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( 17 décembre, 2007 )

Abderrahmaani Aamadu Bah, lead vocal de Daarorgal Fulbe

 

 «Nous risquons d’être absorbés, envahis ou engloutis… » 

La semaine dernière, Daarorgal Fulbe était au Centre Culturel Français pour égailler les fidèles de la cafétéria. Superbement habillé de manière royale et ressemblant à un Almamy du Fouta, Abderrahmaani Aamadu Bah et son orchestre nous ont offert de la bonne musique qui nous a bercé et charrié pendant plus d’une heure. Une musique qui rappelle les nuits du Fouta au bord du fleuve Sénégal. Après une bonne prestation, nous lui avons posé quelques questions. 

Le Rénovateur Quotidien : C’est votre première fois d’être sur scène, qu’est-ce que cela vous fait ? 

Ce n’est pas ma première fois de monter sur scène. En effet, c’est ma troisième fois avec Daarorgal Fulbe. Avant cela, j’ai eu à jouer dans plusieurs villages du Fouta. En 1981, je suis venu m’installer à Nouakchott pour militer dans les associations de développement de la culture Poular. En 1989, avec les malheureux événements de 89, j’ai dû arrêter ma carrière de chanteur et de musicien. C’est à partir de 1991 que j’ai décidé de monter l’orchestre «Daarorgal Fulbe». 

Le Rénovateur Quotidien : Non seulement, vous êtes un orchestre mais aussi vous êtes une association. 

Nous sommes une association de développement. Certes, nous sommes avant tout un orchestre mais nous privilégions néanmoins tout ce qui concerne l’éveil des peuples et nous intervenons aussi dans diverses activités de développement. 

Le Rénovateur Quotidien : Que signifie ce sceptre que vous avez entre vos mains ? 

Ce bonnet que je porte s’appelle «cabral». Les marabouts ou les éleveurs l’ont toujours porté. Cela fait partie de notre habillement de même que ce sceptre que vous voyez là(il le montre). Ce sceptre a aussi une autre signification. La plupart des personnes âgées marchent avec pour leur servir d’appui. C’est aussi un symbole de sagesse et de royauté. 

Le Rénovateur Quotidien : Dans l’une de vos chansons sur scène tout à l’heure, vous exaltiez la bravoure des héros de la liberté. Est-ce à dire que vous êtes attaché à la liberté ? 

Nous sommes astreints toujours de chanter la liberté puisque nous naissons tous libres et égaux. Les héros de la liberté que nous chantons furent de grands héros qui se sont toujours battus pour la liberté et celle de leurs peuples. D’autres aussi se sont battus contre l’injustice, l’occupation coloniale. Et jusqu’à présent, nous continuons à nous battre pour acquérir nos droits et notre liberté. Tant que la personne n’est pas libre, elle ne peut pas s’épanouir et se sentir citoyen du monde à part entière. Ainsi donc, il est de notre rôle historique, en tant que leaders d’opinion, de rappeler aux jeunes générations et futures, les noms des grands héros de la liberté. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous jouez de la musique traditionnelle typiquement influencée des rythmes du Fouta. Cela veut-il dire que vous valorisez la culture Peule ? 

Je veux exhiber avant tout mon attachement à mon patrimoine culturel. Je veux aussi partager ce patrimoine avec d’autres. Il faut d’abord montrer aux autres sa richesse culturelle avant de se projeter dans les leurs. 

Le Rénovateur Quotidien : Vos chansons sont aussi purement traditionnelles. On n’y retrouve pas de percussions. Ce qui est rare dans les orchestres qui ont souvent tendance à utiliser ces instruments rythmiques ? 

Nous ne devons pas laisser en rade notre musique traditionnelle. Certes, on peut apporter de nouvelles touches par rapport aux sonorités sur cette musique. Notre priorité c’est de moderniser cette musique folklorique. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous existez depuis 1991. Mais jusqu’à présent, vous n’avez pas encore sorti un album. Qu’est-ce que vous attendez ? 

C’est vrai ! Mais cela peut se comprendre d’une certaine manière. Aujourd’hui, la façon dont la musique est faite ou jouée ne me convient pas. Moi, je suis pour une nouvelle conception de la musique traditionnelle. Cela veut dire qu’il faut revoir notre conception de faire de la musique. Avec l’expérience que j’ai pu acquérir à travers la musique, je pense que Daarorgal Fulbe est assez mûr pour sortir un album. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous ne faîtes pas uniquement chanter les grandes figures du Fouta mais aussi et surtout vous éveillez et conscientisez. C’est le cas dans votre chanson «grossesse non désirée ». 

Cela, chez nous les halpoular, est un épiphénomène. Quelque chose de nouveau dans nos mœurs et coutumes ! Actuellement, nous vivons dans un monde où les habitudes de vie ont été bouleversées notamment par la modernité. 

Le Rénovateur Quotidien : A votre avis, faut-il défendre la musique traditionnelle, la préserver pour qu’elle ne disparaisse pas un jour puisque très peu de gens la jouent maintenant ou l’écoutent ? 

Cela est une des raisons qui fait que je chante toujours. Je n’ai pas encore un successeur. Toutes ces filles que vous avez vu gigoter, ce sont mes enfants. Je veux quelqu’un qui peut assurer la relève au cas où je ne serais plus de ce monde afin de préserver cette musique traditionnelle que nous avons héritée de nos aïeux  depuis plusieurs siècles. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez chanté au passage Tijane Anne  que vous appelez l’or du peuple. 

Tijane Anne n’est plus à présenter. C’était quelqu’un qui a défendu la culture poular. Il était unique dans son genre. Il a pu éveiller les populations, les conscientiser sur leur rôle et leur devoir à observer ou à tenir. En tant que chanteur, je dois de me souvenir de lui en le chantant puisqu’il a fait durant sa vie de grandes choses pour l’émancipation de la culture poular. Il n’a aussi cessé de se préoccuper du devenir de son peuple et des peuples d’Afrique. 

Le Rénovateur Quotidien : A travers, l’une de vos chansons, vous demandez que nous réhabilitions  nos cultures et nos coutumes. Est-ce à dire qu’elles sont menacées ou en train de disparaître ce que vous craignez ? 

Nous subissions de plein fouet la mondialisation maintenant. On ne peut pas vivre en autarcie. Le monde est devenu aujourd’hui un village planétaire. C’est pour cela, si nous ne faisons pas attentions, nous risquons d’être absorbés, envahis ou engloutis par les autres en perdant nos cultures et nos coutumes. C’est la civilisation de l’universel, du donner et du recevoir. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous pensez qu’aujourd’hui, il n y a plus de héros. C’est pour cela que vous faites revivre leur histoire en chantant les grands héros du Fouta ? 

Les héros existent toujours. Cependant, ils ne sont plus nombreux comme auparavant. Les héros ne sont plus devenus ceux qui partent en guerre ou qui luttent contre l’occupation coloniale. De nos jours, les héros, on les retrouve dans d’autres champs d’action comme par exemple, dans le domaine du développement ou de l’éveil des peuples. 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

   

 

 

 

 

 

( 17 décembre, 2007 )

59ième anniversaire de la Déclaration des Droits de l’Homme

 

 

Tous contre l’impunité 

 

Tous les gros bonnets des Organisations de Défense des Droits de l’Homme et de la Société Civile que comptent la Mauritanie, enfin presque, s’étaient donnés rendez-vous à l’Ancienne Maison des Jeunes de Nouakchott pour célébrer le 59ième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948 sous le thème «combattre l’impunité». De même que toutes les Associations nées des événements malheureux de 1989 telles que le Collectif des Veuves, le Regroupement des Victimes des Evénements 89-91, du Collectif des Opérateurs Economiques Victimes des Evénements de 89 en RIM, la Coordination des Victimes de la Répression de 86-91 et enfin le Comité de Solidarité avec les Victimes des Violations des Droits Humains en Mauritanie. 

 

«Nous devons tous nous mobiliser afin de combattre la torture sous toutes les formes car c’est un crime contre l’humanité». Ces propos sont de Mamadou Moctar Sarr, Secrétaire Exécutif du FONADH, qui prononçait son mot de bienvenue en prélude à la conférence de Presse sur les droits humains en Mauritanie. Même si, a-t-il reconnu que «la célébration du 59ième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dans notre pays cette année se déroule dans un contexte particulièrement favorable marqué par des changements significatifs». 

Ces changements pris par Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi concernent l’adoption de la loi portant incrimination de l’esclavage et répression des pratiques esclavagistes et notamment la tenue des journées nationales de concertation et de mobilisation sur le retour des réfugiés et le règlement du passif humanitaire(20,21 et 22 novembre dernier, ndlr). 

Ce 59ième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme fut aussi une occasion pour les femmes mauritaniennes de rappeler les discriminations dont elles sont souvent victimes dans tous les domaines et leur détermination à lutter pour l’avènement d’un monde plus juste. «La femme mauritanienne, a déclaré Aminétou Mint Ely, Présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille, se débat nuit et jour pour conquérir sa liberté et son indépendance, pour assurer son émancipation et participer, à l’égal de l’homme, à la construction de son avenir et à celui de son pays. » 

Mutilations génitales, mariages précoces, mariages forcés, viols, gavage, discrimination au niveau du droit au logement, de l’accès à l’emploi, du droit à la pension à ses ayant droits après son décès, de l’octroi de la bourse d’études à l’étranger, de la gestion des biens de ses enfants orphelins…sont autant de pratiques néfastes qui obstruent la marche des femmes mauritaniennes vers l’égalité. Ainsi donc, aux yeux de Aminétou Mint Ely Moctar,  toutes les femmes doivent «participer à cette bataille pour l’éradication définitive de toutes les formes de violence, d’exclusion et de discrimination de toutes sortes qui étouffent les libertés et l’aspiration des femmes à la justice et à l’égalité». 

Plaidant pour une meilleure implication des femmes dans la gestion des affaires, la Présidente de l’AFCF a souhaité davantage d’engagement de la part des pouvoirs publics et de tous les acteurs dans la poursuite de ces efforts.   

Cheikh Saad Bouh Kamara, prenant la parole a rappelé l’importance de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui consacre le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales. «Tous les droits de tous les citoyens sont à défendre avec la même ardeur» dit-il en faisant remarquer que la plupart des intervenants présents à cette salle sont des victimes des droits de l’Homme. Faisant allusion aux événements qui ont jalonné le cours de l’Histoire du pays, il a soutenu qu’il est du devoir des pouvoirs publics de combattre l’impunité. D’abord par le devoir de mémoire, le devoir de vérité, le devoir de justice, le devoir de réparation et enfin par le devoir de réconciliation. Dans le même ordre d’idées, il a affirmé qu’il est du ressort des Organisations de défense des droits de l’Homme et des associations nées des événements de 89 d’exiger la mise sur pied d’une commission vérité et réconciliation à l’image de l’Afrique du sud, du Royaume du Maroc, de certains pays d’Amérique latine ou d’Asie et bientôt pour le Liberia. Il a aussi rappelé les 13 groupes sociaux dont les droits sont régulièrement bafoués : les femmes, les enfants, les minorités, les autochtones, les réfugiés, les déplacés, les migrants, les détenus, les analphabètes, les prostituées, les personnes vivant avec le VIH/Sida, les personnes handicapées, les personnes sans ressources ou pauvres. 

Les débats qui ont suivi l’exposé substantiel du contenu de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ont tourné autour  du retour des déportés(la date précise), de la délivrance et de l’obtention des pièces d’état civil des déportés, du rétablissement des veuves dans leurs droits, des poursuites judiciaires, des tortures et des massacres subis par les populations négro-mauritaniennes. 

A l’occasion de la célébration du 59ième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, des stands animés par des Organisations de Défense des Droits de l’Homme furent montés, des stands qui rappellent les violations massives des droits de l’Homme en Mauritanie. Le stand qui a le plus attiré de monde est celui de la Coordination des Victimes de la Répression de 86-91(COVIRE). A travers un bandeau en blanc parsemé d’écriture verte, un message attire l’attention : «la Covire lutte pour le devoir de vérité, de mémoire, de justice et de réparation » et au-dessous de ce bandeau, une multitude de portraits de personnes pendues au camp d’Inal rappelle fraîchement l’horreur et la barbarie, la répugnance et l’émotion. Des yeux qui vous regardent dignement, sans voix, sans tumulte, sans superbe, des pères de famille, des jeunes à la fleur de l’âge sacrifiés à l’autel de l’ignominie. Certainement, ceux qui avaient perpétré ces actes n’avaient pas sous leurs yeux l’article premier de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme qui stipule : «Tous les êtres naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

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