( 3 octobre, 2007 )

Madame Marième Daddah

Pour la première fois de son existence, la fondation Moktar Ould Daddah peu connue des mauritaniens a tenu sa première Assemblée générale constitutive ce 19 Mai à son siège de l’îlot O à tévragh Zeina. Le Rénovateur a profité de cette occasion pour s’entretenir avec Madame Marième Daddah, Présidente de la Fondation.
Le Rénovateur : Depuis le 30 juin 2004, votre association a été reconnue par l’Etat mauritanien. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour tenir votre première Assemblée Générale ?
Madame Marième Daddah : Nous avons attendu trois années pour différentes raisons. Il y a d’abord les contextes politiques qui ont été assez variés pendant cette époque précise. Mais aussi, il y a eu ma volonté d’asseoir la Fondation, de lui donner des assises véritables. Je ne m’imaginais pas une telle Assemblée il y a deux ou trois ans. Je n’étais pas prête. Voilà succinctement les raisons pour lesquelles on a tardé à tenir notre première Assemblée Générale.
Le Rénovateur : Beaucoup de jeunes ne connaisent pas assez bien le Président Moktar Ould Daddah. Quelles sont les actions que vous comptez mener pour faire rayonner sa mémoire auprès des générations présentes et futures ?
Mme. M.D : C’est une question intéressante dans la mesure où c’est une obsession pour moi de toucher la jeunesse qui est le trésor de ce pays. C’est sur elle qu’on doit porter l’essentiel de nos efforts. Ce que vous ne savez peut être pas c’est que cette jeunesse vient elle même à la Fondation. C’est une occasion d’insister de manière assez précise là-dessus : la Fondation prend des initiatives c’est vrai mais je souhaite qu’elles viennent du peuple mauritanien et en particulier de sa jeunesse. C’est cela qui m’intéresse.
Le Rénovateur : Que reste-t-il de l’héritage du Président Moktar Ould Daddah ?

Mme.M.D : J’espère beaucoup de choses. L’histoire et la mémoire ont été occultées pendant ces trente dernières années. Trente ans c’est plus qu’une génération et c’est la raison pour laquelle vous aviez dit tantôt que les jeunes ne le connaissent pas assez bien. Il est décédé- que Dieu l’accueille dans son paradis- en 2003 mais il est plus que jamais présent. Ce qui reste de lui, c’est l’essentiel c’est-à-dire une manière de gouverner, de voir l’avenir de la Mauritanie, un ensemble de valeurs basées sur la probité intellectuelle, la transparence, l’amour de la patrie et le respect du peuple mauritanien.
Le Rénovateur : Vous connaissez assez bien le nouveau Président de la République et du reste, il vous a reçue récemment en audience au palais de la République. Quelles relations entretenez-vous avec lui ?
Mme. M.D : Lorsqu’il a décidé de se mettre en politique, aux affaires comme il disait, il m’a rendu visite au mois de décembre 2006 et à sa demande pour me présenter son programme et ses projets. J’avais trouvé cette démarche très agréable et pertinente aussi. Effectivement, non seulement je l’ai rencontré après son élection mais à son investiture récemment il y a quelques jours. Nous avons ensemble évoqué la situation actuelle du pays et notre disponibilité pour l’aider à relever les défis qu’il s’est donné et qui sont très lourds et graves. Il a besoin de la participation de chaque mauritanien.
Le Rénovateur : Vous êtes partisane de la valorisation des hommes du passé qui ont été actifs dans la construction du pays pendant les premières années de l’indépendance. Pourquoi un tel choix ?
Mme M.D : Eh bien, ce choix s’explique pour le respect de l’histoire ! Ce n’est pas parce que Moktar a été le leader incontesté de cette période. Il a fondé l’Etat-Nation mauritanien, personne même ceux qui ont des réserves à son égard ne peuvent le nier mais ce travail n’a pas été fait seul. Il a fait ce travail avec des gens, des ministres, des ambassadeurs, des gouverneurs et tous les fonctionnaires qui ont travaillé avec lui de même que les membres du parti peuple mauritanien. Tout ce monde là fait partie de l’histoire. Je pense qu’il est heureux, bon et bien de les associer à l’œuvre de construction nationale du Président Moktar.
Le Rénovateur : A un moment donné de votre vie, vous avez été aux contours du pouvoir. Quel parallèle faites- vous entre la Mauritanie des années 60 et celle d’aujourd’hui ?
Mme M.D : Je me suis jusqu’ici interdite de faire des comparaisons pour deux raisons principales. D’abord, c’est difficile de la faire. La Mauritanie des années 60 s’inscrivait dans un contexte régional et international qui n’est plus du tout le même aujourd’hui. La deuxième raison est la plus importante à mon avis c’est-à-dire mon refus de me transformer en tribunal. Je ne porterai pas de jugements. Le rôle de al Fondation c’est de faire reconnaître l’œuvre du Président Moktar. Parce qu’elle est méconnue et occultée. Elle a été volontairement cachée et cela est mauvais. Je suis obligée de le dire. Je pense que l’histoire aura son rôle et que les mauritaniens sont assez intelligents pour en tirer les conclusions qu’ils doivent en tirer.
Le Rénovateur : On entend pas assez souvent la Fondation Moktar Ould Daddah. Qu’est-ce qui explique ce manque de visibilité?
Mme M.D : Elle s’explique par le contexte dans lequel il est né et qui n’était pas favorable. C’est en bousculant un peu les choses qu’on a été finalement reconnu en juin 2004. Cela s’explique aussi par le fait qu’au début notre Fondation n’avait pas assez de membres et que la communication n’était pas assez importante bien qu’on ait fait beaucoup de choses.
Le Rénovateur : L’unité nationale vous tient certes à cœur. Est-ce à dire que vous avez des appréhensions ?
Mme M.D : Avoir des appréhensions serait une attitude négative. Je constate des faits qui se sont déroulés ces trente dernières années et qui ont ébranlé l’unité nationale. Qu’il s’agisse des conflits tribaux, de personnes, de culture, rien n’a été fait. Il faut que nous vivions nos différences comme une richesse. Et pour qu’elle le soit, il faut qu’on apprenne à se connaître les uns les autres et à se respecter pour faire ensemble quelque chose. C’est cela une nation. On a un passé commun et Dieu sait qu’il est long, passionnant, intéressant et riche. On doit bâtir un avenir commun et pour cela il faut qu’on se connaisse et s’aime entre nous.
Le Rénovateur : Pensez-vous que cette unité passera par l’instauration d’une véritable justice qui est un axe de la démocratie ?
Mme. M.D : Bien sur ! Une justice digne de ce nom qui soit séparée des autres pouvoirs. S’il n y a pas cela, ce n’est pas possible de parler de démocratie. D’abord donc une justice qui en soit une. En ce moment là, on pourra espérer établir un régime démocratique je dirai à la mauritanienne. Il faut quand même que nous gardions un peu de recul par rapport aux systèmes importés de l’extérieur avec des histoires et des cultures différentes.
Le Rénovateur : Vous êtes une femme ambitieuse et par rapport à la Fondation, qu’est-ce qui vous préoccupe et que vous aimeriez voir se réaliser ?
Mme M.D : Une Mauritanie qui a retrouvée sa dignité, son unité, sa place dans le monde. Elle avait une place dans le monde arabe et en Afrique. Une Mauritanie fraternelle, crédible pour les investissements extérieurs, qui s’enrichit et connaît une forte croissance mais cela ne suffit pas. Je veux une répartition équitable et juste pour nos ressources nationales et pour cela je compte sur les mauritaniens. C’est eux seuls qui doivent prendre leur destin en main. L’aide extérieure ne pouvant jouer qu’un rôle d’appoint important mais le destin c’est nous qui devons le prendre entre nos mains. Jusqu’ici, j’ai le sentiment que ce principe n’a pas été respecté et cela m’afflige.
Le Rénovateur : Et Ahmed Ould Daddah, quelles sont vos relations ?
Mme M.D : La fondation Moktar Ould Daddah n’est pas un parti politique. Nous ne cherchons pas le pouvoir. Nous avons des objectifs à long terme. Nous ne cherchons ni fonction ni argent. Ahmed Ould Daddah est le demi frère de Moktar. Il a crée depuis longtemps son parti politique. Il vit sa vie de leader politique et chacun fait ce qu’il doit faire pour le pays.
Interview réalisée par Babacar Baye Ndiaye

Pas de commentaires à “ Madame Marième Daddah ” »

Fil RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

|