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( 29 décembre, 2007 )

Mokhis, Président de l’Union des Artistes Peintres de Mauritanie (UAPM)

« Actuellement, les gens peuvent s’exprimer comme ils veulent. A l’époque, c’était très difficile» 

Mokhis, ce bout de bois de Dieu plein de talent, n’est plus à présenter dans le milieu culturel mauritanien. Admiré et respecté par tous notamment la nouvelle génération, pour son engagement et sa disponibilité dans les causes culturelles, un des pionniers parmi tant d’autres de la peinture contemporaine mauritanienne, il incarne sans orgueil une époque, celle du «seul contre tous». Dans l’interview suivante qu’il nous a accordée et réalisée dans son atelier de création à la Maison des Artistes sise Tévragh-Zéina, il revient sur l’UAPM dont il est redevenu le nouveau patron, sur ses débuts dans la peinture et les arts plastiques, entre autres.   

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes redevenu le nouveau patron de l’UAPM. Pourquoi ce retour à la tête de cette association? 

J’avais pris les rênes de cette association, il y a de cela 4 ans. J’ai fait connaître les artistes peintres mauritaniens à travers beaucoup de pays de la sous-région. Vous savez, pour la transparence, il faut qu’il y ait un mandat alors que le mien pendant qu’il expirait, il n y avait toujours pas de candidat. Finalement, on a eu des candidats qui se sont présentés. Il y a eu un premier président qui n’a pas pu finir son mandat faute de disponibilité pour pouvoir véritablement se consacrer à l’association. On a organisé une nouvelle assemblée générale à l’issue de laquelle deux anciens artistes furent optés  pour diriger l’association. Lorsqu’ils furent élus, les gens s’attendaient à ce qu’ils fassent mieux que moi et mon prédécesseur. 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce qui a véritablement motivé votre retour? 

C’est parce qu’il y a eu une carence. On ne sentait plus l’événement. Il n y avait plus de choses qui se font et puis au niveau même de l’association, de la maison, disons presque, les artistes étaient dehors quoi ! Chaque fin de mois, le propriétaire de la maison venait nous menacer régulièrement de fermer la maison. Il a fallu donc que je revienne en prenant les rênes de l’association pour essayer de changer les choses. 

Le Rénovateur Quotidien : Derrière votre nom se cache un grand artiste dont le talent est reconnu par tout le monde. Cette passion pour les arts plastiques et la peinture,  comment est-elle  née en vous? 

Ça a commencé depuis tout petit. Quand j’étais à l’école primaire, je m’intéressais aux bandes dessinées. J’ai commencé à reproduire les affiches de cinéma que je revendais. Des gens m’encourageaient et des personnes plus âgées que moi me disaient : «ce que tu es en train de faire, c’est plutard que tu vas le connaître. D’ailleurs, tu peux même en faire un métier». A cette époque, je ne pouvais pas savoir ce que c’était vraiment ! En 1975, j’ai reçu la visite d’un canadien, Denis Ride, un professeur d’arts plastiques,  de français, d’anglais et de yoga, qui avait entendu parler de moi. J’étais à Rosso et il y est venu me voir. J’étais surpris de le voir. Il a insisté pour que je parte avec lui à Nouakchott. C’est en ce moment là, que l’aventure de Mokhis a débuté, que j’ai commencé à m’initier à la peinture. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes parmi sinon l’un des premiers artistes peintres mauritaniens? 

C’est vrai ! Mais avant moi, il y avait feu Wane Bocar qui était un grand artiste, un doyen. Je suis de l’époque des Hane Mamadou, Abba Souleymane et Issa Baal. En 1979, on a créé la première exposition d’arts plastiques intitulée «Démarrage de la peinture contemporaine en Mauritanie». 

Le Rénovateur Quotidien : Certainement, vous serez à l’aise pour nous dire comment se porte la peinture en Mauritanie, par rapport à 10, 20 ans en arrière? 

Actuellement, les gens peuvent s’exprimer comme ils veulent. A l’époque, c’était très difficile. Je dirai plutôt qu’à cette époque, nous étions les pionniers, donc, c’était en quelque sorte «seul contre tous» c’est à dire seul contre tous les tabous et surtout de faire comprendre aux gens que ces productions ne sont pas vraiment interdites. Lorsqu’on dessine quelqu’un, on le dessine sur papier, il n y a pas d’ombre et s’il en existait, à l’époque, au temps du prophète Mohamed (PSL), on disait que les gens faisaient des statuettes à usage d’idolâtrie. En ce moment, c’est devenu quelque chose de beau. C’est de l’ornement. Celui qui crée une statuette sait très bien qu’elle n’a pas de pouvoir. S’il croit en Dieu, il saura que c’est la création d’une main humaine. 

Le Rénovateur Quotidien : Les artistes peintres mauritaniens sont à l’image des eaux d’un fleuve. On ne les entend pas. On leur reproche leur manque de cohésion. D’ailleurs, c’est ce qui a poussé Sidi Yahya à rendre le tablier? 

Effectivement ! Au niveau même des artistes, il n y a pas de confiance. Ils n’ont pas confiance en ceux qui les dirigent et ceux qui sont plus anciens qu’eux. Donc, c’est pourquoi, il y a toujours ces lacunes qui créent des problèmes au sein de l’association et qui font aussi que beaucoup de présidents, en cours de route, sont découragés et préfèrent abandonner. 

Le Rénovateur Quotidien : A votre avis, y a-t-il assez de programmation culturelle pour promouvoir certains secteurs d’activités culturelles comme celles de la peinture et des arts plastiques? 

Bien sûr ! Par exemple, notre nouveau bureau qui vient d’être élu et dont je suis le Président est un bureau très dynamique composé de gens choisis sur des critères précis. Aminétou Sow qui est notre secrétaire, par exemple, pour son honnêteté et son travail, est une femme qui peut contribuer vraiment pour notre bureau. On a pris comme secrétaire général, Omar Lerajel, un ancien et l’un des artistes qui a eu l’idée d’exposer au CCF avec un très grand sponsor de 3 millions d’UM. C’est des gens qui ont de l’expérience et qui peuvent faire bouger les choses. On a beaucoup de programme pour l’année 2007-2008. Par exemple, on organisera dans trois mois, une rencontre intitulée «Rencontre des artistes du Sahel» qui va aboutir plutard au Festival des Arts en Mauritanie. 

Le Rénovateur Quotidien : Les arts plastiques et la peinture sont très peu connus des mauritaniens. Que faut-il faire pour véhiculer l’image de ce secteur? 

Je dirai plutôt qu’il y a quelques années, ce n’était pas bien connu. Nous n’avions que des étrangers qui achetaient nos œuvres. Les mauritaniens participent à toutes les manifestations que nous organisons parfois. Chaque année, nous sommes conviés à l’exposition sur la fête de l’Europe. Beaucoup de gens nous ont côtoyés et en ont conclu qu’il faut encourager ce secteur culturel. 

Le Rénovateur Quotidien : L’UAPM que vous dirigez participe-t-il actuellement au discours de réconciliation nationale comme à l’image des chanteurs qui vont bientôt sortir un album national sur l’unité nationale? 

Mais bien sûr ! Les artistes peintres sont là pour l’unité nationale ou la réconciliation nationale. D’ailleurs, personnellement, l’exposition que je suis en train de préparer, c’est une exposition qui va se faire d’ici peu au Musée National et sera intitulé «Regards sur le passé». Une exposition sur des personnages qui ont marqué l’histoire de la Mauritanie et à qui il faut rendre hommage. C’est donc toutes les couches, les ethnies de la Mauritanie qui ont contribué à la création de ce pays qui seront représentés. 

Le Rénovateur Quotidien : On peut s’attendre donc à voir, puisque vous êtes devenu le nouveau patron de l’UAPM, un jour que tous les artistes peintres mauritaniens apportent leur effort et leur contribution à travers une gigantesque œuvre picturale à l’élan de réconciliation nationale? 

On avait pensé à ça. Nous avions  pensé faire une très grande fresque picturale sur ce thème, l’unité nationale mais faute de moyens jusqu’ici, nous demandons  toujours aux gens de nous appuyer et nous sommes prêts à aller voir la Communauté Urbaine de Nouakchott si elle peut nous offrir une façade dans la ville où nous pourrons vraiment se défiler et montrer aussi que les artistes peintres contribuent à cette unité nationale. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’il est facile de gérer une équipe comme celle que vous coachez? 

C’est très difficile de gérer les artistes. Mais on fait quand même ce qu’on peut. J’ai été au Mali pour assister au festival de Ségou, au Marché National de l’Art et à l’inauguration du mémorial de Modibo Kéita. J’y ai rencontré des artistes venus de la sous-région. Je dirai plutôt que nous avons franchi un grand pas en avant. 

Le Rénovateur Quotidien : Si vous êtes revenu à la tête de l’UAPM. Est-ce à dire que vous êtes animé d’une ferme volonté de changer les choses ? 

Mais bien sûr ! C’est pourquoi, nous avons pris cette équipe de choc pour essayer uniquement de refaire, de mieux faire marcher cette association. 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce qui manque aux artistes peintres mauritaniens ? 

C’est d’être pris en charge par l’Etat. Tout ce qui leur pose comme problème pour le moment, c’est leur quotidien. C’est des gens qui sont bloqués. On sent vraiment qu’il y a quelque chose qui les empêche de se défouler. Tant qu’ils ont ce problème, au niveau de leur famille, ils ne pourront pas s’épanouir. Si ce coté est arrangé, s’ils sont pris en charge, comme le faisait Léopold Sédar Senghor (ancien Président du Sénégal de 1960 à 1980, ndlr). Ils étaient logés et nourris. Ils avaient un petit salaire symbolique qui leur permettait, en temps creux, de pouvoir régler leurs problèmes. 

Le Rénovateur Quotidien : Si vous aviez un message à faire, une critique à faire, ce serait quoi en tant qu’artiste peintre? 

Ce serait plutôt encourager les gens à amener leurs enfants à faire de la peinture et qu’il y a une association qui est prête à recevoir tous les gens et à donner un coup de main à tout celui qui veut s’initier à la peinture et aux arts plastiques. 

Le Rénovateur Quotidien : Et une critique à faire? 

Je n’ai pas de critique ! 

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous de la création du prix littéraire pour les arts plastiques et la peinture? 

Vous savez, c’est une première expérience de la part des autorités du ministère de la culture. On ne peut pas leur en vouloir pour ce qu’ils ont fait. C’était une petite erreur qui n’est pas aussi grave. Cela les a servis de leçon et d’expérience pour que, plutard, ils puissent nous mettre au courant, dans le bain, pour tout ce qui doit se faire en ce qui concerne les prix. 

Le Rénovateur Quotidien : Votre ministère de tutelle participe-t-il réellement à la promotion des arts plastiques et la peinture, à la valorisation du patrimoine national? 

Je dirai plutôt que le nouveau ministre qui est venu est quand même un peu plus sensible aux problèmes des artistes parce qu’il nous a demandés à nous rencontrer à deux reprises. La preuve, le ministère a dégagé une somme d’argent pour payer les arriérés de loyer de notre maison. Tout cela prouve vraiment que le ministère est en train de se pencher sur les problèmes associatifs des artistes surtout plasticiens. 

 

Interview réalisée par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

  

  

( 27 décembre, 2007 )

Le cadeau de fin d’année offert par Sidi à Ely

Ely Mohamed Vall, Chef d’Etat Major Adjoint de l’Armée ! C’est la nomination, sauf par miracle, même si on rêvait debout, à laquelle personne ne s’attendait en cette période de fin d’année 2007. Cette nomination, en réalité, est tombée à un moment trépidant marqué par des soubresauts sans précédent et assez inquiétants. Pendant, la nomination de Ely Mohamed Vall faite par décret présidentiel, tombeur de Maouiya et ancien Chef d’Etat, on apprend tristement que quatre soldats mauritaniens sont tués à El Ghalaoui sur les frontières mauritano algériennes. Au vu de tout cela, on est tenté de s’interroger, de se demander le pourquoi et l’utilité de cette nomination de Ely Mohamed Vall au poste de Chef d’Etat Major Adjoint de notre Armée Nationale, lui qui avait soutenu à la veille des élections présidentielles sur les ondes de Radio France Internationale(RFI), qu’il ne serait pas tenté par une autre fonction officielle par respect à la fonction de Président de la République qu’il a déjà occupé pendant plus de 19 moins à la tête du pays. Pourquoi ce retournement de situation, ce changement de veste de la part de Ely Mohamed Vall ? Non seulement, cette nomination est tombée comme un coup de marteau sur nos tronches mais elle va créer des remous à coup sur dans l’esprit des mauritaniens qui ne sont point habitués à de pareilles situations incompréhensibles mais surtout provoquer et susciter d’interminables étonnements et interrogations. Certes, cette nomination est stratégique et factuelle vu la période assez dramatique qu’est en train de vivre la Mauritanie sur le plan intérieur en matière de sécurité consécutif à l’assassinat odieux de quatre touristes français aux encablures de la ville d’Aleg. Toutefois, à travers cette nomination, on peut y voir une volonté manifeste de la part des autorités de mettre sur le tablier des velléités politiques et nationales et cela pourrait s’apparenter- ce qui serait dommage et regrettable pour notre démocratie et notre gouvernement- à un fiasco voire même un aveu d’incompétence et d’incapacité des nouvelles autorités de pouvoir sortir de l’impasse actuelle, du gouffre et du trou, de pouvoir faire face à ces bandes de malfrats et d’assassinats qui ont investi le territoire national pour y semer la terreur et la peur. Cette nomination constitue en effet le meilleur cadeau de fin d’année que pouvait offrir gentiment et amicalement Sidi à Ely. Elle consacre ainsi donc le retour de Ely dans l’escarcelle du pouvoir politique et militaire ce que craignait bon nombre de sceptiques qui avaient «prédit» ce retour.

 

Babacar Baye Ndiaye

( 25 décembre, 2007 )

Grand Marché de Noël: Le Rendez-vous des artisans mauritaniens

Le Grand Marché de Noël ou le Rendez-vous des artisans mauritaniens : c’est presque devenu une tradition respectée et attendue par tous les amateurs de belles créations. En effet, chaque année, plus précisément, au mois de décembre, le Centre Culturel français de Nouakchott organise des expositions artisanales, une occasion pour les artisans mauritaniens de dévoiler tout leur talent et leur savoir-faire dans divers secteurs d’activités.

Le Grand Marché de Noël n’est pas à raconter mais à découvrir. Des créations ludiques à voir et qui vous donnent inéluctablement l’envie naturelle de les caresser ou de se les approprier ! Des objets qui arborent une douceur insondable ! Il est très difficile de résister à la magnificence de ces milliers de créations artistiques et artisanales qui vous regardent sans bouger. Principalement, l’œuvre de femmes. Ici, tout est made in Mauritanie. De la sculpture sur bois ou en bronze aux masques et instruments de musique en passant par la maroquinerie, le tissage et la bijouterie, le visiteur ou l’acheteur aura sans doute l’embarras du choix devant ces belles créations.

Même si, ce Grand Marché n’est pas encore trop bien connu du public mauritanien qui n’est pas friand d’objets artisanaux, il demeure néanmoins une vitrine pour les acteurs de l’artisanat mauritanien. Au-delà de son caractère purement lucratif, artistique et promotionnel, le Grand Marché de Noël, c’est avant tout un moment de rencontre, de découverte mais surtout d’échanges d’idées.

«Ce Grand Marché m’a vraiment fait beaucoup de plaisir, m’a permis de venir exposer au centre culturel français et de découvrir de nouvelles et de jolies choses mais surtout de faire de nouvelles connaissances » témoigne Penda Sylla qui représente la boutique Sinaa et qui est à sa première exposition. «Je n’ai jamais trop aimé l’artisanat, ajoute-t-elle, mais depuis que je travaille dans ce milieu, j’admire et je commence à aimer».

Le Grand Marché de Noël a la particularité d’accueillir chaque année des artisans d’origine étrangère mais vivant sur le territoire mauritanien en y exerçant la profession d’artisan. C’est le cas de Adama Bogano qui en est à sa deuxième exposition et vend des bagues, des colliers et des boucles d’oreille en argent.

Au début, en effet, ce Grand Marché de Noël n’était pas du tout un Grand Marché pour devenir en laps de temps un rendez-vous de l’artisanat mauritanien. Au fil des années, ce rendez-vous s’est quasi transformé en foire et est devenu une attraction, un rendez-vous à ne pas manquer pour les inconditionnels des belles créations.

Alassane Sy, plus connu sous le sobriquet de Amadou Bodjel, témoigne, lui qui a été parmi les premiers artisans mauritaniens à participer à cette exposition. L’artisanat, il l’a dans le sang et les veines. «L’artisanat, certes, est un métier mais c’est avant tout, une tradition, une culture chez certaines ethnies comme chez nous, les halpoular, une culture que nous pratiquons avec fierté depuis des millénaires. Je suis né dans l’artisanat. Je l’ai hérité de mes parents qui l’ont hérité à leur tour de leurs parents. C’est un art qui se transmet de génération en génération ».

Pour ce vieux, qui ne se rappelle plus de quelle année, il est venu au monde, le secteur de l’artisanat mauritanien devrait être réorganisé puisque c’est un secteur, selon lui, qui fait vivre de nombreuses familles, un secteur générateur de revenus.

En matière de subvention artisanale, l’Etat traîne davantage les pieds. Pas de foire ou de rencontre artisanale pour sortir ce secteur de l’ornière. Le Grand Marché, ce n’est pas uniquement l’affaire des coopératives qui ont envahi ce secteur. C’est aussi, celle des bonnes volontés. Ginette Sahuc, une française vivant en Mauritanie depuis plus de 50 ans, en est la parfaite illustration.

Partagée entre sa «boutique partage » qui se trouve au Ksar et le centre culturel en cette période, elle en est à sa 6ième année d’exposition. On peut dire qu’elle fait partie du cercle restreint des âmes généreuses, toujours prêtes à s’investir pour une cause sociale. «Je suis là pour les autres. Tout ce qui est là ne m’appartient pas. Cela appartient aux autres(les coopératives, les prisonnières, ndlr). Avec 50 ans en Mauritanie, on ne peut pas rester les bras croisés. »

«J’ai travaillé pendant 25 ans au Croissant Rouge Mauritanien, poursuit-elle, et j’ai continué à le faire toute seule, à aller toujours devant l’autre, mon prochain. C’est Dieu qui m’envoie vers les autres jusqu’à la fin de mes jours ».

La plupart des acheteurs, ce sont des étrangers, principalement des français. Très peu de mauritaniens accordent assez d’importance à notre artisanat local. «Ils viennent pour regarder sans acheter », confie Awa Ndiaye représentant la coopérative «Soumpou ».

A son coté, Léila Sy. Elle excelle dans la teinture depuis plus de 18 ans. Grâce à l’artisanat, elle a pu voyager dans certains pays, y nouer des contacts et surtout recevoir de temps en temps des commandes de l’extérieur. Comme quoi, l’artisanat peut bien nourrir son homme.

Le Grand Marché de Noël rapporte beaucoup de choses à l’artisanat mauritanien. Certains participants ont souhaité voir d’autres rendez-vous de ce genre afin de permettre à l’artisanat mauritanien de se développer en créant des liens d’échanges entre les autres pays. En termes de vente, les chiffres différent des uns et des autres et chaque exposant y trouve son compte.

Une chose est sure et certaine : ce n’est pas l’imagination, le talent ou le savoir-faire qui manquent à nos artisans. Ce qui manque, ce sont les moyens qui font cruellement défaut ou ne suivent pas à cause d’une véritable politique artisanale sérieuse.

Babacar Baye Ndiaye

 

( 24 décembre, 2007 )

Moctar Ould Mohamed, Secrétaire Exécutif du SNEP

 

 «L’école publique mauritanienne est devenue un centre d’ignorance et de crime» 

 

«L’école publique mauritanienne est devenue un centre d’ignorance et de crime». C’est en ces termes pessimistes que le Secrétaire Exécutif du Syndicat National de l’Education Publique(SNEP), Moctar Ould Mohamed, a qualifié l’enseignement public mauritanien, lundi dernier, au cours d’un atelier de planification Thompson(Mauritanie-Guinée) ouvert aux syndicats de l’Enseignement fondamental et secondaire.

 

Moctar O/ Mohamed n’y est pas allé par quatre chemins pour dire sans détours ce qu’il pense du système éducatif mauritanien. «Le secteur de l’enseignement fondamental et secondaire vit une situation lamentable créée par le cumul des erreurs commises par l’ancien régime dont la politique improvisée en la matière a été soutenue par une (mafia) qui maîtrise tous les rouages du ministère de l’éducation nationale ». 

 

Pour le Secrétaire Exécutif du Syndicat National de l’Education Publique, ce lobby a transformé dangereusement le Ministère de l’Education Nationale  en un centre pervers qui ne peut être restauré, selon ses propres termes, qu’en chassant cette «mafia».

 

Pour corroborer ses assertions et dénoncer cette «mafia» qui semble faire la pluie et le beau temps dans cet important et stratégique Ministère, il cite comme exemples : les mouvements, la promotion, les allocations familiales, les concours et le diplôme du baccalauréat, le détournement des primes notamment les primes d’éloignement, de la correction et de la surveillance du concours à l’intérieur du pays qui sont systématiquement détournés aux dépens des bénéficiaires qui «passent la majeure partie des vacances dans les couloirs du Ministère à la recherche de cette prime et n’en trouvent souvent que très peu et après beaucoup d’effort».

 

A ce propos, Moctar Ould Mohamed a soutenu que «toutes les primes et tous les droits ne sont payés qu’après des négociations et ne sont versés qu’après des mois de retard afin d’obliger les ayants droits à accepter n’importe quoi ».

 

Pire encore, outre le retard dans le paiement des primes et la méthode peu orthodoxe qui accompagne le circuit financier du paiement des droits, la corruption et le favoritisme gangrènent  le système éducatif mauritanien. «Les budgets destinés à la formation continue et aux séminaires, rencarde Moctar Ould Mohamed, sont détournés, les résultats sont médiocres et l’encadrement mince, c’est pourquoi, les enseignants sont découragés et leur niveau est très bas. Il faut signaler le manque de transparence dans la promotion, le manque d’évaluation équitable et objectif.»

 

C’est pourquoi, face à une situation assez préoccupante, le Syndicat National de l’Education Publique demande et dans les meilleurs délais l’ouverture d’un dialogue sérieux et clair pour trouver très rapidement des solutions idoines aux problèmes chroniques qui minent le Système Educatif Mauritanien et le paralysent.

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

Infos source: Le Rénovateur Quotidien (Mauritanie)   

( 17 décembre, 2007 )

Abderrahmaani Aamadu Bah, lead vocal de Daarorgal Fulbe

 

 «Nous risquons d’être absorbés, envahis ou engloutis… » 

La semaine dernière, Daarorgal Fulbe était au Centre Culturel Français pour égailler les fidèles de la cafétéria. Superbement habillé de manière royale et ressemblant à un Almamy du Fouta, Abderrahmaani Aamadu Bah et son orchestre nous ont offert de la bonne musique qui nous a bercé et charrié pendant plus d’une heure. Une musique qui rappelle les nuits du Fouta au bord du fleuve Sénégal. Après une bonne prestation, nous lui avons posé quelques questions. 

Le Rénovateur Quotidien : C’est votre première fois d’être sur scène, qu’est-ce que cela vous fait ? 

Ce n’est pas ma première fois de monter sur scène. En effet, c’est ma troisième fois avec Daarorgal Fulbe. Avant cela, j’ai eu à jouer dans plusieurs villages du Fouta. En 1981, je suis venu m’installer à Nouakchott pour militer dans les associations de développement de la culture Poular. En 1989, avec les malheureux événements de 89, j’ai dû arrêter ma carrière de chanteur et de musicien. C’est à partir de 1991 que j’ai décidé de monter l’orchestre «Daarorgal Fulbe». 

Le Rénovateur Quotidien : Non seulement, vous êtes un orchestre mais aussi vous êtes une association. 

Nous sommes une association de développement. Certes, nous sommes avant tout un orchestre mais nous privilégions néanmoins tout ce qui concerne l’éveil des peuples et nous intervenons aussi dans diverses activités de développement. 

Le Rénovateur Quotidien : Que signifie ce sceptre que vous avez entre vos mains ? 

Ce bonnet que je porte s’appelle «cabral». Les marabouts ou les éleveurs l’ont toujours porté. Cela fait partie de notre habillement de même que ce sceptre que vous voyez là(il le montre). Ce sceptre a aussi une autre signification. La plupart des personnes âgées marchent avec pour leur servir d’appui. C’est aussi un symbole de sagesse et de royauté. 

Le Rénovateur Quotidien : Dans l’une de vos chansons sur scène tout à l’heure, vous exaltiez la bravoure des héros de la liberté. Est-ce à dire que vous êtes attaché à la liberté ? 

Nous sommes astreints toujours de chanter la liberté puisque nous naissons tous libres et égaux. Les héros de la liberté que nous chantons furent de grands héros qui se sont toujours battus pour la liberté et celle de leurs peuples. D’autres aussi se sont battus contre l’injustice, l’occupation coloniale. Et jusqu’à présent, nous continuons à nous battre pour acquérir nos droits et notre liberté. Tant que la personne n’est pas libre, elle ne peut pas s’épanouir et se sentir citoyen du monde à part entière. Ainsi donc, il est de notre rôle historique, en tant que leaders d’opinion, de rappeler aux jeunes générations et futures, les noms des grands héros de la liberté. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous jouez de la musique traditionnelle typiquement influencée des rythmes du Fouta. Cela veut-il dire que vous valorisez la culture Peule ? 

Je veux exhiber avant tout mon attachement à mon patrimoine culturel. Je veux aussi partager ce patrimoine avec d’autres. Il faut d’abord montrer aux autres sa richesse culturelle avant de se projeter dans les leurs. 

Le Rénovateur Quotidien : Vos chansons sont aussi purement traditionnelles. On n’y retrouve pas de percussions. Ce qui est rare dans les orchestres qui ont souvent tendance à utiliser ces instruments rythmiques ? 

Nous ne devons pas laisser en rade notre musique traditionnelle. Certes, on peut apporter de nouvelles touches par rapport aux sonorités sur cette musique. Notre priorité c’est de moderniser cette musique folklorique. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous existez depuis 1991. Mais jusqu’à présent, vous n’avez pas encore sorti un album. Qu’est-ce que vous attendez ? 

C’est vrai ! Mais cela peut se comprendre d’une certaine manière. Aujourd’hui, la façon dont la musique est faite ou jouée ne me convient pas. Moi, je suis pour une nouvelle conception de la musique traditionnelle. Cela veut dire qu’il faut revoir notre conception de faire de la musique. Avec l’expérience que j’ai pu acquérir à travers la musique, je pense que Daarorgal Fulbe est assez mûr pour sortir un album. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous ne faîtes pas uniquement chanter les grandes figures du Fouta mais aussi et surtout vous éveillez et conscientisez. C’est le cas dans votre chanson «grossesse non désirée ». 

Cela, chez nous les halpoular, est un épiphénomène. Quelque chose de nouveau dans nos mœurs et coutumes ! Actuellement, nous vivons dans un monde où les habitudes de vie ont été bouleversées notamment par la modernité. 

Le Rénovateur Quotidien : A votre avis, faut-il défendre la musique traditionnelle, la préserver pour qu’elle ne disparaisse pas un jour puisque très peu de gens la jouent maintenant ou l’écoutent ? 

Cela est une des raisons qui fait que je chante toujours. Je n’ai pas encore un successeur. Toutes ces filles que vous avez vu gigoter, ce sont mes enfants. Je veux quelqu’un qui peut assurer la relève au cas où je ne serais plus de ce monde afin de préserver cette musique traditionnelle que nous avons héritée de nos aïeux  depuis plusieurs siècles. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez chanté au passage Tijane Anne  que vous appelez l’or du peuple. 

Tijane Anne n’est plus à présenter. C’était quelqu’un qui a défendu la culture poular. Il était unique dans son genre. Il a pu éveiller les populations, les conscientiser sur leur rôle et leur devoir à observer ou à tenir. En tant que chanteur, je dois de me souvenir de lui en le chantant puisqu’il a fait durant sa vie de grandes choses pour l’émancipation de la culture poular. Il n’a aussi cessé de se préoccuper du devenir de son peuple et des peuples d’Afrique. 

Le Rénovateur Quotidien : A travers, l’une de vos chansons, vous demandez que nous réhabilitions  nos cultures et nos coutumes. Est-ce à dire qu’elles sont menacées ou en train de disparaître ce que vous craignez ? 

Nous subissions de plein fouet la mondialisation maintenant. On ne peut pas vivre en autarcie. Le monde est devenu aujourd’hui un village planétaire. C’est pour cela, si nous ne faisons pas attentions, nous risquons d’être absorbés, envahis ou engloutis par les autres en perdant nos cultures et nos coutumes. C’est la civilisation de l’universel, du donner et du recevoir. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous pensez qu’aujourd’hui, il n y a plus de héros. C’est pour cela que vous faites revivre leur histoire en chantant les grands héros du Fouta ? 

Les héros existent toujours. Cependant, ils ne sont plus nombreux comme auparavant. Les héros ne sont plus devenus ceux qui partent en guerre ou qui luttent contre l’occupation coloniale. De nos jours, les héros, on les retrouve dans d’autres champs d’action comme par exemple, dans le domaine du développement ou de l’éveil des peuples. 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

   

 

 

 

 

 

( 17 décembre, 2007 )

59ième anniversaire de la Déclaration des Droits de l’Homme

 

 

Tous contre l’impunité 

 

Tous les gros bonnets des Organisations de Défense des Droits de l’Homme et de la Société Civile que comptent la Mauritanie, enfin presque, s’étaient donnés rendez-vous à l’Ancienne Maison des Jeunes de Nouakchott pour célébrer le 59ième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948 sous le thème «combattre l’impunité». De même que toutes les Associations nées des événements malheureux de 1989 telles que le Collectif des Veuves, le Regroupement des Victimes des Evénements 89-91, du Collectif des Opérateurs Economiques Victimes des Evénements de 89 en RIM, la Coordination des Victimes de la Répression de 86-91 et enfin le Comité de Solidarité avec les Victimes des Violations des Droits Humains en Mauritanie. 

 

«Nous devons tous nous mobiliser afin de combattre la torture sous toutes les formes car c’est un crime contre l’humanité». Ces propos sont de Mamadou Moctar Sarr, Secrétaire Exécutif du FONADH, qui prononçait son mot de bienvenue en prélude à la conférence de Presse sur les droits humains en Mauritanie. Même si, a-t-il reconnu que «la célébration du 59ième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dans notre pays cette année se déroule dans un contexte particulièrement favorable marqué par des changements significatifs». 

Ces changements pris par Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi concernent l’adoption de la loi portant incrimination de l’esclavage et répression des pratiques esclavagistes et notamment la tenue des journées nationales de concertation et de mobilisation sur le retour des réfugiés et le règlement du passif humanitaire(20,21 et 22 novembre dernier, ndlr). 

Ce 59ième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme fut aussi une occasion pour les femmes mauritaniennes de rappeler les discriminations dont elles sont souvent victimes dans tous les domaines et leur détermination à lutter pour l’avènement d’un monde plus juste. «La femme mauritanienne, a déclaré Aminétou Mint Ely, Présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille, se débat nuit et jour pour conquérir sa liberté et son indépendance, pour assurer son émancipation et participer, à l’égal de l’homme, à la construction de son avenir et à celui de son pays. » 

Mutilations génitales, mariages précoces, mariages forcés, viols, gavage, discrimination au niveau du droit au logement, de l’accès à l’emploi, du droit à la pension à ses ayant droits après son décès, de l’octroi de la bourse d’études à l’étranger, de la gestion des biens de ses enfants orphelins…sont autant de pratiques néfastes qui obstruent la marche des femmes mauritaniennes vers l’égalité. Ainsi donc, aux yeux de Aminétou Mint Ely Moctar,  toutes les femmes doivent «participer à cette bataille pour l’éradication définitive de toutes les formes de violence, d’exclusion et de discrimination de toutes sortes qui étouffent les libertés et l’aspiration des femmes à la justice et à l’égalité». 

Plaidant pour une meilleure implication des femmes dans la gestion des affaires, la Présidente de l’AFCF a souhaité davantage d’engagement de la part des pouvoirs publics et de tous les acteurs dans la poursuite de ces efforts.   

Cheikh Saad Bouh Kamara, prenant la parole a rappelé l’importance de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui consacre le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales. «Tous les droits de tous les citoyens sont à défendre avec la même ardeur» dit-il en faisant remarquer que la plupart des intervenants présents à cette salle sont des victimes des droits de l’Homme. Faisant allusion aux événements qui ont jalonné le cours de l’Histoire du pays, il a soutenu qu’il est du devoir des pouvoirs publics de combattre l’impunité. D’abord par le devoir de mémoire, le devoir de vérité, le devoir de justice, le devoir de réparation et enfin par le devoir de réconciliation. Dans le même ordre d’idées, il a affirmé qu’il est du ressort des Organisations de défense des droits de l’Homme et des associations nées des événements de 89 d’exiger la mise sur pied d’une commission vérité et réconciliation à l’image de l’Afrique du sud, du Royaume du Maroc, de certains pays d’Amérique latine ou d’Asie et bientôt pour le Liberia. Il a aussi rappelé les 13 groupes sociaux dont les droits sont régulièrement bafoués : les femmes, les enfants, les minorités, les autochtones, les réfugiés, les déplacés, les migrants, les détenus, les analphabètes, les prostituées, les personnes vivant avec le VIH/Sida, les personnes handicapées, les personnes sans ressources ou pauvres. 

Les débats qui ont suivi l’exposé substantiel du contenu de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ont tourné autour  du retour des déportés(la date précise), de la délivrance et de l’obtention des pièces d’état civil des déportés, du rétablissement des veuves dans leurs droits, des poursuites judiciaires, des tortures et des massacres subis par les populations négro-mauritaniennes. 

A l’occasion de la célébration du 59ième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, des stands animés par des Organisations de Défense des Droits de l’Homme furent montés, des stands qui rappellent les violations massives des droits de l’Homme en Mauritanie. Le stand qui a le plus attiré de monde est celui de la Coordination des Victimes de la Répression de 86-91(COVIRE). A travers un bandeau en blanc parsemé d’écriture verte, un message attire l’attention : «la Covire lutte pour le devoir de vérité, de mémoire, de justice et de réparation » et au-dessous de ce bandeau, une multitude de portraits de personnes pendues au camp d’Inal rappelle fraîchement l’horreur et la barbarie, la répugnance et l’émotion. Des yeux qui vous regardent dignement, sans voix, sans tumulte, sans superbe, des pères de famille, des jeunes à la fleur de l’âge sacrifiés à l’autel de l’ignominie. Certainement, ceux qui avaient perpétré ces actes n’avaient pas sous leurs yeux l’article premier de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme qui stipule : «Tous les êtres naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

( 13 décembre, 2007 )

Ministère du Commerce et de l’Industrie

 

Journée d’Encadrement au profit des ADC 

 

Ce jeudi 13 décembre à l’hôtel Atlantic de Nouakchott, le Ministère du Commerce et de l’Industrie en partenariat avec l’Organisation Internationale de la Francophonie a organisé une Journée d’encadrement au profit des Associations de Protection des Consommateurs sur le contrôle de la qualité et le respect des normes destinées à la consommation humaine et animale. 

 

Cette Journée d’Encadrement fut une opportunité d’échanges qui a permis d’ouvrir le dialogue entre la Direction de la Protection des Consommateurs et les Organisations des Associations de Défense des Consommateurs mauritaniens. Ce fut aussi une occasion des deux parts de discuter du décret n°2007-064 fixant les conditions de contrôle de la qualité et de respect des normes destinées à la consommation humaine et animale. Ce décret en effet ne concerne pas les produits de pêche. Celui-ci  a prévu par ailleurs dans son article 19 des sanctions allant de 10.000 à 3 millions d’ouguiyas contre ceux qui falsifieraient des aliments destinés à la consommation humaine et animale ou ceux qui tenteraient d’importer, de fabriquer, d’exposer, de mettre en vente ou de distribuer des substances médicamenteuses falsifiées, avariées ou périmées. Une mesure saluée par les Associations de Défense des Consommateurs(ADC) qui ont appelé les autorités à plus de vigilance et de dureté concernant l’application effective des mesures contenues dans ce décret signé par Sidi Ould Boubakar(Premier ministre sous la transition, ndlr) ainsi que d’autres dispositions prises relatives à la protection des consommateurs. 

Durant cette journée, il a été surtout question de faire un diagnostic et un état des lieux des produits destinés à la consommation humaine ou animale mais surtout d’insister sur le rôle primordial que peuvent jouer les Associations de Défense des Consommateurs(ADC) dans la régulation de tous les paramètres liés à la qualité des services et marchandises offertes. Cette journée de sensibilisation et de concertation a montré aussi l’absence de stratégies suffisamment conséquentes de la part des Associations de Défense des Consommateurs(ADC) pour mettre en pratique leurs ambitions sur le terrain. 

En Mauritanie, sous la pression des Associations de Défense des Consommateurs(ADC), les pouvoirs publics ont fini par élaborer une législation en institutionnalisant notamment ces associations de protection des consommateurs. Cette volonté des autorités s’est aussi accompagnée au grand bonheur des Associations de Défense des Consommateurs par la création d’organismes chargés de recevoir les plaintes des consommateurs. 

Contrairement à d’autres pays où les Associations de Défense des Consommateurs constituent un contre-pouvoir réel et menaçant, ces dernières, en effet, dans notre pays, sont méconnues du grand public. Ceci explique en grande partie les insuffisances de leurs actions dans notre pays où les laboratoires de contrôle et les ressources humaines manquent terriblement mais surtout où les consommateurs sont souvent envahis par des produits périmés ou avariés. 

Toutefois, par rapport à tous les problèmes qui ont été soulevés au cours de cette Journée d’encadrement des Associations de Défense des Consommateurs, des perspectives relatives à l’élargissement du domaine d’action de ces associations furent dégagées afin de permettre leur meilleure connaissance au près du public. 

Babacar Baye Ndiaye 

  

 

( 13 décembre, 2007 )

Point de presse du FONADH

Au cours d’un point de presse organisé à l’occasion de la Journée Internationale des Droits de l’Homme célébré partout à travers le monde notamment par les Organisations de Défense des Droits de l’Homme, monsieur Sarr Mamadou, Secrétaire Exécutif du FONADH a estimé qu’il faut créer des conditions objectives pour que l’abolition de l’esclavage soit effective en Mauritanie. 

«Les résultats des journées de concertation constituent sans nul doute une grande avancée sur la voie du règlement du dossier des réfugiés et du passif humanitaire » s’est réjoui le FONADH qui a souligné le contexte dans lequel s’est déroulée la Journée Internationale des Droits de l’Homme. «Les engagements pris par le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi lors de la campagne présidentielle commencent à connaître un début d’application ». 

Ces engagements concernent l’adoption de la loi portant incrimination de l’esclavage et répression des pratiques esclavagistes, la tenue des Journées Nationales de Concertation et de Mobilisation sur le Retour des Réfugiés et le Règlement du Passif humanitaire et la mise en place attendue de la plate forme des Acteurs Non Etatiques pour le suivi de l’Accord de Cotonou ainsi que de la loi relative aux associations. 

Se disant «fidèle à ses principes sacro-saints de liberté, d’égalité et de démocratie» et prêt à «appuyer la mise en œuvre des résultats des Journées Nationales de Concertation(tenues entre le 21,22 et 23 novembre dernier, ndlr) et les mesures d’accompagnement de la loi incriminant l’esclavage», le FONADH a salué la volonté du Président de la République qui a placé au premier rang de ses priorités la consolidation de l’unité nationale et la cohésion sociale de même que l’engagement de l’ensemble des acteurs concernés par ces questions nationales. 

Enfin, le FONADH a recommandé aux autorités mauritaniennes de faire preuve d’une grande vigilance en vue de faire respecter les dispositions contenues dans les déclarations, pactes et conventions internationaux en matière de promotion et de protection des droits humains ratifiés par la Mauritanie. 

Babacar Baye Ndiaye    

( 13 décembre, 2007 )

Réconciliation Nationale:Cheikh Saad Bouh Camara favorable à la mise en place d’une « commission vérité et réconciliation »

 A l’occasion de la célébration de la Journée Internationale des Droits de l’Homme, Monsieur Cheikh Saad Bouh Camara revient en filigrane sur le contexte dans lequel cette Journée Internationale est née et sur les voies et moyens à définir pour s’acheminer définitivement vers la réconciliation nationale. 

Le Rénovateur Quotidien : Pouvez-vous nous rappeler le contexte dans lequel la Journée Internationale des Droits de l’Homme est née ? 

Cheikh Saad Bouh Camara : Le 10 décembre 1948 au Palais de Chariot à Paris, la communauté internationale, pour la première fois, reprenait la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. La Déclaration Universelle de ces Droits de L’Homme est à la fois, la suite de la charte des Nations Unies, laquelle date, le 26 juin 1945 qui a vu la naissance de l’Organisation des Nations Unies et ça va être le commencement de la période contemporaine moderne actuelle des droits de l’homme. Cette déclaration c’est à la fois une utopie, un rêve et un objectif qui ne sera jamais atteint mais qui a posé les jalons et qui a permis de mettre en pratique, de mettre en vrac, de traduire dans les faits un certain nombre de recommandations, de pactes et de traités. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les états ont décidé de se réunir et de mettre en place une documentation des traités, un arsenal de traités internationaux qu’il fallait faire respecter. Il s’agit donc d’un long trajet parce que dès 1948, la Déclaration a permis de lutter contre la colonisation, dès 1948, la Déclaration a permis de mettre en place un certain nombre d’instruments juridiques qui sont actuellement les pièces cardinales de la réglementation sur le plan international en matière de droits de l’homme. On peut citer le pacte international relatif aux droits civils et militaires et le pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Je citerai également et c’est extrêmement important, la convention contre toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, la convention des droits de l’enfant. il faut dire que cela a permis de voir émerger la justice internationale à travers la création de la cour pénale internationale qui est aussi l’une des conséquences de la déclaration universelle des droits de l’homme parce que pour la première fois, on a voulu statuer, arrêter les personnes qui violent les droits de l’homme de façon massive et les juger. C’est un pas considérable et il faut retenir que la C.P.I est une consécration. Il faut rappeler que la C.P.I  peut s’autosaisir et peut même décider de déclencher une campagne ou ouvrir un dossier par rapport à des personnes, des groupes ou un Etat qui violent les droits de l’homme. 

Le Rénovateur Quotidien : Chaque pays peut-il saisir cette juridiction internationale ? 

Cheikh Saad Bouh Camara : Si un Etat a rempli les conditions pour être membre de la C.P.I, cet Etat peut déposer une plainte. C’est le cas présentement pour certains pays comme l’Ouganda et la R.D.C par rapport à des personnes qui ont fait subir des violations massives et répétées des droits de l’Homme. Cela pour dire que l’impunité ne sera plus pardonnée ni tolérée. Cela aussi pour rappeler notre devoir, nous en tant que militants des droits de l’Homme, concernant la lutte contre l’impunité. Ce devoir, il se conjugue et se décline en 5 étapes : 

1.     

Par un devoir de mémoire : il faut obtenir et exiger qu’on n’oublie pas les violations des droits de l’Homme. C’est la première condition, elle est incontournable. On ne demande pas un devoir de mémoire pour se venger mais au contraire pour que cela ne puisse plus jamais se reproduire et pour qu’aussi historiquement, on marque les esprits et les cœurs des uns et des autres pour qu’ils sachent ce qui s’est passé. 

2.      Par un devoir de vérité : cela veut dire qu’on va aller chercher, faire des investigations et chercher la véracité et la fiabilité des faits. Le devoir de vérité accompagne le devoir de mémoire. 

3.     

Par un devoir de justice : il est incontournable. Il faut juger les criminels qui qu’ils soient et où qu’ils soient, anciens chefs d’Etat ou chefs d’Etat en mandat. 

4.      Par un devoir de réparation : il faut non seulement traiter les gens dans leur dignité mais il faut une réparation morale, matérielle et financière. C’est dans ce cadre qu’il faut faire campagne pour qu’il y ait réparation de nos parents réfugiés mais aussi pour ceux ou celles qui ont été victimes du passif humanitaire. 

5.     

Enfin, après avoir décliné le devoir de mémoire, celui de vérité, de justice et de réparation, il y a le dernier mais pas le moindre, the last but not the least, le devoir de réconciliation. 

Le Rénovateur Quotidien : Et quelle est la stratégie qu’il faut adopter pour que tout cela soit possible ? 

Cheikh Saad Bouh Camara : Je crois qu’il faut continuer à exiger et à demander qu’il y ait une commission vérité et réconciliation pour savoir tout ce qui s’est passé pendant ces différentes décennies. Il faut se mobiliser aussi pour la lutte contre toutes les formes d’esclavage anciennes ou contemporaines. La mobilisation de tout un chacun est sine qua non. Il faut qu’on sache le contenu de cette loi votée par le Parlement et qu’on suive avec attention les décrets d’application et enfin participer au temps de mobilisation sociale contre toutes les formes d’esclavage. Il faut se mobiliser non seulement pour pouvoir voir réellement l’application de cette loi mais aussi pour accueillir nos frères et sœurs réfugiés. C’est un combat, un combat au plan de la communication et au plan culturel. C’est un combat pour qu’ils puissent recouvrer leur dignité. C’est un combat pour les mettre dans les mêmes conditions que ceux qui sont là. Nous devons tout faire pour qu’ils puissent être rétablis dans leurs droits et avoir les réparations qu’ils méritent. C’est après seulement que nous pouvons parler de réconciliation nationale. 

Propos recueillis 

Babacar Baye Ndiaye 

( 13 décembre, 2007 )

Isabelle Fiadeiro

«Je me sens bien lorsque je suis dans le désert » 

Depuis sa dernière exposition du 4 juin dernier au Centre Culturel Français de Nouakchott, Isabelle Fiadeiro s’est beaucoup amélioré sur le plan artistique et créatif. Même son français. Et tant mieux pour elle ! 

Le Rénovateur Quotidien : Vous aimez les paysages du désert. Est-ce de l’amour, de l’enchantement ou purement et simplement une échappatoire ? 

Isabelle Fiadeiro : C’est un refuge en réalité puisque j’aime beaucoup les paysages du désert, du Sahara. Je l’ai découvert, il y a 4 ans ! Je suis fascinée par le Sahara. De temps en temps, je pars en brousse. Je reste un mois dans un village, dans un petit endroit. Tu voyages, tu regardes, tu vois différentes choses. Après tu fais la sélection. Il y a d’autres choses que j’ai vues et que je n’ai pas encore reproduites. Le fleuve par exemple ! 

Le Rénovateur Quotidien : Mohamed, Sidi, Hassane, Husseine…sont des noms qui reviennent dans vos peintures ? 

Isabelle Fiadeiro : Peut être parce que je passe beaucoup de temps dans le désert. C’est dans le désert que les trois religions divines sont descendues. Ce sont des noms de Prophètes. Il y a un moment que ces gens peut-être ont marché dans le même endroit. A partir de là, on comprend pourquoi les religions sont descendues dans le désert. 

Le Rénovateur Quotidien : La peinture, est-ce une manière pour vous de restituer ce que vous voyez, entendez ou ressentez lorsque vous êtes dans la nature, le Sahara ? 

Isabelle Fiadeiro : La peinture fait partie de ma vie. C’est une façon de remettre tout en place peut-être. Je me sens bien lorsque je suis dans le désert entre les populations. J’ai du temps pour dessiner, discuter et faire des choses. C’est très différent de la vie que je menais en Europe très rapide, toujours à courir. Ça te donne du temps pour réfléchir, pour résister. 

Le Rénovateur Quotidien : Pourquoi ces paysages vous fascinent-ils ? 

Isabelle Fiadeiro : Je pense que c’est l’immensité. On se rend compte qu’on est insignifiant, qu’on est de petits objets devant une vaste étendue de dunes et de sable. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous peignez grâce à votre imaginaire ou bien ce que vous peignez, c’est quelque chose que vous entendiez, viviez ou voyiez ? 

Isabelle Fiadeiro : Tous les deux. La peinture a deux phases.  Une première phase où j’essaie de reproduire le réel ou l’autre phase où j’essaie de faire avec l’atmosphère. Les couleurs changent, elles ne sont pas réelles. 

Le Rénovateur Quotidien : A quoi ressemble la vie sous le Khaima ? 

Isabelle Fiadeiro : C’est tranquille, je pense. Lorsqu’on est dans un petit village sous un Khaima, il y a tous ces gestes qu’on répète quotidiennement, qu’on refait et qu’on écoute. Un de ses meilleurs souvenirs que je garde c’est le ver de thé à battre sur la table. 

Le Rénovateur Quotidien : Contrairement à votre dernière exposition, vous êtes beaucoup amélioré, vos tableaux sont devenus plus expressifs, mieux relookés. Qu’est-ce qui a changé en vous ? 

Isabelle Fiadeiro : Je suis dans une recherche permanente. Ce n’est pas encore fini. On continue à travailler pour s’améliorer. Je travaille seule tous les jours. Mon mari aussi m’aide avec des accrochages par-ci et par-là(confie-t-elle avec un grand et doux sourire qui en dit long). Il me donne l’appui moral pour continuer. Je pense que les admirateurs peuvent voir tout le travail qui a beaucoup évolué. 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

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