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( 11 novembre, 2007 )

Diddal Jalaal

 

 La musique au service de la société et du développement 

 

En même temps qu’elle est universelle, la musique a toujours été le support central d’une société, d’une communauté, d’une ethnie et d’une langue. Ainsi naquit Diddal Jalaal. Et aujourd’hui, depuis quelques années, ce groupe est devenu, sans pour autant sortir un album, populaire, sollicité et surtout apprécié. Avec un style assez particulier et original –l’afronomade-, ce groupe a su se faire une place dans le panthéon musical mauritanien. 

 

Qui n’a pas vu sur le petit écran ni entendu à la radio Diddal Jalaal ? Ce groupe, après dix ans d’existence, est devenu de manière évidente le symbole d’un pays, le porte-étendard de la musique nomade mauritanienne à l’extérieur. Et pourtant, lorsque les initiateurs de ce groupe folklorique décidaient de se lancer dans une carrière musicale, ils n’y croyaient presque pas. Aujourd’hui, ce groupe n’en finit pas de voyager partout, en France, dans la sous-région et à l’intérieur du pays. D’ailleurs, ils viennent d’une tournée à l’intérieur du pays dans l’Assaba et le Guidimakha, leur terroir, dans le cadre d’une sensibilisation sur le sida, la protection de l’environnement et la scolarisation des filles.

En effet, depuis 1996, début de l’aventure, Diddal Jalaal a évolué voire beaucoup évolué avec le temps et dans le temps. Les blancs-becs que furent les membres du groupe ont beaucoup appris, capitalisé une expérience fantastique à l’occasion de leurs voyages et de leurs rencontres avec d’autres musiciens. Leur privilège, c’est de partager leur musique, qui est très large, avec beaucoup d’autres peuples et  de pays. «Le style que nous jouons, explique Bâ Djibril Ngawa, manager du groupe, c’est de l’afronomade. C’est un genre musical qu’on retrouve dans beaucoup de peuples de culture nomade. Il est composé de sonorités puisées dans de vastes espaces entre l’océan et la mer rouge».

Diddal Jalaal, c’est comme aussi dans une petite république. C’est-à-dire que nul n’est au dessus des lois. Tout est bien organisé et géré. «Gérer un groupe, ce n’est pas facile. Nous avons des lois très strictes. Chacun de nous est obligé de les respecter sinon, il est exclu» martèle le manager dans un ton sérieux. Même s’il est indispensable, lui demandai-je ? «Personne n’est indispensable, signale-t-il. Même moi ! Sans discipline, on ne peut pas faire quelque chose. Avec la musique, on doit être sérieux et responsable». Paroles de manager !

Aujourd’hui, les membres de Diddal Jalaal ont bien compris que la musique c’est une grande responsabilité, une affaire de professionnalisme qui exige beaucoup d’effort et de travail. Que ce n’est pas seulement jouer et faire du plaisir ! C’est plus profond que cela. Bien connu en Mauritanie, ce groupe veut se lancer maintenant dans une carrière internationale avec comme seule optique la valorisation de la culture nomade mauritanienne. «Si un musicien veut vraiment se lancer dans une carrière internationale, il doit vraiment collaborer avec des professionnels qui connaissent bien le milieu et qui ont déjà fait le chemin» pense Bâ Djibril Ngawa. Ce qui est déjà fait pour eux puisqu’ils ont déjà collaboré avec des calibres de la musique africaine comme le malien Balla Sissako et fait beaucoup de résidences c’est-à-dire des ateliers de création notamment en France.

A Diddal Jalaal, il n y a pas que chanter et danser. Ici, la musique est avant tout au service de la société et du développement. «On n’est pas dans la musique pour faire de l’ambiance. Il faut que les sociétés africaines prennent conscience que la musique est un média puissant qui peut rapprocher les gens et servir aussi au développement». Prenant ainsi le contre-pied de ceux qui font les éloges, le manager du groupe Diddal Jalaal pense que le griotisme monopolise beaucoup la musique mauritanienne. C’est pour cela, pense-t-il, que cette musique est en stagnation. Et pour se défaire de cette chaîne, il faut professionnaliser la musique pour qu’elle puisse participer durablement au développement du pays.  «On ne peut pas faire de la musique sans avoir un bagage intellectuel. On ne peut pas faire carrière sur le plan international sans développer et élargir ses connaissances musicales. Il faut nous comparer aux autres pays de la sous-région ou du Maghreb, c’est très différend. Notre musique, si on veut la développer, les intellectuels et les professionnels doivent s’impliquer».

Profondément attachés à leurs origines, les membres de Diddal Jalaal emportent toujours avec eux, dans leurs bagages, des instruments traditionnels (baylol, gnagnérou, mbagou, hordé, kérona) très rares qui font le charme de leur musique et lui donnent un rythme et une tonalité authentiquement nomades. Un style propre ! Parce qu’ «on ne peut pas convaincre les autres avec ce qu’ils ont déjà. C’est avec ce que nous avons» dixit le manager du groupe. Diddal Jalaal, c’est aussi une association reconnue par l’Etat mauritanien puisqu’un récipissé de reconnaissance leur a été délivré. Ici, c’est la vocation, le don et le talent qui sont recherchés et un groupe à leurs yeux, c’est d’abord un encadrement professionnel. A Diddal Jalaal, on croit dur comme béton que la musique doit être au service d’une cause. «Il y a beaucoup d’analphabètes dans la société mauritanienne. A travers la musique, un message de sensibilisation passe très rapidement et on peut mobiliser les gens facilement  en jouant de la musique».

Comprenant parfaitement que la carrière musicale est une aventure parfois très «ambiguë», Bâ Djibril Ngawa, manager du groupe, avoue, malgré la popularité dont sa formation musicale bénéficie à travers le pays, n’être pas encore satisfait puisqu’il reste beaucoup de choses, à son avis, à faire notamment  pour un groupe qui veut se lancer dans une carrière internationale. Contrairement à leur début où ils ne comprenaient pas grande chose de la musique, les membres de Diddal Jalaal sont entrés maintenant dans la phase des «choses sérieuses».

Comme l’appétit vient en mangeant, ils ne veulent surtout pas brûler les étapes. «Il faut mûrir les choses et les préparer très bien» conclut le manager du groupe.

 

Babacar Baye NDiaye 

ducdejoal@yahoo.fr

Le rénovateur Quotidien 

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