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( 6 décembre, 2007 )

La Mauritanie glorifiée à Paris

 Quelque chose de rarissime, une sorte de renouveau, est en train de se dérouler et cela peut paraître surprenant  et invraisemblable à certains égards. A Paris, dans la capitale française, les partenaires au développement de la Mauritanie ont glorifié à l’unanimité notre pays.

Ce qui est une première pour un gouvernement mauritanien qui a été toujours en odeur de sainteté avec les bailleurs de fond qui sont très attentifs à certains détails. En France, le pays des droits de l’Homme, de la liberté d’expression, de la justice, de la liberté, de la fraternité, la Mauritanie a été auréolée de toutes les glorifications. Des points marqués par notre pays !

Ceci, parce que, les indices macro-économiques sont au vert. Ceci, parce que, il y a eu un vent de démocratie, de libertés publiques et des signes positifs et encourageants qui planent au-dessous du ciel mauritanien. Nous savons tous, que les partenaires au développement ne sont pas là pour applaudir lorsque rien ne va. Dans leurs expressions, la langue de bois n’existe pas ! Ils ne savent pas.

En plus de cela, la Mauritanie peut se targuer d’avoir réussi une transition vers l’enracinement des valeurs démocratiques. Puisqu’il n y a pas si longtemps que notre pays(qui était lié au destin de Maouiya et de ses ouailles qui refusent toujours d’aller en retraite comme lui aux Emirats arabes Unis) ait sorti des ténèbres qui l’ont empêché de mouvoir jusqu’à un certain 3 août 2005.

De telles glorifications, émanant de la bouche des partenaires au développement, bien évidemment, nous le devons, au Président de la République qui a eu le courage et le mérite de prendre le taureau par les cornes, d’opter pour une nouvelle ère pour la Mauritanie et les Mauritaniens notamment en concrétisant des promesses relatives au retour des déportés, au règlement du passif humanitaire et une loi incriminant les pratiques esclavagistes.

Autant de mesures volontaires du Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qui ne pouvaient pas laisser indifférents les différents partenaires au développement de la Mauritanie qui partait déjà avec la faveur des pronostics comme on dit.

Le plat était bien garni et prêt pour la dégustation. Aujourd’hui, notre pays peut se vanter avec superbe de dire : «Les autres ne sont pas meilleurs que nous ! ». Lui, le Président de la République, jusqu’ici et nous espérons qu’il en sera ainsi jusqu’à la fin de son quinquennat, a été irréprochable en montrant l’exemple.

C’est à son entourage immédiat et à son gouvernement d’être plus sérieux et ambitieux mais surtout débarrassés de toutes intentions velléitaires qui pourraient torpiller le processus enclenché car la Mauritanie n’a plus droit à la bévue. Et du temps, il en faudra pour parvenir à accrocher le wagon mauritanien sur le train des grands pays. Ainsi donc, notre pays peut espérer être accompagné dans les prochains cinq ans à venir par la communauté internationale.

Cette rencontre du Groupe Consultatif pour la Mauritanie restera dans les esprits puisque pour la première fois aussi, la presse indépendante a été associée à ce grand rendez-vous pour être un témoin direct des discussions et négociations entre la délégation mauritanienne et les bailleurs de fonds. Contrairement à d’autres époques où cela se faisait dans le secret le plus absolu loin des œillères de la presse indépendante.

Celle-ci, avec beaucoup de professionnalisme, nous a permis de vivre en permanence les échanges entre les partenaires au développement et les autorités mauritaniennes. Comme si tout cela se passait à Nouakchott ! C’est dire que la presse indépendante peut être mature et responsable à condition qu’on ne lui mette pas les bâtons dans les roues. 

Babacar Baye Ndiaye    

( 6 décembre, 2007 )

Libéralisation du secteur audiovisuel: A quand les premières diffusions ?

Ainsi donc, la Mauritanie s’est dotée depuis quelques jours d’une deuxième chaîne de radio (officielle) en plus de Radio Mauritanie et de Radio Jeunesse. Volonté ou signe de sortir des crevasses de l’immobilisme ! Ou tout simplement rupture avec le passé et le recul !…

Ceci constitue en soi un bond assez significatif dans la floraison et le développement des médias en Mauritanie et l’accès du citoyen mauritanien à ces derniers.

Mais cela ne voudrait pas dire non plus que quelque chose a bien changé puisqu’on poireaute toujours l’avènement de la pluralité dans les médias officiels et la libéralisation surtout du secteur audiovisuel. Mordieu ! La Mauritanie est pratiquement le seul pays en Afrique de l’Ouest et du Maghreb a avoir un espace audiovisuel monocolore du fait d’une libéralisation du secteur audiovisuel non encore ébauchée par les autorités du pays.

Il ne faut pas avoir peur des médias puisqu’ils participent à l’ancrage de la démocratie, des libertés publiques, de la bonne gouvernance et de la transparence dans la gestion des affaires publiques. Une sorte de parapet pour ceux qui voudraient riper !

Certes, il y a eu des pogromes de bonne volonté, des pogromes d’ouverture des nouvelles autorités pour essayer de sortir la presse indépendante d’une situation coton notamment en procédant à une réduction substantielle des tarifs d’impression, en associant la presse à certains déplacements des autorités à l’extérieur du pays, en établissant une carte professionnelle en vue de structurer le milieu de la presse indépendante où il y a trop de capharnaüm.

C’est vrai que beaucoup d’actes sont engagés par les autorités dans le sens d’une meilleure appréciation de la presse surtout indépendante. Mais tout cela suffit-il réellement à gober ou gommer les insuffisances, les efforts à accomplir et les impertinences qui caractérisent aujourd’hui, de manière générale, l’espace audiovisuel mauritanien  si on peut parler ainsi. La TVM, autrefois placardée, embobinée et toujours au service d’un pouvoir fanfaron, tarde toujours à convaincre les télespectateurs mauritaniens plus accrochés à d’autres images venues d’ailleurs.

C’est parce que cette «machinerie-là» n’offre pas des programmes alléchants à ces télespectateurs et nous goinfrent souvent d’informations indésirables et en déphasage avec les réalités nationales et contemporaines. Sauf pour la première fois, lorsqu’elle nous a ragaillardis par une rétrospective pas mal sur l’histoire de la Mauritanie ce 28 novembre dernier.

Véritable coup de maître ou essai réussi ! Les nouvelles autorités ont compris vite qu’il fallait changer d’attitude. La TVM Plus, venue booster son aînée, à bout de souffle, a pu, par la diversité qu’offrent ces différents programmes, s’attirer sans superbe une bonne sympathie et une appréciation de la part des mauritaniens.

Elle le doit non seulement à la pluralité de ses programmes mais à sa méthode. Car, pour attirer des télespectateurs, il faut offrir quelque chose de nouveau. Ce que la TVM n’a jamais réussi à faire et à risquer. Que nous apprend, en réalité, la TVM ? Que dalle ! Ni sur l’histoire, ni sur l’évolution politique, sociale et économique du monde ! Ni sur la situation des populations ! Que des programmes bidons et inconvenants!

Dans d’autres pays, l’établissement d’un espace audiovisuel a été possible grâce à la détermination et la pression d’abord des professionnels du secteur mais aussi à la volonté politique. Pourquoi  la Mauritanie ferait ou devrait-elle faire exception ? Ou alors, ce que je ne veux pas imaginer, un espace audiovisuel libre serait impossible en Mauritanie ?

Ce n’est pas sur des tergiversations encore moins sur la couardise qu’on y parviendra. Je ne veux pas penser non plus comme certaines personnes que la libéralisation ne serait pas une bonne chose. Actuellement, il est impérieux et nécessaire pour la Mauritanie de procéder et très vite à la libéralisation du secteur audiovisuel.

Maintenant que la situation à une telle option est favorable, il est du devoir des autorités de concrétiser cette impérieuse nécessité et sans plus tarder, pour sortir d’une longue période d’arriération et de cupidité, rejoindre la caravane des pays qui s’ébaudissent de leur nomenclature audiovisuelle. Nous attendons… avec beaucoup d’espoir cet avènement car, sur le plan médiatique, notre pays a pour caractéristique de n’avoir pas su libéraliser ce secteur.

Les médias officiels ne peuvent pas projeter seuls le citoyen mauritanien souvent ignorant de ce qui se déroule et manipulé candidement. Même si, dans son programme politique durant la campagne présidentielle de février-mars 2007, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi n’a pas trop évoqué cela, pour marquer encore les esprits et son quinquennat, le meilleur service qu’il peut rendre aux mauritaniens, c’est de libéraliser le secteur audiovisuel. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 6 décembre, 2007 )

Ciré Kane, chargé de communication à l’AJD/MR

 

Le Rénovateur Quotidien : Votre réaction par rapport à ces Journées Nationales de Concertation sur le retour des déportés des mauritaniens ? 

Ciré Kane : Nous félicitons le Président de la République pour avoir eu cette belle initiative. C’était des journées nécessaires pour régler l’un des problèmes les plus épineux en Mauritanie à savoir le dossier des déportés et le passif humanitaire. Le compte rendu de l’atelier sur le retour des déportés a été plus ou moins satisfaisant(il participait dans cet atelier, ndlr). Quant aux débats sur le passif humanitaire, ils n’ont pas été rendus dans une version fidèle. Le passif humanitaire implique intrinsèquement un volet judiciaire. 

Le Rénovateur Quotidien : A vous entendre parler, on a l’impression qu’il y a eu des manquements ? 

Ciré Kane : En termes clairs, ce que je veux dire, c’est que le rapporteur sur le passif humanitaire en version française a failli à sa mission d’honnêteté intellectuelle. Ce qu’il a dit n’était pas du tout à l’image des débats qui ont été de très haute qualité. Tout le monde a eu voix au chapitre. Mais il ne faudrait pas et c’est là où j’attire l’attention de l’opinion, qu’on dise que tout ce qui a été dit dans cet atelier doit être synthétisé en vrac c’est à dire que ça va être un travail inachevé. Il suffirait alors que les bourreaux viennent à cette assemblée pour que leurs avis soient retenus. Il y a quand même un minimum de respect par rapport aux victimes qui n’ont pas eu voix au chapitre. Il aurait fallu qu’elles parlent en premier lieu parce que dans cette thérapie de groupe, les premiers à écouter ce sont les victimes pour revenir sur la réalité des faits. Donc, je suis tout à fait choqué par cette méthodologie qui consiste à mettre des points contradictoires sur des sujets essentiels

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes en train de faire des récriminations. Est-ce à dire que le travail a été mal préparé ? 

Ciré Kane : Je ne dirai pas qu’il a été mal préparé. Je dirai plutôt qu’il a été saboté parce que sur tous les points essentiels, on a eu un avis et son contraire. Il est évident qu’une commission de synthèse chargée de consolider le travail au niveau des ateliers sera dans l’impossibilité de trancher. 

Le Rénovateur Quotidien : Le retour des déportés et le passif humanitaire furent inscrits dans votre programme électoral. Quel sera votre apport à ces journées ? 

Ciré Kane : Notre apport, nous l’avons dit. Aujourd’hui, s’il y a un blocage sur le passif humanitaire, l’AJD/MR l’avait déjà anticipé. On sait que c’est un problème très épineux où les passions sont loin d’être apaisées. On envisageait de procéder aux réparations immédiates qui sont l’organisation matérielle du retour des déportés. Quant au passif humanitaire, ce n’est pas en 3 jours qu’on peut le trancher. Il faudrait un débat national où on discuterait de tous les problèmes dont le premier est forcément le passif humanitaire puisque c’est de sa résolution que dépend l’unité nationale. Le vrai problème en Mauritanie, c’est le problème de la cohabitation entre nos communautés et bâcler ces journées sur un thème aussi important que le passif humanitaire, ce n’est pas à la Mauritanie service. Le déroulement de l’atelier sur le passif humanitaire confirme toutes nos craintes : que toute précipitation va nous entraîner vers une situation de blocage ! Le discours de la haine risque de revenir au galop. Il faudrait prendre tout son temps sur le passif. 

Le Rénovateur Quotidien : Apparemment vous êtes déçu ? 

Ciré Kane : Je suis déçu de l’atelier sur le passif humanitaire. Je suis satisfait de la volonté du Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi mais la volonté d’un seul homme ne suffit pas à changer un système malheureusement ! 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

( 6 décembre, 2007 )

Journée Mondiale de Lutte contre le Sida

 

 Casser le mythe qui entoure le VIH/Sida 

 

A l’instar de la communauté internationale, la Mauritanie a célébré la Journée Mondiale de Lutte contre le Sida, une pandémie qui fait des ravages dans le monde. Cette journée organisée à l’hôtel Mercure par l’Association des Jeunes pour la Lutte contre les Maladies(IST, VIH/Sida, paludisme, tuberculose, diarrhées) a vu la participation de plus de 120 jeunes de moins de 30 ans, des représentants de la société civile, des leaders religieux. 

Aujourd’hui, en effet, le VIH/Sida n’est plus un secret de polichinelle et touche presque la moitié des populations africaines. De quoi susciter des frissons puisque le VIH/Sida n’épargne personne ! «En 2006, 39 millions de personnes vivaient avec le VIH/Sida qui est la principale cause de mortalité en Afrique subsaharienne où se trouve presque 64% de personnes vivant avec le VIH/Sida, a rappelé Lô Abderrahmane, Président de l’AJLM ». 

Les chiffres révélés par l’Organisation Mondiale de la Santé dans ses différents rapports prouvent que cette pandémie des temps modernes doit mobiliser davantage d’effort de la part de tout le monde. Des chiffres qui effarent et donnent la chair de poule illustrent parfaitement cette nécessité. «2 millions d’entre elles(les personnes vivant avec le VIH/Sida, ndlr) sont des enfants âgés de moins de 15 ans, révèle le Président de l’AJLM. Ainsi sur 10 enfants âgés de moins de 15 ans qui vivent avec le VIH/Sida, neuf vivent en Afrique subsaharienne. On estime à 2,7 millions le nombre de personnes récemment infectées dans la région et à 2 millions celui des adultes et des décédés après avoir contracté le sida ». 

Contrairement à d’autres pays de la sous-région où le taux de prévalence est très important, la situation épidémiologique de notre pays n’est pas pour le moment trop inquiétant. Mais pour réussir à freiner l’élan de cette pandémie, il est urgent de mettre en place des stratégies de lutte contre le sida, des stratégies qui demandent beaucoup d’efforts et d’énergie du fait de sa complexité. «En Mauritanie, le taux de prévalence adulte entre 15 à 19 ans serait un peu moins de 1% rencarde le Président de l’AJLM. Ce taux relativement faible ne doit pas nous empêcher d’agir». 

Pour réussir à casser le mythe qui entoure le VIH/Sida, il faut le «détaboutiser» autrement dit en parler ouvertement comme toutes les autres maladies telles que  le paludisme qui tue chaque 30 secondes une personne. Depuis 2004, date de sa création, l’AJLM s’est fortement impliquée dans la lutte contre le sida qui demeure encore dans notre pays un tabou culturel et religieux en associant des hommes religieux et des représentants de la société civile dans leur campagne de sensibilisation. «Il y a beaucoup de jeunes qui connaissent bien le sida, comment il se transmet et comment l’éviter. Le problème maintenant, c’est d’inciter les jeunes à aller faire le test de dépistage parce qu’ils hésitent encore à faire ce test» a déploré Lô Abderrahmane. «Le Sida existe en Mauritanie et cela ne doit pas être un problème tabou, soutient Cheikh Ahmed, directeur de la Nouvelle Maison des Jeunes. Il y a des centres de dépistage, des centres d’information. Il est tant de reconnaître qu’il est dans nos foyers. Cette journée du 1er décembre ne doit pas être seulement l’apanage des ONGs mais aussi celui de tous les mauritaniens». 

Cette journée de lutte contre le sida s’est terminée sur de belles notes musicales de Ousmane Gangué venu apporter sa contribution non seulement en tant que membre de l’AJLM mais en tant que concerné par le VIH/Sida.

Témoignage de Fatimata Baal, séropositive 

«Ne croyez pas que vous êtes à l’abri du VIH/Sida si vous ne faîtes pas attention!» 

«C’est la deuxième fois que je m’adresse à des jeunes de votre âge, que je fais un témoignage devant mon fils, mon enfant qui a tenu à m’accompagner. Lui, aussi, se sent touché, engagé, investi et aimerait lutter contre le VIH/Sida. S’il est là aujourd’hui, c’est pour vous dire que le sida est une réalité en Mauritanie. Nous ne savons pas d’où il vient et comment il est arrivé dans notre pays. Mais aujourd’hui, il est là, il est mauritanien. Il n y a pas de famille épargnée par ce virus : des hommes, des femmes et des enfants sont concernés. Des enfants naissent avec le VIH/Sida en Mauritanie. Il ne faut pas surtout croire, comme le disent certains, que c’est la maladie des célibataires, des prostituées. Non, c’est la maladie de tout le monde ! Si mon fils est aujourd’hui ici, c’est pour vous dire que des mamans et papas sont concernés aussi par le sida. Cela veut dire que vous aussi, vous êtes concerné par le sida. Et s’il(le VIH/Sida, ndlr) a réussi à tenir tête jusqu’à ce jour, c’est parce qu’il y a eu la peur qui l’a accompagné, c’est parce qu’il y a eu des silences qui l’ont encouragé partout dans le monde. Cette peur et ce silence, aujourd’hui, personnellement, je pense que c’est vous la jeunesse qui arriverez à bout de cela, c’est vous qui arrivez à mettre fin à cela(…). C’est pour vous dire que nous comptons beaucoup sur vous, les jeunes. Je suis infirmière. J’ai eu à voyager beaucoup. J’ai fait l’Europe et une partie de l’Afrique. Je connaissais les modes de transmission du VIH/Sida mais je pensais que je n’étais pas concerné par le VIH/Sida. Parce que comme beaucoup, je croyais que cela ne me concernait pas, que ce n’était que la maladie réservée à une certaine catégorie sociale, à des personnes que surtout nous, nous discriminons et stigmatisons jusqu’au jour où j’ai découvert en 2000 que je vivais avec le VIH/Sida. Ça a complètement détruit ma vie. Je suis restée des années sans travailler. Des années malade surtout psychologiquement. Il n y avait pas que la peur ! IL n y avait pas que la honte parce que les gens lient la honte au VIH/Sida. Mais, il y avait aussi les médicaments parce que je me disais, il n y a pas de traitement. Comment vais-je survivre ? Je ne pouvais jamais m’acheter les médicaments pour me traiter ! Je ne pourrai pas regarder mon fils pour lui dire que je vis avec le VIH/Sida ! Et je ne pourrai jamais dire aux gens que je vis avec le VIH/Sida parce qu’ils vont porter un doigt accusateur sur mon fils ! Pendant des années, je l’ai caché à ma famille jusqu’au jour où j’ai commencé à fréquenter des personnes vivant avec le VIH/Sida à Nouakchott parce qu’un centre de traitement venait d’être ouvert, parce que certaines de ces personnes, je les ai rencontrées à Dakar. Je me suis rendue compte d’une chose : que moi aussi, j’étais coupable du silence ! Que moi aussi, j’étais coupable de crime ! Qu’en me taisant, le VIH/Sida allait avancer , avoir plus de force, allait toucher plus de maman, détruire plus de famille ! Alors, j’ai décidé de briser le silence. J’ai commencé à briser le cœur de mon fils en lui apprenant que je vivais que le VIH/Sida. J’ai commencé à m’engager officiellement au niveau du Secrétariat Exécutif National de Lutte contre le Sida financé par la Banque Mondiale et l’Etat Mauritanien qui offre le traitement gratuitement à toute personne vivant avec le VIH/Sida, qui offre aussi un accompagnement psychosocial même si encore ce n’est pas l’idéal comme on l’aurait souhaité, c’est beaucoup mieux par rapport à d’autres pays où il n y a même pas de traitement. Aujourd’hui, il n’est pas normal dans notre pays qu’il y ait une personne qui n’ait pas entendu parler du VIH/Sida, qui ne connaît pas les modes de transmission du VIH/Sida, qui ne sait pas qu’il y a un traitement gratuit et qu’une mère qui vit avec le VIH/Sida et qui n’est pas en charge à 99%  a des risques de transmettre le VIH/Sida à son enfant dès sa naissance. Je pense que cela est important et cela doit être dit(…). Rien n’explique le rejet qui est lié au VIH/Sida. Il atteint des papas et mamans responsables et respectables. Il atteint des cadres, il atteint des jeunes de 15 ans, de 20 ans, des filles, des garçons. J’en ai vu qui sont tous désespérés. Ne croyez pas que vous êtes à l’abri du VIH/Sida si vous ne faîtes pas attention ! Faire attention c’est quoi ? C’est connaître la prévention tout d’abord. L’abstinence, c’est la première garantie. La fidélité du couple s’ils sont séronégatifs bien sûr. Mais pour cela, il faut se faire dépister pour savoir qu’on ne vit pas avec le VIH/Sida. Lorsqu’on parle de sexe, il y a le préservatif. Il y a le tabou lié à cela. Il y a l’Islam. Les gens ne veulent pas parler de préservatif. Moi, j’en parle parce que je m’adresse à vous les jeunes. Je m’adresse à mes enfants. Je ne vois que mes filles et mes fils. J’ai décidé d’en parler un jour et je me suis dit qu’il ne faut pas attendre que mon fils attrape cette «salauperie» pour lui dire «il fallait porter des préservatifs». Le plus important, n’oubliez pas qu’il y a des personnes qui vivent avec le VIH/Sida et que ce sont des mères de famille et des pères de famille qui sont en détresse morale surtout parce qu’ils ont peur. Ils ont peur de vous, de votre regard, de votre jugement. Ils ont peur pour leurs enfants pour qu’ils soient indexés demain et qu’il y a une responsabilité que vous devez assumer. Il y a un devoir d’accompagnement que vous devez à personnes là.» 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

   

  

( 6 décembre, 2007 )

Hassane Kassi Kouyaté, comédien

 

 « Ce qui est intéressant dans le livre de Kourouma, c’est qu’il fait un constat sans concession… » 

Ce samedi 24 novembre dernier au Centre Culturel Français de Nouakchott, «Le Théâtre de Labrador» venue de France présentait «Monné, outrages et défis» de Ahmadou Kourouma, une mise en scène réalisée par Stéphanie Loik. En l’absence de celle-ci, Hassane Kassi Kouyaté, directeur de festivals, metteur en scène, comédien et conteur s’est confié aux colonnes de Rénovateur Quotidien pour parler de certaines questions que soulève cette œuvre romanesque, une véritable fresque de la colonisation française en Afrique de l’Ouest. 

 

Le Rénovateur : Est-ce qu’il est facile d’adapter au théâtre une œuvre romanesque comme «Monné, outrages et défis» de Ahmadou Kourouma ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Aucune œuvre romanesque n’est facile à adapter au théâtre parce que c’est d’abord du roman. Donc, il faut savoir par quel bout le prendre et savoir aussi l’adapter aux contraintes du théâtre. C’est très difficile surtout pour cette œuvre particulièrement qui est une œuvre sur l’histoire de la colonisation française en Afrique de l’Ouest. C’est un travail immense ! 

 

Le Rénovateur : Quelle différence y a-t-il entre l’adaptation théâtrale de  Monné, outrages et défis et Monné, outrages et défis, en tant qu’œuvre romanesque ? 

Hassane Kassi Kouyaté : La différence c’est que d’abord le roman est une sorte d’épopée, de souffle et de saga. Il y a plein de choses qui sont évoquées ! Dans cette œuvre, nous avons pris une seule ligne.  C’est l’histoire du train. 

 

Le Rénovateur : Qu’est-ce que vous avez voulu faire partager avec les gens lorsque vous avez décidé d’adapter ce roman au théâtre ? 

Hassane Kassi Kouyaté : C’est moi qui ai proposé à Stéphanie Loik ce roman(la metteuse en scène du roman, ndlr). Stéphanie, c’est une femme qui travaille beaucoup, qui fait du théâtre qu’on appelle du «théâtre politique». On dit souvent que son théâtre est un théâtre engagé. On avait déjà travaillé sur un texte sur «les enfants soldats» par la suite, elle  m’a demandé d’autres thèmes sur l’Afrique. Et nous, nous pensons aujourd’hui, à l’heure actuelle, il est important de rappeler l’histoire. Ce qui nous a motivés en première ligne, c’est de remettre l’histoire sur le devant de la scène. On dit quand on ne sait pas ce qui s’est passé, on ne sait pas ce qu’on va faire. On se base sur des expériences positives et négatives du passé. 

 

Le Rénovateur : Pensez-vous que les gens s’intéressent toujours au théâtre en Afrique ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Je suis africain mais je vis en France. Je ne peux pas parler totalement du théâtre africain en général mais dans quelques pays d’Afrique de l’Ouest que je connais, je pense que les gens  sont intéressés à un certain type de théâtre. Parfois, c’est les thèmes qui les intéressent mais les formes ne les intéressent pas. Je pense qu’il y  a une réflexion à faire sur l’adéquation du fond et de la forme aujourd’hui au théâtre pour qu’il intéresse davantage les gens. 

 

Le Rénovateur : Monné, outrages et défis, c’est l’abdication d’un roi devenu fantoche malgré lui ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Oui, malgré lui, il était devenu fantoche parce qu’il croyait dur comme fer et en plus il a été manipulé aussi par l’interprète. Les interprètes ont joué un rôle assez déterminant dans la colonisation qu’elle soit positive ou négative ! 

Le Rénovateur : Durant la mise en scène, par la bouche de l’interprète, on apprend que l’homme blanc est bon. L’est-il toujours à votre avis ? 

Hassane Kassi Kouyaté : L’homme blanc n’est pas toujours bon. En réalité, c’est un homme. Dans tous les peuples du monde, il y a du bon et du mauvais. Par contre, ceux qui étaient venus, ils n’étaient pas venus avec de bons sentiments. Même si l’objectif était de piller les richesses naturelles de nos pays ! Appelons un chat, un chat. Dans tout acte humain, il y a toujours du bon. Ils ont aussi posé des actes qui sont bons. 

 

Le Rénovateur : Monné, outrages et défis, c’est aussi une véritable fresque de la colonisation ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Mais c’est une vraie fresque ! C’est 100 ans d’histoire de l’Afrique de l’Ouest. Il(Ahmadou Kourouma, ndlr) a fait une belle recherche historique qu’il a romancée. 

Le Rénovateur : L’argent occupe une place centrale dans Monné… 

 

Hassane Kassi Kouyaté : Oui, parce qu’il a transformé les gens ! Avant, dans nos sociétés, il n y avait pas d’argent. Maintenant, c’est l’argent. 

Le Rénovateur : Cet argent-là n’a-t-il pas bouleversé les habitudes de vie des noirs qui ne connaissaient pas cela ? 

Hassane Kassi Kouyaté : C’est évident puisque nos sociétés étaient complémentaires traditionnellement. Ce n’était même pas des sociétés de troc. Et puis, cela  a évolué à partir du moment où l’argent est venu, il y a eu ce qu’on appelle l’appât du gain et l’individualisme s’est développé. Ça a créé ce qu’on sait aujourd’hui ! 

 

Le Rénovateur : Le toubab n’a-t-il pas simplement changé les mentalités des noirs en leur imposant des modes de vie qui n’étaient pas les leurs ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Bien sûr puisque le toubab a décidé qu’il fallait nous civiliser puisque nous étions des sauvages. Cela veut dire que ce que nous avions comme modes de vie n’étaient pas bien. Donc, il fallait appliquer une autre mode de vie. C’est sûr qu’ils ont bouleversé nos modes de vie africaine ! 

 

Le Rénovateur : Le langage du colonisateur  a-t-il toujours été vrai ? 

Hassane Kassi Kouyaté : C’est une interrogation légitime. Par exemple, lorsqu’on fait croire à Djigy, roi de Soba qu’on va lui donner le train, nous savons tous comment cela s’est passé. Ces rois-là, on les avait fait passer à l’expo universelle coloniale en France. On les avait montrés le train. C’est vrai ! Ils y ont cru mais le blanc sait que cela ne se fait pas en un jour ou deux jours. On était dupé parce qu’on était naïf. 

 

Le Rénovateur : C’est le cas de Djigy qui a  été dupé par le colonisateur qui lui a promis monts et merveilles qui, finalement, ne verront pas jour ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Oui, il a été dupé par le colonisateur mais en même temps aussi par l’histoire parce que pendant la chose, la guerre s’est quand même éclatée en France. Ce qui n’était pas prévu. Il y a donc l’histoire. On n’est pas toujours maître du destin. Il y a la duperie des toubabs mais aussi les circonstances imprévisibles de la vie qui sont venues perturber l’initiative des français puisqu’ils suspendront la construction du train pour envoyer les tirailleurs. 

 

Le Rénovateur : Est-ce que cela signifie que la naïveté de certains de nos rois a grandement facilité l’implantation de la colonisation en Afrique de l’Ouest en croyant dur comme béton tout ce que leur disait le toubab ? 

Hassane Kassi Kouyaté : IL ne faut pas trop parler de naïveté. C’est vrai qu’il y a eu la naïveté des rois. Ce qui est intéressé dans le livre de Kourouma, c’est qu’il fait un constat sans concession en disant qu’il y a la naïveté mais aussi la complicité des africains. Il ne faut pas non plus mentir. Si on rétablit l’histoire, on pourra avancer parce qu’on ne peut pas dire que tout était à la faute des blancs. Quand on analyse, selon quelques chercheurs, il n’y avait pas plus de 12.000 blancs dans toute l’Afrique de l’Ouest et nous, nous étions combien de millions. Qu’est-ce qu’ils ont fait(ces rois, ndlr) ? Ils ont crée ce qu’on appelle les classes sociales pour garder leurs privilèges. Qui étaient les collecteurs ? C’était des noirs qui matraquaient leurs frères ! Donc, ils sont aussi complices. 

 

Le Rénovateur : Monné… c’est aussi l’affrontement de deux civilisations différentes, deux religions dissemblables et deux modes de vie contradictoires ? 

Hassane Kassi Kouyaté : C’est tout le débat que nous avons en tant qu’africains entre la culture de nos ancêtres et la religion ancestrale, notre religion de base qui est l’animisme qu’on le veuille ou non. Après, il y a eu l’Islam que certains peuples africains ont adoptés et les gens se sont retrouvés avec du syncrétisme. Et selon les difficultés, quand ils n’arrivent pas à résoudre les problèmes par l’un, ils vont vers l’autre. 

 

Le Rénovateur : Les ravages et les désastres des deux guerres mondiales sont évoquées aussi dans Monné… ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Bien sûr ! Les deux guerres mondiales ont été terribles dans tous les systèmes parce qu’il fallait des bras, de la matière première pour faire marcher les usines. Et où cela se trouvait  ? Chez nous ! 

 

Le Rénovateur : Les noirs ont participé à ces deux guerres mondiales à coté des français. Mais la France n’a pas été reconnaissante envers ces noirs appelés communément «tirailleurs sénégalais» ? 

Hassane Kassi Kouyaté :  Nous savons que c’est un grand combat que nos grands-parents ont mené, que nos pères mènent et que nous devons  mener,  nous aussi. Maintenant, les derniers rares qui restent, ils ne vont pas pouvoir bénéficier ou profiter des pensions liées à une sorte d’équité. 

 

Le Rénovateur : Peut-on penser donc que la France a trahi ceux qui avaient participé à sa libération ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Bien sûr que c’est une trahison même s’ils essaient de remédier à certaines choses. Des monuments sont en train d’être faits partout en France pour les tirailleurs sénégalais. Ils essayent. Mais il y a beaucoup de choses qui ont été faites. Cependant, il y a encore beaucoup à faire. 

 

Le Rénovateur : A travers Monné, outrages et défis, Ahmadou Kourouma n’a-t-il pas voulu nous dire que l’Afrique et les Africains doivent se suffire pour sortir de sa situation actuelle ? 

Hassane Kassi Kouyaté : Ce que je crois comprendre c’est que nous les Africains, arrêtons de dire que c’est la faute des blancs. Réglons nos vrais problèmes. Si on se donne la main, on peut faire beaucoup de choses. 

 

Le Rénovateur : Où en serait aujourd’hui l’Afrique s’il n y avait pas eu la colonisation ? 

Hassane Kassi Kouyaté : C’est très difficile de répondre à cette question personnellement puisque je suis un enfant né après les indépendances. Je pense que l’Afrique serait autrement mais qu’on ne serait pas malheureux. 

 

Propos recueillis 

Babacar Baye Ndiaye 

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