( 3 octobre, 2007 )

Les déportés

Et le volet pénal et judiciaire ?

Sur la question du retour des déportés que n’a-t-on pas supputé, entendu comme propositions, rabâché, expliqué, suggéré, avancé des contre-propositions, émis des réserves ? Le retour des déportés, c’est quasi une assurance. Mais pour ce qui est de la traduction en justice des responsables de ces crimes, qu’en serait-il réellement ? Ce volet de la question des déportés, on semble l’occulter. Ou tout au moins, ce qui est urgent, ce sont les modalités pratiques relatives au rapatriement des déportés.

Le retour des déportés : faut-il en avoir peur ? Depuis le discours officiel du Président de la République sur le retour des déportés, toute une botte d’actions négatives, d’amalgames et de fausses interprétations est érigée en parapet pour essayer de barrer, de contourner toutes initiatives, procédures ou mécanismes pouvant aboutir au retour définitif des déportés dans leur pays natal, la Mauritanie. Eux, les antinégromauritaniens, que cherchent-ils encore ? Après avoir brisé leur échine, humilié dans leur dignité, les voilà maintenant qui s’opposent à leur retour. Le pouvoir de SIDI a hérité des dossiers qui scindent encore et créent des remous dans l’opinion : dossier des «déportés », dossier du «passif humanitaire » indissociable au précédent, dossier de «l’esclavage ». Sur chacun de ces dossiers, il y aura toujours des voix, des personnes qui se feront entendre pour défendre leurs intérêts personnels et matériels. Par rapport à la question des déportés, la véritable question est de savoir si Maouiya et sa bande vont être jugés pour leurs forfaits qu’ils ont commis ? C’est une interrogation pleine de susceptibilité, une corde raide, une question qui peut fâcher, une question qui peut susciter une approbation. Durant la période des années de braise comme on dit encore, des choses sans précédent se sont déroulées dans ce pays au su et au vu de tout le monde, des choses inqualifiables ont eu lieu : une communauté bien identifiée et minutieusement ciblée a été déportée contre son gré dans des conditions exceptionnelles et épouvantables. Et cela pour des raisons purement politiques et idéologiques et qui n’avaient rien à voir avec les affrontements inter communautaires entre la Mauritanie et le Sénégal. Aujourd’hui, on parle du retour des déportés et seuls ceux qui se sentent coupables ne veulent pas admettre ou en entendre parler de l’esquisse d’une procédure pénale et judiciaire. Ceux qui ont quelque chose à se réprimander dans leur âme et conscience. Nul doute donc que ces derniers ne soient désarçonnés car des vilenies se sont accomplies dans un silence coupable. A cette époque, ceux qui avaient osé stigmatiser ou dénoncer de telles pratiques avaient été contraints à l’exil forcé ou au musellement. Ainsi, allait la Mauritanie du Président Taya. Aujourd’hui, on parle d’associer tout le monde à ce processus de retour des déportés. Ce qui est curieux au fond. Mais en réalité, au moment des déportations, à quelques exceptions prés, qui a osé prendre le contre-pied du régime de Taya, dire la vérité au diable et aux diablotins protégés actuellement sur le plan pénal et judiciaire par l’ordonnance n°2006-015 qui, dans son article 5 par son alinéa 2, stipule que les situations d’atteinte aux droits de l’Homme sont celles survenues après l’entrée en vigueur de l’ordonnance laquelle en réalité n’est destinée qu’à protéger des hommes qui continuent d’exercer dans les sphères de l’Etat faisant de la loi leur instrument. Toutes les dispositions législatives ont été prises curieusement pour absoudre et faire disparaître les traces de forfaits commis entre 89-90 et 91. C’est comme si tout était minutieusement étudié et bien planifié. Car, il y eut la loi d’amnistie n° 93-23 du 14 juin 1993 sous le régime du Président Taya et l’ordonnance 2006-015 du 12 juillet 2006 prise par le gouvernement de la transition et qui consacrait encore une nouvelle fois les desseins de l’Etat mauritanien à ne pas poursuivre les auteurs de ces basses œuvres et l’impunité des criminels. Mais SIDI Mohamed Ould Cheikh Abdallahi fera-t-il abroger ces deux textes juridiques qui constituent en effet des obstacles pour mettre au moins la lumière sur les actes commis en vue de trouver un terrain favorable à l’entente loin de toute surenchère que nul ne doit aviver. L’heure doit être à l’apaisement des rancœurs C’est le premier levier qu’il faudra déplacer si nous voulons que justice soit faite et que nous ne nous aventurions plus à pratiquer une «politique de chauvinisme d’état et d’exclusion » dans ce pays. Au cas échéant, ce serait une déception pour les victimes.

Babacar Baye Ndiaye
Le Rénovateur Quotidien

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