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( 25 novembre, 2007 )

Journées Nationales de Concertation sur le retour des déportés

Une initiative saluée par tous les particiapnts

L’initiative prise par le gouvernement mauritanien d’organiser des Journées Nationales de Concertation sur le Retour des Déportés et le Passif humanitaire a été beaucoup saluée et à l’unanimité par l’ensemble des participants à  cet événement de grande envergure nationale venus du Sénégal, du Mali, de la France…

Cette initiative sur le retour des déportés et le passif humanitaire, qui est une première, a été qualifiée de «louable» par les participants. Parmi eux,  Ba Oumar du Rassemblement pour l’Egalité et le Développement, un mouvement associatif basé à Nouakchott et ayant participé aux travaux de l’atelier Insertion des Réfugiés. «C’est une initiative très courageuse et très sage que le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a pris. Si vraiment, les gens appliquent sur le terrain ce qui a été dit, on peut dire que la Mauritanie tournera définitivement la page de son passé douloureux.» Même son de cloche de la part de Mohamed Abdellahi Bellil, acteur de la société civile, qui pense que ces journées permettront de continuer la concertation. «Ce fut un moment très fort d’échanges, de compréhension et de consensus d’autant plus qu’il s’agissait des journées nationales de concertation sur de grandes questions nationales très sensibles qui intéressent et engagent tout le monde pour l’avenir de ce pays et pour son sort. Le fait que tous les acteurs impliqués et concernés de près ou de loin aient assisté à ces journées de concertation est une bonne chose. Les discussions ont permis de dégager de grandes lignes, des pistes qui vont nous conduire sur le bon chemin.» 

De l’avis général des participants, le ton a été pondéré et il n y a pas eu de passion observée ça et là. Ainsi donc, un esprit d’optimisme a régné  au palais des congrès où il y avait une compréhension large de tous les enjeux et surtout une volonté commune et partagée d’œuvrer pour la réconciliation nationale, l’unité et la cohésion sociale. «Ces journées furent constructives, note Ousmane Barry, coordonnateur de l’Union des Associations des Réfugiés Mauritaniens au Sénégal, dans la mesure où nous avons pu nous entendre sur l’essentiel et se parler en tant que fils de ce pays. Il leur convient de se retrouver et d’agir au nom de l’unité nationale, passer aux choses sérieuses et à la construction de notre Etat. » Et d’autres comme Fadiga Tijane membre du Covire préconise, pour des raisons de stabilité politique et sociale mais surtout de dépassement,  la voix du dialogue. «Nous sommes encore un Etat fragile. Il faudrait apaiser les esprits, trouver un terrain de consensus et appuyer la politique du Président de la République. Il y a eu des actes commis par des gens certes mais il faudrait qu’on essaie d’aller au dialogue. » Ces crimes sont rangés dans un registre aux couleurs sombres appelé «passif humanitaire».

En effet, le passif humanitaire a constitué l’épine dorsale au cours des discussions puisqu’il est au cœur même du problème des réfugiés. Mais aussi une corde raide qui appelle beaucoup de prudence et de responsabilité pour certains participants. «Il faut laisser le temps aux gens pour qu’on puisse trouver un consensus national. Ce qui a été fait est fait. Les faits sont connus ! Il y a des solutions à tout problème. Il ne faudrait pas aller dans la brutalité des choses», prévient Fadiga Tijane, victime des exactions de 1990 et délégué médical au Covire tout en souhaitant que la lumière soit faite sur les actes commis par des fonctionnaires de l’Etat. «Nous préconisons, poursuit-il, la création d’une commission nationale ou internationale pour ce problème-là. A défaut d’une commission internationale, créer une commission nationale puisque c’est avant tout un problème national que nous devons traiter au niveau national et voir avec le pouvoir en place comment trouver des solutions. Il ne faudrait pas qu’on utilise cela comme une arme de revanche. »

Durant le déroulement des travaux dans les ateliers, il y a eu toutefois quelques points saillants qui n’ont pas été complètement évacués ou pris en considération. C’est par exemple le cas de la question des indemnisations et l’insertion dans la vie active des réfugiés mauritaniens qui voudraient revenir. «On a remarqué que la plupart de ces réfugiés qui ont été victimes des déportations étaient des éleveurs. Mais dans les documents, c’est juste dans une phrase où on a parlé qu’on va chercher une solution convenable pour eux mais on n’a pas beaucoup précisé quels genres d’indemnités ou de compensations va-t-on leur donner. On sait que c’est un point essentiel dans l’éventuel retour de ces réfugiés mauritaniens. On a dit qu’on va essayer de les donner des projets, des terres pour ceux qui n’en avaient pas et pour ceux qui en avaient, on va essayer de récupérer leur terre et de les leur rendre», fait observer Ba Oumar, participant à l’atelier Insertion des réfugiés et membre du Rassemblement pour l’Egalité et le Développement. «De manière générale, ce qui a été conçu dans les papiers recoupe nos vœux. Le seul point d’achoppement essentiel, c’est le passif humanitaire. Maintenant, les réfugiés que nous sommes et qui sont au centre de ce problème doivent être représentés en amont et en aval dans ce problème», soutient Ousmane Barry.

Les journées de concertation nationale sur le retour des déportés mauritaniens et le passif humanitaire ont presque mobilisé toutes les bonnes volontés de ce pays. Là où on a pu vraiment associer les hommes politiques, la Société Civile, les médias entre autres, on pouvait assimiler les acteurs culturels qui ont été les grands oubliés de ces Journées Nationales de Concertation. D’ailleurs, ceux que nous avons accrochés au passage ne sont pas allés avec le dos de la cuillère pour critiquer vertement cette absence des acteurs culturels qui peuvent jouer aussi, à leurs yeux, un rôle de sensibilisateurs. Omission ou ignorance ? Abderrahmane Salem, directeur de la maison des cinéastes répond : «C’est une ignorance. Ils(les pouvoirs publics, ndlr) ne sont pas capables de travailler sur une grande action. Le retour des déportés  mauritaniens et le passif humanitaire, c’est un travail de sensibilisation d’abord parce qu’il y a un devoir de mémoire, des choses à témoigner, à dire et c’est avec les acteurs concernés qu’on peut faire cela.» Rappelons aussi que les autorités avaient promis de projeter «Le cercle des noyés» à l’occasion de ces journées de concertation. Il n’en fut rien et Abderrahmane a dû mal à cacher sa déception et son amertume. «Je ne comprends pas pourquoi. Elles avaient publié officiellement une déclaration du Ministère de la Culture et de la Communication en disant qu’elles vont intégrer le film «Le cercle des noyés» dans la campagne de sensibilisation sur le retour des déportés et le passif humanitaire.»

Certains participants ont pointé un doigt accusateur sur ces journées de concertation où ils ont constaté un manque de communication. Ce qui n’est pas de l’avis de Bouzoumou Ould Cheikh Ahmed qui a soutenu le contraire. «Si on pense à l’ordre institué au sein des différents ateliers, on peut affirmer que l’organisation de ces journées s’est bien passée. Tout le monde a eu l’occasion de parler dans le calme et tous les différents ateliers ont été dotés de moyens nécessaires pour pouvoir faire le travail correctement.»

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr

Le Rénovateur Quotidien

 

( 25 novembre, 2007 )

Journées nationales sur le retour des déportés

 

 Un pas vers le processus de réconciliation nationale ! 

Longtemps annoncées, ces journées de concertation sur le retour des déportés ont finalement eu lieu. Ce qui n’était pas une évidence avec toutes les stratégies de sabotage et d’intoxication qui ont été âprement menées par des réseaux hyperstructurés allant même jusqu’à assimiler les récentes manifestations sur la hausse des prix au retour des déportés. Et en les tenant, non seulement, le gouvernement a tenu sa promesse mais il a voulu donner par la même occasion un signal fort et retentissant à tout le peuple mauritanien notamment à ceux qui avaient des suspicions sur la tenue de ces assises nationales. Cependant, tout le mérite revient au Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qui a eu le courage de parler d’un dossier qui était jusque là tabou. Ce n’est pas non plus son  engagement personnel sur le retour des déportés qui sera écorné puisque depuis sa campagne électorale, il a fait preuve de tout son désir de régler la question des déportés contrairement à son prédécesseur qui n’a pas voulu tremper ses mains dans la sauce. En effet, depuis son discours du 29 juin, les choses sont allées plus vite que prévues dans le bon sens et le Président de la République a bien compris que l’unité nationale- très superficielle- ne peut passer qu’à travers la résolution de certains dossiers épineux comme celui des déportés, un dossier engendré et légué par l’ancien régime. Ces journées de concertation nationale sur le retour des déportés, même s’il y a eu des voix qui se sont élevées pour dénoncer un certain manque de concertation, seront des moments forts dans le processus de réconciliation nationale. Au-delà même de l’espoir que ces journées ont suscité, elles constituent  en effet une étape très importante et décisive dans le processus de retour des déportés. Un facteur vers le processus de réconciliation nationale ! Une occasion de discuter sereinement sur les issues du règlement de ce dossier dans le consensus ! A vrai dire, ces journées de concertation doivent être saluées puisqu’elles rentrent en droite ligne dans la vision du chef de l’Etat d’une Mauritanie réconciliée avec elle-même mais surtout dans le cadre de la promotion de l’unité nationale qui passe sans doute par le règlement définitif du retour des déportés. En d’autres termes, elles serviront en effet de locomotive dans la suite du règlement du retour des déportés dans leur pays. A coup sûr, le règlement de ce dossier sera un apport considérable dans la consolidation de l’unité nationale puisque ce dossier a engendré beaucoup de haine, de tension et de frustration dans le cœur de ceux qui ont été victimes de près ou de loin des foudres de la dictature du régime déchu. Ainsi donc, ces journées de concertation nationale sur le retour des déportés constitueront sans doute un moment fort dans la consolidation des efforts du gouvernement visant à régler de manière consensuelle et dépassionnée le dossier des réfugiés et celui du passif humanitaire. Cet esprit de réconciliation nationale a plané pendant les trois jours qu’ont duré les journées au palais des congrès où la société civile, la classe politique et les associations des réfugiés ont montré leur forte implication dans le règlement définitif du retour des déportés et à leur adhésion à tout projet de rétablissement de la confiance et du respect entre tous les mauritaniens. Après 18 années d’exil forcé, les déportés mauritaniens vivent les derniers moments d’un long et douloureux calvaire. Ces journées qui ne sont qu’un prélude à leur rapatriement marqueront à coup sûr l’esquisse d’une nouvelle ère dans la réconciliation nationale. Et aujourd’hui, nul ne s’émeut que les détracteurs de la réconciliation nationale, de la démocratie, des libertés publiques, de la paix et de la justice sociale souhaitassent  et priassent ardemment pour que les journées de concertation sur le retour des déportés ne connaissent pas un franc succès ou ne produisent pas des résultats prometteurs. Piqûre de rappel ! Pendant leur règne au pouvoir, pendant cette période où il fallait suivre ou périr, au summum de leur gloire, ils n’ont cessé d’exhiber sans gêne que ces «déportés mauritaniens» n’étaient pas des leurs, qu’ils appartenaient à un autre pays. Ces «mauritaniens», leur tort c’est d’être nés en Mauritanie. Leur tort, c’est d’être des «Kowriyas» comme ils disent. Depuis le discours du Président de la République sur le retour des déportés mauritaniens, le 29 juin dernier,  ils ne dorment plus. Comme hier, ces détracteurs continuent encore à battre en brèche tout projet de retour des déportés dans leur pays d’origine. A commencer par intoxiquer les populations ! Peut-être que le syndrome de la peur d’être masqués un jour les habite, une trouille presque inséparable. Mais, comme l’a rappelé le Président de la République dans son discours d’ouverture des journées nationales de concertation et de mobilisation pour le retour des réfugiés et le règlement du passif humanitaire au Palais des congrès ce 20 novembre, il ne s’agira pas de faire la chasse aux sorciers. Il faut être humble pour tenir un tel propos ! Même s’il est trop tôt de tirer le chapeau à Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, de lui dresser des lauriers, il a accompli sa mission, celle d’avoir assumé la responsabilité de l’Etat mauritanien en reconnaissant de manière officielle les forfaits qui ont été commis au nom de la puissance publique. C’est aux populations de se l’en approprier et de continuer cette œuvre de réconciliation nationale. Il n y a pas d’opprobre aujourd’hui pour eux de faire amende honorable. La lutte ne fait que s’esquisser et le plus difficile reste à faire. Les témoignages entendus par-ci et par-là au palais des congrès à l’occasion des journées de concertation convergent parfaitement au même point et témoignent de toute évidence d’une volonté commune de transcender certaines émotions à la limite compréhensibles. Le retour des déportés suscite beaucoup de débats au sein de la population mauritanienne mais aussi beaucoup de zones d’incongruités et d’incompréhension de la part de certaines personnes très réceptives à certaines déclarations enflammeuses. Ceci passe incontestablement dans la sensibilisation. C’est un volet qui ne devrait pas être omis si on veut réussir ces journées de concertation sur le retour des réfugiés mauritaniens, si on veut qu’elles servent à quelque chose de symbolique. Certes ce problème est politique mais il concerne tout le monde. Le retour des déportés, on en parle à longueur de journée, mais très peu de personnes en appréhendent l’enjeu ou les enjeux.  Ce rôle incombe de prime abord aux pouvoirs publics notamment aux walis, aux hakems, aux maires, aux représentants du peuple qui doivent apporter leur effort dans ce vaste mouvement de retour des déportés. Puisqu’au moins plus 20.000 réfugiés mauritaniens seront concernés par le plan de rapatriement concocté par l’état mauritanien, sénégalais et le H.C.R. Ce qui n’est pas une mince affaire ! Une complexité qui s’explique par la durée que cette affaire a provoquée. Dans cette perspective, les médias doivent jouer leur rôle de courroie de transmission. L’avenir de la Mauritanie dépendra sans doute de ce qu’en feront surtout les hommes politiques qui sont souvent responsables de certaines dérives ! 

Babacar Baye NDiaye    

 

( 18 novembre, 2007 )

Saidou Adama Gaye, chanteur-compositeur

 

 

«Sur scène, pour être agréable aux yeux des gens, j’essaie de leur cacher ma personne» 

 

Né en 1983, il a commencé à chanter à l’âge de 12 ans dans les écoles. Ayant grandi entre la Mauritanie et le Sénégal, Saidou Adama Gaye a connu une enfance mouvementée puisqu’il a perdu très tôt son père et sa grand-mère. Très apprécié par ses talents de musicien, il est souvent comparé à Baba Maal. 

  

Le Rénovateur : La première chose qui attire l’attention sur votre groupe, c’est qu’il est composé essentiellement de jeunes de moins de 30 ans. Est-ce un choix personnel ? 

Saidou Adama Gaye : Effectivement, puisque j’ai toujours voulu s’entourer de jeunes qui peuvent m’accompagner et avec qui aussi je peux m’entendre parfaitement. Je peux me défouler comme je veux pendant les répétitions sans le moindre complexe. Par contre, avec des gens plus âgés que moi, c’est toujours difficile. 

 

Le Rénovateur : On peut dire que votre musique n’est pas une musique traditionnelle. Ce qui est curieux puisque vous êtes hall poular. Votre musique, elle est plutôt moderne et surtout rythmique. 

Saidou Adama Gaye : Nous sommes au 21ème siècle et le monde a beaucoup évolué. En matière de musique traditionnelle, on ne peut pas faire mieux que certains artistes hall poulars. Mais par contre, dans la musique moderne, on peut créer des choses que les gens ne connaissaient pas et d’ailleurs qui peuvent être agréables. C’est mon objectif puisque je me bats pour le faire nuit et jour. 

 

Le Rénovateur : Votre musique ne laisse personne sur le carreau. Même les «toubabs» dansent bien votre musique.   

Saidou Adama Gaye : C’est parce qu’au moins, je ne dirai pas qu’elle est bien faite, elle est acceptable. Si une musique est acceptable, elle est donc universelle. Lorsqu’elle est universelle, elle appartient à tout le monde. C’est pourquoi tout le monde a dansé parce que se reconnaissant dans cette musique. 

 

Le Rénovateur : Tout le monde est unanime sur vos qualités de musicien. Quel est votre secret ? 

Saidou Adama Gaye : Certes, les gens m’apprécient beaucoup mais chacun a ses défauts. Peut-être que j’essaie de leur cacher réellement la personne de Saidou sur scène pour être agréable aux yeux des gens. 

 

Le Rénovateur : Vous êtes jeune et simultanément musicien. Quel message lancez-vous dans vos textes à ces jeunes désespérés qui prennent le chemin de l’émigration clandestine ? 

Saidou Adama Gaye : La différence entre les artistes, c’est le fait d’être engagés ou non. Je ne dirai pas que je complètement engagé mais d’une part je le suis car j’essaie de lancer des messages qui peuvent servir à mon pays, à ma jeunesse et à la jeunesse mondiale. Je chante en poular certes, mais j’ai l’impression de m’adresser à tout le monde. 

 

Le Rénovateur : On vous compare aussi à Baba Maal, une autre icône de la musique hall poular. Qu’est-ce que cela vous fait ? 

Saidou Adama Gaye : Cela me fait énormément plaisir car le fait d’être comparé à lui, c’est déjà quelque chose puisque Baba Maal est parmi les grands musiciens de ce monde. Certainement que je garde quelque chose en moi qui reflète sa personnalité, je ne sais pas, mais quand même cela me fait plaisir. 

 

Le Rénovateur : D’ailleurs, qui vous a initié à la musique ? 

Saidou Adama Gaye : Ce sont certains de mes compagnons qui m’ont initié à la musique (il cite Malick Wade). Ils ont remarqué mes qualités et ont pu déclencher ça en me poussant à faire de la musique. Au départ, je n’avais pas accepté. 

 

Le Rénovateur : Ce que vous faites-là donc, vous ne l’avez pas hérité ? 

Saidou Adama Gaye : Si, si. Ma grand-mère chantait. Elle était connue pour ses chansons. Mon père, lui aussi, chantait mais pas tellement. Il a très tôt laissé. Il y a aussi mon oncle(Yéro Mota) qui chantait lui aussi. Si je veux chanter des chansons traditionnelles, je reprends leurs chansons. 

 

Le Rénovateur : Dans vos chansons aussi, vous vous référez souvent à Dieu et à son Prophète Mohamed (PSL) surtout pour un jeune de votre trempe. 

Saidou Adama Gaye : C’est parce que je suis avant tout un croyant. L’étant ainsi, je crois que je dois jouer un rôle qui peut être intéressant dans la société. Etant croyant aussi, j’appelle le monde à être croyant. Etant musulman, on commet des erreurs sans s’en rendre compte et je dois être en mesure de faire revenir les gens à leur religion. 

 

Le Rénovateur : On peut savoir ce que vous attendez pour sortir votre premier album ? 

Saidou Adama Gaye : Il faut être mûr sur le plan musical avant de sortir un album. Cela ne fait pas à peine trois lorsque j’ai débuté dans la musique. Donc, il faut patienter. J’ai un répertoire très riche mais je ne veux pas pour le moment sortir un album. Je suis prêt mais je veux attendre un peu pour acquérir plus de maturité et d’expérience. 

 

Le Rénovateur : Vous aussi, vous vous inscrivez dans la continuité des chansons laudatives ou élogieuses. Est-ce à dire que vous ne pouvez pas vous en passer ? 

Saidou Adama Gaye : J’ai toujours vécu avec des gens expérimentés.  Ce qui m’a un peu aidé. Actuellement, je ne peux pas m’en passer puisqu’il y a des gens proches qui n’ont pas cessé de me soutenir. Donc, je leur rends hommage. Les gens que je chante ce sont des gens qui m’ont aimé et aidé pour que je puisse devenir aujourd’hui ce que je suis actuellement.    

 

Le Rénovateur : Sur scène, vous devenez un autre Saidou. Où puisez-vous toute cette énergie que vous redonnez au public ? 

Saidou Adama Gaye : Tout simplement, parce que j’ai pu débuter à l’âge jeune mes activités artistiques. Donc, je suis habitué. C’est pourquoi cela ne me dérange pas de changer de tempo ou de tempérament en fonction de la musique qu’on joue sur scène. 

 

Le Rénovateur : Non seulement, vous êtes profondément attaché à vos origines mais aussi vous semblez défendre votre culture ? 

Saidou Adama Gaye : Comme dit un proverbe français «le caque sent toujours le hareng ». Donc, si je suis en mesure de faire quelque chose, je le ferai d’abord pour ma société, ma culture et après extérioriser. 

 

Le Rénovateur : Tout à l’heure, vous chantiez l’amour dans l’une de vos chansons. Cela veut-il dire que vous n’avez pas échappé aux tentacules de l’amour ? Que vous êtes amoureux ? 

Saidou Adama Gaye : C’est ma vie privée (dit-il en rigolant). De toute façon, je ne peux pas vous répondre. (J’insiste encore sur ma question). Personnellement, j’ai aimé et j’ai été heureux en amour et je continue à être heureux. C’est pour cela, je chante l’amour car cela m’a servi à quelque chose. Je ne peux pas tout raconter. Bien sûr, j’ai connu des déceptions et des succès. Actuellement, je suis heureux. C’est pour cela, j’ai pu oublier tout car l’amour est beau. 

 

Babacar Baye NDiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

Le Rénovateur Quotidien 

  

( 15 novembre, 2007 )

Dany Doriz

 

 «Le jazz n’est pas en décalage !» 

 

Marié et père de trois enfants, Dany Doriz a sorti à son actif 25 albums dont le plus célèbre restera sans doute «My Favorites Vibes». Sa passion pour le jazz n’est plus à démontrer. Depuis plus d’un demi-siècle, il bourlingue à travers le monde entre l’Europe, l’Afrique et les Etats-Unis. La semaine dernière, il était de passage à Nouakchott. Le Rénovateur Quotidien en a profité pour lui poser quelques questions relatives à la musique jazz. 

 

Le Rénovateur : Le jazz n’est plus ce qu’il était. N’avez-vous pas peur qu’il disparaisse un jour face à la montée en puissance d’autres tendances musicales plus écoutées ? 

Dany Doriz : Au contraire ! Je suis un grand défenseur du jazz swing, de la musique swing et du jazz festif. La musique que nous avons joué ce soir (8 novembre dernier, ndlr), c’est ce que j’appelle «le swing music» qui plaît à tout le monde même aux gens qui ne sont pas de grands amateurs de jazz (…). Je m’occupe beaucoup de festival en Europe. J’organise la programmation et partout, ça marche très bien parce que j’élimine à tort ou à raison tout ce qui n’est pas vraiment du jazz. Toutes les musiques ont droit d’exister mais elles ne devraient pas toutes s’appeler jazz rock, jazz union ou free jazz. Pour moi, le jazz c’est une musique qui doit swinguer, swinguer et être festif. 

 

 Le Rénovateur : En tant qu’artiste, vous voyagez beaucoup. Votre carrière musicale ne vous prive-t-elle pas votre vie familiale ? 

Dany Doriz : Pas du tout ! La vie familiale, pour moi, c’est très important. Quand je suis chez moi, je travaille beaucoup. Je récupère du temps sur le plan familial. 

 

Le Rénovateur : Tous les jazzmen, enfin presque, aiment les femmes. Est-ce votre cas ? 

Dany Doriz : Eh ! bien, j’aime garder une jolie femme. Bien sûr, j’aime garder une jolie femme. J’aime les femmes surtout quand elles sont belles. Je préfère la belle musique et je préfère les jolies femmes plutôt que les moches musiques et les femmes qui ne sont pas belles. 

 

Le Rénovateur : C’est très rare de voir un jazzman surtout présentement qui ne fait pas de reprises. Est-ce que cela veut dire que les jazzmen actuels sont en manque d’inspiration ? 

Dany Doriz : On reprend bien sûr les thèmes qui ont été rendus célèbres par de grands musiciens tels que Lionel Humton, Louis Amstrong, Eroll Garner mais aussi on joue des thèmes que l’on compose, toujours dans l’idée du «swing music». (…) Les créateurs du jazz sont tous morts. Il y a une nouvelle génération de musiciens aussi bien en Europe, en Afrique et aux Etats Unis qui joue de la bonne musique de jazz presque aussi bien que les créateurs. 

 

Le Rénovateur : On a l’impression aussi que le jazz actuellement est en décalage par rapport aux autres styles musicaux. Comment pouvez-vous expliquer cela ? 

Dany Doriz : Non, je pense que le jazz n’est pas en décalage ! Ce sont les médias qui sont en décalage. Il n y a plus de mélodie, de ligne harmonique alors que le public, lui, est très réceptif. Ce sont les médias qui ne sont pas dans le coup. 

 

Le Rénovateur : Tous les jazzmen ont leurs maîtres. Quels sont, vous, vos maîtres ? 

Dany Doriz : C’est le premier vibraphoniste au monde. Lionel Humton. J’ai été son ami pendant 30 ans. J’allais souvent chez lui aux Etats Unis. J’ai fait des tournées avec lui. C’est mon maître. Quand j’étais jeune, c’était mon idole. 

 

Le Rénovateur : Avez-vous déjà eu l’occasion de venir en Mauritanie ? 

Dany Doriz : C’est la première fois et j’en suis très ravi. Ça vit et bouge beaucoup. Je crois que c’est un pays d’avenir où c’est sûr plus ça va aller,  plus les gens vont aimer le jazz. 

 

Le Rénovateur : Aujourd’hui, le jazz est peu écouté à travers le monde. Croyez-vous qu’il reprendra ses lettres de noblesse ? 

Dany Doriz : Je crois que les choses sont sur la bonne voie surtout que les musiciens vont continuer à persévérer pour créer de belles mélodies, à swinguer. 

 

Le Rénovateur : Dans ce cas, que faudra-t-il faire pour que le jazz connaisse un nouveau souffle, une nouvelle résurgence ? 

Dany Doriz : Je crois qu’il faudrait en envoyant de temps en temps à la télévision. Les musiciens statistiques, qui jouent tout seul des morceaux, sans mélodie et sans ligne harmonique, vont être éliminés. 

 

Le Rénovateur : Vous est-il déjà arrivé de vouloir abandonné le jazz et tenter une autre expérience ? 

Dany Doriz : Jamais ! J’ai toujours fait de la musique. Dès l’âge de 3 ans, je faisais de la musique classique, du piano et du saxophone. J’ai commencé le jazz à 16 ans. Cela fait plus de 40 ans maintenant que je suis dans la musique. Je n’ai jamais eu une seule seconde envie d’arrêter. 

 

Le Rénovateur : Lorsque vous voyez que dans les écoles de musique, il y a très peu de jeunes qui s’intéressent au jazz, qu’est-ce que cela vous fait ? 

Dany Doriz : Parce qu’on ne sait pas leur expliquer ce que c’est la vraie musique de jazz. 

 

Le Rénovateur : N’est-il pas urgent de revenir aux sources authentiques du jazz, de le redéfinir voire même de le moderniser ? 

Dany Doriz : Le jazz, c’est une musique moderne puisqu’on dit maintenant que c’est la musique classique du 20ème siècle. Donc, c’est une musique très récente. On ne peut pas dire non plus qu’elle est ringarde. Au contraire, elle est complètement à la mode. Toutes les musiques d’aujourd’hui, même le Rap, viennent du jazz parce que quelque part, les rappeurs swinguent. La base du swing c’est le jazz. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 Le Rénovateur Quotidien

( 14 novembre, 2007 )

Retour des déportés

Le H.C.R. appelle à la solidarité 

 

Avec la signature de l’accord tripartite qui régira les conditions du retour des réfugiés mauritaniens dans leur pays, entre les Ministres de l’Intérieur de la Mauritanie et du Sénégal ainsi que le Représentant du Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés en Mauritanie, ce 12 novembre dernier, tout porte à croire que nous allons nous acheminer vers la fin du long et douloureux calvaire des déportés mauritaniens qui attendaient ce jour depuis plus de 18 ans. 

 

Cette signature de l’accord tripartite pour le rapatriement des réfugiés mauritaniens couronnant les efforts des autorités sénégalaises et mauritaniennes dans la recherche de solutions consensuelles au retour des déportés complétera les mesures que le gouvernement mauritanien présentera au cours des journées de consultations nationales prévues ce 20 novembre pour régler dans le détail la question de la réintégration des rapatriés victimes des événements de 1989. En effet, ces journées de concertation, qui vont regrouper toutes les associations des droits de l’Homme vivant au  Sénégal, en Mauritanie et en Europe, toutes les organisations nées des événements de 1989, seront destinées à sensibiliser entre autres l’opinion publique sur l’adoption d’un plan d’action définitive tenant en compte toutes les parties concernées par ce retour des déportés dans leur pays d’origine. 

Cet accord triparti, lit-on dans le communiqué du H.C.R., énonce les engagements que les trois parties prennent pour le succès de ce rapatriement organisé jusqu’en décembre 2008 ainsi que pour la réinsertion durable des rapatriés dans le tissu social mauritanien dans le cadre plus large d’un programme gouvernemental de développement durable. La réalisation de ces engagements, précise toujours le communiqué, dépendra de la solidarité de la communauté nationale mauritanienne, de la solidarité entre les deux états concernés et de la solidarité internationale qui doit accompagner ce processus de réconciliation. 

Rappelons qu’avec l’appui de la France, de l’Italie et des Etats-Unis d’Amérique, le H.C.R. a pu établir à Rosso et à Kaédi un premier dispositif d’accueil des rapatriés en collaboration avec une ONG nationale et les autorités régionales. Et selon le H.C.R., un total de 12.600 réfugiés a exprimé le souhait d’être rapatriés. 

En vue d’un retour des déportés dans des conditions conformes à leur qualité de citoyens mauritaniens et dans la jouissance de tous les droits attachés à la citoyenneté mauritanienne, le H.C.R., sera étroitement associé dans le rapatriement volontaire et organisé des réfugiés mauritaniens qui marquera la fin d’une question humanitaire restée sans réponse depuis quelques 18 années. 

 

Réactions sur cette signature tripartite 

 

Alioune Tine, S.G. de la RADDHO 

«Une page historique vient d’être tournée» 

J’estime qu’il y a une page historique de la tragédie que ce pays a vécue qui vient d’être tournée. Je pense que le Président de la République, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a pris une décision courageuse, une décision responsable qui, si elle respecte les intérêts des réfugiés, permettra de réconcilier la Mauritanie avec son histoire, sa géographie et avec elle-même (…) 

Je n’ai pas de doute non plus. C’est une décision difficile. Tout le monde le sait. C’est une décision qui doit être soutenue de façon consensuelle. Je pense aussi que si tout le monde y met du sien et qu’il n y ait pas d’instrumentalisation politique de cette affaire parce que tous les risques viennent de là, il n y a pas de raison pour qu’on réussisse. Donc, il ne faut pas se faire d’illusion. Il y aura toujours de la résistance et des blocages. Si la Société Civile aussi continue à faire le travail de sensibilisation et l’Etat à manifester toute sa volonté politique de régler les intérêts des réfugiés selon les normes c’est à dire les engagements souscrits par la Mauritanie, je pense qu’on va réussir. 

 

Mamadou Sarr, S.E. du FONADH 

«Cette signature augure un bon retour des déportés» 

Je crois que c’est un grand jour parce que cela fait deux décennies qu’on attendait cette occasion. On ne peut que s’en féliciter et autant que faire accompagner cette décision. Le fait que cet accord triparti ait été signé par la Mauritanie, le Sénégal et le H.C.R.  augure un bon retour des déportés(…) 

On a toujours des appréhensions dans ces genres de problème parce qu’il y a des résistances et d’autres facteurs. Mais, je crois, que c’est un début qui permet de décrisper la situation dans la mesure où aujourd’hui, il y a une volonté manifeste du gouvernement mauritanien de régler ce problème. Je crois aussi que cette signature prépare correctement les journées nationales de concertation autour de cette question. Pour le moment, je suis optimiste même si c’est mesuré. Maintenant, avec le temps et le déroulement de cette affaire, nous allons voir. 

 

Francis Kpatindé, porte-parole du H.C.R. en Afrique de l’Ouest 

«Nos équipes sont prêtes» 

Je me réjouis de la signature de cet accord qui était attendu depuis plus de 18 ans. Vous savez que ces gens sont partis de la Mauritanie dans des conditions regrettables, dans des conditions que nous connaissons tous. Donc, on ne peut que se réjouir de leur retour imminent. Le rapatriement commencera sans nul doute début décembre. Nous allons rapatrier et ramener dans leur pays d’origine quelques 24.000 négro-mauritaniens. Nous avons pour cette occasion 4 bureaux installés  sur les deux rives du fleuve Sénégal à Richard-Toll et à Ourossogui coté sénégalais et 2 autres bureaux à Kaèdi et à Rosso coté mauritanien. Nos équipes sont prêtes pour accompagner le processus de retour des déportés mauritaniens (…). 

Cette signature nous rassure puisque c’est une bonne chose. Nous avons une équipe élue démocratiquement à la tête de la Mauritanie aujourd’hui. C’est un bon signal que le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi se soit engagé au retour de ses compatriotes. Je pense qu’il faut saisir la balle au bond (…). 

Il n y a aucune entreprise humaine sans difficultés. Il y aura des couacs mais je crois que la volonté politique y est. Il faut saisir cette chance. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

Le Rénovateur Quotidien 

( 12 novembre, 2007 )

Christophe Sawadogo

«Je me sers du quotidien comme substrat pour la création»

Christophe Sawadogo est un peintre burkinabé qui vit à Ouagadougou. De 1992 à 1996 il a étudié les arts et la communication avant de devenir critique d’art durant plusieurs années. Il décide ensuite de se consacrer à la peinture. La force de Christophe tient dans sa passion et sa maîtrise de la calligraphie, ainsi que dans sa fascination pour les mots et la poésie. Il travaille essentiellement avec des encres de couleur sur des fonds en papier trempés dans des bains d’encre. Ses œuvres sont exposées actuellement au centre culturel français de Nouakchott et ce durant tout le mois de novembre.

 

Le Rénovateur : On dit de vous que vous êtes parmi les artistes les plus prometteurs d’Afrique de l’Ouest ?

Christophe Sawadogo : Non ! Je trouve qu’à partir du moment où un artiste a le courage de prendre le pinceau et s’exprime dans des conditions de travail et de promotion difficile comme c’est souvent le cas en Afrique, il faut reconnaître cet artiste. Me considérer parmi les artistes les plus prometteurs en Afrique de l’ouest, c’est trop dire ! Je suis comme les autres artistes.

 

Le Rénovateur : Quelle matière utilisez-vous dans vos peintures ?

Christophe Sawadogo : Les encres de chine et à coté de cela, dans la peinture, je travaille avec des terres que je recueille chez moi (Burkina Faso, ndlr) et puis j’y ajoute des acryliques. J’obtiens par le mélange beaucoup de techniques mixtes.

 

Le Rénovateur : On remarque aussi que les femmes occupent essentiellement une bonne part dans vos peintures. Qu’est-ce qui explique cela ?

Christophe Sawadogo : Je pense que la femme est un sujet éternel et on peut débattre là-dessus jusqu’à longueur de journée. Bon ! Je ne fais pas exception en travaillant avec comme inspiratrices les femmes parce qu’avant moi, il y a eu beaucoup d’artistes. Je veux parler de Picasso entre autres artistes célèbres qui se sont référés à la femme comme thème de création. Moi, je ne fais que poursuivre la tradition.

 

Le Rénovateur : Comment cette passion pour la peinture s’est-elle réveillée en vous ?

Christophe Sawadogo : Je dirai que c’est comme toute passion, c’est comme l’amour. On ne sait pas comment on y arrive. On ne sait pas non plus comment on en sort. C’est comme ça que je peux dire. Je ne peux pas expliquer cette passion.

 

Le Rénovateur : Les prix de vos tableaux varient entre 225.000 f cfa et 1.656.000 f cfa. Est-ce que ce n’est pas trop cher pour un africain qui a un pouvoir d’achat très limité ?

Christophe Sawadogo : Non ! J’ai vu dans la rue des gens qui circulent à bord d’une limousine. Un tableau ne vaut pas une limousine ! Tout dépend de la valeur qu’on accorde aux choses matérielles ou aux choses culturelles. Il y en a qui peuvent mettre un million sur une femme et d’autres qui peuvent mettre un million sur une voiture. Pourtant, ils ne trouvent pas que c’est trop cher alors que ce sont ces mêmes objets, une fois partis en Europe, on crie à l’extraversion culturelle, on crie que nos œuvres sont en train d’être pillées. C’est parce que nous, nous n’investissons pas dans notre culture. C’est exactement cela.

 

Le Rénovateur : On dirait aussi que les artistes africains font des œuvres d’art pour une catégorie sociale bien nantie ?

Christophe Sawadogo : Je trouve que c’est assez fort  comme propos parce que moi, lorsque j’expose, je vois aussi l’homme de la rue. Celui qui a le goût, ce n’est pas forcément, celui qui a l’argent. On peut avoir l’argent et ne peut pas avoir du goût.  On peut être pauvre et avoir beaucoup de goût. L’exposition ou un vernissage, c’est une occasion pour celui qui aime la culture de venir et de voir ce qui est exposé.

 

Le Rénovateur : Est-ce que cette cherté des tableaux participe-t-elle vraiment à promouvoir les arts dans les pays africains ?

Christophe Sawadogo : Non ! Je ne trouve pas que ces tableaux sont chers(il insiste sur sa réponse). Je ne sais pas si vous connaissez déjà les marchés de l’art contemporain africain. Je vous dis que c’est un marché qui a de l’avenir. Je crois que nous ne devons pas minimiser ce que nous faisons. Il faut que les artistes africains se disent que ce qu’ils font c’est de la richesse et comme toute richesse, cela suppose beaucoup de travail et comme beaucoup de travail qui demande d’énergie et d’effort, il doit être bien rémunéré.

 

Le Rénovateur : C’est votre première venue en Mauritanie. Qu’est-ce que vous garderez comme souvenir de votre séjour ?

Christophe Sawadogo : Je garde de la Mauritanie un voyage à la rencontre d’un peuple chaleureux et aussi chaleureux que la terre qui l’accueille. Je suis heureux de retrouver dans mes peintures que les gens ont remarqué qu’il y avait une résonance avec nos couleurs et aussi avec le milieu social. Les thèmes que j’aborde ne sont pas étrangers aux thèmes qui sont abordés ici. Pour moi, c’est vraiment comme si j’étais chez moi. Je suis heureux d’autant plus que beaucoup de gens lorsqu’ils viennent me voir, il y en a ceux qui demandent si je connaissais la Mauritanie auparavant…donc, cela prouve que ce que je fais quelque part rencontre une certaine adhésion de la part des mauritaniens.

 

Le Rénovateur : La peinture c’est votre passion. Que seriez-vous devenu si vous n’étiez pas artiste peintre ?

Christophe Sawadogo : Si je n’étais pas dans la peinture(il observe un moment de silence)…si je n’étais pas dans la peinture(il se rabâche)…Non ! Je ne sais pas ce que je ferais. Je pense que si je n’étais pas dans la peinture, je serai dans un autre milieu où l’émotion est…

 

Le Rénovateur : C’est à dire que vous êtes émotif ?

Christophe Sawadogo : Dans la peinture, la poésie, la littérature, c’est l’émotion qu’on recherche. Dans tous les arts et la culture, c’est l’émotion qu’on recherche.

 

Le Rénovateur : Justement, comment faites-vous pour allier presque avec beaucoup de subtilité peinture, calligraphie, poésie, autant d’univers dissemblables ?

Christophe Sawadogo : Il y va de l’attention comme il y va de la culture. Aussi bien j’aime lire, aussi bien j’adore tout ce qui est étranger ou qui m’est semblable et la curiosité m’aide à rentrer au fond des choses et aussi à rester dans la surface des couleurs.

 

Le Rénovateur : Dans vos tableaux, vous nous invitez au respect de la femme africaine. Sa condition actuelle vous préoccupe-t-elle à ce point ?

Christophe Sawadogo : On peut y voir une lecture sous-jacente. Sinon, ce qui m’inspire davantage, c’est le vécu, le quotidien et je me sers du quotidien comme substrat pour la création, pour ce que je propose.

 

Le Rénovateur : Les œuvres d’art, en Afrique, sont souvent assimilées à des produits de luxe. Cela participe-t-il à les faire connaître davantage ?

Christophe Sawadogo : Non, à mon avis ! L’art accompagne la vie en Afrique. On n’a pas besoin d’être un nanti pour consommer une œuvre d’art. Pour moi, ce n’est pas un luxe. Il y a des richesses qui sont immortelles et pour moi, la culture l’est.

 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

Le Rénovateur Quotidien

 

( 12 novembre, 2007 )

Signature de l’accord tripartite pour le rapatriement des réfugiés mauritaniens

 

  

Cette signature, conclue ce 12 novembre au palais des congrès de Nouakchott, couronne les multiples efforts engagés  par la Mauritanie, le Sénégal et le H.C.R. dans le cadre d’un retour organisé des réfugiés mauritaniens dans leur pays. Dans son allocution, le Ministre de l’Intérieur mauritanien, Yall Zakaria a réitéré toute la reconnaissance du gouvernement mauritanien envers le gouvernement sénégalais pour son étroite collaboration dans le retour des déportés en lui fournissant des informations utiles sur les réfugiés mauritaniens afin de s’imprégner de leur situation. Le Ministre de l’Intérieur a aussi remercié le H.C.R. qui a, depuis presque deux décennies, assisté les réfugiés mauritaniens en leur offrant sécurité et nourriture. Le Ministre a par ailleurs magnifié l’implication de certaines ONGs des droits de l’Homme dans le domaine de la sensibilisation et de la défense des intérêts des populations. Cet accord marque le démarrage du retour des déportés avec en prélude la tenue des journées de concertation prévues ce 20 novembre et destinées à sensibiliser l’opinion mauritanienne sur l’adoption d’un plan d’action définitive regroupant toutes les associations des droits de l’homme au Sénégal, en Mauritanie et en Europe. La Mauritanie, a rappelé Yall Zakaria, respectera ses engagements pris dans le cadre du retour des déportés. 

Quant au Ministre sénégalais de l’Intérieur maître Ousmane Ngom, il a réitéré l’engagement du gouvernement sénégalais à aider le gouvernement mauritanien dans le processus de rapatriement  des déportés  pour ceux qui souhaiteraient rentrer dans leur pays dans la sécurité. Cet accord, dira-t-il, à une dimension historique puisqu’il va régler de manière définitive le problème du retour des déportés. Le peuple mauritanien et le peuple sénégalais ont vécu toujours ensemble, a-t-il soutenu, au- delà des tensions consubstantielles. Ainsi donc, il est de leur rôle, en vue de préserver et renforcer les liens qui existent entre les deux peuples d’inventer de nouvelles solidarités. Pour ce qui est des associations de défense de l’homme présentes à cette cérémonie de cérémonie, dont la RADDHO et le FONADH qui ont exprimé toute leur satisfaction sur cette signature tripartite entre le gouvernement sénégalais, mauritanien et le H.C.R., qui marque enfin le début du règlement définitif de ce processus de rapatriement des déportés mauritaniens. 

Babacar Baye Ndiaye 

Le Rénovateur Quotidien 

( 12 novembre, 2007 )

Non à l’amalgame !

«Nos meilleures graines sont nos enfants». Ainsi parlait l’auteur de «L’aventure Ambiguë», Cheikh Hamidou Kane,  dans la bouche de l’un de ses personnages. Cette phrase vaut bien d’être méditée dans le contexte actuel où les démons de la violence ont gagné certains établissements scolaires du pays. Rarement, nous en sommes arrivés à ce point. Nos enfants ont-ils embarqués dans le navire de la violence mené par des mains dangereuses qui ne se soucient que de leur plan destructeur ? Qui incite les gens à la violence ? L’école mauritanienne en voie de reconstruction a besoin d’être préservée de tels actes préjudiciables à tout le peuple mauritanien. Ainsi donc, vu la situation du pays marquée par des tiraillements, il est du ressort des pouvoirs publics et de l’opposition démocratique d’éclairer la lanterne des populations mauritaniennes qui sont en train d’être dangereusement manipulées par des individus de mauvaise foi. Des individus qui sont en train de vouloir faire basculer derechef le pays dans une situation explosive comme s’ils n’avaient rien retenu des leçons du passé et comme si aussi ils voulaient toujours demeurer dans le statut quo. En effet, ces gens-là sont en train d’utiliser et d’exploiter cette situation consécutive à la hausse des prix des denrées de premières nécessités constatées depuis quelques temps pour créer la confusion et la suspicion au sein des populations et les dresser les unes contre les autres. Cette situation aussi semble être aggravée, ce qui est profondément regrettable,  par d’autres gens qui utilisent dans pareilles circonstances comme c’est présentement le cas  le langage de la diversion et de l’amalgame. Le comble dans tout cela, c’est lorsqu’on veut assimiler ces dernières manifestations  la question  du retour des déportés qui n’a aucun rapport avec les dernières manifestations. Ce qui est une insulte, avec tout ce que le pouvoir actuel a abattu comme effort pour que le dossier des déportés connaisse enfin une issue heureuse. S’il y a des intentions cachées ceci n’a rien à voir avec des manifestations parties avec   la hausse des prix. Hélas, ils sont en train de détourner la réalité des choses en voulant nous faire croire que les mauritaniens sont contre le retour des déportés. A vrai dire, les adversaires de la Mauritanie sont ceux-là même qui cherchent toujours sans répit à détruire la Mauritanie en tenant un langage démagogique et perturbateur. Et si on glisse sur le terrain politique, la chute risque d’être brutale et fatale encore. Certes,  l’Etat qui n’a pas su anticiper sur ces événements tragiques    pour empêcher  les gens de manifester en utilisant la politique de l’autruche mais cela ne voudrait pas signifier en abuser pour semer l’amalgame dans l’esprit des populations incapables souvent  de discerner le vrai et le faux. La stabilité du pays risque de voler en éclats si l’on n’y prend pas garde en contrecarrant certains groupuscules qui sont en train de gaver les mauritaniens d’idées absurdes et maléfiques. Babacar Baye NDiaye Le Rénovateur Quotidien 

( 11 novembre, 2007 )

Diddal Jalaal

 

 La musique au service de la société et du développement 

 

En même temps qu’elle est universelle, la musique a toujours été le support central d’une société, d’une communauté, d’une ethnie et d’une langue. Ainsi naquit Diddal Jalaal. Et aujourd’hui, depuis quelques années, ce groupe est devenu, sans pour autant sortir un album, populaire, sollicité et surtout apprécié. Avec un style assez particulier et original –l’afronomade-, ce groupe a su se faire une place dans le panthéon musical mauritanien. 

 

Qui n’a pas vu sur le petit écran ni entendu à la radio Diddal Jalaal ? Ce groupe, après dix ans d’existence, est devenu de manière évidente le symbole d’un pays, le porte-étendard de la musique nomade mauritanienne à l’extérieur. Et pourtant, lorsque les initiateurs de ce groupe folklorique décidaient de se lancer dans une carrière musicale, ils n’y croyaient presque pas. Aujourd’hui, ce groupe n’en finit pas de voyager partout, en France, dans la sous-région et à l’intérieur du pays. D’ailleurs, ils viennent d’une tournée à l’intérieur du pays dans l’Assaba et le Guidimakha, leur terroir, dans le cadre d’une sensibilisation sur le sida, la protection de l’environnement et la scolarisation des filles.

En effet, depuis 1996, début de l’aventure, Diddal Jalaal a évolué voire beaucoup évolué avec le temps et dans le temps. Les blancs-becs que furent les membres du groupe ont beaucoup appris, capitalisé une expérience fantastique à l’occasion de leurs voyages et de leurs rencontres avec d’autres musiciens. Leur privilège, c’est de partager leur musique, qui est très large, avec beaucoup d’autres peuples et  de pays. «Le style que nous jouons, explique Bâ Djibril Ngawa, manager du groupe, c’est de l’afronomade. C’est un genre musical qu’on retrouve dans beaucoup de peuples de culture nomade. Il est composé de sonorités puisées dans de vastes espaces entre l’océan et la mer rouge».

Diddal Jalaal, c’est comme aussi dans une petite république. C’est-à-dire que nul n’est au dessus des lois. Tout est bien organisé et géré. «Gérer un groupe, ce n’est pas facile. Nous avons des lois très strictes. Chacun de nous est obligé de les respecter sinon, il est exclu» martèle le manager dans un ton sérieux. Même s’il est indispensable, lui demandai-je ? «Personne n’est indispensable, signale-t-il. Même moi ! Sans discipline, on ne peut pas faire quelque chose. Avec la musique, on doit être sérieux et responsable». Paroles de manager !

Aujourd’hui, les membres de Diddal Jalaal ont bien compris que la musique c’est une grande responsabilité, une affaire de professionnalisme qui exige beaucoup d’effort et de travail. Que ce n’est pas seulement jouer et faire du plaisir ! C’est plus profond que cela. Bien connu en Mauritanie, ce groupe veut se lancer maintenant dans une carrière internationale avec comme seule optique la valorisation de la culture nomade mauritanienne. «Si un musicien veut vraiment se lancer dans une carrière internationale, il doit vraiment collaborer avec des professionnels qui connaissent bien le milieu et qui ont déjà fait le chemin» pense Bâ Djibril Ngawa. Ce qui est déjà fait pour eux puisqu’ils ont déjà collaboré avec des calibres de la musique africaine comme le malien Balla Sissako et fait beaucoup de résidences c’est-à-dire des ateliers de création notamment en France.

A Diddal Jalaal, il n y a pas que chanter et danser. Ici, la musique est avant tout au service de la société et du développement. «On n’est pas dans la musique pour faire de l’ambiance. Il faut que les sociétés africaines prennent conscience que la musique est un média puissant qui peut rapprocher les gens et servir aussi au développement». Prenant ainsi le contre-pied de ceux qui font les éloges, le manager du groupe Diddal Jalaal pense que le griotisme monopolise beaucoup la musique mauritanienne. C’est pour cela, pense-t-il, que cette musique est en stagnation. Et pour se défaire de cette chaîne, il faut professionnaliser la musique pour qu’elle puisse participer durablement au développement du pays.  «On ne peut pas faire de la musique sans avoir un bagage intellectuel. On ne peut pas faire carrière sur le plan international sans développer et élargir ses connaissances musicales. Il faut nous comparer aux autres pays de la sous-région ou du Maghreb, c’est très différend. Notre musique, si on veut la développer, les intellectuels et les professionnels doivent s’impliquer».

Profondément attachés à leurs origines, les membres de Diddal Jalaal emportent toujours avec eux, dans leurs bagages, des instruments traditionnels (baylol, gnagnérou, mbagou, hordé, kérona) très rares qui font le charme de leur musique et lui donnent un rythme et une tonalité authentiquement nomades. Un style propre ! Parce qu’ «on ne peut pas convaincre les autres avec ce qu’ils ont déjà. C’est avec ce que nous avons» dixit le manager du groupe. Diddal Jalaal, c’est aussi une association reconnue par l’Etat mauritanien puisqu’un récipissé de reconnaissance leur a été délivré. Ici, c’est la vocation, le don et le talent qui sont recherchés et un groupe à leurs yeux, c’est d’abord un encadrement professionnel. A Diddal Jalaal, on croit dur comme béton que la musique doit être au service d’une cause. «Il y a beaucoup d’analphabètes dans la société mauritanienne. A travers la musique, un message de sensibilisation passe très rapidement et on peut mobiliser les gens facilement  en jouant de la musique».

Comprenant parfaitement que la carrière musicale est une aventure parfois très «ambiguë», Bâ Djibril Ngawa, manager du groupe, avoue, malgré la popularité dont sa formation musicale bénéficie à travers le pays, n’être pas encore satisfait puisqu’il reste beaucoup de choses, à son avis, à faire notamment  pour un groupe qui veut se lancer dans une carrière internationale. Contrairement à leur début où ils ne comprenaient pas grande chose de la musique, les membres de Diddal Jalaal sont entrés maintenant dans la phase des «choses sérieuses».

Comme l’appétit vient en mangeant, ils ne veulent surtout pas brûler les étapes. «Il faut mûrir les choses et les préparer très bien» conclut le manager du groupe.

 

Babacar Baye NDiaye 

ducdejoal@yahoo.fr

Le rénovateur Quotidien 

( 8 novembre, 2007 )

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely/ Président de l’Amicale «Paix sans Frontières»

 

  

«Tous ceux qui préconisent la rupture diplomatique avec l’Etat d’Israël sont contre la paix» 

 

Le Rénovateur : Pouvez-vous nous présenter d’abord votre Amicale «Paix sans frontière» ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Notre association est une amicale constituée d’un réseau d’ONGs exerçant dans plusieurs domaines allant du développement social au développement culturel en passant par le développement économique. Elle est aussi constituée d’une élite intellectuelle de la société mauritanienne. Nous sommes convaincus du principe de la paix dans le monde entier et bien sûr sans exclure l’Etat d’Israël. 

 

Le Rénovateur : Cela veut dire que la paix est au cœur de vos préoccupations ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Nous avons cette profonde conviction. Nous sommes convaincus que ce monde qui a beaucoup souffert de la guerre, de la haine, de la destruction, de l’inégalité, il doit y régner l’amour et le dialogue entre les pays et les peuples. Nous pensons que la Mauritanie peut jouer un grand rôle dans ce domaine. 

 

Le Rénovateur : Mais avez-vous déjà pensé à faire transmettre ce message de paix à l’intérieur du pays ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Nous pensons que notre point fort en tant qu’amicale c’est d’être sur le terrain et en contact permanent avec les populations. Nous nous exprimons à la place de milliers de personnes qui n’ont pas le courage de s’exprimer. Cette nouvelle ère de démocratie est à saisir par le peuple mauritanien qui s’est toujours battu pour obtenir certains acquis. Nous pensons que les dernières démarches entreprises pour le retour des déportés et la criminalisation de l’esclavage sont des signes de bonne volonté et participent à l’instauration de la paix et de la justice dans notre pays. 

 

Le Rénovateur : Vraisemblablement, vous êtes apparemment pour le maintien des relations diplomatiques entre la Mauritanie et l’Etat d’Israël ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Je pense que l’Etat hébreu est un état qui existe comme tous les autres états du monde. Qu’est-ce que l’Etat d’Israël a fait que les occidentaux n’ont pas fait ? 

 

Le Rénovateur : En prônant le maintien des relations diplomatiques entre la Mauritanie et l’Etat d’Israël, ne craignez-vous pas de subir les coups de fouet de ceux qui sont contre ce maintien en premier lieu les islamistes ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Je pense que qu’il y a des gens qui sont porteurs d’un discours négationniste en Mauritanie en exploitant le discours politique pour influencer un peuple qui n’est pas en mesure de discerner et d’analyser le fond des choses. Tous ceux qui préconisent la rupture diplomatique avec l’Etat d’Israël sont contre la paix. L’Etat d’Israël a le droit à l’existence comme tous les autres peuples du monde et de vivre dans la paix. Nous ne sommes pas contre la création d’un Etat palestinien. Nous sommes pour la cohabitation pacifique de ces deux peuples. Ceci passe préalablement par le dialogue, l’ouverture, la tolérance et la confiance. 

 

Le Rénovateur : Ne risquez-vous pas d’être esseulé dans votre combat actuel à savoir le maintien des relations diplomatiques entre la Mauritanie et l’Etat Hébreu ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Les gens ne sont pas contre notre initiative. Actuellement, les gens doivent sortir de leur timidité et de leur torpeur. Nous voudrions qu’ils se libèrent, qu’ils s’expriment librement et profiter de ce climat de démocratie et de liberté d’expression reconnue par la loi. C’est l’occasion ou jamais. Les gens ne sont pas contre le maintien des relations diplomatiques entre la Mauritanie et l’Etat Hébreu. 

 

Le Rénovateur : Votre démarche, y a-t-il des raisons sous-jacentes qui l’expliquent ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Nous sommes convaincus de notre combat que nous sommes en train de mener. Nous avons lutté pour d’autres causes bien avant cela. Nous pensons que c’est vraiment là où l’on doit intervenir contrairement à ces partis politiques qui n’ont rien fait pour la Mauritanie. C’est des gens qui protègent leurs intérêts. Nous savons d’où ils viennent et leur message politique est vide. 

 

Le Rénovateur : Sera tenu bientôt le sommet de la paix à Washington. A votre avis, la Mauritanie doit-elle ou non participer à cette rencontre internationale sur la paix ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Nous avons adressé une lettre ouverte à son Excellence Monsieur le Président de la République en lui demandant d’assister à ce sommet. La Mauritanie doit assister à ce sommet comme tous les autres pays qui ont des relations diplomatiques avec l’Etat Hébreu comme à l’image de l’Egypte et de la Jordanie qui sont des pays arabes. Nous pensons que la Mauritanie a un rôle à jouer dans le processus de la paix dans le monde. Nous savons que cette décision nécessite un grand courage et nous avons confiance au Président de la République. Nous savons très bien qu’il est sage, qu’il est un partisan de la paix et qu’il l’a prouvé dans des décisions délicates depuis son arrivée au pouvoir. 

 

Le Rénovateur : …et par rapport à votre ONG «Solidarité pour le développement et la lutte contre la pauvreté en Mauritanie». 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : C’est une ONG qui intervient essentiellement dans le domaine social. Nous savons tous qu’il y a toujours des écarts. Les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent davantage. Nous ne sommes pas une ONG cartable ni une ONG de luxe. Nous intervenons dans les quartiers périphériques de Nouakchott et à l’intérieur du pays. 

 

Le Rénovateur : Puisque votre ONG œuvre dans le domaine social, quel regard portez-vous sur la situation sociale actuelle du pays ? 

Sidi Mohamed Ould Ahmed Ely : Je pense que la situation actuelle, elle est très difficile. Il faut penser mettre en place des programmes d’urgence pour venir en aide les populations défavorisées qui ont un pouvoir très limité. Il faut aussi que l’Etat intervienne avec force pour protéger ces 80% de la population vivant dans la pauvreté. De même que penser aux souffrances des populations de Tintane en leur apportant un soutien concret puisque moi-même j’y étais et j’ai vu dans quelles conditions elles vivent. 

 

Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye 

                ducdejoal@yahoo.fr  

                Le Rénovateur Quotidien 

 

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