D’ailleurs, le récent rapport de la Commission Nationale des Droits de l’Homme(CNDH) a révélé de nombreux dysfonctionnements criards dans nos prisons. Pas étonnants donc d’entendre des parents de prisonniers affirmer que leurs progénitures sont régulièrement torturées loin de tout regard. 

 

Au cours d’une conférence de presse tenue samedi dernier, la Présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille(AFCF), Aminétou Mint Ely Moctar a catégoriquement dénoncé les conditions dans lesquelles sont détenus  les prisonniers mauritaniens, qu’ils soient des prisonniers d’opinion ou de droit commun. «Nous estimons, souligne-t-elle, quel que soit le crime qui a été commis par un prisonnier, il ne faut jamais oublier que c’est un être humain et qu’il a droit d’avoir une vie décente ». A ses yeux, les prisonniers doivent bénéficier plus d’attention de la part des autorités en leur accordant le droit de recevoir des visites, de voir leurs parents, d’être pris en charge, de bien manger, d’être soignés lorsqu’ils souffrent, bref d’être dans de bonnes conditions. 

Elle a par ailleurs attiré l’attention des mauritaniens sur les brimades, les humiliations et les maltraitances que subissent sans relâche ces mêmes prisonniers qui ne bénéficient d’aucune protection juridique ou sociale. «Nous sommes contre de telles pratiques », a-t-elle martelé en soulignant que «leurs parents ont droit de savoir dans quelles conditions ils vivent. De quoi, ils mangent. C’est un droit élémentaire qu’il faut accorder à leurs parents ». C’est pourquoi, Aminétou Mint Ely Moctar a demandé à ce que des mesures soient prises pour que les parents des prisonniers puissent avoir des informations sur les conditions de détention des prisonniers dans le cadre du respect de la dignité humaine. 

Récemment, un rapport sur la situation des conditions de détention dans les prisons a été publié par la Commission Nationale des Droits de l’Homme(CNDH). Ce rapport a indiqué que les conditions de détention des prisonniers sont catastrophiques. Mais à défaut de changer cette situation, Aminétou Mint Ely Moctar a suggéré qu’elles soient améliorées au bénéfice des prisonniers et de leurs parents.   

Cette situation inquiétante et déplorable est connue des pouvoirs publics qui semblent ne pas accorder du crédit à l’amélioration des conditions de détention des prisonniers. En outre, certains prisonniers, et ils sont nombreux à croupir au fond des geôles, depuis leur incarcération, leurs proches parents n’ont plus de leurs nouvelles. 

Une situation que Aminétou Mint Ely Moctar juge inacceptable et estime qu’il est du ressort des pouvoirs publics d’améliorer les conditions de détention des prisonniers en leur assurant une protection sociale dans un cadre légal. «Tout ce que nous pouvons demander à la justice, c’est qu’elle soit une justice équitable et qu’elle soit une justice réelle » a-t-elle laissé entendre. «Nous voulons que la situation des prisonniers change et que les prisons soient élargies », dit-elle en faisant allusion à la prison centrale qui a largement dépassé sa capacité d’accueil et elle est actuellement à plus de 800 prisonniers entassés dans des cellules souvent trop exiguës. 

Cette situation précaire et dangereuse n’a pas laissé de marbre la Présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille(AFCF)  qui a stigmatisé la manière dont les prisonniers sont entassés et la façon dont ils sont traités. «Nous sommes dans un pays démocratique », dit-elle persuadée qu’on ne peut pas continuer à bafouer les principes les plus élémentaires de la justice et du droit alors que la Mauritanie a ratifié la convention contre la torture. «Le fait d’enchaîner un être humain pendant toute la journée et toute la nuit, c’est de la torture. Cela est inadmissible et inacceptable. Il faut traiter l’être humain en tant qu’être humain et non selon le crime qu’il a commis », pense-t-elle. 

Aminétou Mint Ely Moctar a saisi la balle au bond pour lancer un appel au gouvernement mauritanien de revoir la situation des conditions de détention des prisonniers et notamment en permettant aux parents des prisonniers d’avoir un accès aux prisons en leur apportant à manger, en leur soignant lorsqu’ils tombent malades, etc… 

Et par rapport à la condition actuelle qui prévaut dans les territoires palestiniens, Aminétou Mint Ely Moctar a estimé, en tant que défenseur des droits de l’Homme, que c’est un «massacre collectif» qui a visé principalement des femmes et des enfants. L’Etat Hébreu, a-t-elle fait savoir, est entrain de bafouer toutes les conventions internationales sur les droits des enfants et de la femme sans que cela ne fasse rechigner personne. «Nous demandons aux autorités mauritaniennes de faire pression auprès d’Israël », a-t-elle dit en qualifiant ces raids israéliens de «crime odieux», des attaques qui doivent, selon elle, mobiliser toutes les Organisations de Défense des Droits de l’Homme du monde entier pour que cette situation s’estompe immédiatement afin d’éviter qu’elle ne dégénère et étale ses tentacules sur toute la planète. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

( 10 mars, 2008 )

Dioba, artiste-chanteuse/Une vraie militante des causes de l’enfant !

Elle est née en 1982 à Nouakchott. Issue d’une famille de griots. Elle est chanteuse et veut aller plus loin : conquérir la Mauritanie et être populaire. Cette ambitieuse, qui refuse de jouer les seconds rôles dans la musique mauritanienne, s’habille toujours en rastafari.

Cette ‘femme publique’ s’appelle Marième Guéye plus connue sous le nom d’artiste de Dioba. Lorsqu’on parle d’elle, les mots et les qualificatifs ne manquent pas : c’est une diva, c’est une star, elle a la voix d’or, elle peut aller loin…affirment ses amies et ceux qui partagent avec elle, le milieu de la musique. Mais elle refuse de s’en affabuler. 

«Je n’ai pas une voix d’or ! Je ne suis pas encore une diva ! », glousse-t-elle.Peu importe, ce que les ‘autres’ pensent ou déclarent puisque les appréciations sont libres. Sa sobriété, elle la garde comme un précieux coffret. D’ailleurs, c’est parmi ses particularités. Normal, peut-on penser, quand on est issu d’une famille où le virus du chant et de la musique se transmet de génération en génération dans les limbes de la voix. 

Elle aurait pu être rappeur, tirer à boulets rouges sur le gouvernement, dénoncer les injustices sociales, dire tout ce qu’elle pense lorsqu’elle monte sur scène sans fioritures, elle aurait pu être un vrai esprit révolutionnaire, mais elle avait envie de faire du vrai mbalax parsemé de jazz, de salsa et  de reggae.

Marième Guèye dit Dioba

Elle va s’appeler Dioba, nom qu’elle a emprunté à sa grand-mère, Fatou Diop Gawlo, une grande cantatrice.  De sa grand-mère, elle ne gardera que son nom. Pas de souvenirs d’elle puisqu’elle décédera très tôt.

Elle bravera tous les obstacles et tous les interdits. En premier lieu, faire face à l’incompréhension de ces parents qui ne voulaient pas qu’elle devienne musicienne. Mais face à sa détermination, le mur parental a finalement cédé. Et elle se rappelle encore de ces moments et ces nuits où ses parents l’interdisaient de sortir. Mais, ses débuts dans la musique furent difficiles, avoue-t-elle. 

Bien sûr, Dioba n’est pas comme ces filles arrogantes. D’ailleurs, l’arrogance, ça l’agace ! Elle ne supporte pas les personnes arrogantes. Free, elle l’est. Elle n’a pas peur des regards et des critiques des autres, dit-elle. Les décolletés qu’elle porte parfois en est une illustration. Mais elle n’oublie jamais qu’elle est une musulmane et qu’elle respecte assidûment les heures de prière.

Cigarette à la main, jambes croisées, string out…Dioba affirme qu’elle n’est pas de cette catégorie de filles. Ni de ces jeunes filles là qui ne savent pas faire la vaisselle, la cuisine…avec de bons plats : yassa, mafé, tchiou, thiébou djeune…

Toutes ces bonnes choses là, elle les a apprises de sa grand-mère, Mariétou Guèye, à qui elle rend souvent hommage dans ses morceaux.  Le copinage ne l’intéresse pas. «Je n’ai pas ce temps-là », s’explique-t-elle. Mariée ? «J’attends l’homme providentiel », répond-elle avec un brin d’humour. Ses relations avec les autres artistes sont parfaites. Elle répond toujours à leur sollicitation.

Qu’elle soit pour assurer leurs chœurs ou faire un play-back sur scène !  Elle participe aussi à des campagnes de sensibilisation notamment sur la lutte contre le VIH/Sida.  Elle vit de manière naturelle son statut de ‘femme publique’. La situation des enfants est son seul leitmotiv. Elle a mal au cœur lorsqu’elle aperçoit dans les rues de Nouakchott, des enfants sans chaussures, sous le soleil, en train de tendre la main.

Sa vie, elle veut la ménager, pour la cause des enfants. Elle compte même créer une association dans ce sens lorsqu’elle trouvera des fonds nécessaires pour venir en aide aux enfants de la rue. Une vraie militante des causes de l’enfant.                                                                                                           

Et celle que l’on taxe souvent de «jamaïcaine» du fait de son look ne s’est jamais découragé. Matin, midi, soir : elle est toujours en répétition. Elle croit dur comme fer qu’elle peut réussir dans la musique et que seul le travail paie. Des projets, elle en a pleine la tête. Mais elle refuse d’en parler. Il semblerait qu’elle a horreur des prévisions.

Elle ne s’aventure jamais à avancer de date. Car, «Seul Dieu sait», se justifie-t-elle. D’ailleurs, le mot «Dieu » revient tout le temps sur ses propos.  Nièce de Jimmy Mbaye, un guitariste du super étoiles de Youssou Ndour, l’un des meilleurs guitaristes d’Afrique, elle ne veut pas aller trop vite en besogne en ce qui concerne sa carrière musicale.

Même si elle sait qu’elle peut s’en sortir en sollicitant son expérience et son aide.  Elle ingurgite toutes sortes de musique. Une fille moderne et émancipée ! Ma Sané de Wa Flash de Thiès et Coumba Gawlo Seck l’empêchent de dormir. Lorsqu’elles chantent, elle devient muette et attentive !  Choriste de Malouma, elle a pu voyager dans pas mal de pays.

Cette collaboration l’a permis de s’améliorer mais surtout de découvrir certaines astuces de la vie musicale. Grandi entre Nouakchott, Dakar et Tivaouane, elle n’a pas eu la chance de fréquenter l’école française. «Je ne regrette rien », avoue-t-elle. Enfant, se souvient-elle, elle était têtue et bagarreuse. Mais, rassure-t-elle, elle a changé maintenant. Certainement, parce qu’elle est devenue disciple de Khalifa Ababacar Sy (chef religieux de la confrérie Tijane au Sénégal à Tivaouane, ndlr). 

Babacar Baye Ndiaye 

( 10 mars, 2008 )

Dorsale à fibre optique: Le projet coûtera à Mauritel plus de 2 milliards d’ouguiyas

L’entreprise Mauritel vient de franchir un nouveau cap en lançant son nouveau projet, la «dorsale à fibre optique » qui reliera Nouakchott à Nouadhibou. La pause de la première pierre  de cet important projet financé à hauteur de 2.364.054.000 UM s’est déroulé ce jeudi 6 mars  en présence du ministre en charge des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, du Président- Directeur Général de Mauritel et de nombreuses convives. L’occasion a été saisie par les responsables pour faire une présentation sur les progrès réalisés par Mauritel. 

Mauritel, leader de télécommunication en Mauritanie comme elle se proclame, vient non seulement de taper fort avec ce projet qualifié de «structurant et novateur », mais aussi de prouver qu’elle ne compte pas jouer les seconds rôles dans le secteur des nouvelles technologies de l’Information et de la Communication de plus en plus fortement marqué par la concurrence et l’innovation en matière de produits et de services à la pointe de la technologie. 

 C’est dire que Mauritel  ne compte pas s’arrêter là puisqu’en l’espace de 7 ans, elle a réalisé de gros efforts, malgré des couacs à la limite compréhensifs, grâce à un transfert de compétences et un appui organisationnel et technologique de la part de Maroc Télécom au capital de Mauritel en tant que partenaire stratégique par une prise de participation à hauteur de 51% par un investissement global de 48 milliards USD. 

Les progrès réalisés par Mauritel et Mauritel Mobiles

Ainsi donc, depuis 2001, début du partenariat avec Maroc Télécom, Mauritel et Mauritel Mobiles n’ont cessé d’accroître leur parc dans le but de répondre aux exigences de plus en plus pressantes de la clientèle en termes de prestation de services. Les localités du pays couvertes par le réseau fixe sont passées de 14 en 2001 à 36 en 2006. Une faible évolution engendrée essentiellement par l’explosion du mobile. Ce phénomène est mondial et aucun opérateur du téléphone fixe n’y échappe. 

De 2000 à 2007, le parc de Mauritel fixe est passé de 19.003 abonnés à 36.780 abonnés. Pour ce qui est de Mauritel Mobiles, le nombre d’abonnés est passé de 7.000 à 904.469 entre 2001 et 2007 : soit une progression de 37% par an.     

En 2007, Mauritel Mobiles a investi 7.868.000.000 UM dans l’expansion de son réseau. Pour cette année 2008, elle envisage d’investir 9.657.000.000 UM. En termes de contributions au trésor public de l’Etat Mauritanien, Mauritel Mobiles a fait entrer dans les caisses de l’Etat 12.369.000.000 UM. 

Outre ces importantes avancées en matière d’infrastructures de télécommunications et des retombées positives en termes d’investissements, d’introduction d’une panoplie de produits et services, d’une contribution significative aux recettes de l’Etat, la Mauritel est une entreprise citoyenne qui contribue efficacement à la création de milliers d’emplois directs ou indirects et participe également à des actions humanitaires importants dont une aide conséquente pour les sinistrés de Tintane(100 tonnes de denrées alimentaires distribuées) en plus de son appui constant à la promotion sociale et culturelle dans notre pays. 

Dorsale à fibre optique: »un projet structurant et novateur » 

La Dorsale à fibre optique est un projet de grande envergure nationale qui reliera Nouakchott à Nouadhibou par 24 fibres optiques qui permettront d’offrir une capacité importante et extensible de 1500 Gbps. Non seulement, elle va renforcer le déploiement SDH et STM entre Nouakchott et Nouadhibou mais va permettre de sécuriser  la connectivité internationale du pays mais aussi de véhiculer tout ce qu’on peut imaginer dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication : écoulement du trafic Internet, voix, données et liaisons louées internationales… 

Les travaux de cet important projet de plus de 500 km seront réalisés par Fiberhome, une société spécialisée dans les communications,  et prendront fin à la fin de mois de février 2009. Ce projet est entièrement financé par Mauritel pour un budget alloué de 2.364.054.000 UM soit 6.321.000 Euros. 

Babacar Baye Ndiaye

( 10 mars, 2008 )

Fête internationale de la femme:«Ensemble pour un développement équilibré »

Les femmes mauritaniennes, à l’instar de la communauté internationale, ont célébré hier, au Palais des Congrès de Nouakchott, la fête internationale de la femme sous la présidence effective de l’épouse du Président de la République Madame Khattou Bint El Boukhary. A l’occasion de cette importante cérémonie, madame Vatimétou Mint Khattry, Ministre chargée de la promotion féminine, de l’enfance et de la Famille a révélé qu’un plan d’action pour la femme rurale sera bientôt achevé pour améliorer la situation de celle-ci et pour lui permettre de bénéficier de façon adéquate des programmes de développement exécutés par l’Etat. 

Profitant de ce 8 mars pour exprimer leur élan de solidarité, les femmes mauritaniennes ont exprimé ‘leur admiration et leur grande considération pour la lutte héroïque que mènent leurs sœurs en Palestine’ qui ont refusé ‘obstinément toute soumission et résignation préférant plutôt la mort pour la défense de leur pays’. 

Dans son discours, madame Vatimétou Mint Khattry, Ministre chargée de la promotion féminine, de l’enfance et de la Famille a magnifié d’emblée, au nom de toutes les femmes mauritaniennes, l’action de l’épouse du Président de la République Madame Khattou Bint El Boukhary. «Nous saluons, dit-elle, les sacrifices grandioses consentis par la première dame, l’épouse du Président de la République Madame Khattou Bint El Boukhary en vue d’alléger les souffrances des catégories vulnérables et des sinistrés auxquelles elle montre une solidarité exemplaire dans les moments les plus difficiles ». 

Fêté sous le thème «Ensemble pour un développement équilibré », le 8 mars de cette année 2008 intervient quelques jours après l’appel lancé par le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi  aux femmes mauritaniennes d’entreprendre une campagne contre la gabegie et la corruption et à participer activement à la réforme de la société mauritanienne. 

Plus qu’un coup de projecteur sur la réalité de la femme mauritanienne, la fête internationale de la femme de cette année fut une occasion pour la ministre chargée de la promotion féminine, de l’enfance et de la famille de faire une présentation des actions menées par son ministère et les défis qui se dressent sur le chemin des femmes mauritaniennes. 

C’est vrai que le nombre de femmes dans les postes de décision a accru et que leur participation dans la vie politique, économique et sociale du pays va en crescendo, mais leur place dans la société mauritanienne demeure encore très faible malgré le crédit accordé par le Président de la République aux femmes de bénéficier des priorités du gouvernement dans le domaine du développement et de la lutte contre la pauvreté ainsi que celui de la résolution  des grands défis relatifs à l’esclavage et à ses séquelles, au retour des réfugiés, au règlement du passif humanitaire… 

Face à cette nouvelle conjoncture, le ministère de la promotion féminine, de l’enfance et de la femme a pris une batterie de mesures élaborées dans un plan triennal qui tient en compte le cadre stratégique de la lutte contre la pauvreté. Ce qui a pu permettre de redynamiser la stratégie nationale pour la promotion féminine et d’adopter un arsenal juridique en faveur de la famille, de la femme et de l’enfant. 

Outre cela, le ministère a consolidé les centres de promotion professionnels pour la promotion féminine. Tous ces efforts du gouvernement dans le cadre de la promotion féminine vivent à améliorer le sort de la femme mauritanienne. Ainsi donc, «en ce qui concerne la lutte contre la pauvreté au sein des femmes et de la famille, confie madame Vatimétou Mint Khattry, Ministre chargée de la promotion féminine, de l’enfance et de la Famille, des efforts ont été concentrés sur cette catégorie à travers des programmes directement ciblés par le département et exécuter par d’autres départements et en coordination avec ceux-ci ». 

La femme mauritanienne est désormais au cœur des préoccupations du gouvernement mauritanien. Cela se manifeste dans les différents programmes élaborés dans ce sens. Comme par exemple, le programme de LIHDADE et d’Aftout, le programme d’urgence dans les wilayas des deux Hodds financé à hauteur de 80.000.000 UM réparties dans des projets générateurs de revenus dans le cadre d’un plan gouvernemental. 

S’inscrivant dans une démarche novatrice, le ministère de la promotion féminine va privilégier l’approche genre et l’intégrer dans les politiques et programmes de développement afin de réaliser l’égalité des chances.  Dans ce cadre, la ministre a fait savoir que son ministère va adopter une stratégie nationale avant la fin de l’année en cours.

Babacar Baye Ndiaye

( 10 mars, 2008 )

Qu’est-ce qui a changé en Mauritanie ?

Serions-nous curieusement dans un pays bizarre, dans un pays habité par des aveugles qui ne comprennent que dalle de tout ce qui se fait ou se trame sur leur dos et à leur insu tous les jours.

Aujourd’hui, à la grande stupéfaction de tout le monde, les voleurs, les dissimulateurs et les papelards d’hier, ceux qui ont dépouillé la République, le pays et l’ont introverti à tort et à travers, s’érigent en donneurs de leçons, de moralité et de probité. Que c’est incroyable !

Qui ne souvient pas encore de leur arrogance intraitable ? Nos douleurs sont encore fraîches pour être omises de si vite. Ils  se permettent d’affirmer, devant celui qui veut les entendre, qu’ils incarnent le changement, les aspirations du peuple mauritanien et qu’il n’y a pas d’autres alternatives qu’eux-mêmes.

Ni leurs idées, leurs méthodes, leurs opinions, leur manière de faire de la politique encore moins leurs mensonges, à la limite, extravagants n’ont pas alterné au fil des années. Et qu’on ne s’y trompe pas, rien n’a véritablement changé en Mauritanie. Il faut vraiment avoir mangé de la cervelle de poule ou de coq pour le croire. La transhumance est érigée en règle comme une sorte de bouée de sauvetage pour pouvoir échapper honteusement aux dures réalités de la vie quotidienne.

Les fils des hauts et intouchables dignitaires du pouvoir usent et abusent des propriétés de l’Etat sans que cela ne turlupine leurs pères. Pendant ce temps-là, une localité de la wilayaa de l’Assaba souffre d’un manque criard de poste de santé, d’eau potable, d’électricité, de téléphone…

Et nous trouvons cela normal. Nous sommes loin du partage et de la redistribution des richesses nationales, de la justice sociale et de l’équilibre économique. Ce ne sont pas à travers des statistiques ou des chiffres tronqués qu’on peut faire disparaître ou réduire à moitié la pauvreté qui avilit l’être humain. Comment d’ailleurs  peut-on être digne dans la pauvreté ?

Chaque jour, les riches spolient les terres des pauvres sans que la justice n’intervienne parce qu’ils sont pauvres. Chaque jour, on accuse et emprisonne des innocents parce qu’ils sont incapables de se payer les frais d’un bon avocat souvent en connivence avec l’administration. Chaque jour, on accuse des gens de vol ou d’escroquerie parce qu’ils sont pauvres. Alors que les véritables voleurs roulent dans des voitures qui frisent la démesure. 

Ce qui a changé sous nos cieux, ce sont les discours officiels, c’est le locataire du palais présidentiel. Ce qui a changé, c’est le Président de l’Assemblée Nationale. Les mêmes figures gravitent toujours autour des centres de décision stratégiques du pouvoir depuis plus de deux décennies et on ose nous dire que les choses ne sont plus comme elles étaient. Bien sûr qu’elles ne sont plus comme avant. Ce qui n’a pas changé, c’est l’impunité. Ce qui n’a pas changé, c’est notre indifférence face aux pauvres qui manquent de perspectives. 

Ceux qui nous dirigent et taillent notre destinée à la mesure de leurs intérêts cryptopersonnels peuvent-ils nous assurer des lendemains meilleurs comme il a été prédit dans «Mauritanie Vision 2030» ? Déjà, les actes qu’ils posent chaque jour sont loin d’être rassurants pour un mauritanien averti. Va-t-on continuer à renier l’héritage du 3 août 2005 ? Le doute est permis !

Qu’on ne s’y trompe pas, rien n’a changé en Mauritanie. Et pourtant, certains gens qui ont honni la République en bafouant les principes les plus élémentaires de la bonne gouvernance, du respect des droits de l’homme, de la justice et de l’égalité sociale, veulent nous faire croire qu’un nouvel esprit s’est installé dans nos mœurs. Que nenni ! Que du bla-bla !

La mise en place des structures dirigeantes du PNDD a consacré le retour en triomphe des disciples de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya dans l’engrenage du pouvoir. Et les mauritaniens ont assisté impuissants face à ce retour. Ils n’ont rien dit encore moins manifesté leur désapprobation. On leur serine tout le temps les mêmes discours. C’est comme s’ils oubliaient que leur avenir leur appartient et qu’il serait dangereux de le confier à des «mains douteuses » et peu scrupuleuses. Nous ne sommes pas encore au bout de nos surprises ! Loin de là. 

La Mauritanie serait-elle habitée par des moutons de panurge ? Comment donc expliquer que ceux-là même qui ont participé à la ruine de ce pays en détournant les fonds publics destinés à la construction de routes, de structures sanitaires, d’écoles, etc…puissent revenir en passant par la grande porte.

Ceux-là même qui ont participé à la paupérisation de nos populations, contribué à l’effritement de notre économie en transformant nos unités industrielles et nos sociétés d’Etat en propriété privée. C’est tout simplement hallucinant notre taux de chômage pour un pays qui ne compte pas plus de 3 millions de bouches à nourrir, à vêtir, à éduquer, à soigner et à protéger en les mettant dans de bonnes conditions de vie et de travail. Les populations vulnérables continuent d’être opprimées au su de tout le monde. 

Le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi est comme pris dans un étau qui se resserre de plus en fort et inquiétant autour de sa personne. Les vieux faucons et les vieux loups sont toujours tapis sous l’ombre.

Le feu couve toujours sous la cendre et la fumée peut se dissiper à tout moment. Ceux qui sont contre les réformes sociales sont en train de ruminer, malgré eux, leur désaccord. Sidioca, comme on l’appelle affectueusement, devrait se soucier de manière vigilante de la sournoiserie, de la supercherie et surtout d’une certaine déviance politique qui risquerait de le faire porter le chapeau en le faisant endosser toute une responsabilité dont il ne serait pas responsable et la source.

On est en train de profiter dangereusement de sa bonne foi et de sa générosité patriotique sans que personne ne rechigne. Trouve-t-on cela normal et établi dans l’ordre des choses ? Surtout de la part d’un Président de la République, élu démocratiquement et légitimement par une bonne frange de la population, mais qui se fait avaler des couleuvres de toute taille et de n’importe quel poids par des inconditionnels de la gabegie. Lui, qui a osé s’attaquer à des dossiers aussi complexes et sensibles comme le retour des déportés et l’esclavage mérite-t-il vraiment cela ? 

Nos hommes politiques manquent de dignité et de foi politique à vrai dire. Ils s’orientent  comme un ballon d’air à la guise de leurs intérêts. Le pouvoir se clanise et c’est là un véritable problème qui risque de transformer le pouvoir en un centre d’appétit, d’intérêt et de confrontation dont les conséquences n’épargneraient personne. 

Le PNDD serait-il donc devenu le point de chute des anciens sbires du Président Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya ? Tout porte à le croire et on a bien des raisons de nous angoisser sur l’avenir et la gestion de ce pays longtemps mêlé à toutes les sauces par nos hommes politiques à la recherche du temps perdu. L’éducation est un exemple patent de nos tâtonnements en matière de choix et d’identification de programmes. On ne sait même ce qui est bon ou mauvais pour nos populations. On avale à tout va tout ce qu’on nous propose sans peser le bénéfique et le préjudiciable. 

Ceci est d’autant plus vrai qu’ils ont fait preuve de leurs véritables aptitudes à pouvoir transformer la Mauritanie et de leur manque de vision politique. Sinon, aujourd’hui, nous n’en serions pas là à chercher nos repères et nos marques visiblement perdus dans les foliacés du temps. 

Le grand perdant de la ressuscitation des anciens princes du PRDS serait incontestablement l’opposition qui semble être transcendée par les événements. Au lieu de faire face, elle semble préférer faire joujou peut être plus facile à faire qu’à contrer la vague du PNDD. Quand l’histoire jugera, elle donnera certainement tort à notre opposition démocratique qui est en train de  s’entre-déchirer pour des pruines. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 11 mars, 2008 )

Athié Mohamed El Michry, membre fondateur de l’Association «Empreintes Culturelles »

 «Quand on est de ce pays, on ne peut pas ne pas s’intéresser à la poésie … Il faudrait que chaque maire, chaque élu, ait dans sa politique, une politique culturelle » 

 

L’Association «Empreintes Culturelles » est une association qui favorise la promotion des arts et de la culture ainsi que la préservation et la valorisation du patrimoine culturel mauritanien sous tous ses aspects. Nous revenons, avec un de ses membres en la personne de Athié Mohamed El Michry, sur cette association qui vise la promotion et la préservation du patrimoine, la recherche et la collecte des textes écrits ou parlés et la constitutions d’un fonds poétique mauritanien. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Les mauritaniens s’intéressent-ils vraiment à la poésie et à leur poésie de manière particulière ? 

Athié Mohamed El Michry : (Il sourit d’abord) Excusez-moi ! Votre question ne me fait pas rire. En fait, je crois que tous ceux qui connaissent ce pays ou ceux qui ne le connaissent pas mais qui en ont entendu parler ont dit que la Mauritanie, «C’est la Terre des Hommes », «C’est le pays d’un million de poètes ». Quand on est de ce pays – ce pays qui est un trait d’union entre le monde arabe et le monde africain où pratiquement toutes les deux civilisations se retrouvent -, on ne peut pas ne pas s’intéresser à la poésie. Je crois que dans tous les milieux  mauritaniens – arabophone, poularophone, soninképhone ou wolophone -, les gens aiment bien la poésie. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Tout à l’heure, vous disiez que la Mauritanie est «le pays d’un million de poètes ». Est-ce qu’elle l’est toujours ? 

Athié Mohamed El Michry : Vous savez, la poésie c’est comme la musique. Je dirai quelque part que c’est un militantisme. Lorsqu’on est poète, on l’est, on le reste. On ne dit pas : ‘j’étais poète’ ou ‘j’étais un artiste’. Non ! C’est comme le scoutisme. On est poète à vie. On est artiste à vie. D’ailleurs, on ne peut pas faire la différence entre l’art et la poésie. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Malgré tout ce que vous êtes en train de soutenir, on a constaté néanmoins de plus en plus un désintéressement des mauritaniens de la poésie. N’avez-vous pas peur que ce trésor ne se perde ou disparaisse faute de transmission ? 

Athié Mohamed El Michry : Les mauritaniens ne sont pas désintéressés à la poésie. Ils ne sont pas mis dans des conditions où ils peuvent exprimer ce qu’ils ressentent. C’est une question d’espace. C’est une question de politique. C’est une question d’orientation. C’est des choix qu’il faut faire. Nous sommes un peuple nomade. Nous sommes des bergers, des pasteurs, des agriculteurs et nous aimons beaucoup les grands espaces. Ce qui se passe aujourd’hui est triste. C’est à dire qu’on ne crée pas les conditions. Il n’y pas un espace où les artistes, les écrivains, les génies créateurs mauritaniens peuvent s’exprimer. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Cela est dû à quoi. Est-ce dû à un manque de volonté politique à votre avis ? 

Athié Mohamed El Michry : Non, je ne crois pas. La volonté politique : oui. Mais le drame de ce pays, ce sont d’abord nos intellectuels. Les mauritaniens sont extrêmement intelligents. Lorsqu’un mauritanien est en dehors de son pays, les gens se rendent compte de son intelligence. Mais le problème maintenant : qu’est-ce que le gouvernement fait pour ces génies mauritaniens qu’ils soient artistes, politiciens ou journalistes.  C’est vrai : les mauritaniens sont des génies mais on ne les a pas crée des conditions. On accorde plus d’importance à l’aspect mercantile. Le mauritanien vit pour le présent ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : La poésie mauritanienne a connu un grand rayonnement. D’ailleurs, c’est elle qui a fait connaître notre pays. Qu’en est-il aujourd’hui ? 

Athié Mohamed El Michry : Je profite de cette occasion pour féliciter Ould Taleb. Il y a eu ce concours de poésie dans le monde arabe. Personne n’en a jamais entendu parler ! Il a fallu que Mohamed Ould Taleb soit parmi les derniers nominés pour qu’il y ait de la récupération. Il y a deux ans, pour la première fois, le ministère de la Culture a organisé le Festival International de la poésie. Il faut le faire à chaque fois. Cela veut dire qu’il nous faut une politique militante, un engagement de l’Etat et du Ministère de la Culture. Ces poètes en herbe, il en existe. Ils sont dans les écoles fondamentales, les lycées, les campements. Il faut faire des compétitions artistiques et culturelles mais surtout créer des espaces culturels où les gens peuvent s’exprimer. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Certainement, vous avez applaudi lorsqu’on a institué le prix de la poésie. Justement, qu’en pensez-vous ? 

Athié Mohamed El Michry : Je l’ai applaudi mais je suggère aussi qu’il ne soit pas l’apanage seulement du ministère de la Culture. Il faudrait que chaque maire, chaque élu, ait dans sa politique, une politique culturelle. L’Etat, c’est un tout. Lorsque l’Etat crée dans son organigramme un ministère de la Culture et des Arts, c’est qu’il a une vision sur ce qu’il veut faire. L’institution, c’est l’institution. Maintenant, ce sont les hommes qui sont dans cette institution qui doivent redynamiser cette institution. Aujourd’hui, nous sommes dans un contexte de dialogue, dans un contexte de mondialisation, nous devons poussons l’Etat à aller vers ce que nous voulons. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vers quoi par exemple ? 

Athié Mohamed El Michry : Par rapport à nos besoins. Amenons l’Etat à répondre à nos besoins. Je suis un cadre du ministère de la Jeunesse et des Sports mais je peux travailler dans le domaine des Arts et de la Culture. Aujourd’hui, les maisons des livres font partie du patrimoine institutionnel du ministère des Arts et de la Culture. Il n’y a pas une Moughataa ou une wilaya, où il n’y a pas ces maisons de livres. Il faut aller vers ces maisons de livres. Il faut les animer. Il faut que nous ayons des hommes qui se spécialisent et s’intéressent  à la Culture. Des journalistes comme vous pour diffuser. On a le temps de chercher de l’argent. Pour le moment, il faut que les gens sachent que dans le contexte dans lequel nous sommes, nous avons besoin que ce pays soit connu à l’étranger par le biais de ses artistes, de ses intellectuels, et de sa jeunesse. Il faut redynamiser, il faut revaloriser la jeunesse mauritanienne à travers des activités artistiques et culturelles. Il faut que le ministère de l’Education nationale revalorise cet aspect dans ses programmes. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous pensez donc qu’on n’accorde pas assez de crédit aux activités culturelles et artistiques en Mauritanie ? 

Athié Mohamed El Michry : La Culture est essentielle dans notre pays. On ne peut pas vivre de la nostalgie. L’Islam, c’est une religion. Ce n’est pas l’apanage de la Mauritanie. Elle appartient à la communauté universelle. Le Coran appartient à tout le monde. Mais chaque peuple, chaque communauté, a ses usages, ses traditions, sa façon de vivre. La manière dont nous vivons ici, ce n’est pas la même chose que celle en Arabie Saoudite. Ce n’est pas la même avec celle du Nigeria. La Culture, c’est plus que ça. 

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est par rapport à tout cela que vous avez décidé de mettre en place «Empreintes Culturelles » ? 

Athié Mohamed El Michry : Quoiqu’on dise, ce pays est très bien positionné. Aujourd’hui, nous avons des relations exceptionnelles avec l’Espagne. On ne peut pas parler des almoravides sans penser à l’Espagne. On ne peut pas parler de l’Andalousie sans penser à la Mauritanie. Le fanion de l’équipe de Bastia, c’est la tête d’un maure. Lorsqu’on parle de Chinghetty, on parle de la culture arabe, de la culture maure. Lorsqu’on parle de Koumbi Saleh, c’est la culture négro africaine. Lorsqu’on parle de l’empire de Macyna, c’est la culture peule. Tout ça se retrouve en Mauritanie. Quand on parle d’ «Empreintes Culturelles », ce n’est pas par hasard que nous avons pris cette dénomination. Ce pays est un tout : l’Afrique est là, le monde arabe est là. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Si vous aviez quelque chose à dire au Ministre de la Culture et de la Communication, ce serait quoi ? 

Athié Mohamed El Michry : Je lui dirai tout simplement de permettre aux artistes de s’exprimer. Que le ministère accompagne les initiatives culturelles ! Il ne revient pas au ministère d’organiser, d’orienter, d’exécuter et d’appliquer des programmes artistiquement. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Quelles sont les perspectives d’ «Empreintes Culturelles » dans l’immédiat ? 

Athié Mohamed El Michry : Je n’ai jamais été pessimiste parce que j’ai la foi. Ce pays, quoiqu’on dise, sortira grandi dans les dix prochaines à venir. Nous ne devons que les autres à travers leurs télévisions diffuser une partie de nous-mêmes. Il faut qu’aujourd’hui que le halpoular sache ce que c’est que la culture soninké. Que celui du Nord sache ce que c’est que la culture du sud ! Le mauritanien lambda non-politique n’a pas de problème d’unité. Je pense que le problème revient à ces hommes politiques, à ces intellectuels qui font de la manipulation.  Le peuple mauritanien en lui-même dans son essence, son terroir, son fond, n’est pas divisé. Mais je pense qu’aujourd’hui, il faudrait que les gens se connaissent, se découvrent et la poésie, les arts sont la forme la plus pacifique pour rapprocher les hommes. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

( 15 mars, 2008 )

Conférence de presse de l’AFCF et S.O.S. Esclaves/Pratiques esclavagistes, expropriation foncière : Trop, c’est trop !

 

Faut-il continuer à fermer les yeux sur les cas de pratiques esclavagistes, d’expropriation foncière ou de mauvais traitements humains dont sont victimes les populations et qui sont monnaie courante dans notre pays ? Faut-il aussi continuer à nier leur existence ? D’autant plus que chaque jour,  certaines organisations de défense des droits de l’homme comme l’Association des Femmes Chefs de Famille, Conscience et Résistance et S.O.S. Esclaves sont saisis de ces genres de problèmes : cas des populations de Dembat Atchen qui ont été sévèrement réprimées par les forces de sécurité, cas de Abdou Ould Isselmou qui a constaté des pratiques esclavagistes dans la localité où il enseigne et enfin le cas de la famille feu Salimou Ould Khader dont la maison a été détruite à coups de Bulldozers sous les ordres du wali de l’Assaba. La salle de conférence fut trop petite pour accueillir plus de 100 personnes ! 

 

Dembat Atchen  

 

Cette localité jusque là peu connue des mauritaniens est devenue célèbre à cause des affrontements entre Haratines et leurs anciens maîtres qui voulaient leur reprendre leurs terres. La presse indépendante d’ailleurs en avait fait ses choux gras pendant quelques jours. Résultats de ces affrontements : plusieurs blessés grave chez les  familles qui se sont opposées à l’expropriation de leurs terres. Certains d’entre les ‘récalcitrants’ sont toujours détenus dans les geôles de la Gendarmerie nationale de Kiffa et ne bénéficient aucun soutien pour le moment. Parmi ces détenus, il y a une femme qui a le bras cassé et risquerait même d’être amputé.  Et cela fait deux mois maintenant que ces derniers croupissent en prison. Une situation mal appréciée par l’AFCF et S.O.S. Esclaves qui estiment que ces derniers doivent être évacués sur Nouakchott pour qu’ils puissent être soignés convenablement. 

Ces deux organisations de défense des droits ont par ailleurs noter la gravité qui entoure de tels incidents en faisant relever que les ‘autorités ont placé des forces de sécurité qui se nourrissent directement sur les biens de ces populations’ tout en assimilant cette pratique digne à l’époque coloniale. 

 

Pratiques esclavagistes : Un enseignant monte au créneau 

 

Il s’appelle Abdou Ould Isselmou. Né en 1973 à Sélibabi, il enseigne depuis 7 ans et  servait dans la localité de Tokomadji. Sa prise de position sur des cas de pratiques de pratiques esclavagistes lui a valu aujourd’hui les coups de foudre des autorités locales qui ont décidé de le suspendre de ses fonctions d’enseignant pour seul motif qu’il voulait dénoncer ces cas de pratiques esclavagistes. Son unique tort, c’est d’avoir remarqué que des enfants, en âge d’aller à l’école, étaient utilisés comme esclaves. Pour le contraindre à l’échec, une campagne d’intimidation a été orchestrée par la gendarmerie avec la complicité des autorités locales au niveau des familles des enfants pour nier toutes les assertions d’Abdou Ould Isselmou. Une enquête a été ouverte dans ce sens pour essayer de clarifier  les thèses soutenues par cet enseignant faisant allusion à l’existence de cas de pratiques esclavagistes dans cette localité du pays. Cette situation semble inquiéter les organisations de défense des droits de l’homme. «Nous pensions que l’Etat a pris cette loi criminalisant l’esclavage de bonne foi et que les autorités veulent vraiment appliquer la loi. Si cette affaire se confirme, nous aurons l’impression que nous sommes rentrés dans une situation de duperie et qu’on veut tout faire pour que personne ne puisse avoir des preuves que l’esclavage existe », a déploré Boubacar Messaoud qui a laissé entendre qu’ «on cherche à apeurer les victimes pour qu’ils ne puissent pas se plaindre ». 

 

La famille feu Salimou Ould Khader 

 

A ce propos, deux sit-in de soutien a organisé par l’Association des Femmes Chefs de Famille devant le ministère de l’intérieur afin que le problème soit pris en charge par les autorités. En effet, depuis quelques mois, cette famille a lancé un appel de détresse mais jusqu’à présent, il n’y a rien de nouveau. Le wali à l’origine de cette affaire est toujours en poste à Kiffa. 

Par rapport à tous ces cas, l’Association des Femmes Chefs de Famille, Conscience et Résistance et S.O.S. Esclaves ont dénoncé la lenteur, le laxisme et la complicité des autorités dans ces cas. 

 

Les précisions de Boubacar Messaoud 

 

«Je suis un militant des droits de l’Homme. Je sais ce que je dis et qu’on ne retienne de moi  ce que j’ai dit », a souligné Boubacar Messaoud faisant allusion à une question posée par un journaliste relatif aux assertions de Abdoul Ould Isselmou sur l’existence de cas de pratiques esclavagistes dans la localité de Tokomadji. «Si effectivement, cela s’est passé comme ça,  nous nous trouvons dans une situation nouvelle qui n’est pas celle que nous avions espéré. Aujourd’hui, nous attendons que la loi soit appliquée de manière effective. Si elle n’est pas appliquée et ce qu’on vient de nous révéler s’avère exact, nous nous rendons compte que cette loi est faite pour poursuivre les militants anti-esclavagistes plutôt que de poursuivre ceux qui pratiquent l’esclavagisme. Il y a   certaines choses que nous n’endosserons pas. Nous ne sommes pas ici avec un discours de violences. Nous sommes venus avec un discours de droits de l’homme et nous ne nous engageons pas à attaquer qui que ce soit et à répondre par la violence. Nous nous engageons à militer et à aller en prison pour nos idées et les principes pour lesquels nous sommes mobilisés. » 

Les esclaves, c’est connu, n’ont pas droit à l’Etat civil. C’est un tort et une infraction aux yeux de Boubacar Messaoud. Ce dernier, toujours égal à lui-même, n’a pas manqué de signifier que les autorités surtout locales ne leur donnent pas souvent l’occasion de vérifier la véracité des cas de pratiques esclavagistes. 

 

Situation actuelle des droits de l’Homme en Mauritanie 

 

En réponse à une question relative à la situation actuelle des droits de l’Homme en Mauritanie, Boubacar Messaoud, président de S.O.S. Esclaves soutiendra que ‘la situation est meilleure que celle que nous avons connue sous Maouiya et pendant la transition’. Pour appuyer ses affirmations, il citera par exemple la création de la Commission Nationale des Droits de l’Homme qui sillonne périodiquement tout le pays et fait des rapports réguliers sur la situation des droits de l’homme en Mauritanie. Mais, selon lui, il n’est pas encore l’heure d’applaudir et que tout dépendra de la bonne volonté que manifesteront les autorités dans le traitement des dossiers relatifs aux violations des droits de l’Homme. 

Pour la présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille Aminétou Mint Ely Moctar, l’impunité continue toujours de sévir dans notre pays. Pour preuve, elle cite les cas d’injustices ou de violations des droits de l’homme dont elle est souvent saisie. Les organisations de défense des droits de l’homme, selon elle, souffrent beaucoup de cette impunité. 

«On n’a pas constaté aucun changement de l’attitude des pouvoirs publics vis-à-vis des traitements des questions des droits de l’homme », estime Birame Ould Dah qui pense que rien n’a évolué. «Le même système perdure », conclut-il. 

Présent à cette conférence de presse pour réaffirmer son soutien inconditionnel aux ONGs qui luttent contre les violations des droits de l’homme en Mauritanie, Mohamed Lemine Ould Dadde, président de Conscience et Résistance a affirmé qu’ «il y a eu certes des lois, des tolérances et des avancées » mais «l’administration qu’elle soit centrale ou territoriale continue toujours à pratiquer les mêmes méthodes ». 

La corruption, le racisme et les violations des droits de l’Homme, sont des motifs, selon lui, de continuer, quel que soit le régime en place, le combat pour la justice et l’égalité entre tous les citoyens mauritaniens. 

Pour que la Mauritanie soit citée parmi les exemples de démocratie, il faut que les pouvoirs publics respectent  d’abord les lois et non pas le contraire. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

   

  

( 24 mars, 2008 )

Abderrahmane Cissako, cinéaste: »l’espoir de trop est toujours un danger! »

A l’issue d’une visite dans les locaux de ‘La Maison des Cinéastes’, Abderrahmane Cissako, l’auteur du film ‘Bamako’ qui lui a valu la distinction de l’Etalon de Yélinga, a tenu une conférence de presse au cours de laquelle, il a appelé les autorités mauritaniennes notamment celles du Ministère de la Culture et de la Communication à  soutenir et appuyer les initiatives de ‘La Maison des Cinéastes’ qui représente, selon lui, un symbole très important. 

 

C’est toujours un plaisir d’entendre Abderrahmane Cissako parler de culture, de développement, d’avenir  et d’unité. Il en a été beaucoup question durant toute sa conférence de presse. A cette occasion, il n’a pas manqué l’opportunité de souligner toute son admiration envers les femmes et hommes qui composent ‘La Maison des Cinéastes’. Et surtout toute sa considération envers Abderrahmane O. Salem, malheureusement absent à cette conférence de presse. «Si ‘La Maison des Cinéastes’ est ce qu’elle est aujourd’hui, c’est grâce à un homme (Abderrahmane O. Salem, NDLR) », a-t-il déclaré. Mais cela n’est pas suffisant pour lui. «Une seule personne ne peut pas tout faire. Il faut une volonté commune et des énergies », pense-t-il. «Il ne peut y avoir de développement sans un développement culturel. Ce n’est pas possible ! Aucun pays ne peut se développer sans se regarder en face. La Culture, elle permet à quelqu’un de se voir dans son miroir. Lorsqu’on n’a pas la capacité de se voir, d’intégrer son voisin, son frère, on n’est pas fort soi-même. »

Pour lui, la Culture peut jouer un rôle fédérateur en Mauritanie et que nous sommes condamnés inéluctablement à vivre en paix ensemble d’autant plus que nous formons une communauté de destin.  « L’homme doit se réconcilier en permanence avec soi-même et son voisin. C’est pourquoi on dit ‘assalamou aleykoum’.»

 «Nous sommes encore un pays jeune. Quand voit les indépendances, c’est assez récent. Les accidents qui ont eu lieu dans cette vie récente de ce pays, je pense qu’il faut l’accepter, le comprendre et penser au futur. 50 ans pour un pays, ce n’est rien. C’est à nous jeunes de bâtir ce pays et nous pouvons le faire. La culture peut jouer un rôle fondamental dans tout cela », rappelle-t-il en donnant l’exemple de ‘La Maison des Cinéastes’.

«Plus on est une force, plus on est une vérité. Une vérité, elle peut ne pas s’imposer un jour, deux jours ou trois jours. Mais une vérité, elle s’impose toujours. Elle va finir par s’imposer parce qu’elle transcende tout. Elle va s’imposer parce qu’il y a toujours des gens qui y croient »,

A ses yeux, la Mauritanie et les mauritaniens doivent essayer de tourner la page et affronter avec lucidité les défis qui leur sont posé et non pas s’attarder sur des choses inutiles qui ne les font pas avancer.

«Nous venons tous de milieux simples et de sociétés simples. La notion ‘je viens d’une grande famille’ ne doit pas être notre objectif. Je n’ai jamais cherché -et je ne le ferai- pas à me positionner et à expliquer véritablement d’où je viens. Je ne rentre pas dans les détails. Quand on rentre dans la justification de quelque chose, on encourage autre chose. Je suis un homme et je cherche à être honnête avec moi-même. Je cherche à être honnête avec mon peuple. Je ferai un travail dans ce sens. Je n’ai pas besoin d’appartenir à tel ou tel. Je n’en ai pas franchement besoin. Je crois aussi le rôle de la culture, c’est ça : comment arriver à réconcilier les hommes, comment arriver à gommer les concepts qui sont dans les mentalités et qui nous ramènent en bas. En procédant ainsi, on crée finalement la méfiance de l’autre. On crée des barrières qui, en réalité, n’existent pas » et c’est une erreur, pense-t-il de se glorifier de ses origines parce que ça n’a pas d’importance. « Toute origine est forte. Toute origine est glorieuse. On ne peut pas plus glorieux que son voisin. On est des êtres humains et je pense que chaque être humain  doit faire en sorte d’apporter la paix. »

 

«Moi, je crois en l’homme même si on est déçu par des comportements humains. Mais l’homme est toujours capable du meilleur. Et c’est ce meilleur qu’il faut toujours cultiver à chaque fois. C’est un travail très lent : le travail de la culture et c’est trop long aussi ; donc, il ne faut pas s’attendre à un résultat aujourd’hui ou demain. »

 

« A chaque fois en Mauritanie, j’ai le sentiment de n’avoir pas fait assez », avoue-t-il.

 

«Je suis là beaucoup plus confortable qu’ailleurs et malheureusement certaines choses s’imposent à moi tout simplement comme cinéaste africain. »

 

«Quand on appartient à une injustice qu’est l’Afrique, la mission est beaucoup plus lourde et beaucoup plus importante. Un acte, on le pose pour le continent parce qu’il en a besoin. Mais chaque être humain, il vient de quelque part. lorsqu’on ton pays te manque, tu n’es pas forcément fort. Mais quand tu n’es plus dans ton pays, tu as une capacité qui permet d’entrevoir les choses d’une certaine façon et peut-être de l’aimer encore plus. Quand on vit des quotidiens difficiles, on est déçu beaucoup plus facilement. »

 

«Je ne cherche pas de façon phraséologique en parlant ou en écrivant d’avoir des positions politiques ou de parler de la souffrance des gens. Je ne suis pas encore ici pour vivre un quotidien. Mais ce qui passe me concerne. J’ai envie de me battre pour l’avenir du pays parce que je crois en l’avenir de ce pays-là », conclut-il.

babacar baye ndiaye

( 24 mars, 2008 )

Interview de Mahmoud Boubacar Ly, président d’Eco-Plus: »l’implication de la jeunesse mauritanienne dans le développement du pays est encore embryonnaire »

Les étudiants mauritaniens, à l’instar des autres étudiants du monde entier, ont célébré le 12 mars dernier, la fête internationale de l’Etudiant. Mahmoud Boubacar Ly, président d’Eco-Plus(une association qui regroupe les étudiants en Economie et Gestion), et coorganisateur de cette manifestation, a bien voulu se prêter à nos questions. 

Le Rénovateur Quotidien : Tantôt(NDLR, cette interview a eu lieu mercredi 12 mars 2008), dans vos propos, vous demandiez aux étudiants mauritaniens de s’impliquer davantage dans le développement de leur université. Pourquoi cet appel ? 

Mahmoud Boubacar Ly : Cet appel, c’est tout simplement l’appel d’un citoyen qui cherche à réunir l’ensemble de la composante estudiantine du pays dans le but de trouver les voies et moyens qui permettront de pouvoir participer au développement surtout de notre pays. Ceci doit passer par les jeunes qui constituent sans doute l’avenir de ce pays et par conséquent leur implication devient nécessaire dans ce processus. Il faut promouvoir en eux la capacité de créer et de travailler ensemble, de regrouper leurs idées et de les affronter pour pouvoir relever les défis relatifs au développement et à l’émancipation des différentes couches de la population mauritanienne. 

Le Rénovateur Quotidien : Justement, vous parlez d’implication. Pensez-vous que la jeunesse mauritanienne est assez impliquée dans le développement du pays ? 

Mahmoud Boubacar Ly : L’implication de la jeunesse mauritanienne dans le développement du pays est encore embryonnaire. Présentement, il y a peu de jeunes mauritaniens qui s’intéressent à l’actualité de leur pays. Ils ont plutôt l’esprit évasif et trop distrait. Je demande aux jeunes et en particulier les étudiants de savoir organiser leur temps et de se consacrer au développement de leur patrie et de leur nation. C’est très important qu’ils participent au développement de leur pays. 

Le Rénovateur Quotidien : Partagez-vous l’idée selon laquelle l’horizon est bouché pour la jeunesse mauritanienne ? 

Mahmoud Boubacar LY : L’ancien régime avait une politique de jeunesse catastrophique et lamentable en matière de politique de jeunesse. Il avait fermé tous les canaux d’information qui devraient permettre à la jeunesse mauritanienne de se renseigner et avoir goût à puiser et à être imprégné de ce qui se passe dans  leur pays. Ceci a causé une passivité de la jeunesse mauritanienne. Il est temps que les gens aient un esprit de veille car leur sort dépend de cela. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes étudiant. Quel regard portez-vous sur l’université de Nouakchott ? 

Mahmoud Boubacar Ly : L’université dans sa diversité n’est pas vue sous un aspect très important. Le budget qui doit aller dans le financement de l’université ne va pas entièrement dans les activités universitaires. Je sais- parce que je suis étudiant et que j’ai l’expérience- qu’il y a un potentiel de jeunes qui sont capables de prouver qu’ils ont l’intelligence et la capacité de capter beaucoup de messages. Le gouvernement n’essaie pas de rentabiliser tout cela. Notre université trébuche parce que tout simplement l’administration universitaire ne met pas du sérieux dans ce qu’elle fait. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous soutenez donc que rien n’a évolué au sein de cette université depuis quelques années ? 

Mahmoud Boubacar Ly : En vérité, depuis sa création, rien n’a changé. C’est les mêmes bâtiments ! C’est la même construction ! C’est les mêmes modules ! En 2005, on a fait une ‘petite’ réforme. On nous a promis beaucoup de choses : le système LMD, d’améliorer les relations entre professeurs et étudiants, de perfectionner le système universitaire…Mais jusqu’à présent, nous ne voyons aucun changement, aucune évolution de la situation. Tout est resté comme auparavant. On disait que c’est Taya qui a détruit l’aspect de citoyenneté et de travail dans la mentalité des mauritaniens. Aujourd’hui, il n’est pas là mais les gens continuent à pousser les jeunes à être passifs.

Propos recueillis

Babacar Baye Ndiaye 

( 24 mars, 2008 )

Birame O. Dah: »Radio Mauritanie a tendance à faire perpétuer les instincts pro-esclavagistes »

Dans un entretien exclusif accordé au Rénovateur Quotidien, Birame O. Dah, membre de S.O.S. Esclaves et de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, a fustigé l’attitude passive et même complice de l’administration territoriale, de la police judiciaire, de la justice et surtout des médias officiels plus particulièrement Radio Mauritanie qui perpétue, selon lui, les vieux instincts pro-esclavagistes. 

 

L’esclavage reste encore une tare fortement ancrée dans la société mauritanienne. Malgré une loi qui a été votée, il continue de subsister. La preuve, les organisations de défense des droits de l’Homme et notamment les anti-esclavagistes sont régulièrement saisies et assaillies par les victimes de cette pratique ringarde. La dernière en date : Haby Mint Rabah. Née en 1973, elle ressemble maintenant à ces vieilles femmes du Darfour fuyant la terreur et la misère. 

Véritable cas de pratique esclavagiste, les autorités de la wilaya du Trarza en premier lieu le wali, monsieur Abdallah O. Mohamed Mahmoud, ont nié le fait que Haby Mint Rabah eut été esclave de Abdallahi O. Moctar. «Lorsque ce problème leur a été posé, ils ont affirmé que c’est un faux problème d’esclavage et une dénonciation fausse et mensongère », rapporte Birame O. Dah qui a fait savoir parallèlement que le comportement du wali du Trarza prouve bel et bien que certaines autorités du pays continuent à narguer la loi en refusant son application. Birame O. Dah signe et persiste avec des allégations à l’appui que ce dernier continue de jouer le jeu des esclavagistes. Assumant entièrement ses propos, il n’y est pas allé par quatre chemins pour dénoncer le manque de collaboration franche et sérieuse du wali du Trarza sur ce cas d’esclavage avéré. 

A la suite d’un ordre de mission et d’un mandat ordonné par la Commission Nationale des Droits de l’Homme, Haby Mint Rabah a pu être libérée du joug de son maître, Abdallahi O. Moctar, malgré des écueils rencontrés : la gendarmerie n’a pas été compréhensive. Et pourtant, la loi est sans équivoque là-dessus : lorsqu’il y a présomption de crime(l’esclavage relève du crime de droit commun), le ministère public et la police judiciaire doivent immédiatement enclencher une procédure d’enquête qui doit mettre les choses au clair. Actuellement, l’enquête est entre les mains de la Gendarmerie Nationale de Méderdra. En attendant qu’elle détermine la véracité d’actes ou pratiques esclavagistes de la part de son maître, Haby Mint Rabah vit dans la maison de Birame O. Dah à PK. Par rapport à l’affranchissement économique des esclaves, rien a été encore fait par le gouvernement pour soutenir les esclaves. «Il y a plusieurs esclaves chez moi, rencarde Birame O. Dah, alors que je ne suis qu’un simple fonctionnaire très modeste. J’ai un salaire qui ne peut même pas me faire vivre avec ma famille. Nous sommes obligés, avec les militants des droits de l’Homme, par des cotisations, de prendre en charge des familles ou des personnes qui sont libérées de l’esclavage. » 

Toujours, dans le cadre de l’affranchissement économique des esclaves, le gouvernement a promis 6 milliards d’ouguiyas. Cet argent, pense Birame O. Dah, doit servir à prendre en charge les esclaves et non pas à remplir les poches des maîtres-esclaves. En outre, constatant que la fondation KB est très impliquée dans la lutte contre la réduction de la pauvreté, qu’elle fait des activités de bienfaisance, il a lancé un appel à la dite fondation et notamment à sa présidente de se tourner vers les victimes de l’esclavage qui sont en grande majorité des femmes. «On se demande, s’interroge-t-il, pourquoi les femmes esclaves qui sont libérées du joug de l’esclavage ne bénéficient pas de l’aide de cette fondation ? » 

Concernant l’éradication de l’esclavage, ce n’est pas seulement l’administration territoriale, la police judiciaire ou la justice qui traînent les pieds, il y a également les médias officiels comme Radio Mauritanie. Sur un ton corrosif, Birame O. Dah a accusé cette dernière de perpétuer les instincts esclavagistes. Dur aussi, il a été avec Horizons à qui il a récriminé son refus de donner la parole à certaines personnalités, mouvements et organisations anti-esclavagistes. 

Cette attitude de rétraction de ces deux médias officiels, pense-t-il, montre parfaitement qu’ils perpétuent encore les méthodes de l’ancien régime. «A longueur de jour et de nuit, ils font des tables rondes qui s’orientent vers la négation de l’esclavage et le manque de sensibilisation », constate-t-il. «Radio Mauritanie est en train d’enraciner la culture négationniste et la culture esclavagiste », poursuit-il tout en demandant aux autorités de révoquer le directeur actuel de Radio Mauritanie et ses collaborateurs qui perpétuent la confusion sur l’esclavage mais aussi de s’attaquer à la phase d’affranchissement économique des esclaves qu’il estime le plus important car sur ce point, beaucoup d’équivoques restent à lever. Les esclaves, du fait de leur analphabétisme et leur manque d’information, ignorent carrément la teneur de la loi sur l’esclavage ni des orientations de l’Etat sur cette pratique. Là aussi, Birame O. Dah n’a pas mâché ses mots. Il a indexé Radio Mauritanie de ne pas jouer véritablement son rôle dans la campagne de sensibilisation contre l’éradication de l’esclavage. Pour lui, Radio Mauritanie est une radio qui promeut la culture esclavagiste. «Radio Mauritanie est restée une radio esclavagiste, une radio qui continue à rabattre les citoyens par un négativisme inlassable de l’esclavage. » 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

  

( 24 mars, 2008 )

Philippe Debrion, directeur du centre culturel français Antoine de Saint-Exupery de Nouakchott

« On n’est pas le lieu de la diffusion de la culture mauritanienne. On est un lieu de dialogue et d’échanges sur différents types de perception culturelle » 

Quel intellectuel  du pays issu de l’école française n’a fréquenté le centre culturel français de Nouakchott ? Un coin autrefois favori du mauritanien : qu’il soit artiste ou intellectuel ! Sa seule évocation éveille bien de souvenirs pour certains qui y ont presque passé leur jeunesse en bouquinant, en regardant des films… L’importance du centre culturel français Antoine de Saint-Exupéry n’est plus à démontrer. Au fil des années on a comme l’impression que ce centre a perdu  tout son prestige d’antan. Mais qu’en est-il réellement ? Eléments de réponse dans cette interview suivante de Philippe Debrion, directeur du centre culturel français Antoine de Saint-Exupery de Nouakchott.

————Propos recuillis par Babacar Baye Ndiaye

 

Le Rénovateur Quotidien : Lorsqu’on vous a affecté à Nouakchott, comment avez-vous réagi ? 

Philippe Debrion : J’étais plutôt content. C’est un pays un peu différent de l’Afrique Noire. Il y a un mélange de différentes  cultures et une diversité assez intéressante. Mon affectation, je l’ai plutôt pris comme quelque chose de très positif. 

Le Rénovateur Quotidien : Cela fait à peine plus de six mois que vous êtes là, comment trouvez-vous la Mauritanie ? 

Philippe Debrion : Le pays, je ne le connais pas assez bien ! J’ai été une fois à Chinguetti et une fois à Rosso. C’est tout ce que j’ai fait. Je sais quand on sort de Nouakchott, on a une vision complètement différente du pays. C’est cette vision qu’il faudrait bien garder. Moi, j’aime beaucoup le désert. Je trouve que c’est beau : il y a de beaux paysages, de belles dunes. On ne peut qu’être sensible et ému à la beauté de ce désert. 

Le Rénovateur Quotidien : Depuis votre arrivée, vous tardez à annoncer les couleurs. Les programmes, dit-on, sont vides comme des coquilles voire qu’ils  ne sont pas alléchants. Certains affirment même qu’ils sont nuls. Que répondez-vous à tout cela ? 

Philippe Debrion : (Un peu surpris) C’est vide ? Je suis un peu étonné par vos propos parce qu’on a beaucoup de monde : on vient de passer Habib Koité (4 mars dernier, NDLR) et la salle était pleine. Les concerts forum, il y a beaucoup de monde qui vient. Au cinéma aussi, on a beaucoup de public. La programmation est grosso modo la même. On a rajouté de nouvelles manifestations qui n’existaient pas auparavant et puis on est en train de préparer d’autres manifestations. Non, il est toujours aussi complet ! 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous êtes venu avec un nouveau programme ou bien c’est le même programme concocté par votre prédécesseur qui continue toujours ? 

Philippe Debrion : Non, il y a une certaine continuité ! On a gardé les concerts forum et les concerts cafétéria. J’ai mis en place avec Lamine Kane ‘tous sur scène’ qui a un succès. Il y a les cours de théâtre qui ont repris idem les cours de danse qui vont reprendre. Nous allons collaborer avec ‘Mauridanse’. Il y a des ateliers qui se mettent en place avec les écoles : on est en train de développer un projet autour du livre et de la lecture. 

Le Rénovateur Quotidien : Les artistes mauritaniens de manière générale souffrent d’un manque criard d’appui de la part des autorités culturelles. A votre niveau,  avez-vous  des projets ambitieux pour les soutenir ? 

Philippe Debrion : On a un projet qu’on est en train de monter avec ‘Monza’. C’est un festival hip-hop qui va avoir lieu au mois de mai prochain avec une programmation nationale et internationale. On est en train de monter avec les griots mauritaniens des opérations de musique beaucoup plus traditionnelles. Ce sera l’occasion de créer des lieux de rencontre et d’échanges culturels entre les musiciens traditionnels et modernes. Il ne faudrait pas que la musique moderne fasse disparaître la musique traditionnelle. 

Le Rénovateur Quotidien : Y’ a-t-il  des artistes qui viennent vous soumettre des projets et que si ces derniers peuvent donner des résultats satisfaisants vous les appuyez ? 

Philippe Debrion : Mais bien sûr ! Après, il y a un niveau de qualité. S’ils n’ont pas une qualité sur scène qu’on espérait, il faudrait qu’ils travaillent davantage. C’est une longue étape pour arriver au professionnalisme ou avoir un niveau musical qui soit de bonne qualité. On offre la possibilité à un artiste qui n’a pas de compacts Disc, de cassettes, de pouvoir se présenter sur le forum. Pour ceux qui ont de l’expérience, on a la possibilité de faire un concert cafétéria. Pour ceux qui sont dans une mécanique beaucoup plus professionnelle voire en phase de le devenir, on peut envisager de les faire entrer en salle. 

Le Rénovateur Quotidien : Comment se passent les élections au niveau des choix sur les artistes ? On affirme et même qu’il y a des discriminations et du favoritisme. 

Philippe Debrion : (Il observe un silence) Moi de mon coté, je n’ai pas le sentiment qu’on favorise ou défavorise certains. Tous ceux qui sont artistes disent qu’ils sont bons. Il y a des étapes, il faut les passer. Certains artistes voient dans le passage au CCF comme étant un aboutissement. On ne peut pas non plus prendre le même groupe tout le temps. On essaie aussi de ne pas blesser les susceptibilités. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que c’est vous qui allez à la recherche des artistes où c’est l’inverse ? 

Philippe Debrion : C’est une conjonction des deux. Il y a des gens qui ont suffisamment de renommée et de talent : donc, il faut aller les chercher. Il y a d’autres aussi qui sont très solliciteurs mais qui n’ont pas nécessairement le talent des premiers. Le concert forum par exemple est une occasion pour les artistes de se frotter à la scène. Il ne faudrait pas oublier que nous sommes un centre culturel. Culture ne veut pas dire artistique. Ce n’est pas non plus seulement  un lieu de diffusion de la musique.  On est aussi un lieu de travail, d’études, de recherche et de lecture. On essaie de donner aux artistes mauritaniens une visibilité à un moment donné. On essaie de faire passer aussi des connaissances à travers des expositions scientifiques ou littéraires. On a une forte diversité dans nos activités. Il est aussi intéressant pour les artistes mauritaniens de découvrir ce qui passe dans la sous-région. On n’est pas le lieu de la diffusion de la culture mauritanienne. On est un lieu de dialogue et d’échanges sur différents types de perception culturelle. 

Le Rénovateur Quotidien : Toujours dans le cadre des échanges culturels, avez-vous une politique qui permet d’envoyer par exemple des artistes mauritaniens en France ? 

Philippe Debrion : On n’est pas non plus le lieu pour envoyer des artistes à l’étranger. (…)Il y a des pays où les artistes mauritaniens ne sont pas connus: donc, il faut s’imposer et être meilleur ou avoir une qualité de musique qu’on ne trouve pas ailleurs. Une musique assez novatrice et en même temps d’un très bon niveau dans son exécution. ! Quand vous voyez les artistes africains capables d’aller en Occident, aux Etats Unis d’Amérique  ou ailleurs, vous vous rendez compte qu’il y en a pas beaucoup. En Mauritanie, vous avez de la chance. Vous avez Malouma qui est une artiste internationale. Ousmane Gangué qui commence à prendre un peu d’ampleur. Il faut bien comprendre que les CCF ne peuvent pas être le lieu de diffusion de la musique locale à l’étranger si déjà l’artiste lui-même n’arrive pas à s’imposer dans les pays limitrophes. 

Le Rénovateur Quotidien : Je reviens encore à la programmation. On a constaté qu’il y a trop de jazz. C’est seulement dans ce mois de mars qu’on n’a pas eu de jazz. Allez-vous procéder à une programmation plus locale ? 

Philippe Debrion : Pour le jazz, on va reprendre au mois de mai. On va faire un coup d’arrêt. On a d’autres priorités : on essaie de faire venir une troupe de danse, les frères Guissé du Sénégal et Ablaye Cissoko qui fait du jazz avec de la Kora… 

Le Rénovateur Quotidien : On a remarqué aussi que les pièces de théâtre manquent énormément. Avez-vous pensé à équilibrer un peu la programmation ? 

Philippe Debrion : Effectivement ! D’ailleurs, on fera venir un groupe de théâtre de la Guinée Conakry. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’il est facile de faire venir des stars internationales comme Habib Koité et comment cela se passe concrètement ? 

Philippe Debrion : Il y a une coordination régionale gérée par un ami qui se trouve à Dakar. C’est plusieurs CCF qui se mettent ensemble pour gérer ce type de spectacle. Parce qu’il y a des tournées, on arrive donc à avoir ces spectacles à des prix assez raisonnables. Il arrive parfois qu’on bute sur des difficultés. Par exemple, on a essayé de monter un spectacle avec DJ Awadi mais on n’a pas réussi.   

Le Rénovateur Quotidien : Au mois de février, vous nous annonciez  la venue de Claudi Siar(animateur de couleurs tropicales sur RFI, NDLR). Qu’en est-il exactement ? 

Philippe Debrion : Il semblerait qu’au mois de décembre dernier, il y a eu  quelque chose d’un peu particulier et qu’au mois de janvier, il y a eu encore un autre problème en Mauritanie(il fait allusion à l’assassinat des 4 touristes français du 24 décembre 2007 et l’attaque contre l’ambassade d’Israël du 29 janvier 2008, NDLR).  Du coup, il y a eu un conseil aux voyageurs qui a été prescrit par le Quai d’Orsay.   

Le Rénovateur Quotidien : Mais lui qu’est-ce qu’il a à voir dans tout çà ? 

Philippe Debrion : S’il y’a un problème de sécurité, automatiquement, il va y avoir des réticences à faire partir des gens à l’étranger notamment dans des pays susceptibles d’être des pays à risques. Cependant, je suis toujours en contact avec Hortense (productrice de couleurs tropicales, NDLR). Je dois la rappeler la fin du mois de mars pour refaire le point et voir quand est-ce qu’on pourrait enregistrer l’émission (à Nouakchott, NDLR). 

Le Rénovateur Quotidien : Comment percevez-vous le fait que la Mauritanie soit assimilée à un pays terroriste ? 

Philippe Debrion : Pays terroriste ? Vous allez un peu vite en besogne ! C’est vrai qu’il y a eu des incidents de parcours mais ce n’est pas vraiment le cas. Ce qui vous a choqué peut-être, c’est que ce n’était jamais arrivé. 

Le Rénovateur Quotidien : Les autorités françaises ne sont-elles pas allées trop vite en besogne comme vous dîtes lorsqu’elles ont déconseillé  ‘fortement’ à  ses ressortissants de ne pas se rendre en Mauritanie ? 

Philippe Debrion : (Il observe le silence) Ça, vous allez voir directement les autorités(rires). Ce n’est pas moi l’autorité ! Vous leur demandez à eux. Moi, je constate simplement. C’est un fait et puis les choses risquent fortement de se tasser. Je crois que les mauritaniens ne sont pas des gens agressifs ni méchants. Moi qui vis dans ce pays, je me dis que c’est un peu injuste : les mauritaniens ne méritent pas ça.   

( 24 mars, 2008 )

Elections : on en parle de plus en plus mais auront-elles ?

Un an après l’élection de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi à la magistrature suprême du pays, des voix s’élèvent de plus en plus  fortement  pour demander l’organisation de nouvelles élections législatives, sénatoriales et municipales. Mais le Président de la République, connu pour son ouverture d’esprit, va-t-il accorder du crédit à ceux qui réclament, becs et ongles, la tenue de ces nouvelles élections ? Va-t-il céder si la pression devient de plus en plus visible et lisible ?

Les circonstances actuelles permettent-elles véritablement d’envisager ou de s’engager sans biscuit dans une telle entreprise sérieuse qui exige beaucoup de mobilisations financières et des ressources humaines considérables en terme de supervision et de déploiement sur le terrain ?

Le budget de l’année en cours ne prévoit pas cela ou ne l’a pas prévu. Admettons par exemple, que la Mauritanie décide d’organiser de nouvelles élections législatives, sénatoriales ou municipales, où alors va-t-elle trouver tout l’argent nécessaire ? Certainement, ce n’est pas avec les recettes de la SNIM !

Tenir des élections dans de telles circonstances ne serait pas forcément un signe de reculade mais une preuve de donner à chaque parti politique ou chaque mauritanien qui le désire sa chance d’être représenté à l’assemblée nationale, au sénat et dans les communes.

Mais là, ne se situe pas la véritable inquiétude et la suspicion. Nous savons tous que les élections sont toujours l’occasion bénie et rêvée pour le pouvoir parce qu’il a à sa disposition toutes les mannes financières du pays, de gaspiller, de dilapider et de distribuer sans sourciller et comme bon lui semble des billets de banque à flots.

Laissant de côté toute considération politicienne ou d’ordre politique, on peut penser que de telles élections feraient aboutir ou donneraient naissance à une nouvelle réalité ou recomposition de la scène politique et à une configuration plus réelle et plus expressive de notre landerneau politique.

Dans ce cas, chacun pourra y trouver son compte notamment les partis politiques comme l’AJD/MR de Ibrahima Moctar Sarr qui a engrangé plus de 8% de l’électorat durant les élections présidentielles de février 2007 à l’issue de laquelle, il s’était positionné 4ième derrière Zéine Ould Zéidane, Ahmed Ould Daddah et Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallah. Et devant Mohamed Ould Maouloud !

Si on arrivait à tenir de telles élections, ce serait véritablement un précédent dans l’histoire politique de la Mauritanie. Mais à vrai dire, est-ce qu’organiser des élections législatives, sénatoriales ou locales est une nécessité urgente ?

D’un point de vue rationnel, il n’y a aucune obligation à prendre cette option. Mais d’un point de vue politique, et surtout avec la nouvelle configuration de la scène politique marquée par l’entrée en jeu du PNDD, de l’AJD/MR et d’autres partis politiques récemment autorisés par le ministère de l’Intérieur, ce serait une hypothèse plausible à ne pas écarter.

Dans ce registre, des partis politiques comme l’AJD/MR d’Ibrahima Moctar Sarr qui n’a aucun député à l’assemblée nationale, ni un sénateur et encore moins un conseiller municipal pourrait tirer profit d’une éventuelle organisation d’élections législatives, sénatoriales ou municipales, vu le score non négligeable qu’il a réalisé durant l’élection présidentielle.

Même si certainement, les contextes ne sont pas les mêmes. Cette position stratégique lui a valu d’être  la force politique la plus courtisée du pays. Le PNDD, pour sa part, serait certainement favorable et pourrait même précipiter cette décision d’autant plus que les membres de ce parti commencent à envoyer des signaux  de contestation  à  l’action gouvernementale. Qu’à cela ne tienne ! Mais si c’est pour des raisons d’opportunisme ou d’intérêts gropusculaires, on ne voit pas pour quelles raisons devrait-on tenir de telles élections pour  une poignée de personnes avides de pouvoir.

Evidemment, toute la décision et toute la responsabilité revient au Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, qui est seul maître à bord et à qui il est libre de décider  ou non de l’organisation  de ces élections anticipées que réclament de plus en plus des partis politiques qui fondent leur position sur la situation actuelle qui prévaut dans le pays.

La création du PNDD pourrait être un élément moteur dans la tenue de nouvelles élections législatives, sénatoriales et municipales. Ce ne serait pas donc surprenant qu’on se réveille un bon jour en apprenant la dissolution de l’assemblée nationale, du sénat et des collectivités locales  pour servir le desiderata de lobbies. Ce ne sont pas les procédures ou les techniques qui manquent souvent dans ces genres de situations. Tellement que nos politiciens sont doués qu’ils ne manqueront pas  d’user  toutes les astuces et de tous les subterfuges les plus extravagants pour arriver à leur fin.

Les cadres du PNDD pourraient faire avaler leur pilule au Président. Mais comme Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a toujours ‘refusé’ ou fait savoir que le ‘Pacte National pour la Démocratie et le Développement’ n’était pas son parti, on verra bien s’il en est toujours ainsi. Et cautionner cela, signifierait le contraire. Et comme on le sait, on ne peut gouverner qu’avec ‘sa’ majorité pour esquiver une cohabitation parfois très difficile. Compte tenu surtout du fait dans nos pays que nos ‘gouvernants’ ne sont pas souvent habitués à ce genre de situation parfois exécrable et insupportable à gérer.

Il est certain qu’organiser des élections nouvelles serait coûteux pour notre pays. Compte tenu aussi de la dèche qui frappe notre trésor public.  La Mauritanie peut-elle se permettre le luxe d’organiser de nouvelles élections en l’espace d’une année ? Plus qu’un précédent, l’organisation de ces élections signifierait la fin des ‘indépendants’ sans étiquette et appartenance politique pour quelques-uns d’entre eux.

En cas d’élections, quel parti politique en profitera. C’est vrai que les ‘indépendants’ sont majoritaires à l’assemblée nationale, au sénat et dans les communes. Mais, en cas d’élections, est-ce que ce sera la même coloration ? Rien n’est moins sûr !

Aujourd’hui, ceux qui réclament la démission du gouvernement de Zéine Ould Zéidane demandent par la même occasion l’organisation de nouvelles élections. Notamment la coalition Mithaq El Wihda qui regroupe 23 partis politiques.

Au cas où il serait démis de ses fonctions de Premier ministre, ambitieux qu’il est jusque dans l’âme, Zéine O. Zéidane ne mettrait pas du temps lui aussi pour créer son propre parti politique qui refléterait sa vision politique et se lancer dans la perspective électorale.

On sait parfaitement que rien ne lie Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et Zéine Ould Zéidane en termes politiques. Donc, pour ne pas mourir ‘politiquement’, il serait astreint de forger son parti politique. Reste à savoir maintenant : quand aura-t-il lieu ?

Déjà, certains partis politiques se sont situés dans une logique de campagne préélectorale. Ils commencent à étendre leurs bases, à multiplier les contacts avec leurs militants, à sillonner le pays. Comme pour cautionner les rumeurs faisant état  de l’organisation de nouvelles élections, le Ministère de la Décentralisation et de l’Aménagement du territoire a catégoriquement démenti de telles informations. Une rumeur étant toujours une sorte de sondage auprès de l’opinion, on verra bien si le pouvoir va tenir en compte les exigences du moment.

En termes de suffrage, des partis politiques comme l’Union des Forces de Progrès et l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/ Mouvement pour la Rénovation, chassent sur le même terrain politique. Surtout qu’après le vote du statut de l’opposition, ces deux formations politiques se regardent en chiens de faïence.

Babacar Baye Ndiaye 

( 24 mars, 2008 )

Acte 2 de la phase de rapatriement: Les déportés de la wilaya du Brakna retournent à la terre et au sang!

Située au sud de la Mauritanie, Boghé, une ville frontalière avec le Sénégal, séparé seulement de quelques 70 mètres par le fleuve Sénégal, est à moins de 350 km de Nouakchott. Au bord du fleuve- à Boghé, il n’y a pas d’embarcadère ni de quai- dans le quartier de Boghé Escale, des centaines de personnes attendent d’un moment à l’autre les déportés mauritaniens venant de Ndioum, une ville du Sénégal, frontalière aussi avec la Mauritanie dans le cadre du rapatriement volontaire.

Dès les premières heures de la matinée, les populations de Boghé ont pris d’assaut les berges du fleuve où étaient aménagées pour la circonstance des tentes qui devenaient de plus en plus trop exiguës au fur et à mesure qu’elles affluaient. Et pour parer à toute éventualité, toutes les dispositions nécessaires furent prises par l’ALPD, l’ONG chargée de l’organisation, de l’accueil et de l’installation des déportés dans leur site.

«Nous avons mis toute la logistique en place, rassure monsieur Mohamed Lemine Bakayoko chef d’antenne de l’ALPD(Brakna et Trarza). Toutes les pirogues sont en place accompagnées de femmes pour aider les enfants avec des besoins spécifiques et équipées de gilets de sauvetage. Nos camions sont en place en attendant la traversée pour acheminer les déportés vers la maison des jeunes pour remplir leur formalité. »Aucun incident ne fut enregistré au cours de la traversée qui a duré plus de deux heures. Pas de doute non plus ni de crainte de la part de l’ALPD qui affichait une bonne mine ce dimanche 23 mars. 

L’ambiance était festive. Il y avait les familles qui étaient venues accueillir leurs frères, leurs sœurs, leurs parents. «C’est la joie extrême, confie Dioum Ciré responsable de l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme à Boghé venu accueillir lui aussi les déportés. Tout le monde est là. Aujourd’hui, grâce à la volonté du chef de l’Etat, le retour des déportés est devenu une réalité. » Et de demander aux autorités d’assurer le suivi du retour des déportés autrement dit les rétablir dans leurs droits : logement, éducation, santé…

En attendant, la fête continue toujours sous un soleil de plomb. Dans la foulée, les déportés rentrés en 1995. Parmi eux : Amadou Sow dit Demba Gaye. Pour ces gens-là laissés en rade, rien encore n’a été prévu jusqu’au moment où le ministre de l’Intérieur prononçait son discours. «Nous souhaitons vraiment que notre cas soit réglé », plaide-t-il. Doléances bien captées par Yall Zakaria puisque dans son discours, il annoncera un certain nombre de dispositions qui seront prises dans ce sens. 

La joie, la tristesse, l’émotion étaient au rendez-vous idem les pleurs et les larmes. Dans ce tohu-bohu indescriptible, certains déportés ont accompli deux rakats surrogatoires pour rendre gloire à Allah, le Tout Puissant. Une image très forte ! La venue des déportés mauritaniens est toujours un moment de temps fort qui ne laisse personne indifférente. 

«C’est épatant de voir des citoyens revenir dans la joie et l’allégresse dans leur pays après tant d’années d’endurance à l’étranger…», lâche un habitant de Boghé sous le coup de l’émotion en voyant les déportés descendre des pirogues. Non loin, d’autres regardent et contemplent les déportés. «C’est la consécration de l’orientation du Président de la République, souligne Abdoulaye Mamadou Ba conseiller à la présidence de la République.

C’est l’apogée de la réalisation d’une partie très importante du programme du Président de la République qui a tenu à ce que justice soit rétablie par rapport à ce qui s’était passé en 1989. La Mauritanie ira dorénavant de l’avant avec une citoyenneté bien rétablie pour nos compatriotes qui ont vécu à l’étranger. C’est aussi le signe que l’Etat de droit est en train de s’enraciner davantage dans notre pays pour le bonheur des mauritaniens, pour le futur du pays et de son développement. » 

C’est sous le crépitement des flashs, des ovations, des rythmes de tam-tam et de chants que les déportés ont été accueillis. Jus, biscream, eau minérale, boisson, gâteaux…Tout a été prévu contrairement à Rosso. Cependant, l’ALPD, chargée par ailleurs de l’organisation et de l’accueil des déportés a eu d’énormes problèmes : problèmes de coordination, d’organisation et surtout d’espace… 

Au demeurant, toutes les autorités concernées par ce rapatriement ont été mises à contribution pour que ce retour se déroule dans de très bonnes conditions. Pour ne pas omettre ou commettre les mêmes erreurs lors de la phase test de rapatriement qui s’était déroulée à Rosso le 29 janvier dernier, les points ont été mis sur les i.

«L’Etat a dévolu l’organisation de cette opération de retour et de réinsertion à l’ANAIR qui est en collaboration avec le H.C.R. Ces organismes prendront en considération toutes les observations et je suis sûr que des solutions seront trouvées le plus rapidement possible par rapport à toutes les doléances qui auront été posées par nos compatriotes », a assuré Abdoulaye Mamadou Ba conseiller à la présidence de la République faisant allusion à l’utilisation de tentes pour subroger les bâches où il fait excessivement chaud pendant la journée.   

Ouvrant la cérémonie officielle, le maire de Boghé Ba Adama Moussa et membre de l’union des Forces de Progrès, a esquissé son discours par un retentissant : «Chers compatriotes rentrés aujourd’hui de déportation, je vous salue et  je vous souhaite la bienvenue dans votre chère patrie la Mauritanie et dans votre ville Boghé… » suivi d’ovations des populations. 

«Personne n’ignore les conditions inhumaines dans lesquelles vous aviez été déportés et les difficultés que vous avez enduré durant ces 20 dernières années… », rappelle-t-il en s’adressant aux déportés revenus, dit-il, grâce à la sagesse, à la persévérance, au courage et au patriotisme de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi dont la moindre allusion provoquait des salves d’applaudissements de la part des populations. 

En effet, la cérémonie de Boghé marquait le retour du 4ième groupe des déportés mauritaniens mais surtout le 1er groupe pour la Wilaya du Brakna. «La solution de ce problème hérité du passé ne se réduit pas tout simplement  à ouvrir la voie du retour, a précisé le directeur de l’ANAIR Moussa Fall, mais va au-delà vers la garantie d’une vie digne. » 

Dans ce cadre, l’Agence Nationale d’Appui et de Réinsertion des Réfugiés, pour couper l’herbe sous les pieds et éviter tout amalgame, a déjà entrepris pour cette première vague des déportés de la wilaya du Brakna un programme d’appui et d’accueil pour les  nouvelles familles dont chacune bénéficiera, dans le cadre de la dotation d’accueil, 700.000 Ouguiyas.

Et le directeur de l’ANAIR de saisir l’occasion pour divulguer les trois composantes du plan d’action de son agence. «D’abord, le plan d’accueil renforcé(PAR) qui consiste à réaliser des projets d’intérêts communs en faveur des populations d’accueil en général et des actions spécifiques et bien ciblées en faveur plus particulièrement des rapatriés de 96-97 et 98 et des muçafirines qui étaient expulsés du Sénégal.

Une étude d’évaluation rapide de ce programme a été engagée en partenariat avec l’Université d’Arizona et des équipes conjointes de nos deux institutions qui sillonnent actuellement les différentes régions ciblées. Cette étude sera soumise après sa validation par le gouvernement à l’appréciation des partenaires techniques et financiers.

Ensuite, nous avons engagé le plan d’action de l’ANAIR qui comporte un plan d’insertion durable qui vise à assurer une cohabitation harmonieuse et  durable des populations dans les différentes wilayas d’accueil des rapatriés. La réussite de ce programme permettra à terme de renforcer nos capacités et de surmonter les défis de l’insuffisance de la production agricole et de l’insécurité alimentaire de notre pays.

Une dernière composante du programme de l’ANAIR vise les rapatriés revenus en dehors de l’accord triparti. Mais comme l’a si bien dit le Président de la République, la sagesse nous recommande d’ordonner les priorités, de commencer par rétablir dans leurs droits ceux qui ont subi l’injustice de la part de leur pays et de créer une atmosphère qui nous aidera à faire face à l’ensemble des problèmes avec davantage d’unité, de fermeté et de capacité. » 

Bien sûr, le H.C.R. a été de la partie. Son représentant à Nouakchott, Didier Laye, a tiré un chapeau aux autorités du Brakna pour leur soutien enthousiaste, rapide et efficace. «Sans quoi, cette opération n’aurait pu avoir lieu dans les conditions que nous voulions c’est à dire de rapidité mais surtout de confort et de dignité pour les personnes qui rentraient », soutient-il visiblement satisfait aussi de la volonté du Président de la République, du soutien de la communauté internationale et du désir des déportés de retourner chez eux. 

Depuis le début du rapatriement, plus de 900 personnes sont revenues volontairement. Pour ce qui concerne la wilaya du Brakna, deux autres rapatriements sont prévus ce 25 et 27 mars courant. «Nous allons continuer les rapatriements et maintenir la cadence », a promis Didier Laye même en dépit des tergiversations, des interrogations et des limites du H.C.R. 

Quant au représentant des déportés, Abdou Roudou, il a essentiellement centré son laïus sur le pardon et la tolérance en faisant savoir qu’ils sont fiers de retourner à leur pays d’origine sans regret ni rancœur. 

C’est sous un soleil qui tapait si fort que le ministre de l’Intérieur Yall Zakaria, en convalescence, a prononcé son discours : «Bismillah, Bismillah, Bismillah. » Avec ce retour, «une page se tourne, dit-il, un jalon dans la restauration et la consolidation de l’unité nationale » ; l’administration et l’Etat accompagneront les déportés dans leur réinsertion de la vie active nationale. 

A la tête d’une très forte délégation(ambassadeurs d’Espagne, des Etats-Unis et d’Allemagne, de la Représentante du système des nations unies en Mauritanie), le ministre de l’Intérieur a fait savoir que la volonté politique du gouvernement mauritanien de résoudre le problème des déportés mauritaniens est évidente et  réelle. 

«Tous les gages de sincérité ont été donnés et tous les mécanismes d’encadrement de l’accueil des réfugiés sont aujourd’hui opérationnels et donnent entière satisfaction », estime Yall Zakaria en donnant l’exemple de la Commission Nationale d’Identification des Réfugiés et ses antennes régionales et locales qui fonctionnent, selon lui, de manière satisfaisante. 

Dans le cadre des premiers mouvements de rapatriements, une équipe de l’université d’Arizona sera bientôt au Brakna pour la collecte des données pertinentes pour la formulation d’un programme cohérent et intégré de développement au profit de tous les rapatriés et de tous les muçafirines et des populations des zones d’accueil.

L’enjeu de ce programme est de taille : répondre aux sollicitudes des rapatriés, réaliser ou rétablir des infrastructures de base, formuler des projets d’insertion dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage et d’activités génératrices de revenus… «L’échec et les dysfonctionnements ne sont pas permis », a déclaré le ministre de l’Intérieur Yall Zakaria. «Cette phase d’insertion des rapatriés est cruciale et requière une forte mobilisation des pays amis et des partenaires au développement », reconnaît-il. L’objectif étant de créer par ailleurs les conditions d’un développement harmonieux et solidaire. 

Le lancement des opérations de retour et d’insertion des déportés au Brakna marquait la phase d’accélération du processus de rapatriement. Les autorités administratives régionales et départementales ont été engagées par le ministre de l’Intérieur pour la réussite de ce projet si cher au Président de la République. 

Moins de 300 personnes furent concernées par cette phase : elles bénéficieront des programmes d’urgence de l’ANAIR, de l’appui du H.C.R. et du P.A.M. dans leurs sites. Elles recevront aussi leurs pièces d’état civil et leurs cartes d’identité nationale comme l’a assuré le ministre de l’Intérieur Yall Zakaria, dans le respect des lois et règlements du pays. 

Toutes ces personnes ont été installées à Boinguel Tchilé, leur village d’origine situé à quelques 15 minutes de Boghé, où 85 tentes sont aménagées par le H.C.R. Cette localité rasée durant les événements de 1989 ne donne pas aujourd’hui l’image qu’elle fut habitée en y mettant les pieds tellement qu’elle ressemble à un cimetière. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 30 mars, 2008 )

Détournement de mineures

 

 Oumoul Khairy : mariée à 6 ans, divorcée à 8 ans 

 

L’Association des Femmes Chefs de Famille (l’AFCF) a organisé, ce samedi 29 mars, à son siège sis Tévragh-Zéina, une conférence de presse. A l’ordre du jour, deux points : le premier concernait l’arrestation du rédacteur en chef du quotidien arabophone  Essirage, Mohamed Salem O. Mohameddou par la police mauritanienne la semaine dernière et le second point était relatif au détournement de mineures. Le cas de Oumoul Khairy mariée à 6 ans et divorcée à 8 ans constitue un exemple bouleversant d’une atrocité bien avérée digne d’un autre âge. 

L’AFCF se solidarise avec Mohamed Salem O. Mohameddou rédacteur en chef d’Essirage 

Aminétou Mint Ely Moctar a condamné, au cours de ‘sa’ conférence de presse, la manière dont le journaliste d’Essirage Mohamed Salem O. Mohameddou a été appréhendé par les forces de l’ordre. (Il fut cueilli sans mandat d’arrêt dans son lieu de travail, NDLR). Cela, à ses yeux, est inadmissible surtout dans un pays démocratique. «Dans un pays qui veut avancer, dit-elle, la moindre des choses, c’est d’accorder la liberté d’expression et la liberté d’opinion à sa presse et à ses journalistes. » 

La présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille a mis en exergue le rôle de la presse dans l’information des populations mauritaniennes, l’ancrage de la démocratie et le développement  de notre pays. Selon elle, les pouvoirs publics ne doivent pas s’immiscer encore moins fouiner dans le travail de la presse et des journalistes. L’arrestation de ce journaliste démontre, s’exclame-t-elle, que les autorités veulent museler la presse et tuer dans l’œuf la liberté d’expression et d’opinion dans notre pays. En outre, elle a demandé la libération immédiate et sans condition de Mohamed Salem O. Mohameddou rédacteur en chef du quotidien arabophone  Essirage. «Nous lançons un appel à l’Etat mauritanien de libérer ce journaliste qui reste encore détenu. Nous ne voulons pas qu’il y ait une tache qui va salir l’image de notre pays», note-t-elle. 

Tout en réitérant son soutien et sa solidarité à Mohamed Salem O. Mohameddou, la présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille, Aminétou Mint Ely Moctar a réaffirmé son engagement en faveur de la justice et de la liberté d’expression, seuls gages d’un Etat de droit. 

 

Cas de mariage précoce  

Une fillette mariée à 6 ans et divorcée à 8 ans ? Cela est arrivé en République Islamique de Mauritanie. Son nom : Oumoul Khairy.  Agée aujourd’hui de 8 ans, elle a été amenée en Arabie Saoudite, à l’âge de 6 ans par sa tante El Moumina Mint Tijani qui l’a marié à un certain Abdelatif O. Adel. Ce dernier, après avoir violé la petite, a été expulsé d’Arabie Saoudite. Ce cas de mariage précoce, à la limite répugnant, est un véritable cas de conscience. Durant deux années, elle a été torturée et maltraitée par sa propre tante et la famille de cette dernière. Sans que ces parents ne soient véritablement pas au courant ! 

Ecœurée par ce mariage précoce qu’elle qualifie de détournement de mineure et de viol, Aminétou Mint Ely Moctar a appelé les autorités à être plus vigilantes sur ce genre de trafic qui sont devenues monnaie courante dans notre pays. Souvent l’œuvre de réseaux hyperstructurés avec parfois la complicité de certains policiers, les trafics d’enfants et de petites filles se développent de jour en jour au su de tout le monde sans que cela ne fasse rechigner personne. Estimant que de telles pratiques sont contraires aux principes de l’islam, Aminétou Mint Ely Moctar a demandé l’appui et la solidarité de tout le monde pour freiner de telles pratiques. Par rapport à ce cas, l’AFCF, a révélé sa présidente, va porter plainte au niveau de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et de saisir aussi le ministère de la promotion féminine, de la femme et de l’enfance. Oumoul Khairy, a promis Aminétou, sera encadrée et alphabétisée. 

Sur le plan juridique, le cas de Oumoul Khairy est un cas très grave qui viole le Code du Statut Personnel qui stipule que le mariage doit se faire à l’âge de 18 ans au moins. Que dire de cette fillette âgée seulement de 8 ans ? 

Cet énième cas de détournement mineure pose aussi le problème des trafics d’enfants souvent utilisés pour servir de prostituée dans certains pays arabes. Aminétou a demandé à la presse de faire des investigations sur ces pratiques qui avilissent l’être humain dont la majorité des victimes demeurent des mineures souvent livrées à elles-mêmes. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

( 30 mars, 2008 )

Tahara Mint Hembara : Le Retour sur scène !

Tout a commencé en 1989 pour cette dame d’honneur lorsque au paroxysme des événements terribles entre la Mauritanie et le Sénégal nés d’un incident anodin entre agriculteurs sénégalais et éleveurs mauritaniens, elle a osé dire non ! Lever sa voix contre ce qui se passait ! Dire halte aux massacres et aux tueries qui commençaient à sévir dans les deux pays. «J’étais à Abidjan. Ça m’a révolté ! Ça m’a choqué ! Je ne m’y attendais pas du tout. Je ne m’imaginais pas une seule seconde de ma vie que le Sénégal et la Mauritanie puissent être des ennemis », confie-t-elle dans un accent grave montrant encore son amertume, son indignation et son écœurement. De cette période douloureuse,  elle en garde toujours des souvenirs regrettables et amers comme un comprimé de nivaquinine.  Et, aujourd’hui, presque vingt ans après, lorsqu’elle en parle, c’est comme si elle était marquée au fer rouge. «Je n’aime pas faire ma promotion sur des misères qui se sont déroulées à l’époque. Mais, c’est une époque que j’ai très mal vécue », avoue-t-elle avec une pointe de fausse modestie. Sa prise de position, son courage et son humanisme  lui valurent même des récriminations de la part de la communauté maure dont elle est issue, des menaces d’intimidation et de mort de la part de certains extrémistes. Cela, elle le paiera cher, trop cher même. «A Paris, se souvient-elle, on me téléphonait. On me harcelait. J’étais obligée de déménager en 1989. Et laissez-moi vous dire que déménager à Paris, ce n’est pas une sinécure. J’étais obligée de changer de numéro de téléphone. J’étais obligée d’aller dans un autre quartier puisqu’on me téléphonait tous les soirs pour me dire beaucoup de méchancetés que je ne vais pas débiter ici tout de même. Ils me disaient : ‘De quoi tu te mêles ?’, ‘Ça ne te regarde pas’… » Elle en souffrira beaucoup, réduite presque à l’anonymat et à la peur. 

 

La révolte contre l’arabisation 

 

La fin des années 70 verra le début de l’instauration de l’arabisation dans le système éducatif mauritanien. Elle faisait le collège. Là aussi, elle se révoltera voyant dans l’arabisation une manière évidente de marginaliser la communauté ‘négro-mauritanienne’. Elle sera l’une des rares mauresses à manifester contre cette décision passée comme lettre à la poste. «Je ne suis pas contre l’arabisation du système. Loin s’en faut et j’insiste. Mais brusque, je savais que ça lésait la partie négro-mauritanienne. »C’était la période des hommes de treillis ! «J’ai toujours été contre le régime des militaires puisqu’il n’y a pas de démocratie véritable », dit-elle. Ses relations avec les différents régimes qui se sont succédés furent exécrables et tendues. «Je défie quiconque de me sortir une image de moi, une chanson de moi, quelque chose de moi sous un régime militaire quelconque », lance-t-elle et de rajouter : «C’est dans les casernes qu’ils doivent être. J’aime beaucoup les militaires. Nous avons besoin de nos militaires : ce sont des fils de la nation. Nous avons besoin d’eux lorsque nous sommes menacés. Nous n’avons pas besoin de militaires dans les bureaux ni à la présidence encore moins dans un ministère.» 

Elle croit dur comme fer que tous les mauritaniens ne sont pas tous des extrémistes. Les massacres qui ont résulté des évènements de 1989, soutient-elle, est l’œuvre d’un régime militaire. «Et il ne faudrait pas que nos autres communautés (poular, soninké et wolof, NDLR) de ce pays croient qu’elles ont un problème avec une communauté (maure, NDLR). NON ! », préviesnt-elle. 

Elle regrette le fait que la Mauritanie n’ait pu jamais exploiter sa position stratégique de pays-passerelle entre le monde africain et le monde arabe. «C’est une force, pense-t-elle, mais nous en avons toujours fait une faiblesse jusqu’à présent. Pourquoi ? » 

 

‘Je ne suis pas la chanteuse du pouvoir’ 

 

Depuis le 19 avril 2007, la Mauritanie est dirigée par Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi. Tahara Mint Hembara qui a soutenu le programme politique de ce dernier durant sa campagne présidentielle, est optimiste puisque ce dernier a tenu toutes ses promesses. «Tout est en train de se mettre en place », dit-elle. Même si elle comprend dans une certaine mesure l’empressement des mauritaniens. «Par essence, l’être humain est pressé. Nous voulons tout, tout de suite. Ce n’est pas possible. Il faut donner du temps au temps », estime-t-elle. «Je pense que les choses s’acheminent vers le bien et que ça va aller de mieux en mieux. Si ça ne va pas, au vote prochain, on sanctionne les gens qui n’ont pas été à la hauteur. C’est tout. Où est le problème », poursuit-elle en faisant savoir qu’elle serait la première à sanctionner le pouvoir. 

Depuis quelques temps, Tahara Mint Hembara a le vent en poupe : célébration du 8 mars, invitée à la visite du président allemand Kohler, retour des déportés…Cette femme de l’Est semble être adulée par le pouvoir de Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi. Alors chanteuse du pouvoir ou non ? «Non, je ne suis pas la chanteuse du pouvoir. Absolument pas ! », se défend-elle. «J’ai été à coté des déportés puisque ce sont mes convictions, explique-t-elle. Je venais faire ce que j’avais fait il y a 20 ans. Il n’y a pas de raison que je ne sois pas là. Quand je suis venue au 8 mars, ce n’est pas le pouvoir. Le 8 mars, c’est la fête de la femme. Lorsqu’on m’a invité lors de la visite du président allemand, c’était avec un groupe d’artistes dont je faisais partie. » 

Bourrée d’idées à faire craquer n’importe qui, elle ne compte pas se ré-investir dans le combat politique. «Pendant longtemps, j’ai fait de la politique : je me suis battue. Maintenant, je préfère prendre un peu de recul par rapport à la politique », annonce-t-elle pour se consacrer à sa passion : la musique. «Je ne suis pas une artiste qui applaudit à l’aveuglette, assure-t-elle, et je ne suis pas non plus une artiste qui applaudit derrière des gens pour avoir quelque chose. » 

Aujourd’hui, celle qui a tout donné à son pays attend le retour de l’ascenseur. Mais, elle est à bout de souffle lorsqu’elle est cataloguée comme étant l’artiste du pouvoir. Elle qu’on a contraint à l’exil en lui empêchant de passer son baccalauréat tout simplement parce qu’elle défendait une cause noble. «Je suis l’artiste qui n’a jamais fait de promotion personnelle sur le dos d’une partie de la population, fulmine-t-elle comme pour se justifier. Je ne suis pas l’artiste d’un camp. Je suis l’artiste de tous les mauritaniens qui souffrent d’injustice. » 

Tahara Mint Hembara est l’une des rares femmes mauritaniennes à s’être inscrite à l’université de Sorbonne de Paris I. «Je n’ai pas pu pousser mes études à cause du fait qu’il fallait chanter le soir et terminer le matin. Je suis une petite nature. Je ne pouvais pas assurer tout cela. J’étais obligée de laisser tomber ma 3ième année. J’ai formé mon groupe composé de métisses. Nous avons sillonné l’Europe et nous avons commencé à gagner de l’argent », affirme celle qui se définit comme étant une citoyenne du monde. «Quand on est correct, intelligent, sympathique, bon : les gens vous acceptent. Je suis une femme qui a un casier judiciaire absolument vierge à mille pour cent en France. Partout où j’étais, je n’ai jamais eu de problème parce que je suis quelqu’un qui est respectueuse des valeurs humaines », rappelle-t-elle. 

 

Le destin d’une intellectuelle griotte 

 

Non seulement, Tahara Mint Hembara est une artiste mais aussi c’est une intellectuelle, une commerçante. Et surtout, une grande humoriste. «J’adore rire. Je peux passer toute une journée en train de faire rire. Le rire, c’est un métier très difficile. Ce n’est pas donné à n’importe qui ! », se targue-t-elle avec beaucoup de coquetterie et d’humour. «J’écris aussi, révèle-t-elle. J’écris ma vie. J’écris la vie des gens autour de moi. J’ai une plume pas très mauvaise, j’espère. Un jour, quand je publierai, on verra bien. Il y en a d’ailleurs qui auront de véritables surprises (rires) : bonnes ou mauvaises. Ça dépend de ce qu’ils ont fait. » 

Tout ce qui est péjoratif, elle n’aime pas. Certainement dû à ses origines griottes. Et comment, cette enfant unique qui a grandi dans une famille de tribu guerrière du coté de son père adoptif(Ahmed O. Said, de la tribu des Oulad Demane qu’elle chérit beaucoup) qu’elle prenait pour son propre papa ; d’une famille où il ne résonnait aucune note musicale est devenue l’une des plus grandes cantatrices de l’Afrique ? «Ça a été une véritable passion », explique-t-elle. Un des greniers de la musique traditionnelle mauritanienne, elle avertit : «Notre musique traditionnelle, on ne doit pas la toucher. On doit la laisser telle quelle. »Mais pour que cette musique soit préservée des coups de foudre de la musique moderne, pense-t-elle, il faut qu’elle soit écrite, qu’on crée des instituts de musique, que les enfants y aillent comme ils vont à l’école, que les autorités donnent de l’importance à la culture. Mais aussi, à ses yeux, la rendre plus swing, plus classique et plus dansante… 

L’album ‘Yaman Yaman’, c’est elle. Le 1er album international mauritanien sorti en 1989 à Paris. D’ailleurs, l’un des morceaux de cet album sera repris quelques années plus tard par David Bowie. Ce succès ne sera que de courte durée : elle sera victime d’un accident opératoire qui l’astreindra à s’éloigner des scènes et de la musique. Le temps aussi de se marier pour faire plaisir à sa maman. «Le mariage est une institution religieuse très importante qu’il faut respecter jusqu’au bout et ce n’est pas évident », précise-t-elle. Maintenant, elle vit seule : un cœur à prendre ? «Je ne sais pas », glousse-t-elle. Prête à se remarier après deux mariages merveilleux ? «Je vous assure que je suis incapable de vous répondre. Je voudrais prendre quelques années sabbatiques », dit-elle en rigolant. 

La chanson sur l’unité et la réconciliation nationale, c’est elle aussi. Un morceau chanté dans toutes les langues nationales du pays et dans tous les foyers. De Nema, sa ville natale, elle n’en garde que des réminiscences vagues. «Je me souviens que le sable était noir », dit-elle. Femme de culture, elle pense qu’elle a le charisme et toutes les qualités humaines pour faire de la politique. «Je sais parler aux gens, commente-t-elle, leur dire la vérité sans les blesser. Je suis quelqu’un qui est pour l’unité nationale. Je suis quelqu’un qui aime les gens et qui les défends. » Ayant longtemps refusé de courber l’échine, maintenant, elle ne demande qu’une chose : l’amour des mauritaniens. «On m’a tellement mal aimée pendant longtemps que j’ai besoin d’amour et d’ailleurs je demande à tout le monde de m’aimer. Je fais un appel solennel aux mauritaniens de m’aimer. J’ai besoin de leur amour surtout ! » 

Femme épanouie, elle ne regrette rien de sa vie même de n’avoir pas eu d’enfants. Emotive, elle le devient lorsqu’elle évoque sa mère disparue en 1999. «Si je pouvais imaginer qu’elle disparaîtrait d’un coup, je ne me serai jamais absentée toutes ces années-là. » 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

  

  

 

 

( 30 mars, 2008 )

Boubacar Messaoud, président de S.O.S. Esclaves: »la loi sur l’esclavage ne porte pas d’effet parce qu’il y a eu une campagne de sensibilisation extrêmement faible et derrière laquelle, il y a une autre opérée par certaines administrations et par certaines autorités civiles et politiques qui font dire à tout le monde que l’esclavage n’existe pas »

Sous la pression de la classe politique et de la société civile, une loi criminalisant l’esclavage a été votée par l’Assemblée nationale et le sénat. Quelques mois après sa promulgation dans le journal officiel, son application effective et réelle pose encore problème. Pourquoi ? Où en est-on aujourd’hui avec la sensibilisation ? Que faut-il faire pour les esclaves et les victimes ? Boubacar Messaoud, président de S.O.S. Esclaves, apporte des réponses dans cette interview suivante. 

Le Rénovateur Quotidien : Le 8 juillet 2007, S.O.S. Esclaves a tenu une journée de concertation pour une stratégie d’éradication des pratiques esclavagistes en Mauritanie. La situation a-t-elle évolué ? 

Boubacar Messaoud : Il y a eu la loi sur l’esclavage qui a été promulguée et cette loi est un outil que nous avons toujours jugé indispensable. L’une des premières actions à mener contre l’esclavage, c’est de faire cesser l’impunité des crimes et délits d’esclavage. Nous pensons que c’est un bon pas par rapport à la question. 

Le Rénovateur Quotidien : C’est une satisfaction entière ou à moitié ? 

Boubacar Messaoud : Non ! C’est juste le premier acte. Maintenant, par rapport à la loi, nous estimons que c’est un acte positif même si elle a des insuffisances. Nous pensons qu’elle n’est pas en elle-même une fin en soi : elle demande des mesures d’accompagnement très importantes pour qu’elles puissent produire l’effet escompté. En ce qui concerne la loi elle-même, nous disons qu’elle est intéressante. C’est la preuve que l’opinion nationale et ceux qui nous gouvernent reconnaissent aujourd’hui- avec beaucoup d’hésitations et du bout des lèvres- qu’il y a des pratiques esclavagistes dans ce pays. L’esclavage a toujours été nié et occulté. Avec cette loi, c’est un élément d’une reconnaissance de fait : dorénavant on peut attaquer devant la justice quelqu’un qui pratique l’esclavage. Mais la plus grande insuffisance dans la loi, c’est le refus de donner aux organisations de la société civile notamment celles de défense des droits de l’homme de se porter partie civile. Car les esclaves totalement aliénés qui n’ont- comme toute leur vie durant – que la soumission et la résignation ne peuvent faire du tort à celui qu’ils ont toujours considéré leur maître et protecteur. 

Le Rénovateur Quotidien : Pourquoi ce refus ? 

Boubacar Messaoud : Ils (ceux qui ont voté la loi) ne veulent pas que les gens qui pratiquent l’esclavage soient poursuivis et sanctionnés. C’est une position grave de conséquences. Aujourd’hui, la loi a été votée, promulguée et publiée, mais nous avons soumis plusieurs cas devant les juridictions mais les victimes ont chaque fois déclaré qu’elles ne veulent pas se plaindre. Ce refus de se plaindre a souvent été suscité parce que l’esclave n’étant pas habitué à se plaindre. La plainte devrait aller jusqu’au bout pour faire comprendre à tout un chacun que l’esclavage n’est plus tolérer. S’il n’y a pas de plainte ou si celle-ci est retirée,  il n’y aura jamais de sanction et la loi n’aura jamais un début d’application car elle va tomber en désuétude comme les lois qui l’ont précédé. 

Le Rénovateur Quotidien : Depuis que cette loi a été votée, on n’a pas constaté de sanctions alors que de jour en jour les Organisations de défense des droits de l’homme, comme S.O.S. Esclaves,  sont régulièrement saisies par des victimes ? 

Boubacar Messaoud : Pour qu’il y ait sanction, il faut qu’on puisse déposer une plainte. Nous, nous avions demandé à avoir le statut de partie civile. Si nous avions le statut de partie civile, quand bien même le plaignant retire sa plainte où ne se plaint pas, nous, nous pourrions continuer l’action et porter plainte. A ce moment là, nous aurions déjà, les effets escomptés sur les poursuites. En fait, la pratique de l’esclavage est une normalité dans notre société. La loi a été faite pour punir cette pratique et la rendre anormale et dangereuse pour ceux qui continuent à s’y adonner. Pour que cette loi puisse circonscrire l’esclavage ou avoir un effet dissuasif réel, il faut qu’elle puisse être appliquée sur des contrevenants. Souvent, les autorités demandent à ce que l’esclave prouve lui-même qu’il est esclave. La loi sur l’esclavage ne porte pas d’effet parce qu’il y a eu une campagne de sensibilisation extrêmement faible et derrière laquelle, il y a une autre opérée par certaines administrations et par certaines autorités civiles et politiques qui font dire à tout le monde que l’esclavage n’existe pas. Nous avons une société civile et des organisations de défense des droits de l’Homme qui sont là pour faire des enquêtes, suivre le problème et aider à faire ressortir au grand jour le monstre. Nous sommes dans une société où la remise en cause de l’esclavage sur le plan des principes n’est pas encore réellement suffisante. Les gens ne sont pas éduqués contre l’esclavage : ils estiment que c’est une normalité. Déjà, le fait de quitter son maître sans son affranchissement et son consentement est grave pour eux et réprouvée par la morale sociale.    

Le Rénovateur Quotidien : A l’état actuel des choses, vous ne pensez pas qu’on devrait réévaluer la loi sur l’esclavage et les pratiques esclavagistes puisqu’elle a décelé beaucoup de lacunes et d’équivoques ? 

Boubacar Messaoud : Nous pensons plutôt que cette loi devrait être modifiée et donner aux organisations de défense des droits de l’homme spécialisées dans la lutte contre l’esclavage la capacité de se porter partie civile. Actuellement, la loi ne prévoit qu’une seule chose : l’assistance. C’est ce que nous faisions avant la loi. Ça, c’est une insuffisance : par rapport à une loi qui doit être mise en pratique dans une société réfractaire à ce genre de loi. Au moins, cet aménagement aurait été nécessaire. C’est le handicap que l’on rencontre aujourd’hui pour traduire devant les juridictions et sanctionner des personnes pour crimes ou délits d’esclavage. 

Le Rénovateur Quotidien : Le gouvernement n’a pas encore mis en place une structure d’accueil et de prise en charge des esclaves pour leur fournir assistance. Qu’en pensez-vous ? 

Boubacar Messaoud : C’est que la loi elle-même ne suffit pas. Quand bien même elle serait parfaite, elle ne suffit pas. Il faut qu’il y ait des structures, une politique et un ensemble d’actions et de mesures susceptibles de permettre à ces esclaves de s’insérer dans la vie économique et sociale. C’est une demande incontournable et objective. Aujourd’hui, les esclaves qui ont quitté leurs maîtres ont toujours des difficultés à s’insérer dans la vie indépendamment de leurs maîtres. Les autorités n’ont pas encore mis en place un système qui puisse prendre en charge ces gens-là et une structure d’accueil et d’insertion est nécessaire. Il devrait y avoir -et c’est là où je suis d’accord avec vous -une structure officielle vers laquelle la victime de pratiques esclavagistes qui veut se plaindre puisse trouver assistance. Il y a dans la loi sur l’esclavage un article qui stipule que les autorités judiciaires, policières et/ou administratives  qui refuseront de prendre en considération la plainte et la démarche de l’esclave doivent être poursuivis. Cette structure officielle serait compétente pour dénoncer et faire poursuivre les autorités pour manquement au droit. Mais qui est habilité à les poursuivre et à les dénoncer à part une autorité légale, compétente et reconnue comme telle ? Aujourd’hui, cette situation n’est supplée que par la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH). Mais nous voulons une autorité spécifique à l’esclavage. 

Sur le plan économique, ce qu’il faut faire c’est : une fois qu’on a déterminé le profil des victimes, il s’agira de développer des projets spécifiques à chacun pour l’insertion sans rupture avec leur propre milieu d’origine. Pour les anciens bergers : développer des projets d’élevage en mettant à leur disposition du bétail pour pratiquer à leur propre compte l’élevage. Pour les paysans agriculteurs, il faudra leur donner totalement ou partiellement la terre qu’ils ont toujours cultivé en propriété. En milieu urbain, leur dispenser l’éducation et l’enseignement professionnel et développer parmi ces couches des activités génératrices de revenu et le micro-crédit. Mener une politique de discrimination positive à leur profit dans l’accès à l’emploi et aux bourses d’études. Tout ceci constitue de vastes programmes qui demandent au minimum la mise en place d’une Agence Nationale pour l’Eradication de l’Esclavage et ses Séquelles. 

Nous pensons qu’il est nécessaire que les terres cultivables réputées appartenir à l’Etat mais qui sont sous la coupe et la houlette des tribus soient redistribuées et que la réforme foncière de 1983 soit réellement mise en application. 

Il y a également l’éducation. Les esclaves sont laissés-pour-compte depuis toujours. Ceux qui arrivent à accéder à l’école sont toujours des exceptions. Le retard de ce coté est immense. Comment combler ce retard ? Pour le réussir, il est nécessaire qu’une politique de développement des écoles dans les ‘Adouabas’ (villages de haratines) soit réelle.   

Le Rénovateur Quotidien : Par rapport au travail des enfants, d’ailleurs de graves violations concernant les conventions sur le travail des enfants ont été constatées en 2005 par l’O.I.T., est-ce qu’il y a eu des améliorations ? 

Boubacar Messaoud : Je pense qu’il n’y a pas encore d’amélioration et il fait partie des problèmes de l’esclavage. Si on combat sincèrement l’esclavage avec cette loi sur l’esclavage, le travail des enfants peut reculer parce qu’il y a une loi sur la protection des enfants qui est encore plus grande et plus forte que la loi sur l’esclavage. Si elle est appliquée, le travail des enfants peut reculer voire disparaître. Mais elle n’est pas appliquée : tout un chacun considère que le travail des enfants est une normalité. La pratique esclavagiste en Mauritanie concerne essentiellement les femmes et les enfants. Les hommes sont surtout victimes des séquelles de l’esclavage. Pour ce qui concerne les enfants, ils travaillent et ne vont pas à l’école. Ils gardent les troupeaux, font les domestiques et puisent de l’eau. Ils vont rarement à l’école coranique. Ils ne font que servir. Les femmes également ont la contrainte de leurs enfants souvent partagés entre les familles des maîtres qui ont besoin de main d’œuvre servile. Le travail des enfants fait partie de notre culture et c’est un mal profond. Pour l’éradiquer, il faut d’abord l’interdire, mettre les enfants à l’école et aider leurs parents à se passer de leurs services. Les lois sont bonnes mais il faut prendre des mesures d’accompagnement qui permettront à ces lois de pouvoir être appliquées. Cela me paraît important dans l’évolution du travail des enfants car il fait partie des esclavages traditionnels que nous appelons l’esclavage par ascendance. 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

( 3 avril, 2008 )

Arrestation de Me Fatimata Mbaye à Paris : »Soukheire Belhassane, présidente de la FIDH, demande aux autorités mauritaniennes d’adresser une protestation officielle aux autorités françaises »

L’arrestation de Me Fatimata Mbaye continue de susciter des mouvements de sympathie et de solidarité. La dernière en date : celle de la Tunisienne, madame Soukheire Belhassane, présidente de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme et par ailleurs vice-présidente de la Ligue tunisienne des Droits de l’Homme qui est venue à Nouakchott  exprimer vivement son soutien à Me Fatimata Mbaye à la suite de sa garde-à-vue durant 24 heures par la police française.   

Au cours d’une conférence de presse, organisée à l’hôtel Tfeilà, ce lundi 1 avril, madame Soukheire Belhassane, se basant sur le fait que Me Fatimata Mbaye appartient à la Commission Nationale des Droits de l’Homme qui est une institution mauritanienne, a demandé, à la suite de son audience avec le ministre de l’Intérieur Yall Zakaria, aux autorités mauritaniennes d’adresser ‘une protestation officielle’ auprès des autorités françaises. 

Qualifiant l’arrestation de Maître Fatimata Mbaye de choquant, de révoltant et d’absolument insupportable, madame Soukheire Belhassane a demandé, après un réquisitoire sur la banalisation du recours à la  violence par les services de l’ordre français lors des expulsions des migrants et des demandeurs d’asile, au procureur de la République française de faire toute la lumière sur les investigations nécessaires afin de déterminer les motifs d’un tel traitement et les éventuelles responsabilités concernant ces violences qui ont été exercées à l’égard de la personne migrante(à l’origine de l’arrestation de Me Fatimata Mbaye) mais également à l’égard de la présidente de l’AMDH(Association Mauritanienne des Droits de l’Homme) et du médecin qui l’avait soutenu dans sa protestation. 

En attendant que l’enquête menée actuellement en France révèle sa version des faits sur cette affaire tristement célèbre, la FIDH  a demandé par ailleurs que la lumière soit faite sur l’arrestation et la privation de liberté de Maître Fatimata Mbaye durant toute sa garde-à-vue qui a duré 24 heures chrono. «La FIDH exhorte les autorités françaises à tout mettre en œuvre afin que les décisions judiciaires de reconduite à la frontière soient exécutées dans le respect de la dignité humaine. La maltraitance que subissent aujourd’hui les migrants de manière générale est honteuse et insupportable », a déclaré madame Soukheire Belhassane qui a appelé par ailleurs la France, berceau de la liberté et des droits de l’Homme, à respecter ses engagements internationaux en matière de droits de l’Homme. «Nous demandons aux compagnies aériennes et en l’occurrence Air France en particulier d’informer clairement d’une manière systématique le personnel sur le comportement et les mesures à adopter à ce type de situation et ce surtout conformément aux droits fondamentaux des personnes humaines et qui sont garantis par les instruments régionaux et internationaux de protection des droits de l’Homme », a ajouté la présidente de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, madame Soukheire Belhassane accompagnée au cours de sa conférence de presse par le président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, Mohamed Said O. Hamody. 

A la suite de sa visite en Mauritanie, madame Soukheire Belhassane s’est rendue aussi dans notre capitale économique, Nouadhibou, plus précisément au Centre d’Accueil de Nouadhibou où des centaines de migrants ouest africains sont détenus. «Je suis vraiment sous le choc. Je trouve que les conditions sont absolument inhumaines », dit-elle en comparaison au centre d’accueil de Pnom Penh où les conditions de séjour sont meilleures que celles des centres d’accueil de Nouadhibou, de Bruxelles et de Pologne qu’elle a récemment visités dans le cadre de ses missions dans les pays de transits. Les jeunes détenus dans ce centre d’accueil de Nouadhibou sont essentiellement des sénégalais, des maliens et des guinéens. Leurs conditions de séjour sont contraires aux droits de l’Homme : âgés de moins de 20 ans, ils s’entassent dans un bâtiment de 50², dorment dans des lits d’infortune et ne disposent que des couvertures pouilleuses jetées à sol. «Ils sont alignés les uns au dessus des autres, dans une position assise et ils ne peuvent pas bouger. Les conditions sont celles d’une prison. On a le cœur serré de voir ces jeunes gens complètement immobilisés», a-t-elle affirmé. 

Constatant que la Mauritanie devient de plus en plus un pays de transit et d’installation pour les migrants,  madame Soukheire Belhassane, présidente de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme a fait savoir qu’il y a aujourd’hui une nécessité de clarifier la convention sur l’immigrant clandestin qui fait souvent l’objet d’accusations graves et gratuites comme l’introduction de la drogue dans les pays de transit. «Brancher les phénomènes de drogue sur les phénomènes de migrations, c’est encore alourdir le poids qui pèse aujourd’hui sur le migrant », fait-t-elle remarquer. 

A la tête de la  Fédération Internationale des Droits de l’Homme depuis Avril 2007,  madame Soukheire Belhassane a fait de la situation des migrants sa priorité. «Les migrants ne sont pas des sous-hommes, s’indigne-t-elle. Le droit à la santé, à la libre circulation, à l’éducation sont des droits fondamentaux qui doivent être partout les mêmes et respectés. Qu’il y ait des règles, que la migration clandestine soit surveillée et régulée, c’est normal. C’est le droit à tout Etat de le faire. Mais que ces règles soient appliquées ?». 

Evoquant les accords de coopération sur l’immigration clandestine entre l’Espagne et l’Afrique,   

Madame Soukheire Belhassane a dénoncé vigoureusement l’attitude des pays européens qui n’ont pas encore signé la convention sur le droit du travailleur émigrant, d’ailleurs ratifié par la Mauritanie depuis 2007. Renforçant ses mesures contre l’immigration, les pays européens ont élaboré un projet de directives européennes sur l’immigrant. Des mesures qui visent essentiellement le retour des migrants à leur pays d’origine. Avant leur expulsion, les migrants seront gardés pendant plus de 18 mois dans un centre de rétention et comble de l’ironie, ils seront frappés d’une interdiction de retour en Europe pendant 5 ans. «La migration sélective est totalement à rejeter parce que c’est écrémer nos pays du sud ; prendre le meilleur alors que des pays se saignent aux quatre veines… », a noté madame Soukheire Belhassane. 

Babacar Baye Ndiaye 

  

   

( 6 avril, 2008 )

Khady Mint Cheikhna, directrice du Festival International des Musiques Nomades

«Le Festival International des Musiques Nomades est l’occasion de montrer que nous sommes une terre de convivialité, d’hospitalité et d’ouverture » 

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A quelques heures de l’ouverture de la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades à Nouakchott par Ousmane Gangué et le Kodé Pinal, la directrice dudit festival Khady Mint Cheikhna nous a accordé une interview exclusive dans laquelle elle a laissé entendre que ce festival pourrait servir de vitrine à la culture mauritanienne dans les prochaines années à venir.  

Le Rénovateur Quotidien : Les grands noms de la musique mauritanienne comme Malouma, Tahara Mint Hembara, Dimi, Tiédel Mbaye entre autres ne participeront pas à ce festival. Expliquez-nous un peu ? 

Khady Mint Cheikhna : Certains grands artistes auraient pu participer mais en raison de leur indisponibilité, ils n’ont pas pu le faire. Nous avons fait une programmation artistique qui a été faite sur la base de critères objectifs. Parmi lesquels, on peut citer la disponibilité des artistes mais surtout de donner l’opportunité à des talents émergents et enfin de donner des chances à ceux qui n’ont jamais pu participer aux précédentes éditions du Festival International des Musiques Nomades. Si certains artistes n’ont pas pu participer, c’est en fonction de ces critères-là que je viens d’énumérer. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce qu’un rappeur comme Didier Awadi vient faire dans un festival international consacré aux musiques nomades ? 

Khady Mint Cheikhna : La musique nomade est tout à fait convertible à la musique moderne. On peut la valoriser et pour nous, la musique nomade ne doit pas rester en retrait. Elle doit communiquer avec le monde et accompagner l’évolution artistique du monde entier. Elle peut trouver sa place dans le circuit des marchés internationaux. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Les concerts dans les moughataas mettent en valeur plus les artistes mauritaniens que la programmation du Ksar qui met l’accent sur la musique internationale. Est-ce un choix délibéré ? 

Khady Mint Cheikhna : Nous avons un public très varié. Une frange de la population opte pour la musique traditionnelle. Nous avons des jeunes qui sont imprégnés et de plus en plus acquis à la musique moderne. Pour cette raison, nous avons essayé de donner satisfaction à tout notre public et à toute notre population dans toutes ses composantes et goûts aussi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Organiser un festival de cette dimension demande beaucoup d’argent. D’ailleurs, est-ce que son financement a posé problèmes ? 

Khady Mint Cheikhna : Bien entendu que c’est difficile de trouver de l’argent pour ce genre de manifestation ! C’est encore beaucoup plus difficile chez nous parce que les hommes d’affaires ne sont pas encore complètement acquis à l’idée que la musique et la culture de manière générale peuvent générer des fonds. Cependant, nous avons eu des partenaires mauritaniens et étrangers comme la coopération française, espagnole et allemande. Mais l’argent, le sponsoring ou le financement d’un Festival pose  toujours problème parce qu’il est toujours perçu comme une perte sèche ou une simple contribution sans retour financier. 

  

Le Rénovateur Quotidien : Vous qui êtes la directrice de ce festival, la réussite de cette 4ième édition, à votre avis,  dépendra de quoi exactement ? 

Khady Mint Cheikhna : La réussite dépendra de l’adhésion et de l’intégration de la population à cet événement mais surtout de la nécessité d’organiser régulièrement une manifestation culturelle de cette dimension ; si la population comprend qu’elle a besoin d’une manifestation culturelle, de son propre festival comme le Mali, le Niger, le Sénégal qui ont leurs propres festivals. Le festival international des musiques nomades, c’est un rendez-vous, un échange culturel et une occasion d’identifier de nouveaux talents mais aussi l’occasion de montrer que nous sommes une terre de convivialité, d’hospitalité et d’ouverture. 

 

Le Rénovateur Quotidien : En quelque sorte essayer de vendre l’image de la Mauritanie ? 

Khady Mint Cheikhna : Bien sûr ! L’un des objectifs majeurs est de valoriser l’image de marque de la Mauritanie et de la montrer dans toutes ses facettes culturelles. 

 

Le Rénovateur Quotidien : A quelques heures de l’ouverture de la 4ième édition du Festival International de Musique Nomade, est-ce que tout est fin prêt ? Y’a-t-il eu des couacs de dernière minute ? 

Khady Mint Cheikhna : On ne peut jamais dire que la réussite d’une manifestation comme le Festival International des Musiques Nomades est acquis d’avance. Quoiqu’on dise, il y a toujours des imperfections. Toutefois, toute l’équipe du festival n’a épargné  aucun effort pour que l’organisation soit la meilleure possible. Et je dis bien ‘possible’ puisque le risque zéro n’existe pas. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Pour l’ouverture de la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades, vous avez porté votre choix sur Ousmane Gangué. Qu’est-ce qui a dicté le choix sur lui ? 

Khady Mint Cheikhna : Parqu’Ousmane Gangué est l’un des artistes modernes en Mauritanie qui commence véritablement  à faire son ascension musicale. C’est un artiste qui a beaucoup de courage et qui travaille très bien. Nous voulons d’abord le faire découvrir et l’aider afin qu’il puisse occuper une place dans le circuit des marchés internationaux et dans le showbiz. 

 

Le Rénovateur Quotidien : La musique comme outil de développement économique, vous y croyez ? 

Khady Mint Cheikhna : Tout à fait ! Je pense que la culture est un moyen extraordinaire de génération de fonds. La culture : si elle est bien organisée et sponsorisée peut rapporter des fonds énormes et peut être un axe de développement économique. 

 

Propos recueillis par : 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

( 8 avril, 2008 )

Military Underground: Le Duo de la Médina 3

                                                     

Composé de 10 titres plus un Intro, le premier album de Military Underground «Au Secours» est sorti depuis le 13 mars dernier à Nouakchott. La cérémonie de dédicace a eu lieu le même jour à l’ancienne maison des jeunes.

————-Par Babacar Baye Ndiaye 

Originaire de la Médina 3, le duo de ce groupe de Rap flirte déjà avec le succès : concerts par-ci, voyages par-là sans oublier les interminables autographes des fans et les émissions de radio qui pointent à l’horizon. L’amour, la paix, l’unité des chœurs, la solidarité, la révolte, la foi, l’amertume, la corruption, la souffrance des populations de la ‘Mauri-Tanie’…

Tout y est chanté dans un mélange de français, d’anglais, de poular, de wolof, de bambara et de hassanya. Un album révolutionnaire tant dans les paroles que dans la conception musicale. Du truculent dans la mayonnaise ‘rapologique’ du pays. 

2000-2008 : il a fallu huit ans d’existence à Papa Fall alias P.A et Mamadou Sène Diouf alias F-Diou, chanteurs de Military Underground, pour mettre sur le marché national leur premier album «Au Secours », un appel du cœur ‘lancé à tout celui, qui par sa plume, son esprit de bonne volonté, son influence physico-morale, financière, politique œuvrant dans le sens positif pour une Afrique et un monde meilleur’.

Dans l’intro de leur album, ils se définissent comme ceux qui sont venus délivrer le hip hop mauritanien des préjugés et des injustices dont il est victime. Comprenez par-là le désintéressement dont souffrent de manière générale les musiciens mauritaniens. D’où le titre ‘Considération Zéro’ en featuring avec le tonitruant groupe de Rap Diam Min Tekki. 

Le mouvement du hip hop mauritanien, estiment-ils, doit progresser et emprunter une nouvelle voie qui pourra lui permettre de rivaliser avec les autres pays de la sous-région comme le Sénégal où le Rap est très développé grâce à de multiples efforts consentis dans son rayonnement. 

Leur destin s’est croisé depuis leur tendre enfance dans les rues de la Médian 3, leur ‘bled’. Ayant grandi ensemble et fréquenté les mêmes écoles, P.A et F-Diou sont venus dans le Rap pour être ‘la voix de ceux qui n’ont pas de voix’.

A leurs yeux, le Rap mauritanien a besoin d’un nouveau coup de pouce qu’ils sont venus apporter. Prenant le contre-pied de ceux qui font du Rap pour leurrer le public, ils ont opté pour un Rap ‘real’. Le Rap vulgaire n’est pas leur cadre d’expression : ils le laissent à ceux qui n’ont aucune valeur morale et sociale.

La sortie de leur album «Au Secours » n’a pas changé en aucune manière leur vie ni leur rapport avec les autres. Leurs sources d’inspiration tournent autour des faits divers de société. Le Rappeur, pensent-ils, doit évoluer, changer d’attitude et surtout maîtriser la rhétorique. Leur premier album sorti, ils vont devoir maintenant confirmer qu’ils ne sont pas venus dans le Rap pour faire un passage éphémère comme c’est souvent le cas avec certains musiciens qui ne savent pas suivre les réalités de la musique.  

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Surprenant, leur album l’est. Dans leur vocabulaire, le mot ‘Amour’ au sens premier du terme n’a pas sa place. C’est pour les autres ! Peut-être qu’ils n’y croient pas. Peut-être qu’ils ne sentent pas ce mot plein de mystères  dans leur texte.

Pour écrire leurs textes justement, P.A et F-Diou sont allés puiser dans la vie quotidienne des populations mauritaniennes. Comme «Au Secours » et «Maatrachi »(en français, rien de nouveau sous le soleil)  qui évoquent respectivement les problèmes de santé que rencontrent les populations et de la corruption galopante dans les services.

Dans leurs critiques, ils n’épargnent personne notamment les hommes politiques pour leurs frasques et leurs mensonges. Ils en veulent à Ould Hamza qui leur a tourné le dos parce que ce dernier avait promis aux jeunes de la Médina 3 qu’ils représentent des monts et des merveilles durant les élections municipales de 2006.

Maintenant, pour voir l’ombre du maire de Nouakchott, ce n’est pas une sinécure. A l’endroit de la jeunesse mauritanienne, ils les consolent en ces termes : ‘ne jamais se désespérer et surtout de tenir le coup’. P.A et F-Diou sont des rappeurs qui n’ont pas leur langue dans leur poche. Non plus, ils ne cachent pas leurs opinions pour dénoncer et dire la vérité.

Par exemple, dans «Maatrachi » en featuring avec Izakaz et Francoman, ils affirment sans fioritures que l’ex-président de la République Maouiya O. Sid’Ahmed Taya mérite le même sort que Sadam Hussein. Tout en campant sur leur position, ils portent sur le dos de Ould Taya toutes les infortunes de la Mauritanie : division communautaire, corruption, injustice, pauvreté, tribalisme, favoritisme… 

Habitant dans un trou perdu(Médina 3), ces jeunes ‘oubliés’ de la République mettent à profit leur statut de leaders d’opinion pour lutter contre le désespoir et la souffrance des populations à travers leurs textes, véritables reflets de leur vécu quotidien.

Trop de gens meurent par négligence, disent-ils, en faisant allusion aux hôpitaux. Ce n’est pas par hasard qu’ils ont écrit ‘Au Secours’ puisqu’ils ont été moult fois témoins de ces négligences humaines dont souffrent souvent nos structures hospitalières. Ecrire des choses vraies et qui parlent des misères des populations, tel semble être le sacerdoce de Military Underground. Nos médecins sont en premier lieu visés par les récriminations de ce groupe de Rap. 

Military Underground qui veut dire en français ‘Les militaires sous la terre’ ne comptent pas s’arrêter en si bons chemins.  Pour véritablement incarner l’esprit militaire, ces jeunes rappeurs sont partis recevoir une formation militaire. Mais rassurez-vous, ils ne sont ni bruts ni des imbéciles.

Pour ce qui concerne Papa Fall, il est allé jusqu’en terminale plus des années d’Anglais à Oasis Book et l’autre Mamadou Sène Diouf est actuellement étudiant dans un centre de formation en comptabilité. Solidement influencés par Dasfxe, Terror Squad, Morgan Héritage, Bob Marley, Tiken Jah Fakoly entre autres, Military Underground, avec son premier album ‘Au Secours’ peut se targuer aujourd’hui d’avoir réussi un coup : celui de la production. 

Dans l’un de leurs morceaux intitulé ‘Rest in Peace’, ils ont rendu hommage aux victimes du bateau  sénégalais ‘Le Joola’ disparues le 26 septembre 2003 aux larges des côtes gambiennes. «Il fallait qu’on le chante pour être quitte avec nos consciences », pensent-ils. 

S’inscrivant dans le combat politique de Nkrumah, Cheikh Anta Diop entre autres panafricains, Military Underground milite pour une Afrique Unie débarrassée de ses vieilles habitudes qui l’empêchent de s’en sortir. Mais ceci passe d’abord par l’unité des cœurs et des actions. D’où le titre ‘Rest in Peace’ en featuring avec Mamy Kanouté qui exprime un véritable plaidoyer envers la fraternité entre les peuples africains. 

                                        

( 11 avril, 2008 )

Didier Awadi : « Si tu veux qu’un système évolue, tu le critiques »

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Didier Awadi, ce rappeur d’origine sénégalaise et membre fondateur du mythique Positif Black Soul n’est plus à présenter au monde entier. Venu dans le cadre de la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades de Nouakchott, nous l’avons uniquement rencontré pour vous. Dans l’interview suivante, vous verrez bien qu’il ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit de dire la vérité. 

Le Rénovateur Quotidien : En Afrique, les APE ont suscité des réactions passionnées. D’ailleurs, vous avez écrit un texte dans lequel vous stigmatisez ces accords. Dites-nous concrètement qu’est-ce qui vous a poussé à l’écrire ? 

Didier Awadi : D’abord, j’ai essayé de savoir de quoi il était question. Lorsque j’ai compris que c’était de nouveaux accords qui allaient condamner sûrement l’Afrique, je me suis dit : ‘ On n’a pas le droit de laisser faire ça. Il faut qu’on réagisse et qu’on tienne au courrant le maximum de personnes.’ Nous avons demandé à des spécialistes de nous expliquer le fonds de ce problème. Lorsque ces derniers nous ont expliqué : nous nous sommes dit que nous allons vulgariser cette parole. Nous avons tenu des ateliers avec des spécialistes et des artistes. Une fois que nous avons fini, nous avons estimé qu’il fallait dire aux gens : ‘Voilà, les africains aujourd’hui sont éveillés. On ne les fait pas signer n’importe quoi pour faire entrer n’importe quoi en Afrique’.

 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce que vous pensez de l’immigration clandestine des Africains ? 

Didier Awadi : Chaque être humain a le droit de voyager. Donc, il ne faudrait pas qu’on nous dise : ‘Oui, vous n’avez pas le droit d’aller partout dans le monde’. Un européen qui veut venir en Afrique, il n’a aucun problème. Pourquoi, lorsqu’un africain va demander un visa normalement on le lui refuse ? Et après, ils se disent : ‘Ils sont en train de mourir en mer’. Evidemment, si tu fermes les portes et les fenêtres, il ne reste que la mer. Les mecs qui prennent la mer, que voulez-vous qu’ils fassent ? En plus, on continue l’hypocrisie jusqu’à nous dire : ‘On va vous aider à rester chez vous’. Mais merde ! Si on a envie de voyager, laissez-nous voyager ! Si un européen éprouve l’envie de venir en Afrique, il vient et on l’accueille bien. Et on va continuer à le faire. Mais quand un africain- parce qu’il est pauvre- vient à l’ambassade demander un visa, on lui dit : ‘On ne peut pas accueillir la merde du monde’. L’Afrique n’est pas pauvre. Elle est appauvrie. A partir de là, si on a envie de voyager qu’on ne nous dise pas : ‘On n’a pas le droit’. Aujourd’hui, si nous sommes devenus pauvres, c’est parce qu’il y a des responsables. Les APE participent de ces actes qui créent la pauvreté.

 

Le Rénovateur Quotidien : Dans vos textes, des noms comme Cheikh Anta Diop, Thomas Sankara, Nkrumah, Patrice Lumumba, Nelson Mandela entre autres reviennent tout le temps. Est-ce que vous vous identifiez à ces figures africaines qui ont lutté en quelque sorte pour la dignité de l’homme noir ? 

Didier Awadi : C’est vrai que je m’identifie à toutes ces figures historiques africaines. Je pense que chacun d’entre nous s’identifie à tout ce qui se fait de bien. Partout, il y aura des gens de bien. Mais c’est vrai ma première référence, c’est des gens comme Thomas Sankara, Patrice Lumumba, Cheikh Anta Diop…

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes connu pour votre engagement et vos positions radicales. Est-ce que c’est un choix que vous avez opté ? 

Didier Awadi : Ce n’est pas un choix. Ça s’impose ! Ça s’impose naturellement ! On ne fait pas le choix de s’engager. C’est plutôt le résultat d’une action, d’une prise de conscience. En quelque sorte, je dis ce que je pense !

 

Le Rénovateur Quotidien : On sait que vous avez un studio à Dakar. D’ailleurs, vous avez produit de nombreux artistes sénégalais bien connus aujourd’hui. Est-ce qu’on vous comptez le faire en Mauritanie ? 

Didier Awadi : Si ! On a travaillé sur l’album de Waraba. Il a enregistré des titres au studio (Sankara, NDLR). Il y a beaucoup d’artistes aussi du continent qui y viennent enregistrer leurs produits.

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que Didier Awadi est fidèle en amitié ? 

Didier Awadi : Je suis très mal placé pour me juger ! Mais je sais que j’ai les mêmes potes depuis que je suis tout petit.

 

Le Rénovateur Quotidien : Comment pouvez-vous nous expliquer le départ de Carlou D de votre groupe le PBS/Radikal ? 

Didier Awadi : On vous a dit qu’il était mon ami ? Qu’est-ce que vous en savez pour dire que c’est mon ami ?

 

Le Rénovateur Quotidien : Rien du tout, juste pour savoir ! 

Didier Awadi : Pouvez-vous reformuler votre question ?

 

Le Rénovateur Quotidien : Comme Carlou D était dans votre groupe, certainement donc, il était votre ami ? 

Didier Awadi : Ce n’était pas une amitié. C’était une relation de travail.

 

Le Rénovateur Quotidien : Et entre vous deux, il n’y a rien eu ? 

Didier Awadi : Rien du tout ! Il voulait faire une carrière solo et voilà quoi. C’est nous qui l’avons forgé pour qu’il devienne un grand artiste aujourd’hui. Actuellement, il fait cavalier seul. C’est ce qu’on voulait et c’est ce qui est arrivé.

 

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous de lui, de sa musique ? 

Didier Awadi : C’est un des grands artistes rappeurs au Sénégal mais c’est nous qui l’avons propulsé.

 

Le Rénovateur Quotidien : Pensez-vous, comme Alpha Blondy, que les ennemis de l’Afrique, ce sont les africains eux-mêmes ? 

Didier Awadi : Non, je ne vais pas penser comme Alpha Blondy ! Les ennemis de l’Afrique : il y a les européens, les africains, les américains. Les ennemis de l’Afrique : c’est vous, c’est moi, c’est tout le monde.  Je ne vais pas dire que ‘les ennemis de l’Afrique, ce sont les africains’ et m’arrêter là. Ce serait simpliste. Je n’aime pas…comme tel a dit et puis tu tombes dedans. Non ! Il faut remettre en question. L’ennemi de l’Afrique, c’est juste quelqu’un qui va tout faire pour que le pays n’avance pas.

 

Le Rénovateur Quotidien : Dans l’un de vos morceaux en l’occurrence, Mor Ndajé (en français, celui qui aime se mettre en évidence dans toute les occasions) qui est un morceau sarcastique, vous adressez des critiques au Président Wade. Que lui reprochez-vous ? 

Didier Awadi : On adresse des critiques aux tenants du système pour qu’il évolue. Si tu veux qu’un système évolue, tu le critiques. Mais tu le fais de manière objective. La critique objective fait avancer le système. On appelle cela démocratie.

 

Le Rénovateur Quotidien : Au Togo, Faure Eyadema a remplacé son père au pouvoir. Item avec Joseph Kabila au Congo démocratique même si le processus n’est pas le même. Actuellement, au Sénégal, on suppute que Karim Wade pourrait succéder à son père. Que vous inspire ce parachutage à la tête des pouvoir en Afrique ? 

Didier Awadi : On ne peut qu’être contre cela. Je pense que si n’importe qui veut être Président de la République, il doit passer par la voie politique c’est à dire se battre sur le terrain politique mais pas profiter des largesses de papa pour accéder au pouvoir.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous n’épargnez pas non plus les présidents africains que vous traitez de voyous et de cyniques ? 

Didier Awadi : Je ne les épargne pas parce qu’ils ne m’épargnent pas. Si un ‘mec’ que tu as élu aujourd’hui pense que tu travailles pour lui alors que c’est toi qui l’as mis là où il est, c’est toi qui le paies, il doit travailler pour toi, c’est ton serviteur ! Je pense que les jeunes doivent être conscient qu’on met qui on veut au pouvoir. Et quelques fois même les gens qui pensent être indéboulonnables, le peuple s’est levé comme un seul homme pour dire non. On a vu Moussa Traoré au Mali. Ça va se passer soit par les urnes si les gens acceptent le jeu démocratique ou bien ce sera violent.

 

Le Rénovateur Quotidien : Pensez-vous qu’il existe des solutions pour sortir l’Afrique du sous-développement et de la pauvreté ? 

Didier Awadi : Il y a toujours des solutions. Je suis un optimiste. Il faut y croire. Tant qu’on pense: ‘Tant qu’on ne  nous aide pas, tant qu’on ne tend pas la main’, on restera des mendiants, eh bien, évidemment, on sera dans la merde. Je crois qu’il faut donner du boulot aux gens, les réveiller quand il faut même s’il faut donner un coup de pied au cul.

 

Le Rénovateur Quotidien : A quand votre retraite musicale ? 

Didier Awadi : Ma retraite ? C’est lorsque vous serez retraité(éclats de rire).

 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

ducdejoal@yahoo.fr                                              didier.jpg

 

( 16 avril, 2008 )

Les partis politiques de la mouvance présidentielle condamnent les actes terroristes de la semaine dernière

Les partis politiques regroupant la majorité présidentielle se sont réunis, ce samedi 12 avril à l’hôtel Khatter pour dénoncer les derniers événements qui ont eu lieu la semaine dernière à Nouakchott. Accompagné des partis politiques regroupés dans la mouvance présidentielle à savoir APP, UDP, PLEJ, SAWAB, FADILA, MITHAQ et EL WIHDA, le président du Pacte National pour la Démocratie et le Développement Ould Waghef par ailleurs secrétaire général à la présidence de la République a annoncé au cours de cette conférence de presse d’importants chantiers dans le domaine de la sécurité et de l’agriculture, sans pour autant donner assez de détails, pour faire face aux problèmes de sécurité et par ailleurs assurer l’autosuffisance alimentaire. Qualifiant les actes terroristes récemment perpétrés par des groupes extrémistes, les partis de la mouvance présidentielle ne sont pas allés par quatre chemins pour faire-part de leurs inquiétudes que tels actes pourraient avoir sur la stabilité du pays, la quiétude des populations et de son image sur le plan international. 

Prenant le contre-pied de ceux qui se réclament à tort de l’Islam pour perpétrer de tels actes, les partis politiques regroupés dans la majorité présidentielle se sont déclarés soucieux d’ouvrer pour garantir la sécurité du pays qui est un impératif qui transcende certains considérations partisanes. Dans un communiqué très critique, ces paris ont condamné fermement lesdits actes tout en présentant leurs condoléances les plus attristées aux familles des victimes militaires et civiles. Ils ont par ailleurs appelé le gouvernement à tout mettre en œuvre pour renforcer la lutte contre l’extrémisme et la violence et notamment la communauté des oulémas à protéger l’Islam contre les déviations des faux dévots qui en font un alibi pour couvrir leurs entreprises mafieuses. Enfin, dans le communiqué lu en la circonstance, les partis politiques de la mouvance présidentielle a salué l’action du gouvernement mauritanien notamment à travers son plan le plan d’urgence qui prend en compte les besoins essentiels et les préoccupations des populations les plus démunies et qui est aussi de nature à les soustraire aux tentations. 

Babacar Baye Ndiaye

( 16 avril, 2008 )

Clôture de la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades

Tinariwen et Sékouba Bambino ont mis le feu au stade du Ksar 

 

Tout est bien qui finit bien. Eh ! Oui, la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades de Nouakchott qui a réuni durant 5 jours plus de 300 artistes venus d’Europe, d’Orient et d’Afrique, a pris fin ce vendredi 11 avril, avec les prestations époustouflantes de Tinariwen et de Sékouba Bambino respectivement, pour ceux qui ne le connaissent pas, originaires du Mali et de la Guinée Conakry. Malgré une folle semaine marquée par des accrochages nourris entre les forces de l’ordre et des groupes extrémistes dans la ville de Nouakchott, le Festival a finalement triomphé du terrorisme en résistant à la peur.

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Pour le dernier jour du Festival International des Musiques Nomades de Nouakchott, personne ne voulait se le faire raconter le lendemain. Déjà, à 20 heures, avant le début du spectacle, les populations riveraines du Ksar ont pris d’assaut le stade. La première partie du concert fut assuré par Tinariwen. Originaire de l’Adar des Ifoghas, ce groupe malien représente les ‘Ishoumar’, jeunes touaregs ne connaissant que le travail précaire et l’exil.  Musique contemporaine touarègue aux guitares électriques blues et aux chants caractéristiques, leur place tient autant à leur poids politique qu’à leur histoire de rebelle. Ils sont devenus de véritables représentants d’une culture à cheval entre l’Orient et l’Afrique Noire sur les scènes internationales. Leur musique, assouf, qui signifie la solitude, la nostalgie, fait la synthèse entre le blues, le rock, la musique traditionnelle touarègue et la musique arabe. Venus se produire pour la première fois en Mauritanie, les musiciens de Tinariwen ont laissé une bonne impression au public mauritanien. Car, dès leur entrée, sur scène, ce sont des salves d’applaudissement qui accueillirent leurs sons de tam-tam. Bien enrubannés, portant des boubous blancs, ils ont offert de leur mieux au public mauritanien. Accompagnés de deux superbes nanas pareilles à des nymphes et vêtues, elles aussi, en voile pourpre, les musiciens de Tinariwen ont égayé le public sur des sons berçant. A chaque début de morceau qu’entamait le groupe, il y avait les cris de joie qui accompagnaient la musique. Le public se reconnaissant dans cette musique que jouait Tinariwen très proche de la musique traditionnelle maure en demandait toujours. Captivante, la musique de Tinariwen vous transporte dans le temps, dans le désert, dans les viscères de la nuit. Ce Festival International des Musiques Nomades de Nouakchott fut l’occasion pour ce groupe de se faire découvrir en Mauritanie où vit aussi une importante communauté touarègue. A travers leur musique, ils essaient de véhiculer un message de paix entre toutes les communautés. A travers leur accoutrement très particulier, ils revalorisent la culture touarègue très peu connue en Afrique.   

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C’est sous un froid de glace et dans un stade plein à craquer que les jembé et les tam-tam annoncèrent l’arrivée de Sékouba Bambino. Durant presque deux tours d’horloge, il a tenu en haleine le public. Une chose est sûre : les absents ont eu tort et les présents ne le regretteront certainement pas  de s’être déplacés. Les sons de la musique mandingue furent ressuscités ce vendredi 11 avril. Sapristi ! Même le diable a eu chaud ! Item, les dizaines de centaine de personnes. Voire très chaud. Très forte et envoûtante, la musique de Sékouba Bambino n’a pas laissé personne sur le carreau. La batterie, les sons de jembé, de tam-tam et de balafon ont fait exploser l’applaudimètre ! La Guinée était bien là, celle qui sait vibrer les cœurs. Enflammé, Sékouba Bambino ne cessait de chantonner : ‘Mauritanie ! Mauritanie ! Mauritanie !’. L’Afrique était bien là. Les ‘Woooh’ ne cessaient de fuser partout à chaque fois qu’il prononçait la Mauritanie, le Mali, la Guinée, le Sénégal, la Cote d’Ivoire ou le Maroc. Changeant de tempo musical comme ils voulaient, les musiciens de Sékouba Bambino ont bien chauffé le stade du Ksar. Tellement qu’il voulait donner tout le meilleur de lui, que Sékouba a senti la nécessité d’enlever l’un de ses boubous qui commençait à l’importuner. A la suite d’une partie de notes musicales rythmées, endiablées et bien servies, était venu le temps des ballades. Et lorsque Sékouba Bambino prend sa guitare, il faut s’attendre à une partie de plaisir. Rien que des notes douces pour vous bercer comme un marmot d’un an. Sékouba Bambino a bien montré que lorsqu’une musique est bien faite et suave, elle peut être dansée par tout le monde malgré la langue dans laquelle elle est chantée. Eh ! Oui, tout le monde a dansé, chanté, approuvé et applaudi. Surtout lorsqu’il a entonné son mythique morceau ‘Apollo Soumamba’. C’était vraiment le summum ! Que dire de l’entrée sur scène de Ousmane Gangué qui distribua généreusement sans sourciller des billets de 1000 et 2000 UM à Sékouba Bambino ! Le public n’en revenait pas. Ousmane Gangué, content, s’est permis, lui aussi, de balancer dans les airs, son boubou. Ce fut merveilleux. Les ‘Bambino argaye’(en français, viens) que ce dernier chantonnait ont ébloui plus d’un. Ce que la politique n’a  pu faire, la musique l’a fait c’est à dire réunir les cœurs et dire que les frontières sont virtuelles. De leur première rencontre sur scène, ce fut grandiose. Qui disait ou pensait que les mauritaniens ne savent pas danser  la salsa ? Tenez-vous bien, ils en ont montré de tous les pas de danse. Eh ! Oui, parfois même mieux que les Cubains, les inventeurs de la salsa. Détrompez-vous : les mauritaniennes savent aussi décaler. Qu’est-ce que vous croyez ? Il fallait les voir faire le tournesol et vibrer leurs popotins. Hum ! En tout cas pas mal ! Même les mauresses savent gigoter le couper-décaler. Cette fois-ci made in Mauritania. Sékouba Bambino est reparti comme il est venu. Et la directrice du Festival International des Musiques Nomades, à la fin de la prestation de Sékouba Bambino, Khady Mint Cheikhna n’a pas dissimulé toute sa satisfaction. «Je suis contente que ce festival soit déroulé dans de bonnes conditions. On a eu droit à toutes les musiques et la population, visiblement, est comblée parce que ce soir, la ville a une âme. Nous avons, à travers cette manifestation, une rencontre et un rapprochement des hommes. Lorsque les hommes se rapprochent, la paix s’instaure. Je  demande l’indulgence pour les imperfections parce que toute œuvre humaine est par essence insuffisante et comporte des lacunes. Mais en tout cas, je voudrai exprimer toute ma satisfaction envers les partenaires qui nous ont soutenus durant tout ce festival. » 

 

Babacar Baye Ndiaye 

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( 16 avril, 2008 )

Débrayage des enseignants du secondaire

Après le départ en grève des professeurs de l’enseignement supérieur pour 45 jours, voilà que ceux du secondaire entrent dans la danse. Visiblement suivi, le mot d’ordre du SIPES a gagné tous les établissements secondaires publics du pays. Seules les écoles privées ne s’y sont pas mêlées pour des raisons pécuniaires. A quelques exceptions près, comme dans certaines villes de l’intérieur du pays comme Kiffa ou Kaédi, ce mouvement de grève de 3 jours consécutifs lancé par le Syndicat Indépendant des Professeurs de l’Enseignement Secondaire(SIPES) a été suivi sur l’ensemble du territoire national. Les autorités du Ministère de l’Education Nationale semblent être prises de court par la célérité des événements qui ont affirmé faire de leur mieux pour trouver des solutions à leurs revendications. 

Ce mouvement de grève est né à la suite d’une insatisfaction de la part du Syndicat Indépendant des Professeurs de l’Enseignement Secondaire de leur plate-forme revendicative dont les points substantiels portaient sur la non – révision du statut des enseignants, l’augmentation de la prime d’incitation, l’instauration de prime d’acquisition de documentation, la réouverture des concours de recrutement ministériel et le non paiement de l’indemnité d’éloignement. 

Intervenu à moins de deux mois de la fin de l’année scolaire, ce mouvement de grève lancé par le SIPES est analysé comme une volonté manifeste de saborder l’année scolaire et surtout d’utiliser le terrain syndical pour assouvir leurs revendications. Selon certaines sources concordantes, des garanties formelles ont été pourtant données par le Ministère de l’Education Nationale qui a reçu le SIPES en vue de négocier sur les différents points contenus dans sa plate-forme revendicative. 

Avec cette grève, le SIPES récidive. On se rappelle, il y a 3 mois, le même syndicat avait lancé un mot d’ordre de grève d’une journée qui était mal suivi. Mais cette fois-ci, le syndicat semble taper fort car cette grève de 3 jours est suivie par l’ensemble des professeurs du secondaire du pays. Ces derniers, aujourd’hui, sont accusés de vouloir torpiller l’année scolaire en cours en brandissant l’arme des revendications qui ont fait l’objet d’une série de négociations avec le Ministère de l’Education Nationale pour trouver des solutions.  Cette grève qui devra en principe durer 3 jours va-t-elle se poursuivre si le Ministère ne parvenait pas à satisfaire tous les points contenus dans la plate-forme revendicative du Syndicat Indépendant des Professeurs de l’Enseignement Secondaire ? 

Le premier jour du mot d’ordre de grève légalement lancé par le Syndicat Indépendant des Professeurs de l’Enseignement Secondaire a été un franc succès. Notamment, à Nouakchott, où tous les professeurs de l’enseignement secondaire ont observé ce mouvement de grève. Selon le coordonnateur du SIPES à Tiris-Zemmour, monsieur Souleymane O. Boyba, le mot d’ordre de grève a été suivi à 100% dans cette wilaya même si à Bir Mogrhéin il a été relevé un cas de défaillance de 45 mn. 

Selon les dernières informations que nous avons eues, le Ministère de l’Education Nationale est toujours ouvert au dialogue avec les partenaires sociaux dans le but de protéger l’enseignement secondaire d’une turbulence dont les victimes premières seraient les élèves.   

Babacar Baye Ndiaye 

( 16 avril, 2008 )

Thiédel Mbaye: »Dans tout le monde entier, c’est la Mauritanie seule qui néglige ses artistes. Parfois, c’est décourageant. Tu fais un concert gratuit, la population ne vient pas »

 

D’origine griotte, cette diva mauritanienne, dont l’amitié avec Baba Maal n’est plus à prouver, a laissé sa carrière de comptable pour se consacrer à la musique, sa passion. Dans l’interview suivante que Thiédel Mbaye, qui n’est plus à présenter, nous a accordé, elle y évoque entre autres sujets l’indifférence totale dans laquelle baigne la musique mauritanienne.                                                                                                   

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Le Rénovateur Quotidien : En Mauritanie, on n’accorde pas assez de crédit à la musique. Les structures manquent. Il y a, en plus de cela, un problème de coordination entre les musiciens. Comment voyez-vous l’avenir de la musique mauritanienne ? 

Thiédel Mbaye : La situation dans laquelle s’est retrouvée la musique mauritanienne est vraiment inquiétante. La situation des artistes est aussi préoccupante. L’art n’a pas sa juste valeur en Mauritanie. Tu peux être artiste, tu fournis des efforts, tu fais tes cassettes, même un concert gratuit, la population n’est pas prête à venir regarder. C’est vraiment un véritable souci pour tous les artistes. On est en train de se battre, de nous structurer, de former des associations regroupant des artistes, avoir un syndicat des artistes, lutter contre la piraterie et forcer la population à venir vers les artistes. Dans tout le monde entier, c’est la Mauritanie seule qui néglige ses artistes. Parfois, c’est décourageant. Tu fais un concert gratuit, la population ne vient pas. Un artiste étranger vient ici, il fait les billets à 4.000 ou 10.000 UM, la salle est pleine. C’est vraiment révoltant !

 

Le Rénovateur Quotidien : Récemment, un bureau regroupant tous les artistes mauritaniens a été mis en place. Qu’en pensez-vous ? 

Thiédel Mbaye : Nous avons deux bureaux qui réunissent tous les artistes mauritaniens. Le bureau présidé par Mohamed Méidah et l’autre par Ahmed Abba appelé ‘Bureau Mauritanien pour la Promotion de la Musique’ dont je suis membre actif. Avec ces bureaux reconnus par l’Etat mauritanien et soutenu par le Ministère de la Culture et de la Communication, nous pensons que cela va permettre aux artistes de résoudre leurs difficultés.

 

Le Rénovateur Quotidien : On a remarqué qu’en Mauritanie, il n’y a pas une structure qui défend les œuvres des artistes. Est-ce que cela ne pose pas aussi problème ? 

Thiédel Mbaye : Ça pose énormément de problèmes ! J’ai produit deux albums (‘Jombajoo’ ou la mariée en 2002 et ‘Khuman Biné’ ou l’analphabète en 2005) mais ils ne sont protégés qu’au Sénégal par la BSDA (Bureau Sénégalais des Droits d’Auteur, NDLR). En Mauritanie, les productions se piratent de manière incroyable. Il n’y a pas un bureau qui protége les droits d’auteur et les artistes. Il est impossible aux artistes mauritaniens de défendre leurs œuvres. Aujourd’hui, ils ne vivent pas de leur art. Donc, si les œuvres ne sont pas protégées, c’est vraiment quelque chose d’extraordinaire.

 

Le Rénovateur Quotidien : Au niveau de votre association, avez-vous pensé à mener des démarches pour essayer de mettre en place une pareille structure ? 

Thiédel Mbaye : Notre seul souci d’ailleurs, c’est d’avoir un bureau qui va défendre les droits d’auteur. Chaque artiste doit protéger ses œuvres parce que c’est la seule ressource qu’il a.

 

Le Rénovateur Quotidien : Depuis quelques temps, on ne vous voit pas. Est-ce qu’on peut penser que les feux de Thiédel Mbaye sont éteints ? 

Thiédel Mbaye : Non ! Je suis en train de me préparer pour sortir mon 3ième album. Je reviens d’une tournée au Sénégal dans la région du fleuve. Je m’apprête aussi à y aller dans le cadre encore d’une tournée. Le 24 avril prochain, je serai à Podor pour participer au Festival des Blues du Fleuve organisé par Baba Maal. Nous sommes en train de faire nos répétitions.

 

Le Rénovateur Quotidien : Apparemment, vous jouez beaucoup dans la région du fleuve ? 

Thiédel Mbaye : C’est vrai ! J’y suis très sollicitée. On est en train de faire notre promotion pour notre prochain album.

 

Le Rénovateur Quotidien : Et il va sortir quand ? 

Thiédel Mbaye : On a prévu cela pour le 5 juin. Incha Allah !

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous n’avez pas participé à la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades. Quelle est votre réaction ? 

Thiédel Mbaye : On m’avait proposé mais je ne pouvais pas participer. Je n’ai pas essayé de le faire car je savais que la date n’allait pas me trouver en Mauritanie. J’étais en tournée que j’avais programmé 6 mois auparavant.

 

Le Rénovateur Quotidien : Et pourtant vous êtes actuellement à Nouakchott ? 

Thiédel Mbaye : Oui, je suis là ! Mais je n’ai pas participé malheureusement !

 

Le Rénovateur Quotidien : Et pourquoi ? 

Thiédel Mbaye : On ne m’a pas contacté officiellement. Et puis le fait de ne pas participer à la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades ne m’a guère dérangé parce que j’avais participé à la 3ième édition.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous n’éprouvez aucun regret ? 

Thiédel Mbaye : NON ! Aucun regret !

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes une artiste bien connue mais on ne vous a jamais vu faire un duo avec un artiste mauritanien ? 

Thiédel Mbaye : Lorsqu’on se rencontre dans les concerts, on fait des duos. Par exemple, Ousmane Gangué, on a beaucoup joué ensemble. Avec Baba Maal, lorsqu’il fut invité par des boghéens, il a fait un morceau dans lequel tous les artistes mauritaniens ont chanté ensemble. C’est par des occasions de cette nature qu’on peut chanter ensemble sinon quelqu’un t’invite à une soirée, tu viens et tu chantes.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous et Baba Maal, vous semblez entretenir de bonnes relations ? 

Thiédel Mbaye : Baba Maal, vraiment, c’est mon idole ! Et puis, c’est une référence pour moi et c’est un ami personnel aussi.

 

Le Rénovateur Quotidien : Et lui, a-t-il essayé de faire quelque chose pour vous? Par exemple vous produire ? 

Thiédel Mbaye : Il a beaucoup fait pour moi. Il me conseille. C’est lui qui m’a beaucoup encouragé à faire des tournées dans la région du fleuve. La musique que je joue les Hal poular s’y identifient. Il faut vraiment les convaincre, les voir pour qu’ils admirent ta musique ou l’accepter pour que tu puisses percer. Je suis très connue sur le plan international. J’ai  fait des tournées en Europe, aux Etats Unis d’Amérique. Mais dans la région du fleuve, c’est maintenant qu’ils commencent à me découvrir, à travers les radios privées sénégalaises. C’est pour cette raison que je multiplie mes tournées dans cette zone, de faire une bonne promotion de mon futur album.

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous envisagez de faire un duo avec Baba Maal ? 

Thiédel Mbaye : Oui, nous l’envisageons ! Pour mon prochain album, je tiens vraiment à ce qu’il y participe. Il m’a promis qu’il va chanter un morceau avec moi.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes une femme. Est-il facile pour vous d’être un chef d’orchestre ? 

Thiédel Mbaye : Oui ! C’est très, très difficile ! En ce qui me concerne, je demeure toujours avec les membres fondateurs de mon groupe. Mon orchestre est composé de musiciens stables et j’en suis très fière. Mes musiciens n’ont aucun problème et ils me comprennent et me soutiennent. Je n’ai pas de musiciens nouveaux dans mon groupe. Je n’ai pas un problème de musicien. Je n’ai pas un problème pour assurer mon rôle de chef d’orchestre. Nous sommes des musiciens qui s’estiment beaucoup.

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes aussi mère de famille et on sait que vous voyagez beaucoup. Avez-vous l’esprit tranquille lorsque vous laissez votre famille derrière vous ? 

Thiédel Mbaye : C’est un peu difficile pour chaque mère de famille d’être obligée de se séparer de ses enfants surtout lorsqu’ils sont peu âgés. Ma fille benjamine est née en 2000. J’ai une grande famille (machaa allah !) mais j’ai de petits-fils qui vont à l’école. Certainement, mon absence leur manque beaucoup. Mais c’est un choix. Je dois le respecter.

 

Le Rénovateur Quotidien : Sur scène, vous êtes bien maquillée et raffinée. Mais à la maison, comme je vous ai  retrouvée (elle était habillée en sœur musulmane), vous êtes très simple. Pourquoi cette ambivalence dans l’accoutrement ? 

Thiédel Mbaye : Je défends une culture un peu compliquée. Je suis griotte d’origine. Je suis en train de promouvoir la culture griotte. Donc, l’artiste se voit à travers son comportement et son accoutrement. A la maison ou en ville, je porte tout ce que je veux mais sur scène, c’est un pari. Là, je dois porter des habits respectables. A cause de la population, de mon public, à travers aussi la musique que je suis en train de défendre. Je suis obligée de porter des habits présentables.

 

Le Rénovateur Quotidien : Et vous estimez que vous avez un rôle à jouer dans le rayonnement de la culture griotte ? 

Thiédel Mbaye : Certainement ! Car c’est mon appartenance à la culture griotte qui m’a poussé à faire de la musique. Je suis griotte d’origine, de père et de mère, d’une grande famille griotte très respectée. Peut être à long terme, je pourrai changer d’accoutrement parce que la musique est un peu curieuse. Plus tu tends vers le professionnalisme, plus le public demande autre chose.

 

Le Rénovateur Quotidien : La musique exige maintenant beaucoup de professionnalisme. Avez-vous pensé à vous professionnaliser, à rentrer réellement dans le milieu du showbiz ? 

Thiédel Mbaye : Effectivement ! Parce que c’est la seule issue qui peut permettre à un artiste aujourd’hui de se faire découvrir et de se faire connaître davantage. Au début, tu ne peux pas être un professionnel. Tu es obligé d’être un amateur mais à un moment donné, il faut que tu te professionnalises en ayant un manager, un groupe structuré si tu tiens vraiment à faire une carrière musicale. Cela est impératif !

 

Le Rénovateur Quotidien : Comment pouvez-vous nous expliquez le fait que vous soyez une artiste un peu effacée de la scène musicale ? 

Thiédel Mbaye : C’est curieux ! J’ai mes soirées. Parfois, quand on m’invite, je viens. Mais je suis une femme un peu réservée. Je crois qu’il faut travailler d’abord et ensuite pouvoir faire des choses grandioses. J’étais très fréquente sur la scène musicale mauritanienne. Je faisais des soirées gratuites. Je suis très impliquée dans la sensibilisation de certaines campagnes comme la lutte contre le sida, l’analphabétisme…A un moment donné, je me suis retirée. Mais actuellement, je suis en train de faire un nouveau répertoire, de revoir ma musique et de la parfaire surtout.

 

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous fait les bancs ? 

Thiédel Mbaye : Oui ! J’ai fait les bancs jusqu’en terminale. Et je suis comptable de profession. J’ai travaillé pendant 4 ans au ministère du développement rural.

 

Le Rénovateur Quotidien : Et vous travaillez toujours là-bas ? 

Thiédel Mbaye : Non, non ! J’ai choisi la musique. J’ai abandonné depuis 5 ou 6 ans. Je ne vis que de ma musique et en plus je voyage beaucoup.

 

Le Rénovateur Quotidien : Certainement, vous devez être riche ? 

Thiédel Mbaye : Je ne suis pas riche. C’est une passion. Aucun artiste mauritanien, comme je l’ai dit tantôt, ne vit de son art. Mais seulement, c’est un choix et je suis prête à tout pour uniquement faire carrière dans la musique. Ce n’est pas que j’en profite comme je veux mais je sais que je laisserai une trace qui sera peut être suivie par mes enfants. Je ne vois que la musique. J’ai toute ma famille qui réside à Paris. Mes frères et mes sœurs vivent en France et ont la nationalité française. Donc, je n’ai pas un problème de nécessité.

 

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous de la nouvelle génération de chanteuses qui est en train de vous bousculer ? 

Thiédel Mbaye : La musique, ce n’est pas une course ! La musique, il faut d’abord la connaître, chercher à la connaître et avoir du temps pour ça ! Mais dès que tu commences à chantonner, tu crois que tu es au niveau, non ! Elles n’ont qu’à être très gentilles, revoir leurs textes et surtout essayer de tendre vers le professionnalisme.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous jouez de la musique traditionnelle. Actuellement, on constate qu’elle est mélangée à toutes les sauces. N’avez-vous pas peur qu’elle ne disparaisse ? 

Thiédel Mbaye : Je fais de la musique tradimoderne mais je tiens beaucoup à la musique traditionnelle. C’est vrai qu’elle a tendance à disparaître. Personnellement, j’ai fait beaucoup de recherches au niveau de mes grands-mères pour mieux connaître cette musique. C’est une musique que je maîtrise parfaitement. Mais j’ai peur que cette génération ou les générations futures n’y comprennent rien du tout ! Ils ont tendance à jouer du mbalax alors qu’il faut d’abord connaître et maîtriser la musique traditionnelle. A partir, tu peux faire des mixages autant que tu voudras.

 

Le Rénovateur Quotidien : Comment expliquez-vous le fait que la musique mauritanienne devienne de plus en plus influencée par d’autres styles musicaux comme le mbalax ? 

Thiédel Mbaye : C’est vraiment dommage ! La Mauritanie est un pays diversifié. C’est un pays qui est culturellement riche. Mais c’est malheureux que ça ne soit pas exploité. Les gens, dès qu’ils entendent un certain sénégalais ou un malien faire de la musique, ils croient que c’est la meilleure musique. Alors que la musique mauritanienne, je ne trouve pas mieux que ça. Il faut vraiment que les gens promeuvent cette musique en lui donnant sa juste valeur. Les artistes mauritaniens sont vraiment influencés aujourd’hui par des musiques étrangères.

 

Le Rénovateur Quotidien : Si vous aviez un message à faire passer à l’endroit des autorités culturelles de ce pays, que leur diriez-vous ? 

Thiédel Mbaye : C’est d’avoir un conservatoire pour conserver la musique traditionnelle qui est une partie de notre vie. C’est une partie aussi du développement parce que l’artiste peut bien participer au développement d’un pays mais qu’à travers ses œuvres. Le Ministère de la Culture et de la Communication doit fournir beaucoup d’efforts pour aider les artistes.

 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

ducdejoal@yahoo.fr

 

 

 

 

 

 

( 16 avril, 2008 )

Université de Nouakchott: Etats des lieux d’une institution à l’article de la mort

A certaines heures de la journée, moins qu’un temple du savoir, l’Université de Nouakchott ressemble à une pétaudière. Ça s’esclaffe à gauche, ça converse à droite. Le tout dans une ambiance moribonde.

Dans ce tohu-bohu, lorsque vous demandez à un étudiant quelconque ce qu’il pense de l’Université, il vous répond sans fioritures : ‘La situation est catastrophique’. On a constaté que lorsque les bacheliers entrent à l’université de Nouakchott, ils déchantent très vite. Eux qui pensaient que tout allait se passer comme dans le meilleur des mondes possibles, que tout se passerait vite comme dans un conte de fée se rendent à l’évidence d’une réalité qu’ils ont du mal à fourguer : le découragement qui revient tout le temps dans leurs propos.

Depuis sa création à nos jours, l’Université de Nouakchott n’a pas véritablement réussi à s’accrocher au train de l’évolution du monde en termes d’enseignement. Elle aura aussi été mêlée à toutes les sauces idéologiques et politiques. 

Aujourd’hui, la  seule université du pays va mal ! Etudier à l’Université de Nouakchott est un véritable calvaire pour les étudiants mauritaniens qui n’ont eu d’autres choix que de déposer leurs baluchons dans cette institution aux mille et un problèmes qui ne se résolvent jamais, dans cette institution qui patauge dans l’indifférence et l’oubli total. Comme si cette institution devait servir à former des générations sacrifiées !

«Les étudiants sont trop fatigués, explique Ibrahima Abdoulaye Diallo étudiant en 1re année de philo-Sociologie. On ne dispose pas assez de moyens pour faire de très bonnes études. On n’a pas de bibliothèque. On n’a rien du tout ! »  

Les infrastructures, justement. Sur ce plan, pour la documentation, les étudiants mauritaniens notamment les francisants sont astreints de se rendre au niveau du centre culturel français ou du centre culturel marocain. L’Université de Nouakchott est la seule université au monde où la sociologie et la philosophie sont compactées dans un seul département appelé ‘Philo-Sociologie’.

Dans ce département, les étudiants sont mêlés comme des vaches, des moutons et des chèvres dans un seul enclos. Du dire des étudiants du même département, ce n’est pas une sinécure. Les salles ne sont pas confortables. Les chaises manquent. 

Contrairement à Ibrahima Momar Bousso, étudiant en 2ième année de Biologie et de Géologie à la Faculté des Sciences et Techniques, lui, Ibrahima Abdoulaye Dia, originaire de Bababé au sud de la Mauritanie peut bien se frotter les mains puisqu’il bénéficie d’une bourse d’études de 8.500 UM. «Mais, ça ne satisfait pas la moyenne de mes besoins », se plaint-il. Les bourses sont limitées. Seuls de rares étudiants en bénéficient.

Les critères d’attribution y sont pour quelque chose. Pour avoir une bourse, il faut avoir le bac, tenez-vous bien,  à l’intérieur du pays pour pouvoir prétendre d’abord à une bourse et ensuite être âgé de moins de 24 ans. Même en 2ième année, tous les étudiants ne bénéficient qu’une aide sociale de 20.000 UM pour toute l’année. Et pour avoir cette modique somme, il faut courir de gauche à droite. 

Par rapport à l’enseignement, les étudiants mauritaniens se sacrifient autant qu’ils le peuvent pour essayer de comprendre mais à vrai dire, ce n’est pas prometteur, pense-t-on ici, à l’Université de Nouakchott. A ce rythme-là,  «il n’y aura pas de bons cadres sauf pour ceux qui vont sortir du pays et aller en Europe pour y continuer leurs études supérieures », soutient Bocar Ly, car selon ses dires, la formation ou plutôt l’enseignement qui est dispensé à l’Université de Nouakchott est très mauvais.

Et ce dernier compte un jour sortir du pays, comme d’autres avant lui, pour aller poursuivre ses études à l’étranger. Ce que rêvent bon nombre d’étudiants mauritaniens ! Les demandes d’inscription dans les universités françaises notamment parlent d’elles-mêmes et prouvent cette obsession qu’ont les étudiants mauritaniens à aller poursuivre leurs études ailleurs. 

Faute de grives, les étudiants mauritaniens mangent des merles. Les facultés laissent à désirer. C’est à croire à peine si elles sont de véritables facultés car elles sont mal équipées. A l’Université de Nouakchott, les moyens techniques posent énormément de difficultés. Par exemple, à la Faculté des Sciences et Techniques, là où sortent nos ingénieurs, il n’y pas assez de laboratoires et de matériel pour pouvoir réellement faire des Travaux Pratiques(TP).

Conscients de leur devenir et du sort de leur institution, les étudiants de l’université de Nouakchott se constituent de plus en plus en associations communautaires pour défendre leurs intérêts et essayer de surmonter certaines difficultés d’ordre estudiantin ou intellectuel. L’Université, dans toute sa ‘grandeur’ ne dispose que de deux amphithéâtres, l’un qui se trouve à la faculté des sciences juridiques et économiques, le plus grand de toute l’Université et l’autre à la faculté des lettres et sciences humaines. 

Offusqués, les étudiants ne ratent jamais l’occasion pour jeter des pierres dans la marre. Parmi eux, Abdoulaye Ibra Ba, étudiant en 2ième année de droit qui pense que l’une des tares qui gangrène leur institution, c’est le favoritisme. «On est avec des étudiants maures, raconte-t-il, qui ne savent même pas écrire une phrase correcte en français. Pendant les délibérations, ils passent devant nous. Ça s’est bizarre quand même alors que nous suivions tous nos cours pendant toute l’année universitaire pour avoir une bonne moyenne. » 

Issus souvent de famille peu aisée, certains étudiants se voient obligés, après l’obtention de leur baccalauréat, de venir s’inscrire, malgré eux, à l’Université de Nouakchott, pour y poursuivre des études supérieures. 

Le spectacle qu’offre parfois l’enceinte de l’Université est extraordinaire. Partout, c’est la queue leu leu ! Comme par exemple, aux bureaux des inscriptions. 

Autre dilemme pour les étudiants. La carte de transport, c’est le merle blanc. «Tous les étudiants veulent avoir la carte de transport, explique Ibrahima Abdoulaye Dia. Il y a certains, fatigués de se faire renvoyer aux calendes grecques, finissent par laisser tomber. D’autres, comme moi, parce qu’ils habitent loin, sont obligés de se sacrifier pour avoir une carte de transport. » 

L’obtention d’ailleurs de cette carte de transport ne signifie guère la fin du calvaire. Car, les chauffeurs ne veulent pas ‘embarquer’ dans leurs ‘caisses’ les étudiants et ceci en violation des accords signés entre eux et le gouvernement. «Les chauffeurs de bus ne s’arrêtent pas lorsqu’ils te voient avec un classeur entre les mains, poursuit-il. Ils sont agacés pour attendre. Et nous, nous n’avons pas d’autres solutions. Nous sommes une génération sacrifiée. L’Université ne promet rien à ses enfants.» 

Que dire de la bouffe au restaurant ? Les étudiants la jugent nulle et très mauvaise. Pas de petit déjeuner encore moins de dîner ! Et cela est valable pour les étudiants qui résident dans le campus universitaire. Le ticket revient à 50 UM. Imaginez dans quelle situation alors doit se retrouver un étudiant non boursier qui vient des viscères de la Mauritanie, qui crèche dans les quartiers périphériques de Nouakchott et obligés de passer la journée à l’Université pour réviser. 

Avec des méthodes plombées et lacunaires, le système d’éducation mauritanien ne vaut pas son pesant d’or. Les programmes sont séculaires et ringards. Et voilà depuis plus de 20, 30 ans que cela dure et perdure au grand désavantage des étudiants mauritaniens. Conséquence : le niveau s’affaiblit de plus en plus. Les états généraux tant annoncés au début de l’année tardent à voir le jour.

La dernière batterie de réformes qui a été utilisée n’a pas donné les effets escomptés. Et les autorités continuent toujours à persister et à s’entêter dans leurs démarches en pensant qu’elles ont pris la bonne option ou qu’elles sont assises sur la bonne branche. Les défaillances du système sont visibles à l’œil nu. «Je connais un arabisant qui fait actuellement le bac C. Mais il est incapable d’écrire une lettre correcte en arabe », ironise Mohamed Abdallahi, étudiant en 1ière année d’interprétariat en Anglais. 

«Le Ministère de l’éducation nationale, enchaîne un autre étudiant, se soucie peu de la réussite des élèves et étudiants. Le système s’invente du jour au lendemain. On ne sait pas où se situe le bon chemin. Les autorités doivent se concerter et essayer de créer quelque chose de prometteur pour la future génération. Nous, nous savons déjà que notre génération a sombré dans l’obscurité. »

Hélas, c’est la triste réalité. Le fractionnement du système éducatif mauritanien, d’une part l’arabisation et d’autre part la francisation, où est-ce qu’il nous a mené ? Et la radioscopie faite sur l’Université de Nouakchott n’est guère rassurante encore moins prometteuse. Les étudiants eux-mêmes en sont conscients.

Dans un article récemment publié dans ‘L’Etudiant’, le premier journal étudiant mauritanien, Ousseynou Birama Cissé, rédacteur en chef dudit journal n° 13 du 07 avril au 25 avril écrivait ceci : «L’Université est malade. Malade d’elle-même du fait de son incapacité à pouvoir accueillir les braves fils de ce pays même malgré le faible taux de réussite.

Malade du fait de son incapacité à faire face aux défis de l’éducation en termes de structures et de réformes. Malade de ses administrateurs qui pour la majorité ignorent leur devoir envers la nation et par conséquent ne remplissent pas la fonction. Malade du fait de ses docteurs que l’adjectif ‘d’irresponsables dicteurs’ qualifie. Malade de ses enseignants qui sous le regard complice de l’administration s’absentent ou dispensent les cours en 30 mn. Malade incontestablement et essentiellement de son système de recrutement. » 

Alors une question : sommes-nous véritablement dans une Université ? Non, rétorquent les étudiants. En nommant le docteur Isselkou O. Ahmed Izid Bih à la présidence de l’Université de Nouakchott, le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi n’a fait rendre à César que ce qui lui appartient.

Etant au parfum des réalités de l’Université (promiscuité, absence de bureaux décents, de centres documentaires dans les facultés, faible capacité d’accueil et de logements des étudiants, inexistences des activités culturelles, sportives et créatives…), les étudiants fondent beaucoup d’espoir sur lui pour sortir l’Université de Nouakchott de sa léthargie.

Avec un effectif d’étudiants qui gonfle comme une mayonnaise d’année en année, l’Université de Nouakchott est devenue trop petite pour accueillir les nouveaux bacheliers. Déjà, on estime à plus de 12.000 le nombre d’étudiants inscrits à cette université. Dans le cadre de répondre aux urgences de cette institution, l’état mauritanien a décidé de construire un nouveau campus universitaire.

En outre, et toujours dans le cadre de la rénovation de l’Université de Nouakchott, des financements ont été obtenus pour la construction d’une nouvelle faculté des sciences et techniques, des locaux de la présidence de l’Université, une bibliothèque et un centre d’enseignement à distance. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 21 avril, 2008 )

Musique traditionnelle mauritanienne

Michel Guignard lève un mystère sur l’origine de la musique maure 

 

Ce jeudi 17 avril, à 20 heures, le Musée National de Nouakchott a accueilli Michel Guignard pour une présentation générale sur la musique traditionnelle maure. Cette rencontre rentre dans le cadre d’une série de manifestations artistiques que compte tenir le Musée National sur la musique traditionnelle mauritanienne de manière générale. Michel Guignard, ce brillant ethnomusicologue, comme il aime à se définir, est un grand spécialiste de la musique maure. 

Devinez…des moquettes  bien déroulées, des fauteuils et des chaises bien rangées. Ajoutez-y des rafraîchissements ! Le tout dans une ambiance musicale où vibrent tidinit, ardine et hoddu. Quoi de plus naturel pour accueillir un fin connaisseur de la musique traditionnelle maure en la personne de Michel guignard ! Ce jeudi 17 avril, à 20 heures, le Musée National de Nouakchott accueillait ce chercheur français en ethnomusicologie pour présenter ‘un cours magistral’ sur la musique traditionnelle maure. Cette rencontre rentre dans le cadre d’une série de manifestations artistiques que compte organiser le Musée National sur la musique traditionnelle mauritanienne.

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Il faut remonter les pentes du temps, au milieu du 20ième siècle, pour comprendre les raisons qui ont poussé Michel Guignard à s’intéresser de manière passionnée et désintéressée voire même jusqu’à devenir accro à la musique traditionnelle maure. Les raisons sont, bien évidemment, très, très vieilles. «J’étais à Bir Moghréin, se souvient-il encore(dans la wilaya de Tiris-Zemmour, NDLR). Parfois, tous les griots se rencontraient pour organiser un spectacle. J’étais subjugué par ces griots, par ces personnages-là hauts en couleurs et les relations bizarres qu’ils ont avec les gens, complètement différents de tout ce que je connaissais, puis, la musique, elle-même qui est très riche. Les modes, tout ça, c’était très bizarre. Ça n’existait pas ailleurs en Afrique. » 

Suffisant pour piquer et éveiller sa curiosité qui commençait à le dévorer. A cette période, il était encore un jeune capitaine de l’armée française. Nous étions en 1962. Juste deux ans après l’accession de la Mauritanie à la souveraineté internationale. Il voyage à l’intérieur du pays, découvre beaucoup de choses et surtout rencontre les grands griots de la musique traditionnelle maure. Il décide alors d’entreprendre un travail sérieux et élaboré sur cette musique maure qui la fascine tant. Ainsi débutent ces travaux de recherches. En 1975, il regroupe  la somme de ces recherches et publie son premier livre sur la musique traditionnelle maure dont le titre seulement est évocateur ‘Musique, honneur et plaisir au Sahara’. 

Au cours de son succinct exposé mais riche de renseignement sur la musique traditionnelle maure, de la musique pular à la musique mandingue en passant par la musique maure, Michel Guignard a brossé les similitudes entre ces musiques nomades dans lesquelles on retrouve presque les mêmes instruments : flûte, violon. 

Au cours de son exposé, il est revenu sur l’origine de la musique traditionnelle maure que certains soutiennent avec mordicus qu’elle est d’origine arabe. Cette thèse, aujourd’hui, est la plus répandue dans notre pays. Par contre, d’autres pensent qu’elle est plutôt soudanaise. Michel Guignard qui a fait des recherches assez poussées là-dessus nous explique que la musique maure a trois racines : arabe, berbère et soudanaise. Son explication est assez édifiante sur le complexe d’infériorité que certains voudraient entretenir en voulant faire savoir à tout le monde que la musique traditionnelle maure est à 100% arabe. Ce qui part en contradiction avec les différentes modes qui composent cette musique. «Il y a certainement des racines berbères qui sont occultées comme tout ce qui est berbère. Il n’y a que les notes qui sont restées. On ne sait rien sur les berbères. On sait très peu de choses sur eux. On devrait pouvoir savoir un peu si on voulait. C’est vrai que les Arabes sont venus ici. Mais, ils n’étaient pas de grands chercheurs ou grands musiciens venus de Bagdad. C’était des chameliers, des tribus chamelières assez agressives », commente Michel Guignard, cet ethnomusicologue reconnu par ses confrères par tous les griots musiciens traditionnels maures. 

Partisan d’une musique évolutive, Michel Guignard regrette aujourd’hui le chemin dans lequel s’est enlisé la musique traditionnelle maure c’est à dire la disparition des veillées nocturnes sous le Khaima qui ont fait le charme de la musique traditionnelle maure. Cette perte, soutient-il, participe à la disparition des griots. 

 

Babacar baye Ndiaye                      michelguignard.jpg 

 

( 21 avril, 2008 )

Pr. Bretaudau, Secrétaire Exécutif du CILSS : « Tant que nous n’aurons pas domestiqué et valorisé les ressources en eau pour produire, nous n’allons jamais avoir une sécurité alimentaire durable »

A l’occasion de la 14ième réunion du comité régional de programmation et de suivi du CILSS tenu à Nouakchott du 14 au 18 avril 2008 préparant le conseil des ministres du CILSS, Africa n°1 a organisé une rencontre autour d’un club de la presse pour aborder avec le Pr. Bretaudau, Secrétaire Exécutif du CILSS plusieurs questions importantes se rapportant aux activités de ce sous –ensemble régional qui regroupe 9 pays.  La rencontre était dirigée par le correspondant d’Africa n°1 à Nouakchott Salem Mejbour Salem en compagnie de Cheikh Tidiane Dia et Kissima Diagana, respectivement directeur de publication du journal ‘Le Rénovateur Quotidien’ et Rédacteur en chef de l’hebdomadaire ‘La Tribune’. Nous vous livrons en exclusivité la teneur de cet entretien.  

Africa n°1 : Vous avez tenu à Nouakchott la 14ième réunion du comité régional de programmation et de suivi des activités du CILSS qui se tient dans la perspective de la 42ième session ordinaire du conseil des ministres. Alors quels sont les enjeux de cette réunion ? 

Pr. Bretaudau : Cette réunion se situe à un moment où nous traversons des difficultés alimentaires qui ne sont pas seulement propres à notre sous-région. Ces  difficultés alimentaires sont ressenties dans toutes les grandes nations agricoles aussi bien aux Etats Unis qu’en Europe. Ces difficultés alimentaires s’expliquent par le fait que les populations n’ont pas un pouvoir d’achat conséquent pour avoir accès à ces aliments. Donc, c’est plutôt une question d’accessibilité à l’alimentation que de difficultés, d’absence ou d’insuffisance de disponibilités alimentaires. Cette réunion de Nouakchott se situe dans ce contexte et je pense que nous allons approfondir l’analyse de la situation. J’espère qu’au sortir de cette réunion, on pourra faire des propositions très concrètes au niveau des différents Etats membres du CILSS. Comme vous le savez, le Comité Inter-état de Lutte contre la Sécheresse au Sahel regroupe 9 états. Mais au-delà de ces 9 états, le CILSS est aujourd’hui le bras technique de la CEDEAO. C’est à ce titre que nous nous intéressons à la situation alimentaire de tous les états de l’Afrique de l’Ouest et du Tchad. 

Africa n°1 : Vous avez été donc sollicité par les Etats membres de la CEDEAO compte tenu de votre expérience dans le domaine de la sécurité alimentaire ? 

Pr. Bretaudau : Effectivement ! Au niveau de l’Afrique de l’Ouest pour ne pas dire de toute l’Afrique, le CILSS a été reconnu comme Centre d’Excellence pour la sécurité alimentaire. Nous disposons d’outils assez éprouvés qui ont fait leurs preuves en matière de prévision, d’estimation de productions agricoles et de propositions d’amélioration également des récoltes.  C’est à ce titre que la CEDEAO nous a sollicité pour être son bras technique. Etudier ou analyser les questions de sécurité alimentaire au niveau des états du CILSS sans prendre en considération la situation alimentaire au niveau des autres états de la CEDEAO non-membres du CILSS serait vraiment incomplète pour pouvoir aborder sérieusement les questions de sécurité alimentaire dans ces Etats. Pourquoi ? Parce qu’au niveau de toutes ces frontières, il y a des échanges quotidiens entre les populations des Etats du CILSS et les populations des autres Etats de la CEDEAO. 

Africa n°1 : Face à ces problèmes, vous préconisez la récupération de certaines terres. Mais, concrètement, vous savez qu’en Afrique, il y a un problème d’eau, comment est-ce que cette récupération des terres peut être efficace ? 

Pr. Bretaudau : Effectivement, le CILSS dispose de deux techniques pour pouvoir vraiment aborder toutes les questions de sécurité alimentaire. La première approche c’est de pouvoir évaluer, estimer et de savoir exactement ce que l’on va avoir comme récoltes et de pouvoir proposer des modalités d’utilisation des stocks des productions disponibles. La seconde voie concerne justement l’amélioration de l’outil de production pour augmenter la production et la productivité au niveau des exploitations.  La première approche est assez bien maîtrisée aujourd’hui par le CILSS et c’est ce qui en fait d’ailleurs un Centre d’Excellence. La deuxième approche est aussi maîtrisée mais malheureusement, le CILSS n’a pas fait assez de réalisations faute de moyens pour pouvoir augmenter la production et la productivité agricole. 

Pour augmenter la production et la productivité agricole, qu’est-ce qu’il faut ? Il faut comme vous l’avez dit récupérer les terres qui jadis produisaient mais qui aujourd’hui sont impropres à l’agriculture. Donc, il faudrait récupérer ces terres. Il n’y a pas un manque de terre en Afrique de l’Ouest ou dans le Sahel. Mais je crois qu’au-delà de ça, il faut avoir des terres additionnelles puisque les besoins sont encore plus grands qu’il faut récupérer ces terres qui ont été perdues suite aux effets de désertification et de désertisation de l’action de l’homme. Evidemment,  une fois que ces terres récupérées vont être mises en culture, toute la microflore, la microfaune, la faune et la végétation vont reprendre et l’activité biologique de ce sol va changer. C’est ce qui va en faire un sol fertile. Nous pourrons les mettre en valeur avec nos importantes ressources en eau. Au-delà de l’irrégularité des pluies, les quantités de pluie qui tombent au Sahel si elles sont bien gérées peuvent permettre d’augmenter la production agricole. Africa n°1 : Qu’est-ce que vous préconisez pour que ces populations puissent réellement sortir de cette situation d’incapacité de subvenir à leurs besoins du fait du manque de moyens financiers? 

Pr. Bretaudau : Dans l’urgence aujourd’hui, ce qu’il faut faire c’est de prendre des dispositions pour assurer une répartition des ressources disponibles au niveau des populations. Mais au-delà de ça, il y a des populations fortement vulnérables au niveau de tous les Etats du CILSS. Pour certaines, nous avons pu évaluer, pour les Etats du Sahel hormis le Sénégal, la Guinée Bissau et la Gambie, à plus de 3 millions les populations hautement vulnérables. C’est des populations qui, quelles que soient les conditions,  quels que soient les prix des céréales même si les prix étaient les plus bas, seraient incapables de se les acheter. Donc, c’est des populations qui exigent un appui constant et un encadrement. Dans tous les Etats du CILSS, nous avions déterminé et identifié les zones vulnérables. Dans ces zones vulnérables, il y a des populations qu’il faut obligatoirement aider mais malheureusement dans les grands centres urbains de plus en plus on voit également une nouvelle couche de population vulnérable qui s’y installe. 

Africa n°1 : Aider veut dire assister ? 

Pr. Bretaudau : Oui, aider veut dire assister ! Aider veut dire les rapporter en tout cas le nécessaire pour qu’ils puissent être alimentés et vivre. C’est cela qu’il faut faire dans l’immédiat. Mais ce que je veux dire, c’est de ne pas résoudre le problème aujourd’hui et de dire que c’est fini. Nous avons coutume dans nos Etats de régler les problèmes et de ne pas voir les problèmes avant qu’ils ne se posent. Justement, je crois que ce que nous allons proposer ici, c’est d’avoir d’abord une vision d’avenir qui consiste à améliorer notre outil de production et de faire de cette situation de flambée des prix, d’augmentation des prix des denrées alimentaires, une opportunité de développement. Vous allez me dire comment est-ce qu’on peut en faire une opportunité de développement. Je vous le dis : c’est vrai que les prix des denrées augmentent, c’est vrai que les prix sont inaccessibles au niveau des consommateurs mais à qui profite cette augmentation des denrées alimentaires. Je pense que nous devrons faire de telle manière et faire comprendre à tous les intervenants de la filière céréalière, de la filière des denrées alimentaires qu’il faudrait qu’il y ait un partage équitable de l’augmentation des prix pour que le producteur puisse profiter de cette augmentation. Malheureusement, le producteur ne profite pas de cette augmentation des denrées alimentaires. Or,  ce sont les producteurs qui produisent pour alimenter le reste de la population. 

Africa n°1 : C’est un véritable paradoxe ? 

Pr. Bretaudau : Mais justement. S’ils n’arrivent pas à avoir les moyens d’améliorer leur outil de production, la production ne sera jamais relancée et la croissance dans nos Etats ne va jamais repartir. C’est pour cela que je dis qu’il faudrait prendre des mesures pour que les producteurs de nos Etats puissent bénéficier de cette hausse des prix et que ce bénéfice soit utilisé à l’amélioration de leur outil de production qui pourrait relancer le niveau de production et de productivité au niveau des exploitations. 

Africa n°1 : Vous vous placez un peu dans la logique du débat au niveau de l’OMC relatif au problème des producteurs des pays du sud confrontés à ceux des pays du Nord subventionnés par leurs Etats en terme de production ? 

Pr. Bretaudau : Effectivement, je ne vais pas faire la comparaison mais en tout cas je dirai que nous devrons développer des politiques pour essayer de voir comment nous allons mettre nos producteurs en position de pouvoir produire. C’est ça le challenge qu’il faut gagner.  Nous sommes dans un cycle aujourd’hui où il va y avoir de moins en moins de produits agricoles. Je vais vous expliquer pourquoi. Jusqu’ici, l’agriculture fournissait de l’énergie essentiellement pour alimenter les hommes et les animaux. Vous et moi, pour pouvoir mener nos activités, il nous faut de l’énergie. En d’autres termes, il nous faut du carburant. Quel est le carburant que nous utilisons ? C’est des aliments. C’est ce qui se transforme en énergie et que nous utilisons pour nos différentes activités. Mais une voiture pour circuler aussi  a besoin d’énergie. L’énergie que les avions et les voitures utilisent, c’est du carburant et aujourd’hui, ce qui se passe c’est que toute production agricole est potentiellement convertible et transformable en carburant. Le prix du carburant augmentant de manière indirecte, le prix des céréales et des denrées alimentaires est automatiquement indexé sur le prix du carburant qui augmente. Je vais le caricaturer un tout petit peu : c’est comme si aujourd’hui un avion qui prend du kérosène, dans cet avion on met finalement du riz puisqu’il consomme de l’énergie et le riz produit également de l’énergie. Ça revient à la même chose. Il n’y a pas de raison que l’énergie que l’on met dans l’avion, le kérosène, le prix augmente et que l’autre énergie, le riz, le prix n’augmente pas.  C’est ce qui est aujourd’hui évident. Nous sommes donc partis pour un cycle infernal d’augmentation. Je lisais encore hier une déclaration du président de la banque mondiale qui disait effectivement que nous sommes partis dans un cycle où vraiment les prix ne vont pas cesser d’augmenter. Je pense pour  être au rendez-vous, il faudrait que nous développions des politiques pour soutenir les producteurs pour qu’ils puissent produire davantage puisque ce qu’ils produisent ce n’est plus pour alimenter seulement les hommes et les animaux mais c’est également une source d’énergie.  Et malheureusement pour nous, de l’énergie propre puisque les biocarburants, c’est de l’énergie propre. C’est pour cela aujourd’hui, avec le développement d’essai de ces technologies, on va encore améliorer le rendement de la transformation. Si on améliore le rendement de la transformation progressivement, on va passer du carburant fossile au carburant vert. Et cela va poser problème. Est-ce que l’agriculture doit produire pour nourrir ou est-ce que l’agriculture doit produire pour nourrir l’industrie ? 

Africa n°1 : Vous avez parlé d’une production alimentaire excédentaire dans bon nombre de pays mais hélas tout le monde n’a pas pu en profiter. Là vous avez souligné les entraves qui persistent. Quelles sont-elles ? 

Pr. Bretaudau : Au niveau des Etats globalement la situation est équilibrée à excédentaire dans quatre pays producteurs au niveau du Sahel. Il s’agit du Tchad, du Niger, du Mali et du Burkina Faso. Mais par contre au niveau des Etats du CILSS, il y a des états qui sont structurellement déficitaires. Il y a parmi ces Etats, le Sénégal et la Mauritanie. Mais la situation de l’Afrique de l’Ouest dans son ensemble montre que 10 Etats de l’Afrique de l’ouest non-membres du CILSS ont des zones assez déficitaires. Il s’agit du Nigeria dont le Nord a énormément souffert cette année de l’irrégularité pluviométrique et du nord également du Ghana où la production a été assez réduite suite aux effets des changements climatiques. Voici la situation mais même dans les quatre Etats où la production est moyenne à excédentaire comme par exemple au Niger, il y a des zones fortement vulnérables. Il y a des populations qui ont été touchées. En Mauritanie, il y a des zones qui ont été fortement touchées. Dans le rapport qu’on a remis à l’Etat mauritanien et qu’on a élaboré avec les autorités mauritaniennes, toutes ces zones sont ciblées et identifiées. Je crois que les propositions de solutions que nous avions faites ont également été suivies d’effets. Il se fait que les productions de contre saison, que nous avions vivement conseillé, sont aujourd’hui compromises par des attaques de certains ennemis des récoltes. Là encore, les techniciens sont à pied d’œuvre pour essayer de minimiser l’impact de ces ennemis sur les cultures de décrue. 

Africa n°1 : Avec la situation actuelle qui prévaut et à deux mois de la saison des pluies, pensez-vous que vous pouvez faire quelque chose pour parer à cette situation vraiment inquiétante ? 

Pr. Bretaudau : Dans la situation actuelle, les vivres, il y en a mais malheureusement, ils sont difficilement accessibles. Parce que les prix sont inabordables pour les populations déjà éprouvées par des années de sécheresse successive. La situation pour ces populations nécessite un appui très fort. C’est pour cela qu’il faudrait que tous les partenaires impliqués soient sensibilisés et responsabilisés pour qu’il y ait une meilleure circulation aussi bien de l’information que des denrées alimentaires. Nous avons des informations qui font état que certains opérateurs ont des stocks sur lesquels ils veulent spéculer ou en tout cas qui ne sont pas mis sur le marché. C’est des situations qui peuvent aggraver le problème mais le patriotisme aidant peut être la solidarité aidant,  les uns et les autres vont revenir à de meilleurs sentiments et les marchés pourraient trouver un niveau d’approvisionnement beaucoup plus favorable pour les consommateurs. Les pouvoirs publics de leur coté doivent prendre des mesures. La situation, c’est vrai, elle est difficile voire très difficile mais c’est une situation que nous pouvons contenir. De toute façon, le pouvoir d’achat de tous les consommateurs sera fortement entamé car les prix sont assez élevés mais comme je l’ai dit, si nous développons de bonnes politiques et que nous arrivons à faire que ces augmentations de prix puissent profiter aux producteurs, nous allons récolter d’ici un ou deux ans, les dividendes de cette politique. Il ne faut pas s’attarder sur la situation. Il faut la gérer. Il faut essayer de voir plus loin. Si on était aujourd’hui à une baisse totale de production, je n’allais pas avoir les mêmes propos. Je sais qu’au niveau des Etats du Sahel et de l’Afrique de l’ouest, ce que nous avons produit cette année même si elle a été utilisée assez diversement il y a des productions comme par exemple dans certains états comme le niger qui sont sortis du pays et qui ont exporté. C’est des situations qui sont de nature à nous fragiliser et qui sont parties assez loin. C’est pour cela que je dis qu’il y a quand même une possibilité de résorber cette situation assez difficile pour les populations en assurant une meilleure gestion de la situation. 

   

Africa n°1 : Quel sont les chiffres de la dernière campagne agricole ? 

Pr. Bretaudau : Globalement, les chiffres de la dernière campagne pour les céréales s’élèvent à 49 millions de tonnes pour toute l’Afrique de l’ouest. Ce qui est supérieur à la moyenne par rapport à ces 5 dernières années. 

Africa n°1 : A vous entendre parler, on a l’impression que c’est un problème surtout de bonne gouvernance que vous voulez pointer du doigt. Mais au-delà de tout ceci, lorsque vous parliez de facteurs, vous avez évoqué le Mali, le Tchad, le Niger ou le Burkina Faso où il y a un excédent de production. 

Pr. Bretaudau : Dans mon rapport, je viens de présenter dans les détails la situation au niveau de ces Etats dans les zones d’insécurité notamment des zones du nord et nous avons donné des recommandations, des recommandations qui, si elles sont suivies, pourraient amoindrir les souffrances des populations de ces régions. Mais c’est sûr que quand on se trouve dans une situation alimentaire assez difficile et que l’on vive encore une autre insécurité, ça devient vraiment assez difficile.  Quand il y a insécurité militaire stratégique, ça veut dire qu’il n’y a même pas des facilités pour les déplacements et pour la circulation. C’est pour cela l’approvisionnement de ces zones pose effectivement des problèmes. Dans notre rapport, nous avons attiré l’attention des autorités sur toutes ces questions pays par pays. 

Africa n°1 : Le Sahel est une région structurellement déficitaire en ressources notamment hydriques. Cette situation est aggravée par les fluctuations du marché mondial et de la flambée des prix des denrées de base. Face à cela, quelle est la stratégie mise en place par le CILSS ? 

Pr. Bretaudau : Ce que nous envisageons pour essayer de résorber cette situation assez difficile que nous traversions au niveau des Etats d’Afrique de l’Ouest et singulièrement au niveau des Etats du CILSS, c’est le programme lancé en 2004 par les chefs d’Etat lors du dernier sommet des chefs d’état à Nouakchott. Il s’agit de l’initiative ‘maîtrise de l’eau pour faire reculer la faim au Sahel’. La coalition mondiale pour l’eau au Sahel est une initiative des chefs d’Etat qui vise à capitaliser et à valoriser toutes les ressources en eau disponibles. Certainement, on sait qu’il y a la sécheresse mais il y a d’importantes ressources en eau pluviales qui sont souvent perdues au niveau des états sahéliens. Il s’agit donc pour nous de voir comment conserver toutes ces eaux, les utiliser pour développer une agriculture avec maîtrise de l’eau. Il ne s’agit pas seulement de grands aménagements de types ‘au fils du Niger’ mais il s’agit au niveau des villages les plus reculés de voir comment faire des bassins de rétention, des forages pour tirer l’eau et essayer de faire produire par ces populations qui sont confrontées non seulement aux problèmes de terre mais à des problèmes d’approvisionnement en eau. La coalition mondiale pour l’eau au Sahel vise justement cet objectif. Je pense que si nous arrivons à mettre en œuvre cette coalition, je suis sûr que d’ici 5 ans, les questions qu’on aura à se poser seront différentes de celles que l’on se pose aujourd’hui. En ce temps, peut-être que cela va vous faire rire, il faudrait que nos Etats se mettent dans les perspectives pas de gérer des crises alimentaires mais de gérer des surplus de production agricole. En fait, ce n’est pas qu’à chaque année que le Sahel a été déficitaire. Si vous voyez que cycliquement, nous avons des périodes difficiles, des périodes de baisse de production, c’est que les années fastes n’ont pas été suffisamment bien gérées et que les producteurs ont été découragés et se sont retrouvés obligés d’abandonner leurs parcelles. Par conséquent, le niveau de production va certainement baisser.  Désormais, à partir de là, on pensera à avoir comment nous allons réfléchir sur la gestion des surplus de production et non la gestion des crises alimentaires. Même s’il y a surproduction, il faudrait gérer et malheureusement les années où il y a surproduction les producteurs sont laissés à eux-mêmes et ne bénéficient pas de toute l’attention pour pouvoir vraiment gérer leur production. 

Africa n°1 : Rationaliser la gestion de ces eaux passe par des investissements lorsqu’il s’agira de construire des barrages ? 

Pr. Bretaudau : Pour les barrages, c’est une entreprise qui dépasse les réalisations du CILSS. De par ce que les Etats nous ont confié, nous devrons avoir une vue d’ensemble sur toutes les questions d’utilisation de l’eau. Les barrages, c’est des investissements assez intensifs qui relèvent d’autres structures. Mais il n’en demeure pas moins que nous, nous pouvons accompagner la mise en œuvre des barrages pour voir les études d’impact au niveau de la sécurité alimentaire. Nous ne sommes pas en reste mais je vois aujourd’hui difficilement le CILSS se mettre à la place d’autres structures telles que l’Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal ou même ce qui se fait actuellement au Niger avec le barrage de Kandaji, au Mali avec le barrage de Tansa. Mais le CILSS peut accompagner des politiques de ce genre pour pouvoir aider les Etats à avoir une hauteur par rapport aux questions de sécurité alimentaire dans ces zones.   

Africa n°1 : Beaucoup de nos pays importent le riz, bien que dans ces mêmes pays, on cultive le riz. Il y a là quelque chose qui paraît paradoxale. Est-ce que le CILSS ne penserait pas à faire campagne dans ce sens ? 

Pr. Bretaudau : C’est vrai qu’il faut consommer local. Les productions que nous avons notamment du riz au niveau de l’Afrique de l’Ouest sont insuffisantes pour couvrir les besoins des Etats qui produisent à fortiori des Etats qui en demandent. Au niveau de l’Afrique de l’Ouest, tous les pays sont des grands importateurs de riz. Je vais me référer à la déclaration du président sénégalais lors de son passage à Bamako où il a lancé un appel au développement de la riziculture, à la maîtrise de l’eau pour améliorer la production agricole. Tant que nous n’aurons pas domestiqué et valorisé les ressources en eau pour produire, nous n’allons jamais avoir une sécurité alimentaire durable. Lors de son passage à Bamako, le président sénégalais a lancé un appel dans ce sens. Je suis sûr que cet appel sera suivi d’effet. C’est vers ça aujourd’hui que nous devrions tendre si nous voulons avoir une sécurité alimentaire durable. 

Africa n°1 : Nos Etats sont souvent confrontés à des problèmes de mise en œuvre de leur décision politique. Est-ce que cela non plus ne constitue pas un handicap majeur dans la réussite de votre mission ? 

Pr. Bretaudau : Au niveau des Etats, je crois qu’il y a une volonté politique. C’est vrai qu’il y a des difficultés pour s’accorder sur certaines idées. Mais je crois qu’il y a une volonté politique de conjuguer nos efforts au niveau de tous les Etats pour faire face à notre destin commun. Là où se trouve peut-être le bât blesse, c’est au niveau des différents intervenants de la filière ou des différentes filières de production agricole. Les machines ne sont pas suffisamment organisées et structurées entre elles. Les différents intervenants ne sont pas suffisamment aguerris et outillés pour pouvoir assurer une gestion harmonieuse des différentes filières. Très prochainement, nous allons essayer d’échanger avec tous les différents partenaires sur toutes les questions d’organisation des marchés céréaliers en Afrique de l’Ouest. Nous allons aussi nous retrouver avec tous nos partenaires politiques de l’UEMOA et de la CEDEAO pour essayer de donner des directives et juguler les difficultés que nous traversons aujourd’hui. Le CILSS, à lui seul, n’a pas la force de faire face à toutes les difficultés que nous rencontrons aujourd’hui. C’est pour cela que ces deux institutions vont pouvoir nous appuyer pour avoir une issue beaucoup heureuse pour les consommateurs et les populations touchées par la situation. 

Africa n°1 : Au niveau des cotisations, est-ce que tous les Etats sont à jour ? 

Pr. Bretaudau : Pour les cotisations, tous les Etats ne sont pas à jour. Ce qui, aujourd’hui, m’a frappé : ce n’est pas le fait que les Etats ne soient pas à jour. C’est la volonté politique de soutenir le CILSS dans son combat. J’ai rencontré beaucoup de présidents de la sous-région. Aujourd’hui, ils soutiennent toutes les actions du CILSS. Les situations conjoncturelles des cotisations ne vont pas arrêter les actions du secrétariat exécutif du CILSS. Nous sommes sûrs et certains que dans les semaines et les mois à venir, tous les Etats qui ont accusé des arriérés vont pouvoir s’acquitter. Et ça, je suis très bien placé pour vous le dire. Avec tout le soutien des chefs d’Etat du CILSS, je me sens fort pour mener le combat. 

Africa n°1 : Mais ce soutien n’est que pour le moment moral. Alors, l’aspect matériel n’étant pas encore là, pensez-vous que le CILSS pourra continuer à mettre en exécution tous ses ‘rêves’ ? 

Pr. Bretaudau : Une fois que le côté politique est acquis, le côté matériel va suivre. Tous les Etats nous demandent des conseils et nous sollicitent à chaque fois qu’il y a des problèmes de sécurité alimentaire. Cela est un atout. Avec l’appui politique, cela va donner encore confiance aux bailleurs de fonds. Une des faiblesses du CILSS, c’est que moins de 5% de notre budget émane des cotisations des Etats. Mais c’est important. Et 95% du budget du CILSS, ce sont les donateurs. Avec une confiance retrouvée au niveau des Etats, je suis sûr que cela fera un déclic au niveau des bailleurs de fonds dans le sens de leurs intérêts pour le CILSS. 

Africa n°1 : Face aux problèmes vivriers qui se posent dans certains pays de votre zone de couverture, est-ce que cela ne va pas nécessiter une intervention spéciale de vos partenaires ? 

Pr. Bretaudau : Dans l’état actuel des choses, en dehors des populations vulnérables qui nécessitent d’un traitement rapproché, les Etats ont eu à prendre déjà des mesures très courageuses individuellement. En fait, les mesures individuelles profitent collectivement. Toute mesure prise au Sénégal a des répercussions au Mali. Je vais donner un exemple : tous les pays ont renoncé à leur droit d’importation. Les taxes d’importation ont été annulées pour un certain temps. L’importateur qui va amener des céréales au Sénégal à la frontière du Mali ne pourra pas empêcher que quelques kilos aillent alimenter des maliens au Mali. C’est pour cela que je dis que toute mesure prise dans un Etat profite d’une manière ou d’une autre à l’Etat voisin. Les chefs d’Etat ont eu à prendre des mesures courageuses qui sont de nature à réduire les souffrances de toutes les populations. La crise, la vie chère, la facture est ressentie par tout le monde. Evidemment, nous ne la ressentons pas de la même manière puisqu’en fonction du niveau du pouvoir d’achat de chacun la crise va être plus ou moins ressentie. 

Africa n°1 : L’Afrique, c’est aussi une dégradation permanente de l’environnement. C’est l’avancée du désert. A ce niveau, quelles sont les stratégies que vous êtes en train de mettre en œuvre ou en passe d’être exécutées ? 

Pr. Bretaudau : Nous avons aidé tous les pays de l’Afrique de l’Ouest du CILSS à définir leur programme d’action nationale de lutte contre la désertification. Ces documents sont prêts. Nous l’avions fait en collaboration avec la convention des nations unies pour la lutte contre la désertification. Mais ces programmes d’action nationale définis, qu’est-ce qui reste aujourd’hui ? C’est la mise en œuvre concrète des actions et des réalisations concrètes pour gagner sur la désertification. Nous nous battons avec les Etats pour voir comment avoir les ressources nécessaires pour mettre en application les résolutions de ces différents plans. 

Africa n°1 : Quelle est la part réservée à la formation des ressources humaines par le CILSS aux Etats membres ? 

Pr. Bretaudau : Aujourd’hui, peut-être que ce n’est pas connu, le CILSS dispose d’un très grand centre de formation qui se trouve à Niamey. La plupart des cadres et des techniciens formés en agrométéorologie dans tous les Etats membres y compris les autres Etats de l’Afrique de l’Ouest et même des Etats comme Haïti qui écrivent  pour nous demander de recevoir des auditeurs à former dans ce domaine. Beaucoup de cadres formés en agrohydrométéorolgie ont été formés au niveau du centre Agrimet de Niamey. Il s’agit aussi de cadres techniciens que de cadres ingénieurs master. Aujourd’hui, ce centre est un centre d’excellence pour l’étude sur les criquets migrateurs africains. C’est un centre spécialisé sur ces questions. C’est lui qui joue aujourd’hui l’essentiel du travail sur la maîtrise du criquet pèlerin. Les cadres qui ont été formés sont assez nombreux pour tous les Etats y compris les Etats de l’Afrique de l’Ouest et même ceux d’Afrique Centrale. 

Africa n°1 : Toujours dans ce cadre se rapportant au développement de l’agriculture, on sait très bien le rôle que jouent les femmes. C’est elles qui occupent en quelque sorte les devants de cette agriculture. Est-ce qu’il ne serait pas judicieux de mettre à la disposition de ces femmes ou du moins de développer ou d’initier pour ces femmes des micros projets pour évaluer dans le sens des activités génératrices de revenus ? 

Pr. Bretaudau : Vous venez de parler là de quelques réalisations du CILSS dont nous sommes très fiers et dont les pays partenaires sont très fiers aussi. Nous avons avec nos partenaires français et italiens deux projets. Dans ces deux projets, nous menons des activités et des actions en collaboration avec la société. Parmi les acteurs de la société civile, nous avons remarqué que les femmes sont assez dynamiques et occupent une place de choix.  Ces braves femmes ont assuré une très bonne gestion de tous les programmes qui ont été à leur disposition et de tous les programmes qui ont été financés. Ce que nous faisons comme réalisation dans les Etats c’est trop faible. Ce que nous faisons en matière de récupération de la désertification est moindre que ce que celle-ci nous arrache tous les jours. Quand la désertification cherche à récupérer 3x, nous, nous devons récupérer annuellement 6x. Voici comment on pourrait faire reculer le désert. Il est important pour nous de développer des outils qui vont à une vitesse plus grande que le processus de désertification. Ce processus est continu. Il faudrait que nous ayons une vitesse contre courant plus importante que ce processus. C’est ainsi seulement qu’on pourra commencer à l’avaler. Sinon, la désertification va nous avaler tous. Aujourd’hui, Abidjan qui se trouve en pleine forêt va se retrouver un jour en plein milieu du désert. Même les pays côtiers sont concernés par le processus de désertification. Si jamais, toutes les terres arables sont terminées en Mauritanie et au Mali, ce serait vraiment catastrophique. Le processus de désertification est aujourd’hui lié à ce qu’on appelle couramment les changements climatiques. La sécheresse à l’époque, c’est une forme de changement climatique. Les changements climatiques, on les a abordés avant qu’on ne vienne nous en parler. Rien ne sert de parler de désertification, de sécheresse ou de changement climatique, ce qu’il y a, il faut agir. On a assez de connaissances scientifiques, d’informations et de résultats pour essayer de gagner la lutte contre les changements climatiques, la lutte contre la désertification. 

Africa n°1 : Le président libyen a réussi à mettre en place les fleuves artificiels. Pourquoi cela n’est pas possible dans les autres pays africains du Sahel ? 

Pr. Bretaudau : C’est possible mais encore faudrait-il avoir les moyens. Je vais vous donner un petit exemple qui a été fait. Je suis du Nord du Mali. J’ai fait mon lycée à Tombouctou. Ça fait plus de 50 ans que le fleuve Niger ne coulait plus à Tombouctou. Aujourd’hui, je vous dis qu’il coule de nouveau à Tombouctou. Le Mali avec le président khadafi ont eu à faire des investissements importants et à recreuser le bras du fleuve qui va du fleuve à Tombouctou. Cela veut dire que cela demande des moyens. Au-delà de ça, nous savons que nos pays sont riches en eau souterraine. Ces eaux souterraines peuvent être utilisées. C’est pour cela que l’eau même c’est plus cher que le pétrole. Le pétrole, ça ne se boit pas. C’est vrai que c’est de l’énergie. Aujourd’hui, si vous essayez de voir toutes les potentialités que nous avons en eaux souterraines et en eaux pluviales, je suis sûr et certain que nous pouvons venir à bout de ce processus de désertification. Je dis bien essayer de capitaliser la pluviométrie et non attendre de subir les effets de la pluviosité. Il est impératif de chercher à gagner le combat sur la désertification  pour pouvoir fixer les populations et leur permettre d’avoir exactement les conditions de vie qu’elles vont chercher en Europe et dans les différentes capitales qu’elles vont chercher en Afrique de l’ouest.   

Interview réalisée conjointement par : 

Salem Mejbour Salem(Africa n°1)  Cheikh Tidiane Dia(Le Rénovateur Quotidien-Mauritanie) 

Kissima Diagana(La Tribune-Mauritanie) 

( 21 avril, 2008 )

Squatters ‘légaux’

Quand un lieu de culte alimente des querelles !

 

Un bras de fer oppose les commerçants louant les magasins juxtaposant le centre culturel marocain et le lieu cultuel qu’on appelle communément ‘Mosquée Maroc’ qui ont été sommés par les autorités d’El Mina de déguerpir les lieux. Ces boutiques ont été scellées par la police. Pour quelles raisons ? «Pour que les choses reviennent à l’ordre », souligne-t-on au niveau de la mairie d’EL Mina. Mais aussi pour des raisons urbanistiques !mais les occupants ne l’entendent pas de cette oreille.

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Comment en est-on arrivé jusque là ? Du côté des autorités de la commune d’El Mina, on affirme que plusieurs séances de réunions ont été tenues avec les commerçants pour les mettre au parfum de leur décision de les faire déguerpir des magasins. Mais ces derniers ont semblé ne pas accorder du crédit, comme on le sait souvent, aux injonctions des autorités. Ces magasins qui sont aujourd’hui au cœur d’un litige problématique constitue un domaine privé appartenant à l’ambassade du royaume du Maroc. 

Tout a commencé le 7 février 2008, lorsque ces commerçants furent appelés par le directeur des awghav  qui les informa de la décision de l’état mauritanien de casser ces boutiques. Ces derniers, pris de court, vont faire savoir qu’ils ne sont pas contre cette décision du gouvernement. C’est ainsi, pour essayer de trouver un terrain d’entente, qu’ils écrivirent au ministre des affaires religieuses, au wali de Nouakchott, au préfet de Nouakchott et au président de la communauté urbaine de Nouakchott. 

Reçus en audience par Mohamed Vall, ministre des affaires religieuses, ce dernier les fera savoir que cette décision est irrévocable. 

Dans une réunion regroupant la CUN, la Socogim, la wilaya de Nouakchott et les délégués des commerçants, un terrain d’entente n’a pas pu être trouvé. D’ailleurs, les commerçants ont accusé le président de la CUN, Ould Hamza de goujat et d’excès d’autorité.

Les commerçants, pour leur part, avaient proposé la place de la fourrière près du marché d’El Matlah et le terrain vide situé à coté de la Sonimex dans la commune d’El Mina. Quant au gouvernement, il avait proposé le marché du bois. Mais pour des motifs stratégiques, les commerçants ont décliné cette proposition gouvernementale. «On a vécu ici pendant une vingtaine d’années. Nous faisons nos affaires ici qui est un point très connu par tous les mauritaniens. Nous avons des créances tout comme nous sommes débiteurs à d’autres commerçants. De nature, le commerçant, son chiffre d’affaire, c’est sa place », rencarde le délégué des commerçants retrouvés sur les lieux en train de s’expliquer avec les autorités de la commune d’El Mina. 

S’expliquant de leur refus d’être recasés au marché du bois, les commerçants se fondent sur trois arguments. Premièrement, qu’il y a une loi qui a été votée à l’assemblée nationale stipulant que les places publiques ne doivent pas être occupées mais qu’ils détiennent leurs permis d’occuper dûment signés par l’autorité. Deuxièmement, ils affirment que le marché du bois n’est pas une place commerciale et qu’aussi elle est trop exiguë. Troisièmement, que l’Etat mauritanien veut les évacuer sur-le- champs sans contrepartie financière alors qu’ils sont là depuis plus de 20 ans. 

A la suite de plusieurs réunions stériles avec le gouvernement qui est déterminé à aller jusqu’où bout de sa logique, les commerçants s’orientent maintenant vers ‘une solution adéquate’. Cette partie qui est au cœur aujourd’hui du tiraillement entre le gouvernement et les commerçants fait partie – ce qui est reconnu par les commerçants- du domaine de la mosquée marocaine placée sous la tutelle de la direction des awghav qui a signé dûment le contrat avec Daha. Un permis de construction lui fut délivré par les pouvoirs publics de l’époque. Les magasins, aujourd’hui objets d’un litige, furent construits par lui. 

Cette occupation est légale, selon le délégué des commerçants, Mohamed Lemine O. Bow qui déclare qu’il y a bel et bien un permis de construction et d’occupation qui a été délivré au commerçant Daha. 

Des milliers de magasins comme ceux-là sont innombrables. Et ces magasins ne sont que la partie visible de l’iceberg. Mais qui a décidé de déguerpir ces commerçants ? Voilà une question qui décoiffe et qui est esquivée comme une peste. Pour le moment, en attendant de trouver la réponse, se basant sur le fait que la Mauritanie est un pays démocratique, les commerçants semblent opter pour un règlement pacifique de ce problème. «S’il n’y pas cela, nous allons continuer notre lutte », a prédit le délégué des commerçants, Mohamed Lemine O. Bow. 

Une chose est sûre. Les conséquences de la fermeture de ces boutiques auront des répercussions incalculables, à moyen terme, sur les populations. En effet, c’est elles qui approvisionnent le marché national en terme de céréales. Dans ces magasins, des réserves importantes de céréales y sont stockées et leur fermeture pourrait engendrer une pénurie céréalière. C’est les propriétaires de ces magasins là aussi qui importent certains matériaux de construction et de bâtiments sur lesquels l’Etat mauritanien tire des taxes en les dédouanant. Au nombre de 42, ces magasins font vivre entre 4000 et 5000 personnes sans compter les taxes communales (2000 UM/mois/boutique) que ces commerçants paient à la CUN. «Nous payons notre argent. Nous travaillons jour et nuit pour contribuer au développement économique de notre pays. Comment peut-on nous maltraiter de cette manière », s’interroge le délégué des commerçants qui ne manqueront certainement pas de traîner l’Etat mauritanien devant la justice pour non-respect du contrat d’occupation de ces magasins qui doit expirer en principe dans deux ans et demi. Autrement dit en 2010 ! Alors pourquoi vouloir précipiter les choses en déguerpissant ces commerçants qui sont dans la légalité ? 

 

Babacar Baye Ndiaye 

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( 21 avril, 2008 )

An 1 de la démocratie

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La musique au service de la   Réconciliation Nationale 

 

Pour dire ‘choukraane’ à la jeunesse mauritanienne qui l’avait porté à la tête de la République il y a de cela 1 an, que pouvait offrir de mieux Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi à cette jeunesse que d’aller dénicher des stars internationales comme Cynthia, Cheb Khaled, Coumba Gawlo Seck ou Viviane Chedid Ndour… 

 

Le stade était plein à craquer. Des milliers de personnes en majorité des jeunes venus de différents coins de la ville de Nouakchott ont répondu à l’appel de la Réconciliation Nationale. Des panneaux du genre : ‘Non au terrorisme’, ‘Notre Réconciliation est la force de notre cohésion’, ‘Une Mauritanie réconciliée avec elle-même est le garant de notre devenir’, ‘Unissons-nous dans la paix et la quiétude’, ‘La Mauritanie est comme cinq doigts de la main’…bordaient le périmètre de la pelouse synthétique du stade olympique. Déjà à 15 heures, le stade était plein ! Qu’il s’agisse de l’intérieur ou de l’extérieur, il y avait une foule immonde qui attendait. Avec une affiche alléchante, une forte et impressionnante sécurité a été déployée : la police et les sapeurs pompiers sans oublier la fameuse société de sécurité qui a fini par imposer sa notoriété, SPINET. Ayant compris que la musique est un vecteur de rencontre et de cohésion sociale, les autorités de la ville de Nouakchott ont compris cela en réunissant différents artistes venus d’horizons divers. Et pour avoir tous ces artistes, elles n’ont pas hésité à mettre la main dans la poche pour faire plaisir à la jeunesse mauritanienne. 

Placé sous le signe de la Réconciliation Nationale, le concert du 19 avril qui marquait par la même occasion le premier anniversaire de Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi à la tête du pays a réuni plus de 6 plombes des milliers de jeunes mauritaniens enthousiasmés. L’esprit d’une Mauritanie réconciliée avec elle-même a plané durant tout le temps que le concert ait duré. Toutes les couches de la population mauritanienne sans exception étaient représentées par ses chanteurs. Ousmane Gangué pour les hal poular, Allou Allassane pour les wolofs, cheikh O. Abya pour les hassanya et Coumba Sala pour les soninkés pour ne citer que ceux-là. Les rappeurs ont bien montré, eux aussi,  encore une fois que nous pouvons compter sur eux pour faire connaître notre Rap National qui n’a plus rien à envier aux autres. De R.J. à Ewlade Leblade en passant par Number One African Salam et Military Underground, nos jeunes rappeurs se sont bien illustrés. Même si parfois, leurs critiques furent un peu acerbes à l’endroit du gouvernement. 

Avec une musique assez originale mêlant somptueusement Rap et sonorités de la musique pular, scandant ‘Tout le monde debout, les mains en l’air’ suivi par des salves d’applaudissements, l’entrée de R.J. a fait presque oublier la longue attente qui commençait à agacer le public. Dans la joie aussi, nous devons nous souvenir de ceux qui ne sont plus avec nous, comme l’inspecteur de police tué durant les affrontements entre la police et les salafistes au centre émetteur de Ksar. Une minute de silence fut observée en son honneur par Number One African Salam et tout le public, une manière de dire non au terrorisme.   

Pendant ce temps-là, le premier magistrat de la ville de Nouakchott, maîtresse d’œuvre de ce concert, le président de la CUN ne cessait d’aller et de revenir. Sacré O. Hamza, toujours au four et au moulin ! Les consignes de sécurité données par les autorités de la ville de Nouakchott furent suivies à la lettre par les forces de l’ordre. Que personne ne bouge de sa place ! Que personne ne sort, une fois, rentré au stade. Conséquence : tous les coins des tribunes étaient transformés en pissotière. Pour sortir, il fallait implorer, supplier ou racler la voix ! 

Pendant que Coumba Sala chantait, une future diva de la musique soninké si elle ne l’est déjà, un documentaire sur l’an 1 de Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi se déroulait sur le tableau de score du stade olympique. Il n’était que 19 heures passées de 10 mn. 

La partie droite de la tribune officielle réservée à cette occasion aux filles a littéralement chauffé. Des cris stridents et des ovations nourries y sortaient comme une larve jaillissant d’un volcan. Pareille à une star digne de l’Amérique, Cheikh O. Abya qui succéda à Allassane Allou sur scène s’est permis de descendre sur la pelouse, dansant, courant et chantant pour se rapprocher du public qui était très éloigné du podium. Ce qui déconcertait les artistes qui aiment souvent avoir un contact millimétré avec le public. Celui que l’on nomme ‘la voix d’or’ a fait vibrer le cœur des jeunes filles avec ses morceaux d’amour très bien connus par elles. 

Tout le monde a dansé le Raï. Même certaines autorités ! Sourire aux lèvres, Cheb Khaled nous a abreuvés d’un Raï captivant. Son morceau ‘Ya Habib’ a transformé le stade olympique et lorsqu’il entonna ‘Aïcha’ que réclamait sans répit le public, ce fut l’apothéose dans la foule, semblable à une fourmilière, qui reprenait en chœur ‘Aïcha, écoute-moi !’. 

Après cette prestation du roi du Raï, ce fut la pause. Le temps de prêter une oreille attentive à celui qui est considéré aujourd’hui comme l’ami de la jeunesse, Ould Hamza, de prononcer un laïus dans lequel, il exprima toute sa satisfaction. En substance, il déclarera que ce concert marque la célébration du renouveau démocratique, de la réconciliation nationale et le retour à la fraternité entre les différentes composantes de la nation mauritanienne. Selon l’expression du président de la Communauté Urbaine de Nouakchott, c’est la liberté retrouvée et l’espoir revenu qui sont fêtés à travers ce concert du 19 avril. 

Durant plus de 12 mn, on a eu droit à une lancée de feux d’artifice. On se croirait même dans un épisode de ‘Tom et Jerry’. D’autres ont, ceux qui n’étaient pas présents au stade et qui ne suivaient pas la retransmission à la télé en live,  cru que c’était un affrontement bis entre les salafistes et les forces de l’ordre. Des bulles de lumière fascinantes partaient du ciel pour éblouir nos vues. Le tout sous des cris de joie ! 

Cynthia, ce pur produit de la star Académy française n’est pas une inconnue en Mauritanie puisque le public, notamment les filles, reprenaient en chœur et par cœur ses morceaux chantés en anglais. Chevelure décoiffée, robe blanche et véritable fée sur le podium, elle nous a offerts une superbe musique où se mêlent pop, RnB, reggae, slow, musique classique, Rockn’Roll.   

Et lorsqu’on annonça la montée sur scène de Ewlade Leblade, des cris fusaient de partout. Véritable phénomène du Hip Hop mauritanien, le spectacle de ce groupe est toujours attendu. Utilisant un langage accessible et chantant en hassanya, Ewlade Leblade a convaincu plus d’un encore ce jour-là. Adulés, les membres du groupe ont montré qu’ils étaient eux aussi là pour représenter le peuple mauritanien. Quand ils commencèrent à asséner leurs vérités que tout le monde vit, on fit en sorte qu’ils descendirent du podium alors qu’ils ne venaient de jouer qu’un seul. Car, ils commençaient à déranger ! Ce qui déplut au public qui continuait à huer et siffler pour réclamer le retour sur podium de Ewlade Leblade qui marquait là un bon point. Il s’en est fallu de peu pour que le concert ne se termine en queue de poisson. Heureusement que le président de la CUN fut prompt à réagir. 

Ayant servi seulement 3 morceaux, Ousmane Gangué, on ne sait pour quelles raisons, n’a pas véritablement convaincu le public. Il était presque minuit et demi lorsque la ‘gazelle noire’, Coumba Gawlo, en bottines, entra sur scène avec son morceau ‘Sey Dou Choix’. Elle chantera ‘Doff’, un morceau sur l’émigration clandestine. «Il faut faire très attention à l’émigration clandestine parce que c’est très dangereux. Nous voulons vous voir fonder une famille et vieillir», lance-t-elle à l’endroit de la jeunesse mauritanienne. Et lorsqu’elle demanda que tout le monde se lève et que les uns et les autres se tiennent les mains, en guise de réconciliation nationale, il fallait voir : des figures qui rechignaient à se lever. C’était vraiment ridicule. Attitude de complexés ou refus de se tenir les mains ? Malgré des couacs sporadiques d’ordre technique, la soirée a tenu toutes ses promesses. Vivi, comme on l’appelle affectueusement ici, a clôturé cette soirée. L’enfer qu’elle avait promis aux mauritaniens n’a pas eu lieu. Car, constatant que le public se retirait petit à petit, elle comprît. Il était deux heures et demi presque. En plus, il faisait froid et les jambes ne résistaient plus. 

 

Babacar Baye Ndiaye

ducdejoal@yahoo.fr   

       

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( 28 avril, 2008 )

Immigration clandestine

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Les déboires des demandeurs de visa mis à nu par ‘Théâtre Nomade’ 

 

Le centre culturel français Antoine de Saint-Exupéry renoue avec le théâtre. C’était ce jeudi 24 avril dans la salle des spectacles du CCF. Satire, humour, tout y était pour que la soirée s’annonce truculente. Les spectateurs venus nombreux ont bien apprécié la prestation sur scène de ‘Théâtre Nomade’ qui présentait sa nouvelle création théâtrale sur l’immigration clandestine. 

 

Celle-ci met en exergue la manière scandaleuse dont les demandeurs de visas sont souvent escroqués. Cette mise en scène est l’œuvre de Wane Abdou Aziz actuellement responsable de l’ensemble des ateliers de théâtre du centre culturel français de Nouakchott et simultanément président de l’Association théâtre Nomade créé en 2004 et sous la coupole du CCF. 

Voilà presque 20 ans que Wane Abdou Aziz fait du théâtre. Plus exactement, il a commencé à partir de 1988 à Dar-El-Barka. Après avoir décroché son parchemin de l’entrée en 6ième, destination Boghé à 350 km de Nouakchott, pour y suivre ses études secondaires. C’est avec beaucoup de délectation qu’il se souvient de cette période qui marqua véritablement ses débuts dans le théâtre proprement dit. Sur une proposition du Ministère de l’Education Nationale, il joua avec ces camarades de classe, la fameuse pièce de théâtre d’Aimé Césaire récemment disparu, ‘La Tragédie du Roi Christophe’. C’était en 1996. Il était en classe de 5ième AB. 

C’est par passion et amour donc qu’il vint au théâtre. Toujours, en 1996, lorsqu’il décrocha son bac, il revint à Nouakchott pour faire ses ‘humanités’ à l’Université de Nouakchott. Par la même année, il découvrit l’existence de l’atelier théâtre du centre culturel français qui n’existe d’ailleurs plus. De là, il fera la connaissance de deux françaises, Marie Claire et Sylvie Sénéchel, formatrices à l’atelier théâtre du CCF qui lui apprirent les techniques de la mise en scène théâtrale. A son actif, il a joué plus de 24 créations et pièces de théâtre classique. Avec son groupe de théâtre, il a participé au Fest’Art de Dakar en 2005 dédié à la paix en Côte d’Ivoire. Ils y laissèrent une bonne impression. 

Son théâtre s’inspire aussi des contes africains. «C’est une façon de garder ce lien affectif purement africain et que nous voulons toujours adopter au sein de notre association », explique-t-il. «Le conte pour nous africains, poursuit-il, entre dans le cadre du respect de l’oralité africaine. Le conte, à l’époque, c’est comme l’arbre à palabres(…) C’était notre école ». 

L’Association Théâtre Nomade se tient aujourd’hui sur ses deux pieds grâce au soutien du centre culturel français. Ce dernier, de temps en temps, leur accorde des bourses de formation ou de stages en France ou en Afrique. Hormis cela, le CCF fait venir souvent à Nouakchott des professionnels du théâtre pour former nos comédiens. 

Cette association compte maintenant 3 ateliers : l’atelier des moins de 16 ans. «Dans chaque chose, précise Wane Abdou Aziz, il faut qu’il y ait une continuité. Les enfants constituent une pépinière. C’est pour nous la meilleure façon de transmettre ce que nous connaissons(…) ». 

Il y a aussi les plus de 16 ans appelés ‘amateurs’ c’est à dire qui n’ont aucune expérience. En plus de ces 2 ateliers, il y a l’atelier des professionnels qu’on identifie par leur talent et leur expérience. 

En Mauritanie, y’a-t-il vraiment un intéressement particulier de la jeunesse pour le théâtre ? «Non!, répond Wane Abdoul Aziz. Le théâtre est quelque chose de très important mais en Mauritanie, on sent que le public ne s’y intéresse pas surtout la jeunesse ». 

Il donne les raisons suivantes. «Au niveau de l’éducation, contrairement à d’autres pays, l’activité théâtrale est très peu développée dans le cadre des activités scolaires(…) même le théâtre en tant que genre littéraire n’est pas privilégié par rapport aux autres formes littéraires. Les autorités scolaires n’accordent pas d’importance à tout cela. » 

Alors que faire ? «Dans chaque établissement fondamental, il devrait y avoir un club de théâtre. De même au collège, au lycée et à l’Université(…). Quand vous dites que vous êtes comédien, les gens ne vous prennent pas au sérieux. En plus, le théâtre ne nourrit pas son homme. » 

Ainsi donc, le développement du théâtre passe nécessairement par l’éducation c’est à dire dans les établissements scolaires et universitaires en essayant de développer les clubs de théâtre. Et monsieur Wane de faire appel aux autorités pour qu’elles s’impliquent et fassent de cela un vrai combat pour que cette activité prenne pied dans notre pays. 

Dans un humour captivant, les comédiens de l’Association Théâtre Nomade ont dénoncé, posé la problématique de l’immigration clandestine et mis à nu les déboires des demandeurs de visa souvent escroqués par des profiteurs sans scrupules. Tels que les hommes d’affaires, les marabouts et les intermédiaires. «C’est des réseaux qui existent et qui sont dans la société, renseigne Wane Abdou Aziz. C’est une façon à nous de dire aux jeunes : ‘méfiez-vous et sachez où vous mettez les pieds ! D’autre part, cet argent que vous mobilisez pour aller chercher le visa, est-ce que ça vaut la peine ?’ ». 

A la question ‘Quelle est votre position sur ce phénomène’, Wane Abdou Aziz répond : «Je suis comme tout le monde. J’essaie à ma façon de participer à cette dynamique et à l’éveil des jeunes. Le métier que j’ai, cet art, je dois mettre ça au service du peuple et des citoyens pour une cause que je crois être juste, noble et que je dois défendre avec mes camarades. Aujourd’hui, si le théâtre permet de régler ces genres de situation, je me dois être obligé de passer par-là(…) ». 

Ce qui fait l’originalité de ce texte, ce n’est pas son actualité. En effet, ce qui fait l’originalité de ce texte, c’est qu’il n’a pas été écrit noir sur blanc. C’est une idée originale de Wane Abdou Aziz développée sur scène. Cette technique est appelée ‘improvisation’.   

Un véritable travail de fourmi et de longue haleine a été abattue pour en arriver là. «On a commencé à répéter, il y a 2 mois. Tout le 1ier   mois consistait d’abord à identifier le personnage des uns et des autres pour connaître leurs potentialités, leurs capacités et leurs personnalités pour pouvoir par la suite décider de répartir les rôles en fonction de ce scénario », rappelle-t-il. Ainsi donc, les rôles furent minutieusement répartis : le marabout, le demandeur de visa, l’intermédiaire, les deux espagnoles qui représentaient les services de coopération espagnole… 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

 

( 28 avril, 2008 )

Unité et diversité culturelle:Les atouts d’une démocratie en marche

Les événements dramatiques de 1989 et les différentes répressions militaires qui s’en suivirent ont jeté un véritable coup de froid sur la coexistence entre les différentes communautés du pays. Ceci créa un climat de tension, de suspicion et de distanciation entre elles. Les corollaires sont connus : érosion de l’image de la Mauritanie à l’extérieur, recul de sa position sur le plan international, timide ouverture politique initiée au début des années 90… Le 19 avril 2007, à la suite d’élections libres et transparentes, Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi accède au pouvoir et affiche une ferme volonté de résoudre l’épine dorsale des problèmes auxquels la Mauritanie est confrontée : la question des déportés. Et depuis cette date, le Président de la République n’a cessé de poser d’importants jalons allant dans le sens de l’unité et de la diversité culturelle.   

Pour la 1ière  fois dans l’histoire d’une campagne électorale présidentielle en Mauritanie, le thème de l’unité et de la diversité culturelle occupe une place prépondérante dans le programme et le discours de tous les candidats. Tous reconnurent la nécessité absolue de lutter pour l’avènement d’une Mauritanie réconciliée avec elle-même. Ainsi donc, la consolidation de l’unité nationale et le raffermissement de la cohésion sociale furent placés au 1er rang des priorités des programmes politiques de chaque parti politique et de chaque candidat. 

Après seulement 2 mois à la tête de la magistrature suprême, le Président de la République prononce un discours dans lequel il expose sa vision de la réconciliation nationale. «L’unité nationale et la cohésion sociale requièrent l’instauration de la concorde entre toutes les composantes de notre peuple sur la base du respect des principes d’égalité, de justice et de dignité. Notre devoir est de faire de sorte que tous les mauritaniens puissent éprouver la légitime fierté d’appartenir à une grande nation, qu’ils sentent que la République les protège et les traite sur un même pied d’égalité, tous sans exclusive ». Ayant compris que l’unité nationale passe d’abord par l’instauration d’un Etat de droit, Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi a appelé les mauritaniens à vivre leurs diversités non pas comme un facteur d’exclusion mais comme un facteur d’enrichissement. Ses orientations confirmeront cette volonté politique de garantir à notre pays une stabilité politique et sociale. 

Toujours dans cette optique, des journées de concertation et de sensibilisation sur les formalités d’organisation du retour des réfugiés et la résolution du passif humanitaire sont organisées ‘dans un climat, marqué par le consensus des mauritaniens, toutes appartenances politiques et sociales confondues’, c’est-à-dire dans l’union, le rétablissement du droit et de la consolidation de l’unité nationale. 

A ceux qui pensent qu’il va y avoir une chasse à l’homme, Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi déclare. «Nous ne cherchons nullement à remuer le couteau dans la plaie mais plutôt à la guérir ; nous ne cherchons pas à régler des comptes mais à lever des injustices et réconcilier les cœurs ; nous ne cherchons pas à déterrer le passé mais bien à préserver le présent et à assurer l’avenir ». Le renforcement de l’unité nationale et de la concorde entre toutes les composantes du pays impose de rechercher les voies et moyens de résoudre les problèmes du passé. Ainsi donc, d’importantes mesures ont été prises par le gouvernement pour assurer un retour digne des mauritaniens déportés et accompagner leur réinsertion dans le tissu social. 

  

Le pouvoir, l’opposition et la société civile se font sien le combat pour une Mauritanie réconciliée avec elle-même. Refusant d’être en marge, les femmes s’impliquent aussi dans la réconciliation nationale. Elles organisent des journées de réflexion pour soutenir la recherche et la mise en œuvre de solutions viables et acceptables de nature à rétablir la paix et la concorde nationale. Les religieux dont l’impact dans la réconciliation nationale est essentiel participent au processus de réconciliation.  Le parachèvement du processus de réconciliation nationale passe  inéluctablement par la mise en place d’institutions véritablement démocratiques et d’organes médiatiques représentatifs et pluriels. Dans ce cadre, on peut noter l’arrivée sur la scène médiatique de la TVM plus et de Radio Citoyenne qui sont devenues une parfaite illustration de notre diversité culturelle. Toutes les différentes langues nationales du pays sans exclusion y sont représentées. Chacune bénéficie, même s’il y a encore des choses à améliorer, d’un temps d’antenne assez conséquent. «Sans le respect des droits culturels, il ne peut pas y avoir de démocratie. Si nous parvenons en Mauritanie à réconcilier les différentes communautés nationales afin que les mauritaniens se reconnaissent dans leur radio, leur télévision nationale, leur gouvernement, leur hymne national, les symboles et les éléments déterminants culturels, il est certain que nous aurions fait beaucoup de choses. Il faut se dire aussi qu’on ne peut pas construire une nation en braquant les communautés les unes après les autres en faisant de l’exclusivisme politique », souligne le professeur Sow qui pense qu’il y a une nouvelle dynamique qui s’est opérée avec l’arrivée au pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. « Il est de notre devoir, poursuit-il, d’accompagner ce mouvement afin qu’il soit un mouvement irréversible parce que la finalité du respect des droits culturels c’est l’instauration d’une Mauritanie où toutes les composantes nationales dans la fierté reconnue acceptent de vivre et d’œuvrer pour le développement de notre pays ».     

Au soir de l’an I de la démocratie, un concert gigantesque regroupe différents artistes des 4 communautés du pays. Placé sous le signe de la Réconciliation Nationale, le concert du 19 avril qui marquait par la même occasion le premier anniversaire de Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi à la tête du pays a réuni pendant plusieurs heures des milliers de jeunes mauritaniens enthousiasmés. L’esprit d’une Mauritanie réconciliée avec elle-même a plané durant tout le temps que dure  le concert. Toutes les couches de la population mauritanienne sans exception étaient représentées par ses chanteurs. Ousmane Gangué pour les hal poular, Allou Allassane pour les wolofs, cheikh O. Abya pour les hassanya et Coumba Sala pour les soninkés pour ne citer que ceux-là.  Le combat pour l’unité nationale et la diversité culturelle suppose aussi un combat contre l’esclavage. En ce sens, nos deux chambres ont voté une loi portant incrimination et répression de cette pratique. Ce qui fait dire à certains qu’il faut d’abord réconcilier les mauritaniens avant même d’envisager les autres problèmes liés au développement économique car sans unité nationale, il n’y aura point de démocratie et c’est par la démocratie que passe tout développement. En Mauritanie, cette réalité trouve aujourd’hui tous les ingrédients favorables pour s’instaurer et de manière durable. 

Babacar Baye Ndiaye

( 1 mai, 2008 )

Assalamalekoum hip hop Festival

Les rappeurs mauritaniens ont désormais leur festival ! ! ! 

Du 7 au 9 mai prochain, pendant 3 jours, le hip hop mauritanien sera à l’honneur avec ‘Assalamalekoum hip hop Festival’. Ce festival verra la participation de Daara-J Family (ex-Daara-J), de DJ Gee Bayss et de Breakdance, groupes de Rap et artistes venus du Sénégal voisin. C’est déjà un pas ! Et cela s’annonce prometteur et encourageant. Les initiateurs de ‘Assalamalekoum hip hop Festival’ viennent emboîter le pas de leurs aînés qui ont initié ‘Festival International des Musiques Nomades’, ‘Festival de Poésie’, ‘Semaine Nationale du Film’… 

Cet événement est né dans l’optique de ne pas rester en marge des grandes rencontres musicales. Désormais, les rappeurs mauritaniens, à l’image de leurs frères de la sous-région, auront eux aussi leur propre festival.  Premier du genre dans notre pays, ‘Assalamalekoum hip hop Festival’ est axé sur la forme scénique des prestations des danses hip hop, du live avec Disc jockey et des formules live avec orchestre dans une dimension mauritano-sénégalaise. Ce festival sera un moment de communion entre le public mauritanien et les différents rappeurs qui se produiront à cette occasion. L’initiateur de ce projet ambitieux n’est autre que Kane Limam alias Monza. 

Le festival, comme l’ont rappelé ses promoteurs, se nourrit du pays, de ses artistes, de l’âme de ses habitants et de leur art, résolument hip hop. Au-delà de cet aspect, il permet ainsi de favoriser un espace d’expression de ces artistes et de rencontres, pour servir de pont entre les différents acteurs du mouvement hip hop des deux pays (la Mauritanie et le Sénégal) représentés au sein de cette première édition. Contribuant au raffermissement des liens existants dans ces deux pays,  l’événement proposera aussi outre les représentations, des temps d’échanges et de sensibilisation à la pratique en danse hip hop en lien étroit avec les artistes qui vont s’y produire. 

‘Assalamalekoum hip hop Festival’, soulignent ses initiateurs, a pour objectif de participer à l’effort de reconnaissance de l’esthétique hip hop mauritanien, de contribuer à la valorisation du savoir-faire en matière de promotion et de production de spectacle pour soutenir les actions de création artistiques et ainsi favoriser les volontés d’engagement en terme d’organisation. 

Les différents artistes invités se produiront au Centre Culturel Français de Nouakchott pendant 3 jours sans répit. Les initiateurs comptent populariser ‘Assalamalekoum hip hop Festival’ en l’organisant annuellement dans plusieurs endroits de Nouakchott et va s’ouvrir dans l’avenir dans les autres localités du pays, promettent-ils, en invitant des formations hip hop venues des quatre coins de la planète. 

Coté mauritanien, il y aura la participation de Franco Man, de Military Underground, de Laye B, Diam Min Tekky, MD Max et La Rue Publik. Au premier jour de l’ouverture de ce festival, il y aura une projection sur le hip hop mauritanien au CCF à partir de 18h. Une sorte de rétrospective du mouvement hip hop en Mauritanie à travers des interviews de différents acteurs de ce milieu. Ce film retracera les parcours des groupes les plus en vue dans le Rap mauritanien grâce aux témoignages des artistes, des promoteurs et du public. Les thèmes développés par le film refléteront essentiellement les difficultés rencontrées par les artistes et les structures locales mais aussi toutes les questions relatives à la structuration et l’organisation des actions en faveur du développement d’un marché de la musique potentiellement hip hop en Mauritanie. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

( 1 mai, 2008 )

Unité et diversité culturelle:L’école, lieu de régénérescence des valeurs citoyennes

L’école mauritanienne a joué dans le passé un rôle important dans l’encrage des valeurs citoyennes. Elle a permis aux jeunes mauritaniens dans leur diversité culturelle et linguistique de se connaître, se respecter et surtout de cultiver l’amour et la fraternité.

Les premières générations ont appris à vivre dans une atmosphère de convivialité et de partage. Dans un univers où les différences  se rencontrent, les identités se croisent, les particularismes s’enrichissent mutuellement au détriment des préjugés.

Quand les futurs dirigeants d’une nation s’abreuvent à la source d’un système unifié comme à l’eau d’une même fontaine, c’est la Mauritanie qui en sortira grande, forte et assainie. L’école, on ne le dira jamais assez, est ce cadre adéquat de socialisation des jeunes appelés à perpétuer les vertus morales et citoyennes.

A travers un enseignement partagé, un système pédagogique lavé de toute idéologie, comment ne pas faire germer les graines de l’unité dans la diversité. Il nous semble que cette unité ne peut se faire nulle part ailleurs plus qu’à l’école. L’image que reflètent nos salles de classe doit être une Mauritanie en miniature, un échantillon représentatif des diversités culturelles diluées dans un enseignement commun. 

A l’école, la transculturalité est le terreau menant à l’émergence de ‘l’homo mauritanien’ nouveau à qui on doit inculquer les valeurs inaltérables de son présent et de son futur.

Depuis 10 ans, cette vision est devenue une réalité à la faveur de la réforme du système éducatif national où l’Arabe est la langue littéraire et le français le médium linguistique des disciplines scientifiques et mathématiques. Si l’esprit d’une telle réforme est appréciable, il y a urgence d’en améliorer le contenu et la qualité pédagogique pour asseoir un cadre rationnel  profitable à tous les enfants du pays.

C’est en ce moment que l’école nouvelle, pierre angulaire de l’édifice, trouvera un terrain fertile où clora la graine de l’unité.  Une graine qui a besoin de régénérer face aux multiples soubresauts que le pays a connus. Tous les efforts en cours menés par les acteurs politiques, les partenaires au développement, la société civile doivent tendre à recréer l’image réelle de la Mauritanie à travers une ‘école citoyenne’.

Les premières expériences qui ont été initiées dans le pays avaient donné des résultats probants. Il est impératif de ramener un système monocéphal riche et ouvert. La voie est balisée mais les bases de cette réforme méritent d’être améliorées. 

Qu’y a-t-il de plus beau, plus constructif que des élèves issus d’un même pays regardant vers la même direction, au tableau noir, comme pour lire ensemble l’avenir de leur pays, leur destin commun ? En l’absence de tout contact, de toute communication, le fossé différentiel ne fera que se creuser.

Heureusement que nos écoliers ont re-commencé cet apprentissage constructif. Dans quelques années, ils écriront ensemble en lettres d’or  l’histoire réelle de la Mauritanie : l’unité dans la diversité et transmettront ces nobles valeurs aux futures générations… 

«La beauté d’un tapis résulte de la diversité de ses couleurs ». Cette vision sur la pluralité culturelle d’un peuple émane de l’écrivain Amadou Hampâté Ba. Elle résume de façon éloquente l’interculturalité de toute nation qui œuvre au rapprochement harmonieux de ses composantes.

Dans ce cadre, la Mauritanie est un modèle en devenir. Un laboratoire expérimental et expérimentable. Mieux, c’est une réalité incontournable, une exigence ethnique, ‘esthétique’, politique, une pierre angulaire pour la construction d’une nation moderne, civilisée, démocratique, unie et prospère. La Mauritanie dispose d’un passé riche où des empires, des Emirats, des Almamiyas ont vécu en parfaite intelligence loin de tous les clivages et de querelles byzantines.

Aujourd’hui, cette image est encore vivace à travers les composantes sociales. Elle a façonné le destin de ses fils, engendré un métissage culturel et biologique. Les instruments musicaux maures tirent leur origine de la création artistique négro-africaine.

C’est le cas du Tidinit, de l’Ardine, du Tabal et bien d’autres outils de percussions. Chez les peulhs, les similitudes sont frappantes dans tous les domaines avec les Arabes, les soninkés et les wolofs.

Aujourd’hui, toutes ces identités sont diluées dans la mare de la diversité. Un mauritanien est facilement reconnaissable à travers ses manières raffinées de saluer, d’accueillir les étrangers.

Si bien que cette synthèse à produit une personnalité mauritanienne plus forte et mieux ‘armée’ pour résister à l’usure du temps. La religion est venue renforcer le ciment de notre unité dans notre diversité. Cette appartenance à une religion commune ne se retrouve nulle part ailleurs.

Les mosquées constituent un rempart contre les divisions ethniques. L’école mauritanienne a durant des décennies été un creuset de rencontre de la multuculturalité du pays. Ce système fut le socle de l’unité nationale dont les fossoyeurs ont sapé les bases. Sans toutefois réussir à faire écrouler un édifice qui est en train de renaître de ses cendres.

L’unification du système éducatif entamé il y a quelques années assurera le retour aux sources : l’unité dans la diversité. En dépit des différentes fractures communautaires, les mauritaniens n’ont jamais cultivé la rupture. Les liens consanguins continuent de régénérer lentement mais sûrement. Même les extrémistes ont tempéré leur ardeur, ‘civilisé’ leurs discours.

Dans les rapports intercommunautaires se dégage une volonté sincère de reconstituer la Mauritanie. Les clivages que certains groupes ont voulu ériger en système ont fini par céder comme des digues emportées par les eaux de ruissellement.

La plus belle illustration de cette confiance retrouvée est visible à travers les programmes des partis politiques dont le nouveau président a jeté les jalons. Les journées de concertation nationale du 20 au 22 novembre 2007 tenues au palais des congrès sur le retour des déportés et le passif humanitaire ont largement contribué à refermer les plaies et tourner la page d’un passé sombre.

Chaque mauritanien doit dire haut et fort : ‘plus jamais ça !’. L’unité nationale est depuis lors en marche. Après 18 ans d’exil forcé, les réfugiés mauritaniens reviennent massivement au pays, leur terre ancestrale. Avant d’être riche en ressources naturelles, la Mauritanie l’est par sa diversité culturelle et linguistique… 

Babacar Baye Ndiaye 

( 5 mai, 2008 )

Fête du 1er mai 2008:Les travailleurs appellent l’Etat à sécuriser leur pouvoir d’achat

La célébration de la fête du 1er mai de l’année 2008 s’est déroulée dans un contexte social et économique assez difficile pour les populations en général et aussi pour les travailleurs en particulier. C’est ainsi qu’à l’occasion de cette traditionnelle fête du travail du 1er mai, ils ont appelé les autorités de la République à renforcer davantage leur pouvoir d’achat afin de les mettre à l’abri des aléas des hausses vertigineuses des denrées de premières nécessités qui proviennent en grande partie de l’extérieur. 

 

Le pouvoir d’achat, la généralisation de logement pour l’ensemble des fonctionnaires, la cherté de la vie, l’augmentation des salaires entre autres furent au cœur des revendications, jeudi 1er mai en Mauritanie, dans les défilés de la fête du Travail qui ont rassemblé des milliers de manifestants dans les grandes artères du centre-ville de Nouakchott. L’occasion pour les centrales syndicales de faire un bilan de leurs doléances. «Notre plate-forme de revendication n’a pas pousser d’un pas. Il n’y a aucun pas qui a été réalisé à ce jour. Les travailleurs sont dans une situation des plus difficiles. Les droits ne se donnent pas. Ils s’arrachent. Mais il manque malheureusement à la société syndicale cet éveil qui va obliger le patronat à lâcher du lest et à donner aux travailleurs leurs droits », souligne Abderrahmane Ould Boubou, Secrétaire Général de l’UTM. 

Les centrales syndicales n’ont pas dérogé à la règle. Pour marquer la célébration de cette année, elles ont mobilisé toute leur force et leur énergie pour mettre en exergue leur capacité de mobilisation. Pour parer à toute infiltration ou débordement, la police a été fortement mobilisée, elle aussi. Elle a fidèlement encadré les manifestants. Pas de heurts ni d’incidents enregistrés durant tout le défilé de la fête du 1er mai. A part quelques bousculades ! Dans l’ensemble, la mobilisation a été bien réussie au niveau de chaque centrale syndicale comme l’Union des Travailleurs de Mauritanie (UTM) ou la Confédération Libre des Travailleurs de Mauritanie (CLTM). Cependant, contrairement à l’année précédente, les différentes centrales syndicales du pays ont marché seules. La célébration de la fête du 1er mai de cette année s’est fait dans une dispersion totale. Chaque centrale syndicale a fait cortège seule. Et certaines centrales syndicales comme l’Union des Travailleurs de Mauritanie (UTM) y voient une forme d’affaiblissement du monde du travail caractérisé par la multiplicité des centrales syndicales « C’est un handicap pour l’effort des centrales, pense Abderrahmane Ould Boubou, Secrétaire Général de l’UTM. Il doit y avoir  union dans l’action. Le pouvoir n’a qu’à cesser de nous verser une multitude de centrales qui n’ont de centrale que leur nom (…) ». 

Les travailleurs ont déploré aussi le manque de considération dont ils font l’objet. Car, estiment-ils, ils n’ont pas été associés aux mesures récemment prises par le gouvernement pour faire face à la flambée des prix et la cherté du coût de la vie. Ils ont plaidé pour leur implication dans le programme d’urgence concocté par l’Etat mauritanien. Toutefois, ils n’ont pas manqué de saluer dans leur grande majorité  les récentes mesures prises par le gouvernement. Ils ont jugé ces mesures ‘salvatrices’. «C’est des mesures intéressantes attendu qu’elles soient encadrées et parviennent aux destinataires c’est à dire les pauvres et les couches défavorisées », signale le Secrétaire Général de l’UTM. 

Fer de lance du mouvement social, les centrales syndicales ont appelé à la promotion du dialogue social. Dans ce cadre, la Confédération Libre des Travailleurs de Mauritanie, en vue de promouvoir le dialogue social dans notre pays, a demandé la mise en place d’un cadre permanent de concertation entre les partenaires sociaux, cadre déjà préconisé par les partenaires sociaux dont le principe et la mise en œuvre sont déjà inclus dans les accords de 2004. 

Le chômage, l’esclavage, la faiblesse du pouvoir d’achat, la réduction du coût de transport, du tarif de l’eau, de l’électricité, des produits pharmaceutiques, des coûts d’hospitalisation, la couverture sociale et médicale, la sous-traitance, la protection des travailleurs, logements sociaux…Les centrales syndicales ont passé en revue la situation économique et sociale du pays fortement dominée par la hausse des prix. Dans ce domaine, elles ont appelé les autorités à mettre en place des structures de contrôle efficace des prix où elles seront impliquées. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

 

 

( 5 mai, 2008 )

Université de Nouakchott:Nebghouha Mint Mohamed Vall ‘affronte’ les étudiants

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Le Front Uni des Syndicats Estudiantins a organisé, ce samedi 3 mai, à l’amphithéâtre de la Faculté des Sciences Juridiques et Economiques de l’Université de Nouakchott un face-à-face public, premier du genre, avec Nebghouha Mint Mohamed Vall ministre de l’Education Nationale. Au cours de ce débat, elle a étalé les grandes réformes qu’elle compte mettre en branle pour donner une nouvelle image au système éducatif mauritanien. Elle a aussi expliqué les grands défis qui attendent son département ministériel notamment dans le domaine de la qualité. 

  

La venue de Nebghouha Mint Mohamed Vall à l’Université de Nouakchott était attendue avec beaucoup d’impatience par les étudiants. C’était la première fois, en effet, qu’un ministre de l’Education Nationale y mettait les pieds pour débattre avec les étudiants. Tenez-vous devant tout le monde dans un amphithéâtre plein à craquer pour discuter de l’Université et de ses problèmes. La ministre de l’Education Nationale a passé en revue tous les problèmes qui gangrènent le système éducatif mauritanien de manière générale. De l’enseignement fondamental à l’enseignement supérieur en passant par l’enseignement secondaire, elle a fait un diagnostic sans complaisance de la situation actuelle que traverse notre système éducatif. En Mauritanie, «sur 2 enfants qui rentrent en première année fondamentale, 1 seul arrive en 6ième année », renseigne madame la ministre de l’Education Nationale qui compte remédier le plus rapidement possible cette situation préjudiciable. «Des études ont démontré, poursuit-elle, que des enfants qui ne font pas six années complètes ne sont pas entièrement alphabétisés. Par ailleurs, elles ont démontré que la qualité de l’apprentissage se dégrade à ce niveau(école fondamentale, NDLR) d’une année à une autre ». 

Au niveau aussi de l’enseignement secondaire, le constat est le même : la qualité de l’enseignement s’est dégradée aussi. Les premières victimes, ce sont les élèves qui en paient les conséquences. Nous avons encore en mémoire les catastrophiques résultats du bac 2007 qui sont une parfaite illustration du niveau de dégradation de notre système éducatif qui ne parvient plus à assurer un enseignement de qualité. Seulement 11% du taux de réussite. Ç’aurait pu être plus ridicule si on n’avait pas procéder au repêchage des candidats. «C’est très grave », juge la ministre de l’Education Nationale. 

L’Université de Nouakchott n’est pas épargnée, elle aussi,  par la faiblesse de la qualité. Les répercussions de cette baisse de qualité s’y font ressentir dramatiquement.  Avec un effectif avoisinant plus de 12.000 étudiants, l’Université de Nouakchott a largement dépassé aujourd’hui sa capacité d’accueil qui était prévu entre 3500 et 5000 étudiants. «L’Université de Nouakchott n’a pas malheureusement réussi à combler tous les gaps et à construire toutes les compétences qu’elle était supposée construire pendant les 4 ans que vous(les étudiants) passez à l’Université », a reconnu la ministre de l’Education Nationale. 

Au cours de ce face-à-face avec les étudiants de l’Université de Nouakchott, Nebghouha Mint Mohamed Vall a révélé que l’Etat mauritanien a beaucoup investi de l’argent dans l’expansion du système éducatif mauritanien. L’Etat mauritanien, selon elle, a investi moins d’argent dans les ressources humaines pour construire des compétences solides au niveau de l’offre du système éducatif. Item aussi à tout ce qui contribue à l’amélioration de la qualité(livres, laboratoires…). 

C’est pour inverser cette tendance que l’actuel ministre de l’Education Nationale Nebghouha Mint Mohamed Vall a entamé des réflexions pour mettre en place des plans d’action pour avoir une idée de ce qu’il faut faire. «Ce n’est pas toujours suffisant, dit-elle. Nous ne sommes pas satisfaits de la situation actuelle mais nous essayerons de l’améliorer. Nous souhaitons aussi que vous nous aidiez(les étudiants) en analysant à chaque fois les progrès réalisés non en comparaison de ce qu’on voudrait avoir mais en comparaison de la situation où on était. Il faut avoir à l’esprit qu’on ne peut pas tout résoudre d’une baguette magique. Comparons pour améliorer de manière substantielle aussi bien les services qui vous sont dispensés au niveau de l’Université que la qualité des apprentissages que vous obtenez pour vous professionnaliser davantage et vous permettre de pouvoir accéder à la fin de votre scolarité au marché de l’emploi ». 

La Mauritanie compte aujourd’hui plus de 15 mille étudiants dont 2.500 sont à l’étranger et 20 % du budget du ministère de l’Education Nationale leur est consacré. L’enseignement secondaire qui compte plus de 90 mille élèves occupe 30 % du budget du ministère de l’Education Nationale. Quant à l’enseignement fondamental qui représente plus de 500 mille élèves bénéficie de 50 % du budget alloué au ministère de l’Education Nationale. 

L’enveloppe budgétaire de l’enseignement supérieur avoisine les 5 milliards : les 2 milliards sont destinés aux étudiants mauritaniens vivant à l’extérieur et les 3 milliards à l’Université de Nouakchott. «Notre compréhension c’est qu’à chaque fois que le budget du ministère de l’Education Nationale augmente et par conséquent celui de l’enseignement augmente que l’augmentation aille à l’Université de Nouakchott, à l’amélioration des services, au renforcement des capacités des professeurs, à la documentation… », précise la ministre. 

L’attribution des bourses à l’étranger, selon elle, sera désormais gérée de manière transparente. «C’est fini les dessous de table », a-t-elle promis aux étudiants. «Les bourses à l’étranger continueront à être limitées parce que la priorité des priorités c’est d’abord l’université de Nouakchott. Il faudrait qu’elle devienne une université moderne et qu’elle réponde aux besoins de développement économique et social du pays », a-t-elle laissé entendre. 

Par rapport au futur campus universitaire dont la capacité sera de 2.500 places, les études architecturales, selon la ministre de l’Education Nationale, sont dans une phase très avancée. Quant à la Faculté des Sciences et Techniques, l’appel d’offres est en instance d’approbation du principal bailleur de fonds.   

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

 

 

( 9 mai, 2008 )

Ali Amadou Ba, comédien

Le Diable qui a séjourné à Nouakchott, c’est lui ! 

 

Ceux qui ont suivi, ce mardi 29 avril dernier au Centre Culturel Français Antoine de Saint-Exupéry, ‘Le Séjour d’un diable à Nouakchott’ de Ali Amadou Ba inspiré du roman «Que le Diable t’emporte » de Harouna Rachid Ly, écrivain mauritanien, sont restés sur leur faim. Tellement ils ont pouffé de rire qu’ils ne voulaient pas quitter des yeux Ali Amadou Ba qui incarnait le diable. Rassurez-vous : il n’a pas l’air d’un diable perdu au milieu d’une marée humaine. Il n’a fait que ressusciter le diable ! Lui, il fait partie de ces êtres spécifiques dont le métier consiste à faire plaisir et surtout à faire oublier les pesanteurs de la vie. Sacré métier  que celui de comédien ! Avec lui, on est sûr de pouvoir passer de délicieux moments de théâtre. Sur scène, il devient un autre. Ses gestes, sa démarche, son rire narquois vous charrient comme dans un monde féerique. On pourrait dire sans fourcher notre langue qu’il est impressionnant. Ouf ! Que de chemin il a parcouru pour en arriver là aujourd’hui ! 

Voilà, en effet, plus de 15 ans qu’il monte sur les planchers. De quoi pouvoir user les pieds ! Lui qui a presque grandi dans le théâtre est très écœuré de voir le théâtre en Mauritanie descendre dans les bas-fonds boueux de l’oubli. Par manque de soutien, de structures et de considération. A son avis, le développement du théâtre dans notre pays dépend de la bonne volonté des autorités qui ont en charge la culture. «C’est juste une question de volonté politique, laisse-t-il entendre sur un ton d’amertume. Si le gouvernement le décide : le théâtre peut aller très loin. » Et de donner son exemple. «Le gouvernement ne m’a jamais donné un sou pour un quelconque déplacement à l’extérieur. Le ministère de la Culture ne nous aide pas.» Le Gouvernement, ajoute-t-il, a sa contribution à apporter dans le développement du théâtre dans notre pays. «Il ne faudrait pas que des gens viennent d’ailleurs pour faire progresser des artistes mauritaniens.» Ce qu’il n’admet pas c’est que des pays comme la France ou l’Espagne continuent à assister les artistes mauritaniens qui parviennent à s’en sortir miraculeusement. Cependant, il est optimiste. Et «peut-être, dit-il, avec la volonté politique, les choses vont bouger. Pour le moment, nous n’avons pas espoir que ça aille de l’avant parce que nous n’avons aucune aide provenant des autorités. » Regrettant le fait que le théâtre ne nourrisse pas son homme en Mauritanie, il déclare : «On aimerait quand même bien vivre du théâtre.» 

Si vous n’avez pas eu la chance ou l’occasion de regarder ‘Le Séjour d’un Diable à Nouakchott’ de Ali Amadou Ba, vous avez le temps un jour de lire «Que le diable t’emporte » de Harouna Rachid Ly. ‘Le Séjour d’un diable à Nouakchott’ est une mise en scène satirique qui met à nu le vécu quotidien des nouakchottois. Grâce à un diable venu des cieux qui a décidé de séjourner à Nouakchott pendant une journée et une nuit, on va découvrir les mille et une facettes de la vie et de la ville de Nouakchott, à travers ses populations et leurs modes de vie, de transport, ses bruits, ses odeurs nauséabondes, ses habitations, ses policiers corrompus, ses problèmes, son charme nocturne, ses constructions démesurées…Même la politique y est évoquée mais de manière subtile et sournoise. Victime d’une agression pendant  qu’il se reposait tranquillement, ce diable se rendra vite à l’évidence que cette ‘ville’ qu’il découvrait pour la première fois et dans laquelle il voulût rester n’est pas un lieu sûr. Ainsi donc, il décida alors de retourner d’où il est venu… 

A la fin de la mise en scène, Ali Amadou Ba peut s’estimer heureux car, dit-il, il a réussi à faire connaître un auteur qu’il apprécie beaucoup. «Lorsque je suis allé le voir(Harouna Rachid Ly, auteur de «que le diable t’emporte », NDLR) pour lui dire que je voulais mettre en scène son roman, il me donna aussitôt son feu vert.» Et c’est dommage qu’il ne soit pas présent à la mise en scène de son roman. 

Pour adapter ce texte, il a fallu à Ali Amadou Ba 6 mois de dure labeur et de concentration. «Ça a été très difficile. J’ai voulu d’abord être fidèle au texte pour ne pas prostituer l’idée première. » Le choix de ce texte n’est pas banal car cela participait à faire découvrir nos rares écrivains. En effet, depuis 1996, date à laquelle  Ali Amadou Ba avait participé à la mise en scène de ‘La légende de Ouagadougou’ de l’écrivain mauritanien Moussa Diagana, il n’avait plus participé à la mise en scène d’une œuvre mauritanienne. «C’est un roman qui me plaît beaucoup. Ça m’a impressionné dès les premières pages et je n’ai pas voulu me séparer de ce roman.» Et c’est à partir de là qu’à germer l’idée d’adapter au théâtre ce roman. 

Son parcours est assez riche. En 2005, il participa au FESPACO. En 2007, il participe au Festival des contes mimiques de Cotonou. Il gagnera le prix du meilleur comédien étranger en jouant ‘ A vous la nuit ou ma fidélité cravachée’ de Habib Dembélé, un conteur malien. Et comme il le dit, son métier lui a permis de découvrir d’autres cultures en participant à de nombreux festivals notamment en Afrique de l’Ouest. Ayant sacrifié ses études universitaires (il est allé jusqu’en licence au département de droit à l’université de Nouakchott) au profit du théâtre, sa passion et son amour. Professionnel depuis deux ans, il a monté lui aussi son propre groupe théâtral qui s’appelle ‘Théâtre du chameau’ créé en 2006. Il a fréquenté aussi pas mal d’écoles de théâtre en Afrique(Bénin, Tchad…).   

Actualité oblige, Ali Amadou Ba compte écrire sur l’immigration clandestine des jeunes africains qui pensent que l’Europe est soi-disant meilleure que l’Afrique. «On souhaiterait apporter notre pierre à cet édifice qu’est la sensibilisation : essayer de faire comprendre à ces jeunes-là que partout où on se trouve, l’essentiel c’est de pouvoir faire quelque chose(…). » 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr

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( 9 mai, 2008 )

Monza, Initiateur de ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’

«On a besoin de paix pour construire notre pays » 

 

Pendant 3 jours non-stop, la Ville de Nouakchott va vibrer au rythme de la musique à travers ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’ qui sera une occasion de découvrir les jeunes rappeurs mauritaniens qui commencent à s’affirmer même si c’est de manière timorée. Dans la foulée, nous avons accroché Monza qui n’est plus à présenter au public mauritanien. L’initiateur de ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’ n’a pas mis de gants pour stigmatiser l’attitude du ministère de la Culture qui n’a pas daigné mettre un sou dans ce festival. 

 

A qui la faute, si aujourd’hui, la musique mauritanienne dans son ensemble patauge dans un immobilisme béant ? D’abord, aux médias publics qui ne participent pas à la promotion de la musique mauritanienne de manière générale. Et Monza d’indexer du doigt notre télévision nationale qui ne diffuse que de la musique étrangère tout en aménageant la TVM Plus parce qu’elle commence, dit-il, à faire passer des rappeurs ou des groupes de Rap mauritanien. «Mais, ce n’est pas suffisant », affirme-t-il. Pour lui, le salut du Rap mauritanien passe inéluctablement par la libéralisation du secteur audiovisuel  pour qu’on puisse avoir une certaine diffusion de la musique mauritanienne. Et faut-il continuer à être optimiste face aux mille et un problème d’ordre organisationnel et structurel, de manque de studios modernes, de moyens techniques qui pourrissent l’âme du hip hop mauritanien ? «Je vais être optimiste parce que je sais qu’en Mauritanie, il y a des talents dans le milieu du Rap. Il y a vraisemblablement un bon pourcentage de groupes de Rap de la place qui peuvent représenter dignement la Mauritanie sur le plan international », proclame Monza. 

A travers ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’, Monza veut promouvoir le dialogue des cultures et surtout la paix entre toutes les communautés du pays et entre tous les fils et filles de l’Afrique. «On a besoin de paix pour avoir la stabilité dans tout ce qu’on fait, souligne-t-il. On a besoin de paix dans le hip hop mauritanien. On a aussi besoin de paix pour construire notre pays. » Au-delà de cet aspect rassembleur, ce festival a pour ambition de valoriser davantage le Rap mauritanien qui est maintenant une réalité dans notre pays. Organiser un festival, tout le monde le sait, exige beaucoup d’argent. Et «le ministère de la Culture ne nous a pas aidés. Nous n’avons eu que des promesses. Du coup, nous nous sommes dit que sans le ministère de la Culture, nous allons monter notre festival », déclare Monza sur un ton de déception. «Nous, nous faisons en fonction de nos moyens. Notre gouvernement n’a rien fait pour nous. C’est juste la coopération française qui m’a donné une subvention qui me permet d’exécuter et de pouvoir organiser ce festival. Nous n’avons eu aucun geste à part celui de la communauté urbaine de Nouakchott. » 

Par rapport à la programmation, Monza a apporté des précisions en faisant savoir qu’elle s’est déroulée à partir de la performance artistique tout en balayant du revers de la main l’idée de la complaisance. «Si c’était une histoire de ‘khamaneté’(de connaissance, ndlr), la programmation ne s’arrêterait pas là. Elle serait différente de celle-là. Si c’était une histoire de ‘khamaneté, il y aurait d’autres et d’autres…C’est plutôt une histoire de performance. On ne peut pas prendre tout le monde à la fois. Il y a une première étape.» Il ajoute sur un ton plus grave cette fois-ci. «Ce n’est pas une question de ségrégation. Il ne faudrait pas insinuer ce qui n’est pas. La programmation a été très délicate et on a voulu être le plus équitable possible. » 

Monza, ce truculent rappeur, ne rate jamais l’occasion pour se jeter des fleurs. «Pour inviter des artistes étrangers, il faut avoir des contacts, avoir aussi un certain agenda. Nous, par rapport aux gens que nous connaissons, que nous apprécions et qui ont fait leur preuve à travers le monde, nous faisons la sélection. » Il cite l’exemple de Daraa-J, un groupe de Rap sénégalais. «C’est incontestablement un des groupes qui mérite d’être invité pour une première de ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’. Daraa-J a fait ses preuves. Depuis plus de dix ans de Rap, ils ont été nominés à BBC Awards. » 

Par rapport au budget du Festival, Monza a finalement fini par postillonner la somme après avoir vibrionné pendant des secondes. «Ce festival, pour ce qui est de son organisation et de sa réalisation, il faudrait un budget non loin de 10 millions d’ouguiyas. » Aux nouakchottois, il leur promet une ‘grande première’. Et d’ajouter : «Nous avons une vision à long terme de ce festival. » 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr

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( 11 mai, 2008 )

La participation au gouvernement de la majorité divise l’opposition

Tout est clair maintenant  par rapport aux partis politiques qui vont rentrer ou non dans le futur gouvernement de Ould Waghef.  La journée du 10 mai a été particulièrement houleuse. Les discussions au sein des formations politiques se sont poursuivies durant toute la soirée. Le suspens est donc levé sur la participation ou non de l’opposition dans le nouveau dispositif gouvernemental. Seuls l’Ufp et Tawassoul ont donné leur accord. Le Rfd, Hatem et l’Ajd/mr ont tout simplement «claqué » la porte préférant se situer à l’extérieur du sérail. Le combat continue…

Le Niet du Rfd 

Le Rfd a exclu toute idée de participation au nouveau gouvernement. C’est son Président et chef de file de l’ex opposition démocratique, M. Ahmed Ould Daddah qui a annoncé très vite cette option vendredi dernier, lors d’une conférence de presse. Le Rfd, voulant incarné toujours les principes qu’il défend, ne s’est pas bien prêté à la proposition du Premier ministre, selon laquelle « la  participation d’un parti de l’opposition équivaudrait à un abandon total de toute revendication, de tout programme commun de gouvernement et même de toute appellation de type Gouvernement d’union nationale ou même de Gouvernement de coalition », affirme le Rfd dans un communiqué.  Pour le chef de ce parti, qui est aussi chef de file de l’opposition démocratique, l’entrée dans un gouvernement n’est pas « une fin en soi, surtout lorsqu’on ne s’est pas accordé sur des objectifs et un programme minimum ». »Je ne percevrais pas la fonction gouvernementale comme une sinécure, mais plutôt comme une charge, une servitude », a rétorqué Ould Daddah, séance tenante, au Premier ministre, selon le texte du communiqué. Réitérant sa position maintes fois déclarée, le Rfd indique que « la situation de crise multiforme que traverse le pays appelle la conjugaison de toutes les forces politiques et sociales pour alléger les souffrances des populations, consolider l’unité nationale et la cohésion sociale, raffermir la démocratie et faire face aux périls en terme de sécurité ». « Les conditions d’un vrai dialogue visant à réaliser un consensus autour des enjeux majeurs du développement du pays ne sont pas réunies du fait de calculs personnels, de visions réductrices, du retour des pratiques anciennes faites de volonté d’exclure ou de phagocyter, n’offrant aucune chance à des discussions sérieuses sur le programme et la formation du gouvernement de la république », a-t-il estimé. « Le risque est énorme de voir l’association à la gestion gouvernementale se confondre à une simple invite d’un partage d’un butin et de conforter les pratiques et la culture du népotisme dans le silence et l’impunité totaux », souligne le parti de Ould Daddah. 

Selon lui « en posant comme condition à un parti de l’opposition historique pour son entrée dans le gouvernement de payer comme prix le renoncement à son programme, à son éthique politique, voire à ses principes fondateurs, il s’agit là d’un acte de provocation qui décrédibilise des concertations jetées comme une poudre aux yeux de l’opinion ». 

L’AJD/ MR ne rentrera pas au Gouvernement de Ould Waghef 

C’est maintenant officiel. L’Alliance pour la Justice et la Démocratie/ Mouvement pour la Rénovation ne rentrera pas au gouvernement de Ould Waghef. Cette décision a été annoncée par Ibrahima Moctar Sarr, président de l’ajd/mr, au cours d’une conférence de presse tenue ce samedi 10 mai. Au cours de sa déclaration aux médias, Ibrahima Moctar Sarr a affirmé que son parti ne peut pas entrer dans un gouvernement, sans conditions, autour d’un programme minimal. Cette demande de l’ajd/mr n’a pas été acceptée par le nouveau premier ministre Ould Waghef qui balaya cette proposition de l’ajd/mr d’un revers de la main. «Nous sommes prêts à nous ouvrir à toute force politique qui veut venir s’ajouter à la majorité présidentielle et appliquer le programme du Président de la République », déclare Ibrahima Moctar Sarr rapportant les propos de Ould Waghef à l’issue du tête-à-tête qu’il a eu avec lui. «Le programme du Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi est un programme ambitieux où il y’a un certain nombre de points qui se recoupent avec les nôtres », reconnaît le président de l’ajd/mr. «Si je ne l’ai pas soutenu au second tour(élections présidentielles de mars 2007, ndlr), poursuit-il, c’est qu’il y avait certaines questions fondamentales sur lesquelles nous ne sommes pas tombés d’accord. Si aujourd’hui(…), j’accepte d’entrer dans ce gouvernement, mes militants me demanderont qu’est-ce que j’ai obtenu de nouveau par rapport à ce qu’ils ont posé auparavant. » Et le président de l’ajd/mr de nuancer : «Nous souhaiterions discuter avec le nouveau gouvernement pour voir quels sont les points minima sur lesquels nous pouvions nous entendre afin de nous permettre effectivement d’apporter une contribution effective au développement du pays. » 

Comme l’a reconnu au cours de cette conférence de presse Ibrahima Moctar Sarr, son parti était favorable à l’entrée du nouveau gouvernement dirigé par Ould Waghef. L’ajd/mr a accusé le nouveau premier ministre son refus de discuter le programme du président de la république « Le Premier Ministre a répété que le programme de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi n’est pas négociable et qu’on  entre au gouvernement sans conditions », rapporte toujours le président de l’ajd/mr. 

Le bureau politique de l’ajd/mr s’est réuni ce vendredi 9 mai d’urgence pour examiner la position du Premier ministre. Ce dernier a estimé que c’était une fin de non-recevoir. «Mon parti, l’ajd/mr, ne peut pas participer à un gouvernement sans conditions », a déclaré Ibrahima Moctar Sarr dont les propos étaient noyés par les salves d’applaudissements des militants visiblement contents de la décision de leur parti de ne pas rentrer au gouvernement de Ould Waghef. 

L’Ufp et Tawassoul signent leur entrée au Gouvernement

Ces deux partis politiques, sans aucune grande surprise, ont annoncé au cours d’une conférence de presse leur entrée dans le nouveau gouvernement qui sera dirigé par Ould Waghef. L’entrée de l’Ufp à ce gouvernement est historique car c’est la première fois, depuis sa création, qu’elle participe à un gouvernement. Partant du constat que le pays traverse une situation économique et sociale très difficile, convaincu que la gestion de ce pays doit impliquer nécessairement tous les partis politiques, l’Ufp n’a pas voulu laisser cette chance lui échapper. «Le moment est venu de participer au gouvernement et qu’il ne s’agit pas en allant au gouvernement de partager un gâteau mais il s’agit d’aller au charbon », explique Mohamed Ould Maouloud. «La situation est très difficile, poursuit-il. Nous allons vers des défis énormes et si on va au gouvernement, c’est pour affronter ces défis.»  Ces défis concernent le renforcement de la sécurité alimentaire, de la sécurité nationale et publique, le règlement complet des contentieux liés à l’unité nationale et enfin l’assainissement et le redressement de l’administration autant de priorités qui constituent en effet l’ossature du programme politique de l’Ufp. «Si nous devons avoir une place au sein du gouvernement, c’est là où nous pouvons affronter les problèmes. Ce n’est pas là où nous devons avoir un gros salaire, une belle villa, une belle voiture et puis s’en tenir là. Cela n’intéresse pas l’Ufp. Nous voulons qu’on nous mette à l’épreuve dans des postes significatifs », a souligné le président de l’Ufp, Mohamed Ould Maouloud. 

Après moult tractations, Tawwassoul a enfin accepté…

La décision du pouvoir d’élargir le gouvernement a créé au sein de certains partis politiques des zones de secousse. C’est le cas de Tawassoul, ce parti d’obédience islamiste prônant un islam orthodoxe, où des divergences de position furent notées. Finalement, après moult tractations au sein de ce parti, tout est revenu à l’ordre. Tawassoul, à l’image de l’Ufp, a décidé de participer au prochain gouvernement dont la composition sera connue dans les prochaines heures. Jémil Mansour a rappelé aussi au cours de sa conférence de presse la nécessité d’œuvrer pour le renforcement de l’unité nationale pour faire face aux dangers qui menacent le pays et régler les problèmes vitaux qui se posent au pays. Il a aussi justifié cette entrée par le fait que son parti œuvre pour la défense de la langue arabe et l’application des principes fondamentaux de l’islam. La rupture des relations diplomatiques avec Israël pourrait être aussi à l’ordre du jour même si pour le moment le gouvernement n’a pas donné une suite favorable à cette exigence de rompre avec l’Etat hébreu.  C’est à partir de discussions très larges avec le pouvoir que ces deux partis ont décidé de participer au futur gouvernement. Reste maintenant les détails concernant l’attribution des portefeuilles ministériels aux partis qui vont participer au nouveau gouvernement. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 12 mai, 2008 )

Ndongo D de Daara J Family: »Ce n’est plus le temps de nous appesantir sur notre passé et de dire que nous sommes en retard « 

Il est membre de Daara J Family. Son vrai nom c’est Mamadou Lamine Seck. En marge de la première édition de ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’ qui s’est déroulé du 7 au 9 mai passé au Centre Culturel Français Antoine de Saint-Exupéry, nous l’avons rencontré spécialement pour vous. Entretien 

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous au fait qu’on associe des rappeurs sénégalais comme vous à la première édition de ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’ ?   

Ndongo D : C’est tout à fait normal. Je pense qu’entre le Sénégal et la Mauritanie, il y a une grosse connexion en ce qui concerne le Hip Hop. C’est donc naturel quand les mauritaniens organisent un festival de cette nature ils invitent des rappeurs sénégalais comme nous.

On a une dizaine d’années d’expérience. On a fait beaucoup de festivals à travers le monde. On sait ce que cela veut dire. Je pense qu’à ce niveau, on peut apporter  notre pierre à cet édifice-là. 

Le Rénovateur Quotidien : Aladji Man ne fait plus partie de votre groupe. Est-ce que son départ vous a beaucoup handicapé ? 

Ndongo D : Non ! De toute façon, nous sommes là. L’histoire du groupe continue. Même si Aladji Man a quitté. J’ai souvent l’habitude de dire qu’une seule personne peut représenter le groupe. 

Le Rénovateur Quotidien : Cela fait plus de 10 ans que vous êtes dans le Rap. Vous avez connu le succès. Vous avez obtenu des prix. Qu’est-ce qui manque maintenant à votre palmarès ? 

Ndongo D : Qu’est-ce qui nous manque ? (Il hésite). C’est la perfection, l’éternelle recherche de soi à travers la musique et la vie. Je pense que  le plus important c’est la quête et la soif de connaissance. Lorsqu’on parle de connaissance, c’est très large. Mais là, je fais allusion à la connaissance divine qui englobe tout cela. C’est cela qui nous manque. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes bien apprécié par le public mauritanien. D’ailleurs, cela fait à peine un mois que vous avez joué ici à Nouakchott. Quel effet cela vous fait de voir tout un monde vous regardez ? 

Ndongo D : On est comblé ! Pour nous, la musique, ça fait voyager. Il y a une vraie connexion. Quand on débarque dans des pays comme la Mauritanie, on arrive à connaître mieux le peuple. Le plus important, c’est d’être avec les gens et le public. Daara J sera désormais là. 

Le Rénovateur Quotidien : Tous les grands rappeurs africains, comme vous, mêlent différentes sonorités(Soul, funk, reggae, ragga…) dans leur musique. Est-ce que c’est toujours nécessaire d’aller puiser dans ces sonorités-là pour faire du bon Rap ? 

Ndongo D : Effectivement ! L’Afrique, c’est le melting pot. Aujourd’hui, les Africains ont voyagé partout et ce qu’ils rapportent de leurs bagages, c’est cela qui représente aujourd’hui la musique africaine.

Ce n’est plus que la musique populaire, traditionnelle ou la musique mbalax. Je pense que cela est très important. On a été partout dans le monde et on sait comment les gens perçoivent la musique africaine. Les gens sont actuellement en train de mieux comprendre le message et la direction de la musique africaine. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous n’avez pas encore chanté ou collaboré avec des rappeurs mauritaniens dans vos albums. Vous y pensez ? 

Ndongo D : Bien sûr qu’oui et ça ne saurait tarder ! On est en train d’y réfléchir. Le plus important, c’est de bien le faire. A chaque fois qu’on est en Mauritanie, on est en connexion avec les rappeurs. Tel que Monza. On a eu à rencontrer dans des manifestations internationales des artistes mauritaniens comme Malouma. Tous les jeunes qui viennent aussi au Sénégal comme Military Underground, Waraba, Diam Min Tekky…C’est des jeunes que nous respectons beaucoup pour ce qu’ils font en matière de hip hop en Mauritanie. 

Le Rénovateur Quotidien : Après Daara J, Xalima, Boomerang. A quand votre prochain album international ? 

Ndongo D : En fin d’année. Il y a un single qui arrive en été entre juin et juillet. Pour l’instant, c’est une surprise. On est en train de voir pour le single parce qu’il y a de bons titres dans l’album. 

Le Rénovateur Quotidien : Mais est-ce que vous pouvez nous donner déjà un avant goût de cet album tant attendu par vos fans qui poireautent depuis plus de 4 ans ? 

Ndongo D : (il entonne un air du futur single). Ce morceau (baay sa waar, ndlr : en français, cela signifie substantiellement ‘fais ton devoir’) parle de l’attentisme des africains. Pourquoi on parle du retard des africains dans les domaines de l’économie, du social, des sciences, de l’industrie ? Aujourd’hui, lorsqu’on parle d’un africain, on dit que c’est un attentiste. C’est pour cela qu’on a fait ce morceau pour appeler les Africains à ne dépendre de personne et de compter sur leur propre énergie.L’avenir est devant nous. Et je l’ai dit, la nouvelle génération africaine a une grosse mission : c’est le devenir des élites. Ce n’est plus le temps de nous appesantir sur notre passé et de dire que nous sommes en retard. Je crois que le plus important c’est de nous former, de nous instruire pour devenir de bons avocats, de bons docteurs, de bons économistes, de bons ministres, de bons présidents. C’est ça la vraie mission aujourd’hui des jeunes africains. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes de jeunes rappeurs. Vous voyez tout le temps des jeunes désespérés prendre le chemin de la Mer. Que dites-vous à ceux-là qui voudraient le faire ? 

Ndongo D : C’est un gros sujet qui a bouleversé l’Afrique ces dernières années. Cela prouve l’échec des dirigeants africains et de la politique européenne par rapport à l’Afrique. Je ne blâme pas les jeunes qui ont pris le chemin de la Mer. Mais aussi qu’ils ne se suicident pas.

C’est une grosse responsabilité qui pèse sur le dos des dirigeants africains et des pays du Nord qui ont abandonné les jeunes africains. Même s’il y a certains de ces pays qui font de leur mieux pour aider l’Afrique. C’est aux jeunes de reprendre le flambeau car nos dirigeants actuels ne font pas l’affaire. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes une personne de nature très effacée et réservée. Expliquez-nous un peu… 

Ndongo D : Cela correspond à mon nom : Ndongo Daara(discipline issue d’une école coranique, ndlr). Je veux rester humble durant toute ma vie. Je ne fais jamais la grosse tête devant les gens. C’est vrai que je suis connu mais je veux demeurer effacé et je sais pourquoi je veux mener une vie pareille. 

Le Rénovateur Quotidien : Revenons un peu à vos textes. On a constaté qu’ils sont trop spirituels. Il faut être vraiment un initié pour comprendre vos paroles. 

Ndongo D : De toute façon, la musique c’est pour éveiller les gens et les esprits. Je me rappelle : les premiers textes que j’ai écrits, les gens n’y comprenaient rien. C’est après des années qu’ils ont commencé à comprendre mes paroles. J’aime bien utiliser les paraboles. J’aime aussi être direct. Je pense que la musique est faite pour que les gens cogitent. Ce n’est pas uniquement pour danser.   

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

( 14 mai, 2008 )

Laye B:Un rappeur tiraillé entre deux cultures

C’est le Sénégal qui l’a révélé au monde entier. C’est dans ce pays que sa véritable histoire a commencé. C’est au pays ‘des lions de la téranga’ qu’il a été découvert par les producteurs sénégalais qui ne lésinèrent pas sur les moyens pour le produire. Alors qu’il venait de débarquer fraîchement de Nouakchott. En 2003, il sort son 1ier album ‘Black à part’ et en 2007 ‘Sénégal-Mauritanie’, son 2ième album. Cet album révélera au grand jour son identité et ses racines. Né d’une mère mauritanienne et d’un père sénégalais, Papa Abdalaye Diop alias Laye B a collaboré avec de nombreux rappeurs sénégalais très connus comme Didier Awadi, Xuman, Bibson, Maxi Crazy, Fata, Daara J…Ceci lui valut d’acquérir, mine de rien, une grande expérience. Agé de 27 ans, Laye B est du genre à aller toujours plus haut, là où on l’attend le moins du monde. Petit à petit, il réussit à se faire un nom et trouver sa place au Sénégal. Dans ce pays, son 2ième pays, il est aimé et adulé comme le dalaï-lama. Mais «Je suis né ici(en Mauritanie, ndlr). J’ai grandi ici. J’ai fait mes études ici. Je connais mieux la Mauritanie que le Sénégal et je suis fier d’être mauritanien. Au niveau du Sénégal, je me suis battu pour qu’on m’accepte en tant que mauritanien. J’ai commencé à chanter en hassanya comme par exemple dans le futur album de Awadi pour prouver que je suis mauritanien. Je ne connais que la Mauritanie», précise Laye B même s’il se sent parfois tiraillé entre deux cultures. 

Actuellement, il est sous contrat avec un studio sénégalais basé à Dakar qui s’appelle ‘Yes’. C’est ce studio d’ailleurs qui a produit ses deux premiers albums sortis au Sénégal. Présentement, il est en train de préparer son nouvel album international qui va sortir sous peu de temps.  On y trouvera dans cet album des sonorités diverses comme le raggae, le RnB, le dance Soul… 

Invité à la première édition de ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’, Laye B est séduit par cette initiative de Monza de réunir pendant des jours certaines célébrités du Hip Hop Mauritanien et étranger. C’est tout naturel donc qu’il apprécie fort bien cette démarche novatrice. De Military Underground à Diam Min Tekky, en passant par, Franco Man, sans oublier les spectacles de Breakdance, les animations de Dj Gee Bayss et les prestations de la Rue Publik et de Daara J Family, la première édition de ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’ a fait mouche. Cette réussite n’a pas laissé Laye B indifférent. «Ce festival est une bonne chose(…). Je ne suis jamais resté ici mais ce festival me pousse à vouloir rester. On sent vraiment que le Hip Hop mauritanien est en train de progresser. » Pour lui, les autorités doivent aussi apporter leur contribution à cette évolution du Hip Hop en Mauritanie en mettant notamment la main dans la poche pour créer des structures propices au développement de cette musique en particulier et surtout soutenir les initiateurs de certains événements culturels comme ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’ qui demande beaucoup de budget. Dans l’immédiat, il compte revenir en Mauritanie pour monter un projet du genre ‘Grammy Awards’ où les rappeurs mauritaniens recevront des distinctions honorifiques pour les encourager davantage à persévérer. Mais pour que le Rap puisse se développer aussi, dit-il, il faut que les rappeurs regardent vers la même direction en exploitant leur diversité linguistique(soninké, wolof, hassanya et poular) qui constitue un avantage musical incommensurable. 

Invitant ses frères rappeurs, il les exhorte néanmoins à véhiculer dans leurs textes des messages d’unité car, selon lui, la Mauritanie en a actuellement besoin. «Un président, il ne peut pas rassembler les populations mais un artiste peut le faire. Lorsqu’un président veut parler aux populations, il amène un artiste. Une société qui veut faire de la publicité, elle prend un artiste. Donc, la responsabilité, c’est les artistes. S’ils regroupent les gens, c’est pour une cause. » 

Marié depuis 5 ans et père d’un enfant, pas la peine de lui demander si les jeunes filles le draguent, lui qui est un rappeur connu de tout le monde. «Cela ne manque pas. Mais moi, j’ai dépassé ce stade. Je suis marié et je me sens très bien en famille. Pour vraiment faire de la musique, il faut être un vrai responsable c’est à dire être marié. C’est cela ma philosophie. Le respect que je donne à ma femme et à mon enfant, c’est le respect que je donne à tout le monde que je croise dans la rue. » Lorsqu’il n’est pas au Sénégal où il a signé ses contrats, il est en Mauritanie pour se ressourcer. Ce pays qui l’a vu grandir et qu’il porte tant dans son cœur. Au Sénégal, Laye B représente dignement la musique Mauritanie. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

  

  

 

 

 

( 14 mai, 2008 )

Les hommes politiques sont toujours impressionnants. Voire même imprévisibles ! Ils n’ont d’égal qu’eux-mêmes. Ils ne surgissent que là où on les attend le moins du monde.

On a beau crier, vitupérer, dénoncer, vibrionner, ils façonnent à leur guise, comme ils l’appréhendent, le destin des communautés et des peuples. Dans ce domaine, ils sont imbattables, intalonnables et inclassables. Ils créent et recréent les schémas de la vie publique et politique selon les conditions et les exigences du moment.

Ils ne composent qu’avec ceux et celles qui convergent avec leurs affinités, leurs points de vue et leurs stratégies. Leur point faible, c’est qu’ils ne peuvent pas résister aux diverses tentatives du pouvoir avec tout ce que cela implique comme avantages et confort matériel et financier. 

Les partis politiques qui viennent de déposer leurs bagages dans l’attelage gouvernemental ont soutenu dans leur déclaration aux médias que leur entrée au gouvernement était sous-tendue par une logique d’urgence à sortir le pays de l’ornière.

Cette explication ne tient pas debout et c’est tout simplement lamentable.  Au regard des portefeuilles ministériels qui leur ont été confiés, le pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh vient de leur donner de véritables graines à moudre. Certainement, le président de la République a entendu les vœux de Mohamed Ould Maouloud qui demandait, durant sa conférence de presse du 10 mai dernier à l’hôtel Khaïma, au pouvoir de les mettre dans des postes significatifs.

Et on a envie de savoir s’ils vont réussir leur passage dans des départements aussi tarabiscotés que celui de l’enseignement supérieur, de l’insertion, de l’emploi et de la formation professionnelle, de la santé…

La composition du nouveau gouvernement dirigé par Ould Waghef sera véritablement une mise à l’épreuve qui ne tardera pas à révéler ses vérités et ses mensonges au grand jour. Changer de gouvernement pour apporter et résoudre les problèmes quotidiens des mauritaniens, oui.

Un gouvernement, dit-on, c’est pour traduire dans les faits le programme politique d’un président de la République. Pour cela, il faut que le président de la République trouve son ‘homme’ de confiance en qui il peut porter la lourde responsabilité de traduire sa vision, un homme issu de ses ‘cotes’.

Cette réalité politique, Zéine Ould Zéidane l’a appris à ses dépens mais de manière malencontreuse. Cependant, il ne faudrait pas omettre que la vocation première d’un gouvernement, c’est de répondre aux préoccupations des populations. Maintenant que Ould Waghef  est chargé de ça, c’est à lui de convaincre les mauritaniens qui ont élu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi à la tête du pays à l’issue d’élections libres et transparentes.

Ould Waghef doit aussi convaincre qu’il n’est plus cet homme au passé controversé qu’il fut. La composition du nouveau gouvernement composé par Ould Waghef fait déjà jaser. Ce dernier a choisi de mettre en place un gouvernement politique en lieu et place d’un gouvernement technocrate ou semi-technocrate.

Le nouveau Premier et ses ‘idéologues’ veulent nous faire croire que seul un gouvernement politique regroupant diverses forces politiques peut régler les défis auxquels la Mauritanie est confrontée aujourd’hui depuis un certain temps. Là aussi, il faudra que Ould Waghef convainque que l’option qu’il a prise était la bonne à prendre.

La nomination de Ould Waghef à la Primature va-t-elle changer la situation économique et sociale du pays peu reluisante? Le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh a-t-il une confiance aveugle jusqu’à nommer ou parachuter Ould Waghef à la Primature ? Si oui, le chemin pour la présidence est définitivement tracée pour cet homme qui a été à tous les niveaux de l’appareil d’Etat. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 14 mai, 2008 )

Les mauritaniens semblent être hantés et poursuivis par la poisse. Ils ne croient plus aux miracles et rêves tant promis par le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qui vient de nommer son deuxième Premier ministre Ould Waghef  en lieu et place de Zéine Ould Zéidane qui avait réussi miraculeusement a décroché la troisième place de la course présidentielle de février 2007. 

Ils ont vite fait de ranger leur optimisme  dans les tiroirs de l’oubli. D’autres par contre ont préféré tout simplement le brûler dans leur esprit. Visiblement, ils sont déçus de leurs gouvernants qui manquent d’imagination et de promptitude, de leur opposition qui passe le plus clair de son temps à vétiller et de leur société civile incapable de s’accommoder aux réalités. Les propos qu’ils tiennent sont symptomatiques d’un malaise social sans précédent et d’un marasme économique très inquiétant. 

Attaques terroristes(d’autres préfèrent dire attaques de grand banditisme et de vandalisme), meurtres, psychose insécuritaire, situation économique exécrable, train de vie coûteuse, caisses de l’Etat vides, indignation et déception des populations, attentes déçues…Qu’on ne s’y trompe pas, le contexte actuel dans lequel se trouve la Mauritanie est loin d’être rassurant. Nier l’ampleur et l’acuité de tels problèmes, c’est méconnaître les dangers qui menacent l’existence de notre jeune démocratie. 

Que nous ont légués les précédents régimes militaires et civils ? Dans le domaine social, rien de concret qui prouve qu’on a voulu véritablement faire avancer la machine. Le pourcentage des pauvres, au lieu de chuter surtout dans un pays réputé pour ses richesses, ne fait qu’accroître. Les différents rapports des diverses agences onusiennes accablent toujours la Mauritanie. Aujourd’hui, le temps a montré que nos gouvernants se sont peu souciés du bien être social des populations. 

Lui, le président de la République sent naturellement tout ce fardeau que lui ont laissé tous ces prédécesseurs. Saura-t-il faire la différence et marquer nos esprits ? Les attentes du peuple mauritanien sont grandes et si les autorités ne l’ont pas compris, elles doivent rendre le tablier. Elles doivent comprendre qu’elles sont là pour se surpasser, mouiller la chemise, se sublimer et être à la hauteur des missions qui leur ont été confiées. 

Notre quotidien doit être entre des mains capables de pouvoir relever les défis. Les défis du progrès, d’une économie compétitive. Les défis de l’éducation et surtout de la santé. Combien sont-ils ces enfants qui n’ont pas accès à l’école ? Combien sont-ils ces enfants de moins de 5 ans qui meurent faute de protection ? Combien encore sont-ils…?

Que dire du réseau routier ! S’ils sont incapables de mener la course contre la montre pour rattraper le temps perdu, ils n’ont qu’à le faire au moment opportun. Aujourd’hui, le peuple mauritanien a besoin d’hommes politiques qui le font rêver. Ce peuple a envie de voir de belles choses sortir de terre. Et c’est dommage qu’il en manque dans notre pays. 

On a toujours accepté ce qui nous est arrivé avec fatalité. Comme si tout se résumait à accepter notre sort ! A vouloir penser que tout provient de Dieu. 

Babacar Baye Ndiaye  

( 14 mai, 2008 )

Diam Min Tekky:Les «Che » du Hip Hop en Mauritanie

Il est des groupes de Rap mauritanien qui n’ont pas peur de l’ombre de personne, fut-elle celle d’un justicier, d’un policier ou d’un préposé de renseignements. Parmi eux, on peut citer Diam Min Tekky. Personne n’a réussi véritablement à les ébranler ou les museler.

Malgré leur sale caractère, ils sont aimés par le public comme de grands seigneurs. Ils prétendent être les diseurs de vérité et les faiseurs de  moralité. Ils sont de véritables rebelles, d’insupportables torpilles. A chaque concert, ils déclarent qu’ils ne veulent pas d’un président de la République qui ne s’occupe pas des problèmes des mauritaniens encore moins d’un patron radin, orgueilleux et égoïste.

Leurs textes très engagés leur ont valu une réputation hors pair dans le milieu du Hip Hop en Mauritanie. Cette réputation leur a valu aussi de continuer à être marginalisés dans certaines manifestations organisées notamment par les pouvoirs publics.

A l’occasion de ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’, ils ont encore démontré qu’ils étaient toujours les champions de la critique et de la dénonciation en Mauritanie. Dans leurs critiques, ils ne laissent personne sur le carreau.

Ils n’ont pas besoin de mettre des gants pour dire tout ce qu’ils pensent du pays, du système politique mauritanien, de la situation économique et sociale du pays, des policiers corrompus qu’ils fusillent à chaque fois dans leurs spectacles…

Le qualificatif de «Che Guevara » leur colle bien la peau. Issus de milieux difficiles, ils luttent, à travers leurs textes engagés,  pour l’avènement d’une Mauritanie juste et débarrassée de ses turpitudes et des ses mensonges. Plusieurs fois tabassés par la police, ils n’ont jamais tempéré leur ardeur et leur détermination. 

A cause de leur virulence verbale, ils ont fini par s’imposer sur la scène musicale comme étant de jeunes rappeurs contestataires. Même s’ils ont une tempérance qui frise souvent l’exagération. Si certains saluent leur courage et leur position très affichée et radicale sur certaines questions nationales, d’autres par contre, leur reprochent parfois leur insolence et leur impolitesse. Mais eux, ils s’en défendent bien.

«Dans nos sociétés, lorsque tu dis la vérité ou la réalité aux aînés, on te prend pour un jeune impoli en pensant que tu les insultes », explique Mar Ba, membre du groupe accompagné de Lamine Cheikh Ba et de  Ousmane Samba Oumar Sow qui composent le trio de Diam Min Tekky. Leurs textes portent les aspirations et les cris de désespoir de la jeunesse mauritanienne en quête de bonheur et de perspectives.

C’est ça d’ailleurs qui les a poussés à prendre le microphone pour dénoncer les abus et les injustices dont est victime une certaine partie de la population mauritanienne. Leur premier album(Gonga, la vérité, sorti le 17 février 2007) les a imposés comme l’un des groupes de Rap les plus critiques en Mauritanie. Et la police était tout le temps à leurs trousses. «On a eu pas mal de problèmes parce que l’album était trop engagé. Et tu sais en Mauritanie la démocratie n’existe pas et la liberté d’expression pareille », renseigne Mar Bâ. 

Sous le régime de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya, ils firent l’objet de plusieurs intimidations et menaces. Mais ce régime n’a jamais réussi à les assujettir. Entre temps, il y a eu le 3 août 2005 et l’arrivée de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi à la tête du pays depuis le 19 avril 2007.  C’est des jeunes fougueux qui partagent les mêmes rêves et les mêmes soucis. Leurs faveurs, c’est qu’ils sont ancrés dans les réalités sociales de la Mauritanie. Leur slogan : toujours dire la vérité même s’il faut se sacrifier au prix de la liberté et de la justice.

Ils auraient pu aller plus loin s’ils mêlaient dans leurs textes d’autres dialectes comme le français, l’anglais ou les autres langues du pays. Plus malin qu’eux, tu meurs. Dans leur esprit, ils veulent imposer leur langue, le poular, sur la scène musicale mauritanienne.

« C’est parce que nous sommes d’abord des peuls, soutient Mar Ba. On a vu aussi au Sénégal que le wolof a été imposé sur la scène musicale. Nous aussi, nous aimerions imposer notre langue. » 

Ils ne supportent pas les policiers parce que, disent-ils, c’est eux qui sont à l’origine de tout ce désordre qui règne à Nouakchott. «C’est l’ennemi de la jeunesse, ajoute Mar Bâ. Ils dérangent beaucoup. Tu vois ça(il montre une plaie cicatrisée sur le coté gauche de son visage), c’est un policier qui m’a cogné comme ça. » 

Les «Che Guevara » du Hip Hop en Mauritanie viennent de réaliser un nouveau clip sur l’immigration clandestine des jeunes africains. Même s’ils ne sont pas les meilleurs, ils font partie des meilleurs groupes de Rap en Mauritanie. Après Gonga, Diam Min Tekky est en train de préparer la sortie de son nouvel album qui sera baptisé Gonga 2. Certainement qu’il fera mouche. 

 Babacar Baye Ndiaye 

( 14 mai, 2008 )

Nominations aux postes de Ministres: Comment peut-on construire la Mauritanie en marginalisant la couche la plus représentative de la population ?

En une année, le Président de la République, celui qu’on reproche à tort ou à raison d’être un maître Aliboron aura tout donné et tout permis. Il a accordé à la presse davantage de liberté et d’espace d’expression. Aux réfugiés mauritaniens, il a organisé dignement leur retour. Aux femmes, il les a fait accéder aux postes de gouverneurs et d’ambassadrices. Il a fait voter une loi criminalisant l’esclavage. A chaque fois qu’il a ressenti la nécessité de recevoir la classe politique, il l’a fait. 

Entre autres, il a déclaré la guerre à la corruption et a appelé tous les mauritaniens à combattre et dénoncer ce fléau méprisable. Régulièrement, il reçoit le chef de l’opposition pour discuter avec lui du pays, de la politique, de l’économie, du social, etc. Il a décidé d’augmenter le salaire des fonctionnaires alors que rien ne l’astreignait à le faire. 

Pour montrer qu’il est un homme d’ouverture, de concertation et de dialogue, il associe deux partis politiques de l’opposition(Union des Forces de Progrès et Tawassoul) à la gestion des affaires de la République. Lui, au moins, a le mérite d’avoir essayé que les mauritaniens se réconcilient entre eux. Et certainement, ce n’est pas à lui non plus qu’on va reprocher d’être un Président despote. 

C’est vrai, par essence, toute œuvre humaine est défaillante. Mais ceux-là même qui dénigrent ou qui sont actuellement en train de le faire auraient-ils proposé quelque chose de meilleur ? 

Dans la vie, tout est une question de temps. Ça ne coûte pas grand-chose d’attendre et de voir. Quatre ans encore ! Pour juger l’action gouvernementale, pour apprécier le trajet emprunté par nos autorités. Eh ! Oui, pour sanctionner aussi  tous ceux qui n’ont pas été à la hauteur des missions, des espoirs, des attentes et des réalisations. 

Le processus vers la démocratie est irréversible. Il faut prouver aux mauritaniens de tout bord, de toute communauté que tout est possible dans la vie sauf si on n’y croit pas. Ce qu’il faut, c’est de rassurer les esprits qui pensent que le changement ne va jamais s’acquérir ou se produire un jour. Certains mauritaniens ont tellement souffert de la dictature, des brimades, des humiliations de tout acabit qu’ils n’y croient plus. A ceux-là, il faut tenir un discours rassurant et novateur. 

Aujourd’hui, chacun peut se prétendre être le messie. Chacun d’entre nous peut se prévaloir aujourd’hui d’être à l’avant-garde des intérêts du pays et du peuple mauritanien. On ne forge pas un pays sur des intentions qui ne sont pas suivies d’actions et d’effets. On a tellement perdu de temps et de peine dans ce domaine qu’on a l’impression de vivre le supplice de Tantale. Beaucoup de mauritaniens ont vécu dans la souffrance et la douleur. On nous a toujours fait croire, nous autres, que notre wagon était accroché à la locomotive. 

Aujourd’hui, il y a beaucoup de raisons de croire que nous sommes sur la voix. La voix du vrai. La voix de la vérité. Pendant longtemps, on nous a caché la réalité. On aura monté les uns contre les autres. C’est dire que nous avons du chemin encore à parcourir. Du chemin pour ‘reconstruire’ les idées, les mœurs et les mentalités. Du temps, pour établir un nouvel Etat difforme de ce que nous avons connu dans le passé. 

Mais surtout du temps, pour ‘mettre bas’ une jeunesse décomplexée. Une jeunesse qui aura ses propres idoles dans son propre pays. Une jeunesse qui n’aura plus besoin de s’identifier à d’autres cultures du monde. Une jeunesse qui n’aura plus besoin d’aller exporter des valeurs et des principes ailleurs. Cela, bien sûr, n’est pas réalisable à court terme. Mais, il faut y croire. La jeunesse mauritanienne a toujours montré qu’elle voulait respirer, vivre et surtout être comme les autres. Cette jeunesse a toujours rêvé de choses grandes et grandioses. Il appartient aux autorités de ce pays de les réaliser. 

Les germes de la paix et de la réconciliation nationale, c’est en elle qu’il faut la semer. Parce qu’elle est fertile. Parce qu’elle est innocente. Parce qu’elle est plus apte à la germination. Mais le Président et son Premier ministre ont déçu en matière de responsabilisation de la jeunesse mauritanienne.

Par exemple, Ils auraient pu confier le ministère de la jeunesse ou le ministère de l’insertion, de l’emploi et de la formation professionnelle à des jeunes. Comment peut-on construire la Mauritanie en marginalisant la couche la plus représentative de la population ? Au lieu de ça, on promeut de vieux rapaces qui ont déjà fait leurs preuves en matière de politique et de gestion économique.

Mais que faire c’est cela aussi les règles de la politique. On ne compose qu’avec ceux qui gagnent. On n’y peut rien et souvent c’est dur à avaler! Pour preuve, dans le gouvernement politique de large ouverture que vient de mettre en place Ould Waghef, on n’a pas remarqué l’ombre d’un jeune mauritanien promu à un poste ministériel. Mais que des politicards, comme disent certains, rompus à la tâche. Promus, en contrepartie, pour leur expérience, leur influence et surtout pour leur poids électoral. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 22 mai, 2008 )

Le Lionisme en Mauritanie

Les chevaliers des non-voyants ouvrent leurs portes au public !

 

«Faire connaître Le Lions Club International (en Mauritanie) et arriver à trouver dans les ressources humaines mauritaniennes les meilleures ressources (…) qui intègrent cette association (Le Lions Club International, Ndlr) pour rendre le service le plus noble possible à nos concitoyens les plus démunis ». C’est l’un des objectifs prioritaires du Lions Club International en Mauritanie qui a organisé au Centre Culturel Français du 14 au 15 mai dernier deux journées ‘Portes Ouvertes’ sur le lionisme destinées à faire connaître davantage cette association humanitaire internationale fondée en 1917 par Melvin Jones, un citoyen américain.

 

Ces portes ouvertes, selon les organisateurs, seront désormais inscrites dans l’agenda des activités du Lions Club International. Exposition, projections, conférence,…Les Chevaliers des non-voyants n’ont pas manqué d’imagination pour faire de ces ‘portes ouvertes’ sur le lionisme une réussite. Le lionisme existe en Mauritanie depuis 1963. Mais, «nous sommes méconnus par la plupart des Mauritaniens », a reconnu monsieur Bâ Amadou Béchir, président de la zone 111 au cours de la conférence de presse organisée à l’occasion des portes ouvertes sur le lionisme en Mauritanie. «Les gens ne savent pas ce que nous faisons. On nous voit dans (ces) vestons bleus et (ces) pantalons blancs. On se rencontre dans les soirées ; les gens pensent que nous sommes là pour faire la fête. Alors que dans ces soirées, tous les fonds qui seront récoltés, c’est des fonds qui iront dans des comptes-œuvres. Nous, nous servons mais nous ne nous servons pas. Notre devise, c’est de servir et non de se servir », a tenu à rappeler dans la foulée le président de la zone 111, Bâ Amadou Béchir. 

Au-delà de cette particularité, Le Lions Club International vise à attirer de plus en plus de personnes à rejoindre cette association humanitaire et à travailler dans le lionisme pour le développement de l’être humain.  

De 1963 à nos jours, Le Lions Club International en Mauritanie a investi plus de 180 millions d’ouguiyas en termes de financements. Ce qui fait de lui, le premier contributeur de la Mauritanie en matière de préservation de la vue. Dans ce domaine, le Centre Priorité à la Vue est à mettre à leurs réalisations. Aussi, chaque année, ils organisent une campagne de vaccination contre le trachome à travers toutes les régions de la Mauritanie.

Malgré tout cela, Le Lions Club International souffre d’une mauvaise image dont elle a du mal à se départir. «Souvent, on est taxés d’être des francs-maçons, une organisation sectaire, des juifs », remarque le président de la zone 111. «Quand les gens nous traitent d’un certain nombre d’étiquettes, enchaîne Kodié Diagana président du Club Caravane, il nous (les membres du lions club en Mauritanie, Ndlr) appartient de faire comprendre à ces mêmes personnes que ce vous croyez être Le Lions Club ce n’est pas ça mais le lions club c’est un service. Et c’est l’objectif de ces portes ouvertes. »

Le Lions Club en Mauritanie intervient également dans le social et son apport dans ce domaine se chiffre à des millions d’ouguiyas. A titre d’exemples dans leurs réalisations, on peut citer la création du Centre diabétique de Sebkha qui ne fonctionne plus malheureusement pour des raisons administratives. «On n’est pas connu mais ce n’est pas faute d’avoir essayé de faire quelque chose. J’espère qu’à la sortie de ces journées, on pourra avoir une meilleure couverture médiatique », a plaidé Sow Mohamed, président du Club La Rose des Sables, après un aggiornamento sur les réalisations majeures du Lions Club en Mauritanie.

Le but du Lions Club n’est pas de fournir des budgets de fonctionnement mais de fournir des équipements et de l’aide sociale aux plus démunis. En plus de 40 ans, Le Lions Club en Mauritanie a financé plus de 270 millions d’ouguiyas dans diverses œuvres sociales sans parler des 180 millions d’ouguiyas financés par Sightfirst pour lutter contre la cécité qui est une maladie très répandue dans notre pays.

La structure de base du Lions club en Mauritanie c’est les clubs (club doyen, club caravane, club Rose des Sables) qui sont des entités juridiques et des associations de droit privé mauritanien. Ces dernières sont affiliées à l’association internationale du Lions club. «Si nous voulons un lionisme saint, c’est nos léos qu’il faut encadrer pour que demain ils deviennent des lions parce que durant leur cursus et leur séjour au niveau des clubs léos, ils ont eu à côtoyer des lions », a préconisé le président de la zone 111 qui estime qu’il faut les faire participer à toutes les activités. «Ils peuvent apporter des solutions par rapport à des problèmes auxquels nous n’avons pas de solutions », conclut-il.

45 ans après son existence, le Lionisme en Mauritanie n’a pas véritablement réussi à se faire connaître. C’est dans ce cadre que ces journées portes ouvertes ont été organisées. Certainement pour sortir du creux de la vague. Car, la grande majorité des mauritaniens ont une idée très sommaire du lionisme. Certains ne le connaissent pratiquement pas. D’autres l’ignorent jusqu’au trognon. En plus de cela, il souffre d’une faible médiatisation. «On est restés 45 ans sans organiser des portes ouvertes, ce n’est pas parce qu’on n’a pas fait de communication. Ces portes ouvertes sont une forme de communication pour faire connaître le lionisme en Mauritanie. Nous avions l’habitude de dire à travers cette phrase : ‘On ne se fera connaître qu’à travers nos œuvres’. Durant toutes ces périodes qui sont passées, on a réalisé beaucoup de choses pendant ces 45 ans, à travers des activités, des manifestations de collecte, des œuvres d’envergure que le lions club a fait en partenariat avec la société civile mauritanienne et le gouvernement mauritanien notamment le Ministère de la Santé(leur ministère de tutelle, Ndlr). Mais la médiatisation attendue de ces œuvres n’a pas été faite », constate Kodié Diagana président du Club Caravane. «C’est ce qui explique, poursuit-il, qu’on a organisé ces portes ouvertes pour faire comprendre à tout le monde que le lions club est une association comme toutes les associations de bienfaisance et que le lions club a un but et que les lions sont imbus d’un idéal commun qui est tout simplement le service : servir et sans rien attendre en retour. »

La Mauritanie n’est pas prête pour le moment à pouvoir organiser une convention internationale sur le lionisme qui réunit plus d’une vingtaine de pays africains. D’abord, parce que notre pays ne dispose pas assez d’infrastructures notamment hôtelières. Ensuite, l’organisation d’une telle manifestation demande beaucoup d’expérience. «Tant qu’on ne fera pas cette communication jusqu’à ce qu’on nous connaisse, ce sera prématuré de vouloir organiser une convention », affirme le président de la zone 111. «Ça ferait un grand plaisir que la Mauritanie puisse organiser une telle manifestation. On sait que de par le monde l’organisation d’une telle manifestation a des retombées économiques énormes. Notre vœu le plus cher c’est de voir très prochainement la Mauritanie pouvoir organiser une convention internationale. Certains pays commencent à nous taquiner en disant : ‘A quand la convention en Mauritanie’ ? Les pays qui reçoivent la convention internationale, ce sont des pays où le lionisme est connu au plus haut sommet de l’Etat jusqu’à la population qui se trouve à la base », déclare Kodié Diagana président du Club Caravane qui pense que cette ignorance sur le lionisme en Mauritanie constitue un handicap majeur. Pour lui, il faudrait que l’information circule par le biais des mass-médias pour permettre à la population de connaître ce que Le Lions Club International fait en Mauritanie et comment il intervient. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

  

 

   

( 22 mai, 2008 )

Oumar Baal:Une merveille de la peinture mauritanienne !

                        

La vingtaine rugissante et déjà il est un génie ! Pour certains, comme Mokhis, ce n’est pas une surprise ni une découverte. «C’est un enfant que j’ai connu, il y a très longtemps. C’est un goss que j’ai découvert qui travaillait au fil de fer. J’ai senti qu’il y avait quelque chose entre ses mains et sa tête. Il fallait l’aider à ce qu’il rentre complètement dans la peinture. Lorsque Oumar est venu avec son père(Issa Baal, ndlr) qui nous l’a confié, nous l’avons orienté. Aujourd’hui, il ne nous a pas déçus. » Pour autant, il ne s’en affabule pas. «Il y a des gens qui me disent qu’il faut assumer que tu es génie » et lui de répondre modestement : «Pour moi, je ne fais qu’essayer pour laisser des traces… » 

Son travail est beaucoup apprécié. Dans ses œuvres, il utilise de la matière récupérée comme le tissu, le fil de fer, le papier, la terre, le bois…Ce jeune prodige de la peinture mauritanienne est actuellement, malgré son jeune âge, parmi les meilleurs artistes peintres de la Mauritanie. Son talent est reconnu par tous ses compères. Sur le plan international, il fait parler de lui. Ses œuvres sont vendues comme de petits pains un partout en France et en Espagne. «D’ici quelques années, il sera l’une des plus grandes stars de la peinture en Mauritanie », prédit Mokhis visiblement ému de voir un de ses anciens disciples faire un travail exceptionnel et apprécié par tout le monde. 

Il se sert parfois des tee-shirts comme substrat dans ses œuvres picturales avec une originalité et une dextérité dont lui seul détient le mystère. «Il me semble très clairement que c’est un travail d’un artiste qui a beaucoup de talent et un avenir sûrement prometteur. Les couleurs, c’est des couleurs très riches et la particularité des formes aussi se caractérise par une touche vraiment artistique qui semble donner un excellent résultat », explique Oumar Ould Rajel, secrétaire général de l’Union des Artistes Peintres de Mauritanie(UAPM). Tous les férus de peinture ont reconnu une chose en Oumar Baal : que c’est un grand artiste qui a de l’avenir ! Ses œuvres ont émerveillé plus d’un. «Je suis impressionné par ces sculptures qui sont des sculptures très particulières et reflètent un art très singulier. J’aime ses sculptures parce qu’il y a un relief dans les mouvements », témoigne toujours Oumar Ould Rajel.

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Depuis ses débuts dans la peinture, Oumar Baal ne cesse de surprendre. Déjà, à l’âge de 9 ans, il commençait à sculpter avec des plastiques pour en ressortir des formes d’animaux. La peinture, c’est dans son sang. Son père est lui aussi artiste peintre. Ce dernier l’influença très tôt, car dit-il, voyant son père à l’œuvre, il a eu envie tout de suite de suivre les traces de son père. Au fil des années, le génie qui dormait en lui s’est réveillé. Ainsi donc, la peinture est devenue une véritable passion. Chose curieuse aussi, presque toute leur famille s’adonne à la peinture. Il a de petits frères qui commencent à s’exercer déjà à la peinture. Oumar Baal, c’est un artiste hors pair, un artiste né. Comment se sent-on lorsqu’on est le père d’un génie créateur comme Oumar Baal ? «Je suis très content de lui. Je sais que c’est un jeune qui aime la peinture. Il n’a que la peinture. Depuis qu’il a commencé à faire de la peinture, je n’ai pas vu autre chose qui l’intéresse que ça à part la musique, bien qu’il ne la joue pas, il l’aime beaucoup. Et puis, sérieusement, s’il continue dans cette voie, il ne va pas regretter parce que je sais qu’il est bien. D’ailleurs, moi son père, je peux vous dire qu’il travaille mieux que moi. Et en plus, son travail est plus aimé que le tien. » 

Oumar Baal est un grand artiste et tous les grands artistes de ce monde ont eu à faire face(souffrir) à plusieurs épreuves notamment d’ordre sentimental. Dans l’une de ses œuvres, il y a un tableau pas comme les autres. Ce tableau porte un nom étrange, mariyama. «Mariyama, c’est une histoire personnelle… » dit-il. Une histoire d’amour qu’il a voulu exprimer pour sortir ce qu’il avait dans son cœur et qui le rongeait profondément. Grâce à la peinture, il a transmis quelque chose de lui pour le partager avec les autres à travers une œuvre d’art. Malheureusement pour lui, il n’a pas fait d’études poussées pour des raisons de santé. Il était écrit qu’il en serait ainsi. Puisque l’âge de 15 ans, il fit astreint de laisser tomber les études. Ce fut une période très difficile pour lui. Cependant, il y avait le soutien moral de son père qui ne cessait de l’encourager. 

La peinture ne nourrit pas son homme en Mauritanie parce que, dit-il, notre pays est un pays sous-développé. En plus de cela, les gens n’ont aucune éducation artistique. «Les mauritaniens ne connaissent pas la valeur de l’art encore moins prendre leur argent et le dépenser dans les œuvres d’art », croit-il. 

La vie dans la brousse, au bord du fleuve Sénégal le fascine beaucoup. La vie autour de lui l’inspire aussi(enfants de la rue, mendiants…).Ces œuvres reflètent parfaitement cet environnement exotique. Son artiste préféré : Gustave Klimt qui est un peintre symboliste autrichien et un des membres les plus en vue du mouvement Art nouveau de Vienne. Il aime en lui ses personnages candides et bizarroïdes qu’il peignait dans ses tableaux. Ce qui m’inspire, nous dit-il, sur la sculpture, c’est le corps de l’être humain. «Je l’exploite détails par détails », nous apprend-il. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr

( 22 mai, 2008 )

Lamine Kane, initiateur de ‘A vous la scène !’

«Il n’y a aucune volonté politique pour faire la promotion de notre culture » 

 

En matière de création et d’imagination artistique, les jeunes mauritaniens n’en manquent pas. Tout ce qui leur faut, c’est d’être soutenu par les pouvoirs publics. Lamine Kane en est une parfaite illustration. ‘A vous la scène’, c’est lui. En plus de cela, il dispense des cours de musique gratuits ouverts à tous les publics. Dans le but uniquement de promouvoir la musique mauritanienne marquée par une carence en termes de musiciens. On l’a rabâché à plusieurs fois. Le centre culturel français de Nouakchott ne peut pas tout faire à lui seul. Il est grand temps maintenant que le ministère de la culture s’implique dans la promotion de nos artistes musiciens qui manquent énormément de lieux de production et de rencontres. Le développement de la musique mauritanienne, ce n’est pas uniquement l’affaire de Malouma, de Tahara, de Dimi, de Thiédel, d’Ousmane Gangué pour ne citer que ceux-là. C’est l’affaire d’abord du gouvernement mauritanien qui doit mettre en place une politique efficace en matière de promotion culturelle. Sur ce point, l’initiateur de ‘A vous la scène !’ ne sait pas tourner autour du pot quand il s’agit de dire la vérité, rien que la vérité. «J’accepte mal qu’on ait un ministère de la Culture qui ne fout rien pour les artistes. Ce n’est pas le fait d’organiser des prix qui va sortir la musique mauritanienne du creux de la vague. Il faut appuyer les artistes. Il faut ouvrir les maisons des jeunes et y mettre du matériel pour qu’ils puissent s’exprimer. » Cela pourrait permettre, à son avis, d’annihiler le taux de chômage, de banditisme et de criminalité. Car, rajoute-t-il, il y a beaucoup de jeunes musiciens, comme lui, qui ont d’énormes projets dans la tête. «Mais ce qui leur manque, argumente-t-il, ce sont les moyens. »

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Les initiatives existent, selon lui, mais il faut qu’elles soient soutenues par les autorités en premier lieu par le ministère de la Culture. Sans cela, très peu de mauritaniens vivront convenablement de leur musique. Comment faire donc pour améliorer cette situation désarmante ? «Il faut qu’on soit aidés(les artistes de manière générale, Ndlr). Nous seuls, nous ne pouvons rien faire ! » 

Il regrette l’absence de volonté politique pour faire la promotion de la culture mauritanienne. «Non seulement la culture est un facteur de développement social et économique, explique-t-il, mais c’est aussi un facteur de stabilité et d’unité. » 

La réconciliation nationale qu’on clame, à longueur de journée, c’est à travers, dit-il, la culture qu’on pourra y arriver. «Il n’y a pas d’autres alternatives », professe-t-il. L’initiateur de ‘A vous la scène !’ demeure convaincu, malgré les problèmes de tout bord, que la musique mauritanienne est sur les rails. «Le terrain est encore vierge, reconnaît Lamine Kane. Nous avons un rythme de tortue mais on va y arriver. » 

Passionné de musique, il compte bientôt monter un Centre de Formation Musicale. Lorsqu’on a des partenaires comme Machéo Parker(saxophoniste de James Brown), Steve Coleman, Richard Bonna, Salif Kéita, Manu Katché, Moctar Samba, on ne peut que renifler l’air du paradis. «Tous ces gens-là sont régulièrement mis au parfum de l’évolution de ce projet », renseigne-t-il. 

L’argent nécessaire pour acheter le matériel est de 2 millions d’ouguiyas. Le Centre Culturel français de Nouakchott sera un partenaire de ce grand projet culturel qui sera logé dans un premier temps dans la salle polyvalente du CCF. «Mais je souhaite avoir mes propres fonds pour construire notre propre centre de formation », confie-t-il. 

‘A vous la scène !’ est né dans le but de rapprocher davantage les musiciens mauritaniens et de les promouvoir. Quatre mois après le début de cette aventure musicale, Lamine Kane semble être traversé par une lumière d’optimisme. «Au début, on avait fait le programme sans pour autant penser au public. J’avais fait ‘A vous la scène !’ pour tous les musiciens qui veulent chanter, jouer de la musique sans pour autant attendre que le public soit là ou non. Du moment qu’on a vu que le public s’intéressait à ça, on a essayé maintenant de réorganiser la chose pour qu’elle soit plus agréable et beaucoup plus appréciée par le public. » 

‘A vous la scène !’ du mois de mai recevait Tiédel Mbaye avec la présence de la TVM Plus sous forme d’un plateau télévisé. Une première à ‘A vous la scène !’ 

. «Je pense qu’il faut changer de temps en temps pour ne pas tomber dans la routine », explique Lamine Kane. Le budget de ‘A vous la scène’ est de 30.000 UM donnés entièrement par le Centre Culturel Français. Et Lamine Kane a été très clair avec les artistes en ce qui concerne les primes de prestation. «Je ne peux pas inviter des artistes comme Tiédel Mbaye, Ousmane Gangué, Nora, Amath Kâ, Wal Fadjri Groupe…et leur donner 30.000 UM alors que ce sont des professionnels. Alors, je leur ai dit : ‘La buvette est là. Vous voulez boire, buvez ! Vous voulez manger, mangez ! Je paierai. Quand vous rentrez, je vous donne votre billet de transport. Ou alors, si vous voulez, je prends 3 têtes d’affiches et je leur donne chacune 10.000 UM’. » 

Pur produit des frères Athié qui l’ont initié aux rudiments de la musique en 1994, Lamine Kane est exacerbé lorsqu’il entend dire qu’il y a une musique qu’on peut qualifier de typiquement mauritanienne. «Je ne peux pas prendre Ousmane Gangué et dire que c’est ça la musique mauritanienne. Tel ne se verrait pas dedans. La musique de Yélinkaré, tel autre ne se verrait pas dedans. Ils nous faut asseoir une musique où tout le monde se verrait dedans. La musique doit être un miroir », soutient-il. 

Cela est du ressort de la responsabilité des artistes musiciens mauritaniens et c’est bien possible. Car, presque chaque pays a une musique dans laquelle tout le monde s’identifie. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

( 22 mai, 2008 )

Gérard Tolohin, metteur en scène

« Quand une société à laquelle vous appartenez vous exclut, vous perdez toute racine »

Targuiya, c’est d’abord un hymne à la paix. C’est aussi l’histoire d’une jeune fille touareg de 17 ans aux prises avec les tourments de la guerre et de l’amour. Une fois l’orage passé, elle met au monde un enfant de père inconnu, un enfant de l’amour en temps de guerre. Chassée par les siens, sans souvenir précis, elle erre dans le désert en compagnie de la mystérieuse Houriya, femme aux pouvoirs infinis, qui va l’aider à remonter le temps jusqu’au puits de la dernière étape qui sera aussi celui de l’ultime solitude….

 

Le Rénovateur Quotidien : Peut-on savoir les raisons qui vous ont poussé à mettre en scène ‘Targuiya’ ?

Gérard Tolohin : D’abord, c’est une pièce qui a été écrite par un mauritanien (Moussa Diagana, Ndlr) en 2000 et que j’avais déjà mis en scène il y a 4 ans de cela. Je suis resté un peu attaché à cette pièce parce qu’elle touche l’âme mauritanienne même et les fibres sentimentales. J’avais l’impression en travaillant cette pièce-là, on découvrait à peu près certains côtés cachés du peuple mauritanien. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Lorsque vous parlez d’âme mauritanienne, plus précisément, vous faîtes allusion à quoi ? 

Gérard Tolohin : Par exemple aux sentiments, à tout ce qui est de l’ordre du cœur, à tout ce qui se rapporte à la sensibilité. Ce n’est pas tous les jours que les gens abordent ces thèmes là. J’ai trouvé que c’était un aspect assez important de la pièce. C’est pourquoi, je tenais à revoir, à mettre encore en scène cette pièce. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Cette pièce tourne autour de ‘Targuiya’. Qui est-elle ? 

Gérard Tolohin : Targuiya, en réalité, c’est une fille touareg qui a 17 ans et qui est tombée enceinte. C’est une fille qui a eu un enfant illégitime. Elle a été pour cela chassée de sa tribu. On a plus voulu d’elle. Elle erre donc dans le désert avec Houriya qui est la vierge éternelle. Celle-ci va l’aider à remonter le temps c’est à dire à nous parler ce pourquoi elle en est arrivée là : pourquoi, on l’a chassé. Pourquoi, on l’a condamné à une errance sans fin. C’est Houriya qui va l’aider à remonter le temps et par-là nous faire comprendre comment cela s’est passé. Quelles sont les causes de sa condamnation et de son errance actuelle ? 

 

Le Rénovateur Quotidien : On a vu aussi qu’elle ne cessait de se culpabiliser comme si elle avait commis un acte infâme ? 

Gérard Tolohin : Oui ! Parce que psychologiquement, ce n’est pas évident ! Quand une société à laquelle vous appartenez vous exclut, vous perdez toute racine. Evidemment, c’est une fille qui se reproche beaucoup de choses parce que ce n’est facile d’être exclu et personne ne peut le supporter. Par conséquent, son exclusion l’a complètement ébranlé et en même temps, c’est cette exclusion qui va l’amener à retrouver la solitude c’est à dire à travers le puits de la dernière étape. C’est là où elle va se retrouver seule face à elle-même. C’est à dire à retrouver cette paix qu’elle cherchait.

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Le Rénovateur Quotidien : Le collier à perles bleues, l’enfant, la chamelle, la puisette, le puits…sont autant de symboles. Mais en réalité que représentent-ils dans l’imaginaire de Targuiya ? 

Gérard Tolohin : Il y a beaucoup de passages que Moussa Diagana a puisés dans le Saint Coran. Quand on parle de puits de la dernière étape, on fait allusion à l’eau. L’eau c’est la vie. En même temps, nous sommes en plein désert et on sait quel est le symbole d’un puits dans un grand désert. Le puits c’est d’abord le symbole de la vie. Le puits de la dernière étape c’est à dire là où elle va boire une dernière fois probablement, là où elle va retrouver la paix. La paix quand elle est éternelle, c’est certainement la mort ou la folie. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous qui avez mis en scène cette œuvre, pouvez-vous nous dire comment Targuiya en est arrivée à être une fille déchirée par la vie et notamment par son passé ? 

Gérard Tolohin : Euh…d’abord, ce n’est pas facile à 17 ans de tomber enceinte hors mariage. Dans nos sociétés, c’est un contresens même. Elle savait elle-même qu’elle s’était déjà condamnée d’office et qu’il n’y avait pas d’autres portes de sortie que l’exclusion, la mort ou la solitude. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’on peut comprendre par-là, vous avez voulu réactualiser un thème aussi important que la grossesse hors mariage ? 

Gérard Tolohin : Que ce soit la grossesse non désirée ou toute autre chose, c’est difficile dans nos sociétés africaines d’être révolutionnaires. On dit souvent ‘malheur par qui vient le scandale’. Nos sociétés ont certaines valeurs et tout ce qui est brusque ou révolutionnaire est très mal accepté dans nos sociétés traditionnelles. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Targuiya n’est-elle pas à la limite victime de son amour, d’un amour avec un homme que tout séparait ? 

Gérard Tolohin : Oui ! En réalité, l’histoire se déroule dans la société touareg qui est en pleine guerre d’ailleurs jusqu’à aujourd’hui avec la rébellion au Niger, au Mali. Lorsque Moussa Diagana écrivait ce roman, il était représentant du Pnud au nord du Mali. En côtoyant ces touaregs-là, il a eu l’inspiration d’écrire ce roman. C’est un peu une rébellion que d’aimer en temps de guerre. C’est une provocation de parler d’amour alors que les gens se tuent. En réalité, Targuiya c’est une révolutionnaire. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Mais aussi une fille malheureuse ? 

Gérard Tolohin : Elle est malheureuse en même temps elle préfère cela. Pour elle, sa condition c’est d’être malheureuse. Il y en a ceux qui pensent que le malheur ça nous fait exister alors que le bonheur nous ennuie. Par-là, en se rebellant, en souffrant, elle existe. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Ce qui est aussi fascinant dans l’œuvre de Moussa Diagana, ‘Targuiya’, c’est qu’elle met à nu les atrocités de la guerre ? 

Gérard Tolohin : Quand on est confronté à la guerre, ce n’est pas évident. C’est toute une société qui se remet en cause. Les principes évidemment n’ont plus de sens. Ce qui compte généralement, c’est de survivre et là bien sûr il y a des ouvertures par lesquelles certaines personnes revendiquent ou ne veulent plus accepter l’ordre établi. Pour ces personnes, l’ordre établi ne conduit nul part, ça conduit à la guerre. Donc, il y a des contestations qui naissent de toute part. Lorsqu’il y a un conflit qui naît dans une société, c’est clair qu’il y a plus ou moins de confusions qui naissent. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Que représente le bleu de méthylène dans la société touareg ? 

Gérard Tolohin : Les touaregs, on les appelle souvent les ‘hommes bleus’. Le bleu probablement c’est la pureté, le ciel, l’infini…Vous savez quand on est dans le désert, quand vous levez la tête, vous ne voyez que le bleu, le ciel et le sable. Chez les touaregs, selon certaines légendes, c’est le bleu de méthylène qui t’attire beaucoup plus de paix, de bonheur, de chance, de quiétude, l’éternité. Quand vous allez au Niger, dans la région d’Agadès où les touaregs vivent, vous allez remarquer que la couleur est non seulement aimée et désirée par les femmes mais aussi par les hommes. Dans les turbans, les boubous ou les voiles, c’est la couleur bleue qui est la plus utilisée. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Dans ce roman, l’auteur a mis en exergue l’amour. L’amour par rapport à l’environnement et l’amour par rapport aussi aux hommes. 

Gérard Tolohin : Souvent, certains s’imaginent peut-être que certains africains sont différents des autres. Non ! Ils ont aussi leurs sentiments, des choses  qu’ils aiment. Ils sont comme tout le monde. Même si parfois les gens sont trop discrets. Dans leurs sentiments, ils ne sont pas trop expressifs mais au fond d’eux-mêmes il y a un cœur qui bat. Moussa Diagana, c’est quelqu’un qui essaie quand même de dire des choses que peut être tout le monde n’ose pas dire. Les occidentaux sont souvent étonnés lorsqu’un africain leur parle d’amour. Je n’ai jamais compris pourquoi les Africains n’ont pas l’habitude de s’exprimer. C’est des gens très pudiques, très réservés. Dans la société touareg, c’est vraiment la pudeur. C’est comme en Mauritanie où les gens sont très pudiques surtout côté sentimental, les gens n’osent pas s’exprimer.

 

 Le Rénovateur Quotidien : En mettant en scène ‘Targuiya’, n’avez-vous pas eu la sensation de retourner aux sources en l’occurrence le Niger qui est votre pays natal ? 

Gérard Tolohin : Oui, c’est vrai ! On cherche toujours à retrouver son enfance, ses origines. Je ne me suis jamais posé la question mais je crois que ‘oui’. ‘Targuiya’, ça me rappelle le Niger, le pays, l’enfance. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et votre pays vous manque-t-il ? 

Gérard Tolohin : C’est compliqué ! Euh…oui et non ! Parce qu’entre temps, il y a eu d’autres amours. Oui, c’est vrai ça me manque mais ce n’est pas mortel ! Non, je peux survivre à ce manque là ! 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

 

 

( 26 mai, 2008 )

Tourisme: Comment sortir du trou après l’attaque d’Aleg ?

Cinq mois après l’imprévisible et mystérieux assassinat des 4 touristes français près d’Aleg le 24 décembre 2007, l’activité touristique en Mauritanie semble être au bas du trou, une situation en bonne partie imputable au manque de communication efficace du ministère du tourisme et de l’artisanat. Le nombre de touristes en direction de la Mauritanie a fortement chuté depuis l’attaque d’Aleg. 

Juste après les attaques d’Aleg qui a eu pour conséquence immédiate l’annulation du rallye Paris Dakar, on a remarqué une forte régression de l’activité touristique dans tout le pays. Néanmoins, déclarent certains aubergistes, l’activité touristique commence à reprendre souffle petit à petit.

Mais, «ce n’est pas toujours le même niveau de l’année passée (Ndlr, 2007) », précise Berthomé Hermann, gérant de l’auberge Sahara. En outre, poursuit Berthomé Hermann : «Nos meilleurs mois de travail de l’année c’est les mois de janvier et de février qui coïncidaient souvent avec l’arrivée du rallye Paris Dakar. C’est les deux mois les plus forts.

C’est ce qu’on a perdu cette année. Ces deux mois-là, c’est ce qui fait travailler toute l’année. Si tu perds ces deux mois-là, tu as des difficultés pour payer les employés, l’eau, l’électricité, le loyer et tout. » 

Ce ralentissement notoire de l’activité touristique est accentué considérablement par une absence de remise à niveau et de communication au niveau du ministère de l’artisanat et du tourisme. 2008 fut une année dramatique pour les acteurs du tourisme en Mauritanie. Presque 50% de perte sèche pour l’économie nationale. Cela est aggravé aussi par l’absence de subventions pour booster l’activité touristique. 

Après ce qui s’est passé (l’attaque d’Aleg soldée par la mort de 4 touristes français), que faut-il faire maintenant ? Oublier, pensent certains. Car, disent-ils, ce qui est arrivé le 24 décembre 2007 était imprévisible et indépendant des mauritaniens. Ce coup de destin, fortement amplifié par les médias français notamment France 24 et les chaînes satellitaires arabes dont Al Jazzera, bouleversa tout le pays et toute la République. «C’était un peu excessif », pense Berthomé Hermann, gérant de l’auberge Sahara qui existe depuis 2004. 

Cet aubergiste d’origine française est un de ces rares esprits français qui osent décocher des flèches en direction du gouvernement français qui a marqué
la Mauritanie sur la liste des pays terroristes à l’image de l’Irak ou de l’Afghanistan. « La Mauritanie
est loin d’être comme ces pays-là. Loin de là », soutient-il.

Et pour illustrer la papelardise des autorités françaises, que certains appellent ‘deux poids deux mesures’, il cite certains pays qui ont été rudement et pitoyablement frappés par des attaques terroristes. «Au Maroc, il y a eu combien d’attentas ces 5 dernières années, s’interroge-t-il. Le gouvernement français n’a jamais déconseillé à ses ressortissants de ne jamais s’y rendre.

Ici (en Mauritanie, Ndlr), il y a eu un acte et ça y est : on déconseille à tous les touristes de ne pas se rendre en Mauritanie. Pourquoi ? En Espagne, il y a eu combien d’attentats ? On n’a jamais déconseillé aux touristes français de s’y rendre ! À Londres ? Aux Etats-Unis ? Je trouve cela injuste ! » 

Avant le 24 décembre 2007, jour de l’assassinat des 4 touristes français près d’Aleg, l’activité touristique en Mauritanie se portait à merveille. Qu’en est-il aujourd’hui et que reste-t-il de cette image d’Epinal, 5 mois après ce drame qui fit basculer la Mauritanie dans le terrorisme à ciel ouvert avec tous ses corollaires ? Quelles sont les mesures qui ont été prises par les autorités pour redynamiser l’activité touristique de notre pays fortement entamée ? 

Surtout pour un pays qui, dit-on, s’est affirmé sur le plan international comme un pôle de stabilité politique et de sécurité grâce à la maturité de son expérience démocratique, à l’enracinement de ses institutions républicaines et aux valeurs nobles et authentiques de son peuple, caractérisées par l’hospitalité et la tolérance inspirées de la religion musulmane. 

Les autorités du ministère du tourisme et de l’artisanat reconnaissent aujourd’hui que l’attaque d’Aleg et les événements qui s’en suivirent eurent un impact très négatif sur l’activité touristique en Mauritanie qui a chuté de manière vertigineuse. 2008 fut l’année la plus catastrophique pour notre activité touristique.

De 9000 à 12.000 touristes, on est passé à 5000, selon les données fournies par l’Office National du Tourisme Mauritanien (ONT). De quoi susciter la peur et la crainte au niveau du ministère du tourisme et de l’artisanat ! Toutefois, «ça va beaucoup mieux maintenant parce qu’à un certain moment, il y a eu une super médiatisation négative et pendant un mois, on a eu quand même peur », professe Hamady Samba Ba, directeur du département de la communication et de l’information. 

Prenant l’exemple des pays du Maghreb et de l’Egypte qui ont subi ce genre d’événements, monsieur Ba a révélé que la période qui a suivi l’attaque d’Aleg a été une période très difficile. «Il s’agit maintenant, dit-il, de prendre les problèmes à bras-le-corps et de prendre les mesures qui s’imposent pour redémarrer. » 

Et pour redémarrer l’activité touristique, un ensemble de mesures furent prises par les autorités du ministère du tourisme et de l’artisanat pour faire rebondir sur ces deux pattes l’activité touristique qui était fortement écornée par l’assassinat des 4 touristes français près d’Aleg.

Pour dissiper les nuages qui planaient au-dessus de l’activité touristique, une campagne d’explication fut organisée pour expliquer au monde entier que la Mauritanie n’est pas un pays terroriste. L’Office National du Tourisme participera aussi dans les grands salons de tourisme et organisera dans la même veine une rencontre avec les médias occidentaux pour les rassurer. 

Présentement, l’ONT est en train de valider un plan marketing sur 3 ans. Son but, c’est de continuer cette campagne de communication à travers les médias. Une nouvelle approche qui consistera à amener des Edit-Tours composés de journalistes spécialisés et de groupes de tours opérateurs en provenance des pays touristes.

En dehors de ce plan marketing, un film documentaire sera réalisé pour mieux vendre l’image de la Mauritanie à l’extérieur. «Il a fallu que le secteur du tourisme ait des problèmes pour que les gens se rendent compte qu’il occupait une place très importante dans l’économie du pays, affirme Hamady Samba Ba. On s’est rendu compte que le tourisme est un secteur très important qu’il faut revitaliser parce qu’il y a énormément de gens qui vivent de ça. » 

Justement, combien sont-ils, ces personnes qui vivent ou dépendent de l’activité touristique. Difficile d’y répondre car l’Office National du Tourisme ne dispose pas de statistiques. Mais, ont rassuré les responsables de l’ONT, ils vont bientôt procéder à un recensement des personnes gravitant autour de l’activité touristique en Mauritanie pour avoir une base de données. 

Depuis la création de l’ONT en 2002, les opérateurs mauritaniens n’ont plus besoin d’utiliser les stands des marocains, maliens ou sénégalais pour vendre leurs circuits touristiques. Pour faire connaître l’image de la Mauritanie à l’extérieur, l’ONT a du sortir de l’argent pour faire des films documentaires avec Euronews et Liberté TV. 

Située entre le Maroc et le Sénégal, la Mauritanie semble souffrir de la notoriété du tourisme de ces deux pays. «Notre ambition, c’est de faire connaître qu’entre le Maroc et le Sénégal, il y a un pays qui est la Mauritanie. Il nous faut vraiment multiplier les actions et faire une offensive pour que ce pays soit mieux connu », soutient Hamady Samba Ba en citant l’exemple de l’Office National du Tourisme marocain, créé en 1928, qui a des représentations dans tous les pays du monde. 

La beauté du paysage mauritanien, de son désert notamment, constitue un atout non négligeable dans le développement du tourisme en plus de cela, il y a tout pour faire de la Mauritanie une destination privilégiée pour les touristes : les montagnes de l’Adrar, le  banc d’Arguin, Diawling, les paysages naturels de Kiffa qu’on ne  retrouve nulle part ailleurs en Mauritanie. 

« La Mauritanie, c’est toute l’Afrique dans un pays. Ce que les gens trouvent au Mali, on le retrouve à l’est de la Mauritanie. Ce qu’on trouve au Sénégal, on le retrouve au sud de la Mauritanie. Ce qu’on trouve au Maroc, on le retrouve au nord de la Mauritanie », confie Hamady Samba Ba, directeur du département de la Communication et de l’Information à l’Office National du Tourisme qui pense que cela est un avantage que notre pays peut exploiter sur le plan touristique. «On a les mêmes produits et les mêmes potentialités sinon plus, poursuit-il. S’ils vendent mieux, c’est qu’ils communiquent mieux et la communication coûte chère. » 

C’est clair donc. Le salut du tourisme en Mauritanie passera nécessairement par la bataille de la communication. C’est dans ce cadre qu’une Semaine Nationale de
la Mauritanie à Paris sera organisée du 27 mai au 1er juin. Ces journées rentrent dans le cadre des efforts de communication pour restaurer l’image du pays qui a été fortement écornée par les événements qui ont secoué
la Mauritanie. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 26 mai, 2008 )

12 ans après s’être dépossédées de leurs terres

Les populations de Garalol et Diawaldi Mango attendent que justice soit faite

 

Combien sont-elles ces populations qui ont été dépossédées, avec la complicité de certains colonels de l’armée ou de la gendarmerie, de leurs terres de culture ? Cette triste et inoubliable ‘époque’ bâtie sur et par la force ne cesse de nous estomaquer en révélant ses vérités et ses mensonges chaque jour que Dieu fait.

En 1996, en plein régime du président Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya, 19 terres de culture furent l’objet de spoliation dans les localités de Garalol et de Diawaldi Mango dans la Moughataa de Mbagne qui regorge d’importantes potentialités agro-pastorales. Ces terres spoliées depuis 1996 sont placées sous la propriété privée de Mohamed Ould Jouly. A la surprise générale des populations dont la plupart sont des éleveurs, des engins de l’armée nationale vinrent nettoyer de fond en comble ces terres de culture. Sy Moussa Harouna, suppléant du sénateur de Mbagne et simultanément conseiller municipal de Niabina se rappelle encore de ce jour de deuil. «C’était le 19 avril 1996. Il y a eu un déploiement de gros engins dont certains appartenaient à l’armée nationale sur ces terres de culture du Walo qui ont été reprises des mains des populations(…). Quand les populations ont réagi, il y a eu des militaires qui les ont menacé.» 

Depuis ce 19 avril 1996, la situation est restée toujours la même. En vain, à la suite d’une riposte contre cette occupation illégale de l’armée nationale, les populations des localités de Garalol et de Diawaldi Mango ont adressé plusieurs correspondances au wali du Brakna pour obtenir gain de cause. C’était le 3 juin 1996. En 1997 aussi, d’autres lettres de protestation furent adressées aux autorités régionales et départementales. Plus grave encore, les propriétaires de terre dépossédés ne savaient pas qui se  dérobait derrière cette spoliation. «Ce n’est qu’en 2003, rappelle Sy Moussa Harouna au cours d’une conférence de presse organisée dans les locaux du Fonadh ce dimanche 25 mai, que le ministre de l’intérieur de l’époque, sous la pression des populations, a demandé au gouverneur du Brakna d’appeler l’occupant des terres(Mohamed Ould Jouly). Le gouverneur lui a demandé de présenter aux populations les documents justificatifs par lesquels il occupait les terres. » 

Pendant ce temps-là, de 1996 à 2003, les populations auraient entendu toutes sortes de menaces et d’intimidations de la part de Mohamed Ould Jouly hyper protégé par des bras puissants tapis dans l’ombre. 

Les documents dont disposait Mohamed Ould Jouly étaient signés par le gouverneur Ould Maouloud qui donna l’autorisation d’exploiter ces terres de culture tant convoitées et s’étendant sur une superficie de 300 hectares. «A l’époque, le gouverneur n’était pas habilité à donner 300 ha. Pour ce faire, il les morcela en 10 lots de 30 ha chacun. Ces dix lots de 30 ha, il les distribua à 10 personnes. Il s’est trouvé dans les documents que les 9 autres personnes sont fictives. Il n’y a qu’une seule personne qu’on pourrait identifier », s’indigne Sy Moussa Harouna en accusant Mohamed Ould Jouly et Ould Vayda d’être derrière ces actes de vente. 

Pour votre complément d’information, Ould Vayda fut à cette époque colonel et commandant de la base militaire de Bababé. On comprend mieux donc pourquoi, il y a eu la présence des engins de l’armée nationale pour détruire les terres de culture dont dépendent des milliers de famille. C’est ce colonel qui a fait signer ce contrat de vente à Mohamed Ould Jouly, lui aussi, proche parent du colonel Boukhréiss! Leurs signatures figurent dans les contrats de vente de ces terres de culture. 

Ce contrat de vente portait sur 30 ha vendu à 40.000 UM. L’autorisation d’exploitation n’est pas un titre de propriété. Par conséquent, ces terres devaient être retirées d’office. «Mais cela n’a pas été fait », constate Sy Samba Harouna. «Sur la base de ces contrats de vente, un 2ième wali vient et fait des autorisations d’exploitation en se référant au contrat de vente. Alors que ces terres vendues ne sont pas propriété de l’Etat. Ensuite, des terres même appartenant à l’Etat doivent faire l’objet de publication », explique-t-il en notant que ces terres qui sont aujourd’hui au cœur d’un litige appartient à des mauritaniens qui ont été déguerpis durant les événements de 1989 entre le Sénégal et la Mauritanie. 

Désespérés, les propriétaires de ces terres de culture ont adressé ces derniers jours des missives au hakem de Mbagne, au wali du Brakna et même au Président de la République. Mais jusqu’à présent, ils n’ont reçu aucune suite favorable. Pour rappel, le 5 mai 1991, les populations de ces localités avaient signé avec la Sonader un contrat pour l’aménagement de ces terres de culture. Cela s’inscrivait dans le cadre du projet IDA. 

En Mauritanie, les titres fonciers sont régis par l’ordonnance n° 83-127 qui reconnaît 3 types de régimes fonciers : il s’agit du régime foncier issu de l’Afrique Occidentale Française, du régime foncier sur les droits de propriété relevant des pratiques traditionnelles du droit musulman et enfin le régime foncier sur la propriété individuelle des terres propriétés de l’Etat. 

Ces terres qui font aujourd’hui l’objet de litige sont réglementées par le régime foncier issu de l’AOF. Ce régime est maintenu et toujours reconnu par la loi sur le régime foncier. Elles sont immatriculées au registre foncier n° 4 de la subdivision de Boghé. «Nous tenons à ce que l’Etat qui est le premier responsable de l’application des textes fasse respecter et faire respecter par son administration le contenu des textes. Malheureusement, nous constatons que les premiers à violer les textes, ce sont les autorités administratives régionales. Lorsqu’une autorité se permet d’agir de la sorte et que son acte reste impuni, les populations continuent à supporter ces genres d’injustice, c’est vraiment malheureux », regrette Sy Samba Harouna. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

 

 

( 26 mai, 2008 )

Passif humanitaire et unité nationale: Les journalistes à l’école de la sensibilisation

Le Pnud en collaboration avec la Commission Nationale des Droits de l’Homme en Mauritanie et le National Democratic Institute a organisé une rencontre à l’hôtel Marhaba ce dimanche 25 mai avec les médias dans le cadre de la semaine de sensibilisation pour le règlement du passif humanitaire et le renforcement de l’unité nationale en Mauritanie en présence de Savage Tyrone, expert du Centre International pour la justice transitionnelle, qui a fait une brève présentation sur l’importance d’un processus de réconciliation respectant les standards internationaux  et le rôle des médias.

L’objectif premier de cette rencontre est de sensibiliser les journalistes sur le règlement du passif humanitaire et le renforcement de l’unité nationale. Chacun, au cours de cette rencontre, y est allé de sa propre vision des choses.

«L’unité nationale passe d’abord par la réconciliation nationale. Réconciliation nationale ne veut pas dire réconciliation ethnique entre les populations. Mais, il s’agit plutôt de réconciliation avec un grand ‘S’. Réconciliation des populations avec l’Etat, des populations avec les politiques, de réconciliation des hommes politiques entre eux, de réconciliation entre les communautés, de réconciliation de l’armée entre eux…(…). C’est tout un ensemble de réconciliation qui va nous ouvrir la convergence de l’unité nationale », pense Mohamed Vall O. Oumeire, directeur de publication de la Tribune.

Depuis l’accession de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi à la tête de l’Etat, d’importants jalons allant dans le sens du renforcement de l’unité nationale ont été posés. C’est ainsi que des journées nationales de concertation sur le retour des déportés et le règlement du passif humanitaire furent organisées.

«Nous avons tiré une grande leçon des événements de 1989. Tous les mauritaniens confondus ne vont plus accepter cela », prédit Isselmou, directeur de publication de Tahalil Hebdo, qui a refusé toute comparaison avec ce qui s’est déroulé en Afrique du Sud, en Cote d’Ivoire, en Sierra Leone… «Mais quand même il y a eu des remords, reconnaît-il. Les gens ont tiré de ces douloureuses expériences la volonté de ne plus recommencer. »

Le processus de diabolisation(entretenu par un régime et non par une communauté)  atteignit son paroxysme lorsqu’on a fait croire, en 1986 à la suite d’un putsch tenté et manqué par des noirs, à la communauté maure(victime de manipulation) qu’on voulait les exterminer un par un. S’ensuivit une chasse à l’homme dans les rangs de l’armée qui dura des années. Ceci a engendré ce qu’on appelle aujourd’hui le passif humanitaire qui reste encore un sujet tabou même si on en discute.

«Il ne faut pas confondre amnistie nationale et amnésie nationale. Dans ce dossier-là, l’essentiel c’est de rétablir la vérité, de redonner aux victimes leur dignité. L’essentiel, c’est de réparer les torts », souligne Isselmou en refusant l’idée que la Mauritanie est divisée en deux camps antagonistes qui se regardent en chiens de faïence. «Dire non plus qu’il n’y a pas de rancœur ou de frustration, c’est faire preuve de cécité », dit-il en préconisant la création d’une commission autonome mais limitée dans le temps pour régler le problème du passif humanitaire dans le consensus.

Il faudrait que les mauritaniens, pense Moussa Ba journaliste à Biladi,  traient la question du passif humanitaire et le renforcement de l’unité nationale en Mauritanie avec un certain détachement pourqu’on puisse s’acheminer vers l’essentiel.

«Au-delà du règlement du passif humanitaire, c’est d’abord un problème d’Etat. Il y a eu un régime à un certain moment qui a commis des crimes. Ce n’est pas vraiment une affaire qui doit entraîner ou être discutée au niveau de la base des différentes communautés », a laissé entendre Khattat, rédacteur en chef de Nouakchott-Info.

«On a besoin aujourd’hui de renforcer l’unité nationale. Au niveau des partis politiques, il y en a certains qui véhiculent des messages politiques très dangereux comme le partage du pouvoir entre les Noirs et les Maures », conclut-il.

«En 1989-91, ce qu’il y a eu, enchaîne Khalilou Diagana, journaliste au Quotidien de Nouakchott, ce n’est pas deux communautés comme au Rwanda qui se sont charcutées à coup de hache. Il arrive parfois que des journalistes écrivent sur ça en parlant d’ affrontements interethniques. »

Et par rapport au passif humanitaire, il poursuit en rappelant que c’est un Etat qui, à travers son armée, son administration, sa police, a réprimé une partie de la population. «Je ne crois pas au rappel historique ou à une histoire commune comme facteur d’unité nationale. L’unité nationale se fera avec moins de discrimination, avec moins d’hégémonie. Pour moi, rappeler qu’une mauresse s’est mariée à un soninké, ça ne rapporte rien à l’unité nationale. En Mauritanie, dire qu’il n’y a pas un problème entre noirs et maures, ce n’est pas exact », dit-il en s’appuyant sur l’exemple du système éducatif.

«De 1979 à 1999, pendant 20 ans, dans ce pays-là, il y a eu deux écoles. L’école des arabes et l’école des négro-africains. Cette fracture scolaire a créé deux générations de mauritaniens qui ne peuvent pas communiquer. »

Cependant, avec la dernière réforme qui a été initiée par le ministère de l’Education Nationale, les choses commencent à redevenir normales. L’unité nationale passera aussi et nécessairement à travers les programmes éducatifs, socio-économiques.

Cela est d’autant plus urgent que la Mauritanie connaisse un taux de pauvreté très élevé. Par conséquent, la lutte contre la pauvreté peut constituer un moyen de renforcer l’unité nationale. Les questions économiques et les changements des conditions matérielles sont essentielles dans la vie des gens. Les récentes violences xénophobes en Afrique du Sud sont là pour nous rappeler la triste réalité.

A l’issue de cette rencontre, tout le monde a compris qu’il y avait une nécessité de se réconcilier pour avoir l’unité nationale en transcendant les divisions. Mais cela passera par la normalisation de la société et la réparation des préjudices causés aux victimes. Cela est de la responsabilité de l’Etat mauritanien.

C’est vrai parler de violations des droits humains en Mauritanie, c’est parfois choquant et dérangeant. Mais il faut faire avec pour rétablir la vérité. C’est aux mauritaniens de voir les stratégies qui peuvent marcher en engageant  le dialogue et de voir ce qu’il faut dans le règlement du passif humanitaire.

Sans la vérité, nous n’avons rien, nous ne pouvons pas connaître l’ampleur des torts et les victimes n’oublient jamais. On ne peut plus ressusciter ces morts mais la République peut les honorer en leur bâtissant des mémorials, des édifices ou des monuments en guise de souvenirs.

Babacar Baye Ndiaye    

( 28 mai, 2008 )

Monza:Le Président 2 la Rue Publik

Son véritable nom, c’est Kane Limam. «Comme l’imam de la mosquée », tient-il à préciser sur un air bouffon et détendu. Il est habillé comme un petit maure. Cela veut dire que vous êtes un imam. «Non, je ne suis pas un imam. C’est mon prénom, Limam. Voilà. » Mais il est plus connu sous le nom de Monza. Un nom assez bizarroïde et d’ailleurs qu’est-ce que c’est. «C’est un pseudo, un nom d’emprunt, un nom d’artiste. Pourquoi Monza ? Parce que je cherchais un nom qui pouvait refléter l’être noir en tant que personne. Dans mes recherches, j’ai vu qu’en 1770, il y avait dans les Caraïbes une prison, une sorte d’escale, un cachot où passaient des esclaves avant d’être amenés au marché des esclaves. Ce cachot s’appelait Monza. C’est un nom qui m’a marqué et je l’ai adopté. Après, il y a eu des similitudes avec le grand circuit automobile Monza. Il y a des sociétés qui s’appellent aussi Monza. C’est une coïncidence, je ne sais pas ! En tout cas moi, c’est plus par rapport à ce cachot d’esclaves. Sinon Monza veut dire : Musique Originale Native de la Zone Authentique. » 

Monza, comme il l’a rappelé lui-même, a commencé à faire de la musique Rap proprement dite à partir de 1997. «Mais, je l’ai commencé en 1995 », souligne-t-il. Depuis quelques jours, il a enterré sa vie de célibataire. Au fait, comment l’a-t-il connu ? «Ben ! On s’est rencontré ici à Nouakchott. Elle est française. Elle est venue travailler en Mauritanie. On s’est rencontré et(il respire bien) puis voilà. » Mais dans quelles circonstances ? «Disons qu’on s’est côtoyé un peu et puis cette relation est née. » Son nom ? «Je veux garder le nom de ma femme pour moi à l’opinion publique qui n’a rien à savoir du nom de ma femme. » Ah bon ! «Si vous voulez, elle s’appelle Aïchétou Kane. » Un prénom musulman. Est-ce qu’elle s’est converti à l’Islam ? «Ça personnellement, c’est une question à laquelle je ne voudrai pas répondre. » Pensez-vous à prendre la nationalité française puisque vous avez épousé une française ? «Jamais de la vie ! Je ne pense pas que j’ai besoin de la nationalité française. Je suis mauritanien. Je compte le rester. Je sais que beaucoup de gens peuvent le penser. En se mariant avec une occidentale, ça peut faciliter beaucoup de choses. Mais je pense déjà en tant qu’artiste mauritanien, je me dois de représenter mon pays avec ma nationalité et ma fierté aussi de mauritanien. Jamais je ne changerai de nationalité. » C’est vrai que tu es marié maintenant. Mais aussi, tu es chanteur célèbre souvent courtisé par les jeunes filles. Comment vas-tu gérer ta vie de couple ? «S’il s’agit de vie de couple ou de vie de famille, c’est déjà une responsabilité du moment qu’on se lève pour se marier, c’est parce qu’on a envie de ça, de stabilité. Je sais où vous voulez en venir. Je sais que les artistes ne tiennent pas leurs ceintures comme on dit. Moi, je ne suis pas de ces genres-là. Je ne veux pas être de ces genres-là. Je vis avec une femme. Je l’aime. Elle aime. Je la respecte et le respect, c’est la base de tout. » Monza polygame ? Monza se lancer dans la polygamie ? «Non ! Ça ne fait pas partie de mes principes. » On vous a tiré par les oreilles ? «Non ! Pas du tout. Chez moi, c’est moi qui porte la culotte(éclats de rire). » 

En juin 2004, il sort ‘Président 2 la Rue Publik’ et en juillet 2007 ‘Incontextablement’. Il a participé aussi à de nombreuses compilations : ‘bloc partie 2’ de Dj Manitou, ‘l’art de la RIM’(1ier compil de Rap mauritanien), ‘Egotripscratchness’ de Dj Gee Bayss, ‘Out Her’ sorti en Allemagne avec la participation entre autres de Tiken Jah Fakoly, Awadi, ‘African Rebelles Music’. Actuellement, il est en train de préparer un 3ième album qui va s’appeler ‘Motus bouche cousue’ prévu en 2009.

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Il se définit comme étant ‘Le Président 2 la Rue Publik’. «Un jour, on(il était avec quelqu’un d’autre) a vu une rue privée marquée quelque part. J’ai barré ‘privé’ et à la place j’ai mis ‘publik’. Sinon pourquoi Président 2 la Rue Publik ? Déjà, je suis un observateur de ce qui se passe, de ce que fout la République, je dis bien la République. Dans ce que je fais, il y a cette vision de la République. D’un autre coté aussi, comme le Rap vient de la rue, je fais une petite ‘provocation’ linguistique en déformant cette République en rue publique et faire un hommage à la rue d’où vient le Rap et le Hip Hop. » 

Il est souvent taxé à tort ou à raison d’être l’intello des rappeurs mauritaniens. «Je ne sais pas mais les gens le disent c’est peut-être vrai. Personnellement, je ne conçois pas cette idée-là que je suis l’intello du Rap mauritanien. Non ! Je dirai que je suis un artiste qui dit ce qu’il pense. » 

Est-ce qu’aussi que vous êtes un homme hautain ? Mais aussi quelqu’un de très têtu ? Un despote en quelque sorte qui n’aime pas qu’on le contrarie. D’ailleurs, vous ne prenez que des décisions unilatérales ? «Non ! Je dirai que j’ai défaut : c’est d’être perfectionniste. Que ce soit dans un groupe, un collectif, un projet, dans une action lambda, j’insiste beaucoup sur la clarté des choses, sur la perfection et sur la qualité pour qu’il n’y ait pas de distance ou d’amalgame. Certaines personnes avec qui je travaille n’ont pas de recul sur certains petits détails. Pour eux, ce n’est pas grave, on peut passer. Pour moi, tant que ce n’est pas parfait, on ne peut pas passer. Même si personne n’est parfait. » 

Le micro représente beaucoup de choses pour lui. C’est un instrument par lequel, il fait passer sa pensée, son état d’esprit, un message pacifique. Pour lui, c’est un instrument par lequel il véhicule un message d’unité. Pour autant, on le reproche d’être un toubab. La preuve, il ne chante qu’en français surtout de la part d’un poular comme lui. «Je ne suis pas un toubab. Je suis un hall poular. Je suis un Kane. Je viens d’une famille maraboutique. Si aujourd’hui, je rappe en français, c’est parce que dans ma vision, ce que j’exprime, je voudrai l’exprimer à un public beaucoup plus large. M’exprimer en poular, il n’y aura que mes parents poular qui vont me comprendre alors que si je m’exprime en français, je sais que mes parents poular me comprendront puisque beaucoup d’entre eux ont fait l’école(…) Par contre, je ne chanterai en poular quand il faudra chanter en poular. Par exemple, j’ai traduit la déclaration universelle des droits de l’Homme en poular pour l’intérêt de la communauté et pour qu’ils puissent aussi comprendre leurs droits. De même que les soninké, les wolofs puissent avoir cette déclaration dans leur langue maternelle. Pour des choses comme ça, je suis prêt à chanter en poular. Je ne suis pas ethniste. Je suis universaliste. » 

Monza, c’est aussi un homme ambitieux. Il rêve même d’exporter le Rap Mauritanien. Mais «il y a des choses qui se font ici très mal. Je dirai aussi que le monde culturel de la Mauritanie ne se rend pas compte du potentiel qu’il y a ici. Mon ambition première, c’est de faire prévaloir la Mauritanie à l’extérieur pour qu’un jour dans les informations qu’on parle de la Mauritanie autrement que ce que nous nous entendons comme par exemple on a tué 4 touristes français, on a arrêté des salafistes. Ce n’est pas cette vision de la Mauritanie que je voudrai montrer.  Je voudrai plutôt montrer une Mauritanie positive, une Mauritanie avec des talents, des potentiels. Voilà pourquoi je vais essayer avec l’aide de certaines personnes ici monter un bureau export de la musique c’est à dire essayer d’être en contact avec des gens à l’extérieur pour faire valoir les artistes mauritaniens. »   

Il fait partie aujourd’hui de la 1ière génération de rappeurs mauritaniens. Son regard sur le Rap mauritanien est teinté d’optimisme. «Le Rap mauritanien est en train d’éclore. Le Rap est en train de sortir de l’ombre. mais le Rap mauritanien a aussi un gros problème. Il y a beaucoup de jalousie et d’hypocrisie entre les artistes alors qu’on devrait avoir plutôt un esprit de communion et d’harmonie pour que ce mouvement ait une base solide. C’est dommage qu’il y ait une partie de cette communauté de Rap qui sabote mais heureusement qu’il y a quelques jeunes qui refusent et essaient de se battre pour qu’on reconnaisse le Rap en Mauritanie. » 

Pas la peine de lui poser la question sur les jeunes qui l’impressionnent ou essaient comme il dit de se battre pour l’éclosion du mouvement Hip Hop en Mauritanie. «Je ne veux citer de nom parce que quand je cite quelqu’un, ça peut amener des histoires. Je sais quand même qu’il y a des groupes de Rap mauritanien que je respecte beaucoup pour leur attitude et surtout pour leur travail. » 

A ses yeux, ce qui manque au Rap mauritanien, c’est d’avoir une bonne diffusion. «Il faut qu’il y ait des espaces où on peut diffuser du Rap mauritanien, des points de distribution des produits mauritaniens et aussi une instance de protection des œuvres des artistes mauritaniens. » 

Si un jour, le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi l’appelle et lui fait part de son intention de lui confier le ministère de la culture, il lui répondrait sans réfléchir : «Je ne peux pas porter une casquette de ministre parce que parce que je n’ai pas la capacité pas intellectuelle mais  la capacité morale car un ministère c’est des pots de vin et moi je ne veux pas approcher ça. Par contre, si on me proposait aujourd’hui de venir travailler au ministère de la culture en tant que coopérant, monteur de projet, organisateur événementiel, je viendrais travailler gratuitement avec certaines garanties. » 

 

 Babacar Baye Ndiaye 

 

    

( 28 mai, 2008 )

Loi n° 048-2007: A quand l’adoption des décrets d’application ?

Les pratiques esclavagistes ne sont pas encore éradiquées définitivement. En dépit de l’ordonnance n° 81.234 en date du 9 novembre 1981 abolissant l’esclavage, la loi n° 2003-05 du 17 juillet 2003 portant répression de la traite des personnes, la loi n° 2005-015 portant code du travail et récemment la loi n°048-2007 sur l’esclavage et les pratiques esclavagistes. Sur le plan politique, l’adoption de telles dispositions constituent à n’en pas douter des avancées considérables et significatives mais elles restent toutefois inopérantes en raison du manque de mise en œuvre d’une tactique de communication appropriée. La sensibilisation n’a atteint que peu de localités du pays. Les campagnes de sensibilisation ne mobilisent pas tous les acteurs de la société civile notamment les oulémas et les imams qui doivent transmettre l’esprit de cette loi au travers de leurs prêches dans toutes les mosquées du pays.

Tout cet arsenal juridique ne semble pas circonscrire le problème et son ampleur encore moins satisfaire les attentes notamment des associations de défense des droits de l’Homme.

C’est dans ce cadre, conformément aux engagements des pouvoirs publics, le législateur est appelé à renforcer les normes en vigueur relatives à l’esclavage en incriminant et en réprimant les pratiques qui lui sont liées. Ainsi donc, par cette loi(n°048-2007) portant incrimination et répression de l’esclavage, les autorités de la République visent l’élimination de toutes les tares héritées du passé, la promotion d’une culture d’égalité, de tolérance et de citoyenneté et la mise en place de conditions favorisant le progrès et l’émancipation de tous les mauritaniens. 

Lors de l’adoption de cette nouvelle loi à l’Assemblée Nationale, les députés n’ont pas tenu compte de la convention de Genève de 1956 relative à l’esclavage et la convention supplémentaire relative à l’abolition de l’esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et pratiques analogues à l’esclavage de 1956. Et pourtant, ces deux conventions ont été ratifiées par la Mauritanie. Ce qui n’est pas du goût des associations de défense des droits de l’Homme qui ont regretté que la définition de personne de condition servile n’ait pas été retenue et la restriction des peines prévues dans l’article 4 de la loi n° 048-2007. Par rapport à l’article 15 de la même loi, les associations regrettent qu’elles ne se voient pas reconnaître la possibilité de constituer partie civile alors que la plupart des victimes de pratiques esclavagistes n’ont pas nécessairement la capacité physique ou morale de porter plainte ou font bien souvent l’objet de pressions extérieures les amenant à retirer leur plainte. Dès lors, estime Boubacar Messaoud président de S.O.S. Esclaves, il est indispensable qu’une organisation de défense des droits humains ait la possibilité de porter plainte en lieu et place des victimes ou de joindre une plainte à celle de la victime qui resterait valable même en cas de désistement de la victime. L’assistance aux victimes à tous les stades de la procédure est certes indispensable, toujours selon lui, mais elle n’est pas suffisante et elle doit absolument être accompagnée de la possibilité de se constituer partie civile.   

Pour que cette loi puisse porter ses fruits et répondre aux attentes des victimes de pratiques esclavagistes, il est nécessaire que des décrets d’application soient adoptés afin que les meilleures conditions d’application de la loi soient réunies et que des mesures d’accompagnement de la loi soient mises en place. 

Dans leurs recommandations relatives au suivi de l’application de la loi, les organisations de défense des droits de l’Homme comme SOS Esclaves, le Fonadh et l’Amdh ont demandé aux pouvoirs publics de créer une commission d’enquête indépendante chargée d’enquêter sur l’ampleur des pratiques esclavagistes en Mauritanie, de mettre en place une institution gouvernementale spécialisée ayant compétence pour coordonner la lutte pour l’éradication de l’esclavage, des pratiques analogues à l’esclavage et de leurs séquelles vers laquelle toute victime et ses descendants auraient la possibilité de se tourner mais aussi de créer des structures de réinsertion sociale et économique pour les victimes de l’esclavage ou de pratiques analogues dont l’action serait coordonnée par une Agence Nationale pour l’Eradication de l’Esclavage et ses Séquelles.  Même si l’égalité de tous les citoyens, sans discrimination aucune, est un principe fondamental, constitutionnellement reconnu par tous les textes fondamentaux depuis notre indépendance, la persistance d’inégalités effective a, néanmoins, continué à entretenir la discorde et les divisions. 

Babacar Baye Ndiaye

( 28 mai, 2008 )

Procès des présumés salafistes: La défense accuse le parquet d’empiéter sur le dossier

Au cours d’une conférence de presse organisée hier à l’hôtel Khaïma en présence des familles des présumés salafistes et des Organisations de défense des droits de l’Homme, les avocats de la défense ont dénoncé vigoureusement les empiétements du parquet sur le dossier des salafistes dont le procès vient de débuter il y a 3 jours après moult tergiversations. Les avocats de la défense ont convié la presse pour la mettre au parfum du déroulement de la gestion de ce procès qu’on appelle communément le dossier des salafistes. Les avocats de la défense, au cours de cette conférence de presse, ont relevé un certain nombre d’atteintes aux droits de l’homme ont émaillé le déroulement du procès depuis son commencement. Ils n’ont pas pris de gants aussi pour dénoncer la volonté du parquet de faire dessaisir le juge d’instruction du 3ième cabinet qui avait en charge ce dossier. Ce dessaisissement s’explique, selon les avocats de la défense, par le fait que ce même juge d’instruction  n’avait pas obéi aux demandes introduites par le parquet. A leur grande surprise, ils apprirent, ce mercredi 28, que le parquet a voulu faire des pressions au niveau de la chambre d’accusation pour  dessaisir ce dossier des mains du juge d’instruction du 3ième cabinet.  La chambre d’accusation a balayé d’un revers de la main cette demande introduite par le parquet tout en maintenant la compétence du juge d’instruction du 3ième cabinet. 

Les avocats ont salué la décision qui a été prise par le juge d’instruction et celle qui a été rendue par la chambre d’accusation. Ils ont rappelé  aussi qu’ils ne fermeront pas les yeux les empiétements de l’autorité exécutive par rapport à la liberté et à l’indépendance de la justice dans ce dossier sensible. 

Les avocats de la défense ont estimé que pour faire face à ce phénomène de terrorisme, l’Etat doit prendre les mesures qui s’imposent en vue de garantir la sécurité publique. C’est là un gage de confiance et de respect pour  protéger les libertés et assurer l’indépendance de la justice. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 28 mai, 2008 )

Sékou Yalani Kéita, directeur artistique des ‘Sardines de Conakry’

« Il faut qu’il y ait une synergie d’actions au niveau des Etats de l’Afrique de l’Ouest pour lutter contre le phénomène de la vente des enfants » 

 

Les Sardines de Conakry est un groupe de théâtre d’origine guinéenne qui était de passage à Nouakchott, dans le cadre d’une tournée sous-régionale, pour y jouer ‘Ma Famille’ ce mardi 20 mai au CCF. Cette pièce créée en avril 2006 est d’une plaisanterie impitoyable et d’une tendresse détonnante tout en nous poussant à réfléchir sur la place de l’enfant et de l’être âgé dans les sociétés africaines. On est plongé dans un pays dans lequel il est naturel de vendre ses enfants quand on a du mal à finir la fin du mois et où l’on peut les racheter parfois aussi pour une fête de famille par exemple. Nous nous sommes entretenus avec Sékou Yalani Kéita, directeur artistique et en même temps comédien du groupe de théâtre ‘Les Sardines de Conakry’ pour qu’il ne parle un peu de ce phénomène de la vente des enfants notamment en Afrique de l’Ouest. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Quel est le message que vous avez voulu faire passer avec cette pièce ‘Ma Famille’ qui parle de la vente des enfants en Afrique ? 

Sékou Yalani Kéita : On voulait monter une pièce de théâtre sur la vente des enfants et ça a coïncidé à une campagne de sensibilisation de l’Unicef/Guinée Conakry sur la traite des enfants. Le metteur en scène (José Renault, Ndlr) étant en France, il avait déjà monté ce spectacle. Ce dernier nous a proposé un spectacle sur ce thème et on a monté ce projet. Lorsqu’on a amené ce projet au niveau de l’Unicef, on nous a soutenus. Avec le centre culturel franco-guinéen de Conakry, on a monté le spectacle. On a fait des tournées dans les établissements scolaires pour sensibiliser les gens parce que la traite des enfants gagne du terrain en Afrique. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Peut-on savoir ce qui a vous concrètement amené à mettre en scène cette pièce ? 

Sékou Yalani Kéita : Nous avons constaté que la traite des enfants est en train de gagner du terrain en Afrique. En Guinée, par exemple, on a failli même brûler une femme à cause de ça, le lendemain de la fête de ramadan parce qu’elle avait pris les enfants de ses voisins avec ses enfants. Ils allaient saluer un de leurs parents comme ça se fait durant les fêtes chez nous. Les gens pensaient qu’elle allait prendre les enfants. On a brûlé sa voiture. On l’a frappé. 

  

Le Rénovateur Quotidien : Et vous estimez donc que les artistes ont un grand rôle à jouer dans le domaine de la sensibilisation en ce qui concerne ce fléau qui est en train de gagner du terrain sur le continent africain ? 

Sékou Yalani Kéita : Un rôle très, très important parce que déjà ce qu’on fait dans les écoles a porté ses fruits. Les élèves ont compris. Ils ont posé des questions pour savoir vraiment c’est quoi la traite des enfants. C’est quelle forme ! On a pu discuter avec eux et les expliquer très clairement ce que c’est la traite des enfants. On croit que ça peut porter quelque chose. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Par rapport à la traite des enfants, où en est-on actuellement et ne pensez-vous pas avec l’ampleur de ce phénomène qu’il devrait y avoir une synergie d’action au niveau des Etats de l’Afrique de l’Ouest ? 

Sékou Yalani Kéita : Euh…ça évolue très vite. Ça part à une vitesse de croisière. En Guinée par exemple, la traite des enfants, l’enlèvement des enfants est un phénomène très développé. Tout le temps, les enfants disparaissent et on les rattrape souvent au niveau des frontières. On enlève aussi les enfants pour les amener dans les plantations de cacao en Côte d’Ivoire. C’est vraiment un fléau ! Mais comme vous avez dit tout à l’heure, il faut qu’il y ait une synergie d’action au niveau des Etats de l’Afrique de l’Ouest pour lutter contre le phénomène de la vente des enfants. C’est le bouleau des hommes politiques, des gouvernements. Ce que nous pouvons,  nous les artistes,  c’est de sensibiliser. Si les gouvernements se consultent entre eux, je pense qu’ils peuvent faire quelque chose pour lutter contre la traite des enfants. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez joué aussi au Bénin où la traite des enfants est très développée. Est-ce que vous avez réussi à faire comprendre votre message ? 

Sékou Yalani Kéita : Au Bénin, l’Unicef avait amené 100 enfants pour suivre notre spectacle. Nous pensons que s’ils sont là, c’est parce que le message les intéresse. Dès qu’ils ont vu l’affiche qui portait sur la traite des enfants, ils ont acheté 100 places pour amener les enfants suivre le spectacle. A la fin, ils étaient très contents en estimant que c’était une bonne pièce qui mérite d’aller partout pour sensibiliser les gens sur la traite des enfants. 

  

Le Rénovateur Quotidien : Après avoir sillonné presque toute l’Afrique de l’ouest, pensez-vous que votre message a été entendu ? 

Sékou Yalani Kéita : Bien sûr ! On espère aussi que le message sera retenu par tout un chacun et qu’on essayera de bannir ce fléau qui gagne du terrain sur notre continent. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et au niveau de votre pays, est-ce que des actions ont été menées pour contrecarrer ce phénomène des temps modernes ? 

Sékou Yalani Kéita : Oui ! L’Unicef est en train de travailler dessus et mène vraiment une forte campagne de sensibilisation contre la traite des enfants.

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Le Rénovateur Quotidien : Saviez-vous que la traite des enfants existe aussi en Mauritanie ? 

Sékou Yalani Kéita : On n’a pas pu discuter avec les gens. On devait venir dimanche (18 mai, Ndlr) à 11 heures. On est venu lundi (19 mai, Ndlr) finalement à 3 heures du matin. On a lu dans un journal (City Magazine, Ndlr), on parle des talibés dedans. On s’est rendu compte que la traite existe vraiment en Mauritanie aussi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Pouvez-vous nous éclairer un peu sur ‘Les Sardines de Conakry’ ? 

Sékou Yalani Kéita : Les Sardines de Conakry sont en fait nées en 1999 à la faveur d’un atelier organisé par l’Alliance franco-guinéenne de Conakry de l’époque. Il y avait un représentant de chaque troupe sur Conakry. A la fin de la création, on a pu monter une pièce de Williams Shakespeare (le conte d’hiver) qui fut un bon spectacle. Nos amis français qui étaient là ‘Cartoons Sardines de Marseille’ nous ont surnommés ‘Les Sardines’ pour mettre un pont entre la Guinée et Marseille. On a pu faire une tournée sous-régionale en 2000. C’est eux qui nous ont proposés de nous faire appeler ‘Les Sardines de Conakry’. 

  

Le Rénovateur Quotidien : Quel bilan faites-vous de vos 9 ans d’existence sur la scène théâtrale guinéenne et africaine ? 

Sékou Yalani Kéita : C’est très positif. Depuis la création de notre troupe théâtrale, on a pu faire une tournée sous-régionale en 2000. On a fait deux tournées en France. On est passé presque à tous les grands festivals africains. En 2008 encore, nous sommes en tournée sous-régionale. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Sous Sékou Touré, la Guinée fut un grand pays de culture. Est-ce qu’il l’est toujours ? 

Sékou Yalani Kéita : Il n’y a pas une politique culturelle en Guinée depuis la mort de Sékou Touré. Lui, son truc, c’était la culture. Il a tout mis sur la culture. C’est un burkinabé qui nous a dit, le professeur Jean-Pierre Guinganné, qu’on a connu l’Afrique de l’Ouest grâce à la musique guinéenne. Nous, le théâtre, c’est déjà une passion. J’aime ça. Je veux faire ça toute ma vie. Dire qu’on va gagner quelque chose dedans, c’est autre chose. C’est peut-être après. La culture, sans la culture, on ne peut pas parler de développement d’un pays. 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

  

 

( 31 mai, 2008 )

Une étonnante love story à la mauritanienne!

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Mohamed Ould Ahmed Ould Alweynat et Mariem Mint Mohamed Mahmoud Ould Jily sont un couple originaire de Kiffa. Le premier est issu de la caste des Oulad Sidi El Wavi. La seconde de la caste des Oulad Sidi Boubacar. Leur tort, c’est de s’aimer. Leur malheur a commencé le jour où ils ont décidé de se marier. Cette union conjugale est mal vue par les parents de Mariem Mint Mahmoud Mohamed Ould Jily parce que tout simplement ils ne sont pas du même rang social.

Pour eux, Mohamed Ould Ahmed a franchi le Rubicon en osant se marier contre leur volonté avec leur fille qui est issue de sang supérieur au sien. Par une décision judiciaire en date du 9 janvier 2007 émanant du tribunal départemental de Kiffa, Mohamed Ould Ahmed Ould Alweynat et Mariem Mint Mohamed Mahmoud Ould Jily se sont mariés.

Cette décision a provoqué le courroux de Mohamed Mahmoud Ould Jily, père de la nouvelle mariée. Considérant cela comme une offense insoutenable, il porte plainte avec l’aide et la pression de Didi Ould Bounama, ex-ministre de la justice, ex-président de la cour suprême et du conseil constitutionnel.  C’est lui qui sera à l’origine de la convocation de Mohamed Ould Ahmed devant le procureur de la République de Kiffa. A son tour, comme un jeu de ping pong, il le renvoie devant le juge d’instruction. Celui-ci, après enquête, rend une décision de non-lieu le 17 janvier 2008. Ainsi déboutés par le tribunal départemental de Kiffa, les parents de la femme portent l’affaire devant le tribunal départemental de Guerrou qui rend un jugement ‘contradictoire’ en l’absence de l’accusé, Mohamed Ould Ahmed Ould Alweynat.

Par la force, les parents de la femme ont fait exécuter ce jugement de première instance susceptible d’appel. Pour enterrer ce mariage ‘illégal’ à leurs yeux, ils proposent à Mohamed Ould Ahmed Ould Alweynat un compromis au terme duquel il va abandonner son épouse qui est actuellement en état de grossesse.  Aux yeux de leur avocat, maître Ahmed Bezeid Ould Mohamed El Mamy, c’est attentatoire aux libertés humaines et à la bienséance. Quant à Aminétou Mint Ely Moctar, présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille, s’est dit choquée de voir de telles pratiques perdurer encore dans une société qui se proclame démocratique et se voudrait respectueuse des droits de l’Homme.

Elle a fait savoir que cette volonté des parents de Mariem Mint Mohamed Mahmoud Ould Jily de la séparer de Mohamed Ould Ahmed est une violation de la Constitution et un mépris du Code du Statut Personnel.

Elle a, par ailleurs, dénoncé les pressions exercées sur la personne de Mohamed Ould Ahmed Ould Alweynat par la gendarmerie et le procureur de la République de Guerrou.

Tout en appelant les autorités à prendre leur responsabilité sur cette affaire qui pourrait avoir un impact négatif sur la santé de la femme qui est en état de grossesse avancé (8 mois), la présidente de l’Afcf a exprimé  son inquiétude sur la tournure que cette affaire est en train de prendre. Cette affaire pourrait être une possibilité pour d’autres personnes à tenter la même chose. 

Mohamed Ould Ahmed Ould Alweynat pris en charge par la Commission Nationale des Droits de l’Homme est actuellement recherché par la gendarmerie et risque la prison.  Babacar baye Ndiaye

( 31 mai, 2008 )

Point de presse de M. Khalil Ould Ennahoui: Le PSI à l’heure du bilan. Quelles perspectives ? La Primature fait une évaluation du niveau d’exécution

La Primature a rendu public un communiqué de presse récapitulatif des aspects inhérents à l’exécution de la première partie du Programme Spécial d’Intervention (PSI). Selon le document, sur 5497 tonnes de denrées alimentaires et de produits de bétail, seulement 17,9% sont parvenus aux populations bénéficiaires, bien qu’on en soit à la fin de la première phase du PSI dont le lancement a été donné il y a un mois. Le document indique que les autorités locales ont également réceptionné 59% des quantités destinées à la distribution gratuite ou à la vente à des prix abordables contrôlés par les banques de céréales. Les 5497 tonnes précitées ont été distribuées gratuitement au profit des populations les plus nécessiteuses.  

Les responsables en charge du Programme Spécial d’Intervention (PSI) ont tenu une conférence de presse sur le niveau d’exécution du programme lancé au début du mois de mai. Ce programme est composé de 5 volets : aide alimentaire et filets de sécurité, agriculture et élevage, formation et emploi des jeunes, mise en place en place d’activités génératrices de revenus et enfin un volet hydraulique. 

En ce qui concerne la mise en place du stock de sécurité, plus de 17.000 tonnes sur 25.000 tonnes ont été distribuées. Le reliquat est attendu avant le 31 août 2008. Par rapport aux quantités totales à expédier toutes formes confondues, 21.541 tonnes ont été réceptionnées au niveau des Moughatas ciblées dans le plan d’urgence concocté par le gouvernement. Néanmoins, il a été constaté une lenteur dans l’approvisionnement des SAVS. Lequel approvisionnement a dépassé toutes les prévisions de stockage. 

Pour rattraper le retard au cours du mois de juin 2008, les responsables du PSI comptent accélérer les distributions gratuites prévues et les mesures de renforcement des capacités en cours. 

Le plan d’urgence a aussi prévu l’ouverture de 108 boutiques témoins dont 32 à Nouakchott, 6 à Nouadhibou, 2 à Rosso et 2 à Maghama pour atténuer les effets de la spéculation sur les denrées de premières nécessités. Les stocks sont en cours de transfert et toutes les boutiques seront opérationnelles avant la fin de la semaine, donc début juin. 

En ce qui concerne le volet agriculture et élevage, plusieurs travaux ont été réalisés,  notamment la réhabilitation des périmètres PPG2, de barrages, de digues et diguettes. Dans ce cadre, 12.000 ha seront aménagés dans le Walo. Le protocole d’accord a été signé avec le génie militaire pour les travaux d’extension qui vont s’achever dans deux mois. La lutte anti aviaire, ainsi que contre la sésamie, vise à protéger les cultures contre les oiseaux granivores. Sur 500 tonnes de semences prévues, 100 tonnes ont été envoyées au Hodh Chargui, au Guidimakha  et en Assaba. 

Les 400 restantes sont en cours d’envoi. Des matériels agricoles, des semences et des insecticides seront distribués au profit des coopératives de maraîchage. L’évaluation du marché est en cours au niveau de la CCM. Le Programme d’Intervention Spéciale prévoit également ‘le retour au terroir’ qui aura lieu entre le 15 juin et le 15 juillet. Plus de 50 techniciens seront recrutés pour l’appui et l’encadrement dans le domaine de l’agriculture et de l’élevage.  

Quant au volet Formation et Emploi des Jeunes, plus de 2000 jeunes ont été identifiés à Nouakchott, 500  à Nouadhibou  et 1.500 dans les autres wilayas. Dans ce cadre, des conventions de formation ont été signées avec 10 structures de formation au niveau des 9 wilayas ainsi que des conventions d’emploi à Nouakchott en cours de préparation avec les entreprises, les organisations professionnelles et certains départements ministériels.  

Pour ce qui est de la mise en place des activités génératrices de revenus, les groupements féminins et les ménages ont été le plus privilégiés. Sur 640 AGR prévues, seules 164 restent. L’identification a été déjà réalisée et les fonds transférés à la wilaya de Nouakchott. 

En ce qui concerne le volet hydraulique, des forages au profit des populations rurales et des forages à visée pastorale ont été réalisés. Au total, 13 forages dans les wilayas du Hodh El Gharbi, du Brakna, du Gorgol et du Guidimakha.   

Dans l’ensemble, les responsables en charge du Programme Spécial d’Intervention sont satisfaits du niveau d’exécution du programme. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 3 juin, 2008 )

Papys Koné

Sur les traces de son père, Jules Koné !

 

Avec des notes musicales douces, sobres et parfois frileuses mêlant voluptueusement folklore, reggae, afro, Papys Koné a charmé, pendant presque deux tours d’horloge, le public dans une atmosphère musicale qui rappelle les nuits chaudes au bord de la mer, au moyen seulement d’une guitare, d’une calebasse et d’un Djembé. C’était ce jeudi 29 mai au Centre Culturel Français.

 

Pour son baptême de feu, il a donné une bonne impression au public. Ses chansons sont une revendication de l’identité africaine, un appel à transcender les clivages sociaux et les barrières raciales. Il se réfère beaucoup à l’Eternel dans ses thèmes, Dieu qui est pour lui l’alpha et l’oméga. Il aborde aussi l’amitié et la trahison dont il a été beaucoup victime. Il est capable de vous arracher des larmes tellement ses morceaux sont pleins de susceptibilité, d’amour et de tolérance. Ses qualités de chanteur ne sont plus à démontrer. Il sait dompter sa guitare, sa seconde compagne comme il dit souvent, comme un Azerbaïdjanais sait dompter un épervier. Il a aussi des qualités de conteur. Il l’a d’ailleurs démontré ce soir, le temps de se dégourdir mais surtout de chasser le stress.

 

Ce n’est pas une surprise, si aujourd’hui, Papys Koné est devenu un chanteur. On prédit déjà qu’il sera une future icône de la musique mauritanienne. Son père n’est d’autre que Jules Koné qui fut le grand guitariste soliste de l’Orchestre National pendant les années 70 et 80. Il a tenu à être ce jour-là au baptême de feu de son fils, Papys Koné. Emu, il n’a pas manqué l’opportunité de faire le témoignage suivant : «Je sais que c’est un musicien. C’est un artiste. Je ne lui ai jamais rien appris en matière de musique. Mais j’ai toujours compris qu’il allait tôt ou tard faire de la musique. C’est encore le début. La musique, ce n’est pas une sinécure. Je sais qu’un jour viendra où on entendra parler de lui. »

 

«Je lui ai toujours appris, poursuit-il, à se comporter bien.» Et pourtant, au début, Jules Koné, pour des raisons personnelles, n’était pas favorable à ce que son fils fasse de la musique. Cependant, lorsqu’il a compris que Papys Koné n’aimait que la musique, il le confie ceci en guise de rappel et d’avertissement : «La musique, c’est comme un train. Il peut t’amener là où tu voudras comme il peut dérailler. A toi de réfléchir et de comprendre ! »

                                   papiskon.jpg 

La musique que joue Papys Koné n’est pas encore connu en Mauritanie. C’est une musique très originale capable de réveiller les vieux souvenirs. Son père a tenu à être présent, ce jeudi 29 mai, pour que Papys Koné comprenne qu’il a du talent. On peut dire que le chemin est tracé pour suivre les traces de son père. Lorsque ce dernier est monté sur le podium pour être présenté, Papys Koné a eu une forte émotion. Ce jour-là, il aurait aimé voir sa maman présente. La séparation de ses parents, il la vit comme un supplice. Il aurait aimé les voir ensemble à sa première sortie musicale. 

 

Voilà à peine 3 ans quand il a commencé à caresser la guitare. Cependant, tout n’a pas été rose pour lui. Même si son père fut un artiste. Pour se perfectionner, il est allé chercher la connaissance dans les livres spécialisés traitant de musique.

 

Papys Koné, c’est aussi la timidité. Pour comprendre cela, il faut faire un flash-back sur son enfance, une enfance mouvementée qui l’a marqué au fer rouge. Aujourd’hui, c’est avec beaucoup de résignation qu’il en parle. C’est comme si la bête dormait toujours en lui. Il a failli y laisser la vie. Cette parenthèse de sa vie l’a handicapé sur beaucoup de choses. Il était devenu une âme perdue entre les mains de Lucifer. Pour se sortir de cet état dépressif, il consulta des livres de psychologie qui l’ont aidé petit à petit à sortir du canevas dans lequel il s’était engouffré. Grâce aussi à l’apprentissage du Saint Coran, il s’est remis sur le bon chemin.

 

Aujourd’hui, avec le recul, il essaie de comprendre cet épisode douloureux de sa vie de jeune enfant jeté dans les pâtures de l’inconscience. Même s’il n’aime pas en parler ou bousculer l’ordre des choses. Son seul regret, c’est de n’avoir pas fait des études poussées. Il est en train de se battre actuellement pour que sa musique soit connue des mauritaniens. Tout ce qui lui manque sur le plan musical, c’est de sortir un album.

 

Il s’est essayé au Rap, au Reggae, à la Soul music. Mais il a aussitôt senti que ce n’était pas son domaine. C’est ainsi qu’il a opté pour la guitare afin de s’exprimer. A l’âge de 9 ans, il a commencé à s’exercer aux notes musicales. Un jour, son père l’entendit jouer à la maison. Il en fut impressionné. La musique est une partie de sa vie. La preuve, lorsque son père a voulu le débarrasser de ce qu’il aime, il s’est senti blessé dans son âme.

 

C’est ainsi qu’il a commencé à fuguer et à fréquenter la rue. Il deviendra par la suite danseur pour, dit-il, boucher le trou. C’était vers 1987 qu’il acquiert une notoriété en matière de danse. Par la suite, petit à petit, il commence à tester sa voix en improvisant des airs de chanson. C’est ainsi qu’est né le chanteur qu’il est à nos jours et qu’il deviendra demain. Une étoile est née.

 

Babacar Baye Ndiaye

( 3 juin, 2008 )

Démantèlement d’un réseau de terroristes: Révélations sur leurss objectifs sinistres

«La Mauritanie ne saurait servir de base au terrorisme ni à l’extrémisme aveugle » ont déclaré les responsables de la police et de la gendarmerie au cours d’une conférence de presse tenue ce 2 juin à l’Ecole Nationale de Police. «Les responsables de la gendarmerie et de la police vont continuer la poursuite et la traque des éléments terroristes encore en fuite jusqu’à leur neutralisation et leur présentation devant la justice », ont-ils rajouté en faisant savoir qu’ils s’engageront à frapper d’une main  ferme tous ceux qui seraient tentés de porter atteinte à la sécurité du pays, à celle des citoyens et des étrangers. 

La Mauritanie serait-elle dans le rétroviseur des terroristes dont les attaques sont imminentes. En tout cas, à en croire les révélations faites par les responsables de la gendarmerie et de la police, cette bande est en train de se constituer en organisation subversive dont l’annonce devrait être faite par voie de presse internationale. Elles ont rapporté aussi les intentions criminelles de cette bande de porter les armes contre les institutions de l’Etat et l’appropriation de biens publics et privés. Cette bande se base sur la doctrine du ‘Takfir’. Celle-ci considère les gouvernants et les populations comme des apostats. A la suite de multiples investigations menées par la gendarmerie et la police, d’importantes quantités d’armes, de munitions et d’explosifs ont été saisies (voir photo). Elles sont composées de bombes artisanales, de ceintures explosives prêtes à être utilisées, une quantité importante d’explosifs TNT, des détonateurs, de cordons détonants, de capsules explosives, d’armes automatiques de différents calibres collectifs et individuels et d’importantes quantités de munitions.  Ces armes subversives sont actuellement exposées dans une salle hyper surveillée de l’Ecole Nationale de Police.  

Quelle est cette bande terroriste ? 

Cette bande armée jusqu’aux dents fut à l’origine des actes terroristes que la Mauritanie a connus ces derniers mois. Elle est impliquée dans des opérations de vol à main armée notamment contre des ressortissants étrangers résidant en Mauritanie en leur enlevant leurs biens. Le braquage d’un fourgon de transport de fonds publics du port autonome de Nouakchott, c’est aussi elle. Cette bande ne s’est pas arrêter là. Elle va poursuivre ces actes terroristes similaires avec l’assassinat des 4 touristes français près d’Aleg le 24 décembre 2007. L’attaque contre l’ambassade d’Israël et le restaurant mitoyen, c’est à mettre à leur compte. 

Les fonds de ce ‘gang’ proviennent en majorité des ressources qu’elle a tirées des différents vols et braquages. Lesquelles ressources vont les permettre de louer plusieurs domiciles dans les quartiers comme Tévragh-Zéina pour se mettre à l’abri de tout soupçon ! Ces domiciles vont servir de cache aux membres de cette bande et aux éléments venus de l’étranger en appoint en leur fournissant armes et munitions. C’est après plusieurs investigations menées par les forces de l’armée et de sécurité que cette bande a été démantelée. 

Cette association terroriste était en train de préparer des actes criminels de grande envergure ont révélé les responsables de la police et la gendarmerie au cours de cette conférence de presse. Les armes – des explosifs – que cette bande s’apprêtait à utiliser étaient capables de faire disparaître des quartiers entiers de Nouakchott.  Heureusement que cette bande a été neutralisée. A la suite d’une enquête judiciaire, il a été révélé que cette bande disposait d’une organisation opacte et d’un système de recrutement et d’embrigadement hautement cloisonné qui a permis la constitution de petites cellules. 

Babacar Baye Ndiaye

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( 3 juin, 2008 )

Kkdlvkpk

Une idée très originale

 L’exercice favori de José Javier Legarra est de ramasser des objets balancés dans la rue. A partir de ces matériaux de récupération, il réussit merveilleusement à créer toutes sortes de mobiliers : lampaleines, tablophones, ferteuils, taboufer, papier-jours, lampardins, fut-tons, lamparmites…Surtout, n’allez pas fouiner dans l’Encyclopédie de la langue française. Ce sont des néologismes. 

 

A travers une idée très originale, le ‘kkdlvkpk’, un jeu de consonnes espagnoles qui signifie en français ‘la crotte de la vache Françoise’, il développe une nouvelle forme d’expression artistique assez singulière consistant à récupérer des objets jetés, par exemple des cartes téléphoniques grattées, un flexible de lavabo, du câble, des photolites de la presse locale… pour en faire un bon usage. Une sorte de recyclage ! Le ‘kkdlvkpk’ est une expression espagnole qu’on utilise pour désigner des objets utilisés qu’on va jeter.   

 

Ce 2 juin 2008 au Centre Culturel Français Antoine de Saint-Exupéry de Nouakchott, il a présenté un concept original qui en a émerveillé plus d’un. Il a exposé ses tables, chaises, lampes d’intérieur et de jardin, coussins, futons, cendriettes, pochetons,…Ainsi donc, en les récupérant, il leur donne un nouvel aspect aidé en cela par des artisans mauritaniens. 

 

Tout est né d’une promenade au cours de laquelle il a vu des poubelles, des amas de détritus dans les rues de Nouakchott. Cet aspect hideux de la ville de Nouakchott l’a révolté et dérangé son esprit. L’architecte qu’il est avait du mal à accepter cela. Venu en Mauritanie dans le cadre d’un projet de construction de logements sociaux financés par la Coopération espagnole à Péka 12, il va participer à la réalisation d’une centaine de logements sociaux. C’est ainsi qu’il a eu l’idée de faire ramasser aux populations de Péka 12 tous les sachets plastiques pour bourrer les briques destinées aux logements sociaux. 

 

Ceci dans le but de faire une bonne utilisation des sachets plastiques et par conséquent rendre le quartier plus propre. Dans la foulée, il initia les femmes de cette zone à transformer ces sachets en rideaux plastiques. Désormais, s’est-il dit, on peut faire plein de choses avec les objets ramassés. Ainsi donc, avec des cartons de lait, il va réussir à créer des pochettes. Avec les canettes de boisson, des cendriettes. Avec de la douille, du câble, des flexibles de lavabo, des photolites de la presse locale, il forme des lampaleines. Avec du fer, du bois et des cartes de téléphone, il crée un tablophone. 

 

En dehors de ce concept original qui en a séduit plus d’un, il s’amuse avec la langue française. «S’il y a des cartes de téléphone que tu veux utiliser pour faire une table, pourquoi ne pas appeler ce mobilier ‘tablophone’. C’est une façon de montrer qu’est-ce que c’est », explique-t-il en pensant aussi que c’est une manière aussi d’enrichir la langue française. «L’idée, c’est de donner aux gens l’envie de faire ça et de l’améliorer, poursuit-il. Plus les gens vont copier, plus les choses vont s’améliorer. » 

 

C’est un exercice très difficile pour les profanes. Dans le but de valoriser le concept du ‘do it yourself’, (faites-le vous-mêmes) il explique aux visiteurs sur une notice les modes d’emploi pour fabriquer soi-même chacun de ces mobiliers faits à partir d’objets de récupération. 

 

Avec des objets jetés, il peut faire autant de choses qu’il veut. Combien d’objets sont jetés tous les jours dans la rue alors qu’ils peuvent être transformés ? Les mauritaniens devaient s’inspirer de cette approche pour participer à rendre la ville de Nouakchott plus écologique. Surtout que tous les pays, notamment ceux industrialisés, se ruent de plus en plus sur l’écologie en en vantant les avantages. 

 

Venu pour faire deux ans en Mauritanie, José Javier Legarra y est resté. Maintenant, il travaille dans un projet initié par la Coopération espagnole. Il se dit à l’aise en Mauritanie parce qu’il a retrouvé une certaine tranquillité et une qualité de vie joviale. Il ne croit pas à ces histoires de terrorisme qui ont assombri la Mauritanie. Pour preuve, il cite Ouadane où il se trouve depuis presque 3 ans. Une bourgade propice pour le repos et la méditation, selon lui!    

 

Babacar Baye Ndiaye 

  

 

  

 

( 9 juin, 2008 )

Grève du SIPES : Le spectre de l’année blanche sera-t-il évité ?

Nebghouha maintient le calendrier scolaire, rejette toute négociation sous la contrainte, mais affirme, néanmoins, sa disposition au dialogue. Le Sipes, pour sa part, continue son mouvement de grève. Et les élèves, dans tout cela ?

————Par Babacar Baye Ndiaye 

La Ministre de l’Education Nationale, Nebghouha Mint Mohamed Vall, qui a tenu une conférence de presse vendredi matin, a fait savoir que, une semaine après le début de la grève annoncée par l’un des syndicats de l’enseignement secondaire (SIPES ou Syndicat Indépendant des Enseignants du Secondaire), plus de 60% des enseignants continuent leur travail. 

«Le premier enseignement que l’on peut tirer de ce constat, c’est que le souci de l’intérêt général a animé le comportement positif de la majeure partie des enseignants durant la semaine écoulée et nous espérons que leurs collègues grévistes ne tarderont pas à les rejoindre pour que les choses rentrent dans l’ordre et que l’année scolaire se termine dans des conditions normales », lit-on dans le communiqué de presse transmis à l’issue de cette conférence de la Ministre de l’Education Nationale Nebghouha Mint Mohamed Vall qui faisait sa deuxième sortie depuis le début de la grève. 

Par rapport aux compositions de passage, prévues ce dimanche 8 juin, la Ministre de l’Education Nationale a affirmé que son département a pris toutes les mesures garantissant le bon déroulement des compositions. Et ce dans les meilleures conditions permettant d’évaluer en toute objectivité et toute transparence le travail des élèves durant l’année scolaire qui s’achève. 

Loin de minimiser la grève des enseignants, la Ministre de l’Education Nationale a reconnu l’impact que cet acte pourrait avoir sur le bon déroulement des étapes ultérieures du processus. La ministre souhaite même que les choses se passent dans des conditions optimales. 

En conséquence, «nous sommes rentrés dans un processus de négociation avec l’ensemble des syndicats de l’Education Nationale », a-t-elle précisé en faisant savoir que son département a toujours essayé de répondre à chaque occasion aux sollicitations des enseignants. Elle a rappelé aussi le point d’achoppement ayant déclanché la grève de la semaine passée et qui oppose le ministère et le syndicat. Il s’agit de l’augmentation des salaires. Or, celle-ci, précise la Ministre, devrait être discutée au moment où de la préparation du budget. Autrement, c’est mettre la charrue avant le bœuf. 

Toujours selon elle, il n’est pas raisonnable d’exiger du gouvernement l’augmentation des salaires des enseignants six mois après le début de l’exécution du budget de l’Education Nationale. Par conséquent, la Ministre de l’Education Nationale espère que les enseignants vont réfléchir et finir par comprendre que ce n’est pas par manque de volonté politique que cette doléance relative à l’augmentation des salaires n’a pas été satisfaite. « C’est pour des considérations budgétaires et économiques », a-t-elle précisé. 

Interrogée sur la retenue sur le salaire de base des enseignants non grévistes, la Ministre de l’Education Nationale Nebghouha Mint Mohamed Vall a affirmé qu’elle n’a pas été au courant et que si cela était avéré, des mesures rectificatives seraient prises pour rétablir dans leurs droits ceux qui n’avaient pas observé la grève.  

Maintenant, par rapport aux enseignants grévistes, la loi sur la fonction publique autorise le fonctionnaire à observer la grève selon des formes bien précises. En revanche aussi, elle autorise l’employeur (ici, le ministère de l’Education Nationale) à faire des retenues sur les jours pour lesquels aucun service n’a été fait.  

La Ministre a rappelé que l’intention du Ministère de l’Education Nationale n’est pas de pénaliser qui que ce soit ou de le sanctionner pour un droit qui lui est garanti par la loi et les règlements du pays. «Nous ne sanctionnons pas les grévistes qui rentrent dans une grève légale. Ce syndicat qui est en grève a observé toutes les étapes qui doivent être suivies pour que sa grève soit légale. Donc, il n’y a aucune raison que le ministère de l’Education Nationale prenne des sanctions contre ces enseignants qui sont en grève », dit-elle en notant que tout doit se faire en conformité avec les lois régissant la fonction publique mauritanienne. 

Nebghouha Mint Mohamed Vall, qui semble avoir du pain sur la planche devant l’insistance des grévistes à poursuivre leur mot d’ordre de grève jusqu’à entière satisfaction, ne s’est pas empêchée de dissimuler son optimisme en pensant que les enseignants ayant observé le mouvement de grève la semaine dernière finiront par revenir à la raison et à la conscience professionnelle en plaçant l’intérêt général des enfants au-dessus de toutes autres considérations.  

La Ministre de l’Education Nationale, qui est en train de tendre la perche aux enseignants grévistes, va-t-elle réussir à les faire revenir à de meilleurs sentiments ?

 

( 9 juin, 2008 )

Violations des droits de l’Homme: N’ayant plus confiance en la justice, les victimes se tournent vers les Organisations de défense des droits de l’Homme

Le Président de la République avait promis de rétablir la justice et de faire de la Mauritanie un Etat de droit. Doit-on continuer à rêver ? En tout cas, avec les cas d’esclavage, d’expropriation de terres que la presse relate tous les jours, ce n’est pas demain la veille. En effet, des blocages continuent à être régulièrement constatés par les Organisations de Défense des Droits de l’Homme. Ce constat est aussi valable en ce qui concerne le retour des déportés et du passif humanitaire.  

A Bouldem, des familles réclament toujours leurs terres 

Encore des victimes d’expropriation de terres cultivables ! A Bouldem dans l’arrondissement de Lexeiba 2, des familles ont été dépossédées de leurs terres. Ceci remonte au moment des événements de 1989. Profitant de ces événements, des personnes malveillantes ont récupéré ces terres de culture d’une superficie de 150 ha dûment acquis.   

A leur retour du Sénégal, ces familles sont allées voir le gouverneur de la wilaya du Trarza. Mais, en vain, elles n’ont pas obtenu gain de cause.  Par la suite, un chef d’arrondissement (Mohamedou O. Wagui ) est nommé à Lexeiba 2. Ce dernier est un proche parent de ceux qui ont récupéré les terres de culture pendant les événements de 89. Ces personnes qui ont, illégalement occupé ces terres, sont Khalil O. Habibou Rahmane, Mohamedin O. Habibou Rahmane( ancien directeur des Impôts à Nouadhibou). Ces terres n’ont jamais été mises en valeur. Il a fallu qu’il y ait l’appel du Président de la République pour assurer l’autosuffisance alimentaire et combattre la faim pour que ces derniers se ruent vers ces terres.  Pire encore, l’octroi de ces terres se fait souvent de gré à gré. Par exemple, un citoyen simple n’a droit qu’à 20 ha et un homme d’affaires plus de 100 ha Où se situe la vérité ? Ces populations victimes d’expropriation de terre n’ont cessé de faire une ‘rotation’ entre le chef d’arrondissement de Lexeiba, le préfet de R’Kiz et le Wali du Trarza.  

 Ce qui est désarmant dans ces affaires, c’est que des personnalités y sont mêlées jusqu’au cou. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités par rapport à la question des terres pour éviter le pire. Car, la colère des populations ne cesse de se gonfler comme une mayonnaise. Comme en témoignent les cas de plainte  soumis aux Organisations de Défense des Droits de l’homme et à la Commission Nationale des Droits de l’Homme! 

Un vieux de 58 ans « fugue » de la maison de ses maîtres 

Ahmed O. Mohamed est père de 8 enfants. Il est presque vieux (58 ans). Déjà, il marche avec l’aide d’une canne. Il est esclave c’est à dire toujours dépendant de son maître, sans biens et sans droit. Il était exploité comme une bête de somme. Toutes ces années de misère et de souffrance, il l’a vécu avec beaucoup de résignation. Mais un jour, il a décidé de ne plus être esclave de personne. C’est ainsi qu’il a quitté son village Achram 2 dans la Moughata de Moudjéria. 

Cette ‘fugue’ lui a valu d’être banni par ses maîtres : Abdallahi O. Souleymane Mohamédine O. Hadrami.  Ceux-ci font partie de l’ex-PRDS à Tijikja. Les comparant à de véritables tortionnaires, ce vieux de 58 ans a subi toutes sortes de supplice et de châtiment de la part de ses maîtres. Pire encore, ils l’ont dépossédé de ses oasis que lui ont léguées ses aïeux. Il a accusé ‘ses’ maîtres de prendre en otage ses enfants en les réduisant à l’esclavage. De même son épouse.  Il a appelé l’Etat mauritanien à le rétablir dans son droit tout en condamnant ces maîtres esclaves qu’il qualifie de ‘féodaux’.  En outre, il a dénoncé les agissements de Arbi O. Mohamed Mahmoud, ancien président du tribunal départemental de Kiffa, dans cette affaire. De même que ceux de l’ancien ministre de la justice Mahfouh O. Bettah. Les dossiers qu’il avait introduit au niveau du tribunal départemental de Tijikja, pour récupérer ses terrains, ont disparu dans les tiroirs.  Tout ce qu’il demande aujourd’hui, c’est d’être rétabli dans ses droits.   

Parce qu’il est esclave, sa fille a été mariée sans son consentement 

Taleb O. Sidi est né en 1957 et père de 6 enfants. Il est originaire de Bousstaïla dans la Moughataa de Timbédra. Il est esclave lui aussi. Contre son gré, ses maîtres ont enlevé par la force sa fille pour la marier à un autre esclave.  En vain, il a essayé de reprendre sa fille âgée seulement de 15 ans. Pendant ce temps, il avait adressé deux lettres aux procureurs de la République de Timbédra et d’Amourj pour protester contre ce mariage décidé par ses maîtres sans son consentement.  Ces derniers, au lieu de régler ce problème, ils l’ont classé sans suite pour protéger ceux qui ont marié par la force sa fille. En l’occurrence ses maîtres qui n’ont cessé de lui proférer des paroles menaçantes.  Aujourd’hui, ce monsieur ne rêve que de revoir sa fille mariée sans son contentement. 

La légitimation d’un système fondé sur la politique de la main basse 

La Commission Nationale des Droits de l’Homme est présentement saisie de toutes ses affaires qui «sont la résultante de la mauvaise volonté des autorités et la détermination des groupes dominants à maintenir et préserver des privilèges basés sur la discrimination, l’exclusion et l’impunité », a relevé Biram Ould Dah Ould Abeid.  Et par rapport au retour des déportés, il a constaté que cela se passe dans des ‘conditions déplorables’  en remarquant que les autorités n’ont rien fait pour résoudre la question de l’expropriation des terres de la vallée.  

Entouré de victimes de violations des droits de l’homme, il a qualifié la volonté de certains dignitaires civils et militaires de faire main basse sur la seule source de revenus des gens de la vallée qu’est la terre de culture. «Le système judiciaire et administratif a légitimé par ses pratiques discriminatoires et de classe l’emprise des féodalités tribales et théocratiques qui imposent un régime d’exploitation et de servage moyenâgeux aux couches serviles vivant et travaillant sur les terres cultivables », regrette-t-il.   Il s’est aussi insurgé contre l’exclusion des haratines et des noirs dans le financement de la campagne agricole au profit de l’agro-business et de la féodalité de l’ethno-classe arabo-berbère. Enfin, Birame O. Dah O. Abeid a dénoncé la déviation systématique des programmes télévisés et radiodiffusés de l’esprit de la campagne de dénonciation de l’esclavage vers une campagne de négationnisme et du confortement du système idéologique et anachronique esclavagiste. Babacar Baye Ndiaye   

( 9 juin, 2008 )

Fonction Publique: Formation linguistique au profit de 200 agents et planification pour un futur institut des langues au sein de l’ENA

Le Ministre de la fonction publique et de la modernisation de l’administration, monsieur Moustapha O. Hamoud, a présidé hier à l’Ecole Nationale d’Administration, le démarrage d’une session de formation linguistique au profit de 200 agents de l’Etat. Cette formation qui va durer deux mois portera sur le français, l’anglais et l’arabe. 

Celle-ci rentre, en effet, dans le cadre du processus de réformes de l’administration publique mauritanienne  engagé par les pouvoirs publics.  

Le but aussi de cette formation est de répondre aux besoins de formation linguistique des agents de l’administration. «La réforme de l’administration et sa modernisation constitue en effet l’un des axes essentiels du programme du président de la république et de l’action du gouvernement », a rappelé le directeur de l’Ecole Nationale d’Administration.  

«Les autorités mauritaniennes sont conscientes du besoin incontournable de disposer d’une administration publique moderne répondant aux exigences du développement économique et social du pays conformément aux principes de la bonne gouvernance » a-t-il poursuivi en soulignant que son école jouera un rôle important dans al réalisation du renforcement des capacités des ressources humaines de l’Etat mauritanien.  

Faire en sorte qu’au moins chaque fonctionnaire maîtrise deux langues, c’est l’obsession des pouvoirs publics qui ont fait appel à l’expertise française et américaine. Aujourd’hui, selon  les statistiques fournies par le ministère de la fonction publique et de la modernisation de l’administration, plus de 2500 fonctionnaires veulent se mettre à niveau rien qu’en français. Cette demande du gouvernement  mauritanien n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Car, les gouvernements français et américain ont manifesté leur volonté de soutenir cet ambitieux projet linguistique. 

Cette formation linguistique n’est qu’une première pierre à l’édifice du futur Centre de Langues de l’Ecole Nationale d’Administration. Dans ce cadre, le Centre International d’Etudes Pédagogiques de Sèvres a été sollicité pour la réalisation du Centre de Langues de l’ENA. D’ailleurs, une première mission est déjà venue à Nouakchott. L’ambassadeur de la République française à Nouakchott a promis que son pays apportera des moyens budgétaires significatifs avec la mise en place d’un projet pluriannuel du Fonds de Solidarité Prioritaire. Une partie de ce fonds, a-t-il précisé, sera entièrement destinée au Centre de Langues de l’ENA et à la formation linguistique des agents de l’Etat.  

Lors de son discours, le directeur de l’école nationale d’administration a affirmé que son école sera un partenaire essentiel dans la réalisation de cette initiative de par sa double mission qui consiste à assurer d’une part, une formation administrative de base à des diplômes de l’enseignement général et préparant à l’exercice d’un emploi minimal et d’autre part, un renforcement de la qualification des personnels de l’Etat afin d’adapter leur connaissance administrative à un environnement évolutif, de remplir pleinement sa mission et faire face aux nouvelles exigences d’une administration efficace et performante s’appuyant sur un personnel suffisamment formé pour produire des prestations de qualité de manière efficiente. 

La création du Centre de Langues de l’ENA permettra ainsi de renforcer les capacités des fonctionnaires en al matière afin de faciliter leur formation. Cependant, «tous ces efforts risquent d’être vains s’ils ne sont pas accompagnés de programmes destinés à la maîtrise des langues et de la communication.(…). Cette préoccupation trouve un début d’exécution grâce à ce projet pilote initié par le ministère de la fonction publique et de la modernisation de l’administration et qui se concrétisera définitivement à partir d’octobre avec la mise en place d’un programme annuel et la disponibilité de professeurs permanents », a rassuré le directeur de l’Ecole Nationale d’Administration. 

L’enjeu est donc de taille puisque l’objectif de cette formation linguistique va permettre aux agents de participer à l’amélioration de leur ministère, à renforcer al cohésion sociale et identitaire du pays tout en augmentant leurs compétences et leurs connaissances. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 9 juin, 2008 )

Coulyman/Le médiateur 2 la rue publik

 

Qui est-il ? Que pense-t-il du Hip Hop en Mauritanie ? Quel genre de relations entretient-il avec Monza, celui qu’il considère comme étant un ‘frère de sang’ ?  

Il est mauritanien et il en est fier. Ses grands parents paternels sont d’origine malienne plus précisément de la ville de Ségou. Ceux du côté maternel, du Sénégal. C’était pendant la période coloniale, la période où il n’y avait pas encore de pièce d’identité ni de nationalité, la période où il était permis aux ressortissants de l’Afrique Occidentale française de s’établir là où ils veulent. C’est comme ça que de nombreuses générations ont apparu. En ce moment-là encore, on ne parlait pas de la Mauritanie, du Mali ou du Sénégal.  

En cette période, il n’y avait pas non plus les indépendances qui verront au grand jour la naissance des pays africains avec tout ce que cela a impliqué. C’est dans ce contexte que ses parents sont nés à Saint-Louis du Sénégal qui était une passerelle entre la Mauritanie et le Sénégal.  

Quant à lui, Coulyman, il sera né à Nouakchott en…Peu importe la date de naissance qui sera pour nous autres un mystère. Pour lui, le temps de rentrer dans les détails, l’année de sa naissance n’est pas nécessaire à connaître. L’essentiel pour lui, c’est qu’on retienne la date suivante : le mercredi 23 février 2000. C’est à partir de cette date que son histoire dans la musique a débuté. C’était au CCF, lieu de passage obligé pour être connu à Nouakchott et en Mauritanie. Cette date marque véritablement son premier pas dans le Hip Hop. Déniché par Monza, le Président 2 la Rue Publik, il se plaisait à écrire des chansons qu’il distribuait sans bourse délier. 

Coulyman ? Derrière chaque lettre de ce nom se dissimule une signification qu’il préfère ne pas partager avec les autres. C’est une surprise pour le moment, qu’il garde en attendant la sortie de son prochain album. Coulyman vient de ‘Couly’ diminutif de Coulibaly et de ‘man’, un mot anglais qui signifie en français homme. Ce nom a aussi une connotation religieuse. Dans Coulyman, on peut trouver ‘Coulou-imri’in’, un mot arabe qui signifie en français chaque individu. D’autres voient en lui un ‘Cool man’, c’est à dire un homme sérieux et sociable. Son vrai nom, c’est Mamadou Coulibaly. Mais, pour des raisons superstitieuses (cela peut se comprendre parce que nous sommes en Afrique), il s’est choisi ‘Coulyman’ comme nom d’artiste. 

Pour ceux qui ne le connaissent pas, il est longiligne. Il a la démarche d’un canard-roi. Certainement à cause de sa stature. Il ressemble un peu à Xuman, ce tonitruant rappeur sénégalais. Depuis 2005, il porte des dreads locks. Une façon de se différencier des autres rappeurs mauritaniens. D’ailleurs, cette coiffure lui sied bien. Ce n’est pas par snobisme qu’il l’a fait mais juste parce qu’il est artiste, nous dit-il. 

Pour votre information, Coulyman a fait un passage éphémère au Military Underground qui vient de mettre sur le marché national leur premier album ‘Au Secours’. Des jeunes qu’il respecte bien pour leur talent ! Partenaire de Monza, il considère ce dernier comme un ‘frère de sang’.   

Grâce à lui, nous a-t-il fait savoir, il est devenu ce qu’il est aujourd’hui. Celui qu’il qualifie aujourd’hui comme étant son ‘président’, non par simple allégation, lui a fait découvrir beaucoup de choses. Monza, président 2 la rue publik ! Coulyman, médiateur 2 la rue publik ! Ventrebleu ! Dans quel pays sommes-nous ? Leur groupe, ‘la rue publik’, tient à rappeler Coulyman, pour dissiper les mauvaises interprétations, n’est pas ‘un parti politique’ encore moins une République dans une République. C’est juste ‘la rue publik’ ! 

Coulyman refuse toute idée consistant à penser que Monza, le président de la rue publik, l’exploite en utilisant son talent. Pour ceux qui pensent qu’il est naïf, il réplique : «Il n’y a que Dieu qui compte. » Refusant de pérorer, il explique avec beaucoup d’assurance et de précision que : «Monza n’a aucun intérêt à m’exploiter. » Il se justifie en avançant qu’il n’en sera jamais ainsi.  

Parce que, tout simplement, «c’est un frère », croit-il. Mais ne dit-on pas souvent que qui vivra verra. La notoriété de Monza ne l’importune guère même si certaines langues déliées, depuis quelques temps, sèment la confusion dans l’esprit des fans de ‘la rue publik’ en disant que : «Coulyman est plus célèbre que Monza. Monza est plus célèbre que Coulyman.» Ces rumeurs, selon Coulyman, n’altéreront en rien la fraternité qui le lie avec Monza. 

Non seulement, Coulyman est un artiste mais aussi c’est un technicien en génie civil et bâtiment. C’était le chemin le plus court pour réussir après avoir tenté n fois le bac. «Ce n’est pas parce que j’étais nul. Loin de là », se justifie-t-il comme un voleur qu’on a pris la main dans le sac. «Je fus un élève vraiment brillant en classe », rajoute-t-il en faisant savoir que l’obtention du bac ne relève que de la ‘chance’.  

Comme la plupart de ces élèves ayant connu le même sort, il porte la responsabilité de son échec scolaire sur le système éducatif et les hommes qui l’incarnent. «C’est une chance dans la mesure où les correcteurs ne prennent pas vraiment le temps de corriger les épreuves », regrette-t-il. Il avait compris, en continuant à faire le bac, qu’il pédalait dans le vide.  

C’est ainsi qu’il entra au lycée technique de Nouakchott d’où il est sorti comme technicien en génie civil et bâtiment en 1999. Paresseux qu’il était, il ne se voyait faisant des études supérieures parfois très longues où seuls les teigneux s’en sortent. Il était hors de question de faire de longues études. Ça pourrait le fatiguer !  

Coulyman est un type très méticuleux avec un emploi du temps bien aménagé. Pour preuve, il réussit à allier sans contrainte sa vie d’artiste et celle de technicien en génie civil et bâtiment qu’il exerce depuis 2001. Il boulotte le matin et, l’après-midi, il se consacre à la musique et aux répétitions. De temps à autre, si sa disponibilité le lui permet, il bifurque vers le sport. Eh oui, il est aussi un excellent footballeur, selon ses propres termes ! 

Pour ceux qui ne le savent pas, Coulyman est le fils aîné de Diadié Coulibaly, un des premiers fondateurs de l’Orchestre National de la Mauritanie de la fin des années 70. Son père a joué avec de grands noms de la musique africaine à l’époque. Touré Kunda, par exemple. Il a eu à bourlinguer, avec l’Orchestre National de la Mauritanie, un peu partout en Afrique notamment l’Afrique de l’Ouest.  

Encore enfant à cette époque, Coulyman se souvient toujours de ces répétions de l’Orchestre National de la Mauritanie qui faisait la fierté de toute une nation. C’est à partir de là que Coulyman a attrapé un jour le virus de la musique. Dans la rue, à l’école, à la maison, partout il fredonnait des airs de salsa qu’il connaissait bien, puisqu’à cette époque, la musique cubaine était au sommet de sa gloire. Celle-ci a influencé bon nombre de nos musiciens des années 60 et 70. La salsa était vraiment à la mode. 

Son père lui a été d’un apport considérable dans son évolution dans le milieu de la musique. Aujourd’hui, des rappeurs comme Dady Bibson, Xuman, Maxi Crazy lui vouent beaucoup d’estime et l’apprécient bien. Il écoute toutes sortes de musique. Du reggae au jazz, en passant par la salsa. Pas étonnant, si on retrouve dans ses morceaux, ces différents styles de musique. 

A présent célibataire, le médiateur 2 la rue publik rêve d’une bonne femme pour fonder un bon foyer. Il compte vieillir dans la musique. Ses morceaux s’inspirent de la vie quotidienne de tous les jours. 

En matière d’inspiration, il est inégalable. Il passe tout son temps à écrire. C’est un auteur-compositeur. Un don qui n’est pas donné à tous les artistes. Coulyman fait partie aujourd’hui de ces rappeurs qui font vivre le Hip Hop en Mauritanie. Il est l’auteur d’un célèbre morceau émouvant, qui ne manquerait pas de vous arracher des larmes. Ce morceau s’inspire d’un fait divers de société relatant l’histoire d’un père de famille qui a abandonné femme et enfants pour aller à sa propre perte. 

Aujourd’hui, il regrette le ‘manque de confiance’ qui caractérise les relations entre les rappeurs. Pour lui, les rappeurs doivent ranger leur hache de guerre et faire de sorte que le Hip Hop soit plus connu à l’extérieur. Coolyman pense que les rappeurs ne doivent plus servir de courroie de transmission aux idées que veulent véhiculer les hommes politiques qui ne se ruent vers eux qu’à l’approche d’élections ou de manifestations politiques. 

Coulyman, ou le médiateur 2 la rue publik, comme vous coulez, promet, avec son prochain album solo, de faire un tabac. En avant première, il va sortir un opus pour les fans. On attend…

 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr

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( 11 juin, 2008 )

Pratiques esclavagistes: L’AFCF et S.O.S. Esclaves dénoncent des blocages dans l’évolution du dossier de l’esclavage

Les Organisations de Défense des Droits de l’Homme, en particulier SOS. Esclaves et l’Association des Femmes Chefs de Famille, n’en peuvent plus de voir tout le temps leurs plaintes renvoyées aux calendes grecques.   Parce que, tout simplement, toutes les plaintes qu’elles déposent, dans le cadre des violations des droits de l’Homme relatives à l’esclavage, sont classées sans suite par les autorités judiciaires.

Au cours d’une conférence de presse, organisée conjointement ce 10 juin, elles ont encore fustigé la faible implication des hautes autorités de l’Etat dans le traitement du dossier de l’esclavage.  La seule alternative qui leur reste, c’est la dénonciation et elles comptent l’utiliser comme moyen de pression.  

La Mauritanie a ratifié et voté un ensemble d’instruments juridiques contre l’esclavage : la convention de Genève de 1926, l’ordonnance n° 81.234 abolissant l’esclavage, la loi n° 2003-05 du 17 juillet portant répression de la traite des personnes, la loi n° 2005-015 portant code du travail et la convention supplémentaire relative à l’abolition de l’esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et pratiques analogues à l’esclavage de 1956.   Récemment, la loi n° 048-2007 a été votée pour criminaliser l’esclavage et les pratiques esclavagistes. Mais, aux yeux de Aminétou Mint Ely Moctar, cette loi est inutile parce qu’ «elle n’a pas abouti à grande chose » dans l’éradication de l’esclavage et des pratiques esclavagistes.  Les cas de pratiques esclavagistes avérées continuent de faire scandale. A en croire, la présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille, il y a un lobby hyper structuré au sein de l’administration, de la justice, qui empêche toute évolution du dossier.

«Dans n’importe quelle Moughata ou wilaya du pays, a-t-elle remarqué, dès qu’il y a un cas d’esclavage, toute l’autorité se dresse contre. » Cela démontre en toute évidence selon elle, qu’il y a «une volonté de nier l’existence de l’esclavage dans ce pays ».  S’y ajoute encore une médiocre campagne de vulgarisation de la loi n° 048-2007 criminalisant l’esclavage et les pratiques esclavagistes. Cette loi est ‘handicapée’ aussi du fait de l’absence de mesures d’accompagnement qui auraient pu permettre aux victimes d’esclavage d’en bénéficier.  

L’ampleur du phénomène de l’esclavage n’est plus un secret. «Même à Nouakchott, il y a des maisons d’esclaves.

Ces derniers demeurent exploités et serviles ; sans aucun moyen de se libérer parce qu’ils sont enfermés. Ils font du travail manuel sans être rémunérés», a renseigné Aminétou Mint Ely Moctar, qui estime que le gouvernement doit prendre ses dispositions sur ce nouveau phénomène des «maisons d’esclaves ».  

Elle a aussi estimé, que les autorités doivent cesser de leurrer les populations en continuant à tenir des discours démagogiques sans proposer de solutions fiables au problème de l’esclavage.  

Elle a tancé les médias publics qui ne jouent pas véritablement leur rôle dans la sensibilisation des populations au sujet de la loi n° 048-2007. 

De même que l’attitude passive de certaines personnalités de l’Etat. «Ce n’est pas parce qu’un ministre s’est rendu dans une région que c’est une sensibilisation. C’est pour tout simplement, faire du marketing pour le gouvernement.

Ce que font les ministres, ce n’est pas dans l’esprit de vulgariser cette loi », ironise-t-elle tout en recommandant au gouvernement de prendre des sanctions contre ceux qui enfreignent la loi en refusant de l’appliquer. «Il faut adapter la justice à nos réalités si nous voulons changer les choses et instaurer l’équité entre les citoyens », exige-t-elle.  Quant à Birame O. Dah O. Abeid, il s’est dit révolté et surpris de voir les cas d’esclavage, d’expropriation et de maltraitance à caractère esclavagiste persister. Surtout dans un pays qui se dit démocratique.

«Ce paradoxe qui dure et se développe en mal structurel et moyen de gestion officielle de contradictions sociales dans notre pays, nous impose de tirer l’alarme et de mettre en garde contre cette dérive dont les conséquences sur la paix civile et la concorde nationale sont potentiellement lourdes de dangers », prévient-il tout en relevant que «les cas avérés de pratiques esclavagistes qui ont été constatés dans toutes les moughataas du pays ont été ignorés, niés et dénaturés d’une manière active par les appareils administratifs, judiciaires et sécuritaires ». 

Devant le mépris de l’administration son hésitation à traiter convenablement le dossier de l’esclavage, Birame O. Dah O. Abeid a appelé les victimes et les défenseurs de la dignité humaine à imaginer des méthodes et chemins nouveaux capables de leur assurer une place au soleil dans l’honneur, la dignité et la justice.

Babacar Baye NDiaye

( 11 juin, 2008 )

Maïmouna Guèye nous raconte l’autre France dans ‘Bambi, elle est belle mais elle est noire…’

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Maïmouna Guèye est d’origine sénégalaise, un pur produit du Centre de Formation de Toubab Dialaw dirigé par Gérard Chenet. Comme elle l’a dit, cette formation a laissé des empreintes sur sa façon de faire, de dire et d’être comédienne.

Elle est aussi sortante de l’Ecole Conservatoire d’Avignon.  Le théâtre, c’est sa passion. Elle la vit pleinement, en tout professionnalisme. Elle était de passage à Nouakchott, pour présenter sa pièce : ‘Bambi, elle est noire mais elle est belle…’. Avec cette pièce, à la fois provoquante et sarcastique, elle a été un peu partout en Afrique et en Amérique Latine, grâce à l’Alliance française.   La pièce, ‘Bambi, elle est belle mais elle est noire…’, n’est ni un conte de fée, ni une fable. Ce n’est pas une comédie. Tout est vrai dans cette histoire qui est celle de Maïmouna Guèye, une sénégalaise qui s’est amourachée d’un français. Au fait, comment en est-elle arrivée à écrire cette histoire qui peut être aussi la nôtre ? «Tout a commencé par cette fameuse phrase de bienvenue  ‘elle est belle mais elle est noire’  que j’aie eu de la part de ma belle-famille lorsque je suis arrivée en France. J’avoue que ça m’avait assez secoué », se souvient-elle en souriant.  

Maïmouna Guèye, auteure de ‘Bambi, elle est belle mais elle est noire…’, loin d’être ‘nombriliste’ a voulu incorporer, au-delà de toute intention, diverses thématiques et tranches de vie qui font «parler ». Son mérite, dans cette pièce, c’est d’avoir eu la vertu d’aborder des sujets souvent tabous en Afrique, notamment dans les sociétés musulmanes.  Comme par exemple la sexualité ! Anticonformiste, elle estime que les femmes éprouvent le même plaisir que les hommes. «Sinon, elles ne sont plus humaines », croit-elle. D’une façon directe et crue, elle a abordé la sexualité dans cette pièce car, dit-elle, il faut arrêter de mentir pour justement avancer.

En mettant en scène cette pièce, elle a pensé à ces femmes mariées qui ne vivent pas leur sexualité comme ça devrait. «Il faut arrêter de couvrir les choses de sable pour dire ce qu’il en est. On est des adultes. Ces femmes-là aussi, éprouvent du désir, celui d’être avec leur mari », pense-t-elle. 

Plus qu’une histoire, ‘Bambi, elle est belle mais elle est noire…’, est une réponse aux clichés sur la femme noire. A l’école, en classe de terminale, nos professeurs de français, lorsqu’on étudiait la littérature française, ne cessaient de nous rabâcher, que l’art doit être au service d’une cause. A travers l’écriture, en réponse aux images ridiculisantes et débilitantes, que mettent en boucle les chaînes françaises, qui ont pourtant d’autres chats à fouetter, nos comédiens mettent à nu de manière humoristique et narquoise, l’autre France, la France du mensonge, du leurre, de l’hypocrisie, la France qui se débat, la France des mille et un problèmes… 

‘Bambi, elle est belle mais elle est noire…’, dès sa présentation en 2007 en France, avait fait esclandre.  A travers cette histoire, qui est aussi une révolte contre toute forme d’allégeance, on découvre et comprend mieux «cette Europe-là dont les autres rêvent ». «Voilà, c’est ça que j’ai vécu. Prenez-le, il n’y a pas de morale mais ayez conscience que cela existe chez vous », dit-elle en s’adressant aux français. 

«Au Sénégal, quand je voyais un toubab, je me disais que leur cœur, leur esprit, tout ce qui est dedans, doit être limpide et dépourvu d’hypocrisie. Je pensais à cela parce qu’à l’école, on nous apprenait que tout ce qui est blanc est beau et évangélique. Quand je suis partie en France, je me suis rendu compte qu’il n’y avait que la couleur de la peau qui différenciait », explique-t-elle.  

Etablie en France depuis une dizaine d’années, cette «amoureuse de la France » n’en est pas moins fière de revendiquer certaines valeurs françaises comme la liberté.  «En tant qu’auteure, j’aime cette liberté de parole qu’on peut avoir et qu’on accepte là-bas. Il y a plein de choses jolies mais cela ne m’intéresse pas », dit-elle. En elle, se dissimule une hargne contre l’injustice et les normalités de la vie. Par exemple, lorsqu’elle écrivit ‘Les souvenirs de la dame en noir’, son premier spectacle, elle parlait de l’Afrique et de ses difficultés, de l’excision, du mariage arrangé. Comment peut-on être indifférente face à certaines réalités parfois désarmantes de  l’Afrique ? Pour elle, il est hors de question, quand tout va mal, de parler de «cette Afrique folklorique avec ses tam-tam, son hospitalité et ses belles choses ».  La pièce de Maïmouna Guèye est une œuvre dense, riche et pleine de moralité.

Elle évoque dans une verve caustique la question de l’intégration des noirs, des maghrébins à la vie française. Intégration ? C’est un mot que n’apprécie pas l’auteure de ‘Bambi, elle est noire mais elle est belle…’. Ce mot l’importune jusqu’au cou car, pour elle, «on n’intègre pas des êtres humains. On intègre des choses. » 

Celle qui a acquis sa liberté depuis sa naissance a du mal à comprendre ce mot-là dépourvu d’humanité, de chair et de sang. « Je ne l’ai jamais accepté depuis le départ. Pour moi, ce n’est pas quelque chose qui invite à s’ouvrir. Au contraire, c’est pointer les étrangers, leur dire ‘il faut s’ntégrer’. » A plus d’un titre, la pièce de Maïmouna Guèye peut décoiffer à certains égards. Tout y est dit dans un langage mordant et sans détours. Puisque, c’est son histoire, elle s’est sentie libérée d’avoir créé cette pièce. Des années plutard, elle ne regrette rien. Cette page de son histoire est close. «Ce n’est parce que je suis tombée sur cet homme avec sa famille qui n’était pas ouverte que je ne vais pas me remettre avec un autre », dit-elle puisqu’il y en a pour chacun dans son cœur qui est à prendre.   Sans rancune ni haine, elle a fini par accepter avec beaucoup de résignation son sort. Parce qu’elle n’aime pas tricher, dit-elle. Ce qui compte, c’est les sentiments. Et surtout pas d’amalgame. «S’il y a des jeunes filles qui rencontrent des toubabs qu’elles aiment, eh bien, qu’on les laisse s’aimer. Vive le métissage », crie-t-elle car c’est l’avenir un peu partout à travers le monde.  

Babacar Baye Ndiaye  

( 16 juin, 2008 )

Terres de la vallée:Des expropriés racontent à contrecœur comment leurs terres ont été spoliées par des hommes ‘intouchables’

Les plaintes relatives à des cas d’expropriation de terre que viennent de recevoir S.O.S. Esclaves, qui a tenu une conférence de presse à ce propos ce jeudi 12 juin, témoignent de l’ampleur de ce problème.

Souvent l’œuvre d’anciens hauts fonctionnaires du régime déchu du Président Maouiya Ould Sid’Ahmed ou de riches commerçants, ces spoliations se sont produites substantiellement entre 1986-1991.  Profitant de la déportation des populations de la vallée vers le Sénégal, ces spoliateurs se sont accaparés de leurs terres de culture illégalement et souvent par la force. Aujourd’hui, ces populations, qui sont de retour, veulent reprendre leurs terres. Ce que ne veulent pas entendre les spoliateurs. Ce problème, au lieu de trouver une issue heureuse, ne fait que s’accroître de jour en jour.  

Pire encore, il n’y a aucun signe de bonne volonté de la part des occupants de restituer ces terres. Au niveau des populations, la coupe semble être pleine. Pendant ce temps-là, que fait l’Etat ?

Les nouvelles autorités, vont-elles attendre jusqu’à ce que ce problème, ô combien délicat, se complique, s’il ne l’est déjà, et ne dégénère, pour qu’elles réagissent. En tout cas, leur responsabilité est entière. C’est à elles de trouver les voies et moyens pour sortir de ce canevas. 

Des problèmes nés de la déportation 

«Nous sommes encore loin, hélas très très loin du minimum de sacrifice que l’Etat doit consentir(…) pour prétendre se joindre au club des Etats du monde qui ont décidé d’exorciser les maux structurels qui les rongent en s’engageant systématiquement dans la voie de la transition vers la démocratie, la justice et la paix. »

Tel est le constat amer fait par Birame Ould Dah Ould Abeid, membre de S.O.S. Esclaves et de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, en réaction à la lenteur de l’évolution du règlement de la question des déportés et du passif humanitaire.

«Notre pays ne peut sortir de l’onde des suspicions et des dangers, poursuit-il, tant qu’il ne s’est pas résolu à engager une procédure nationale équitable et transparente de recherche de la vérité sur le génocide perpétré contre les noirs dans notre pays entre 1981-1991. » Durant cette période, en effet, des centaines voire des milliers de mauritaniens ont été tués. Aujourd’hui, le mystère plane toujours sur l’étendue de ces massacres. Dans ce registre, les Organisations de Défense des Droits de l’Homme sont en train d’exercer des pressions sur le gouvernement pour qu’il éclaire la lanterne des victimes qui attendent toujours la vérité.

Et surtout de sa bonne disposition à reconnaître aux victimes le droit de savoir. «Ce droit à la vérité ne peut se concrétiser que par des investigations indépendantes, des auditions publiques, des exhumations des corps et de charniers pour que toutes les personnes soient édifiées sur l’ampleur du forfait », préconise-t-il.  Par rapport à la question du passif humanitaire, rien encore n’a été concrètement décidé par le gouvernement.  C’est toujours le statut quo. Alors que présentement, les victimes qui fondaient beaucoup d’espoir en la bonne foi du Président de la République de rétablir la justice, sont dans l’obscurité totale. Jusqu’à aujourd’hui, elles ne savent pas à quoi s’en tenir.  Birame Ould Dah Ould Abeid a exigé du Président de la République «la demande de pardon explicite au nom de l’Etat » de tout ce qui a été commis entre 1986-1991 et notamment «des réparations » en commençant par «la mémorialisation des lieux et dates » pour que ce qui s’est déroulé lâchement pendant cette période ne se répète plus.  

Depuis le 29 janvier dernier, plus de 2000 déportés sont rentrés en Mauritanie sans compter ceux qui sont revenus volontairement entre 1995-1996. Les terres de ces derniers, après leur déportation vers le Sénégal, furent accaparées par d’autres, pensant qu’un jour qu’ils n’allaient plus remettre leurs pieds en Mauritanie. Aujourd’hui, ces terres sont au cœur de nombreux litiges.

«Il faut leur restituer leurs terres qui sont leur seule source économique », a demandé Birame Ould Dah Ould Abeid. «Comment les autorités administratives, judiciaires et sécuritaires du pays vont-elles prouver leur bonne volonté à des victimes alors que ces mêmes autorités confortent des intrus et usurpateurs dans leurs occupations des terres et maisons des victimes ? », s’interroge-t-il. 

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Hothiéré Tioubaly, Keur Madické, Fass Village: Trois villages, même préoccupation 

Hothiéré Tioubaly est située géographiquement dans la Moughataa de Bababé. Dans ce village de peulhs à vocation agro-pastorale, plus de 120 ha ont été spoliées par…Mahfoud Ould Mohamed Aly, ancien ministre de l’Economie et des Finances.

Profitant de l’appel du Président de la République pour atteindre l’autosuffisance alimentaire, ce monsieur est venu exploiter ces terres. Comble de l’ironie, ces villageois n’ont jamais su que leurs terres de culture avaient été accaparées.

A leur grande surprise, il y a de cela 3 semaines, ils ont remarqué la présence de tracteurs dans leurs champs. Lorsqu’ils saisirent le hakem, Mohamed Miské Ould Mohamed, ce dernier leur fit savoir qu’il n’était pas au courant d’une telle attribution. 

Au début du mois de mai passé, sous la pression des villageois, le hakem de Bababé a fini par convoquer l’ancien ministre de l’économie et des finances. A l’issue de cette convocation, les populations de ce village ont soupçonné le hakem de ‘ne pas être impartial’ dans le règlement de ce problème.

N’ayant pas obtenu gain de cause au niveau de l’administration locale, ces populations ont fini par écrire au ministère de l’intérieur, l’autorité compétente, pour arbitrer ce litige. C’était le 26 mai dernier. Parallèlement, ils ont saisi aussi la Commission Nationale des Droits de l’Homme et porté plainte devant l’administration pour réclamer la restitution de leurs terres.   Keur Madické a aussi souffert des vagues de déportation de 1989. Après leur déportation vers le Sénégal, leurs terres ont été occupées par Brahim Ould Hadour et Mamoud Ould Khantéit. La superficie occupée est de 143 ha.

Entre 1995 et 1996, une partie des déportés sont revenus. A plusieurs reprises, ils ont adressé plusieurs correspondances aux autorités compétentes. Mais, elles ont été toujours classées sans suite. Depuis leur retour du Sénégal, ils courent derrière leurs terres.  En dehors de l’expropriation des terres qui appartiennent aux villageois, les occupants ont aménagé une digue à proximité des habitations. Et, lorsqu’ils utilisent des produits chimiques, ça empeste partout et l’air devient irresponsable.

Cette digue empêche les populations de mener calmement leur vie. le seul espace de dégagement qui reste dans ce village a été aussi occupé. Les populations de cette localité, ont profité de la conférence de presse, pour dénoncer cette volonté manifeste de leur exproprier leurs terres. En plus, cette localité ne s’appelle plus Keur Madické mais Dar-Es-Salem. Elles y voient une volonté manifeste de la part des autorités d’effacer la mémoire de ce village.   Le village de Fass a vécu lui aussi le même sort que Keur Madické. Les personnes revenues après l’appel du Président de la République courent aux aussi derrière leurs terres. Avant leur déportation vers le Sénégal, elles avaient à leur disposition, plus d’une centaine d’hectare  qui sont actuellement entre les mains de Baba Ould Habib et Moctar Ould Hami.  Maintenant, elles sont venues confier leur sort à la Commission Nationale des Droits de l’Homme. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 16 juin, 2008 )

Lutte contre l’analphabétisme et la pauvreté:L’ONG Initiative pour Tous apporte sa contribution

L’article 26 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, qui consacre le « droit à l’éducation », indique en effet que « l’éducation doit viser le plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales », mais aussi « elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix ». 

Créée en 2006, l’ONG Initiative pour Tous (IPT) a fait de la lutte contre l’analphabétisme et la pauvreté un objectif prioritaire. « Nous avons pris en considération ces deux éléments parce que la pauvreté et l’analphabétisme sont deux notions étroitement liées », explique le président de l’IPT El Houssein El Hassan Dieng.

En appui aux Objectifs du Millénaire pour le Développement visant à réduire les inégalités sociales entre les différentes couches de la population, cette ONG nationale est une réponse au challenge de la scolarisation et du savoir.

C’est ainsi que, dans chaque Moughataa de la wilaya de Nouakchott, a été ouvert un Centre d’Alphabétisation qui accueille chacun plus de 70 personnes. Dans ces centres, on y apprend le français, l’arabe, l’anglais et surtout l’informatique.

5 de ces centres au nombre de 8, en attendant celui de Ksar qui va ouvrir bientôt, sont pilotés par des femmes. Dans ces centres, on y retrouve toutes les communautés du pays. On y côtoie des personnes qui n’ont jamais été à l’école et des élèves qui y viennent parfaire leur niveau d’études en français, arabe et anglais. Tous les âges aussi s’y rencontrent.  

Tout ceci nécessite un gros budget. Mensuellement, cette ONG débloque plus de 280.000 UM pour faire fonctionner tous ces 8 centres disséminés dans les différentes moughataas de Nouakchott.

Après l’installation de ces antennes au niveau de toutes les moughataas de Nouakchott, l’équipe d’IPT veut franchir un autre palier. Elle compte installer des centres d’alphabétisation à l’intérieur du pays.

Déjà, des villes comme Kiffa, Boghé, Méderdra, Guerrou ont montré leur intérêt à ce projet. «Nous ne pouvons pas nous implanter tant que nous n’avons pas les moyens de le faire », a confié le président d’IPT tout en lançant un S.O.S. aux bonnes volontés de ce pays d’appuyer ce projet de lutte contre la pauvreté et l’analphabétisme. 

Ces centres, qui ont vu le jour il y a 2 mois, commencent déjà à porter leurs fruits.  Ces centres, travaillant souvent dans des conditions extrêmement difficiles, continuent tant bien que mal à exister grâce à l’abnégation des membres de l’ONG.

Implantés dans des zones où les populations sont vulnérables, ils n’arrivent pas toujours à bénéficier de l’appui des autorités au niveau local. Leur implication est encore invisible. Encore, cette ONG a du mal à bénéficier de subventions qui se font dans l’opacité au profit des ONGs cartables.    L’autre domaine d’intervention de l’Initiative pour Tous, dans le domaine de la lutte contre la pauvreté, consiste à des distributions de vivres et de couvertures aux plus démunis.

Sur le plan sanitaire, l’IPT a mené des démarches fructueuses auprès de l’hôpital national de Nouakchott. Ceci, dans le but de venir en aide aux personnes qui n’ont pas la possibilité de faire des opérations ou de se payer des médicaments avec un moindre coût de soins de santé.  Initiative pour Tous est une ONG ambitieuse avec un plan d’action bien ficelé. Elle est en train, d’ailleurs, de mûrir un projet dans le cadre de la lutte contre la pauvreté. Il s’agit de la transformation du produit alimentaire et laitier.

Objectif : promouvoir le consommer local. Elle prévoit de faire une formation des femmes sur la santé des femmes et des enfants. Cette formation vise à améliorer leur niveau de santé et de production.   Crée dans le souci de promouvoir l’accès des populations issues de milieux défavorisés à une éducation de base, l’ONG IPT apporte sa contribution à la lutte contre la pauvreté et l’analphabétisme en Mauritanie. Reconnue par son efficacité sur le terrain, cette ONG collabore avec S.O.S. Esclaves, Caritas, GRET, CEAR. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 17 juin, 2008 )

Passif humanitaire : A quand une commission d’enquête ?

La Coordination des Victimes de la Répression a fêté ce 14 juin sa première année d’existence. A cet effet, elle a organisé une conférence-débat au cours de laquelle, elle a annoncé la création d’un Observatoire pour le Règlement du Passif Humanitaire qui va regrouper l’Aide aux Veuves et Orphelins des Militaires Mauritaniens, la Coordination des Anciens Militaires Mauritaniens et l’Organisation contre la Violation des Droits de l’Homme et le Comité Directeur des Communautés Réfugiées au Sénégal. 

Dans la déclaration distribuée en marge de cette célébration, on peut lire : «S’agissant du passif humanitaire, rien n’est encore officiellement entamé. Des propositions retenues pendant les JNC, aucune n’a connu une orientation claire ». Ces propositions concernent la création d’une commission indépendante composée de personnalités d’envergure nationale reconnues pour leur compétence, leur probité, leur intégrité et leur patriotisme ; la création d’une Commission nationale telle que proposée par le document officiel du Comité interministériel ; l’élargissement de la commission proposée dans le document de travail, aux représentants des victimes, aux organisations de défense des droits de l’Homme et à des personnalités indépendantes. 

Aux yeux de la Coordination des Victimes de la Répression, le gouvernement n’a pas respecté les propositions retenues lors des Journées Nationales de Concertation du 20 au 22 novembre 2007. En plus de cela, la COVIRE a fustigé leur mise à l’écart dans le traitement du passif humanitaire. Et par rapport au retour des déportés, «beaucoup de manquements ont été observés, notamment dans l’organisation des opérations de rapatriement et la prise en charge pour l’installation d’urgence », lit-on dans la déclaration attribuée par la Coordination des Victimes de la Répression. 

«On a fait beaucoup de tambour et de trompette autour du retour des réfugiés. Mais, en réalité, ce qui se passe va mal », a révélé Ngaïdé Alioune Moctar, coordonnateur de la COVIRE. «Il est temps que tout le monde se soude et resserre les coudes autour de ce problème pour le régler », a-t-il lancé tout en relevant les problèmes d’habitat, de santé…auxquels sont confrontés les réfugiés revenus. La Coordination des Victimes de la Répression est donc visiblement déçue de la situation actuelle qui prévaut dans les camps des mauritaniens rapatriés.    

Témoignage de Lô Moussa Mamadou, rescapé militaire 

Il fut adjudant. C’était avant 1989. Il est devenu aujourd’hui le président du Collectif des Rescapés Militaires, créé en 1991 à la suite des événements de 1989. Pendant cette période, il servait à Rosso comme Inspecteur de transmission. Il n’était pas le seul à être appréhendé. Il y avait aussi Dia Daouda, Dieng Abdoul Razak, Sow Amadou Dème. Tous des adjudants arrêtés le même jour par un capitaine de leur base militaire. Ce dernier avait reçu l’injonction de la part de l’Etat major de les arrêter. 

Ce capitaine  avait reçu l’ordre de les tuer au cas où ils voudraient s’opposer à leur arrestation. A leur grande surprise, ce capitaine les a rassurés en leur disant qu’il ne leur ferait pas de mal. Ils furent transportés à un lieu tenu secret. 

Pendant 3 jours, ils ont vécu toutes sortes de supplices et d’humiliation, sans boire ni manger. Par la suite, ils furent envoyés à Béila. Ici aussi, les tortures vont reprendre. Les méthodes utilisées étaient effroyables. 

Par exemple, de 21 h à 4 h, ils étaient enterrés sauf leur tête qui pendait au sol. Ceux qui ne pouvaient pas résister longtemps périssaient immédiatement. De temps à temps, on glissait leur tête dans une position inclinée dans un fût plein d’eau. 

Pendant 6 mois, ils ont vécu l’enfer à Béila. De là, ils furent transférés à Jréida. Ce fut aussi le même accueil. Et le calvaire continuait de plus belle jusqu’à leur transfert à Nbéika. 

Aujourd’hui, après avoir été accusés à tort lui et ses compagnons, Lô Moussa Mamadou ne demande qu’une seule chose, qu’on les rétablisse dans leurs droits et surtout qu’on mette en place une commission d’enquête indépendante pour que toute la lumière soit faite sur cette période. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 17 juin, 2008 )

La maison des cinéastes

Un symbole d’unité nationale, d’engagement de la jeunesse et de liberté d’expression 

 

La Maison des Cinéastes n’est pas une maison comme les autres. En effet, lorsque vous y  mettez les pieds, pour la première fois, vous avez l’impression de vous retrouver dans une caserne de Baba Aly. Le maître d’œuvre de cette prouesse n’est autre que Abderrahmane Ould Salem. Sur les murs, sont collés des écriteaux sur lesquels sont inscrites des phrases qui poussent à la méditation et des portraits de grands noms du monde de la Culture(Kane Saïdou Boly, Malouma, Pierre-Yves Vandeweerd, Abderrahmane Cissako…) et de la politique(Martin Luther King,  Moctar Ould Daddah, Mouawiya Ould Sid’Ahmed, Ely Ould Mohamed Vall, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi…). 

Aujourd’hui, la Maison des Cinéastes est presque connue de tous les mauritaniens. Et, pourtant, au début de sa création en juillet 2002, peu de gens accordaient du crédit à ce projet que certains qualifiaient de fanfaron. A cette époque, il n’était pas permis aux mauritaniens de rêver un jour d’avoir leur propre image. Avec l’appui de quelques amis, Abderrahmane Ould Salem, de retour de Paris, après une formation cinématographique à l’Ecole d’Eicar, décide de se lancer, contre vents et marées, dans le cinéma. Petit à petit, il mûrit son idée. Son ambition : créer un public cinéphile qui comprend l’intérêt du cinéma. A l’époque, les associations étaient sous le contrôle de l’administration de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya. Pour éviter certaines tracasseries administratives, il débute en tant qu’établissement commercial. Parce qu’il n’aime pas être contrôlé. Ce n’est qu’en 2005, que la Maison des Cinéastes sera reconnue comme association par les pouvoirs publics.  

La Maison des Cinéastes est née dans un contexte assez particulier. On ne parlait plus de cinéma au pays d’un million de poètes. Les salles de cinéma que nous a léguées la première génération de cinéastes avaient disparu sans laisser de traces visibles. Le Cinéma était mort. Il n’existait plus. Ce constat ne laissait pas indifférent Abderrahmane Ould Salem qui ne pouvait pas imaginer tout un pays comme le nôtre sans aucune culture cinématographique. Ainsi donc, il fallait se battre pour avoir un espace à Nouakchott où on parlerait uniquement  de cinéma.  

Ayant constaté que les mauritaniens sont très pressés et ne font pas des choses qui s’inscrivent dans le temps, Abderrahmane Ould Salem décide alors de monter son propre projet. Avec ce projet, il vise la diffusion large d’un cinéma qui reflète la réalité de la Mauritanie, de sa Culture et de sa Civilisation. Au fil des années, la Maison des Cinéastes va devenir un symbole de l’unité nationale, de l’engagement de la jeunesse et de la liberté d’expression. D’ailleurs, sa devise qui est celle de rapprocher les hommes et les cultures, résume bien cet engagement social et culturel de la part des cinéastes mauritaniens. La Maison des Cinéastes joue aujourd’hui un rôle de pont entre les différentes cultures du pays, entre la Mauritanie et les autres pays, entre la Culture africaine et les autres cultures du monde.  

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De 2002, début de l’expérience, à nos jours, la Maison des Cinéastes a connu un très grand parcours nomade. L’histoire de cette maison est liée à celle de Abderrahmane Ould Salem. Au début, il était seul et travaillait avec l’aide d’un ordinateur portable et une petite caméra digitale. Tenace et optimiste, il commence à organiser de petites manifestations et des prises de contact. A cette époque, il était là où est logée présentement la Maison des Cinéastes. Certains amis, ayant compris que c’était un projet sérieux, vinrent se joindre à lui. Sur invitation de la direction de la Maison des Jeunes, Abderrahmane et sa bande s’installent dans la dite maison.  Plutard, ils reçurent une lettre du Ministère de la Culture les demandant de libérer les bureaux.  Successivement, ils s’installèrent à Arafat et au Centre-ville avant de retourner à leur ancienne maison qui abrite actuellement l’administration de la Maison des Cinéastes.  

Cette Maison dispose d’une direction de la formation et de la diffusion qui a mis en place trois projets de diffusion cinématographique. Le premier projet est intitulé ABCinéma destiné principalement à la formation de collégiens, lycéens et étudiants sur les rudiments du cinéma. Le second  Cinéparc qui est un projet de diffusion organisé en plein air dans différents quartiers de Nouakchott et à l’intérieur du pays.  Le troisième projet concerne l’Ecran dromadaire qui est une caravane cinématographique que la Maison des Cinéastes organise à l’intérieur du pays dans des endroits où les populations n’ont pas accès à l’image.  

Il y a aussi une direction qui s’appelle ‘Connect’. Celle-ci s’occupe de la décentralisation de l’action de la Maison des Cinéastes. En plus de cela, elle s’occupe de l’installation des antennes de la Maison des Cinéastes dans  les différentes moughataas de Nouakchott et à l’intérieur du pays. Le responsable de cette direction gère aussi le projet ‘Kennach’ qui est le Centre de la Mémoire Audiovisuelle. Et enfin, il y a la Maison de la production  qui s’occupe de la production de certains programmes de la télévision nationale à savoir ‘Chabab’ et ‘7ième rendez-vous’.  Hormis cela, elle s’occupe de la production de films de jeunes cinéastes mauritaniens pendant chaque édition de la SENAF. 

Six ans après son existence, il y a beaucoup de mauritaniens qui ne savent pas encore le travail déployé par la Maison des Cinéastes. Mais cela n’a jamais découragé l’équipe de Abderrahmane Ould Salem. Par ailleurs, les difficultés ne manquent pas. Puisque, la Culture coûte aussi énormément chère. Avec 35 salariés et 3 maisons à payer à chaque fin de mois, sans compter l’eau, l’électricité et l’Internet, la Maison des Cinéastes est devenue une boîte très lourde à gérer.  

En 2008, la Maison des Cinéastes a lancé le projet ‘Connect’ qui consiste à installer de mini maisons de cinéastes dans toutes les moughataas de Nouakchott et à l’intérieur du pays. C’est des structures qui feront exactement la même tâche que la Maison des Cinéastes. C’est un projet visant à décentraliser l’action de la Maison des Cinéastes et surtout donner l’espoir aux jeunes de l’intérieur du pays d’avoir la même opportunité que les jeunes de Nouakchott. C’est un projet coûteux puisqu’il y a toute une structure à monter, des formations à organiser, des projections à faire, une bibliothèque à installer et des tournages quotidiens à réaliser pour constituer la mémoire de la maison.  

Rien qu’à Nouakchott, l’enveloppe financière estimée pour l’installation des 9 antennes est de 88 millions d’UM. Les sources de financement vont provenir en partie de la Coopération française, de l’Ambassade d’Espagne, de la Coopération allemande, de l’UNESCO, de la Francophonie…L’autre source de financement provient de la production de la Maison des Cinéastes qui représente 40 et 45% des recettes(production, spot publicitaire, films, programmes pour la télévision, location de projection ou de tournage). La contribution de l’Etat mauritanien dans ce projet est de zéro ouguiya. Aujourd’hui, le budget annuel de la Maison des Cinéastes est de plus de 300 millions d’UM. 

La Maison des Cinéastes est considérée aujourd’hui comme l’unique espace de création et de liberté en Mauritanie mais aussi un espace d’échanges où se côtoient différentes ethnies et cultures. Ceci lui a valu une forte notoriété. «Il y a quelques années, il était impossible d’imaginer un festival cinématographique en Mauritanie, de voir des jeunes qui maîtrisent les rudiments du cinéma et capables de faire une analyse filmographique. C’était impossible de voir un jeune qui rêve de faire son film, de trouver un lieu pour le faire. C’était impossible de trouver un coin à Nouakchott où on peut consulter les archives audiovisuelles de ce pays », énumère Abderrahmane Ould Salem, directeur et fondateur de la Maison des Cinéastes qui fête cette année sa 6ième année d’existence. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

  

( 20 juin, 2008 )

Opérations retour des réfugiés: Problèmes à répétitions…

Mamadou Moctar Sarr, Secrétaire Exécutif du FONADH, relève des manquements par rapport à ce qui a été convenu dans l’accord triparti signé entre la Mauritanie, le Sénégal et le HCR. Depuis le début de l’opération de rapatriement des déportés mauritaniens vivant au Sénégal, il y a officiellement 4.076 réfugiés qui sont rentrés au pays. Cependant, depuis leur arrivée et jusqu’à nos jours, ils vivent dans la précarité. Alors que l’hivernage s’est déjà installé. Ce 20 juin, sera célébrée la Journée Mondiale des Réfugiés. A cette occasion, nous en avons profité pour discuter avec Mamadou Moctar Sarr, Secrétaire Exécutif du FONADH, dans l’interview suivante, de la question des réfugiés et du passif humanitaire. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous venez d’effectuer une visite dans les camps des réfugiés. Comment avez-vous trouvé la situation ? 

Mamadou Moctar Sarr : Effectivement, nous avons été au Gorgol, au Brakna et au Trarza dans le cadre d’une mission conjointe dont l’objet était de vulgariser le contenu de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et la Charte Africaine des Droits de l’Homme. Nous estimons que le premier devoir d’un citoyen, c’est de connaître ses droits et ses devoirs. Nous en avons profité pour visiter les sites du Brakna. La situation est très difficile. Il y a beaucoup d’insuffisances par rapport à l’accueil et à la réception des déportés. Les problèmes rencontrés sont relatifs à ceux de l’habitat. A leur arrivée, ces populations étaient logées sous des tentes en matière plastique. Avec la chaleur qu’il fait ces temps-ci, elles deviennent invivables. Et pourtant, il était prévu, dans l’accord triparti entre la Mauritanie, le Sénégal et le HCR, de construire des logements. A ce niveau, rien encore n’a été fait. Il y a aussi le problème de l’eau potable. Le HCR prévoyait 10 litres par jour et par personne. Mais, sur le terrain, la réalité est tout autre. Et cela constitue un grand handicap pour les populations ! L’autre aspect concerne l’éducation. Il y a des enfants qui sont revenus avec leurs parents. A ce niveau aussi, le problème n’a pas encore été réglé définitivement. Globalement, on peut dire qu’il y a toujours des manquements par rapport à ce qui a été convenu dans l’accord tripartite. A notre avis, les autorités doivent réagir très rapidement pour que les populations soient rassurées. Sinon, ce sera la catastrophe si aucune solution d’urgence n’est trouvée. Les déportés sont actuellement dans des abris précaires qui ne peuvent pas les protéger. 

Le Rénovateur Quotidien : Outre ces manquements que vous avez relevés dans les sites, il y a aussi le problème relatif aux terres auxquels sont confrontés les déportés rentrés au pays. 

Mamadou Moctar Sarr : Le problème des terres va au-delà du problème des réfugiés. C’est un problème qui se pose au niveau de toute la vallée. Aujourd’hui, nous avons constaté qu’il y a des spéculateurs qui veulent s’accaparer des terres. Cela est lié au retour des déportés. Nous lançons un appel solennel aux autorités de régler rapidement ce problème. Pour l’essentiel, ceux qui sont revenus sont des agriculteurs. L’écrasante majorité d’entre eux n’ont pas encore retrouvé ni leurs biens et encore moins leurs terres. Nous avons tenu des conférences de presse pour sensibiliser l’opinion nationale sur cette question et attirer l’attention des autorités. On ne peut pas comprendre que des populations qui avaient des terres soient expropriées du jour au lendemain ou courent toujours derrière leurs terres. C’est un problème crucial qui n’a commencé qu’avec le début du rapatriement. C’est un problème de spéculation que les gens veulent éveiller pour créer des problèmes. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous appelez à l’arbitrage de l’Etat dans ce problème. Or, on a remarqué qu’il y a la main des autorités locales qui se dissimulent derrière pour empêcher toute résolution de la question des terres de la vallée notamment celles expropriées. 

Mamadou Moctar Sarr : Malheureusement, le constat est là ! Ce sont les autorités qui devraient mettre fin à cette occupation des terres. Jusqu’à présent, les populations ont gardé leur calme et leur sérénité. Mais, il n’y a pas un répondant au niveau des autorités locales. Et, nous avons suggéré aux populations de continuer à se battre pour recouvrer leurs terres, mais, dans un cadre de dialogue et suivant les lois en vigueur. En revanche, il est inconcevable que les gens continuent de s’accaparer illégalement les terres d’autrui. On sait qu’un wali ne peut pas donner plus de 30 ha, un hakem plus de 10 ha. Il y a une loi sur le régime foncier qui définit le niveau de compétence des autorités locales. 

Le Rénovateur Quotidien : Il y a des informations faisant état d’une campagne de dissuasion menée auprès des réfugiés qui voudraient revenir. Qu’en est-il exactement et qui sont derrière cette campagne ?

Mamadou Moctar Sarr : Cette campagne ne date pas d’aujourd’hui. Malgré cela, je peux vous dire que les réfugiés n’ont qu’une seule envie : revenir. Ce n’est pas les biens matériels qui  les intéressent ! L’écrasante majorité s’est inscrite dans cette dynamique. Il y a des gens qui sont contre ce retour, c’est vrai. Mais, il faudrait que les autorités prennent en charge ceux qui sont déjà revenus pour les rassurer. Maintenant, les détracteurs peuvent profiter de certains incidents pour essayer de décourager les autres.                             imag0021.jpg 

Le Rénovateur Quotidien : Puisque la situation est catastrophique pour reprendre votre terme, ne serait-il pas nécessaire de créer un fonds d’urgence pour ceux qui sont revenus pour appuyer l’ANAIR qui semble ne plus tenir le coup ? 

Mamadou Moctar Sarr : Il y a deux acteurs chargés de l’organisation du retour des déportés. D’abord, le HCR qui doit prendre en charge les déportés pendant 3 mois. Actuellement, tout le monde se plaint de la manière dont l’ALPD gère le retour des réfugiés. Puisqu’il y a une arrivée massive des déportés, il fallait essayer de répartir ce retour entre différentes ONGs. Le HCR et l’ALPD ne remplissent pas entièrement leurs missions. La deuxième phase, c’est au niveau de l’ANAIR. C’est vrai qu’elle a distribué du bétail et autres. Mais, là aussi, il faut qu’elle redouble d’efforts. On est à la veille de l’hivernage. Il faut que ces populations puissent, une fois dépassée la phase d’urgence, prendre leurs propres dispositions. Il y a des mesures d’accompagnement que le HCR, le gouvernement et tous les acteurs concernés doivent inventorier pour une meilleure prise en charge. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’on peut parler de fiasco dans la gestion du retour des déportés au vu des insuffisances qui ont été notées çà et là ? 

Mamadou Moctar Sarr : Il faut d’abord distinguer l’action du HCR et celle de l’ANAIR. Chacun d’entre eux a une mission bien précise. Nous estimons que c’est au HCR de mettre les moyens nécessaires (eau, habitat, santé, éducation) afin que les réfugiés soient mis dans de bonnes conditions. Si, une ONG n’est pas capable de mobiliser les ressources humaines, il faudrait que le HCR cherche d’autres partenaires qui vont suppléer cette ONG. Il ne faut pas que le HCR se cramponne sur une ONG (l’ALPD) qui n’est pas en mesure de satisfaire la demande. Aujourd’hui, on est à 4076 personnes qui sont rentrées au niveau du Trarza et du Brakna. Si on doit construire 4076 logements, une seule ONG ne pourra le faire à elle seule. Il convient donc de revoir les choses et éviter l’exclusivité. Mais, surtout, impliquer toutes les parties qui peuvent apporter un plus aux opérations de rapatriement. 

Le Rénovateur Quotidien : Si aujourd’hui, l’ALPD n’arrive pas à assurer l’organisation du retour des déportés, ne faudrait-il pas tout simplement lui en retirer la gestion ? 

Mamadou Moctar Sarr : On ne demande pas n’importe quoi. Cependant, nous voudrions que le HCR renforce l’ALPD. Pourquoi pas ne pas revoir son travail dans la mesure où elle ne peut pas mobiliser tous les moyens nécessaires ? Pourquoi pas ne pas voir d’autres partenaires qui pourront suppléer les insuffisances de l’ALPD ? Si cette ONG ne peut pas tout faire, pourquoi pas ne pas associer d’autres ONGs compétentes et capables de renforcer le processus de rapatriement ? Nous ne jetons pas l’anathème sur l’ALPD. L’essentiel pour nous, c’est que ces réfugiés soient dans de bonnes conditions optimales. Le reste nous importe peu. Il y a des engagements qui ont été pris. Il faudrait qu’ils soient respectés.   

Le Rénovateur Quotidien : Le 31 mai dernier, vous avez tenu une conférence de presse au cours de laquelle vous exigiez qu’une Commission Nationale d’Enquête soit mise en place à propos du passif humanitaire. Est-ce que votre demande a été entendue par les autorités ? 

Mamadou Moctar Sarr : Pour le moment, ça n’évolue pas. Or, la mise en place de cette commission d’enquête nous paraît extrêmement importante. Et, ceci en définissant un plan d’action bien ficelé par rapport à la question pour ne pas rester dans le flou. Il paraît qu’il y a une commission en gestation, mais nous attendons de voir. De toute façon, nous n’avons pas encore été sollicités ou saisis. A notre avis, c’est seulement, cette commission indépendante qui pourra faire la lumière. Sept mois, après la tenue des Journées Nationales de Concertation, il faut que cette commission puisse être mise en place mais avec un cahier de charges bien ficelé. Nous souhaitons que cette commission ne soit pas composée de femmes et d’hommes ayant eu un passé sombre par rapport à la gestion de ce dossier. Des femmes et des hommes capables d’apporter un plus pour réellement permettre de connaître la vérité sur ces années de braise. Nous allons continuer dans la recherche des solutions pour la mise en place d’une commission indépendante capable de faire toutes les investigations nécessaires sur ce qui s’est passé. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’au niveau du FONADH, vous avez constaté une volonté politique manifeste par rapport à cette question ? 

Mamadou Moctar Sarr : Jusqu’à preuve du contraire, et par rapport aux résultats que nous avons obtenus, nous pensons que cette volonté politique existe. Mais, nous savons qu’il y a des résistances à certains niveaux. Sinon, depuis sept mois, on aurait pu ébaucher un processus pour la mise en place de cette commission. Le FONADH a, par rapport à cette question, une position très claire : c’est de façon consensuelle qu’on trouve une solution par rapport à ce problème, né du régime de Ould Taya. La volonté existe au niveau du Président de la République qui a pris l’engagement de régler le problème du passif humanitaire et des déportés dans la dignité. 

Le Rénovateur Quotidien : A la limite, le passif humanitaire n’est-il pas un sujet qui dérange, c’est pour cela qu’il y a des lenteurs dans sa résolution ? 

Mamadou Moctar Sarr : Ce n’est pas un sujet facile à aborder et nous le comprenons. Mais un sujet qui dérange doit trouver une solution. Il ne faudrait pas qu’il y ait, comme le dit quelqu’un, une ligne rouge. Ce problème doit être traité de manière responsable dans le cadre d’un dialogue concerté. Si cela est fait, il n’y a pas de raison qu’on ne puisse pas trouver de solutions. Le plus difficile, c’était de reconnaître les faits. Jusqu’en 2005, les gens disaient que c’est un faux problème. Aujourd’hui, il y a un consensus sur le plan national. A partir de là, on doit pouvoir s’acheminer vers le règlement définitif de ce problème. 

Le Rénovateur Quotidien : Depuis la nomination du nouveau gouvernement, on n’entend plus parler de la question des déportés. Croyez-vous véritablement que ce gouvernement a l’intention de poursuivre le travail entamé par son prédécesseur ? 

Mamadou Moctar Sarr : Le plus important, pour nous, c’est la position du Président de la République. Les ministres ne sont là que pour exécuter sa vision des choses. On sait aussi que ce n’est pas tout le monde qui a la même vision par rapport à cette question. Mais, si le cap est maintenu, en conformité avec les engagements pris lors des Journées Nationales de Concertation, nous pensons que nous pouvons réussir. A chaque fois que nous verrons un dysfonctionnement dans la mise en œuvre, nous le dénoncerons. Il y a des engagements qui ont été pris et des solutions ont été suggérées durant les Journées Nationales de Concertation.  Je pense qu’il y a une volonté affichée par le Président de la République et son gouvernement pour aller de l’avant par rapport à cette question. 

Le Rénovateur Quotidien : Par rapport aux solutions sur le passif humanitaire, la Mauritanie doit-elle, à votre avis, s’inspirer des modèles sud africain ou marocain. Ou plutôt, doit-elle partir de son expérience pour résoudre le problème du passif humanitaire ? 

Mamadou Moctar Sarr : Chaque pays a sa spécificité, même s’il y a des standards internationaux sur lesquels nous pouvons nous inspirer. Je pense que tout cela doit être fait dans la concertation. Si, effectivement, tous les acteurs concernés sont associés à la démarche, je suis convaincu qu’on pourra trouver une solution. Il y a plusieurs ateliers au cours desquels plusieurs expériences ont été exposées. Cela peut permettre d’avoir une vision globale et voir par rapport à cette question quels sont les meilleurs voies et moyens qu’on peut utiliser pour régler la question du passif humanitaire. C’est un débat ouvert et l’essentiel, c’est d’arriver à un résultat satisfaisant. 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

( 25 juin, 2008 )

Abderrahmane Ould Salem:Celui qui a ressuscité le Cinéma en Mauritanie !

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Enfant déjà, il rêvait de cinéma. En 2002, de retour de Paris, il monte, disposant de peu de moyens, la Maison des Cinéastes, avec des amis. Ambitieux, il décide de populariser le cinéma en Mauritanie, et par ricochet, de faire connaître la Mauritanie sur le plan culturel, à travers toute la planète bleue. En 2006, est née la première édition de la Semaine Nationale du Film. Le 23 juin s’ouvre dans la capitale mauritanienne la 3ième édition de la Semaine Nationale du Film. L’occasion pour Le Rénovateur Quotidien de revenir sur ‘Celui qui a ressuscité le Cinéma en Mauritanie : Abderrahmane Ould Salem’.  

Issu d’une famille maraboutique (de père comme de mère), il a grandi à la ‘Kebba’ (bidonville) à coté de l’arrêt des bus du 5ième arrondissement. Comme certains de ses compatriotes, il appartient à cette Mauritanie des années 70, diversifiée, riche et fière de ses couleurs, ses émotions et sa dignité. A cette époque, les mauritaniens vivaient dans la fraternité et les communautés entretenaient d’excellents rapports. Il y avait une vraie joie de vivre. De l’espoir, de l’ouverture et des perspectives ! «Maintenant, ce n’est pas ce qu’on vit », se désole-t-il.  

C’est cette Mauritanie-là qui l’a façonnée et vu grandir. Presque 30 ans après, il se rappelle toujours de cette Mauritanie-là où cohabitaient dans l’harmonie, peuls, wolofs, soninkés et béidanes. Aujourd’hui, il regrette avec beaucoup d’amertume la «ligne rouge » qui sépare ces différentes communautés. Conséquence d’un manque de communication ! Et, pourtant, la Mauritanie n’est pas le seul pays au monde où cohabitent différentes cultures. «Il y a des pays où plusieurs communautés vivent ensemble », remarque-t-il en donnant l’exemple de certains pays environnants. Selon lui, il faut qu’on évite de politiser la question de l’identité culturelle, si la Mauritanie veut avancer.  

Abderrahmane Ould Salem est né le 27 juillet 1971, à Nouakchott. «C’est par pur hasard que j’ai connu la date de ma naissance. Le jour de ma naissance, mon oncle (Mouhamédoune Ould Hamoud, Ndlr) avait écrit un poème pour ma mère (Ndlr : sa mère est décédée et s’appelait Fatimétou Mint Hamoud). Lorsque j’ai grandi, j’ai découvert le poème que mon oncle avait écrit 3 heures avant ma naissance », raconte-t-il. 

Dans la communauté maure, un enfant, avant d’entrer à l’école moderne, doit maîtriser d’abord le Saint Coran, comme le veut la tradition. Ses parents le firent entrer à l’école coranique. Ceci va retarder son entrée à l’école publique. Car, il n’y rentrera qu’à partir de la 3ième année. Son cursus scolaire sera perturbé, en classe de terminale où les difficultés commencent à s’amonceler.  

Malgré sa bonne volonté de poursuivre ses études, il va finir par jeter l’éponge pour retrousser ses manches car son père ne pouvait plus lui assurer les frais de l’école. Ainsi, donc, il deviendra tailleur, métier que lui a appris son père lorsqu’il était jeune. Fils aîné, il sait qu’il doit montrer l’exemple et surtout, il sait qu’il n’a pas droit à l’erreur. Commence alors un nouveau cycle de vie pour lui ! Il s’essaie aux nouvelles technologies. Alors qu’il ne maîtrisait aucun mot en français. En peu de temps, il devient informaticien et le maquettiste le plus courtisé de Nouakchott.  

Comment un fils de marabout comme lui a-t-il atterri sur le tarmac du cinéma ? A 9 ans, il découvre le cinéma grâce à un de ses cousins venu du Sénégal. A ce moment, les salles de cinéma existaient, contrairement à aujourd’hui. Cette découverte s’est transformée en amour de l’image, de la mise en scène et de la beauté du cinéma. Il perçut, très vite, que le cinéma est un moyen de communication. Cet amour de l’image a ouvert son esprit et lui a permis de découvrir d’autres cultures par le truchement du cinéma. Cet amour aussi va se transformer en métier plus tard.  

Et, en 2000, il rencontre Abderrahmane Cissako venu en Mauritanie chercher des comédiens pour son film «En attendant le bonheur ». Cette rencontre avec lui reste encore vivace dans sa mémoire et une riche expérience pour lui. En 3 mois de tournage, il aura beaucoup appris du cinéma, en tant qu’assistant réalisateur auprès d’Abderrahmane Cissako. Encore aujourd’hui, Abderrahmane Ould Salem se demande ce qu’il serait advenu de sa destinée s’il n’avait pas rencontré Abderrahmane Cissako qu’il considère comme un frère, un professeur et voire comme un père. Cette rencontre avec lui va complètement bouleverser sa vie et jouer un rôle déterminant dans la suite de sa carrière de comédien. Petit à petit, il se met à creuser son sillon. 

Chacun a des idoles, des symboles en qui il s’identifie. Ceux d’Abderrahmane Ould Salem dans le domaine du cinéma s’appellent bien sûr Abderrahmane Cissako. Il l’admire pour son engagement sur le plan professionnel, artistique et politique. Sembène Ousmane ! Il adore en lui son cinéma populaire, très simple et profond. Et, enfin, Tony Gatlif, un cinéaste français. 

Il fut comédien (10 ans de théâtre) et en même temps technicien à la télévision nationale (pendant 4 ans). Il sera l’un des fondateurs du célèbre journal satirique «Ech-Taari » (Quoi de neuf) avec Taleb et compagnie. Il sera aussi à l’origine de la Fédération Nationale de Théâtre Amateur à la fin des années 80 et d’autres projets culturels et artistiques qui n’aboutiront pas à grand-chose. C’était pendant la période des vaches maigres. Et, d’obstacles en obstacles, Abderrahmane Ould Salem se forme une force morale inébranlable.  

Avec l’aide de Abderrahmane Cissako, il trouve un stage à l’Eicar de Paris. Avant de partir, il prend toutes ses précautions. Pour ce faire, il s’achète un dictionnaire Larousse et un logiciel vocal. Dans cette école de formation cinématographique, il va tomber sur un professeur français très raciste qui est contre sa culture et les principes de sa religion. Durant son séjour de stage à Paris, le cinéaste en herbe qu’il était va réaliser son premier court-métrage de 3 mn qui s’appelle «Une Seule Bougie ». Ce film raconte l’histoire d’un couple qui va fêter le premier anniversaire de la naissance de leur enfant. Malheureusement, pour eux, l’enfant va décéder le jour de son anniversaire.  

Pendant tout son séjour dans la capitale française, il semble vivre dans un bagne. En quelque sorte, il vivait le supplice dans une société totalement différente de la sienne. Lui qui vient d’une société très ‘open’ avait du mal à supporter la solitude. Ce fut «catastrophique » pour lui, parce qu’il a vécu, selon ses propres termes, un véritable choc. «Je n’ai pas pu faire beaucoup de rencontres même si j’ai visité les espaces culturels. Je n’ai pas eu un contact avec les français sauf que, heureusement, j’étais dans un quartier cosmopolite (…). Je m’attendais à rencontrer des français pour comprendre comment ils vivent (…). C’est malheureusement, ce n’est pas uniquement en France mais partout en Europe, des sociétés devenues esclaves et individualistes… », raconte-t-il. Quelque part, il souffrira énormément du «manque de communication » des français. Cependant, il garde de bons souvenirs de là-bas et notamment la sincérité des gens. 

Son caractère débonnaire est connu de tout le monde. Et, cela lui fait peur parce que, dit-il, l’être humain est capable de faire des bêtises ou quelque chose qu’il considère normal alors que ce n’est pas le  cas. Au-delà de cet aspect de sa personnalité, Abderrahmane Ould Salem est un personnage qui étonne par sa modestie et sa nature joviale. Par exemple, lorsque vous lui dites que c’est vous qui avez ressuscité le cinéma en Mauritanie, il vous répond clairement : «NON ! Je ne suis pas le seul. Je suis avec des gens avec qui j’ai réalisé ce projet.» D’ailleurs, c’est eux qui lui donnent le courage de croire en lui malgré les obstacles jonchés sur le chemin. «Chaque jour, quand je me réveille, je vois dans les yeux de mes amis l’envie de continuer », confie-t-il.  

De nature ambitieuse, Abderrahmane Ould Salem ne rêve que deux choses pour le moment : «créer des moments de grandes rencontres internationales (…) pour défendre des causes universelles » et «avoir un espace où les enfants de la rue peuvent travailler, jouer, apprendre sans considération de niveau, de région, de couleur ou de langue ». 

Dans son bureau, on y trouve toute une gamme de personnages symboliques : Martin Luther King, Saïdou Kane, Malouma, Cheikh Saad Bouh Camara, Abderrahmane Cissako, Sadam Husséine, Jaïd Abdel Khadr…Chose particulière en lui, il aime la couleur noire. Il faut faire un tour à son bureau pour s’en rendre compte. On peut y voir une certaine sensibilité de sa part ! «Je me sens parfois mal à l’aise quand je parle de noirs parce que ça a une connotation trop politique. Je ne sais pas qu’est-ce qui m’a mis dans cette situation pour aimer les noirs », confie-t-il en faisant allusion à Martin Luther King qui représente à ses yeux le symbole de la défense de la cause noire.  

Chaque seconde de perdue vaut de l’or. Pas la peine pour lui de passer son temps à peigner la girafe ! Pragmatique, il sait que le temps perdu ne se rattrape point. Lorsqu’il n’est pas à son bureau en train de s’affairer autour de son ordinateur portable qu’il ne quitte jamais des yeux, il est à coté de sa fille pour l’aider à faire ses devoirs. Passé cela, la nuit, il aime se promener avec sa femme en voiture ou aller au restaurant. «J’aime beaucoup ma femme », lance-t-il à qui veut l’entendre et de préciser allègrement. «Ce n’est pas de la publicité ! ». Si ça ne l’est pas, c’est quoi alors ? 

Depuis 1999, il est marié avec une fille originaire de Néma qui n’est pas issue de sa tribu. Lui, il appartient à la tribu ‘Al Abeuri’. Ses parents sont originaires de Trarza et ses grands-parents du village de Abeur, près de Chinguetty. Avant de se marier, il lui a fallu faire plusieurs castings comme on dit au cinéma pour tomber sur son actuelle femme. Et lorsqu’il parle d’elle, les qualificatifs et les éloges ne tarissent pas. «C’est une fille éduquée, sérieuse et honnête », croit-il. Père de deux filles, il ne pense pas se lancer un jour dans un second mariage. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

( 27 juin, 2008 )

Situation dans les sites des réfugiés rapatriés:Le Forum des Organisations Nationales de Droits Humains sonne le tocsin !!!

A l’occasion de la célébration de la journée internationale du réfugié, ce vendredi 20 mai, le Forum des Organisations Nationales de Droits Humains (FONADH) en a profité pour alerter l’opinion nationale et les décideurs sur les conditions de précarité dans lesquelles sont installés les réfugiés au Trarza et au Brakna.  Mamadou Moctar Sarr, Secrétaire Exécutif du FONADH, dans sa déclaration aux médias, a exigé le respect des engagements pris dans le cadre de l’accord triparti et des Journées Nationales de Concertation du 21 au 23 novembre 2007 ainsi que le respect des normes internationales protectrices des droits de l’homme.  En plus, il a exhorté l’accélération des programmes de l’ANAIR (Agence Nationale chargée de l’Accueil et de l’Insertion des Réfugiés) et l’engagement de toutes les forces vives du pays dans la réinsertion des réfugiés. 

Dans ce cadre, certaines associations de défense des intérêts des réfugiés avaient monté au créneau ces temps-ci pour dénoncer certains manquements relevés dans les opérations de retour des réfugiés vivant au Sénégal. Récemment, le comité directeur de la communauté des réfugiés mauritaniens au Sénégal, à la suite d’une visite effectuée au Brakna et au Trarza, avait constaté que des milliers de réfugiés sont réduits à vivre dans des tentes inhabitables ou déchirées. Une situation qui les expose, selon leur communiqué, à tous les risques.  Depuis le début des opérations de retour des réfugiés vivant au Sénégal, 4138 personnes sont rapatriées par le H.C.R. avec l’appui de l’ALPD (Association de Lutte contre la Pauvreté et le sous-Développement). 

Le FONADH, par ses missions d’évaluation et de suivi, a décelé toute une palette de problèmes dont on peut citer : dysfonctionnements sérieux dans les opérations de retour ; lenteur du programme d’insertion d’urgence ; conditions de précarité qui augure le risque de crise humanitaire et violation des droits élémentaires de groupe vulnérable ; problèmes fonciers récurrents qui se posent(sur ce point, le FONADH constate que l’Etat n’a pas à ce jour affiché un engagement ferme de les résoudre) ; incertitude sur l’avenir : aucune allusion n’est faite dans le processus quant à la réparation et l’indemnisation des dommages découlant de 20 ans de déportation.   Par rapport à cette question délicate, le Premier ministre Ould Waghef en déplacement dans la wilaya du Brakna a fait savoir que le gouvernement est en train de mener actuellement des concertations destinées à mettre en place une commission nationale chargée du règlement du passif humanitaire qui porte sur des tortures et exécutions extrajudiciaires perpétrées entre 1986 et 1991 sous la présidence de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya.  Par rapport à tous ces problèmes, le Forum des Organisations Nationales de Droits Humains a recommandé au gouvernement mauritanien de doter la Commission Nationale d’Identification de moyens matériels et financiers suffisants, de prendre des mesures diligentes afin d’assurer l’accès des enfants rapatriés à la santé et à l’éducation, d’adopter une procédure dans le cadre des problèmes fonciers, de faire bénéficier à toutes les victimes de la déportation des programmes de réinsertion et de réintégration dans la fonction publique et surtout de finaliser dans les plus brefs délais l’accord triparti avec le H.C.R.  et le gouvernement malien sans lequel le retour des déportés au Mali ne peut être effectué sous les auspices du H.C.R.   

Quant au H.C.R., le FONADH lui a recommandé principalement d’adopter une démarche inclusive, indispensable à la participation collective de tous les acteurs concernés par le retour et à la transparence dans les opérations de rapatriement comme l’ont souhaité les réfugiés, les ONGs, ainsi que le gouvernement.  

Le 20 juin n’est pas seulement l’occasion, pour le FONADH, de réaffirmer sa détermination à relever les défis du retour, de la réintégration, de la réconciliation, c’est aussi le moment pour lui de marquer son soutien inconditionnel aux milliers de citoyens mauritaniens injustement déportés, meurtris et dépouillés de leur citoyenneté et de leurs biens mais également de manifester sa compassion à ceux qui ont perdu leurs proches entre 1986 et 1991 notamment lors des événements de 1989 entre la Mauritanie et le Sénégal.  Au cours de cette journée, beaucoup de questions ont été soulevées. Du genre : qu’est-ce qui a été fait par le gouvernement pour ceux qui sont rentrés à partir de 1992 dont une partie est en majorité composée de fonctionnaires ?

Sur ce point, le FONADH a déploré le manque de mesures effectives pour une réintégration des fonctionnaires radiés, une compassion juste pour les biens spoliés ou confisqués et une réparation pour les victimes de violations des droits humains.  La léthargie de l’administration dans ce dossier de retour des déportés a été dénoncée par certains intervenants, comme Djigo Hountou Aliya, qui pense, malgré l’effort du gouvernement, beaucoup de problèmes et d’aspects relatifs au retour des déportés n’ont pas été véritablement abordés.

D’autres, sont allés plus loin en proposant qu’on fasse des réflexions plus poussées et plus sérieuses sur cette question dont le manque de coordination a été aussi vertement décrié par le FONADH.

D’autres encore, plus culottés,  ont stigmatisé l’hypocrisie de certains partis politiques qui n’ont pas bonnement relayé au niveau de leurs bases les recommandations prises lors des Journées Nationales de Concertation. A la fin de cette journée, on aura compris que les choses ne se passent pas comme sur des roulettes.  Babacar Baye Ndiaye 

( 27 juin, 2008 )

Egalité des sexes: L’AFCF dénonce les discriminations dont sont victimes les femmes

Pour montrer que rien ne va, comme veulent le faire croire certains, en matière d’égalité des sexes, les femmes, regroupées autour de l’Association des Femmes Chefs de Famille, ont sorti tout ce qu’elles avaient dans leur cœur comme discriminations à leur égard.

L’AFCF veut secouer les autorités pour qu’elles lèvent les réserves faites par la Mauritanie sur la Convention relative à l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes adoptée et ouverte à la signature, à la ratification et à l’adhésion par l’assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies dans sa résolution 34/180 du 18 décembre 1979. 

Aujourd’hui, les femmes mauritaniennes ont du mal à comprendre que presque 30 ans après, cette convention ne soit pas toujours ratifiée par la Mauritanie. Dans ce cadre, l’Association des Femmes Chefs de Famille et plus d’une soixantaine d’ONGs ont adressé au Président de la République une lettre de plaidoyer pour que la Mauritanie lève les réserves faites sur la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.

Aussitôt informé, le Président de la République a instruit le ministère de la justice et de la condition féminine de mettre en place une commission ad hoc qui va étudier les voies et moyens à prendre pour lever ces réserves tant décriées par les ONGs de défense des droits de la femme, dont l’AFCF, qui pensent que c’est une entorse à la démocratie et à l’évolution de la femme mauritanienne.

Aminétou Mint Ely Moctar a dénoncé leur mise à l’écart dans l’établissement de cette commission qu’elle a qualifiée de «bidon ». Laquelle commission, rapporte-t-elle, a porté une réserve sur l’article 16 de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. (Voir encadré). Cette réserve n’a pas été du goût de Aminétou Mint Ely Moctar qui a tenu des propos salés à l’égard des membres de cette commission qu’elle  a considéré comme étant des loufoques allergiques à l’émancipation de la femme mauritanienne.

Aujourd’hui, les femmes mauritaniennes souffrent de discriminations flagrantes. Par exemple, elles n’ont pas droit  de toucher à la pension de retraite de leurs époux lorsque ceux-ci décèdent. Leur âge à la retraite est de 55 ans contrairement à celui des hommes qui est de 65 au maximum. Autant de discriminations qui, aux yeux de Aminétou Mint Ely Moctar, menacent même l’existence des femmes mauritaniennes.

La présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille a souligné au cours de sa déclaration aux médias que les femmes mauritaniennes doivent se battre pour se libérer du joug de la féodalité, de l’exclusion et de la pauvreté qui l’empêche d’avoir les mêmes droits et les mêmes responsabilités que les hommes.

Article 16 de la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. 

1.     Les Etats parties prennent toutes les mesures appropriées pour éliminer la discrimination à l’égard des femmes dans toutes les questions découlant du mariage et dans les rapports familiaux et, en particulier, assurent, sur la base de l’égalité de l’homme et de la femme :

a)     Le même droit de contracter mariage

b)    Le même droit de choisir librement son conjoint et de ne contracter mariage que de son libre et plein consentement ;

c)     Les mêmes droits et les mêmes responsabilités au cours du mariage et lors de sa dissolution ;

d)    Les mêmes droits et les mêmes responsabilités en tant que parent, quelque soit leur état matrimonial, pour les questions se rapportant à leurs enfants ; dans tous les cas, l’intérêt des enfants est la considération primordiale

e)     Les mêmes droits de décider librement et en toute connaissance de cause du nombre et de l’espacement des naissances et d’avoir accès aux informations, à l’éducation et aux moyens nécessaires pour leur permettre d’exercer ces droits ;

f)      Les mêmes droits et responsabilités en matière de tutelle, de curatelle, de garde et d’adoption des enfants ou d’institutions similaires, lorsque ces concepts existent dans al législation nationale ; dans tous les cas, l’intérêt des enfants est la considération primordiale ;

g)     Les mêmes droits personnels au mari et à la femme, y compris en ce qui concerne le choix du nom de famille, d’une profession et d’une occupation ;

h)     Les mêmes droits à chacun des époux en matière de propriété, d’acquisition, de gestion, d’administration, de jouissance et de disposition des biens, tant à titre gratuit qu’à titre onéreux ;

2.     Les fiançailles et les mariages d’enfants n’ont pas d’effets juridiques et toutes les mesures nécessaires, y compris des dispositions législatives, sont prises afin de fixer un âge minimal pour le mariage et de rendre obligatoire l’inscription du mariage sur un registre officiel.

Babacar Baye Ndiaye

( 27 juin, 2008 )

Réfugiés rentrés à partir de 1993: Bientôt une commission d’identification ?

A l’occasion de la célébration de la journée mondiale du réfugié, du 20 juin dernier, le directeur des droits de l’Homme, au ministère de la Justice, Cheikh Tourad Ould Abdel Malick, a annoncé la mise en place prochaine d’une commission chargée d’identifier ceux qui sont rentrés à partir de 1993.  Cette commission a été maintes fois exigée par les associations de défense des intérêts des réfugiés mauritaniens. C’est déjà un pas de gargantua dans la résolution des problèmes nés des événements de 1989 à la suite desquels beaucoup de mauritaniens ont perdu, ou plutôt, étaient radiés de la fonction publique de manière injuste et sans fondement légal. 

Cette nouvelle, passée inaperçue, ce jour-là, vient de confirmer aussi la volonté politique du Président de la République de régler toutes les questions relatives au problème des déportés mauritaniens. Du coté des réfugiés, et notamment, des organisations de défense des droits de l’Homme, comme le FONADH, on appelle déjà à la mobilisation afin de contribuer à la réussite et fonctionnement de cette commission.  Encore, il faudrait la doter de moyens substantiels pour mener à bien ses objectifs. C’est vrai que c’est un vieux vœu qui vient d’être exaucé. C’est vrai aussi que cette demande a été toujours formulée par les réfugiés eux-mêmes. Mais, ce n’est pas une raison supplémentaire pour brûler les étapes au point d’alourdir le processus de résolution du dossier des déportés. 

Déjà, avec le retour des déportés, beaucoup de manquements et de dysfonctionnements ont été relevés ça et là dans les différents sites des réfugiés rapatriés. Il est vrai que le problème des déportés évolue à pas de tortue ! Ainsi, donc, il ne faudrait pas que les choses se fassent dans la précipitation. Et, il s’agit surtout de ne pas commettre des erreurs en tombant malencontreusement encore dans les mêmes pièges.  Jusqu’ici, tout s’est fait dans le consensus. Là, aussi, par rapport à la mise en place de cette commission, il ne faudrait pas qu’il y ait une gestion exclusive, sans qu’on essaie de se concerter au préalable avec ceux qui sont là pour défendre les intérêts matériels et moraux des réfugiés. Il ne s’agit pas là de faire un semblant dans son fonctionnement, et par conséquent, bâcler, sa mise en œuvre pratique pour aboutir en fin de compte à des résultats stériles. 

Le problème essentiel à esquiver, serait-ce, sans doute le manque de coordination qui pourrait être préjudiciable comme on l’a vu avec la gestion des opérations de retour des réfugiés. En attendant de voir la commission s’installer, les Organisations de défense des intérêts des réfugiés mauritaniens se délectent déjà de ce nouveau pas franchi par le pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.  Certainement, la mise en place de celle-ci, après celle de l’ANAIR, permettra de faire un saut encourageant dans la suite de la résolution de tous les problèmes intrinsèques à la question des réfugiés qui attendent beaucoup du gouvernement qui, sans doute, osera franchir d’autres paliers, dans l’intérêt des réfugiés, et notamment, de celui des fonctionnaires.

Car, qui peut nier que des fonctionnaires ont été injustement radiés de l’administration sans qu’ils ne sachent pourquoi ? Alors, c’est tout à fait normal qu’on les rétablisse dans leurs droits ! Pour qu’un nouvel état d’esprit puisse naître ! 

Non plus, il ne faudrait pas après l’accumulation des inadvertances de l’ANAIR dans les opérations de retour des réfugiés que cette commission qui sera chargée d’identifier ceux qui sont rentrés à partir de 1993 s’enfonce, elle aussi, dans le même sillage.  Babacar Baye Ndiaye 

( 3 juillet, 2008 )

Situation des migrants en Mauritanie: Amnesty International s’inquiète de leurs conditions de rétention dans le Centre de Nouadhibou

Amnesty International, dont le siège est à Londres en Grande-Bretagne, vient de publier, ce mardi 1ier juillet, un rapport intitulé «Mauritanie : Personne ne veut de nous ». Ce rapport, plus qu’une description et une synthèse de la situation des migrants qui transitent par la Mauritanie pour aller en Europe, est un éclairage sur les arrestations et expulsions collectives de migrants interdits d’Europe. 

La présentation de ce rapport a eu lieu dans les locaux du Forum des Organisations Nationales des Droits Humains avec la présence de nombreuses associations de défense des droits de l’homme en Mauritanie.

Présenté par Gaëtan Mootoo (chercheur mauricien), maître Niane Youssouf (avocat mauritanien) et maître Radhia Nasraoui (Présidente de l’association de lutte contre la torture en Tunisie), ce rapport d’une cinquantaine de pages, en plus des témoignages, est le résultat de plusieurs rencontres avec des migrants détenus dans le Centre de Rétention de Nouadhibou, des réfugiés et les autorités mauritaniennes effectuées au cours du mois de mars 2008. 

La ville de Nouadhibou, qui est à quelques kilomètres de l’Europe, est devenue une destination privilégiée pour les migrants. Cependant, le phénomène de la migration ne date pas d’aujourd’hui.  Déjà, vers les années 60, il y avait la présence de migrants dans la ville de Nouadhibou.

Pour différentes raisons. D’abord, Nouadhibou offrait d’énormes potentialités en termes de main d’œuvre dans le domaine de la pêche et de l’industrie minière. «Il y avait une volonté d’intégration et même d’ouverture pour faire face à la pénurie de main d’œuvre », remarque maître Niane Youssouf, avocat et coordonnateur de l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme. 

Selon lui, cela fait partie entre autres des raisons qui expliquent la genèse du phénomène de la migration dans la ville de Nouadhibou. Ensuite, «avec l’accroissement des flux migratoires consécutifs à des difficultés économiques dans de nombreux pays africains, enchaîne-t-il, il y a eu des problèmes ».

Conséquence : le phénomène migratoire a commencé à changer de nature en Mauritanie. C’est ainsi que la ville de Nouadhibou, jusque là considérée comme un point de chute, est devenue une zone de transit pour les migrants. Sont venus s’ajouter sur la liste de ces migrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile à la suite de conflits survenus dans la sous-région ouest africaine notamment au Liberia, en Sierra Léone et en Côte d’Ivoire. 

Face à cette vague de migrants, on élabore des politiques antimigratoires dans les pays de transit et d’accueil dans le but de dissuader les candidats à l’immigration. Dans la foulée, sous le diktat de l’Espagne, la Mauritanie durcit les conditions de séjour et d’entrée sur son territoire.

Ainsi un Centre de Rétention pour Migrants sera construit sur fonds espagnol dans le cadre de la lutte contre le phénomène de l’immigration clandestine. Les conditions de séjour dans ce centre de rétention, considéré comme un centre de restriction de liberté, sont aujourd’hui critiquées par les organisations de défense des droits de l’homme mauritaniennes.

Construit pour recevoir les migrants rapatriés de l’Espagne, ce centre est aussi considéré comme un centre de la honte. Appelé ‘Guantanamito’, les défenseurs des droits de l’homme se battent actuellement pour sa suppression, car pensent-il, il galvaude l’image du pays réputé pour son hospitalité. 

Depuis la création de ce centre, plus de 3000 personnes ont été arrêtées et détenues dans ce centre. Certains juristes se posent même des questions sur la légalité juridique de ce centre qui est une sorte de frein à l’immigration clandestine. 

«Tout celui qui tente de franchir les frontières mauritaniennes pour aller en Europe est immédiatement arrêté et détenu dans ce centre. Evidemment, se pose la question même de la légalité de cette arrestation. Sur le plan pénal, aucun texte ne réprime la sortie du territoire national. Le décret de 1964 fixant le régime juridique de l’immigration en Mauritanie ne qualifie pas d’infraction le fait pour un étranger de sortir du pays pour aller dans un autre pays », explique maître Niane Youssouf tout en s’interrogeant sur les bases juridiques qui sont à l’origine de telles arrestations et expulsions des migrants souvent victimes de mauvais traitements inhumains et dégradants. 

D’ailleurs, à en croire les révélations de maître Niane Youssouf, une véritable psychose s’est installée dans la ville de Nouadhibou. «Les migrants ne peuvent pas se déplacer librement à l’intérieur de la ville.

Dés qu’on les voit, surtout à certains endroits de la ville comme les installations portuaires, ils sont automatiquement soupçonnés. Ils ne peuvent pas circuler à certaines heures de la nuit. Ils sont quotidiennement sous la menace d’une arrestation », rencarde-t-il.

Pire encore, «il y a aussi cette stigmatisation de l’étranger qui commence à prendre pied. D’ailleurs, les migrants sont parfois pourchassés dans la ville comme des voleurs », poursuit-il en faisant savoir qu’il faut sonner l’alerte avant que cela ne se transforme en actes xénophobes. 

Prenant la parole, Gaëtan Mootoo a dénoncé les effets pervers de la politique européenne en matière de lutte contre l’immigration clandestine. A titre d’exemple, l’Union Européenne, dans les clauses de ses contrats,  a demandé à la Mauritanie d’accueillir sur son sol des personnes de la République Démocratique du Congo ou de la sous-région. Cela traduit à ses yeux une certaine couardise de la part des pays européens qui ont eu l’ingéniosité de déléguer certaines responsabilités aux pays du Sud de la Méditerranée. 

Les informations recueillies par Amnesty International lors de sa mission en Mauritanie en mars 2008 montrent que les droits des migrants et de certains réfugiés sont violés par les forces de sécurité mauritanienne qui procèdent parfois à des arrestations arbitraires, à des rackets et à de mauvais traitements à l’encontre de personnes accusées de vouloir rejoindre l’Europe de manière irrégulière. 

Dans les recommandations contenues dans le rapport et adressées au gouvernement mauritanien, au gouvernement espagnol et à l’Union Européenne, Amnesty International a insisté sur la nécessité de respecter les droits fondamentaux des migrants ainsi que leur intégrité physique. 

Babacar baye Ndiaye      

( 3 juillet, 2008 )

SENAF 2008

Ouverture de la 3ième SENAF: C’est parti pour une semaine de cinéma ! 

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Pour la troisième édition de la Semaine Nationale du Film, Abderrahmane Ould Salem et son équipe n’ont pas lésiné sur les moyens pour laisser une bonne impression aux invités. Tapis déroulés, banderoles suspendues dans l’air, hôtesses bien nippées et souriantes,…on se croirait presque à l’ouverture du Festival de Cannes en France. Le maître d’œuvre de ce décor éblouissant n’est autre que Sidi Yahya, un artiste peintre mauritanien.  

Cette 3ième de la SENAF a coïncidé cette année avec la première édition de la Quinzaine des Arts.  A leur manière, les artistes peintres mauritaniens, marocains et sénégalais, ont participé à la fête en exposant leurs œuvres au Hall de l’ancienne maison des jeunes. Placé sous le haut patronage du Premier ministre, la 3ième édition a été ouverte sous le thème : «Migration…d’ici et de là-bas ». 

Dans son discours, le ministre de la culture et de la communication a mis l’accent sur ‘les effets néfastes’ de la migration. Malheureusement, la Mauritanie n’échappe pas à ce phénomène. Le gouvernement, selon lui, est en train de mener des réformes, de réaliser des investissements considérables dans le domaine de la création de l’emploi et surtout d’augmenter le niveau de professionnalisation pour lutter contre la pauvreté qui explique en grande la migration vers les pays occidentaux. 

La présence du Premier ministre à l’ouverture de la 3ième édition de la SENAF n’a pas laissé indifférent Abderrahmane Ould Salem, directeur de la Maison des Cinéastes. «Il s’agit pour nous d’un signe fort de la volonté du Gouvernement de promouvoir la culture dans notre pays », témoigne-t-il. Cependant, «le cinéma ne pourra décoller (…) sans l’appui de l’Etat. Nous avons besoin de votre engagement pour réglementer, soutenir et promouvoir la culture et l’industrie du cinéma en Mauritanie et à l’étranger », adresse-t-il au Premier ministre. «(…) Notre confiance dans l’œuvre cinématographique est grande. Nous plaçons de grands espoirs sur cet art et que nous savons si important pour le rayonnement de l’image de la Mauritanie au monde. (…) A l’ère de l’image, le cinéma peut mettre en exergue les dimensions culturelles nationales, l’unité de notre pays(…) mettre en avant la force créatrice de notre peuple, capable de dynamiser la scène culturelle, d’en faire une source de développement économique et enfin qui pourra immortaliser notre patrimoine au fil des productions audiovisuelles d’images vivantes », explique Mohamed Ould Amar,  ministre de la culture et de la communication. Le cinéma, peut être aussi un facteur de réconciliation comme l’a expliqué Abderrahmane Cissako, parrain de la 3ième édition de la SENAF.  

Pendant une semaine, plus d’une quarantaine de films seront projetés. Pour cette année, les jeunes cinéastes mauritaniens ont été mis en exerce pour montrer en fait qu’il y a des talents qui existent en Mauritanie dans le domaine de la cinématographie. Leur thème majeur, c’est le combat du quotidien des jeunes africains de manière générale. «Parler des difficultés de son pays, c’est aussi l’aimer. Il faut donner la chance à ces jeunes de parler d’eux-mêmes, de leur quotidien », a souligné Abderrahmane Cissako dans son laïus. 

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Cinéastes en herbe

 

Ousmane Diagana, réalisateur de ‘Le rêve brisé’

 

                                            ousmanediagana.jpgIl est né en 1984 et sortant de l’Institut d’Ecriture de Documentaire de création. Avec son premier court-métrage, il fait ses premiers pas dans le cinéma. ‘Le Rêve brisé’, c’est l’histoire de Ousmane, jeune étudiant, qui est à la veille des examens de fin d’année. Sa cousine revient d’Espagne. Comme tous les immigrés de retour au pays, elle distribue des cadeaux à ses parents et amis. Impressionnée et jalouse, la mère de Ousmane demande à son fils de renoncer à ses études pour aller faire fortune en Europe. Pour en savoir plus, nous avons rencontré son réalisateur pour qu’il nous en parle davantage. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Pouvez-vous nous replonger un peu dans l’histoire de votre premier court-métrage : ‘Le rêve brisé’ ?

Ousmane Diagana : ‘Le rêve brisé’ raconte l’histoire d’une mère brisée qui veut voir son enfant réussir comme les autres c’est à dire ceux qui sont partis en Europe. Pour elle, malheureusement, il n’y a que l’immigration clandestine pour réussir dans la vie. Cette maman va penser que c’est la seule voie possible pour devenir ‘quelqu’un’.  Cela dit, une mère ne souhaite jamais du mal à son fils. Par-là, elle a cru que l’immigration clandestine était le chemin le  plus rapide. C’était une manière d’évoquer l’immigration clandestine à ma manière. J’ai vu pas mal de films sur l’immigration clandestine. Mais, j’ai constaté dans la plupart de ces films, on pointe un doigt accusateur sur l’Europe. Comme si l’Europe nous appelait ? Je ne suis pas d’accord avec ses réalisateurs, ses écrivains ou journalistes qui le voient de cette manière. Sur l’immigration clandestine, nous avons, nous africains, notre part de responsabilité. Nos gouvernements, aussi, ont leur part de responsabilité. Si, aujourd’hui, les jeunes quittent l’Afrique pour aller en Europe, ce n’est pas pour regarder la couleur de la neige ou comment vivent les blancs. C’est la richesse économique qui les amène là-bas. Si, on arrive à forger notre richesse économique, sociale et culturelle, éducative, je crois qu’on arrivera à retenir les jeunes. 

 

 

Le Rénovateur Quotidien : Votre film n’est-il pas à la limite une alerte sur l’immigration clandestine qui est un phénomène très répandu en Afrique ? 

Ousmane Diagana : Effectivement ! Vous savez, j’ai appris quelque chose avec Ousmane Sembène, le grand cinéaste, qui disait que le cinéma est une école pour les analphabètes. Par ailleurs, moi, je crois que c’est une école pour tous. Pour moi, faire des films, c’est faire appendre les gens, les conscientiser, à regarder autrement. Ce film peut être une alerte d’autant plus que ce film est fait en poular. Je ne suis pas hall poular d’ailleurs. D’ailleurs, je ne suis pas poular. Le film est fait en poular, exprès, pour toucher le maximum de gens.  C’était une manière d’alerter les gens sur ce fléau. 

 

 

Le Rénovateur Quotidien : Je reviens un peu au décor de votre film. J’ai constaté qu’il a été tourné dans les kebbas qui symbolisent la pauvreté. Qu’est-ce que vous avez voulu faire passer comme message ? 

Ousmane Diagana : D’abord, je suis dans le cinéma documentaire. C’est ma première fois de faire une fiction. Et, une fiction, ça copie directement le documentaire. Montrer les kebbas ou les bidonvilles, c’est une manière pour moi de montrer que ça existe aussi. On a tendance quand on parle parfois de Nouakchott, on cite Socogim, Tévragh-Zéina…Mais, malgré la pauvreté qui existe dans les kebbas- c’est malheureux et c’est comme ça- il y a de l’espoir. Dans le film, on le voit : Ousmane, le personnage principal, il tient et croit à ses études. Il veut finir ses études et rassembler à ses idoles qu’il accroche sur les quatre murs de sa chambre comme Abderrahmane Cissako. Même dans ces quartiers, l’espoir existe aussi. A travers ce film aussi, j’ai voulu montrer que Nouakchott ne s’arrête pas qu’à Tévragh-Zéina ou d’autres quartiers pareils. Il y a aussi d’autres quartiers qui doivent mériter l’attention des pouvoirs publics. 

 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous demandez, comme Tiken Jah Fakoly, qu’on ouvre les frontières. Vous pensez que c’est une solution à l’intégration africaine ?

Ousmane Diagana : Tiken, c’est quelqu’un que j’ai eu la chance de rencontrer en 2006 au Mali. Il m’a raconté pleine de choses sur sa vie, son engagement social et politique. La musique fait partie de l’écriture du scénario. En écrivant ce film, j’ai pensé à une musique très engagée qui pousse les gens à revoir leur manière de vivre. Utilisez le morceau de Tiken dans mon film, c’était une manière de montrer par l’image que mon film est un film engagé. Tiken et Awadi, c’est des aînés que j’ai eu à rencontrer. C’est une façon de suivre leurs pas. Nous ne sommes pas des politiciens. Dans nos films, on raconte l’histoire telle qu’on la voit ou telle qu’on l’a vécu. Je crois que ça touche encore les gens que d’essayer de tourner autour du pot ou de jouer les diplomates. 

 

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Moussa Samba Mbow, réalisateur de Amanda (liberté)

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On l’appelle le chanteur aux ongles. La manière dont il le fait, c’est lui seulement qui en a le secret. Chanteur, lui aussi, il participe pour la première fois à la Semaine Nationale de Film avec son court-métrage : Amanda. Ce film traite la misère, le manque de perspectives, le chômage…qui poussent beaucoup de jeunes africains vers la recherche d’un ailleurs meilleur. Ces jeunes sont prêts à tout pour un billet d’avion ou de…pirogue.

 

 

Le Rénovateur Quotidien : Peut-on savoir ce qu’est Amanda ? 

Moussa Samba Mbow : Je me suis inspiré d’un film sud-africain qui racontait l’histoire de Nelson Mandela. Lorsque j’ai suivi ce film qui est une évocation de la liberté, aussitôt, j’ai commencé à travailler sur un concept que j’ai appelé ‘Le Peace and Love’ qui est un message de paix et d’amour. Je me suis dit pourquoi pas on ne s’inspirerait pas de l’Afrique du Sud pour que nous vivions dans la fraternité. Amanda veut dire liberté. Au temps de l’apartheid, les sud africains scandaient : Amanda ! Amanda ! Amanda ! Plus tard, j’ai eu l’idée de faire un film sur cette thématique. Amanda évoque aussi la thématique de l’amour, de la paix et de la fraternité. Je pense que les jeunes doivent avoir cet état d’esprit. Par ailleurs, je veux inviter les jeunes mauritaniens à croire en eux et surtout en leur capacité intellectuelle. 

 

 

Le Rénovateur Quotidien : Dans votre film, on vous voit chanter avec vos ongles. D’ailleurs, ça a impressionné tout le monde. Est-ce un don ou c’est quelque chose que vous avez appris ? 

Moussa Samba Mbow : C’est un don de Dieu ! J’évolue dans la musique depuis 1994. C’est plus tard que cela s’est révélé en moi. Un jour, en studio, j’ai commencé à jouer avec mes ongles. J’aperçus que cela émettait des sons. J’ai commencé alors à me poser des questions. Pendant ce temps, j’ai laissé mes ongles pousser. C’est à ce moment que j’ai découvert ce don. Depuis lors, je chante avec mes ongles. 

 

 

Le Rénovateur Quotidien : Amanda, c’est aussi un film qui traite la question de l’immigration clandestine. Ça vous fait mal de voir ces jeunes prendre la pirogue en direction de l’Europe ? 

Moussa Samba Mbow : C’est un phénomène que je déplore beaucoup. Nous voyons tous les jours des immigrés qui se font retourner à leur pays d’origine. Nous avons vu aussi les images choquantes montrant des corps humains gisant au bord des cotes espagnoles. C’est vrai que ceux qui choisissent la voie de l’immigration clandestine n’ont pas le choix. Mais, ce n’est pas une raison supplémentaire pour se sacrifier bêtement. En bravant la mort ! C’est dans ce cadre que j’ai essayé de faire ce film pour dire haro à l’immigration clandestine. Ce thème est un sujet ouvert et chacun y va avec ses propres réflexions. 

 

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Jean Louis Chambon, réalisateur de «Voyageurs égarés »

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Dans la série de nos interviews consacrées aux cinéastes en herbe participant à la troisième édition de la semaine nationale du film, nous donnons la parole cette fois-ci à Jean Louis Chambon qui a réalisé le film «Voyageurs égarés ». D’origine française, il est en Mauritanie depuis 2002 et enseigne au lycée français Théodore Monod. Cette 3ième SENAF, pense-t-il, représente beaucoup pour la Mauritanie. «C’est un événement symbolique, utile et positif. Pour moi qui accompagné cette SENAF, depuis sa création en 2006, la maison des cinéastes et les gens qui organisent cette SENAF, c’est le symbole de ce que j’ai pu rencontrer de mieux dans ce pays. C’est pour cela cette année, je ne suis pas venu en simple spectateur, mais j’ai participé », témoigne-t-il. Il déplore comme tout le monde, le phénomène de l’immigration clandestine. «La seule chose que je souhaite à ces jeunes-là, c’est que leur pays leur offre un jour leur chance, que leur pays évolue positivement et ne leur donne plus un jour l’envie de partir. »  

 

Le Rénovateur Quotidien : Pouvez-vous nous expliquer comment est né votre film, «Voyageurs égarés » ? 

Jean Louis Chambon : L’idée de départ, c’était d’établir un parallèle entre deux formes d’immigration. La migration bien connue des pays pauvres en direction des pays riches qui est un sujet largement abordé au cours de la troisième édition de la Semaine Nationale du Film et une autre migration dont on parle moins mais qui existe et qui a son importance. C’est le fait que beaucoup d’européens viennent s’installer en Afrique. C’est une immigration de luxe, si on peut dire. Mais, elle a aussi ses difficultés, ses enjeux, ses défis et qui sont si difficiles à résoudre. La rencontre des cultures est parfois difficile à vivre, très enrichissantes mais aussi compliquées. C’est un peu cela que j’ai voulu. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Peut-on dire que vous avez voulu dénoncer à travers l’image cette immigration clandestine qui a aussi ses travers ? 

Jean Louis Chambon : Non, ce n’est pas une dénonciation ! C’est une description de choses que j’ai souvent vécues personnellement. Même si ce n’est pas un film autobiographique. C’est une description de choses qui existent. Je n’ai relaté que le vécu de certaines personnes qui choisissent de vivre loin de leur pays, de leur culture ou de s’installer dans des milieux différents des leurs. Ce film est inspiré de choses que j’ai connues bien sûr ! Il s’agit d’une transposition c’est à dire d’une description de faits qui sont inspirés de choses que j’ai connues mais qui ne sont pas directement des choses que j’ai vécues. 

 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous évoquez aussi, si j’ai bien compris, de manière implicite, la prostitution des jeunes filles ?

Jean Louis Chambon : Dans mon esprit, il ne s’agit pas véritablement de prostitution. Je le précise. Il s’agit simplement d’une jeune femme tout à fait normale qui, je dirai, profite d’une occasion d’un nouveau type de rencontre au sens matériel du terme. Non, ce n’est pas de la prostitution ! Pour moi, c’est une rencontre symbolisant la désillusion. 

 

 

Le Rénovateur Quotidien : Votre film est intitulé «Voyageurs égarés ». Est-ce que vous en êtes un ? 

Jean Louis Chambon : Heu…Eh bien (il sourit)! Quelque part, parfois, je pense au cours de ces six dernières années, j’ai été un voyageur égaré. Et j’essaie de ne plus l’être en quelque sorte. 

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Demba Oumar Kane, réalisateur de ‘Coumène’ (lutin).

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Il a toujours rêvé de faire du cinéma. Aujourd’hui, son vieux vœu est devenu une réalité. A l’occasion de l’ouverture de la 3ième édition de la SENAF, nous l’avons croisé pour qu’il nous parle de son premier court-métrage. 

 

Le Rénovateur Quotidien : J’imagine que ça a été un véritable bonheur pour vous d’ouvrir, avec votre court-métrage ‘Coumène’, la 3ième édition de la Semaine Nationale du Film ? 

Demba Oumar Kane : Effectivement ! Et, je suis très flatté que mon film soit à l’honneur et projeté devant le Premier ministre (Yahya Ould Ahmed Ould Waghef, Ndlr). Je suis vraiment satisfait. J’espère que ce sera, pour moi, une opportunité et un encouragement de faire d’autres films. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Pouvez-vous revenir un peu sur ce film ? 

Demba Oumar Kane : C’est une histoire que j’ai vécue. Ce n’est pas une histoire inventée comme pourraient le penser certains ! C’est à Ould Yenge que j’ai vécu cette histoire dans le Guidimakha. C’était pendant que j’étais élève. Un jour, en se promenant avec mes amis, en pleine brousse, on est tombé sur le Coumène. Mes parents m’avaient beaucoup parlé de Coumène. D’ailleurs, une de mes tantes m’a fait boire du lait de Coumène qu’on avait déposé par on ne sait qui dans un parc. Je n’avais jamais imaginé qu’un jour, je vais le rencontrer. Lorsqu’un jour, nous sommes tombés sur un Coumène, nous pensions, en tant qu’adolescents, que c’était un quidam perdu. On a voulu lui parler. Lorsqu’on a voulu s’approcher de lui, à notre grande surprise, on l’apercevait de très loin. A chaque fois, on croyait qu’on pouvait l’attraper. On a couru toute cette après-midi pour l’appréhender. Mais en vain ! Finalement, on a conclu qu’il y avait quelque chose d’étrange. 

 

 

Le Rénovateur Quotidien : Des années plus tard, vous avez senti la nécessité de porter cette histoire au cinéma pour le partager avec tout le monde ? 

Demba Oumar Kane : Oui, c’est ça ! Et, surtout, de le partager avec les autres pour leur montrer que les coumènes existent bel et bien. J’ai voulu par-là aussi leur dire que j’ai vu un Coumène.

 

 

Le Rénovateur Quotidien : Tout à l’heure, vous disiez que vous avez bu du lait déposé par un Coumène. Quelque chose, vous est-il arrivé plus tard ?

Demba Oumar Kane : Rien du tout ! Mon oncle, lorsqu’il est parti au parc, pour prendre du lait de vache, il a trouvé du lait dans une calebasse. Beaucoup de gens n’ont pas osé boire ce lait. Ma tante nous a fait goutter à ce lait. Jusqu’à présent, rien ne nous est arrivé !

 

 

Le Rénovateur Quotidien : A votre avis, pensez-vous que ce genre d’histoires a sa place dans le cinéma en Mauritanie ?

Demba Oumar Kane : Bien sûr ! Encore aujourd’hui, je me demande qu’est devenu ce Coumène. Avec ce développement sauvage et la poussée de la modernité !  Existent-ils toujours ? Ou est-ce-qu’ils ont disparu ? Je me pose toujours ces questions.   

 

 

Le Rénovateur Quotidien : A vous entendre parler, on a l’impression que ça vous fait mal de voir les coumènes disparaître ? 

Demba Oumar Kane : Tout à fait ! Le Coumène, c’est le totem des peuls. Chaque peul rêve de voir le Coumène. Le Coumène, c’est une source de bonheur et de réussite. On dit souvent que la plupart des peuls qui ont réussi ont croisé une fois dans leur vie un Coumène. 

 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et vous qui l’avez croisé, êtes-vous devenu riche ? 

Demba Oumar Kane : Non ! Certainement, parce que je ne l’ai pas attrapé. 

Cependant, j’ai remarqué que quand j’élève des vaux, ils se reproduisent très vite. 

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Eliane du Bois, distributrice

 

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Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes distributrice belge. Vous êtes présente en Mauritanie à l’occasion de la SENAF. Quelle a été votre impression sur les courts-métrages projetés ? 

Eliane du Bois : C’est une bonne impression ! En 6 mn, il y en a certains qui ont réussi à dire pas mal de choses proches du thème (migration…d’ici et de là-bas, Ndlr). C’est un exercice dur de dire en 6 mn des choses importantes. Il y en a ceux qui sont particulièrement réussi. Donc, c’est une bonne impression. 

 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous étiez là l’année passée. Cette année-ci aussi. Quelle appréciation faites-vous du travail fait par la maison des cinéastes ? 

Eliane du Bois : Je crois que c’est un travail très important. Comme je disais, il y a la Semaine Nationale du Film et tout ce qui se fait pendant toute l’année, dans les quartiers. Dans nos pays, le problème, c’est le chômage. Cela est lié au fait qu’il n’y a pas de formation, d’accès aux études. Si on étudie pendant un nombre incalculable d’années tout en sachant qu’à l’arrivée, ça n’aboutit à rien, forcément, on est désespéré. Ce que fait la maison des cinéastes peut être important parce que ça peut donner de l’espoir à des jeunes ici à travers le cinéma ou l’image. Il y a des choses à construire en Mauritanie. 

 

 

Le Rénovateur Quotidien : Que vous inspire le thème qui a été choisi cette année ? 

Eliane du Bois : Je pense qu’Abderrahmane Ould Salem a voulu faire, ce n’est pas uniquement s’arrêter à ce qu’on connaît le plus qui est l’immigration dans ce qu’elle a de choquant, mais il a voulu élargir. Je crois que ça a été une bonne chose. Parce qu’on peut avoir un regard beaucoup plus large sur la migration des idées, des gens, des échanges, etc…Je crois que c’est à partir de là que peut naître une véritable richesse.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes professionnelle. Quels genres de griefs avez-vous relevé sur les courts-métrages ? 

Eliane du Bois : Ce n’est pas des griefs ! C’est des premiers films et un premier film est toujours imparfait. Je crois que pour réaliser des films, il faut d’abord disposer assez de moyens. Ce qui est important, c’est que les gens doivent voir beaucoup de films pour mieux apprendre les rudiments cinématographiques. Aujourd’hui, on consomme énormément d’images. Et, il y a un travail d’éducation à faire. Par exemple, dès le plus jeune âge, qu’on forme des jeunes à décoder qu’est-ce que c’est qu’un reportage, un documentaire, un film de fiction. A partir de là, petit à petit, le futur réalisateur peut lui-même sentir dans quelle direction il a envie d’aller et commencer à utiliser le cinéma. J’ai remarqué en suivant les courts-métrages, que c’est des gens qui manquent de professionnalisme et de cette vision de regarder beaucoup de films de qualité de préférences. 

 

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Mohamed Mahmoud dit Alphadi, réalisateur de «Les Frontières » 

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Pour ceux qui ne le savent pas, Mohamed Mahmoud dit Alphadi est le personnage principal du film de Abderrahmane Cissako «En attendant le bonheur ». Avec son court-métrage «Les frontières », il fait ses premiers pas dans le cinéma en tant que jeune réalisateur. Son film s’inscrit dans la thématique de l’immigration clandestine des jeunes africains. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes acteur. On rappelle que vous êtes l’acteur principal de «En attendant le bonheur » d’Abderrahmane Cissako. Comment est votre début dans le cinéma en tant que jeune réalisateur ? 

Mohamed Mahmoud dit Alphadi : Tout début n’est pas facile ! Il n’est pas aisé de tourner, de prendre une caméra pour filmer. Etre cinéaste, ce n’est pas non plus compliqué. Nous sommes des amateurs qui n’ont pas reçu de formation. Forcément, donc, ça ne peut qu’être difficile. 

 

 

Le Rénovateur Quotidien : Pouvez-vous nous faire la genèse de votre film «Les frontières » ? 

Mohamed Mahmoud dit Alphadi : Un jour, je marchais, j’ai aperçu en face du restaurant chinois (publicité gratuite) des groupes de jeunes étrangers qui m’ont raconté leurs souffrances et leurs déboires en voulant joindre les côtes espagnoles. A chaque fois que je passe là-bas, je rencontre des personnes de différentes nationalités dont la plupart proviennent de la sous-région. Je les ai côtoyés pour essayer de comprendre pourquoi ils sont là en train de laver des voitures, de faire certaines tâches domestiques…C’est à partir de là que j’ai eu l’idée de faire un film qui parlera uniquement de la souffrance des immigrés. J’ai interrogé beaucoup de gens qui m’ont raconté leur histoire et comment leurs demandes de visa ont été rejetées par l’ambassade de France (à Nouakchott) et d’autres comment ils ont été reconduits à leur pays d’origine.   

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez voulu donc conscientiser ces jeunes-là qui ne pensent qu’à prendre la pirogue pour rejoindre l’Europe ? 

Mohamed Mahmoud dit Alphadi : En effet et surtout de leur ouvrir les yeux en leur disant : l’Europe, ce n’est pas ce que vous pensez encore moins ce que montrent certains films bien faits qui peuvent pousser à rêvasser. Que la souffrance et la galère existent là-bas aussi ! D’ailleurs, les immigrés qui sont là-bas sont souvent maltraités et inconsidérés. A travers ce film, j’ai voulu les déconseiller et enlever de leur esprit l’idée selon laquelle il n’y a que l’Europe pour vivre heureux. Le continent africain est plein de richesses ! Ils n’ont qu’à essayer de rester ici, travailler et vivre dans le bonheur. Au lieu de penser l’Europe, l’Europe, l’Europe, alors qu’il n’y a rien là-bas. 

 

Le Rénovateur Quotidien : N’avez-vous pas voulu lever un coin du voile sur les conditions de vie des jeunes mauritaniens qui manquent de perspectives ? 

Mohamed Mahmoud dit Alphadi : Non, je ne parle pas de jeunes mauritaniens. Je parle juste de jeunes africains. Tout le monde sait comment vivent les jeunes mauritaniens. Si, aujourd’hui, les jeunes africains veulent tenter leur chance en Europe, cela veut dire qu’il y a quelque part un problème. Je pense que nos gouvernants doivent essayer de créer des emplois pour les jeunes. C’est la seule solution au phénomène de l’immigration clandestine. Ces jeunes, ils sont simplement désespérés. C’est pour cela qu’ils prennent les embarcations d’infortune pour aller en Europe où il y a plus d’argent pensent-ils. S’il y a de l’emploi, aucun jeune ne va plus s’aventurer en Europe en traversant la mer ou le désert. Les solutions se créent. Ce n’est pas aux autres de nous en créer. Cela ne voudrait pas signifier non plus que je porte la responsabilité sur le dos de nos gouvernants. C’est juste pour dire qu’il est temps de faire quelque chose pour ces millions de jeunes africains. 

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Rencontre avec Pierre-Yves Vandeweerd 

 

Dans le cadre de la Semaine Nationale du Film du 23 au 29 juin dernier sous le thème ‘Migration d’ici et de là-bas’, ‘Sous la khaïma’, qui est une rencontre cinématographique, recevait Pierre-Yves Vandeweerd, un cinéaste belge qui a réalisé de nombreux films sur la Mauritanie dont le dernier en date s’appelle ‘Le Cercle des Noyés’ qui relate l’histoire des prisonniers de Oualata détenus pendant le règne de Mouawiya Ould Sid’Ahmed Taya. 

 

Dès l’entame de cette rencontre qui s’est finalement transformée en débat ouvert, Pierre-Yves Vandeweerd annonce les couleurs. «Je ne deviendrai jamais mauritanien », précise-t-il avant d’avouer : «Je suis d’origine belge. Cependant, j’ai l’impression que plus le temps passe, plus je suis habité par ces deux cultures (belge et mauritanienne). C’est ce qui fait que je suis toujours en Mauritanie pour retrouver des gens et refaire de nouveaux films. » 

 

Chaque intervenant a essayé de disséquer à sa façon la thématique retenue cette année à l’occasion de la 3ième édition de la Semaine Nationale du Film. Parmi les invités de cette SENAF, Titouan Lamazou qui a présenté un melting pot de travail sur les femmes du monde. Bourlingueur infatigable, il décrit dans son livre ‘ Zoé, Femmes du monde’ toute une panoplie de migrations allant de la migration traditionnelle des nomades à la migration de la misère en passant par l’exode rural et la migration commerciale pratiquée par les peuples sahéliens. Ce livre édifiant sur la condition et le sort des femmes dans le monde est le fruit de longues années de recherche, de voyages et de découverte. 

 

Certains ont vu à travers cette 3ième édition de la SENAF, une volonté de la part des organisateurs de casser les barrières et les frontières physiques et politiques qui séparent les communautés. «On a  choisi la migration parce qu’on considère que la Mauritanie est une terre d’accueil et de départ. On considère aussi que chaque civilisation a été fondée sur les voyages et les migrations », tente d’expliquer Abderrahmane Ould Salem. «Le thème de cette année, quand il embrasse le mot migration, ce n’est pas seulement la migration à travers les frontières. C’est aussi la migration des idées », enchaîne Moussa Samba Sy. «Evidemment, reconnaît-il, on ne peut pas passer sous silence l’immigration clandestine des jeunes africains qui se jettent dans la mer dans l’espoir de trouver une vie meilleure. N’oublions pas que ces jeunes sont chassés par la misère et par conséquent, ils sont prêts à risquer leur vie. Je ne les condamne pas à priori. J’essaie de les comprendre. Et, j’espère que le travail de certains cinéastes va nous permettre de comprendre un peu le ressort qui pousse des gens à risquer leur vie. » 

  

Cette Semaine Nationale du Film fut une occasion propice de parler de l’immigration clandestine. D’ailleurs, les courts-métrages qui ont été projetés évoquent sans exception avec beaucoup de particularité ce phénomène des temps modernes que d’aucuns appellent ‘la migration de la misère’. «Ce qui est condamnable, c’est plutôt la raison pour laquelle ils risquent leur vie. Il faut essayer de lutter contre les effets que contre les causes. Les causes, ce sont la misère et l’humiliation. Les effets, c’est cet exode massif des jeunes vers l’Europe », murmure Titouan Lamazou. «Il y a aussi le revers de la médaille qui a été dit sur cette migration de la misère, rappelle Khalilou Diagana. On peut constater jusqu’ici que la Mauritanie est un pays de transit. Dans les pirogues des clandestins, heureusement, il n’y a pas assez de mauritaniens. Compte tenu de la crise internationale, qui sait ? Le choix du thème a une dimension préventive et pédagogique adressée aux jeunes mauritaniens. » 

 

Dans les films des jeunes réalisateurs ayant participé à la 3ième édition de la Semaine Nationale du Film, on retrouve souvent cette thématique de l’immigration clandestine. Par exemple, dans «Coumène» de Demba Oumar Kane qui a obtenu le 2ième prix et «Là-bas dans la capitale» de Ahmed Taleb Ould Taleb Khiar le 1ier prix, on retrouve ce thème. Et, certains télespectateurs ont décelé dans ces films une sorte de désespoir qui commence à gagner le cœur des jeunes mauritaniens. Dans ces films, on voit des jeunes subjugués par la tentation de l’ailleurs, d’un monde meilleur que celui dans lequel il vit. Ils veulent partir, principalement, pour des raisons économiques qui sont à la base de cette immigration clandestine. 

 

Ces films, comme l’a relevé Pierre-Yves Vandeweerd, sont empreints d’une peur que l’on retrouve un peu partout dans le monde. «J’ai toujours eu le sentiment, il y a quelques années, qu’en Mauritanie, on est dans une espèce de géographie qui échappait d’une certaine façon à cette peur qui venait d’ailleurs, remarque Pierre-Yves Vandeweerd. Aujourd’hui, en voyant ces films, plus jamais j’ai l’impression que cette peur est présente. Alors, est-ce que les jeunes réalisateurs  ont choisi ce thème parce qu’ils se sentent habités par cette peur ou une menace ? Il y a une forte dramatisation de ce sujet par le recours de la musique. En suivant ces films, les uns à la suite des autres, je me suis dit est-ce que la peur a pris tout l’espace. Est-ce qu’il ne reste plus que la peur ? » 

 

Comment faire face et surtout comment se développe cette angoisse? «L’angoisse : elle naît quand il y a des problèmes dans un pays, explique Fara Ba, héros de ‘Le Cercle des Noyés’ de Pierre-Yves Vandeweerd. C’est des problèmes d’ordre politique. C’est des problèmes d’ordre sociologique. Evidemment, la misère gagne du terrain. Aujourd’hui, nous savons que la situation sociale de la Mauritanie est extrêmement difficile. Donc, on doit avoir peur des lendemains parce qu’on s’attend à ce qu’ils soient sévères. Il y a une sorte de désarroi moral, de défiance par rapport à la famille, à l’entourage, aux autorités. Evidemment, cette angoisse, elle est réelle surtout au niveau des jeunes qui manquent d’espoir, de perpectives. La jeunesse est de plus en plus désemparée. En plus de cela, nos enfants sont mal formés. Il y a également cette peur qui est là. Et, quand on n’est pas formé, cultivé, on n’a pas de perspectives pour avoir un bon travail, cela va de soi, que cette peur soit là et réelle. » 

 

En dehors de la thématique qui a été abordée durant cette SENAF, les films des jeunes réalisateurs ont beaucoup surpris le jury par leur qualité et leur forme. «Ce qu’on cherche, à travers cet événement, notamment avec le programme ‘Parlez-vous la langue de l’image’, c’est de donner la possibilité à ces jeunes de s’exprimer. On est dans un pays où la jeunesse est marginalisée. Elle est  utilisée dans les campagnes politiques. Mais, il n’y a jamais eu un espace d’expression pour eux. Le jour où ils peuvent maîtriser la caméra, le montage, ils pourront s’exprimer sur tout ce qu’ils veulent », commente Abderrahmane Ould Salem. «Ce que l’on remarque dans ces films et par la présence des jeunes cinéastes, c’est qu’on assiste à la naissance d’un désir de cinéma (…). On assiste vraiment à une  progression  extraordinaire des films qui sont (…) presque des analyses de la société mauritanienne et de ses enjeux », témoigne Pierre-Yves Vandeweerd. 

 

Qui dit cinéma dit diffusion ! Or, en Mauritanie, il y a un véritable problème de diffusion. Les médias publics comme la télévision nationale ne joue pas véritablement leur rôle dans la promotion du cinéma en Mauritanie. D’ailleurs, lorsque vous leur remettez des films, ils se précipitent pour les ranger dans leurs tiroirs. Le premier soutien doit venir de leur part mais ils ne font aucun effort pou aider les jeunes cinéastes mauritaniens. «Ça ne sert à rien de produire et de diffuser ailleurs, se démarque Abderrahmane Ould Salem. C’est contradictoire avec la mission de la maison des cinéastes. Au début, on a voulu amener le cinéma en Mauritanie. La plus grande urgence, c’est d’avoir un moyen de diffusion locale (la télévision). » 

 

Le débat devient passionnant lorsqu’on commence à décocher des flèches en direction de notre télévision nationale pour sa non implication dans la promotion du cinéma en Mauritanie. «Ce n’est pas le rôle de la télévision », lance Bios Diallo devenu subitement l’avocat du diable. «Ce n’est pas non plus le rôle de la radio », lui rétorque Abderrahmane Ould Salem. Le public applaudit en signe d’approbation. Bios Diallo, non convaincu des propos d’Abderrahmane Ould Salem revient à la charge, en pensant : «Qu’il faudrait faire la part des choses ! Il y a cinéma et télévision. Si c’est des films documentaires qui peuvent être passés à la télévision et sur commande de la télévision ou bien que la télévision coproduise d’accord. Mais que d’aucuns, des personnalités individuelles, réalisent des films et veuillent que ça passe à la télévision, cela doit suivre certaines procédures. » 

 

Les esprits s’agitent. Abderrahmane Ould Salem se saisit du microphone. «En tout cas, on ne demande pas encore la coproduction de la télévision nationale. On demande juste la diffusion. La coproduction est encore beaucoup plus chère pour la télévision.  Ce qui a été fait par les jeunes réalisateurs est beaucoup plus proche de la réalité que Tom et Djery », ironise-t-il. «La télévision de par sa définition c’est d’informer les gens sur les réalités qui se passent dans le pays. C’est la première fois qu’on assiste à l’émergence de films sur la Mauritanie faits par des mauritaniens. Ces films témoignent un véritable regard sur la société mauritanienne d’aujourd’hui. Ça devrait être un automatisme que la télévision nationale se mette comme partenaire par rapport à ce projet et diffuse des films mauritaniens », a plaidé Pierre-Yves Vandeweerd. 

 

La télévision nationale va-t-elle, comme elle l’a fait avec les générations précédentes, pour des raisons inconnues, à passer sous silence les films mauritaniens ? Nos jeunes réalisateurs vont-ils, eux aussi, souffrir de l’indifférence de la télévision nationale, comme à l’image d’Abderrahmane Cissako dont son film «En attendant le bonheur » est passé sur presque toutes les chaînes du monde sauf à la télévision nationale ? Et, pourtant, ce film a été donné sans bourse délier à la télévision nationale.  

 

 

Dossier réalisé par Babacar Baye Ndiaye 

 

( 4 juillet, 2008 )

Photographie

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May San Alberto Giraldos présente sa nouvelle création artistique au public mauritanien

 

Imaginez que vous êtes en train de penser, parce que vous êtes préoccupé, parce que vous êtes seul…A ce moment précis, vous êtes ailleurs, vous êtes en train de vous éloignez de la réalité. Tout d’un coup, quelqu’un vous apostrophe et vous demande : «A quoi tu penses ? ». Que lui répondez-vous à part : «A rien ! A n’importe quoi ! ».

 

Avec cette idée, May San Alberto Giraldos a fait une espèce de collage digital à partir duquel on peut observer une couleur très vive, des traits horizontaux et des morceaux de photos verticales qui exhibent diverses formes humaines. Cela donne des structures architecturales impressionnantes. «Quand je demande à quoi tu penses ? Je fais allusion au spectateur qui est en train de regarder mon œuvre. C’est un échange et un dialogue entre l’artiste et le spectateur », explique May San Alberto Giraldos qui était de passage à Nouakchott pour présenter sa nouvelle création artistique, au musée national, sous le thème «A quoi tu penses ? » qui est une métaphore de la pensée.

 

D’Espagne, elle a amené plus d’une dizaine de tableaux lumineux qui résument parfaitement son parcours de voyageuse infatigable. Là où elle passe, elle s’arrête un moment, observe et scrute. Et, puis, tout d’un coup, on entend le crépitement des flashs. Elle en profite pour prendre des photographies qu’elle photocopiera, ciselera, assemblera et enfin collera pour donner naissance à une nouvelle vision des différentes photographies prises. C’est un travail minutieux qui demande beaucoup de dextérité et surtout d’attention pour créer un effet aux yeux du spectateur.

 

Artiste, en même temps, elle est infirmière à l’hôpital de Nouadhibou où elle vient 3 à 4 fois(pendant 15 jours à 1 mois) par an pour aider les infirmiers de cette structure sanitaire dans le cadre de la coopération entre l’Espagne et la Mauritanie. Elle ne voit aucune incompatibilité entre sa vocation artistique et son travail d’infirmière qu’elle exerce depuis plus d’une vingtaine d’années. 

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Son amour pour la peinture est né d’une envie de faire cet art destiné aux esprits élevés. Encouragée par Anna Perrédia, une de ses professeurs qui a très tôt décelé en elle des aptitudes artistiques, elle décide de faire ses humanités à la Faculté des Beaux-Arts de Tenerife aux Iles Canaries avant de se rendre en Angleterre pour se perfectionner dans le domaine artistique. De la poterie à la peinture, en passant par la gravure, les desseins, elle deviendra un touche-à-tout.

 

Parallèlement à ça, elle développe des projets artistiques sur la photographie qui est très développée en Espagne. Petit à petit, elle invente son propre style où elle utilise ingénieusement des techniques approfondies de mélange de la photographie, du dessin, du collage, d’animation, de la diffusion audiovisuelle, de la musique et de la luminosité.

 

Vingt ans de peinture ! Cela lui a permis de découvrir le monde, d’exposer dans les grandes villes européennes comme Paris, Londres ou Madrid. Elle aime voyager. C’est sa nature. La caractéristique des artistes ! Pour la première fois, elle expose ses produits artistiques en Mauritanie qu’elle a découverte en 1978. «J’étais jeune », se rappelle-t-elle. Aujourd’hui, elle trouve que la Mauritanie a beaucoup changé. «Il y a cent ans, la Mauritanie qu’on voit aujourd’hui n’existait pas. Il n’y avait rien. En l’espace de quelques décennies, la Mauritanie a beaucoup évolué. Je ne sais pas si c’est bien ou c’est mieux », s’interroge-t-elle.

 

May San Alberto Giraldos connaît mieux Nouadhibou que Nouakchott. La Mauritanie, confie-t-elle, est son second pays. Elle admire la détermination des femmes mauritaniennes qui ont laissé une forte impression sur elle. «Elles sont très courageuses. Elles commencent à revendiquer leur place dans la société. Elles se positionnent dans la politique, l’éducation, le commerce et les arts aussi », remarque-t-elle. «Il faut créer une Faculté des Beaux-Arts », plaide-t-elle en faveur des femmes artistes mauritaniennes pour qu’elles puissent s’épanouir artistiquement.  

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May San Alberto Giraldos a mis du temps pour s’imposer dans le domaine artistique. De tout temps, l’art a toujours été dominé par les hommes. Au fil des années, elle se trace un chemin à suivre. Bohémienne, symboliste, impressionniste, elle est aussi une artiste insaisissable. C’est ce qui fait certainement son charme et la particularité de son travail.

 

En Espagne, son pays d’origine, elle est devenue l’une des étoiles les plus en vue dans le domaine de la photographie. «Tu dois faire de la photographie », lui avait suggéré un de ses professeurs de la Faculté des Beaux-Arts de Tenerife. «J’ai commencé à y penser, se souvient-elle. Je ne voulais pas faire de la photographie parce qu’en Espagne tout le monde fait de la photographie. »

 

Dans son esprit, elle voulait faire autre chose. En un mot, elle voulait exhiber une nouvelle forme d’expression artistique. «J’ai pris 3 à 4 photos. Je les ai coupées en formes de colonnes d’un cm de large. J’ai fait un collage. Je les ai mélangées et ça donnait une autre réalité. » A partir de là, elle a commencé à faire beaucoup de collages pour faire naître une nouvelle forme d’expression.

 

D’esprit curieux et toujours vers la découverte de nouvelles astuces, elle ouvrira son propre atelier pour s’exercer ainsi à la peinture, et surtout, pour ressortir ce qu’elle a à l’esprit et dans l’âme. Etudiante déjà, elle rêvait de faire de la peinture. Des noms comme Sonia Delanoë entre autres femmes artistes qui ont marqué l’histoire de l’art en Europe l’influencèrent beaucoup aussi.

 

Une chose : May San Alberto Giraldos ne sait pas que photographier ou faire des collages. Elle sait aussi faire la cuisine !

 

Babacar Baye Ndiaye

 

( 9 juillet, 2008 )

Situation des migrants en Mauritanie:Elle est inquiétante, selon un rapport d’Amnesty International

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Les migrants vivent dans une situation extrêmement difficile en Mauritanie. C’est l’amer constat fait par Amnesty International qui a présenté ce 1ier juillet dernier, dans les locaux du Forum National des Organisations des Droits Humains (FOANDH), un rapport intitulé : ‘Mauritanie : «Personne ne veut de nous »’.   

 

Ce rapport d’une cinquantaine de pages nous édifie sur la manière dont des milliers de migrants, accusés de tenter de se rendre irrégulièrement aux Iles Canaries en Espagne depuis la Mauritanie, ont été appréhendés puis renvoyés vers le Mali ou le Sénégal sans aucun droit de recours pouvant remettre en cause cette décision devant un organe judiciaire. Cette conférence de presse a été animée par maître Niane Youssouf et Gaëtan Mootoo, auteurs de ce rapport et respectivement avocat mauritanien et chercheur mauricien. 

 

Des arrestations arbitraires, massives et disproportionnées 

 

Dans ce rapport qui a été présenté devant le président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (Mohamed Saïd Ould Homedi) et de nombreuses associations mauritaniennes de défense des droits de l’Homme dont S.O.S. Esclaves, Amnesty International s’est dite extrêmement préoccupée par la politique sécuritaire de l’Union Européenne et de ses Etats membres, notamment l’Espagne, qui sont dans un processus d’externalisation de leur politique de gestion des flux migratoires. 

 

Le rapport d’Amnesty International s’appuie sur une mission de recherche effectuée en Mauritanie, en mars 2008, au cours de laquelle les délégués de l’organisation ont pu s’entretenir notamment avec des personnes détenues dans le Centre de Rétention de Nouadhibou, avec des migrants qui ont tenté- ou cherchaient à tenter- de rejoindre l’Europe ainsi qu’avec des réfugiés venant, pour la plupart, des pays de l’Afrique de l’Ouest. 

 

 «Un grand nombre d’entre eux ont été maintenus durant plusieurs jours dans ce centre où certains ont été victimes de mauvais traitements commis par les membres des forces de sécurité mauritaniennes », révèle le rapport qui indique que ces personnes ont été souvent victimes de rackettage et d’arrestations arbitraires de la part des autorités mauritaniennes. «Cette politique d’arrestations et de renvois collectifs de la part des autorités mauritaniennes, note le rapport, fait suite aux pressions intenses exercées sur ce pays par l’Union Européenne (UE) et notamment l’Espagne qui cherchent à impliquer certains pays africains dans leur lutte contre les migrations irrégulières vers l’Europe. » 

 

 

 

La Mauritanie signe, en 2003, avec l’Espagne un accord qui la contraint, moyennant d’importantes sommes d’argent, à réadmettre sur son territoire non seulement les citoyens mauritaniens mais également les ressortissants de pays tiers dont il est «vérifié » ou «présumé » qu’ils ont tenté de rejoindre l’Espagne à partir des côtes mauritaniennes. C’est ainsi qu’une école a été transformée pour devenir Centre de Rétention de Nouadhibou. 

 

Aux yeux de maître Youssouf Niane, ce centre était conçu pour servir d’outil de contrôle de l’immigration en vue de freiner les migrations irrégulières vers l’Europe. «De telle sorte que tout celui qui tente de franchir les frontières mauritaniennes pour aller à l’étranger est immédiatement arrêté et détenu dans ce centre », constate-t-il. Et pourtant, il n’y a aucun texte qui réprime le fait pour un étranger de sortir de la Mauritanie pour aller vers un autre pays. 

 

«Ces arrestations ont provoqué un climat de terreur à Nouadhibou. Les migrants, aujourd’hui, ils ne peuvent pas se déplacer librement à l’intérieur de la ville parce qu’ils sont automatiquement soupçonnés (…) de vouloir préparer une embarcation. Ils ne peuvent pas circuler à certaines heures de la nuit. Ils sont quotidiennement sous la menace d’une arrestation. Beaucoup de migrants ont témoigné avoir été arrêtés pendant qu’ils revenaient de leur lieu de travail », raconte Youssouf Niane. 

 

 

Dans ce rapport aussi, Amnesty International explique «les raisons qui poussent des milliers de jeunes africains à affronter de rudes épreuves et parfois la mort pour tenter de rejoindre l’Europe ». Cette organisation déplore la manière dont «l’UE et ses Etats membres ont répondu à ces mouvements de migration irrégulière par un resserrement de leur politique de gestion des flux migratoires ». 

 

 

La pauvreté, l’absence de perspectives, d’avenir, la pression de la famille, la violence politique et les guerres civiles dans certains pays comme le Libéria, la Sierra Leone et la Côte d’Ivoire sont les motifs qui expliquent en grande partie le phénomène de l’immigration clandestine. 

 

Certains défenseurs des droits de l’Homme sont en train de se battre pour la suppression de ce centre qui n’a pas sa raison d’être en Mauritanie car il ne sert que les intérêts espagnols, selon eux. En plus, notre constitution interdit toute arrestation ou détention en dehors des cas déterminés par la loi et des formes légales. «Si la Mauritanie a fourni ce centre aux autorités espagnoles pour servir de dispositif de lutte contre l’immigration clandestine, en contrepartie, l’Espagne se devrait d’assurer le financement et la fourniture en moyens matériels et l’assistance technique aux autorités mauritaniennes pour pouvoir face à l’entretien de ce centre », a demandé maître Youssouf Niane. 

 

Les témoignages recueillis à Nouadhibou sont accablants et montrent que les droits des migrants et de certains réfugiés sont violés par les forces de sécurité mauritanienne qui procèdent parfois à des arrestations arbitraires, à des rackets et à des mauvais traitements à l’encontre de personnes accusées de vouloir rejoindre l’Europe de manière irrégulière. 

 

L’invasion des illégaux 

 

Aujourd’hui, quand les jeunes africains veulent franchir les portes de l’Europe, on parle d’invasion des illégaux. En outre, dans les pays européens, on associe souvent la question de la migration à celle de l’insécurité. Tous les plans sont bons pour contourner cette invasion. L’Europe continue de durcir sa politique  contre l’immigration clandestine qui est une préoccupation majeure de la présidence française à la tête de l’Union Européenne. Son objectif, c’est d’harmoniser la politique de la migration au sein de l’espace des Etats membres de l’Union Européenne. 

 

 «Quand on entend des dirigeants européens parler de la question européenne, de la notion européenne, de la philosophie européenne, on est très admiratifs. Mais à la fois, quand on voit l’Union Européenne qui essaie de renvoyer la question de la migration au sud de la Méditerranée, on est très surpris », déclare Gaëtan Mootoo qui voit à travers cette délégation de la question de la migration une sorte de fuite de responsabilité de la part des pays européens. «Ces accords que l’Union Européenne essaie de provoquer à tout prix, de pousser les pays d’Afrique à passer des accords de réadmission, signale-t-il, ont des effets pervers. » 

 

Il cite l’exemple de la Mauritanie qui a accepté de réadmettre sur son sol des ressortissants étrangers. «Ce n’est pas pour les garder sur le sol mauritanien mais c’est pour les expulser à Rosso ou vers la frontière malienne », s’indigne Gaëtan Mootoo. «Il suffit que vous ayez deux vestes, deux pantalons ; que vous ayez deux sacs sur le dos et que vous soyez rassemblés avec des amis dans un lieu quelconque, alors tout de suite on vous soupçonne de vouloir partir », ironise-t-il. «Il y a également un vrai réseau de trafic qui se fait. Il y a une complicité entre des passeurs et des policiers qui ferment les yeux pendant une demie heure ou un quart d’heure moyennant des sommes d’argent. Peu de temps après, ces personnes sont arrêtées. On prend le moteur, l’essence. On les dépouille de leurs portables », raconte-t-il.   

 

 «A l’époque, quand les blancs venaient en Afrique par la mer, on ne les traitait pas de clandestins ; pourquoi aujourd’hui, quand nous essayons d’aller par la mer en Europe, on nous traite de clandestins ». Ce graffiti, rapporté par Gaëtan Mootoo, est écrit par un migrant au Centre de Rétention de Nouadhibou. «Je trouve que c’est une revendication juste. On remet les pendules à l’heure sur cette question de la migration », croit-t-il.   

 

 Amnesty International, dans son nouveau rapport sur la situation des migrants en Mauritanie, a recommandé au gouvernement mauritanien d’observer certaines restrictions en ce qui concerne le placement en détention des migrants notamment que l’incarcération soit légale, qu’elle soit justifiée à titre de mesure nécessaire et proportionnée conforme au droit international, qu’elle fasse l’objet d’un examen judiciaire et que sa durée soit aussi brève que possible. 

 

Babacar  Baye Ndiaye

 

 

 

 

( 9 juillet, 2008 )

A la recherche d’une vie meilleure:L’immigration clandestine vue par nos cinéastes

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Durant la troisième édition de la Semaine Nationale du Film (SENAF), une douzaine de courts-métrages ont été projetés, tous réalisés par de jeunes cinéastes mauritaniens. Leur particularité et leur point commun : ils évoquent sans exception la thématique de l’immigration clandestine. D’où le thème choisie à cette édition : «Migration…d’ici et de là-bas ».

 

Face à la forte pression migratoire, les pays européens corsent et durcissent les mesures contre l’immigration clandestine des jeunes africains, chassés de leur pays par la misère, la pauvreté et l’absence de perspectives. En 2006, à la demande de l’Espagne, complètement débordée par l’arrivée massive d’immigrants illégaux, sur l’archipel espagnol des Canaries, Frontex, créée en 2004 (une agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des Etats membres de l’Union Européenne) met en place un dispositif de contrôle de l’immigration clandestine au large du Sénégal et de la Mauritanie.

 

Le 18 juin 2008, les députés européens adoptent, dans le même sillage, un projet de loi fixant des normes minimales communes au renvoi des sans-papiers de l’Union Européenne. Cette loi européenne, sur initiative française, baptisée «directive retour », vise en priorité à faciliter les départs volontaires des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans l’Union Européenne tout en prévoyant la nécessité de les expulser dans le cas contraire, avec une durée de rétention minimale de 18 mois, et un bannissement de 5 ans après expulsion.

 

Visiblement, ces mesures, décriées à contrecoeur par de nombreuses organisations non gouvernementales et des droits-de-l’hommistes, visent substantiellement les migrants africains illégaux. Tous les moyens sont parfaits pour circonscrire, à défaut de la contrecarrer, l’immigration illégale des jeunes africains. Craignant d’être infestés, les pays européens signent par-ci et coopèrent par-là. Ceci dans le but de montrer que l’Europe ne peut pas accueillir, nourrir, loger et donner du travail à tous ces jeunes désespérés issus souvent de milieux défavorisés.

 

Les contrôles et les recherches se renforcent. Par exemple, en décembre 2007, à Tripoli, dans la capitale libyenne, le ministre italien de l’Intérieur, Giuliano Amato, et le ministre libyen des affaires étrangères, Abdurrahman Mohamed Shalgam, signent un accord de coopération pour lutter contre l’immigration clandestine.

 

Dans la foulée, l’Espagne fait signer à la Mauritanie, en 2003, un accord qui la contraint à réadmettre sur son territoire non seulement les citoyens mauritaniens mais également les ressortissants de pays tiers dont il est «vérifié » ou «présumé » qu’ils ont tenté de rejoindre l’Espagne à partir des côtes mauritaniennes. Un Centre de Rétention pour migrants sera créé à Nouadhibou, sur fonds espagnol.

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Plus qu’un sujet d’actualité, le phénomène de la migration touche presque tous les pays d’Afrique de l’Ouest où des milliers de jeunes tentent de rejoindre l’Europe via la Mauritanie. Même si ce n’est pas un phénomène nouveau, il connaît de plus en plus un développement spectaculaire. Malheureusement, le continent africain n’échappe pas à ce phénomène. Mondialisation oblige ! Et, surtout, nécessité de réussir dans la vie. Nous gardons fraîchement ces images choquantes exhibant des «cayucos », remplis d’âmes, chavirer au large des côtes espagnoles et de celles des pays riverains de la Méditerranée.

 

En dépit des plans d’actions déroulés par les pays membres de l’Union Européenne notamment la France et l’Espagne pour tenter de contenir les départs des «cayucos » vers les Iles Canaries, le drame sera irréversible ! La question de la migration est ainsi portée sur l’écran et devient un sujet de film. Chacun y allant de sa propre imagination, de sa propre analyse et de ses propres ressentiments par rapport à ce phénomène mondial. En Mauritanie, nos jeunes cinéastes vont se saisir de ce sujet pour en faire des films.

 

 

Ces films, empreints d’une réalité crue, sont en quelque sorte, une alerte sur l’immigration clandestine des jeunes africains. Dans «Le rêve brisé » d’Ousmane Diagana, on voit une mère qui ne pense qu’à amener son enfant en Europe. Au-delà de cette recherche de l’ailleurs, Ousmane Diagana a voulu porter un regard critique sur les raisons de ce phénomène. «Dans la plupart des films(sur l’immigration clandestine), constate-t-il, on pointe un doigt accusateur sur l’Europe. Je ne suis pas d’accord avec ses réalisateurs, écrivains ou journalistes qui le voient de cette manière. Sur l’immigration clandestine, nous, africains, avons aussi notre part de responsabilité. Nos gouvernants, aussi, ont leur part de responsabilité. Si, aujourd’hui, les jeunes quittent l’Afrique pour aller en Europe, ce n’est pas pour regarder le spectacle de la neige ou comment vivent les blancs. C’est la richesse économique qui les amène là-bas. Si on arrive à forger notre richesse économique (…), on arrivera à retenir les jeunes ».

 

La question de la migration est un sujet ouvert et chacun y va de ses propres réflexions. Quand certains portent un regard critique, d’autres déplorent la manière dont les expulsions se font et les arrestations. «Nous voyons tous les jours des immigrés qui se font retourner à leur pays d’origine. Nous avons vu aussi les images choquantes montrant des corps gisant au bord des côtes espagnoles. C’est vrai que ceux qui choisissent la voie de l’immigration clandestine n’ont pas le choix. Mais, ce n’est pas une raison supplémentaire pour se sacrifier bêtement en bravant la mort ! », lâche Moussa Samba Mbow, réalisateur de «Amanda ou la liberté »

 

Ces films sonnent ainsi comme un haro au phénomène de l’immigration clandestine. En outre, des films comme «Là-bas dans la capitale » de Ahmed Taleb Ould Taleb Khiar ayant remporté le 1ier prix de la SENAF traite d’une autre forme de migration plus connue sous le nom d’exode rural. «C’est le même processus qui est en marche ; que l’on quitte la brousse pour rejoindre Nouakchott ou que l’on quitte un pays pour un autre c’est toujours à la recherche d’une autre vie qu’on espère meilleure », tente-t-il d’expliquer.

 

Le film «Voyageurs égarés » de Jean Louis Chambon aborde lui le thème de la migration sous un angle différent. «J’ai voulu montrer que les immigrés, ce sont aussi des Européens qui viennent vivre en Afrique…. Et que là aussi, cela peut tourner mal ou s’avérer très décevant. Cependant, on ne peut mettre en parallèle les deux migrations, comme je l’ai fait dans ce film, que pour les opposer : l’européen a presque toujours des ressources matérielles derrière lui, alors que l’Africain, lui, retombe sans filet… Depuis que je suis en Afrique, cette inégalité n’a jamais cessé de me frapper », constate-t-il. 

A travers ces films, chacun essaie de porter un regard différend de la question migratoire avec une dose parfois de conscientisation. «L’Europe, ce n’est pas ce que vous pensez encore moins ce que montrent certains films bien faits qui poussent à rêvasser. Que la souffrance et la galère existent là-bas aussi ! D’ailleurs, les immigrés qui sont là-bas sont souvent maltraités et inconsidérés », affirme Mohamed Mahmoud dit Alphadi, réalisateur de «Les Frontières ». «Il n’y a pas que l’Europe pour vivre heureux. Le continent africain est plein de richesses ! Ils n’ont qu’à essayer de rester ici, travailler et vivre dans le bonheur. Au lieu de penser à l’Europe, encore l’Europe, toujours l’Europe ! », conclut-il.

Maintenant, reste à savoir, si les jeunes africains vont accepter d’entendre ce message.

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

 

 

 

 

 

 

 

( 9 juillet, 2008 )

Anniversaire:Dj Khalzo fête ses 6 ans de microphone

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En prélude à l’anniversaire de ses 6 ans d’animation et de présentation, Dj Khalzo a tenu une conférence de presse au Centre Culturel Français, ce dimanche 6 juillet, pour parler de cet événement qui aura lieu le 10 juillet prochain avec un grand concert animé par de célèbres groupes de Rap mauritaniens. Il a parlé de ses débuts dans le Rap et sa reconversion au métier de Disc Jockey (DJ). Entre autres sujets évoqués, le manque de soutien dont souffrent nos artistes et ses rapports avec Dj Paco.

 

Avant de se lancer dans le métier d’animateur-présentateur en 2002, Dj Khalzo fut d’abord un rappeur. Il était membre d’un groupe qu’on appelait à l’époque «Children Black Africa ». Quelques années plus tard, il change d’air et se lance, avec Ernesto, alias Thié Koné, dans la formation d’un autre groupe de Rap «Be One Black». Le destin ne tient à rien. Il suffit d’un petit événement quelconque pour que tout bascule, dans un sens ou dans un autre.

 

Il était écrit qu’il deviendrait un jour animateur-présentateur. Le virus du DJ l’a rattrapé un jour, lorsqu’il a remplacé celui qui d’habitude présentait les spectacles. Depuis ce jour-là, il traîne ce virus. Encouragé à cette époque par la bande à Papa Fall et F-Diou qui deviendra plus tard «Military Underground», il décide de rentrer de plain pied dans le métier d’animateur-présentateur.

 

D’encouragements en encouragements, il se sent pousser des ailes. Et puis, «la volonté a commencé à naître, avoue-t-il. Et, au fil des temps, je me suis lancé (dans le métier de DJ) et je suis devenu ce que je suis aujourd’hui. »

 

Un an d’existence, ça se fête, a fortiori 6 ans ! Pour sa 6ème année de microphone, Dj Khalzo a inclus dans la manifestation l’Association des Jeunes Mauritaniens pour la Culture, le loisir et la technique. Ce jeudi 10 juillet, jour d’anniversaire de ses 6 ans de microphone, il y aura 19 prestations de spectacles (individuelles et en groupe) en plus d’un documentaire sur … lui-même !

 

«Ce sera un anniversaire dédié à la jeunesse mauritanienne», explique-t-il. De Minen Teye à Ewlad Leblad en passant par Military Underground, Diam Min Tekky et Rue Publik, pour ne citer que ceux-là, Dj Khalzo a fouiné son nez partout pour dénicher presque tous les meilleurs groupes de Rap et de rappeurs du moment. «Je ne le fais pas pour l’argent», prévient-il.

 

C’est un secret de polichinelle : les artistes mauritaniens souffrent de tout et surtout du manque de mécénat. L’occasion, pour DJ Khalzo, d’évoquer leur sort «En Mauritanie, il y a une activité à laquelle on n’accorde pas assez d’importance. C’est la musique.», déplore-t-il devenu subitement critique. Vous qui avez toujours pensé que Khally Mamadou Diallo alias Dj Khalzo ne sait que se saisir d’un microphone ou annoncer la montée sur la scène d’un artiste, détrompez-vous !

 

Il sait aussi dénoncer. User des détours, il ne connaît pas. «Jamais, un artiste mauritanien n’a organisé un spectacle, un festival soutenu par une entreprise. Ces sociétés-là organisent des manifestations  mais n’invitent pas les artistes mauritaniens. Elles partent au Sénégal chercher des artistes ! », témoigne-t-il en dénonçant l’attitude de nos entreprises qui refusent de sponsoriser les musiciens mauritaniens.

 

«Dis la vérité», rapporte-t-il d’un verset du Saint Coran. Aujourd’hui, celui qui a tout donné à la jeunesse mauritanienne ne demande qu’une chose : que cette jeunesse, longtemps mise au banc, réunisse et fasse des efforts pour participer au développement de la Mauritanie en mettant de côté les préjugés liés à la couleur, à la race, à la communauté, qui sont un terrain dangereux ! 

 

Dj Khalzo compte aussi s’inscrire dans l’ancrage de la démocratie, le respect entre les communautés du pays, l’unité nationale, le changement de mentalités et l’amélioration des conditions de vie des populations mauritaniennes. Il compte, parallèlement, s’engager dans tout ce qui est lutte contre la pauvreté, les pandémies et les endémies en Mauritanie. C’est dans ce cadre que sa collaboration avec l’Association des Jeunes Mauritaniens pour la Culture, le Loisir et la Technique est née.

 

La carrière de Dj Khalzo a connu des hauts et des bas. Le métier d’animateur-présentateur ? «C’est très difficile. C’est très dur», s’empresse-t-il de dire. Mais n’empêche, il a toujours cru qu’au bout du chemin, il y a de la lumière. «Je suis fier d’être un Dj mauritanien. C’est ce qui fait ma fierté ! Sans me jeter des fleurs, si je ne voulais pas vivre en Mauritanie au coté de la jeunesse mauritanienne, je serais parti pour ne plus revenir en Mauritanie (…). Au lieu de partir en France, je préfère rester ici et participer au développement de mon pays», s’exalte-t-il.

 

Homme de principe, il refuse de verser dans la versatilité. Aujourd’hui, il s’insurge contre certaines personnes qui n’ont pas accompli leur mission et surtout contre la manipulation dont la jeunesse mauritanienne est souvent victime à cause d’un système qui, pense-t-il, est mis en place pour coincer l’épanouissement de la jeunesse mauritanienne. «Celui qui va à la chasse doit s’attendre à tout», lâche-t-il, devenant subitement philosophe.

 

 

Ses relations avec Dj Paco ont été abordées au cours de sa conférence de presse qu’il a tenu dans la salle des spectacles du Centre Culturel Français de Nouakchott. Entre lui et Paco, il n’y a aucun malentendu ni un esprit de concurrence ou d’animosité. «Paco, c’est un grand-frère. Seul Dieu sait ce qu’il y a dans mon cœur à son égard», tente-t-il de nous expliquer pour nous faire avaler la pilule. Pour nous convaincre, il part puiser encore dans la sagesse populaire avec son bons sens légendaire, à toute épreuve : «La personne, c’est le cœur. Ce n’est pas la langue ».

 

 

Même s’il reconnaît en Dj Paco, qui n’a pas été présent à sa conférence de presse, sa belle voix et son talent certain, il avoue cependant : «C’est tout à fait normal, quelque part, qu’il y ait des petites querelles. Il arrive des fois qu’on vous coince devant la porte ! Je subis parfois certaines difficultés, mais bon j’oublie. S’il n’est pas là, ce n’est pas parce qu’il n’est pas au courant. Entre lui et moi, il n’y a aucune jalousie.»

 

 

Au cours de sa conférence, il a défendu la cause des jeunes mauritaniens. Dj Khalzo en a profité pour bifurquer vers la politique en demandant l’implication de la jeunesse dans le jeu politique. Et qu’aussi, les partis politiques ouvrent leurs portes aux jeunes mauritaniens en les associant aux prises de décision. Toutefois, il ne se s’est pas contenté uniquement de se ranger du côté de la jeunesse mauritanienne.

 

Il a dénoncé le manque de patriotisme de la part des jeunes mauritaniens qui n’ont aucune idée de la République et de ses institutions. Admirateur de Moktar Ould Daddah, il reprend une de ses citations que le père de la nation aimait à dire : «La Mauritanie sera ce qu’en fera sa jeunesse». Il a pointé aussi un doigt accusateur sur l’attitude des «vieux loups», corrompus qui refusent de céder la place aux jeunes cadres. «Ils lavent le torchon sale sur notre dos et nous les jeunes, nous continuons à dormir», regrette-t-il. Il faut que cela cesse !

 

Babacar Baye Ndiaye

( 9 juillet, 2008 )

Les frères Athié:Le temps d’un concert, ils ressuscitent le reggae en Mauritanie

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On pensait qu’il n’y avait pas de jeunes musiciens mauritaniens qui sachent jouer de la musique reggae. Mais, les Frères Athié ont démontré, ce jeudi 26 juin dernier, au Centre Culturel français, qu’il n’en est rien. Sous un ciel d’été et devant un public enthousiasmé, ils ont joué durant deux tours d’horloge, les 11 morceaux qui composent leur nouvel album «Moritani ». À propos, «Moritani » ? Au-delà de la provocation linguistique se dissimule une profonde démystification de la Mauritanie. «Le pays ne fonctionne pas comme ça devrait, trouve Abdoul Athié, lead vocal du groupe. C’est une raison qui explique cette déformation orthographique. » 

On peut y voir  une certaine revendication à la justice, en référence aux événements douloureux qui se sont produits entre 1986 et 1991. Cette chanson «Moritani » qui est le titre éponyme de l’album relate aussi la mémoire des intellectuels et officiers noirs trucidés  pendant cette époque par le régime de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya. «On est obligé d’en parler », pense Abdoul Athié.  

Il y a eu une véritable communion entre eux et le public qui en demandait toujours. Les frères Athié, c’est d’abord l’histoire d’une famille que rien ne prédestinait à faire ensemble de la musique. Dès les premières notes distillées, on avait cru qu’on était quelque part en Jamaïque, la terre de naissance du reggae ; on croyait que c’était Bob Marley, ressuscité, qui donnait un concert. «Les gens écoutent de plus en plus de reggae. Il y a un véritable retour à la musique de Bob Marley, notamment de la part des jeunes. Le reggae ressemble un peu à nos musiques traditionnelles. C’est la même base. Les gens s’y identifient et s’y retrouvent très rapidement. Ce sont les mêmes vibrations. Nous, les jeunes, aimons beaucoup tout ce qui est engagé », commente Abdoul Athié. 

Leurs chansons traitent des sujets sans limites : l’espoir, la tolérance, la paix, la citoyenneté, la fraternité, bref tout ce qui touche à la susceptibilité du cœur humain. Avec eux, on est sûr de passer d’agréables moments de musique, de redécouvrir notre identité, de savoir qu’on est avant tout des êtres appelés à vivre ensemble. Leurs chansons constituent des points d’interrogation et un regard sur la société mauritanienne. 

Leurs textes, très engagés, sont empreints de réalisme, de tempérance et de tolérance. On en a vachement besoin surtout à cette époque où nous vivons marqué par des tiraillements, des turbulences tous azimuts. Leurs chansons sont aussi une invitation à ne pas omettre nos valeurs culturelles, nos origines et nos croyances. 

Le groupe «Les Frères Athié » existe depuis 1995 sur l’initiative de Vieux (bassiste) et Alpha (soliste). Après avoir accompagné un groupe de Kaédi qui s’appelait «Dandé Léniol » ou la Voix du Peuple, Vieux et Alpha décident de former leur propre groupe. C’est eux qui vont entraîner leurs autres frangins dans la musique. Petit à petit, ils vont s’écarter de leurs études auxquelles ils ne croyaient plus.  

Abdoul en deviendra le lead vocal incontesté. Avec un répertoire vide, «Les Frères Athié » font des reprises de certains morceaux de Bob Marley et de Dire Straits pour roder le groupe. Passionnés de musique, ils vont tronquer leur habit de futurs marabouts pour celui de musiciens. Leur père, un marabout érudit, finira, en dépit de ses réticences, par accepter le choix de ses héritiers qui ont préféré la voie musicale.  

Il est inimaginable, voire inacceptable, dans les familles maraboutiques qu’un des leurs fasse de la musique. C’est une abomination à leurs yeux et même une malédiction. À leurs yeux, faire de la musique, c’est pactiser avec le diable. Abdoul et les siens ont dû user de tous les subterfuges pour venir à bout de l’opposition parentale notamment de leur père, connu pour sa rigueur, son orthodoxie et sa foi en la religion musulmane.  

En plus, cela était aussi inadmissible parce qu’ils sont de sang noble et par conséquent ne doivent pas faire de la musique qui est une activité strictement réservée aux griots. Ce genre de préjugés a gâché la carrière de nombreux artistes. 

Originaires de Kaédi, au sud de la Mauritanie, ils habitent présentement le quartier chic de Las Palmas (à Nouakchott) où ils ont aménagé leur propre studio et où ils font aussi leur enregistrement et leur répétions. Comme à l’image de tous les autres artistes mauritaniens, ils s’indignent de l’absence de structures musicales en Mauritanie et de la cherté de la location des deux maisons de jeunes qui ne s’obstiennent qu’en débloquant plus de 200.000 UM. Quel est ce musicien mauritanien qui peut se payer ce luxe s’il n’a aucun sponsoring derrière lui ?  

Le seul espace ouvert à nos musiciens, c’est le Centre Culturel Français où rêvent de jouer les artistes mauritaniens. «Il faut mettre en place une grande structure musicale, suggère Abdoul Athié, lead vocal du groupe, où l’on puisse organiser des tremplins, des concours pour gagner un enregistrement en partenariat avec le ministère de la Culture ou avec une association de musiciens (…). Les musiciens n’ont pas assez de moyens. Il est impératif d’essayer d’imaginer des spectacles qui peuvent profiter aux artistes. » 

Des enfants de la rue à l’immigration clandestine en passant par la femme, celle qui trime, fagote, se bat pour le développement de son pays, le nouvel album des Frères Athié constitue la somme d’une longue expérience et le résultat de plusieurs influences musicales dont notamment celles de Bob Marley et un creuset des racines culturelles mauritaniennes. En un mot, le fruit d’un gigantesque travail !

 

Babacar Baye Ndiaye

( 11 juillet, 2008 )

NON CONTENTS DE LA COMPOSITION DU NOUVEAU GOUVERNEMENT:DES DEPUTES DE LA MAJORITE DEPOSENT UNE MOTION DE CENSURE

La démocratie s’est-elle, définitivement, ancrée en Mauritanie? En tout cas, des députés de la majorité présidentielle ont déposé une motion de censure pour dénoncer la formation d’un gouvernement qui n’est pas de leur goût. Une première dans l’histoire de la Mauritanie. 

 La Mauritanie a l’épreuve de la démocratie, tel pouvait être l’intitulé du feuilleton politique qui retient l’attention des mauritaniens: une motion de censure portée par des députés de la majorité pour remettre en cause le choix de leur leader. En fait, pour avoir formé un gouvernement qui n’est pas du goût de quelques uns de ses partisans, le président de la République, Sidi Ould Cheikh Abdallahi fait face à sa première véritable crise politique. Une première, d’ailleurs, dans l’histoire politique de la Mauritanie.   

Ainsi, ils sont 39 députés, proches du pouvoir, à déposer, lundi dernier, sur la table du président de l’Assemblée nationale, siégeant en séance plénière pour le renouvellement du bureau de l’Assemblée, une motion de censure pour le renversement du gouvernement mis en place le 11 mai dernier et dirigé par Yahya Ould Ahmed Al Waqef. Des motifs brandis par les frondeurs, l’on retient: «le recul de tous les indicateurs de croissance», «la mauvaise gestion des revenus pétroliers», «l’échec du plan spécial d’intervention pour alléger le renchérissement des prix», «l’opacité dans la gestion du budget de l’Etat» et «l’accentuation du chômage et l’appauvrissement des populations». En plus de ces motifs, l’on avance l’idée selon laquelle les signataires de la motion n’ont pas apprécié la présence des partis de l’Union des forces du progrès (Ufp) et le Tawassoul (Islamistes modérés) dans l’actuel gouvernement, arguant que «le gouvernement ne doit refléter que la majorité politique qui a travaillé à l’élection du président de la République». Déposée à l’absence du président de la République et avant que le Premier ministre, Yahya Ould Ahmed Al Waqef, ne présente sa déclaration de politique générale, la motion doit être votée par 48 députés pour pouvoir passer. Ce qui ne posera pas de problème puisque les principaux partis de l’opposition ont affirmé leur intention de soutenir la motion de censure dont le vote est prévu par la constitution pour demain, jeudi, c’est-à-dire 48 heures après son dépôt. Il reste que le règlement intérieur de l’Assemblée nationale prévoit que «ce délai peut être prolongé de trois jours». 

Au-delà des raisons avancées, des observateurs renseignent que le dépôt de la motion de censure n’est que le prolongement du conflit qui oppose le Chef de l’Etat aux principaux chefs de l’Armée,  à savoir le Chef d’Etat major particulier du président de la République, Général Mohamed Ould Abdel Aziz et le Chef d’Etat major de l’Armée nationale et Mouhamed Ould Cheikh Ahmed Ould Ghazwani, par ailleurs Chef d’Etat major de l’Armée nationale. Ceux-là mêmes qui, avec Ely Ould Mohamed Vall, avaient réussi à renverser le pouvoir de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya et installer le Conseil militaire pour la justice et la démocratie (Cmjd). Une structure qui a mené, en main de maître, le processus de la transition démocratique en Mauritanie avant de déposer le pouvoir entre les mains des civils, suite à des élections jugées libres et transparentes par toute la communauté internationale. 

En fait, ce que les militaires n’ont pas pu digérer c’est «pourquoi Sidi Ould Cheikh Abdallahi procède au changement du gouvernement sans demander leur avis. Pire, pourquoi a-t-il permis aux anciens caciques du pouvoir de Maaouiya d’occuper des postes ministériels stratégiques, notamment celui de l’Intérieur, des Affaires étrangères et du Pétrole». 

Ainsi, la suite à donner à cet acte dépend de l’attitude du président de la République. S’il veut instaurer un climat d’apaisement, il devra laisser la procédure suivre son cours normal et aboutir à la formation d’un nouveau gouvernement qui pourra refléter la cartographie de l’Assemblée nationale. Ce qui donnera une victoire politique aux frondeurs. Sinon, il peut laisser la situation continuer et puis «se rabattre sur les partis de l’ex-Coalition des forces du changement démocratique (Cfcd) pour former un gouvernement d’union nationale». La pertinence de cette option est qu’elle va constituer un rempart contre les députés initiateurs de la motion de censure. La dernière attitude que Sidi Ould Cheikh Abdallah peut adopter est la dissolution de l’Assemblée nationale et l’organisation, dans les 40 jours qui suivent, d’élections législatives. Ce qui constitue un danger pour lui, car par rapport à la situation actuelle du pays, rien ne peut lui garantir une nouvelle majorité. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 16 juillet, 2008 )

Ibrahima Moctar Sarr, Président de l’AJD/MR: »Si le Président de la République est incapable de prendre ses propres responsabilités, nous lui demandons de démissionner et de prendre le peuple à témoin  »

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Le Président de l’AJD/MR, Ibrahima Moctar Sarr, a appelé, au cours d’une conférence de presse, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi à se ressaisir et à tendre la main aux partis politiques qui veulent faire avancer le pays sur la base d’un programme alternatif. «Quand nous (l’ajd/mr) avons entendu cette déclaration du Président de la République (le 2 juillet, ndlr), nous avons pensé effectivement, qu’il était prêt à prendre ses responsabilités. Mais, force est de constater, que le Président a reculé devant l’exigence des députés », note Ibrahima Moctar Sarr visiblement déçu par la volte-face du Président de la République après avoir menacé de dissoudre l’Assemblée Nationale.

Cette situation, selon lui, a fragilisé le pouvoir et a installé la Mauritanie dans «une crise qui perdure et qui menace la stabilité du pays et la pérennité des institutions ». Cette crise au sommet de l’État a eu pour conséquence directe le retard de la formation du gouvernement bis de Ould Waghef reconduit ipso facto par le Président de la République après avoir rendu le tablier. Depuis plus de dix jours, la Mauritanie est sans gouvernement. «Aujourd’hui encore, nous attendons la formation du prochain gouvernement. Cette situation est vécue par les mauritaniens avec beaucoup d’inquiétudes parce que les tenants et les aboutissements ne sont pas toujours clairs. On va de spéculations en spéculations. Les discussions dans les salons et les rumeurs vont bon train. Rien ne nous indique que la crise est dénouée et que nous allons vers un aboutissement heureux », annonce-t-il.

Ibrahima Moctar Sarr a aussi évoqué la situation économique du pays, caractérisée par le renchérissement du coût de la vie et la paupérisation accrue des populations. «Rien n’est fait pour porter secours à ces populations faibles dans la campagne et les bidonvilles. Ces populations regardent médusées cette situation conflictuelle au niveau du plus haut sommet de l’Etat », s’indigne-t-il.

Le Président de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation ne semble pas être surpris par la situation inquiétante que traverse la Mauritanie depuis la levée de boucliers de certains députés qui avaient menacé de déposer une motion de censure à l’encontre du gouvernement de Yahya Ahmed Ould Waghf si certaines personnalités issues du régime de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya siégeaient encore dans ce gouvernement.

Les raisons d’une telle situation, selon lui, sont à chercher ailleurs. «La manière dont la transition militaire s’est opérée dans ce pays allait conduire nécessairement à une situation comme celle que nous vivons aujourd’hui. La transition militaire qui n’a pas joué le rôle qu’on attendait d’elle a permis l’arrivée au pouvoir d’un homme qui resterait sous leur dévotion. C’est pourquoi ce qui se passe aujourd’hui ne nous étonne pas au niveau de notre parti. Nous l’avions dit et écrit. »

Le Président de la République n’est-il pas le gardien de la Constitution ? N’est-il pas le chef des forces armées ? N’a-t-il pas juré devant le peuple de faire des réformes et d’aller dans le sens du développement de la Mauritanie ?

Autant de faits qui devaient pousser Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, selon Ibrahima Moctar Sarr, à prendre ses responsabilités dès le début de la crise au sommet de l’État. «Ce qui ressemble à une volonté de remettre en cause un gouvernement va au-delà. Il s’agit bel et bien d’une volonté d’amener le Président de la République lui-même à se démarquer », croit le Président de l’ajd/mr. «Qui a intérêt à faire partir le Président de la République ? », se demande-t-il.

Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, aux yeux d’Ibrahima Moctar Sarr, a été victime de ses propres erreurs et tactiques stratégiques. «Dans sa volonté de se remettre, de repréciser son pouvoir, après avoir pris des décisions importantes par rapport à l’examen du passif humanitaire, à la loi sur l’esclavage, au retour des déportés, le Président de la République n’a pas trouvé mieux que de faire appel à ceux qui étaient à la base de tous ces problèmes qu’a connus la Mauritanie. »

Ibrahima Moctar Sarr a dû mal à comprendre que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, avec sa volonté de poursuivre les réformes qu’il a entreprises, veuille reprendre les mêmes personnes qui ont fait les mauvais jours de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya pour reconstruire la Mauritanie sur la justice, la démocratie et l’unité. «C’est pourquoi, à ce niveau, nous ne pouvons pas, malgré tout ce qu’il a pris comme réforme et décision, le comprendre dans son attitude. »

Concernant ceux qui réclament tambour battant la tête de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Ibrahima Moctar Sarr est revenu sur ce que tout le monde sait déjà : «Eux-mêmes, ils ne sont pas non aussi propres qu’ils veuillent le faire croire. Beaucoup parmi eux figurent parmi ceux qu’on appelle les « Roumouz El Vessad ». Eux aussi, sont impliqués par le passé dans la gabegie, la forfaiture et certainement dans des crimes contre des mauritaniens. »

Par rapport aux querelles intestines qui dévorent le parti ADIL et qui sont ressenties même jusqu’au sommet de l’État, le Président de l’AJD/MR est sans équivoque. «L’ajd/mr ne peut pas se mettre dans un camp contre l’autre parce qu’il ne s’agit pas de la lutte contre un pouvoir et des opposants potentiels qui veulent faire avancer le pays. Mais, il s’agit d’une lutte pour le contrôle du pouvoir de deux éléments d’un même système. »

En termes plus clairs, l’ajd/mr ne s’alignera pas sur aucun camp. «Nous sommes dans le camp de ceux qui veulent préserver les acquis démocratiques déjà réalisés. Ces acquis qui sont le fruit de la lutte du peuple mauritanien. Qui ne sont pas octroyés par aucune force ! C’est la lutte du peuple mauritanien qui a amené ce que nous avons connu comme avancées sur le plan démocratique. Nous ne souhaitons pas qu’on nous ramène en arrière. »

Ayant constaté que l’actuelle configuration de l’Assemblée Nationale ne reflète pas la réalité politique, Ibrahima Moctar Sarr a demandé ipso facto la dissolution immédiate de cette institution. «L’Assemblée Nationale a été élue avant l’élection présidentielle, rappelle-t-il. Cela a donné une autre réalité géopolitique. Les députés qui siègent actuellement à l’Assemblée Nationale ne reflètent pas véritablement la configuration (politique) du pays. »

Le Président de la République va-t-il revenir sur sa décision de dissoudre l’assemblée nationale après avoir fait volte-face devant l’intransigeance de certains députés à faire tomber le gouvernement de Ould Waghf ?

Si c’est l’option susceptible de faire sortir le pays de cette crise au sommet de l’État, il n’y aurait pas d’inconvénient à ce que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi fasse usage de l’article 31 de la Constitution qui lui permet de dissoudre l’Assemblée Nationale, après consultation du Premier Ministre et des Présidents des Assemblées.

D’ici là, le Président de l’AJD/MR peut prendre son chapelet et prier pour que le Président de la République procède à la dissolution de l’Assemblée Nationale.

Babacar Baye Ndiaye

( 16 juillet, 2008 )

Diddal Jaalal:Le temps des concerts et des découvertes

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Décidément, Diddal Jaalal a le vent en poupe ces derniers temps, est-on tenté de dire. De retour de la Gambie, où ils ont participé pour leur première fois à l’International Gambian Roots, Festival qui s’est tenu du 31 mai au 7 juin dernier, ils ont enchaîné sans répit concert sur concert à Nouakchott. Au stade de Banjul, plein à craquer, ils ont ouvert ce festival devant le Président de la République gambienne Yaya Djameh et l’ambassadeur de la Mauritanie en Gambie. 

Durant leur séjour, ce fut l’occasion pour Diddal Jaalal de découvrir la Gambie.  Par exemple, ils ont joué au Kamasutu Cultural Camp, un lieu réputé pour sa lagune naturelle bordée de maisonnettes fantastiques. Situé à quelques kilomètres de la capitale gambienne, ce haut lieu touristique et écologique offre un cadre de vie exceptionnel. C’est dans ce lieu à la fois moderne et sauvage que la ministre gambienne a dansé aux rythmes de la musique de Diddal Jaalal.   

Autres localités où a joué Diddal Jaalal : Kanélagne, Diandiambouré. L’objectif visé par les organisateurs de l’International Gambian Roots Festival, c’est de promouvoir le tourisme culturel en Gambie, qui demeure un pays peu connu des touristes européens. A Banjul,  à l’occasion de l’International Gambian Roots Festival, Diddal Jaalal a laissé une bonne impression au sein du public gambien. 

C’est dans cette atmosphère de dégustation inachevée que Diddal Jaalal a quitté la Gambie. De retour à Nouakchott, le temps d’un répit, ils vont enchaîner coup sur coup en jouant successivement au Centre de détention pour mineurs de Beyla à l’occasion de la journée de l’Enfant africain, à l’Ecole Souleymane Baal durant les journées de la scolarité, à Nouakchott. 

Le 21 juin, voilà Diddal Jaalal au Centre Culturel français, pour célébrer avec les mauritaniens, la fête de la musique aux côtés de Ousmane Gangué, Tahara Mint Hembara, la virtuose de l’ardine. Avec cette dernière, ils viennent de créer un nouveau morceau intitulé «Ligodène Leydimen» qui signifie en français «développons notre patrie». Le mois de juin ne fut pas de tout repos pour Diddal Jaalal. D’ores et déjà, il en sera autant pour juillet ! 

A l’occasion de la Quinzaine des Arts du 18 juin au 2 juillet dernier, Diddal Jaalal a rencontré le groupe toulousain Afrodream de Momar Kane, un sénégalais établi en France. Chacun a découvert en l’autre des affinités, des points communs sur le plan musical. Coup du destin ou pure coïncidence, ces deux groupes ont comme blason la vache. Entre le blues que joue Afrodream de Momar Kane et l’Afronomade que joue Diddal Jaalal, il n’y a quasiment pas de frontières, ou si peu. 

Organisée par Médiation, une structure artistique basée en Europe, la quinzaine des arts fut une occasion grandiose pour Diddal Jaalal de faire des créations internationales avec des groupes comme Afrodream de Momar Kane, Kodé Pinal d’Ousmane Gangué… 

Lors de toutes ces rencontres, les échanges furent enrichissants pour Diddal Jaalal qui venait de franchir une autre étape dans sa professionnalisation. Avec Balléké Cissako, Michaël Delféro, Kenneth String, Old Grey Goose…, Diddal Jaalal a encore une fois montré que c’est un groupe qui bouge en direction des autres, toujours à la quête d’échanges culturels, de nouvelles expériences et de nouvelles connaissances. Bref, à la quête de l’autre. Une des caractéristiques qui fait le charme du groupe ! 

Si, aujourd’hui, Diddal Jaalal commence à conquérir d’autres horizons, c’est grâce au style musical très différent de ce qu’on a l’habitude d’entendre en Mauritanie. Leur style musical, l’Afronomade, est une musique que partagent des peuples de culture nomade, une musique qui transcende les frontières physiques. Universelle, elle l’est aussi parce qu’on la joue dans de nombreux pays africains. 

Ce succès n’emballe pas pour autant les membres du groupe qui garde la tête sur les épaules. Même si ça leur fait plaisir de découvrir le monde, d’autres cultures, d’autres publics. En l’espace de 8 ans, Diddal Jaalal a beaucoup appris par le biais de leurs voyages à l’extérieur et des relations qu’ils ont su tisser avec d’autres artistes. 

C’est vrai qu’une carrière internationale est toujours agréable et alléchante. On peut même s’attirer quelquefois les foudres de la jalousie ! Dans leur esprit, le travail d’abord avant de penser à l’argent. Ainsi donc, ils sont en train de construire leur propre promotion et leur propre carrière musicale. Chemin nécessaire pour atteindre les sommets de la gloire et de la célébrité. Maintenant, ils comprennent comment fonctionne le monde du showbiz. Leur destin est déjà tout tracé. Il ne leur reste plus qu’à le suivre. Idem pour le succès. Aujourd’hui, la Mauritanie peut compter sur ce groupe artistique hors pair qui a commencé déjà à faire connaître le pays sur le plan international grâce à la musique, la leur ! 

Sans album, ce groupe déjà populaire (chaque année, il joue plus de 200 concerts à l’intérieur du pays !) est en phase de devenir l’un des ambassadeurs de la musique mauritanienne. En attendant la sortie imminente de leur premier album, Diddal Jaalal déguste paisiblement ses succès. Ce n’est que le début d’une histoire, d’une aventure d’une bande de musiciens qui ne rêvent que de conquérir le monde. Mais, une chose : Diddal Jaalal ne pense pas s’établir en Europe pour y promouvoir sa musique ! Leur place est ici en Mauritanie, clament-ils. 

    Ba Djibril Ngawa, artiste peintre                      ba.jpg

Partout où il est, il est tout le temps avec son appareil photo en train d’immortaliser certaines scènes quotidiennes de la vie. Même s’il est en voyage. Il ne s’en débarrasse jamais. Il est aujourd’hui l’un des rares artistes peintres mauritaniens qui utilisent la photographie comme expression artistique. C’est sa vie. Enfant déjà, lorsqu’il voyait quelqu’un avec un appareil photo, il s’émerveillait de joie. L’envie de caresser cet appareil photo s’emparait subitement de lui et envahissait son esprit. 

Adolescent, dans son village, quand il se promenait en pleine nature, il revenait la tête, remplie d’images. Aujourd’hui, il maîtrise aussi bien les techniques de la photographie que celles de la peinture ou du dessein. «La photographie est très négligée en Mauritanie. L’art plastique s’impose. La peinture s’impose. Mais la photographie, elle n’arrive pas à s’imposer», constate-t-il. 

Présentement, il a réalisé plus de dix mille photographies sur la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie et la France. Il croit dur comme fer que la photographie peut participer au rayonnement de l’image de la Mauritanie à l’extérieur. «C’est bien possible car la Mauritanie a de très beaux paysages», croit-il. Cependant, un fait est là : ces paysages sont aujourd’hui négligés. Et, pourtant, ils peuvent contribuer à l’évolution du tourisme culturel en Mauritanie, un concept qui lui est si cher. 

On ne peut pas développer le tourisme culturel, dit-il, sans pour autant que les autorités en charge de la Culture et du Tourisme fassent un effort de bonne volonté en soutenant la production photographique de certains artistes qui réalisent de belles photographies. 

En peinture, il est aussi un maître incontesté. A son actif, plus de 3000 esquisses et une cinquantaine de tableaux. Sa forme d’expression lui a valu d’être surnommé Picasso. Et, surtout, de travailler avec de nombreux artistes étrangers qui admirent en lui ses tableaux toujours riches en couleurs. 

Durant la Quinzaine des Arts qui a eu lieu du 18 juin au 2 juillet, ce fut une délectation pour lui de faire la connaissance d’artistes étrangers avec qui il a réalisé des tableaux. A son avis, il pense que les artistes mauritaniens ont besoin de ce genre de manifestations culturelles pour s’enrichir. «On a beaucoup appris. Les échanges étaient très riches entre les artistes. C’était excellent. On a appris de nouvelles techniques. Cela nous a enrichis», reconnaît-il. 

Durant cette première édition de la Quinzaine des Arts, Ba Djibril Ngawa a travaillé avec Nadia H. Cas, une artiste-peintre française et Diallo Abdoulaye, sur un tableau commun qu’ils ont appelé «Amitié». Avec Myrielle, une mosaïste française, dans «Point d’interrogation sur le futur des mariages», ils s’interrogent, avec le développement des mariages homosexuels, sur l’avenir de l’institution du mariage qui semble être menacé. 

Parallèlement à cela, Ba Djibril Ngawa a exposé à l’Université de Nouakchott, à la Communauté Urbaine de Nouakchott et au Musée National dans le cadre d’une exposition commune à l’occasion de la Quinzaine des arts. «Les frontières», «Le fardeau» et «Vie sur terre» sont ces dernières créations artistiques qui constituent des quêtes permanentes de soi. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 25 juillet, 2008 )

Pratiques esclavagistes: Ça suffit, la coupe est pleine !!!

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Tout est parti de l’affaire de «La Saline d’Igil » dans la wilaya de Tiris-Zemmour, lorsque le 07 mai dernier, les chambres réunies de la cour suprême ont rendu la décision n° 21 08 reconnaissant aux suzerains Kunta Ehel Choumad, Ehel Sidaty,  Ehel Lahah, Ehel Mohamed Lemine et Ehel Cheikh de s’arroger le droit de percevoir 24 % du revenu du travail dans l’extraction des barres de sel de leurs tributaires ou affranchis Aghzazir.

Cette décision a provoqué l’ire de ces derniers qui ont qualifié ce jugement d’arbitraire. Pire encore, les 23 magistrats qui ont pris cette décision sont issus sans exception des lignages dominants et esclavagistes du pays. 

Cette situation d’injustice a mobilisé ainsi certaines Organisations de Défense des Droits de l’Homme et certains partis politiques comme Conscience et Résistance(CR) et Rassemblement pour l’Egalité et la Justice(REJ) qui viennent de lancer une motion de pétition contre la légitimation et la perpétuation de rapports esclavagistes.

Au cours d’une conférence de presse, tenue hier, au siège du Forum des Organisations de Défense des Droits Humains, ils ont affirmé leur détermination à se battre jusqu’au bout afin de bouter hors de la Mauritanie l’injustice visiblement édifiée en système. 

Ces organisations de défense des droits de l’Homme semblent être déçues par l’attitude des autorités actuelles qui feignent d’appliquer la loi criminalisant l’esclavage et les pratiques analogues à l’esclavage. Et pourtant, beaucoup d’esclaves continuent  à être victimes d’expropriation de terre ou de mauvais traitements corporels.

La loi criminalisant l’esclavage n’a jamais été appliquée par les magistrats. Cela engendre forcément l’injustice et l’impunité. Cette situation a exacerbé les Organisations de Défense des Droits de l’Homme. Elles ont appelé l’Etat à revoir la loi criminalisant l’esclavage et les pratiques esclavagistes dont l’effectivité pose problème. 

Elles ont profité de cette occasion pour décocher des flèches en direction de l’administration judiciaire composée souvent de maîtres esclaves.  Ceci, évidemment, constitue un obstacle à l’application de la loi criminalisant l’esclavage et les pratiques analogues à l’esclavage.

Autre fait qui annihile cette loi : rares, aujourd’hui,  sont les juridictions qui ne sont pas dirigées par des maîtres esclaves. La preuve, les plaintes qui leur sont souvent soumises ou transmises traînent à longueur d’année et finissent par être rangées sans suite. Au détriment des esclaves.

Pour autant, cela ne va pas désarmer ces organisations et partis politiques. Cette situation laisse dubitatifs ces derniers qui ne croient pas à l’application de la loi criminalisant l’esclavage considéré comme une normalité en Mauritanie. Aux yeux d’Aminétou Mint Ely Moctar, pour avoir une administration judiciaire composée d’hommes probes, il faut systématiquement procéder à son assainissement. 

Autrement dit, mettre des fonctionnaires capables d’appliquer la loi, de juger dans l’équité et donner à chaque citoyen mauritanien son droit le plus absolu. La systématisation de la société mauritanienne en féodaux, en chefs, en nobles y est pour quelque chose et selon la présidente de l’Afcf, il faut d’abord ébranler cette stratification de la société mauritanienne qui privilégie le noble et assujettit l’esclave.   

S.O.S. Esclaves, l’Association des Femmes Chefs de Famille, Conscience et Résistance, Rassemblement pour l’Egalité et la Justice, le COPECO…veulent à travers cette pétition amener les autorités de ce pays à mieux reconsidérer la question de l’esclavage qui est une grave atteinte aux droits de l’Homme. Déjà, à la sortie de la salle, il y avait plus d’une trentaine de signature contre la légitimation et la perpétuation des rapports esclavagistes. 

Cheikh Saad Bouh Camara, lui aussi présent, a appelé les bonnes volontés éprises de vérité et de justice à appuyer cette pétition initiée par Birame Ould Dah Ould Dah, membre de S.O.S. Esclaves et de la Commission Nationale des Droits de l’Homme(CNDH).

«Il y a des mafias, des réseaux et ceux qui nous oppriment. Nous devons, nous aussi,  constituer des réseaux de résistance. Ce sont ces réseaux de résistance qui vont être les vecteurs de notre combat. Mais, il ne faut pas se tromper. Ça va être encore très difficile. Certains parmi nous vont nous abandonner. Mais ceux qui vont rester doivent continuer à résister et aller de l’avant pour que chaque mauritanien puisse jouir de tous ses droits », dit-il. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 25 juillet, 2008 )

Système Educatif Mauritanien:Où en sommes-nous aujourd’hui, après 5 réformes ?

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«Le Système Educatif Mauritanien : réalités et perspectives ». Tel est l’intitulé de la conférence débat introduit par Fara Ba, Secrétaire National à l’Education de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation (AJD/MR), ce vendredi, au siège dudit parti. L’objectif de ce débat est d’initier, en vue des états généraux sur l’Education,  une réflexion, une analyse et un diagnostic du système éducatif mauritanien. 

 

Saviez-vous que l’Education est un droit reconnu universellement ? Saviez-vous aussi qu’elle constitue un puissant moyen de promotion socio-économique ? «C’est pourquoi, souligne Fara Ba, nous sommes assurément fondés à considérer que les enfants mauritaniens sans exclusive, sans discrimination aucune, doivent bénéficier d’un enseignement à la hauteur des ambitions et des intérêts de notre peuple. Dans le même ordre d’idées, il ne faudrait pas perdre de vue l’alphabétisation fonctionnelle qui concerne spécifiquement les adultes. » 

 

En Mauritanie, pendant la période précoloniale, l’enseignement était dispensé en arabe et était essentiellement théologique. «Progressivement, le colonisateur français exerce sa domination sur le territoire conquis(la Mauritanie). Afin de conforter son hégémonie, il ouvre des écoles. Il savait pertinemment que la meilleure façon de pérenniser sa domination était d’assimiler les populations assujetties. C’est de cette façon que la langue française nous a été imposée », révèle Fara Ba. 

 

L’Ecole 1 de Kaédi (1904 ou 1905), l’établissement francoarabe de Boutilimit(1912) et le Collège Zavier Coppolanni(1946) vont être les premières écoles françaises construites en Mauritanie. «Cela fait plus d’un siècle que notre école existe. Donc, il n’y a pas de raison qu’elle puisse pêcher dans certains travers, qu’elle ne puisse pas avoir son développement minimum, que nous n’ayons pas un système éducatif performant », s’indigne-t-il. 

 

Pendant la période précoloniale, l’enseignement était unifié. En 1959, la Mauritanie se prépare à accéder à la souveraineté internationale. C’est à cette date aussi que sera initiée la première réforme du système éducatif mauritanien qui avait comme objectif principal de mieux organiser l’enseignement de l’Arabe en Mauritanie. En outre et parallèlement à cela, de 1960 à 1963, il y aura une véritable levée de boucliers de la part des enseignants arabes contre la langue française qu’ils déconsidèrent comme un héritage pour les mauritaniens. Parmi eux, il y avait un certain Moustapha Ould Badredine, l’actuel vice-président de l’Union des Forces de Progrès et député à l’Assemblée Nationale. 

 

Ces derniers vont mettre la pression sur le gouvernement de feu Moktar Ould Daddah pour que l’Arabe remplace le français. Face à un syndicat des enseignants extrêmement dynamiques et intransigeants, Moktar Ould Daddah finit par céder. En 1965, il prend le décret 35-36 rendant obligatoire l’enseignement de l’Arabe au secondaire. Certains intellectuels noirs voient à travers ce décret, pris par Moktar Ould Daddah dans l’unilatéralisme, comme une sorte de caisse de résonance des revendications des enseignants arabisants. 

 

Cette décision étatique prise sans concertation va provoquer une grande indignation au niveau de la communauté noire qui y voit une certaine volonté de domination. Inéluctablement, cela va engendrer le manifeste des 19 pour dénoncer la situation d’oppression des noirs. Non contents de la décision de feu Moktar Ould Daddah de rendre obligatoire l’Arabe dans l’enseignement secondaire, les noirs vont exprimer leur désapprobation par la manifestation, la grève et parfois même par la bagarre. «C’était une étape historique. La situation était tellement délétère et incontrôlable qu’elle a abouti à une tragédie », se souvient Fara Ba. A l’issue des affrontements entre noirs et maures, il y aura 70 morts. Cela montre la sensibilité et la délicatesse de la question de l’Education et des langues en Mauritanie. 

 

A Nouakchott et à l’intérieur du pays, cette situation va engendrer un climat d’insécurité, de méfiance, de suspicion, de haine. C’est dans ce contexte, que le Parti du Peuple Mauritanien, décide de tenir dans l’urgence son congrès en 1966 à Aïoun. Les congressistes initient une nouvelle réforme en 1967 en décidant d’adapter notre système éducatif à nos aspirations et exigences culturelles. En d’autres termes, il s’agit de réhabiliter et d’institutionnaliser la langue arabe. Cette réforme de 1967, aux yeux de Fara Ba, n’était qu’une étape vers une réforme plus profonde et  plus radicale du système éducatif mauritanien. 

 

Ces réformes sont avant tout idéologiques. Ainsi donc, les autorités de l’époque ont voulu «œuvrer à la restauration de notre authenticité culturelle qui définit les dimensions de l’homme mauritanien nouveau qui doit se libérer des séquelles de la colonisation culturelle » et «conduire à l’adéquation de notre système scolaire à nos réalités spécifiques et à une indépendance culturelle véritable grâce à la réhabilitation de la langue arabe et de la culture islamique ». Le processus de la réforme de 1973 était ainsi balisé sans préparation et encore sans concertation. 

 

Toujours, dans le cadre du renforcement de l’arabisation, la circulaire 02 de 1979 vient créer une autre indignation. Dans cette circulaire, il est prévu d’augmenter les coefficients des matières enseignées en arabe. La réaction de la part des élèves noirs ne se fera pas attendre. Ayant tiré les leçons de 1966 où la Mauritanie a frôlé la guerre civile, le Comité Militaire de Salut National(CMSN) procède aux réaménagements de la réforme de 1973 en décidant d’officialiser toutes les langues nationales, de les réinsérer dans le système éducatif. La spécificité de cette réforme est la mise en place de deux filières, l’une dite arabe et l’autre bilingue. Certains pensent que c’était un système pourri. 

 

Une fois au pouvoir, Maouiya Ould Sid’Ahmed supprime d’abord l’Institut National des Langues et prépare une nouvelle réforme du système éducatif national en 1999. C’est cette réforme qui est toujours en cours. Les initiateurs de cette réforme entendent repositionner notre système éducatif sur de nouvelles bases pour répondre à temps aux nouveaux impératifs d’ouverture et d’efficacité qu’imposent la mondialisation et la concurrence. L’objectif majeur de cette réforme, c’est l’unification du système éducatif en mettant l’accent sur son efficacité interne et externe. Comme dans toutes les réformes, on continue à privilégier l’enseignement de l’Arabe. Par exemple, la philosophie et l’Histoire et la Géographie seront enseignées en arabe. 

 

Le constat sur ce système est dramatique : faible niveau à la fois en arabe et en français. «Cela a un retentissement négatif sur leurs capacités à assimiler toutes les autres matières au programme », souligne Fara Ba. Et pire, il n’y a pas eu une commission de réforme qui a été mise en place. Cette réforme a été faite sans étude approfondie et sans concertation. 

 

Notre système éducatif a connu 5 réformes et les lacunes demeurent toujours. Mais aussi, il aura été mêlé à toutes les sauces. Décrié et rejeté depuis tout le temps, le système éducatif mauritanien se prépare à son énième réforme. Peut être, à l’issue des états généraux, une nouvelle vision consensuelle verra le jour au grand dam des élèves. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

( 26 août, 2008 )

Droits de l’Homme:Le Rassemblement pour l’Egalité et la Justice est à l’avant-garde !

Dans une déclaration remise à l’occasion de sa conférence débat portant sur l’unité nationale et les droits humains en Mauritanie avec la collaboration de l’Initiative pour Tous(IPT), le Rassemblement pour l’Egalité et la Justice (REJ), un parti de l’opposition, a demandé au gouvernement de Ould Waghf d’œuvrer pour l’amélioration des conditions de vie des mauritaniens et le contrôle des prix des denrées de première nécessité.

Le REJ n’y est pas allé de main morte pour dénoncer la situation des droits humains en Mauritanie, caractérisée par les pratiques courantes de l’esclavage, la non application de la loi n° 2007-048 dans toute sa vigueur, les récurrentes expropriations de terres, l’unité nationale étriquée, l’appauvrissement des pauvres.

En outre, le monopole des richesses, l’enrichissement illicite, la paralysie des institutions ont été rudement stigmatisés par ce parti qui considère que cette situation est inquiétante et alarmante.

Toutefois, ce parti a salué la formation du dernier gouvernement né du dépôt de la motion de censure comme étant une avancée nettement démocratique. De même qu’il a salué les mesures prises par le gouvernement pour la présente campagne agricole et autres programmes initiés dans le but d’amoindrir les coûts de la vie.

Cependant, le REJ a fustigé la manipulation politique qui a abouti à une prise en otage des institutions de la République pendant deux semaines après la formation du deuxième gouvernement.

Au cours de cette conférence débat, Cheikh Sid’Ahmed Dieng, président du REJ, a réclamé la dissolution de l’Assemblée Nationale et l’organisation d’élections anticipées. Il fonde son argument sur le fait que ceux qui composent aujourd’hui l’Assemblée Nationale ne représentent pas le peuple et ne reflètent point la vraie géopolitique du pays.

«Par conséquent, pense-t-il, pour une meilleure prise en charge des préoccupations des populations, il faut organiser de nouvelles élections anticipées le plus rapidement possible afin de mettre les gens qu’il faut pour représenter le peuple avec une bonne expression. »

Cette question de la dissolution de l’Assemblée Nationale a été soulevée, on s’en souvient, par le Président de la République, dans son discours du 2 juillet dernier lorsque des députés du parti ADIL avaient menacé de déposer une motion de censure contre le gouvernement de Ould Waghf.

Pour sa part, le Rassemblement pour l’Egalité et la Justice considère que sa revendication est légitime. «Cependant, affirme-t-il, cette responsabilité incombe à ceux qui ont les mallettes (charges officielles, Ndlr). »

Le président du REJ ne croit pas aux assertions du Président de la République qui affirmait que la Mauritanie ne peut pas se payer le luxe d’organiser en l’espace d’un an de nouvelles élections avec tout ce que cela implique comme dépenses.

«Pour organiser de nouvelles élections, dit-il, notre pays n’a pas besoin de l’assistance de partenaires. Notre pays est l’un des pays les plus riches au monde. Seulement, cette richesse est orientée vers un groupe très restreint. Il suffit de fermer les robinets et investir cet argent dans des élections ».

Le Rassemblement pour l’Egalité et la Justice a remis, en guise de reconnaissance, des diplômes d’honneur à Birame Ould Dah Ould Abeid, Aminétou Mint Ely Moctar Ely et Médoune Diop pour leur engagement sans faille pour le triomphe des droits de l’Homme en Mauritanie.

Pour couronner le tout, un film sur l’esclavage en Mauritanie intitulé «Chasseurs d’esclaves » a été projeté. Ce film a été réalisé par la télévision franco-allemande Arte. Emouvant, ce film est une preuve vivante de l’engagement de certains militants des Droits de l’Homme mauritaniens qui se battent pour l’avènement d’une Mauritanie nouvelle, débarrassée de toutes formes d’injustices.

Babacar Baye Ndiaye

( 26 août, 2008 )

Putsch du 6 août 2008:L’AJD/MR prend le contrepied des Hommes de treillis

Ce vendredi 22 août 2008, l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/ Mouvement pour la Rénovation (AJD/MR) célébrait sa première année d’existence. Ce fut une occasion pour ce parti  novice du jeu politique mauritanien de démontrer qu’il n’est pas un parti «cartable» et communautariste comme l’affirment certaines langues déliées. Mais, surtout, d’exhiber qu’il est en mesure de remplir jusqu’à déborder la gigantesque salle de spectacles de l’ancienne maison des jeunes de Nouakchott.

Lorsque le tonitruant Ciré Kane, le chargé de la communication de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation (AJD/MR), annonce l’arrivée de Ibrahima Moctar Sarr dans la salle de spectacles, ce fut des cris de joie et des salves d’ovations qui l’accueillirent. Comme un roi d’Arabie Saoudite, on le salue, on l’accole, on le complimente, on le glorifie. Il est aux anges. Pendant ce temps-là, il est 19 heures passées dans la salle de spectacles de l’ancienne maison des jeunes de Nouakchott.

Les militants et sympathisants de l’AJD/MR venus des quatre  coins de la ville de Nouakchott accueillent leur Président, leur Héros : Ibrahima Moctar Sarr bien nippé dans un boubou traditionnel, en vrai peulh, comme à l’accoutumée. Tous les responsables politiques, hommes, femmes et jeunes du parti, sans exception, sont tous présents à ce grand rassemblement marquant la première année d’existence de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation (AJD/MR).

Item certains partis politiques de l’opposition notamment le Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD) dont on a noté la présence de son vice-président Kane Hamidou Baba et de son président Ahmed Ould Daddah en chair et en os venu témoigner sa marque de fidélité politique à Ibrahima Moctar Sarr illuminant de joie et savourant son triomphe. Sans oublier certains de nos artistes qui étaient aussi de la partie. Le tout dans une atmosphère de chaleur insupportable !

Les leaders de Tawassoul, de l’Alliance Progressiste et Populaire (APP) et l’Union des Forces de Progrès (UFP) qui viennent de créer le Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) avec ADIL, PLEJ, SAWAB…n’ont pas répondu à l’invitation de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/ Mouvement pour la Rénovation (AJD/MR). Cette absence de leur part pourrait être analysée comme une sorte de distanciation. Et, cela montre que ce n’est pas pour demain les retrouvailles de l’ancienne opposition d’avant l’élection de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi à la tête du pays. Le fait que des partis comme l’UFP et Tawassoul aient participé à la mise sur pied du Front National  pour la Défense de la Démocratie(FNDD) en refusant de rejoindre le RFD, HATEM, l’AJD/MR…témoigne d’une ébauche de bipolarisation au sein de l’opposition. 

Ibrahima Moctar Sarr a montré ses qualités d’orateur devant une foule en délire et exprimant toute sa sympathie envers celui qu’ils considèrent comme étant  «  le symbole de l’unité, de la diversité et de la confiance retrouvée. » Ce fut l’occasion pour les responsables de l’Alliance pour la Démocratie et la Justice/ Mouvement pour la Rénovation(AJD/MR) de passer en revue  dans les différentes langues nationales du pays les implications de leur parti danssss certains faits marquant de l’actualité politique, économique et sociale ayant caractérisé le pays comme la question de l’esclavage, du retour des déportés, de l’éducation nationale, du pouvoir d’achat, du blocage institutionnel qui a abouti au coup d’Etat du 6 août 2008.

Sur ce point, l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation a enfin lâché le morceau concernant sa position sur le coup d’Etat du 6 août dernier orchestré par le général Mohamed Ould Abdel Aziz : pas de caution pour ce qui s’est passé dans la matinée du 6 août. Pour Ibrahima Moctar Sarr, la place des hommes de treillis est dans les casernes. Le suspens aura duré 16 jours. Les militants et sympathisants de l’AJD/MR attendaient religieusement la déclaration de leur président sur la situation actuelle que traverse le pays.

Ibrahima Moctar Sarr, muré dans un silence depuis le coup d’Etat du 6 août, devait des explications à ses partisans d’autant plus qu’il a été récemment reçu en audience en compagnie d’Ahmed Ould Daddah et de Saleh Ould Hanana entre autres par le Chef de la junte militaire Mohamed Ould Abdel Aziz. Depuis  cette audience, certaines langues commençaient à se délier et à laisser entendre qu’Ibrahima Moctar Sarr et son parti cautionnaient eux aussi «le mouvement de rectification du 6 août ». D’autres, plus sceptiques, y voyaient déjà la formalisation du pacte avec les hommes de treillis.

Ce grand rassemblement marquant la première année d’existence de l’Alliance pour la Démocratie et la Justice/Mouvement pour la Rénovation est intervenu dans un contexte assez particulier à savoir la reprise des hommes de treillis des destinées du pays, de l’Etat et de la République. Ainsi donc, dans un premier temps, ce rassemblement devait permettre de lever l’équivoque en mettant fin aux rumeurs et incompréhensions des uns et des autres sur la position de l’AJD/MR par rapport au putsch du 6 août 2008. Dans un second temps, apporter des éclaircissements par rapport aux motivations qui expliquent la position de neutralité ou de non-alignement de l’AJD/MR sur la crise politique qui secouait il y a quelques semaines le sommet de l’Etat d’une part entre Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et «sa» majorité et d’autre part entre le Président de la République et les deux généraux de l’armée nationale (Mohamed Ould Abdel Aziz et Ghazouani).

Ce rassemblement s’est déroulé dans une atmosphère de début de campagne électorale. Et, quoiqu’il en soit, l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation a déjà attelé son cheval de bataille et semble être prête à se lancer à la conquête de la Présidence de la République, du Parlement et des collectivités locales. 

Par Babacar Baye Ndiaye

( 26 août, 2008 )

Hakima Dria, artiste peintre: Une Enfant du Monde pas comme les autres !

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Bien que née à Fès au Maroc, le 27 avril 1975, elle se considère comme étant «Une Enfant du Monde ». Elle vit en Mauritanie depuis une bonne douzaine d’années et c’est par hasard qu’elle s’est retrouvée un jour au pays d’un million de poètes. Son père, Kassem Dria, est un architecte. A la suite d’un déplacement de travail de ce dernier, toute la famille déménage avec lui pour s’installer en Mauritanie.

Pour la première fois de sa vie, Hakima Dria venait de découvrir un pays qu’elle n’avait jamais connu que par le nom. «Au début, se souvient-elle, c’était un peu difficile parce que l’environnement et l’ambiance ne sont pas les mêmes. Les habitudes, les coutumes et les traditions non plus. »

Dès ses premiers jours à Nouakchott, elle vécut une sorte de dépaysement. Son adaptation fut pathologique et difficile. «J’ai vécu, souligne-t-elle, toute seule pendant une bonne période. Je ne fréquentais personne. »

Mais un jour, en se promenant, dans l’espoir de rencontrer des artistes peintres mauritaniens, dans les artères du centre ville, elle aperçut, à l’hôtel Halima, des tableaux accrochés au mur et appartenant à un artiste du nom de Sorel. Malheureusement, pour elle, elle ne fera jamais sa connaissance malgré une volonté affichée de le rencontrer.

Toutefois, ne dit-on pas souvent que certaines rencontres ou événements constituent un catalyseur dans la suite de la vie d’une personne ? Ainsi donc, elle fit la connaissance de Mokhis alors qu’elle était réceptionniste à l’hôtel Halima. «Monsieur, lui a-t-elle dit contente enfin de rencontrer un artiste peintre mauritanien, je crois qu’à partir d’aujourd’hui, on ne va plus se séparer. »

Lorsque vous lui parlez du Maroc, son cœur bouillonne de joie et d’émotion. Même si elle ne s’y rend pas fréquemment. Du Maroc, son pays natal, elle garde toujours de vivants souvenirs que l’éloignement n’a pas pu dissimuler. C’est dans son pays que son histoire et son contact avec l’art ont véritablement commencé. A l’âge de 3 ans, avant même de pouvoir lire et écrire, elle dessinait déjà, en imitant son père qui est dessinateur puisque le métier d’architecte consiste tout le temps à tracer et à dessiner des plans.

Pour faire plaisir à sa fille et l’occuper en stimulant son imagination, Kassem Dria lui paye un matériel de dessin et de coloration. Elle ne tarda pas à dessiner, à reproduire et à illustrer tout ce qu’elle voyait sur les bandes dessinées que lui avait achetées papa. Ce dernier, peut être sans le savoir, traçait la voie que devait passer sa fille.

Très rapidement, elle subit l’influence de son père qu’elle voyait tout le temps dessiner. Profitant de son matériel, elle faisait des illustrations ou gribouillait sur un papier blanc.

Cet amour pour le dessin ne la quittera jamais. A l’école, elle illustrait tous ses cahiers de cours. Ce qui provoquait une certaine admiration de la part de ses professeurs. Elle se permettait parfois de les caricaturer. C’est elle aussi qui illustrait les cahiers de ses camarades de classe nuls en dessins. Une véritable artiste !

Après l’obtention de son brevet, toujours au Maroc, elle voulut faire des études en Arts plastiques. Mais son père s’y opposa catégoriquement en lui disant pour la dissuader. «Ce n’est pas un métier qui pourrait te nourrir. »

L’autorité parentale l’emporta sur la volonté de la fille. Mais, pour autant, elle ne jeta pas l’éponge puisque, à l’université, elle continuait de dessiner. «Un jour, je me suis dit que je ne peux pas en rester là. Il faudrait que j’évolue puisque j’aime les arts plastiques. Ça me tient à cœur. Il faut que je trouve une solution ! »

La solution, elle l’aura par hasard, en suivant un reportage à la télévision sur Mohamed Migri, un artiste marocain à la fois peintre, musicien et écrivain. Elle qui a toujours rêvé de rencontrer de grands artistes peintres, elle va en rencontrer un.

D’abord, pour voir ce monsieur, il fallait qu’elle prenne rendez-vous. Ce qui se fera sans difficulté. Et, ensuite, prendre le train puisque Mohamed Migri n’habite pas dans la même localité qu’elle. Accompagnée d’une de ses amies, elle se rend aux Oudayas à Rabat (site historique et touristique où logent uniquement de grandes personnalités).

«Il nous a bien accueillies et fait visiter sa maison. Et, puis, il nous a invitées à boire du thé dans une cafétéria traditionnelle. On a bien discuté. Je lui ai montré tout ce que j’avais fait sur papier. C’était pour moi quelque chose d’extraordinaire », lâche-t-elle en pensant que le Ciel avait déjà décidé qu’elle serait une future artiste peintre.

Elle voit à travers cette rencontre qu’elle raconte aujourd’hui avec beaucoup d’émotion comme étant un signe du Destin. Pour être artiste peintre, lui dira Mahmoud Migri, il faudra beaucoup de travail et surtout d’apprentissage.

Cette leçon, elle l’a bien assimilée puisque depuis cette rencontre, elle n’a cessé de faire des cours notamment avec Mokhis et d’autres artistes plasticiens mauritaniens ou étrangers. Son outil d’expression demeure son pinceau qu’elle considère comme étant son unique compagnon de route.

Salvador Dali, un peintre espagnol, l’inspire beaucoup. «Je suis une daliste », s’enorgueillit-elle. Elle admire chez ce surréaliste espagnol sa méthode et sa façon de peindre. «C’est un monsieur qui a une très grande imagination. Il fait des compositions extraordinaires », commente-t-elle. Il y a aussi les grands peintres classiques comme Vincent Van Gogh, Léonard De Vinci, Pablo Picasso, qui l’influencent énormément aussi.

Ses parents vivent toujours en Mauritanie. Mais jusqu’à quand ? «Pour le moment, répond-elle, on est là. Nous ne savons pas ce que le Destin fera de nous après. » Idéaliste, elle aimerait voir l’humanité vivre dans un monde de paix où toute personne aura sa place à revendiquer.

Perfectionniste, elle aurait aimé voir un autre monde beaucoup plus humain et dépouillé de tout racisme, toute hypocrisie et toute véhémence dans un esprit de fraternité. «Je me dis que l’homme est capable de faire énormément de choses. Et, si tout un chacun d’entre nous commence par lui-même, à essayer de changer les mentalités, de faire comprendre aux autres qu’on peut tous vivre ensemble, coexister sans pour autant se faire du mal. »

Ses sujets de prédilection : la paix dans le monde, la situation des enfants et le sort réservé aux femmes. Mère d’un enfant, elle ne digère pas dans son âme et conscience l’oppression et la négligence dont sont victimes ces deux catégories vulnérables de la société. «L’avenir de ce monde, pense-t-elle, dépend d’elles. Si on sème de bonnes graines en elles, on récoltera de bons fruits plus tard.»

Elle rêve qu’un jour que toute l’humanité puisse vivre et coexister, sans conflit, sans problème et sans violence dans la paix et l’amour. «J’ai vécu une expérience un peu difficile. J’étais malade et hospitalisée pendant une année. Je ne marchais plus. Je ne bougeais plus. J’avais maigri jusqu’au point de descendre à 40 kg. Par cette expérience, j’ai compris qu’on perd beaucoup de temps en se focalisant sur des choses inutiles. La vie est très courte. Il faut en profiter et semer le bonheur autour de soi. »

Aujourd’hui, elle essaye de partager son bonheur avec sa famille et ses amis. Et, non seulement, elle est tombée sur un mari compréhensif mais elle a eu la baraka que ce dernier soit un métis.

«Quand on dit métis, cela implique beaucoup de choses (…). C’est une ouverture d’esprit et une richesse à la fois. » Elle semble jouir de la compréhension de son mari. «Tout au moins à 90%, sinon, ce serait trop parfait pour être vrai », rajoute-t-elle. Et lorsqu’on a un père dessinateur (architecte), un frère infographiste et une sœur artiste plasticienne, on doit certainement être heureux. Toute sa famille a un rapport avec tout ce qui est art. «Peut-être que, tente-t-elle d’expliquer, c’est un don dans la famille. »

Avec de nombreuses participations à des expositions à l’étranger et plusieurs expériences avec des artistes européens, elle n’a pas de quoi se plaindre. Mais précise-t-elle : «Le jour où un artiste dira qu’il est satisfait de lui-même, il va arrêter de créer. Tant qu’on n’est pas satisfait, on continue à créer, à réfléchir, à penser. Je ne crois pas qu’il y ait un artiste satisfait à cent pour cent de ce qu’il fait. »

Epanouie et heureuse comme une princesse, la vie à Nouakchott ne semble guère l’ennuyer. «Le monde n’a pas de frontières, explique-t-elle. Là où on est, on sera avec des gens. Nous avons nos différences, notre manière de percevoir ce qui se passe autour de nous et c’est toujours enrichissant d’être avec les gens. Là où que je puisse être, je m’adapterai parce que je suis un être humain et tout ce qui est humain est universel. »

Ayant vécu en Mauritanie depuis 1996, elle pense déjà à prendre la nationalité mauritanienne. «Aujourd’hui, je me sens quelque part mauritanienne. Si j’ai la nationalité mauritanienne, je défendrai bien les couleurs de la Mauritanie », lance-t-elle avec défi.

Babacar Baye Ndiaye

( 26 août, 2008 )

Diallo Abdoulahi Tobal:Un homme, trois vies !

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Il est à la fois photographe, peintre et cameraman. Trois univers, trois environnements, trois vies dissemblables mais aussi faites de complémentarité. On pourrait dire, aussi, qu’il y a une sorte de passerelle qui les lie. Certes, Diallo Abdoulahi Tobal est encore à la recherche de la gloire, de la popularité et de la reconnaissance.

 

Mais, au fil du temps, il ne cesse de montrer qu’il a envie d’en arriver là. Sa rencontre avec Ba Djibril Ngawa, le manager du groupe Diddal Jaalal (peintre lui aussi), qu’il considère par ailleurs comme son maître, fut le véritable catalyseur de son éclosion dans l’art plastique.

 

Ba Djibril Ngawa a fait de Diallo Abdoulahi Tobal un véritable artiste plasticien en lui donnant le goût et l’envie de manier les pinceaux et en lui faisant découvrir tout le talent d’artiste enfoui en lui. L’admiration qu’ils se portent est sincère et réciproque.

 

Diallo Abdoulahi Tobal considère Ba Djibril Ngawa comme une idole, une icône, un inspirateur, un chef qui mérite le respect et l’estime. Ce dernier, comme un devin, a vu en Diallo Abdoulahi Tobal un futur grand artiste plasticien ! Avec humilité et modestie, il reconnaît devoir tout à Ba Djibril Ngawa et surtout dans le domaine de la photographie où il constitue avec lui les deux seuls artistes mauritaniens à utiliser la photographie comme forme d’expression artistique.

 

1987 : de retour de Bagdad en Irak, Ba Djibril Ngawa ramène un appareil photographique dans ses bagages. Cette date est encore gravée dans sa mémoire. C’est comme si c’était hier. Ebloui et découvrant cet objet qui l’a toujours façonné, il se résolut à se payer, lui aussi, après quelques démarches fructueuses, un appareil photographique à 3.000 UM.

 

Depuis cette date, une sensation très forte s’est emparée de son esprit. Ainsi, sous l’œil vigilant de son maître, il se lance dans la photographie à partir de la fin des années 90. Ainsi naquit le début de son aventure dans la photographie.

 

Son penchant pour l’art de manière générale l’a emporté sur le reste de sa vie, de ses activités et de ses études. Diallo Abdoulahi Tobal est à la fois surprenant et déroutant. Il aurait pu être ingénieur, professeur, technicien, cadre supérieur dans une entreprise de la place. Ayant une Maîtrise en Géologie à l’Université de Nouakchott option arabe, il voue à l’art une passion indescriptible.

 

D’ailleurs, il n’a pas de vie privée. Il est tout le temps partagé entre la photographie, la peinture et son activité de cameraman sans perdre de vue les incessantes pérégrinations à l’intérieur comme à l’extérieur du pays de Diddal Jaalal dont il est le gestionnaire inamovible.

 

Avec sa physionomie, il donne l’air d’avoir plus que son âge. Cependant, détrompez-vous : il est né en 1978 à Ould Yenge. Son adolescence, il l’a passée entre Ould Yenge, Kiffa, Kankossa et Sani où il a fait son cycle fondamental. A l’école, il se faisait déjà remarquer par ses dessins de forme animale. D’ailleurs, il a toujours obtenu de bonnes notes dans cette matière. Même au Collège, son professeur de Sciences Naturelles était admiratif devant ses croquis. Bon élève, il l’a toujours été !

 

En 1998, il décroche son baccalauréat. Destination : Nouakchott pour y poursuivre ses études supérieures. Sa découverte de Nouakchott lui ouvre de nouvelles perspectives. Depuis 2003, année à laquelle il a obtenu sa maîtrise en géologie à l’Université de Nouakchott, il est devenu le gestionnaire de l’association musicale Diddal Jaalal.

 

Entre une carrière administrative et une carrière artistique, il a porté son choix sur cette dernière. Pour autant, il n’a pas rangé au second plan ses connaissances en géologie puisque dans certaines de ses photographies, il y a une forte imprégnation des structures et formes géologiques (minerais, montagnes…).

 

A son actif, entre 2000 et 3000 photographies prises à Nouakchott et à l’intérieur du pays. Toutes ces photos sont jalousement conservées et archivées et constitueront sans nul doute un riche témoignage de notre époque. Son premier tableau porte sur l’unité nationale. C’était à l’occasion des journées culturelles de Nouakchott au musée national en 2007 où il a exposé en compagnie d’autres artistes mauritaniens.

 

Ba Djibril Ngawa peut dormir à tête reposée puisque son disciple, Diallo Abdoulahi Tobal, est digne d’être son vrai successeur. Et si vous vous hasardez à lui poser la question de savoir s’il a d’autres maîtres à penser à part Ba Djibril Ngawa, il s’empresse de vous répondre : «Non, non ! C’est Ba Djibril seulement !»

 

Diallo Abdoulahi Tobal ne connaît pas le répit. C’est une véritable machine à travailler. S’il n’est pas en train de dessiner, il prend des photographies ou participe au briefing de l’association musicale Diddal Jaalal. Le peu de temps qu’il lui reste, il le consacre à sa douce moitié et à son enfant.

 

La quinzaine des arts du 18 juin au 2 juillet dernier, fut une grande et riche découverte pour lui. Il fera la connaissance de grands artistes étrangers notamment Nadia H. Cas avec qui il a fait un tableau commun intitulé «Amitié » avec, aussi, la participation de son maître (décidément, il ne le quitte jamais de la semelle), Ba Djibril Ngawa. Artiste depuis une bonne décennie, il s’indigne du sort réservé aujourd’hui aux activités artistiques qui ne nourrissent pas leurs hommes sous nos tropiques.

 

Dans sa famille, il est le seul à être artiste. Issu d’un monde de culture nomade et pastorale, Diallo Abdoulahi Tobal fut aussi un petit berger, comme il est de coutume chez les peulhs. Aujourd’hui, il ne rêve que d’une seule chose : que l’art plastique s’impose en Mauritanie.

 

Depuis 2005, date de son mariage, les choses semblent aller de mieux en mieux, même s’il reconnaît avoir du mal à supporter les tracas de la vie conjugale et quotidienne. Les temps et les époques ont vraiment changé pour lui. La preuve, c’est que ceux qui devaient être derrière les vaches, les chèvres et les moutons font aujourd’hui la photographie et de la peinture. Diallo Abdoulahi Tobal en est une parfaite illustration. C’est seulement en 2002, donc il n’y a pas longtemps, qu’il a arrêté de suivre les troupeaux.

 

Présentement, il est en train de préparer sa nouvelle collection de tableaux. Cet homme à la chevelure bien fournie et toujours souriant, en vrai peulh, pourrait bien aller à l’extérieur y poursuivre son 3ème cycle. Mais, il aurait préféré qu’il y’en ait un à l’Université de Nouakchott. Ça lui épargnerait certainement le mal du pays. Son seul handicap, c’est qu’il ne maîtrise pas assez bien le français. Cependant, il compte remettre les pendules à l’heure !

 

Babacar Baye Ndiaye

 

( 26 août, 2008 )

Dj Khalzo crie au scandale après avoir été illégalement raflé par la Police !

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Vous qui avez toujours pensé ou soutenu que la police mauritanienne et ceux qui l’incarnent ont changé de fusil d’épaule, détrompez-vous ! Car, il n’en est rien. Mieux encore, elle est devenue pire qu’un frelon dans le pantalon. On croyait que notre police nationale, après le coup d’Etat du 3 Août 2005 qui a balayé le régime dictatorial de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya, allait s’assagir. Mais non ! On semble revivre l’Etat policier et militaire auquel nous avait délivrés la nuit du 3 Août (Malheureusement que la Mauritanie ait retourné à cette période avec l’arrivée du Général Ould Abdel Aziz). C’est toujours le supplice de Tantale ! Les tracasseries et les intimidations de divers ordres de la part de nos policiers qui ne savent que roupiller comme des marmots et soutirer de l’argent aux pauvres continuent de plus belle au mépris des libertés individuelles. Les bêtises de nos policiers frisent parfois le dégoût et l’amertume.

 

Nul aujourd’hui n’ignore les bavures qu’ils commettent sur de simples citoyens, comme vous et moi. On en a marre d’en parler à chaque fois. De telles bavures n’épargnent personne. Ce qu’il ne faudrait jamais souhaiter : c’est de croiser le fer avec eux. Car, ils sont capables, même si vous êtes dans la légalité, de vous traîner dans toutes sortes d’humiliations imaginables. C’est nos amis rappeurs qui pâtissent en premier lieu de cet état de fait digne vraiment de la préhistoire. Ces derniers, comme hier au temps de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya, sont constamment surveillés comme du lait sur du feu. Leur engagement, leur détermination et leur prise de position courageuse sur certains  maux qui gangrènent la société et l’Etat mauritaniens leur valent souvent d’être régulièrement dans le rétroviseur des pourfendeurs de la liberté d’expression et artistique.

 

Dans la nuit du 2 Août dernier, c’était au tour de Dj Khalzo, connu de tout le monde, d’en faire les frais. En effet, après le concert de Diam Min Tekky à l’ancienne Maison des Jeunes de Nouakchott au terrain de basket Ball où il assurait la présentation et l’animation du concert, comme à l’accoutumée, Dj Khalzo est appréhendé par des policiers qui maîtrisent tout sauf le langage de la civilité et du respect. Motif de son arrestation : boule de mystère ! Hélas, et c’est regrettable de le dire, le règne de la justice, de l’honneur et de la fraternité n’est pas pour demain !

 

L’uniforme que portent (nos) policiers ne leur confère pas le privilège de tarabuster les citoyens mais le devoir de veiller sur leur sécurité et leurs biens. Qui n’a pas souffert des erreurs, des négligences, des travers et des grossièretés de nos policiers ? Mieux vaut le dire : la police est un corps pourri de l’intérieur. Les exhalaisons qu’elle dégage n’épargnent personne. Sauf ceux qui ont un cache-nez, c’est-à-dire ceux qui ont des parents dans cette institution incapable de protéger ses propres citoyens contre certaines véhémences et viols. Un corps composé de véreux, d’implacables, de pervers et surtout de malhonnêtes peut-il prétendre se substituer à la force publique et servir de parangon ? Certainement pas, car ceux qui l’incarnent font penser à des grenouilles enturbannées.

 

Ce qui est arrivé à Dj Khalzo dans la nuit du 2 Août dernier n’est que l’arbre qui cache la forêt. Car, les exemples ne manquent pas et constituent de véritables cas de conscience. «Arrivé à la Médina R, au niveau de l’école 5, brusquement, un pick up de la police s’arrête devant moi. Un homme y descend et se dirige vers moi en courant. J’eus peur. Sans me demander mes papiers, il me demande de monter dans la voiture en hassanya. Je lui rétorquai pourquoi je monte », raconte Dj Khalzo.

 

La discussion s’engage. Et le policier de le traiter d’insolent parce qu’il a tout simplement osé lui dire pourquoi. Réprimandé, humilié, agressé et malmené par ce policier sous le regard complice de ses collègues, Dj Khalzo finit par abdiquer en dépit de sa protestation. Après avoir montré ses papiers au chef de la rafle, ce dernier, sans réfléchir, ordonna Dj Khalzo de monter dans le pick up. «Il y avait d’autres jeunes raflés : des maures. Une fois arrivés au niveau de la SOCIM, l’un d’entre eux appelle un de ses parents policiers pour lui dire de le venir en rescousse. On fait le tour entre la SOCIM et la Médina 3, on sort vers la clinique, le monsieur que le jeune avait appelé se présente pour libérer ce jeune et ses amis. Lorsqu’ils sont descendus, moi aussi, j’ai fait pareil. Quand je suis descendu, on m’a serré le collet en me disant : tu vas remonter ! J’ai répondu : si vous voulez, vous me tuez ! Je ne remonterai dans la voiture tant que ces jeunes que j’ai trouvés dans le pick up ne sont pas remontés », explique-t-il. «A force de brutaliser sa jeunesse, elle finit par s’adonner à la violence, à la délinquance…Je ne peux pas me sentir étranger en France ou ailleurs et encore me sentir étranger dans mon propre pays », fulmine-t-il. «La police ne doit pas être là pour semer la terreur », conclut-il en trouvant anormal que cette institution publique se transforme en agresseur au lieu de protéger ses propres citoyens.

 

Ces rafles sans limites et sans justifications écœurent tout le monde. Si ce n’est pour arrondir les fins de mois, ces rafles n’ont aucune utilité publique. En plus, la Mauritanie n’est pas dans une situation exceptionnelle pour légitimer de telles rafles. Dj Khalzo assimile son arrestation à une volonté manifeste de la part de la police d’étouffer les libertés notamment celles de la jeunesse. «Qu’on cesse d’opprimer la jeunesse mauritanienne et le peuple mauritanien! Qu’on nous laisse vivre dans la tranquillité ! Qu’on se sente que nous sommes chez nous ! », lance-t-il tout en déplorant ces rafles qu’il faut dénoncer à tout bout de champs.  

 

Babacar Baye NDiaye

 

 

 

 

 

( 26 août, 2008 )

Fondation KB-Sénat:Maître Lô Gourmo demande la mise sur pied d’une commission d’enquête internationale

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Les avocats de la fondation KB en l’occurrence maîtres Lô Gourmo et Moulaye Aly ont tenu une conférence de presse ce dimanche 24 août. A l’ordre du jour : porter à l’attention de l’opinion publique nationale et internationale un certain nombre d’éclaircissements relatifs à la fondation KB dirigée par l’épouse du Président déchu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.

Cette conférence de presse, rappelons-le, intervient au moment où le Parlement est en session extraordinaire pour, entre autres, mettre sur pied une commission d’enquête sénatoriale chargée de vérifier la provenance des fonds de la fondation KB. «C’est justement l’occasion rêvée de mettre toute la lumière sur la fondation KB », a estimé Lô Gourmo. «Nous demandons solennellement, poursuit-il, aux Nations Unies qui ont fait une déclaration sur la situation en Mauritanie de mettre sur pied, dans le cadre de l’examen de la situation, une commission d’enquête internationale en relation avec l’Union Africaine et avec d’autres institutions notamment l’Union Européenne pour faire toute la lumière sur les fonds dont disposerait la fondation KB et sur l’utilisation de ces fonds afin de nous dire concrètement où sont passés les fameux milliards que l’on reproche à la fondation, à ses responsables et notamment à sa principale responsable.(Khattou Mint El Boukhary, Ndlr) »

Ayant compris que l’épée de Damoclés est suspendue sur la tête de sa cliente(la fondation KB), maître Lô Gourmo a demandé le plus rapidement possible la constitution de cette commission d’enquête internationale.  «La transparence la plus totale pourrait à ce moment là être trouvée dans cette fameuse affaire qui alimente tellement de rumeurs et même de fantasmes », dit-il tout en fustigeant la destabilisation permanente dont la fondation KB et ses responsables sont victimes. «Il faut que l’on sache où sont les milliards de la fondation. Qui a utilisé ces milliards pour que l’honneur de cette fondation soit lavée ou alors pour que le peuple mauritanien sache qu’il y a eu détournements et abus de fonds sociaux », souligne-t-il. 

Oui, pour la commission d’enquête sénatoriale. Mais, prévient Lô Gourmo : «Nous voulons une instance authentiquement neutre et guidée par la seule volonté de clarifier les comptes de la fondation KB et de dire la vérité au peuple mauritanien afin qu’il ne reste pas le moindre doute sur la moindre ouguiya qui serait tombée dans les fonds de la fondation KB depuis sa constitution ». Autrement dit, une commission d’enquête internationale à qui on chargera la vérification de la provenance des comptes de la fondation KB. 

Comme l’a expliqué Lô Gourmo, seule cette commission d’enquête internationale permettra d’échapper à l’aspect unilatéral d’un contrôle par une des parties impliquées dans la crise politique mauritanienne à savoir le Sénat. En termes plus clairs, cela voudrait dire que les sénateurs pourraient se servir de la commission d’enquête sénatoriale  pour impliquer la fondation KB et partant de là s’en servir comme fondement d’un jugement pour haute trahison du Président de la République déchu. Dans ce cas de figure, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi risquerait la peine capitale. «Cette histoire de commission d’enquête internationale est une question qui est de bonne santé politique et de bonne gestion de la crise actuelle par la communauté internationale », a fait savoir maître Lô Gourmo. 

La situation semble être grave. Et, certains parlementaires de la majorité sont en train, avec la complicité du général Mohamed Ould Abdel Aziz, de dérouler sournoisement leur stratégie de mise à mort de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qu’on pourrait accuser de haute trahison pour avoir aidé la fondation de son épouse de tirer profit de l’argent de l’Etat mauritanien. 

Pour le moment, les avocats de la fondation KB croisent les bras et attendent la constitution de cette commission d’enquête sénatoriale. «Dores et déjà, elle ne représente pas la diversité sénatoriale », lance Lô Gourmo tout en dénonçant l’acharnement orchestré dont est victime, à ses yeux, la fondation KB qu’on accuse à tort et à travers sans preuve. «Nous sommes bien dans le registre des accusations non fondées», soutient-il et pense que l’affaire de la fondation KB est un dossier archivide. «Le coup d’Etat, révèle-t-il, a été justifié par le comportement, entre autres, de la fondation KB. On a vu les communiqués. On a vu les déclarations. On a entendu même de grosses pontes sénatoriales s’exprimer sur cela spécifiquement  devant les délégations internationales venues à Nouakchott pour comprendre le coup d’Etat.» 

Maître Lô Gourmo ne demande qu’une chose à la commission d’enquête sénatoriale qui sera bientôt mise sur place pour enquêter sur la provenance des fonds de la fondation de Khattou Mint El Boukhary : qu’elle aille jusqu’au bout de ces investigations pour dire s’il y a eu la moindre ouguiya venue de l’Etat mauritanien et tombée dans l’escarcelle de la fondation KB ! Parallèlement à la commission d’enquête sénatoriale, maître Lô Gourmo a demandé aussi la constitution d’une commission d’enquête internationale. «Ce serait très gentil de leur part, adresse-t-il aux sénateurs qui vont constituer la commission d’enquête, de prendre le ballon au vol et d’accepter cette commission d’enquête internationale. Mais, ils n’accepteront pas. Vous savez pourquoi. Parce qu’il n’y a rien », avertit-il.   

Babacar Baye Ndiaye   

( 26 août, 2008 )

Nouakchott: La ruée vers l’immobilier s’accélère !

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Le quartier de Tevragh-Zeina est sans doute un emblème de la frénésie immobilière qui a envahi la ville de Nouakchott depuis les années 80. Lorsqu’on fait un tour dans les différents quartiers chics de Nouakchott, on ne peut qu’être ébahi et admiratif face à ces maisons imposantes et modernes qui poussent comme des champignons. Ce qui de prime abord attire l’attention, ce sont des tas de sable, des tonnes de sacs de ciment et des ouvriers au travail pour faire sortir de terre leur énième ouvrage.

Pour avoir une idée plus claire de l’ampleur de ce phénomène, nous nous sommes rendus, avec les moyens du bord, à Tevragh-Zeina sur la route de Nouadhibou, à quelques mètres de l’auberge Sahara. Il fait chaud. Le soleil est au zénith. En cette période d’été, c’est une chaleur de plomb qui vous tape sur la tête. Et, souvent, on est contraint de mettre la main en visière devant les yeux pour se protéger de l’ardeur du soleil.

Sous un soleil insupportable, une vingtaine d’hommes participe à la construction de l’immeuble qui, désormais, prend de nouvelles formes. Juste en face, assis sur un amas de coquillages, portant des lunettes de soleil, Diallo Abdoulaye se présente comme étant le responsable des lieux. Notre interlocuteur nous parle sur les raisons de ce boom immobilier.

A son avis, l’aspect mercantiliste prévaut sur toutes les autres motivations. En effet, explique-t-il, la situation sociale et économique étant de plus en difficile et l’avenir incertain, certains mauritaniens pensent que l’immobilier est la seule voie de salut pour eux ! Ils ne voient d’autre investissement que le secteur immobilier pour s’enrichir davantage.

Une tendance qui fait le bonheur des ouvriers qui échappent ainsi aux affres du chômage technique. Venus le plus souvent d’horizons différents (principalement des sénégalais, des maliens, des mauritaniens…) ces ouvriers apprécient à sa juste valeur cette croissance dans l’immobilier tout en déplorant la modicité de leurs revenus, comparés à la difficulté de la tâche.

Direction, Las Palmas, non loin du 1er carrefour de la route de Nouadhibou à partir de l’hôpital national de Nouakchott. Là, aussi, le spectacle est le même. Au bord de la route, se dresse un immeuble où des ouvriers, plus d’une dizaine, s’affairent autour d’une œuvre en fer, ciment et béton.

Cheybani, maçon de son état, dans un français approximatif, avance le même argument que ses collègues: ce sont uniquement les aspects pécuniaires qui expliquent cette ruée vers le secteur immobilier. M. Cheybani n’a pas manqué de souligner les conditions précaires de ces bâtisseurs de maisons, acteurs d’un secteur qui rapporte, mais qui, malheureusement, en sont les parents pauvres. Certains jeunes mauritaniens ne sont pas insensibles à cette effervescence occasionnée par le boom immobilier dans les quartiers chics de Nouakchott.

Notre reportage sur l’immobilier dans les quartiers chics de Nouakchott serait inintéressant si nous n’avions pas pris le soin de faire un tour chez ceux qui assurent la gestion des immeubles : les agences immobilières.

Un tenancier de l’une de ces agences, très répandues au centre ville, constate comme tout le monde l’essor du secteur immobilier à Nouakchott. Pour ce monsieur qui n’a pas voulu décliner son identité, cette ruée n’est pas près de s’estomper car de plus en plus la population augmente et il y a une forte demande en termes de logements. Face à ce développement «fou » du secteur de l’immobilier, un marché lucratif s’est installé.

De plus en plus de mauritaniens provenant de l’extérieur investissent dans ce secteur en plein boom à Nouakchott. En plus, les populations font de plus en plus confiance à ces agences immobilières qui ont pignon sur rue dans les grandes artères du centre ville de Nouakchott. La demande est de plus en plus forte, nous explique-t-il.

Des immeubles de toutes hauteurs commencent à sortir de terre et surplombent les petites villas qui se trouvent à côté. Du Ksar à Tevragh-Zeina en passant par le centre-ville, la frénésie immobilière fait fureur.

Au Ksar, les nouvelles constructions pullulent. On casse, on reconstruit. Ce premier quartier de Nouakchott n’échappe pas à cette frénésie immobilière. Ces nouvelles bâtisses sont souvent propriétés d’hommes d’affaires ou de politiciens ayant d’importantes sommes d’argent qu’ils réinvestissent dans le secteur de l’immobilier qui rapporte beaucoup d’argent. En outre, ils rachètent encore à coup de millions certaines maisons délabrées pour reconstruire à la place d’imposants immeubles. Même les banlieues comme Teyarett n’échappent pas à cette folie immobilière.

Cependant, le développement du secteur immobilier dissimule une autre réalité plus impitoyable. Succombant à la tentation de ce business de l’immobilier, des familles cèdent leurs habitations à des personnes plus nanties qui ont opportunément investi le secteur. Ainsi donc, certaines familles se voient obligées de revendre leurs maisons à la suite du décès du père pour aller habiter dans la banlieue en achetant une autre maison moins chère. Ces familles, la mort dans l’âme, s’établissent dans d’autres quartiers périphériques.

Ces immeubles donnent un aspect de modernité à la ville de Nouakchott qui compte plus d’un million d’habitants. Au-delà de cet aspect décoratif et moderne, un véritable problème se pose : celui du respect des normes de construction. Ces nouvelles constructions sont en train de changer le visage de la ville de Nouakchott. Bien que modernes, elles sont confrontées au non respect des normes urbanistiques en vigueur.

Cette ruée vers l’immobilier explique sans nul doute que ce secteur est extrêmement rentable pour les promoteurs immobiliers. Il l’est également pour les banques, le fisc, les notaires et l’administration des droits de timbre et d’enregistrement. Grâce au développement que connait le secteur, les activités liées aux matériaux de construction suivent forcément le rythme et génèrent des profits importants : ce sont les professionnels du ciment, les tenanciers des quincailleries et autres activités annexes.

Certainement qu’un jour, à la place de ces kebbas, baraques ou taudis qui enlaidissent la ville de Nouakchott, d’imposants immeubles ou bâtisses y seront construits. La course à l’immobilier ne fait que commencer. Les collectivités locales doivent être vigilantes pour que la construction tous azimuts de ces immeubles ne se fasse pas au détriment des normes urbanistiques.

Babacar Baye Ndiaye

 

( 26 août, 2008 )

Affaire Vatimétou Mint Vékou

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   L’arbre qui cache la forêt ou comble de l’aberration ?

 

Tout semblait aller dans le meilleur des mondes possibles entre Vatimétou Mint Vékou et Mohamdi Ould Messaoud. C’était vraiment le temps de l’amour. Mais, un jour, une dispute éclate entre eux.  N’en pouvant plus, Mohamed Ould Messaoud répudie Vatimétou Mint Vékou pour la quatrième fois. Au moment de cette répudiation, Vatimétou Mint Vékou était en état de grossesse de 8 mois.

 

Dans ce cas de figure, le mari, comme il est prévu dans le Code du Statut Personnel, doit assurer l’entretien et le logement de la femme. A l’alinéa 2 de l’article 91 du CSP, on peut lire : «La répudiation prononcée pour la 3ème fois de suite met fin au mariage et interdit un nouveau contrat avec la femme répudiée à moins que celle-ci n’ait accompli un délai de viduité légale suite à la dissolution d’un mariage avec un autre époux effectivement et légalement consommé ».

 

Cette affaire, aux yeux d’Aminétou Mint Ely Moctar, illustre une défaillance flagrante des négligences autoritaires de ce pays. «On lui prend son bébé qu’elle a porté pendant 9 mois et allaité. Elle est répudiée à huit mois de grossesse sans aucune indemnisation et prise en charge sociale de la part de son mari. Elle accouche sans que ce soi-disant monsieur (son mari) ne fournisse le moindre effort pour l’aider ou au moins accomplir son devoir de père. Il se présente un jour pour « voler’ l’enfant », raconte la présidente de l’AFCF qui considère cet enlèvement comme étant un kidnapping. Cet enfant est actuellement entre les mains de son père qui est allé se réfugier, après avoir pris l’enfant, à son village du nom de Mbidane dans la wilaya du Gorgol.

 

A la suite de cela, Vatimétou Mint Vékou a porté l’affaire devant le procureur de la République. Mais jusqu’à présent, rapporte Aminétou Mint Ely Moctar, les mesures qu’il a prises sont extrêmement lentes. Cela fait plus d’une semaine en effet que ce dossier traîne au niveau du Palais de Justice.

 

Non seulement, Mohamed Ould Messaoud n’a pas respecté le Code du Statut Personnel en son article 84 qui stipule qu’en tout état de cause, l’épouse répudiée peut agir en justice, pour exiger les droits découlant de la répudiation dont, entre autres, la subvention à l’entretien et le don de consolation, mais il a pris l’enfant né de leur union. Et, pourtant, dans son article 123, le CSP reconnaît, en cas de dissolution du mariage, la garde de l’enfant est confiée en priorité à la mère. Ce que ne respecte pas Mohamed Ould Messaoud par simple négligence de la loi.

 

Qualifiant cette affaire de cas très grave, Aminétou Mint Ely Moctar a dénoncé les lenteurs constatées dans le traitement de cette affaire qui a été portée devant le Procureur de la République. «C’est un laisser-aller », estime-t-elle. Cette affaire démontre, selon elle, que la Mauritanie est loin de connaître la fin de l’impunité. «Nous ne sommes pas dans un Etat de droit », confirme-t-elle en remarquant que les populations défavorisées et vulnérables sont le plus exposées et victimes de cette impunité.

 

 

Tout cela est dû, selon la présidente de l’association des femmes chefs de famille, aux insuffisances, au manque d’application et de sensibilisation du code du statut personnel. Cela dessert, à son avis, l’intérêt des femmes mauritaniennes. Comme par exemple, en cas de divorce, la femme n’est pas associée. Cela pose un problème crucial : celui de l’implication de la femme au divorce. La loi n° 2001-052 portant Code du Statut Personnel n’a pas prévu ce genre de disposition. «Nous faisons face à une justice qui date du 1er siècle, s’indigne-t-elle, une justice qui puise dans la préhistoire. Les procédures utilisées par les cadis sont archaïques et coutumières. Ces soi-disant justiciers sont issus de la féodalité. Ils sont contre l’émancipation et l’égalité des femmes et surtout pensent que la femme doit rester au foyer ».

 

L’affaire Vatimétou Mint Vékou  n’a pas manqué de dépiter Aminétou Mint Ely Moctar, présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille. «La femme (mauritanienne) est victime de beaucoup de discriminations et d’injustices. » Cet état de fait, explique-t-elle, n’a pas sa raison d’être dans un pays revendiquant les valeurs de démocratie, de justice et d’égalité. «Malheureusement, tel n’est pas le cas », regrette-t-elle amèrement.

 

Elle n’a pas mâché ses mots pour dénoncer les injustices dont sont victimes les femmes mauritaniennes. Pour preuve, elle cite les interminables files indiennes qu’elles font devant le bureau des cadis pour obtenir leurs droits. La présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille a du mal à comprendre l’attitude des autorités qui continuent à fermer les yeux sur une telle situation.

 

Tout en s’insurgeant contre la vision qu’ont certains détracteurs sur la femme mauritanienne, Aminétou Mint Ely Moctar a soutenu que la  femme mauritanienne a son mot à dire en cette ère de démocratie que vit la Mauritanie. « La justice, c’est le pilier du pays. S’il n’y  a pas de justice, il n’y a pas d’Etat de droit. Si la justice boîte, l’Etat boite. »

 

 

Cette affaire Vatimétou Mint Vékou n’est que l’arbre qui cache la forêt en réalité. Car, nombreuses sont les femmes qui continuent à être victimes de viols, de violences sexuelles, de divorce abusif, de maltraitances physiques, de kidnapping… C’est dans ce cadre que la présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille a demandé la création d’une chambre des conflits, la révision du code du statut personnel et le droit à la femme mauritanienne d’accéder à la pension «La vérité finira par triompher un jour », lance-t-elle avec défi.

 

Aminétou Mint Ely Moctar n’a pas manqué de mots durs pour dénoncer l’attitude de certaines personnes qui utilisent la femme comme un instrument de collecte d’argent. «On est en train de cacher la vérité et de mystifier l’Occident en disant que c’est la pluie et le beau temps alors que ce n’est pas vrai. Il n’en est rien. Bien au contraire ! », lâche-t-elle, écœurée.

 

Babacar Baye Ndiaye

( 19 septembre, 2008 )

Ladji Traoré, Secrétaire Général de l’APP:«Les militaires sont de plus en plus isolés »

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Engagée dans la lutte pour le retour de Sidi à sa place de Président de la République, l’APP de Messaoud O. Boulkhéir semble mettre les bouchées doubles. En vieux routier désabusé, Ladji Traoré, le Secrétaire Général de l’Alliance Populaire Progressiste, revient dans l’interview suivante, sur les efforts menés par le Front National pour la Défense de la Démocratie pour sensibiliser l’opinion nationale et internationale dans le but de sonner le tocsin. Et, surtout, de la nécessité d’instaurer un dialogue franc et responsable pour pouvoir sortir de la crise actuelle que traverse la Mauritanie. L’alternative, pense-t-il, c’est de faire la pression sur la junte militaire qu’il n’a pas manqué de fustiger comme au bon vieux temps. Entretien. 

Le Rénovateur Quotidien : Depuis le 6 août dernier, jour du putsch, vous n’avez cessé de tenir des meetings, des conférences de presse, des processions de contestations à travers tout le pays. Aujourd’hui, avez-vous l’impression d’avoir atteint votre but ?

Ladji Traoré : Depuis la constitution du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD), nous avons réalisé deux objectifs importants : premièrement, regrouper progressivement l’ensemble des responsables et acteurs politiques qui sont opposés au coup d’Etat du 6 août 2008. Deuxièmement, nous avons mené des actions de contestation, de communication, de sensibilisation auprès de l’opinion nationale et internationale. Sur ce plan, nous avons marqué des points extrêmement importants et indéniables. 

Nous sommes actuellement 11 partis politiques et courants au sein du FNDD à lutter quotidiennement et à mener des actions de toutes sortes. Effectivement, nous avons réalisé le meeting, il faut bien le dire, désormais historique, du 20 août dernier qui a été, en remontant mes souvenirs, l’une des plus grandes manifestations politiques depuis 1992 contre un coup d’Etat. 

En Mauritanie, réaliser une manifestation aussi importante indique deux choses : d’abord, la détermination des dirigeants du Front. Ensuite, la prise de conscience du peuple mauritanien pour la défense de la démocratie. Notre pays est en train de faire des pas de géant dans la défense des acquis démocratiques. Nous avons parcouru l’ensemble du territoire national pour aller porter le message au peuple mauritanien. 

Le Rénovateur Quotidien : C’est maintenant officiel. L’assemblée nationale a adopté, en présence de 52 députés sur 95, une résolution proposant un délai de 12 à 14 mois pour l’organisation d’une élection présidentielle. Cela vous réjouit-il ? 

Ladji Traoré : Par rapport à la résolution des députés de la majorité que nous appelons «les députés supplétifs des militaires putschistes », nous avons jeté effectivement un coup d’œil sur leur proposition de sortie de crise de la situation actuelle du pays. Cela nous réconforte qu’ils reconnaissent le fait qu’il y a une crise sérieuse qui sévit dans notre pays. La présence du général O. Ghazwani à Paris est assez révélatrice de ce point de vue. 

A l’instant où je vous parle (Ndlr, l’interview a eu lieu ce lundi 15 vers 13 h), après la publication de la résolution des députés supplétifs des putschistes militaires, des députés du Front National pour la Défense de la Démocratie sont actuellement même dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale pour leur porter la réplique. Le Front National pour la Défense de la Démocratie est sur tous les fronts pour expliquer sa position qui n’a pas changé. 

Nous répétons qu’il n’y aura pas de sortie de crise en Mauritanie sans un dialogue franc, responsable et sans le retour aux institutions démocratiques. Pour nous, il s’agit de continuer à faire pression pour que les militaires lâchent et comprennent que le temps des coups d’Etat est révolu. En d’autres termes, nous volons faire comprendre que désormais, il n’est plus acceptable de prendre le pouvoir à un Président démocratiquement élu par le peuple mauritanien. 

Le Rénovateur Quotidien : Depuis quelques temps, les pressions et les menaces de la communauté internationale, contrairement au début du putsch, sont tombées comme un soufflet. N’est-ce pas là un signe de désinvolture qui risque de vous isoler davantage dans votre combat à réclamer vaille que vaille le retour de Sidi ? 

Ladji Traoré : A la veille du coup d’Etat, j’ai accordé une interview à un de vos collègues du journal «Essiraje ». Lorsque je lui ai annoncé ce qui guettait la Mauritanie, il était étonné. J’avais annoncé ce coup d’Etat. Ce que je crains en Mauritanie, c’est notre naïveté. Je crois que votre question relève d’une certaine naïveté. 

L’alternative en Mauritanie, c’est quoi ? C’est l’affrontement et le bain de sang ou les pressions politiques ou diplomatiques pour faire partir ces gens-là. Nous, nous avons opté, jusqu’à preuve du contraire, pour des pressions, des actions, des interventions et des négociations pour arriver à faire quitter du palais gris les militaires en leur proposant, s’ils acceptent, certaines conditions de sortie de crise. 

La solution de cette sortie de crise, c’est préalablement le retour de «Sidi » à sa place de Président de la République, l’organisation d’élections anticipées (présidentielles, municipales, législatives et sénatoriales) et le retour des militaires dans leurs casernes. C’est une question de lutte permanente. Les militaires sont en train de s’agiter de même que les députés qui les représentent. 

Les pressions et les critiques sont devenues tellement fortes que les députés pro-putschistes demandent désormais aux militaires des choses qui surprennent. Par exemple, ils demandent à ce qu’ils suppriment l’article 8 de la charte constitutionnelle dans son alinéa 2 qui stipule : «Lorsque pour des raisons quelconques, le fonctionnement du parlement est entravé, le haut conseil d’Etat édicte par ordonnance les mesures de force législative nécessaires à la garantie de la continuité des pouvoirs publics, à la garantie de la liberté, de la transparence et des élections présidentielles prévues ». 

Autrement dit, les députés qui constituent la majorité s’opposent eux-mêmes à l’article clé de la charte des militaires. Ils ne veulent plus que leur pouvoir soit partagé ou usurpé par le coup d’Etat. Cela signifie que les militaires sont de plus en plus isolés. L’action du FNDD a eu deux effets importants. D’abord, elle a réussi à décrocher Ould Daddah et ses amis des militaires, de créer la crise au sein du parti Ajd/mr. 

Depuis quelque temps, nous assistons à des hésitations dans les rangs des députés qui appuient les militaires. Nous sommes en train d’isoler concrètement les putschistes à l’intérieur du pays. C’est cela qui fait que nous devons rester non pas naïfs mais réalistes en continuant à accentuer les pressions sur la junte militaire.   

Le Rénovateur Quotidien : Vous disiez tantôt que vous avez réussi à décrocher Ould Daddah des militaires. Rappelons que Messaoud Ould Boulkhéir s’est entretenu avec lui. Peut-on y voir le début d’une décrispation entre ces deux hommes considérés à tort ou à raison comme deux ennemis politiques ? 

Ladji Traoré : Les mauritaniens ne sont pas encore très férus en matière de culture démocratique. Messaoud O. Boulkhéir et moi-même sommes membres fondateurs du Front Uni des Forces de Changement (FUFC) en juin 1991, ensuite de l’UFD. Je connais l’homme, non pas parce qu’il est mon Président mais comme étant un homme d’engagement, un homme ferme et un combattant déterminé de la démocratie. 

Il a prouvé cela au débat africain de Rfi. Il a dit à Ahmed Daddah sa rancune et sa haine mais avec détermination et clarté tout ce qu’il lui reproche sur le plan politique. Cela ne veut pas dire que c’est des ennemis jurés pour ne plus se rencontrer et chercher des solutions aux problèmes du pays. 

Nous nous réjouissons de sa démarcation des militaires et des députés qui ont soutenu le coup d’Etat du 6 août même s’il ne nous a pas rejoint dans nos positions. C’est extrêmement important pour nous. Plus l’adversaire est isolé, plus nous pensons que nous marquons des points. Ils sont en train l’un et l’autre de chercher des sorties de crise le plus rapidement possible et le plus définitivement  pour ramener les militaires à leurs casernes. 

Le Rénovateur Quotidien : Doit-on comprendre par-là que l’opposition doit se retrouver et resserrer les coudes en surmontant les divergences pour faire face au HCE qui n’a pas soufflé mot sur ses véritables intentions ? 

Ladji Traoré : Les membres du HCE ne sont pas aussi soudés qu’on le pense. Savez-vous, dans l’histoire des coups d’Etat, c’est O. Abdel Aziz seul qui s’est assis dans son bureau pour composer le Haut Conseil d’Etat. Avant, on prenait les officiers sur des critères bien déterminés. Abdel Aziz a constitué seul son HCE. Mais, nous savons que dans ce Haut Conseil, il y a des positions divergentes. 

Certains membres du HCE sont impliqués dans les récents événements du pays à divers degré. D’aucuns sont des tortionnaires avérés. Certains d’entre eux ont massacré des populations négro-africaines pacifiques. Nous pensons que la cohésion du HCE donne beaucoup à réfléchir et donnera nécessairement beaucoup à réfléchir avec les pressions de l’intérieur et de l’extérieur. 

Maintenant, devons-nous serrer les rangs et les coudes ? Nous disons non seulement nous devons serrer les rangs mais nous devons nous élargir, nous ouvrir à la société civile, d’armer idéologiquement, politiquement et moralement l’ensemble des acteurs de ce pays pour chasser les membres du HCE du pouvoir. 

Le Rénovateur Quotidien : Au cours de sa première sortie publique, le Premier ministre Moulaye O. Mohamed Laghdaf a confirmé la tenue des journées de concertation dans le but de peaufiner une plate-forme de sortie de crise au mois d’octobre. L’APP, votre parti, y accorde-t-il de l’importance ? 

Ladji Traoré : Il se pourrait, parmi certains éléments de sortie de crise, qu’il puisse être envisagé des élections (législatives, municipales, sénatoriales et présidentielles) anticipées. Nous pensons qu’il faut bien organiser de telles journées pour ne plus retomber dans un parlement malléable avec des députés ou sénateurs dits indépendants mais qui sont à la solde des militaires, des députés qui ne sont liés par aucun engagement ou programme politique. 

L’organisation de telles journées demande beaucoup de préparation sérieuse notamment dans les débats. Nous n’en sommes pas là encore. Il y a des préalables à ces concertations : que O. Abdel Aziz cède la place à Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Président démocratiquement élu. Pour nous, l’agenda qu’ils ont énoncé (la résolution proposée par les députés de la majorité, Ndlr), c’est des idées générales, assez décousues. Il n’y a rien de précis. Il y a beaucoup de vœux énumérés. 

Les députés qui ont soutenu le coup d’état peuvent-ils encore être crédibles pour nous parler de démocratie ? Je ne pense pas. Concernant la résolution proposée par les députés supplétifs des militaires putschistes, je pense que c’est une feuille de choux qu’il ne faut pas négliger. 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye 

( 19 septembre, 2008 )

Déçu par l’attitude du Haut Conseil d’Etat:Le Gouvernement américain n’exclut pas des sanctions ciblées

Mark Boulware, ambassadeur des Etats Unis d’Amérique en République Islamique de Mauritanie, commence à perdre patience et à se départir de son sang-froid face à l’attitude d’indifférence imperturbable de la junte militaire au pouvoir depuis le 6 août dernier.

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A l’occasion d’une conférence de presse, tenue ce 28 août, la deuxième depuis l’arrivée du général Mohamed Ould Abdel Aziz au pouvoir, le diplomate américain a réitéré la position du gouvernement de son pays par rapport à la situation actuelle que traverse la Mauritanie tout en soulignant «le besoin urgent » de trouver une solution rapide à cette crise sans précédent. 

Dès les premières heures du coup d’Etat du 6 août 2008, les Etats-Unis d’Amérique et la France furent les premiers pays à rejeter l’arrivée au pouvoir des militaires. Depuis ce jour, le gouvernement américain n’a cessé de faire pression auprès de la junte militaire pour que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi soit libéré et rétabli légalement dans ses fonctions présidentielles et que Yahya Ahmed Ould Waghf soit relâché à nouveau. Et, surtout, rejeter l’idée d’organiser de nouvelles élections présidentielles et législatives/sénatoriales. Peut-être pour des raisons d’ordre financier. Car, une élection mobilise d’importants fonds. En plus, cela fait à peine deux ans que la Mauritanie avait organisé des élections à l’issue desquelles Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a été élu Président de la République. 

Pour le moment, la junte militaire au pouvoir semble sourde aux demandes et appels de la communauté internationale et notamment Washington qui n’écarte pas, selon les propos de son représentant à Nouakchott, Mark Boulware, de suspendre jusqu’à nouvel ordre leur assistance technique à la Mauritanie en allouant les fonds à d’autres pays. «On est profondément déçus par le manque de progrès dans la restauration de l’ordre constitutionnel et dans la recherche de solution politique à la situation actuelle en Mauritanie », s’indigne Mark Boulware. 

Face au jeu de cache-cache des militaires pour gagner du temps, Mark Boulware est sans équivoque. «On n’exclut pas la possibilité de sanctions ciblées contre les individus militaires et civils qui sont des obstacles au retour d’un régime constitutionnel et démocratique », déclare-t-il sur un ton exaspéré. 

Le message est, on ne peut plus, clair. Et, désormais, l’étau se resserre davantage autour de la junte militaire et le gouvernement des Etats Unis d’Amérique, qui suit avec une attention particulière l’actuelle crise, semble leur dire que la balle est maintenant dans votre camp. «Avec le passage du temps, trouver une solution devient de plus en plus difficile. La communauté internationale a tendu une main d’amitié à la Mauritanie et aux autorités (militaires) pour trouver une solution politique (à la crise) », rappelle Mark Boulware tout en lançant un appel du pied à la junte militaire d’accepter «cette main tendue », dernière chance de la communauté internationale pour éviter l’irréparable. 

Evoquant les voies de sorties par rapport à la crise actuelle préconisées par les uns et les autres, le diplomate américain a estimé qu’il n’y a pas de solution miracle. «Du point de vue constitutionnel, tout est possible ». Et, par rapport à la nature des sanctions qui peuvent tomber sur la tête de ceux qui font obstruction au retour à la légalité constitutionnelle, Mark Boulware a été avare en confidences. Il a tout simplement rappelé les mécanismes par lesquels la communauté internationale pourrait agir en vue de faire fléchir la junte militaire au pouvoir. 

Pour ce faire, les Etats Unis d’Amérique comptent mobiliser la communauté internationale sous le couvert des Nations Unies pour arriver à leur fin : faire partir Mohamed Ould Abdel Aziz et sa troupe. «Avant que cela ne soit le cas, il faut vraiment en profiter. Il reste encore du temps. Quand même, trois semaines sont passées sans résolution et sans beaucoup de progrès ! Nous avons été assez patients ! », martèle-t-il. «Il n’y a pas d’initiatives particulières des Etats Unis d’Amérique. Il y a d’autres qui sont mieux placés que nous pour faciliter une solution (de sortie de crise) », rappelle Mark Boulware en citant l’exemple de l’Union Africaine qui pourrait jouer un rôle de facilitateur dans cette crise. 

Ce ne sont pas les interlocuteurs qui manquent pour sortir la Mauritanie de cette crise, semble donc dire Mark Boulware. Pour qui connaît les Etats Unis d’Amérique qui n’ont comme seules références que la démocratie, la prospérité et la croissance économique, vont-ils continuer à accepter le jeu de Yo-Yo des membres du Haut Conseil d’Etat qui n’a pas encore décliné sa feuille de route concernant cette période de transition ? Rien n’est moins sûr ! Surtout, que les Etats Unis d’Amérique n’ont jamais été en odeur de sainteté avec les régimes militaires, à quelques rares exceptions près. 

Concernant les sanctions, annoncées au cours de sa conférence de presse, Mark Boulware a fait savoir qu’il s’agit juste de mises en garde pour ramener la junte militaire à la raison. «On ne veut pas prendre la moindre sanction. On essaie d’éviter tout cela », conclut-il. 

Face à de telles pressions de plus en plus fortes de la part des américains, des français, des Nations Unies, de l’Union Africaine et de l’Organisation Internationale de la Francophonie qui vient d’exclure la Mauritanie de cette institution, le Haut Conseil d’Etat compte-t-il se laisser mener à la baguette par la communauté internationale et  en premier lieu par le gouvernement américain ? 

Babacar Baye Ndiaye 

( 19 septembre, 2008 )

Sidi Yahya:L’ombre d’une génération rangée au tiroir de l’oubliette !

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Celui qui aurait parié que Sidi Yahya allait un jour devenir un grand artiste plasticien n’aurait certainement pas eu tort ! Son talent est indiscutable. Il fait partie de cette génération rangée aux tiroirs de l’oubliette. Ce quarantenaire bourré d’imagination à faire craquer n’est plus à présenter dans le milieu des Arts Plastiques en Mauritanie. Le maître d’œuvre de la décoration de la Semaine Nationale du Film, c’est lui ! Très tôt, à bas âge, à l’école primaire, ses qualités de dessinateur hors pair se révélèrent en lui. Et, lorsqu’il raconte ses premiers pas dans l’art, on sent jaillir de son visage et de ses yeux une abréaction.  

A l’école, il n’avait qu’un seul fantasme : à la fin des cours, il s’arrangeait à ramasser les restants de craie qu’il va se servir pour gribouiller sur tous les murs qui se trouvaient sur le chemin du retour à la maison. Il traçait, il griffonnait, il dessinait des formes qu’il ne comprenait pas. Le tout, dans une naïveté spécifique à l’enfance.  

Malgré les plaintes des voisins auprès de sa maman, il récidivait encore le lendemain. Même les murs de leur maison n’échappaient pas à la folie de dessiner qui s’était emparé de son esprit et de son imagination. On aurait dit qu’il était obnubilé par un diable. Mais non ! Il éprouvait simplement du désir à «salir » les murs des voisins. Sidi Yahya est un pur produit des quartiers populaires de Nouakchott. Sa jeunesse, il l’a vécu au quartier populaire du 5ième arrondissement.  

De cette période, il ne garde que des souvenirs fugaces. Aujourd’hui, lui qui avait l’habitude de gambader, il regrette la disparition à petits feux des grands espaces de Nouakchott. «Même si ce n’était pas bien aménagé. Même si ce n’était pas des espaces verts. Même si ce n’était pas confortable. Mais quand même c’était des espaces. Toute mon enfance, je l’ai passé dans ces espaces avec des amis à jouer au ballon, à monter sur le ‘trot-trot’(trottinette). Quand je regarde, aujourd’hui, il n’y a même pas un mètre carré qui reste pour les enfants, la famille. Tout a disparu », regrette-t-il amèrement. 

A l’Institut Scientifique de Mauritanie(ISM), fruit de la coopération entre le Royaume d’Arabie Saoudite et notre pays, Sidi Yahya découvre pour la première fois la calligraphie et la décoration arabo-musulmane. C’est dans cet institut, au bout de deux ans, qu’il va commencer aussi à peindre en ressuscitant la nature morte.  

En 1987, à la fin de ses études à l’ISM, il voyage pour améliorer ses connaissances artistiques. Destination : Saint-Louis du Sénégal où il va rencontrer un certain artiste plasticien sénégalais du nom de Julien Kéita. Le temps d’une collaboration avec ce dernier, il découvre le symbolisme et l’abstraction. De retour en Mauritanie en 1990, il participe, avec 21 autres artistes plasticiens mauritaniens, au concours d’Arts Plastiques organisé par le Ministère de la Culture. Il sera retenu avec Mokhis et Mohamed Vall pour participer, au Maroc, à une exposition intitulée : «Tendances de la peinture contemporaine au Maghreb ». 

Au Royaume chérifien, il est émerveillé en découvrant l’Ecole des Beaux-Arts de Rabat. Et, surtout, il va rencontrer de grands artistes plasticiens marocains de renommée internationale tels que Khassimi Ben Lamine Fouad dont ses travaux ont laissé une forte impression sur lui. Il fut bouleversé et ébahi de faire la connaissance d’un tel monsieur qui force le respect et l’admiration. Ce périple au Maroc lui a ouvert d’autres portes. Désormais connu, il commence à voyager. Une nouvelle vie en perspective ! Son grand plaisir, confie-t-il, c’est de voyager. Il a fait plus d’une vingtaine de pays africains. 

Aujourd’hui, lorsqu’il parle des Arts plastiques, son constat est teinté de déception, d’amertume et de pessimisme : pas assez de journalistes qui s’intéressent à la Culture de manière générale, pas d’espaces culturels spécialisés, pas de galeries, faible participation de nos artistes aux événements internationaux, pas de soutien concret de la part de l’Etat mauritanien, pas de sponsors pour créer des événements culturels…Autant de problèmes structurels qui ne présagent pas des lendemains meilleurs. 

Mais, pense-t-il, ce n’est pas une raison d’abdiquer. «Le devoir de notre génération, c’est de transférer le savoir et la culture des Arts Plastiques aux générations prochaines », croit-il. Et comment faire ? «C’est de créer une Faculté des Arts ou un Institut avec l’appui de l’Etat », répond-il. Pour lui, il ne faudrait pas reprendre les mêmes erreurs qui ont abouti à l’inhumation des Arts Plastiques en Mauritanie.  

Confiant, il l’est. il se fonde sur le fait que les Arts Plastiques commencent à connaître une Ascension fulgurante depuis quelques années. «Avant, c’était impossible de parler d’Arts Plastiques », rappelle-t-il. Cela est devenu possible grâce à l’introduction des Arts Plastiques au niveau de l’enseignement technique où on étudie par exemple l’infographie. Avec le recul du temps, il regrette toujours le fait que les autorités aient éliminé les travaux pratiques dans l’enseignement primaire. Ce serait très intéressant, trouve-t-il, d’inclure les Arts Plastiques dans le programme de l’enseignement général.  

Ce ne sont pas les idées qui manquent pour sortir du trou les Arts Plastiques. «On ne peut pas amener un squelette à Barkéol pour qu’un enfant puisse comprendre ce que c’est. Mais, on peut dessiner un squelette. D’abord, il nous faudra des personnes qualifiées pour pouvoir illustrer les livres scolaires, des professeurs en Arts plastiques pour donner de petites formations aux instituteurs. Cela m’étonne qu’à l’Ecole Nationale des Instituteurs qu’il n’y ait pas un professeur en Arts Plastiques. Un instituteur qui ne sait pas dessiner, comment il va expliquer à ses élèves pour qu’ils puissent comprendre. Un enfant qui n’a jamais vu un avion, il faut que l’enseignant soit en mesure de pouvoir dessiner un avion », explique-t-il. 

Depuis quelques années, il a quitté son quartier populeux(5ième arrondissement) pour s’installer, chose curieuse, à Ilot K, là où il a vu le jour. A ses yeux, cela ne s’apparente guère à un signe d’évolution sociale ou envie de quitter les siens ? NON ! «C’est plutôt pour des raisons artistiques », explique-t-il. Seul, il a réussi à monter une école de formation en Arts Plastiques qui porte son nom. Ce projet, qui existe depuis une année, est une vieille idée d’une française artiste résidant à Nouakchott, du nom de Nadia Masito. 

Après le départ de cette dernière en France, il reprend, avec ses propres moyens, cette école. C’est ainsi que Sidi Yahya l’a reprise avec une volonté ferme de la rendre plus populaire aux yeux des mauritaniens. Avec un effectif de plus de 47 élèves, cette école constituera à n’en pas douter une future pépinière des artistes plasticiens mauritaniens. Malgré les difficultés(électricité, eau, location, employés, achat de matériels pédagogiques, sécurité…), il essaie de faire évoluer cette école contre vents et marées.  

Il a un faible pour les enfants. Il croît en eux ! A ses yeux, ils constituent la pépinière et la culture comme une locomotive même elle n’est pas(la culture) encore une affaire d’Etat avec une stratégie très précise dans l’esprit des acteurs culturels. Ce qui fait qu’être artiste dans notre pays est éprouvant. «Il est instable. Il n’a pas d’horaires fixes pour le travail. Il a besoin surtout d’une femme compréhensive », commente-t-il. «Il faut que la société mauritanienne comprenne que l’artiste est un nomade », s’écrie-t-il.  

Pour autant, cela ne doit pas l’empêcher de jouer un rôle dans l’évolution de la société et des mentalités. «L’artiste est un modèle. Il doit être sensible à ce qui se passe dans son environnement. L’artiste n’est pas un prophète ni un prédicateur. Son rôle, c’est de pousser la communauté à réfléchir », trouve-t-il. Ni homme politique, l’artiste est avant tout un reflet de la société dans laquelle il vit en étant en diapason avec elle car «la création n’a pas de rendez-vous ». 

Sa soif de découverte de nouvelles et bonnes choses le mènent aux débuts des années 90 en Algérie où il vécut pendant 5 bonnes années avec à la clef un mariage en poche. Il y exercera, en plus de la peinture, la broderie pour, dit-il, vivre, devenant ainsi un monsieur touche-à-tout. 

De retour en Mauritanie, il est dépité par le niveau de stagnation des Arts Plastiques. Que de souvenirs désarmants ! «En ce moment, il n’y avait pas encore un artiste plasticien mauritanien qui a fait une exposition personnelle au niveau de Nouakchott. De temps en temps, tous les 2 ou 3 ans, il y avait une exposition collective », révèle-t-il. 

C’est ainsi que l’idée d’un projet de résidence germera dans son esprit. Il fait appel à Meyne, artiste plasticien mauritanien et actuellement journaliste au Calame, pour concevoir ce projet. Ils s’isolent, pour être à l’abri des curieux de la rue, dans un bâtiment funèbre à Nouakchott. Au bout de 6 mois de travail intensif, il accouche d’un bébé baptisé «Travaux de l’atelier ». Ce fut, sans fausse modestie, le véritable début de l’histoire des Arts Plastiques en Mauritanie. «Je n’étais pas sûr de trouver de l’argent pour pouvoir payer mes dettes. A la fin de l’exposition, on avait une recette de 2.700.000 UM », se souvient-il. «Si on est vraiment reconnaissant, on doit dire que c’est cette exposition qui a déclenché l’envie de travailler chez tous les artistes plasticiens mauritaniens », martèle-t-il.  

Dix ans plus tard, la situation est toujours la même : les autorités, les hommes d’affaires, le mécénat n’arrivent pas toujours à comprendre que l’évolution de ce pays passe d’abord par la promotion de l’Art et de la Culture. «Malheureusement, cela demandera beaucoup de temps pour être compris », s’indigne-t-il tout en dénonçant aussi la passivité des artistes mauritaniens. «On n’arrive pas toujours à comprendre l’essentiel du travail collectif. Tous les problèmes de la Mauritanie doivent être résolus d’abord au niveau de l’enfance. On parle de plus en plus d’unité nationale. Celle-ci doit commencer à l’école. Avant, on était dans la même classe, à coté de Diallo, de Fatima ou de Aïcha sur la même table. La cassure est venue lorsqu’on a institué le bilinguisme dans l’école mauritanienne. Cela a été fait exprès », croit-il. 

La seule issue, pense-t-il, c’est de retourner à l’école qui nous apprend les valeurs de tolérance et de respect. Surtout, esquiver, la politisation de certains intérêts personnels. Tout le mal de la Mauritanie vient de là-bas ! 

 

Babacar Baye Ndiaye  

( 21 septembre, 2008 )

Amal Dria, artiste-peintre

Un symbole et une incarnation de l’universalité !

Amal Dria ? On ne peut qu’être admiratif devant cette créature féminine d’origine marocaine aux yeux de chaton gris ! Elle a des atouts pour plaire et faire chavirer le cœur d’un mollah : la beauté, le physique, le sourire enchanteur et captivant, l’innocence dans les propos, le sex-appeal, l’intelligence, l’élocution…Bref, tout ce qu’un homme peut désirer chez une femme. Il n’y a pas que cela ! Elle est aussi un cordon bleu. Et, vous ne serez certainement pas vexé lorsqu’elle vous préparera du couscous marocain, de la soupe hariri, du riz avec de la viande…Derrière cette femme qui raffole beaucoup le mafé(mets à base d’arachide) pour son goût particulier se dissimule la silhouette d’une grande artiste peintre. Elle est restée, au fil des ans, sobre et surtout créative et naturelle dans ses productions. Ce qui fait qu’elle n’a jamais eu de modèles particuliers. «J’ai toujours préféré ma façon de faire les choses. Quant à imiter quelqu’un d’autre dans son travail ? Non. Je n’aimais pas », confie-t-elle. 

Presque la trentaine, Amal Dria symbolise incontestablement cette catégorie d’artistes qui se ferraillent pour panser «les identités meurtrières », casser les frontières physiques nées de l’imagination des hommes et surtout faire disparaître les «fiertés » communautaristes souvent sources de conflits. Pour s’épanouir et vivre en harmonie, dit-elle, l’être humain a besoin de paix, d’amour et surtout d’un travail décent. «On n’a pas besoin plus ! Essayons de vivre ensemble dans la paix et l’amour. Aimer soi-même et aussi les autres. Ne pas être égoïste, ni hypocrite ? », rappelle-t-elle devenant subitement prédicatrice.

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Les infortunes des descendants d’Adam et d’Eve, c’est d’avoir créé leurs propres armes de destruction. Pour autant, doivent-ils continuer à s’enliser davantage dans des situations de conflits qui vont engendrer leur perte et précipiter leur chute ? Amal Dria est écoeurée, dépitée…lorsqu’elle entend le discours glorifiant la supériorité d’une communauté ou d’une race sur une autre pour des raisons dues au rang social, à la couleur de la peau, à la croyance ou à la religion. «Cela déchire, crée des barrières et engendre des frustrations. Si je traite quelqu’un de n’importe quoi, cela peut créer une confrontation. On s’engueule. On prend les armes. On commence à s’entretuer. Et le sang commence à couler sur terre… », lâche-t-elle.

Comme toute autre forme d’expression artistique, les Arts Plastiques ont un rôle aussi : celui de décrire la réalité en brisant les tabous, en secouant les vieilles habitudes et si possible de rapprocher les peuples. «Il n’y a pas de différence entre le fait d’être un chinois, un africain, un français ou un américain. Nous sommes tous des êtres humains », dit-elle pour faire comprendre aux autres que les questions identitaires ne doivent plus avoir leur place dans un monde de métissage et des échanges culturels. Amal Dria est un capricorne. Et les capricornes, c’est des personnages qui savent bien ce qu’ils font. C’est des personnages qui ont en même temps les pieds sur terre. Sa référence : le Saint-Coran. Elle croit au Destin, à Dieu, à la religion et au Prophète Mohamed (PSL).  

Le destin ne tient à rien. A bas âge, elle chantait déjà. C’était sa passion en dehors de la natation. C’est en Mauritanie qu’elle découvre les Arts Plastiques à la suite de l’affectation de son père, un architecte. Ne piffant plus la solitude dans laquelle elle vivait, elle décide un jour de se rendre à la Maison des Artistes. Et là, elle commence à peindre. «Le premier tableau que j’avais fait, se remémore-t-elle encore, représentait un monsieur qui vit dans une coquille au fond de la mer complètement en rupture avec le monde extérieur. Au bord de la mer, il y avait des gens qui faisaient le thé ». Plutôt qu’une œuvre d’art, ce tableau représentait son état d’âme ! 

A ses débuts en Mauritanie, elle vécut des moments difficiles. Ne comprenant pas les gens ni dans leur façon de s’exprimer ni dans leur manière de voir les choses. Les Arts Plastiques vont l’extirper de son mal de vivre et de son enfermement. Subitement, elle sort de son isolement et reprend goût à la vie grâce à la peinture. «C’est elle qui m’a fait sortir de cette solitude absolue dans laquelle je vivais. Je me suis retrouvée dans un milieu que j’ai beaucoup aimé », avoue-t-elle. Entre elle et la peinture, c’était parti pour le début d’une véritable aventure. L’opposition de son père qui ne voulait pas qu’elle fasse profession artiste-peintre n’y fit rien. «J’ai tellement aimé que je n’ai pas pu m’en séparer », s’écrie-t-elle. La preuve, elle a été gérante dans un supermarché, dans un hôtel, caissière-contrôleuse à l’Hôtel Khalima. Mais, finalement, la passion pour la peinture l’emporta. Et elle eut la chance que les gens aimaient et achetaient ses tableaux.  

Certaines ruptures, surtout lorsqu’elles sont inopinées et brutales, font mal, très mal. Imaginez qu’on vous arrache, jeune, de votre lieu de naissance, du lieu où vous avez grandi, pour une destination inconnue. Que devriez-vous ressentir ? A part de la révulsion, de la peur de l’inconnu. Mais, pour Amal Dria, ce bouleversement, elle l’a vécu de manière positive et surtout avec beaucoup de philosophie. «La Mauritanie, au début, c’était un choc. Mais, après, j’ai tellement aimé. J’ai aimé le désert, les étoiles, la façon de vivre des poètes mauritaniens, cette magie qu’ils ont dans leur langage. C’est vraiment doux. J’aime la langue hassanya. Lorsque j’entends ‘machaa allah’, ‘inchaa allah’, ‘fatabaraka allah’…je suis tellement contente.  C’est divin ! C’est en liaison avec le Bon Dieu. C’est poétique et moi j’adore la poésie », avoue-t-elle avec beaucoup de sincérité.

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Ni fataliste, elle suit le cours de son destin. Heureuse, elle l’est en dépit de certaines difficultés de la vie. De son père, elle a reçu une forte éducation basée sur le respect de l’autre. De lui aussi, elle comprit l’importance de la liberté d’expression. D’un esprit indépendant, elle n’est pas du genre à se laisser malmener. Elle n’a pas froid aux yeux de vous opposer un niet catégorique. Au lycée des Jeunes Filles de Nouakchott, elle refusa de porter le voile. «Je vous accepte comme vous êtes et vous m’acceptez comme je suis », avait-elle lancé aux responsables du Lycée. On lui refusa de passer le bac, par ricochet, de décrocher son diplôme. Elle déféra à l’obligation de porter le voile. «Je ne porte pas le voile. Il n’y a personne qui peut m’arracher ma liberté », répond-elle.  

Pour elle, le fait d’être de culture arabo-musulmane qui lui impose le port du voile ne change en rien sa liberté d’être, de faire et de penser. «Le coran, il faut bien le comprendre. Les gens sont en train de commettre des fautes graves. Ils sont en train d’expliquer les choses différemment de la réalité. Ce n’est pas bien. Chacun d’entre nous, lorsqu’il lit le Coran, le livre saint, doit chercher la réalité profonde et pas superficielle. Le Bon Dieu nous a créés libres », estime-t-elle. 

Amal Dria n’est pas une enfant de la balle. Elle adore chanter surtout lorsqu’elle fait la cuisine. «Je chante des choses que je sente vraiment en moi, des choses réelles », glousse-t-elle. «Quand je chante, je vis mes émotions, mes sentiments. Je suis moi-même ». Elle compte faire carrière dans la musique. D’ailleurs, elle a commencé à apprendre comment jouer avec la guitare. Elle apprécie Momar Kane du groupe toulousain «Afrodream » pour sa philosophie, Malouma, sa manière de chanter, de vivre la chanson lorsqu’elle chante et enfin, Domi Blanc Bec, son âme sœur. En ce dernier, il adore sa façon de voir les choses, sa liberté et son respect envers l’autre. De même qu’Oumou Kelthoum, la grande diva égyptienne. Avec Domi Blanc Bec, ils préparent un projet de chanter dans le même morceau.  

Dans un monde caractérisé par la peur, le chaos permanent, il faut casser les frontières, pense-t-elle, cesser les guerres, vivre en harmonie et en paix avec les peuples. «C’est très simple. Mais, les gens compliquent les choses », croit-elle. Lorsqu’elle voit des peuples qui se déchirent, elle est éberluée et choquée. La situation en Palestine, en Irak, en Somalie… «C’est vraiment malheureux », pense-t-elle. Et à ceux qui assimilent l’Islam au terrorisme, elle est sans équivoque. «Il ne faut pas mêler l’Islam à ces choses-là. C’est des comptes personnels. Chacun utilise la religion comme il veut pour atteindre un but bien déterminé dans sa tête », lâche-t-elle. Le sort des femmes la turlupine aussi. Et, malheureusement, pour elle, qu’elle n’a pas de baguette magique pour améliorer leurs conditions de vie. «Mais, je vais y participer », promet-elle. 

En attendant, elle continue à donner bénévolement des cours d’Arts Plastiques aux enfants rien que pour faire aimer cette activité artistique. Avec passion et désintéressement ! Elle fait partie de ceux qui s’investissent personnellement pour que les Arts Plastiques conquièrent le cœur des mauritaniens. Les enfants, elle les adore parce que, dit-elle, ils sont réels. «Quand un enfant veut pleurer, il pleure. Il ne fait pas du cinéma. Lorsqu’il a faim, il le dit. Il ne va pas avoir ce complexe que les adultes ont pour montrer qu’ils vont bien. Les grandes personnes d’aujourd’hui portent des masques. Cela me gêne. Je n’aime pas porter les masques. Je n’aime pas l’hypocrisie », se dévoile-t-elle. Elle déteste aussi la concurrence qui engendre souvent la jalousie qui annihile à son tour toute évolution positive. 

La mort ne l’intrigue pas. «C’est le destin de chacun d’entre nous. Pourquoi m’attrister ? », se demande-t-elle. «Je suis un être qui veut vivre en paix, ses émotions, ses amours, ses passions sans avoir honte, sans mentir, sans être hypocrite, m’exprimer sans cacher les choses, sans tourner autour du pot… », éclaire-t-elle. Ce qui lui fait peur, au contraire, c’est le mariage. «Je suis une personne libre. Mes attitudes, ma façon de vivre ne s’adaptent pas facilement à n’importe quelle autre façon de vivre. J’ai peur de me mettre dans une cage », explique-t-elle. 

Le succès, la gloire ne l’intéressent pas. Ce qui l’intéresse, c’est de faire passer son message, celui de casser les frontières, de faire disparaître les méchancetés, de cesser de faire souffrir l’humanité. Elle n’aime pas qu’on lui fasse du mal. Elle ne supporte pas. Elle profite de la vie pour se consacrer aux enfants qu’elle initie aux Arts Plastiques, aux projets d’exposition, à son travail, à l’architecture, à la guitare…

Le temps, pour elle, est circonscrite. Conséquence : il lui arrive parfois de déprimer. Et, lorsque le temps le lui permet, elle se consacre à la lecture de ses œuvres favorites : «Les identités meurtrières » d’Amin Malouf, «Les sentences et proverbes de la sagesse chinoise » de Bernard Ducourant et enfin «Les morceaux choisis » de Mark Edouard Nabe…

Babacar Baye Ndiaye

( 21 septembre, 2008 )

Birame Ould Dah Ould Abéid

«Les autorités font tout pour nier l’existence de l’esclavage en Mauritanie et mettre les bâtons dans les roues du mouvement abolitionniste et des militants anti-esclavagistes »

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Dans la présente interview, que nous a accordée Birame Ould Dah Ould Abéid, membre de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et de S.O.S. Esclaves, dans le cadre de la sortie du film «Chasseurs d’esclaves » produit par la télévision franco-allemande Arte, l’intéressé fait des révélations et brosse le tableau de la situation sociale du pays avec un focus sur la question centrale – celle de l’esclavage – phénomène que la société mauritanienne continue à appréhender comme étant normal et contre lequel personne ne doit s’insurger, ou se révolter.

Quand à vouloir en sanctionner les auteurs, c’est du domaine de l’utopie. Comme vous allez le constater, il ne sera pas du tout tendre avec les magistrats, les officiers de police judiciaire, les administrateurs civils, les médias officiels qu’il considère comme les pires propagandistes de l’idéologie esclavagiste.

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez participé, avec Aminétou Mint Ely Moctar, à la réalisation d’un film d’Arte, intitulé «Chasseurs d’esclaves ». Comment est née l’idée de réaliser ce film?

Birame Ould Dah Ould Abéid : J’ai été sollicité par Sophie Jeannot, qui est une journaliste-réalisatrice à Arte. Au cours d’une discussion que j’ai eue avec elle, elle m’a fait part de son intention de se déplacer jusqu’en Mauritanie pour nous accompagner dans l’une de nos actions pour libérer des esclaves en cas de plainte des leurs.

Son arrivée a coïncidé avec une mission que je devais accomplir au nom de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH). J’étais accompagné d’Aminétou Mint Ely Moctar. L’avocat Ishaq Ould Ahmed Hadi, qui devait être de la mission, s’est désisté à la dernière minute pour des raisons personnelles. Aminétou et moi sommes finalement partis seuls avec l’équipe d’Arte pour libérer Haby Mint Rabah, esclave depuis la naissance chez ses maîtres (Abdoulaye Ould Moctar et sa sœur Aminétou Mint Moctar).

L’origine de cette mission, c’est la plainte introduite par Bilal Ould Rabah, frère de Haby Mint Rabah, auprès de S.O.S. Esclaves d’abord, puis auprès de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH).

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez été mandaté, comme vous dites, par la Commission Nationale des Droits de l’Homme. Mais, concrètement, avez-vous rencontré des difficultés, des réticences sur le terrain de la part des autorités pour libérer Haby Mint Rabah ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Effectivement ! Premièrement, nous avons dû faire face à l’hostilité manifeste des autorités administratives et judiciaires. Dès notre arrivée à Tiguint, nous avons été interceptés par un peloton de gendarmerie qui nous a cernés et conduits devant le chef d’arrondissement de cette bourgade.

Nous nous sommes même engueulés avec lui puisqu’il voulait, lui et la gendarmerie, mettre en doute l’objet de notre mission en voulant nous empêcher d’y aller. Ils nous ont même empêchés de prononcer le mot «esclavage ».  Ils ont voulu nous culpabiliser d’office en percevant notre mission comme une action subversive contre la société et l’Etat mauritanien.

Le Rénovateur Quotidien : Et comment expliquez-vous ce refus de leur part ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Ce refus s’explique par le fait que la société et l’Etat mauritanien restent dominés par l’idéologie esclavagiste. La pensée sociale continue à appréhender l’esclavage comme un phénomène normal et contre lequel on ne doit pas s’insurger, se révolter et qui ne doit pas attirer de sanctions, ni d’investigations.

D’autre part, l’Etat mauritanien reste dominé par une communauté esclavagiste en l’occurrence la communauté arabo-berbère qui détient tous les leviers de commande du pouvoir.

L’Etat aussi dans ses différents corps (administrateurs civils, magistrats, officiers de police judiciaire,…) est constitué en majorité d’esclavagistes. On ne peut compter sur de telles personnes, pratiquant l’esclavage pour le criminaliser, le combattre et l’éradiquer.

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez tenu beaucoup de conférences de presse sur la question de l’esclavage. Mais, visiblement, cela n’a pas servi à grande chose. Est-ce que c’est dans ce cadre que ce film a été réalisé, pour servir de moyen de pression sur les autorités pour qu’elles reconsidèrent davantage le problème de l’esclavage en Mauritanie ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Je pense que ce film va constituer un jalon de plus dans la somme des documents visuels et sonores qui, sans aucune équivoque, mettent en lumière sur la question de l’esclavage en Mauritanie et mettent en accusation, devant l’opinion publique nationale et internationale, l’Etat mauritanien, ses fonctionnaires et ses oulémas qui essaient de cacher vaille que vaille la question de l’esclavage qui est un crime.

Le Rénovateur Quotidien : On a vu dans ce film, un imam balayer du revers de la main l’existence de l’esclavage en Mauritanie. Cela vous écœure-t-il d’entendre de tels propos alors que tout le monde sait que l’esclavage existe en Mauritanie, sauf aux yeux de ceux qui le nient ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Cet imam, c’est Mohamed El Hafedh Ould Enahoui, qui est un imam esclavagiste à plus d’un titre. Il est l’un des actionnaires dominants de la filière orientale de l’esclavage. Il fait passer des filles esclaves mauritaniennes vers le Golfe. Il est impliqué dans la tentative de faire passer une de ses esclaves, Zéina.

C’est un imam qui pratique jusqu’à présent l’esclavage. Il a plusieurs femmes esclaves et sur lesquelles il exerce un esclavage sexuel.

Le Rénovateur Quotidien : Pourquoi, ce monsieur n’est-il pas inquiété alors qu’il existe une loi criminalisant l’esclavage ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et son pouvoir n’ont pas fait la loi pour qu’elle soit appliquée. Ils ont fait la loi pour essayer de redorer le blason de la Mauritanie, en faisant de l’agitation et de la propagande sur cette loi. C’est pour faire le change devant la communauté internationale.

Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi nie lui-même l’existence de l’esclavage. Il ne parle que de séquelles. Les ministres, les officiers de police judiciaire, les administrateurs civils ont classé tous les cas d’esclavage avérés qui ont été portés devant la justice et l’administration mauritanienne.

Au jour d’aujourd’hui, depuis la promulgation de la loi (n°2007-048, Ndlr), il n’y a que 43 esclaves au total qui ont été libérés. Aucun des criminels soupçonnés d’esclavage n’a été poursuivi ni interpellé. Il n’y a aucune enquête en bonne et due forme.

Le Rénovateur Quotidien : Quelle a été la réaction des autorités lorsque «Chasseurs d’esclaves » est sorti ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Je ne sais pas, mais je sais que, lorsque nous avons amené Haby Mint Rabah, le Premier ministre de l’époque, Zéine Ould Zéidane, a joué des têtes et des pieds.

Lui et sa directrice adjointe de cabinet, Mint Bourdid, ont inondé nos responsables supérieurs (la Commission Nationale des Droits de l’Homme, Ndlr) de plaintes et de messages pour dire que Haby Mint Rabah n’est pas une esclave, que c’était un kidnapping, que c’était femme libre qui vit avec ses parents.

Le Premier ministre à l’époque (Zéine Ould Zéidane) était très solidaire des esclavagistes.  Il avait même demandé qu’on reprenne Haby Mint Rabah pour la rendre aux gens présentés comme ses parents alors qu’ils ne sont que ses maîtres.

Il n’y a pas un démenti plus grand que ces allégations tenues par le Premier ministre et sa directrice adjointe de cabinet.

Le Rénovateur Quotidien : Au vu de tout cela, peut-on espérer la disparition imminente de l’esclavage en Mauritanie ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Non ! On ne peut pas espérer une disparition proche de l’esclavage en Mauritanie. Loin s’en faut ! Les autorités, à travers l’action des magistrats, des officiers de police judiciaire, des administrateurs civils, à travers le discours des ministres, du Premier ministre et du président de la république, font tout pour nier l’existence de l’esclavage en Mauritanie et mettent les bâtons dans les roues du mouvement abolitionniste et des militants anti-esclavagistes.

La destitution de l’ancien wali du Brakna, Sidi Maouloud Ould Brahim, qui a coopéré avec la mission de la CNDH qui a libéré la petite esclave Messouda Mint Hova des griffes de ses maîtres à Boghé en est une preuve évidente.

Il est encore clair que les médias officiels (la radio et la télévision mauritaniennes) continuent à rebattre les oreilles des mauritaniens de discours négationnistes. Ces médias officiels subliment l’esclavage mauritanien en le rendant social, acceptable et sacré à travers plusieurs programmes comme El Beddaa qui met en relief toute l’arrogance ethnique et de classe de la communauté (arabo-berbère) qui détient tous les leviers de commande du pays.

Cela dénote d’un grand mépris que ces autorités ont pour toutes les victimes, les militants des droits de l’homme en Mauritanie.

Le Rénovateur Quotidien : Votre dépit et déception se comprennent parfaitement. Pensez-vous que le fait de porter la question de l’esclavage sur le plan international, comme en témoigne le film d’Arte (Chasseurs d’esclaves), reste l’unique solution de se faire entendre ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Je pense que la seule solution, c’est de consolider le mouvement abolitionniste (mauritanien), le raffermir au niveau national, l’encadrer et surtout essayer d’explorer toutes les voies de lutte possibles.

Mais encore, il faut s’inscrire dans le registre d’une dénonciation systématique de ce qui se passe en Mauritanie afin de porter la complicité des autorités mauritaniennes (politiques, judiciaires, religieuses…) devant la communauté internationale.

Le Rénovateur Quotidien : Ne faudrait-il pas, toujours dans le cadre des voies de lutte contre l’esclavage, essayer d’initier une journée contre l’esclavage comme on l’avait fait au moment où la Mauritanie était confrontée au problème terroriste ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Nous sommes sur un plan d’actions qui va englober tout cela. Il y aura bientôt une série de manifestations pour dire non à l’esclavage, mais aussi à certains anachronismes et phénomènes graves qu’on fait subir à des êtres humains en Mauritanie.

Le Rénovateur Quotidien : La classe politique, dans son ensemble, est évasive sur la question de l’esclavage en dépit de son opposition de principe à ce phénomène. Pensez-vous que certains hommes politiques ont des privilèges à sauvegarder ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Les partis politiques en général, ce sont des partis qui s’arriment à l’idéologie de la société. Je pense que, en dehors du parti APP (Alliance Progressiste Populaire, Ndlr) dont le chef Messaoud Ould Boulkhéir est le chantre incontesté de la lutte anti-esclavagiste en Mauritanie, le REJ (Rassemblement pour l’Egalité et la Justice, Ndlr) de Cheikh Sid’Ahmed Dieng et Tawassoul de Jémil Mansour, il n’y a pas d’autres partis qui essaient de s’inscrire dans une optique abolitionniste.

Je remarque que les autres partis n’accordent pas une importance à cela parce qu’ils ont une position de classe vis-à-vis de la question de l’esclavage.

Le Rénovateur Quotidien : Je reviens de nouveau au film «Chasseurs d’esclaves ». Pensez-vous qu’il aura un impact au niveau des autorités ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Je ne le pense pas. Aussi bien que les groupes dominants dont elles sont issues, les autorités sont imbues d’une forte arrogance et se caractérisent par une myopie qui va les perdre à la longue et je le regrette hélas. Ce film a eu un écho à l’étranger.

A travers ce film, j’ai été invité par les députés verts au sein du parlement autrichien. J’ai été invité par des universitaires autrichiens et des personnalités françaises pour des contributions sur l’esclavage en Mauritanie, à la lumière de ce film.

Le Rénovateur Quotidien : Récemment, notre pays, par la voix du Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, s’est solidarisé avec Oumar El Béchir, le Président soudanais, accusé par le procureur de la Cour Pénale Internationale, de crimes commis au Darfour. En tant que défenseur des droits de l’homme, qu’en pensez-vous ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Je soutiens sans réserve l’action de la Cour Pénale Internationale contre tous les criminels de droit commun, les coupables de crimes contre l’humanité, de crime de génocide ou de crimes de guerre.

Omar Hassan El Béchir et ses collaborateurs doivent répondre des actes de génocide qu’ils ont commis au Darfour. La position de certains partis politiques et certaines personnalités notamment le Président de la République dénote que la Mauritanie et ses dirigeants reste encore un Etat réfractaire aux Droits de l’Homme.

Contrairement à ce que disent certains détracteurs, la CPI n’est pas un tribunal américain ni un tribunal européen. La CPI est un tribunal international à laquelle les Etats de la communauté internationale, dans leur large majorité, hormis les Etats voyous comme le nôtre et le Soudan, ont déjà souscrit et ratifié la charte.

En Mauritanie, il y a des criminels, notamment d’anciens chefs d’Etat ou hauts fonctionnaires de l’administration, qui doivent comparaître devant ce tribunal et nous ne ménagerons aucun effort pour qu’ils comparaissent.

Le Rénovateur Quotidien : Vous venez d’évoquer d’anciens chefs d’Etat mauritaniens considérés par certaines organisations de défense des droits de l’Homme comme étant des criminels et des génocidaires. On cite souvent le nom de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya, qu’on accuse d’avoir commis des crimes contre les populations négro mauritaniennes. Actuellement, il vit, sans être inquiété, au Qatar. Etes-vous pour son extradition en Mauritanie pour qu’il réponde des accusations portées contre lui ?

Birame Ould Dah Ould Abéid : Quand on l’extrade ici, il va trouver l’impunité ! Ici, c’est le pays de l’impunité. Il y a des gens qui ont commis des crimes de droits humains très graves, des crimes économiques, des crimes de génocide, des crimes contre l’humanité. Ces gens-là sont ici, sans pour autant être inquiétés.

Pire encore, ils sont promus de jour en jour. Ils continuent de bénéficier des honneurs de la République. L’extrader ici (Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya), non ! Je veux qu’il soit, comme tous les autres, jugé par la Cour Pénale Internationale.

Mais le ramener en Mauritanie, c’est lui garantir une impunité totale. Ce n’est pas une justice de classe, une justice ethniciste, corrompue et prise en otage par des réseaux mafieux et esclavagistes qui peut juger ce genre de crimes et de criminels.

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

( 21 septembre, 2008 )

Entretien avec Monza à propos du Hip Hop

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Le Rap mauritanien souffre, c’est sans nul doute. Il souffre de médiatisation. Les canaux de distribution et de diffusion font terriblement défaut. Et pourtant ! Dieu sait que le talent est là. Dans l’entretien suivant que j’ai eu avec Monza à propos du Hip Hop en Mauritanie, vous verrez bien qu’il n’est pas du genre à ruminer la vérité. 

Le Rénovateur Quotidien : Le Rap en Mauritanie a-t-il évolué depuis 10 ans ? 

Monza : Depuis 10 ans ? Ce qui nous ramène en 1998. Je dirai qu’à partir de cette date, le mouvement Hip Hop en Mauritanie, surtout à Nouakchott, était accès sur les concerts. Il y avait beaucoup de concerts à cette époque. Il y avait aussi le phénomène des boîtes de nuit qui commençaient à apparaître en Mauritanie. Certains rappeurs passaient par ces boîtes pour y faire des prestations. A cette époque, ça bougeait ! Beaucoup plus que par exemple, deux ans plus tard, au moment où les albums ont commencé à sortir. Du moment qu’il y a eu des albums qui sont sortis, je dirai qu’il y a une relative évolution.  

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous une idée des premiers albums de Rap qui ont été sortis par des mauritaniens ? 

Monza : Le premier album de Rap sorti en Mauritanie, c’est l’album de Papis Kimi (actuellement aux Etats-Unis d’Amérique, Ndlr). Cet album s’intitulait «Mani Zani » avec la participation entre autres de Maxi P sorti en 2000. Ensuite, il y a eu Black à Part qui a sorti «Mine the Man ». En 2004, j’ai sorti «Président 2 la Rue Publik ». C’est à partir de ce moment là qu’il va y avoir de la production musicale purement mauritanienne. C’est le premier projet qui a été entièrement réalisé en Mauritanie. Les albums d’avant étaient enregistrés souvent au Sénégal avec des compositeurs sénégalais. Il y a l’album de Diam Min Tekky (Gonga) qui a été enregistré ici, l’album de Military Underground (Au Secours) et celui d’Ewlade Leblade (Adat’ne). 

Le Rénovateur Quotidien : Entre 2000 et 2008, il y a eu une floraison impressionnante de groupe de Rap et de rappeurs. Là aussi, on a noté une certaine évolution. 

Monza : Il y a une nouvelle génération de rappeurs qui arrivent. Parmi ces jeunes rappeurs, je trouve qu’il y a de très bons artistes surtout dans les régions. J’ai rencontré, dans mes déplacements à l’intérieur du pays, des groupes de Rap qui ont un certain niveau et du talent. Dans toute sa totalité, quel que soit l’endroit où on le pratique, ce que j’ai vu me donne une certaine conviction que le Rap a de l’avenir en Mauritanie. Je crois en ce mouvement. 

Le Rénovateur Quotidien : N’empêche que ce mouvement auquel vous croyez foncièrement patauge. Et, concrètement, que faut-il faire pour que le Rap puisse se développer ? 

Monza : Aujourd’hui, je peux dire côté structures, en tout cas pour l’enregistrement, nous avons ce qu’il faut pour enregistrer des produits. Pour la duplication et la distribution, on a un problème. Pour la communication, il faut une certaine promotion et une diffusion sur les ondes. Pour la Mauritanie, ce n’est pas encore le cas. On n’a pas de radios qui font passer du Rap. Ni une télévision qui diffuse du Rap. Il y a la TVM Plus qui commence à faire passer quelques clips. Mais, cela pourrait allait au-delà.  

Le Rénovateur Quotidien : A votre niveau, vous les rappeurs, avez-vous essayé à faire quelque chose. Il ne s’agit pas tout simplement de vouloir porter la responsabilité sur le dos des autorités comme vous le faites tout le temps ? 

Monza : Chacun fait selon sa démarche. Il y a des gens qui sont là et qui poireautent un producteur. Il y en a d’autres qui sont là et qui vous disent non en essayant de prendre les choses en mains. A notre niveau, on a essayé d’ouvrir notre propre studio en y mettant du matériel moderne pour pouvoir nous satisfaire d’abord et ensuite satisfaire les autres. «Assalamalekoum Hip Ho Festival » représente par exemple une occasion où les artistes peuvent se produire. Pour la 2ième édition de ce festival, il y aura des rappeurs de différentes wilayas de la Mauritanie qui vont se produire. 

Le Rénovateur Quotidien : Tout ceci, c’est bien encourageant. Mais, comment expliquez-vous le fait que les rappeurs ne vendent pas assez bien leurs produits ?  

Monza : Tout simplement, parce qu’il n’y a aucun réseau de distribution à Nouakchott. Il n’y a pas de points de vente. Il n’y a pas d’endroits spécifiques où le public peut aller  acheter tel ou tel album. Et, pourtant, il y a une manière de faire, en tout cas, c’est la nôtre, c’est d’organiser des concerts et de faire l’entrée avec le CD. Il y a une partie qu’on arrive à écouler. Dès fois, on écoule tout. Cela dépend des groupes ou du public. A partir de là, les CDs sont piratés ou vendus à la sauvette. 

Le Rénovateur Quotidien : Un autre problème et non des moindres, c’est celui des droits d’auteur. Très peu de rappeurs mauritaniens sont protégés. Sur ce point, qu’envisagez-vous faire ? 

Monza : Les artistes savent qu’il n’y a pas un bureau des droits d’auteur. Certains se disent qu’ils vont se protéger au Bureau Sénégalais des Droits d’Auteur (BSDA). Je pense que cela ne servira à rien. Le BSDA lui-même n’arrive pas régler les problèmes des artistes sénégalais à plus forte des artistes d’autres pays. Par contre, il y a des structures comme la SACEM (Société des Auteurs Compositeurs et Editeurs de Musique) qui protège les artistes. Elle est à l’écoute de toutes les radios même de Radio Mauritanie. 

Le Rénovateur Quotidien : Y’a-t-il une concurrence saine entre les rappeurs mauritaniens ? 

Monza : Artistiquement, je pense qu’il doit y avoir de la concurrence. Cela pousse un artiste à progresser. Lorsqu’il s’agit de concurrence malsaine, d’hypocrisie, de jalousie, ce n’est pas bien. Personnellement, je ne peux même être dans le lot du Rap mauritanien. Je suis un artiste. Point barre.  

Le Rénovateur Quotidien : Le Rap Mauritanien peut-il s’exporter ? Et réellement, y’a-t-il des rappeurs mauritaniens qui sont prêts à défendre cette idée ? 

Monza : En tout cas, pour ma part, je fais de mon mieux pour qu’on arrive à exporter le Rap mauritanien en essayant d’organiser des concerts à l’étranger, de monter des projets à long terme. J’ai participé à un festival qui s’appelle ‘Les Arts croisés’ en France. J’ai été au Palais des Nations Unies à Genève. Je suis au début de mon exportation. Nous avons un projet de chanter la déclaration universelle des droits de l’homme dans plusieurs langues sur un album. Tout ceci, si vous voulez, rentre dans ce cas. 

Le Rénovateur Quotidien : Certains enregistrements sont de piètre qualité alors que les nouvelles technologies ont fait leur entrée dans la musique depuis belle lurette ? 

Monza : C’est un manque de compétences. Aujourd’hui, la musique Rap est industrialisée. Donc, tout le monde travaille avec des machines. La machine la plus idéale, ce serait une station Protoolth M Powered pour faire de la bonne musique Rap avec une SP 1200, un sampler Aky 2500, une MPC 2000. Cela demande énormément d’argent. La qualité qu’on a actuellement, c’est une qualité de maquette. Même au niveau de la tonalité et du groove de la musique, ça pose problème. Il n’y a pas de machine de masteurisation aussi. 

 Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye 

( 21 septembre, 2008 )

Ewlade Leblade: L’histoire d’un trio qui a fait tomber les masques de la société mauritanienne!

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Ewlade Leblade, c’est Sidi Brahim Mohamed alias Izak Ice, Mamoudi Ould Sidi alias Hamada et enfin Sidi Mohamed Ould Mbareck alias M.D (voir photo). Trois vies différentes, un même destin : celui de faire plaisir. La sortie en 2007 de leur premier album «Adat’ne » les a imposés sur la scène musicale mauritanienne. Véritable révélation de la musique mauritanienne en 2007, Ewlade Leblade n’en finit pas d’émerveiller, à chaque concert, le public mauritanien. Ils sont aimés et adulés comme des «gourous ».

 

Sidi Brahim Mohamed alias Izak Ice (au milieu de la photo) 

 

Ce natif de la ville de Rosso Mauritanie a grandi à Nouakchott. Chez lui, la musique n’est pas une histoire de famille. Sachant que les études ne vont pas lui réussir, il les abandonne très vite. A cause de la musique ! Et bonjour les ennuis avec sa famille qui ne l’excusa pas de cette désinvolture qu’elle considéra comme étant un acte de défiance. Leur opposition n’y fit rien. Car, son destin était déjà fait. Et, il était écrit sur la table d’airain qu’il en serait ainsi. Indésirable, il quitte Nouakchott et sa famille en destination de Rosso, sa ville natale. Bien vite, il se découvre une prédisposition pour le Rap. Déjà, à partir de 1996, il commençait à flirter avec le milieu du Rap, à Nouakchott. Et, c’est contre le gré familial qu’il se lance dans la musique. A Rosso, il retrouve ses repères et commence à se faire découvrir. C’est dans cette ville méridionale de la Mauritanie que vont se dessiner les prémices de sa carrière musicale. Pendant son séjour, il y fit la connaissance d’un certain groupe de Rap du nom de «Salamen ». Il chante à l’occasion des concerts de Rap qui se font ça et là à Rosso. Il alterne podiums sur podiums. C’est dans cette atmosphère qu’il va réussir à se creuser son propre sillon. Le succès et la gloire commençaient à germer dans son esprit lorsqu’il voyait le défunt «Black Muslim » sur scène, un groupe de Rap qu’il admirait éperdument. Aujourd’hui, ironie du sort, c’est l’un des membres du groupe (Khadim) qui est devenu son manager. Il rêvait de grandeur en assistant aux concerts de «Black Muslim ». Entre 1995 et 1996, il se glisse sur le tatami du «mouvement Hip Hop ». Sa voix forte et sa grande taille ont fait de lui un Rappeur complet. De nature joviale, sociable et surtout tranquille, il se préserve de toute arrogance et de toute altération. Ce longiligne n’est pas du genre à reculer devant l’adversité de la vie. Ce n’est pas un hasard s’il croit dur comme fer que la célébrité et la notoriété sont au bout de l’effort. C’est parce qu’il se nourrit de la sève de son guide, le prophète Mohamed (Psl). Un musulman convaincu, il l’est. Sa force réside en sa foi. Sa seule obsession : la perfection musicale. Sobre, il l’est et l’a toujours été. Le vent de notoriété qui a soufflé sur «Ewlade Leblade » ne l’a pas emporté. C’est un homme introverti ! Hier banni par sa famille, il a su aujourd’hui se forger une nouvelle image. Avec son talent, il a fini par convaincre les siens.

 

Mamoudi Ould Sidi alias Hamada(à gauche de la photo)

 

Lui aussi, il est natif de Nouakchott où il a grandi au quartier populaire du 5ième arrondissement. Il a très tôt flirté avec l’école buissonnière. En 1999, en classe de 3ième année Collège, il commence à sécher les cours. A cause, lui aussi, du virus de la musique. Il fréquente Papis Koné, le guitariste solo du groupe «Walfadjri », le temps de comprendre comment cela fonctionne. Son premier morceau qu’il va composer s’intitulera «Touvlaha tetemacha-i » qui parle de l’amour fondé sur l’intérêt. Il découvre alors sa passion pour le Rap. Bye bye l’école ! Débute une nouvelle vie pour lui. Plus tonitruante, celle-là. En 2000, il fit la connaissance de Izak Ice et de Sidi Mohamed Ould Mbareck. Partageant les mêmes idées et les mêmes préoccupations, ils forment leur propre groupe de Rap «Hassanya Clan».  Ils abandonnèrent cette appellation à connotation raciale. Au studio «Afric Médias », dans le cadre de la préparation de leur maquette, ils adoptent comme nom de groupe «Ewlade Leblade », un nom qui continue à marquer les esprits. Il aurait dû être douanier, mais il avait envie de faire de la musique. Il défie le roc parental. Il troque sa «daraa» contre les jeans, casquettes, tee-shirts et autres colliers en argent. Il hume l’air frais des mélodies made in USA, notamment celles de 2 Pac très aromatiques pour s’en débarrasser. Le petit maure se métamorphose. Il ne sera pas épargné par l’accoutrement américain. C’est le début de l’aventure. Il heurta sa famille en premier lieu son père qui avait du mal à accepter le choix que sa progéniture avait fait. Exit les malentendus entre lui et sa famille qui pensait que leur fils flânait avec des personnes malveillantes. Aujourd’hui, à son grand bonheur, les temps ont changé et ses parents ont fini par abdiquer. Issu de famille modeste, il sait qu’il devra son salut qu’à la musique. Dans ses textes, il cogne sur les dérives de la société et pointe un regard critique par rapport à la situation sociale du pays. Hamada est un artiste qui voue son existence à la musique. Il a réussi à briser les stéréotypes culturels qui ont toujours cloué au pilori certains talents. Il a réussi en s’en défaire. Il n’hésite pas à cracher sur le feu lorsqu’il voit certaines souffrances humaines. Aujourd’hui, il est devenu plus mature. Les textes qu’il écrit parlent de nous, de nos réalités. Là-dessus, il fait mouche !

 

Sidi Mohamed Ould Mbareck alias M.D(à droite de la photo) 

 

Certainement, il doit être fier d’être l’aîné du groupe et de partager avec Izak Ice et Hamada le même destin et les mêmes préoccupations. Né en 1978 à Kaédi, au Sud de la Mauritanie, il a grandi à Nouakchott entre le 5ième et le 6ième arrondissement. Ses parents sont originaires de Mbout. Il n’est pas allé très loin dans les études. Non pas parce qu’il les détestait, mais à cause de certaines contingences sociales et familiales. Turbulente et tonitruante, telle était son enfance. Dans un monde de plus en plus intrépide, comment faut-il faire, se demande-t-il, pour assurer sa survie ? Il devient encaisseur entre 1993 et 1994. Derrière ce bout de bois de Dieu, s’est toujours dissimulé un éternel bosseur qui a toujours su compter sur lui-même et sa propre détermination. Issu de famille peu aisée, il quitte très tôt le foyer à la recherche de l’argent et de la réussite. Il voyage et découvre un jour Nouakchott. Volontariste et de carapace dure, il s’arme de courage et d’abnégation. Nouakchott est une ville où on réussit facilement quelque soit l’activité qu’on exerce, se dit-il. Il achète des fringues qu’il revend. Ça y est ! À le voir à cette époque, on aurait parié que rien ne le prédisposerait à faire de la musique. C’est donc par hasard qu’il y est venu, sans la moindre connaissance de la réalité de ce milieu comme la plupart des jeunes. Contrairement à Izak Ice ou Hamada, il reçut la bénédiction de ses parents. Il démarra sur les chapeaux de roues. Et tout marcha comme sur des roulettes. Aujourd’hui, ces parents ne vivent plus. Ceci a participé à forger son âme. Lorsqu’il en parle, c’est l’émotion. Il devient maussade. Après la mort de ses parents, il se lança très tôt dans le business. Parallèlement, il fréquente les concerts de Rap et se fait des amis rappeurs. Il commence à chantonner et à écrire des textes. Il se dit qu’il peut devenir lui aussi rappeur comme Method Man qui l’émerveilla. Ne dit-on pas que le destin ne tient à rien. Il se découvre des aptitudes musicales et se lance dans le Rap. Il se sent pousser des ailes et commence à rêver, lui qui n’a jamais décroché aucun diplôme. Aujourd’hui, avec Hamada et Izak Ice, ils forment le trio d’Ewlade Leblade qui a réussi à faire tomber les masques de la société mauritanienne. Mais que de chemin parcouru avant d’en arriver là. Lui-même, Sidi Mohamed Ould Mbareck, le reconnaît. Fichtre ! Fini l’époque des vaches maigres. Avec Ewlade Leblade, il vit dans le bonheur et s’estime le plus heureux sur la terre. 

 

Babacar Baye Ndiaye

 

( 21 septembre, 2008 )

Fronde des députés: Signe d’une nouvelle ère démocratique ou fin de règne?

Les députés frondeurs reprochent à Yahya Ahmed Ould Waghef qui est un pur produit du régime de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya d’avoir associé «des symboles de la gabegie » à son gouvernement d’ouverture politique formé le 11 mai dernier.

Dans ce pays, qui ose lever la main- du moins pour ceux qui furent partie de l’ancien régime autocratique- et jurer à la face des mauritaniens qu’il ne fait pas partie de ces «symboles de la gabegie » adulés hier et diabolisés aujourd’hui. Parce que les temps ont changé qu’on peut se permettre de défendre une certaine moralité de la République et de ses valeurs constitutionnelles. 

Lorsqu’on entend les propos de certains sur cette crise politique, on ne peut s’empêcher de laisser échapper un sourire. Que ceux-là qui sont à l’origine de cette crise politique veuillent que les choses changent, c’est fort bien. Mais, s’ils le font pour des raisons dictées par des intentions purement matérielles ou autre que ce soit qui ne va pas dans l’intérêt des populations mauritaniennes, ils auraient perdu leur peine même s’ils ont réussi à ébranler viscéralement la République. 

Si, aujourd’hui, la Mauritanie connaît une crise politique sans précédent, depuis les indépendances à nos jours, c’est en grande partie la faute au Président de la République, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, qui s’est encanaillé avec une bande de papelards, de profiteurs à controverse et sans vergogne. Leur avidité du pouvoir est connue. Ils changent de figure lorsque leurs intérêts sont menacés. C’est là où ils peuvent devenir dangereux, ignobles et venimeux.

Comment peut-on oublier que c’est cette bande qui a accompagné, pendant plus de 20 ans, le pouvoir de Maouiya Ould Sid’Ahmed  Taya qui a mené le pays à mauvais port d’où sa chute du 3 août 2005 ? 

On n’a pas de moralité politique, de leçons de bonne gestion économique à recevoir de la part de cette bande versatile à outrance. C’est cette bande encore qui a osé réclamer, sans honte et gêne, le retour de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya, au cours d’un débat. 

C’est tout simplement aberrant ! Alors que les passifs de son pouvoir ne connaissent pas toujours un règlement définitif, on se permet de demander le retour de ce Président autocratique qui ne mérite que d’être pris par le collet et traduit en justice. Leurs mains ne sont pas aussi propres comme ils le prétendent. Puisqu’ils ont tous, sans exception,  volé l’argent du contribuable. Et cela, pendant plus de 20 ans !  

Le pessimisme pathologique de certains mauritaniens se comprend. Avec cet argent volé, on a construit de belles villas. L’actuel siège du Pacte National pour le Développement et la Démocratie n’est-il pas une preuve flagrante de ces «symboles de la gabegie ». Cette maison qui appartient à l’une des filles de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya n’est-il pas non plus une preuve vivante que ce dernier a passé tout son temps à s’enrichir et à enrichir ses acolytes ? 

Combien de sommes d’argent ont été détournées par nos ministres, nos députés, nos maires et nos gouverneurs qui ont accompagné le régime de Maouiya Ould Sid’Ahmed. On prête même à cette bande de frondeurs d’avoir des affinités avec Ely Ould Mohamed Vall.

D’ailleurs, ils ne s’en dérobent guère. Maouiya et Ely sont comme deux gouttes d’eau sauf que ce dernier a eu l’intelligence de remettre le pouvoir aux mains des civils. Ce dernier, un colonel de surcroît, est actionnaire dans de nombreuses sociétés de la place et possèdent de nombreux biens immobiliers. Aucun ancien chef d’Etat comme lui ne bénéficie d’une garde rapprochée aussi impressionnante. C’est uniquement en Mauritanie qu’on peut voir cela. Tous les moyens sont parfaits pour s’enrichir illégalement avec toujours l’appui de «vieux loups» toujours à l’affût de liasses d’argent. 

Cette clique qui a soutenu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi durant sa campagne présidentielle de février-mars 2007 jusqu’à son élection à la tête de la magistrature suprême est en train de dérouler son rouleau compresseur autour de lui ! Le fauteuil présidentiel qu’occupe Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi semble vaciller et tout dépend de la tournure que vont prendre les événements à venir.

Toute la cacophonie des députés frondeurs vise implicitement à pousser le président de la république à rendre le tablier. Ainsi donc, on organisera des élections anticipées auxquelles participera Ely Ould Mohamed Vall. Et, tout dépend visiblement de ce que sera la coloration du futur gouvernement de Yahya Ahmed Ould Waghef. 

Pour certains, d’ailleurs, les Roumouz El Vessad avaient soutenu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, non pas pour son programme politique, contre lequel ils s’élèvent aujourd’hui, mais parce que les militaires, après les avoir transformés en indépendants, le leur avaient demandé  pour leurs intérêts. Actuellement, le président de la République est en train de le payer cher. Il vient de comprendre assez tardivement qu’il avait affaire à une bande de mesquins téléguidés par qui vous savez. 

Il n’y pas de doute que Yahya Ahmed Ould Waghef bénéficie, jusqu’à preuve du contraire, de la confiance de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qui l’a reconduit ipso facto, après avoir rendu le tablier sous la pression d’une vingtaine de députés qui menaçaient de déposer une motion de censure contre le gouvernement de Ould Waghef.

Le président de la république est pris entre l’enclume des députés frondeurs et le marteau des généraux. D’une part, il sera tenté de contenter les députés fondeurs qui ont eu la malignité d’avancer un argument convaincant devant les mauritaniens et osant défier les choix de Ould Waghef.

D’autre part, ne voulant pas se débarrasser de celui qui fut le Secrétaire Général de la Présidence de la République, il essayera d’imposer sa volonté pour tirer Ould Waghef des mailles de ses opposants de même camp qui réclamait sa tête sauvée de justesse par le président de la république qui l’a reconduit au poste de Premier ministre. 

Les contours de la crise actuelle que traverse la Mauritanie montrent qu’on est loin de connaître une fin dont dépend en grande partie la composition du futur gouvernement. Car, ce gouvernement va prendre en considération les récriminations des députés frondeurs. Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et Ould Waghef se retrouvent dans une posture très délicate.

C’est ce qui explique certainement le retard accusé jusqu’à présent dans la formation du nouveau gouvernement. Après une semaine tumultueuse marquée par la fronde des députés issus du Pacte National pour le Développement et la Démocratie(PNDD) menaçant de déposer une motion de censure contre le gouvernement de Yahya Ahmed Ould Waghef et le discours du 2 juillet du Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi intimidant de dissoudre l’Assemblée Nationale si les députés réclamant la tête du Premier ministre s’aventuraient à déposer la motion de censure sur le bureau de l’Assemblée Nationale, on vit la désescalade. 

Quant à Ould Waghef, il semble tenir bon sans désemparer. Mais jusqu’à quand ? La tension et la pression sont toujours vives et visibles. Les députés sont toujours aux aguets et attendent de voir la future composition du Gouvernement pour dégouliner de nouveau leur désapprobation et leur état d’âme sur la place publique.

Osons espérer que cette fois-ci, Yahya Ahmed Ould Waghef ne leur donnera pas cette opportunité à décocher des flèches envers son gouvernement. Certainement, qu’il est sorti de cette situation mature et consciente de l’immense espoir qui pèse sur ses épaules. Certainement aussi, qu’il ne décevra pas non plus les mauritaniens en reprenant des «symboles de la gabegie » qui sont à l’origine de cette crise politique jamais connue par la Mauritanie. 

Babacar Baye NDiaye 

( 21 septembre, 2008 )

Mar de Diam Min Tekky: «Nous sommes là pour le peuple »

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S’ils ne sont pas les meilleurs rappeurs que comptent actuellement la Mauritanie, ils en font partie. Leur premier album ‘Gonga’ (la vérité) les a révélés au grand public mauritanien. Si, aujourd’hui, Diam Min Tekky est admiré par la jeunesse mauritanienne, c’est parce qu’ils ont refusé, jusque-là, de faire la courbette devant les autorités de ce pays. Entretien avec Mar, un des membres du groupe.

 

Le Rénovateur Quotidien : Le public mauritanien est composé aussi de wolophones, de soninképhones et de hassanyaphones. Mais vous, vous ne chantez qu’en poular. Cela ne constitue pas un handicap pour vous ?  

Mar de Diam Min Tekky : (il m’interrompt). On ne rappe pas uniquement en poular. 50% de nos morceaux sont chantés en poular. 25% de hassanya et peu de Wolof. Lorsque que vous aurez écouté notre album, vous en conviendrez avec moi que Diam Min Tekky ne chante pas uniquement en poular. Sur scène aussi, on utilise toutes les langues.

 

Le Rénovateur Quotidien : On a remarqué qu’à chaque fois vous êtes sur la scène, vous aimez ramollir les policiers. Expliquez-nous un peu pourquoi ? 

Mar de Diam Min Tekky : La police ? C’est l’ennemi de la jeunesse. C’est des gens qui aiment toujours déranger. Vous voyez là (il montre une plaie cicatrisée), c’est un policier qui m’a blessé gratuitement. Après la sortie de notre premier album ‘Gonga’ (la vérité) en février 2007, on a eu pas mal d’ennuis avec la police. Et pour cause : l’album était trop engagé. Vous savez qu’en Mauritanie, la démocratie n’existe pas et la liberté d’expression aussi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et qu’est-ce qui vous fait dire que la liberté d’expression et la démocratie n’existent pas en Mauritanie ?  

Mar de Diam Min Tekky : La raison est toute simple ! C’est parce que, moi en tant qu’artiste, lorsque je dis certaines réalités, on me menace en essayant de m’intimider. Personnellement, j’ai été victime à plusieurs reprises de ces intimidations qui ne feront que raffermir notre position dans la lutte contre les injustices en Mauritanie. On nous a emprisonnés pour nos idées, nos prises de position sans ambiguïté. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Cela vous enchante-t-il de voir tout le temps le public, à chaque fois que vous êtes sur scène, entonnait ‘Diam Min Tekky’ ? 

Mar de Diam Min Tekky : On ‘kiffe’ le public d’une manière inexplicable. Lorsque nous sommes sur scène, on leur dit leurs problèmes. Cette symbiose qui existe entre nous et le public mauritanien, c’est comme par exemple lorsque quelqu’un écoute son griot lui chanter ses louanges, n’est-ce pas il est heureux. Nous aussi, c’est pareil et réciproque. Si, on a du courage à aller de l’avant, c’est grâce en partie à eux.  

 

Le Rénovateur Quotidien : Pensez-vous que le Rap mauritanien peut connaître une nouvelle tournure allant dans un sens positif ? 

Mar de Diam Min Tekky : Nous sommes optimistes. L’essentiel, c’est de montrer aux autres qu’on peut rivaliser avec eux. Ce qui nous manque, c’est d’avoir des coups de main de la part des autorités, de diffuser le Rap. Je pense par exemple que des événements comme «Assalamalékoum Hip Hop Festival » sont à multiplier. C’est une idée que nous avons appréciée à sa juste valeur. C’est aussi une étape dans le développement du Hip Hop en Mauritanie. On sera tout le temps présents lorsqu’il s’agira de porter haut le porte-étendard du Hip Hop mauritanien en dehors de nos frontières.  

 

Le Rénovateur Quotidien : Diam Min Tekky a-t-il un rôle à jouer dans l’unité nationale puisque vous êtes des leaders d’opinion ? 

Mar de Diam Min Tekky : Parfaitement et comme tout bon citoyen épris de paix. Toutefois, il serait fallacieux de penser que les choses qui sont à l’origine de ce que nous vivons ont bougé d’un iota. Des choses se sont passées ! Là-dessus, il faut qu’on éclaircisse notre lanterne. On dépend du passé pour mieux vivre le présent. Pourquoi, à l’école, on nous dit que l’indépendance de la Mauritanie, c’est le 28 novembre ? NON. On ne va jamais oublier le passé. Ceci dit, nous ne sommes pas contre l’unité nationale. Mais, pour que cette unité existe, il faut que les cœurs soient rassurés. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Diam Min Tekky est connu pour son engagement. Cela ne vous a pas valu une certaine mise à l’écart ? 

Mar de Diam Min Tekky : Si ! Mais, nous sommes là pour le peuple. Si, nous étions là pour nous-mêmes, ce serait autrement. Pendant les élections, les politiciens viennent nous voir pour nous proposer des millions pour qu’on fasse des chansons pour eux. Ils savent qu’il y a un public derrière nous. L’argent ne nous épate pas. En plus, cela ne nous effraie pas de savoir qu’on nous surveille comme du lait sur du feu. 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

( 21 septembre, 2008 )

Violences à l’égard des femmes

Un phénomène de plus en plus grandissant en Mauritanie ! 

 

C’est un secret de polichinelle : la Mauritanie, en matière de violences exercées à l’égard des femmes, fait partie des mauvais élèves. Un jour ne passe sans que la presse n’en fasse ses choux gras. D’où l’inquiétude grandissante des organisations de défense des droits de la femme. «La violence s’accentue dans ce pays de jour en jour. Personne n’est à l’abri de la violence et particulièrement les femmes parce qu’elles constituent la couche la plus vulnérable (de la société) », s’inquiète Aminétou Mint El Moctar, présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille (AFCF). 

 

Les violences à l’égard des femmes constituent à nos jours un sujet tabou dans la société mauritanienne. C’est pour vaincre ce signe indien que l’Association des Femmes Chefs de Famille en partenariat avec le FLM a organisé le week-end dernier une journée de formation sur les violences contre les femmes au profit des juges, des avocats et des hommes de sécurité. «Parler des violences faites à l’égard des femmes, c’est parler de nos réalités, pense madame Aïssata Salgui Sy, coordinatrice de l’Initiative pour la Promotion de l’Education Citoyenne et du Dialogue Politique(IPCD). Nous devons réfléchir à cette situation qui prévaut actuellement. Nous devons nous interroger pourquoi y’a-t-il de plus en plus de violences faites à l’égard des femmes. » 

 

Un détour sur les statistiques montre combien le phénomène est devenu sérieux et inquiétant. En effet, en 2000, plus d’un million de personnes en partie des femmes, à travers le monde, sont décédées suite à un acte de violences. Et, nul n’ignore l’impact de ces violences sur la santé, l’environnement, le développement, la qualité de la vie et le bien-être social. En Mauritanie, faute de statistiques, il est impossible de dire avec exactitude le nombre de cas de violences faites à l’égard des femmes. Cependant, la situation semble alarmante. «Les femmes battues se présentent par dizaine chez nous. C’est des victimes qui viennent nous voir pour chercher secours et l’encadrement. Elles cherchent à être orientées et à être accompagnées dans les violences qu’elles subissent », renseigne Aminétou Mint El Moctar. 

 

Lorsqu’il s’agit de ratifier ou de signer des conventions internationales, la Mauritanie est championne dans ce domaine. Mais quand il s’agit de les appliquer, bonjour les obstacles. Parallèlement à cela, la police et la justice ne facilitent pas la tâche aux associations de défense des droits de la femme. Les plaintes qu’elles déposent souvent à la brigade mixte n’aboutissent pas. Ce sont les victimes qui en pâtissent en premier lieu. «Toutes les portes sont closes devant elles, s’indigne la présidente de l’AFCF. A la police comme à la justice. Elles sont découragées même de poser leur problème. Maintenant, elles se taisent sur les plus grandes violences dont elles sont victimes. Elles ne savent pas à qui se confier. Elles sont abandonnées à leur sort. Elles ne sont pas écoutées. Plus grave encore, elles sont menacées par la police. » 

 

C’est pour améliorer cette image que cette journée de formation a été organisée dans le but de sensibiliser les personnes concernées par ce phénomène. La négligence des autorités notamment celles de la police qui ferment les yeux sur cette plaie ouverte qu’est le phénomène des femmes violentées a été rudement dénoncée. En outre, jusqu’à ce jour, il n’y a pas de structures d’insertion pour les femmes victimes de violences. Non plus, il n’y a pas de juridictions ou de lois spécifiques, comme au Maroc par exemple, qui permettent de traiter le phénomène des violences faites à l’égard des femmes convenablement et lui apporter des solutions adéquates. Pour autant, on peut assister ces femmes-là juridiquement. «Il y a quand même, malgré tout, dans le code Pénal et la constitution, des règles qui permettent de traiter le problème judiciairement dans le cadre de la répression de la violence en général et des agressions contre les individus de droit commun », précise Ahmed Bezeid O. El Mamy. 

 

Aux yeux de maître Bilal O. Dick, avocat à la cour, on peut améliorer voire changer la situation des femmes victimes de violences notamment sur le plan juridique d’abord en révisant les textes. «Tous les textes qui régissent le domaine des violences sont des textes qui ne sont pas précis. Les jugements qui sont souvent rendus ne sont pas tout à fait concordants avec la réalité. Ce n’est pas dû à l’incompétence du juge. C’est peut être dû à l’interprétation qu’il fait du texte dans la mesure où les textes ne donnent pas une position précise de ce phénomène », fait-il remarquer. 

 

Souvent, les auteurs de ces violences ne sont pas inquiétés ou les peines sont légères. «La grande partie des jugements que nous avons, c’est des jugements qui sont de 2 à 3 ans avec une réparation de la victime de 100.000 UM. Nous estimons que c’est très insignifiant », soutient maître Bilal O. Dick. «Les policiers et les magistrats sont de mentalités d’antan. Ils ont des considérations sur la femme qui relèvent de la mentalité médiévale. Pour eux, la femme est parfois elle-même la source des problèmes. Malheureusement, pour ce qui concerne les violences à l’égard des femmes, les autorités policières et judiciaires sont toujours méfiantes », confie maître Ahmed Bezeid O. El Mamy. «Il faut que les juges et les policiers mesurent l’impact de ces violences pour aider les victimes à les surmonter », a lancé Aminétou Mint El Moctar. 

 

La prise en charge des femmes victimes, la lutte contre l’impunité, l’assouplissement des procédures juridiques, l’application de la loi et surtout son harmonisation avec les conventions internationales ratifiées par la Mauritanie peuvent constituer des étapes importantes dans l’éradication du phénomène des violences exercées à l’égard des femmes. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

 

( 25 septembre, 2008 )

Violences à l’égard des femmes

Un phénomène de plus en plus grandissant en Mauritanie ! 

 

C’est un secret de polichinelle : la Mauritanie, en matière de violences exercées à l’égard des femmes, fait partie des mauvais élèves. Un jour ne passe sans que la presse n’en fasse ses choux gras. D’où l’inquiétude grandissante des organisations de défense des droits de la femme. «La violence s’accentue dans ce pays de jour en jour. Personne n’est à l’abri de la violence et particulièrement les femmes parce qu’elles constituent la couche la plus vulnérable (de la société) », s’inquiète Aminétou Mint El Moctar, présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille (AFCF). 

 

Les violences à l’égard des femmes constituent à nos jours un sujet tabou dans la société mauritanienne. C’est pour vaincre ce signe indien que l’Association des Femmes Chefs de Famille en partenariat avec le FLM a organisé le week-end dernier une journée de formation sur les violences contre les femmes au profit des juges, des avocats et des hommes de sécurité. «Parler des violences faites à l’égard des femmes, c’est parler de nos réalités, pense madame Aïssata Salgui Sy, coordinatrice de l’Initiative pour la Promotion de l’Education Citoyenne et du Dialogue Politique(IPCD). Nous devons réfléchir à cette situation qui prévaut actuellement. Nous devons nous interroger pourquoi y’a-t-il de plus en plus de violences faites à l’égard des femmes. » 

 

Un détour sur les statistiques montre combien le phénomène est devenu sérieux et inquiétant. En effet, en 2000, plus d’un million de personnes en partie des femmes, à travers le monde, sont décédées suite à un acte de violences. Et, nul n’ignore l’impact de ces violences sur la santé, l’environnement, le développement, la qualité de la vie et le bien-être social. En Mauritanie, faute de statistiques, il est impossible de dire avec exactitude le nombre de cas de violences faites à l’égard des femmes. Cependant, la situation semble alarmante. «Les femmes battues se présentent par dizaine chez nous. C’est des victimes qui viennent nous voir pour chercher secours et l’encadrement. Elles cherchent à être orientées et à être accompagnées dans les violences qu’elles subissent », renseigne Aminétou Mint El Moctar. 

 

Lorsqu’il s’agit de ratifier ou de signer des conventions internationales, la Mauritanie est championne dans ce domaine. Mais quand il s’agit de les appliquer, bonjour les obstacles. Parallèlement à cela, la police et la justice ne facilitent pas la tâche aux associations de défense des droits de la femme. Les plaintes qu’elles déposent souvent à la brigade mixte n’aboutissent pas. Ce sont les victimes qui en pâtissent en premier lieu. «Toutes les portes sont closes devant elles, s’indigne la présidente de l’AFCF. A la police comme à la justice. Elles sont découragées même de poser leur problème. Maintenant, elles se taisent sur les plus grandes violences dont elles sont victimes. Elles ne savent pas à qui se confier. Elles sont abandonnées à leur sort. Elles ne sont pas écoutées. Plus grave encore, elles sont menacées par la police. » 

 

C’est pour améliorer cette image que cette journée de formation a été organisée dans le but de sensibiliser les personnes concernées par ce phénomène. La négligence des autorités notamment celles de la police qui ferment les yeux sur cette plaie ouverte qu’est le phénomène des femmes violentées a été rudement dénoncée. En outre, jusqu’à ce jour, il n’y a pas de structures d’insertion pour les femmes victimes de violences. Non plus, il n’y a pas de juridictions ou de lois spécifiques, comme au Maroc par exemple, qui permettent de traiter le phénomène des violences faites à l’égard des femmes convenablement et lui apporter des solutions adéquates. Pour autant, on peut assister ces femmes-là juridiquement. «Il y a quand même, malgré tout, dans le code Pénal et la constitution, des règles qui permettent de traiter le problème judiciairement dans le cadre de la répression de la violence en général et des agressions contre les individus de droit commun », précise Ahmed Bezeid O. El Mamy. 

 

Aux yeux de maître Bilal O. Dick, avocat à la cour, on peut améliorer voire changer la situation des femmes victimes de violences notamment sur le plan juridique d’abord en révisant les textes. «Tous les textes qui régissent le domaine des violences sont des textes qui ne sont pas précis. Les jugements qui sont souvent rendus ne sont pas tout à fait concordants avec la réalité. Ce n’est pas dû à l’incompétence du juge. C’est peut être dû à l’interprétation qu’il fait du texte dans la mesure où les textes ne donnent pas une position précise de ce phénomène », fait-il remarquer. 

 

Souvent, les auteurs de ces violences ne sont pas inquiétés ou les peines sont légères. «La grande partie des jugements que nous avons, c’est des jugements qui sont de 2 à 3 ans avec une réparation de la victime de 100.000 UM. Nous estimons que c’est très insignifiant », soutient maître Bilal O. Dick. «Les policiers et les magistrats sont de mentalités d’antan. Ils ont des considérations sur la femme qui relèvent de la mentalité médiévale. Pour eux, la femme est parfois elle-même la source des problèmes. Malheureusement, pour ce qui concerne les violences à l’égard des femmes, les autorités policières et judiciaires sont toujours méfiantes », confie maître Ahmed Bezeid O. El Mamy. «Il faut que les juges et les policiers mesurent l’impact de ces violences pour aider les victimes à les surmonter », a lancé Aminétou Mint El Moctar. 

 

La prise en charge des femmes victimes, la lutte contre l’impunité, l’assouplissement des procédures juridiques, l’application de la loi et surtout son harmonisation avec les conventions internationales ratifiées par la Mauritanie peuvent constituer des étapes importantes dans l’éradication du phénomène des violences exercées à l’égard des femmes. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

 

( 25 septembre, 2008 )

Portrait de Birame Ould Dah Ould Abéid

Un adepte de la franchise et du franc-parler comme Birame Ould Dah Ould Abéid ne manque pas d’adversaires dans un pays comme la Mauritanie dirigée par des bonimenteurs, des hypocrites, des tribalistes, des esclavagistes, des racistes, des traditionalistes, des arrivistes, des ethnicistes et des exclusivistes de tout genre. «C’est le prix de l’engagement à payer », explique-t-il. 

Ses prises de position contre certaines injustices et pratiques sociales et religieuses lui ont valu d’être considéré par l’Etat mauritanien  comme un élément subversif de la société mauritanienne. «Très tôt, dans ma jeunesse, j’ai été fiché et mis en quarantaine », raconte-t-il. Cet agitateur n’a jamais été en odeur de sainteté auprès des pouvoirs publics. Malgré ses diplômes et son parcours, on le privera de ses droits. En 2004, il sort major du concours de l’ENA de Paris. A la place d’une reconnaissance de la République, il aura droit à une marginalisation. 

Malgré ces crocs-en-jambe et ces anicroches, Birame Ould Dah Ould Abéid, en bon musulman, ne faillit pas mais continue à croire en son combat : celui de la justice et de l’égalité entre tous les citoyens mauritaniens sans distinction de communauté. Aujourd’hui, il est l’une des personnalités, dans le domaine des droits de l’homme, les plus en vue en Mauritanie.

Contrairement à certains droits-de-l’hommistes de la place, au lieu de vivre dans les quartiers chics de Nouakchott comme Tévragh-Zéina, Las Palmas, E-Nord, il a préféré vivre à PK, à quelques mètres du carrefour Bamako. «C’est dans les quartiers populaires qu’on retrouve les franges les plus humbles de la société. Je suis issu de ce milieu. La grande partie de mon combat est destiné à ce milieu », se justifie-t-il. 

Descendant d’esclave, de par sa grand-mère maternelle qui a été capturée pendant les guerres samoriennes au Soudan, l’actuel Mali, le cœur de Birame Ould Dah Ould Abéid ne se gonfle pas pour autant d’amertume. Au contraire, cette situation de descendant d’esclave, dit-il, il le vit comme un stimulant à ne donner aucune concession à l’injustice sans faiblir en guise de mémoire à sa grand-mère maternelle qui a été écoulée au Trarza comme une marchandise puis achetée par un riche commerçant maure. 

Mais Birame Ould Dah Ould Abéid est-il un esclave ? «Pour la société dans laquelle je vis, répond-il en soupirant, je suis classé dans la catégorie des esclaves et des anciens esclaves avec tout ce que cela découle comme mépris, stigmatisation, préjugés et supériorité sur nous qu’ont les groupes dominants dits nobles qu’ils soient arabo-berbères ou négro-africains. » 

Né en 1965 à Dagana (en Mauritanie), l’actuel Jidrel Mohguen où il a passé la totalité de sa jeunesse, Birame Ould Dah Ould Abéid est issu d’une famille modeste. Propriétaire terrien et de bétail, son père faisait parallèlement du commerce entre le Sénégal et la Mauritanie. Après l’obtention de son baccalauréat, il entre dans l’administration judiciaire en tant que greffier. Sa soif de découverte et de connaissance le pousseront plus tard à s’inscrire à l’Université de Nouakchott où il y sortira avec une maîtrise en droit. 

Ensuite, direction : l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar pour faire un Diplôme d’Etudes Supérieures (D.E.A.) en droit. Actuellement, il est doctorant. Ainsi donc, accumuler des diplômes, tel semble être parmi ses sports favoris. «J’aime les études et surtout les études sociologiques et historiques », dit-il en ajoutant : «C’est par rapport au combat contre l’esclavage et les autres injustices (que je mène). J’ai embrassé ces études pour étoffer encore ma connaissance sur ces phénomènes que je combats et pour pouvoir avoir un avis d’expert en la matière. » 

Grand sympathisant du mouvement El Hor, Birame Ould Dah Ould Abéid a très tôt milité dans les mouvements d’élèves et étudiants avant de déposer ses baluchons à l’UFD/Ere Nouvelle, dirigée à l’époque par Ahmed Ould Daddah. C’était le parti d’opposition qui était en vogue. Mais, son passage dans ce parti ne sera que de courte durée. «Je l’ai quitté en 1993 lorsque j’ai constaté qu’elle était devenue un parti dans lequel s’est installé le système social mauritanien que je décris », explique-t-il. 

Pour la petite histoire, après avoir claqué la porte de l’UFD/Ere Nouvelle, il se présente donc, pensant qu’il peut faire le poids devant le PRDS (Parti Républicain Démocrate et Social, Ndlr), comme un candidat indépendant à la mairie de Nouadhibou aux élections municipales de Janvier 1994. «(Ma) candidature s’est terminée en échec », révèle-t-il. «Cela a raffermi ma conviction à poursuivre la lutte (contre le système social mauritanien)», croit-il. 

Déçu, il semble ne plus croire à l’efficacité et à l’action des partis politiques. «Tous les partis politiques, affirme-t-il, portent en eux-mêmes une dose d’héritage de notre système social et idéologique. Surtout, une dose d’insanité propre à notre société à savoir l’hypocrisie, le culte de la personnalité, les non-dits et les coups bas ». Difficile donc pour lui de s’acclimater dans un tel environnement. Dans une société comme la nôtre fortement caractérisée par les combats de positionnement et d’opportunisme, lui, il préfère ne pas aliéner son indépendance et sa liberté d’esprit et de pensée. «C’est à ce moment que je peux jouer mon véritable rôle », pense-t-il. 

En politique, il ne dérobe pas son admiration et son soutien à Messaoud Ould Boulkhéir, président de l’APP (Alliance Populaire Progressiste), qu’il considère comme étant son père spirituel même s’il n’a jamais eu la chance de le côtoyer tout près. «Mais, j’ai appris à travers  ses discours, confie-t-il, ses positions et sa trajectoire, la manière dont un citoyen comme moi descendant d’esclave devrait se comporter. » 

Il apprécie à sa juste valeur le compagnonnage de Messaoud Ould Boulkhéir avec Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi depuis son élection du 19 avril 2007. Car, pense-t-il, cette sympathie insuffle au pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, une dose d’humanité, d’humilité et d’attention aux plus pauvres. «Messaoud Ould Boulkhéir est une caution morale très importante pour le pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Cette caution, quand elle disparaît, la position de beaucoup de mauritaniens sera reconsidérée vis-à-vis du pouvoir », prédit-il. 

Ce que la politique ne lui a pas donné, c’est les droits de l’Homme qui vont le lui donner : la célébrité. C’est dans les droits de l’Homme qu’il va retrouver ses repères, se faire découvrir aux yeux du monde. Désormais, lui qui a toujours refusé l’aliénation et la domination, il va pouvoir agir sans contrainte électoraliste, ethnisciste ou communautariste. L’Homme est désormais au cœur de son combat. 

Mais… «La culture des droits de l’Homme est extrêmement minoritaire pour ne pas dire inexistante, s’indigne-t-il amèrement. L’idéologie qui gère la mentalité des hommes et femmes de ce pays est réfractaire aux droits de l’Homme autant dans ses interprétations religieuses que dans ses us et coutumes. Il y a aussi la tradition des pratiques administratives, judiciaires et policières qui laissent à désirer. L’idéologie sociale perçoit les droits de l’Homme comme une vague d’invasion civilisationnelle et culturelle de l’Occident qui vient éclabousser, déraciner et mettre sous sa coupe la culture nationale. Certains mauritaniens ne savent pas que les droits de l’Homme sont des valeurs universelles qui sont seules capables de faire le bien être de tous et garantir la paix civile et l’Etat de droit. » 

Son activisme dans le combat des droits de l’Homme en Mauritanie absorbe énormément son temps. Lui-même, il le reconnait. Il n’a pratiquement pas de vie de famille. «Les plaintes sont tellement nombreuses. Nous sommes régulièrement sollicités par les victimes, par les parents des victimes. Il n’y a aucun répit. Nous n’avons aucune possibilité de pouvoir jouir d’un temps pour la lecture et la famille. Les victimes sont souvent dans des conditions graves et interpellantes », raconte-t-il. 

Dans sa famille, chacun est devenu un militant des droits des droits de l’Homme à force de côtoyer les victimes. Sa maison se transforme souvent en foyer d’accueil et d’écoute pour ces dernières. Sans l’appui de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et de S.O.S. Esclaves, Birame Ould Dah Ould Abéid aurait certainement croulé comme un château de cartes depuis belle lurette. Actuellement, il semble avoir le vent en poupe. Et rêve-t-il déjà la tête de ces deux organisations ? «Pas du tout ! Boubacar Ould Messaoud comme Messaoud Ould Boulkhéir sont des monuments indispensables vu leur qualité, leur combativité, leur persévérance et leur courage. Autant, l’un est indispensable au mouvement des droits de l’Homme et surtout à la lutte anti-esclavagiste; autant, l’autre l’est en politique(…) », pense-t-il. 

En direction de Mohamed Saïd O. Homedi, président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme(CNDH), il ne tarit pas d’éloges. «Mohamed Saïd O. Homedi est un homme mûr, un démocrate et un homme de lettres. Je ne prétends pas qu’il est militant parce qu’il ne l’est pas. C’est un homme consensuel, un modérateur et un fédérateur des différentes mouvances de la CNDH qui étaient à l’origine des mouvances très opposées et à couteaux tirés. Mais, son prestige, son talent, sa capacité de modération et son tact à lui ont pu rapprocher les gens », témoigne-t-il. 

Birame Ould Dah Ould Abéid a mal lorsqu’il voit la communauté arabo-berbère détenir seule les leviers de commande du pays en paraissant  insouciante et insensible aux dangers qui couvent au sein de la communauté négro-africaine martyrisée et harratine populeuse et paupérisée. «Cela peut nous amener dans des situations extrêmement graves et regrettables », craigne-t-il. «Rien n’est fait par les pouvoirs publics pour essayer de garantir la paix civile. Cela passe d’abord, cette paix civile, par l’édification d’un système judiciaire fiable et équitable, par le partage des richesses d’une manière juste, par le diagnostic clair et net, sans ambages ni tabou, des phénomènes et anachronismes qui rongent la société (mauritanienne) », regrette-t-il tout en s’indignant de la démission des pouvoirs publics sur cet état de fait dangereux. 

Aujourd’hui, Birame Ould Dah Ould Abéid ne rêve que d’une seule chose : avoir des compagnons de lutte qui croient comme lui à la même cause et prêtent à se sacrifier, à défier la société et le pouvoir pour imposer les droits de l’Homme en Mauritanie. Mais aussi la disparition des bidonvilles de Nouakchott, la fin des pratiques esclavagistes, la mémorialisation des victimes du génocide effectué entre 1986 et 1991 en leur dressant des sépultures décentes. Son discours radical lui vaut de temps en temps des menaces à travers le net, des violences verbales. «Ceci ne m’intimide pas », lâche-t-il. «J’ai décidé depuis que j’ai eu l’âge de 35 ans, en faisant un sermon, que je ne me tairai jamais face aux injustices », rappelle-t-il. 

Ce qu’il ne compte pas refaire non plus, c’est se réengager en politique. Et quand il parle de Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi, il ne prend pas de gants. «C’est un homme qui appartient à la communauté arabo-berbère qui domine le pays. Il a les mêmes réflexes, les mêmes idées et les mêmes positions qu’un vieux maure normal. Il n’est pas anti-esclavagiste. Il n’est pas particulièrement solidaire des victimes des violations des droits de l’Homme. Il n’est pas un homme qui tient rigueur pour la vérité ni pour l’intégrité », pense-t-il. 

Comme tout le monde, Birame Ould Dah Ould Abéid suit avec beaucoup d’attention et d’intérêt les élections présidentielles de novembre 2008. Il soutient Barack Obama donné favori. Déjà, il pense que la Mauritanie aura un jour un président noir. «Cela va se réaliser après des secousses. L’histoire va ainsi », croit-il. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 25 septembre, 2008 )

Ousmane Gangué, lead vocal de « Koodé Pinal »

«La musique mauritanienne patauge. Elle a besoin de mains fortes pour sortir de la situation actuelle où elle est » 

 

A l’occasion des dix ans de musique d’Ousmane Gangué et de son Groupe «Kodé Pinal », le Rénovateur Quotidien en a profité pour lui poser des questions relatives à sa carrière musicale, de ce qu’il pense de la situation actuelle de la musique mauritanienne et surtout de la nécessité de créer des structures propices à son développement. Et sa position par rapport au coup d’Etat du 6 août 2008. Entretien. 

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est vrai que vous êtes un grand artiste dont le talent ne fait plus l’ombre d’un doute. Toutefois, on a remarqué que vous avez du mal à vous imposer et surtout à investir dans la musique ? 

 

Ousmane Gangué : Certes, je suis connu, je fais des tournées internationales. Mais, je le fais avec les moyens du bord. Si, aujourd’hui, la musique de Ousmane Gangué est arrivée à un certain niveau de notoriété, c’est grâce à ma volonté et ma propre abnégation. Sans l’aide de personne ! Si vous jetez un coup d’œil dans le microcosme musical mauritanien, quel est cet artiste qui peut se targuer de vivre dans de très conditions enviables. Comment peut-on investir dans la musique alors qu’il n’y a aucune volonté de faire bouger les vieux réflexes ? 

Les artistes vivotent. Ils commencent à se décourager parce qu’il n’y a aucune perspective qui se décline devant eux. Il ne faut pas être surpris si certains artistes comme moi prennent leurs claques et leurs cliques pour aller s’installer à l’extérieur. Rien n’a été fait pour que la musique mauritanienne puisse connaître des jours heureux. La preuve, nos prédécesseurs vivent dans des conditions lamentables. Ils n’ont pas réussi à sortir du trou la musique mauritanienne. Notre génération est en train de revivre la même situation. Quoique très difficile, je vais continuer à mener le combat afin de redresser la situation moribonde dans laquelle se trouve la musique mauritanienne. Ma femme est de nationalité française. Je pourrais aller avec elle et vivre en France comme tout le monde. Mais, ce ne serait pas une bonne idée. 

A mon avis, on doit rester ici et relever les défis relatifs aux problèmes structurels que rencontre la musique mauritanienne. Je préfère demeurer en Mauritanie pour relever le niveau de notre musique. Toutefois, cela demande beaucoup de sacrifices et surtout des structures qui vont épauler la démarche des artistes. Pour que je puisse investir en Mauritanie, il faudrait que j’aie des retombées d’abord au niveau de ma musique. Que la musique que je joue soit écoutée en Mauritanie. Et, surtout qu’on arrête de prendre des griots qui prétendent être des artistes pour les envoyer à de grands festivals internationaux pour y représenter la Mauritanie. Cela ne fait que retarder la musique mauritanienne! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous en connaissez, comme vous le dites, des griots qui ont été envoyés à l’extérieur pour représenter la Mauritanie ? 

 

Ousmane Gangué : Je ne parle pas dans le vide ! Nous avons participé à un grand festival en France alors que nous n’avions même pas encore sorti un album. Cela a ébahi beaucoup de personnes. Nous avons réussi à faire connaître la Mauritanie à travers ce festival. Pour la petite histoire, certaines personnes confondaient la Mauritanie à l’Ile Maurice (Mauritus en Anglais). Pour lever cette équivoque, on a pris une carte pour pouvoir situer la Mauritanie. On avait filmé notre participation à ce festival. Le film, jusqu’à présent, dort dans les tiroirs de la télévision nationale.  Est-ce que cela va nous motiver ? NON ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : A qui la faute ? Le ministère de la Culture ? 

 

Ousmane Gangué : Je ne peux pas porter toute la responsabilité sur le dos du Ministère de la Culture. La Culture est le parent pauvre en Mauritanie. Il y en a certains qui réussissent à s’en sortir. Nous savons tous que la musique mauritanienne va mal. Et pourquoi ? Rares aujourd’hui sont les artistes mauritaniens qui peuvent décrocher des tournées internationales !

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Le Rénovateur Quotidien : Pour mieux défendre leurs intérêts, des artistes ont mis en place deux structures pour échanger des idées et voir comment ils peuvent faire pour que la musique mauritanienne connaisse des jours heureux. Qu’en pensez-vous ? 

Ousmane Gangué : Pour vous dire la vérité, ces structures n’ont aucune utilité à mes yeux. Ce n’est pas elles qui vont faire évoluer la musique mauritanienne. Il faut qu’il y ait d’abord de la stimulation et qu’on sente vraiment qu’il y a une main derrière les artistes. Cela ne demande pas grand-chose. Si par exemple, on voit un artiste qui progresse sur le plan musical, qu’on lui attribue des distinctions. Cela va pousser les autres artistes à vouloir faire mieux et à avancer de l’avant. Et je vais vous dire une autre chose par rapport à ces structures : elles sont souvent utilisées à des fins saugrenues. 

 

Le Rénovateur Quotidien : En fin de compte, la musique mauritanienne n’est-elle pas à l’image du pays, raison pour laquelle elle n’arrive pas à voler de ses propres ailes ? 

 

Ousmane Gangué : Effectivement ! Cela dit, nous, les artistes, nous allons continuer à nous battre pour porter la musique mauritanienne aux quatre coins du monde. Nous comptons sur la participation de tous les mauritaniens pour changer la situation. 

 

Le Rénovateur Quotidien : A part les rappeurs, les artistes mauritaniens sont timidement engagés. L’actualité de ces derniers jours reste dominé par le Coup d’Etat du 6 août 2008. Peut-on savoir ce que vous en pensez ? 

 

Ousmane Gangué : Moi, je suis apolitique ! Je ne suis pas derrière personne. Je suis avec celui qui est là pour œuvrer dans l’intérêt des populations, qui prône la justice et l’égalité. Je suis apolitique ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : La musique mauritanienne est aussi handicapée par l’absence de médias audiovisuels privés. Cette situation vous réjouit-elle ? 

 

Ousmane Gangué : Pas du tout ! C’est un secret de polichinelle. Les médias surtout privés sont incontournables dans le rayonnement de toute musique. Nous lançons un appel aux autorités de ce pays de libéraliser le secteur audiovisuel. Cela pourrait changer la situation actuelle dans laquelle se trouve la musique mauritanienne. Sans cela, on sera toujours parmi ceux qui traînent. Et, cela n’est pas bien pour notre pays. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Les médias publics jouent faiblement leur rôle dans le développement de la musique. Pour pallier à cela, les autorités avaient créé la TVM Plus pour entre autres, favoriser une certaine expression musicale. D’ailleurs, qu’en pensez-vous ? 

 

Ousmane Gangué : Je suis leur premier admirateur ! Malgré leurs faibles moyens, ils ont réussi à abattre un énorme travail. Si aujourd’hui, beaucoup de mauritaniens ont commencé à regarder la télé, c’est grâce à la TVM Plus. La télévision est un miroir, un reflet de la société. Les mauritaniens s’identifient à la TVM Plus parce qu’elle a su donner ce que veulent voir les mauritaniens. Si elle continue sur cette lancée, on n’aura plus besoin d’ici peu de temps de regarder les autres télévisions nationales comme la RTS. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Si on fait un feed back sur votre carrière musicale, on voit visiblement qu’ Ousmane Gangué a beaucoup évolué notamment musicalement. Ce n’est plus non plus la période des vaches maigres. La preuve, vous semblez être comblé. 

 

Ousmane Gangué : Pas encore ! La musique, comme tous les métiers, est une carrière avec des hauts et des bas. C’est vrai que nous vivons des fruits de notre musique. Mais, croyez-moi, parfois on a envie de crier : aïe ! Ce n’est pas une sinécure. Il nous arrive souvent de vouloir tout remettre en cause. Les artistes mauritaniens manquent de tout : de spectacles pour se produire, de lieux de distraction… 

 

Le Rénovateur Quotidien : Parallèlement à ces problèmes structurels, les artistes mauritaniens n’ont pas un bureau qui défend leurs œuvres. 

 

Ousmane Gangué : Personnellement, je n’ai pas ce problème. Mes œuvres sont protégées par le BSDA (Bureau Sénégalais des Droits d’Auteur). Ce serait une bonne idée que les artistes mauritaniens puissent avoir une structure capable de protéger leurs œuvres. On nous avait promis, par les autorités, de mettre en place une telle structure. Nous attendons toujours ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Certains mauritaniens ne comprennent pas toujours pourquoi vous êtes établi au Sénégal. Qu’en est-il exactement ? 

 

Ousmane Gangué : Je ne suis pas établi au Sénégal. Je travaille là-bas. Il y a des mauritaniens qui travaillent aux Etats-Unis d’Amérique. C’est pareil pour mon cas. Si j’ai du travail au Sénégal, j’y vais ! Il y a aussi une chose que j’aimerais qu’on sache. J’ai des origines sénégalaises aussi. C’est vrai que je suis un artiste mauritanien. Ce n’est pas dans mon esprit de rester uniquement en Mauritanie. NON !

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Le Rénovateur Quotidien : Vous représentez à l’image d’autres artistes comme Malouma entre autres la musique mauritanienne sur le plan international. Pensez-vous que la Mauritanie peut rivaliser avec le Mali, le Sénégal, la Cote d’Ivoire qui ont réussi à imposer leur musique hors de leurs frontières ? 

 

 

Ousmane Gangué : On est loin de là. Ces pays-là, contrairement à nous, se sont investis dans le développement de leur musique en mettant les structures qu’il faut. Ces pays-là ont favorisé leurs artistes, leurs traditions et leurs cultures. En Mauritanie, nous avons mis les charrues avant les bœufs. La preuve, les mauritaniens continuent à s’abreuver de leurs musiques. On n’investit pas sur les artistes mauritaniens. On préfère appeler un artiste étranger et lui payer plus d’un million d’ouguiyas que de prendre Ousmane Gangué. C’est là où se situe d’abord le malaise de la musique mauritanienne.   

 

Le Rénovateur Quotidien : A quelques heures de la célébration de vos dix ans de carrière musicale, comment vous sentez-vous ? 

 

Ousmane Gangué : Free ! Dix ans de musique, ce n’est pas dix ans de carrière. On célèbre juste les dix ans de mon groupe Kodé Pinal. C’est pour montrer aux mauritaniens que nous sommes sur la scène musicale depuis dix ans. On ne se cantonnera pas uniquement à fêter les dix ans d’Ousmane Gangué et du Kodé Pinal. Ce sera l’occasion pour nous de jeter un regard critique sur la musique mauritanienne. Car, a-t-on remarqué, elle traîne toujours par rapport à celles des pays de la sous-région comme le Sénégal. Nous avons estimé nécessaire de faire une analyse par rapport à l’évolution de la musique mauritanienne. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vos propos laissent apparaître des sentiments d’indignation. Estimez-vous que la musique mauritanienne est au fond du trou ? 

 

Ousmane Gangué : La musique mauritanienne patauge. Cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Elle a besoin de mains fortes pour sortir de la situation actuelle où elle est. En premier lieu, ce sont les artistes eux-mêmes qui sont d’abord les premiers concernés. Si la musique mauritanienne se développe, ce sera d’abord à leur avantage. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Quel bilan faites-vous de vos dix ans de musique avec votre groupe Kodé Pinal ? 

 

Ousmane Gangué : Sur le plan musical, j’ai beaucoup progressé. Mais, moralement, je ne suis pas satisfait. Un artiste ne vit que de sa musique. Or, la musique mauritanienne sombre de plus en plus dans des difficultés écoeurantes. Le sort de la plupart des artistes est triste et lamentable. Ils ont besoin d’appui pour pouvoir, surtout, progresser. Moi, personnellement, je suis mieux connu au Sénégal qu’en Mauritanie. C’est un contraste ! Les artistes mauritaniens ne représentent rien aux yeux du public. Quand les artistes étrangers viennent jouer en Mauritanie, le public répond massivement. Si c’est un artiste mauritanien, personne ne vient. Il y a problème ! Cela ne participe pas à motiver les artistes mauritaniens. C’est à nous, les artistes, de se ferrailler pour que les mentalités changent et évoluent. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Pour revenir à ce problème de notoriété dont souffrent les artistes mauritaniens, j’en prendrai comme preuve votre cas. On a remarqué par exemple, au Sénégal, vous avez réussi à vous imposer. Ce que vous n’avez pas réussi à faire dans votre propre pays. Comment pouvez-vous expliquer cela ? 

 

Ousmane Gangué : C’est une situation qu’on a du mal à comprendre. Je pense que c’est dû essentiellement à la mentalité mauritanienne. Les mauritaniens éprouvent un complexe d’infériorité sur le plan musical par rapport aux autres pays qu’ils soient africains ou arabes. Même sur le plan sportif, ils en souffrent. Tant que cet état d’esprit va demeurer, on n’ira pas loin. C’est ce manque de considération qui fait que la musique d’Ousmane Gangué n’a pas réussi véritablement à s’imposer. Le showbiz au Sénégal est rude. Et, pourtant, j’ai réussi à m’imposer. Cela veut dire que la musique d’Ousmane Gangué marche très bien. Le problème est à rechercher au niveau du public et non du coté des artistes. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez décidé de fêter vos dix ans de carrière musicale sous le haut patronage de Ahmed Hamza Président de la Communauté Urbaine de Nouakchott et le parrainage de Baba Maal et Youssou Ndour. Volonté d’impressionner ou simple invitation ? 

 

Ousmane Gangué : Pour ce qui est de Hamza, non seulement je le considère comme un maire, mais c’est une personne que j’admire énormément. Je n’ai pas à me dérober. Hamza est un monsieur qui a beaucoup fait pour moi. En retour, je lui dois le minimum de considération et de sympathie. Je n’ai pas froid aux yeux de le dire : c’est grâce à lui que j’ai pu organiser mes dix ans de carrière musicale. Youssou Ndour : je travaille avec son label (Jololi). Ce ne serait pas élégant, si je ne l’avais pas convié à cette fête. Baba Maal, c’est une icône pour moi. Quelqu’un qui a su porter la culture poular à travers le monde. Je le considère comme une idole. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Cela fait presque 3 ans que vos fans attendent la sortie de votre deuxième album. Est-ce que cela est dû à un manque d’inspiration ? 

 

Ousmane Gangué : Avec le label de Youssou Ndour, on ne sort pas sur une prise de tête un album. Non ! Ensuite, je ne vois pas l’opportunité ou l’avantage de sortir des albums coup sur coup. A la limite, cela peut lasser les consommateurs. Il y a aussi une chose à comprendre : ce n’est pas la sortie d’un album qui va faire les affaires d’un artiste. La plupart des artistes qui sortent coup sur coup des albums n’ont pas d’orchestre. Je ne suis pas pressé de sortir mon deuxième album. Mon contrat avec Jololi va expirer d’ici deux ans. Je verrai si je peux continuer ou non ! 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye NDiaye 

 

( 26 septembre, 2008 )

Le Hip Hop Mauritanien:Etat des lieux d’une musique en mal de reconnaissance ?

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La Mauritanie n’est pas seulement le pays d’un million de poètes. C’est aussi le pays où des milliers de jeunes veulent devenir des rappeurs. Mais les autorités de ce pays répugnent encore à accorder du crédit au Hip Hop. Tel est le constat !

Et les acteurs de ce mouvement musical ne semblent pas pardonner ce désintéressement et négligence de la part du Ministère de la Culture qui ne joue pas, à leurs yeux, son véritable rôle d’appui et d’organisateur. C’est ce manque de considération qui a poussé certains à soutenir mordicus que le Hip Hop est le parent pauvre de la musique mauritanienne.  

Et pourtant,  les concerts de Hip Hop sont incontestablement les seuls spectacles qui drainent un monde fou à Nouakchott comme à l’intérieur du pays. «Pourquoi donc continuer à ignorer cette musique », s’interroge Khalzo. «Le Hip Hop comme la musique en général peut être une source d’enjeux financiers avec des retombées socio-économiques incalculables. Il peut alimenter des studios d’enregistrement, favoriser le show-biz et participer à la mise en place d’une véritable industrie culturelle », souligne-t-il.                              

Lorsqu’on parle de Hip Hop, on pense aussitôt que c’est une musique de jeunes, une musique de revendication. «Le Hip Hop est une musique militante. Elle contribue à promouvoir certains aspects, certains droits, certaines revendications de la jeunesse », déclare Georges Lopez dit Dj Gee Bayss, à l’occasion de sa présence à la première édition du «Festival Assalamalekoum Hip Hop » de mai 2008.

«Le Hip Hop, rappelle Dj Khalzo, n’est pas, contrairement à ce que pensent certaines personnes, une musique qui favorise la dépravation de notre jeunesse. Il s’agit d’un courant musical qui a pour objectif d’éduquer la jeunesse, de la sensibiliser sur les problèmes de l’heure en tentant, à travers des messages, d’inculquer l’amour de la patrie, le sens de l’honneur, la nécessité de préserver l’environnement et bien d’autres valeurs essentielles pour la construction du pays. »

Certains diffuseurs, à l’image de Dj Gee Bayss, s’intéressent à la Mauritanie depuis de bonnes années. C’est que notre pays regorge d’importants nids de rappeurs talentueux. Ce dernier a produit de nombreux jeunes rappeurs mauritaniens. Grâce à lui, ces derniers se sont fait connaitre au niveau du Sénégal et sur le plan international.

«Le Hip Hop mauritanien à travers moi peut avoir une plate forme d’expression », avait-il déclaré. Aux yeux de Monza, le Hip Hop était une sous-culture que certains mauritaniens avaient du mal à adopter. « Mais grâce à certains artistes, le hip hop s’est aujourd’hui imposé de lui-même en tant que musique et genre à part de la musique mauritanienne », s’enorgueillit-il.

Et le Hip Hop naquit… 

C’est au milieu des années 90, qu’a commencé véritablement le Hip Hop en Mauritanie. Au fil des années, ce mouvement a fini par s’imposer lui-même un peu partout dans le pays et notamment à Nouakchott où fleurissent d’importants nids de jeunes rappeurs et des groupes de rap : Rue Publik, Diam Min Tekky, Ewlade Leblad, Military Underground, Minen Tèye, Waraba, MC Go, Number One African Salam, Adviser, Bad’s Diom, Big Diaz, Habobé Bassal, Youpi for Ever, Cee Pee, Paco Leniol, Franco Man, Laye B, MD Max…

Mais, c’est à partir de 2007, avec la sortie du 1ier album de Diam Min Tekky(Gonga), d’Ewlade Leblad(Adatne), de la Rue Publik(Incontextablement) et de Military Underground(Au Secours en 2008) que la mayonnaise Hip Hop mauritanien a commencé vraiment à intéresser les gens et à gagner notamment la sympathie des jeunes mauritaniens en mal d’occupation et de loisirs.                                                                                                         

Les années 2007 et 2008 marqueront un tournant décisif dans l’évolution du mouvement Hip Hop en Mauritanie. Le Hip Hop semble pousser des ailes. Désormais, rien ne peut l’appréhender. Dans les concerts, le public répond massivement. Comme en témoigne ceux organisés au Centre Culturel Français et notamment la Première édition de «Assalamalekoum Hip Hop Festival ».

Mais, c’est à partir de 2004, que le Hip Hop en Mauritanie commence à se professionnaliser avec l’apparition de studios d’enregistrement, d’ingénieurs de sons. S’arrimant au rythme de l’évolution des nouvelles technologies, les rappeurs mauritaniens prennent conscience de la nécessité d’améliorer le fond et la forme de leurs textes mais surtout leur flow. 

Le Hip Hop, qui  englobe la danse, le dee-jaying et le graffiti qui est encore embryonnaire en Mauritanie, conquiert de nouveaux espaces. En effet, depuis 2000, début de son explosion avec la floraison de groupes de Rap, le Hip Hop ne cesse de se dessiner une autre trajectoire que celle qu’il avait connue jusque-là. Du moins, c’est ce que pensent certains rappeurs comme Monza, président 2 la Rue Publik.

«Dans toute sa totalité, quelque soit l’endroit où on se trouve, ce que j’ai vu et vécu, ce que j’ai pu faire et les autres aussi, me donnent une certaine conviction que le Hip Hop en Mauritanie est sur de bons rails », croit-il.

Le Hip Hop mauritanien fait face à une double difficulté. A savoir la production et la diffusion. Mais cela n’a pas empêché les rappeurs ou groupes de Rap mauritaniens de percer à l’extérieur à l’image de Military Underground, Rue Publik, Diam Min Tekky, Ewlade Leblad ou Waraba qui a participé à la compilation «AURA» regroupant différents rappeurs africains de renommée internationale dont Dj Awadi. Le Hip Hop n’est plus cette musique de voyous, cette musique malsaine et corruptrice. Et pour cause. De plus en plus, on constate un intéressement grandissant de la part de la jeunesse mauritanienne au Rap et surtout une éclosion de rappeurs ou de groupes de Rap.

Excellent canal de sensibilisation et de mobilisation, comme on le voit souvent à l’occasion des élections ou autres manifestations officielles, la place du Hip Hop est désormais une évidence dans la société mauritanienne.

A côté de la musique traditionnelle, tradimoderne ou moderne à l’image de Malouma, Noura Mint Seymali, Tahara Mint Hembara, Tiédel Mbaye, Ousmane Gangué ou Dimi entre autres, le Hip Hop, contre vents et marées, a réussi à se creuser son propre sillon. «. Les responsables politiques du pays doivent se tourner vers la jeunesse qui est un moteur de développement », demande Monza, le président 2 la Rue Publik.

Des structures défaillantes 

Au niveau de l’enregistrement, les rappeurs mauritaniens, depuis quelques temps, n’ont plus rien à envier à leurs camarades de la sous-région ou du Maghreb. Là où se situe le bât blesse, c’est au niveau de la duplication, de la distribution et de la communication.

Et, pour vendre un produit musical, il faut de la promotion et de la diffusion au niveau des médias. Sur ce point, notre pays traîne encore. Nonobstant, les efforts de la TVM Plus qui commence à diffuser des clips de Rap mauritanien, la contribution des médias officiels est très infime dans le rayonnement du Hip Hop en Mauritanie.                            

Face à cette situation criarde, certains rappeurs, comme Monza, ont trouvé la clef de la solution. «On a essayé de mettre en place des studios d’enregistrement et de production en investissant de l’argent considérable pour pouvoir nous satisfaire nous-mêmes et satisfaire aussi les autres », explique-t-il.

Ne disposant pas de structures pouvant les protéger, certains rappeurs mauritaniens se sont retournés vers la BSDA (Bureau Sénégalais des Droits d’Auteur) ou d’autres structures comme la SACEM (Société des Auteurs compositeurs et éditeurs de Musique) pour défendre leurs produits.    

A vrai dire, comment peut-on développer la musique de manière générale sans pour autant avoir au préalable des réseaux de distribution ? C’est le dilemme principal des rappeurs. Ne sachant pas que faire, ils sont astreints, pour écouler leur produit, d’organiser ce qu’on appelle «Les Concerts Dédicace ».

Et, Dieu sait que cette procédure ou méthode ne réussit pas à tout le monde. Le Hip Hop Mauritanien est bien représenté à l’étranger. En France, par B.O.B et au Sénégal, par Laye B qui y a sorti en 2003 et 2007, respectivement «Black à part » et «Sénégal-Mauritanie ».

On n’investit pas dans le Hip Hop 

Les producteurs se comptent par gouttes. Fatigués de taper à toutes les portes à chaque fois qu’il s’agit de production, certains rappeurs ont fini par se muer en producteurs. «Il n’y a pas de personnes aptes à produire.

Elles ne savent pas ce que c’est que la production. Il n’y a pas de gens qui veulent s’engager dans une structure pour investir sur des artistes en produisant leurs albums », s’indigne Monza. «Nous, les rappeurs, nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir et de travail à faire pour que les gens soient totalement convaincus de ce que nous faisons », estime Waraba alias Big Power.    

Pour certains rappeurs mauritaniens, à l’image de Waraba, qui ont eu la chance de voyager et côtoyer d’autres rappeurs africains, le Hip Hop Mauritanien  va mal. Lui aussi, il met en avant les problèmes de structures et d’organisation.

«Et pourtant, il y a des talents et des rappeurs qui font du bon boulot. Ils écrivent de très bons textes. Mais, bon ! Il n’y a pas une aide derrière », regrette-t-il. Certains pensent que le Rap doit être une musique militante et engagée. «Cela dépend des sources d’inspirations. Aujourd’hui, le Rap, rappelle Waraba, n’est pas une musique circonscrite. C’est une musique d’ouverture. Si certains pays sont en avance sur nous, c’est parce qu’ils élargissent ce qu’ils font. On est tous engagés mais de différente manière. »

Pour Mar de Diam Min Tekky, le Hip Hop en Mauritanie s’est détourné de sa voie originale. Pour lui, il y a des choses plus importantes que de faire danser les gens. «C’est là(en Mauritanie) où se trouve le racisme, l’inégalité et l’esclavage », se justifie-t-il.

Le Hip Hop Mauritanien a du mal à se départir de l’influence extérieure notamment américaine. «Les rappeurs mauritaniens plagient beaucoup. On voit un Method Man, un Awadi en Mauritanie. Cela handicape notre Rap. On doit rester des mauritaniens et créer notre propre style », pense-t-il. «Le Hip Hop Mauritanien est là pour prouver par rapport aux autres », soutient-il en pensant qu’il n’est pas encore l’heure de faire du show-business, mais, de dénoncer.

«On n’a pas le temps de faire sortir des filles habillées en string », ironise-t-il en faisant allusion aux clips américains ou sénégalais. «Si on sent que le Hip Hop en Mauritanie  ne va pas, nous ouvrir, nous les rappeurs, d’autres portes, nous allons laisser tomber et faire autre chose », lance-t-il avec défi.

Waraba est de ceux qui croient dur comme fer que le Hip Hop Mauritanien peut rivaliser avec celui des autres pays comme le Sénégal ou le Mali. «Les talents sont là. Mais cela ne suffit pas. Il faut avoir un staff derrière. Par exemple, les rappeurs maliens, ils sont bien structurés. De même que les sénégalais ou burkinabé. C’est ce qui fait qu’ils sont en avance sur nous », explique-t-il.

Aujourd’hui, malgré une évolution en termes de production, on a constaté que le Hip Hop Mauritanien ne se vent pas bien. Là où un rappeur malien, sénégalais ou burkinabé arrive à vendre 100.000 cassettes, un rappeur mauritanien ne parvient même pas à écouler plus de 1.500 cassettes. Pire encore, il n’y a pas de lieux de vente. Quand un rappeur sort son album, il est obligé de louer l’Ancienne Maison des Jeunes pour espérer vendre son produit. Dans ces conditions-là, peut-on exporter le Hip Hop Mauritanien ?

Des rappeurs comme P.A et F. Diou de Military Underground qui en ont fait l’expérience portent d’une part cette responsabilité sur le dos du Ministère de la Culture et d’autre part sur celui des artistes qui manquent, à leurs yeux, d’organisation. «Nous, les rappeurs, nous ne voyons pas aucune initiative venant d’une bonne volonté. Nous avons besoin d’appui pour que la musique Hip Hop puisse avancer notamment au niveau des ventes afin qu’on vive de notre art », affirme F. Diou. «C’est très important le fait de vendre, enchaîne P.A. On ne peut pas espérer mieux que cela. C’est la base de tout. » 

Autre problème auquel sont confrontés les rappeurs est celui de la piraterie qui les empêche de dormir à tête reposée. Le cri est partout le même chez les artistes. Là aussi, selon P.A et F. Diou, la piraterie constitue un manque à gagner considérable pour les rappeurs mauritaniens. Cela n’empêche pas qu’il y ait une ruée vers le Hip Hop de la part des jeunes.

Le Hip Hop est devenu une porte ouverte à tout le monde. «Chacun y a sa place », pense F. Diou.  Cependant, avertit-il, on devrait assainir le Rap gangrené par des musiques ou paroles pleines d’incivilité et d’insolence.

«Le rappeur est mal vu et mal jugé dans nos sociétés déjà.  Cela n’a pas sa raison d’être dans le mouvement Hip Hop mauritanien », dit-il. Pour autant, les «Hip hoppeurs » mauritaniens semblent être optimistes. «Le Hip Hop mauritanien a de l’avenir. La preuve, nos albums sont appréciés par tout le monde », déclare P.A, optimiste.

L’absence de médias privés, le peu de crédit accordé au Hip Hop par les médias officiels, le déficit structurel en termes de diffusion et de distribution, le manque de niveau et d’instruction participent au retard de l’explosion du Hip Hop en Mauritanie. En outre, au niveau de la tonalité et du groove de la musique, la qualité pose problème parce que les studios ne disposent pas de machines de masteurisation.   

Babacar Baye Ndiaye  

( 27 septembre, 2008 )

Le mutisme de Ely sur la crise actuelle, la liberté d’expression, les mouvements de soutien au HCE…au menu des discussions entre la presse indépendante et les responsables du FNDD autour d’un Ftour

Autour d’un Ftour, les responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) ont dégouliné toute leur amertume sur le dos du Haut Conseil d’Etat dirigé par le Général Mohamed O. Abdel Aziz, tout en bivouaquant sur leur position : le retour de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi au poste de Président de la République. La Mauritanie, depuis le coup d’Etat du 6 août dernier, est divisée en deux camps : les pro-putschistes et les légalistes. Ceci a créé un climat de tiraillements, de confusion dans l’esprit des populations et de chasses croisées entre ces deux camps. «Nous ne sommes pas à l’origine de ce qui s’est passé », a dégagé d’un revers de la main Boïdiel Ould Homeïd, ancien ministre Secrétaire Général de la Présidence de la République et actuel Secrétaire Général du parti PNDD-Adil.

Cette rencontre informelle entre la presse indépendante et les responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) fut une occasion de parler du rôle que doit mener la presse nationale mauritanienne dans la crise politique actuelle que traverse la Mauritanie, faute de dépassement et surtout de dialogue franc entre les interlocuteurs, chacun renvoyant la responsabilité sur le compte de l’autre camp.

Après avoir salué la présence de la presse à ce Ftour, Boïdiel Ould Homeïd a souligné la nécessité pour la presse nationale de participer à l’amélioration de notre système politique en y jetant un regard critique par rapport à ce que nous vivons présentement et ce qui a été réalisé par les régimes précédents c’est-à-dire sur notre expérience démocratique.

Entre les journalistes et ceux qui réclament vaille que vaille le retour de la légalité constitutionnelle, l’atmosphère était plutôt détendue et bon enfant. Certains responsables même du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) en ont profité pour dévoiler leurs qualités d’humouristes.

Plus qu’une rencontre informelle, le Ftour organisé solennellement par le Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) était destiné à faire les yeux doux à la presse écrite indépendante. D’ailleurs, ce ne sont pas les éloges qui ont manqué, ce 25 septembre à l’hôtel Chinguetty Palace (Pub gratuite). «La liberté de presse est un bien précieux pour la démocratie. Il faut que la presse soit libre. Mais, il faut qu’elle soit aussi sérieuse pour qu’elle soit responsable. Il faut qu’elle soit courageuse, qu’elle fouille et dise la vérité », lâche Ladji Traoré, Secrétaire Général de l’Alliance Populaire Progressiste qui n’a pas manqué de souligner, en citant Nelson Mandela, que la presse doit tenir un rôle de redresseur vis-à-vis des acteurs de la vie publique.

Aujourd’hui, la Mauritanie est dans une mauvaise passe. Et, est-ce que le Front National pour la Défense de la Démocratie(FNDD) serait-il disposé à faire des concessions pour sauver notre pays d’une situation inextricable qui compromettrait son unité nationale et sa cohésion sociale ?

Les responsables du FNDD ont préféré renvoyer la réponse au Haut Conseil d’Etat (HCE) et à ses thuriféraires qu’ils accusent d’usurpateurs. Sur ce point, Boïdiel Ould Homeïd a fait savoir qu’il n’y a pas de dialogue à engager avec le HCE. En outre, les responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) ont fustigé l’exploitation pernicieuse et abusive que le Général Mohamed Ould Abdel Aziz est en train de faire de notre charte fondamentale.

Depuis le coup d’Etat du 6 août dernier, l’ancien président du Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD) n’a pas fait de déclaration officielle pour condamner ou approuver ce coup d’Etat. Mieux encore, depuis son retour de l’extérieur, il s’est emmuré dans un silence imperceptible. Et, cela inquiète les responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD). «Est-ce que vous avez entendu parler d’une quelconque expression de Ely sur ce sujet, sur ce qui se passe actuellement. Lui ! On dit que c’est le père de la démocratie mauritanienne. Et, l’enfant est en train d’être malmené. Donc, son papa doit crier, doit réagir », déclare Mohamed Ould Maouloud, président de l’Union des Forces de Progrès, avec beaucoup d’ironie.

Toujours, en marge de ce Ftour, les responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) s’en sont pris ouvertement au Qatar, au Soudan et à la Libye qui ont adressé des lettres de félicitation récemment au Haut Conseil d’Etat. «On vient d’avoir une véritable tragédie et ce n’est pas le moment d’adresser des félicitations. Ils devaient plutôt envoyer des condoléances », a dit Ould Maouloud en qualifiant cela de «bourde diplomatique ».

Etaient présents à ce Ftour, Jémil Mansour, président de Tawassoul, Ba Mamadou Allassane de Plej et Abdoulaye Mamadou Ba, ancien conseiller et porte-parole à la Présidence de la République avant le coup d’Etat militaire du 6 août 2008. Mais, ils n’ont pas la parole ! Après la bataille populaire, le Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) s’engage maintenant dans la bataille médiatique en faisant les yeux doux à la presse indépendante. Plus malins qu’eux, tu meurs !

Babacar Baye Ndiaye

( 27 septembre, 2008 )

Convocation de Khattou Mint El Boukhary au Sénat: »Illégale et constitue un flagrant délit » dixit Me Lô Gourmo

Les avocats de la fondation KB à savoir Me Lô Gourmo Abdoul et Moulaye Ghali Ould Moulaye Ely n’ont pas mis de temps pour réagir suite à la convocation orchestrée à la six-quatre-deux par le Sénat de l’épouse du président déchu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Khattou Mint El Boukhary, par ailleurs, présidente de la fondation KB, objet d’une enquête sénatoriale.

Au cours d’une conférence de presse tenue ce vendredi 26 septembre, Me Lô en compagnie de son collègue avocat s’en est ouvertement pris à ceux qui ont conduit l’ancienne première dame au Sénat. «Ce qui s’est passé (ce jeudi 25 septembre) est d’une extrême gravité », constate Me Lô Gourmo en fustigeant la méthode qui a été utilisée par le Sénat pour convoquer Khattou Mint El Boukhary. Ainsi donc, avec cette convocation, la Commission d’enquête sénatoriale, dont les membres viennent de prêter serment,  passe à la vitesse supérieure : obtenir des aveux de la part de Khattou Mint El Boukhary, sur la gestion et les modes de financement de sa fondation.

Pour amener Khattou Mint El Boukhary devant la Commission d’enquête sénatoriale, les éléments de la garde nationale et de la police nationale furent mobilisés comme dans un Polar. Ce comportement digne d’un Etat policier et militaire traduit aux yeux de Me Lô Gourmo la faillite et l’effondrement de l’Etat de Droit en Mauritanie. «On est en train d’assister à un trou noir des libertés dans lesquelles nos droits se sont engouffrés », regrette-t-il.  Dramatisant la manière dont l’épouse du président déchu a été convoquée, Me Lô Gourmo y voit déjà le début d’une clochardisation de nos institutions représentatives. 

Première du genre, la convocation de Khattou Mint El Boukhary, a rappelé Me Lô Gourmo, est un véritable cas de conscience. «On n’a jamais vu un Sénat dans le monde où il y a des immunités dans lesquelles ce qui s’est passé ce jeudi auraient pu se passer. Un Sénat dans lequel, une police s’installe, une garde s’installe pour frapper, chasser les gens y compris des sénateurs empêchés d’accéder (au Sénat). » 

A en croire Me Lô Gourmo qui se base sur une série de faits qu’il a qualifiés d’extrême gravité, la convocation de Khattou Mint El Boukhary au Sénat ne restera pas sans conséquence juridique. «Il y a une introduction abusive de la part d’individus (les éléments de la police) dans le demeure de la première dame sans mandat ni aucun ordre de quelque autorité reconnue dans ce pays », renseigne Me Lô Gourmo en faisant savoir que c’est un acte puni par le Code de Procédure Pénale. 

Pendant des heures, après son audition par les membres de la Commission d’enquête sénatoriale, Khattou Mint El Boukhary fut séquestrée dans l’une des salles du Sénat. «Ce n’était donc plus une chambre de Sénat. C’était une prison, une prison illégale par conséquent. Et, c’est extrêmement grave », souligne Me Lô Gourmo. «Ensuite, poursuit-il, on lui a fait subir un interrogatoire par des individus qui n’ont aucune qualité à le faire. Même à supposer que nous reconnaissions que cette commission est légale, elle n’a pas actuellement de règlement intérieur légal qui puisse justifier une procédure quelconque par laquelle ces membres peuvent agir. C’est une commission qui existe nominalement. Mais, qui n’a pas de procédure de fonctionnement. Par conséquent, les individus qui se sont adonnés à cet interrogatoire sont apparus comme des individus qui ont procédé à des interrogatoires de police. » 

Pire encore, les membres de la Commission d’enquête sénatoriale ont refusé que Me Lô Gourmo et Moulaye Ghali Ould Moulaye Ely assistent leur cliente, Khattou Mint El Boukhary durant son interrogatoire. En outre, les avocats ont révélé que l’interrogatoire s’est fait sur des pressions psychologiques. «C’est presque de la torture », s’écrie Me Lô Gourmo. «La loi mauritanienne donne droit à chaque citoyen mauritanien le droit de se faire assister par un avocat. C’est pour le témoignage. Sinon, on peut me faire dire du n’importe quoi. On peut dire également que j’ai dit n’importe quoi », rappelle-t-il.  

Les avocats de la Fondation KB ont fait savoir aussi au cours de cette conférence de presse qu’ils vont porter plainte contre les membres de la Commission d’enquête sénatoriale pour que leur immunité soit levée, car, en procédant à la séquestration de Khattou Mint El Boukhary, ils ont commis un flagrant délit. 

Si l’on s’en tient aux assertions de Me Lô Gourmo, Khattou Mint El Boukhary, à la suite de son audition (qui a duré plus de 6 tours d’horloge) par les membres de la commission d’enquête sénatoriale chargée de faire la lumière sur la provenance des fonds de la Fondation KB, a eu des ennuis de santé. « Ça a été extrêmement pénible et perturbant », a-t-il révélé.  

Babacar Baye Ndiaye  

Déclaration de Khattou Mint El Boukhary 

Le 24 Septembre 2008, aux alentours de 11h, plusieurs individus se présentant comme des policiers se sont introduits par force dans notre domicile familial, sans aucune autorisation ni mandat de quelque nature que ce soit. Après avoir bousculé des membres de la famille et proféré des grossièretés, ces individus aux allures inquiétantes m’ont trouvé dans ma chambre à coucher et ont voulu m’obliger à les suivre vers une destination inconnue. Devant leur attitude de provocation manifeste, j’ai été amenée à les suivre sans aucune indication du lieu de destination, encadrée par des policiers en tenue. Dehors, un dispositif impressionnant de police bouclait entièrement le quartier et empêchait toute entrée ou sortie. Un convoi de six véhicules remplis de policiers en tenue s’est ébranlé et nous a déposé au Sénat. Sur place, mes deux avocats, Me Lô Gourmo Abdoul et Moulaye Ghali Ould Moulaye Ely nous ayant rejoint en même temps que de nombreux citoyens dont des parlementaires, venus aux nouvelles ont été évacués de force du Sénat par des dizaines de garde et de policiers directement aux ordres de «sénateurs » se présentant comme des membres d’une «commission d’enquête ». L’un de mes deux avocats, Me Lô Gourmo a été rudoyé. Après l’évacuation de mes avocats, empêchés de m’assister, je suis restée seule en face des individus soi-disant membres d’une «commission d’enquête » qui semblait réciter une leçon sans conviction et qui, à tour de rôle, m’ont posé des questions de caractère général sur la Fondation, sans se référer à aucun fait précis. Du fait de l’illégalité manifeste de cette «commission » et des conditions de grave violation des libertés et droits à l’occasion de mon enlèvement et vde ma séquestration, j’ai refusé de me prêter à la farce de cette «audition à huis clos ». Je n’ai répondu à aucune des questions posées malgré toutes les tentatives inquisitoriales des membres de cette «commission ». Après plus de 6 heures de séquestration dont tout juste une dizaine de minutes d’ «interrogatoire » et de tentatives maladroites de m’enregistrer, j’ai été relâchée sans autres explications. De cette grave violation des règles élémentaires de l’Etat de droit, il apparaît clairement que l’intention des instigateurs et exécutants de cette farce est de créer un climat de peur et suspicion de nature à décourager toute résistance à l’action de force et à la mise de l’échec cuisant de leur tentative de se servir de la Fondation et de ses principaux responsables en cause de l’ordre constitutionnel. C’est une preuve supplémentaire comme bouc émissaire pour justifier et faire accepter leur forfait.

Fait à Nouakchott, le 26 septembre 2008

( 28 septembre, 2008 )

Les Nouvelles du Jour

                            Candidat des militaires ?     

Depuis quelques jours, l’homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou déploie d’énormes efforts afin de convaincre les généraux de la pertinence d’un parrainage de la candidature de Sidi Mohamed Ould Boubacar à la prochaine présidentielle, à l’instar de ce qu’ils ont fait pour Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi lors de la présidentielle de 2007. Ould Boubacar, actuellement ambassadeur de la Mauritanie à Madrid est le sujet de louanges sans précédent, ces derniers temps à Nouakchott, de la part de Ould Bouamatou et de ses proches. Ould Bouamatou, dont les rapports avec Ely Ould Mohamed Vall se sont détériorés ces derniers temps fait tout ce qui est en son pouvoir afin de barrer la route de la présidence à l’ancien président démocratiquement élu. Ses rapports avec Ould Abdel Aziz sont, semble-t-il, au beau fixe. Il est par exemple le coordinateur d’un intense lobbying afin de faire accepter le coup d’état par les occidentaux. Rien, en revanche, ne permet de dire pour l’instant qu’il a réussi à convaincre Ould Abdel Aziz de parrainer la candidature de Ould Boubacar.

                                                  Népotisme  

Le Haut Conseil d’État (HCE) vient de nommer un nouveau consul pour la Mauritanie à Djeddah en Arabie Saoudite. Il s’agit de Eddou Ould Bebena, président de la chambre de commerce. Selon plusieurs observateurs du paysage politique, cette nomination est perçue comme une récompense de son frère, le député Mohamed Ould Bebana qui a joué un grand rôle dans la promotion du coup d’état du 6 août dernier. Une autre nomination a été accordée à un proche du député Sidi Mohamed Ould Maham en la personne de son proche Abdarahmane Ould Brahim Ould Banem, qui a remplacé Ahmed Ould Mohameden. De même, la nomination de Hamoud Ould Abdi à la tête de l’Agence Nationale de la Promotion de l’Emploi des Jeunes (Anapej) ne peut pas être isolée du rôle joué par son épouse, la députée Ghleiwé Mint Ahdhana dans l’explication et la promotion du putsch.

                                                         Rfd-Tvm 

Le 24 septembre 2008, la TVM a diffusé dans ses journaux télévisés du soir une déclaration attribuée à un groupe d’individus présentés comme étant des militants du Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD). Cette diffusion par la TVM a été relayée ensuite par radio Mauritanie ainsi que par les journaux Horizon et Chaab. Face à cette mascarade, le Parti a mandaté M. Yedali Ould Cheikh, Président de la Commission Communication, pour une mise au point au sujet de l’intervention de ce groupe d’imposteurs et protester auprès des médias publics concernés contre cette opération de désinformation malveillante à l’endroit du RFD et de ses instances officielles. La Direction de Communication du Parti devait prendre contact avec la TVM pour l’organisation de la diffusion de la mise au point projetée.  

                                                Position de l’Algérie  

Le ministre des Affaires étrangères, M. Mourad Medelci, a réaffirmé jeudi que la position de l’Algérie par rapport au coup d’Etat en Mauritanie est claire. M. Medelci qui était l’invité de l’émission de la Radio internationale(Rfi), a rappelé que la position de l’Algérie a été exprimée mercredi par le ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines à l’envoyé spécial mauritanien, le général Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed. « La position de l’Algérie a été claire, notamment à travers le communiqué du ministère des Affaires étrangères qui est bâti sur des principes claires », a-t-il précisé. Le ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, M. Abdelkader Messahel, avait « réitéré la position constante de l’Algérie qui condamne les changements de pouvoir en violation des règles constitutionnelles ». Interrogé sur la position de l’Union du Maghreb arabe (UMA) au sujet du coup d’Etat, M. Medelci a rappelé que le guide libyen, le colonel Maamar El-Gueddafi, avait « immédiatement, en sa qualité du président de l’UMA, dépêché son secrétaire général qui a pris contact avec des responsables mauritaniens et a établi son rapport ». « Je crois que l’UMA va continuer à travailler dans le sens du raffermissement du dialogue et elle est extrêmement soucieuse de la préservation de la démocratie dans le pays (Mauritanie) », a-t-il ajouté. Interrogé sur la visite d’Etat du président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, le ministre a indiqué que les autorités des deux pays ont fait, au cours de cette visite, le tour d’horizon sur les relations bilatérales et examiné leur élargissement à d’autres domaines, notamment touristique et culturel. Au sujet du dossier du nucléaire iranien, M. Medelci a réitéré la position de l’Algérie qui soutient le développement nucléaire à des fins pacifiques, exprimant par ailleurs sa désapprobation quant à la politique de « deux poids deux mesures » qui fait, a-t-il dit, que « certains pays peuvent avoir des possibilités ou des degrés de liberté, alors qu’on les refuse à d’autres ». Pour le ministre, le dialogue autour du dossier, entre les pays 5+1 avec la présence d’un représentant du gouvernement américain, « est extrêmement important et constitue un élément d’espoir qu’il faut développer pour rétablir, dans les semaines qui viennent, les rapports de confiance de nouveau » afin de trouver, a-t-il dit, « une solution politique acceptable pour les différentes parties ».  

                                                        Ultimatum  

L’ultimatum fixé pour le 6 octobre prochain par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (CPS), lequel a exigé le retour à l’ordre constitutionnel en Mauritanie “par le rétablissement inconditionnel de M. Sidi Ould Cheikh Abdallahi, président de la République, dans ses fonctions”, n’a pas été du goût de Nouakchott, qui a rejeté cette injonction par la voix de députés favorables au coup d’État. En effet, ces derniers, majoritaires au Parlement, ont rejeté l’ultimatum de l’Union africaine (UA). Par la voix du député Sidi Mohamed Ould Maham, porte-parole des députés pro-putsch, il ont rétorqué : “Nous rejetons cet ultimatum parce qu’il ignore tout simplement la réalité dans le pays où les deux-tiers du Parlement, la quasi-totalité des maires élus et la majorité du peuple sont favorables au changement du 6 août.”  Ne s’arrêtant pas là, il a déclaré que ses amis sont scandalisés par cet ultimatum qui “émane d’une institution censée servir la paix en Afrique et qui s’emploie au contraire à susciter la guerre civile et attiser les contradictions dans notre pays”. Pour étayer cette position, favorable aux putschistes, il a ajouté : “Nous avons l’exemple des solutions à l’africaine, au Zimbabwe et au Kenya, on aurait pu aller dans ce sens en Mauritanie mais, apparemment, notre pays est vu comme le maillon le plus faible.”Selon lui : “Le retour de l’ex-président au pouvoir est une ligne rouge à ne pas franchir.” Sidi Mohamed Ould Maham ira jusqu’à affirmer : “L’UA et le reste du monde doivent savoir que ce projet (du retour du président déchu) serait fatal pour la Mauritanie, l’ancien président étant une partie du problème. Son retour n’est pas négociable, tout le reste par contre peut être discuté.” Il recommandera à l’UA de tenir compte de la feuille de route initiée par le Parlement et prévoyant une élection présidentielle dans 12 à 14 mois, précédée de journées de concertations ouvertes à toutes les forces politiques du pays et aux partenaires étrangers de la Mauritanie. Pour ce groupe de parlementaires, l’UA “doit reconsidérer ses injonctions et ses menaces”. Reste à savoir qu’elle sera la réaction de l’UA, qui avait à l’issue de sa réunion tenue à New York, en marge des travaux de l’Assemblée générale des Nations unies, demandé instamment “aux États membres de l’Union africaine et à la communauté internationale dans son ensemble de considérer comme illégitimes et illégales toutes les actions et initiatives des auteurs du coup d’État destinées à faire échec à la restauration de l’ordre constitutionnel”. Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a déclaré “nulles et de nul effet toutes les mesures de nature constitutionnelle, institutionnelle et législative prises par les autorités militaires et découlant du coup d’État du 6 août 2008”. Jusque-là, seul le Maroc s’est solidarisé avec le nouveau régime militaire en place à Nouakchott, à travers un message de soutien du roi Mohammed VI, au général Mohamed Abdel Aziz, chef de la junte.Quant à l’Algérie, elle a réitéré récemment, par la voix d’Abdelkader Messahel, ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, son souhait que les auteurs du coup d’État en Mauritanie “acceptent d’aller à la rencontre de la seule solution viable et juste, celle du retour à l’ordre constitutionnel”. 

                                                       Pêche 

Le commissaire européen à la pêche, Joe Borg, a déclaré vendredi que l’Union européenne avait trois semaines pour mettre en œuvre l’accord sur la pêche conclu avec la Mauritanie et qu’elle ne verserait les sommes prévues que si elle est certaine de leur bonne utilisation par la junte militaire. « Nous utilisons le temps dont nous disposons pour nous assurer que les termes du contrat concernant l’utilisation de l’argent que nous donnons à la Mauritanie seront  respectés », a-t-il annoncé. « Si nous avons la confirmation que la Mauritanie respecte les termes de l’accord, le paiement sera effectué dans les délais », a-t-il ajouté. Les ministres de la Pêche des Vingt-sept ont signé en juillet un accord aux termes duquel l’UE devait verser 86 millions d’euros à la Mauritanie avant le 31 août pour obtenir l’autorisation de pêcher dans ses eaux territoriales. 

( 4 octobre, 2008 )

Le Bloc-notes du Ducdejoal

«Si tu savais changer de nature quand changent les circonstances, ta fortune ne changerait point. » Nicolas Machiavel 

Nous souffrons et nous continuerons certainement à souffrir. A souffrir d’un système politique échafaudé, de toutes pièces, sur le mensonge, la vilenie, les coups bas, la mesquinerie, l’exclusion systématique, les intrigues, le sang, le culte de la personnalité…On pensait que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi allait changer cela. Je l’ai cru, comme certains mauritaniens, car il avait esquissé quelques initiatives et réformes. Mais voilà…Voilà que survient le Coup d’Etat du 6 août 2008. Un coup d’Etat que rien ne justifiait quelques soient les allégations tenues.  

La crise politique qui secoue notre pays depuis plus de 3 mois a révélé un système politique défaillant et aléatoire. Et, nos hommes politiques, ceux-là même censés apportés des clarifications à nos questionnements, n’ont pas nécessairement pris le temps de réfléchir véritablement et sérieusement sur l’efficacité et la viabilité de nos institutions.  

Malgré l’ultimatum du Conseil de Sécurité et de Paix de l’Union Africaine, certaines personnalités politiques favorables au Haut Conseil d’Etat militaire continuent à afficher leur détermination à soutenir ce dernier. Quelque soit le prix à payer dans cette décision ! Les sbires du «mouvement de rectification» s’accrochent à leur fantaisie et à leur idéalisme politique. Rien de plus lamentable pour une République de surcroît un Etat de droit que de vilipender ses acquis démocratiques au grand mépris des intérêts des populations.

Ils sont en train de jouer avec l’avenir de ce pays. Le drame, dans tout cela, on prétend servir le peuple mauritanien. C’est un fallacieux prétexte pour pouvoir demeurer au pouvoir. Mesurent-ils vraiment l’ampleur et l’amplitude des éventuelles sanctions qui pourraient tomber sur la Mauritanie ? Non, ils ne le mesurent pas ! Peut-être, se disent-ils, ce n’est pas encore le temps de remettre les pendules à l’heure. Doit-on continuer à ensevelir la réalité des choses ou attendons tout bonnement que la situation devienne catastrophique qui n’épargnera personne pour qu’on réagisse en jouant les bons offices ?

La bouée de sauvetage sur laquelle compte s’agripper le Haut Conseil d’Etat et ses sbires aux attitudes de benêt, c’est probablement les journées de concertation prévue en Octobre. N’est-ce pas là une diversion, une manière de ne pas envisager d’autres perspectives de sortie de crise qu’à travers de telles journées dont on ne sait pas avec exactitude si tous les partis politiques (pro-putschistes ou légalistes), la société civile, les Organisations syndicales, les partenaires au développement y prendront part.  

Face aux pressions de la France, des Etats-Unis d’Amérique, des Nations Unies, de l’Union Africaine, le Haut Conseil d’Etat semble trouver la bonne formule en espérant que cela marche : résister ! Le général Mohamed Ould Abdel Aziz a exclu ce 27 septembre toute possibilité de retour au pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Cela traduit sa détermination à demeurer au pouvoir et un certain obscurantisme qui caractérise sa personnalité. De leur part aussi, les parlementaires pro-putschistes ont exprimé ce 26 septembre leur rejet absolu des résolutions du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine.  

Un régime militaire, c’est comme une bergeronnette. Ce n’est bon à rien. Ni à chanter ni à manger. Tout ce qu’elle sait faire, c’est de remuer la queue. Les sbires de Mohamed Ould Abdel Aziz veulent nous aveugler et s’aveugler eux-mêmes. Au lieu de se servir de leur tête, ils se servent de leur cœur. Pour combien de temps encore ?

Au bout d’un certain temps, lorsqu’on est têtu et obstiné comme nos pro-putschistes, le sentiment d’avoir raison vous envahit et vous gonfle. Ça devient une arme fatale ! Si l’on ne fait pas gaffe, l’issue de cette crise risque de nous donner des cauchemars. Pour une bonne simple raison : Mohamed Ould Abdel Aziz n’est pas prêt à quitter le pouvoir comme peuvent en témoigner ces propos tenus ce samedi 27 septembre à l’Hôpital National de Nouakchott en réaction à l’ultimatum du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine.  

Mohamed Ould Abdel Aziz sait parfaitement que le temps n’attend pas. Dans la foulée, même les médias officiels sont mobilisés dans l’amadouement de l’opinion publique nationale. Tout cela pour montrer que le peuple est avec le HCE. Certaines dépêches de l’Agence Mauritanienne d’Information (AMI) ont frisé le ridicule.

Désormais, la peur s’installe dans le camp du HCE et de ceux qui le soutiennent. Certaines personnalités de la Société civile, certains oulémas, imams de mosquée…sont utilisés malgré eux comme des moutons de panurge, avec en retour, une contrepartie financière. Le HCE est en train de vider les caisses de l’Etat pour sauver sa peau. Le commissaire européen des pêches, Joe Borg, a des raisons d’être suspicieux sur l’utilisation par la junte militaire de la contrepartie financière de l’accord de pêche qui lie la Mauritanie et l’Union Européenne.

Babacar Baye Ndiaye

( 4 octobre, 2008 )

Le Bloc-notes du Ducdejoal

«Je sais que tu peux te battre, mais c’est ton esprit qui fait de toi un homme ». Mel Gibson 

Quel est l’Etat d’esprit de Mohamed Ould Abdel Aziz à 48 heures seulement de la date d’expiration de l’ultimatum du Conseil de Sécurité et de Paix de l’Union Africaine  adressé à la junte militaire pour rétablir l’ordre constitutionnel ?  

La crise actuelle est loin de s’effilocher. En dépit de cela, du côté du Front National pour la Défense de la Démocratie comme de celui de ceux qui soutiennent le Haut Conseil d’Etat (HCE), il a été implicitement reconnu que l’intérêt de la Mauritanie, c’est de sortir de cette crise. Cependant, chaque camp continue à bivouaquer sur ses positions, refusant de faire ou d’accorder la moindre concession à l’autre partie. Dans ces conditions-là, peut-on sortir de l’impasse actuelle en refusant de discuter d’égal à égal, sans fioritures, autour d’une table ? 

Au rythme où vont les choses, personne n’a intérêt à jouer la carte du refus du dialogue politique. A partir de là, tout devient possible pour paraphraser le Premier ministre Moulaye Ould Mohamed Laghdaf. Le temps presse et joue en défaveur du Haut Conseil d’Etat. Allons, cher Mohamed Ould Abdel Aziz. C’est le moment et maintenant ou jamais. Et, puis, il ne faut pas penser que négocier ou bien dialoguer avec le Front National pour la Défense de la Démocratie et la Communauté Internationale vous aplatira. Dans la circonstance actuelle, n’écoutez pas votre superbe. Elle risque de vous trahir. Et, le Diable aura raison sur vous ! Il est de votre devoir d’accepter de discuter avec le FNDD dans l’optique de sortir de cette crise qui n’a que trop durer.  

De ce dialogue, pourrait naître, comme préconisé dans la résolution du Parlement, la formation d’un gouvernement de large consensus impliquant toutes les parties impliquées de prés ou de loin à cette crise, le temps de gérer cette période de transition. On esquiverait ainsi à la Mauritanie le pire.  

Les raisons ayant amené, nous dit-on, Mohamed Ould Abdel Aziz à pousser à la porte Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi élu démocratiquement, c’est pour sauver la Mauritanie de la gabegie, des pratiques de corruption, du clientélisme, de l’exclusion, du blocage des institutions démocratiques et de l’appareil d’Etat dans son ensemble.  

Les partisans de Ould Abdel Aziz ne cessent de s’égosiller depuis le 6 août dernier : la Mauritanie aurait pu frôler la catastrophe si Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi n’était pas éjecté de son fauteuil de Président de la République. Au fil des jours et des récents développements de l’actualité politique, on aura compris que c’est un fallacieux prétexte que nous ont servi ce que le Front National de la Défense de la Démocratie appelle les «députés supplétifs des militaires putschistes ».  

Leur plat a refroidi sous l’effet des pressions de la Communauté Internationale. L’ultimatum du Conseil de Sécurité et de Paix de l’Union Africaine expire ce 6 Octobre 2006. Et, jusqu’à présent, le Haut Conseil d’Etat n’a pas manifesté une quelconque expression de sa bonne disposition à rétablir l’Ordre Constitutionnel. Le Haut Conseil d’Etat semble jouer la carte de la défiance. Une manière pour lui de voir jusqu’où le Conseil de Sécurité et de Paix de l’Union Africaine est prêt à aller dans sa démarche visant à sanctionner la Mauritanie. 

L’obstination et l’entêtement des initiateurs du «mouvement de rectification » du 6 août 2008 ont fini par exacerber la Communauté Internationale. Le HCE est en train d’échafauder sa propre sépulture. Pensant qu’il agit dans le bon sens, le HCE est en train de s’acheminer vers une situation dont il aura du mal à s’en tirer. Il fourbit ses armes estimant aussi que l’affrontement ne sera que de courte période.  

Face à l’ultimatum du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africain, deux options se présentent devant le Haut Conseil d’Etat : le CSP de l’Union Africaine peut réviser son ultimatum et revenir à de meilleurs sentiments en laissant le Général Mohamed Ould Abdel Aziz mener à terme la période de transition actuelle. En contrepartie, si et seulement si, par exemple, le Conseil de Sécurité et de Paix de l’Union Africaine obtient des garanties de la part de la junte militaire comme par exemple, comme il a été toujours demandé, la libération de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi assigné à résidence surveillée depuis le 6 août 2008.  

Maintenant, au cas où le Haut Conseil d’Etat ferait les sourdes oreilles, le Conseil de Sécurité et de Paix de l’Union Africaine serait obligé avec l’accompagnement de la Communauté Internationale sous le couvert des Nations Unies de sanctionner la Mauritanie en procédant à un embargo.  

Les autorités savent mieux que quiconque les contrecoups d’un embargo sur la Mauritanie avec tout ce que cela implique comme conséquences. Peu de pays ont pu tenir. Irak, Cuba…constituent des exemples L’autre alternative serait d’intervenir militairement comme cela a été le cas aux Iles Comores. Cette option est moins évidente. Toutefois, rien n’est à écarter. Au cas où ce cas de figure se présenterait, Mohamed Ould Abdel Aziz serait-il tenté de faire la résistance pour faire face à une intervention militaire ? Que Dieu préserve la Mauritanie…

Babacar Baye Ndiaye

( 6 octobre, 2008 )

Les Nouvelles du Jour

                                                       Arrêtés  

Les deux fils du président démocratiquement élu, Mohamed et Ahmed auraient été arrêtés hier au cours de la manifestation organisée par le Fndd pour le retour à l’ordre constitutionnel et durement reprimée par le dispositif de sécurité mobilisé par la junte militaire. D’autres personnes auraient été également arrêtés ou torturées.

                                             Pistolets incapacitants 

La police a passé une importante commande de pistolets incapacitants, auprès du fabriquant Taser, en vue de leur utilisation notamment lors des manifestations ou des courses poursuites. L’information a été révélée dans un  reportage réalisé par la chaîne française Canal+, diffusé dans le cadre de l’émission « Dimanche Plus » présentée par la journaliste Anne-Sophie Lapix. Selon la journaliste « des commandes relativement importantes  étaient passées par la Mauritanie et Le Congo de Kabila, des régimes pas vraiment démocratiques. Les polices de ces dictatures pourrons ainsi utiliser le Taser, loin des caméras, loin des Ong et surtout sans surveillance ». En France, la Police et la Gendarmerie sont les seuls en Europe à avoir doté leurs Taser d’une camera, permettant un enregistrement (image et son) dès la mise en fonction de l’appareil. Les pistolets à impulsion électronique, souvent appelés Taser, du nom du principal fabricant, sont des armes utilisées pour maîtriser une personne dangereuse, tout en évitant à l’utilisateur de trop s’approcher. Ces pistolets permettent aux régimes dictatoriaux de s’offrir la possibilité de neutraliser un individu plus facilement et moins dangereusement qu’en employant les méthodes conventionnelles, les Taser sont accusées de favoriser un recours plus fréquent à la force, radicalisant la confrontation entre les protagonistes, au détriment de la négociation ou du dialogue.  

                                                     Terrorisme

Un nouveau suspect, dans le meurtre des français tués à Aleg en décembre 2007 a été arrêté. Ce quatorzième dans cette tragédie a été arrêté cette semaine. Mohamed Salem Ould Mohamed Lemine dit ‘Al Majlissi’ aurait été en contact avec les trois assassins présumés des touristes français avant l’attaque d’Aleg le 24 décembre. Deux des trois assassins présumés de ces touristes, tués à Aleg le 24 décembre, ont été arrêtés le 11 janvier à Bissau par la police bissau-guinéenne, en coopération avec les services de renseignement français. Les deux hommes, proches de la Branche d’Al-Qaeda au Maghreb (Baqmi), ont été extradés le 12 janvier vers la Mauritanie, jugés puis déférés en prison. « Al Majlissi » fait partie d’un groupe de salafistes jihadistes accusés de lien avec l’ex-Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) algérien devenu la Baqmi. Arrêté en 2006, il fut jugé et acquitté en juillet 2007 par la justice. Huit autres personnes soupçonnées d’avoir porté assistance aux trois auteurs de l’attaque ont également été arrêtées dans les premiers jours de l’enquête à Aleg. L’arrestation de Mohamed Salem Ould Mohamed Lemine porte à quatorze le nombre de personnes arrêtées dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat des touristes français. 

                                                      Mutinerie 

Des islamistes en instance de jugement en Mauritanie se sont mutinés vendredi à la prison centrale de Nouakchott où ils sont détenus, y cassant des portes et y jetant des meubles. Les prisonniers réclamaient l’amélioration de leurs conditions de détention qu’ils jugent globalement « très difficiles », et en particulier de leur alimentation. Des détenus qui ont téléphoné de l’intérieur de la prison à des journalistes ont indiqué qu’ils demandaient également la possibilité d’organiser la prière du vendredi de façon collective et non par petits groupes ou individuellement comme ce serait le cas actuellement. « Les autorités pénitentiaires ont reçu leurs revendications et ont promis de les satisfaire à partir de dimanche », a affirmé la même source judiciaire sous couvert de l’anonymat. « Le mouvement est terminé, les prisonniers sont présentement calmes et attendent la satisfaction définitive de leurs doléances dimanche » a-t-elle conclu. Les prisonniers « salafistes » qui seraient une cinquantaine d’hommes au total sont regroupés dans un même établissement pénitentiaire rénové, au centre de la capitale, non loin du palais de justice où ils sont régulièrement entendus par des juges d’instruction. Ils s’y trouvent étroitement surveillés, en particulier depuis l’évasion en avril 2008 du palais de justice de Nouakchott de Sidi Ould Sidna, l’un des tueurs présumés de quatre touristes français le 24 décembre 2007. En juillet 2007, une mutinerie avait eu lieu dans une autre prison située à l’extérieur de Nouakchott, jusqu’à ce que la Garde nationale intervienne. Des sources judiciaires avaient alors expliqué que « des problèmes de commodité des lieux, mal aérés et exigus pour recevoir plus de 300 à 400 personnes, des repas peu satisfaisants et des coupures d’eau répétées » avaient notamment enclenché la vague de protestations.                                       

                                                       Trafic 

Les enquêteurs de l’antenne périgourdine de la Division interrégionale de la police judiciaire de Bordeaux (DIPJ) viennent d’interpeller douze personnes soupçonnées d’avoir participé à un vaste trafic de véhicules 4X4.  Cinq d’entre elles ont été déférées devant la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Bordeaux. Quatre ont été mises en examen pour « vol et recel en bande organisée et association de malfaiteurs ». Deux hommes de 25 et 30 ans ont été placés en détention provisoire. La PJ de Périgueux travaillait sur cette bande depuis le début de l’année, au lendemain d’un casse commis chez un concessionnaire de Trélissac. Deux 4X4 de luxe avaient été dérobés pour un préjudice de 170 000 euros. Les enquêteurs, en étroite collaboration avec l’Office central de lutte contre le crime organisé, ont identifié les auteurs présumés d’une dizaine de vols commis également au pays basque, à Aurillac, Châteauroux, mais aussi en Catalogne et en Suisse. Les 4X4 volés étaient ensuite écoulés en Mauritanie via l’Espagne et le Maroc. Le préjudice se chiffre à plusieurs centaines de milliers d’euros.

                                                 En danger 

Plus aucune manifestation publique. Plus de critique dans les médias publics. Voilà les deux recettes concoctées par la junte au pouvoir à Nouakchott pour faire face à une opposition grandissante. Les partis politiques et la société civile sont sur le pied de guerre et entendent manifester dimanche prochain, en dépit de l’interdiction. Branle-bas général dans les rangs de l’opposition mauritanienne.  Chefs de partis politiques et responsables de la société civile se disent déterminés à défendre les libertés publiques, menacées par la junte portée au pouvoir par le coup d’Etat du 6 août dernier.  Dans une interview accordée à Radio France Internationale (RFI) mardi, le Premier ministre intronisé par la junte avait annoncé que son gouvernement interdirait toutes les manifestations. « Je pense que le pays depuis le mois de mai ne fait que manifester, on va diminuer ça. D’ailleurs on va interdire toutes les manifestations (…) », avait déclaré Moulaye Ould Mohamed Leghdaf. Pour l’opposition réunie autour d’un front anti-putsch, le but de la manœuvre gouvernementale est clair : empêcher coûte que coûte une manifestation populaire prévue dimanche 05 octobre prochain, pour montrer que les Mauritaniens dans leur majorité rejettent le coup d’Etat.

( 7 octobre, 2008 )

Retour de Sidi:Les responsables du FNDD ne démordent pas !

Les responsables du Front National pour la Défense de la Défense mis en place au lendemain du coup d’Etat militaire dirigé par le général Mohamed Ould Abdel Aziz ont dressé un bilan positif de leur marche de protestation violemment réprimée par les forces de l’ordre, dimanche dernier. Tour à tour, dans leurs interventions, de Amar Ould Yali(APP) à Ba Mamadou Alassane(PLEJ) en passant par Mohamed Ould Maouloud(UFP), Boïdiel Ould Homeïd(Adil) et Jémil Ould Mansour(Tawassoul), les responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie, devant des militants venus leur apporter confort moral, ont rappelé leur détermination à poursuivre leur lutte visant le rétablissement de l’ordre constitutionnel et le retour de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi dans ses fonctions de Président de la République de Mauritanie. Cela fait deux mois qu’il est toujours en détention surveillée. Et, depuis quelques temps, ses proches n’ont pas eu de ses nouvelles. A part, celles fournies par les émissaires de l’Union Africaine, durant leur dernier passage à Nouakchott. Cette situation «est une anomalie », selon Boïdiel Ould Homeïd qui a demandé ipso facto la libération de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. 

La sortie massive des populations de Nouakchott à l’occasion de la marche du 5 octobre dans diverses zones de la capitale traduit, selon les responsables du FNDD, un refus de leur part de dire non au coup d’Etat du 6 août 2008 et à la junte militaire, au pouvoir depuis exactement 2 mois. Ils ont appelé la communauté internationale à exercer davantage de  pressions sur la junte militaire jusqu’au retour à la légalité constitutionnelle. Sur ce point, Mohamed Ould Maouloud a demandé à l’Union Européenne de faire respecter les 24 engagements pris par les militaires durant la période de transition. Tout en se désolant des actes de provocations et d’humiliations dont furent victimes leurs militants, à l’occasion de la marche du 5 octobre dernier, les leaders réunis autour du Front National pour la Défense de la Démocratie se sont réjouis du fait que la marche n’ait pas connu de dérapages grâce à  leur sang-froid et de leur retenue vis-à-vis de la police qui a utilisé à profusion des grenades lacrymogènes et des tasers. Ils ont appelé également les forces armées à s’abstenir de toute ingérence dans le bras de fer qui leur oppose au HCE et surtout de ne pas accepter d’être instrumentalisées par le général Mohamed Ould Abdel Aziz. 

Durant cette conférence de presse, il a été annoncé que les avocats de la fondation KB, objet d’enquête d’une commission sénatoriale, qui devaient se rendre hier à Dakar, ont été empêchés de sortir du territoire national. Leurs passeports furent confisqués. Les raisons de ce refus n’ont pas été avancées par les responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie qui ont donné cette nouvelle qui, si elle est avérée, vient de confirmer les velléités du Haut Conseil d’Etat de restreindre les libertés publiques. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

( 7 octobre, 2008 )

Marche du FNDD violemment réprimée par la POLICE

Comme la guerre de Troie, la manifestation tant attendue du 5 Octobre du Front National pour la Défense de la Démocratie n’a pas finalement eu lieu. Cependant quelques partisans de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi ont tenu à marcher pour exprimer toute leur désapprobation au coup d’Etat du 6 août 2008. La junte militaire au pouvoir dirigée par le Général Mohamed Ould Abdel Aziz a ressuscité les vieilles méthodes de la répression dignes d’un Etat policier. Un dispositif sécuritaire très important a été déployé au centre ville de Nouakchott pour faire capoter toute tentative de marche de protestation du Front National pour la Défense de la Démocratie. Dès 16 heures, une poignée de manifestants composée d’une centaine de personnes annonçait les couleurs en scandant le nom de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi en prenant d’assaut le carrefour de l’hôpital National de Nouakchott, sous le regard intrépide des policiers nerveusement armés de matraques et de grenades lacrymogènes. Les policiers ne mirent pas assez de temps pour éparpiller ces manifestants à coups de grenades lacrymogènes. Devant ce spectacle désolant, des pick up remplis de policiers, au moins cinq, ont été appelés pour renforcer le dispositif sécuritaire.  A 16h 15, il n’y avait pas encore l’ombre d’un responsable du Front National pour la Défense de la Démocratie. «C’était en quelque sorte prévisible, souligne un manifestant du nom de Mohamed Abdallahi Ould Baba. C’était prévisible que les leaders du FNDD ne s’exposent pas à une police plus soucieuse de violer les libertés fondamentales que de protéger les citoyens. » 

Hier, Nouakchott a vécu une chaude journée entre d’une part des manifestants qui réclamaient le retour à l’ordre constitutionnel et d’autre part des policiers déchaînés comme il est de coutume dans ce genre de manifestations. Des disputes se sont engagées entre les éléments de la police et certains manifestants. Certains manifestants furent brutalisés même certains journalistes, venus faire leur métier, n’ont pas échappé à la «lessive » légendaire de nos policiers. Face à la persistance des manifestants qui occupaient l’axe reliant le carrefour BMD et l’Hôpital National de Nouakchott, les policiers ont fini par perdre leur sang-froid. Et lorsque nos policiers se déchaînent, bonjour les bavures.  Des scènes choquantes se sont produites durant cette répression. On a vu certains manifestants, sous l’effet des matraques, marcher à quatre pattes. Accéder à l’Hôpital National de Nouakchott, c’était presque faire le chemin de la Croix. Pendant presque une heure d’horloge, ce fut une véritable chasse aux manifestants que se sont livrés les policiers. Cela n’a pas manqué d’écœurer certains manifestants. «Cette junte est là pour la répression, dit Abdallahi Moctar Fall. Ils sont en train de fatiguer le peuple qui est là pour manifester sa désapprobation à la junte. Le peuple mauritanien n’a pas besoin de cette junte. Il veut le retour à la légalité. C’est cela qui fait exactement bouger la junte. Ce qu’est en train de faire la police dénote de la pure répression. » 

 

Babacar Baye Ndiaye 

( 7 octobre, 2008 )

Tensions au marché Lihmoum:Les ouvriers mauritaniens s’en prennent aux ouvriers étrangers

La xénophobie serait-elle en train de gagner le cœur de certains mauritaniens ? Au matin du 7 octobre, une bagarre entre un malien et un mauritanien a failli dégénérer en affrontement général entre les étrangers et les mauritaniens. Finalement, tout est revenu à l’ordre.  

Au marché Lihmoum (charbon en hassanya), on y retrouve des étrangers de nationalité malienne, sénégalaise et guinéenne. Ils sont venus en Mauritanie pour monnayer leur force de travail. Pas moins d’une centaine de personnes afflue tous les jours vers ce marché à la recherche d’un emploi. On y retrouve aussi des mauritaniens. Ils sont, pour la plupart du temps, des plombiers, des maçons, des carreleurs, des menuisiers, des manœuvres… 

Aboubakar Sidik Farro, 23 ans, est de ceux-là. Voilà à peine 3 mois qu’il est en Mauritanie. Originaire de la Guinée Conakry, il a d’abord séjourné en Gambie où il est resté 7 mois avant de venir en Mauritanie pour gagner de l’argent afin de survivre. Sac au dos et visage émacié, il nous explique les raisons qui ont poussé les ouvriers mauritaniens à agir de la sorte. «Nous sommes des étrangers, des aventuriers. Si, nous sommes là, c’est pour chercher de l’argent. Nous n’avons pas de parents ici. Cela fait 3 jours que les ouvriers mauritaniens nous mettent les bâtons dans les roues. Ils n’arrêtent pas de penser que les ouvriers étrangers se sont accaparés de toutes les manœuvres » 

Depuis deux jours, les ouvriers étrangers sont empêchés de traîner aux alentours du marché Lihmoum. Les mauritaniens leur reprochent de casser les prix de la main d’œuvre. Là où les ouvriers étrangers proposent 1000 UM, les ouvriers mauritaniens demandent 3000 UM. En plus, la main d’œuvre étrangère est plus sollicitée que la main d’œuvre locale, créant ainsi une jalousie dans l’esprit des ouvriers mauritaniens. 

Ce n’est pas la première fois, que cette situation est survenue. Face à une main d’œuvre étrangère de plus en plus sollicitée par les patrons de la place, les ouvriers mauritaniens ont fini par péter les plombs. Pour certains, comme Boubacar Coulibaly de nationalité mauritanienne, ce qui s’est passé hier, au marché Lihmoum de la capitale, entre ces travailleurs de l’informel est à classer dans le registre des actes récurrents. 

Pour lui, il n’y a pas lieu d’envenimer les choses et d’ébranler les liens existant entre la Mauritanie et les pays de la sous-région comme le Sénégal, le Mali, la Guinée Conakry d’où sont issus la plupart des ouvriers étrangers. «C’est des choses qui ne sont pas importantes, juge-t-il. Ça arrive souvent entre les ouvriers étrangers et les ouvriers mauritaniens. C’est des petits problèmes entre ouvriers. » 

Au fil des ans, le marché de Lihmoum, devenu un marché noir, engendre de plus en plus de convoitise et de jalousie entre la main-d’œuvre étrangère et celle mauritanienne. Ils sont nombreux ceux qui pensent comme Boubacar Coulibaly que l’incident qui a eu lieu entre un ouvrier malien et un autre mauritanien est «un petit problème ».  

Toutefois, du côté des ouvriers étrangers, c’est la peur et l’inquiétude. Ils commencent déjà à s’interroger sur leur sécurité. Avant-hier, par exemple, un ouvrier étranger a été tabassé par des ouvriers mauritaniens. Actuellement, il est admis à l’Hôpital National où il a été interné depuis 3 jours. La police, mise au parfum, est intervenue pour disperser la foule qui s’était formée autour de la dispute. Aucun blessé n’a été constaté.  

Pendant quelques heures, les esprits se sont échauffés. On ne sait pas qui, du malien ou du mauritanien, a provoqué le premier la bagarre. Non plus les raisons. Chacun y est allé de sa propre interprétation et de sa propre version des faits.  

Aussitôt alertée, l’ambassade du Mali a réagi en apaisant l’esprit de ses ressortissants. Ces «petits problèmes » peuvent être tout de même sources d’incidents diplomatiques.

Babacar Baye Ndiaye

( 11 octobre, 2008 )

Lutte contre le paludisme:Une quarantaine de journalistes mise à contribution

Le Syndicat des Journalistes Indépendants de Mauritanie dirigé par Ahmed Ould Yali a organisé ce mercredi 8 dans un hôtel de la place, en partenariat avec l’Unesco, une journée de sensibilisation de 40 journalistes sur le rôle des médias dans la prévention du paludisme. 

La lutte contre le paludisme est inscrite dans les Objectifs du Millénaire pour le Développement auxquels la Mauritanie a souscrit en 2000. L’objectif visé est de réduire à 50% le nombre de décès et de cas d’ici 2015. En Mauritanie, on enregistre en moyenne 250.000 cas par an dans les consultations médicales. Il constitue la troisième cause de consultation au niveau de la wilaya de Nouakchott.  

En 1996, on avait enregistré 214.478 cas de paludisme. En 2005, au dernier recensement, plus de 224.040 cas. En 2000, le paludisme a atteint son paroxysme avec 330.185 cas de paludisme enregistrés. Trarza, les 2 Hodhs, Brakna, Gorgol, Guidimakha, Assaba constituent les zones les plus touchées par le paludisme qui tue par an, en Afrique subsaharienne, plus de 500.000 personnes, soit un pourcentage de 10 du taux de morbidité.  

Au cours de cette journée, des spécialistes ont apporté des éclaircissements sur les mesures préventives à adopter dans le cadre de la lutte contre le paludisme en Mauritanie. De nos jours, les chercheurs n’ont pas encore trouvé un vaccin contre cette endémie. Le seul remède de s’en protéger demeure l’utilisation de moustiquaires imprégnées et l’assainissement des zones insalubres qui peuvent constituer des gîtes pour les moustiques. L’imprégnation des moustiquaires se fait généralement dans les centres de santé. 

Ce n’est pas un secret de polichinelle : le paludisme tue plus que le sida. Et, en Mauritanie, cette endémie qui était jusque là inconnue des mauritaniens ne cesse de faire des ravages notamment à l’intérieur du pays. C’est dans ce cadre qu’une quarantaine de journalistes a été mise à contribution afin de sensibiliser les populations dans la prévention du paludisme, de ses signes et de ses conséquences. 

Il a été relevé que le paludisme se développe essentiellement dans les zones à forte pluviométrie. Cependant, dans certaines wilayas du pays comme par exemple celle de l’Adrar, on a noté qu’il y avait une forte prévalence du taux de paludisme. Certains experts avancent la présence des oasis. En outre, d’ordinaire dans les autres wilayas du pays, ce sont les agriculteurs qui sont en majorité les plus touchés par le paludisme. Conséquence : la production diminue empêchant ainsi ces populations d’assurer leur propre autosuffisance alimentaire. 

Par an, plus de 12 milliards de dollars sont investis dans le cadre de la lutte contre le paludisme. En Mauritanie, les autorités ont très tôt pris à bras-le-corps cette endémie. La lutte contre le paludisme pour qu’elle soit efficace nécessite la levée de certains paramètres comme la diminution du coût des médicaments, l’implication des élus locaux dans le domaine de l’assainissement et la mise en place d’un système d’informations performant et efficace. Dans le cadre de la lutte contre le paludisme, beaucoup d’argent a été investi et dépensé pour réduire le taux de morbidité. 

Faire connaître le paludisme aux populations et faire un plaidoyer au niveau des leaders afin qu’ils puissent prendre en charge cette endémie, tel a été l’objectif assigné aux 40 journalistes ayant participé à cette journée de sensibilisation dans la prévention du paludisme dont les plus exposés sont les femmes en état de grossesse et les enfants de –5 ans. Chez les premières, il peut occasionner l’avortement, l’accouchement prématuré, la mort. D’où la nécessité de mettre l’accent sur cette couche sociale.  

Concernant les femmes en état de grossesse et les enfants de –5, il a été préconisé leur prise en charge à 100%. Cela a été expérimenté au Mali et porte actuellement ses fruits. Le gouvernement mauritanien pourrait s’en inspirer comme l’ont recommandé certains spécialistes. 

Aux termes de cette journée de sensibilisation, les journalistes participants ont recommandé une coordination accrue entre eux et le Ministère de la Santé (le Programme National de Lutte contre le Paludisme) dans le cadre d’une lutte réelle contre le paludisme, la création de journées de sensibilisation périodiques sur le danger du paludisme en période hivernale. Ils ont en outre incité les médias à faire des enquêtes sur la lutte contre le paludisme, demandé au Ministère de la Santé une plus grande collaboration avec les journalistes désireux de s’intéresser au fléau en offrant l’appui nécessaire à cet effet et enfin la création d’un prix de la meilleure production journalistique dans le domaine de la lutte contre le paludisme. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

( 11 octobre, 2008 )

Grands Prix Afrique du Théâtre Francophone 2008: Des comédiens de la troupe théâtrale de l’Alliance Franco-mauritanienne nominés

C’est une grande victoire que vient d’enregistrer le théâtre mauritanien aux Grands Prix Afrique du Théâtre Francophone 2008. Le comité d’organisation de ce grand évènement culturel vient de publier la liste des nominés. Y figurent dans cette liste des comédiens de la troupe théâtrale de l’Alliance Franco-mauritanienne.  

Plus d’une vingtaine de comédiens venus de 12 pays différents seront présents aux Grands Prix du Théâtre Francophone d’Afrique 2008 qui auront lieu du 11 au 14 décembre 2008. Parmi les personnalités invités, le comité d’organisation prévoit la participation, entre autres, de Mme Wéré Wéré Liking d’origine camerounaise et établit en Cote d’Ivoire où elle est chercheuse à l’Institut de Littérature et d’Esthétique africaine et fondatrice du Centre Panafricain de Ki-Yi, un lieu de formation d’artistes venus de toute la sous-région ouest africaine. 

La participation de la Mauritanie aux Grands Prix du Théâtre Francophone d’Afrique est beaucoup attendue par le Comité d’Organisation. Sur 12 catégories de nominations, notre pays a été représenté sur les cinq à savoir meilleur metteur en scène(Gérard Tolohin), meilleure comédienne(Salem Mint Ahmed), meilleur décorateur(Gérard Tolohin), meilleur comédien(Camara Agali) et meilleur scénographe(Gérard Tolohin). 

Durant 4 jours, la capitale béninoise, Cotonou, sera le lieu de rendez-vous du théâtre francophone africain. Ce sera une occasion pour nos comédiens de faire découvrir les multiples facettes de la Culture mauritanienne car, durant la soirée de gala qui aura lieu le 13 décembre, chaque pays exhibera ses spécificités et ses traditions en arborant des tenues traditionnelles.   

Les Grands Prix Afrique du Théâtre Francophone qui en sont à leur première édition ont pour but d’encourager l’expression dramatique francophone dans les pays d’Afrique et de la promouvoir sur le plan international. Les lauréats de chacune des catégories au nombre de 12 bénéficieront d’une promotion internationale, une enveloppe financière et, entre autres, des bourses, des stages, des participations à des festivals et autres rencontres internationales. 

Au départ, ils étaient 27 pays à compétir. Seulement, 12 pays ont été finalement retenus par le jury dont la Mauritanie qui a réussi à tirer son épingle du jeu d’autant plus que les critères de sélection furent rigoureux. Cela témoigne tout simplement d’une consécration jouissive du théâtre mauritanienne qui a besoin d’être soutenu pour pouvoir véritablement rivaliser avec les autres pays très en avance dans le domaine théâtral. 

Notre Ministère de la Culture pourrait s’inspirer des Grands Prix Afrique du Théâtre Francophone pour développer le théâtre en Mauritanie. Il existe des talents. Ils n’ont besoin que d’être soutenus. 

Les « Grands Prix Afrique du Théâtre Francophone » sont initiés et organisés par la Compagnie de théâtre et de rituels vodun BEO AGUIAR (C.BEO.A), une compagnie béninoise de théâtre créée en 1990 par Euloge BEO AGUIAR dont les activités sont étroitement liées à celle de la CBEOA.

Euloge BEO AGUIAR est né à Cotonou et a grandi à Parakou dans le Nord-Est du Bénin où il a passé 25 ans. Après ses débuts en tant qu’humoriste sous le pseudonyme de Masta Cool, il a réalisé depuis, de nombreuses créations et dirigé plusieurs ateliers de formations théâtrales.  

Les saisons théâtrales et artistiques 2000 à 2008 ont été particulièrement riches en expériences pour Euloge BEO AGUIAR et sa Compagnie, avec plusieurs créations, ateliers de formation en dramaturgie. La CBEOA s’est spécialisée dans le théâtre rituel et le spectacle déambulatoire. C’est un label connu dans les milieux du théâtre africain et international. Sa dernière création « Sans commentaire » remonte à la 9è édition du festival International de Théâtre du Bénin (Fitheb 2008).  

Capitalisant les riches expériences dans le secteur du théâtre, cette compagnie a décidé avec le concours de ses partenaires de donner un nouveau souffle au théâtre africain par la reconnaissance et la récompense des talents de l’excellence. D’où la naissance des « Grands Prix Afrique du Théâtre Francophone » avec sa première édition en 2008. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

( 11 octobre, 2008 )

Ultimatum de l’Union Africaine: Les mauritaniens divisés sur les sanctions à prendre à l’égard du HCE

Finalement, le Haut Conseil d’Etat (HCE) a refusé de se plier à l’ultimatum du 6 Octobre dernier lancé par le Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l’Union Africaine (UA) demandant le rétablissement de l’ordre constitutionnel. Conséquences de ce refus : les nouvelles autorités ne sont plus à l’abri de sanctions de la part de l’Union Africaine (UA) qui exigeait dans son ultimatum que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi soit rétabli dans ses fonctions de Président de la République.  

L’attitude à adopter vis-à-vis de la junte militaire divise le peuple mauritanien. Ils sont nombreux, ces mauritaniens qui demandent que l’Union Africaine bivouaque sur ses positions. C’est le cas de Youssouf Sylla qui pense que c’est la seule manière à adopter pour faire quitter les militaires du pouvoir. «Il faudrait que l’Union Africaine durcisse le ton. Il ne faudrait pas qu’elle lâche », demande-t-il. 

Pour lui, si l’Union Africaine n’adopte pas des sanctions à l’égard de la junte militaire, ce serait un signe d’encouragement que pourraient explorer tous ceux qui voudraient renverser un pouvoir démocratiquement élu en Afrique. Autrement dit, on s’acheminerait vers un précédent dangereux qui menacerait la stabilité politique et sociale de l’Afrique et de la sous-région en particulier.   

Prenant le contre-pied de ceux qui voudraient légitimer le coup d’Etat du 6 août dernier sur le fait que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi constituait une menace pour la stabilité du pays, il rappelle qu’il a été élu démocratiquement. Par conséquent, pense-t-il, il fallait attendre les prochaines élections présidentielles pour le sanctionner positivement ou négativement.  

Comme certains mauritaniens, il est favorable à la prise de sanctions à l’égard de la junte militaire. Toutefois, il a préconisé le dialogue entre les différents protagonistes de la crise actuelle à savoir le Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) et le Haut Conseil d’Etat (HCE). 

Pour lui, face à un FNDD qui réclame le retour de Sidi et un HCE déterminé à assurer la période de transition (14 mois), il préconise une alternative : les militaires sous l’égide de la communauté internationale acceptent de partir, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi revient au pouvoir pour assurer la transition en mettant en place un gouvernement d’union nationale qui va regrouper tous les partis politiques pour aboutir à l’organisation d’une élection présidentielle à laquelle il ne participera pas. Cette élection se fera sous la supervision d’une commission électorale nationale indépendante.  

Quant à Lansana, il aurait aimé que l’Union Africaine n’adopte aucune sanction à l’égard de la Mauritanie. Il n’a pas manqué d’affliger Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qu’il accuse d’être à l’origine de plusieurs difficultés d’ordre économique, politique et social qu’a connu notre pays durant plusieurs mois. Il voit dans le coup d’Etat du 6 août 2006 comme une sorte de délivrance. «Si ce n’était pas le 6 août, croît-il, nous allions nous retrouver dans une situation plus critique que celle que nous sommes en train de vivre présentement. » A ses yeux, l’Union Africaine doit essayer d’accompagner la Mauritanie dans la recherche de solution de sortie de crise. 

Pour Abdallahi, les sanctions de l’Union Africaine seraient les bienvenues. Néanmoins, il demeure sceptique sur leur effectivité. «J’espère que l’Union Africaine ne va pas tomber encore dans la rhétorique des sanctions traditionnelles (gel des avoirs, interdiction de voyages…). Ça ne portera pas ses fruits », dit-il en citant l’exemple des autorités ivoiriennes qui ont été interdites de voyages.  

Quatre ans plus tard, ces sanctions n’ont pas servi à grand-chose. Il propose des sanctions plus fortes et plus dures pour pousser la junte militaire à la démission. Pourquoi pas, selon lui, une intervention militaire. Lui aussi, il préconise pour sortir de la crise actuelle, la formation d’un gouvernement d’union nationale. 

«La Mauritanie a rejeté l’ultimatum de l’Union Africaine parce que celle-ci ignore la réalité du pays où les 2/3 du Parlement, la quasi-totalité des maires élus et la majorité du peuple sont favorables au changement du 6 août 2008 », rappelle Souleymane qui ne veut pas entendre du retour de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi dans ses fonctions de Président de la République. Pour lui, l’Union Africaine a tort de vouloir s’ingérer dans les affaires intérieures mauritaniennes en demandant notamment le rétablissement de l’ordre constitutionnel.  

«Les mauritaniens se sont dotés d’une constitution. Ils ont élu un Président de la République. Quelques soient les griefs qu’on peut lui reprocher, cette question (la solution de la crise, Ndlr) relève essentiellement des civils, des partis politiques et non pas de l’armée », rappelle encore Hafedh en légitimant l’ultimatum de l’Union Africaine qui, selon lui, doit prendre des sanctions «opérationnelles » visant tous les membres du Haut Conseil d’Etat et tous les députés soutenant le mouvement du 6 août 2008. 

Comme on peut le constater, par rapport aux sanctions à adopter vis-à-vis de la junte militaire, les avis sont partagés. Il appartient maintenant à la classe politique de trouver les solutions pour sortir la Mauritanie de la crise actuelle du fait du coup d’Etat du 6 août dernier.

 

Babacar Baye Ndiaye 

( 13 octobre, 2008 )

Les Nouvelles du Jour

                                    Sanctions économiques

Dans un pays qui importe environ 70 pour cent de ses denrées alimentaires et où, selon les estimations des Nations Unies, plus d’un million de personnes souffrent de malnutrition chronique, certains bailleurs craignent qu’un embargo de longue durée sur l’aide au développement ne pénalise pas seulement l’armée, qui s’est emparée du pouvoir, mais aussi les civils. L’Union européenne (UE), le gouvernement américain et la Banque mondiale ont suspendu, ou menacé d’annuler, le versement de plus de 500 millions de dollars d’aide non-humanitaire, selon des statistiques compilées par IRIN, pour condamner la prise de pouvoir de l’armée, le 6 août, et la séquestration continue du président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Ces fonds devaient servir à soutenir, entre autres projets, des opérations de développement rural, des activités sanitaires et éducatives, des opérations de déminage, de maintien de la paix, des opérations anti-terroristes, des entraînements militaires et des opérations de construction routière, selon les listes publiques de financement de projets de l’UE, du gouvernement américain et de la Banque mondiale.

                   Des répercussions limitées dans l’immédiat

Hormis neuf millions de dollars, gelés par la Banque mondiale, aucune de ces suspensions ne concerne l’aide humanitaire ou alimentaire. L’Agence française de développement (AFD), premier bailleur bilatéral de la Mauritanie, a suspendu tout nouveau financement hors urgence jusqu’à ce qu’un nouveau gouvernement soit établi, selon Marc Flattot, chargé d’affaires de l’ambassade de France à Nouakchott. M. Flattot a expliqué à IRIN que les programmes pour lesquels les financements avaient déjà été déboursés continueraient à être gérés. « Comme les projets de l’AFD sont des projets lourds qui s’étalent parfois sur plusieurs années, les répercussions des sanctions ne vont pas forcément se faire sentir tout de suite. Malgré tout, pour la junte [militaire], il sera difficile de résister à ces sanctions ; 100 millions d’euros (142 millions de dollars) sur trois ans, ce n’est pas rien ». Il n’a pas précisé, néanmoins, la somme en jeu, ni le montant déjà déboursé, sur cette somme.

                                Propositions de gel à l’UE

L’Union européenne (UE) avait négocié de payer 300 millions d’euros (426 millions de dollars) sur les quatre prochaines années pour obtenir l’autorisation de pêcher dans les eaux mauritaniennes à compter du 31 août 2008. Quelques semaines après la date de démarrage prévue, pourtant, pas un centime n’a été versé dans le cadre de cet accord de pêche, selon Geza Strammer, chef de la délégation de l’UE à Nouakchott. Louis Michel, commissaire européen au développement et à l’aide humanitaire, a en effet recommandé le gel total du contrat de pêche. Les responsables de l’UE ont également menacé de geler une partie des 230 millions de dollars d’aide promis à la Mauritanie jusqu’en 2013. M. Strammer de l’UE a indiqué à IRIN que la proposition d’embargo financier décrété par l’UE ne concernerait ni l’aide d’urgence ni l’aide humanitaire. En revanche, les projets infrastructurels dans lesquels l’UE envisageait d’investir, notamment la rénovation des 200 kilomètres de route qui séparent la ville de Rosso, dans le sud de la Mauritanie, et Nouakchott, ont été suspendus. Selon M. Strammer, si les projets de l’UE ne font pas travailler des milliers de personnes, l’embargo européen sur les investissements pénalisera tout de même les entreprises locales. « Évidemment, lorsqu’un chantier est gelé, c’est autant de ressources en moins pour les ouvriers et cela représente un manque à gagner pour les entreprises locales », a-t-il noté. D’après lui, toutefois, si l’embargo se fait sentir, dans l’immédiat, son impact pour l’Etat ou ses citoyens sera minime. « Il faudra six mois à un an pour que ces limitations de l’aide au développement puissent réellement gêner le fonctionnement de l’Etat [aux mains des meneurs du putsch]. Et cela est d’autant plus vrai que l’on s’attend à une production pétrolière nationale accrue pour les prochains mois. Je pense donc que les militaires peuvent malgré tout survivre à ce choc en se serrant la ceinture, sans pour autant toucher aux fondamentaux de la vie quotidienne des Mauritaniens ». La production pétrolière a commencé en février 2006, mais le rendement est inférieur aux prévisions. Les réserves de pétrole brut, avérées et potentielles, de
la Mauritanie sont estimées à environ 600 millions de barils, et le secteur devrait se développer, selon Extractive Industries Transparency Initiative, un organisme britannique qui plaide en faveur de la transparence des transactions dans le secteur des industries extractives.

                   La Banque mondiale interrompt ses opérations

La Banque mondiale a quant à elle annoncé un gel des prêts accordés à la Mauritanie et n’a pas débloqué les 175 millions de dollars qui auraient permis de financer 17 programmes d’aide et d’investissement dans le pays. Ces fonds représentent une partie des plus de 400 millions de dollars que la Banque s’était engagée à verser dans les secteurs du développement rural, de la santé, de l’éducation et des infrastructures, notamment de la construction routière. En Mauritanie, le personnel, en congé administratif, a été renvoyé chez lui, et aucun contact officiel n’a été établi entre le bureau de la Banque mondiale à Nouakchott et les putschistes, selon un cadre de la Banque mondiale, qui a souhaité conserver l’anonymat. Selon celui-ci, l’institution « [devait] débloquer neuf millions de dollars pour la sécurité alimentaire, mais le feu vert est conditionné à l’avancée des négociations entre la communauté internationale et le nouveau pouvoir [les putschistes militaires] ». Le cadre a également ajouté que les responsables de
la Banque mondiale devaient se réunir à Washington le 25 septembre pour aborder la question.

                         Un impact incertain à long terme

Maria Ribeiro, coordinatrice résidente du système des Nations Unies en Mauritanie, a déclaré à IRIN qu’un embargo prolongé risquait de créer des difficultés pour les Mauritaniens : « à moyen [et] long termes, ces réductions potentielles [des fonds accordés à la Mauritanie] risquent d’engendrer des difficultés plus graves et une plus grande vulnérabilité [des Mauritaniens] aux crises humanitaires ». Le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine (FEWS Net, en anglais), un organisme à but non-lucratif de surveillance de la sécurité alimentaire, a fait état de récentes améliorations de la sécurité alimentaire dans les régions rurales de
la Mauritanie où les populations cultivent leurs propres vivres, mais l’organisme a noté dans un rapport récent sur la sécurité alimentaire que la situation n’était pas stable.
Ici, « la sécurité alimentaire est fragile […] parce qu’une bonne récolte sèche ne permet pas de combler le déficit de production accumulé au cours des années précédentes ». Au sein de l’armée, les appels des bailleurs à un retour au régime constitutionnel sont restés lettre morte. Le président Abdallahi reste en détention, et le 1er septembre, les leaders militaires ont formé un gouvernement transitoire composé de 22 membres, sans préciser la durée de ses pouvoirs transitoires. Les putschistes envisagent toujours d’organiser des élections déjà contestées.

( 13 octobre, 2008 )

Serigne MBaye Gueye alias Disiz la Peste: »Je peux mentir dans ma vie mais avec ma musique et le public, je n’y arriverai pas »

Il a sorti à son actif 4 albums dont le plus vendu demeure à ce jour «Le Poisson rouge » qui a remporté avec le single «J’pète les plombs » un très grand succès à la vente (200.000 albums vendus et 500.000 singles). Ce single est inspiré par le film de Joël Schumacher Chute libre ou Falling Down en Anglais. Il  a participé aussi à de nombreuses compliations et de mixtapes et fait de nombreux featiring avec des rappeurs très célèbres tels que La fouine, La boussole, Iron Sy, Diam’s, Akhenaton…Il était de passage à Nouakchott dans le cadre d’une tournée africaine. Durant son concert de ce 11 Octobre, il a foutu, lui son groupe, le bordel au Centre Culturel Français de Nouakchott. Avant le début de son show, il nous a accordé une interview dans laquelle, il est revenu, entre autres sujets évoqués avec lui, sur la politique de Nicolas Sarkozy en matière d’immigration et de son fameux discours du 26 juillet 2007 prononcé à Dakar.  

Le Rénovateur Quotidien : D’abord, que connaissez-vous du Rap mauritanien ? En avez-vous déjà entendu parler ? 

Disiz la Peste : Oui, je connais deux groupes : Diam Min Tekky et Military Underground. Je suppose qu’il y en a plein d’autres. Mais, je n’ai rencontré que ces deux-là à l’occasion d’un concert que j’étais venu faire par l’initiative de Moulaye Abass en hommage à son père par rapport au challenge Sidi Mohamed Ould Abass. Durant mon séjour à Nouakchott, j’avais demandé de rencontrer des groupes de Rap mauritanien et d’enregistrer un morceau avec eux. J’ai «rappé» avec eux et j’étais très content. 

Le Rénovateur Quotidien : Et comment les avez-vous trouvés ? 

Disiz la Peste : Sincèrement, très bons! Military Underground avait un côté beaucoup plus revendicatif et conscient. Diam Min Tekky était plus dans le flow même s’il dénonçait certaines choses. J’ai aimé cette diversité dans le Rap. Cela prouve qu’il y a une richesse et une ouverture d’esprit contrairement en France où on a un peu perdu ce côté-là. Les rappeurs hardcore ne se mélangent pas avec les rappeurs conscients et vice versa. 

Le Rénovateur Quotidien : C’est votre deuxième fois de venir en Mauritanie en l’espace d’une année. Qu’est-ce que cela signifie pour vous de venir y jouer ? 

Disiz la Peste : Vous savez : j’adore l’Afrique. Elle m’inspire énormément ! Ce n’est pas de belles paroles. C’est sincère. Le fait de revenir encore en l’espace d’un an en Afrique et plus articulièrement en Mauritanie pour y jouer, c’est très important pour moi. Cette fois-ci, je suis ici dans le cadre d’une tournée. Je viens de découvrir des pays comme le Niger, le Burkina Faso, que je ne connaissais pas. Je ne connaissais que le Sénégal et un petit peu la Mauritanie. Je suis vraiment content d’être là encore en Mauritanie. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous disiez tantôt que vous aimez l’Afrique. Par rapport aux difficultés qu’elle rencontre, par rapport à sa jeunesse qui manque de perspectives, quel regard en faites-vous ? 

Disiz la Peste : L’Afrique porte sa croix depuis des siècles. Je vois des choses qui changent, qui s’empirent. Cela fait dix ans que je viens en Afrique. Malgré toutes les difficultés qu’elle rencontre, je n’ai jamais perdu d’espoir. Ce n’est pas de ma nature. Moi qui viens d’Occident, si je viens en Afrique et que je baisse les bras, quel message je vais envoyer à la jeunesse. En Afrique, il y a beaucoup de jeunesses. Il y a énormément de talents. Quel continent aurait pu résister à tous ces vols des occidentaux ? Quel continent aurait la force et la dignité de subir tout cela et de garder espoir comme l’Afrique et sa jeunesse ? Je ne le pense pas. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous revendiquez votre négritude ? 

Disiz la Peste : Ah! Oui, tout le temps. Tout ce que je peux dénoncer, je le fais. Quand j’ai fait mon album intitulé «Itinéraire d’un enfant bronzé », j’ai parlé de certains problèmes que j’ai pu rencontrer en France par rapport à ma couleur de peau, par rapport à ceux qui voudraient venir en France. A ces derniers, je leur fais savoir qu’il y a des foyers d’immigrés qui brûlent, des gens qui meurent ou qui se retrouvent à
la Seine parce qu’ils ont peur d’être retrouvés par la police, qu’il y a énormément de racisme, de discrimination. Il y a des choses bien aussi. Voilà, c’est des choses que je parle dans ma musique. 

Le Rénovateur Quotidien : Si je ne m’abuse pas, vous aviez annoncé votre retrait du Rap. N’allez-vous pas laisser un goût amer ou frustrer vos milliers de fans que vous avez habitué à donner du plaisir depuis presque 10 ans ?  

Disiz la Peste : Je suis quelqu’un de libre. Le Seul à qui je dois rendre compte, pour moi, c’est Dieu. Et, à mon avis, continuer à faire de la musique pour mes fans juste pour des raisons d’argent, ce serait me perdre en quelque sorte. De toute façon, je continuerai à faire de la musique. Aux Etats Unis d’Amérique où le public est beaucoup plus ouvert, je n’aurai jamais dit cela. Mais, en France, à partir du moment où on met une guitare sur sa musique (Rap, Ndlr), les gens considèrent qu’on ne fait plus du Rap. Ces gens-là, ils ont l’esprit fermé. Plutôt qu’on me dise Disiz ne rappe plus, je préfère le dire moi-même. Je reste authentique dans ma musique sauf que je change un peu de formes. 

Le Rénovateur Quotidien : En 2007, durant la campagne présidentielle, vous avez soutenu Ségolène Royal. Par la suite, Nicolas Sarkozy est devenu Président de
la République. Quelle appréciation faites-vous de sa politique générale notamment en matière d’immigration ?
 

Disiz la Peste : En fait, je rectifie. Je n’étais pas aux côtés de Ségolène Royal. C’était à l’occasion de son dernier meeting (1ier mai 2007, au stade Charléty, Ndlr) où c’était clairement elle ou Sarkozy. Vu que j’étais contre Nicolas Sarkozy, je suis allé assister son meeting. Maintenant, par rapport à sa politique en matière d’immigration, rien ne m’étonne. Les Français s’étonnent et disent oui ce n’est pas normal. Eh ! bien, il ne fallait pas voter pour lui. Maintenant, c’est trop facile de se lever et dire qu’il y a plein de choses qui ne va pas. On a vu comment son prédécesseur (Jacques Chirac) avait joué sur l’insécurité. Qui dit insécurité en France fait allusion aux gens bronzés qui viennent souvent  d’Afrique. Par rapport à sa politique d’immigration, Sarkozy l’avait bien définit dans son programme de campagne présidentielle. Il a réussi à récupérer des voix à Jean Marie Le Pen. Et, il a été au bout de sa démarche en plaçant Brice Hortefeux (actuelle ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire, Ndlr). Parallèlement à sa politique de répression, le gouvernement de Nicolas Sarkozy a renforcé ses contrôles dans la lutte contre l’immigration. Tout cela ne m’étonne pas. En plus, le Président Sarkozy vient à Dakar faire un discours (le 26 juillet 2007, Ndlr) où il parle de l’ancienne aura de l’Afrique. Quand, du haut de son complexe de supériorité, il dit que le paysan africain doit «se motoriser » et rentrer dans le grand concert du monde, il montre tout son mépris envers les Africains. 

Le Rénovateur Quotidien : De «Poisson Rouge » aux «Histoires extraordinaires d’un jeune de banlieue » en passant par «Jeu de société », «Itinéraire d’un enfant bronzé » et «Disiz The End », vous avez réussi à vous imposer dans le milieu du Rap français. Comment en êtes-vous arrivé là et quel est votre petit secret ? 

Disiz la Peste : Vous savez, mon premier album (Le Poisson Rouge sorti en 2000, Ndlr), il a eu un grand succès. Il a énormément vendu. Le second (Jeu de Société sorti en 2003, Ndlr) beaucoup moins. J’ai fait deux albums au Sénégal (Sant Yalla et Sama Adjana, Ndlr) qui m’ont beaucoup rapporté. J’ai eu la chance de faire un film (Dans tes rêves de Denis Thybaud sorti en 2005, Ndlr). Après, j’ai sorti un album qui a un peu mieux marché. Là, je m’apprête à faire autre chose. Cela fait 12 ans que je fais de la musique. Je remercie simplement Dieu. Mon secret à moi, c’est l’authenticité. Je peux mentir dans ma vie mais avec ma musique et le public, je n’y arriverai pas. J’ai l’impression d’avoir un miroir en face de moi. C’est pour cela, chaque parole est mesurée. Dès fois, je suis énervé, j’ai envie de dire des choses vraiment violentes. Mais, je fais attention aux plus jeunes qui m’écoutent. Mon secret, c’est d’être plus sincère que possible dans ma musique. 

Le Rénovateur Quotidien : Votre album «Poisson Rouge » a été double disque d’or et «Les Histoires extraordinaires d’un jeune de banlieue » meilleur album de l’année aux Victoires de la musique 2006. Seriez-vous en mesure de rééditer cet exploit ? 

Disiz la Peste : Ah ! Je ne sais pas. Peut-être, c’est possible. Mais, ce n’est pas moi qui décide. C’est Dieu. Je sais que la façon dont j’entreprends ma musique est la même que celle que je faisais à l’époque. C’est juste que je donne tout de moi. Si cela marche, tant mieux ! J’ai écrit une phrase qui dit : «Moi, je suis auteur de mes albums/Le public est auteur de mes succès ». 

Le Rénovateur Quotidien : Au nom de l’ouverture musicale, le Rap est aujourd’hui mêlé à toutes sortes de sauces musicales. Quelle appréciation en faites-vous ? 

Disiz la Peste : Ah ! Oui, je suis parmi les premiers à le faire en France. Maintenant, j’ai une orientation un peu plus Rock. J’aurai dû commencer depuis longtemps avec une orientation beaucoup plus africaine. Je suis pour l’ouverture du Rap à d’autres styles de musique. L’essence du Rap au départ, c’était de se mélanger. Le Hip Hop, c’est un entonnoir. Et, je ne pense pas que cela puisse tuer le Rap. Le Rap, c’est le fond. La forme, c’est un outil. Le Rap, c’est la parole des pauvres. C’est la musique qu’on n’a pas besoin d’apprendre. C’est de la musique instinctive. Le Rap ne mourra jamais, jamais. Il s’adaptera toujours. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes aussi un acteur. D’ailleurs, vous avez participé à de nombreux (Dans tes rêves, Petits meurtres en famille…) qui ont connu du succès en France. Y êtes-vous venu pour gagner de l’argent ou pour vous faire plaisir ? 

Disiz la Peste : Non, c’est le cinéma qui est venu me chercher. Je ne suis pas allé chercher le cinéma. C’était par rapport à un clip que j’avais fait qui s’appelle «J’pète les plombs » (inspiré du film de Joël Schumacher, Ndlr). Et là, des gens ont vu dans ce clip que je pourrai faire du cinéma. On m’a proposé un rôle, cela m’a plu et je l’ai accepté (Il s’agit du film «dans tes rêves » où il incarne le rôle d’un jeune rappeur qui veut accomplir son rêve, un film réalisé par Denis Thybaud, Ndlr). Ce n’est pas pour l’argent que je suis venu au cinéma. On m’a proposé d’autres rôles après. Je ne les ai pas acceptés parce que cela ne correspondait pas à mon état d’esprit. C’était des rôles qui montraient une mauvaise image des noirs ou des jeunes de la banlieue. Et, pourtant, il y avait beaucoup d’argent. 

Le Rénovateur Quotidien : Pensez-vous que ce que le Rap n’a pas réussi à vous donner, le cinéma vous le donnera ?  

Disiz la Peste : Ah, non ! Le cinéma, c’est très compliqué. Surtout, en France. Comme je disais tantôt, les rôles qu’on propose à des jeunes comme moi sont souvent stéréotypés. Par contre, j’ai écrit un livre qui s’appelle «Les Derniers de
la Rue Pontiers » qui va sortir le 7 janvier en France. J’ai demandé à mon éditeur de faire une édition spéciale pour l’Afrique afin que le livre soit à la portée des bourses africaines. C’est un roman qui se passe en Afrique notamment à Dakar au Sénégal. Si à 40 ou à 50 ans, on pouvait se rappeler de moi comme un écrivain, quitte à ce qu’on oublie que j’ai fait de la musique même si j’adore ça, je serai très fier. 

Le Rénovateur Quotidien : Dans votre album «Les histoires extraordinaires d’un jeune de banlieue », il y a un morceau intitulé «Ultrabogosse ». Que voulez-vous insinuer par-là ? 

Disiz la Peste : En fait, c’était juste pour me moquer un peu de tout ce superflu qu’on a en France qui entoure la nouvelle génération. Je voyais plein de garçons qui faisaient énormément attention à eux. C’est un morceau qui voulait se moquer de tout cela. Il y a souvent du second sens dans mes propos. 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

( 13 octobre, 2008 )

Le Bloc-notes du Ducdejoal

«La soif de dominer est celle qui s’éteint la dernière dans le cœur de l’homme » Nicolas Machiavel

Combien de délégations ont été dépêchées par la France, les Etats-Unis d’Amérique, les Nations-Unies, l’Organisation Internationale de la Francophonie, l’Unité Africaine à Nouakchott pour trouver une sortie de crise à la situation actuelle que traverse la Mauritanie ? C’est tristement malheureux ce qui est arrivé ou en train d’arriver à notre pays. Le responsable n’est autre que Mohamed Ould Abdel Aziz, le premier officier de l’armée mauritanienne à être promu au rang de général. 

A l’image de la Chine, de la Guinée, de la Tunisie, de la Birmanie, la Mauritanie peut être maintenant classée dans ces dictatures, après une éclaircie de 3 ans, où on n’a pas le droit de s’égosiller sa désapprobation, de manifester son ras-le-bol, de défendre ses opinions…  

La marche avortée du Front National pour la Défense de la Démocratie du 5 octobre et de celle des centrales syndicales deux jours après a remis à jour les vieux réflexes du pouvoir de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya où la répression était sa manie, la justification de l’existence de son pouvoir ! Il a révélé à n’en pas douter l’utilisation de la manière forte avec laquelle compte diriger ce pays Mohamed Ould Abdel Aziz. 

Museler les partis politiques qui ne l’applaudissent pas, terrifier les récalcitrants, bâillonner la presse qui voudrait se dresser en rempart contre lui, tel semble être la volonté de Mohamed Ould Abdel Aziz et de son gouvernement. Et de quoi ont peur les nouvelles autorités lorsqu’elles déclarent qu’elles vont interdire toutes sortes de manifestations ?  

Manifester est un droit reconnu par notre charte fondamentale. Sans doute, Mohamed Ould Abdel Aziz ne l’ignore pas. Il est en train malheureusement de s’inscrire dans la lignée des grandes dictatures que ce monde a enfantées. Sa police ne tergiverse pas à canarder des manifestants à coup de grenades lacrymogènes et à utiliser des matraques et des tasers.  

Tout ceci pour humilier, brutaliser qui est même l’essence de nos forces de l’ordre. La meilleure manière de demeurer au pouvoir, c’est d’intimider ses adversaires, les annihiler au néant. C’est de trucider dans l’œuf toute expression d’adversité ou désapprobation émanant de la population, des partis politiques, des travailleurs et de la société civile. Et, sur ce point, le général ne cesse de nous surprendre.   

De Pinochet à Robert Gueï, les régimes militaires n’ont jamais tenu face à l’épreuve du temps. Ne dit-on pas souvent qu’il faut savoir tirer les leçons de nos erreurs. Mohamed Ould Abdel Aziz semble en outrepasser pensant qu’il peut dribler tout le monde. Tous les militaires, excepté Thomas Sankara, ont échoué dans leur entreprise de former un nouvel ordre étatique et républicain.  

Mohamed Ould Abdel Aziz, même s’il est venu au pouvoir pour rectifier, il ne comprend rien de l’Etat, de l’administration, de la République et ne croit pas aux valeurs démocratiques. Avec une police nerveusement armée de matraques, de tasers et de grenades lacrymogènes, Mohamed Ould Abdel Aziz pense pouvoir avoir la main mise sur la situation actuelle qui prévaut dans le pays.

Les mauritaniens, ayant beaucoup souffert des excès de nos militaires, sont en train de payer un lourd tribut. Après avoir quitté en 2007, ils reviennent pour mettre le feu sur la paille. On n’aurait dû jamais se retrouver à cette situation. Et, bizarrement, nos hommes politiques n’ont jamais osé faire face à ce problème, fuyant ainsi leur responsabilité.  

Si les militaires décident de rester, c’est sûr qu’ils vont rester. Par contre, ceux qui pensent que le coup d’Etat du 6 août 2008 fut une bénédiction se gourent lourdement. Je serai le premier à applaudir si Mohamed Ould Abdel Aziz, en réussissant à rester au pouvoir, parvenait à améliorer les choses, à réduire les dépenses excessives de l’Etat, à lutter contre le favoritisme, à augmenter les salaires et à anéantir les contrecoups de la cherté de la vie.  

A l’image de la classe politique, de la société civile et des organisations des travailleurs, le peuple mauritanien est dubitatif et ne sait pas toujours de ce que demain sera fait. Il nous faut un Président de la République qui inspire la confiance. Or, Mohamed Ould Abdel Aziz, jusqu’à preuve du contraire, ne fait pas l’affaire pour parler prosaïquement.  

Le général semble intrépide et inamovible. Lui qui veut conserver toutes les commandes du pays, jusqu’où est-il prêt à aller ? Déjà, il a fini par installer ses sbires à tous les postes de nomination stratégiques. Hélas, nous risquons de nous acheminer vers l’établissement d’une dictature militaire où les libertés publiques seront restreintes. Notre général est prêt à tout même à sacrifier la Mauritanie, le peuple mauritanien pour rester au pouvoir.  

L’obstination est souvent scabreuse. Que Dieu nous en préserve. Ceux qui disent que Mohamed Ould Abdel Aziz est venu au pouvoir pour «rectifier» n’ont rien compris de ses intentions. Il les utilise comme on en fait avec une serpillère ou un «Kleenex ». 

On le sait : les militaires ne sont pas du genre à tenir leurs engagements. Maouiya, Mobutu, Castro, Saddam Hussein, Lansana Konté…en sont des illustrations. Comme Churchill qui déclarait à la fin de la seconde guerre mondiale : «nous avons tué le mauvais cochon » en parlant de l’Allemagne nasie, nous pouvons dire de Mohamed Ould Abdel Aziz qu’il a tué la démocratie à cause de son avidité pour le pouvoir.

Par Babacar Baye Ndiaye

( 14 octobre, 2008 )

Mécontent de l’union de sa nièce avec Brahim Ould Mohamed Ould Marcou:Le comissaire Vadili Ould Naji s’y mêle en décidant de casser leur mariage!!!

Certains couples mauritaniens, notamment jeunes, continuent à souffrir de certains obstacles les empêchant de vivre pleinement leur amour du fait de leur appartenance à différentes castes ou communautés. C’est le cas du couple Vatimétou Mint Boubakar Ould Naji et Brahim Ould Mohamed Ould Marcou. La première (24 ans) est issue d’une famille chérifienne et le second (28 ans) du côté de sa mère d’une tribu guerrière du nom de Oulad Agchar. Son père n’est autre que le riche homme d’affaires mauritanien, Mohamed Ould Marcou.

—————————-Par Babacar Baye Ndiaye 

Voilà à peine 5 ans qu’ils se connaissent, qu’ils sont ensemble et qu’ils s’aiment à la folie. Leur amour était connu de tout le monde excepté que les parents de la jeune fille n’ont jamais dit qu’ils étaient contre cette union. Mais, lorsque Brahim Ould Mohamed Ould Marcou est parti voir la famille de sa dulcinée pour la demander en mariage, la famille de cette dernière a catégoriquement refusé. A chaque fois qu’il réitérait sa demande de mariage, la famille parvenait toujours et pendant cinq bonnes années à trouver un alibi pour empêcher le mariage qu’elle ne voulait pas. 

Dépitée par sa situation de célibataire et vu que sa sœur venait d’être mariée, Vatimetou décide de se marier contre la volonté de ses parents. Malgré les pressantes demandes en mariage de Brahim Ould Mohamed Ould Marcou, le tuteur de la fille (Ould Naji) montre toujours sa réticence envers tout projet de mariage dont il ne veut pas entendre. 

Décidés à vivre leur amour et leur passion contre vents et marées, Brahim Ould Mohamed Marcou et Vatimétou Mint Boubakar Ould Naji s’envolent à l’insu de tout le monde au Maroc pour y consommer leur mariage qu’ils attendent depuis 5 ans devant des autorités religieuses et des témoins. 

Montrant qu’elle ne veut lier son sort qu’avec celui de Brahim Ould Mohamed Ould Marcou, Vatimetou fait une procuration témoignant de sa détermination et de son engagement à vivre avec celui qu’elle aime. Après ce mariage scellé en terre marocaine où ils firent leur lune de miel, ils y vécurent pendant 4 mois. Par l’intermédiaire de proches, ils sont mis au parfum qu’ils seront appréhendés une fois de retour à Nouakchott. Cette information ne tarda pas à se confirmer. 

Car, au 5ième jour de leur arrivée à Nouakchott, les deux tourtereaux délectant leur union sont cueillis par des éléments de la force de sécurité de l’aéroport de Nouakchott sur les ordres de Vadili Ould Naji, tuteur et oncle de Vatimétou Mint Boubakar Ould Naji. Vadili Ould Naji fut impliqué dans l’affaire de la drogue. C’est lui actuellement qui chapeaute la sécurité au niveau de l’aéroport de Nouakchott. Ce dernier, pour des raisons d’appartenance de castes, s’est toujours opposé au mariage de sa nièce. 

La présidente de l’Afcf, Aminétou Mint Ely Moctar, n’y est pas allée par quatre chemins pour stigmatiser l’attitude de certains de nos hommes de loi, à l’image du commissaire Ould Naji, qui ignorent tout des conventions internationales ratifiées par
la Mauritanie dans le cadre du respect et de la défense des droits de l’Homme à travers le monde. 
 

Mamadou Sarr, le secrétaire exécutif du Fonadh, venu apporter sa contribution, lui aussi, dans cette affaire, a condamné cet acte du commissaire Ould Naji visant à désunir un couple qui s’aime par l’usage de la force au grand mépris des procédures judiciaires prévues dans ce sens. «En Mauritanie, on favorise malheureusement l’impunité », regrette Mamadou Sarr. «Nous allons continuer à nous mener le combat pour que jamais de telles pratiques ne se renouvellent dans l’intérêt de notre jeunesse et de notre pays », a-t-il promis. 

Le comble dans tout cela, c’est souvent de hauts fonctionnaires (en activité ou en retraite) de l’Etat qui sont mêlés à ce genre d’histoires, les premiers qui devaient faire observer scrupuleusement l’application de la loi.  

Sarr a appelé les autorités à se ressaisir et à combattre sur tous les plans l’impunité et la corruption. Ce qui est en jeu dans cette affaire, c’est la liberté des femmes souvent objet de marchandage et de chantage. 

Cette affaire vient d’être portée entre les mains du Procureur de
la République de Nouakchott qui est un ami même du commissaire Vadili Ould Naji. Aux dernières nouvelles, le dossier est en instruction. Actuellement, le couple est toujours gardé au commissariat de Police de Tévragh-Zéina I. Cela fait 3 jours qu’il y croupisse. Et, pourtant, la loi n’autorise que 24 heures de détention dans un commissariat. 
 

En plus, les parents de Brahim Ould Mohamed Ould Marcou sont privés d’accéder au commissariat. Face à cette situation, la famille de Brahim Ould Mohamed Ould Marcou et l’Afcf ont commis d’office deux avocats pour défendre Ould Marcou qui risque d’être transféré au parquet. Ces avocats sont Yarba Ould Saleh et Ahmed Bezéid Ould Mamy.  

La présidente de l’Afcf a dénoncé le trafic d’influence qu’exerce Ould Naji dans cette affaire  en tant que commissaire et ami du Procureur de

la République. Elle a aussi demandé la libération immédiate et sans condition du couple détenu depuis 3 jours au commissariat de Tévragh-Zéina I. Et, surtout, elle a exigé que le commissaire Vadili Ould Naji soit poursuivi en justice et puni pour abus de pouvoir, trafic d’influence et d’utilisation de biens publics… 

Le Procureur de
la République de Nouakchott a été mobilisé dans cette affaire par le commissaire Ould Naji pour enfoncer Brahim Ould Mohamed Ould Marcou. Aminétou Mint Ely Moctar a demandé au commissaire Ould Naji de respecter la constitution et la loi criminalisant l’esclavage et toutes les formes de discrimination. «Ce problème est un problème de justice », a-t-elle laissé entendre. 
 

«Si, aujourd’hui, le commissaire (Ould Naji, Ndlr) veut casser ce mariage (entre Brahim Ould Mohamed Ould Marcou et Vatimétou Mint Boubakar Ould Naji, Ndlr), c’est qu’il veut encourager la prostitution et la dépravation », soutient-elle tout en condamnant cette attitude de Ould Naji qu’elle juge immorale d’autant plus que sa nièce est consentante pour se marier avec Brahim Ould Mohamed Ould Marcou. «L’essentiel dans un mariage, c’est d’avoir le consentement de deux êtres humains », a rappelé la présidente de l’Afcf, Aminétou Mint Ely Moctar. 

( 16 octobre, 2008 )

Deuxième marche du FNDD: Les forces de sécurité plus présentes que les manifestants !

La deuxième marche du Front National pour la Défense de la Démocratie prévue hier a été dispersée par les forces de l’ordre déployées dans tous les lieux sensés abriter les manifestations. Pour tromper la vigilance de la police, des groupes de manifestants ont tenté de s’ébranler à partir du garage  d’Arafat dans le quartier d’El Mina.  

Là, ils ont été repoussés par des éléments de la garde nationale dépêchée pour la circonstance en renfort. A coup de matraques et de grenades lacrymogènes, les militants du Front National pour la Défense de la Démocratie ont quitté les lieux abandonnant dans leur débandade des pneus brulés et des projectiles qui encombraient les lieux. Dans tous les autres endroits de la ville, la situation était calme. 

Tous les points présumés pouvant servir de regroupements aux sympathisants du Front National pour la Défense de la Démocratie qui réclame toujours le retour à l’ordre constitutionnel et le rétablissement de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi dans ses fonctions de Président de la République, ont été quadrillés par la police  mobilisée  très tôt pour prévenir toute tentative du Front de mettre à exécution son mot d’ordre de marcher. 

Et, jusqu’à 17 heures 30, hier, en parcourant les artères du centre-ville, on n’a pas remarqué l’ombre de manifestants ainsi que de celle des responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie.  

De temps à autre, la police faisait des patrouilles pour réprimer la moindre tentative de déstabilisation du régime de Mohamed Ould Abdel Aziz. D’autant plus que le Wali  de Nouakchott  n’avait pas autorisé cette marche annoncée toute la semaine par le Front National pour la Défense de la Démocratie déterminé  cette fois-ci à défier les policiers. Occasion ratée en raison de l’inégalité des armes. Et, pourtant, les manifestants, pierres à la main, étaient déterminés et prêts à marcher et affronter la garde nationale venue au secours pour renforcer les éléments de la police. Certains se demandaient même en ironisant où étaient passés les responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie qui s’égosillaient qu’ils allaient cette fois-ci sortir dans la débandade.  

Faut-il le souligner, cette marche intervient à une période où le Front National pour la Défense de la Démocratie traverse une crise interne depuis quelques jours. Plutôt qu’un effet d’annonce, cette marche était  peu probable d’avoir lieu  eu égard aux violentes réprimandes de la semaine dernière par la police.  

L’ardeur du Front National pour la Défense de la Démocratie semble subitement retomber comme un soufflet après l’initiative proposée par Messaoud Ould Boulkhéir pour sortir de la crise actuelle. Est-ce un signe un relâchement? 

 

Babacar Baye Ndiaye 

( 17 octobre, 2008 )

Prolifération des marchés noirs: L’exemple du marché «Thieub-thieub » de 5ième

 

Les transformations sociales et économiques qui sévissent ailleurs frappent aussi de plein fouet notre pays. La rareté de la main-d’œuvre exacerbée par des crises financières sporadiques et le sous-emploi a contraint des milliers de jeunes personnes à se transformer en vendeurs à la sauvette, en manœuvres occasionnels… 

Les raisons d’un tel phénomène social sont à rechercher essentiellement dans l’exiguïté du marché de l’emploi qui n’offre pas une certaine perméabilité et possibilités de recrutement aux demandeurs d’emplois. Et, à certaine tranche d’âge, sans qualification professionnelle et sans emploi, le premier boulot est le bienvenu. L’essentiel que cela rapporte et puisse permettre de joindre les deux bouts.  

Disposant de peu de moyens pour loyer une boutique dans un marché ou dans un coin du quartier, refusant de tomber dans la marmite de la misère et de l’assistanat, ces personnes se ruent vers les marchés noirs tels que «Thieub-thieub » pour y trouver leur pitance.  En dehors de l’anarchie et de l’insécurité qui règnent dans de pareils marchés, les clients y trouvent leur compte. Ici, tout est proposé à bon marché et à des prix accessibles à la bourse du citoyen lamnda toujours porté vers la facilité. 

Thieub-thieub, c’est un marché de Nouakchott, un marché bien connu des populations. Un marché célèbre, un marché où le bon côtoie le moins bon. Ce marché qui s’étend sur une vaste zone, est un lieu où se rencontrent toutes les couches sociales de Nouakchott. 

A quelques minutes du centre ville, en plein cœur du 5ième  arrondissement qui jouxte le 6ième arrondissement, Thieub-thieub passe aussi pour l’un des plus grands centres d’approvisionnement pour les populations de Nouakchott. Le «Grand Magasin » en quelque sorte de ces populations. Ici, les tables, les cantines, les dépôts de bois, de ferraille, les boutiques, les étales, les machines à coudre ont pignon sur rue.  

Pour reprendre un slogan de publicité fort légendaire, on pourrait alléguer qu’ «on trouve tout à Thieub-thieub » : de la friperie pour les faibles et moyennes bourses, du poisson fraîchement amené du port artisanal de Nouakchott, et d’autres marchandises de consommation ou de décors intérieurs comme les moquettes ou les bols paraboliques entre autres à de moindres coûts. Sans parler des condiments, des fruits et légumes, des boucheries, des gargotes démesurées. Et bien sûr, de l’abus de confiance.  Car dans ce marché, il semblerait, comme partout d’ailleurs, qu’il y a des gens tricheurs, vicieux, fourbes et incroyablement retors.  

Thieub-thieub est avant tout un lieu où les populations peuvent trouver ce dont ils ont besoin à moindre prix avec l’assurance de n’avoir que l’embarras du choix. A vrai dire, Thieub-thieub est un marché exclusivement «destiné » aux pauvres qui n’ont que la misère, la détresse et la débine dans leurs sacs à main. Les clients comme les vendeurs viennent de partout : des zones périphériques, de Ksar mais aussi de Teyarett. Ce qui se vend dans ce marché à des prix bas, ailleurs, ça se vend à des prix élevés. D’où la raison qui explique la ruée des populations vers ce marché «noir » et «pas comme les autres ». 

Dans le périmètre du marché Thieub-thieub se sont installé plusieurs grossistes, fournisseurs et détaillants. Dans ce marché, les affaires fonctionnement merveilleusement à la grande joie de tout le monde. Malgré le commissariat qui se trouve à côté, n’empêche que ce marché est souvent considéré, à tort ou à raison, comme le «marché aux voleurs » voire «le bordel ». Il n y a pas de contrôle permanent dans cette zone. L’hygiène et les normes de sécurité, n’en parlons même pas. Ça empeste partout notamment dans la surface où sont installées de petites tables sur lesquelles sont disposés les poissons à vendre et au bord desquelles pullulent des bosses d’écaille. Des eaux usées déversées partout ! Un sol qui écœure !  

Ce marché, à l’image des autres marchés de Nouakchott, souffre d’un environnement impropre. Des tas d’immondices et d’ordures gisant par-ci et par-là dans cette zone oubliée des autorités locales et centrales qui laissent en sus cette situation pourrir sans s’engager dans la prise de décisions adéquates. Cette halle déjà, avec celles de 5ème et 6ème, s’étouffe et étouffe les riverains qui n’ont la paix que lorsqu’il se fait tard et que les vendeurs et acheteurs commencent à vider les lieux qui deviennent denses dans la journée, rendant ainsi les deux principales artères de cette zone impraticables. 

Les marchés eux aussi ont besoin  d’études prospectives afin que
la Mauritanie ait des marchés ultramodernes dignes de ce nom et non pas des marchés construits dans des conditions ne respectant pas souvent les normes de construction en matière de bâtiment et de travaux publics. Ces marchés noirs ne sont pas souvent à l’abri d’incendie. L’année dernière, c’est le marché des planchers qui en était victime. Et, ce sont des millions d’ouguiyas qui sont engloutis causant une perte sèche à notre économie nationale. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

( 17 octobre, 2008 )

Me Lô Gourmo Abdoul à Mohamed Ould Znagui: »Ne croyez pas qu’il sera facile d’instrumentaliser la justice de notre pays »

Les avocats de la fondation KB dirigée par l’épouse de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, président déposé le 6 août dernier par le général Mohamed Ould Abdel Aziz, ont organisé au siège de la dite fondation un point de presse. A l’ordre du jour, deux points : leur visite à Dakar pour déposer plainte contre Baba Tandian, un homme d’affaires sénégalais, pour diffamation calomnieuse à l’endroit de leur cliente et les dernières déclarations faites par le président de la commission sénatoriale  chargée d’enquêter sur l’origine des fonds de la fondation KB, Mohamed Ould Znagui.

———————–Par Babacar Baye Ndiaye

 

 

Me Lô Gourmo Abdoul, au cours de ce point de presse, est longuement et amplement revenu sur leur voyage de la semaine dernière, lui et Me Moulaye Ould Ghali, à Dakar. «Nous étions partis porter plainte au nom de la fondation KB contre l’homme d’affaires sénégalais (Baba Tandian) dont les déclarations extrêmement graves et intempestives à propos de madame la présidente de la fondation (Khattou Mint El Boukhary, Ndlr) ont porté un très grand tort à la première dame et donné à ceux qui soutiennent le coup d’Etat matière à alimenter la confusion et à détourner l’opinion publique de la réalité », renseigne-t-il. 

Baba Tandian aurait tenu, selon Me Lô Gourmo Abdoul, sur les ondes sénégalaises et sur certains plateaux de chaînes de télévisions, des propos très «hargneux et attentatoires» à l’encontre de Khattou Mint El Boukhary. «Il (Baba Tandian, Ndlr) a laissé croire que le coup d’Etat en Mauritanie provient de l’attitude et des activités de l’ex-première dame. Que c’est elle qui en est la cause. Il a aussi laissé croire qu’elle s’était accaparé du pouvoir pour en faire un objet entre ses mains : instrumentalisant tout, nommant des ministres, dégommant des ministres et même limogeant des généraux ! Pour agrémenter tout cela du sel nécessaire, il a même dit qu’on a transformé le palais présidentiel en bergerie et en lieu de débauche », a déclaré Me Lô Gourmo, en rapportant les propos de Baba Tandian. 

Ces propos tenus par Baba Tandian, à l’en croire toujours, ont écorné l’image de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et de sa femme en particulier, accusée à tort et à raison, de tirer du bout du nez son mari et surtout d’avoir détourné d’importantes sommes d’argent au nom de sa fondation. Durant leur séjour à Dakar, les avocats de la fondation KB rejoints par Me Aïssata Sall (elle a participé à de nombreux procès en Mauritanie notamment celui de Haïdalla et de Ouadenague, Ndlr), ont saisi la justice sénégalaise en introduisant ce qu’on appelle la procédure de citation directe. Elle permet à la victime de saisir directement le tribunal en informant le prévenu (celui-ci doit fournir la preuve de ses allégations dans un délai de 15 jours) sans avoir à demander au Procureur de
la République de faire une enquête ou à saisir un juge d’instruction. Le procès aura lieu en principe le 6 Novembre prochain à Dakar.
 

Selon Me Lô Gourmo, «on n’est pas obligé de porter atteinte à l’honneur des gens ni de les insulter », a-t-il affirmé en faisant savoir, en réponse à Baba Tandian, que l’affaire Khattou Mint El Boukhary n’est pas une mince affaire. «On est en plein dans le cœur du coup d’Etat du 6 août 2008. L’une des justifications qui a été avancée, c’est la corruption, la concussion, le trafic d’influence, le clientélisme familial, le népotisme. Ce n’est donc pas une affaire pour rigoler », a-t-il tenu à rappeler. 

Me Lô Gourmo Abdoul est aussi, au cours de ce point de presse, revenu sur les déclarations de Mohamed Ould Znagui, président de
la Commission sénatoriale chargée d’enquêter sur la provenance des fonds de la fondation KB, dirigée par Khattou Mint El Boukhary. On lui prête l’intention de vouloir convoquer à nouveau, en usant de la force, de la menace et de la pression policière, la présidente de la fondation KB pour l’auditionner. «C’est vraiment très significatif d’un état d’esprit », révèle l’avocat de la fondation KB en assimilant cette commission sénatoriale à une «commission inquisitoriale ».
 

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Ce monsieur Znagui est accusé par les avocats de la fondation KB d’avoir proféré des menaces à l’endroit de leur cliente, Khattou Mint El Boukhary qui a refusé de déférer à une deuxième convocation de la commission d’enquête sénatoriale. Ils lui reprochent aussi de vouloir «user des moyens de l’Etat et exiger au ministère de l’intérieur de prendre en charge le dossier afin que Khattou Mint El Boukhary puisse venir témoigner par force et être auditionnée » par les membres de la commission d’enquête sénatoriale. 

Maître Lô Gourmo a, en outre, attiré l’attention de l’opinion publique mauritanienne sur les mécanismes de droit qui sont en train d’être bouleversés et violés sur l’affaire KB qu’il a qualifié « d’explosive » par les membres de la commission d’enquête sénatoriale. «Il ne mesurent pas les risques et les dangers qui tournent autour des manipulations de ce dossier », a-t-il souligné. 

Dans le dernier numéro de Jeune Afrique en date du 14 octobre 2008, Monsieur Mohamed Ould Znagui y allègue que
la Commission d’enquête sénatoriale détiendrait des «documents» qui authentifient que la fondation KB aurait été financée par le trésor public mauritanien. Sa sortie à Jeune Afrique a provoqué l’ire de Me Lô Gourmo. «Avant d’aller révéler à la presse ce que tu as eu comme résultats de ton enquête, il faut aller le dire à tes mandants. Il faut aller d’abord déposer ton rapport devant ceux qui t’ont désigné comme président d’une commission d’enquête avant de le dire à Jeune Afrique. Avant de dire ce que tu as découvert à Jeune Afrique mais dis-le d’abord aux sénateurs qui t’ont élu », dit-il en s’adressant à Mohamed Ould Znagui. 
 

Ensuite, sur un ton d’indignation, il s’adresse directement en le vouvoyant cette fois-ci à Monsieur Znagui, président de la commission d’enquête sénatoriale en ces termes : «Ce n’est pas de cette manière que cela se passe. Puisque vous avez été mandaté par les sénateurs, puisque votre commission a essayé en vain d’auditionner madame Khattou, vous devriez revenir voir les sénateurs qui vous ont élu et leur dire : « Messieurs les sénateurs, la dame Khattou refuse de nous entendre. Nous pensons qu’elle est coupable ». Si les sénateurs sont convaincus de la justesse de vos arguments, monsieur Znagui, d’après une résolution d’un article très précis du règlement intérieur du Sénat, une procédure devant un juge au nom du principe de la séparation des pouvoirs sera engagée (…) en passant par la voie régulière des communications avec l’exécutif, avec en charge le parquet qui va engager la procédure d’ouverture contre x », explique-t-il.  

A ses yeux, cette commission d’enquête sénatoriale n’est pas habilitée à auditionner Madame Mint El Boukhary. En plus, c’est une commission nébuleuse. «Si maintenant les membres d’une commission d’enquête devaient se substituer aux assemblées qui les ont désignés pour aller droit au but en passant par-dessus la tête les mandats qu’ils ont reçu, mais il n’y a plus de liberté. On est dans une logique conventionnelle qui mène vers la dictature fasciste : les fameuses commissions qui se créent, qui dépouillent des dossiers, qui prennent des décisions et éventuellement qui sanctionnent dans l’obscurité la plus complète », déclare-t-il en fustigeant avec véhémence cet état de fait.  

«Ce n’est pas à une commission d’enquête sénatoriale à laquelle nous avons affaire mais à une commission d’individus privés qui se sont affranchis des règles du sénat en agissant selon leur bon vouloir et en s’acharnant sur une femme… Ce sont des règlements de compte politiques qui ont cours actuellement et n’ont strictement rien à voir avec quelque recherche de vérité que ce soit. Quand on cherche la vérité, on l’expose à ceux qui vous ont mandaté. Il s’agit d’une humiliation et une insulte contre une chambre que le monde entier qualifie de chambre des sages », note-t-il avec indignation.  

«Si la commission Znagui croit pouvoir nous impressionner en narguant de sa volonté de poser quelques preuves que ce soit devant les juges, nous leur disons chiche. Nous n’attendons que la justice », dit-il. «Depuis que ce cirque a commencé, la fondation KB ne peut plus fonctionner normalement. Elle ne peut obtenir aucun appui. On est en train de compromettre son image… », s’insurge-t-il. 

Me Lô Gourmo Abdoul demeure convaincu en l’impartialité et à l’indépendance de notre justice parce que, croit-il, nous avons des juges aussi patriotes que n’importe quel autre mauritanien. «Nous avons également des juges qui ont conscience de l’importance du travail qu’ils font et qui savent que l’histoire les jugera comme aux juges sénégalais auxquels nous sommes allés nous plaindre. Si vous pensez que le fait de se saisir de la justice est suffisant pour l’amener à faire ce que vous voudriez qu’elle fasse, c’est une erreur », dit-il en faisant savoir que Khattou Mint El Boukhary ne se laissera pas marcher dessus. Et que «nous attendons avec sérénité la phase judiciaire », a-t-il conclu.

 

Babacar Baye Ndiaye

 

( 19 octobre, 2008 )

Moussa Sarr, artiste musicien : L’Espoir de Koungueul !

Moussa Sarr est un chanteur-guitariste. A 41 ans, il ne fait plus figure de débutant et il a démontré de solides arguments à faire valoir ce mardi 7 Octobre au Centre Culturel Français où il ouvrait le bal des concerts K’fet de l’année, un moment inédit de distraction et de saveur à découvrir. Contrairement à certains artistes qui ne croient plus en eux, en leur musique, en leur force du fait d’un milieu musical très hostile et où il est très difficile de se faire un nom, au pays d’un million de poètes, lui, il enfourche sa détermination croyant dur comme fer qu’il peut lui servir, sans aucun état d’âme, de cheval de Troie.

Très tôt, il se passionne de musique. Adolescent déjà, il ne rêvait que d’une seule chose : devenir comme ses oncles en suivant leurs traces. Tous ces oncles ont flirté avec la musique. Et, certaines de ses tantes. Chez lui, la musique est une affaire de famille et non de showbiz. C’est une passion et rien d’autre. On n’est pas appâté par l’argent. C’est un penchant naturel et dépouillé de toutes considérations financières.

Un de ses oncles du nom de Samba Lô a fait ses beaux jours et ses belles nuits, à l’Orchestre National de Mauritanie. Un autre aussi, du nom de Gamby Lô a longtemps accompagné certains groupes de Kaédi. En les côtoyant, il voulut très tôt devenir comme eux : une star de la musique, adulée et écoutée par tout le monde.

Marié et père de 4 enfants, cela ne l’empêche pas de vivre pleinement sa musique, avec discrétion et sans l’appui de personne. Et, n’en déplaise aux autorités, celles sensées promouvoir la culture et les arts dans notre pays : la musique se développera sans elles. Elles ont montré leurs limites et leurs possibilités. C’est une question d’ambition et des ambitieux, du genre de Moussa Sarr, hargneux et déterminé,
la Mauritanie en regorge des centaines de milliers.

Le parcours de Moussa Sarr est assez singulier. Il fut d’abord danseur. Il s’y fera remarquer. Mais, aussi, à Kaédi, à l’école, il faisait du théâtre populaire. C’était vers la fin des années 80. Par la suite, il se lance dans la musique. Il sera astreint, pour joindre les deux bouts, d’exercer parallèlement les métiers de peintre en bâtiment et de carreleur, tellement les difficultés sont insoutenables. C’est par la suite qu’il se résolut à abandonner de tels métiers où il gagnait beaucoup pour se consacrer exclusivement à sa carrière de musicien.

Son premier texte qu’il écrira, « Sourga »(célibataire en Français), évoque les difficultés de la vie que rencontrent les jeunes notamment célibataires. Cette composition va marquer son entrée dans la scène musicale. On est en 1992. A cette époque, il se sentait pousser des ailes. Plus qu’une description d’une jeunesse en mal de réjouissance, ce morceau est avant tout un clin d’œil à la contrariété que vit cette jeunesse.

Cet homme à l’allure juvénile est originaire de Koungueul à 54 km de Kaédi au Sud dela Mauritanie. Pour cause d’études, il quitte très tôt son village natal en destination de Kaédi, ville qui le révélera au grand public. Il y fait ses études primaires. Mais, en première année collège, un bon jour, il décide contre toute attente de ses parents, de laisser définitivement les études pour faire de la musique. Depuis ce jour-là, il y est resté malgré les âpretés de la vie de musicien.

Au moment où il prenait cette décision, il n’avait pas encore atteint sa dix-huitième année. Comme certains jeunes de sa génération, il ne croyait pas aux études. Il était déjà emporté par la fièvre musicale qui régnait à Kaédi. Il céda devant la pesanteur et l’influence de la musique. Surtout, dans une ville comme Kaédi, réputée être un carrefour musical et une ville qui a produit de grands musiciens. 

Sa musique est un miroir de la société mauritanienne et puise dans les différentes sonorités musicales des autres communautés du pays. Un mélange ingénieux de tout, de toutes les couleurs musicales du pays. Représentative, elle se veut aussi ouverte. Son objectif : imposer sa musique dans l’oreille des mauritaniens. Lui aussi, il est venu avec son propre style. Son groupe qu’il a créé depuis 1996 est à l’image de sa musique. Il est entouré d’étrangers et de mauritaniens de diverses cultures. Ce qui ajoute à sa musique une certaine authenticité.

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La musique n’est plus l’apanage des griots. L’essentiel, c’est d’avoir la voix, de savoir bien chanter et surtout de faire plaisir pendant de bonnes heures. Avec 9 morceaux joués ce 7 Octobre au Centre Culturel Français, il a séduit le public. Moussa Sarr, en effet, n’est pas un blanc-bec dans le domaine de la musique. Sa musique se nourrit de la folk music, de la musique guinéenne et des ballades. Avec 3 guitares, un hoddu (un instrument monocorde) et une batterie, il allie musique moderne et musique traditionnelle.

Avec une musique soft et open, il parvient à ressusciter les mélodies de la musique traditionnelle. Moussa Sarr est un artiste moderne, émancipé et soucieux de l’avenir de l’humanité. Comme disait l’autre, tout ce qui est humain ne lui est pas indifférent. Il sait aussi être narquois, registre où il excelle pas mal, notamment en direction des célibataires sur qui il ne tergiverse pas à décocher des flèches. Même s’il manque d’originalité dans la conception musicale, les thématiques qu’il aborde sont remarquables par leur densité et leur message.

Dans la vie d’un artiste, il y a des moments qui constituent une étape très importante. Son concert du 7 Octobre en était une. Il espère apporter sa modeste contribution pour changer la musique en Mauritanie. Lui qui a su tirer profit de l’expérience de ses oncles en les côtoyant à bas âge utilise sa musique pour sensibiliser les populations sur certaines maladies et certains problèmes liés à la vie. 

Ses morceaux s’inspirent de la vie des mauritaniens et de certaines réalités : le célibat, la dépigmentation, le bouleversement des mœurs… Ils abordent aussi certains thèmes d’actualités comme la mondialisation et les échanges culturels. Son micro lui sert d’arme pour aussi fustiger certaines pratiques sociales et coutumières comme les mariages précoces ou forcés.

Il a chanté le sida, une manière pour lui de sensibiliser les populations sur cette maladie qui a tué plus de 25 millions d’individus depuis 1983, date de sa découverte. Il est aussi un paire éducateur. Il a reçu une formation dans ce sens. Depuis 5 ans, il travaille avec une ONG locale du nom de « Networld ». Avec son groupe, il a fait de nombreuses tournées partout en Mauritanie avec cette ONG pour sensibiliser sur certaines maladies comme le sida, la tuberculose…La musique au service de la société, telle est sa conception, pour faire passer le message.

Malgré tout son talent, c’est comme si la guigne le poursuivait. Car, jusqu’à présent, il a du mal à sortir son premier album. Une réalité auxquels sont confrontés les artistes mauritaniens. Et, si son album déjà enregistré en France n’est pas sur le marché national, c’est pour cause de duplication qui coûte énormément chère. La date de la sortie de son album, prévue en 2009, risque ainsi d’être repoussée. Il compte sur l’appui du Centre Culturel Français pour sortir son 1ier album.

C’est un handicap permanent que vivent les musiciens mauritaniens. Mais que faire ? Ils n’ont d’autres choix que de solliciter l’appui de « mains étrangères » pour pouvoir sortir leur album. Depuis 1996, date de la création de son groupe « Jaalal Leñol » ou le Pilier du Peuple, il n’arrive pas à sortir son premier album. Il n’est pas le seul artiste à le vivre. Ceux qui sont en mesure de pouvoir aider la musique mauritanienne à se développer tergiversent toujours à mettre la main dans la poche pour soutenir un tel ou tel artiste.

Réussir musicalement en Mauritanie, c’est faire le chemin de la croix. «Le public mauritanien n’apporte rien à ses musiciens », constate-t-il. «On a fait des concerts gratuitement. Mais pour que le public vienne, c’est un problème », s’indigne-il. Une carrière internationale ? Il y pense déjà ! Car, pense-t-il, c’est la voie du Salut, pour l’artiste mauritanien.

Pour agrémenter de sel sa soirée du 7 Octobre dernier, au Centre Culturel Français, il a invité des artistes comme Monza, Ousmane Gangué, Fama Mbaye, Guéladjo Bâ, Dioba…qui sont venus témoigner leur amitié à Moussa Sarr en apportant, dans leurs bagages, le feeling et le punch qui faisaient défaut à son concert. Même si la musique ne lui a rien apporté, il trouve du plaisir à égayer le public mauritanien. Il voyage de temps à autre à l’intérieur du pays, notamment au Sud, en France et au Sénégal voisin, dans les villages bordant le fleuve Sénégal, où il est bien apprécié. D’ailleurs, il compte y promouvoir largement sa musique.

Babacar Baye Ndiaye 

( 22 octobre, 2008 )

Fama Mbaye, artiste musicienne:Une future vedette de la musique mauritanienne !

Certes, elle est novice dans la musique. Mais, on dit déjà qu’elle fera un malheur en Mauritanie d’ici quelques années. Fama Mbaye, 24 ans, est une jeune musicienne prometteuse qui a toujours le sourire au bout des lèvres. Séduisante, elle l’est. Elle est venue à la musique pour s’imposer comme tout le monde, bousculer la hiérarchie et pourquoi ne pas faire mieux que ses mamans : Thiédel Mbaye, Malouma, Hawa Diméra, Dimi Mint Haba…

———————-Par Babacar Baye Ndiaye

 

Incontestablement, avec Dioba, elle a de l’avenir. Originaire de Mbagne (dans la wilaya du Brakna), au Sud de la Mauritanie, Fama Mbaye est descendante d’une famille de griot. Dans la famille des griots, les études ne sont pas leur tasse de thé. Mais elle, elle a eu la chance d’être amenée à l’école qu’elle fréquenta jusqu’au collège. Ceci lui a permis d’avoir une certaine ouverture sur le monde. 

En 2002, elle jette l’éponge à cause, dit-elle, de la musique. Sa décision est à la limite compréhensive. Une griotte, comme elle, n’a pas vocation de faire des études poussées. Elle n’est jamais obnubilée par les diplômes. Les études, ce ne sont pas leur marque de fabrique.  

Chez elle, la gêne de la chanson se transmet de génération en génération. Chaque parent lègue cet héritage à sa progéniture. Dans sa famille, tout le monde chante. C’est leur métier. On les appelle « griots ». Dans les cérémonies de mariage, de baptême : c’est eux qui font office de maîtres des lieux. Fama Mbaye est aussi passée dans ces cérémonies. Lorsqu’elle n’était pas à l’école, elle était aux trousses de sa grand-mère, Coumba Rella, elle est aussi une grande poétesse musicienne. 

Elle grandit sous l’encadrement de cette dernière qui l’amenait, depuis toute petite, dans les cérémonies. Avec sa grand-mère, elle voyagea et découvrit certaines contrées du pays. C’est dans cet environnement qu’elle se forgea une destination morale jusqu’au jour où elle rencontrât un certain Seydou Sarr, son actuel manager qui lui propose de faire carrière dans la musique. En 2006, elle quitte sa ville natale pour venir tenter sa chance à Nouakchott. 

Ainsi donc, après plusieurs années passées à chanter dans les cérémonies, elle tourne casaque en décidant de se lancer dans une carrière musicale. Petit à petit, elle commence à creuser son sillon et se faire remarquer du grand public et des organisateurs événementiels qui ne peuvent pas se passer d’elle. Aussi, elle est invitée dans les concerts. Avec le peu d’argent qu’elle thésaurise, elle met en place un orchestre restreint. Elle commence à être sollicitée et à voyager. Dans son rôle de chef d’orchestre en tant que jeune musicienne, elle avoue ne pas rencontrer d’obstacles majeurs.  

Mais, depuis qu’elle est entrée dans la musique, comme profession, celle-ci lui bouffe énormément de temps. Pour autant, elle continue à chanter dans les cérémonies, le temps de perpétrer une tradition, un héritage. Pour elle, impossible de ne pas chanter dans les cérémonies. Elle serait mal appréciée et en plus cela fait partie de leurs us et coutumes. C’est une question d’honneur. Même la réussite sociale ne pouvait muer en rien cet état de fait. 

Son grand-père n’est autre que Samba Malal, un grand maître à la fois dans l’art de chanter et de jouer du « xalam »(guitare traditionnelle africaine à une seule corde). Il a voyagé partout en Mauritanie, à travers le monde en participant à de grands festivals internationaux, pour y répandre la culture des griots. Fama Mbaye, ainsi donc, a tout le potentiel pour marcher sur les traces de son grand-père qui fut aussi un grand poète musicien dont la renommée a transcender les frontières mauritaniennes.

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Fama Mbaye est une musicienne qui progresse vite. C’est en cela qu’elle est surprenante et qu’elle a, sans supercherie et sans fausse modestie, de beaux jours devant elle. En quelques années, elle a réussi à se faire découvrir, se faire apprécier. Et, lorsqu’elle chante, vous ne pouvez pas vous empêcher d’apprécier sa belle voix et de ressentir la chair de poule. «Quand tu es une artiste, il faut être charmante sur scène. Parmi le public : certains admirent ton comportement, d’autres sont attirés par la musique et d’autres encore font attention à ton accoutrement… », dit-elle. 

Elle est encore jeune, sans expérience musicale. Et, sans aller jusqu’à la hisser au rang d’une nouvelle Thiédel Mbaye ou Malouma, on ne peut qu’être admiratif de sa voix forte si captivante et de sa présence remarquable sur la scène. Toutefois, elle est consciente des dures réalités qui existent dans le milieu de la musique et de l’énorme espoir qui pèse sur ses frêles épaules. Elle est consciente aussi qu’elle ne peut compter que sur elle-même pour réussir dans la musique, surtout dans un pays où on rechigne à mettre la main dans la poche pour développer la musique mauritanienne qui manque malheureusement de soutien. 

Malgré ses difficultés, elle n’est pas tentée par l’aventure, par l’exil…Elle ne veut pas s’embarquer sans biscuit dans une entreprise dans laquelle elle ne maîtrise pas les tenants et les aboutissants. «Si tous les artistes mauritaniens se tournent vers l’extérieur notamment vers le Sénégal, c’est un signe de complexe d’infériorité. Ils doivent pouvoir rester ici et changer la situation », s’écrie-t-elle. En Mauritanie, les artistes mettent trop de temps pour sortir leur premier album. Depuis 2007, elle attend le premier producteur providentiel, après avoir démarché infructueusement de nombreuses personnes. 

Dans un monde où les mentalités évoluent vite, elle ne s’inquiète guère de la disparition progressive des griots. A une certaine époque, avant l’apparition des nouvelles technologies de l’information et de la communication, le griot était la mémoire du peuple. C’est en cela qu’il était respecté parce qu’il était leur pilier. «Si ce n’était pas lui, on ne saurait rien de l’histoire, de la vie des peuples précédents et notamment des grands hommes et des familles royales », nous rappelle Fama Mbaye. 

Aujourd’hui, cette fonction de nos poètes musiciens est usurpée par des intrus. La musique est devenue un fourre-tout. Chacun pense avoir droit au chapitre. Il n’y a plus seulement les griots qui font office d’être les dépositaires de la mémoire collective. Cela n’inquiète pas outre mesure Fama Mbaye. 

Fama Mbaye est ouverte à toutes les musiques. «Je n’ai pas de musique spécifique à écouter. Je dois être ouverte à toutes les musiques. Cela peut m’enrichir car chaque musicien est différent de l’autre. » Fidèle en amitié. «J’entretiens les mêmes relations que j’avais avec mes ami(e)s d’enfance. Si je reviens de voyages, je m’enquiers de leurs nouvelles en les appelant… » Fama Mbaye est aussi superstitieuse et se méfie comme une peste des mauvaises langues. «Récemment, j’ai eu trois programmes qui ont été annulés », raconte-t-elle en y voyant le mauvais sort. Depuis lors, elle est devenue plus attentive à sa carrière musicale. 

Sur scène, elle s’est imposée une limite à son accoutrement : jamais de tenue sexy ou des décolletés provoquants et lascifs. C’est contre son état d’état d’esprit et de ce que doit véhiculer une musicienne sur scène ou hors scène. Cela ne rentre pas dans sa ligne de conduite. Pour elle, une artiste doit être un miroir de la société et notamment pour les jeunes filles qui l’admirent. Les grands boubous ou les demi saisons restent ses accoutrements favoris. Il n’empêche : cette femme est capable de faire tourner la tête par sa coquetterie, sur scène, tout spectateur.  

C’est elle qui compose ses chansons qui tournent essentiellement autour des faits de société. Comme Alexandre le Grand parti à la conquête du monde, elle espère, elle aussi, conquérir la Mauritanie avec sa musique et sa voix. Derrière cette apparence de jeune musicienne que tout intéresse excepté la politique, Fama Mbaye est une ambitieuse. Une carrière internationale trotte déjà dans son esprit. Elle avoue être prête à s’y engager car elle sait ce que cela implique comme ressources. 

Et, pour le moment, elle ne pense pas au mariage même si elle avoue que les hommes qui lui font la cour ne manquent pas. Mais, elle privilège d’abord sa carrière musicale encore très fragile. Aînée de sa famille, elle rêve d’être une vedette de la musique mauritanienne. Pour elle, il n’est pas question de rater le coche. Chaque jour est un défi pour elle. Son statut de jeune musicienne n’enlèvera en rien sa détermination. 

Issue d’une famille modeste et héritière d’une lignée qui a toujours appartenu à l’histoire des grandes familles royales, elle n’oublie pas qu’elle ne doit pas décevoir. Sa devise « je ne me décourage jamais ! » en dit quelque chose. Elle en appelle aussi à ses sœurs de ne pas baisser les bras pour conquérir leur indépendance. Aussi n’est-elle pas née pour chanter ?

 

Babacar Baye Ndiaye

( 26 octobre, 2008 )

Le Bloc-notes du Ducdejoal

«Ce qui est terrible sur cette terre, c’est que tout le monde a ses raisons » Jean Renoir 

Croyez-vous que le peuple mauritanien n’en a pas ras-le-bol de cette crise ! Croyez-vous aussi qu’il ne se demande pas quand est-ce qu’on va y sortir. Pensez-vous enfin qu’il n’éprouve pas une peur viscérale par rapport à ce qu’il entend chaque jour que Dieu fait. On en a tellement entendu parler que finalement on ne sait plus quel camp a tort ou raison. A qui se fier ! Tout ce que l’un propose, l’autre le refuse et vice versa. Et jusqu’à quand ? 

Ceux qui soutiennent le Haut Conseil d’Etat ne veulent pas entendre du retour de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Du côté du Front National pour la Défense de la Démocratie, on réclame le départ sans conditionnalité de Mohamed Ould Abdel Aziz du pouvoir en rétablissant l’ordre constitutionnel.  

En attendant que la classe politique mauritanienne- y compris le Haut Conseil d’Etat- trouve, dans l’urgence et très rapidement, une solution consensuelle à cette présente crise née du coup d’Etat du 6 août 2008, il faudra faire avec Mohamed Ould Abdel Aziz, se résigner à son unilatéralisme, s’habituer à ses discours populistes et ses talk-show, ruminer son impatience… 

Même les sanctions américaines ou autres tentatives de destabilisation (au sein de ceux qui le soutiennent) ne le feront pas fléchir. Il ne sera pas facile, pour le Front National pour la Défense de la Démocratie ou la Communauté Internationale, de le tirer par le bout du nez ou de le traîner dans la boue. Il l’a démontré durant deux mois qu’il a passés à la tête de l’Etat et du pays. Malgré les intimidations, brandies çà et là, il garde toujours son sang-froid en montrant qu’une éventuelle mise à l’écart de la Mauritanie sur le banc international ne l’ébranlerait guère. 

Excusez du peu mon intention de déconcerter : le Front National pour la Défense de la Démocratie est en train de poursuivre lamentablement une cause perdue d’avance. Les responsables de ce front manquent d’audace. Ils ont raté l’occasion de tordre le cou de Mohamed Ould Abdel Aziz le 5 Octobre dernier. Ils savent mieux que quiconque, à eux seuls, ils ne peuvent rien faire contre Mohamed Ould Abdel Aziz. Même si ce dernier a commis, certes, des erreurs impardonnables. Aussi ne sont-ils pas obligés de se tourner vers la communauté internationale pour qu’elle fasse le travail à leur place. Ils comptent sur cette Europe-là capable de vendre son âme à n’importe quel prix pourvu que son intérêt soit cautionné. 

Ce qui intrigue le Front National pour la Défense de la Démocratie, ce n’est pas le fait que Abdel Aziz ne veuille pas rétablir l’ordre constitutionnel encore moins libérer Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi ou qu’il assure cette période de transition. Ce qui l’intrigue : c’est que Mohamed Ould Abdel Aziz veuille demeurer au pouvoir ou se présenter à une éventuelle élection présidentielle.  

Fort de sa position de maître du bord, notre général semble se gausser de ses irréductibles adversaires qui voudraient obtenir de lui la caution qu’il ne sera pas candidat à l’élection présidentielle de 2009- ce qu’il n’a pas encore promis laissant les supputations les plus démentielles aller bon train, surtout après sa visite à l’hôpital national et à « El Haye Essaken », que certains ont analysé à tort ou à raison, comme des signes de campagne pré-électorale. Ce dont on est sûr, c’est que Mohamed Ould Abdel Aziz va fermer cette page transitoire qu’il a ouverte. Et les responsables du FNDD devaient plutôt chercher d’abord à libérer Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi que de chercher à demander le départ de Aziz qui n’est pas prêt à se décharger de sa fonction de Président du Haut Conseil d’Etat. 

Il sait que le peuple mauritanien raffole de discours dans lesquels on prône le redressement de l’économie, du pays, la répartition équitable des richesses entre les citoyens, la lutte contre l’esclavage, la consolidation de l’unité nationale…Il sait aussi que les occidentaux aiment entendre des discours dans lesquels on prône la lutte contre le terrorisme, l’immigration clandestine, le respect des droits de l’homme, la bonne gouvernance et patati patata.  

Depuis son arrivée au pouvoir, Mohamed Ould Abdel Aziz n’a exhibé aucun signe de disposition et de bonne volonté de rétablir l’ordre constitutionnel  ou de réhabiliter, ce qu’il ne veut pas entendre lui et ses partisans, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, dans ses fonctions de Président de la République. Aussi le moment ne serait-il pas venu pour lui de tenter de dialoguer avec le Front National pour la Défense de la Démocratie.  

Est-on en train de vivre les pires convulsions de notre histoire politique et sociale ? Après la confiscation du pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi élu par la majorité des mauritaniens et la restriction des libertés civiles et politiques, Mohamed Ould Abdel Aziz veut franchir un nouveau palier : s’imposer convaincu qu’il est investi par le destin de lutter contre le terrorisme et d’assurer à
la Mauritanie et au peuple mauritanien leur développement économique et social.  

Cette manière de gouverner, nous en avons beaucoup souffert, pendant un quart de siècle. Mohamed Ould Abdel Aziz a réussi, on ne sait comment, à mettre sous son joug l’armée, la police, la garde nationale et la gendarmerie. La semaine dernière, le général a consacré une réunion de travail, nous dit-on avec le Ministre de
la Défense et les principaux chefs de l’armée nationale. 

Depuis 48 ans, le discours politique est resté le même. Le Président de la République plagie son prédécesseur, utilise le même protocole, fait du réchauffé, essaie de parler comme lui. C’est un des avatars de nos hommes politiques qui manquent de style, de nature et d’originalité. Mohamed Ould Abdel Aziz n’a pas dérogé à cette règle. Pire encore, il reproduit les mêmes méthodes qui l’ont poussé à kidnapper Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Mais, certains dérapages se paient cash. Cela est immanquable !  

La bataille de l’opinion a assez duré entre le Front National pour la Défense de la Démocratie et les nouvelles autorités de ce pays. Il est temps maintenant d’observer une trêve et de permettre à chaque partie de souffler ! Les possibilités de sortir de cette crise existent. C’est à notre classe politique et au HCE de les trouver.

Par Babacar Baye Ndiaye

( 26 octobre, 2008 )

Zeinebou Mint Chiaa, artiste peintre : Pour sa première exposition au CCF, elle a séduit le public

Quand une beauté, comme Zeinebou Mint Chiaa, expose dans un lieu comme le Centre Culturel Français de Nouakchott, c’est la grande affluence. Cerise sur le gâteau, des ambassadeurs comme ceux de la République Française et du Soudan, ont fait le déplacement pour apprécier le travail de génie de Zeinebou Mint Chiaa. Ses œuvres picturales sont à son image, captivante et séduisante. 

Zeinebou Mint Chiaa a fait ses premiers pas à la Maison des Artistes de Nouakchott où elle a eu la chance de côtoyer, durant deux ans, de grands noms de la peinture mauritanienne comme Mokhis. Dans ses tableaux, elle utilise différentes techniques comme par exemple le collage, la peinture à l’eau, la peinture à l’huile, le sable, les pigments. Ses mosaïques riches en couleurs et en formes sont bien inspirées et découpées.  

Les 20% des ventes de ses tableaux, au nombre de 32, seront destinés au soutien des enfants en difficultés. « C’est une bonne volonté à saluer et à encourager. Les enfants méritent plus d’attention de notre part. Ils méritent d’être encadrés pour qu’ils s’épanouissent et deviennent aptes à participer à l’édification de notre pays… », a estimé Amar Ould Rajel, Secrétaire Général de l’Union des Artistes Peintres de Mauritanie et maître d’œuvre du vernissage.  

Le sort des enfants mauritaniens en difficultés a toujours préoccupé Zeinebou Mint Chiaa qui vient d’atteindre ses 22 ans. C’est une manière pour elle, dit-elle, de contribuer à l’amélioration des conditions de vie et d’existence des enfants et de participer au développement social de la Mauritanie.  

Chaque artiste a ses particularités, ses richesses en matière d’art et son propre style, très particulier. Pour cette artiste de vocation qui s’intéresse à la peinture depuis son jeune âge, elle n’est pas venue bousculer les hiérarques de la peinture mauritanienne. Elle vient, avec une singularité remarquable, enrichir le milieu de la peinture mauritanienne en mal de reconnaissance.  

Zeinebou Mint Chiaa excelle dans l’art décoratif, un domaine assez peu développé en Mauritanie. Malgré son jeune âge, elle se distingue déjà par son expression artistique très remarquable. Sa touche artistique caractérisée par des mosaïques décoratives en miniatures ajoute un intérêt particulier à son travail. Pratiquement, elle est présentement la seule artiste peintre mauritanienne qui a un art qui lui est désormais spécifique : l’art décoratif.

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Le talent de cette artiste en herbe est un présage de bon augure. « C’est une artiste pleine de talent. Elle pourra éventuellement représenter la Mauritanie dans les manifestations artistiques à l’échelle internationale… »commente un visiteur, visiblement ébloui par le travail de Zeinebou Mint Chiaa. »C’est une exposition très réussie », lâche, dans une euphorie, Fatma Mint Taky, mère de Zeinebou Mint Chiaa, venue uniquement  contempler le travail de sa fille.  

Même les connaisseurs de l’art ont été agréablement surpris par le travail de Zeinebou Mint Chiaa qui est désormais entrée dans le panthéon des filles qui ont fait de la peinture une vocation. « On n’a pas encore de grands artistes en Mauritanie. Mais, il y a un commencement extraordinaire. Quand je vois que c’est des femmes, je suis plus surpris et plus content », avoue monsieur Kane Mamadou Hadiya, directeur du musée national de Nouakchott. « Cela mérite une aide de la part de tous, en premier lieu, de nous d’abord, les autorités culturelles et des médias aussi. La peinture : c’est comme la littérature. Elle ne peut pas se développer sans la critique. Or, on n’a pas de critiques en peinture (…) Il faut que le public mauritanien s’habitue à ce genre d’expression (la peinture), à l’aimer pour pouvoir la déchiffrer… », lance-t-il. 

Son exposition de ce mardi 21 Octobre est le résultat d’un travail de deux ans. Ses tableaux de peinture bien élaborés ont fait dire à certains connaisseurs de l’art que Zeinebou Mint Chiaa est une future icône de la peinture mauritanienne. Elle aborde dans ses tableaux des thématiques universelles comme la paix, la liberté, la mort, l’existence, l’absurdité de la vie, les bouleversements du monde…De « la vieille époque » à la « Vie nomade » en passant par « la plage sauvage », « la triste époque » et « les mystères de la mer », Zeinebou Mint Chiaa nous invite à fracasser certaines convenances comme à l’image du « musicien du vent ».

 

Babacar Baye Ndiaye 

( 26 octobre, 2008 )

Heurts entre habitants et forces de l’ordre : Un bain de sang a plané sur Dioudé Dièry

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Dioudé Dièry est un trou perdu, à presque 2 kilomètres de Bababé, une des quatre Moughataas de la Wilaya du Brakna. Cette partie de la Mauritanie est connue pour sa verdure et ses terres fertiles. D’où la convoitise de toutes sortes d’ambitieux (hommes ou autres).

Dans cette zone, les affrontements entre éleveurs, agriculteurs ou populations et forces de l’ordre sont fréquents. C’est l’un des problèmes auxquels font face presque quotidiennement les autorités locales, souvent prises entre l’enclume des populations autochtones en grande partie agriculteurs et le marteau des éleveurs.  

Souvent dépassées par la complexité des événements, les autorités locales tentent cahin caha d’engager des discussions, après plusieurs heures, avec les parties en conflit, dans le but de trouver les voies et moyens pour mettre fin à ces affrontements. Les autorités locales qui mesurent l’ampleur de ces rivalités récurrentes butent parfois, malgré leur force de dissuasion, sur l’intransigeance de certaines populations.

Ce jeudi 23 octobre, Dioudé Dièry a vécu une journée chaude qui restera vivace dans la mémoire des habitants de ce village de moins de 500 âmes réputé être un havre de paix. A partir d’un incident, ce village s’est presque transformé en champ de bataille entre les habitants et les forces de l’ordre.

D’après les informations, ce qui s’est passé à Dioudé Dièry est un précédent. A l’origine de ce problème : quelques soixante-dix bovins ont dévasté leurs champs. C’est ainsi que les habitants de Dioudé Dièry décidèrent de garder le troupeau. Informés, les propriétaires alertent la police.

Aussitôt, le Commissaire de police de Bababé, Mohamed Ould Ahmed Damou, accompagné de 14 éléments, débarquent sur les lieux et tentent, selon les témoignages des villageois, de libérer par la force, une partie du bétail qui appartient à la tribu « Idelik ». Ceci dégénéra en affrontements entre les populations et les forces de l’ordre.   

Au lendemain des heurts entre les forces de l’ordre et les habitants de Dioudé Dièry, la tension était retombée fort heureusement. Cependant, l’amertume et le remords se lisaient encore sur les visages des habitants. « Nous n’avons jamais eu de problèmes avec les forces de l’ordre qui représentent l’Etat mauritanien », défend le chef de village, Diaw Oumar Moussa. »L’Etat nous avait aidés à acheter des barbelés pour clôturer nos champs. Cela n’a pas empêché le bétail de venir paître jusque dans nos champs, pendant la nuit », déplore ce septuagénaire, la canne à la main.     

En outre, profitant de l’occasion, il n’y est pas allé par quatre chemins pour fustiger l’attitude des autorités locales de la Moughataa de Bababé qu’il accuse d’avoir accordé, sans leur avis ni leur autorisation, leur domaine ancestral qui s’étend à perte de vue. Voilà plus de 5 ans que cela dure, qu’ils assistent impuissants au lotissement de leurs terres.   

D’ailleurs, ils ont adressé de nombreuses lettres de protestation aux autorités locales pour leur signifier leur mécontentement et leur désapprobation. Mais, à chaque fois, leurs doléances sont classées sans suite. « On a achevé tous les moyens de recours légaux sans avoir toujours aucun gain de cause », nous renseigne un habitant du village.   

Leur domaine ancestral, considèrent-ils, est devenu un gâteau à partager. Pour nous convaincre de cet état de fait, deux jeunes du village sont mandatés par les notables, en réunion pour décider de la suite à donner à leurs différends qui leur opposent aux propriétaires du bétail, pour nous montrer les périmètres de terrains déjà lotissés, à quelques mètres seulement de la route reliant Boghé à Bababé. Arrivés sur les lieux, l’un des deux jeunes lance : »Il y a quelques années, cet espace était cultivable. Mais, pour permettre aux ruminants de pouvoir accéder directement au fleuve, nous avons décidé de ne pas y construire ou y habiter… ».   

Tout cet espace attenant au cimetière du village Dioudé Dièry est aujourd’hui entièrement loti. D’ailleurs, on peut lire sur des écriteaux affichés sur certains périmètres le nom des nouveaux propriétaires. « D’ici 5 ans, où est-ce que nous allons enterrer nos morts… », s’interroge-t-il visiblement impuissant face à cette frénésie de lotissements en considérant cela comme une invasion qui ne dit pas son nom.   

« Je comprends qu’ils demandent à bénéficier d’un lotissement. Mais, je ne comprends pas qu’ils disent que c’est leur domaine », avance le hakem de Bababé, Ahmed Miské Ould Mohamed. »Pour être exproprié, il faut être d’abord propriétaire. En plus, les textes sont clairs : la terre appartient à l’Etat », rappelle-t-il.    Dépossédés de leurs terres, les habitants de Dioudé Dièry s’en remettent maintenant au Ciel par résignation. Les élus locaux de
la Moughataa de Bababé ont toujours été saisis de cette affaire mais ont toujours brillé par leur absence et leur laxisme dans ce genre de problème. 
  

Du côté de la mairie de Bababé dont dépend administrativement Dioudé Dièry, on reconnaît de fait la complexité de ce qui s’est passé dans cette localité. Dioudé Dièry n’est que la partie visible de l’iceberg. Mais, ici, au niveau de la mairie de Bababé, on préfère plutôt user de la langue de bois en classant cela dans le registre des « incidents récurrents » que vit la Moughataa. 

« Mais, si, ce n’est pas résolu à temps, dans des conditions sereines, cela risque de dégénérer », prévient la première adjointe de la mairie de Bababé, madame Hafsa Abdoulaye Bâ qui n’a pas manqué de manifester ses craintes par rapport à l’amplification de ce phénomène au niveau de la wilaya du Brakna, après les récents évènements dans sa municipalité.   

Quant au commissaire de Bababé, Mohamed Ould Ahmed Damou, accusé par les habitants de Dioudé Dièry d’avoir pris parti en faveur des éleveurs de la tribu « Idelik », a balayé d’un revers de la main toutes les accusations portées à son égard. Au début, un peu réticent au sujet de notre intention de l’entendre dans cette affaire, il accepte de nous recevoir chez lui. 

Toutefois, il reconnaît lui-même avoir utilisé des balles réelles. « Nous n’allons pas baisser les bras jusqu’à ce que nous soyons lynchés… », se justifie-t-il en faisant savoir qu’il était dans une position de légitime défense tout en précisant qu’il a procédé à des tirs de sommation.   

Car, souligne-t-il, les habitants de Dioudé Dièry étaient armés de cailloux, de gourdins, de haches…pour faire face aux éléments de la police venus libérer le bétail gardé depuis plus de 72 heures. Il y eut dans la foulée des tirs de grenades lacrymogènes. Ce qui a fait dire aux habitants que Dioudé Dièry était transformé en champ de bataille. 

Informé de cette situation où heureusement il n’y a pas eu de blessés, le Hakem de Bababé a dépêché illico presto le commandant de la brigade de gendarmerie de Bababé, Mahfouz Ould Hussein à Dioudé Dièry, pour tenter une médiation entre les habitants du village et les propriétaires des bovins. Grâce à lui, on a pu libérer le bétail et éviter le pire.   

Du côté des habitants de Dioudé Dièry, on accuse le commissaire de Bababé d’avoir voulu user de la force sans pour autant discuter avec eux. En un clin d’œil, ceci a provoqué l’ire des habitants du village. 

Toujours est-il que c’est à l’arrivée du commandant que le bétail a été libéré. C’est ainsi qu’il prit contact avec trois responsables du village (Borom Thiam, Diop Alioune et Sy Mamadou Samba) et les propriétaires des bovins.   

Pendant 5 tours d’horloge, à la préfecture de Bababé, devant le hakem, le commissaire et le commandant de la brigade de la gendarmerie, les deux parties vont parvenir à trouver un terrain d’entente c’est-à-dire un arrangement écrit, après d’âpres discussions. C’est ainsi qu’on décida que les habitants doivent libérer le bétail et en contrepartie ils seront dédommagés en conformité avec l’ampleur des dégâts constatés sur les champs dévastés. Les éleveurs se sont engagés à payer 35.000 UM. 

Ce travail d’inventaire a été fait par une commission composée d’un représentant de la mairie de Bababé, d’un conseiller des droits de l’homme, de l’inspecteur du ministère de l’élevage et de l’agriculture et du commissaire de police. C’est cette commission qui évalue les dégâts causés par le bétail sur les champs et les dégâts causés aussi sur le bétail.  

Le représentant du ministère de l’agriculture et de l’élevage, Monsieur Aliou Bâ, absent de Bababé, nous a confirmé, joint au téléphone, que les champs ont été bel et bien dévastés. Toutefois, il a révélé qu’il ne pouvait pas dire avec exactitude si c’était ces mêmes bovins qui en étaient l’origine. 

Le hakem de Bababé, Ahmed Miské Ould Mohamed, tout en reconnaissant la complexité de ce problème qui interpelle tout le monde, a fait savoir qu’il n’y avait pas de raison de fouetter un chat, car dit-il, c’est un problème banal.   

En décidant de confiner les bovins dans un enclos, souligne-t-il, les habitants de Dioudé Dièry ont commis l’imprudence de ne pas en informer la commune de Bababé qui est leur premier interlocuteur direct. 

En plus, toujours lui, ils n’ont pas le droit de garder du bétail qui a dévasté leurs champs pendant plus de 72 heures et qu’aussi la réglementation ne prévoit pas des fourrières villageoises. Et,  comme l’Etat mauritanien ne dispose pas assez de moyens pour ouvrir dans les villages ou campements des fourrières, il a été prévu qu’en pareil cas, la responsabilité incombe à la commune (ici Bababé) qui dispose d’une fourrière municipale.    Ce problème pouvait être facilement réglé si les deux parties s’étaient conformées aux dispositions prévues en cas de litiges entre éleveurs et agriculteurs. Hélas, la majorité d’entre eux ignorent la plupart du temps le contenu des dispositions qui régissent leurs rapports. 

Finalement, tout est rentré dans l’ordre. Fort heureusement ! 

De notre envoyé spécial sur les lieux 

Babacar Baye Ndiaye

( 29 octobre, 2008 )

M’bouh Séta Diagana: »La littérature mauritanienne ne devrait souffrir d’aucun complexe »

 

M’bout Séta Diagana, professeur de littérature à l’Université de Nouakchott, vient de publier aux éditions Harmattan son premier livre « Eléments de la littérature mauritanienne de langue française ». La présentation de ce livre a eu lieu au Centre Culturel Français de Nouakchott, ce mardi 28 Octobre. De la poésie engagée au roman en passant par la poésie du dialogue et le théâtre, il aborde tous ces différents genres de la littérature mauritanienne d’expression française. 

 

Sur la quinzaine de romans qu’il a étudiés, la thématique de l’esclavage occupe une place prépondérante dans la littérature mauritanienne d’expression française. Dans une large mesure, nos auteurs abordent, sans tabous et sans détours, sous différents angles cette question. 

 

Même si les raisons restent inconnues, toujours est-il que, de Tène Youssouf Guèye à Mbareck Ould Beyrouk en passant par Ould Yacoub, cette question est posée. »Quelque soit la communauté dont on est issu, tout le monde (en) parle parois de façon très passionnée qui frise la polémique ou souvent de manière ironique et très sarcastique », a noté M’bouh Séta Diagana en étudiant la littérature mauritanienne d’expression française. 

 

Son travail a essentiellement porté sur la littérature de fiction et non sur des récits documentaires comme par exemple « L’enfer d’Inal » ou « J’étais à Oualata »… »C’est des ouvrages qui ne rentrent pas dans la littérature proprement dite… », pense-t-il. »Je suis très orthodoxe. Je reste fidèle à ce que mes maîtres m’aient appris. C’est la seule raison pour laquelle, je n’ai pas étudié ces textes. Mais, cela n’enlève en rien, bien sûr, leur qualité », reconnaît-il.

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La littérature mauritanienne d’expression française est une littérature encore mineure. »Mais, force est de constater qu’elle ne devrait souffrir d’aucun complexe par rapport à toutes ces littératures nationales », soutient-il en citant l’exemple des dramaturges mauritaniens à l’image de Moussa Diagana dont l’œuvre « La légende de Ouagadougou » a été porté devant l’écran par un cinéaste burkinabé. 

 

« La littérature mauritanienne a de beaux jours devant elle si et seulement si, certaines contraintes sont levées », tempère-t-il. Et, pour éviter que la littérature mauritanienne ne devienne pas l’apanage de quelques rares spécialistes, il a préconisé que certains soient levés : les problèmes d’ordre matériel, les problèmes d’édition, la faible circulation des œuvres qui ne sont pas souvent accessibles à toutes les bourses, le peu d’appui à encourager les auteurs à éditer leurs œuvres et surtout inscrire la littérature mauritanienne au programme dans les écoles… 

 

Lorsqu’on étudie la littérature mauritanienne de manière générale, on se demande toujours dans quelle tendance faut-il la situer ? Négro-africaine ou maghrébine ? « C’est une richesse et une chance d’avoir dans un pays deux littératures côte à côte. Cela peut créer une certaine émulation si et seulement si ces deux littératures ne se regardent pas en chiens de faïence. C’est-à-dire, il faut qu’il y ait une sorte de complémentarité plutôt qu’une sorte de contradiction », défend-il en citant l’exemple du Maroc, de l’Algérie ou de la Tunisie où il y a deux littératures. 

 

« La littérature mauritanienne a la chance d’être un trait d’union, sans aucune considération politique, entre la littérature négro-africaine et la littérature maghrébine », souligne-t-il en se basant sur les textes fondateurs de la littérature mauritanienne. 

 

Face à une littérature en mal de reconnaissance, M’bouh Séta Diagana a préconisé, au cours de sa conférence sur la littérature mauritanienne, qu’on donne les moyens à ses auteurs de pouvoir publier et surtout qu’on leur facilite l’édition. »Il y a beaucoup de mauritaniens qui écrivent mais peu d’entre eux publient », regrette-t-il. 

 

Dans son livre aussi, il a abordé les raisons qui empêchent l’émergence véritable d’une littérature mauritanienne d’expression française. Parmi celles-ci, il a avancé les différentes réformes scolaires que la Mauritanie a connues depuis l’indépendance à nos jours. 

 

Babacar Baye Ndiaye

( 29 octobre, 2008 )

Le Bloc-notes du Ducdejoal

«Gutenberg n’a pas attendu le développement du marché du livre pour inventer l’imprimerie » Nicole Notat

J’aime voyager : découvrir la manière de vivre des populations de l’intérieur du pays, loin des tracas de la vie urbaine comme celle de Nouakchott, une ville qui pervertit nos mœurs et nos esprits. Et, sur ce point, nous avons beaucoup à apprendre des populations de l’intérieur qui se singularisent par leur modestie dans tous les sens du terme.  

C’est toujours pour moi une délectation de voyager à l’intérieur du pays à chaque fois que l’occasion se présente. Une occasion de voyage ne se refuse pas. C’est comme un cadeau offert par une amie. Ça ne se refuse pas ! 

Donc, ce jeudi 23 Octobre, j’ai embarqué, à défaut de trouver une « mercédes », à bord d’un autocar qu’on appelle communément « car » en destination de Dioudé Dièry.  Le voyage se fit en nuit. Outre que cela est plus stressant, j’aime naturellement voyager pendant la nuit : sentir l’air frais glisser dans mes narines. Le temps de faire des réflexions sur la vie, sur la situation actuelle du pays. 

Pendant, ce temps-là, ceux avec qui je voyageais (deux grandes femmes allaitant leur progéniture et trois hommes) roupillaient profondément chacun dans son petit coin. A travers ce voyage, j’ai encore réalisé combien nous étions en retard sur le plan infrastructurel, sur la perception de l’évolution de ce monde qui file pareil à un TGV. Mais, aussi, combien nous étions rétrogrades.  

La Mauritanie, contrairement à ce que pensent certains, n’est pas un pays de paradoxes. Bien au contraire, c’est ceux qui la dirigent et qui incarnent la puissance publique qui sont des hommes de paradoxes. Je me suis toujours posé des questions sans pour autant y apporter des réponses. J’en concluais que la faute venait de nos responsables politiques et militaires qui ont dirigé ce pays pendant un demi-siècle. 

Concrètement, qu’est-ce que nous avons fait pour aider ce cultivateur qui n’arrive pas à écouler sur le marché national sa récolte de melon qu’il voit pourrir sous le soleil ? Qu’est-ce qu’on a fait pour ce village du Hodh El Chargui où la population manque terriblement de l’eau potable et qui est astreinte hélas de boire de l’eau des étangs ? Qu’est-ce que nous avons fait aussi pour cet autre village du Guimakha où les femmes enceintes n’ont pas la possibilité de se faire suivre médicalement faute de poste de santé ?  

Qu’est-ce que nous avons fait pour cette fillette en âge d’aller à l’école mais qui se voit ainsi privée de son droit le plus absolu parce que tout simplement dans son village il n’y a pas d’école ? Qu’est-ce que nous avons fait en termes de réduction de lutte contre le paludisme pour réduire à 50% le nombre de décès ? Qu’est-ce que notre pays, sans pour autant nier certains acquis, a entrepris en termes de réformes institutionnelles, de justice, de lutte contre la corruption, le terrorisme, la pauvreté et de protection des droits de l’Homme ?  

C’est parfois révulsant ! Nous passons tout notre temps à vétiller, à leurrer les populations et à les miroiter des mirages que nous ne tenons jamais. Nous n’avons jamais utilisé à bon escient l’aide publique que nous recevons pour l’investir sur la population. Cette politique politicienne ne mène nulle part à part un jour vers le ras-le-bol ou la révolte.  

On ne peut pas construire un pays comme la Mauritanie sur des mensonges, sur des injustices et le favoritisme. Cette manière de gouverner, nous en avons beaucoup souffert, pendant un quart de siècle marqué par des violations massives des droits de l’Homme, par des dérives autoritaires, par une situation économique et sociale inquiétante…Et regardez où en sommes-nous arrivés aujourd’hui : un climat d’incertitude et de suspicion plane au-dessus de nos têtes. 

Depuis 48 ans, le discours politique est resté le même. Le Président qui passe plagie le précédent, utilise la même procédure, fait du réchauffé, essaie de parler comme lui. C’est un des avatars de nos hommes politiques qui manquent de nature et d’originalité. Quand est-ce qu’on aura des hommes politiques de la trempe de Barack Obama capable de faire rêver le peuple mauritanien qui est en train de vivre les pires convulsions de sa vie ? 

La santé, l’éducation, les réformes, le transport, la réduction du train de vie de l’Etat, la sécurité sociale, l’assurance-maladie, la rareté de l’eau, la lutte contre la dépendance extérieure, l’autosuffisance alimentaire…Voilà les vraies questions sur lesquelles nous devons nous pencher et auxquelles nous devons trouver, très rapidement, des réponses diligentes si nous voulons rattraper le peloton des pays émergents ou se faire respecter.  

L’intérêt de la Mauritanie a toujours été pris en otage par des hommes politiques, des hommes d’affaires et des officiers, sans vergogne et sans scrupule, dont le seul souci est de se faire de l’argent, de construire de belles villas, d’avoir des épiceries partout à Nouakchott, de vivre dans la félicité au grand mépris du peuple mauritanien.  

La Mauritanie se circonscrit uniquement à Nouakchott. Il suffit de se rendre à l’intérieur du pays pour en savoir quelque chose. On a perdu trop de temps à trouver une sortie à cette crise née du coup d’Etat du 6 août 2008. Allons, passons à autre chose pour le bonheur de tout le monde ! Sidi ou Aziz, qu’importe ! L’un ou l’autre nous est égal. L’essentiel qu’il soit capable de susciter en nous l’espoir. Mettons-nous au travail : le reste n’est que perte de temps.

Babacar Baye Ndiaye

( 7 novembre, 2008 )

Crise politique:Au-delà des sanctions, la communauté internationale peut-elle rétablir la démocratie en Mauritanie ?

Depuis le 6 août  2008,
la Mauritanie vit un isolement diplomatique sans précédent. L’Organisation Internationale de
la Francophonie (OIF) est la première organisation internationale à avoir suspendu
la Mauritanie de ses activités. S’en est suivi de son exclusion du Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs. A leur tour, les américains publièrent leur liste noire dans laquelle certaines autorités militaires et civiles sont frappées de « restrictions de voyage » et d’éventuel « gel de leurs avoirs ». 
 

Quant à
la France qui préside actuellement l’Union Européenne souffle le froid et le chaud. Pour sa part, l’Union Européenne, après l’échec de Paris, a accordé à la junte militaire un délai supplémentaire à la suite duquel l’ordre constitutionnel doit être rétabli. Mais, au-delà des condamnations et des sanctions, la communauté internationale peut-elle rétablir la démocratie en Mauritanie ? Comment pourra-t-elle y parvenir ? Et, y’a-t-il des mécanismes prévus dans ce sens ?

———————–Par Babacar Baye Ndiaye

 

Jusqu’à présent, le Front National pour
la Défense de
la Démocratie et le Haut Conseil d’Etat ont du mal à mettre de côté leurs divergences et s’asseoir autour d’une table de négociations pour trouver une issue à la crise actuelle née du renversement de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi par le général Mohamed Ould Abdel Aziz. 
 

Il n’y a aucun doute que le coup d’Etat qui est intervenu le 6 août 2008 est un « changement anticonstitutionnel ». Mais, concrètement, les auteurs de ce coup d’Etat savaient-ils pertinemment ce qui adviendrait après ? Certainement, ils ont pensé que leur « mouvement de rectification » serait vite avalisé par la communauté internationale. Ce qui ne fut pas le cas. Aussi, ignoraient-ils les différents instruments que la Mauritanie a souscrit et interdisant ce genre de changement.  

A y voir de près, on peut penser que le coup d’Etat du 6 août 2008 s’est déroulé dans la précipitation et par conséquent sans précaution particulière. Les auteurs ne s’imaginaient pas un seul instant que la suite du coup d’Etat allait faire couler beaucoup d’encre et notamment des réactions sans complaisance. D’habitude, les coups d’Etat ne faisaient pas grincher les dents de la communauté internationale. Cette fois-ci, les putschistes de Nouakchott n’ont pas tenu compte d’un certain nombre de considérations relatives à l’évolution de la sphère diplomatique.  

Dans la charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, on peut lire au chapitre 2, à l’article 2, à l’alinéa 4 que la charte a pour objectif d’ »interdire, rejeter et condamner tout changement anticonstitutionnel de gouvernement dans tout Etat membre comme étant une menace grave à la stabilité, à la paix, à la sécurité et au développement ». En signant cette charte et en l’incluant dans son arsenal juridique,
la Mauritanie s’est engagée solennellement à mettre en œuvre : »l’accès au pouvoir et son exercice, conformément à la constitution et au principe de l’Etat de droit » et « le rejet et la condamnation des changements anticonstitutionnels de gouvernement ». Les auteurs du putsch auraient-ils agi en méconnaissance de ces dispositions contenues dans cette charte ?
 

Les Etats ne vivent plus en autarcie. Ils sont tenus de respecter les engagements qu’ils ont pris devant la communauté internationale. Ce ne fut donc pas une grande surprise si
la France, les Etats-Unis d’Amérique, l’Union Africaine, l’Union Européenne, les Nations Unies, l’Organisation Internationale de
la Francophonie…ont condamné, au nom des valeurs et principes démocratiques, le coup d’Etat du 6 août 2008 sur toute la ligne sans avoir pris langue avec leurs auteurs.
 

 

Toujours, dans la charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance à l’article 25, à l’alinéa 4, il est stipulé que : »Les auteurs de changement anticonstitutionnel de gouvernement ne doivent ni participer au élections organisées pour la restitution de l’ordre démocratique, ni occuper des postes de responsabilité dans les institutions politiques de leur Etat ».  

Par rapport à ce point, Mohamed Ould Abdel Aziz n’a pas encore livré son secret. Il préfère pour le moment laisser les commentaires et les supputations aller bon train. En outre, la résolution de l’assemblée nationale en date du 14 septembre 2008 que le Front National pour
la Défense de
la Démocratie avait rejeté interdisait aux militaires de se porter candidat à une quelconque élection présidentielle et à « tous ceux qui, pendant cette période (de transition, ndlr), exercent des responsabilités exécutives susceptibles d’influencer les électeurs ».
 

En plus, cette résolution proposait en gage de transparence de l’élection présidentielle, la « réactivation de la Commission électorale nationale indépendante « . En Mauritanie, les élections présidentielles n’ont jamais été transparentes mais en février 2007, il y a eu mieux. Peut-on espérer cela en 2009 ? 

Encore, dans la résolution de l’Assemblée Nationale, un certain nombre de mesures ont été proposées pour que cette élection ne soit pas entachée d’irrégularités…Ces mesures peuvent-elles ne pas influencer les électeurs ? Rien n’est moins sûr, d’autant plus qu’on prête au Haut Conseil d’Etat de chercher « son » candidat pour l’élection présidentielle de 2009. C’est dire que la Mauritanie n’est pas encore sortie de la prééminence et du diktat des militaires sur le pouvoir. 

Mais, pour le moment, il s’agit d’abord de sortir de cette crise actuelle. Mais comment ? En l’absence de compromis, de consensus, quels sont les mécanismes qui sont prévus dans ce sens ? Ne serait-elle pas mieux pour la classe politique d’accepter cette résolution de l’Assemblée Nationale en date du 14 Septembre qui prévoit une transition de 12 à 14 mois à l’issue de laquelle une élection présidentielle sera organisée ? A défaut de cela, la communauté internationale peut-elle rétablir la démocratie en Mauritanie comme le réclament  corps et à âme le Front National pour
la Défense de
la Démocratie pour qui le retour de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi n’est pas négociable ? 
 

Mohamed Ould Maouloud, président de l’Union des Forces des Progrès (UFP), dans un entretien avec un quotidien sénégalais Walfadjri se réjouissait du fait que « c’est la première fois qu’un coup d’Etat (en Mauritanie, Ndlr) rencontre une résistance politique aussi farouche, ouverte et populaire ». Cependant, pour décrisper la crise, il a préconisé qu’on se réfère à
la Constitution : « Les divergences politiques qui existent doivent être résolus par les moyens constitutionnels existants ».
 

Au début de la crise, l’Union Africaine avait ébauché des initiatives diplomatiques dans le but de rétablir la démocratie. Mais, elles ont toutes échoué. Et, pourtant,
la Mauritanie n’a pas été suspendue, par le Conseil de Sécurité et de Paix de l’Union Africaine, aux activités de l’Union en vertu des dispositions des articles 30 de l’acte constitutif et 7(g) du protocole. Mohamed Ould Abdel Aziz et sa bande peuvent-ils échapper à l’alinéa 5 de l’article 25 qui stipule que : »Les auteurs de changement anticonstitutionnel de gouvernement peuvent être traduits devant la juridiction compétente de l’Union ». 
 

La communauté internationale, au lieu de jouer un rôle d’arbitre ou d’intermédiaire, semble pencher du côté de ceux qui réclament le retour à l’ordre constitutionnel. Cette attitude ne fait qu’exacerber la situation actuelle qui peut déboucher, si ce n’est pas le cas déjà, sur une instabilité politique à cause des tiraillements entre le HCE et les partis politiques, les organisations syndicales et la société civile…Sans user d’une intervention militaire (improbable), on ne voit pas comment la Communauté internationale pourrait-elle rétablir la démocratie en démocratie ? 

Tout ce qu’elle peut faire, à défaut de pouvoir faire partir Mohamed Ould Abdel Aziz, est d’imposer un embargo à la Mauritanie ou de procéder à des sanctions qui peuvent aller de l’interruption complète ou partielle des relations économiques à la rupture des relations diplomatiques, comme le prévoit l’article 41 de la charte du Conseil de Sécurité et de Paix de l’Organisation des Nations Unies (ONU) qui peut aussi entreprendre toute action qu’il juge nécessaire au maintien et au rétablissement de la paix.

 

( 7 novembre, 2008 )

Récupération politique:Un député de l’Ufp dans les filets du HCE!!!

Surprise ou non, Zéine Ould El Bechir Ould Kebady a décidé de lâcher ses camarades de parti pour rejoindre le mouvement de rectification du 6 août 2008. Dans une déclaration rendue en la circonstance, Zéine Ould El Bechir Ould Kebady est revenu sur les raisons qui ont expliqué sa démission de l’Union des Forces de Progrès (UFP). 

« Après une analyse approfondie de la situation politique du pays et les positions de tous les acteurs politiques à la lumière du changement survenu le 6 août 2008, j’ai eu la ferme conviction que le changement opéré le 6 août 2008, sous la conduite du général Mohamed Ould Abdel Aziz chef du Haut Conseil d’Etat, chef de l’Eta, est le choix de la majorité écrasante du peuple mauritanien », dit-il dans sa déclaration. 

Séduit par « les orientations engagées par les pouvoirs publics en place », Zéine Ould El Bechir Ould Kebady n’y est pas allé par quatre chemins pour rejoindre la majorité parlementaire soutenant le mouvement de rectification du 6 août 2008. 

Au lendemain de l’annonce du député de Barkéol de rejoindre le camp du Haut Conseil d’Etat, l’Union des Forces de Progrès, coïncidence ou non, a tenu une réunion d’information, comme aussi pour resserrer les rangs. A la sortie de la réunion qui a duré un tour d’horloge, les parlementaires ont fait savoir que le départ de Zéine Ould El Bechir Ould Kebady ne les surprend pas. Mieux encore, ils ont qualifié son départ de non évènement. 

« Tout le monde savait qu’il allait quitter (l’Union des Forces de Progrès, Ndlr) », renseigne Soumaré Oumar qu’on a accroché à la fin de la réunion ». Depuis des mois, on savait qu’il était un point faible et qu’il partirait. On sait aussi pourquoi, il est parti », rajoute-t-il en laissant croire que Zéine Ould El Bechir Ould Kebady a été acheté par la junte militaire. 

« Tous les médias de la République ont été mobilisés à l’hôtel Halima pour couvrir cet évènement parce que tout simplement un individu dit qu’il rejoint la junte militaire », ironise-t-il tout en fustigeant l’instrumentalisation de l’Etat et du Parlement par la junte militaire au pouvoir pour atteindre ses ambitions. 

Zéine Ould El Bechir Ould Kebady, star de la nuit du 1er Novembre, était accompagné de Sidi Mohamed Ould Maham, député d’Atar et de Mohcen Ould El Hadj, vice-président du Sénat et sénateur de Rosso. Ce dernier, très enthousiaste et tout sourires, n’a pas manqué, à la fin de la déclaration du nouvel allié, de tirer à boulets rouges sur les responsables politiques du Front National pour la Défense de la Démocratie.  

« C’est nous, les défenseurs de la démocratie. Et non, le fameux Fndd, composé en majeure partie de la voyoucratie qui a dirigé ce pays, qui l’a mis à sac pendant plus de 30 ans. Les véritables défenseurs de la démocratie, ce sont les élus et les personnes qui, pendant que l’ancien président (Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Ndlr) était là en place et qu’il dirigeait ce pays avec son gouvernement et des moyens, s’étaient opposées à lui directement (…) en disant non à l’implication des forces obscures qui existent dans ce pays, non à la confusion des pouvoirs, non à la gabegie… », s’exclame-t-il. 

Cette hémorragie de l’Union des Forces de Progrès est, à n’en pas douter, un coup dur pour ce parti d’autant plus qu’elle intervient à un moment crucial de la vie politique nationale. Cependant, ce n’est pas la première fois que l’UFP connaît ce genre de départ. Mais, cela n’a jamais ébranlé ce parti.  

Comme pour se gausser de leurs adversaires, les parlementaires soutenant le mouvement de rectification du 6 août 2008, ont mobilisé la télévision nationale et Radio Mauritanie pour immortaliser cette adhésion du député de Barkéol qui croit en la « ferme volonté de redressement et d’amélioration des conditions de vie des couches les plus démunies » du Haut Conseil d’Etat. 

Du côté de l’Alliance Progressiste Populaire (APP) qui appartient au même titre que l’Union des Forces de Progrès au Front National pour la Défense de la Démocratie, on ne craint pas « l’effet Zéine Ould El Bechir Ould Kebady ». 

« Le nomadisme politique touche tous les partis politiques sauf à priori l’APP parce que nous ne prenons pas n’importe qui dans les choix des candidats. Un parti comme l’UFP a beaucoup souffert du nomadisme politique même en faveur de l’APP (…). Nous, en ce qui nous concerne, nous n’avons pas peur des soi-disant vagues en faveur du HCE. La position de l’APP ne souffre d’aucune ambiguïté par rapport au coup d’Etat du 6 août 2008″, a expliqué Ladji Traoré, Secrétaire Général de l’Alliance Progressiste Populaire. 

Entre les soutiens du HCE et les partis politiques composant le Front National pour la Défense de la Démocratie, c’est de bonne guerre. Sur ce point, tous les coups sont permis pour faire couler l’embarcation de l’autre et surtout gagner la course. Alors, que le meilleur gagne !

Babacar Baye Ndiaye

( 7 novembre, 2008 )

Nicole Vignote, artiste peintre:Une amoureuse de la Mauritanie !

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«Je suis très attachée à ce pays, j’aime bien le désert, les cultures mauritaniennes et je trouve que les gens sont chaleureuses, respectueuses et fidèles en amitié.» Ces paroles pleines de sincérité et dites avec beaucoup d’émotion sont de Nicole Vignote, une française à la fois peintre, sculpteur, poète et artiste nomade, installée en Mauritanie depuis octobre 1998. Lorsqu’elle parle de la Mauritanie, c’est avec beaucoup d’affection.

Son dada : aller à la rencontre des autres, découvrir d’autres publics ! Tout comme Ulysse et le chevalier à la triste figure, elle part à la quête des autres, d’elle-même et de l’aventure. Animée par «un désir culturel» insatiable, elle voyage au Maroc, au Burkina Faso, au Cap Vert, en Espagne, en Suisse, au Canada, en Tchéquie et au Sénégal. Pas étonnant donc quand elle écrit : «voyage, voyage et fertilise ton regard car le soleil n’éclaire pas que la beauté».

Elle laissera son instinct l’a guidé. Là voilà qui découvre la Mauritanie, cette «autre planète» où elle parviendra à tisser et avoir de bonnes relations amicales. Bourlingueuse dans l’âme, elle multiplie ses expériences et fait beaucoup d’échanges avec des «gens, des enfants, des publics en difficultés, des enfants psychotiques».

L’art, laisse-t-elle entendre, doit être au service de toutes les causes puisqu’elle s’inscrit dans le développement. Très dynamique dans le milieu artistique mauritanien mais peu loquace, caractéristique des artistes, elle a eu à travailler avec beaucoup d’autres artistes de diverses origines comme elle.

D’ailleurs, son CV, très éblouissant et bien fourni témoigne d’un parcours assez singulier et truffé de moments exceptionnels.

En Mauritanie, elle sera à l’origine des premiers «Ateliers pour enfants», de la première «Maison des artistes». Elle co-fondera la première «Association des Artistes Mauritaniens». Elle est aussi à l’origine du «Cercle des poètes». Bref, une femme impliquée et qui a beaucoup joué dans la mutation de l’espace artistique mauritanien.

Parce qu’un artiste, pense-t-elle, doit être impliqué dans la société. Et elle est encore plus optimiste qu’auparavant, elle qui a presque participer à l’éclosion de certains mauritaniens aujourd’hui.

«Je crois, dit-elle, que les choses vont bouger. J’ai déjà vu les choses bouger depuis que je suis là puisqu’il n y avait pratiquement rien quand je suis arrivée. Je pense que ça évolue mais les artistes mauritaniens doivent savoir qu’ils ont encore beaucoup à apprendre».

Autodidacte, elle abandonnera cette voie pour, dit-elle, «se concentrer à son travail d’artiste» qui avait pris place dans son cœur. Ce qui préoccupe Nicole Vignote ? Les enfants, leurs droits. Elle a été à l’origine en collaboration avec l’Ecole Diam-Ly et « Terre des Hommes » de nombreuses manifestations et expositions portant sur les droits des Enfants. Une vraie artiste !

C’est à partir de 1981 véritablement qu’il côtoie le milieu des artistes, des peintres, des sculpteurs et des musiciens dans le quartier de la Bastille à Paris où ses aptitudes artistiques qui dormaient se révélèrent en elle. L’art, pour elle, c’est une manière de s’ouvrir au monde, une façon de restaurer mais surtout d’aller vers les autres, d’appartenir «au regard des autres et à tous». Cette «envie de se confronter à d’autres cultures» reflète parfaitement sa personnalité, sa nature. Elle s’intéresse à tout : à la poésie, au théâtre, au patrimoine.

En un mot, tout ce qui est culturel. «La culture, dit-elle, c’est un facteur de développement. Un pays ne peut pas se développer sans culture. C’est impossible ! Il faut préserver d’une part son patrimoine car la création d’aujourd’hui est le patrimoine de demain. C’est aussi l’image d’un pays à l’extérieur.». Voilà presque 10 ans qu’elle est en Mauritanie ! Et c’est avec beaucoup de connaissance qu’elle parle de ce pays qui l’a adoptée, de la société mauritanienne dans laquelle elle se sent bien et à l’aise.  

 «La Mauritanie, affirme-t-elle, est en train de bouger. Et c’est bien parce qu’on assiste depuis août 2005 à l’émergence de beaucoup d’initiatives. Il y a vraiment beaucoup de gens qui veulent faire beaucoup de choses et c’est bien de les encourager.»

Cependant, «j’ai beaucoup de choses à apprendre encore en Mauritanie. J’en apprends tous les jours», avoue-t-elle. Très édifiant non ! La France son pays, sa famille et ses amis lui manquent beaucoup. Et ce n’est pas l’argent sans doute qui l’a retenue en Mauritanie. «Il y a très peu d’artistes qui gagnent beaucoup d’argent, précise-t-elle. Même en Europe, il y a beaucoup d’artistes en difficultés ».

Malgré certaines contraintes, des moments «de petits découragements», elle ne pense pas qu’elle va abandonner ce noble métier au profit d’un autre. La raison ? L’amour de la peinture et la création sont plus forts que tout !  Pour elle, la liberté est fondamentale dans la création, dans l’art et dans l’œuvre. «Un artiste doit être quelqu’un de libre, quelqu’un qui doit pouvoir exprimer tout ce qu’il pense». Même si elle est en Afrique, elle garde pour autant «sa manière de s’exprimer» dans le domaine artistique. Et là aussi, il n y a pas d’ordre précis. Tout est fait dans un engrenage. Les choses s’enchaînent les unes dans les autres. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 20 novembre, 2008 )

Ould Marcou : Le parquet refuse de lui accorder la liberté provisoire

L’avocat de l’Association des Femmes Chefs de Famille Me Ahmed Bezeid Ould El Mamy, commis pour défendre le couple Vatimétou Mint Boubakar Ould Naji et Brahim Ould Mohamed Ould Marcou a dénoncé au cours d’un point de presse certaines « irrégularités » notées dans la procédure de détention de Ould Marcou.  

La situation se complique davantage pour Brahim Ould Mohamed Ould Marcou qui croupit toujours en prison alors que sa conjointe a été libérée depuis belle lurette, grâce à l’intervention de son oncle Ould Naji, Commissaire de la Police de l’aéroport. 

Ce « deux poids deux mesures » n’a pas été du goût de la Présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille, Aminétou Mint Ely Moctar, qui accuse le Procureur de la République de Nouakchott, le Régisseur de la prison centrale, le juge d’instruction dans cette affaire ainsi que le Commissaire de l’Aéroport d’avoir été à l’origine du refus d’accorder à Brahim Ould Marcou la liberté provisoire. 

Ce refus a fait sortir Aminétou Mint Ely Moctar de ses gongs. L’appareil judiciaire, administratif et policier, fait-elle remarquer, est détenu par « une classe féodale qui empêche toute évolution de la société mauritanienne » connue surtout par sa propension à « violer les lois » de la République qu’elle est pourtant censée protéger. 

La cheville ouvrière dans cette affaire demeure le commissaire Ould Naji, accusé par Aminétou Mint Ely Moctar de vouloir « incriminer » sans fondement Brahim Ould Marcou. 

Boubakar Ould Messaoud, président de SOS Esclaves, venu témoigner sa solidarité à Ould Marcou, n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. Pour lui, Ould Marcou est victime d’une « injustice flagrante » et d’un « traitement discriminatoire ». 

Et, au niveau de l’Association des Femmes Chefs de Famille, on s’interroge toujours sur le refus de la part du Parquet d’accorder à Ould Marcou la liberté provisoire. Pire encore, le Procureur de la République semble, lui aussi, vouloir enfoncer Ould Marcou puisque, lorsque le dossier lui a été transmis, il l’a incriminé d’atteinte aux lois de Dieu.

Non seulement, il a déclaré le mariage de Ould Marcou et Vatimétou Ould Naji d’illégal, il a ordonné aussi le dépôt en prison de Ould Marcou. Une telle attitude a été jugée par Me Ahmed Bezeid Ould El Mamy comme un acte discriminatoire. 

Par ailleurs, le commissaire Ould Naji aurait torturé, selon les dires de l’avocat, sa nièce, Vatimétou Mint Boubacar Ould Naji afin de la forcer à se constituer en partie civile contre Ould Marcou, son mari. 

Par ses manœuvres et ses relations, le commissaire Ould Naji aurait réussi à obtenir la liberté provisoire pour sa nièce sans l’objection du Parquet alors que le dossier était en appel devant le procureur de la République. 

Quant aux avocats de Ould Marcou, leur demande de liberté provisoire pour leur client a été refusée malgré l’accord du juge d’instruction. Cette affaire est toujours en appel devant la chambre d’accusation, qui n’est pas habilitée à se saisir de ce genre de dossier. 

Dès l’instant qu’il y a des documents authentifiant le mariage de Brahim Ould Marcou et Vatimétou Mint Naji, estime Me Ahmed Bezeid Ould El Mamy, la procédure pénale ne doit pas avoir lieu puisque le juge civil ne s’est pas encore déclaré.  

Cette procédure pénale, pour lui, est une manière, pour le commissaire Ould Naji, de se venger de Ould Marcou dont le mariage avec sa nièce a été jugé contraire aux « lois de Dieu ».

Par Babacar Baye Ndiaye

( 20 novembre, 2008 )

Nadi H Cas:La femme fleur au pollen magique!

Elle pourrait être une bonne mère pleine de grâce comme la fleur au pollen magique qu’elle incarne. Mais, le destin en a décidé autrement. Nadia Georget, plus connue sous le nom d’artiste de Nadi H Cas, est issu d’un milieu modeste. Cette situation qu’elle n’a pas choisie n’a jamais pesé sur sa détermination et sa volonté à se hisser dans une époque où l’homme n’avait pas encore inventé l’ordinateur et l’internet. 

Une époque où les Beaux-arts étaient encore un domaine inaccessible. Née dans les années 50, elle fut marquée par l’époque des grandes revendications féministes en France dont la figure de proue était Simone de Beauvoir. 

Son penchant pour le dessin qui constituait pour elle un refuge ne trahit pas sa vocation d’artiste plasticienne. Depuis toute petite, elle se caractérisa par sa passion pour le bricolage. Elle se saisissait de tout ce qui lui tombait entre les mains. »C’était une manière de m’évader », explique-t-elle. 

Cette autodidacte, même si cette appellation ne lui plaît pas (cela me gêne, se défend-elle, parce que ce serait irrespectueux pour tous les gens que j’ai connus dans ma vie), a réussi, en côtoyant des artistes plasticiens, à forger sa propre trajectoire. Son art, qui se réclame de l’art brut, est avant tout le reflet de ses émotions, de sa nature, de sa personnalité et surtout de son éducation. 

Native de Dreux à l’Ouest de Paris, Nadi H Cas a eu la chance d’avoir des parents qui ont très tôt fait germer en elle le génie créateur. Enfant gâtée, elle l’était. Rien ne lui manquait. Autant elle était comblée de bonheur, autant elle l’était en Amour. Elle grandit dans une atmosphère familiale où on ne lésinait pas sur les moyens pour se priver de la moindre fête. Loin des clichés du genre « marginaux du quartier », elle vivait l’insouciance qui caractérise la jeunesse.  

Elle vécut sa jeunesse avec beaucoup d’empreintes. Elle s’initia très tôt aux arts plastiques, à la lecture…Tout lui était permis même de rêver…Cette éducation libérale lui a permis de développer et de forger son intelligence et son tempérament. Déjà, à l’âge de 12 ans, elle paraissait mature. Sa mère y sera pour quelque chose. Elle grandira dans une époque fortement dominée par beaucoup de tabous. Mais, leur foyer faisait l’exception. Comme elle l’a dit, chez elle, tous les sujets étaient débattus. 

Adolescente, dit-elle, rien ne lui plaisait à part l’art. A cette époque, elle ne croyait pas trop aux études. Très peu de filles parvenaient à s’en sortir. Et celles qui réussissaient à tirer leur épingle du jeu étaient souvent destinées à des carrières subalternes. Elle comprît très tôt que sa vocation était ailleurs. Malheureusement pour elle, elle ne réalisera pas le rêve de son père qui a toujours voulu qu’une de ses progénitures devienne un jour un médecin.

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Entre elle et les études, ça n’a jamais été le parfait amour. D’ailleurs, elle va quitter les bancs en classe de 3ième année de Collège. A la même année, ses parents quitte Dreux en destination de Vierzion près de Bourges où elle va étudier pendant deux ans les céramiques industrielles. Mais, celles-ci sont un domaine qui ne l’ont jamais intéressé parce qu’elles ne correspondaient pas à son orientation : l’art. Elle quitte Vierzion et part à la recherche du temps perdu. Elle rencontre des céramistes, des sculpteurs, des potiers…Elle devient ouvrière pour gagner son bifteck et plus tard animatrice pour enfants maltraités et parallèlement à cela, elle continue à peindre et à dessiner. 

Peu motivée, elle abandonnera le métier d’animatrice et décide de revenir à ses premières amours : la peinture. Elle s’installe ainsi à l’Ile de Groix en face de Lorient dans le Morbihan où elle ouvre son atelier. Elle y séjournera 5 ans. Elle quitte cette île pour s’installer à Ariège avant de s’installer depuis janvier 2000 à Toulouse. 

A Toulouse, elle va militer dans un collectif appelé « Mixart Myrys » qui réunit plus de 450 artistes plasticiens, musiciens, comédiens…Elle sera la vice-présidente de ce collectif. C’est dans ce collectif qu’elle fera la connaissance de Momar Kane d’Afrodream. 

Par l’intermédiaire donc de Momar Kane, elle vient en Mauritanie qu’elle découvre pour la première fois en juin 2008 à l’occasion de la quinzaine des Arts. Elle y fit la connaissance de tous les artistes plasticiens mauritaniens. Pendant 15 jours, elle fera des résidences avec eux et le résultat de leur travail sera exposé le 1ier juillet 2008 au musée national. Son étonnement fut grand lorsqu’elle découvrit qu’il y avait autant d’artistes plasticiens mauritaniens orientés vers l’art brut et surtout l’existence de l’art africain en Mauritanie. « Cela m’a fait une émotion. C’est comme si on me donnait un cadeau », avoue-t-elle. 

Son séjour en Mauritanie lui fit découvrir la culture et la diversité du peuple mauritanien. Jusqu’à aujourd’hui, elle garde de bonnes impressions sur la Mauritanie. Rentrée à Toulouse, elle prend son pinceau pour extérioriser cette riche expérience de deux semaines qu’elle a passées en terre mauritanienne. Au nombre d’une vingtaine, ses tableaux sont un clin d’œil à tous les artistes plasticiens mauritaniens qu’elle a côtoyé durant la quinzaine des Arts, qui ont changé sa vie et lui ont apporté de la richesse supplémentaire. 

La peinture est devenue pour elle un moyen d’oublier sa maladie. Depuis 3 ans, elle souffre d’un cancer du foie. Pour autant, elle reste forte et refuse toute culpabilisation. Elle l’accepte comme tel en se remettant en bonne croyante entre les mains de l’Eternel. « Je la vis. Je la sens mais je n’y pense pas. Lorsqu’on est en vie, il faut le vivre avec paix, bonheur et joie », dit-elle. Cet état d’esprit est omniprésent dans ses tableaux où domine la thématique de la famille. Une manière de se battre contre sa maladie en refusant qu’elle perturbe sa vie.

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Puisque la vie est un cadeau, tout ce qu’elle fait, elle le fait avec plaisir. Circonscrite et réservée, elle ne met pas en avant l’ambition ou la notoriété. Imbue de la philosophie de la rue, elle ne cherche pas à avoir une image. Sa devise : je fais ce que j’aime en dehors de toutes contraintes ! Condamnée à vivre avec sa maladie, elle n’en demeure pas moins accablée. Cela ne l’empêche pas de vivre sa vie et surtout de voyager lorsque l’envie lui traverse l’esprit. 

Tellement qu’elle se sent une mauritanienne à part entière, elle est revenue pour la deuxième fois à Nouakchott, avec en bagages, plus d’une vingtaine de tableaux. Et quand elle est en Mauritanie, elle se sent guérie. »Là où je suis bien, je me fais adopter », explique-t-elle.  

Par Babacar Baye Ndiaye

( 20 novembre, 2008 )

Mohamed Ould Moine, porte-parole du Gouvernement: »Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi n’est pas titulaire d’un titre immobilier sur la Présidence de la République »

Au même jour du transfèrement de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, renversé le 6 août 2008 par le général Mohamed Ould Abdel Aziz, à son village Lemden, le ministre de la Communication et des relations avec le Parlement, Mohamed Ould Mohamed Abdrehmane Ould Moine, a appelé le président déchu, à l’occasion d’une conférence de presse, à suivre l’exemple du premier Président de la République Islamique de Mauritanie, feu Me Moctar Ould Daddah, renversé lui aussi par un régime militaire. 

 S’expliquant sur la libération de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Mohamed Ould Mohamed Abdrehmane Ould Moine a laissé entendre que  » c’est tout à fait normal » puisque celle-ci s’inscrit en droite ligne dans « les traditions mauritaniennes ». En outre, il a révélé que le Président déchu « s’est engagé à quitter la (scène) politique et à laisser les mauritaniens choisir librement de sortir de la situation actuelle ».  

Par ailleurs, a souligné le Ministre de la Communication et des Relations avec le Parlement, « on ne peut pas l’empêcher de jouir de ses libertés » et en revanche se permettre de le  » cautionner comme Président de la République ». « Nous ne le considérons pas comme tel. Car, il ne l’est pas », dit-il à qui veut l’entendre. « Nous voulons que la classe politique laisse ce monsieur (Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Ndlr) jouir de sa retraite », lance-t-il. 

Cela veut dire, en termes plus clairs, que la page Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi est désormais tournée. Et, la junte militaire au pouvoir s’est judicieusement arrangée pour l’envoyer prématurément en retraite. D’ailleurs, le président déchu a toujours constitué une épine dans le pied du Haut Conseil d’Etat (HCE). Le Ministre de la Communication et des Relations avec le Parlement s’est expliqué, en filigrane, sur la longue détention surveillée de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. « On a toujours voulu le mettre hors d’état de nuire », donne-t-il comme justification.  

Ce relâchement de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, qui intervient à une semaine du second round des négociations entre l’Union Européenne et le Haut Conseil d’Etat est perçu comme un signe d’ouverture de la part de la junte au pouvoir. Il va changer, sans aucun doute, les rapports de force d’une part entre le HCE et la classe politique hostile au coup d’Etat du 6 août 2008 et d’autre part entre l’Union Européenne et la junte militaire au pouvoir. 

Pour le moment, les autorités campent toujours sur leur position et espèrent parachever leur mouvement de rectification quelque soit le prix à payer et malgré l’opposition de la Communauté Internationale qui continue à demander le rétablissement de l’ordre constitutionnel. « Nous voulons que tous les mauritaniens participent aux Etats Généraux sur la Démocratie afin de sortir un compromis nécessaire pour jeter les bases d’une Mauritanie nouvelle, une Mauritanie libre, une Mauritanie démocratique et surtout d’une Mauritanie transparente dans sa gestion des fonds publics », plaide Mohamed Ould Mohamed Abdrehmane Ould Moine. 

Selon le Ministre de la Communication et des Relations avec le Parlement, la Mauritanie « est un pays souverain ». « Certains pays ont une évaluation erronée de ce qui se passe en Mauritanie », dit-t-il en allusion à la France ou les Etats-Unis d’Amérique qui demandent le retour à l’ordre constitutionnel. « Monsieur Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a été effectivement élu, reconnaît-il. Mais, il n’est pas titulaire d’un titre immobilier sur la Présidence de la République ».

Pour lui, comme pour cautionner le mouvement de rectification du 6 août 2008, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a failli à sa mission. »Il a gravement échoué et perdu la confiance du peuple mauritanien », insiste-t-il en affirmant que « ceux qui sont avec lui n’ont jamais voté pour lui ». « Ils l’utilisent comme un moyen de marchandage politique. Tout en restant gentilhommesques, je leur demande de faire de la politique et de laisser cette personne (Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallhi, Ndlr) tranquille », lance-t-il. Et sur un ton menaçant qui frise l’arrogance, il lâche : « Pour nous, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi n’est pas le Président de la République. C’est fini ».

Au cours de sa conférence de presse, le Ministre de la Communication et des Relations avec le Parlement a évoqué le niveau d’évolution des prises de contact concernant les « Etats Généraux sur la Démocratie » que le gouvernement a eues avec certains partis politiques et syndicats. « Nous sommes disposés à s’ouvrir à tous les mauritaniens qui veulent trouver, par le dialogue, des solutions à la situation actuelle », a-t-il soutenu.

Mohamed Ould Mohamed Abdrehmane Ould Moine, en réaction au budget 2008-2009, s’est dit satisfait de la situation financière actuelle du pays marquée par la maîtrise de l’inflation. « Cela prouve que quand la volonté politique existe et qu’on est conscient des responsabilités, on peut bien gérer nos moyens pour améliorer le niveau de fonctionnalité et d’investissement dans le pays », dit-il.

« Nous sommes en train de régler les problèmes du pays par des méthodes basées sur la transparence, la bonne gestion et la fermeté dans la gestion des finances publiques », a-t-il dit estimant que « la majorité de nos problèmes sont d’ordre organisationnel et non structurel ».

Par Babacar Baye Ndiaye 

( 20 novembre, 2008 )

UE-HCE: Le Fndd prêt à jouer un rôle de facilitateur

Tout en fustigeant l’immobilisme des putschistes, le Front National pour la Défense de la Démocratie semble toujours croire au rétablissement de la légalité constitutionnelle. A l’occasion de leur énième conférence de presse, les responsables de ce front ont fait part encore de leur inquiétude sur la situation « ubuesque » et « ridicule » sans précédent que traverse le pays sur le plan social, économique et politique.  

Devant des militants, cette fois-ci moins nombreux qu’à l’accoutumée, le nouveau président en exercice du Front National pour la Défense de la Démocratie Monsieur Saleck Ould Sidi Ahmed, par ailleurs vice-président de Tawassoul, a passé en revue la situation du pays dominée ces temps-ci par les vagues d’arrestations dans leurs rangs.

Le transfert de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi dans la nuit du 12 au 13 Novembre dernier ne semble pas satisfaire le Front National pour la Défense de la Démocratie. Pour eux, cet acte n’est que de la poudre aux yeux et que par conséquent, cela ne diminue en rien leur détermination à poursuivre leur combat jusqu’à ce que ce dernier soit rétabli dans ses fonctions de Président de la République.

Le fait que le Président déchu puisse « discuter » avec ses proches ne contente pas entièrement le Front National pour la Défense de la Démocratie qui estime que son transfert constitue « une mascarade » visant à leurrer intentionnellement le peuple mauritanien et la communauté internationale « à qui on veut faire croire qu’il y a eu quelque chose de nouveau ».

Le Fnnd est sans équivoque : le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz qui dénient toujours la légalité constitutionnelle et prend des décisions illégales continue à narguer le peuple mauritanien et la communauté internationale. Toutefois, le Front National pour la Défense de la Démocratie a révélé qu’il était prêt à devenir facilitateur entre l’Union Européenne et le Haut Conseil d’Etat pour trouver une solution à la crise actuelle qui mine le pays depuis 3 mois.

Cela suppose d’abord, à leurs yeux, l’annulation de toutes les décisions constitutionnelles, législatives, administratives et institutionnelles prises par le Haut Conseil d’Etat durant ces 3 mois d’exercice du pouvoir. Et, surtout le respect des engagements pris par les militaires avec l’Union Européenne en 2005 et leur mise à l’écart définitive du jeu politique. Une fois que ces conditions sont tenues en considération, le Fndd est disposé à dialoguer avec le Haut Conseil d’Etat pour sortir de la crise actuelle.

Le Front National pour la Défense de la Démocratie qui ne reconnaît pas toujours la légitimité du pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz est revenu sur les récentes arrestations dans leurs rangs en y voyant de la provocation pure et simple. Ces arrestations traduisent, selon le Fndd, « une hystérie qui commence à affecter les putschistes » et s’apparentent à « une chasse aux sorcières et un règlement de comptes » dans le but d’affaiblir leur camp. Ils n’ont pas manqué de sonner l’alarme sur une telle situation en faisant savoir qu’aujourd’hui aucun mauritanien n’est épargné par cet état de fait.

Par ailleurs, ces vagues d’arrestations montrent, toujours selon le Fndd, « l’incapacité des putschistes à mesurer l’extrême gravité de la situation dans laquelle ils mettent ce pays délibérément pour juste satisfaire les ambitions personnelles de quelques-unes ».

Sur le plan de la gestion des ressources économiques, le Fndd a dénoncé l’amateurisme et l’attitude irrationnelle des nouvelles autorités du pays. Cela risque de conduire, considèrent les responsables du Fndd, la Mauritanie vers une « faillite économique irréversible ». Ils ont mis en garde le peuple mauritanien et la communauté internationale contre les dérives de l’actuel régime militaire qui peuvent acheminer la Mauritanie dans « une situation qui ne pourra plus être redressée sur le plan économique parce que simplement la faillite a été organisé à travers des dirigeants qui n’ont ni l’expérience ni la compétence pour gérer les affaires publiques ».

Au lieu de fouiner dans leur rang, le Fndd a interpellé les autorités de dire la vérité aux mauritaniens et à l’opinion internationale sur le niveau d’enquête de l’affaire de la drogue et notamment les tenants et les aboutissants de l’attaque de Tourine où 11 soldats mauritaniens ont péri. L’affaire de la drogue et l’attaque de Tourine paraissent rangées dans les tiroirs de l’oubliette. Et, le Fndd n’a pas manqué l’occasion de rappeler aux militaires putschistes leur devoir d’éclairer la lanterne des mauritaniens.

Enfin, ils appelé les autorités militaires à esquiver à la Mauritanie l’isolement diplomatique et économique qui pourrait à son tour engendrer une révolte populaire

Par Babacar Baye Ndiaye

                                    Communiqué de Presse du Fndd

Quelques heures seulement après le transfert du Président de la République , Son Excellence Monsieur Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi de son lieu de séquestration à Nouakchott vers Lemden, les autorités putschistes ont procédé à une vaste campagne d’arrestations ayant touché le Premier Ministre, M. Yahya Ould Ahmed El Waghf et quelques hauts responsables et personnalités d’envergure nationale, dont plusieurs leaders, militants actifs ou sympathisants du FNDD.

La junte inscrit ces nouvelles arrestations dans ce qu’elle prétend être une enquête sur des actes de gestion; masquant ainsi une chasse aux sorcières désormais claire pour l’opinion nationale et internationale.

Persistant dans cette même logique, les putschistes ont arrêté, jeudi 13 novembre, Monsieur Abdoulaye Mamadou Bâ, Conseiller Porte- parole du Président de la République.

Cette nouvelle escalade s’inscrit dans le cadre de la campagne de diversion menée par la junte militaire, prise des convulsions de fin règne, pour leurrer l’opinion nationale et internationale.

Face à ces manœuvres pitoyables et mesquines qui visent à masquer une perturbation réelle et un manque d’assurance avéré, le FNDD :

1-     condamne le nouveau cycle de répression, d’amalgame et de musellement des libertés visant, en premier lieu,  les personnalités et  cadres engagés dans la résistance au putsch et le combat pour un retour immédiat et inconditionnel à la légalité constitutionnelle ;    

2- réitère sa condamnation de l’obstination de la junte militaire à séquestrer le Président de la République, Monsieur Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, désormais interné à Lemden ;

3-     se félicite de la persévérance de la communauté internationale et de la fermeté de sa position quant au rétablissement immédiat et inconditionnel du Président de la République dans la plénitude de ses fonctions.  

                                                                      Nouakchott, le 15 Novembre 2008 

( 20 novembre, 2008 )

Mensonges, populisme, démagogie…:Le Fndd sort la grosse artillerie pour accabler le HCE

Les responsables du Front National pour la Défense de la Démocratie (Fndd) ont organisé, ce jeudi 6 Novembre 2008, un meeting à l’Ancienne Maison des Jeunes de Nouakchott. A défaut d’obtenir une autorisation de manifester leur ras-le-bol en marchant dans les artères du centre ville de Nouakchott ! 

Après une accalmie de plus d’une semaine, le Front National pour la Défense de la Démocratie semble se revigorer et veut faire le plein ces jours à venir dans l’optique de discréditer les thèses du HCE qui est en train de mener, avec tambour battant et caméras à l’appui, des campagnes d’explication à l’intérieur du pays pour faire comprendre aux populations les tenants et les aboutissants du mouvement de rectification du 6 Août 2008.   

Tour à tour, au cours de ce rassemblement qui a réuni des centaines de contre-putchistes, les responsables du Fndd ont une nouvelle fois affiché leur détermination à faire partir Aziz du pouvoir. Décidemment, le Fndd n’est pas prêt à lâcher du lest.

Bâ Mamadou Alassane, président du Plej, n’y est pas allé, lui aussi, avec le dos de la cuillère. « Nous ne faisons pas confiance à la junte militaire, aux généraux putschistes. Parce qu’ils n’ont pas respecté l’engagement qu’ils avaient pris à Bruxelles », s’insurge-t-il. »Ils avaient promis de retourner à leurs casernes. Ils ont ramené la dictature dans le pays en privant les gens de liberté. Ils ont mis en prison et arbitrairement un président démocratiquement élu (Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Ndlr) « , rappelle-t-il. 

A tour de rôle, les responsables politiques du Fndd ont dénoncé les mensonges, les méthodes et le populisme utilisé par la junte militaire pour s’éterniser au pouvoir. Ils ont appelé les militaires à s’inspirer de la démocratie américaine qui vient de nous donner une leçon à méditer et pourquoi pas à imiter en Mauritanie. « Il n’y a qu’avec la démocratie et le respect des institutions qu’un pays peut avancer et qu’une société peut se développer », souligne Mohamed Ould Khoulane, vice-président de Tawassoul. « Cela devrait être aussi une leçon pour les usurpateurs qui, aujourd’hui, au 21ième siècle, veulent encore s’arroger un pouvoir de manière arbitraire par la force des armes alors que c’est une méthode qui est anachronique et que nous n’allons jamais accepter », conclut-il. 

Ladji Traoré, secrétaire général de l’Alliance Progressiste Populaire (APP), toujours en verve, a réitéré dans ses propos leur attachement au retour à l’ordre constitutionnel incarné par Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. « Seul le peuple a le droit d’élire ses représentants et de les changer », adresse-t-il à la junte militaire au pouvoir. »Le contexte dans lequel nous vivons aujourd’hui est un contexte d’arbitraire, de mensonges, de populisme et de démagogie », dit-il. « On ne peut pas faire croire au peuple mauritanien qu’on va transformer en 3 semaines ou 6 semaines El Haye Essaken. Non ! Ou bien, on va donner des habitats à l’ensemble des populations du 6ième. Ou bien, on va instrumentaliser l’image et le nom de l’ancien président de la Mauritanie en disant : on va lui donner enfin une avenue », ironise-t-il en assimilant cela à de la démagogie facile. 

L’humoriste du Front National pour la Défense de la Démocratie, Boïdiel Ould Homeïd, en outre vice-président du Parti Adil, a gratifié le public d’un cours magistral sur les fondements de la démocratie et les différentes péripéties qu’a connu la Mauritanie dans son processus politique. Pour lui, notre pays vit aujourd’hui une situation d’exception comparable à l’époque où la Mauritanie était caractérisé par le système du parti unique. Pour étayer ses propos, il cite les médias publics qui sont aujourd’hui entre les mains du HCE et ses laudateurs. 

Sur un ton ferme, il a dénoncé la répression qu’utilise Mohamed Ould Abdel Aziz. A ses yeux, cela est une mauvaise manière de procéder et en a profité pour appeler la junte militaire au pouvoir de s’inspirer de l’exemple de la démocratie américaine tout en demandant la libération immédiate du président déchu. « On doit laisser le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi achever son mandat. Le droit de sanctionner appartient au peuple et non aux militaires », souligne-t-il. 

Il a appelé Mohamed Ould Abdel Aziz à respecter les dispositions de la Constitution qui a prévu les conditions dans lesquelles on peut être président ou accéder au pouvoir. Dans sa conclusion, il a balayé d’un revers de la main les accusations portées par Aziz qui les reproche d’avoir fait appel à la Communauté Internationale pour régler la crise actuelle. Une infirmation pour dire que le Front National pour la Défense de la Démocratie ne fait pas les yeux doux à la Communauté Internationale. 

Pour le leader de l’Union des Forces de Progrès, Mohamed Ould Maouloud, et par ailleurs président en exercice du Fndd, avec la survenue du coup d’Etat du 6 août 2008, Mohamed Ould Abdel Aziz a ramené la Mauritanie et les mauritaniens en arrière. Ayant tiré les leçons de 2005, Ould Maouloud a fait savoir que cette fois-ci, ils ne se laisseront pas duper pour la deuxième fois par les militaires qui semblent ne pas vouloir quitter le pouvoir. 

Il est revenu sur les marchés de gré à gré qui inaugurent, selon lui, une nouvelle ère de corruption et de mauvaise gestion économique. De même que fustigé l’attitude de la majorité parlementaire qui est en train de fermer les yeux sur cet état de fait. Suffisant pour lui pour dire que le Parlement n’a pas un droit de regard sur ce que fait le HCE. 

Il a révélé aussi que l’argent destiné aux financements du Programme Spécial d’Intervention mis en place par Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi est en train d’être détourné à d’autres fins dans le but de distraire l’opinion publique nationale. Cela démontre, dit-il, que le HCE est en train de promouvoir la gabegie au sein de l’administration. Pire encore, toujours selon lui, le Haut Conseil d’Etat est en train de puiser dans les fonds de la SNIM pour financer ses propres activités. 

Par rapport aux nominations du HCE, il a analysé cela comme une volonté de la part de Mohamed Ould Abdel Aziz de ne pas quitter le pouvoir. Ce qui est inadmissible à ses yeux. Et sur les élections promises par les militaires, Ould Maouloud semble suspicieux et n’y accorde aucune crédibilité. Pour lui, c’est bonnet blanc, blanc bonnet. « Toutes les balles ont été utilisées », lance Mohamed Ould Maouloud à l’endroit d’Aziz qui semble s’agripper sur la machine populaire après avoir essuyé, selon lui, un cuisant revers sur le plan international. D’où les campagnes d’explication à l’intérieur du pays. 

Au cours de son intervention qui a duré plus de 25 minutes, il s’est expliqué sur les raisons qui expliquent sa désapprobation du coup d’Etat du 6 août 2008 qui a été fait, à l’en croire, par des intérêts purement personnels et non par des objectifs bien clairs. 

Il n’a pas manqué de dévoiler ses appréhensions de voir la crise actuelle faire basculer la Mauritanie dans un cycle infernal dont on ne saura pas les conséquences. A ses yeux, il est temps que les militaires arrêtent leur campagne de dénigrement dirigé contre Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi accablé de toutes parts aujourd’hui par la junte militaire qui l’accuse d’avoir failli à sa mission. 

Sur une note d’espoir et qui pourrait constituer un signe de décrispation de la situation politique actuelle du pays, Mohamed Ould Maouloud, après avoir copieusement chargé le HCE, a laissé entendre que le Fndd pourrait participer aux prochaines journées de concertation ou Etats Généraux de la Démocratie. Sauf si, a-t-il précisé, elles ne se déroulaient pas sous la tutelle des militaires. 

Babacar Baye Ndiaye   

( 20 novembre, 2008 )

Bassékou Kouyaté, musicien-chanteur: »C’est à nous, les Africains, de mettre en valeur nos instruments de musique traditionnelle »

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Ce virtuose du N’Goni n’est plus à présenter sur le plan international. Il joue une musique, le « Korossé Koré », très proche du blues, qui enthousiasme avec des rythmes qui ensorcellent. Il était de passage à Nouakchott où il a donné un concert au Centre Culturel de Nouakchott, ce jeudi 6 Novembre 2008. On en a profité pour lui tendre notre micro. Il n’est pas du même avis que ceux qui pensent qu’on ne peut rien faire avec nos instruments traditionnels comme nos balafons, nos tidinits, nos koras ou nos calebasses…Il est une preuve vivante que nous, les Africains, nous n’avons pas besoin des instruments occidentaux. Entretien.

Le Rénovateur Quotidien : Pouvez-vous nous rappeler brièvement vos débuts dans la musique en tant que professionnel ?

Bassékou Kouyaté : Mon début ? D’abord, je suis griot. Au Mali, un griot, c’est celui qui fait de la musique, qui intervient dans les conflits dans les villages, qui chante dans les mariages…Mon père, mon grand-père et mon arrière grand-père qui furent de grands griots sont passés par-là. Contrairement à eux, j’ai voulu travailler autrement. J’ai mis en place mon propre groupe de musique où on ne joue que du N’goni, un instrument traditionnel. Je me suis professionnalisé. Je pense que c’est à nous, les Africains, de mettre en valeur nos instruments de musique traditionnelle.

Le Rénovateur Quotidien : Votre musique est un mélange subtil de la musique traditionnelle malienne, de Jazz et de Blues. Est-ce un choix qu’on vous a imposé ou c’est plutôt un choix personnel ?

Bassékou Kouyaté : Le blues, je peux dire, vient de chez nous. Il suffit, pour s’en convaincre, d’écouter, la musique qu’on joue à Ségou ou Ali Farka Touré. Le blues n’a pas été, franchement, inventé par les américains. Ce sont les esclaves noirs. Si vous partez à Ségou, en pleine campagne, et vous demandez à un griot de vous jouer « Korossé Koro », il vous le fera. Et lorsque vous lui demandez de jouer du blues, il vous demandera ce que c’est. Les américains savent mieux que quiconque que le blues vient de chez nous.

Le Rénovateur Quotidien : N’est-ce pas ce qui explique la ruée des américains musiciens notamment noirs sur Ségou pour se ressourcer ?

Bassékou Kouyaté : C’est cela en fait ! Tout le monde connaît déjà le blues. A Ségou, ce sont les griots qui ont inventé le « Korossé Koro ». Mais, ils n’ont jamais essayé de le valoriser. Si vous demandez à un vieux à Ségou depuis quand il joue cette musique, il vous dira qu’on joue cette musique depuis le règne de Bito Mamaré Coulibaly, l’empereur de Ségou, mort au 17ième siècle. Nos parents n’ont jamais pensé à valoriser cette musique hors des frontières de Ségou. Par exemple, mon père n’a jamais accepté de venir jouer à la télévision nationale ou à la radio. Par contre, mon grand-père (Ba Soumana Sissoko, très connu au Mali) a une fois voyagé sur Paris. Quand vous écoutez sa musique et celle de John Rucker, vous allez en déduire que c’est la même musique.

Le Rénovateur Quotidien : Vos parents n’ont jamais été tentés par une carrière internationale. Et, pourquoi, avez-vous décidé de vous lancer à la conquête du monde ?

Bassékou Kouyaté : Les contextes ne sont pas les mêmes. De même que les ambitions. La plupart des griots, à une époque récente, jouaient uniquement pour les rois qui entretenaient en retour leurs griots. Ces derniers n’avaient donc pas de soucis particuliers à se faire. Les griots ont toujours vécu sous la coupole des rois. C’était ainsi. Maintenant les temps ont changé. Il n’y a pas plus de rois. Les gens ont assez de problèmes pour se permettre de prendre en charge, sans bourse délier, un griot. C’est, partant de ce constat, que j’ai décidé de me lancer dans une carrière musicale professionnelle dans le but de m’imposer sur le plan international. Et Dieu merci, j’ai réussi à imposer ma musique que tout le monde apprécie. Nous avons une belle musique que nous ont légués nos anciens. C’est à nous, la nouvelle génération de griots, de valoriser cette musique sur le plan international. Le « Korossé Koro » est une musique spécifique aux griots.

Le Rénovateur Quotidien : Comment avez-vous connu Lucy Duran qui est à la fois spécialiste de la musique africaine et journaliste radio à la BBC et qui a, d’ailleurs, produit, votre premier album ?

Bassékou Kouyaté : Je la connais depuis plus d’une dizaine d’années. C’est elle qui a produit Toumani Diabaté par exemple. Elle a collaboré avec de nombreux musiciens maliens. On a un rapport de confiance. D’ailleurs, c’est elle qui doit produire mon second album qui doit sortir, en principe, au mois de décembre au Mali. Avec la participation de la maison de production de « Out Here ».

Le Rénovateur Quotidien : Votre premier album « Segu Blue » sorti en 2007 vous a propulsé sur le plan international. Peut-on l’espérer davantage de votre second album qui devra, certainement, confirmer tous vos talents de musicien ?

Bassékou Kouyaté : J’ai bien peur que le succès de mon second album ne dépasse de loin celui du premier album. Avec mon premier, je n’étais pas assez bien connu et c’était un peu difficile. Aujourd’hui, j’ai acquis une grosse expérience en voyageant et en côtoyant de grands professionnels de la musique. Mon groupe, aussi, a acquis de la maturité. Rien que pour cette année-ci, on a fait, à présent, plus de 60 concerts, à travers le monde.

Le Rénovateur Quotidien : Sur le plan international, vous avez réussi à vous creuser votre propre sillon. Cependant, en Afrique, vous avez dû mal à vous imposer. Comment pouvez-vous nous expliquer ce contraste ?

Bassékou Kouyaté : J’avoue que c’est très difficile de se faire un nom en Afrique. Au Mali, on apprécie beaucoup ma musique. Pour apprécier une musique, il faut d’abord la connaître. Le problème, en Afrique, c’est que la plupart des gens ne connaissent pas la valeur de nos instruments musicaux. C’est dû au fait aussi que je n’ai pas essayé véritablement à chercher un public en Afrique. Ce qui m’intéresse d’abord, c’est de construire d’abord ma carrière internationale.

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes connu à travers le monde grâce notamment à votre N’Goni qui est un instrument traditionnel. Y’a-t-il de la baraka dans cet instrument ou un esprit qui vous accompagne dans votre carrière musicale ?

Bassékou Kouyaté : (Il se tord de rires). NON ! Ce qui m’accompagne par contre, c’est mon travail. Je bosse dur et sans répit. Quand j’ai joué, un jour, à Los Angeles, avec Carlos Santana, il m’a demandé s’il y avait quelque chose dans mon instrument. C’est pour vous dire que dans la musique et dans tout autre domaine, il n’y a pas de secrets particuliers. Il faut retrousser les manches. On ne peut pas passer tout son temps à lézarder et espérer des résultats satisfaisants. Non ! Et aux jeunes griots notamment, je n’ai qu’un seul mot à leur dire : travaillez ! Et, surtout valoriser la musique griot. Nous, les Africains, nous n’avons pas besoin des instruments occidentaux. On peut créer toutes sortes de musique avec nos balafons, nos tidinits, nos koras, nos percussions, nos calebasses…On a beaucoup de choses à valoriser en Afrique. On n’est pas obligé de singer les autres. Si tous les musiciens africains avaient fait comme moi, on n’en serait pas là aujourd’hui.

Le Rénovateur Quotidien : En 2008, aux BBC Radio 3 Awards for World Music, vous avez remporté le prix du meilleur artiste africain et l’album de l’année. Comment pouvez-vous nous expliquer ce succès fou ?

Bassékou Kouyaté : Le travail ! Franchement, je n’ai pas de répit. Le succès est entre les mains. Avec le N’Goni, on peut créer n’importe quel son instrumental. C’est un instrument incroyable, un instrument complet. C’est pourquoi, j’ai toujours essayé de travailler jour et nuit pour avoir un résultat positif. On répète tout le temps, sans répit. Même si les membres de mon groupe se plaignent, je leur force la main en leur faisant savoir que la réussite est au bout de la peine. Aujourd’hui, on a fait le tour du monde. Là où je passe, on parle de moi et de mon groupe. La presse anglaise va même jusqu’à dire que nous sommes le meilleur groupe de Rock n’Roll du monde. Récemment, à Anvers, j’ai joué devant plus de 2000 personnes émerveillées d’entendre ma musique. Actuellement, je suis en train de voir comment ouvrir une école pour y enseigner cette musique. Je ne le souhaite pas de sitôt. Imaginez que je disparaisse un jour. Qui va continuer à répandre cette musique ?

Le Rénovateur Quotidien : On vous compare déjà à Ali Fraka Touré en pensant que vous êtes en train de suivre ses pas. Cela vous réjouit-il ?

Bassékou Kouyaté : Monsieur le maire de Gnafanké, monsieur le maire Ali Farka Touré, qu’il repose en paix. J’ai travaillé avec lui. On a fait ensemble « Savana ». Je n’ai jamais eu la chance de travailler avec quelqu’un d’autre comme lui. C’est un monsieur humble et bienveillant. En Afrique, certains leaders musiciens ne soutiennent pas souvent certains talents qui veulent éclore. Tel n’était pas son cas, lui. C’est grâce à lui que j’ai pu oser m’engager dans une carrière professionnelle. C’est lui aussi qui m’a aidé à trouver un producteur et m’a présenté à de grands noms du monde de la production musicale mondiale. Je garde beaucoup de souvenirs de lui. On a tourné ensemble à travers le monde et à chaque fois, c’est moi qui assurais la première partie. Je lui dois tout.

Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye

( 20 novembre, 2008 )

Esclavage: L’IRA, un mouvement abolitionniste, exprime sa peur et ses craintes

Birame Ould Dah Ould Abeid nous a encore réservés une de ses surprises dont lui seul a le secret. Et, retenez bien cet acronyme : IRA à ne pas confondre avec l’IRA (Irish Republican Army ou Armée Républicaine Irlandaise).

L’IRA ou Initiative de Résistance du Mouvement Abolitionniste est une direction collégiale composée de Birame Ould Dah Abeid Ould Abeid, Issa Ould Alioune, Abdallahi Ould Mbareck, Ramdane Ould M’Boyrik, Brahim Ould Malik, Hamadi Ould Lihbouss et Alioune Ould Youssouf.

Cette initiative a tenu une conférence de presse au cours de laquelle elle a fait part de son outrance de « l’action des putschistes » qui continuent, selon elle, à exhiber leur « inimité viscérale à l’égard du mouvement abolitionniste ».

Dans une déclaration lue en marge de cette conférence de presse, l’Initiative de Résistance du Mouvement Abolitionniste a tiré à boulets rouges sur l’ancien Premier ministre de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qu’elle accuse de « connivence avec les groupes mafieux et extrémistes qui le soutenaient (forces du changement et nationalistes) et la hiérarchie ethniciste de l’armée » dans le but de « remettre en cause tous les acquis que le mouvement abolitionniste a pu réaliser pendant et avant la transition démocratique ».

En outre, l’IRA a révélé que l’argent destiné aux esclaves et anciens esclaves dans le cadre de la prise en charge de leur affranchissement économique octroyé par les partenaires européens a été détourné par le gouvernement de Zéine Ould Zéidane.

L’initiative voit l’arrivée des militaires au pouvoir comme « l’entame d’une véritable campagne de conditionnement psychologique et idéologique général qui a pour arrière-plan la préparation d’une répression ciblant le mouvement abolitionniste et, au-delà, l’existence politique de la communauté haratine ».

Cette initiative inscrit les récentes interpellations de certains compagnons de lutte de Messaoud Ould Boulkhéir dans une perspective, selon elle, d’étouffer le mouvement abolitionniste.

« Le retour des officiers putschistes et de leurs acolytes à la rhétorique de négationnisme systématique de l’esclavage en Mauritanie et le déni, dans le fond comme dans la forme de ce crime odieux contre l’humanité est un signe de confrontation au mouvement abolitionniste que le régime a choisi », lit-on dans leur communiqué.

Comparant la Mauritanie à Israël et au Soudan qui ont érigé la discrimination, le génocide et l’esclavage en système de gouvernement, l’IRA n’a pas épargné les médias publics de l’Etat qui mènent une campagne de diabolisation du mouvement abolitionniste et de légitimation de l’idéologie esclavagiste.

L’Initiative de Résistance du Mouvement Abolitionniste a du pain sur la planche car elle ambitionne de déconstruire le socle idéologique et mental de la société mauritanienne fondé sur la suprématie, l’écrasement et l’inégalité des chances. En marge de cette conférence de presse, l’IRA a donné la parole à des victimes ayant subi l’injustice.

Babacar Baye Ndiaye

( 20 novembre, 2008 )

Session ordinaire de l’Assemblée Nationale:Les députés du Front National pour la Défense de la Démocratie s’expliquent sur les motivations de leur boycott

Deux jours, après l’ouverture de la session ordinaire du Parlement, les députés appartenant au Front National pour la Défense de la Démocratie, ont organisé une conférence de presse, ce mercredi 12 Novembre, à l’Assemblée Nationale, pour expliquer les raisons de leur boycott.

Pour MOustapha Ould Bedreddine, numéro 2 de l’Union des Forces de Progrès (UFP) et député à l’Assemblée Nationale, « le pays vit sous un régime militaire, un régime exceptionnel, anti-constitutionnel et illégal » depuis le 6 août 2008 qui a vu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi renversé par le général Mohamed Ould Abdel Aziz.

Cette situation qu’il a qualifiée « d’extraordinaire » explique, selon lui, leur décision de ne pas participer à la session ordinaire du Parlement, ce lundi 10 novembre dernier. Autre explication donnée à leur boycott : l’emprisonnement de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et de Yahya Ahmed Ould Waghf. Pour lui, leur libération conditionne préalablement leur participation à toute autre session au niveau de l’Assemblée Nationale.

Il a, par ailleurs, rappelé les deux rôles du Parlement qui consistent à légiférer et à contrôler l’action du gouvernement. Or, selon lui, ces deux rôles n’ont pas de raison d’être dans la situation actuelle. En plus, ils ne reconnaissent pas le Haut Conseil d’Etat et le gouvernement de Moulaye Ould Mohamed Laghdaf. Sans compter la restriction des libertés publiques et l’usurpation des médias publics par le HCE. Autant de raisons qui expliquent qu’ils ont jugé « inutile de participer à cette session ordinaire ». « En tout cas, pas dans la situation actuelle », a précisé Mustapha Ould Bedreddine, en attendant que Mohamed Ould Abdel Aziz quitte, certainement, le pouvoir, comme ils l’ont toujours réclamé.

Par rapport à la présence des sénateurs appartenant au Front National pour la Défense de la Démocratie à la session ordinaire, Moustapha Ould Bedreddine a laissé entendre que cette décision a été faite dans la concertation. A ceux qui y voient, déjà, les prémices d’une cassure au sein du Fnnd, il les a rassurés en affirmant que « les deux attitudes, qui semblent contradictoires, ont été autorisées et acceptées au niveau du Front ». »Ils (les sénateurs, Ndlr) peuvent mener une action qui va dans le sens de la lutte et la restauration de la démocratie et de la légalité au niveau du Sénat », estime-t-il.

Dans un communiqué, publié en marge de la conférence de presse, le Front National pour la Défense de la Démocratie y affirme que « chacune des deux positions s’inscrit dans le cadre de sa stratégie visant à faire échouer le coup d’Etat et à rétablir la légalité constitutionnelle en collaboration avec toutes les forces vives, y compris les parlementaires du Fndd et ses sympathisants au sein des deux chambres ».

Prenant la parole, Jémil Ould Mansour, président de Tawassoul et député aussi à l’Assemblée Nationale, a fait savoir, lui aussi, que la session ordinaire du Parlement du 10 Novembre n’a aucune valeur du point de vue juridique, politique et moral. Il s’est basé sur le fait que l’institution présidentielle, incarnée par Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, est aujourd’hui paralysée. D’où leur boycott, selon lui, de la session ordinaire. En outre, il a dénoncé l’attitude des putschistes qui persévèrent toujours dans leur entêtement à ne pas faire de concessions pour essayer de décrisper la crise actuelle.

Le président de l’Assemblée Nationale Messaoud Ould Boulkheir, qui n’a pas d’ailleurs présidé l’ouverture de la session ordinaire prévue par la Constitution, a expliqué dans une déclaration lue en la circonstance les raisons de sa non participation. Pour lui, « les règles du fonctionnement normal des institutions de la République ont été délibérément violées ». Par conséquent, « il est tout à fait dérisoire de prétendre, dans une telle situation, que tout se déroule normalement comme dans le meilleur des mondes ».

Cette conférence de presse n’a pas été sanctionnée par de grandes décisions. Rien de nouveau, peut-on dire, sous les cieux du Front National pour la Défense de la Démocratie ! Et, ceux qui attendaient que leurs députés annoncent leur démission en cascade de l’Assemblée Nationale en sont pour leurs frais. Il n’en est rien. A part des déclarations de principes, comme à l’accoutumée et la réaffirmation de leur position sur le coup d’Etat du 6 août que tout le monde connaît déjà, le Front National pour la Défense de la Démocratie tergiverse encore et tarde à entrer dans la deuxième phase de son combat.

Ils ont tout simplement estimé que leur boycott vise à montrer à l’opinion publique nationale et internationale leur refus du coup d’Etat du 6 août 2008. Mais, au-delà de cette réaffirmation de leur position par rapport à ce coup d’Etat, vont-ils oser franchir la deuxième étape de leur lutte, après leur campagne de dénonciation, à savoir leur démission de l’Assemblée Nationale ?

Par Babacar Baye Ndiaye

( 20 novembre, 2008 )

Pierre Bonte, anthropologue: »La tribu permet de comprendre certaines évolutions et réalités contemporaines »

Pierre Bonte est un anthropologue d’origine française. Il a consacré de nombreuses recherches sur les sociétés tribales sahariennes. Son domaine de prédilection porte sur les tribus et plus particulièrement sur celles de la Mauritanie. Pour une énième fois encore, il a été invité à Nouakchott pour présenter, au Centre Culturel Français de Nouakchott, son dernier ouvrage intitulé « Ibn Khaldun et l’anthropologie moderne : l’Emirat de l’Adrar ».

La Mauritanie est un pays qui se caractérise, sur le plan ethnique, par la prédominance des tribus dans notre système d’organisation sociale. Mais, pour autant, la tribu ne semble pas une spécificité typiquement mauritanienne. Déjà, les romains, avant de s’organiser en cité, étaient regroupés en tribus. Item chez les grecs. En Irak, en Afghanistan, on y retrouve aussi des zones tribales. Et, dans d’autre pays de la planète. C’est un phénomène qui a de beaux jours devant lui en Mauritanie. « La tribu, c’est encore une réalité dans le monde mauritanien contemporain malgré les mutations sociales, économiques et culturelles qu’a connu la société mauritanienne », s’étonne Pierre Bonte.

Pour autant, les tribus ont toujours souffert et continuent à souffrir de certaines étiquettes. « Quand on parle de tribus, il y a beaucoup de jugements de valeurs qui sont posés à priori. Quand on parle de tribus, on pense archaïsmes, anarchie, irréductibilité, opposition et contradiction entre l’Etat », relève-t-il.

La tribu, « c’est aussi, tout ce qui empêche la modernité, la mise en place de l’Etat et du sentiment national », pensent certains. Contrairement aux touaregs dont la filiation est fondée sur la filiation matrilinéaire, celle des tribus mauritaniennes est fondée sur la filiation patrilinéaire.

La tribu en Mauritanie est un type de société fondé sur la filiation unilinéaire. C’est-à-dire que les groupes qui la constituent se définissent en référence à un ancêtre commun. Leur mode d’organisation a très tôt intéressé les historiens et les anthropologues. D’ailleurs, ce type d’organisation a fait dire à de nombreux chercheurs que ces sociétés tribales étaient comparées à des modèles de sociétés sans Etat. Ce type d’organisation, à leurs yeux, correspondait à un stade nécessaire de l’organisation de l’humanité marqué par trois phases d’évolution : la sauvagerie, la barbarie et la civilisation.

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Dans ses recherches sur les tribus mauritaniennes, Pierre Bonte s’est aperçu de l’existence de hiérarchie sociale et politique au sein de ses tribus. S’inspirant de Ibn Khaldun, il a réussi à comprendre les mécanismes qui régissent ces tribus.

Dans son ouvrage, pour mieux comprendre le fonctionnement de la société tribale mauritanienne fondée sur les liens de l’utérus : il étudie minutieusement la succession de l’Emir de l’Adrar du nom de Mohamed Ould Haïda mort en 1861. Après sa mort, s’est ouvert un cycle infernal pour sa succession entre ses différentes progénitures qui se livrèrent à de rudes combats parfois mortels. A cette époque, l’Emirat de l’Adrar connut une instabilité sociale et politique sans précédent. Cette histoire a beaucoup marqué la vie politique et sociale de l’Adrar.

Autre histoire évoquée dans son livre, c’est l’assassinat de l’Emir Ahmed Ould Mohamed, petit fils de Mohamed Ould Haïda. Ce dernier profita de l’affaiblissement de l’Emirat d’Adrar pour restaurer l’autorité. Son règne connut aussi un cycle de meurtres dans lequel va intervenir l’Emir du Tagant. L’intervention de ce dernier va élargir le conflit entre les différentes tribus de l’Adrar. Cette histoire montre combien ces sociétés tribales sont complexes dans leur fonctionnement. Elles connaissaient régulièrement des changements de position politique et statutaire constante. De tels changements peuvent aussi être l’objet de conflits plus ou maîtrisés.

En général, les clivages s’effectuaient, la plupart du temps, en fonction des appartenances maternelles. De même que les systèmes d’alliances. « Le fait d’avoir des enfants de mères différentes n’était pas exceptionnelle dans la société maure de cette époque », rappelle Pierre Bonte.

En outre, dans ses recherches sur les tribus mauritaniennes, il a remarqué qu’il y avait une opposition symbolique marquée entre le monde des tentes (lieu féminin par excellence) et le monde des campements (le lieu de l’autorité).  » Ceci illustre qu’elles (les tribus mauritaniennes, Ndlr) sont des sociétés fortement patrilinéaires privilégiant les valeurs masculines », note-t-il.

Toujours, dans ces sociétés tribales, une femme ne peut pas épouser un homme de rang inférieur au sien. Ce statut lui procure une position sociale centrale. Par exemple, dans la gestion de la violence, elle fait office d’intermédiaire.

La violence ne caractérisait uniquement pas les sociétés tribales mauritaniennes où souvent des conflits se développaient, des positions se modifiaient et où des hiérarchies pouvaient apparaître. Inscrite dans la culture mauritanienne,  les tribus passionnent toujours les anthropologues qui s’interrogent encore sur leur permanence dans la société mauritanienne.

Par Babacar Baye Ndiaye 

( 20 novembre, 2008 )

Baba Tandian: »Je suis désolé de ce qui est arrivé à Sidi »

« Ce qui est arrivé à Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi ne devait jamais arriver », a tenu Baba Tandian, propriétaire du « Groupe Tandian Multimédia », au cours d’une conférence presse, en réponse au coup d’Etat du 6 Août 2008. 

Il a apporté des précisions sur les propos qu’il avait tenu à l’encontre de Khattou Mint El Boukhary, l’ex-première laquelle est accusée par l’actuel pouvoir d’avoir bénéficié illicitement des fonds publics de l’Etat. Il est revenu aussi sur les mobiles du coup d’Etat né, selon lui, de la mésentente entre Khattou Mint El Boukhary et Mohamed Ould Abdel Aziz. 

Sur un plan purement économique, il a endossé la responsabilité de l’échec du président Sidi sur son ancien Premier Ministre Zéine Ould Zéidane qu’il accuse de n’avoir pas été à la hauteur de sa mission, surtout pour un économiste de sa stature. Par rapport aux milliards supposés détournés par Khattou Mint El Boukhary, Tandian Baba a apporté des clarifications en faisant savoir qu’il s’agissait tout simplement de « la simulation » et non des accusations fortuites portées envers elle. Et qu’il n’a pas de problèmes particuliers avec l’ex-première dame. 

Concernant le procès qui l’oppose à la fondation KB finalement ajourné, Tandian Baba a fait savoir que les avocats de la dite fondation ont demandé le report dudit procès au mois de Janvier prochain. En raison de l’absence de Me Lô Gourmo, actuellement en France où il est professeur de Droit. 

Relativement à son interview accordée à son journal « Le Matin » en date du 8 août 2008, il a précisé que ce n’était pas une volonté délibérée de dénigrer ou de faire de la diffamation envers Khattou Mint El Boukhary. «Moi, la première dame, je ne la connais pas. Je l’ai vue une fois. C’était à Dakar pour accueillir son mari. C’était la première fois, je la voyais. C’était la dernière fois que je la voyais », précise-t-il. Suffisant donc pour lui de refuser tout colportage envers la première dame que lui prêtent certaines langues déliées.  

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Par rapport aux marchés qu’on lui prête d’avoir gagné en Mauritanie, il a dégagé d’un revers de la main les accusations faites contre lui. De même que ses supposés liens avec un homme d’affaires mauritanien très célèbre. «Moi, je n’ai jamais eu de marchés à la présidence. Je n’ai jamais bénéficié de largesses de personne. Jamais ! », se défend-il. Par contre, «pendant les élections, toutes les affiches que vous avez vues en l’occurrence Sidi et Zéine ont été imprimées chez moi », rajoute-t-il en exhibant simultanément les portraits de Sidi.  

«Ce qui est insolite, c’est que la moitié des affiches a été payée par moi-même et l’autre par un ami du président », dit-il en faisant savoir qu’il a participé à la campagne de Sidi à qui il a donné 50 millions d’ouguiyas. Ironie du sort, c’est à l’hôtel Khalima où il a tenu sa conférence de presse qu’il l’avait remis ce chèque. Il a révélé aussi que c’est lui qui a financé les affiches de Zéine à hauteur de 100 millions. 

Baba Tandian a fait savoir à l’assistance qu’il va porter plainte contre certains journaux locaux qui l’accusent d’avoir participé à la descente aux enfers de Sidi Mohamed Ould Cheikh. «Qui m’a vu participer à la destabilisation de Sidi », s’interroge-t-il. 

La guerre entre Baba Tandian et la fondation Kb semble ouverte. Désormais, «Le Matin se réserve maintenant le droit d’enquêter, d’écrire sur la fondation, sur ses dirigeants et ses avocats. Et surtout de faire connaître aux sénégalais qui est Khattou Mint El Boukhary. Les investigations se feront en Mauritanie, au Niger et au Koweït. Nous avons les moyens de notre politique », a-t-il révélé. 

Babacar Baye Ndiaye  

( 20 novembre, 2008 )

Mohamed Fouad Barrada, chercheur en Economie: »S’il n’y a pas une vigilance de la part de nos décideurs en essayant de contrôler notre système bancaire, il peut s’écrouler »

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Mohamed Fouad Barrada est un chercheur en Economie et en même temps chroniqueur au journal hebdomadaire mauritanien « La Tribune » depuis plus de trois ans. Dans cette interview suivante qu’il nous a accordée, il donne son avis sur la crise financière mondiale qui n’a pas encore pris fin et sur les répercussions que celle-ci pourrait avoir aussi sur le système bancaire mauritanien

Le Rénovateur Quotidien : La crise financière a étalé partout ses tentacules. Les banques mauritaniennes peuvent-elles échapper à cette crise financière née des suites de la faillite des banques américaines Lehmann Brothers et autres ?

Mohamed Fouad Barrada : A ma connaissance, bien que le système bancaire mauritanien souffre de plusieurs anomalies dû essentiellement à la structure bancaire même de ce pays conçu sur la base de la connaissance, de l’intervention, du favoritisme et du clientélisme, et depuis la réforme de 1985, la Banque centrale essaie d’imposer certaines mesures et certains ratios pour contrôler le système bancaire. Il y a une imposition et une capitalisation propre pour assurer les clients.

La problématique des crises financières est due essentiellement à une prise de risques qui dépasse les normes, donc en cherchant la rentabilité. Et cela, pour que les dirigeants bancaires essaient d’avoir une rémunération en fonction du rendement.  Le système bancaire occidental actuel se base sur ce qu’on appelle la spéculation en donnant du crédit, en augmentant les rendements à court terme. Les dirigeants peuvent en profiter même ou essayer de faire profiter les actionnaires. A un moment donné, on est arrivé au seuil et le risque était vraiment dépassé. C’est ce qui a expliqué en grande partie la crise financière actuelle.

Pour ce qui est du système bancaire mauritanien, il n’est pas touché puisqu’on n’a pas une bourse où se font les spéculations. Ensuite, il y a des mesures de ratios à suivre. En plus, les banques mauritaniennes n’accordent pas de crédit aux particuliers. Souvent, on accorde du crédit à l’Etat. Et l’Etat est souvent solvable.

Le Rénovateur Quotidien : Et à votre avis, pourquoi les banques mauritaniennes accordent uniquement à l’Etat et non aux particuliers ?

Mohamed Fouad Barrada : Généralement, pour accorder du crédit, il faut des hypothèques ou une garantie. Et, on a un problème de chômage. Les employés de la fonction publique ne dépassent pas quarante mille (40.000) y compris les contractuels. Les banques accordent du crédit à ceux qui ont un salaire par exemple de plus de trente mille ouguiyas (30.000 UM) en vous accordant un prêt allant d’1 million à 2 millions d’ouguiyas. Le taux d’intérêt est très élevé en Mauritanie. Ce n’est pas comme dans les autres pays où il varie entre 1 et 3%. 

Le système bancaire des autres pays consiste à créer de la consommation en vous donnant par exemple du crédit sans garantie. Mais, une fois que tu ne rembourses pas, vous êtes considéré parmi les clients à risque. A cause de l’engouement et de la recherche du crédit, on pousse les gens à prendre du crédit rapidement.  Il arrive aussi que les gens n’arrivent pas à rembourser.

Dans notre système bancaire, ce n’est pas le cas : il n’y pas de crédit ni une société de consommation. On donne des crédits à des gens vraiment solvables. Ou sinon, on donne des crédits à des groupes. Les banques essaient d’assurer les devises pour les commerçants. A la fois, il y a des commerçants et des banquiers. La meilleure solution, c’est qu’on essaie de spécifier l’activité bancaire en dehors de l’activité commerciale. Le banquier doit servir le pays puisque la banque a une vocation sociale. Une banque doit créer de l’emploi et assurer donc le développement du pays en ouvrant partout des guichets.

Dans cet aspect, il y a une expérience très importante, c’est celle du capital-risque en Mauritanie qui peut aider la lutte contre le chômage. Ceci a poussé les américains à développer les nouvelles technologies. Une banque peut accompagner un chômeur, un employeur en lui accordant un prêt et en rentrant dans le capital de son entreprise. Tout ceci nécessite une étude de faisabilité solide qui permettra de donner une idée à celui qui cherche du prêt pour son entreprise. La banque peut accompagner le pourvoyeur d’essai pendant 5 ans.

Le Rénovateur Quotidien : Pour le cas de la Mauritanie, spécifiquement, y a-t-il des signes qui montrent que notre pays n’a pas été épargné par la crise financière internationale ?

Mohamed Fouad Barrada : Du point de vue direct, on ne peut pas être touché. Mais par contre, dans certains secteurs d’activité comme le tourisme, on peut être touché. Si les occidentaux sont frappés par le phénomène de la récession mondiale, il n’y aura pas d’affluence touristique. Un autre domaine, celui du chômage qui entraîne la diminution du PIB.

L’économie du monde ne peut pas marcher sans les parties prenantes à savoir les puissances économiques. S’il y a une chute de devise, cela peut entraîner une répercussion sur notre économie puisqu’il y a ce qu’on appelle le panier d’échanges dans la banque centrale. Si cette devise chute, il y aura des répercussions sur notre PIB. S’il y a une chute de 30% du dollar et notre transaction est d’1 dollar, notre devise va chuter de 30%. Cela peut entraîner même une diminution sur notre PIB. A long terme, cela peut nous toucher.

Le Rénovateur Quotidien : Peut-on donc en déduire que les fondements de notre système bancaire sont solides ?

Mohamed Fouad Barrada : Du point de vue garantie, il n’est pas comparable au système flexible américain. Les américains font ce qu’on appelle une déréglementation abusive depuis les années 90. On ne cherchait pas à mettre des limites à l’action économique ou commerciale. C’est pour cela qu’on accorde des crédits sans vraiment contrôler le risque par client. Notre système n’est pas le même puisque ce n’est pas un système de consommation de base.

Ensuite, on ne donne pas de crédit. Mais, il y aura des répercussions par exemple au niveau des produits alimentaires et de la devise s’il y a une chute de la valeur de la devise, de la capitalisation bancaire au niveau locale. En plus, on a des implantations de banques étrangères. Et notre système ne contribue pas vraiment au développement du pays sauf l’initiative des caisses d’épargne. S’il n’y a pas une vigilance de la part de nos décideurs en essayant de contrôler  notre système bancaire, il peut s’écrouler.

Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye

( 28 novembre, 2008 )

Rafa Athie: Un grand généalogiste au crépuscule de sa gloire !

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C’est un monument de la musique traditionnelle mauritanienne. Et on l’avait presque oublié et enterré. «A vous la scène ! » de Lamine Kane du 18 novembre 2008 au Centre Culturel de Nouakchott l’a ressuscité. Sa génération a, certes, fait ses beaux jours mais ce n’est pas une raison de l’enterrer à jamais dans les profondeurs de l’oubli. Pour autant, il demeure toujours un grand maître et un parolier de la musique traditionnelle mauritanienne.

A Kaédi, dont il est originaire, il est adulé. C’est un grand maître dans l’art de raconter des histoires populaires. C’est un digne successeur des illustres conteurs des grandes épopées africaines. Il sait composer des poèmes à toute occasion. Mais, il reste surtout, un grand généalogiste.

Son parcours est atypique, à la différence de la plupart de ses grands noms de la musique mauritanienne que le temps a rangés dans les tiroirs de l’histoire, du temps perdu. Aujourd’hui, on fait comme s’ils n’ont jamais été, à un moment donné de leur vie, les représentants de la culture mauritanienne à l’étranger.

Est-ce une raison de les enfoncer à jamais dans l’indifférence, l’insouciance et le désintéressement, comme si de rien était. N’est-il pas temps que les pouvoirs publics réhabilitent aussi ceux qui ont fait la gloire et les beaux jours de la musique mauritanienne qui a toujours besoin d’eux pour demeurer ce qu’elle a toujours été pure ? C’est aussi un devoir de mémoire, par respect à leurs contributions au développement de la musique mauritanienne.

Rafa Athié est très peu connu aujourd’hui de la jeunesse mauritanienne. C’est en 1962 qu’il se lance dans l’aventure musicale. Depuis cette date et jusqu’à nos jours, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Les mentalités ont énormément évolué, tout comme l’environnement musical. Baroudeur dans l’âme, il quitte sa ville natale, Kaédi, en destination de la capitale sénégalaise, Dakar qui fut à cette époque un grand carrefour d’échanges culturels et artistiques. Ceci grâce à l’impulsion de Léopold Sédar Senghor, un grand homme de lettres et de culture.

Il vécut presque 15 ans dans la capitale sénégalaise. Avec feu Samba Diyé Sall, il forme un duo inséparable et voyage un peu partout dans la sous-région : Mali, Guinée Conakry et Côte d’Ivoire.

Les réprobations et les récriminations de ses parents ne sont jamais parvenues à bout de sa nouvelle passion : devenir artiste-musicien ! Il dut faire face aux tares et préjugés qu’on collait souvent au musicien qui était mal vu dans une époque et une société fortement marquées par le conservatisme. Il finit par prouver qu’avec la musique, on pouvait vivre heureux. Même si, à cette époque, un musicien ne pouvait pas rêver de circuler à bord d’un véhicule rutilant !

Revenu en Mauritanie, après avoir passé à Dakar plus de 15 ans, il travaille à la Sonader de Kaédi et à l’Hôpital National de Nouakchott où il sera garçon de salles jusqu’à sa retraite.

Aujourd’hui, il ne regrette rien de sa carrière musicale. Tout ce qu’il demande, c’est la reconnaissance de la part des pouvoirs publics et notamment le retour de l’ascenseur de la part de ceux avec qui il a cheminé durant de longues années. Autrement dit, rendre à César ce qui lui appartient !

A Kaédi, les hommes politiques, de toutes obédiences, se l’arrachaient comme une pierre précieuse à l’approche des élections. Pour autant, il ne militait dans aucune formation politique. Presque tous les gros bonnets du pays et plus particulièrement ceux de sa ville natale ont sollicité sa voix et profité de sa célébrité.

Durant de longues années, il a côtoyé les grandes personnalités politiques de Kaédi : Youssouf Koita (ancien maire de Kaédi et ancien Président de l’Assemblée Nationale), Abdel Aziz Bocar Bâ (ancien fédéral et ancien directeur de la défunte Air Mauritanie)… Rares sont les hommes politiques de Kaédi avec qui il n’a pas partagé ses intimités autour du thé, d’une discussion, d’un repas.

Tout ce temps se conjugue maintenant au passé. A certains d’entre eux, il ne cache pas sa déception et son remords car ils se sont vulgairement débarrassés de lui comme d’une serpillière en coupant toute relation. Hélas, c’est le sort aussi des musiciens !

Derrière cet homme dépité se cache aussi un homme heureux. Polygame et père d’une vingtaine d’enfants, Rafa Athié est d’un patriotisme débordant. Ce qu’aucun mauritanien n’est parvenu à faire, il l’a réussi : faire rire Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya à l’occasion d’un de ses voyages à Kaédi. D’aucuns s’interrogent encore sur le moyen d’y parvenir.

Cet exploit est encore vivace dans la mémoire des Kaédiens. Tellement que Maaouiya l’a apprécié ce jour-là qu’il lui a remis sa carte de visite. Mais Rafa Athié n’aura jamais le privilège de mettre les pieds à la Présidence de la République pour le rencontrer car les services de sécurité l’ont éconduit.

Ce qui se passe présentement dans notre pays ne le laisse passe indifférent. Il clame à qui veut l’entendre son attachement aux valeurs et principes du mouvement de rectification du 6 août 2008 du Haut Conseil d’Etat dirigé par Mohamed Ould Abdel Aziz. Il ne s’en dérobe pas pour la bonne et simple raison que le général a fait sortir la Mauritanie d’une situation catastrophique.

Lorsque les évènements de 1989 éclatèrent, il se trouvait à Kaédi. On lui fera avaler toutes sortes de couleuvres. Brimades, brutalités, supplices, jaguar, privations de libertés… Toutes ces épreuves inhumaines n’ont pas ramolli ce septuagénaire toujours débordant de vigueur qui continue à égayer son public.

Son seul rêve : voir les différentes communautés du pays vivre dans la paix, l’amour et la fraternité en essayant de transcender leurs divergences et leurs contradictions pour que la Mauritanie puisse progresser !

Par Babacar Baye Ndiaye 

( 7 décembre, 2008 )

Coup d’Etat du 6 août: Couly Man dit non et appelle Aziz à rendre le tablier

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Qui aurait pensé que nos rappeurs avaient perdu leur réputation : celle de dénoncer. Détrompez-vous ! Après «Ewlad Leblad » qui vient de chanter un morceau contre le coup d’Etat du 6 août, c’est au tour de Couly Man, par ailleurs médiateur du groupe de rap « La Rue Publik » de monter au créneau, en exigeant de Mohamed Ould Abdel Aziz de quitter le pouvoir.  S’exprimant sur la situation actuelle du pays qui se trouve divisé en pro-Sidi et pro-Aziz, il n’a pas caché ses craintes de voir la Mauritanie basculer dans une situation sociale et politique dramatique. D’où son appel à toutes les parties afin de trouver les solutions à cette crise. 

Toutefois, il a fait savoir son ras-le-bol de la permanence des coups d’Etat en Mauritanie. Et, pour lui, celui que vient de se faire, contre toute attente, après une transition démocratique citée en exemple à travers le monde notamment arabe et africain, Mohamed Ould Abdel Aziz doit sonner le glas d’une époque révolue. «On en a marre que les militaires prennent les destinées de notre pays », s’insurge-t-il.  

Pour lui, au nom de la démocratie, les militaires n’ont pas le droit de s’ingérer dans la vie politique du pays, a fortiori prétendre diriger
la Mauritanie. Cette tâche, rappelle-t-il, incombe aux hommes politiques.
 

Il estime que le coup d’Etat du 6 août 2008 n’est pas la manière appropriée de sanctionner un Président de la République qui a été élu démocratiquement par la majorité du peuple mauritanien. Il y a des voies légales par lesquelles on doit passer pour ce faire, a-t-il rappelé. 

Il est temps, a-t-il laissé entendre, qu’on cesse de plonger la Mauritanie dans des situations pareilles qui inquiètent plus qu’elles ne rassurent. Et, sur le plan médiatique, il a fustigé l’attitude des médias publics qu’il considère comme étant un excès de zèle. «A l’échelle internationale, la Mauritanie n’est plus considérée ! C’est comme si on était rayé de la carte », se désole-t-il. 

Partant de ce constat consécutif au coup d’Etat du 6 août 2008, Couly Man a appelé le général Mohamed Ould Abdel Aziz à remettre le pouvoir à Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi afin qu’il termine son mandat de 5 ans et surtout afin d’épargner à la Mauritanie les foudres de la Communauté Internationale. 

Pour autant, cet appel, selon lui, ne signifie pas un soutien à Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qu’il n’a pas ménagé non plus dans ses critiques. Mais, pour lui, l’essentiel est qu’on sauve la Mauritanie de l’impasse et qu’on en finisse avec les coups d’Etat. 

Il a plaidé, dans sa sortie, pour plus de liberté d’expression et de presse. Dans son réquisitoire, il n’a pas raté les parlementaires ayant soutenu le coup d’Etat du 6 août 2008. «C’est honteux », trouve-t-il. Occasion pour lui d’appeler le peuple mauritanien à les sanctionner aux prochaines élections législatives.  

Déçu par l’attitude des parlementaires ayant soutenu Abdel Aziz qui a refusé de se plier à la décision de l’institution présidentielle, Couly Man n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. Pour lui, ce n’est plus le temps d’accepter de laisser les militaires mener le pays comme ils l’entendent. «Quiconque n’est pas là pour le peuple, celui-ci ne sera pas là pour lui non plus», rappelle-t-il. 

A l’avis de Couly Man, Aziz n’a aucune expérience pour diriger la Mauritanie. Son rôle, dit-il, c’est de rester dans les casernes et d’exécuter les ordres du Président de la République qui est par ailleurs chef des armées. Autant de raisons qui doivent le pousser à rendre le tablier. 

Et, comme la majorité des mauritaniens, il se pose la question suivante : quand est-ce qu’Aziz va quitter le pouvoir ou organiser des élections présidentielles ?

Par Babacar Baye Ndiaye 

( 27 février, 2009 )

Thierno Athié : Du rêve à la caresse de la guitare !!!

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Il chante en poular avec des messages limpides et est si calme qu’on le croirait presque timide. Il évolue, depuis quelques années, en solo. Ça ne l’empêche pas pour autant d’accompagner régulièrement l’orchestre de la famille, « Les frères Athié ». De donner un coup de main à certains artistes de la place ou de venir chanter à certains spectacles. Grandi à Kaédi sur les rives du fleuve Sénégal, sous l’ombre de son grand-père, Thierno (« marabout » en poular, ndlr) Athié a commencé à gratouiller la guitare à l’âge de 14-15 ans. Grâce à ses deux frères, Vieux (bassiste) et Alpha (soliste), il s’initie vite à la guitare. Ce fut une véritable révélation !

Sa musique, à la fois authentique et savoureuse, reflète ses racines poular. Gardien d’une tradition musicale, parolière et historique, Thierno Athié joue aussi bien du reggae que du rock.  « Mais, je préfère jouer quelque chose qui provient au fond de moi », révèle-t-il. La musique qu’il joue- l’acoustique- est une musique encore nouvelle dans l’oreille des mauritaniens. Alors que dans d’autres pays, c’est presque à la mode.

Populariser l’acoustique en Mauritanie 

La musique acoustique n’est pas encore bien ancrée en Mauritanie. Thierno Athié est actuellement un des rares musiciens qui la promeut, mais avec toutes les peines du monde. Aujourd’hui, son seul souci : c’est d’imposer ce genre musical au pays d’un million de poètes. En Mauritanie, rien ne s’obtient gratuitement et en plus… »J’ai les ailes mouillées », avoue-t-il comme pour dire qu’il ne suffit pas d’être volontariste.

De Kaédi- véritable carrefour musical-, où il a passé une bonne partie de son adolescence, il rapporta des notes musicales exotiques. Cette période va germer dans son esprit l’envie de devenir un jour un musicien, un grand guitariste. C’est à partir de là qu’il a commencé à s’attacher à la musique- l’acoustique- que jouaient, tous les après-midi, chez eux,  les amis de ses oncles, autour du thé. Depuis, il ne s’est plus éloigné de la musique ! La plupart de ses chansons, à la fois personnelles et spirituelles, sont empreintes de nostalgie, du temps qui passe sans que l’on s’en aperçoit. Nombre d’entre elles ont été composées à l’extérieur, durant son aventure.

Sa musique lui sert de piquet pour percer les barrières sociales. Thierno Athié a très tôt connu l’expatriation. Après l’obtention de son baccalauréat, le voici successivement aux Emirats Arabes Unis, en Arabie Saoudite, au Tchad, en Lybie, en Espagne, en Tunisie… Rattrapé par le virus de la musique, il revient au pays dans l’espoir, cette fois-ci, de faire triompher la musique acoustique en Mauritanie. Il ne perd pas de vue qu’il ne devra son salut qu’à lui-même, en attendant que le jour se lève…

Aujourd’hui, sa seule ambition est de populariser sa musique en Mauritanie. Il n’est pas pressé de sortir son premier opus. A 31 ans, Thierno Athié ambitionne d’exporter sa musique. Aussi, il ne voudrait pas manquer la première occasion qui s’offrirait à lui. Parallèlement à la musique, il poursuit ses études. « Néanmoins, je reste musicien », souligne-t-il.  

Prouver son talent 

Thierno Athié est un fan de Baba Maal qu’il écoute depuis son adolescence. Tout au long de sa vie aussi, il s’est inspiré de Bob Marley, d’Alpha Blondy et de Dire Straits. Il puise souvent dans leur répertoire pour développer son sens musical. Jamais, dans ses morceaux, il n’offusque ou s’affiche. « Je ne parle pas de ce qui ne me concerne pas », précise-t-il. Il préfère surtout porter un regard pénétrant sur la vie de manière brossée en abordant des thèmes conformes à l’air du temps. « Il y a des gens qui sont prêts à trahir une personne à cause de l’argent, tuer une personne à cause de l’argent… », explique-t-il. En plus d’être musicien, il devra montrer qu’il a de la moelle dans l’os.

Déçu par la classe dirigeante du pays et agacé par le sort réservé aux artistes mauritaniens, Thierno Athié est frustré de voir les artistes abandonnés à leur sort. « On ne fait rien pour eux. On ne les aide pas. Encore moins les motiver », se désole-t-il.

Il fait partie de ces rares musiciens qu’on voit rarement. De ce fait, ses sorties sont peu fréquentes à cause de ses études… Le peu de temps qu’il dispose, il le consacre aux répétions et à l’écriture de ses chansons.

Parallèlement aux difficultés qu’il rencontre dans la musique, il doit faire face aussi aux réticences de sa mère. « Elle refuse que je joue de la musique », affirme-t-il. Ce qui n’est pas le cas avec son père. « Lui, il n’a pas de problème. Il me comprend. Il est formidable », confie-t-il.

Descendant de Souleymane Baal –celui-ci dirigea le renversement du dernier satigui Souley Ndiaye Togosso-, il doit aussi faire face à certains stéréotypes du fait de ses origines Torodo. Mais, à ceux qui voudraient le claquemurer dans des idées préfabriquées, il lance : « Le fait d’être le petit-fils d’un grand marabout religieux ne veut rien dire pour moi car la musique est un don de Dieu ».

Même issu de famille maraboutique, sa carrière musicale ne sera pas de tout repos lui qui a tronqué son chapelet à une guitare devra se montrer à la hauteur de ce qui l’attend, des attentes du public. Pour ce faire, il devra se battre d’abord contre certaines idées féodales fortement ancrées dans les mentalités des mauritaniens et qui voudraient maintenir les hommes dans une stratification sociale en hautes et basses classes, fruit d’idées préconçues et séculaires.

A tort, on cantonne les artistes facilement aux rôles de laudateurs. « Je ne joue pas pour demander ni pour me faire de l’argent. Je veux montrer ce que j’ai. Je veux vraiment prouver ce que je vaux, ce que Dieu m’a donné, ce que je peux offrir aux spectateurs et au public », explique-t-il.

Babacar Baye Ndiaye 

( 27 février, 2009 )

Claudy Siar: »Les choses changeront pour les artistes mauritaniens à condition qu’il y ait une volonté très forte de changement »

Tout Nouakchott attendait depuis très longtemps l’arrivée de Claude Siar, animateur sur Radio France Internationale (Rfi) de l’émission « Couleurs Tropicales ». Cette venue n’a été possible que grâce à Philippe Debrion, directeur du Centre Culturel Français Antoine Saint-Exupéry de Nouakchott, qui s’est personnellement investi pour le faire venir à Nouakchott pour la première fois en Mauritanie. Pendant deux jours (13 et 14 février 2009), Claudy Siar et son équipe ont campé le décor au Ccf pour y enregistrer l’émission « Couleurs Tropicales » qui sera diffusée en début de cette semaine sur Rfi. Sa venue n’a pas pour autant manqué de susciter des lueurs d’espoir dans le cœur des artistes mauritaniens.  » Nous ne pouvons pas changer la réalité de la musique mauritanienne « , prévient Claude Siar. Durant son séjour à Nouakchott, le Rénovateur Quotidien en a profité pour le rencontrer.

————Entretien réalisé par Babacar Baye Ndiaye  

Le Rénovateur Quotidien : Couleurs Tropicales, l’émission que vous animez sur Rfi, existe depuis presque 15 ans. Vous vous êtes rendu dans tous les pays francophones d’Afrique sauf la Mauritanie. Pourquoi ce boycott, cette absence ? 

Claudy Siar : Non, les termes sont très forts ! Il n’y a pas eu de boycott ni d’absence. Maintenant, on ne peut plus dire que je ne me suis pas rendu à Nouakchott. C’est vrai qu’il y a toujours eu un souci. Notre ancien correspondant à Nouakchott, Aziz Guissé, voulait vraiment que l’on vienne. Mais, à chaque fois, il y avait des problèmes politiques. Finalement, on ne pouvait pas venir. 

Le directeur du Ccf, Philippe Debrion, a tout fait pour que « Couleurs tropicales » soit enregistrées à Nouakchott. Il y avait déjà eu un report. Maintenant, Ce n’est pas le cas ! C’est un bonheur pour nous d’être en Mauritanie. C’est un rêve qui se réalise et puis c’est notre mission : être en Mauritanie pour recevoir les artistes, faire entendre au monde ce qu’est la réalité des artistes mauritaniens et donner le parfum des musiques mauritaniennes aux auditeurs de Rfi. 

Le Rénovateur Quotidien : Certainement, vous avez entendu les artistes mauritaniens se plaindre du manque de soutien, de structures, de production, de visibilité internationale…Dans ce sens, allez-vous contribuer, ne serait-ce que symboliquement, à l’évolution de la musique mauritanienne ? 

Claudy Siar : Je vais être très clair ! Nous ne pouvons pas changer la réalité de la musique mauritanienne sauf peut-être ce que l’on peut dire, les échanges que l’on peut avoir avec les uns et les autres, les artistes qu’on aura rencontrés et que l’un d’entre eux ou plusieurs pourront avoir, grâce à nous, l’opportunité de trouver une maison de disques probablement. 

Mais, on ne peut pas changer la réalité parce qu’elle est ce qu’elle est, à cause des problèmes d’infrastructures, du manque de professionnalisme de certains, à cause aussi peut-être du ministère de la Culture qui n’a pas encore suffisamment entendu les plaintes de tous les créateurs, de tous les artistes pas seulement ceux qui font de la musique mais ceux qui également sont plasticiens, cinéastes, comédiens et autres. 

Je pense que il serait prétentieux de penser qu’on puisse changer les choses. Notre présence à Nouakchott peut donner un peu d’énergie à certains, aux artistes pour mieux comprendre leur métier, du fait qu’on les a mis en lumière durant le temps de la présence de « Couleurs Tropicales » à Nouakchott en prenant conscience, malgré leurs petits moyens, de ce qu’ils peuvent faire… 

Le Rénovateur Quotidien : Pour vous donc, les artistes mauritaniens ne doivent pas tout attendre de vous ? 

Claudy Siar : Non ! Evidemment que non ! Ce serait prétentieux de penser que je puisse apporter la vérité aux autres. En plus, je ne connais pas complètement les réalités que vivent les artistes mauritaniens. Ils savent mieux que moi ce qui ne va pas et n’ont pas besoin de moi pour le savoir. Le fait qu’on soit là, d’enregistrer l’émission « Couleurs Tropicales » en public avec autant de monde, c’est juste un coup de pouce. 

J’aime comparer ce que nous faisons à Nouakchott avec ce fabuleux espoir que nous a donné Barack Obama par son élection. Il ne va pas venir changer la réalité des gens. Mais, le fait qu’il ait été élu nous donne une énergie supplémentaire, nous booste dans nos espoirs, dans notre volonté légitime de changer les choses. Et, c’est ce que, nous, à notre modeste niveau, pensons pouvoir faire en Mauritanie. 

Le Rénovateur Quotidien : Dans un pays comme la Mauritanie où le retard musical est énorme, que faut-il faire pour qu’il y ait un véritable déclic ? 

Claudy Siar : Cela dépend de tellement de choses. Je pense aussi que c’est être là au moment où il faut rencontrer les gens. Il y a des détonateurs parfois. Comme par exemple lorsqu’un peuple en a assez avec la réalité qui perdure, lorsqu’un milieu artistique se dit : « Ecoutez, on en a marre ! Ça suffit, il faut faire quelque ! » Je crois aux synergies et au moment dans la vie où l’on peut faire des choses. Il y a aussi des moments où ce n’est pas le moment. On a parfois raison d’avoir raison très tôt. Il y a un temps pour tout ! 

Je vais vous citer une phrase d’Abraham Lincoln qui disait : « On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps ». Alors, il y a un moment donné où les choses vont changer. Les choses changeront aussi pour les artistes mauritaniens. Mais, les clefs sont entre les mains des uns et des autres. Il faut qu’il y ait une volonté très forte de changement. 

Le Rénovateur Quotidien : N’avez-vous pas peur de décevoir les mauritaniens qui croient en vous et qui pensent que vous pouvez changer les choses d’un coup de baguette magique ? 

Claudy Siar : Evidemment ! C’est pour cela qu’il faut être honnête et ne pas laisser croire aux gens qu’on va changer leur vie. Mais, en revanche, le fait d’être là, encore une fois je le répète, le fait de se parler, de dire que c’est possible est important…Mais, les clefs, ce sont les mauritaniens qui l’ont. Moi, je vous apporte juste de l’énergie, quelques façons de faire, vous montrer la piste à prendre… Malheureusement, c’est tout ce que je peux faire ! 

Le Rénovateur Quotidien : Couleurs Tropicales est devenu un baromètre de la musique africaine. Aujourd’hui, quelle lecture en faites-vous ? 

Claudy Siar : Pour moi, il n’y a pas une musique africaine mais des musiques africaines. C’est très important ! Evidemment que nos musiques évoluent. Ce qu’il y avait dans les années 1980 ne ressemble plus à ce qu’il y a aujourd’hui. Puis, le fait que nos musiques populaires soient toujours aussi populaires auprès des peuples signifie qu’elles évoluent, qu’elles correspondent au quotidien des gens. 

D’un autre côté, il y a de plus en plus de difficultés pour les artistes d’Afrique à trouver des maisons de disques à l’international, à vivre décemment de leurs œuvres. Le piratage et autres contrefaçons sévissent de plus belle. Alors, c’est très compliqué. Dans le même temps, les artistes n’ont jamais aussi bien créé. Ils n’ont jamais été aussi proches du peuple. Qu’il s’agisse des artistes qui font de la musique traditionnelle comme par exemple en Mauritanie ou du couper-décaler en Côte d’Ivoire… 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’il n’y a pas aussi une volonté délibérée de tuer toutes ces musiques africaines-là au niveau de l’industrie musicale mondiale ? 

Claudy Siar : De toute façon, l’industrie du disque veut toujours tuer les « industries indépendantes ». Aujourd’hui, les majors compagnies cherchent à investir ou à s’approprier ce qu’on appelle les « musiques de niche » qui sont des musiques destinées à des couches très spécifiques qui génèrent de l’argent. Lorsqu’elles n’arrivent pas à obtenir ce marché-là, elles peuvent trouver toutes sortes de biais pour occuper le terrain. Là, on est plus dans une guerre économique. C’est comme par exemple une compagnie aérienne. À un moment donné, il y a de l’agressivité dans sa politique commerciale pour gagner de plus en plus de marché quitte à faire du mal aux compagnies locales ou aériennes.   

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous toujours eu à l’esprit que l’animateur, parallèlement à son rôle de faire plaisir, devait aussi avoir un rôle beaucoup plus engagé sur certains sujets comme par exemple politiques, sociaux… ? 

Claudy Siar : Je pense qu’aujourd’hui, au regard de la situation de l’Afrique, dans ce drôle de bain de l’occidentalisation dans lequel l’Afrique a été plongée, qu’il est important que chacun d’entre nous soit militant. Le président Tabo M’Béki disait en 1998 qu’un véritable africain est un combattant, un militant pour son continent. Je pense qu’on ne peut pas être autre chose sinon ce serait être complice de ceux qui commettent des crimes contre l’Afrique qui ne sont d’autre que les grandes instances dites internationales (Banque mondiale, Fmi, Onu….), des instances nées pour asseoir le pouvoir de l’Occident sur les pays dits du tiers-monde. 

Sur l’Afrique, l’évidence est là : elle est devant nos yeux. L’Afrique est quand même un continent où des religions sont venues avec les conquêtes, l’esclavage, la colonisation, donc, des religions qui ne sont pas les nôtres et que nous avons adoptées. L’Afrique est abreuvée de toutes les cultures occidentales qui oppressent ses propres cultures. L’Afrique est un continent, dans une partie en tout cas, où l’on donne aux enfants des prénoms occidentaux et l’on oublie les prénoms ancestraux. 

L’Afrique est un continent où bon nombre de nos femmes ne voient leur beauté qu’à travers les canons de beauté occidentaux (dépigmentation, tissage…). L’Afrique subit une agression d’une extrême violence et ses enfants ne comprennent pas qu’ils doivent la sauver en œuvrant dans le domaine qui est le leur. Quel que soit le niveau où l’on se situe, il est important de s’engager pour l’Afrique parce que chaque jour, des êtres humains, qu’ils soient d’Afrique ou pas, lui arrachent l’écorce de sa dignité, l’écorce de sa vérité, l’écorce de son humanité. Chaque jour, on arrache l’écorce de l’arbre de l’Afrique. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’aujourd’hui vous vous sentez redevable au continent africain, d’où ce discours que vous tenez ? 

Claudy Siar : Je ne suis pas redevable ! C’est tout simplement parce que c’est mon continent, c’est l’histoire de mon peuple. Je suis né au sein d’un peuple qui est né dans les fers de l’esclavage : ce sont les africains des Caraïbes, de la Guadeloupe pour être précis. Le socle de notre identité, c’est l’Afrique. Après, il y a par-dessus tout cela, de l’indianité, de l’européanité…. 

Lorsqu’on voit que notre continent est dans un tel état, lorsque moi je vois que mon continent est dans un tel état, est-ce-que je dois faire comme si de rien n’était parce que je vis en Europe ? Je serais complice d’un crime contre l’Afrique si je ne fais rien. Les prénoms (Keyla et Nidiaye) de mes enfants sont des références à l’Afrique. Moi, je ne veux pas oublier ! 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes le créateur du concept « Génération Consciente ». A partir de quoi, ce concept a germé ? 

Claudy Siar : C’est un état d’esprit ! Quel que soit notre milieu social ou notre âge, on doit pouvoir être conscient de la société dans laquelle on vit, de ses fonctionnements, de ses tares et de ceux qui en veulent à cette société-là. Lorsqu’on est conscient de ça et lorsque dans sa vie on fait quelque chose pour essayer de changer les choses, on appartient à cette « Génération Consciente » qui est une communauté de penser et d’action. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes connu aussi pour vos positions très courageuses voire déplaisantes. Ne vous arrive-t-il pas d’éprouver des craintes pour votre carrière, votre avenir, votre personne ? 

Claudy Siar : Ma carrière a reçu beaucoup de coups à cause de mes engagements. Cela ne m’a jamais empêché de vivre de mon métier puisque j’ai toujours fait beaucoup de choses pour que l’autre comprenne que même s’il me prive de boulot, je pourrais continuer de vivre. Souvent, on vous tient par le côté économique de la chose. On veut vous montrer que si tu ne te tais pas tu vas perdre ton gagne-pain, tu ne pourras plus élever tes enfants. Avec moi, ça ne marche pas. 

J’ai toujours compris que je devrai montrer à l’autre que je suis indépendant pour continuer à pouvoir dire ce que je dois dire. Evidemment, ça me coûte très cher même au sein de Rfi. Ce n’est pas simple d’avoir un discours comme le mien et d’être accepté par ses supérieurs. C’est peut-être aussi pour cela que je voulais avoir ma propre radio qui existe depuis un an et demi. Alors, ça crée des jalousies chez certains de mes collègues. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous assumez le fait d’être une personne engagée quel qu’en soit le prix à payer ? 

Claudy Siar : Ah, oui ! Mais, je ne me considère pas comme une personne engagée. Je me définis juste comme quelqu’un qui est conscient du monde dans lequel il vit. Alors, j’ai deux choix : ou je fais comme si je ne voyais rien. Là, c’est terrible, je vais mourir mal avec des aigreurs d’estomac. Ou alors, je me dis, c’est la réalité dans laquelle je vis et je dois faire quelque chose pour changer cette réalité afin que mes enfants n’aient pas besoin de mener les combats que je mène dans l’espoir que les générations futures aient peut-être un monde meilleur. 

C’est complètement utopique, fou d’ailleurs ! Mais je me dis que d’autres avant moi, des anonymes, ont donné leur vie, leur temps, leur énergie pour que des choses changent. Je pense à tous les anonymes durant l’apartheid qui se sont fait torturer dont l’histoire n’aura jamais retenu les noms. Je pense que durant la colonisation, il y a des gens qui se sont battus et qui sont morts dont l’histoire ne retiendra jamais le nom. 

Le Rénovateur Quotidien : Justement au sujet de monde meilleur, quel regard avez-vous de l’émigration clandestine des jeunes africains vers l’Europe ? 

Claudy Siar : Je réfute la terminologie « émigration clandestine ». Il n’y a que des êtres humains ayant connu le colonialisme et le néocolonialisme qui veulent aller chercher ailleurs une vie meilleure parce que les systèmes politiques sont incapables de trouver les bons mécanismes pour subvenir à leurs besoins. Pour moi, donc, il n’y a rien de clandestin. Il ne faut jamais oublier que des européens, après des conquêtes, sont partis aux quatre coins du monde, ont pris la terre des Aborigènes d’Australie, celle des Maoris en Nouvelle-Zélande, des peuples amérindiens d’Amérique du Sud, du Nord, des Caraïbes. Ils ont souvent exterminé des peuples pour leur prendre leurs terres. Comment se fait-il qu’aujourd’hui on dénie le droit aux africains d’aller aussi chercher ailleurs une terre plus prospère ? Donc, pour moi, il n’y a pas d’émigration clandestine! 

( 27 février, 2009 )

SICA 2008:Diddal Jalaal s’illustre par sa particularité musicale

Il est des évènements qui donnent des coups de pouce aux groupes musicaux. C’est le cas des Stars de l’Intégration Culturelle Africaine (SICA). Cette manifestation musicale qui s’est déroulée du 17 au 23 novembre 2008 dans la capitale béninoise, Cotonou, a réuni 17 artistes africains venus de différents pays du continent. La Mauritanie y a été représentée par le groupe musical «Diddal Jalaal » qui s’est illustré par sa particularité musicale. 

Pour une première participation, le groupe musical «Diddal Jalaal» a merveilleusement marqué les esprits des béninois. D’ailleurs, la presse béninoise a largement couvert la participation de «Diddal Jalaal». Cerise sur le gâteau, le consul honoraire de Mauritanie est venu leur rendre visite. 

En outre, les organisateurs des SICA ont remis à Bâ Djibril Ngawa, le manager du groupe, une procuration lui permettant d’organiser en Mauritanie un concours musical qui permettra au gagnant de participer aux SICA de 2009. «Cela ouvre de nouveaux horizons pour la musique mauritanienne», explique-t-il. 

Ceci est d’autant plus vrai que les SICA sont un évènement continental très médiatisé par Tv5, Rfi, Canal Horizons, Cfi…D’ailleurs, en marge des SICA, Tv5 a réalisé un reportage spécial sur le groupe qui va sortir au courant du mois de janvier 2009. 

La participation de «Diddal Jalaal» aux SICA de 2008 qui va donner un coup d’accélérateur à la carrière musicale de ce groupe est une preuve de maturité, une reconnaissance internationale qui vient s’ajouter à leurs efforts de sensibilisation contre le tabac, le Sida, le déboisement…en Mauritanie. 

L’engagement du groupe musical «Diddal Jalaal» dans le domaine social est réel. Depuis plus de dix ans, ce groupe mène des campagnes de sensibilisation. D’ailleurs, le groupe a reçu, dans le cadre de ses tournées de sensibilisation, en collaboration avec des Ongs locales, des attestations de reconnaissance et de félicitation de la part des centres de santé et des mairies. Chaque année, «Diddal Jalaal» fait plus de 200 concerts dans le monde rural entre l’Assaba et le Guidimakha. 

L’association musicale Jalaal veut renforcer ses actions de sensibilisation partout à travers la Mauritanie. Dans cette association, la musique est au service du développement. C’est une mission à laquelle s’est toujours investi cette association qui dispose d’un siège et reconnu par l’Etat mauritanien. 

Ici, la musique ne prend pas le dessus sur le volet développement qui est la seconde casquette de l’association musicale Jalaal qui regroupe en son sein plus d’une vingtaine de personnes. Mieux encore, l’association musicale Jalaal veut explorer un nouveau créneau : descendre sur le terrain comme le font les Ongs qui se sont toujours sucré sur leur dos. «Je les rends crédibles sur le terrain et moi je suis dans l’ombre», affirme le manager du groupe musical «Diddal Jalaal», Bâ Djibril. 

Diddal Jalaal a un répertoire de chansons très riche qui traite de la santé, de l’environnement, de l’écologie, du Sida, du tabagisme… «Chaque concert de Diddal Jalaal, c’est de la sensibilisation », dit Bâ Djibril. «Nous croyons vraiment que les musiciens doivent œuvrer pour le développement du pays en utilisant leur musique et leur popularité au service de la société », explique-t-il. 

Quoi de mieux qu’un concert gratuit pour sensibiliser les populations sur certains thèmes humanitaires, didactiques, sanitaires et environnementaux. «Nous utilisons la musique pour faire passer les messages. C’est plus facile et plus efficace », affirme Bâ Djibril. 

Au courant de l’année 2009, le groupe musical «Diddal Jalaal» compte organiser une grande tournée nationale qui va concerner les wilayas du Gorgol, du Brakna, du Guidimakha et de l’Assaba sur la protection de l’environnement et surtout sur la tuberculose qui tue des centaines de personnes en Mauritanie par année. 

Le groupe musical «Diddal Jalaal» ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Leur participation aux SICA de 2008 semble donner une nouvelle dimension à leur carrière musicale. Le groupe compte mettre à profit la visibilité internationale que leur ont offert les SICA. 

Les Stars de l’Intégration Culturelle Africaine qui restent un évènement musical majeur dans l’agenda culturel et artistique du continent africain, c’est aussi une occasion de donner un coup de pouce à l’émergence d’artistes plasticiens africains. 

Le manager du groupe musical «Diddal Jalaal» n’a pas voulu rater cette occasion unique. A la place des Martyrs de Cotonou, Bâ Djibril a exposé 5 tableaux dont la thématique portait sur le trafic des enfants en Afrique et dans le monde. Ce thème lui est si cher qu’il n’a pas hésité à postuler à l’exposition où il a d’ailleurs fait la connaissance d’un artiste peintre nigérian du nom de Lanké qui l’a beaucoup impressionné. D’ailleurs, ils ont fait une création commune. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 27 février, 2009 )

M. Bassel Torjeman sur le sommet de Doha: »Le monde arabe a joué une mauvaise carte »

A la suite de la décision du gouvernement mauritanien de geler ses relations diplomatiques avec l’Etat d’Israël comme l’a toujours demandé l’opinion publique mauritanienne, M. Bassel Torjeman, conseiller à l’ambassade de l’Etat de Palestine à Nouakchott, a salué cette initiative qu’il a qualifiée de courageuse.

Il a fait cette déclaration ce 17 janvier au cours d’une soirée organisée par des hommes politiques mauritaniens tels que Sidi Mohamed Ould Mohamed Vall, Moustapha Ould Abeiderrahmane, Boïdiel Ould Houmeïd… Cette soirée rentrait dans le cadre des manifestations de soutien à la suite des bombardements de l’armée israélienne qui avaient fini par susciter l’indignation et l’émoi à travers le monde.

M. Bassel Torjeman, tout en appréciant à sa juste valeur cette décision courageuse prise par le gouvernement mauritanien de geler ses relations diplomatiques avec Israël, n’a pas manqué de souligner les coups de foudre que risquerait la Mauritanie de la part des Etats-Unis par exemple déjà hostiles au coup d’Etat du 6 août 2008. « On sait très bien que cette décision prise par le gouvernement mauritanien est une décision très difficile car elle intervient dans un moment très délicat de l’histoire de la Mauritanie. On sait qu’il y a beaucoup de problèmes et on demande à tout le peuple mauritanien de soutenir cette décision de leur gouvernement », a-t-il affirmé.

En outre, il a battu en brèche la position de certains responsables palestiniens ayant participé au sommet de Doha, à Qatar, réservé à la situation qui prévaut dans la bande de Gaza. Il a accusé ces derniers d’avoir adopté une position qui n’allait pas dans le sens des intérêts du peuple palestinien. D’ailleurs, pour lui, le jeu n’en valait pas la chandelle.

Après 22 jours de trêve, Israël a décidé d’observer un cessez-le-feu unilatéral. Mais, du côté du Hamas, on a rejeté une telle décision émanant du cabinet israélien. Pendant ce temps-là aussi, la diplomatie internationale s’active pour trouver une solution à cette guerre entre l’Etat hébreu et le Hamas.

Pour autant, la guerre n’est pas encore finie puisque le Hamas continue à lancer des roquettes en direction d’Israël qui a fait savoir, lui aussi, qu’il répliquerait si le Hamas s’aventurait dans un tel exercice.

Le bilan est lourd. Pendant trois semaines, l’armée israélienne n’a pas cessé de pilonner la bande de Gaza. Conséquences : il y a eu plus de 1.200 morts, des centaines de milliers de blessés et plus de 10.000 maisons complètement détruites. « Le peuple palestinien est en train de payer le prix de cette guerre folle qu’Israël mène », se désole M. Bassel Torjeman. « Il n’y a pas eu aucune réaction pour dire non au massacre contre le peuple palestinien. Le monde entier a fermé les yeux comme si de rien ne se passait », fulmine-t-il en s’interrogeant sur l’expectative des grandes démocraties de la planète.

Au sujet du cessez-le-feu unilatéral décidé par l’Etat hébreu, M. Bassel Torjeman, tout en le qualifiant de « décision très positive » a laissé entendre que c’est un prétexte pour Israël de mieux se préparer. »L’Etat d’Israël, depuis sa création en 1948, a toujours été un Etat agressif », dit-il.

Pour lui, ce n’est pas cette trêve qui va résoudre la situation à Gaza. Ainsi donc, il en appelle à l’Etat hébreu de respecter la résolution de l’ONU de 1860 qui préconise l’arrêt immédiat des massacres dans la bande de Gaza. « La cause palestinienne doit être au-dessus de tous les clivages arabo-arabes », dit-il.

La question palestinienne divise le monde arabe. D’ailleurs, le sommet de Doha s’est terminé en queue de poisson au grand dam des populations palestiniennes. « Le monde arabe a joué une mauvaise carte », regrette M. Bassel Torjeman en réaction à ce qui s’y est passé.

Babacar Baye Ndiaye 

( 27 février, 2009 )

Détenus présumés salafistes : Une grâce présidentielle est-elle possible ?

Mohamed Ould Abdel Aziz, après avoir consacré une avenue à feu Moctar Ould Daddah, puis gelé contre toute attente les relations diplomatiques avec l’Etat d’Israél, va-t-il franchir le Rubicon dans le dossier des détenus présumés salafistes qui sont toujours incarcérés sans jugement ?

Le désespoir ne cesse de grandir de jour en jour dans le cœur des proches des détenus présumés salafistes incriminés dans l’attaque d’Aleg ayant occasionné la mort de 4 touristes français à la veille de Noël de l’année 2007 et autres attaques terroristes.

A ce goût d’amertume s’ajoute celui de la déception et de la colère. Parmi les dossiers les plus brûlants hérités de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi par Mohamed Ould Abdel Aziz, le dossier des détenus présumés salafistes est le plus complexe et le plus sensible. Les familles avaient cru que l’arrivée de Mohamed Ould Abdel Aziz allait donner un coup d’accélérateur dans le traitement de ce dossier. Aujourd’hui, elles ne cachent pas leur déception. Elles ont très vite déchanté.

Tout ce qu’il leur reste aujourd’hui, c’est leurs chapelets pour prier. Ainsi, chaque lundi, les familles des détenus présumés salafistes investissent les abords immédiats de la prison centrale pour demander la libération des leurs, emprisonnés voilà presqu’un an. Au nombre d’une quarantaine, ces détenus présumés salafistes sont accusés par l’Etat d’appartenir à des réseaux terroristes liés à la branche d’Al-Qaeda au Maghreb Islamique (Baqmi) et d’être impliqués dans l’attaque d’Aleg, de la fusillade de Tévragh-Zéina ainsi que de l’attaque contre l’ambassade d’Israél à Nouakchott.

Ce dossier risque de prendre beaucoup de temps. Car, selon le gouvernement, ces détenus présumés salafistes constituent des menaces sérieuses et réelles pour la stabilité du pays. On s’en souvient encore, à cette époque, l’impressionnante cache d’armes et d’explosifs saisie par les forces de sécurité, après de nombreuses traques et fouilles des cellules terroristes à Nouakchott.

Pour toutes ces raisons, y a-t-il lieu de penser que les nouvelles autorités vont s’aventurer dans ce dossier explosif en procédant à la libération, comme le réclament les parents, les détenus présumés salafistes ? Même sous la pression, Mohamed Ould Abdel Aziz s’aventurerait-il à accorder une grâce présidentielle ? Difficile à croire, sachant que ces détenus seraient présumés avoir des liens avec Al-Qaeda.

En plus, ce serait aller en contradiction par rapport à sa démarche visant à traquer les terroristes en Mauritanie -d’ailleurs, la question de la sécurité est l’une de ses priorités. En outre, dans la conjoncture actuelle caractérisée par l’instabilité et la précarité, il ne se risquerait pas à prendre une telle décision. L’attaque de Tourine est encore fraîche dans nos esprits pour nous rappeler que la Mauritanie pourrait abriter des groupes terroristes toujours prêts à taper fort, à des moments inattendus.

Inculpés par la justice mauritanienne qui les accuse d’actes de violence ou de terrorisme, les détenus présumés salafistes attendent ainsi que leurs familles que leur sort soit fixé. Dans l’espoir que leur procès se tienne un jour, les familles continuent de s’accrocher fortement à la libération future des leurs. Car, affirment-elles, avec beaucoup de conviction en laissant entendre qu’ils sont innocents. « Jusqu’à preuve du contraire », soutient une mère des détenus présumés salafistes, venue apporter de quoi manger à son fils.

Parmi ces détenus présumés salafistes, il y a Khadim Ould Semman, chef présumé et auteur probable de l’attaque contre l’ambassade d’Israél à Nouakchott, le 1er février 2008, ainsi que Sidi Ould Sidna et Marouf Ould Haiba, deux des trois assassins présumés des quatre touristes français. Leur troisième complice demeure toujours en fuite.

Jusqu’à présent, la justice mauritanienne n’a pas prouvé encore la culpabilité des détenus présumés salafistes soupçonnés d’être à l’origine de plusieurs attaques et surtout d’appartenir à la Branche d’Al-Qaeda au Maghreb Islamique. Aujourd’hui, en cas d’inculpation avérée, ils risquent la peine de mort ou 15 ans d’emprisonnement. Cela explique en grande partie la lenteur de ce dossier.

En attendant, les familles espèrent de Mohamed Ould Abdel Aziz qu’il gracie les leurs. Va-t-il le faire, lui qui est si imprévisible ?

Babacar Baye Ndiaye 

( 27 février, 2009 )

Raids israéliens sur Gaza:Indignation des élus et exigence de rupture des relations diplomatiques

Pendant qu’Israël intensifie ses opérations militaires sur la bande de Gaza, où vivent plus d’un million de palestiniens, les parlementaires et maires du pays, excepté ceux du Front National pour la Défense de la Démocratie, se sont donné rendez-vous, ce lundi 5 janvier, à l’hémicycle, pour exprimer leur indignation au sujet des massacres que l’Etat hébreu est en train de commettre sur des civils palestiniens, sans la moindre impunité sous le regard impuissant de la communauté internationale.

Les raids israéliens sur la bande de Gaza en Palestine continuent de susciter des réactions à travers le monde. La Mauritanie, par le biais de ses élus, vient de se joindre à la liste des pays condamnant l’attaque militaire d’Israël sur la bande de Gaza. A l’unanimité, les élus du peuple mauritanien ont fustigé l’attitude belliqueuse d’Israël qui continue de poursuivre ses offensives militaires sur la bande de Gaza. Ils n’ont pas manqué de verve pour assimiler l’Etat d’Israël à un Etat criminel qui ne respecte pas les droits de l’Homme.

Les élus, qui viennent d’emboîter le pas au peuple mauritanien qui est sorti dans la rue pour demander la rupture des relations diplomatiques avec Israël, commencent à perdre patience face à l’attitude de l’Etat hébreu. Ils ont d’ailleurs fait savoir qu’ils allaient rédiger une résolution demandant au Chef de l’Etat de rompre définitivement avec Israël dès l’instant que ce dernier n’œuvre pas pour l’instauration de la paix au Moyen-Orient.

Pour sa part, Ould Hanenna a dénoncé le comportement de la communauté internationale et notamment du monde arabe qui laisse Israël faire ce qui lui semble bon. Se fondant sur la position du peuple mauritanien, il a soutenu que nos relations diplomatiques avec Israël ne se justifient pas, ni politiquement, ni moralement.

La Mauritanie demeure, avec la Jordanie et l’Egypte, l’un des pays dans le monde arabe à entretenir des relations diplomatiques avec Israël. Aux yeux de Hanenna, les relations diplomatiques qu’entretient la Mauritanie avec Israël sont humiliantes et inopportunes étant donné que le peuple mauritanien a montré toute sa désapprobation par rapport à ces relations.

D’autres élus sont allés plus loin dans leurs condamnations. Le député Ould Abdallahi, par exemple, en a appelé à la résistance du monde arabe face à l’oppression d’Israël sur le peuple palestinien qui vit l’injustice du fait de la passivité et de l’inaction de la communauté internationale.

«Le silence de la communauté internationale a favorisé le massacre qui est en train de se faire sur Gaza », a soutenu Camara Ali Guéladio en demandant au gouvernement mauritanien de ne ménager aucun effort, à travers les Nations Unies, la Ligue Arabe, l’Union Africaine, pour que ce ses collègues considèrent comme étant un «crime contre l’humanité » le massacre de Gaza.

Les élus du peuple ont appelé le Chef de l’Etat Mohamed Ould Abdel Aziz à franchir le Rubicon en faisant sienne la volonté du peuple mauritanien qui s’est élevé contre les attaques israéliennes sur la bande de Gaza et rompre les relations diplomatiques avec Israël. Ils ont en outre demandé à ce que l’Etat mauritanien rappelle son ambassadeur à Tel-Aviv. Aux dernières nouvelles, on a appris la confirmation de cette information qui confortera certainement les élus du peuple.

———-Encadré

Deux questions à….

Sidi Mohamed Ould Mohamed Vall dit Ghrini, S.G du PRDR

« Notre relation avec Israël doit servir la paix »

Le Rénovateur Quotidien: Au-delà des condamnations de principe, allez-vous emboîter le pas au peuple mauritanien qui est sorti dans la rue pour demander la rupture définitive des relations diplomatiques entre la Mauritanie et Israël ?

Sidi Mohamed Ould Mohamed Vall dit Ghrini : Nous n’emboîtons le pas à personne. Notre parti a une position de principe sur cette question depuis qu’il est redevenu Parti Républicain pour la Démocratie et le Renouveau. Nous l’avons fait savoir en marge de notre 3ème congrès, tenu en octobre 2005. D’ailleurs, la déclaration de politique générale de notre parti comportait parfaitement cette question des relations diplomatiques entre la Mauritanie et Israël. Nous avions précisé et répété, de façon constante, que la relation de notre pays avec Israël doit servir la paix. Autrement dit, servir la cause juste du peuple palestinien sur la base de la reconnaissance du principe de la paix contre la terre.

Ce principe qui fonde notre position est aujourd’hui consacré par la communauté internationale et qui fait partie ipso facto du droit international. Tant qu’Israël n’exploite pas notre relation dans l’intérêt de la paix et de la sécurité dans le monde, tant que cette relation entre la Mauritanie et Israël ne sert ni la paix ni la justice, nous demanderons toujours la rupture des relations diplomatiques avec Israël. Nous réitérons notre demande à l’Etat mauritanien de rompre ses relations diplomatiques avec Israël car elles n’ont aucune influence sur la paix et la stabilité au Moyen-Orient.

Le Rénovateur Quotidien : On a toujours demandé cette rupture, mais jamais l’Etat mauritanien ne s’est aventuré à prendre une telle décision. Comment pouvez-vous expliquer cela ?

SMOMV dit Ghrini : Nous ne sommes pas à la tête de l’Etat. Nous ne sommes pas, non plus, au sein du Gouvernement. Nous sommes des parlementaires, des partis politiques. Nous avons des positions et nous les avons librement exprimées dans les colonnes de la presse, comme dans l’hémicycle du Parlement. C’est tout ce que nous pouvons faire et c’est un bon début. Cette question pèse beaucoup sur la scène politique nationale.

L’année dernière, j’étais parmi les cinq chefs de partis à demander au président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, à la suite d’une marche, de rompre nos relations diplomatiques avec l’Etat hébreu. Nous lui avions d’ailleurs transmis une doléance de tous les partis politiques pour rompre avec Israël ou au moins permettre l’ouverture d’un débat à ce sujet entre l’exécutif et le Parlement. L’ancien président n’avait pas donné de suite à notre requête. Et pourtant, il en avait fait la promesse pendant sa campagne électorale. Avant hier (4 janvier, Ndlr), j’étais avec d’autres groupes de partis politiques qui ont posé les mêmes problèmes au Chef de l’Etat, Mohamed Ould Abdel Aziz. Nous attendons la suite et nous sommes sûrs que l’Etat mauritanien sera influencé peu ou prou par la position de ses parlementaires.

Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye

( 27 février, 2009 )

Abderrahmane Ould Ahmed Salem: »Notre jeunesse souffre de marginalisation et du manque de possibilités de parvenir à ses aspirations »

Le cinéma, c’est sa passion. « Cette passion a grandi et s’est développée en moi, et m’a conduit à considérer « l’autre » et de me rapprocher de lui », révèle-t-il dans un entretien accordé à « Magharebia ». Dans cette interview, Abderrahmane Ould Ahmed Salem explique comment il a pu entrer dans le monde du cinéma en particulier dans une société traditionnelle et conservatrice. 

« A cette époque, j’allais à la campagne pour montrer à mes amis un spectacle sous la forme de photos intermittentes, un peu à la manière de ce que l’on appelait « le théâtre des ombres » dans le théâtre ancien, se souvient-il. Les problèmes auxquels j’étais confronté dans cette société bédouine, prise entre l’attitude de la sharia vis-à-vis du cinéma et l’appréhension toute bédouine de tout ce qui est statique, étaient énormes. »

A l’en croire, la société mauritanienne n’avait pas en face d’elle une véritable entité créative et stable. Pourtant, cela n’a pas empêché que les mauritaniens réagissent au cinéma lorsqu’ils commencèrent à s’y identifier. « Dans l’un des spectacles itinérants organisés par la Maison des Cinéastes à Oualata, l’une des villes historiques de la partie orientale de la Mauritanie, un film tourné dans la ville avait été projeté. Les habitants de Oualata ne l’avaient jamais vu depuis son tournage en 1952. Nous avons remarqué l’intensité et l’émotion suscitée par ce film », explique-t-il.

Interrogé sur l’extrémisme chez les jeunes mauritaniens, Abderrahmane Ould Ahmed Salem lie ce phénomène au fait que la jeunesse souffre de marginalisation et du manque de possibilités de parvenir à ses aspirations. En outre, il appuie son argument sur le fait que « les jeunes ne connaissent pas « l’autre » parce qu’ils n’en ont jamais eu ». « Ils reçoivent seulement des images importées, sans disposer des capacités nécessaires pour discerner le bien du mal », dit-il.

Puisque le cinéma à lui seul ne peut pas constituer une solution pour ces jeunes, que faire alors dans une telle situation ? Il préconise dans ce sens des programmes, parmi tant d’autres, destinés à la jeunesse mauritanienne comme par exemple : former les jeunes à utiliser une machine à travers laquelle ils pourront présenter un film reflétant leurs opinions sans avoir besoin d’un forum politique pour ce faire, et les former à lire les images.

Toujours, au sujet de l’extrémisme chez les jeunes, il a laissé entendre que les érudits et les prêcheurs n’ont pas su nous donner une vraie image de la religion. « La religion a jusqu’à présent était projetée… sous forme d’interdits et de tabous qui n’ont rien à avoir avec la vie de tous les jours, pas même avec la religion elle-même parfois », fait-il remarquer. « La religion n’est pas là pour asservir les gens, mais pour les servir. Ces gens n’ont pas été capables de nous présenter la religion sous sa forme brillante, spirituelle et ouverte. Ils se limitent à véhiculer jusqu’à présent des interdits, des takfirs, du désordre… », poursuit-il.

Pour Abderrahmane Ould Ahmed Salem, ceux qui présentent la religion n’ont pas été capables de passer de l’étape de la pratique religieuse purement rituelle à celle du vécu quotidien. « La religion nous a été présentée sous la forme de la prière uniquement, et non sous la forme d’un style de vie, comme les bonnes manières, un sourire face à des invités, l’attention aux pauvres, etc », affirme-t-il, déplorant que cette image ne soit pas celle du monde musulman.

Il s’inscrit en faux contre ceux qui pensent que le cinéma peut être un moyen de changement. « L’art en général n’est pas fait pour changer, mais pour poser des questions et soulever des problèmes, affirme-t-il. Les peintres, les musiciens, les dramaturges et les réalisateurs se doivent de poser les problèmes, ce qui en soi peut soulever un débat, et c’est ce débat qui peut induire le changement ».

L’avenir du cinéma en Mauritanie a été aussi abordé dans l’interview qu’Abderrahmane Ould Ahmed Salem a accordée à « Magharebia ». Pour lui, cet avenir repose sur deux choses : la présence d’une véritable volonté politique permanente et l’exigence que les gens puissent repenser les choses au lieu de ne s’intéresser qu’aux intérêts immédiats. « Un travail créatif qui ne trouve pas la liberté ne verra pas le jour. S’il nait, ce sera par le biais d’une césarienne, et s’il réussit à vivre, il sera handicapé. L’art créatif doit être libre », a-t-il conclu.

Babacar Baye Ndiaye 

( 27 février, 2009 )

Affaire Ould Marcou : A défaut d’être fixées sur son sort, l’Afcf et SOS Esclaves demandent sa libération immédiate

Brahim Ould Marco croupit toujours en prison et son jugement est toujours renvoyé aux calendes grecques. Cette situation n’en finit pas d’exaspérer la présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille, Aminétou Mint El Moctar qui suit ce dossier de près depuis le début. «Brahim Ould Marco est écroué en prison, sans toute forme de procès », déplore-t-elle.

Pour elle, ce dernier est tout simplement victime d’une injustice. Puisque la liberté provisoire que lui avait accordée le juge d’instruction a été refusée par le procureur de la République. Rappelons qu’à cet effet, sa conjointe, qui a été simultanément appréhendée par la police de l’aéroport à leur retour de Maroc où ils avaient convolé en noces, a été relâchée, grâce à son oncle Vadhili Ould Nagi, à l’époque commissaire de l’aéroport de Nouakchott.

Pour la présidente de l’Afcf, le cas d’Ould Marco est une illustration parfaite du manque de justice en Mauritanie. «Nous condamnons le comportement de la justice envers une tranche de la société. Nous demandons que la justice soit à la portée de tous et qu’il n’y ait pas de discrimination entre les différentes communautés du pays », dit-elle.

Cette affaire doit, selon elle, trouver une solution très rapidement. Elle n’a pas épargné dans ses critiques l’ex-procureur de la République qui a été démis de ses fonctions et principalement le commissaire Vadhili qu’elle accuse tous deux d’être derrière cette affaire. «Ce n’est pas le commissaire Vadhili qui peut bouleverser toute une justice », précise-t-elle.

La présidente de l’Afcf a affirmé qu’elle va éclairer la lanterne des mauritaniens au sujet de l’affaire Ould Marco, derrière laquelle se trouverait la main de Vadhili Ould Nagi.

Selon la présidente de l’Afcf, il y aurait aussi derrière cette affaire la main de Cheiyakh Ould Ely, actuellement conseiller à la présidence de la République qui aurait fait pression sur le ministre de la justice.

Aminétou Mint El Moctar semble avoir la coupe pleine et d’ailleurs elle l’a fait savoir en tirant à boulets rouges sur ce qu’elle appelle la féodalité mafieuse. «Ils sont en train de bafouer la justice mauritanienne et font tout ce qu’ils veulent. Ils utilisent leurs postes pour faire régner la terreur au sein des populations mauritaniens », a-t-elle dénoncé. «On ne peut pas continuer à violer allègrement les droits des citoyens », conclut-elle sur un ton de dépit.

Aminétou Mint El Moctar demande à ce qu’Ould Marco soit libéré. «Il n’a rien fait et il est innocent », soutient-elle puisque Brahim Ould Marco s’est marié avec Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi dans la légalité au royaume chérifien. Aussi, elle a demandé sa libération immédiate, à défaut de procès.

Boubacar Messaouad, président de SOS Esclaves, venu prêter main forte à la présidente de l’Afcf, n’y est pas allé de main morte en qualifiant l’affaire Ould Marco comme étant un crime. «La situation d’Ould Marco et de Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi est une situation de déni de droit », dit-il. «C’est l’expression d’une discrimination très flagrante et compréhensible dans un Etat féodal où les hommes et les femmes ne sont pas égaux », explique-t-il.

Pour Boubacar Messaoud comme pour Aminétou Mint El Moctar, l’affaire Ould Marco est la preuve que les autorités du pays ne veulent point instaurer un nouvel ordre social, basé sur la justice et l’égalité des chances entre les différents citoyens.

La famille de Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi, qui exerce un chantage sur Ould Marco, est en train de tout faire pour que le mariage de ce dernier avec Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi soit cassé et surtout qu’Ould Marco se sépare de son épouse, pour sortir de prison. «Nous voulons savoir pourquoi Ould Marco ne peut pas épouser Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi ? Pourquoi veut-on que leur mariage soit rompu ? Pourquoi est-on en train de punir Ould Marco ? », s’interroge Boubacar Messaoud.

A ses yeux, on est en train d’assister à un «divorce forcé » entre Brahim Ould Marco et Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi. Il n’a pas non plus manqué de dénoncer la prise en otage de la justice mauritanienne par une famille, une tribu ou une communauté. «C’est à cause de cela, explique-t-il, que la Mauritanie continue d’être la Mauritanie des Kwars, la Mauritanie des Bidhanes, la Mauritanie des Harratines… »

Ainsi donc, il estime que, tant que cela continuera, la situation du pays ne va jamais changer. «On n’oblige pas une femme à épouser quelqu’un. Mais non plus, on ne l’oblige pas à divorcer », dit-il.

Boubacar Messaoud va plus loin. Il  assimile l’affaire d’Ould Marco à certains cas relatifs à l’esclavage. «Les esclaves ne peuvent pas épouser des femmes qui ne sont pas esclaves. Les Harratines ne peuvent pas épouser des femmes qui ne sont pas Harratines. Les forgerons ne peuvent pas se marier en dehors de leurs castes, de même que les griots. Par contre, certains peuvent épouser qui ils veulent », souligne Boubacar Messaoud. 

Aux dernières nouvelles, Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi serait en état de grossesse. Et du côté de sa famille, on tente, par tous les moyens, de la faire avorter. A ce sujet, la mère de Brahim Ould Nagi, Fatimétou Mint Hameydane, qui était présente à cette conférence de presse, a laissé entendre que si la famille de sa belle fille s’aventurait à le faire, son fils les poursuivrait en justice.

Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi qui est majeure a consenti à se lier librement à Brahim Ould Marco. Mais ses parents continuent de soutenir que son mariage est nul. Ce qui n’est pas de l’avis de Boubacar Messaoud qui a déclaré que la justice devait avoir la même attitude vis-à-vis de Brahim Ould Marco et de Fatimétou Mint Vadhili Ould Nagi.

Les détracteurs d’Ould Marco se fondent principalement, pour casser ce mariage, sur le fait qu’il aurait des origines chrétiennes. «C’est une manière de faire la pression sur lui afin qu’il cède », a expliqué Aminétou Mint El Moctar.

Babacar Baye Ndiaye 

( 27 février, 2009 )

Etats Généraux de la Démocratie:Conscience Harratine s’insurge contre leur exclusion

Conscience Harratine, qui regroupe des cadres et initiatives participants aux Etats Généraux de la Démocratie a publié, au cours d’une rencontre, un communiqué dans lequel le mouvement met en garde les pouvoirs publics contre le non règlement de certains problèmes qui peuvent menacer la stabilité du pays.

«La Mauritanie se trouve aujourd’hui dans une crise politique et sociale marquée par la pauvreté et l’inégalité sociale. Cette crise se manifeste en grande partie par la marginalisation de la majorité de la population dont la couche Harratine », explique Conscience Harratine.

Pour cette association, une telle situation a créé une communauté nationale fracturée et peu homogène. «Par carence d’une politique d’intégration et de nivellement, les mêmes inégalités se sont perpétuées », constate l’organisation, amèrement.

Cette carence de politique qui touche tous les échelons de la vie nationale exclue par conséquent la communauté Harratine de tous les centres de décision notamment du gouvernement, des Secrétaires Généraux, des Conseillers à la Présidence de la République, des Conseillers à la Primature, de l’Administration Centrale et Territoriale (Walis, Hakems), de la Diplomatie.

Conscience Harratine a insisté sur la nécessité d’instaurer une politique de discrimination positive au sein des Forces armées et de sécurité, du parlement où la communauté Harratine est quasi sous représentée et enfin du pouvoir judiciaire. «Malgré la place centrale de la Justice en tant que pilier principal d’un Etat de Droit il y a absence totale des Harratines  au niveau de la présidence des Cours et Tribunaux », fait remarquer Conscience Harratine qui estime, par ailleurs, que c’est le laxisme de la justice qui fait que les pratiques esclavagistes et leurs séquelles perdurent impunément.

Le document évoque aussi le volet socio-économique mettant en exergue l’insuffisance de la loi incriminant l’esclavage et l’absence de mesures d’accompagnement , ainsi que la carence de facteurs essentiels du Développement Humain à savoir l’Education, la Formation et la Santé.

Il y a aussi la pauvreté et la dépendance de la communauté Harratine composée dans sa majorité d’analphabètes et d’illettrés du fait de leur statut d’esclaves qui ne leur offre pas la possibilité ou l’opportunité de suivre un cursus scolaire normal. A cela, s’ajoute l’absence d’une Politique Agraire, Foncière, d’Elevage et de pêche au profit des Harratines.

Cette organisation, qui lutte pour la reconnaissance des droits de la communauté Harratine, s’est aussi prononcée sur le manque de Promotion et d’Insertion des Harratines dans la vie active ; ce qui a engendré une orientation sélective vers les tâches serviles et dures, (domestique, gardiennage, manœuvres) du fait d’une discrimination négative et en raison d’une main d’œuvre travaillant dans des conditions serviles.

L’exclusion des Harratines n’a pas été du goût de Conscience Harratine. Pour elle, le fait qu’aucun Harratine ne préside un atelier des Etats Généraux de la Démocratie n’est que la suite naturelle de leur condition de défavorisés par rapport à la gestion de la chose publique. Pour venir à bout de cette exclusion, l’organisation estime qu’une telle situation demande une solution de fond grâce à une politique de représentation juste comprenant toutes les composantes du pays pour contribuer à une sortie de crise.

La résolution du problème Harratine, aux yeux de Conscience Harratine, qui devrait passer au préalable par l’institutionnalisation d’une politique de discrimination positive au sein de la Constitution de la République Islamique de Mauritanie serait la plus pertinente. Aussi, cette organisation regrette-t-elle que le problème incontournable des Harratines ne soit pas introduit comme thème de réflexion dans les différents ateliers des Etats Généraux de la Démocratie.                                                              

De plus en plus de cadres appartenant à la communauté Harratine expriment leur mécontentement et leur ras-le-bol. Ainsi donc, des voix s’élèvent pour dénoncer cette «politique de domination et de discrimination sournoise et sciemment orchestrée par tous les systèmes politiques ayant dirigé la Mauritanie depuis l’indépendance à nos jours».

Conscience Harratine estime que, pour la consolidation de l’unité nationale, il appartient à tous les mauritaniens de régler les problèmes de l’esclavage, du passif humanitaire, de la gabegie, du tribalisme, du régionalisme, du népotisme et d’instaurer une bonne gouvernance…

Cette organisation recommande aussi le droit à la représentation légitime des Harratines au sein de toutes les institutions de la République Islamique de Mauritanie par un quota permanent au moins égal à un tiers et ce au niveau notamment du gouvernement, de l’administration centrale, de l’administration territoriale, de la diplomatie, de la hiérarchie des forces armées et de sécurité, du Parlement, des Collectivités, des sociétés d’Etat, de la présidence des Cours et Tribunaux…

Dans le même ordre d’idées, Conscience Harratine préconise la création de décrets d’application de la loi incriminant les pratiques esclavagistes, la création d’une Agence chargée d’une politique de promotion des Harratines dont les fonds doivent être dûment budgétisés de même que la création de Zones d’Education Prioritaire (ZEP) avec pour vocation une éducation primaire et secondaire assistée à la base.

Cette organisation ne s’arrête pas là uniquement. Elle a demandé que soit mise sur pied une nouvelle politique de santé destinée aux couches les plus démunies par la création de postes de santé et de pharmacie communautaires, l’engagement dans les meilleurs délais d’une réforme agraire et foncière juste en plus d’une réorganisation plus équitable du secteur de la Pêche artisanale et de l’Elevage.

Babacar Baye Ndiaye 

( 27 février, 2009 )

Salene Fishing Limited:Le MPEM tente de rassurer les armateurs nationaux

Suite à la déclaration du Ministère des Pêches et de l’Economie Maritime (MPEM) à l’issue de sa mission en Afrique du sud, qui avait été sanctionnée par la signature d’une convention pour la mise en œuvre d’un important programme d’investissement dans les domaines des pêches des captures et de l’aquaculture entre la Mauritanie et la société sud africaine « Salene Fishing Limited », certains armateurs, à travers quelques organes de presse, ont qualifié cette société de fictive, et la mission d’échec. 

Le directeur adjoint de la Pêche Artisanale et Côtière au Ministère des Pêches et de l’Economie Maritime, Sidi El Moctar Ould Mohamed Abdellahi Ould Iyaye, a déclaré que le « Projet Salene Fishing Limited » aidera à surmonter les contraintes du secteur des Pêches, pour démentir certaines allégations qualifiant cette mission de « voyage touristique ».

Plus de 120 millions US$ seront investis dans le projet « Salene Fishing Limited »

Cette mission est consécutive à la signature, le 24 septembre 2008, d’un « Mémorandum pour l’instauration d’un partenariat en matière d’investissement dans la pêche et l’aquaculture entre notre pays et le groupe sud africain : Salene Technology ». Sidi El Moctar Ould Mohamed Abdellahi Ould Iyaye a rappelé que ce groupe Sud africain est disposé à entreprendre, aussitôt que possible, les travaux de réalisation du projet d’investissement dans la pêche et l’aquaculture en Mauritanie, dès l’attribution par les autorités portuaires du Port Autonome de Nouakchott de la parcelle de terrain devant arbitrer la composante de base de ce projet.

Pour matérialiser le « projet de programme d’investissement dans la pêche en Mauritanie », le Ministre des Pêches a effectué en Afrique du Sud une visite officielle du 18 au 22 janvier 2009. Le montant de ce projet avoisine les 120 millions d’US$. Ce programme d’investissement sera exécuté, selon le directeur adjoint de la Pêche Artisanale et Côtière, par une société privée de droit mauritanien dénommée « Salene Fishing Limited ».

Cette société va générer plus de 1.500 emplois directs et une production annuelle de 45.000 tonnes d’espèces pélagiques. Il est prévu, dans ce programme d’investissement, la construction, à Nouakchott, d’un complexe industriel d’infrastructures de débarquement, de transformation et de stockage des produits de la mer, d’une superficie de 50 hectares.

Ce programme va inclure aussi l’activité de production d’environ une quarantaine d’unités de navires de pêches artisanale, côtière et pélagique industrielle pour alimenter la composante de base et en plus, en cas de besoin, l’activité de production des navires de pêche pourra être complétée par l’achat des espèces de fonds et/ou par la production des projets d’élevage de fruits de mer notamment les crustacés et les céphalopodes.

La création de « Salene Fishing Limited » suscite beaucoup d’appréhensions du côté des armateurs mauritaniens qui ont laissé entendre que cette société est « fictive ». Ce qui a été balayé d’un revers de la main par le directeur adjoint de la Pêche Artisanale et Côtière qui a réfuté toutes les accusations portées contre « Salene Fishing Limited ».

Cette société est une filiale du groupe sud-africain « Salene Technology ». « Elle a été créée exclusivement pour gérer le projet d’investissement des pêches en Mauritanie », renseigne Sidi El Moctar Ould Mohamed Abdellahi Ould Iyaye.

« Salene Technology » possède parallèlement plusieurs groupes spécialisés dans divers domaines : exploitations minières, énergies, industries, bâtiments, pêche…présents dans plus d’une douzaine de pays notamment en Europe et en Afrique- y compris en Mauritanie où il compte à travers sa filiale « TransAfrika » investir plus de 2 milliards de dollars dans l’exploitation du fer.

Une aubaine pour la Mauritanie en termes de création d’emplois

Les opportunités que vont engendrer la création de « Salene Fishing Limited » ne semblent pas épater les armateurs mauritaniens déjà éprouvés par les flottilles européenne et sénégalaise. Mais, Sidi El Moctar Ould Mohamed Abdellahi Ould Iyaye a tenu à les rassurer.

« En plus des centaines d’emplois qui seront générés, d’importants avantages sont attendus de ce projet. Outre la formation de la main d’œuvre, le paiement des impôts, taxes et redevances de droit d’accès d’une quarantaine de navires ainsi que le loyer annuel du domaine public où sera construite la composante de base (complexe industriel et infrastructures de débarquement), il y a aussi le pourcentage annuel de bénéfices hors impôts (à hauteur de 10% du bénéfice pour financer des activités à caractère social », explique-t-il.

Au sujet de la concurrence avec les armateurs nationaux, Sidi El Moctar Ould Mohamed Abdellahi Ould Iyaye a affirmé que « la nouvelle société va aider à surmonter les contraintes de l’armement actuel en termes de débarquement des captures (approvisionnement des usines et du marché), de renouvellement de la flotte devenue vétuste, d’écoulement des produits de pêche qui connaissent une mévente en raison de l’unicité de leur acheteur (japonais) et d’accroissement des capacités nationales de stockage ».

Toutefois, a-t-il précisé,  » Salene Fishing Limited » ne sera pas autorisée à exploiter les espèces de fond, mais seulement à les acheter, car ces ressources restent exclusivement destinées à la flotte nationale.

Ce projet, à l’en croire, il y aura une forte capacité d’absorption de main d’œuvre. Sur les 40 navires environ, il y aura en moyenne 12 mauritaniens par navire. Il y aura aussi une mauritanisation graduelle des équipages. L’usine de conserve qui sera créée pourra fournir entre 600 et 700 opportunités d’emplois sans compter qu’il y aura d’autres unités ainsi que le personnel administratif qui sera mauritanien, dans son ensemble, à l’exception des postes de directeurs.

Le démarrage du projet n’attend que l’attribution par les autorités compétentes de la parcelle devant abriter la composante de base du projet. Le processus de disponibilisation de cette parcelle est en cours ainsi que l’examen des autres composantes de ce programme d’investissement.

Babacar Baye Ndiaye 

( 28 février, 2009 )

Petit Centre:Une vingtaine de professeurs vacataires renvoyés sans motif

Le torchon brûle entre Bonaventure le directeur de l’établissement scolaire privé «Petit Centre» et ses professeurs vacataires. Tout serait né d’une demande d’augmentation du taux d’horaires. Insatisfaits, ils ont décidé, pensant qu’ils vont obtenir gain de cause, de cesser volontairement et collectivement leurs cours.

A la suite de cette grève, Bonaventure prît la décision de congédier ces professeurs qui sont au nombre d’une vingtaine. «Le fait de demander son droit le plus absolu ne constitue point un mal », explique M. Wane Mamadou, professeur d’Histoire et Géographie et d’Instruction Civique.

Lui aussi, il fait parti des professeurs vacataires congédiés par Bonaventure. Depuis, les cours au «Petit Centre» sont au ralenti. Et ces professeurs d’accuser le directeur de l’établissement qui, au lieu de chercher à éviter cette grève, a envenimé la situation.

Selon leurs assertions, Bonaventure n’aurait pas toléré qu’ils se constituent en délégation pour défendre leurs intérêts. Du coup, il les a renvoyés illico presto de l’établissement sans motif. Cette manière forte utilisée par leur employeur n’a pas été du goût de ces professeurs qui ont aussitôt décidé de boycotter les cours jusqu’à ce que leur direction revienne à de meilleurs sentiments.

Cette vingtaine de professeurs vacataires, de toutes disciplines confondues, sont entre l’enclume et le marteau. D’ailleurs, l’un des professeurs, en l’occurrence M. Wane Mamadou, contacté à se sujet, n’a pas dissimulé leur crainte de perdre leur poste et du coup de se retrouver dans la rue comme chômeur.

Ils ont aussi laissé entendre que leurs mensualités ne sont pas des plus enviables comparées à celles de leurs collègues des autres établissements scolaires privés de Nouakchott. Au «Petit Centre», un professeur vacataire est payé 800 UM à l’heure. «On a demandé à notre directeur en la personne de Bonaventure s’il ne peut pas proposer mieux que les autres écoles privées, il n’a qu’à s’aligner sur les tarifs horaires », a rappelé Wane Mamadou.

Pour ces professeurs, M. Bonaventure ne veut pas entendre parler d’augmentation ou de rehaussement de leur niveau de vie et de leurs conditions de travail. Ils regrettent une telle attitude de la part de leur directeur qui n’a pas voulu satisfaire leur demande.

Tout ce que ces professeurs réclament, c’est l’augmentation du taux d’horaires à 200 UM. C’est ce point qui constitue la pomme de discorde entre la direction du «Petit Centre » et les professeurs vacataires. Car, sur ce point, M. Bonaventure a opposé son niet catégorique.

Autre décision ayant suscité l’ire de ces professeurs et leur mouvement de grève: la fusion des classes par M. Bonaventure. Cela n’arrange pas d’ailleurs l’affaire de ces professeurs qui se voient ainsi leurs horaires diminuer et par conséquent leurs salaires. Ils y voient un véritable manque à gagner. «C’est vraiment odieux », dit M. Wane Mamadou.

Du côté de ces mêmes professeurs, on ne comprend pas pourquoi leur direction campe sur sa position alors que dans d’autres établissements, c’est ce taux qui est en vigueur. Pour la plupart d’entre eux, ils ont servi plus de deux ans au «Petit Centre».

Blessés dans leur conscience professionnelle, ces professeurs vacataires semblent suspendus à la rencontre entre la présidente des parents d’élèves et la direction du «Petit Centre » qui décidera de leur sort. Ces professeurs risquent aujourd’hui leur emploi pour avoir demandé leurs droits ! Dans quel pays sommes-nous ?

Babacar Baye Ndiaye 

( 28 février, 2009 )

Accusé de vol d’enfants, Ould Victor nous écrit depuis le Togo pour nier les propos de son ex-compagne

Décidément, entre Semah Ould Victor et Kadia Ndiaye, c’est la guerre des nerfs. Après les récriminations de la deuxième accusant le premier d’avoir volé ses enfants en prenant la fuite pour aller rejoindre sa nouvelle campagne à Togo, chacun des deux côtés tente de légitimer sa position. Depuis le Togo, Semah Ould Victor nous a écrit pour apporter des éclaircissements sur sa vie de couple avec Kadia Ndiaye, son ex-compagne. 

C’est en réaction à la campagne d’intoxication et d’indélicatesse menée par son ex-campagne à son insu que Semah Ould Victor a décidé d’apporter un démenti contre les allégations de Kadia Ndiaye qui l’accuse de tous les péchés d’Israël, parce que tout simplement, il a amené avec lui leurs enfants à Togo. 

Semah Ould Victor a expliqué les motivations de son agissement en alléguant qu’il ne pouvait pas laisser ses enfants entre les mains de son ex-compagne qu’il a accusé d’avoir toujours «fui ses responsabilités de mère de famille ». 

Cette situation était aggravée par le fait que Kadia Ndiaye fréquentait, malgré ses nombreux avertissements, ses «copines divorcées » qui ne cessaient pas de mijoter dans ses oreilles des propos susceptibles de changer son comportement vis-à-vis de lui. D’ailleurs, à chaque fois, elle demandait le divorce parce que, dit-elle, elle en avait ras-le-bol. 

Il a révélé en outre que c’est lui qui s’est toujours préoccupé de l’éducation de ses enfants. Pendant ce temps-là, renseigne-t-il, son ex-compagne, Kadia Ndiaye, se comportait en irresponsable. Ce qui n’était pas de son goût. Il a aussi balayé d’un revers de la main les affirmations de son ex-compagne qui l’accable d’avoir kidnappé ses enfants. 

Et, ce n’est pas la première que Semah Ould Victor a maille avec Kadia Ndiaye ou qu’il en arrivait aux extrêmes. Son départ précipité cette fois-ci de son foyer traduit une certaine exaspération de sa part. En effet, Semah Ould Victor et Kadia Ndiaye se sont séparés à 3 reprises. Et, à chaque fois, elle a eu l’ingéniosité de faire disparaître leur certificat de divorce et de mariage. Selon lui, son ex-compagne souffrait de crise de jalousie. 

Les histoires de kidnapping colportées par son ex-compagne et le déballage calomnieux fait sur sa nouvelle compagne française avec qui il s’est marié légalement sont un chantage et un prétexte destinés à vouloir récupérer les enfants, a-t-il précisé. 

Semah Ould Victor reproche à son ex-compagne de vouloir exciser leurs deux filles. Et il est prêt, nous a-t-il confié, à donner son âme à Lucifer pour s’opposer à une telle pratique qu’il juge ignoble. D’ailleurs, il accuse la famille de son ex-compagne de complicité dans cette tentative d’exciser leurs filles au nom d’une prétendue tradition. 

Ce qui explique qu’il n’a pas voulu laisser la garde des enfants à leur maman. Et, ses déboires avec son ex-compagne étaient connus de ses amis qui sont intervenus à plusieurs reprises dans leurs chamailleries de couple. 

Semah Ould Victor est prêt à lâcher du lest si Kadia Ndiaye accepte, dans le but de trouver un compromis à leur différend, de retirer sa plainte introduite au niveau de l’afcf qui est en train de mobiliser ses lobbies pour l’appréhender.  

Soutenue par l’Association des Femmes Chefs de Famille (afcf), Kadia Ndiaye a mené, en début de cette semaine, d’importantes démarches pour pousser Semah Ould Victor à ramener les enfants à Nouakchott. 

La coordinatrice de l’afcf, Siniya Mohamed Saleck, vient de porter cette affaire au niveau du Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération et au Ministère de la Condition Féminine. 

Toutes les structures pouvant agir dans ce sens ont été saisies par l’Association des Femmes Chefs de Famille : la Commission Nationale des Droits de l’Homme et «Terre des Hommes» pour qu’elle suive de près cette affaire au niveau de sa représentation de Lomé. 

Par Babacar Baye Ndiaye 

( 28 février, 2009 )

Fortune du général, affaire Air Mauritanie, Riz avarié : Le Fndd livre ses secrets…

De l’affaire d’Air Mauritanie en passant par la fortune d’Aziz mais aussi du PSI, le Fndd publie une série de révélations en guise d’éclairage à l’intention de l’opinion publique dans une note d’information. Autant d’éléments qui viennent s’ajouter aux  récentes confessions du Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi pour relancer la machine de la confrontation entre le pouvoir et le Fndd. Cette démarche du Front National pour la Défense de la Démocratie dénote d’une nouvelle stratégie de réplique. 

Et, dans ce sens, le Fnnd tient à tout prix à rétablir la vérité à l’intention  de  l’opinion publique nationale et internationale et prouver ainsi que le général Mohamed Ould Abdel Aziz n’est pas aussi blanc que  neige. Car, Mohamed Ould Abdel Aziz est devenu en peu de temps, sans pour autant donner des chiffres à l’appui pour  crédibiliser les allégations relatives à la fortune du général limogé comme il le surnomme, l’un des hommes les plus riches en Mauritanie. 

Le Fndd s’est limité à citer en exemple le ranch de Mohamed Ould Abdel Aziz qui se situe entre El Agar et Benichab. Dans ce ranch, on y élève des outardes, des autruches et autres gibiers rares. Ce ranch, toujours selon le Fndd, serait alimenté par un sondage d’eau réalisé par l’ONG (sans citer le nom de cette ONG, Ndlr) de l’actuel Premier ministre Moulaye Ould Mohamed Laghdaf.

Le document du Front National pour la Défense de la Démocratie révèle que Mohamed Ould Abdel Aziz serait aussi détenteur d’un important lot d’immobiliers : au mois 6 maisons au Maroc, un bâtiment près de la fourrière d’Arafat, une maison au Ksar, une série de hammam éparpillés à Nouakchott et le marché du Ksar près de l’école II. 

Ainsi, donc, aux dires du Fndd, Mohamed Ould Abdel Aziz ne peut pas se prévaloir le titre de donneur de leçons en termes de lutte contre la gabegie et l’enrichissement illicite. 

Le Front National pour la Défense de la Démocratie est revenu aussi sur l’ «Affaire d’Air Mauritanie ». Dans le document publié, on y apprend que la faillite d’Air Mauritanie aurait commencé en 1997 et que les personnes (Sidi Mohamed Ould Biya, Isselmou Ould Khattry, Moustapha Ould Hamoud et Yahya Ould Ahmed Waghf) qui sont actuellement détenues ne sont pas responsables de la programmation de cette faillite, comme l’ont laissé entendre les nouvelles autorités du pays. 

En ce qui concerne la redynamisation d’Air Mauritanie, Yahya Ould Ahmed El Waghf, qui a pris les commandes de cette entreprise en pleine agonie, avait démontré que le seul moyen d’assurer la pérennité de la compagnie était de trouver un partenaire stratégique qui accepte de prendre une participation majoritaire dans la société. 

En outre, le gouvernement de la transition selon le document du Fnnd, aurait aussi une grande responsabilité dans la faillite d’Air Mauritanie car il aurait attribué des droits de trafic à Mauritanie Airways. 

Dans la foulée des révélations, le Fndd n’a pas manqué de mots pour mettre en doute tout le montage politique qui entoure cette affaire et d’ironiser en s’adressant à Mohamed Ould Abdel Aziz en ces termes : «mangez donc de ce riz périmé et nous vous reconnaîtrons, mon général limogé… ». 

Dans le collimateur de la justice du Haut Conseil d’Etat (HCE), le document du Front National pour la Défense de la Démocratie a révélé qu’Ely Ould Mohamed Vall serait la prochaine cible. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 28 février, 2009 )

Présidentielle de 2009:Ibrahima Moctar Sarr jauge sa cote de popularité

On l’annonçait comme l’un des meetings les plus importants de la vie politique de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation (Ajd/mr) marquée ces derniers temps par des dissensions internes depuis le coup d’Etat du 6 août 2008.

Ibrahima Moctar Sarr a fait un faux bond à tous ceux qui attendaient qu’il déclare officiellement sa candidature à l’élection présidentielle du 6 juin 2009. Il a préféré maintenir le suspens sur sa candidature à l’échéance électorale de 2009.

Pour ce meeting attendu, l’Ajd/mr avait tout prévu pour plaire. Du monde, il y en avait. Ceux qui l’attendaient aussi sur le terrain du déballage et de la polémique sont restés sur leur faim. Les militants sont venus nombreux. On se croirait presque à une campagne électorale !

Ibrahima Moctar Sarr n’a pas pu cacher tout son contentement devant ses militants en délire. Ce meeting intervient à une période où l’Ajd/mr traverse des zones de turbulences. Pour le leader de l’Ajd/mr, la mobilisation du 31 janvier 2009 des militants est l’illustration que le parti tient toujours. »Cette mobilisation est une réponse excessivement importante à tout ce qui a été dit de mauvais sur notre parti », dit-il.

Au sujet de la crise actuelle, que vit la Mauritanie depuis le coup d’Etat du 6 août 2008, Ibrahima Moctar Sarr a laissé entendre que la responsabilité de trouver une solution à cette crise incombe à la classe politique mauritanienne. « Nous sommes dans une situation de crise dont les tenants et les boutissants ne sont pas connus mais nous devons chercher une porte de sortie. Celle-ci ne peut pas venir de la communauté internationale mais des mauritaniens d’eux-mêmes », explique-t-il en dénonçant les positions immobiles des uns et des autres qu’il accuse de prendre le peuple mauritanien en otage.

Par rapport à l’élection présidentielle du 6 juin 2009, M. Ibrahima Moctar Sarr a exigé des autorités militaires qu’elles l’organisent dans la ransparence et surtout de respecter la volonté populaire à l’issue de ce scrutin. C’est de cette condition seulement que dépendra sa candidature. « Au niveau de l’Ajd/mr, nous n’avons pas peur d’aller aux élections et si Mohamed Ould Abdel Aziz et son équipe veulent organiser des élections transparentes nous sommes convaincus que nous pouvons les battre », a-t-il déclaré devant une foule en liesse scandant son nom inlassablement.

Ibrahima Moctar Sarr a appelé aussi les partis politiques, regroupés autour du Front National pour la Défense de la Démocratie, de peser de tout leur poids afin que l’élection présidentielle se déroule correctement et sans contestation. « Les acteurs politiques (sans exception) doivent dépasser leurs contradictions et savoir que si la Mauritanie entre dans une situation de crise interminable, c’est le peuple qui va en souffrir », a-t-il affirmé.

Pour Ibrahima Moctar Sarr, le peuple mauritanien doit refuser de se laisser entraîner dans des théories fumeuses et dans des divisions stériles.

Babacar Baye Ndiaye 

( 1 avril, 2009 )

Règlement du passif humanitaire: Le Fonadh explique les raisons de sa marginalisation par le HCE

Le débat au sujet de la résolution du passif humanitaire continue. Après la conférence de presse de l’AVOMM et de l’OCVIDH, le Fonadh a, lui aussi, organisé, ce 29 mars 2009, une conférence de presse pour, cette fois-ci, revenir sur les raisons de sa mise à l’écart du règlement du passif humanitaire par le HCE.

———————-Par Babacar Baye Ndiaye

Au cours de cette conférence de presse, le Fonadh est revenu sur les propos de Mohamed Ould Abdel Aziz au sujet du passif humanitaire tenus lors de son déplacement à Kaédi et de la manière dont il entend l’entreprendre. Mais, aussi, sur la façon, jugée unilatérale et exclusive, dont le HCE veut le traiter.

Partant de ce fait, le Fonadh a accusé les pouvoirs publics de vouloir résoudre cette question en catimini. Il les incrimine aussi de vouloir passer outre les décisions qui ont été entérinées à l’occasion des Journées Nationales de Concertation au mois de novembre 2007 sur le retour des déportés et le règlement définitif du passif humanitaire pendant le magistère de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.

Le Fonadh tient toujours à la mise en place d’une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur les faits …

Cette organisation  continue à faire de la mise en place d’une  commission d’enquête indépendante un préalable pour le  règlement du passif humanitaire. Aussi, le Fonadh dit niet à toute solution qui ne tiendrait pas compte de cette exigence.

A ce sujet, le Fonadh persiste et signe. Pour le secrétaire général du Fonadh, la mise en place de cette commission est primordiale. « Pour qu’une telle situation ne se répète plus, il faudrait que les coupables et les bourreaux soient jugés. Quand on dit juger, on ne dit pas couper la tête car nous sommes contre la peine de mort », explique-t-il.

Au sujet des indemnités et des réparations promises par le général aux victimes lors de son déplacement à Kaédi, le Fonadh  a souligné que cela ne règle pas définitivement cette question d’autant plus que cela n’est  qu’un aspect du problème.

« Si on concentre tout sur la réparation, cela veut dire que nos martyrs sont partis pour rien », a déclaré Mamadou Sarr. « Aujourd’hui, la seule promesse que nous avons, c’est qu’on va donner de l’argent et des terrains », poursuit-il.

Le Fonadh s’est élevé contre la présence on peut plus opportuniste de certains hommes religieux utilisés  dans le règlement du passif humanitaire  « Ces marabouts là qui en parlent, où étaient-ils pendant 89-90-91 ? « , s’interroge Mamadou Sarr. « Aujourd’hui, tout le monde est prêt à venir dire que la Charria a dit ceci ou cela, constate-t-il. Nous pensions, que c’est à cette époque-là, qu’ils devaient réagir. »

La crainte, note le Fonadh, est devoir les victimes se diviser,  si cela n’a pas déjà eu lieu  et ce, en raison  de l’opacité qui entoure ce dossier vieux de presque 20 ans. Cette organisation met en garde l’actuel pouvoir  de vouloir profiter de la naïveté des victimes  pour bâcler cette question.  

Le refus de la marginalisation

Le Fonadh est revenu sur sa position au sujet de la question du passif humanitaire en réaffirmant qu’elle était sans ambiguïté. Cette organisation digère mal aussi que les pouvoirs publics les marginalisent à cause de leur position intransigeante vis-à-vis  du coup d’Etat du 6 août 2008.

« Aujourd’hui, parce que le Fonadh est opposé à la prise du pouvoir par la force, il est considéré comme une officine politique », fait remarquer  Mamadou Sarr en regrettant le que le HCE veuille « escamoter » le dossier du passif humanitaire.

Il ne partage pas non plus la démarche proposée, à Kaédi, par Mohamed Ould Abdel Aziz qui pense que la première des choses est de soulager les victimes en les indemnisant pour occulter les autres aspects de la question. « Cette façon de traiter cette question ne la règle pas. Au contraire, elle ne fait que reculer l’échéance. Ce qui est sûr, d’autres problèmes vont se poser si on ne prend pas le taureau par les cornes », a-t-il averti.

Les pouvoirs publics, poursuit-il, doivent cesser leur chantage au sujet du passif humanitaire. En plus, le Fonadh considère que la démarche exclusive entreprise par le HCE est impopulaire.

« Il faudrait que les autorités se résignent et sachent que le problème du passif humanitaire ne peut être réglé que de façon consensuelle et que tous les acteurs soient invités autour d’une table. C’est à ce moment qu’on pourra trouver une solution consensuelle s’il y a une volonté politique », rappelle-t-il.

Le Fonadh a aussi tenu à rappeler qu’il n’a jamais été associé à une quelconque démarche visant à trouver une solution au passif humanitaire. Mieux encore, il n’a jamais été informé ni contacté.

« Le Fonadh n’a jamais refusé le dialogue »

Aux yeux de Boubacar Messaoud, le règlement de la question du passif humanitaire passe par son dépassement, tout en accordant aux victimes une position prépondérante dans la recherche de solution qui exige beaucoup de temps et surtout de sérieux.

A ceux qui les accuse de ne pas avoir  droit de regard et d’implication  à ce sujet, il lance : « Nous sommes compétents pour parler de la question du passif humanitaire ».

Il a laissé entendre que le colonel Dia Adama , chargé par Mohamed Ould Abdel Aziz d’établir des contacts avec les associations nées des événements de 1989-90-91, ne les a jamais contactés au sujet du passif humanitaire.

« Si nous étions partis à Kaédi, on aurait pris la parole pour dire ce que nous n’acceptons pas dans cette affaire. C’est pour cela, on ne nous a pas appelés. Nous ne sommes pas des valises qu’on porte quand on veut partir. Nous savons que nous allons répondre de nos positions », a déclaré Boubacar Messaoud.

Lui emboîtant le pas, Sarr Mamadou a soutenu que le Fonadh n’a jamais refusé le dialogue autour de cette question. « Mais, on ne nous a jamais associés à aucune recherche de solution dans le cadre du règlement du passif humanitaire », précise-t-il sur une pointe de regret tout en laissant entendre que son organisation est disposée toujours au dialogue.

Même si le Fonadh ne reconnaît pas le régime issu du coup d’Etat du 6 août 2008, les portes du dialogue, pour autant, ne sont pas fermées. Pour autant, le Fonadh s’est voulu aussi clair par rapport à cette question.

« Aujourd’hui, nous ne reconnaissons pas le gouvernement. Mais n’empêche, pour nous, au sujet du règlement du passif humanitaire et les autres violations des droits de l’homme, que nous sommes disposés à rencontrer n’importe qui sur cette question. Il ne faut pas faire la confusion « , explique Boubacar Messaoud.

Le colonel Dia Adama, a révélé Boubacar Messaoud, aurait même tancé Me Fatimata Mbaye. Selon lui, rapporte-t-il toujours, il aurait soutenu que le Fonadh est illégitime pour parler de la question du passif humanitaire.

« Nous ne comptons pas sur eux pour régler le problème du passif humanitaire parce que nous considérons qu’ils sont incapables de les régler. Nous estimons qu’ils sont là et ce qu’ils font, nous l’observons », a éclairé Boubacar Messaoud.

Pour lui, la démarche du HCE qui les a disqualifiées dans le cadre d’une recherche de solution au sujet du passif humanitaire ne fera qu’accroître le problème. Du côté du Fonadh, on reste septique sur les chances de succès de la démarche du HCE. 

Babacar Baye NDIAYE

 

( 2 septembre, 2010 )

Birame Ould Dah Ould Abeid : « Le gouvernement français fera échec de manière volontaire à toute action judiciaire visant la mise au banc des accusés les coupables de crimes de pouvoir en Mauritanie »

birame1.jpgDans une interview accordée au site de l’Organisation contre les violations des droits humains (OCVIDH), Birame Ould Dah Ould Abeid, le président de l’Initiative de Résistance du Mouvement Abolitionniste (IRA), charge le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz  qu’il accuse de vouloir s’accaparer du pouvoir comme au temps de l’ex-dictateur Mâawiya Ould Sid’Ahmed Taya.  

Pour Birame Ould Dah Ould Abeid, entre Mohamed O. Abdel Aziz et Mâawiya O. Sid’Ahmed Taya qui traine avec lui un lourd passif dans le domaine des droits de l’Homme, c’est bonnet blanc, blanc bonnet.

Birame O. Dah O. Abeid s’inscrit en faux contre le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz qu’il dénie toute intention de vouloir améliorer la situation des droits de l’homme en Mauritanie où persistent encore des pratiques esclavagistes, des exclusions systématiques, des discriminations, des emprisonnements arbitraires.

A ce régime, il ne reconnait la prouesse que dans une démarche de coudoiement de certaines victimes de l’épuration ethnique qui a endeuillé les populations noires de Mauritanie pendant les années de braise.

L’opposition qu’elle tient responsable du fait accompli de l’installation de Mohamed Ould Abdel Aziz au pouvoir n’a pas été épargnée non plus par les critiques du président de l’IRA-Mauritanie.

Pour lui, notre opposition ne fait pas le poids devant le renforcement de l’emprise du pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz sur le pays qui s’accentue de jour en jour en s’appuyant sur certaines personnalités de marque de l’opposition. Il estime que c’est  par défaitisme et manque de confiance en elle même que l’opposition a choisi des semblants d’élections, perdues d’avances, au lieu d’une confrontation au prix lourd mais salvatrice pour la démocratie et l’État de droit.

Au sujet des plaintes pour crimes de torture ou de meurtres déposées contre certaines personnes gravitant autour de Mohamed Ould Abdel Aziz, il a indiqué que les victimes des violations des droits humains passées et celles de nos jours n’ont aucun espoir de voir la justice rendue sous ce régime qui s’appuie allègrement sur des milieux civils et militaires ayant participé activement à la tentative de génocide contre les Noirs et s’adonnent de nos jours aux pratiques esclavagistes et à de faux témoignages sur la persistance de l’esclavage.

Derrière cet échec, Birame Ould Dah Ould Abeid y voit la main invisible du gouvernement français qu’il soupçonne d’entraver « de manière volontaire à toute action judiciaire nationale ou internationale visant la mise au banc des accusés les coupables de crimes de pouvoir en Mauritanie », a-t-il déclaré.

Par ailleurs, Birame Ould Dah Ould Abeid n’a pas manqué de dénoncer les tentatives du régime de Mohamed Ould Abdel Aziz de semer la discorde dans les rangs des victimes des déportations, de tortures, d’emprisonnements arbitraires, d’assassinats massifs…mais également au sein des associations des droits de l’Homme, des mouvements de libération et dans certains partis politiques.

« Je suis obligé de concéder que certaines victimes et certaines formations qui se sont illustrées dans cette lutte pour la reconnaissance des exactions contre les Noirs et leurs réparations sont traversées de nos jours par des tendances gagnées par le doute, le penchant au repos et à certaines sinécures que le système peut procurer en contrepartie de volte-face », a-t-il affirmé en citant à ce propos, le communiqué des FLAM, vantant les mérites des soi-disant cent jours de pouvoir du général Aziz et le refus de certains rescapés des événements de 1989-90 et 91de témoigner comme à l’accoutumée pendant la journée du 28 novembre.

En ce qui concerne la résolution du passif humanitaire, il a affirmé que toute démarche par rapport à ce problème doit impérativement obéir à la prise en compte des paramètres de l’unicité de l’action des associations et formations de défense des victimes et la fermeté sur les principes mondialement observés dans les cas d’espèces, c’est-à-dire : la vérité, la justice, les réparations et la mémorialisation.

Et, pour lui, la manière dont le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz gère ce problème s’apparente plutôt à de la poudre aux yeux (prière pour le repos des âmes des défunts, indemnisation des victimes, rapatriement des déportés…) destinée à occulter et à éviter son règlement.

A cet effet, il a suggéré aux victimes des violations des droits humains en Mauritanie et leurs assistants de mettre à l’épreuve les lois et juridictions au sein du monde libre, notamment les closes concernant la compétence universelle. « Ceci permettra à coup sur d’épingler certains coupables et, de ce fait, obtenir des jurisprudences, ou du moins maintenir la pression sur les présumés criminels », dit-il.

Babacar Baye Ndiaye

( 5 septembre, 2010 )

Conférence de presse de l’ONA : Le bras de fer avec les pouvoirs publics continue

Au cours d’une conférence de presse, organisée à l’hôtel Wissal, ce 24 mai 2008, Me Ahmed Salem Ould Bouhoubeiny, bâtonnier de l’Ordre National des Avocats (ONA), a fustigé la main mise du Ministère de la Justice et du parquet général sur certaines décisions de justice rendues par des magistrats.

Cette conférence de presse fait suite à l’avortement du sit-in que devait tenir, dans la matinée du 24 mai, l’Ordre National des Avocats. L’Ordre National des Avocats a dit son ras-le bol  de voir le Ministère de la Justice et le parquet général continuer à exercer une certaine main mise sur l’appareil judiciaire.  L’interdiction  de tenir  un sit-in pour dénoncer cette situation est venue créer un bras de fer   entre le Ministère de la Justice et l’Ordre National des Avocats qui se regardent maintenant en chiens de faïence.

Derrière cette animosité, la remise en cause de certaines décisions de justice rendues par des juges. « L’Ordre National des Avocats a constaté que certaines décisions de justice devenues définitives particulièrement en matière pénale où nous sommes concernés par les libertés des individus n’ont pas été exécutées alors que les juridictions ont dit leur dernier mot », explique Me Ahmed Salem Ould Bouhoubeiny.

Ces décisions de justice sont relatives à des acquittements des cours criminelles, des condamnations avec sursis, des libertés provisoires. Face à cette situation, l’Ordre National des Avocats (ONA) a aussitôt saisi le procureur général de la République par écrit. « Nous avons également essayé de trouver une solution à ce problème sachant que, par ailleurs, on va lui donner une connotation politique mais déterminés que nous sommes à poser ce problème », a soutenu Me Ahmed Salem Ould Bouhoubeiny.

La balle semble être donc, à l’en croire, dans le camp du parquet général pour trouver une solution à cet état de fait. Le Ministère de la Justice a aussi été informé dans ce sens. « Nous avons été frappés, dit-il, par l’interprétation que se font ceux-ci (le parquet général et le ministère de la justice, Ndlr) de leur acte (des magistrats, Ndlr). Effectivement, ils (les magistrats, Ndlr) voient dans leurs actions une certaine main mise de la tutelle sur la justice et sur certaines décisions de justice ».

Pour lui, c’est grave et inadmissible. « Il ne faut pas compter sur nous pour le soutenir », dit-il. Me Ahmed Salem Ould Bouhoubeiny considère que le parquet général et le Ministère de la Justice n’ont pas le droit de s’immiscer dans certaines décisions de justice rendues par les magistrats. « Il y a des textes qui organisent la justice. En matière pénale, ils sont partie. Et, en tant que partie, ils n’ont que les recours qui sont ouverts à toutes les parties. Sur le reste, ils ont leur devoir qui consiste à appliquer la loi », explique-t-il.

Par ailleurs, Me Ahmed Salem Ould Bouhoubeiny a fustigé l’attitude du parquet général et du Ministère de la Justice qui ne cessent, depuis quelques temps, de contester certaines décisions rendues par les magistrats. « Si les juges sont laxistes ou si leurs décisions ne sont pas bonnes, il y a des solutions qui sont prévues par la loi. Mais, substituer à tout cela une autorité ou une tutelle du Ministère de
la Justice, nous disons non car ce n’est pas prévu par la loi », affirme Me Ahmed Salem Ould Bouhoubeiny qui explique que cela est contradictoire aux principes de l’indépendance de la Justice et de la séparation des pouvoirs.

Me Ahmed Salem Ould Bouhoubeiny a réaffirmé enfin que leur action contre l’immixtion du Ministère de la Justice et du parquet général dans certaines décisions de justice n’a aucun caractère politique. « Ce qu’on défend, c’est l’indépendance de la justice, l’autorité des décisions de justice et l’absence de tutelle du parquet, du ministère public, du pouvoir exécutif sur les juges et les décisions des juges », dit-il. « Nous allons continuer à œuvrer par tous les moyens que nous confère le droit pour dénoncer ce genre de choses et pour que les personnes actuellement en détention arbitraire et abusive soit libérées, pour que telles pratiques cessent et pour à l’avenir qu’on sache que cette tutelle ne peut pas être acceptée », conclut-il.

La mise en garde du Ministère Public

Dans un communiqué rendu au lendemain de la conférence de presse de l’Ordre National des Avocats, le Ministère Public a mis en garde ce dernier contre d’éventuels « actes nuisibles à la bonne marche de la justice et de son impartialité ».

En réaction à la tentative d’organiser un sit-in par l’Ordre National des Avocats, le Ministère Public considère que c’est « une dérive flagrante aux statuts, et au fonctionnement de l’Ordre, ainsi qu’aux moeurs et à la déontologie de la profession d’Avocat ».

Du côté du Ministère Public, on soutient, contrairement aux assertions du bâtonnier de l’Ordre National des Avocats, Me Ahmed Salem Ould Bouhoubeiny, que leur sit-in de la matinée du 24 mai finalement dispersé par les forces de l’ordre « reflète leur désir d’impliquer l’Ordre national des avocats dans la lutte politique qui n’a rien à voir avec son rôle juridique tel quel est fixé par la loi ».

Babacar Baye Ndiaye   

( 5 septembre, 2010 )

Affaire Hanna Mint Mariye : S.O.S. Esclaves résolu à renvoyer l’affaire devant le juge d’instruction

C’est désormais chose faite. Le procureur de la République du tribunal départemental de Teyarett vient de remettre, par une décision judiciaire, Hanna Mint Mariye à ses maîtres. Une telle décision a été aussitôt contestée par Boubacar Messaoud, président de S.O.S. Esclaves, au cours d’une conférence de presse organisée le 23 mai, dans les locaux du Fonadh.

Le sort de Hanna Mint Mariye, une fillette de 11 ans victime de travail servile, préoccupe davantage S.O.S. Esclaves. Ce cas continue de mobiliser cette organisation abolitionniste qui a tiré, au cours de cette conférence de presse, la sonnette d’alarme devant  la récurrence des pratiques esclavagistes en Mauritanie nonobstant la loi  n° 2007-048 du 3 septembre 2007 portant incrimination de l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes.

« Je tiens à vous sensibiliser sur la question du traitement de l’esclavage pour l’application juste et réelle de la loi. Si on n’applique pas la loi, on ne laisse rien aux militants et activistes que le choix d’aller à des extrémités que nous ne voulons pas », adresse-t-il aux journalistes.

Le président de S.O.S. Esclaves Boubacar Messaoud n’a pas non plus manqué de mettre en exergue l’attitude des autorités notamment policières dans l’affaire Hanna Mint Mariye. Il lâche furieux : « On blanchit les crimes dans les commissariats ».

D’après S.O.S. Esclaves, Hanna Mint Mariye a été remise à ses maîtres par le Procureur de la République sans la signature d’un procès verbal de l’enquête qui a été menée à son sujet pour déterminer ou non s’il s’agit bel et bien d’un cas d’esclavage. « On ne devait pas voir l’enfant. On ne devait pas non plus voir sa maîtresse. On ne devait pas voir quelqu’un d’autre tant que le procès verbal n’a pas été signé. C’est ce qui n’est pas normal et cela n’a pas été fait », dénonce-t-il.

Lui emboîtant le pas, Me Fatimata Mbaye a laissé entendre que le parquet n’a pas suffisamment approfondi l’affaire Hanna Mint Mariye pour pouvoir s’édifier réellement  sur cette situation.

Par ailleurs, toujours, selon Me Fatimata Mbaye, le parquet est passé outre mesure le  procès verbal transmis au tribunal par la Brigade des Mineurs qui a conclu au sujet Hanna Mint Mariye qu’il y avait « exploitation de mineur et refus d’accès à l’éducation ». « Le parquet devrait, ne serait-ce que par la qualification qui a été retenue par la brigade des mineurs, approfondir l’enquête.

Ces deux faits sont punissables par le code de protection pénale. En aucun cas, le parquet ne devait pas classer le dossier », dit-elle tout en laissant entendre que l’affaire Hanna Mint Mariye peut être poursuivie devant les juridictions.

S.O.S. Esclaves ne compte pas baisser les bras  dans l’affaire Hanna Mint Mariye. D’ailleurs, Me Fatimata Mbaye a révélé qu’elle va poursuivre  la procédure qui a été retenue par la brigade des mineurs et renvoyer le dossier devant le juge d’instruction du 4ième cabinet chargé des mineurs.

 » Le parquet ne peut pas classer un dossier quand il s’agit d’une exploitation de mineur sans demander un complément d’information. Le parquet aurait pu demander un complément d’information mais il ne l’a pas fait. Il l’a tout simplement classé pour « insuffisances de preuves ». Ce que nous ne comprenons pas », commente-t-elle.

Pour Me Fatimata Mbaye, tout un faisceau de faits (non accès à l’éducation, corvées domestiques…) concorde à dire que Toumène Mint Ahmedou Ould Dhunureiny exploitait Hanna Mint Mariye âgée seulement de 11 ans. Elle est formelle : « . C’est une infraction. La juridiction mauritanienne ne peut se débiner devant un cas pareil ». 

A en croire le président de S.O.S. Esclaves, la Mauritanie est actuellement assisse sur  une poudrière. Toutefois, il demeure optimiste : « Les mauritaniens peuvent tout régler par le dialogue et la concertation et que ce problème-là (affaire Hanna Mint Mariye), ils sont capables de le régler et s’ils le règlent, cela va cimenter leur unité. Par contre, on ne peut pas continuer à manipuler les gens et à se moquer d’eux sans qu’un jour l’un d’entre eux réagisse ».

« Nous, militants des droits de l’Homme et descendants d’esclaves, nous sommes choqués. Nous sommes frustrés. Nous sommes insultés », confie Boubacar Messaoud. A ceux qui déclarent qu’ils n’ont aucune preuve qui témoigne que Hanna Mint Mariye est une esclave, il lance : « Pourquoi ne nous poursuit-on pas pour dénonciation calomnieuse si cette fille n’est pas une esclave ? », s’interroge-t-il.

Babacar Baye Ndiaye

 

( 5 septembre, 2010 )

Présidence du Fndd : L’Ufp passe le témoin à Tawassoul

La présidence tournante du Fndd a changé de main. Après avoir  été conduite par l’Ufp, c’est au tour du parti  Tawassoul de prendre le relais pour un mois. L’événement a donné lieu à un point de presse organisé hier mercredi 20 mai 2009  dans les locaux de Tawassoul en présence des responsables du front. 

Jémil Mansour, le nouveau président du Fndd, se chargera  de continuer l’œuvre de son prédécesseur Mohamed Ould Mouloud. Il s’agit essentiellement de poursuivre le programme  portant sur le combat mené en commun par le Fndd depuis le déclenchement de la crise politique consécutive au renversement de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.

Le programme sera axé notamment sur la mise en place d’une permanence confiée à Moussa Fall qui travaillera en collaboration avec des commissions comprenant tous les représentants des partis regroupés au sein du front  dans le cadre d’un plan d’action suivi .

Le deuxième axe porte sur l’harmonisation des positions du front dans toutes les décisions prises par le Fndd dont désormais le RFD est partie prenante. Le troisième aspect du programme se rapporte au renoncement aux préalables à tout dialogue politique qui étaient jusque-là adoptés par le front depuis l’avènement de la crise. Le dernier axe est le maintien du rejet du calendrier unilatéral fixé par le camp des putschistes.    

Le président de l’Ufp a enfin appelé les pouvoirs publics, en vue de sortir de la crise actuelle d’entamer de nouvelles discussions, de suspendre la campagne électorale et la libération des détenus prisonniers politiques du Fndd, deux conditions que le front pose avant tout dialogue.

Pour lui, c’est la seule possibilité de pouvoir sortir de la crise. « Nous sommes déterminés à faire réussir toute médiation visant à sortir la Mauritanie de cette crise », a-t-il déclaré tout en laissant entendre que les portes du dialogue ne sont point closes.

Les leaders du Front National pour la Défense de la Démocratie n’ont pas manqué non plus de saluer la bravoure des femmes du Fndd qui ont organisé des marches de protestation, des sit-in, des nuits blanches dans le but d’exprimer leur désapprobation au sujet de l’agenda unilatéral que veut leur imposer Mohamed Ould Abdel Aziz

Babacar Baye N’Diaye

( 5 septembre, 2010 )

A moins de 4 jours de la campagne présidentielle : Le Fndd et le Rfd reprennent le combat de la rue

Le Fndd et le Rfd ont organisé, ce lundi 18 mai, une grande marche pour, disent-ils, sauver la Mauritanie des conséquences néfastes de l’agenda unilatéral du régime militaire issu du coup d’Etat du 6 août 2008.

Ainsi, des milliers de personnes, hommes, femmes et principalement des jeunes, tous opposés au coup d’Etat, ont à nouveau investi les artères de la capitale. A moins de 4 jours du début de la campagne présidentielle, la pression du côté du Fndd et du Rfd semble ne pas faiblir. Cette marche intervient en pleine médiation sénégalaise qui en est à son ultime round…

« Les mauritaniens se dresseront contre Mohamed Ould Abdel Aziz pour faire échouer le coup d’Etat du 6 août 2008. On n’acceptera pas non plus les élections du 6 juin prochain », a déclaré le président de l’Assemblée Nationale, Messaoud Ould Boulkhéir. « On est déterminé à aller au bout de notre objectif qui est celui de faire échouer l’agenda unilatéral du général », a-t-il poursuivi.

En outre, Messaoud Ould Boulkhéir a vigoureusement fustigé l’attitude des parlementaires de la majorité parlementaire qu’il accuse de torpiller tout processus de dialogue visant à dénouer la crise politique actuelle. D’ailleurs, il les a qualifiés d’hypocrites à la solde de Mohamed Ould Abdel Aziz. « C’est des gens sans conviction », dit-il.

« Non au coup d’Etat ! Non au coup d’Etat », a martelé Ahmed Ould Daddah, au cours de son intervention. « Non ! Non ! Non à l’agenda unilatéral de Mohamed Ould Abdel Aziz », dénonce-t-il.

Quant à Mohamed Ould Maouloud, il a fait part de son inquiétude, face à l’obstination de Mohamed Ould Abdel Aziz, que la Mauritanie s’enlise davantage dans l’isolement international. « Mohamed Ould Abdel Aziz est en train de nous mener vers le chaos », dit-il. « Ce qu’il est en train de nous proposer n’est rien d’autre que des élections à trouble, à problème. Nous n’en voulons pas de ces élections », a-t-il conclu.

Cette imposante marche des forces anti putsch intervient à un moment ultime de la médiation sénégalaise qui suit son bonhomme de chemin.

Les derniers développements de cette valse diplomatique dirigée de mains de maître par le ministre d’Etat et ministre des Affaires étrangères du Sénégal, Cheikh Tijane Gadio, poussent de plus en plus à l’optimisme si on s’en réfère aux déclarations du haut responsable sénégalais qui était de nouveau à Nouakchott hier et qui est attendu aujourd’hui en même temps que le président Abdoulaye Wade.

Dès lors, pourquoi le Fndd et le Rfd qui avaient suspendu provisoirement le calendrier de leur marche ont repris de nouveau le rythme des manifestations ? Est-ce à dire que le chemin de la réconciliation est en encore très long pour rapprocher les acteurs de la crise politique mauritanienne ?  

Babacar Baye Ndiaye

( 5 septembre, 2010 )

MAMADOU SARR, secrétaire exécutif du FONADH à propos des réfugiés au Mali

« S’il y a retard dans leur retour, c’est essentiellement au niveau du gouvernement mauritanien qui doit prendre des mesures diligentes »sarrfonadh.jpg

Deux ans après le début des opérations de rapatriement des réfugiés mauritaniens vivant au Sénégal, celles concernant les réfugiés au Mali tardent à être démarrées. Du coup, on s’interroge déjà si leur retour aura lieu ou pas.

Parce que, jusqu’à présent, le gouvernement mauritanien n’a pas encore engagé des démarches diplomatiques visant à entamer le processus de rapatriement des réfugiés mauritaniens établis sur le territoire malien. Et aux yeux de Mamadou Sarr qui est le secrétaire exécutif du FONADH, l’Etat mauritanien doit prendre des mesures diligentes afin que nos compatriotes qui sont au Mali puissent rentrer et retrouver leurs droits dans le cadre d’un retour organisé.

Le Rénovateur Quotidien : Les opérations de rapatriement des réfugiés du Mali ne sont pas encore à l’ordre du jour. Qu’est-ce qui explique cette lenteur ?

Mamadou Sarr : Effectivement, au sujet des réfugiés qui sont restés au Mali, rien encore n’a été décidé. Il y a eu déjà un recensement qui a été fait. Mais, tant qu’il n’y a pas un accord triparti entre la Mauritanie, le Mali et le HCR, ces compatriotes ne peuvent pas revenir dans leur pays.

Toutefois, nous continuons à poser le problème pour que, réellement, le traitement qui a été donné aux réfugiés qui étaient au Sénégal, le soit avec ceux qui sont au Mali. C’est regrettable de constater que jusqu’à présent, rien n’a été fait par rapport à leur retour. Les réfugiés qui sont au Mali sont au nombre 15.000 et beaucoup d’entre eux veulent rentrer.

Le Rénovateur Quotidien : A quel niveau, la situation traine-t-elle ? Au niveau du gouvernement mauritanien ? Du HCR ? Ou du gouvernement malien ?

Mamadou Sarr : Elle traine au niveau du gouvernement mauritanien. Dans ce genre de problèmes, c’est le gouvernement mauritanien qui devrait mener les démarches nécessaires. Le HCR, c’est une institution des Nations Unies qui ne peut rien décider par rapport à cette question.

C’est le gouvernement, comme il l’a fait au niveau du Sénégal, qui devrait inciter à trouver une solution dans la mesure où toutes les autorités reconnaissent que ce problème a existé, que la déportation en 1989 a bien eu lieu dans des conditions que tout le monde connait.

Aujourd’hui, le premier pas qui a été fait au niveau du Sénégal devrait l’être au niveau du Mali. S’il y a retard dans leur retour, c’est essentiellement au niveau du gouvernement mauritanien qui doit prendre des mesures diligentes afin que nos compatriotes au Mali puissent retrouver leurs droits dans le cadre d’un retour organisé.

Le Rénovateur Quotidien : Peut-on comprendre par là que le régime de Mohamed Ould Mohamed Ould Abdel Aziz est moins engagé que celui de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi par rapport à cette question ?

Mamadou Sarr : Ce qu’il faut comprendre, c’est que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a fait un grand pas en reconnaissant, de manière officielle, ce qui s’est passé durant les années de braise. Il faut reconnaitre cela et qu’en plus, il y a eu un processus qui a été commencé avec lui en 2008 pendant qu’il était Président de
la République.

Il a lancé le premier jalon. Mais en outre, il faut reconnaitre qu’avec l’arrivée de Mohamed Ould Abdel Aziz, les choses ont continué. A ce niveau, je pense que chacun a joué son rôle par rapport à cette question. Si après le coup d’Etat du 6 août 2008, il y avait eu arrêt du processus, c’est ce qui allait être dommageable.

Aujourd’hui, 19.000 de nos compatriotes qui étaient au Sénégal sont rentrés. On peut dire qu’il y a eu un effort par rapport à cela. Même s’il y a des insuffisances, on peut dire que le processus de retour, une fois amorcé, a continué.

Le Rénovateur Quotidien : Depuis le 31 décembre 2009, les opérations de rapatriement assisté du HCR ont pris fin. Le fait que cette institution se retire vous rassure-t-il par rapport aux opérations de rapatriement dont le chapitre semble clos ?

Mamadou Sarr : Non, le chapitre n’est pas clos ! Au niveau du HCR, il y a un processus. Le premier processus, c’était un processus assisté. Ce processus n’est pas définitivement arrêté. Seulement, il fallait que la commission tripartite se réunisse pour voir et éventuellement analyser la situation.

Mais, à ce niveau, jusqu’à présent, la commission ne s’est pas encore réunie. Donc, le processus en tant que tel n’est pas arrêté. Il est arrêté par rapport à la première approche. Nous pensons que, dans les meilleurs délais, la commission tripartite va se réunir.

Et d’autres processus vont être enclenchés. Tant que cette commission ne s’est pas encore réunie, on ne peut pas enclencher un autre processus. Aujourd’hui, ce qui est sûr, c’est qu’il y a une forte demande de la part de ceux qui sont restés au Sénégal notamment dans les grandes villes. On dénombre parmi eux des fonctionnaires qui veulent rentrer.

Le Rénovateur Quotidien : Au sujet de l’intégration effective de tous les fonctionnaires et agents de l’Etat qui ont été illégalement radiés de la fonction publique, la manière dont elle est gérée par le pouvoir en place, vous semble-t-elle répondre à vos préoccupations et celles des victimes ?

Mamadou Sarr : L’approche qui a été utilisée pour les fonctionnaires de l’Etat me parait bonne. On peut dire que c’est une commission dirigée par le directeur de la fonction publique qui a été désignée au niveau du Conseil des ministres pour essayer de piloter ce dossier.

La manière dont les recensements ont été menés nous satisfait dans la mesure où on a essayé de faire des recensements aussi bien au niveau des agents et fonctionnaires qui sont en Mauritanie et au niveau de ceux qui sont à l’extérieur. On a quand même tenu en compte toutes nos préoccupations à savoir que toutes les victimes soient recensées. Maintenant, il s’agit de savoir comment le dossier va être traité au niveau de cette commission.

Il faut savoir aussi que ce n’est pas seulement les fonctionnaires et agents de l’Etat qui sont concernés. Il y a aussi d’autres travailleurs qui ont servi au sein de certaines entreprises nationales comme la SNIM, la SOMELEC ou comme d’autres sociétés. Ces personnes n’ont pas été prises en compte. Nous espérons qu’elles seront rétablies. Au niveau de cette action, il faut qu’on tienne en compte les autres catégories qui ont été victimes comme les paysans et les éleveurs. Quel est le sort qui leur sera-t-il réservé ?

Quand on parle de réconciliation nationale, il faut prendre en considération tous les facteurs, les problèmes  et essayer de façon consensuelle à trouver des solutions. Telle est notre démarche et nous allons continuer à appuyer cela pour que vraiment toutes les victimes puissent être rétablies dans leurs droits. On peut dire qu’il y a un pas qui a été déjà fait.

On sent une volonté politique de régler cette question. Nous ne pouvons qu’apporter notre appui. L’ensemble des problèmes des déportés doit être pris dans leur globalité et nous pousserons les autorités compétentes à prendre en considération toutes leurs préoccupations en vue de créer un déclic.

Le Rénovateur Quotidien : Parmi les questions en suspens dans le cadre du règlement du passif humanitaire, il y a celle relative à l’ouverture d’une enquête indépendante afin de clarifier le sort des personnes portées disparues, d’identifier et de traduire en justice les auteurs. Croyez-vous que Mohamed Ould Abdel Aziz va oser franchir le rubicond en l’ordonnant par exemple ?

Mamadou Sarr : Quand un Président de la République reconnaît qu’il y a eu une situation, cela nous réconforte. Aujourd’hui, je crois qu’aucun mauritanien n’ignore ce qui s’est passé. La meilleure solution, c’est d’avoir le courage de poser le problème. C’est pourquoi nous disons que le passif humanitaire reste aujourd’hui un problème pendant.

Nous estimons que la meilleure approche, c’est de mettre en place une commission d’enquête indépendante qui disposera de toutes ses prérogatives pour faire la lumière de ce qui s’est passé. Les coupables doivent être jugés. Quand nous demandons qu’ils soient jugés, cela ne veut pas dire qu’on demande à ce qu’on leur coupe la main. Tel n’est pas notre objectif. Notre objectif, c’est que plus jamais, de telles choses ne se passent en Mauritanie.

Le seul moyen de le faire, c’est que les victimes sentent que les bourreaux ont été jugés. C’est notre approche et nous continuons à le faire. On a donné « quelque chose » aux veuves et ayants droits mais nous estimons que ce n’est pas suffisant, en tout cas, pour régler le problème du passif humanitaire.

Même le Président de la République doit être conscient que cela ne règle pas fondamentalement le problème parce que si tel était le cas, la question serait réglée depuis très longtemps. Pour nous, le devoir de mémoire est très important, le devoir à la vérité c’est-à-dire mener des investigations. Cette commission doit être mise en place. Mais, essayer de rester dans le flou ne réglera pas fondamentalement cette question.

C’est pour cette raison que nous insistons sur la mise en place de cette commission indépendante pour que réellement ce problème du passif humanitaire comme le problème des victimes des évènements de 1989. Par rapport à ce dernier point, on a mis en place une commission chargée de statuer sur la situation des déportés. Pourquoi ne pas avoir la même approche par rapport au passif humanitaire ?

Aujourd’hui, le seul moyen de permettre aux mauritaniens de se réconcilier, c’est de mettre en place cette commission qui va faire toute la lumière et trouver une solution idoine à ce problème.

Le Rénovateur Quotidien : Concrètement, qu’est-ce qui retarde la mise en place de cette commission d’enquête indépendante ?

Mamadou Sarr : Je n’ai pas d’informations précises là-dessus. Bientôt, nous allons demander à rencontrer le Président de la République. Je tiens à rappeler que le jour de sa démission (pour se présenter à l’élection présidentielle du 18 juillet 2009, Ndlr), il nous a reçus et nous lui avions expliqué l’ensemble de nos préoccupations par rapport au passif humanitaire, aux déportés, à l’esclavage, à l’impunité, à la corruption et surtout au problème des terres.

Cet aspect foncier pose un sérieux problème. Aujourd’hui, il est élu. Nous allons le rencontrer pour voir l’état d’avancement de ces dossiers. Il y a certains pas qui ont été accomplis au niveau de certains dossiers mais nous estimons que beaucoup de choses restent à faire. Donc, aujourd’hui, étant lu, il doit être en mesure, par rapport à nos préoccupations, de pouvoir donner des réponses. Nous pensons qu’il y va de l’avenir de la Mauritanie. Déjà, il y a une piste sur laquelle on est engagé, il faut aller jusqu’au bout.

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez tantôt évoqué le problème foncier. Il semblerait que les rapatriés seraient installés sur des terres appartenant à des autochtones comme la communauté Harratine. Une telle situation ne risque-t-elle pas de dégénérer ?

Mamadou Sarr : Dans l’accord triparti, il était clair que les rapatriés doivent disposer de leurs biens mobiliers et immobiliers dont les terres agricoles. Mais, ce que nous sentons aujourd’hui, que surtout, au niveau de l’autorité locale, il n’y a pas une volonté de régler ce problème. Quelqu’un qui avait un périmètre qu’il a aménagé, s’il revient, il n’y a pas de raison qu’on ne lui remette pas ses terres.

Je donne l’exemple de Médina Salam. Un cas flagrant. La personne est venue s’installer sur son terrain, au lieu que l’autorité locale l’aide à ce qu’elle puisse reprendre ses terres, on lui crée des problèmes. D’abord, on l’arrête, le défère et ensuite on autorise quelqu’un d’autre à exploiter ses terres. C’est cela qui crée la frustration.

Des gens se sont accaparés des terres des rapatriés. Ce n’est pas normal et il faudrait qu’au plus haut niveau qu’on se penche sur cette question foncière sinon elle peut être grosse de tensions. Cela peut pousser les populations à réagir. Je vous rappelle qu’il y a eu une circulaire sortie au mois de mai 2009 par rapport à cette question. On est au mois de février et jusqu’à présent, cette question n’est pas encore réglée.

En tout état de cause, les rapatriés ne demandent qu’à être rétablis dans leurs droits. Malheureusement, malgré leur patience, il n’y a pas de répondant. C’est là où le bât blesse par rapport à cette question foncière.

Propos recueillis par

Babacar Baye NDIAYE          

( 5 septembre, 2010 )

Après le refus de leur accorder le visa, des étudiants sortent dans la rue pour exprimer leur colère

Depuis quelques jours, plus d’une trentaine d’étudiants sortant de l’Université de Nouakchott occupe le périmètre qui fait face à l’ambassade de Nouakchott pour dénoncer le refus de celle-ci de leur accorder le visa. Alors que les universités françaises leur ont déjà assuré les inscriptions.

Les étudiants mauritaniens n’en sont pas à leur première manifestation de colère et de ras-le-bol contre les conditions humiliantes de demande de visa. On se rappelle que l’année dernière encore, c’était le même scénario.

Aujourd’hui, du fait de la qualité d’enseignement qu’offrent les universités françaises, celles-ci sont devenues, du coup, la destination privilégiée des jeunes étudiants africains. Ainsi, de nombreux jeunes étudiants mauritaniens, comme Soumaré El Hadj, ont envie de poursuivre leurs études post-maîtrise au pays de Victor Hugo et de Nicolas Sarkozy. Mais, leur optimisme n’est pas souvent au rendez-vous.

« Voilà, depuis, plus de deux semaines, que nous avons déposé nos demandes de visas. Tous nos dossiers sont complets. Mais, ils ont été tous rejetés par l’ambassade de France sans motif ni justification. Alors que nous avons payé les frais de demande de visa qui avoisine les 100″, indique cet étudiant qui vient de décrocher sa maîtrise en Géographie.

Et, pour faire entendre raison aux services de l’ambassade de France, ils ont exigé une entrevue avec le Consul qui n’a pas daigné pointer le nez dehors et les recevoir. Une attitude qui n’a pas été du tout à leur goût.

Babacar Baye NDIAYE  

( 5 septembre, 2010 )

En Mauritanie, « plus d’un million de personnes demeurent soumis à l’esclavage », révèle Birame Ould Dah, président de l’I.r.a.

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Lors d’une allocution à l’occasion du forum-conseil général du Parti Radical non-violent transnational à Barcelone, qui s’est déroulé du 3 au 5 septembre, le président de l’Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste de Mauritanie (I.r.a.) a, une nouvelle fois, voué aux gémonies l’Etat mauritanien. Selon lui, l’actuel régime serait en train d’encourager la « gouvernance raciste et esclavagiste ».

Esclavage, exclusion, marginalisation systématique, injustice…Birame Ould Dah Ould Abeid n’y va pas de main morte pour discréditer les pouvoirs publics aux yeux des participants du forum en vue d’espérer qu’ils exercent, à leur tour, la pression sur leurs gouvernements respectifs. L’objectif étant de les pousser à être plus exigeants en matière de promotion et de respect des droits de l’Homme en Mauritanie.

Le président de l’I.r.a. n’a pas manqué d’attaquer, dans le même ordre d’idées, l’absence de volonté de la part des pouvoirs publics dans l’optique d’éradiquer le phénomène de l’esclavage. « Le racisme d’Etat s’érige en loi et en mentalité auxquelles les noirs sont opiniâtrement et aveuglément soumis pour défendre des privilèges indus au nom du chauvinisme, du fascisme et de l’ethnicité arabe aux relents d’un nazisme exacerbé », explique-t-il.

Puis, sur un ton teinté d’humour et goguenard, Birame Ould Dah Ould Abeid, comme pour balayer d’un revers de la main toute volonté de la part de l’Etat de combattre l’esclavage et le racisme d’Etat, il indique aux participants que  »
la République Islamique de Mauritanie est le pays qui détient le record des absolutions de l’esclavage à travers le monde ». Il ajoute, cette fois-ci, sur un air moins sarcastique et grave : « C’est aussi l’Etat qui possède l’arsenal juridique le plus impressionnant mais qui reste envers et contre tout, rangé dans les tiroirs au grand bonheur des esclavagistes qui pullulent ».

Pour couronner le tout, il avance des chiffres assez effarants et très révélateurs de l’ampleur du phénomène de l’esclavage en Mauritanie. « Plus d’un demi millions de personnes demeurent soumis à l’esclavage grâce à la diligence entre les maîtres arabo-berbères et les autorités publiques », révèle-t-il.

Ensuite, il se met à parler de « manœuvres pour maintenir l’esclavage à travers le ralentissement du rythme de l’émancipation »,  de « blocage pur et simple de l’application des lois existantes par le truchement du système judiciaire et ses auxiliaires », de « connivence entre les autorités judiciaires, sécuritaires et administratives avec les propriétaires d’esclaves » mais également « la nonchalance manifeste vis-à-vis du règlement des cas soumis » d’esclavage avant d’évoquer le racisme d’Etat.

Par rapport à ce point, il n’hésite pas à charger l’Etat. Et lui faire avaler toutes sortes de couleuvres. Tenez par exemple sur la discrimination qui frappe les Harratines et les Négro-africains. Les révélations deviennent de plus en plus appétissantes, au fil de son allocution, toutes tirées de la réalité quotidienne. Là, il n’hésite pas à tremper le doigt. Les nationalistes arabes, les féodaux, les médias publics et les islamistes esclavagistes sont brocardés et nul n’échappe à la tondeuse du président de l’I.r.a.

« Les quelques noirs vus çà et là en guise de coloration sont l’arbre qui cache la forêt. Sur les 30 ministres que compte aujourd’hui le gouvernement, 23 sont blancs. Les recrutements des fonctionnaires dans les corps civils et les officiers dans les corps militaires et paramilitaires sont soumis à des critères discriminatoires qui excluent de façon quasi-totale les Noirs. Ils sont en général arbitrairement  bloqués au tableau d’avancement de manière à justifier la prédominance des arabo-berbères aux hauts postes de responsabilité », commente Birame Ould Dah Ould Abeid.

Les parenthèses de sang en 1986 puis 1987, le cycle d’épuration raciale en 1989 sanctionné par la déportation des Négro-africains au Sénégal et au Mali et le génocide perpétré entre 1990 et 1991 traduisent, aux yeux du président de l’I.r.a., une « politique de vidage » et une « forte dynamique d’arabisation ».

« Dans ses stratégies soigneusement copiées aux régimes racistes de l’ex-Irak,
la Syrie et le Soudan, on assiste actuellement, comme par le passé, à une institutionnalisation systématique de la discrimination. Un racisme d’Etat est instauré. Et la situation, n’augure d’aucune volonté de changement ni dans le court, ni dans le long terme », met-il en garde.

Au bout du compte, Birame Ould Dah Ould Abeid repart du forum de Barcelone avec le sentiment d’avoir marqué des points dans le processus de création de véritables pôles de pression sur le régime en Mauritanie pour appliquer toutes les conventions et lois internationales ratifiées sur l’esclavage et la discrimination.

Babacar Baye NDIAYE

( 6 septembre, 2010 )

Communiqué du Conseil des Ministres du 06/09/2010

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Le Conseil des Ministres s’est réuni le lundi 06 Septembre 2010 sous la Présidence de son Excellence Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz, Président de la République. Le Conseil a également examiné et adopté les projets de décrets suivants:

- Projet de décret accordant le permis de recherche n°1024 pour les substances du groupe 1 (Fer) dans la zone de Guelb Lehdej (Wilaya du Tiris Zemmour) au profit de la société Tayssir Resources.

- Projet de décret accordant le permis de recherche n°1044 pour les substances du groupe 2 (Or) dans la zone d’Agmamin (Wilaya du Tiris Zemmour) au profit de la société SMCRP.

- Projet de décret accordant le permis de recherche n°1063 pour les substances du groupe 1 (Fer) dans la zone Sud Ouest Kedia D’jil (Wilaya du Tiris Zemmour) au profit de la société Négoce International.

- Projet de décret accordant le permis de recherche n°1064 pour les substances du groupe 4 (Uranium) dans la zone Nord Ouest Bir Nar (Wilaya du Tiris Zemmour) au profit de la société Négoce International.

- Projet de décret accordant le permis de recherche n°1074 pour les substances du groupe 2 (Or) dans la zone de Mbalou (Wilaya du Guidimagha) au profit de la société Shield Saboussiri Mining Mauritania S.A.

- Projet de décret portant nomination du Président et des membres du Conseil d’Administration de la Fondation Nationale pour la Sauvegarde des Villes Anciennes.

La Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération a présenté une communication relative à la situation internationale.

Le Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation a présenté une communication relative à la situation intérieure.

Le Ministre de la santé, Ministre des Affaires Islamiques et de l’Enseignement Originel par intérim a présenté une communication relative à l’Organisation du Pèlerinage pour l’Année 1431H -2010.

Cette communication présente le cadre organisationnel du Pèlerinage et statue sur l’ouverture de la période d’enregistrement des pèlerins du 12 au 30 septembre 2010. Elle indique également la charge du pèlerin qui est en baisse comparativement à la saison précédente.

Le Ministre de l’Emploi, de la Formation Professionnelle et des Nouvelles Technologies a présenté une communication relative à l’augmentation de la capacité d’accueil des établissements de la Formation Technique et Professionnelle.

Cette communication, outre les mesures d’accompagnement qu’elle préconise, informe que la prochaine rentrée scolaire verra la capacité d’accueil des établissements de formation professionnelle atteindre 1500 stagiaires soit 38% d’augmentation.

Rappelant le phénomène de la Gazra et son incidence de précarité sur la vie de nos populations, le Président de la République a engagé le Gouvernement de rapidement finaliser les opérations de recasement en cours et de circonscrire définitivement ce phénomène. Il a ensuite ordonné de réaliser des campagnes hardies de lutte contre le Paludisme notamment à travers des programmes réguliers et de distribution systématique et contrôlée des moustiquaires et actions nécessaires à cette campagne.

Et enfin le conseil a pris les deux mesures individuelles suivantes:

Ministère de la Justice
Cabinet du Ministre


Inspection Générale de l’Administration Judiciaire et Pénitentiaire

Inspecteur Général: Abderrahmane Ould Abdi, Magistrat hors cadre.

Ministère des Affaires étrangères et de la Coopération
Secrétariat Général

Secrétaire Général : Hasni Ould Fqih, Professeur de l’Enseignement Supérieur

( 8 septembre, 2010 )

Après deux jours passés dans le coma, Le jeune Ramdane Ould Mohamed, âgé de 21 ans, s’est éteint

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Le jeune Ramdane Ould Mohamed, après avoir passé deux jours dans le coma, s’est éteint, à l’âge de 21 ans, dimanche matin, au Centre Hospitalier National (C.h.n.) de Nouakchott, a-t-on appris de source proche de la famille.

Pour rappel, ce jeune homme avait reçu une balle entre le nez et la pommette gauche. Cet incident a eu lieu dans la nuit du jeudi 15 au vendredi 16 juillet, au quartier Pk 10 arrêt 7 de Riadh, à Livrick, une boite du coin très célèbre. Cet endroit accueille souvent des soirées et des cérémonies de mariages.

Cette nuit-là, il y’avait, une cérémonie d’Oscars des Vacances organisés par l’association Fass-Diom. Devant la porte de la boite, deux policiers qui n’appartiennent pas au commissariat de la Police de Riadh assurent l’ordre. Alors qu’ils sont en dehors de leurs temps de service.

Selon les témoins Haby Bâ et Brahim Boubou Niang, tout commence par une fouille suivie d’altercation verbale et d’un accrochage entre Ramdane Ould Mohamed et l’un des policiers. Le second policier intervient et donne des coups de gifle et de poings. La foule tente d’intervenir, puis subitement, on entend un coup de feu lâché par l’un des policiers.

Soudainement, Ramdane Ould Mohamed s’écroule. « Je l’ai trouvé gisant sur le sol. J’ai cru qu’il était mort. J’ai tâté son cœur. Je me suis rendu compte qu’il était encore en vie », raconte El Hadj Niang, un de ses amis.

Aussitôt, des éléments de la Garde Nationale, présents sur les lieux, le transportent, dans leur pick up. Direction : le Centre Hospitalier National de Nouakchott où il sera admis au Bloc Réanimation Polyvalente. Quelques heures plus tard, on annonce que les deux policiers sont arrêtés et gardés à vue à la Brigade Anti-drogue sis à Tévragh-Zéina.

On apprendra, aussi, que le brigadier en chef du commissariat de Police de Riadh est arrêté pour avoir accordé une pseudo-autorisation, à l’insu du commissaire de Police qui a dégagé sa responsabilité dans cette affaire, aux organisateurs de la cérémonie des Oscars des Vacances qui ont été, à leur tour également, appréhendés.

Au matin du vendredi, au bloc opératoire, l’ambiance était lourde et triste. Amis et parents étaient tous là. Chacun priait pour que Ramdane Ould Mohamed se tire d’affaire. L’un d’entre eux ne put s’empêcher d’extérioriser sa colère et d’interpeller le Président de la République.

« Si, on pouvait voir le Président de la République, on allait le faire pour lui dire de prendre des mesures fermes au sujet des bavures policières. Sinon, ça risque de ternir l’image de son pouvoir. Pourquoi, les gens ont vomi Mâaouiya, c’est à cause de la Police. Une, deux, les policiers giflent les gens. Ils frappent. Ils bastonnent. Ils maltraitent. Ils ont la gâchette facile et se comportent de manière irresponsable. Dans les marchés, ils ridiculisent les femmes, renversent leurs bagages. Ils ne sont là pour personne ni pour l’Etat. Ils sont là juste pour leurs poches », affirme Mohamed Ould Boilil, grand-père de Ramdane Ould Mohamed dans un accès de colère.

Ce qui intrigue, aussi, ce vieux d’une soixante dizaine d’années, c’est de voir le pays replonger en arrière à cause de l’impunité et de l’inertie de la justice. « A chaque fois qu’un policier commette une bêtise, on cherche un argument. On dit que la victime était droguée ou était en état d’ivresse », s’indigne ce vieux.

Vers les coups de midi, Ramdane Ould Mohamed est admis au bloc opératoire. Une heure plus tard, on annonce qu’il sera impossible de l’opérer car sa tension a fortement chuté et a perdu beaucoup de sang. Le voilà qui est à nouveau réadmis au Bloc Réanimation Polyvalente car sa situation semble très critique. « On ne va pas laisser cette affaire comme ça. On va porter plainte », confie un membre de la famille du jeune homme.

Le lendemain, samedi, la situation de Ramdane Ould Mohamed ne s’est guère améliorée. Les supérieurs de la Direction Générale de la Sûreté Nationale (D.g.s.n.) mise au parfum de cette affaire sont là. Ils promettent de s’occuper du cas de Ramdane Ould Mohamed en assurant les frais d’hospitalisation.

Dimanche matin, après deux jours passés dans le coma, le jeune Ramdane Ould Mohamed rend l’âme, à l’âge de 21 ans. Selon une source policière, le jeune policier qui a été, à l’origine du coup de feu qui coûtera plus tard la vie de Ramdane Ould Mohamed, est actuellement gardé à vue à la deuxième compagnie de la Brigade de Police qui se trouve sur la route de l’aéroport.

Le Ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation Mohamed Ould Boilil s’est rendu au domicile de la famille de la victime pour présenter ses condoléances. Reste maintenant à savoir quel sort sera-t-il réservé au jeune policier ?

Babacar Baye NDIAYE

( 8 septembre, 2010 )

L’ambassade de France en Mauritanie s’explique sur le rejet des demandes de visa des étudiants

Ayant bien compris qu’il est du devoir des journalistes de se faire l’écho des interrogations des citoyens, l’ambassade de France en Mauritanie a tenu, dans l’après-midi du 7 septembre 2010, une réunion d’explications visant à justifier le rejet des demandes de visa des étudiants mauritaniens pour l’année universitaire 2010-2011.

Tour à tour, François Dall’Orso, Premier Conseiller, Daniel Jimenez, Consul, Sylvain Fourcassie, Conseiller de Coopération et d’Action Culturelle, Julien Rouyat, Attaché de Coopération et Armand Marcarian, 2ème Conseiller, ont balayé d’un revers de la main les accusations des étudiants demandeurs de visa.

Non sans user de temps en temps de la langue de bois. Comme par exemple, lorsqu’il s’agit de dire s’il y’a bel et bien du favoritisme et de la discrimination dans le traitement des dossiers de demande de visa.

Dans leurs explications qu’ils ont fournies pour justifier le rejet des demandes de visa de certains étudiants mauritaniens, ils ont avancé une pluralité de conditions qui entrent en ligne de mire au moment de l’examen des dossiers de demandes de visa. A cet égard, ils ont soutenu que beaucoup d’étudiants mauritaniens demandeurs de visa ne disposent suffisamment pas de ressources pour pouvoir poursuivre leurs études en France.

Il faut souligner également, dans ce sens, l’obtention du visa se joue souvent au niveau de ce qu’on appelle les épreuves de sélection. Là, aussi, il faut qu’il y’ait entre autres critères déterminants dans l’acceptation des demandes de visas des étudiants une connaissance suffisante de la langue française, une cohérence dans le parcours académique des intéressés. Et, c’est, à ce niveau-là, plus exactement que tout se joue et se décide. Mais, aussi, où beaucoup d’étudiants pêchent.

En un mot, la plupart des étudiants mauritaniens demandeurs de visa ne remplissent pas ces critères. D’où leur rejet pour éviter, d’après leurs explications, de cautionner des échecs prévisibles tout en répétant qu’il n’y avait rien de discrétionnaire dans leurs critères de délivrance des visas.

Ce qu’ils n’ont pas manqué, d’ailleurs, de souligner en rappelant que le visa n’est pas un droit mais une décision souveraine de l’Etat. Sous-entendu que le dépôt de demande de visa ne vous donne pas illico presto, malgré que vous ayez obtenu une inscription de la part d’une université française, l’obtention du visa.

Ce que, malheureusement, ne comprennent pas souvent les étudiants mauritaniens. Ainsi, l’ambassade de France en Mauritanie qui a refusé, l’année dernière, 25 % des demandes de visa des étudiants mauritaniens, en attendant qu’elle délivre les statistiques de cette année, espère, à travers cette réunion d’explications, que ce scénario qui revient en épouvantail à chaque année ne se reproduise plus.

Babacar Baye NDIAYE

( 14 septembre, 2010 )

Aminétou Mint El Moctar juge la Télévision de Mauritanie

La Présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille (A.f.c.f.), Aminétou Mint El Moctar, qui a comparé la Télévision de Mauritanie (T.v.m.) à un décor, a affirmé que celle-ci ne répondait absolument pas aux aspirations et aux expectatives de la population.

« Les Mauritaniens s’attendent à être éduqués par la Télévision de Mauritanie à travers des émissions de sensibilisation, d’orientation et d’éducation. Sur ce plan, c’est zéro », a-t-elle indiquée tout en demandant le toilettage des programmes de cette chaîne d’Etat.

Aujourd’hui, de plus en plus, la Télévision de Mauritanie est critiquée pour ses grilles de programmes jugées d’une autre époque et notamment pour son manque d’ouverture. Tout le monde n’a pas accès à ce média public et d’Etat principalement la société civile qui doit faire preuve d’accointance, de soumission et d’allégeance avec le pouvoir en place pour qu’elle se voie accorder un temps d’antenne ou inviter à des émissions de débat.

L’image de la Télévision de Mauritanie n’a jamais été aussi écornée comme elle l’est aujourd’hui et suscité tant de désamour et de désintéressement de la part des Mauritaniens qui préfèrent regarder des chaînes de télévision étrangères comme France 24, TV5, Al Jazeera, la 2STV, l’ORTM, 2M…que leur propre chaine de télévision nationale.

Pour la présidente de l’A.f.c.f., la réponse est à chercher même dans les programmes de la Télévision de Mauritanie. « Le Président de la République est parti. Le Ministre est revenu. Celui-ci a rencontré ou reçu celui-là. Mais, cela n’intéresse véritablement pas les Mauritaniens. Les programmes de la TVM sont pauvres et complètement déconnectés de la réalité », explique-t-elle sur un ton narquois.

S’engager dans un processus de réforme et d’adaptation de ses grilles de programme par rapport aux questions qui interpellent les Mauritaniens comme celles relatives aux droits de l’Homme et à la bonne gouvernance, c’est là, selon Aminétou Mint El Moctar, l’effort à consentir par la TVM pour soigner son image auprès du public.

Puis, elle précise que si on critique la Télévision de Mauritanie, c’est pour que les choses s’améliorent et changent. « Nous ne cherchons pas le pouvoir. On est contre personne. Aussi, on est avec personne. On est là pour l’intérêt des populations pour changer les pratiques néfastes qui ne servent pas le peuple Mauritanien. Notre rôle, c’est d’attirer les pouvoirs publics sur ce qui ne va pas et cela, nous ne pouvons le faire qu’à travers les médias comme
la Télévision de Mauritanie« , dit-elle.

Aminétou Mint El Moctar ajoute enfin qu’on ne peut pas aspirer à changer les mentalités des Mauritaniens sans que la TVM n’y participe. « Mais, il faudra qu’elle s’ouvre à tous ceux qui sont prêts à aider dans le changement des mentalités », affirme-t-elle sous forme de plaidoyer et d’appel du pied.

Babacar Baye NDIAYE 

( 15 septembre, 2010 )

Réunion du Conseil des ministres du 14 septembre 2010

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Le Conseil des ministres s’est réuni ce mardi matin, au palais présidentiel à Nouakchott, sous la présidence de Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz, Président de la République.

Le Conseil a examiné et approuvé le projet de loi autorisant ratification de l’accord de prêt signé le 5 septembre 2010 à Djeddah entre le Gouvernement de la République Islamique de Mauritanie et la Banque Islamique de Développement (BID), destiné au financement du programme d’alphabétisation et d’apprentissage des métiers pour la réduction de la pauvreté.

L’accord de prêt porte sur un montant de 7.740. 000 Dinars Islamiques (DIS), soit l’équivalent de 3.350.000.000 Ouguiyas; il doit permettre la création des opportunités d’accès à l’enseignement non formel pour tous et au financement des micro projets en vue de mieux lutter contre l’analphabétisme et d’améliorer les capacités nationales en général et productives en particulier.

Le Conseil a également examiné et adopté les projets de décrets suivants :

- Projet de décret portant nomination du Président et des membres du Conseil d’Administration de l’Institut Pédagogique National (IPN).

- Projet de décret accordant le permis de recherche n°711 pour les substances du groupe 2 (Or) dans la zone de Karet Centre (Wilaya du Tiris Zemmour) au profit de la société Managem.

- Projet de décret accordant le permis de recherche n°1045 pour les substances du groupe 4 (Uranium) dans la zone Nord Agmamin (Wilaya du Tiris Zemmour) au profit de la société SMCRP.

- Projet de décret accordant le permis de recherche n°1049 pour les substances du groupe 1 (Fer) dans la zone Ouest Freiou (Wilaya du Tiris Zemmour) au profit de la société SMCRP.

La Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération a présenté une communication relative à la situation internationale.

Le Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation a présenté une communication relative à la situation intérieure.

Le Ministre du Pétrole et de l’Energie a présenté une communication relative à la situation de la Société Mauritanienne d’Electricité (SOMELEC). Cette communication présente un diagnostic de la situation de la SOMELEC.

Le Ministre de l’Emploi, de la Formation Professionnelle et des Nouvelles Technologies a présenté une communication relative au secteur des nouvelles technologies et l’évaluation d’une décennie de libéralisation du secteur des télécommunications. La communication met en exergue les perspectives de reformes pour aboutir à une véritable redynamisation et modernisation du secteur.

Le Ministre Délégué auprès du Premier Ministre chargé de l’Environnement et du Développement Durable a présenté une communication relative à la campagne nationale de protection des pâturages et de lutte contre les feux de brousse 2010-2011.

Cette communication fait le bilan de la campagne 2009- 2010 qui a enregistré des résultats relativement satisfaisants. Au titre de la campagne 2010-2011, l’objectif fixé est de diminuer de moitié le départ des feux et de 40% des superficies brulées par rapport à l’année 2009/2010.

Rappelant les reformes envisagées pour assainir le secteur de la justice, le Président de la République a instruit le Gouvernement pour appuyer toutes les mesures prises et susceptibles de renforcer l’indépendance de la justice et d’asseoir l’Etat de droit.

Enfin, le Conseil a pris les mesures individuelles suivantes:

Ministère de l’Enseignement Secondaire et Supérieur
Administration Centrale

Direction de l’Enseignement Supérieur
Directeur: Ali Ould Mohamed Salem, Professeur d’Enseignement Supérieur

Ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports
Cabinet du Ministre

Chargé de mission: Mohamed Ould Taleb, Professeur, Poète.
Conseiller technique chargé des activités régionales: Sid’Ahmed Ould Houcein, précédemment conseiller chargé des Sports.

Conseiller technique chargé des Sports: Ba Alioun Gata, Professeur, précédemment cadre au Cabinet du Ministre.

Inspection Interne
Inspecteur chargé des Sports: Souleimane Ould Bouna Moctar, titulaire d’une Maîtrise en Lettres, précédemment Directeur Général de la Bibliothèque Nationale.

Administration Centrale

Direction des Etudes, de la Programmation et de la Coopération
Directeur: Had Maaloum Ould Baba, Professeur d’Enseignement Supérieur.

Direction de la Promotion de la Jeunesse
Directeur: Sidi Mohamed Ould Taleb, précédemment Délégué Régional au Hodh El Gharbi.
Directeur Adjoint: Djigo Mamadou Abdoul, Inspecteur principal Jeunesse et Sports.

Direction des Loisirs

Directeur: Ahmed Ould Beibeny, précédemment Directeur des Etudes, de la Programmation et de la Coopération.
Directeur Adjoint: Mohamed Ould Moustapha, précédemment Directeur Adjoint de la Jeunesse.

Direction du Sport Haute Compétition
Directeur : M’Bodj Amadou Ousmane, Professeur Education Physique et Sportive, précédemment cadre au Cabinet du Ministre.
Directeur Adjoint: Larabass Ould Malik, Professeur Education Physique et Sportive, précédemment Cadre au Cabinet.

Direction Education Physique et Sportive
Directeur: Zeidane Ould Sidati Ould Zein, Maître Education Physique et Spotive.

Etablissements publics

Institut Mauritanien de Recherche Scientifique
Directeur Général Adjoint: Bechiri Ould Mohamed, Professeur d’Enseignement Supérieur

Etablissement Bibliothèque Nationale

Directeur: Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Lemine, précédemment Directeur de la Fondation Nationale des Villes Anciennes.

Fondation Nationale de Sauvegarde des Villes Anciennes
Directeur: Mohamed Mahmoud Ould Sidi, Ingénieur Principal en Génie Civil.

Centre National de Formation des Cadres de la Jeunesse et des Sports
Directeur Général Adjoint: Sidi Mohamed Ould Elemine Vall, Inspecteur de la Jeunesse.

Office du Complexe Olympique
Directeur Général Adjoint: Mohamed Lemine Ould Bah, précédemment Directeur Adjoint du Centre Nationl de Formation des Cadres de la Jeunesse et des Sports.

Institut Mauritanien de Musique
Directeur Général: Mreihba Ould Mohamed Ali.
Directrice Adjointe: Fatimetou Mint Hassenna Ould Ahmed Laebeyd, titulaire d’une Licence en Langues Etrangères

( 20 septembre, 2010 )

Des dizaines de familles jetées en pâture dans la rue aux Kebbas Mendèz d’El Mina

Les opérations de recensement engagées par l’Agence de Développement Urbain (A.d.u.) dans les Kebbas Mendèz d’El Mina ont plongé les habitants de ce quartier dans le désarroi et suscité des réactions d’indignation.

Après le passage des équipes de recensement de l’Agence de Développement Urbain (A.d.u.), des dizaines de familles ont été jetées en pâture dans la rue. Le spectacle est désolant : des dizaines de baraques en fortunes démolies ainsi que leurs biens accumulés pendant de longue période complètement détruits. Ce bric-à-brac montre la manière avec laquelle les opérations de déguerpissement et de démolition se sont déroulées. Sous l’œil vigilant des éléments de la Garde Nationale.

Les habitants n’y sont pas allés de main morte pour dénoncer vivement le recensement de l’Agence de Développement Urbain qui s’est déroulé, selon eux, dans des conditions peu transparentes. « La majorité des gens n’ont pas été recensés. Ce n’est pas sérieux. Depuis 2000, je vis ici. On a attribué des terrains à certains alors qu’ils n’ont jamais vécu dans la zone. Mon travail connait un coup d’arrêt à cause de cette situation », confie Fodé Seck. « On nous a dit d’attendre. Mais, attendre qui ? On attend quoi », fulmine-t-il.

Comme Fodé Seck, de nombreux pères de famille se sont retrouvés dans la même situation que lui. Ici, dans les Kebbas Mendèz d’El Mina, la plupart des habitants vivent dans l’extrême pauvreté. C’est avec beaucoup de difficulté qu’ils sont parvenus à acheter leurs baraques aujourd’hui complètement démolies.

En attendant d’être édifiés sur leur sort, ils ont commencé à trinquer au supplice de l’errance et de l’expropriation. Et, pour le moment, ils ne savent pas dans quel autre endroit ils seront relogés.

Face à ce désespoir des populations des Kebbas Mendèz d’El Mina, des organisations de défense des droits de l’Homme comme l’Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste sont montées au créneau pour se solidariser des familles abandonnées dans la rue et victimes d’expropriation foncière, de destruction de leurs demeures, de leurs baraques par les services de l’Agence de Developement Urbain (A.d.u.).

Le président de cette organisation, Birame Ould Dah, a dénoncé le manque de soutien de ces habitants de la part de certains érudits comme Mohamed Hacen Ould Dedew qui avait fait un geste à l’endroit des populations de Palestine en leur donnant deux millions d’ouguiyas.

Mais, il a surtout attaqué le directeur de la cellule de l’A.d.u. chargée de la réhabilitation des quartiers précaires Sidi Mohamed Ould Sidi Amar qu’il accuse d’user les « services et autorité de l’Etat » pour déguerpir injustement les habitants de ce quartier précaire situé à El Mina.

Babacar Baye NDIAYE 

( 20 septembre, 2010 )

Birame Ould Dah s’attaque à Sidi Mahmoud Ould Sidi Amar

Venu témoigner sa solidarité aux familles qui ont été déguerpies de leur lot de terrain dans le cadre du recensement de l’Agence de Développement Urbain (A.d.u.), ce 20 septembre 2010, dans les Kebbas Mendèz d’El Mina, Birame Ould Dah Ould Abeid en a profité pour vouer aux gémonies Sidi Mahmoud Ould Sidi Amar, directeur de la cellule chargée de la réhabilitation des quartiers précaires à l’A.d.u.

Le président de l’I.r.a. ne s’est pas privé de le tancer et surtout de le sermonner, à la suite des opérations de démolition et de déguerpissement, en estimant qu’ »il ne devait pas faire cela » car « il est lui-même issu des pratiques esclavagistes et du droit de cuissage sacralisé par le code musulman arabo-berbère ».

Birame Ould Dah Ould Abeid, dans une déclaration volumétrique, n’a pas manqué de dénoncer l’accaparement des terres viables, habitables et cultivables dans le milieu rural comme dans les centres urbains.

Dans le même ordre d’idées, il a également fustigé la connivence de l’Etat mauritanien avec ceux qui qualifient les groupes dominants qui continuent les expropriations massives et systématiques des Harratines et des négro-mauritaniens au profit des lignages tribaux que des hommes d’affaires de l’agro-business, des marabouts, des officiers supérieurs de l’armée et de la Gendarmerie.

Babacar Baye NDIAYE

( 20 septembre, 2010 )

Gratuité de l’aide au logement, de l’assurance-maladie… : Les avantages qui expliqueraient la difficulté pour les étudiants à obtenir le visa français

Les étudiants mauritaniens ne sont pas les seuls à se voir refuser le visa dans le cadre de leurs études par les ambassades françaises implantées un peu partout en Afrique. Comme la plupart des étudiants des autres pays africains notamment francophones, les étudiants mauritaniens effectuent un véritable parcours du combattant avant d’obtenir le précieux visa français.

Aujourd’hui, de plus en plus, la France de Nicolas Sarkozy restreint le nombre de visas délivrés aux étudiants africains. Mais, qu’est-ce-qui dicterait cette politique d’austérité pour limier le nombre de visas octroyés aux étudiants africains ?

Lors de leur rencontre avec la presse, le 7 septembre 2010, François Dall’Orso, Daniel Jimenèz, Sylvain Fourcassié, Julien Rouyat  et Armand Marcarian de l’ambassade de France en Mauritanie avaient défendu leur refus d’octroi du visa français aux étudiants mauritaniens par le fait que la plupart d’entre eux ne disposent suffisamment pas de ressources pour vivre en France d’une part et d’une connaissance suffisante de la langue française d’autre part. En réalité, ces formalités ne sont que les parties visibles de l’iceberg.

A elles seules, elles ne pourraient justifier ce refus. Car, la réalité est beaucoup plus profonde que cela. En effet, depuis, quelques années, la France fait face à une sollicitation de plus en plus accrue de la part des étudiants africains. Soumise à une forte pression et assaillie de toute part par les ressortissants des pays africains,
la France n’admet plus dans ses universités réputées pour leur qualité d’enseignement que des étudiants triés à la volée.

En engageant une politique très sélective, la France qui est le troisième pays d’accueil d’étudiants étrangers veut préserver sa sécurité sociale. Les raisons de cette politique de rigueur sont à rechercher aussi dans la crise financière que traverse actuellement ce pays comme du reste les autres pays de l’Europe. Du coup, tout est fait pour imposer des conditions d’octroi très contraignant du visa aux étudiants africains.

Ce système, unique en son genre, est très généreux et a pour fonction de protéger les individus des conséquences de divers évènements ou situations généralement qualifiés de risques sociaux comme les soins de santé, la maladie (y compris maternité, invalidité, décès), les accidents du travail, les maladies professionnelles, la vieillesse, le veuvage (retraite), le chômage.

Au même titre que les français, les étudiants africains bénéficient gratuitement de nombreux avantages sociaux tels que l’aide au logement, la réduction des frais du transport, l’assurance maladie…Tout ceci est supporté par l’Etat français.

Du coup, les Français commencent à penser qu’ils supportent trop les africains. D’ailleurs, le président Nicolas Sarkozy veut casser ce système social qui fait que c’est l’Etat qui doit tout supporter. Et, pour faire dans le politiquement correct, l’Etat français applique une politique très sélective en matière d’obtention du visa. Cette politique cadre parfaitement avec la vision des français dans leur globalité.

Mais, du côté des gouvernements africains, on ne semble pas presser le pas pour mettre en place une politique éducative de qualité en vue de contenir le flux de leurs étudiants vers la France.

Babacar Baye NDIAYE 

( 22 septembre, 2010 )

Projet de loi sur le secteur pharmaceutique : Les professionnels interpellent les parlementaires

Depuis quelques années, le secteur pharmaceutique est, lui aussi, frappé par l’anarchie. Celle-ci a entraîné l’irrespect de la réglementation en vigueur, l’émergence de médicaments contrefaits et non enregistrés au niveau de la direction de la Pharmacie et des Laboratoires, la spéculation sur les produits pharmaceutiques et la recherche abusive du bénéfice au détriment du pouvoir d’achat des populations.

Aujourd’hui, pour mettre un terme à cette situation, le gouvernement a adopté un nouveau projet de loi sur le secteur pharmaceutique. Lors de sa présentation par le Ministère de la Santé, le samedi 26 décembre 2009, à l’Assemblée Nationale, l’Association des Pharmaciens Mauritaniens a tenu un sit-in pour pousser les parlementaires à voter ce projet de loi qui va permettre, aux yeux des pharmaciens, d’assainir le secteur.

« Un médicament, ce n’est pas un jus d’orange. Ce n’est pas non plus une omelette », a prévenu Elbou O. Mohamed Brahim Vall, pharmacien et directeur du Laboratoire Biomed 24.

« On a constaté récemment en Mauritanie que les cancers, les insuffisances rénales, les pathologies cardiaques et les maladies gastro-intestinales ont atteint des proportions inquiétantes à cause de l’automédication et de la contrefaçon », a-t-il expliqué.

Face à cette situation, l’Association des Pharmaciens Mauritaniens a indiqué que les parlementaires, en votant cette loi, sauveront le secteur pharmaceutique et préserveront la santé publique. Cette fois-ci, les pharmaciens l’espèrent fort, le gouvernement va éviter au secteur pharmaceutique de sombrer davantage et de le sauver des mains d’opportunistes.

« Si la loi de 1987 a été bien appliquée et que le rôle du commercial soit bien défini, on n’en serait pas là ce stade », a indiqué Thierno Mamadou Bocar Guèye qui n’a pas manqué de dénoncer l’anarchie qui s’est emparée du secteur pharmaceutique. Le sort du secteur est donc entre les mains des parlementaires qui doivent se prononcer sur le texte soumis par le gouvernement et duquel dépendra la mise aux normes du secteur.

Babacar Baye Ndiaye

( 22 septembre, 2010 )

Messaoud Ould Boulkheir : « Je m’engage à faire la guerre à ceux qui veulent semer le trouble au sein de l’APP et qui qu’il soit »

messaoudouldboulkheir1.jpgMessaoud Ould Boulkheir a montré qu’il est la seule constante au sein de l’Alliance Progressiste Populaire, qu’il reste et restera le chef incontesté voire incontournable de ce parti, le choix de la base des militants, l’incarnation des principes et objectifs du parti.

Autant de faits qui l’ont fait sortir, en vrai patron de parti, de ses gonds pour mettre en garde ceux qui voudraient annihiler l’Alliance Populaire Progressiste.

Il en a fait la démonstration de force, à l’occasion des journées de réflexion du parti qui ont eu lieu du 24 au 26 décembre 2009, à l’ancienne maison des jeunes de Nouakchott. Devant plus de 400 cadres, Messaoud Ould Boulkheir a voulu sonner la fin de la récréation au sein de son parti.

La fin de la récréation

« Nous n’accepterons [plus que] des idées telles que répandues par les semeurs de doute, les pêcheurs en eaux troubles qui, malheureusement, existent dans ce parti et qui n’ont jamais cessé de critiquer pour critiquer tout simplement parce qu’ils ne se voient pas au devant de la scène s’agissant de l’APP. Et, là, où ils ne se voient pas au devant de la scène, c’est le chaos et on mobilise les gens, on fait ces petits groupes de pressions à Nouakchott ou ailleurs. On essaie de semer le doute et la zizanie voulant être la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf », a-t-il indiqué.

Pour Messaoud Ould Boulkheir, cette situation n’a que trop duré. Et, il n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour mettre en garde ceux qu’il nomme « les chasseurs de prestige », « les pêcheurs en eaux troubles », « les chasseurs de leadership »…soupçonnés de vouloir comploter contre l’APP et du coup de le fragiliser.

« J’ai tu beaucoup de contradictions. J’ai évité de parler de beaucoup de choses  qui existent et qui sont là avec des preuves pensant bien faire, pensant sauvegarder l’unité du parti mais je crois que les gens ont interprété cela très mal », dit-il.

Et, d’ajouter sur un ton d’énervement : « Ils croient que c’est par supplice que je me suis tu ou que je n’ai pas voulu étaler au devant de la scène nos problèmes internes ou que je ne le pourrais pas. Je le peux parce que tout monde sait qu’en Mauritanie et ailleurs, Messaoud Ould Boulkheir n’a peur de rien ! ».

Dans ce discours, le pouvoir, à qui on prête l’intention de vouloir phagocyter l’Alliance Progressiste Populaire, (APP) est également indexé de manière déguisée.

« APP est l’un des partis qui dérangent le plus le pouvoir en place et donc les conspirations du pouvoir visent le parti.APP est vaccinée contre tout cela mais il n’en demeurerait pas moins qu’il était très utile de faire la mise au point, d’attirer l’attention des militants et de les mettre en garde contre les semeurs de trouble qui pourraient venir d’autres côtés pour essayer de déstabiliser le part », explique Ahmed Samba Ould Abdallahi, président du mouvement des Jeunes de l’APP.

« APP n’est pas le parti des Harratines ni d’El Hor »

Par rapport à cette question, Messaoud Ould Boulkheir s’est voulu être très clair et partant prendre le contrepied de ceux qui considèrent que l’Alliance Populaire Progressiste doit rester le parti des Harratines ou d’El Hor.

« Je dis haut et fort que ma patience a pris fin, a-t-il déclaré. Je n’ai plus de patience et je m’engage à faire la guerre à ceux qui veulent souiller notre parti, à ceux qui veulent semer le trouble dans ce parti et qui qu’il soit ».

Ce discours de Messaoud Ould Boulkheir a surpris plus d’un. Et, selon Ladji Traoré, le secrétaire général du parti, l’Alliance Populaire Progressiste ne peut plus se permettre qu’El Hor constitue l’ossature qui doit diriger, comme le soutiennent certains membres fondateurs de ce mouvement, que les leaders naturels du parti soient issus de leur rang (El Hor, Ndlr). « C’est un point de vue dépassé maintenant dans notre parti », a-t-il assuré.

Aujourd’hui, plus que jamais, l’Alliance Populaire Progressiste l’a bien compris, qu’en réunissant le maximum de force, elle pourrait avoir la chance de devenir un parti majoritaire. Pour ce faire, elle devra se départir, comme l’a expliqué Ladji Traoré, de son particularisme ethnique, social et identitaire.

Babacar Baye Ndiaye

( 22 septembre, 2010 )

Haye Es-Sakkine : La famille Hewel Weib réclame ses terrains dépossédés par des officiers de l’armée

Haye Es-Sakkine, jusqu’à une date récente, était un trou perdu. Mais, depuis que Mohamed Ould Abdel Aziz a décidé de viabiliser ce quartier, il est devenu l’objet de plusieurs convoitises notamment de la part de certains responsables politiques ou militaires du pays. Certaines familles qui y ont élu domicile, qui ne disposent pas de bras longs, se voient expropriées de leurs terrains.

Cette expropriation s’accompagne souvent avec la violence. La famille Hewel Weib en a fait les frais au mois d’octobre dernier. Celle-ci a toujours logé au secteur 6 de Haye Es-Sakkine. Un jour, à la grande surprise des membres de la famille, elle voit débarquer chez elle une horde de policiers pour venir les déguerpir.

« Nous sommes une grande famille composée de quatre familles qui vient d’être attaquée par des policiers de l’Etat qui nous ont arrachés notre terrain mais aussi le deuxième qui est en cours d’être pris par ces mêmes policiers que notre feu père a laissé pour sa famille », renseigne Saad Bouh Yahya Ould  Weib, un membre de la famille.

A l’en croire, c’est deux colonels de l’armée mauritanienne en la personne de Mohamed Ghelaye et Mohamed Ould Hadi qui auraient donné des instructions  pour les déloger de leur maison pour y loger les siens.

Cette opération remonte le 8 octobre 2009. Il y a eu ce jour-là des altercations entre la famille Hewel Weib et les forces de l’ordre qui ont usé, comme à l’accoutumée, de la brutalité. « Nous avons été frappés par la police et maltraités à la fois, se souvient toujours Saad Bouh Yhaya Ould Weib.  Même notre maman Toundou Mint Brahim âgée de 70 ans a été sévèrement blessée. »

A la suite de ces bourrades, la maison sera saccagée sous le regard impuissant des riverains et de leurs propriétaires. En quelques minutes, la maison était devenue un champ de ruines. Les sœurs de Saad Bouh Yahya Ould Weib qui tentaient de s’interposer à tour de bras seront rudement malmenées par les policiers.

« C’est à partir de ce même jour que le commissaire de Dar Naïm a ordonné à ses policiers de nous faire sortir de la maison. Ces derniers sont restés dans la maison toute la nuit jusqu’à ce que les maçons ont terminé de clôturer la maison », dit-il, hagard et confus.

Sur ordre d’un colonel, le préfet de Dar Naïm saisit à son tour le commissaire de cette moughataa pour les déloger de leur gazra qu’ils occupent depuis 1987. Après cette opération de démolition digne d’un film de Sylvester Stallone ou d’Arnold Schwarzenegger, on proposera à la famille de s’installer à El Khreib, vers Dar Naïm, sur une autre gazra. Ce que refusa la famille catégoriquement.

Aujourd’hui, le désarroi de cette famille est tel qu’elle a demandé à Mohamed Ould Abdel Aziz de venir rapidement à son secours afin qu’elle puisse reprendre son terrain. Le cas de cette famille n’est que l’arbre qui cache la forêt. Selon Saad Bouh Yahya Ould Weib, d’autres familles ont été victimes de l’abus de pouvoir des colonels susmentionnés.

Babacar Baye NDIAYE

( 22 septembre, 2010 )

Ridiculisé et maltraité par un douanier, Aboubakar Cissé raconte son calvaire

C’est le chemin de la croix pour certains voyageurs qui empruntent l’axe Nouadhibou-Nouakchott réputé par ces postes de Police, de Douanes ou de la Gendarmerie comme partout dans le pays.  Le plus irrespectueux, c’est quand les opérations de fouille qu’elles effectuent se font de manière sélective. Ce qui ne manque pas souvent de susciter l’ire de certains passagers mauritaniens. 

Aboubakar Cissé, qui a quitté la Mauritanie depuis mars 2008,  est un jeune Soninké d’origine mauritanienne. S’il s’était imaginé du calvaire et de l’humiliation qui l’attendaient dans son propre pays, il n’aurait certainement pas quitté l’Espagne où il y vit et travaille depuis une année pour se rendre dans son Guidimakha natal afin de rendre visite à ses parents.

Ainsi, pour dire, ce qui devait arriver arriva. Il décida de faire donc le voyage par voie terrestre, certainement plus confortable à ses yeux puisqu’il disposait d’un véhicule.

« J’ai quitté l’Espagne le 21 octobre, se souvient-il. De Maroc jusqu’au Sahara Occidental, je n’ai pas eu de problèmes. Mais, une fois, dans mon pays, en Mauritanie, grande a été ma surprise de me confronter à une dure réalité du pays. »

En effet, arrivé à Nouadhibou, sa voiture tombe en panne. Et le voilà obligé de s’embarquer à bord d’un bus de transport en destination de Nouakchott. Une heure, deux heures, trois heures plus tard…Rien ne vient interrompre le voyage qui, jusque-là, s’est effectué comme sur des roulettes.

Le temps filait vite aussi. Mais, à une cinquantaine de kilomètres de Nouakchott, le bus est immobilisé devant un poste de douanes. Un douanier monte dans le bus et commence à inspecter. Arrivé à son niveau, le douanier, après avoir effectué un tour dans le bus, le prie de descendre et de le suivre au poste de douanes, après avoir réclamé son passeport.

Aboubakar Cissé s’exécuta puisqu’il se disait qu’il n’avait rien à se reprocher. « Dans tout le bus qui contenait plus de 70 personnes, il n’y a que mes bagages qui ont été fouillés. C’est révulsant et irrespectueux ! », confie-t-il. Bagages aux mains, il se présenta devant le douanier. Nonobstant le fait qu’il disposait de sa quittance, on a voulu le déposséder de ses biens. Il sera soupçonné d’avoir introduit en Mauritanie de la drogue.

Ce qui a laissé perplexe Aboubakar Cissé. Il sera retenu et entendu au poste de douanes pratiquement pendant un tour d’horloge. Il sera ridiculisé, confie-t-il, avant d’être malmené par les douaniers qui l’ont fait avaler toutes sortes de paroles peu catholiques et d’injures à connotation raciale. Ce spectacle n’a pas laissé indifférent un passager qui ne fait pas partie de cette catégorie d’individus qui sont des témoins de l’injustice mais par crainte de représailles ont peur de réagir.

Venu jouer les bons offices, il sera éconduit par les douaniers lui aussi mais tenta de résister. Cela ne manquera pas de provoquer des passes d’armes entre lui et les douaniers. Du coup, les passagers, chacun à son niveau, y allaient de leurs compréhensions et de leurs commentaires sur l’attitude des douaniers.

Babacar Baye NDIAYE

( 26 septembre, 2010 )

La Police disperse un sit-in des exclus du recensement de l’ADU

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Des centaines de personnes venues des Kebbas Mendèz d’El Mina se sont rassemblées, dans la matinée du 26 septembre, près de la Primature pour dénoncer leur exclusion du récent recensement effectué par l’Agence de Développement Urbain (A.d.u.). La Police a fait usage de matraques pour disperser très rapidement la manifestation.

Sidi Mohamed Ould Brahim, un des manifestants, a dénoncé cette attitude de la police, estimant que leur manifestation visait uniquement à informer le Premier ministre de leur situation. Aujourd’hui, on estime entre 5.000 et 6.000 personnes ayant fait les frais du recensement de l’Agence de Développement Urbain (A.d.u.).

A titre de rappel, ce n’est pas la première fois qu’une opération de recensement est effectuée au niveau des Kebbas Mendèz d’El Mina par les services du Ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat. Le premier recensement remonte en 2000.

A cette époque, la Banque Mondiale avait financé, à la suite d’une étude, la construction de nouveaux logements destinés aux pauvres des Kebbas Mendèz d’El Mina. Puis, il y’eût un recensement complémentaire piloté par la préfecture d’El Mina. Celui-ci visant à combler les insuffisances du premier recensement.

Ce recensement sera remis en cause par l’Agence de Développement Urbain qui mettra en place un nouveau programme de relogement en ignorant ceux qui ont été déjà inscrits. D’où toute la polémique qui a entouré les opérations de recensement de l’Agence de Développement Urbain.

Les populations des Kebbas Mendèz d’El mina affirment qu’ils ont battu le macadam pour protester contre « les pressions » dont elles sont victimes et « les manipulations de gens puissants » qui tirent les ficelles de cette affaire.

Composées de 18 secteurs, les Kebbas Mendèz d’El Mina couvrent une superficie de plus en plus convoitisée. « Il y’a eu une mise à l’écart délibérée au sujet du recensement effectué par l’Agence de Développement Urbain », a affirmé Maouloud Ould Boubi, ajoutant que cette exclusion n’a concerné que les Harratines et les Négro-mauritaniens. « Aujourd’hui, les Kebbas Mendèz d’El Mina sont en train de s’écrouler sous le poids de l’explosision démographique. Du coup, le besoin foncier devient de plus en plus important « , a-t-il ajouté.

Depuis mi-septembre, les opérations de recensement de l’Agence de Développement Urbain ont déclenché l’ire d’une bonne partie des populations des Kebbas Mendèz d’El Mina, un quartier très précaire et caractérisé par l’extrême pauvreté. Avant la dispersion de la manifestation par les forces de l’ordre, les protestataires ont appelé « le gouvernement, le Hakem, le Ministre de l’Urbanisme et de l’habitat et le Président de
la République à prendre leurs responsabilités » dans cette affaire en les rétablissant dans leurs droits.

Babacar Baye NDIAYE 

( 27 septembre, 2010 )

La Mauritel lance sa nouvelle identité visuelle

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L’entreprise téléphonique Mauritel a lancé, ce dimanche 26 septembre, sa nouvelle identité visuelle. La présentation a été faite au cours d’une rencontre avec la presse. Le directeur général de cette société a d’abord, dans sa présentation, brossé un tableau récapitulatif de leur part de marché, en révélant que 70% des mauritaniens font confiance à Mauritel.

Ce pourcentage a fait de cette entreprise l’opérateur leader du marché. D’ailleurs, les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus d’1,5 millions de mauritaniens utilisent Mauritel Mobiles, plus de 42.000 sont abonnés à Mauritel Fixe. Et, plus de 7.500 mauritaniens sont branchés au réseau Internet de Mauritel. A côté de cela, les mauritaniens qui utilisent l’Internet 3G+ tournent autour de 3.000.

Pour autant, les responsables de cette entreprise leader du marché ne comptent pas dormir sur leurs lauriers. « Mauritel est une entreprise très ambitieuse. Nous allons offrir à nos clients plus de services orientés vers leurs besoins et leurs préoccupations », a déclaré en substance le directeur général de Mauritel.

Aujourd’hui, Mauritel Mobiles et Mauritel Fixes ont fusionné pour donner naissance à Mauritel ™. En plus de son statut de leader dans le marché, Mauritel qui a la plus grande couverture réseau en Mauritanie apporte à l’Etat mauritanien plus de 90 milliards d’ouguiyas  sans compter les investissements, les emplois directs et indirects qu’elle génère.

Lors de la présentation de la nouvelle identité visuelle de Mauritel, le directeur de cette entreprise a indiqué qu’ils vont revoir à la hausse leurs engagements relatifs à la qualité, à la diversification de leurs offres, à l’écoute de leurs clients, à l’introduction de nouvelles technologies et à l’accompagnement du développement du pays.

Et, pour concrétiser cet ambitieux programme, Mauritel a décidé de définir une nouvelle identité visuelle à travers un nouveau slogan (« Un monde nouveau vous appartient ») et un nouveau logo qui incarne les couleurs de la vie, une forme suggestive et un contenu démonstratif. Ainsi, avec cette nouvelle identité visuelle, Mauritel se met à l’aube d’une nouvelle ère prometteuse.

Babacar Baye NDIAYE

( 29 septembre, 2010 )

La BM appelle la Mauritanie qui traîne les pieds à ratifier la Décision de Yamoussoukro

Ils sont au nombre de dix pays africains dont la Mauritanie à ne pas avoir signé ou formellement ratifié la Décision de Yamoussoukro. Celle-ci réclamait la libéralisation complète du transport aérien intra-africain en matière d’accès, de capacités, de fréquences et de tarifs, le libre exercice par les compagnies aériennes qualifiées des première, seconde, troisième, quatrième et cinquième libertés pour le transport aérien de passagers et de fret (ces libertés, reconnues par la plupart des accords de droit aérien international, permettent entre autres à une compagnie atterrissant dans un État étranger d’y embarquer des passagers ou du fret en provenance ou à destination d’un État tiers), la libéralisation des tarifs et la concurrence loyale, le respect des normes de sécurité établies et des pratiques recommandées par l’OACI…

A ce propos, la Banque Mondiale vient de recommander, dans une étude, aux pays africains la libéralisation du transport aérien. L’objectif étant de promouvoir leur sécurité et leur développement. D’ailleurs, dans un communiqué de presse publié à cette occasion, le 27 septembre, à Montréal, la Banque Mondiale a indiqué que « les pays africains peuvent stimuler leur propre croissance économique et leurs perspectives de développement en mettant en pratique les engagements qu’ils ont pris d’ouvrir les marchés locaux du transport aérien aux opérateurs extérieurs ».

Lors de la présentation de cette nouvelle étude de
la Banque mondiale dans la capitale québécoise, devant des experts du transport aérien qui assistaient à la conférence organisée conjointement par l’université Mc Gill (Institute of Air and Space Law) et l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), Charles Schlumberger, spécialiste principal du transport aérien à
la Banque Mondiale, a regretté l’absence d’un régime adéquat de supervision de la sécurité et de la sûreté en Afrique.

Son constat est sans appel. « À l’heure actuelle, les normes de sécurité sont médiocres dans 31 pays d’Afrique, ce qui cause davantage d’accidents d’avion que dans toute autre région du monde », a-t-il indiqué.

 Aujourd’hui, force est de constater que la plupart des pays africains n’ont pas mis en œuvre tous les engagements auxquels ils avaient souscrit dans la déclaration de Yamoussoukro adoptée en 1999. A cette époque, les 44 pays signataires s’étaient engagés à déréglementer leurs liaisons aériennes et à promouvoir des marchés régionaux du transport aérien ouverts à la concurrence transnationale. 

Dix ans, après son adoption, rien n’indique que la Décision de Yamoussoukro soit en cours d’application à l’échelle du continent. L’étude de la Banque Mondiale sur l’état du transport aérien en Afrique a révélé dans ce sens qu’un tiers des Etats africains rebutent à libéraliser leur transport aérien du fait que cela pourrait exposer les compagnies aériennes non compétitives à des normes de fonctionnement qu’elles seraient incapables de respecter.

Mais, selon l’étude de la Banque Mondiale, outre l’amélioration de la qualité et des prix du transport aérien, la libéralisation du transport aérien permettrait aux pays africains de redéployer les ressources publiques ainsi économisées vers des investissements plus favorables au développement économique.

Babacar Baye NDIAYE

( 3 novembre, 2010 )

Inefficacité de la lutte contre les viols : La présidente de l’A.f.c.f. met en cause l’absence d’une préoccupation très forte de la part des pouvoirs publics

La présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille (A.f.c.f.), Aminétou Mint El Moctar, juge inefficace la lutte contre les viols. Elle met en cause l’absence d’une préoccupation très forte de la part des pouvoirs publics au sujet de ce phénomène qui a atteint un pic sans précédent ces deux dernières années avec à l’appui des statistiques inquiétantes et troublantes.

« Le viol n’est pas stigmatisé chez nos populations. C’est dans les us et coutumes. Il est extrêmement difficile pour la victime de prononcer qu’elle a été violée. Il est extrêmement difficile pour les parents d’accepter porter plainte. La fille est aussi accusée, devant la justice et la police, d’avoir commis un crime d’adultère. Et, c’est toujours la victime qui paie les pots cassés », explique Aminétou Mint El Moctar.

Puis, elle se plaigne que l’opinion publique ne soit suffisamment pas mobilisée au sujet du viol qui est aujourd’hui un véritable phénomène de société tout en appelant de ses vœux à l’Etat de criminaliser le viol.

Il faut souligner, dans le même ordre d’idées, que, depuis, quelques années, des associations féminines dont notamment l’Association des Femmes Chefs de Famille (A.f.c.f) mènent un combat pour la mise en œuvre d’un cadre juridique de protection spécifique contre les violences à l’égard des femmes mauritaniennes.

Face à l’urgence et à l’ampleur de ce phénomène, ces associations de femmes attendent plus d’engagement de la part des pouvoirs publics dans le domaine de la lutte contre les viols. Mais, aussi, dans un autre registre, elles demandent également la compression de certaines dispositions juridiques qu’on retrouve ça et là, éparpillées, dans le Code Pénal, la Convention sur les droits de l’Enfant, l’Ordonnance 2005-015 sur les mineurs et le Code du Statut Personnel. Et, pour ce faire, elles comptent sur l’appui des parlementaires.

« Il ne s’agit pas de faire des lois qui ne seront pas appliquées ni de les multiplier pour ne pas les appliquer. Cela ne servira à rien », a-t-elle souligné.

Aminétou Mint El Moctar en a aussi appelé le gouvernement à se préoccuper davantage du sort des femmes mauritaniennes. « Elles constituent 51,6% de la population. C’est elles qui sont victimes de la pauvreté, de l’ignorance, du manque de formation spécifique pour répondre aux besoins du marché de l’emploi. C’est elles qui sont discriminées, victimes de violences, de maltraitances. On a besoin d’une politique de prise en charge de la question de la promotion des droits de la femme », a-t-elle rappelé.

Babacar Baye Ndiaye 

( 3 novembre, 2010 )

Les étudiants reprennent leur sit-in devant le service des visas de l’ambassade de France à Nouakchott

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Un sit-in a réuni mardi matin des dizaines d’étudiants mauritaniens de l’Université de Nouakchott devant le service des visas de l’ambassade de France à Nouakchott au cri de « Nous voulons juste continuer nos études », « Nos recours ne doivent pas rester sans suite », « Nous ne sommes pas des mendiants », « Pourquoi eux et pas nous », « Nos places nous attendent »…

« Ce sit-in est une réponse à l’ambassade de France par rapport aux rejets massifs et arbitraires de nos demandes de visa pour aller étudier en France. Si l’ambassade de France ne réagit pas, on prendra à témoin l’opinion publique nationale et internationale. Nous sommes là pour rencontrer le Consul », explique Al Housseynou Camara.

Au même moment, la porte d’accès au service des visas s’ouvre. Au lieu du Consul, c’est un visage anonyme qui apparaît. « Il faut faire monter la pression », lance un étudiant pour rallumer l’ardeur de ses camarades.

Quelques minutes plus tard, cinq policiers débarquent sur les lieux. Certainement alertés par le service de sécurité de l’ambassade de France. Puis, dans la foulée, une altercation verbale s’installe entre l’un d’entre eux et les étudiants. Ils les assomment de quitter les lieux en indiquant qu’ils encombrent la voie publique. « Il n’y a pas de trouble à l’ordre public », affirme un étudiant. Mais, tout finit par rentrer dans l’ordre et les étudiants s’exécutèrent contre leur volonté.

Pour autant, ils n’ont pas abdiqué à leur objectif et ne comptent pas s’en arrêter là. Ils ont promis de persister dans leur démarche en accentuant les sit-in devant le service des visas de l’ambassade de France à Nouakchott jusqu’à satisfaction entière de leur revendication qui est d’obtenir le précieux visa français. D’ailleurs, dans la manifestation, il y’avait des étudiants membres du Syndicat National des Etudiants de Mauritanie (S.n.e.m.) venus soutenir leurs camarades d’Université dont les demandes de visa ont été rejetées par le consulat de l’ambassade de France à Nouakchott.

Babacar Baye Ndiaye

( 9 décembre, 2010 )

Me Brahim Ould Ebetty estime qu’il est dans « l’intérêt des militaires que la question du passif humanitaire soit éclaircie »

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Me Brahim Ould Ebetty a invité vendredi lors d’un colloque sur les cinquante ans de construction nationale organisée par le Fonadh et Open Society Foundations le gouvernement mauritanien à régler définitivement la question du passif humanitaire, soulignant que « l’amnistie de 1993 ne règle pas » ce dossier et ne met pas un terme à la frustration et à la rancune des victimes.

« Depuis 2007, on parle beaucoup du passif humanitaire sans qu’il y’ait véritablement une approche discutée avec les victimes et les organisations de droits de l’Homme. On continue jusqu’à présent à traîner parce qu’il y’a un certain nombre de questions qui ont été négligées », indique Me Brahim Ould Ebetty. « Si nous affrontons ce problème, nous pouvons le régler », a-t-il poursuivi.

Me Brahim Ould Ebetty a indiqué en outre que le passif humanitaire n’est pas un problème politique ni un processus à gérer sur le plan politique. Mais, un problème humain que tous les mauritaniens doivent tous gérer tout en exigeant une solution définitive et consensuelle qui prend en compte le droit de mémoire, de justice et de réparation.

« C’est très grave que des personnes qui avaient tué continuent à travailler, à se promener comme si de rien n’était. C’est dans l’intérêt des militaires que la question du passif humanitaire soit éclaircie. Certes, cette question n’est plus taboue mais il n’y a pas de perspectives claires et précises de règlement », a déclaré Me Brahim Ould Ebetty.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 9 décembre, 2010 )

La Mauritanie « est en train de devenir une société xénophobe », révèle Amadou Mbow

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Le secrétaire général de l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme Amadou Mbow a  mis en garde mardi les pouvoirs publics contre une « tendance xénophobe » que pourrait adopter la société mauritanienne. Pour lui, les clignotants sont jaunes et ce serait une erreur si les autorités ne prenaient pas leurs responsabilités face aux mauvais traitements des migrants en Mauritanie.

 

« La société mauritanienne est en train de devenir une société xénophobe. Elle est en train d’intégrer ce message parce qu’il y’a justement une situation de crise qui favorise la perception d’un tel message », a indiqué Amadou Mbow, lors d’une conférence sur la situation des droits de l’Homme en Mauritanie au Centre Culturel Français de Nouakchott.

 

« De population d’accueil, la population mauritanienne est en train de glisser à une société qui rejette l’autre. Autrement dit, qu’elle est en train de devenir une société xénophobe alors que par le passé,
la Mauritanie n’a jamais connu cela », ajoute-t-il, expliquant que cette xénophobie se manifeste par le rejet de la différence notamment au niveau culturel et religieux.

 

Le 18 décembre prochain, l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme (A.m.d.h.) compte publier un rapport d’observations sur les frontières et les mauvais traitements dont les migrants font souvent l’objet en entrant en Mauritanie, a annoncé Amadou Mbow.

 

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 9 décembre, 2010 )

Passif humanitaire : Selon Mohamed Ould El Kowry, « Mohamed Ould Abdel Aziz n’est pas responsable ». « Mais, si ! », lui rétorque Isselmou Abdel Khadr

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Lorsqu’on parle du passif humanitaire, cela peut vite virer à la polémique, à la passion ou à des échanges aigres-doux. Vendredi, lors d’un colloque sur la citoyenneté organisée par le Fonadh et Open Society Foundations, Isselmou Abdel Khadr qui animait un thème sur la citoyenneté, effectivité et non-discrimination déclare :

 

« La surenchère politique, malheureusement, surtout, en ces moments, fait que certains s’accaparent de slogans, d’idées saugrenues pour s’en servir comme rampe de lancement.

Il n’est pas permis de jouer sur le sentiment des citoyens, leur naïveté et sur leur degré de manque de culture pour aboutir à des objectifs politiques personnels en compromettant l’unité d’un pays ».

 

Et Isselmou Abdel Khadr d’ajouter : « Il n’est pas permis de parler du passif humanitaire parce qu’on veut avoir des voix, des adhérents ou dépasser telle crise économique ou financière.

On a déjà tué les gens. Ce n’est pas la peine de les exhumer pour des raisons tout à fait personnelles, banales et politiciennes ».

 

Ces phrases ont semblé déplaire à Mohamed Ould El Kowry, chargé de la communication à l’Agence Nationale d’Appui et d’Insertion aux Réfugiés. « Il y’a une véritable volonté politique de la part de Mohamed Ould Abdel Aziz de régler le problème du passif humanitaire », dit-il comme pour balayer d’un revers de la main les affirmations d’Isselmou Abdel Khadr.

 

D’ailleurs, celui-ci va revenir à la charge et lancer à l’endroit de Mohamed Ould El Kowry : « Je n’ai pas parlé de Mohamed Ould Abdel Aziz. J’ai dit qu’il ne faut pas traiter le problème du passif humanitaire de manière politique et politicienne. C’est un passif dont nous sommes tous responsables. Vous, Mohamed Ould Abdel Aziz et Mâaouiya Ould Sid’Ahmed Taya sont autant responsables que moi ».

 

Mohamed Ould El Kowry l’interrompt : « Mohamed Ould Abdel Aziz n’est pas responsable. Par contre, vous et Mâaouiya Ould Sid’Ahmed Taya, vous êtes responsable ». « Mais, si. Mohamed Ould Abdel Aziz est responsable. Je peux vous dire comment et pourquoi. Je soutiens Mohamed Ould Abdel Aziz à faire la lumière et à résoudre le problème du passif humanitaire », lui répond Isselmou Abdel Khadr.

 

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 9 décembre, 2010 )

Birame Ould Dah demande la dissolution du lycée militaire de Sebkha qui est à ses yeux « une école raciste et ethnique »

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Birame Ould Dah a exprimé mercredi dans une conférence de presse son inquiétude de voir « le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz augmenter lui aussi sa dose de dérive raciale et esclavagiste ».

 

Birame Ould Dah Ould Abeid a invité Mohamed Ould Abdel Aziz à dissoudre le lycée militaire de Sebkha qui est à ses yeux « une école raciste et ethnique à la manière des Afrikaners du temps de l’apartheid en Afrique du sud ».

 

« Cette école est une école exclusionniste dans la pire stratégie du racisme qu’on a connu en Afrique du Sud. Il faut qu’elle soit refaite sur des bases multinationales sinon nous promettons une lutte sans merci autour de cette gangrène qui, si, on la laisse s’épanouir, va gangrener le reste du corps de
la Mauritanie », a soutenu le président de l’IRA-Mauritanie.

 

Birame Ould Dah n’y est pas allé par quatre chemins pour condamner cette « dérive qui est encore consacrée davantage par le système de Mohamed Ould Abdel Aziz » en la qualifiant de « vertigineuse et dangereuse ».

 

« Cette dérive est aussi personnifiée par la création d’une ville appelée Ribat El Bahr qui est une ville digne de celle du Cap en Afrique du sud où les Noirs ont été interdits de séjour. Nous pensions que Mohamed Ould Abdel Aziz mettrait un terme au racisme, à l’exclusion et à l’esclavage », a déclaré Birame Ould Dah, l’air déçu.

 

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 9 décembre, 2010 )

Lalla Aicha Sy déplore qu’ »un nombre important de nos concitoyens demeure apatrides »

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Samedi, la présidente du Comité de Solidarité avec les Victimes et Violations des Droits Humains en Mauritanie Lalla Aicha Sy a déploré qu’ »un nombre important de nos concitoyens demeure apatrides », lors d’un colloque sur les cinquante ans de la construction nation mauritanienne organisée par le Fonadh et Open Society Foundations.

 

« Il est impératif, a-t-elle dit, de leur restituer leur citoyenneté mauritanienne remise en cause du fait d’une politique de privation de la nationalité mise en œuvre lors des fameux évènements de 1989″.

 

S’agissant de l’esclavage et de ses séquelles, elle a regretté qu’elles « subsistent malgré une législation nationale existante et la souscription de
la Mauritanie au droit international relatif à l’esclavage ».

 

« Les pratiques esclavagistes ont laissé de profondes stigmates aussi bien entre les différentes communautés mauritaniennes qu’entre les communautés victimes et les autorités gouvernementales et administratives locales », a-t-elle ajouté.

 

La présidente du Comité de Solidarité avec les Victimes et Violation des Droits Humains en Mauritanie s’est néanmoins félicitée de la loi criminalisation l’esclavage, du retour des déportés, de la réintégration des fonctionnaires injustement radiés de la fonction publique.

 

« Au-delà des relations entre communautés, la responsabilité d’assurer la sécurité matérielle et physique des populations demeure un impératif. Cela ne peut se faire qu’à la faveur de politiques et mesures juridiques, économiques, sociales aptes à garantir un accès égal aux biens et services publics », a indiqué Lalla Aicha Sy.

 

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 9 décembre, 2010 )

Nous n’avons pas encore réalisé l’unité nationale, dit Kane Hamidou Baba

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Il ne suffit pas de dire que nous sommes tous musulmans pour croire que nous avons réalisé l’unité nationale, a déclaré mardi Kane Hamidou Baba.

 

Pour lui,
la Mauritanie a encore des pas à accomplir en ce qui concerne son unité. « On a vu que l’Ethiopie est devenue l’Ethiopie et l’Erythrée. On a vu que le Soudan est en passe de devenir deux Etats peut-être trois Etats même. On a vu des fractures sur cet arc de crise qui passe du Niger, du Mali et même quelque part du Tchad et de l’Algérie », avait dit Kane Hamidou Baba lors du colloque sur les cinquante ans de la construction de la nation mauritanienne organisée par le Fonadh et Open Society Foundations.

 

Le président du Mouvement pour
la Refondation (M.p.r.) avait alors proposé qu’on dégage de nouvelles pistes de réflexion pour renforcer l’unité nationale, estimant que le problème majeur de
la Mauritanie reste encore l’absence de communication intercommunautaire.

 

De même, Kane Hamidou Baba avait appelé les mauritaniens à « faire extrêmement attention par rapport à des réalités que nous avons déjà observées et qui se traduisent par le fait religieux » soulignant la nécessité d’un « nouveau pacte de confiance » entre l’Etat et le citoyen.

 

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 9 décembre, 2010 )

L’opposition est prête à « mettre le ballon à terre pour créer les conditions d’un dialogue », assure Ladji Traoré

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L’opposition est prête à « mettre le ballon à terre pour créer les conditions d’un dialogue » a assuré dimanche Ladji Traoré, secrétaire général de l’Alliance Populaire Progressiste (APP), un parti membre de
la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD).

 

« Le grand achoppement, ce n’est pas que nous, nous reconnaissions une quelconque légitimité dans l’élection de Mohamed Ould Abdel Aziz. Il est là, c’est un fait. Le temps passe. Nous, ce pourquoi, nous nous élevions radicalement, c’est qu’il refusait de discuter des autres questions qui sont restées en suspens dans les accords de Dakar. Tant qu’on ne discutera pas de cela, nous n’avancerons pas. Non seulement il a été élu dans des conditions frauduleuses mais aussi il a trahi ses engagements internationaux qu’il a signés avec nous », déclare Ladji Traoré.

 

Pour cette raison, Ladji Traoré a exigé de Mohamed Ould Abdel Aziz qu’il fasse un appel officiel appelant l’opposition au dialogue non sans prévenir que celle-ci « ne viendra pas dans un dialogue fourre-tout » qui occulterait les points qu’ils avaient arrêtés et signés à Dakar.

 

Le secrétaire général de l’Alliance Populaire Progressiste (APP) a également indiqué que la présence de Messaoud Ould Boulkheir, depuis un certain temps, aux cérémonies officielles, ce qu’il ne faisait pas, ne signifie pas qu’il aurait tempéré sa position d’intransigeance qu’on lui a jusqu’ici connu envers Mohamed Ould Abdel Aziz.

 

« Nous ne sommes pas des marchands d’illusion. Nous sommes des hommes qui connaissent que la politique, c’est aussi de la morale et de la crédibilité. La parole d’un dirigeant doit peser très lourd et il faut s’y tenir. Messaoud Ould Boulkheir est un homme de principe qui dirige une institution extrêmement importante au sein de laquelle il se bat pour son idéal. Cependant, il ne faut pas oublier qu’il a des rapports institutionnels avec Mohamed Ould Abdel Aziz », explique Ladji Traoré.

 

En d’autres termes, on ne peut pas faire de reproches à Messaoud Ould Boulkheir de participer aux cérémonies officielles à côté de Mohamed Ould Abdel Aziz.

 

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 14 décembre, 2010 )

Les étudiants mauritaniens au Sénégal dans un état de colère

Mohamed Ould Abdel Aziz aurait refusé de recevoir en audience les étudiants mauritaniens établis au Sénégal, a-t-on appris samedi auprès de l’Amicale des Etudiants Mauritaniens au Sénégal.

Voulant profiter de la présence de Mohamed Ould Abdel Aziz à Dakar dans le cadre de la 3e édition du Festival Mondial des Arts Nègres, les étudiants mauritaniens au Sénégal n’ont pu le rencontrer. Ce n’est pas la première fois, a indiqué un membre de l’Amicale, que Mohamed Ould Abdel Aziz refuse d’accorder une audience aux étudiants mauritaniens établis au Sénégal.

Au mois d’avril 2010, Mohamed Ould Abdel Aziz invité par le président sénégalais Abdoulaye Wade dans le cadre de la célébration de la fête d’indépendance du Sénégal, n’avait pas donné de suite favorable aux sollicitations des étudiants mauritaniens au Sénégal dont la plus récurrente concerne l’attribution de bourses et des aides sociales.

Par exemple, à Saint-Louis, sur 500 étudiants, seuls 5 d’entre eux sont boursiers. Les étudiants mauritaniens établis au Sénégal qui ont adressé de nombreuses lettres à Mohamed Ould Abdel Aziz restées sans suite sont dans un état de colère.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 14 décembre, 2010 )

Zeinabou Mint Taleb Moussa demande au gouvernement plus d’action et d’appropriation du phénomène des violences sexuelles

Taleb Moussa Mint Zeinabou a demandé mardi au gouvernement plus d’action et d’appropriation du phénomène des violences sexuelles tout en préconisant le renforcement de la législation allant dans le sens de la lutte contre l’impunité.

Pour la présidente de l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant (A.m.s.m.e.), la réponse à la lutte contre les violences sexuelles passe d’abord par la levée du tabou qui entoure ce phénomène.

« La société civile a un très grand rôle à jouer dans ce sens. Elle doit soulever ce problème, le transmettre et démontrer son existence. Si c’est bien fait, la réponse du gouvernement sera une réponse positive.

Aujourd’hui, l’engagement existe mais la concrétisation par des faits réels, par une intervention réelle demeure toujours insuffisante », explique Zeinabou Mint Taleb Moussa.

L’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant (A.m.s.m.e.) intervient, depuis dix ans, sur les violences sexuelles. Récemment, cette organisation a réuni, autour d’un atelier de concertation sur le traitement des violences sexuelles, des juges, des avocats, des policiers et des médecins pour rapprocher leurs idées et notamment relever les différents défis de compréhension qui existent entre eux en matière de prise en charge des victimes des violences sexuelles.

« Nous avons constaté qu’il y’a beaucoup d’incompréhensions entre eux. C’est pour cette raison que nous avons décidé de les mettre ensemble pour que réellement chacun d’eux face à face puisse comprendre le rôle de l’autre », indique la présidente de l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant qui espère aussi que les juges, les avocats, les médecins et les policiers vont davantage s’impliquer activement dans une dynamique de prévention et de lutte contre les violences sexuelles.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

 

( 29 décembre, 2010 )

Les intentions de retour des réfugiés mauritaniens au Sénégal ont considérablement baissé selon Aldiouma Cissokho

cissokhoaldiouma1.jpgAldiouma Cissokho a affirmé, lundi, que «non seulement, Mohamed Ould Abdel Aziz est en train de mal gérer la question des réfugiés, mais il est en train de trahir les réfugiés mauritaniens », rappelant que l’actuel locataire du Palais de la République « n’a pas fait le coup d’Etat d’août 2OO8 pour réparer ce qui s’est passé mais il est en train de creuser le trou » et d’accentuer « la division entre les communautés» du pays.

Le président du Mouvement des réfugiés mauritaniens pour la défense des droits de l’Homme et par ailleurs coordinateur des organisations des réfugiés mauritaniens au Sénégal a fustigé par des mots cinglants la gestion actuelle du dossier des déportés et du passif humanitaire, en soutenant que «de 95%, on est maintenant arrivé à 20 ou 25% de personnes qui veulent revenir » en Mauritanie.

Aux yeux d’Aldiouma Cissokho, Mohamed Ould Abdel Aziz est en train de trahir l’esprit de la transition de 2005-2007, les conclusions des Journées nationales de concertation et de mobilisation sur le retour des réfugiés et le règlement du passif humanitaire de novembre 2007 et l’accord triparti entre la Mauritanie, le Sénégal et le Haut Commissariat aux Réfugiés.

«Nous n’avons pas confiance pas en Mohamed Ould Abdel Aziz, a indiqué Aldiouma Cissokho. Ce qu’il dit et ce qu’il fait, c’est totalement différent. Cette prière qu’il a faite à Kaédi pour demander pardon est un spectacle folklorique. Mais, il faut qu’il commence à regarder autour de lui quels sont ces criminels qui sont membres de ces déportations, qui sont à côté de lui. »

Aldiouma Cissokho, qui a critiqué le refus de l’Etat mauritanien d’accorder aux réfugiés encore restés au Sénégal ou au Mali des pièces d’Etat civil, estime que Mohamed Ould Abdel Aziz « n’a pas donné le poids qu’il faut à l’ANAIR ». « Il ne lui a pas donné suffisamment de moyens. L’ANAIR est le porte-drapeau de l’Etat par rapport à cette question », a-t-il relevé.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 29 décembre, 2010 )

Salma Mint Ahmed Koïry et Oum El Ide Mint Salem Tayvour nient ‘être des esclaves’ d’Oumelmouminine Mint Boubakar Vall

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Les deux filles présumées esclaves Salma Mint Ahmed Koïry, 9 ans et Oum El Ide Mint Salem Tayvour, 13 ans qui sont à l’origine de l’arrestation de Birame Ould Dah Ould Abeid, président de l’Initiative de Résurgence du Mouvement Abolitionniste en Mauritanie (IRA-Mauritanie) ont été présentées dimanche matin à la presse en compagnie de leur père et de leur mère par la famille de Oumelmouminine Mint Boubakar Vall.

Tour à tour, les filles indiqueront devant les caméras de la télévision nationale et les chaînes satellitaires arabes qu’elles ne sont pas des esclaves de Oumelmouminine Mint Boubakar Vall. Mieux, elles soutiendront qu’elles sont bien traitées par cette dame. De leur côté, leurs parents ont nié tout asservissement de leurs filles par Oumelmouminine Mint Boubakar Vall.

Brahim Ould Boubakar Vall, frère aîné de Oumelmouminine Mint Boubakar Vall, a affirmé que sa sœur qui est toujours en prison, selon lui, « a été victime » des agissements de l’IRA-Mauritanie et a indiqué qu’on ne peut pas parler dans cette affaire de « cas d’esclavage car l’esclavage n’existe plus en Mauritanie« .

« Ces filles sont là de leur propre gré. Elles l’ont dit devant la police et le procureur de la République. Tous les procès verbaux sont là », a ajouté Brahim Ould Boubakar Vall.

Brahim Ould Boubakar Vall a aussi indiqué que Salma Mint Ahmed Koïry et Oum El Ide Mint Salem Tayvour « n’ont jamais travaillé » chez Oumelmouminine Mint Boubakar Vall en tant qu’esclaves. « Elles dorment dans une chambre climatisée que tout le monde a déjà vu à la maison. Elles ont quitté leur chamama parce que leurs parents n’ont pas de quoi les nourrir. Là, où elles sont, il n’y a pas d’école. C’est leurs parents qui nous les ont confiés pour qu’elles soient éduquées, nourries et logées », a-t-il expliqué.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 29 décembre, 2010 )

Grève des étudiants de Nouakchott contre l’occultation des ‘problèmes profonds’ du pays

Des étudiants de l’Université de Nouakchott appartenant au Mouvement Estudiantin pour la Fraternité (M.e.f.) ont décidé dimanche matin de cesser les cours pour dénoncer l’occultation des « problèmes profonds » de la Mauritanie par l’administration de Mohamed Ould Abdel Aziz-Moulaye Ould Mohamed Laghdaf.

Les étudiants ont, dans une déclaration, revendiqué l’introduction des langues nationales (wolof, soninké et poular) dans le système éducatif au même titre que l’arabe, la généralisation des bourses à l’ensemble des étudiants, une orientation objective des nouveaux bacheliers, la mise en place de branches adaptées au marché du travail, une prise en charge des étudiants, la facilitation des conditions d’inscription au 3e cycle.

Le Mouvement Estudiantin pour la Fraternité s’est joint aussi au concert de dénonciation et d’appels à la libération immédiate du président de l’IRA-Mauritanie Birame Ould Dah Ould Abeid arrêté depuis le 13 décembre à Nouakchott après une manifestation dénonçant deux cas présumés d’esclavage à Arafat

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 29 décembre, 2010 )

Oumelmouminine Mint Boubakar Vall libérée, Birame Ould Dah et ses camarades inculpés

Oumelmouminine Mint Boubakar Vall accusée par IRA-Mauritanie d’avoir soumis à l’esclavage Salma Mint Ahmed Koïry et Oum El Ide Mint Salem Tayvour a été libérée ce lundi, a-t-on appris.

Au sujet de Birame Ould Dah Ould Abeid et de ses camarades, ils ont été inculpés, après avoir été entendus par le procureur de la République.

Par rapport à ce dossier, on a appris également qu’une délégation du Parti Radical non violent transnational et transparti dirigé par Marco Pannella, le député Matteo Meccaci, rapporteur pour les droits de l’Homme et la démocratie à l’Assemblée parlementaire de l’OSCE et le sénateur Marco Perdura secrétaire de la Commission spéciale pour les droits humains du Sénat de la République Italienne sera ce mardi à Nouakchott pour rencontrer Birame Ould Dah Ould Abeid.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 29 décembre, 2010 )

La Renaissance Africaine ne saurait se faire contre la mondialisation, selon Salem Merzoug

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L’actuel Haut-commissaire de l’Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal (O.m.v.s.) Salem Merzoug a indiqué jeudi matin dans une communication présentée en marge du 3e Festival Mondial des Arts Nègres (F.e.s.m.a.n.) qui se déroule au Sénégal que la Renaissance Africaine ne saurait se concevoir et se faire en dehors ou contre la mondialisation.

Il a soutenu dans ce sens que cette « Renaissance Africaine doit enclencher une double dynamique d’apparence asymétrique » à savoir l’adaptation et la résistance.  » S’adapter pour tirer les meilleurs avantages de ses effets bénéfiques et résister à ses implications négatives », a-t-il expliqué.

Néanmoins, Salem Merzoug a assuré qu’on ne saurait envisager une quelconque Renaissance Africaine sans réponses globales et structurantes.

Et, pour y arriver, il a proposé ce qu’il appelle « l’africanisme solidaire » qui est une sorte de modèle référent, une manière audacieuse d’espérer et un pari optimiste.

A ses yeux, c’est de cette voie dépendent notre devenir collectif et l’Etat-nation pour « construire des bases nouvelles et des ressorts solides arrimés à des plateformes solidaires construites à rebours des tentations du chacun pour soi de nos Etats et de nos populations », a-t-il dit en appelant les Africains à « créer les conditions optimales d’une insertion dans le système monde gage de nos intérêts collectifs à long terme et d’une sécurité durable de nos citoyens ».

« Le temps n’est plus aux tergiversations et au non choix. Celui des décisions courageuses est arrivé pour poser les fondements d’une Afrique ambitieuse, réconciliée et sûre d’elle-même, apte à arpenter les falaises abruptes de la modernité et, au final, mieux se préparer à affronter les tempêtes récurrentes qui secouent notre monde », a conclu Salem Merzoug.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 29 décembre, 2010 )

Un compagnon de prison de Birame Ould Dah transféré à l’Hôpital psychiatrique de Nouakchott

Un compagnon de bagne de Birame Ould Dah Ould Abeid du nom de Dah Ould Boushab qui souffre de maux de tête a été urgemment transféré à l’Hôpital psychiatrique de Nouakchott cet après midi, a-t-on appris d’une source proche de l’organisation Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste.

Ce militant de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste a été arrêté en compagnie de Birame Ould Dah Ould Abeid avant d’être écroué à la prison civile de Nouakchott.

A titre de rappel, les manifestants arrêtés avaient dénoncé deux cas présumés d’esclavage contre « deux fillettes mineures, l’une de 9 ans et l’autre de 13 ans ».

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 29 décembre, 2010 )

Affaire Birame et Cie-Policiers d’Arafat : Me Mohamed Bilal Ould Dick parle de « disqualification des faits » et de « violation flagrante du droit de la défense »

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L’un des avocats de Birame Ould Dah Ould Abeid et ses amis qui séjournent actuellement à la prison civile de Nouakchott, Me Mohamed Bilal Ould Dick, a déclaré dimanche matin, au cours d’une conférence de presse, que l’article 46 du Code de Procédure Pénale ne pourrait justifier à lui seul leur arrestation et leur inculpation, faisant remarquer qu’on ne peut pas instruire deux fois sur une situation de flagrant délit.

Me Mohamed Bilal Ould Dick a affirmé que l’enquête et l’instruction sur les faits au sujet des affrontements entre les policiers du commissariat d’Arafat et des militants de l’IRA-Mauritanie ont montré « une violation flagrante du droit de la défense« , « une prolongation de délai du garde-à-vue des prévenus » et « une disqualification des faits« .

« Le fait fondamental, c’est une affaire d’esclavage qui a été dénoncée dans les bonnes formes et maintenant on est dans une situation de deux dossiers différents », a déclaré l’avocat qui a rappelé qu’il y’a une « loi qui réprime cette situation d’esclavage et c’est une obligation légale pour tout mauritanien de dénoncer tout cas qui a été repéré ».

Pour Me Mohamed Bilal Ould Dick, Birame Ould Dah Ould Abeid et ses compagnons de prison se sont limités à dénoncer des cas d’esclavage. « Lorsqu’on dénonce un cas d’esclavage, il y’a lieu à ce que les autorités aillent voir ce qui se passe. Au départ, il y avait une volonté et d’un coup, l’affaire s’est retournée. Ainsi, celui qui dénonçait le crime s’est retrouvé en prison », a éclairé Me Mohamed Bilal Ould Dick.

L’ouverture du procès de Birame Ould Dah Ould Abeid et de ceux qui ont été arrêtés avec lui est prévue le 29 décembre 2010 au Palais de Justice de Nouakchott. En attendant, Me Mohamed Bilal Ould Dick a appelé la justice mauritanienne à la clarté. « Ce n’est plus le moment des scénarios, des mensonges. C’est le moment de dire la vérité, d’être transparent », a-t-il déclaré.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 29 décembre, 2010 )

Boubakar Ould Messaoud sur l’arrestation de Birame Ould Dah : ‘Nous ne sommes pas étonnés’

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Le Président de SOS Esclaves Boubakar Ould Messaoud rompt le silence sur l’arrestation de Birame Ould Dah Ould Abeid, président de l’IRA-Mauritanie. Il a indiqué dimanche matin, dans une conférence de presse organisée par le Collectif des avocats de Birame Ould Dah et ses compagnons, qu’il n’est pas surpris de voir aujourd’hui le président de l’IRA-Mauritanie en prison.

« Nous ne sommes pas étonnés »
, a déclaré Boubakar Ould Messaoud. « Ce qu’on a vu à Nouakchott, c’est l’expression du déni de l’esclavage de la part de l’Etat », a poursuivi le président de SOS Esclaves.

Aux yeux de Boubakar Ould Messaoud, on a tabassé et arrêté Birame Ould Dah pour prouver au monde entier qu’il n’y a pas d’esclavage en Mauritanie mais des provocateurs.

« On veut cacher la réalité de l’esclavage. Effectivement, le cas de Birame est devenu beaucoup plus important que le cas des deux fillettes qui est devenu un cas marginal », dit-il.

Le président de SOS Esclaves a affirmé « qu’on se prépare depuis deux ans à arrêter Birame« . « On a tout dit de Birame. Nous connaissons ses discours. Ils sont clairs, peut-être violents mais ils sont légitimes. Birame n’a jamais frappé quelqu’un. En général, c’est l’Etat qui a le monopole de la violence. C’est la police plus particulièrement qui exerce cette violence. Nous en avons été victimes », a-t-il ajouté.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 29 décembre, 2010 )

Le CSSA préoccupé par le problème foncier dans les wilayas du Trarza, du Brakna du Gorgol et du Guidimakha

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Le Comité de Suivi de la Sécurité Alimentaire (C.s.s.a.) qui regroupe l’ACORD, l’AMAD et le FONADH s’est élevé lundi, dans une conférence de presse, contre « les attributions des concessions rurales à des investisseurs étrangers sans concertation préalable avec les populations des terres et les populations riveraines des zones demandées », notant aussi que « les collectivités traditionnelles sont régulièrement expropriées de leurs terres par des spéculateurs en complicité avec l’administration territoriale ».

« Que deviendrait cette frange de la population si toutes les terres cultivées et tous les espaces pastoraux, aires de développement de leur cheptel, leur seront arrachées et données à d’autres ? », s’est interrogé Ndiaye Seydou Négro, représentant du Comité de Suivi de la Sécurité Alimentaire au niveau de la moughataa de Bababé.

« Ces terres dont on exige aujourd’hui une justification administrative, faute de quoi elles leur seront arrachées, sont vieilles de plus de 300 années », a-t-il ajouté.

Ndiaye Seydou Négro a précisé qu’ils ne sont pas « hostiles à quelques initiatives de développement » dans la vallée du fleuve Sénégal. « Mais, nous demandons à ce que tout ce qui se décide pour nous soit d’abord correctement informé, que nous soyons impliqués à tous les niveaux sans intermédiaires et autres qu’on aura nous-mêmes choisis », a-t-il déclaré.

Pour sa part, Djigo Moussa Abou qui représente le Comité de Suivi de la Sécurité Alimentaire dans la commune de Boghé, a indiqué que ce sera une « immense catastrophe » si l’Etat attribuait les terres qui se trouvent dans cette localité. Il a mis en garde contre les « conséquences éventuelles de ces concessions« , ajoutant que « les problèmes vont se démultiplier » entre les éleveurs et les cultivateurs.

« Il y’a des zones dans lesquelles l’Etat interdit de donner des concessions. Or, c’est précisément, ce qui est en train de se faire. On ne comprend pas que l’autorité administrative soit la première à bafouer, à piétiner les textes de ce pays », affirme Djigo Moussa Abou.

« Il y’a déjà des concessions qui ont été affectées dans nos localités. Cela nous bloque. On n’arrive plus à accéder nos zones de pâturages, de cultures », révèle Gaye Mamadou Amadou, représentant le Comité de Suivi de la Sécurité Alimentaire dans la commune de Darel Barka.

Il a affirmé qu’il y’aurait des « sous-traitants mauritaniens à qui on avait donné des terres qui ont affecté leurs terres à des étrangers ». « Pour joindre nos villages, on a des problèmes. On a empêché, à Donaye par exemple, des gens d’accéder à leur cimetière pour enterrer leur mort », dit-il.

Le Comité de Suivi de la Sécurité Alimentaire a exigé d’ailleurs, dans une déclaration sur le problème foncier, l’application du décret n°2010/080 du 31 mars 2010 notamment les dispositions relatives à la non attribution des concessions rurales dans des zones à haute intensité pastorale et le consentement préalable, libre et éclairé des populations ainsi que leur implication dans la prise des décisions concernant la mise en valeur de leurs terres.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

 

( 30 décembre, 2010 )

Communiqué du Conseil des Ministres du 30 décembre 2010

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Le Conseil des Ministres s’est réuni Jeudi 30 Décembre 2010 sous la Présidence de son Excellence Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz, Président de la République. Le Conseil a examiné et approuvé les projets de lois suivants:

- Projet de loi relatif à la définition des conditions de qualification de constatation et de répression du vol de l’électricité. Le présent projet de loi vient renforcer notre législation pénale par un dispositif mieux adapté à la répression du prélèvement illicite d’électricité avec pour finalité de mettre fin aux problèmes de sécurité récurrents à ce phénomène ainsi qu’aux pratiques de vol et de piratage qui prolifèrent à grande échelle dans notre pays et qui engendrent un manque à gagner énorme à l’opérateur en charge du service public d’électricité, au point de compromettre la réalisation de ses objectifs.

- Projet de loi portant contrat type d’Exploitation – Production. Le présent Projet de loi vise à compléter la mise en place d’un cadre législatif clair, cohérent et attractif pour les activités pétrolières à travers un Contrat Type d’Exploration-Production, en remplacement du contrat type de partage de production de 1994.

Il prend en compte les pratiques internationales en la matière et tire les leçons de l’expérience de notre pays en termes de négociations et de mise en oeuvre des contrats pétroliers au cours des dernières décennies.

- Projet de loi relatif à l’aide publique à la presse privée Mauritanienne. Le projet institutionnalise l’aide publique à la presse par la mise en place d’un « Fonds d’aide publique à la presse privée » et définit ses mécanismes de gestion conformément aux dispositions de l’article 31 de l’ordonnance 2006-017 du 12 juillet 2006 sur la liberté de presse.

Le Conseil a également examiné et adopté les projets de décrets suivants:

- Projet de décret modifiant certaines dispositions du décret n° 2003-010 en date du 24 février 2003 fixant la composition et les règles de fonctionnement de la Commission Nationale des Hydrocarbures.

Le projet permet de faire participer un représentant du Ministère chargé de l’Energie à travers la Direction Générale des Hydrocarbures Raffinés en vue d’un suivi approprié et d’une meilleure coordination des activités.

- Projet de décret portant nomination des membres du Conseil d’Administration du Centre Neuropsychiatrique.

- Projet de décret portant nomination des membres du Conseil d’Administration du Centre National d’Orthopédie et de Réadaptation fonctionnelle.

Le Premier Ministre a présenté une Communication relative à la tenue prochaine des Etats Généraux de l’Education.

Cette communication met l’accent sur l’importance que revêt cet événement en tant qu’étape fondamentale vers la réalisation effective du Programme du Président de la République relatif à la promotion du système éducatif mauritanien.

Elle propose une série de mesures pour le bon déroulement de l’événement à travers la mise en place d’un dispositif de pilotage comprenant une commission nationale, des directoires d’ateliers régionaux et nationaux, aux fins de gérer la participation de l’ensemble des parties prenantes en vue d’obtenir des résultats à la hauteur de nos ambitions.

Rappelant l’importance de ces Etats Généraux pour notre pays, le Président de la République après avoir souligné le dysfonctionnement et le manque d’adaptation avéré du système éducatif par rapport aux besoins et aux enjeux de développement de notre pays, a invité l’ensemble des intervenants dans ses Etats Généraux à se servir de cette opportunité pour que, dans un large consensus et loin de toute politisation et ou instrumentalisation, cet événement soit un cadre novateur devant permettre d’asseoir les bases d’une véritable réforme du système éducatif capable de relever les défis de lutte contre la pauvreté, de chômage et de fournir au pays une expertise et des compétences variées dans les domaines des sciences et techniques, seules à mêmes de conduire un développement économique et social véritable.

La Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération a présenté une communication relative à la situation internationale.

Le Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation a présenté une communication relative à la situation intérieure.

Le Ministre de la Santé a présenté une communication relative à la situation sanitaire dans le pays.

La communication fait le point de la situation sanitaire du pays, des mesures prises en matière de prévention et de protection sanitaire des populations

En fin le Conseil a pris la mesure individuelle suivante:

Ministère Délégué auprès du Ministre d’Etat à l’Educaton Nationale, à l’Enseignement Supérieur et à la recherche Scientifique, Chargé de l’Emploi, de la Formation Professionnelle et des Nouvelles Technologies:

Cabinet du Ministre:
Secrétariat Général:
Il est mis fin aux fonctions de Mr Mohameden Ould Sidi dit Bedenna, précédemment Secrétaire Général.

 

( 3 janvier, 2011 )

Le dossier de nos clients ‘est dans une situation juridique non identifiée’, dit Me Bilal Ould Dick

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Me Bilal Ould Dick, un des avocats de Birame Ould Dah Ould Abeid et de ses camarades détenus, a indiqué dimanche matin dans une conférence de presse que le dossier de leurs clients est actuellement dans une situation juridique non identifiée.

Arrêtés et emprisonnés depuis le 13 décembre 2010, le président de l’IRA-Mauritanie et d’autres militants des droits de l’Homme qui militent au Front de Lutte contre l’Esclavage, le Racisme et l’Exclusion devaient être jugés le 29 décembre 2010.

« Et tout d’un coup, on s’est retrouvé devant deux tribunaux qui ont été institués par le dernier Conseil Supérieur de la Magistrature (réunis le 27 décembre 2010, Ndlr).

Avec l’institution d’un nouveau tribunal correctionnel, notre dossier s’est retrouvé dans une situation juridique non identifiée », a expliqué Me Bilal Ould Dick. « On ne sait pas à qui on doit s’adresser. Cette situation est une situation extrêmement grave. On est dans une situation extrêmement grave sur le plan du droit et de la sauvegarde des droits », a-t-il ajouté.

Me Bilal Ould Dick a précisé que le flagrant délit exige un délai raisonnable à partir duquel une affaire doit être vidée le plus rapidement possible suivant l’article 351 du Code de Procédure Pénale qui dispose qu’une affaire citée en flagrant délit, quand elle est correctionnelle, doit être jugée 4 jours après la comparution devant le procureur de la République.

« Jusqu’au moment où je vous parle, on ne sait pas quel est le tribunal qui est compétent pour statuer sur cette affaire. On ne sait pas est-ce que l’affaire sera vidée l’année prochaine ou est-ce que c’est dans une semaine ou dans un mois. On se sait pas »
, a-t-il déclaré.

Toujours, dans cette affaire, les parents des mineures ont été entendus ce dimanche par le juge d’instruction pour « abandon de foyer et autres infractions probables », selon Me Bilal Ould Dick.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 4 janvier, 2011 )

Les réfugiés mauritaniens au Sénégal dans l’incertitutde d’un retour au pays

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Plus de 5.000 réfugiés mauritaniens candidats au retour organisé dans le cadre d’un accord tripartite entre les gouvernements du Sénégal, de Mauritanie et le Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR), signé en novembre 2007, sont envahis par un sentiment d’incertitude en ce début d’année 2011, a appris lundi la PANA auprès de différentes associations.

Mamadou Wane
, porte-parole du Comité directeur de la Coordination des Associations des réfugiés mauritaniens au Sénégal, déclare qu’aucune information n’est fournie par la représentation du HCR à Dakar, pouvant rassurer les 5.000 réfugiés mauritaniens qui attendent encore leur rapatriement.

« On ne nous a pas dit que la porte du retour organisé est fermée, mais d’après l’agence onusienne, tout dépendrait des bonnes dispositions du gouvernement mauritanien », renseigne Mamadou Wane.

Des candidats au retour dont fait parti Amadou Habibou Thiam, qui fait partie des candidats au retour, fulmine contre les autorités mauritaniennes, sénégalaises et du HCR qui, selon lui « prolongent indéfiniment notre longue attente« .

Environ 19.000 réfugiés mauritaniens au Sénégal ont été rapatriés vers leur pays entre le 29 janvier 2008 et le 31 décembre 2009.

Une récente vague de rapatriement achevé le 31 décembre 2010 a également permis le retour en Mauritanie de 1.300 réfugiés accueillis sur des sites disséminés dans différentes régions notamment de la vallée du fleuve.

Ces populations avaient été expulsées de Mauritanie à la suite des affrontements inter- ethniques de fin avril 1989, qui avaient fait plusieurs centaines de victimes de part et d’autre du fleuve Sénégal servant de frontière naturelle entre la Mauritanie et le Sénégal.

Source: CRIDEM avec PanaPress

 

( 4 janvier, 2011 )

Selon Mamadou Kalidou Bâ, Birame Ould Dah et ses compagnons n’ont fait que leur travail

Mamadou Kalidou Bâ

‘La loi (sur l’esclavage, Ndlr), nous ne l’avons pas voté et il ne nous appartient pas de l’appliquer mais nous sommes là pour dire aux autorités de l’appliquer’, a précisé dimanche matin dans une conférence de presse le président en exercice par intérim du Front de Lutte contre l’Esclavage, le Racisme et l’Exclusion Mamadou Kalidou Bâ.

« On nous considère aujourd’hui comme des terroristes. On nous tombe dessus. On prend nos camarades que l’on met aux arrêts. Cela sans aucun fondement et après nous subissons un lynchage médiatique qui nous fait passer pour des bourreaux »
, s’est-t-il insurgé.

Mamadou Kalidou Bâ a affirmé que Birame Ould Dah Abeid et ses compagnons n’ont fait que leur travail qui a consisté, selon lui, à assister des victimes de l’esclavage.

Il a ensuite indiqué qu’ils ont « été voir les partis politiques, les parlementaires, des Ongs » mais aussi « adressé des missives aux principales chancelleries occidentales, arabes et africaines » pour les informer de la situation. « Nous allons continuer à faire des marches, des meetings pour exiger la libération de nos camarades et pour dénoncer la continuation de la pratique de l’esclavage et du racisme d’Etat », a-t-il ajouté.

Le Front de Lutte contre l’Esclavage, le Racisme et l’Exclusion va organiser ce mardi, a révélé Mamadou Kalidou Bâ, « une marche de protestation ». « Nous avons introduit une demande légale conformément à la loi qui nous autorise à manifester lorsque nous le désirons. Mais, si, on veut nous en empêcher en n’appliquant pas la loi, nous manifesterons », a-t-il déclaré.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

 

( 6 janvier, 2011 )

Communiqué du Conseil des ministres du 6 janvier 2011

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Le Conseil des Ministres s’est réuni le Jeudi 06 Janvier 2010 sous la Présidence de Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz, Président de la République. Le Conseil a examiné et adopté les projets de décrets suivants :

- Projet de décret instituant une indemnité spéciale au profit des professeurs d’enseignement secondaire exerçant dans les lycées d’Excellence; Le projet institue une prime spéciale pour davantage motiver le personnel enseignant des nouveaux lycées d’Excellence, aux fins d’encourager ce dernier à se consacrer exclusivement à cette tache et pour davantage de qualité;

-Projets de décret portant réorganisation du Baccalauréat National ; Le projet met en place le nouveau dispositif permettant de sanctionner le Baccalauréat National au regard de la Réforme de 1999 et dont la première cohorte d’élèves passe cet examen au cours de la session de juin 2011 ; il permet également aux candidats issus de l’ancien système de se présenter aux examens et ce jusqu’en 2012 ;

-Projet de décret portant modification des règles de fonctionnement du Centre de Coordination et de Sauvetage Maritimes créé par l’article 3 de la loi 2002-04 du 20 janvier 2002 ; Le projet dissout l’?tablissement public à caractère administratif dénommé « Centre de Coordination et de Sauvetage Maritimes » (CCSM) et rattache le nouveau dispositif à une Administration de type  » SERVICE NATIONAL  » ;

< -Projet de décret accordant le permis de recherche n°1015 pour les substances du groupe 2 (OR) dans la zone d’El Khdeira (Wilaya de l’Adrar) au profit de la Société Mauritanian Ressources LTD.

-Projet de décret accordant le permis de recherche n°1016 pour les substances du groupe 1 (Fer) dans la zone de Lehmami (Wilaya du Tiris Zemmour) au profit de la société Mauritanian Ressources Ltd. Projet de décret accordant le permis de recherche n°1200 pour les substances du groupe 2 (Or) dans la zone de Nsour Nord (Wilaya du Tiris Zemmour) au profit de la société Drake Ressources Limited ;

-Projet de décret accordant le permis de recherche n°1235 pour les substances du groupe 2 (Or) dans la zone d’Elb Alioun (Wilaya du Tiris Zemmour) au profit de la Soiété Curve Capital Ventures Ltd ;

-Projet de décret accordant le permis de recherche n°1236 pour les substances du groupe 2 (Or) dans la zone d’Elb Lhrach (Wilaya du Tiris Zemmour) au profit de la Soiété Curve Capital Ventures Ltd

La Ministre des Affaires ?trangères et de la Coopération a présenté une communication relative à la situation internationale.

Le Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation a présenté une communication relative à la situation intérieure.

Le Ministère de l’?nergie et du Pétrole a présenté une Communication relative à la Société Mauritanienne des Hydrocarbures (SMH) ;

La communication fait l’historique de la Société et présente le niveau et l’état d’exécution des programmes qui lui sont confiés ; elle informe également du suivi, pour l’Etat , des aspects opérationnels relatifs à la commercialisation du brut de Chinguetti et il reste admis, qu’une insertion plus articulée de la SMH dans le dispositif institutionnel de gestion du secteur des hydrocarbures, doit permettre au pays une meilleure valorisation de ses ressources nationales d’hydrocarbures et son positionnement, à terme, comme acteur dans le secteur à l’échelle régionale ;

Le Ministre de la Santé a présenté une Communication relative à la situation sanitaire dans le pays;

La communication fait le point de la situation sanitaire. La communication informe de la poursuite des activités de surveillance et de contrôle de la situation sanitaire en général et dans la zone Nord en particulier.

Le Ministre de l’?quipement et des Transports a présenté une Communication relative à la participation de l’Union Nationale du Patronat Mauritanien (UNPM) au Capital de la société de Transport Public (STP);

La communication informe des dispositions prises pour la participation du secteur privé national au capital de la STP et propose la répartition de ce capital entre l’Etat et l’UNPM.

Le Ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement a présenté une Communication relative à l’impact de la mise en exploitation de l’AFTOUT et sur la situation de la SNDE ;

La communication présente la situation de la SNDE après deux mois d’exploitation du projet Aftout Essahili et informe du plan d’action envisagé, pour améliorer les conditions d’exploitation et de gestion de l’outil de production ainsi que du relèvement des performances de la société.

Au regard des différentes communications, le Président de la République a rappelé, l’urgence qu’il y a de redresser rapidement et durablement la gestion de l’ensemble des entreprises publiques et sociétés d’Etat, notamment par le rétablissement d’un train de vie conforme à nos réalités et au souci d’une rigoureuse gestion, pour que chacune d’elles puisse jouer le véritable rôle que lui assigne l’Etat.

Il a insisté sur l’efficacité et le rendement de chaque entité pour que cessent les subventions publiques et continues, au demeurant signe d’une gestion mal maîtrisée et ce, pour éliminer à jamais toutes ces pratiques antérieures, contraires à tout changement constructif.

Enfin, le Conseil a pris les mesures individuelles suivantes :

Ministère du Développement Rural :
Société Nationale des Abattoirs :

Directeur Général Adjoint, Mr Abdallahi Ould Mohamed Salem, Vétérinaire ;

Etablissements Publics

Office Mauritanien de Recherches Géologiques :
Direction Générale : Directeur Général, Mr El Hachmy Cheikh Sidaty, Ingénieur géologue, précédemment Directeur Adjoint audit établissement, en remplacement de Mr DIA Silèye appelé à faire valoir ses droits à la retraite

Directeur Général Adjoint : Diomassi Boubou, ingénieur géologue, précédemment chef de département du patrimoine géologique au dit établissement.

( 8 janvier, 2011 )

Un père soupçonné d’avoir violé puis sodomisé sa fille

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Un père, soupçonné d’avoir violé et sodomisé sa fille âgée de 17 ans, a été appréhendé puis gardé à vue au niveau de la Brigade des mineurs de Socogim Ps, à la suite d’une plainte déposée par l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant, a-t-on appris mercredi auprès d’une source proche de cette Ong.

Lundi dernier, vers 11h, cette jeune fille a été accueillie par le centre El Wafa de l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant.

Cette jeune fille, dont la mère vit actuellement au Sénégal, était sans cesse abusée sexuellement par son père. Pour se sauver des griffes de ce dernier, elle décida de chercher du travail et trouva refuge auprès d’une femme restauratrice.

« Les week-end, elle ne partait pas chez elle. Sous le poids de la souffrance, elle faisait des crises et pleurait tout le temps. C’est ainsi que sa patronne l’amena à l’hôpital. Et, une fois examiné, elle avait de l’hémorroïde. Elle avouera par la suite que c’est son père qui en est responsable », a indiqué une source proche de l’Ong.

La dame s’est ensuite rendue à la Brigade des mineurs pour porter plainte contre le père de la jeune fille accusé de viol et de sodomie sur mineure avec la contribution de l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 8 janvier, 2011 )

Une dame licenciée pour refus d’être transférée dans une autre agence de Western Union Parinacom

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Une dame répondant au nom de Hawa Camara, gérante et caissière d’une agence de Western Union Parinacom, depuis le 01 septembre 2008, s’est plaint d’avoir été licenciée sans motif, révélant qu’elle travaillait dans des conditions difficiles, moyennant un salaire mensuel de 30.000UM.

« Je travaillais plus de 12 heures par jour, et sans congés annuels ni repos hebdomadaires. Un jour, mon employeur a décidé de me transférer dans une autre agence située au Carrefour Madrid sans prime de transport alors que je réside au 5ème arrondissement« , a dit Hawa Camara.

 » Après presque deux ans, de bons et loyaux services, et souvent au risque de ma vie, j’ai été licenciée par son employeur, le 27 décembre 2010, sans aucun motif valable », a-t-elle soutenu.

La CGTM qui a été saisie par Hawa Camara s’est offusquée de ce licenciement et estime que cette société aurait seulement prétexté le refus de cette employée d’être transférée au niveau de l’agence située au Carrefour Madrid sans prime de transport pour se débarrasser d’elle.

La CGTM a aussi indiqué que Western Union Parinacom n’a jamais voulu déclarer Hawa Kane au niveau de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale après 2 années de services rendus et déclare enfin que le licenciement a été prononcé sans observation des dispositions de l’article 46 du Code du Travail.

« Au niveau des agences Western Union Parinacom, les droits des employées sont constamment bafoués et les lois ne sont jamais respectées »
, a indiqué une source au niveau de la CGTM.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem 

 

 

( 10 janvier, 2011 )

El Hussein Dieng, SG de l’IRA-Mauritanie sur le verdict prononcé contre ses camarades : »Nous ne le reconnaissons pas parce qu’il ne relate réellement pas les faits qui se sont produits à Arafat »

Dieng El Hussein, SG de l'IRA-Mauritanie

La justice vient de condamner à une peine de 6 mois de prison ferme et 500.000 UM d’amende contre Birame Ould Dah Ould Abeid Président de l’IRA-Mauritanie et Maouloud Ould Boubou et une peine de 6 mois avec sursis plus une amende de 100.000 UM pour Dah Ould Boushab, Ali Ould M’Bareck, Cheikh Ould Abidine et Balla Touré.

Le secrétaire général de l’Ira-Mauritanie El Hussein Dieng s’est aussitôt prononcé sur cette décision de justice. Entretien.

Cridem : Le verdict est tombé. Birame Ould Dah Ould Abeid et ses amis ont été condamnés par la justice à une peine de 6 mois de prison ferme. Quel est votre jugement ?

El Hussein Dieng : Ce verdict, nous ne le reconnaissons pas parce qu’il ne relate réellement pas les faits qui se sont produits à Arafat. Il y’a eu une autre approche qui a été faite par les autorités en charge de la justice qui voulaient, coûte que coûte, en découdre avec Birame Ould Dah.

Ce que nous avons pu comprendre, c’est que les droits de l’Homme et la démocratie marchent carrément à reculons en Mauritanie. Et c’est regrettable pour un pays qui a vraiment envie d’avancer. Nous restons fermes sur nos principes. Pour nous, ce qu’on appelle les droits de l’Homme ne sont pas négociables, c’est un terrain sur lequel nous sommes très clairs. Nous allons faire un appel et on verra la suite.

Cridem : Maintenant que Birame Ould Dah et ses amis sont emprisonnés, quelle suite allez-vous donnez à votre combat contre l’esclavage ?

El Hussein Dieng : Il y’a une chose que les gens doivent comprendre et c’est extrêmement important : un problème, lorsqu’il existe dans un pays, on ne doit pas le nier mais on doit avoir le courage de l’affronter avec une volonté politique réelle et trouver des solutions par rapport à ça. Nos amis sont victimes de cette situation.

Nous savons en ce qui concerne l’esclavage que les Harratines, les Négro-mauritaniens comme les Beidhanes ont une partition extrêmement importante pour ce combat afin de mettre un terme à ce problème d’esclavage.

Il y’a des gens qui pratiquent l’esclavage à l’intérieur du pays. Ceux-là ont envie que cette pratique perdure parce que c’est leurs intérêts. Nous avons toujours proposé par rapport à la question de l’esclavage de mettre en place une commission indépendante chargée exclusivement de cette question. Tous les esclaves doivent être libérés.

Le député de Tawassoul Jémil Ould Mansour a eu l’occasion de dire publiquement au Parlement que l’esclavage existe encore en Mauritanie. Mais, il faudrait que les gens aient le courage de l’affronter et cela est valable également pour les autres problèmes qui sont liés à l’exclusion, à l’état foncier, à l’injustice, à l’Etat civil qui est train de se poser avec acuité…

Cridem : Vous avez adressé des lettres à des chancelleries occidentales, africaines et arabes accréditées en Mauritanie de même que mis à contribution certains partis politiques et Ongs. Mais, cela n’a pas pesé sur la balance. Est-ce que votre lutte n’est pas déjà perdue d’avance ?

El Hussein Dieng : La condamnation de Birame nous confirme qu’il a toujours gêné dans ce pays de par son discours. Mais, ce discours est vrai et partagé même au niveau des sphères de l’Etat. Nous rencontrons des autorités nuit et jour qui disent que ce que dit Birame est effectivement vrai. A la place de l’Etat, nous aurions pris ce qu’il y’a d’essentiel dans son discours et essayer de l’étudier, d’en faire vraiment un programme pour les populations.

C’est ce que le gouvernement devait faire. Nous considérons tout simplement que Birame est parti en voyage. Parce qu’il nous a habitués à cela. Qu’il va revenir très bientôt et très fort. Le jour où il sortira, ce jour-là, on organisera un grand meeting à Nouakchott pour montrer que la bataille n’est pas perdue.

Cridem : Quelle est l’invitation que vous adressez aux pouvoirs publics ?

El Hussein Dieng : L’esclavage existe bel et bien en Mauritanie. Mohamed Ould Abdel Aziz et son gouvernement doivent prendre ce problème par les deux mains et de l’aborder courageusement. Mohamed Ould Abdel Aziz a été élu pour ça. Nous déplorons le fait que certains partis politiques ne se soient pas prononcés sur cette situation comme Adil ou l’Upr qui a mis en place une commission des droits de l’Homme qui n’a rien fait dans ce sens.

Nous aurions aimé que le Président de la République installe une commission indépendante chargée exclusivement de lutter contre l’esclavage et ses séquelles. Birame Ould Dah n’est pas contre les intérêts de la Mauritanie. Nous déplorons le silence des oulémas qui sont en grande partie complices de la situation dans laquelle nous sommes. Nous sommes en train de vivre la cherté des prix.

Dans les mosquées, dans les khotbas, au lieu qu’on évoque les problèmes des populations, on évoque des problèmes antérieurs, qui nous dépassent, qu’on ne vit même pas en Mauritanie. Le Président de la République avait proposé de réformer la justice. Mais, un pays, il faut qu’il soit stable pour le développer. Mais, jusqu’à présent, on n’a pas vu ces réformes judiciaires qu’il avait promises.

Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

( 16 janvier, 2011 )

Un homme coincé aux urgences du CHN faute de pince

Un homme d’une trentaine d’années s’est vu, ce lundi, retenu pendant plus d’une quarantaine de minutes aux Urgences du Centre Hospitalier National de Nouakchott parce qu’il n’y avait pas tout simplement de pince dans ce service.

A la suite d’un accident de circulation, cet homme a été rapidement acheminé au Centre Hospitalier National de Nouakchott pour se faire soutirer la bague coincée et enfoncée sur son doigt de son bras gauche ouvertement fracturé.

Il patientera pendant une bonne quarantaine de minutes alors qu’il souffrait d’hémorragie continue avant d’être tiré d’affaire grâce à l’intervention de son patron qui a saisi le chef du service des Urgences.

« Il n’y avait aucune pince encore moins un matériel adéquat pour couper la bague. Selon les infirmiers, les pinces se trouvaient au niveau du bloc opératoire. C’est dans ce service, d’ailleurs, qu’on a pu se procurer d’une pince pour lui tirer d’affaire sans être anesthésié », a expliqué un proche de cet homme.

Au Centre Hospitalier National de Nouakchott, les malades s’offusquent souvent des conditions de traitement des agents de cette première structure sanitaire du pays.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

 

 

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