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( 2 octobre, 2007 )

Objectifs du Millénaire pour le Développement:L’égalité des sexes et l’autonomisation des Femmes

En 2000, à l’instar des autres états membres de l’Organisation des Nations Unies (ONU), la Mauritanie s’est engagée à éliminer toutes les formes de disparités entre les sexes. Sept ans après sa souscription à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement(OMD), où en est notre pays en matière d’égalité des sexes et d’autonomisation des femmes ? Enquête.

«Le premier rôle de la femme est de rester au foyer.» Ces paroles, extraites de Tribaliques, un ouvrage de Henri Lopez, écrivain et homme politique congolais, appartiennent désormais à une époque révolue où la femme était considérée comme «un objet de volupté», où elle n’avait aucun rôle à jouer dans la société, par conséquent marginalisée, tenue en marge de tout ce qui est inhérent aux prises de décision voire aux prises de position se rapportant à l’évolution sociale et politique de son pays.

Signe des temps : la femme a pris des galons, a pris conscience du rôle qui lui est dévolu et surtout acquis de l’expérience. En un mot, un nouveau jour est en train de se lever est-on tenté de dire. Dans presque tous les pays du monde, plus particulièrement dans les pays en développement, l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes occupent des places de choix dans les programmes de développement économique et social des gouvernements. Qu’en est-il de notre pays ?

En Mauritanie, déjà, depuis 1985, le gouvernement a adopté un vaste programme de réformes économiques et financières destinées à rétablir les grands équilibres macro-économiques, à relancer la croissance et à lutter contre la pauvreté.

Ainsi donc, sur le plan social et politique, des pas ont été franchis par le gouvernement mauritanien vers l’intégration et la responsabilisation des femmes. A cet égard, des femmes ont été nommées ambassadrices(deux) et walis(deux). Même cas de figure qui pourrait se présenter pour la nomination des hakems où on peut s’attendre à la nomination plus importante des femmes.

Au niveau du gouvernement, trois femmes ont été nommées aux postes de secrétaires généraux même si le nombre de femmes ministres n’a pas augmenté par rapport à la transition. En outre, même si la présence des femmes sur la scène politique est assez singulière, on compte maintenant deux femmes leaders de partis politiques : madame Sehla Mint Ahmed Zaîd du Parti National El inma(PNI) récemment reconnu et madame Naha Mint Mouknass de l’Union pour la Démocratie et le Progrès(UDP).

A l’assemblée Nationale et au sénat, on compte maintenant 17 femmes députées et 9 femmes sénatrices. En outre, Nouakchott qui ne comptait qu’une seule mairie dirigée par une femme en compte maintenant trois dirigées par des femmes. Certains concours administratifs, jusque là inaccessibles aux femmes, sont ouverts à elles. C’est le cas dans l’armée, la gendarmerie, la garde nationale et la police. Même dans l’aviation civile, elles ont «arraché» leur place.

C’est le cas de Ilham Mint Zeidane 23 ans et Maimouna Mint Mohamed Mbarek 24 ans, toutes deux pilotes à saint Hubert à Montréal. Des précédents !Comme quoi, les femmes sont aussi capables. «Je crois que ce n’est pas suffisant, estime Aminétou Mint Ely Présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille(AFCF). I

l faudrait que le quota des 20% soit matérialisé au niveau de l’administration, de la diplomatie, de la magistrature, dans toutes les sphères de l’Etat. Mais surtout, il est très important qu’elles accèdent à la magistrature…Elles sont marginalisées et victimes de l’injustice. Il faut que ce quota soit appliqué. On ne peut pas faire deux poids deux mesures.» Sur le plan social, les femmes à travers des organisations sont impliquées dans tous les grands dossiers : réconciliation nationale, esclavage, retour des déportés, passif humanitaire…actions humanitaires.

Malgré la volonté politique clairement affichée par les autorités du pays en premier lieu le Président de la République de promouvoir l’accès des femmes aux sphères de décision, de réduire leur faible accès à l’éducation, à la santé et aux outils de production, les actions en faveur de l’émancipation de la femme mauritanienne se heurtent à de nombreux obstacles au sein de la société.

La persistance de la pauvreté qui frappe les femmes, les disparités entre hommes et femmes en matière d’accès aux services et aux ressources, l’inégalité devant les structures politiques et économiques, le partage inégal des pouvoirs et des responsabilités décisionnelles, le non respect des droits des femmes, la persistance des mauvais traitements infligés aux petites filles et la violation de leurs droits fondamentaux, la non-scolarisation des filles et l’analphabétisme sont autant de paramètres qui ont été identifiés et qui constituent réellement des empêchements à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes.

C’est vrai que la constitution consacre l’égalité juridique entre les hommes et les femmes, qu’un texte de loi rendant obligatoire l’enseignement des filles de 6 à 14 ans a été adopté en 2002. Certes, dans le but d’assurer l’égalité des sexes, la Mauritanie a signé la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination contre la femme adoptée par l’assemblée générale des nations unies en 1979 de même que ratifiée son protocole facultatif, le 11 novembre 2001.

Certes, le gouvernement mauritanien s’est engagé, à l’issue des journées de concertation, organisées en octobre 2005, à adopter et mettre en œuvre un quota de représentativité de 20% au profit des femmes, aux fonctions électives. Mais ceci mis à part, il y a toujours des problèmes, des discriminations, des revendications de la part des associations de défense des droits de la femme : notamment la ratification du protocole additionnel de la charte africaine des droits de l’homme que la Mauritanie n’a pas ratifiée et qui est très important pour la femme mauritanienne.

Il y a aussi la non harmonisation des lois internes avec les conventions internationales. Pourtant, les traités et accords internationaux conclu par la Mauritanie, où est reconnu et garanti le principe d’égalité, ont une autorité supérieure aux lois de l’Etat et doivent être obligatoirement exécutés. C’est le cas du code du statut personnel et du code de la famille qui comportent des lacunes.

Il y a aussi les réserves sur la CEDAW que la Mauritanie tarde encore à ratifier. C’est également le cas des dispositions de l’article 9 de la convention de Montevideo sur la nationalité des femmes qui avait consacré le principe de la non-discrimination en disposant que «aucune distinction fondée sur le sexe n’existera au regard de la nationalité, dans la législation ou la pratique» n’ont pas encore de traduction dans le droit interne mauritanien qui demeure régi par le code de nationalité de 1961 dont certaines dispositions ne sont pas tout à fait conformes au principe d’égalité consacré par cet article.

Et pourtant, la constitution mauritanienne consacre dans son article 80 la supériorité des conventions internationales régulièrement ratifiées sur la législation. L’Etat mauritanien est-il bien armé pour relever les défis que constituent l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ? Notre pays parviendra-t-il à réaliser ce troisième objectif du millénaire pour le développement d’ici 2015 ?

«En tout cas, face à des structures étatiques composées de féodaux, de maîtres esclaves, de personnes sectaires, de conservateurs, la femme mauritanienne n’aura pas sa place dans cette société même si on veut construire ce pays sur des bases égalitaires et sans discrimination» pense Aminétou Mint Ely.

La promotion de la femme passe d’abord par le travail c’est bien connu. En d’autres termes, favoriser ou créer une indépendance économique des femmes car, tant qu’elles attendront de l’homme quelque chose elles ne pourront pas être indépendantes de celui-ci et seront toujours aliénées.

L’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ne demandent pas de fonds même s’il a un aspect développement. Il ne s’agit pas non plus de créer «un féminisme isolant». Mais de favoriser un certain nombre de paramètres qui sont la garantie de la promotion des femmes et de leurs accès aux sphères de décision.

C’est dans ce cadre qu’un document portant Stratégie Nationale de Promotion Féminine a été élaboré en vue d’améliorer les conditions d’existence durables de la femme et renforcer son statut dans la société.

Celle-ci, qui repose sur une vision à l’horizon 2015, se traduira par un renforcement de la participation économique des femmes, par une éradication de l’analphabétisme doublé d’un accès à l’éducation de base pour toutes, par une amélioration de la santé maternelle et infantile, par une grande participation politique et sociale de la femme et enfin par une reconnaissance entière de ses droits.
 

Babacar Baye Ndiaye

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