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( 28 octobre, 2007 )

Sidi Yahya, Président de l’Association des Artistes-plasticiens de Mauritanie: « Les acteurs culturels ne peuvent rien faire sans l’appui de l’administration »

Dans l’interview suivante qu’il nous a accordée, Sidi Yahya revient sur le manque de considération dont souffre le secteur des arts plastiques  peu connus des mauritaniens mais aussi des voies et moyens pour faire développer ce secteur culturel.

————Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye 

Le Rénovateur : Le secteur des arts plastiques et de façon générale celui de la culture est-il pris en considération par l’Etat comme un moteur de développement ? 

Sidi Yahya : Les arts plastiques, c’est comme tous les autres secteurs culturels du pays. Ce n’est pas encore pris en considération encore moins comme un moteur de développement. Rien ne pourra aller si la culture de manière générale n’est pas une affaire d’Etat. Au niveau du Ministère de la Culture, nous n’avons jamais vu un projet culturel avec des buts bien précis. Les acteurs culturels ne peuvent rien faire sans l’appui de l’administration. Et par rapport aux arts plastiques, notre Ministère de tutelle n’a pas une philosophie et une orientation claire. 

Le Rénovateur : Les arts plastiques sont peu connus des mauritaniens. Qu’est-ce qu’il faut faire pour que ce secteur puisse se développer ? 

Sidi Yahya : C’est très simple ! Il faut que nous sachions, nous les mauritaniens, avec la culture, nous pouvons faire une recette économique pour notre pays. Les hommes d’affaires, le ministère de la culture ne croient pas toujours que nous pouvons faire un investissement rentable qui donne de bons résultats pour notre pays. Prenez l’exemple de l’Egypte : d’énormes devises rentrent dans ce pays grâce à son cinéma et à son théâtre. La culture est devenue une véritable industrie. Nous devons, nous aussi, considérer la culture et les arts comme un créneau de développement. Dans notre association, nous avons plus d’une quarantaine de personnes qui nourrissent leurs propres familles de leur métier. Ces gens-là, ils participent à l’effort de développement et à la lutte contre la pauvreté. Ce n’est pas distribuer des sacs de riz ou des bidons d’huile. Il faut plutôt penser à développer les ressources humaines. 

Le Rénovateur : Aujourd’hui, est-ce qu’on peut dire qu’il y a eu des progrès dans le secteur des arts plastiques ? 

Sidi Yahya : Je voulais d’abord préciser une chose. Le 27 octobre prochain, je vais déposer ma démission. Ils m’ont poussé et sollicité (les artistes plasticiens) pour être le Président de l’association dans un moment très difficile. Les trois premiers mois, nous avons abattu un travail incroyable en organisant des expositions, des événements comme « la semaine bleue », des expositions de photos, des activités avec des partenaires comme l’UE et la Caritas. Malgré tout cela, j’ai senti que chacun ne veut pas apporter son effort dans le travail collectif. Maintenant, par rapport à votre question, je dirai oui. Si je me rappelle très bien, j’avais fait ma première participation à une exposition collective en 1987 qui était plutôt destinée à combler un vide dans la saison culturelle du ministère de la culture. A l’époque, les autorités du ministère de la culture n’avaient pas confiance aux artistes plasticiens. Si nous étions sollicités, c’est pour juste boucher un trou. Aujourd’hui, nous participons à des expositions nationales et internationales. Nous avons acquis une expérience. Tout cela, ce n’est pas le ministère de la culture mais plutôt grâce à nos propres efforts. Bien sûr, nous n’oublierons pas le Centre Culturel Français qui nous a beaucoup aidés et joué un rôle extraordinaire dans la promotion de la culture mauritanienne. 

Le Rénovateur : Vous, en tant que structure, qu’est-ce que vous avez fait pour contribuer davantage à faire connaître ce secteur des arts plastiques ? 

Sidi Yahya : Nous avons rencontré récemment le ministère de la culture et de la communication en personne. Il nous a fait savoir son intérêt pour les arts plastiques et nous a promis de faire quelque chose. C’est déjà un bon signe à mon avis. Il nous a même affirmé qu’un Prix national pour les arts sera bientôt lancé. Et en plus, il nous a payés nos trois mois d’arriérés de location. Cependant, ce que nous voulons, c’est que nous devenons comme les autres pays c’est à dire que nous organisions des événements ou des festivals. Un pays où il n’y a pas de festivals, c’est incroyable. Le seul festival que nous organisons, c’est le festival de la poésie. 

Le Rénovateur : Bénéficiez-vous d’un appui des autorités pour vendre davantage l’image de la Mauritanie à l’extérieur ? 

Sidi Yahya : Nous n’avons jamais bénéficié d’un appui quelconque ! Et pourtant, il y a énormément de possibilités pour valoriser notre patrimoine national et culturel. Ceci est possible si nous faisons des concours pour des tableaux qui seront reproduits avec une impression et les vendre moins chers que les originaux. Avec les tableaux, on peut faire des cartes postales. Certainement, les artistes n’ont pas les moyens. Moi, par exemple, je n’ai pas les moyens d’établir dix mille cartes postales mais la poste elle-même a la possibilité de le faire. Il suffit d’acheter une toile et de faire la reproduction. L’imprimerie nationale peut faire cela et distribuer les tableaux dans les bureaux de l’administration. A l’étranger, il n’y a pas de tableaux mauritaniens accrochés sur les murs de nos ambassades. 

Le Rénovateur : Les cinéastes ont leur SENAF. Etes-vous dans cette perspective pour faire connaître les arts plastiques mauritaniens ? 

Sidi Yahya : C’est évident qu’il faudra essayer d’organiser un festival comme le reste du secteur. Pour ce faire, il faudrait d’abord avoir une équipe, des artistes plasticiens conscients de leur travail. Moi personnellement, je ne veux pas m’avancer dans une telle perspective et je ne veux pas non plus m’attendre à de mauvais résultats à la dernière minute. A mon avis, c’est impossible parce qu’il n y a pas encore une équipe dynamique et soudée capable d’assumer une telle manifestation. 

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