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( 13 décembre, 2007 )

Réconciliation Nationale:Cheikh Saad Bouh Camara favorable à la mise en place d’une « commission vérité et réconciliation »

 A l’occasion de la célébration de la Journée Internationale des Droits de l’Homme, Monsieur Cheikh Saad Bouh Camara revient en filigrane sur le contexte dans lequel cette Journée Internationale est née et sur les voies et moyens à définir pour s’acheminer définitivement vers la réconciliation nationale. 

Le Rénovateur Quotidien : Pouvez-vous nous rappeler le contexte dans lequel la Journée Internationale des Droits de l’Homme est née ? 

Cheikh Saad Bouh Camara : Le 10 décembre 1948 au Palais de Chariot à Paris, la communauté internationale, pour la première fois, reprenait la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. La Déclaration Universelle de ces Droits de L’Homme est à la fois, la suite de la charte des Nations Unies, laquelle date, le 26 juin 1945 qui a vu la naissance de l’Organisation des Nations Unies et ça va être le commencement de la période contemporaine moderne actuelle des droits de l’homme. Cette déclaration c’est à la fois une utopie, un rêve et un objectif qui ne sera jamais atteint mais qui a posé les jalons et qui a permis de mettre en pratique, de mettre en vrac, de traduire dans les faits un certain nombre de recommandations, de pactes et de traités. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les états ont décidé de se réunir et de mettre en place une documentation des traités, un arsenal de traités internationaux qu’il fallait faire respecter. Il s’agit donc d’un long trajet parce que dès 1948, la Déclaration a permis de lutter contre la colonisation, dès 1948, la Déclaration a permis de mettre en place un certain nombre d’instruments juridiques qui sont actuellement les pièces cardinales de la réglementation sur le plan international en matière de droits de l’homme. On peut citer le pacte international relatif aux droits civils et militaires et le pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Je citerai également et c’est extrêmement important, la convention contre toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, la convention des droits de l’enfant. il faut dire que cela a permis de voir émerger la justice internationale à travers la création de la cour pénale internationale qui est aussi l’une des conséquences de la déclaration universelle des droits de l’homme parce que pour la première fois, on a voulu statuer, arrêter les personnes qui violent les droits de l’homme de façon massive et les juger. C’est un pas considérable et il faut retenir que la C.P.I est une consécration. Il faut rappeler que la C.P.I  peut s’autosaisir et peut même décider de déclencher une campagne ou ouvrir un dossier par rapport à des personnes, des groupes ou un Etat qui violent les droits de l’homme. 

Le Rénovateur Quotidien : Chaque pays peut-il saisir cette juridiction internationale ? 

Cheikh Saad Bouh Camara : Si un Etat a rempli les conditions pour être membre de la C.P.I, cet Etat peut déposer une plainte. C’est le cas présentement pour certains pays comme l’Ouganda et la R.D.C par rapport à des personnes qui ont fait subir des violations massives et répétées des droits de l’Homme. Cela pour dire que l’impunité ne sera plus pardonnée ni tolérée. Cela aussi pour rappeler notre devoir, nous en tant que militants des droits de l’Homme, concernant la lutte contre l’impunité. Ce devoir, il se conjugue et se décline en 5 étapes : 

1.     

Par un devoir de mémoire : il faut obtenir et exiger qu’on n’oublie pas les violations des droits de l’Homme. C’est la première condition, elle est incontournable. On ne demande pas un devoir de mémoire pour se venger mais au contraire pour que cela ne puisse plus jamais se reproduire et pour qu’aussi historiquement, on marque les esprits et les cœurs des uns et des autres pour qu’ils sachent ce qui s’est passé. 

2.      Par un devoir de vérité : cela veut dire qu’on va aller chercher, faire des investigations et chercher la véracité et la fiabilité des faits. Le devoir de vérité accompagne le devoir de mémoire. 

3.     

Par un devoir de justice : il est incontournable. Il faut juger les criminels qui qu’ils soient et où qu’ils soient, anciens chefs d’Etat ou chefs d’Etat en mandat. 

4.      Par un devoir de réparation : il faut non seulement traiter les gens dans leur dignité mais il faut une réparation morale, matérielle et financière. C’est dans ce cadre qu’il faut faire campagne pour qu’il y ait réparation de nos parents réfugiés mais aussi pour ceux ou celles qui ont été victimes du passif humanitaire. 

5.     

Enfin, après avoir décliné le devoir de mémoire, celui de vérité, de justice et de réparation, il y a le dernier mais pas le moindre, the last but not the least, le devoir de réconciliation. 

Le Rénovateur Quotidien : Et quelle est la stratégie qu’il faut adopter pour que tout cela soit possible ? 

Cheikh Saad Bouh Camara : Je crois qu’il faut continuer à exiger et à demander qu’il y ait une commission vérité et réconciliation pour savoir tout ce qui s’est passé pendant ces différentes décennies. Il faut se mobiliser aussi pour la lutte contre toutes les formes d’esclavage anciennes ou contemporaines. La mobilisation de tout un chacun est sine qua non. Il faut qu’on sache le contenu de cette loi votée par le Parlement et qu’on suive avec attention les décrets d’application et enfin participer au temps de mobilisation sociale contre toutes les formes d’esclavage. Il faut se mobiliser non seulement pour pouvoir voir réellement l’application de cette loi mais aussi pour accueillir nos frères et sœurs réfugiés. C’est un combat, un combat au plan de la communication et au plan culturel. C’est un combat pour qu’ils puissent recouvrer leur dignité. C’est un combat pour les mettre dans les mêmes conditions que ceux qui sont là. Nous devons tout faire pour qu’ils puissent être rétablis dans leurs droits et avoir les réparations qu’ils méritent. C’est après seulement que nous pouvons parler de réconciliation nationale. 

Propos recueillis 

Babacar Baye Ndiaye 

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