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( 1 novembre, 2007 )

Dental ou les Papys de la musique mauritanienne

Ce mercredi 10 Octobre dernier(2007), le public rassemblé à la cafétéria du Centre Culturel de Nouakchott attendait avec impatience les papys de la musique mauritanienne en l’occurence Baby Sarr, Sédinté Diawara, Ibrahima Sox…Pour une première bulle d’essai, ces papys savent parfaitement qu’ils ne doivent point décevoir ce public venu les découvrir pour la première fois.

 —————–Par Babacar Baye Ndiaye

Ce n’est pas donné souvent à un artiste d’avoir sur les jambes trente ans de carrière musicale. Eux, ils ont franchi ce seuil très difficile à accéder. Et c’est avec beaucoup de fierté que ces messieurs-là assument qu’on les surnomme «les papys» de la musique mauritanienne. «Vu notre âge, nous ne pouvons pas refuser. Cela ne nous dérange guère. C’est très beau. Mais en disant papys, il ne faudrait pas nous rejeter comme musiciens parce que nous avons été les pionniers de la musique mauritanienne. 30 ans de carrière musicale, ce n’est pas petit ! » dit Babi Sarr, manager et simultanément chanteur-guitariste du groupe Dental. 

Les premières notes de Babi Sarr remontent en 1976 à Nouadhibou. Par la même année, il découvre le plaisir de jouer la musique. En 1978, il joue avec le «Tiris-Zemmour», un orchestre de Zouérate. Comme un oisillon devenu oiseau, il vole de ses propres ailes et forme, en 1987, son propre groupe «Le Phare» qui s’éteignit malheureusement pour lui avec les événements de 1989. Ce fut l’esquisse de la traversée du désert. Il part au Sénégal, contraint, malgré lui. Et le revoilà, en 2005, de retour à son pays natal. Il remonnaie son expérience à «Darolgal Fulbé», à «Khoumaro» et à «Golé Diré» de Coumba Salah. En 2006, il recrée un groupe «Dental» autrement dit l’union, la réunion des cultures mauritaniennes. Toute une connotation qui résume succinctement son combat pour la fraternité et le brassage culturel. La création de ce groupe vient ainsi donc récompenser des années de sacrifices, d’efforts et de travail. 

Même si Babi Sarr et sa bande sont devenus, naturellement, les papys de la musique mauritanienne, on peut voir en eux l’incarnation et la représentation d’une époque musicale. Babi Sarr exhale une nature modeste avec un zeste de timidité qui lui est presque inséparable. C’est un monsieur aussi qui, malgré les épreuves et les vicissitudes de la vie, a su préserver et jalousement les liens d’amitié. La preuve, depuis 1990, il chemine avec Sédinté Diawara, son soliste. Une complicité hors pair ! D’ailleurs, ils sont toujours ensemble. «Nous nous étions  promis de jouer ensemble, de créer notre propre groupe, souligne Babi Sarr. Nous avons pu concrétiser cela. Au début, chacun de nous jouait séparément dans des groupes différents. Quand nous avons vu que cela n’allait pas bien dans ces groupes-là, nous avons décidé de se retrouver en tant que musiciens pour former notre groupe (Dental, ndlr)». 

De profession enseignante depuis 1979, la musique semble faire partie de la vie de Babi Sarr, de son instinct et il nourrit une inlassable passion pour ce qu’il fait voilà depuis plus de 30 ans et c’est avec beaucoup de fierté qu’il le dit. «Je fais ce que j’aime, assure-t-il, et je n’attends rien de la musique. Je suis enseignant pour assurer la survie de ma famille. Je ne suis pas issu de famille de musiciens. La musique c’est quelque chose que j’aie aimée avec le temps. » Les rappeurs l’éblouissent. «Ce que les gens murmurent bas, eux, ils le disent haut et fort. Ils transmettent les messages là où il faut ». 

Et pour lui, la musique mauritanienne a tous les avantages pour être appréciée partout à travers le monde, reste maintenant à l’exploiter pour vendre cette musique. «Un moment, il y a eu une ruée sur l’Inde pour la recherche et l’inspiration. C’est parce que les gens n’avaient pas compris notre richesse musicale. S’ils l’avaient compris, ils se seraient rués sur la Mauritanie pour exploiter et valoriser notre musique». 

«La musique maure, dit-il pour corroborer ses assertions,  compte 7 voix musicales différentes qu’on retrouve dans toutes les autres musiques du monde. La musique poular qui a, elle aussi, ses propres voix. La  musique Soninké riche en rythmes et en air de même que la musique wolof riche elle aussi en rythmes». 

Ainsi donc, aux yeux de Babi Sarr, ce qui manque, ce sont les infrastructures telles que les écoles. «Pour faire de la musique, soutient-il, il faut savoir la lire, l’écrire. Nous n’avons pas un observatoire. Nous, les musiciens, nous sommes tous des autodidactes. Nous n’avons pas d’écoles pour y être formés. Pour véhiculer une musique, il faut l’apprendre. Le patrimoine est là, riche et varié. Mais… » 

Combinant savamment une musique où tout le monde peut se retrouver, Dental allie avec dextérité musique moderne et musique traditionnelle en partant de la musique traditionnelle pour lui donner une couleur moderne. «Une musique ne vieillit pas, confie-t-il. Si elle vieillissait, qu’est-ce qu’on allait trouver. Maintenant, quelle est l’appréciation et la réaction des gens par rapport à cette musique (Dental, ndlr). » 

Babi Sarr est favorable à une musique mauritanienne multicolore et représentative de toutes les couches sociales. «Où est le musicien qui véhicule aujourd’hui la musique mauritanienne dans toutes ses couches sociales, s’interroge-t-il. Chacun de nos musiciens représente une seule composante et celle-ci ne représente pas la Mauritanie. Il aurait été mieux d’avoir une musique dans laquelle on entendrait toutes les musiques. A défaut de cela, que chaque musicien essaie au moins de faire entendre les autres couches. » Il cite comme exemple, Hadrami Ould Meidah. «Il a eu un grand succès au niveau de tout le monde parce que lorsqu’il chantait, on entendait toutes les couches sociales, toutes les langues et cela plaisait parce que chacun se sentait dans sa musique. » 

Son concert qui a été bien accueilli lui a donné davantage de motivation et de courage pour continuer dans ce qu’il aime : faire plaisir et se faire plaisir

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