( 15 novembre, 2007 )

Dany Doriz

 

 «Le jazz n’est pas en décalage !» 

 

Marié et père de trois enfants, Dany Doriz a sorti à son actif 25 albums dont le plus célèbre restera sans doute «My Favorites Vibes». Sa passion pour le jazz n’est plus à démontrer. Depuis plus d’un demi-siècle, il bourlingue à travers le monde entre l’Europe, l’Afrique et les Etats-Unis. La semaine dernière, il était de passage à Nouakchott. Le Rénovateur Quotidien en a profité pour lui poser quelques questions relatives à la musique jazz. 

 

Le Rénovateur : Le jazz n’est plus ce qu’il était. N’avez-vous pas peur qu’il disparaisse un jour face à la montée en puissance d’autres tendances musicales plus écoutées ? 

Dany Doriz : Au contraire ! Je suis un grand défenseur du jazz swing, de la musique swing et du jazz festif. La musique que nous avons joué ce soir (8 novembre dernier, ndlr), c’est ce que j’appelle «le swing music» qui plaît à tout le monde même aux gens qui ne sont pas de grands amateurs de jazz (…). Je m’occupe beaucoup de festival en Europe. J’organise la programmation et partout, ça marche très bien parce que j’élimine à tort ou à raison tout ce qui n’est pas vraiment du jazz. Toutes les musiques ont droit d’exister mais elles ne devraient pas toutes s’appeler jazz rock, jazz union ou free jazz. Pour moi, le jazz c’est une musique qui doit swinguer, swinguer et être festif. 

 

 Le Rénovateur : En tant qu’artiste, vous voyagez beaucoup. Votre carrière musicale ne vous prive-t-elle pas votre vie familiale ? 

Dany Doriz : Pas du tout ! La vie familiale, pour moi, c’est très important. Quand je suis chez moi, je travaille beaucoup. Je récupère du temps sur le plan familial. 

 

Le Rénovateur : Tous les jazzmen, enfin presque, aiment les femmes. Est-ce votre cas ? 

Dany Doriz : Eh ! bien, j’aime garder une jolie femme. Bien sûr, j’aime garder une jolie femme. J’aime les femmes surtout quand elles sont belles. Je préfère la belle musique et je préfère les jolies femmes plutôt que les moches musiques et les femmes qui ne sont pas belles. 

 

Le Rénovateur : C’est très rare de voir un jazzman surtout présentement qui ne fait pas de reprises. Est-ce que cela veut dire que les jazzmen actuels sont en manque d’inspiration ? 

Dany Doriz : On reprend bien sûr les thèmes qui ont été rendus célèbres par de grands musiciens tels que Lionel Humton, Louis Amstrong, Eroll Garner mais aussi on joue des thèmes que l’on compose, toujours dans l’idée du «swing music». (…) Les créateurs du jazz sont tous morts. Il y a une nouvelle génération de musiciens aussi bien en Europe, en Afrique et aux Etats Unis qui joue de la bonne musique de jazz presque aussi bien que les créateurs. 

 

Le Rénovateur : On a l’impression aussi que le jazz actuellement est en décalage par rapport aux autres styles musicaux. Comment pouvez-vous expliquer cela ? 

Dany Doriz : Non, je pense que le jazz n’est pas en décalage ! Ce sont les médias qui sont en décalage. Il n y a plus de mélodie, de ligne harmonique alors que le public, lui, est très réceptif. Ce sont les médias qui ne sont pas dans le coup. 

 

Le Rénovateur : Tous les jazzmen ont leurs maîtres. Quels sont, vous, vos maîtres ? 

Dany Doriz : C’est le premier vibraphoniste au monde. Lionel Humton. J’ai été son ami pendant 30 ans. J’allais souvent chez lui aux Etats Unis. J’ai fait des tournées avec lui. C’est mon maître. Quand j’étais jeune, c’était mon idole. 

 

Le Rénovateur : Avez-vous déjà eu l’occasion de venir en Mauritanie ? 

Dany Doriz : C’est la première fois et j’en suis très ravi. Ça vit et bouge beaucoup. Je crois que c’est un pays d’avenir où c’est sûr plus ça va aller,  plus les gens vont aimer le jazz. 

 

Le Rénovateur : Aujourd’hui, le jazz est peu écouté à travers le monde. Croyez-vous qu’il reprendra ses lettres de noblesse ? 

Dany Doriz : Je crois que les choses sont sur la bonne voie surtout que les musiciens vont continuer à persévérer pour créer de belles mélodies, à swinguer. 

 

Le Rénovateur : Dans ce cas, que faudra-t-il faire pour que le jazz connaisse un nouveau souffle, une nouvelle résurgence ? 

Dany Doriz : Je crois qu’il faudrait en envoyant de temps en temps à la télévision. Les musiciens statistiques, qui jouent tout seul des morceaux, sans mélodie et sans ligne harmonique, vont être éliminés. 

 

Le Rénovateur : Vous est-il déjà arrivé de vouloir abandonné le jazz et tenter une autre expérience ? 

Dany Doriz : Jamais ! J’ai toujours fait de la musique. Dès l’âge de 3 ans, je faisais de la musique classique, du piano et du saxophone. J’ai commencé le jazz à 16 ans. Cela fait plus de 40 ans maintenant que je suis dans la musique. Je n’ai jamais eu une seule seconde envie d’arrêter. 

 

Le Rénovateur : Lorsque vous voyez que dans les écoles de musique, il y a très peu de jeunes qui s’intéressent au jazz, qu’est-ce que cela vous fait ? 

Dany Doriz : Parce qu’on ne sait pas leur expliquer ce que c’est la vraie musique de jazz. 

 

Le Rénovateur : N’est-il pas urgent de revenir aux sources authentiques du jazz, de le redéfinir voire même de le moderniser ? 

Dany Doriz : Le jazz, c’est une musique moderne puisqu’on dit maintenant que c’est la musique classique du 20ème siècle. Donc, c’est une musique très récente. On ne peut pas dire non plus qu’elle est ringarde. Au contraire, elle est complètement à la mode. Toutes les musiques d’aujourd’hui, même le Rap, viennent du jazz parce que quelque part, les rappeurs swinguent. La base du swing c’est le jazz. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 Le Rénovateur Quotidien

Pas de commentaires à “ Dany Doriz ” »

Fil RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

|