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( 28 octobre, 2007 )

Ba Djibril Ngawa: Le Picasso Mauritanien!

Les arts plastiques, il l’a dans le sang et dans l’âme. Sa forme d’expression est particulièrement vivante. Ce qui lui a valu sans nul doute d’être comparé à de grands artistes. Pour autant, il ne se gonfle pas. Il se montre toujours modeste en essayant de garder sa tronche sur ses épaules. «Je ne sais pas si je suis un artiste-né ou non, se demande-t-il, mais ces liens me poussent à beaucoup creuser sur ce que je fais. Si on va jusqu’à me comparer à Pablo Picasso ou Keith Haring, pour moi, c’est grave et lourd. »  

————-Par Babacar Baye Ndiaye

Au début, en effet, il avait «un peu peur » et rien ne le prédestinait à fouler les arts plastiques, un domaine «qui demande beaucoup de savoir» mais aussi un domaine qui manque de considération et de valorisation. «Les arts plastiques, confie-t-il, peuvent participer à la valorisation et à la promotion du pays. A travers ça, nous pouvons  développer par exemple, le tourisme culturel et la photo-artistique qui ne sont pas trop bien connue dans notre pays. » 

Il rencontre Margueret Ambrossino, une volontaire du corps de la paix, un fin connaisseur de l’histoire de l’art. «C’est elle qui m’a dit pour la première fois que mon style est proche de celui de Picasso », explique-t-il.

En 2006, il voyage en France et expose curieusement ou accidentellement ( !) à l’école Pablo Picasso. De même, il rencontre aussi Luc Lessueur, un artiste français qui lui offrit d’ailleurs un magnifique tableau.

Au cours de cette rencontre, ils échangèrent beaucoup. Ce dernier lui suggéra de travailler davantage ses tableaux puisque sa forme d’expression, qui est assez originale, reflète parfaitement les couleurs et les réalités de son pays. 

Ces tableaux montrent merveilleusement cet état d’esprit. A travers eux, l’artiste plasticien qu’il est se replonge dans son enfance. «Ce que je ressors dans mes tableaux, c’est réellement moi-même. C’est ce que j’ai vécu. Ce n’est pas parce que la Mauritanie est culturellement diversifiée que j’essaie de ressortir ça, non ! C’est parce que moi-même j’ai grandi dans un milieu multiculturel. » 

Photographe dans l’esprit, il est un artiste qui se nourrit de l’image et sa forme d’expression est souvent comparée à d’autres artistes, lui qui n’a pas tellement étudié les arts plastiques ni eu de références dans ce domaine. «A l’occasion de la troisième édition du festival national de la jeunesse et des sports en 2005, se rappelle-t-il encore, on m’a demandé de représenter le Guidimakha en photographie et en arts plastiques. Lorsque j’ai exposé mes dessins, ceux qui les avaient vus, m’ont dit de valoriser mes dessins sur toile puisque ma forme d’expression est pleine de liens communs avec ce que faisait Pablo Picasso. » 

Auteur de la célèbre chanson «Ne coupez pas les arbres» qu’on diffuse presque tous les jours à la radio nationale, Ba Djibril Ngawa est un défenseur de la nature, de la préservation de l’écologie. D’ailleurs, dans l’un de ses tableaux, il montre l’importance de la protection de l’environnement. 

«L’homme, dit-il, est responsable de ce qui se passe sur la planète. » Dans un registre plus humain, il exhibe les combats multiformes de la vie en jouant sur les couleurs et les formes. 

«Parfois, a-t-il laissé entendre, tu perçois l’autre comme un étranger. Tu as peur de lui. Mais à la fin, vous partagez presque les mêmes choses et les mêmes points de vue. » Mais cela n’est possible qu’à travers le dialogue, l’acceptation de l’autre, la cohabitation des différences.

«Dans une démocratie, il faut accepter et respecter les différences puisque chacun a sa manière de voir les choses. Certes, il n y a pas de démocratie parfaite mais pour vivre en paix, il faut respecter ces différences. » 

C’est une chance et elle n’est pas offerte à n’importe qui. Il faut bien fouiner dans son enfance pour pouvoir comprendre Ba Djibril Ngawa. Lui, nous pouvons dire qu’il est «une» somme de la Mauritanie. A cinq, il a été élevé par un marabout maure durant 7 ans puis confié à une famille soninké où se trouvait un douanier wolof. Et c’est avec beaucoup de fierté qu’il parle de tout cela. 

«Il y a de profondes similitudes dans la société mauritanienne et il y a aussi la diversité culturelle. Mais il faut ressortir tout cela pour que les gens sachent qu’ils sont obligés de vivre ensemble. Loin de la politique, les mauritaniens vivent dans les mêmes conditions. » 

Les arts plastiques et la photographie lui ont-ils rapporté beaucoup ? «Je ne suis pas trop attiré par le côté commercial de l’art, précise-t-il. Je ne fais pas de tableaux pour les vendre à de vils prix. Parfois, les artistes sont obligés de brader leurs œuvres parce qu’ils vivent de ça. Il faut s’organiser pour au moins valoriser les prix des tableaux…Les arts plastiques sont encore un phénomène nouveau dans notre pays» et de renchérir sans pour autant être l’avocat du diable «le ministre ne peut pas comprendre les artistes. Il n’est pas musicien, ni photographe encore moins artiste plasticien. Il ne peut pas comprendre nos problèmes si nous ne les lui expliquons pas». 

Marié et père de deux enfants, Ba Djibril Ngawa est tantôt dans la musique, tantôt dans la photographie et les arts plastiques. «L’art c’est difficile avoue-t-il. C’est très difficile d’avoir une vie de famille tranquille.

Dans le domaine musical, tu ne peux pas avoir une vie familiale paisible. Tu bouges beaucoup. Réconcilier art et famille c’est très compliqué. Tu voyages…Par contre dans l’art plastique, c’est le calme, la tranquillité. » 

( 28 octobre, 2007 )

Nos syndicats d’enseignement jouent-ils leur rôle ?

 Quand enfin va-t-on trouver de bonnes solutions à notre système éducatif qui est devenu jusqu’au trognon et dangereusement un véritable problème ? Des réformes, toujours des réformes et encore des réformes ! Mais en réalité, qu’est-ce qui a véritablement mué dans notre système éducatif ? Depuis plus de deux décennies, l’école mauritanienne s’est enfoncée viscéralement dans un gouffre dont elle a du mal à s’en tirer. D’un pouvoir à l’autre, d’un ministre à l’autre, notre éducation nationale aura été trempée dans toutes les sauces d’une mauvaise préparation sans que cela n’effarouche personne, en premier lieu les syndicats d’enseignement qui ont failli à leur mission de contre-pouvoir. Au lieu de jouer efficacement leur rôle, ils se turlupinent plutôt de leurs intérêts personnels d’abord que de la qualité de l’enseignement et de son développement. Pour l’augmentation de leurs salaires, pour leurs affectations, pour leurs primes de craie entre autres, ils se sont bien battus, becs et ongles, pour obtenir tout cela. On ne les a jamais aperçus par contre battre le macadam pour stigmatiser la ringardise des programmes. L’enseignement de qualité passe inéluctablement par- là : s’adapter aux nouvelles circonstances et évoluer avec elles. L’enseignement, le comble dans tout cela, est devenu le point de chute des chômeurs indésirables de la société mauritanienne, des retraités et des maîtrisards en je ne sais quoi encore. Il y a quelques jours seulement, en réalité, mon attention fut attirée par cette phrase bien gribouillée sur un kit d’écolier «l’avenir de la Mauritanie est dans l’éducation ». C’est bien beau tout cela mais ne rêvons pas. Ce n’est pas avec un tel programme et une telle situation qu’on y parviendra, un programme établi sur des bases politiciennes. Ce n’est pas certainement non plus avec nos syndicats qu’il faut compter pour redresser la barre. La situation actuelle de notre éducation nationale est la preuve que nos syndicats n’ont pas été vigilants et ont laissé délibérément sinon approuvé même certains choix politiques de nos hommes politiques qui ont politisé l’éducation nationale. Nos syndicalistes ne savent que nous seriner des phrases du genre «qu’il est urgent de réformer notre système éducatif » ou «il faut améliorer les conditions de travail des enseignants». Au lieu de proposer des solutions concrètes par rapport à la situation actuelle que traverse le système éducatif mauritanien, les syndicats d’enseignement se montrent de plus en plus veules et flasques. Et pourtant, ils savent mieux que quiconque que notre éducation nationale est prise en otage et brinquebalée dans des réformes qui n’ont rien apporté à notre système éducatif. Ce tâtonnement a aujourd’hui engendré un système d’enseignement aux abois avec toutes les conséquences qui sont devenues visibles maintenant. Il est prévu de tenir des états généraux sur l’éducation nationale d’ici peu de temps. Nous verrons bien si nos syndicats d’enseignement jouent pleinement leur rôle de contre-pouvoir. 

Babacar Baye Ndiaye

( 28 octobre, 2007 )

KBB: La Première dame du pays!!!

L’épouse du chef de l’Etat, Khattou Bint Boukharry, tient incontestablement une position prééminente auprès de son mari, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Président de la République.

Consciente donc des actions qu’elle doit mener sur le front humanitaire, elle a créé, elle aussi, sa propre fondation qui porte d’ailleurs son nom. Cette fondation présentement s’active auprès des populations de Tintane pour apporter sa contribution. Mais la fondation est-elle une solution à la réduction de la pauvreté ? 

Personne ne remet en doute que madame Khattou Bint Boukharry, première dame de la Mauritanie ait, elle aussi, sa fondation. Qu’elle ait la magnanimité d’assister les populations démunies, de contribuer efficacement et personnellement au développement économique et social du pays, de lutter sans relâche contre toute forme de violences envers les femmes et principalement les enfants !

Qu’elle apporte son contrefort aux handicapés et aux personnes âgées ! Qu’elle veuille aider les populations sinistrées victimes de catastrophes naturelles comme elle est en train de le faire à coté des populations de Tintane ! C’est fort bien.

Elle n’est pas la première et ne serait pas la dernière à le faire. Car, c’est presque une coutume institutionnalisée. Toutes les premières dames ont leur fondation ou leur association. Ces fondations, la plupart du temps, ont un but essentiellement humanitaire. 

Comment établir un cadre de proximité entre le Président de la République et les couches défavorisées ? Cette action revient à la première dame, madame Khattou Bint Boukharry qui doit véhiculer le message humanitariste du chef de l’Etat.

De tout le temps, les premières dames ont joué des rôles incontournables dans les affaires présidentielles et nationales, du fait de leur statut particulier de première dame. Cette situation leur confère donc une certaine ascendance décisionnelle et des prérogatives que ne leur confèrent ni la constitution ni la loi. Mais ceci ne crée-t-il pas des immixtions de prés ou de loin dans la gestion des affaires de l’Etat ? 

S’il est vrai que nous sommes dans une République qui garantit la liberté d’expression et la liberté de presse, s’il est vrai aussi que nous pratiquons la bonne gouvernance et la transparence financière, il serait bon d’éclairer la lanterne du citoyen lambda sur la fondation elle-même. Son utilité véritable ?

S’il a un rôle politique à jouer ? D’où proviennent les fonds de la fondation. Les enquêteurs de la fondation sont-ils banqués et par qui ? Sur quels critères ont-ils été choisis ? A combien s’élève son budget ? Est-elle juridiquement légale c’est à dire reconnue par le ministère de l’intérieur ? En tout cas, on ne peut pas dissocier l’action de la première dame et celle de son mari dans certaines affaires. Autant d’interrogations. Et mieux vaut aller chercher des fantômes que d’attendre des réponses claires. 

La Mauritanie n’est pas encore un eldorado pour se permettre certaines dépenses ou charges financières. Cette fondation gagnerait à ne pas reproduire les mêmes maladresses de certaines associations dont les deux tiers des fonds sont détournés par des êtres en chair et en os, des responsables sans préoccupations morales et sans pudeur ni scrupule. 

La première dame avait-elle une fondation ? Non ! Alors pourquoi d’être la première dame pour avoir sa fondation. La raison est très simple et compréhensive. C’est que maintenant, l’argent est disponible, coule à flots. On peut en faire ce qu’on veut sans contrôle ni audit. D’ailleurs, quel est cet inspecteur de l’Etat qui aura le culot, osera de fourrer son nez dans cette fondation ?  On n’y peut rien. C’est comme ça. Ça fait parti des arcanes de l’Etat.

babacar baye Ndiaye

( 28 octobre, 2007 )

Sidi Yahya, Président de l’Association des Artistes-plasticiens de Mauritanie: « Les acteurs culturels ne peuvent rien faire sans l’appui de l’administration »

Dans l’interview suivante qu’il nous a accordée, Sidi Yahya revient sur le manque de considération dont souffre le secteur des arts plastiques  peu connus des mauritaniens mais aussi des voies et moyens pour faire développer ce secteur culturel.

————Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye 

Le Rénovateur : Le secteur des arts plastiques et de façon générale celui de la culture est-il pris en considération par l’Etat comme un moteur de développement ? 

Sidi Yahya : Les arts plastiques, c’est comme tous les autres secteurs culturels du pays. Ce n’est pas encore pris en considération encore moins comme un moteur de développement. Rien ne pourra aller si la culture de manière générale n’est pas une affaire d’Etat. Au niveau du Ministère de la Culture, nous n’avons jamais vu un projet culturel avec des buts bien précis. Les acteurs culturels ne peuvent rien faire sans l’appui de l’administration. Et par rapport aux arts plastiques, notre Ministère de tutelle n’a pas une philosophie et une orientation claire. 

Le Rénovateur : Les arts plastiques sont peu connus des mauritaniens. Qu’est-ce qu’il faut faire pour que ce secteur puisse se développer ? 

Sidi Yahya : C’est très simple ! Il faut que nous sachions, nous les mauritaniens, avec la culture, nous pouvons faire une recette économique pour notre pays. Les hommes d’affaires, le ministère de la culture ne croient pas toujours que nous pouvons faire un investissement rentable qui donne de bons résultats pour notre pays. Prenez l’exemple de l’Egypte : d’énormes devises rentrent dans ce pays grâce à son cinéma et à son théâtre. La culture est devenue une véritable industrie. Nous devons, nous aussi, considérer la culture et les arts comme un créneau de développement. Dans notre association, nous avons plus d’une quarantaine de personnes qui nourrissent leurs propres familles de leur métier. Ces gens-là, ils participent à l’effort de développement et à la lutte contre la pauvreté. Ce n’est pas distribuer des sacs de riz ou des bidons d’huile. Il faut plutôt penser à développer les ressources humaines. 

Le Rénovateur : Aujourd’hui, est-ce qu’on peut dire qu’il y a eu des progrès dans le secteur des arts plastiques ? 

Sidi Yahya : Je voulais d’abord préciser une chose. Le 27 octobre prochain, je vais déposer ma démission. Ils m’ont poussé et sollicité (les artistes plasticiens) pour être le Président de l’association dans un moment très difficile. Les trois premiers mois, nous avons abattu un travail incroyable en organisant des expositions, des événements comme « la semaine bleue », des expositions de photos, des activités avec des partenaires comme l’UE et la Caritas. Malgré tout cela, j’ai senti que chacun ne veut pas apporter son effort dans le travail collectif. Maintenant, par rapport à votre question, je dirai oui. Si je me rappelle très bien, j’avais fait ma première participation à une exposition collective en 1987 qui était plutôt destinée à combler un vide dans la saison culturelle du ministère de la culture. A l’époque, les autorités du ministère de la culture n’avaient pas confiance aux artistes plasticiens. Si nous étions sollicités, c’est pour juste boucher un trou. Aujourd’hui, nous participons à des expositions nationales et internationales. Nous avons acquis une expérience. Tout cela, ce n’est pas le ministère de la culture mais plutôt grâce à nos propres efforts. Bien sûr, nous n’oublierons pas le Centre Culturel Français qui nous a beaucoup aidés et joué un rôle extraordinaire dans la promotion de la culture mauritanienne. 

Le Rénovateur : Vous, en tant que structure, qu’est-ce que vous avez fait pour contribuer davantage à faire connaître ce secteur des arts plastiques ? 

Sidi Yahya : Nous avons rencontré récemment le ministère de la culture et de la communication en personne. Il nous a fait savoir son intérêt pour les arts plastiques et nous a promis de faire quelque chose. C’est déjà un bon signe à mon avis. Il nous a même affirmé qu’un Prix national pour les arts sera bientôt lancé. Et en plus, il nous a payés nos trois mois d’arriérés de location. Cependant, ce que nous voulons, c’est que nous devenons comme les autres pays c’est à dire que nous organisions des événements ou des festivals. Un pays où il n’y a pas de festivals, c’est incroyable. Le seul festival que nous organisons, c’est le festival de la poésie. 

Le Rénovateur : Bénéficiez-vous d’un appui des autorités pour vendre davantage l’image de la Mauritanie à l’extérieur ? 

Sidi Yahya : Nous n’avons jamais bénéficié d’un appui quelconque ! Et pourtant, il y a énormément de possibilités pour valoriser notre patrimoine national et culturel. Ceci est possible si nous faisons des concours pour des tableaux qui seront reproduits avec une impression et les vendre moins chers que les originaux. Avec les tableaux, on peut faire des cartes postales. Certainement, les artistes n’ont pas les moyens. Moi, par exemple, je n’ai pas les moyens d’établir dix mille cartes postales mais la poste elle-même a la possibilité de le faire. Il suffit d’acheter une toile et de faire la reproduction. L’imprimerie nationale peut faire cela et distribuer les tableaux dans les bureaux de l’administration. A l’étranger, il n’y a pas de tableaux mauritaniens accrochés sur les murs de nos ambassades. 

Le Rénovateur : Les cinéastes ont leur SENAF. Etes-vous dans cette perspective pour faire connaître les arts plastiques mauritaniens ? 

Sidi Yahya : C’est évident qu’il faudra essayer d’organiser un festival comme le reste du secteur. Pour ce faire, il faudrait d’abord avoir une équipe, des artistes plasticiens conscients de leur travail. Moi personnellement, je ne veux pas m’avancer dans une telle perspective et je ne veux pas non plus m’attendre à de mauvais résultats à la dernière minute. A mon avis, c’est impossible parce qu’il n y a pas encore une équipe dynamique et soudée capable d’assumer une telle manifestation. 

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