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( 28 octobre, 2007 )

Ba Djibril Ngawa: Le Picasso Mauritanien!

Les arts plastiques, il l’a dans le sang et dans l’âme. Sa forme d’expression est particulièrement vivante. Ce qui lui a valu sans nul doute d’être comparé à de grands artistes. Pour autant, il ne se gonfle pas. Il se montre toujours modeste en essayant de garder sa tronche sur ses épaules. «Je ne sais pas si je suis un artiste-né ou non, se demande-t-il, mais ces liens me poussent à beaucoup creuser sur ce que je fais. Si on va jusqu’à me comparer à Pablo Picasso ou Keith Haring, pour moi, c’est grave et lourd. »  

————-Par Babacar Baye Ndiaye

Au début, en effet, il avait «un peu peur » et rien ne le prédestinait à fouler les arts plastiques, un domaine «qui demande beaucoup de savoir» mais aussi un domaine qui manque de considération et de valorisation. «Les arts plastiques, confie-t-il, peuvent participer à la valorisation et à la promotion du pays. A travers ça, nous pouvons  développer par exemple, le tourisme culturel et la photo-artistique qui ne sont pas trop bien connue dans notre pays. » 

Il rencontre Margueret Ambrossino, une volontaire du corps de la paix, un fin connaisseur de l’histoire de l’art. «C’est elle qui m’a dit pour la première fois que mon style est proche de celui de Picasso », explique-t-il.

En 2006, il voyage en France et expose curieusement ou accidentellement ( !) à l’école Pablo Picasso. De même, il rencontre aussi Luc Lessueur, un artiste français qui lui offrit d’ailleurs un magnifique tableau.

Au cours de cette rencontre, ils échangèrent beaucoup. Ce dernier lui suggéra de travailler davantage ses tableaux puisque sa forme d’expression, qui est assez originale, reflète parfaitement les couleurs et les réalités de son pays. 

Ces tableaux montrent merveilleusement cet état d’esprit. A travers eux, l’artiste plasticien qu’il est se replonge dans son enfance. «Ce que je ressors dans mes tableaux, c’est réellement moi-même. C’est ce que j’ai vécu. Ce n’est pas parce que la Mauritanie est culturellement diversifiée que j’essaie de ressortir ça, non ! C’est parce que moi-même j’ai grandi dans un milieu multiculturel. » 

Photographe dans l’esprit, il est un artiste qui se nourrit de l’image et sa forme d’expression est souvent comparée à d’autres artistes, lui qui n’a pas tellement étudié les arts plastiques ni eu de références dans ce domaine. «A l’occasion de la troisième édition du festival national de la jeunesse et des sports en 2005, se rappelle-t-il encore, on m’a demandé de représenter le Guidimakha en photographie et en arts plastiques. Lorsque j’ai exposé mes dessins, ceux qui les avaient vus, m’ont dit de valoriser mes dessins sur toile puisque ma forme d’expression est pleine de liens communs avec ce que faisait Pablo Picasso. » 

Auteur de la célèbre chanson «Ne coupez pas les arbres» qu’on diffuse presque tous les jours à la radio nationale, Ba Djibril Ngawa est un défenseur de la nature, de la préservation de l’écologie. D’ailleurs, dans l’un de ses tableaux, il montre l’importance de la protection de l’environnement. 

«L’homme, dit-il, est responsable de ce qui se passe sur la planète. » Dans un registre plus humain, il exhibe les combats multiformes de la vie en jouant sur les couleurs et les formes. 

«Parfois, a-t-il laissé entendre, tu perçois l’autre comme un étranger. Tu as peur de lui. Mais à la fin, vous partagez presque les mêmes choses et les mêmes points de vue. » Mais cela n’est possible qu’à travers le dialogue, l’acceptation de l’autre, la cohabitation des différences.

«Dans une démocratie, il faut accepter et respecter les différences puisque chacun a sa manière de voir les choses. Certes, il n y a pas de démocratie parfaite mais pour vivre en paix, il faut respecter ces différences. » 

C’est une chance et elle n’est pas offerte à n’importe qui. Il faut bien fouiner dans son enfance pour pouvoir comprendre Ba Djibril Ngawa. Lui, nous pouvons dire qu’il est «une» somme de la Mauritanie. A cinq, il a été élevé par un marabout maure durant 7 ans puis confié à une famille soninké où se trouvait un douanier wolof. Et c’est avec beaucoup de fierté qu’il parle de tout cela. 

«Il y a de profondes similitudes dans la société mauritanienne et il y a aussi la diversité culturelle. Mais il faut ressortir tout cela pour que les gens sachent qu’ils sont obligés de vivre ensemble. Loin de la politique, les mauritaniens vivent dans les mêmes conditions. » 

Les arts plastiques et la photographie lui ont-ils rapporté beaucoup ? «Je ne suis pas trop attiré par le côté commercial de l’art, précise-t-il. Je ne fais pas de tableaux pour les vendre à de vils prix. Parfois, les artistes sont obligés de brader leurs œuvres parce qu’ils vivent de ça. Il faut s’organiser pour au moins valoriser les prix des tableaux…Les arts plastiques sont encore un phénomène nouveau dans notre pays» et de renchérir sans pour autant être l’avocat du diable «le ministre ne peut pas comprendre les artistes. Il n’est pas musicien, ni photographe encore moins artiste plasticien. Il ne peut pas comprendre nos problèmes si nous ne les lui expliquons pas». 

Marié et père de deux enfants, Ba Djibril Ngawa est tantôt dans la musique, tantôt dans la photographie et les arts plastiques. «L’art c’est difficile avoue-t-il. C’est très difficile d’avoir une vie de famille tranquille.

Dans le domaine musical, tu ne peux pas avoir une vie familiale paisible. Tu bouges beaucoup. Réconcilier art et famille c’est très compliqué. Tu voyages…Par contre dans l’art plastique, c’est le calme, la tranquillité. » 

( 28 octobre, 2007 )

Nos syndicats d’enseignement jouent-ils leur rôle ?

 Quand enfin va-t-on trouver de bonnes solutions à notre système éducatif qui est devenu jusqu’au trognon et dangereusement un véritable problème ? Des réformes, toujours des réformes et encore des réformes ! Mais en réalité, qu’est-ce qui a véritablement mué dans notre système éducatif ? Depuis plus de deux décennies, l’école mauritanienne s’est enfoncée viscéralement dans un gouffre dont elle a du mal à s’en tirer. D’un pouvoir à l’autre, d’un ministre à l’autre, notre éducation nationale aura été trempée dans toutes les sauces d’une mauvaise préparation sans que cela n’effarouche personne, en premier lieu les syndicats d’enseignement qui ont failli à leur mission de contre-pouvoir. Au lieu de jouer efficacement leur rôle, ils se turlupinent plutôt de leurs intérêts personnels d’abord que de la qualité de l’enseignement et de son développement. Pour l’augmentation de leurs salaires, pour leurs affectations, pour leurs primes de craie entre autres, ils se sont bien battus, becs et ongles, pour obtenir tout cela. On ne les a jamais aperçus par contre battre le macadam pour stigmatiser la ringardise des programmes. L’enseignement de qualité passe inéluctablement par- là : s’adapter aux nouvelles circonstances et évoluer avec elles. L’enseignement, le comble dans tout cela, est devenu le point de chute des chômeurs indésirables de la société mauritanienne, des retraités et des maîtrisards en je ne sais quoi encore. Il y a quelques jours seulement, en réalité, mon attention fut attirée par cette phrase bien gribouillée sur un kit d’écolier «l’avenir de la Mauritanie est dans l’éducation ». C’est bien beau tout cela mais ne rêvons pas. Ce n’est pas avec un tel programme et une telle situation qu’on y parviendra, un programme établi sur des bases politiciennes. Ce n’est pas certainement non plus avec nos syndicats qu’il faut compter pour redresser la barre. La situation actuelle de notre éducation nationale est la preuve que nos syndicats n’ont pas été vigilants et ont laissé délibérément sinon approuvé même certains choix politiques de nos hommes politiques qui ont politisé l’éducation nationale. Nos syndicalistes ne savent que nous seriner des phrases du genre «qu’il est urgent de réformer notre système éducatif » ou «il faut améliorer les conditions de travail des enseignants». Au lieu de proposer des solutions concrètes par rapport à la situation actuelle que traverse le système éducatif mauritanien, les syndicats d’enseignement se montrent de plus en plus veules et flasques. Et pourtant, ils savent mieux que quiconque que notre éducation nationale est prise en otage et brinquebalée dans des réformes qui n’ont rien apporté à notre système éducatif. Ce tâtonnement a aujourd’hui engendré un système d’enseignement aux abois avec toutes les conséquences qui sont devenues visibles maintenant. Il est prévu de tenir des états généraux sur l’éducation nationale d’ici peu de temps. Nous verrons bien si nos syndicats d’enseignement jouent pleinement leur rôle de contre-pouvoir. 

Babacar Baye Ndiaye

( 28 octobre, 2007 )

KBB: La Première dame du pays!!!

L’épouse du chef de l’Etat, Khattou Bint Boukharry, tient incontestablement une position prééminente auprès de son mari, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Président de la République.

Consciente donc des actions qu’elle doit mener sur le front humanitaire, elle a créé, elle aussi, sa propre fondation qui porte d’ailleurs son nom. Cette fondation présentement s’active auprès des populations de Tintane pour apporter sa contribution. Mais la fondation est-elle une solution à la réduction de la pauvreté ? 

Personne ne remet en doute que madame Khattou Bint Boukharry, première dame de la Mauritanie ait, elle aussi, sa fondation. Qu’elle ait la magnanimité d’assister les populations démunies, de contribuer efficacement et personnellement au développement économique et social du pays, de lutter sans relâche contre toute forme de violences envers les femmes et principalement les enfants !

Qu’elle apporte son contrefort aux handicapés et aux personnes âgées ! Qu’elle veuille aider les populations sinistrées victimes de catastrophes naturelles comme elle est en train de le faire à coté des populations de Tintane ! C’est fort bien.

Elle n’est pas la première et ne serait pas la dernière à le faire. Car, c’est presque une coutume institutionnalisée. Toutes les premières dames ont leur fondation ou leur association. Ces fondations, la plupart du temps, ont un but essentiellement humanitaire. 

Comment établir un cadre de proximité entre le Président de la République et les couches défavorisées ? Cette action revient à la première dame, madame Khattou Bint Boukharry qui doit véhiculer le message humanitariste du chef de l’Etat.

De tout le temps, les premières dames ont joué des rôles incontournables dans les affaires présidentielles et nationales, du fait de leur statut particulier de première dame. Cette situation leur confère donc une certaine ascendance décisionnelle et des prérogatives que ne leur confèrent ni la constitution ni la loi. Mais ceci ne crée-t-il pas des immixtions de prés ou de loin dans la gestion des affaires de l’Etat ? 

S’il est vrai que nous sommes dans une République qui garantit la liberté d’expression et la liberté de presse, s’il est vrai aussi que nous pratiquons la bonne gouvernance et la transparence financière, il serait bon d’éclairer la lanterne du citoyen lambda sur la fondation elle-même. Son utilité véritable ?

S’il a un rôle politique à jouer ? D’où proviennent les fonds de la fondation. Les enquêteurs de la fondation sont-ils banqués et par qui ? Sur quels critères ont-ils été choisis ? A combien s’élève son budget ? Est-elle juridiquement légale c’est à dire reconnue par le ministère de l’intérieur ? En tout cas, on ne peut pas dissocier l’action de la première dame et celle de son mari dans certaines affaires. Autant d’interrogations. Et mieux vaut aller chercher des fantômes que d’attendre des réponses claires. 

La Mauritanie n’est pas encore un eldorado pour se permettre certaines dépenses ou charges financières. Cette fondation gagnerait à ne pas reproduire les mêmes maladresses de certaines associations dont les deux tiers des fonds sont détournés par des êtres en chair et en os, des responsables sans préoccupations morales et sans pudeur ni scrupule. 

La première dame avait-elle une fondation ? Non ! Alors pourquoi d’être la première dame pour avoir sa fondation. La raison est très simple et compréhensive. C’est que maintenant, l’argent est disponible, coule à flots. On peut en faire ce qu’on veut sans contrôle ni audit. D’ailleurs, quel est cet inspecteur de l’Etat qui aura le culot, osera de fourrer son nez dans cette fondation ?  On n’y peut rien. C’est comme ça. Ça fait parti des arcanes de l’Etat.

babacar baye Ndiaye

( 28 octobre, 2007 )

Sidi Yahya, Président de l’Association des Artistes-plasticiens de Mauritanie: « Les acteurs culturels ne peuvent rien faire sans l’appui de l’administration »

Dans l’interview suivante qu’il nous a accordée, Sidi Yahya revient sur le manque de considération dont souffre le secteur des arts plastiques  peu connus des mauritaniens mais aussi des voies et moyens pour faire développer ce secteur culturel.

————Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye 

Le Rénovateur : Le secteur des arts plastiques et de façon générale celui de la culture est-il pris en considération par l’Etat comme un moteur de développement ? 

Sidi Yahya : Les arts plastiques, c’est comme tous les autres secteurs culturels du pays. Ce n’est pas encore pris en considération encore moins comme un moteur de développement. Rien ne pourra aller si la culture de manière générale n’est pas une affaire d’Etat. Au niveau du Ministère de la Culture, nous n’avons jamais vu un projet culturel avec des buts bien précis. Les acteurs culturels ne peuvent rien faire sans l’appui de l’administration. Et par rapport aux arts plastiques, notre Ministère de tutelle n’a pas une philosophie et une orientation claire. 

Le Rénovateur : Les arts plastiques sont peu connus des mauritaniens. Qu’est-ce qu’il faut faire pour que ce secteur puisse se développer ? 

Sidi Yahya : C’est très simple ! Il faut que nous sachions, nous les mauritaniens, avec la culture, nous pouvons faire une recette économique pour notre pays. Les hommes d’affaires, le ministère de la culture ne croient pas toujours que nous pouvons faire un investissement rentable qui donne de bons résultats pour notre pays. Prenez l’exemple de l’Egypte : d’énormes devises rentrent dans ce pays grâce à son cinéma et à son théâtre. La culture est devenue une véritable industrie. Nous devons, nous aussi, considérer la culture et les arts comme un créneau de développement. Dans notre association, nous avons plus d’une quarantaine de personnes qui nourrissent leurs propres familles de leur métier. Ces gens-là, ils participent à l’effort de développement et à la lutte contre la pauvreté. Ce n’est pas distribuer des sacs de riz ou des bidons d’huile. Il faut plutôt penser à développer les ressources humaines. 

Le Rénovateur : Aujourd’hui, est-ce qu’on peut dire qu’il y a eu des progrès dans le secteur des arts plastiques ? 

Sidi Yahya : Je voulais d’abord préciser une chose. Le 27 octobre prochain, je vais déposer ma démission. Ils m’ont poussé et sollicité (les artistes plasticiens) pour être le Président de l’association dans un moment très difficile. Les trois premiers mois, nous avons abattu un travail incroyable en organisant des expositions, des événements comme « la semaine bleue », des expositions de photos, des activités avec des partenaires comme l’UE et la Caritas. Malgré tout cela, j’ai senti que chacun ne veut pas apporter son effort dans le travail collectif. Maintenant, par rapport à votre question, je dirai oui. Si je me rappelle très bien, j’avais fait ma première participation à une exposition collective en 1987 qui était plutôt destinée à combler un vide dans la saison culturelle du ministère de la culture. A l’époque, les autorités du ministère de la culture n’avaient pas confiance aux artistes plasticiens. Si nous étions sollicités, c’est pour juste boucher un trou. Aujourd’hui, nous participons à des expositions nationales et internationales. Nous avons acquis une expérience. Tout cela, ce n’est pas le ministère de la culture mais plutôt grâce à nos propres efforts. Bien sûr, nous n’oublierons pas le Centre Culturel Français qui nous a beaucoup aidés et joué un rôle extraordinaire dans la promotion de la culture mauritanienne. 

Le Rénovateur : Vous, en tant que structure, qu’est-ce que vous avez fait pour contribuer davantage à faire connaître ce secteur des arts plastiques ? 

Sidi Yahya : Nous avons rencontré récemment le ministère de la culture et de la communication en personne. Il nous a fait savoir son intérêt pour les arts plastiques et nous a promis de faire quelque chose. C’est déjà un bon signe à mon avis. Il nous a même affirmé qu’un Prix national pour les arts sera bientôt lancé. Et en plus, il nous a payés nos trois mois d’arriérés de location. Cependant, ce que nous voulons, c’est que nous devenons comme les autres pays c’est à dire que nous organisions des événements ou des festivals. Un pays où il n’y a pas de festivals, c’est incroyable. Le seul festival que nous organisons, c’est le festival de la poésie. 

Le Rénovateur : Bénéficiez-vous d’un appui des autorités pour vendre davantage l’image de la Mauritanie à l’extérieur ? 

Sidi Yahya : Nous n’avons jamais bénéficié d’un appui quelconque ! Et pourtant, il y a énormément de possibilités pour valoriser notre patrimoine national et culturel. Ceci est possible si nous faisons des concours pour des tableaux qui seront reproduits avec une impression et les vendre moins chers que les originaux. Avec les tableaux, on peut faire des cartes postales. Certainement, les artistes n’ont pas les moyens. Moi, par exemple, je n’ai pas les moyens d’établir dix mille cartes postales mais la poste elle-même a la possibilité de le faire. Il suffit d’acheter une toile et de faire la reproduction. L’imprimerie nationale peut faire cela et distribuer les tableaux dans les bureaux de l’administration. A l’étranger, il n’y a pas de tableaux mauritaniens accrochés sur les murs de nos ambassades. 

Le Rénovateur : Les cinéastes ont leur SENAF. Etes-vous dans cette perspective pour faire connaître les arts plastiques mauritaniens ? 

Sidi Yahya : C’est évident qu’il faudra essayer d’organiser un festival comme le reste du secteur. Pour ce faire, il faudrait d’abord avoir une équipe, des artistes plasticiens conscients de leur travail. Moi personnellement, je ne veux pas m’avancer dans une telle perspective et je ne veux pas non plus m’attendre à de mauvais résultats à la dernière minute. A mon avis, c’est impossible parce qu’il n y a pas encore une équipe dynamique et soudée capable d’assumer une telle manifestation. 

( 23 octobre, 2007 )

Philippe Duchemin: 40 ans de jazz !

Philippe Duchemin a sorti  à son actif 5 compacts discs baptisés tous «Philippe Duchemin Trio» et a collaboré dans une quarantaine de productions avec d’autres musiciens jazzmen. De passage à Nouakchott, il a tenu un concert en hommage à Oscar Peterson au Centre Culturel Français.

—————–Par Babacar Baye Ndiaye 

Non, ce n’est pas un hasard si Philippe Duchemin a dû embrasser très tôt et vite la carrière de jazzmen. Déjà, à l’age de 9 ans, il avait commencé à jouer du piano classique. Puis à l’age de 15 ans, avec des professeurs de musique classique.

Ensuite, il dût, pour se perfectionner et s’améliorer, travailler son jazz tout seul avec des disques pour essayer de faire ce que ses aînés ont fait avant lui. Pour lui, tout a commencé aux états unis d’Amérique, berceau du jazz. «J’avais un oncle, se remémore-t-il encore, qui vivait au sud de la France.

Celui-ci était un pianiste amateur qui jouait dans un orchestre de jazz à Nouvelle Orléans…Lorsque j’ai entendu cette musique, je me suis dit que c’est cela que je vais faire dans ma vie. Et puis un jour, on m’a invité à jouer avec eux. Je n’avais que 14 ans.» Ce premier coup n’était point pour lui une consécration mais juste un moment d’essai.

Né en 1957 à Toulouse au Sud de la France, Philippe Duchemin  est toujours un célibataire, un choix délibéré qu’il assume parfaitement. «Je ne suis pas marié et je n’ai pas d’enfant », précise-t-il avant d’ajouter avec condescendance « je ne suis pas marié parce que j’aime les femmes. Le problème c’est qu’en musique, on est tout le temps en voyage. On ne peut pas se marier et avoir des enfants si on a choisi de voyager tout le temps. Ma femme c’est ma musique ».

Le jazz c’est d’abord pour lui une passion même si reconnaît-il, il y gagne beaucoup d’argent. Son maître à penser, Oscar Peterson. «C’est un grand artiste, dit-il. Je l’ai toujours écouté ». Mais au fond qui était ce monsieur-là. 

«C’est un pianiste né au Canada mais il a surtout travaillé aux états unis. Il est connu dans le monde entier. C’est un homme qui a une grande technique de piano. Il a crée un véritable style de piano que j’adore. C’est pour cela que j’essaie de jouer dans sa direction ».

Le moment qui l’a le plus marqué c’est lorsqu’il a joué avec des jazzmen américains. Il se rappelle encore comme si c’était hier de ces moments forts dans sa carrière de jazzman. «J’ai joué avec Kenny Clark, Lionel Humton entre autres et la rencontre avec ces américains étaient toujours un peu difficile c’est-à-dire que je n’avais pas beaucoup d’expérience.

Mais à chaque fois, cela m’a enrichi. J’ai beaucoup appris de ces gens-là». «J’avais le trac de jouer avec ces gens-là, avec des gens qui avaient beaucoup plus d’expérience que moi alors que moi je n’en avais pas beaucoup, avoue Philippe Duchemin. Maintenant, cela me fait moins d’effet. Je suis devenu plus expérimenté. Je n’ai plus de trac».

Aujourd’hui, par contre, ce sont les moments de déception et quand ça ne progresse pas qui le tracasse. «Parfois, j’ai l’impression de stagner, que je suis un peu vidé, reconnaît-il ». Inutile de savoir s’il va abandonner la musique. 

«Ah ! Non,  se précipite-t-il de répondre. Le jazz, c’est ma vie » et de poursuivre cette fois sur un autre ton « le jazz est une musique universelle. Certes, on constate souvent que ce sont les personnes âgées qui aiment ça parce que ce n’est pas à la mode. La mode c’est quoi. C’est un commerce. C’est ça que je regrette. Et la musique n’a rien à voir avec le commerce.

La musique de jazz c’est une belle musique. Je ne vois pas pourquoi il ne doit pas être à la mode. Je ne vois pas non plus pourquoi il devrait avoir une connotation désuète alors que cela devrait être quelque chose qui doit être présente».

Philippe Duchemin déplore principalement cette image de musique ringarde dont souffre aujourd’hui le jazz mais reste néanmoins optimiste. «J’ai toujours peur qu’il disparaisse parce que lorsqu’on ne produit plus à la radio, on n’est plus à la mode. Mais à côté de cela, je vois toujours des musiciens jeunes qui arrivent et jouent du jazz même s’ils ont entre 12 et 13 ans. Il y en aura toujours. On arrivera jamais à tuer cette musique».

Et pour lui, il faut aller chercher ailleurs les problèmes que rencontre actuellement le jazz surtout au niveau des médias qui ont participé en grande partie à l’agonie du jazz avec la complicité des grandes maisons de disc américaines. 

«Les médias ne sont intéressés que par l’argent dit-il. Ils sont payés par les majors des compagnies américaines qui leur disent d’aller dans telles directions. Tout ça, c’est une affaire de commerce. Il ne faut pas mélanger l’art et le commerce».

Son jazz s’inspire de la musique classique, de la musique brésilienne (la Casanova) et de la musique folklorique surtout slave. Parmi ceux qui l’ont influencé, on peut citer bien sûr Oscar Peterson, Fats Waller, Eroll Garner, Art Tatum… autant de noms dans l’univers du jazz.

Pour son premier concert à Nouakchott, il a laissé une bonne impression. Et lui-même que pense-t-il de la Mauritanie. «Ah ! J’étais surpris c’est-à-dire que ça ne ressemble pas au reste de l’Afrique que je connais bien. Les gens sont assez calmes et aimables. Je suis surpris de voir un autre côté de l’Afrique. »

( 23 octobre, 2007 )

Un Président au dessus de la mêlée ?

 Pourquoi encore tant d’appréhensions de la part de l’opposition au sujet de la création d’un parti présidentiel ? Est-ce à dire que notre Président de la République, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi doit être au dessus de la mêlée autrement dit au dessus des querelles des partis politiques ? C’est que semble vouloir l’opposition qui est en train de tout faire pour qu’un parti présidentiel ne soit mis en place. Le seul argument en effet qu’elle avance est le suivant : nous risquons de revenir au parti-Etat au temps de Mouawiya. Ceci voudrait-il dire ou signifier que ce dernier et Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi sont comme deux larrons en foie.  Non seulement, nous n’en serons pas là, mais la Mauritanie qui a franchi un nouveau pallier ne peut pas se permettre de revenir deux ans en arrière. C’est avoir un pois chiche dans la tête que de croire une telle hypothèse ! La volonté du Président de la République de créer son «propre» parti politique fait toujours couler beaucoup d’encre. On jase encore et continuera à jaser toujours tant que Sidioca qui s’est claquemuré dans un silence absolu ne lève le suspens et nous dit qu’en sera-t-il exactement de ce parti. Notre Président de la République, tellement il est malicieux- c’est qu’on appelle manger sans se salir les mains- qu’il a confié ce projet ambitieux à son ministre secrétaire général de
la Présidence de la République qui est en train de dérouler petit à petit son tapis. Et pendant ce temps là, l’opposition de son côté est en train elle aussi d’essayer de mener la vie dure au pouvoir en nous faisant croire qu’un parti de la majorité présidentielle serait regrettable  pour notre pays. Et en sonnant le glas d’une démocratie embryonnaire, l’opposition n’aurait-elle pas perdu la lutte d’avance ? Car, en effet, s’il le veut, rien ne pourra empêcher à Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi de former son parti. Il détient actuellement le pouvoir, il a l’argent, les moyens nécessaires de le faire et d’appliquer sa vision du pouvoir. Dans ce cas, nous ne verrons pas pourquoi notre Président de la République n’irait pas jusqu’au bout de son idée et de son ambition si inopportune soit-elle. Au demeurant, entre Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et l’opposition, les polémiques et les accusations voire même la tension ne font que s’amorcer. En outre, la Mauritanie, n’est pas un pays isolé du globe terrestre. Tous les candidats indépendants qui sont parvenus à être Président de leur pays ont fini par créer leur propre parti politique. Qu’il soit simultanément chef de parti ou Président de la République, l’essentiel pour nous, c’est que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi honore ses engagements qu’il avait pris devant le peuple mauritanien durant la campagne présidentielle de Février- Mars 2007. Tout ce qui suit n’est que chimères !

Babacar Baye NDiaye   

( 23 octobre, 2007 )

L’opposition aurait-elle fait mieux ?

La situation du pays est-elle si grave que ça ? Apparemment, c’est sans nul doute ce que nous veulent faire croire ou avaler sans qu’on rechigne les partis politiques en quête de légitimité, les travailleurs et

la Société Civile qui, pendant voilà presque un mois, tambourinent  des airs d’une catastrophe imminente qui pourrait s’abattre sur la Mauritanie sans donner véritablement des détails qui tiennent debout. De sa part, le pouvoir multiplie malicieusement les sorties d’explication pour rassurer l’opinion ce qui est tout à fait normal et compréhensible. Dans cette bataille qui s’apparente plutôt insipide, monotone et lourde, derrière lequel des deux camps faut-il se ranger ? Lequel des deux blocs qui sont en train de se regarder en chien de faïence, faut-il croire ? La vie politique et sociale du pays n’a jamais été aussi trépidante, riche en débats et en perspectives. Cela prouve que notre jeune démocratie respire, que la Mauritanie est devenue un pays où il y a la liberté d’expression et la liberté de dire et de défendre ses opinions. Contrairement à une époque récente où on pouvait recevoir des coups torrides sur la tronche ! Aujourd’hui, dans cette bataille rangée, chacun veut avoir le monopole de la parole, chacun veut tirer de son côté le maximum d’opinions favorables et d’approbations. L’apposition qui se singularise par son manque d’information et de dynamisme, se veut par ces temps qui courent maintenant plus prévoyante c’est-à-dire participer activement dans le débat national en accordant plus d’attention à ce qui se fait. Mais on verra bientôt jusqu’à où elle peut aller, cette opposition qui est en train de s’accrocher sur des futilités qui ne participent pas encore moins n’enrichissent la vitalité de la démocratie. Certains dossiers sont rangés dans les tiroirs et certaines questions non moins importantes sont occultées. Vente de la Snim, d’Air Mauritanie, flambée des prix, pouvoir d’achat restreint…Certes la situation n’est pas aussi meilleure que ça ! Pourquoi donc tout ce capharnaüm ? D’ailleurs, si nous regardons autour de nous, quel est ce pays qui ne connaît pas de difficultés. C’est pour dire même les grandes puissances économiques n’échappent pas à la conjoncture mondiale actuelle. L’opposition –divisée sur certaines questions- au lieu de proposer des solutions pratiques, est en train de se tortiller lamentablement. La seule chose qu’elle sait faire c’est d’organiser des conférences de presse à n’en pas finir. Une opposition forte descend dans la rue pour manifester son ras-le-bol si la situation est aigue et le contexte l’exige ! Parait-il qu’elle va organiser un meeting le 31 octobre prochain pour exiger du pouvoir qu’il procède aux réformes promues durant la campagne présidentielle et aussi protester contre certaines mesures qui ont été prises par le pouvoir actuel. Ce que cette opposition n’ignore pas, c’est qu’elle sait parfaitement que l’actuel pouvoir a hérité d’une situation coton. N’est-ce pas là vouloir jeter de la poudre aux yeux des populations ? Ou alors pourquoi donc vouloir aller si vite en besogne ? D’ailleurs, cette opposition, ferait-elle mieux si elle était à la place de l’actuel régime ? Et si Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi leur confiait le pouvoir durant 6 mois ? Dans ce cas, on verrait bien ce dont elle est capable !

Babacar Baye NDiaye 

( 17 octobre, 2007 )

Aminétou Mint Ely Moctar:«Notre pays a toujours connu des situations économiques très difficiles mais aucun régime n’a pensé ni osé vendre nos sociétés nationales (…) Si le régime actuel est là pour l’intérêt des populations, il doit préserver leurs biens »

Dans l’interview suivante qu’elle a accordée au Rénovateur Quotidien, Aminétou Mint Ely Moctar, présidente de l’AFCF et membre de la Société Civile revient sur la situation actuelle du pays, le dossier du retour des déportés, le Ministère chargé des relations avec les parlements et de la Société civile et sur le rôle que doit jouer la Société civile dans une jeune démocratie comme la Mauritanie.  Et pour sortir de l’impasse, il urge d’organiser des journées de concertation, seule solution, selon elle, qui peut sortir le pays de la situation qu’il traverse actuellement.    

Le Rénovateur : Quelle appréciation personnelle faites-vous de la situation actuelle du pays ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : La situation actuelle du pays, personnellement, me préoccupe beaucoup pour différentes raisons. Je n’ai jamais vu un état de fait aussi catastrophique en Mauritanie du point de vue économique et social : montée des prix des denrées alimentaires, pauvreté, chômage, la vente de la SNIM et d’Air Mauritanie, sur la façon et même la gestion politique du pays (…). La Mauritanie n’a jamais atteint une telle situation.

Le Rénovateur : Vous de la Société Civile, vous connaissez tout cela. Mais vous semblez fermer  les yeux. N’êtes-vous pas en train de donner du crédit à ceux qui vous reprochent votre passivité voire même votre complicité avec l’Etat ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Pas du tout ! Il faut quand même relativiser les choses c’est-à-dire que

la Société Civile n’est pas la même, qu’elle n’a pas la même vision des choses. La Société Civile est encore jeune et elle est habituée à être instrumentalisée par l’Etat. Jouer un rôle dans l’ancrage de la démocratie et la lutte contre toute déviation, ce n’est pas n’importe quelle ONG qui peut l’assumer ! Notre rôle c’est d’attirer l’attention du gouvernement sur les déviations et surtout sue ce qui ne va pas dans le pays. Car, en réalité, l’Etat a besoin d’un interlocuteur qui  attire son attention, l’oriente, lui dit la réalité parce qu’il n’est pas en liaison directe avec les masses ni en face des situations.

Le Rénovateur : Mais n’empêche qu’il y a une Société Civile qui applaudit toujours des deux mains tout ce que fait le gouvernement. 

Aminétou Mint Ely Moctar : Bien sûr ! D’ailleurs, on peut dire que la majorité de la Société Civile passe tout son temps à applaudir les politiciens ou les dirigeants. Ça on le voit ! Nous, en tant que de

la Société Civile (FONADH, NDLR), nous n’applaudissons personne. Nous n’avons pas l’habitude de le faire d’ailleurs. Nous sommes contre le fait d’applaudir un régime. Mais aussi, par principe, il faut se dire la vérité, quand il y a des avancées, nous le disons et le félicitons. Et si ça ne va pas, nous attirons l’attention, nous critiquons pour que l’Etat puisse dépasser les difficultés.

Le Rénovateur : Comment expliquez-vous donc votre mutisme, votre inaction si vous n’êtes pas en complicité avec les autorités d’autant plus vous savez très bien que la situation du pays est assez critique ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Je crois que

la Société Civile doit être plus vigilante sur la situation du pays. Donc, il faut écouter, voir et après faire le constat. C’est que nous sommes en train de faire. Nous menons à notre manière nos enquêtes et après nous nous prononcerons parce que là, il ne faut pas aussi faire des réactions hâtives. Il faut partir de la réalité par des arguments valables et corrects.

Le Rénovateur : Cela veut dire que vous êtes en perte de vitesse ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Non, non ! Nous avons toujours dénoncé mais là, nous sommes en train de voir plus clair. Les choses, il faut les analyser et voir où cela peut nous mener. Nous, nous ne sommes pas des politiciens. Nous sommes une organisation qui a un point de vue sur la société. Maintenant, nous estimons que notre rôle c’est de combattre tout ce qui ne va pas avec les intérêts des populations. Si toutes ces sociétés nationales seront vendues, ça va être la catastrophe dans ce pays. Notre pays a toujours été confronté à des situations économiques très difficiles mais aucun régime n’a pensé ni osé vendre nos sociétés  nationales. Nous estimons que si le régime actuel est là pour l’intérêt des populations, il doit préserver leurs biens.

Le Rénovateur : Ne pensez-vous pas que l’Etat mauritanien est astreint aujourd’hui de faire cela ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Je crois, pour le moment, aucune condition ne doit obliger l’Etat à vendre ces sociétés. Il faut chercher d’autres mesures plus propices et plus favorables, des solutions durables. Il ne faut pas que la solution vienne du tic au tac. Les militaires affirment qu’ils ont laissé les caisses de l’Etat remplies d’argent. Où est tout cet argent ? Ce n’est pas en bradant ces sociétés nationales que nous allons sortir de cette impasse. Il faut voir d’autres solutions.

Le Rénovateur : A votre avis, la situation actuelle du pays n’est-elle pas une suite logique d’une mauvaise gestion économique durant la période de transition ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Je ne peux pas dire que c’est le CMJD. Je peux dire simplement qu’il a une part de responsabilité. Quand l’actuel gouvernement est venu, il fallait d’abord faire la part des choses. Le PM (Zéine Ould Zeidane, NDLR) avait déclaré que les caisses de l’Etat sont vides. Ces propos ont été démentis par Sidi Mohamed Ould Boubacar (PM durant la période de transition, NDLR)  et par le gouverneur de

la Banque Centrale. Je ne peux que responsabiliser l’actuel gouvernement. Et ce n’est pas tout. Pendant les intempéries sur Tintane, le gouvernement avait reçu beaucoup d’argent. Où est passé tout cet argent ? Il a été promis aux populations de Tintane de construire une nouvelle ville. Mais j’ai appris que cette nouvelle ville ne peut pas être construite maintenant. Cela veut dire quoi ? Cela veut dire que ces fonds ont été employés dans d’autres choses. Donc, on ne peut faire la sourde oreille avec tout cet argent. Il faut que le peuple mauritanien sache où sont rentrés ces fonds.

Le Rénovateur : Pendant que l’opposition fait part de ses appréhensions par rapport à la situation actuelle du pays, les syndicats dénoncent la volonté des pouvoirs publics de brader les sociétés nationales, que fait la Société Civile ? A-t-elle quelque chose à proposer pour sortir le pays de cette situation ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Tout ce que je peux dire c’est qu’il ne faudrait pas que les pouvoirs publics se hasardent à vendre notre dernier fleuron économique. Je suis contre la vente du dernier espoir du peuple mauritanien.

Le Rénovateur : Et si c’était la seule solution ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Je crois que cela ne peut pas être la seule alternative pour
la Mauritanie. Ça ne doit pas se passer comme ça même si c’est la seule alternative. Il faut qu’il y ait des journées de discussion, d’échanges. Il faut que l’Etat organise des journées de concertations sur al situation actuelle du pays. Il faut que l’Etat prenne en considération le point de vue des populations, des cadres de ce pays. Ces journées de concertation vont permettre aux citoyens d’être informées.

Le Rénovateur : Vous estimez donc qu’il est urgent de les organiser, ces journées de concertation ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : C’est la seule solution qui peut faire sortir ce pays de la situation qu’il traverse actuellement. Sinon, ce serait vraiment regrettable pour notre jeune démocratie et pour l’espoir tant fondé sur le changement.

Le Rénovateur : L’opposition est en train de préparer une plate-forme revendicative qu’il va soumettre au gouvernement pour l’aider à organiser correctement le retour des déportés. Qu’en est-il de

la Société Civile et avez-vous quelque chose à soumettre au gouvernement ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Je ne peux pas parler de l’opposition parce que ce qui se passe là-bas m’échappe vraiment. Mais je sais quand même qu’elle est censée avoir son mot à dire sur une situation aussi importante que le retour des déportés, le règlement du passif humanitaire, l’esclavage…À notre niveau, nous avons déjà une proposition au niveau du FONADH. Nous avons déjà fait une étude sur ce que nous estimons nécessaire pour le retour des déportés. Malheureusement, depuis un certain moment, depuis la première rencontre avec le Ministre de l’Intérieur, nous avons l’impression d’être écartés de la scène. Il n’y a plus de relation, de contact entre l’Etat et nous.

Le Rénovateur : Est-ce à dire que vous vous sentez mis à l’écart ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Effectivement ! Par exemple, par rapport au conseil économique et social, le ministère chargé des relations avec les parlements et de la société civile est en train de voir comment intégrer trois éléments de la société civile dans cette institution. Nous ne savons même pas sur quelles bases. Le FONADH n’a jamais été contacté alors que nous avons des ONGS reconnues sur le plan international. Ce n’est pas simplement pour critiquer mais c’est pour qu’il y ait un changement, qu’on rectifie les erreurs et qu’on ne tombe pas dans les mêmes erreurs du passé. Nous avons toujours été exclu mais cela ne nous a pas empêché de lutter et de dire notre point de vue.  Nous estimons aujourd’hui qu’un retour des déportés ne peut avoir aucun effet positif  sans l’implication des associations des victimes qui sont là, des associations des droits de l’homme qui ont lutté durant les années sombres pour le retour de ces déportés.

Le Rénovateur : Actuellement, on a l’impression que ce dossier est tombé comme un soufflet contrairement à ses débuts ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Il est toujours facile, surtout dans une campagne politique, de promettre beaucoup de choses. Mais il est extrêmement difficile de tenir ses engagements. Aujourd’hui, il y a une sous-estimation de ce que demande un retour organisé des déportés et dans la dignité. Il ne suffit pas de montrer la bonne volonté, d’appeler au pardon encore moins de dire aux mauritaniens de s’accepter entre eux mais il y a des mesures pratiques et celles-ci avec la situation actuelle, l’Etat qui est en déche, est-ce qu’il est possible de faire un retour digne des déportés ? Avec quoi va-t-on les accueillir, les insérer dans la vie active ? Il y a énormément de questions qui se posent avec la situation actuelle. Un pays qui est en train de vendre l’essentiel de ses biens, comment peut-il amener ces milliers de bouche à nourrir, qui cherchent à travailler, qui cherchent des logements ? Il faut que les gens se posent des questions et il faut qu’il y ait des réponses. C’est dans ces journées de concertation que nous allons trouver les réponses de toutes les questions que nous nous posons.

Le Rénovateur : Vous êtes membre de la société civile. Votre ministère de tutelle remplit-il son rôle ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Le ministère ? Personnellement, je suis vraiment déçue. Lorsqu’on a crée par décret ce ministère, je m’attendais à l’équité et à la transparence dans une ère de démocratie. C’était ça ma vision de ce ministère. Quelques jours plus tard, il fait un appel à la même tendance qui était là au temps de Taya et qui nous avait empêché de tenir notre congrès. Ce sont les mêmes personnes qui ont été appelées et surtout par relations personnelles. Je crois dans un pays démocratique, il faut dépasser le régionalisme, les affinités, la parenté, le tribalisme. Notre jeune démocratie ne peut continuer sur ces mêmes pratiques si elle veut se développer.

Le Rénovateur : Vous semblez reprocher le ministère des relents de discrimination ? 

Aminétou Mint Ely Moctar : Absolument ! Et je crois que ce n’est pas sérieux ni digne d’un ministère censé représenté toutes les composantes de la société civile. Cela dit, il faut que ce ministère soit au dessus des contradictions de la société civile. Le rôle de l’Etat c’est de rapprocher les gens et non de se mêler de certaines contradictions souvent personnelles. Quand ce ministère fait appel, il doit appeler toutes les composantes existantes de la société civile.

Le Rénovateur : N’êtes-vous pas au demeurant victime de votre démarcation par rapport à la politique de l’Etat ce qui explique qu’on vous marginalise souvent ? 

Aminétou Mint Moctar Ely : Je pense que nous en tant qu’association des droits de l’homme, notre rôle c’est de dire la vérité et de défendre les intérêts du peuple mauritanien. Même si on va nous marginaliser comme cela a été toujours le cas. Durant le régime de Taya, c’était la même chose. Apparemment, aujourd’hui, les mêmes pratiques de marginalisation demeurent encore. Je n’ai pas vu réellement ce changement qui permet à tout le monde de se sentir aux mêmes pieds d’égalité que les autres. Rien a changé parce qu’il y a toujours une volonté d’exclure certaines personnes.

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye

( 14 octobre, 2007 )

Sinistrés des Inondations de Tintane: La mobilisation continue…pour assister les populations

Biens endommagés, pertes en vies humaines, populations déplacées, dégâts extrêmement considérables…les dernières submersions sur Tintane ont plongé cette Moughataa du Hodh El Gharbi de 60.000 âmes dans une situation catastrophique Cependant, la mobilisation continue…pour assister dignement les populations victimes de ces inondations de la semaine dernière. Le Président de la République et son gouvernement semblent tenir bon. Mais jusqu’à quand ?

 ———–Par Babacar Baye Ndiaye

Dés les premières heures qui suivirent la catastrophe, l’Etat a affiché ses desseins et principalement son engagement à résoudre ce problème  survenu de façon imprévisible et cursive. C’est ainsi donc, que ce vendredi 10 août, le ministre de la Culture et de la Communication a tenu un point de presse pour informer l’opinion publique des mesures entreprises par l’Etat mauritanien pour assister convenablement les populations de la Moughataa de Tintane rudement affectées par ces terribles inondations.
Ainsi, le commissariat chargé de la protection sociale et de la sécurité alimentaire, le ministère de l’économie et des finances, le ministère de l’hydraulique, de l’énergie et des technologies de l’information et de la communication, la SNDE, le ministère des transports, le ministère de la santé, l’armée, la police et enfin le ministère de l’équipement, de l’urbanisme et de l’habitat ont été mis à contribution afin que des mesures nécessaires soient prises pour secourir les populations sinistrées. Au cours de ce point de presse, le ministre a annoncé qu’une enveloppe de 30 millions d’ouguiyas a été remise au wali de la wilaya. En outre, d’importants produits alimentaires et des lots de matériels divers ont été acheminés sur Tintane. 
De même des  dispositions sanitaires ont été prises en vue de prévenir des risques épidémiologiques dans cette Moughataa. Dans le même ordre d’idées, le ministère de l’économie et des finances, Abderrahmane Ould Hama Vezzaz a lui aussi tenu le lendemain(11août) une réunion d’information avec le corps diplomatique accrédité à Nouakchott sur la situation qui prévaut actuellement à Tintane. Les aspects relatifs à la sécurité des populations, fait remarquer le ministre de l’économie et des finances, n’ont pas été négligés par le gouvernement qui a eu à débloquer, dans le cadre de ces submersions, plus d’un milliard d’ouguiyas entièrement endossées par le budget de l’Etat.
Ces dispositions prises par l’Etat, comme l’a rappelé un diplomate présent au cours de la réunion d’information, ont constitué un «baume » pour ces populations. Dans ce même registre, une cellule de crise pilotée par le Premier ministre a été mise en place pour suivre de prés l’évolution de la situation et prendre éventuellement les dispositions qui s’imposeraient.
Quant au Président de la République, il s’est rendu personnellement dans la Moughataa pour s’enquérir de la situation. En compagnie de ses principaux collaborateurs, des ministres concernés et de leurs experts, il a entrepris des contacts et notamment discuté avec les populations de leurs préoccupations pour pouvoir connaître leurs besoins. A l’issue de sa visite, le Président a demandé qu’on fasse un recensement des populations sinistrées. Il a donné des instructions pour sauver ce qui reste encore sous la menace parmi les habitants et les biens mais surtout d’assurer l’approvisionnement permanent de la Moughataa en produits de premières nécessités.
Au sujet des mesures d’urgence en ligne de mire, il sera aménagé des canalisations permettant d’évacuer les eaux de pluie de manière à assurer la pérennité de la vie dans la Moughataa. Et parallèlement, cinq camps, pour servir d’accueil et d’hébergement aux populations sinistrées, ont été érigés en vue de les mettre à l’abri, provisoirement. Actuellement, il est très difficile de faire une évaluation précise des dommages occasionnés par les inondations.
Une équipe d’experts a été dépêchée sur les lieux pour évaluer les pertes. Mais, selon des informations, le coût des dégâts serait «exorbitant ». On avance plusieurs milliards d’ouguiyas. Outre les pertes en biens, les inondations ont provoqué le déplacement de 2000 à 2500 personnes. Et deux personnes, dont l’identification n’a  pas été révélée par les autorités, ont péri dans cette catastrophe naturelle.
Le réseau d’adduction en eau potable et le réseau électrique ont été complètement endommagés. Mais, rassure le ministre de l’économie et des finances au cours de la réunion d’information qu’il a eu avec le corps diplomatique, tous les moyens seront mis en oeuvre pour rétablir dans les meilleurs délais les services publics, l’eau et l’électricité.
Dans le cadre de l’appui international, une équipe technique du système des nations unies en Mauritanie sera envoyée sur place. Et pour ce qui est de la solidarité nationale, il y a eu des initiatives de quelques parlementaires, de la société civile et des partis politiques de l’opposition. La vitesse de réaction des autorités a été beaucoup saluée par la représentation diplomatique qui a été très sensible au drame que vivent actuellement les populations de Tintane. Le premier pays à s’être manifesté est la Libye qui a envoyé deux cargos chargés de médicaments, de vivres et divers matériels. 
Le ministre de l’économie et des finances a annoncé un plan de relogement des populations sinistrées de Tintane. La mise en œuvre d’un tel programme exige beaucoup de moyens financiers. La Mauritanie, à cet égard, compte sur ses partenaires au développement, sur la contribution des pays frères et amis, sur la solidarité et la bonne volonté de tous les mauritaniens.
Pour cela, des spécialistes seront envoyés sur place  pour évaluer le coût du relogement. Il s’agira de sortir des terres de Tintane, une nouvelle ville dotée de toutes les infrastructures communautaires (écoles, routes, réseaux électriques…). Ce projet, selon le ministre de l’économie et des finances, coûtera beaucoup de milliards. Reste à savoir si les fonds vont être  trouvés et à temps ? Ce plan de relogement fera l’objet d’une approche de développement intégré et permettra par la même occasion d’améliorer la qualité de l’habitat, de développer les activités économiques et surtout de créer de l’emploi.
Les jours à venir, les autorités vont mettre sur pied des mécanismes de gestion des catastrophes naturelles. En réalité, Tintane n’est que la partie visible de l’iceberg. Car, le gouvernement avait identifié 18 communes inondables dont la commune de Tintane pour que les risques d’inondations de grande envergure soient anticipés. C’est ainsi que le gouvernement a prévu un programme de longue durée pour soustraire les populations de ces localités des risques d’inondations. Et Tintane se remettra-t-elle de ces submersions ?

( 14 octobre, 2007 )

Les squats de Nouakchott: Des lopins de terre sans eau ni électricité

Depuis plus d’un quart de siècle, les conditions climatiques de la Mauritanie se sont considérablement dégradées entraînant ainsi une détérioration de la situation économique et sociale qui a touché toutes les franges de la société. Conséquence de la situation : presque, dans chaque quartier de Nouakchott, il y a des espaces, des bouts de terre sans eau ni électricité généralement appelées squats par ci, «Kebbas » ou «gazraas » par là.
Dans ces squats, les populations vivent dans des environnements insalubres. Les risques pour la santé auxquelles elles sont exposées proviennent du manque d’assainissement et d’eau potable, du surpeuplement et de la mauvaise aération des logements et des lieux. Les carences alimentaires réduisent la résistance des habitants aux maladies, ce qui est d’autant plus grave qu’ils vivent constamment au contact d’organismes pathogènes.
Hadami, maçon de son état, vit depuis dix ans dans l’un des squats de Nouakchott appelés communément «Kebbas » avec sa famille, sa femme et ses deux enfants, l’un âgés de cinq ans et l’autre de trois ans. Eux quatre, ils vivent dans une baraque avec un lit et deux matelas pour leurs progénitures, et un espace encore plus petit faisant office de garde robe.
Le toit de la baraque confectionnée de matériaux de fortune commence à se désintégrer et en cette période des pluies, il a dû tendre des bâches solides pour éviter que les eaux de pluie ne suintent à travers les perforations du toit. Son sort n’est pas cependant beaucoup plus enviable que celui des autres voisins assez nombreux qui ne peuvent pas tous passer la nuit dans leurs baraques et sont astreints souvent à dormir à la belle étoile en ne souhaitant guère qu’il ne pleuve.
Ceci met en évidence le fait que les sombres réalités de la vie dans ces «Kebbas » échappent aux politiques du gouvernement. En plus de toutes sortes de maladies, il y a toujours des risques d’incendie. D’autre part, la population de Nouakchott a explosé en l’espace de 45 ans. Les squats ou «gazraas » sont une des conséquences du manque de politique en matière de logement. Et pourtant, il est démontré que les politiques d’amélioration du logement en milieu urbain peuvent avoir d’immenses répercussions sur la réduction de la pauvreté et le bien être environnemental.
En outre, dans ces squats, l’eau est rare et chère pour les populations qui en achètent souvent en petites quantités à des vendeurs des rues, à des coûts unitaires considérables. A ces habitants des «gazraas », qu’est-ce qui a été fait pour eux par le Ministère de l’habitat ou du logement, des services publics ou de la Communauté Urbaine de Nouakchott ?
Le seul pis-aller utilisé jusqu’ici est la méthode répressive c’est-à-dire incinérer ces «taudis » de misère. Les squatters de la Gazraa, au nord du cimetière d’Arafat, qui ont occupé l’actualité le mois passé, en sont l’illustration parfaite, des hommes, des femmes et des enfants assistaient avec impuissance devant les forces de l’ordre à la destruction de leur «logement ».
Pour ces populations, pas de projets de développement ou des programmes de logement à loyer modéré. Et aucune incitation offerte par l’Etat. Bien que les autorités aient fait des efforts pour gérer la croissance de Nouakchott par le truchement de plans d’aménagement successifs, ces tentatives n’ont pas débouché à des résultats concrets.

Babacar Baye Ndiaye

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