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( 25 décembre, 2007 )

Grand Marché de Noël: Le Rendez-vous des artisans mauritaniens

Le Grand Marché de Noël ou le Rendez-vous des artisans mauritaniens : c’est presque devenu une tradition respectée et attendue par tous les amateurs de belles créations. En effet, chaque année, plus précisément, au mois de décembre, le Centre Culturel français de Nouakchott organise des expositions artisanales, une occasion pour les artisans mauritaniens de dévoiler tout leur talent et leur savoir-faire dans divers secteurs d’activités.

Le Grand Marché de Noël n’est pas à raconter mais à découvrir. Des créations ludiques à voir et qui vous donnent inéluctablement l’envie naturelle de les caresser ou de se les approprier ! Des objets qui arborent une douceur insondable ! Il est très difficile de résister à la magnificence de ces milliers de créations artistiques et artisanales qui vous regardent sans bouger. Principalement, l’œuvre de femmes. Ici, tout est made in Mauritanie. De la sculpture sur bois ou en bronze aux masques et instruments de musique en passant par la maroquinerie, le tissage et la bijouterie, le visiteur ou l’acheteur aura sans doute l’embarras du choix devant ces belles créations.

Même si, ce Grand Marché n’est pas encore trop bien connu du public mauritanien qui n’est pas friand d’objets artisanaux, il demeure néanmoins une vitrine pour les acteurs de l’artisanat mauritanien. Au-delà de son caractère purement lucratif, artistique et promotionnel, le Grand Marché de Noël, c’est avant tout un moment de rencontre, de découverte mais surtout d’échanges d’idées.

«Ce Grand Marché m’a vraiment fait beaucoup de plaisir, m’a permis de venir exposer au centre culturel français et de découvrir de nouvelles et de jolies choses mais surtout de faire de nouvelles connaissances » témoigne Penda Sylla qui représente la boutique Sinaa et qui est à sa première exposition. «Je n’ai jamais trop aimé l’artisanat, ajoute-t-elle, mais depuis que je travaille dans ce milieu, j’admire et je commence à aimer».

Le Grand Marché de Noël a la particularité d’accueillir chaque année des artisans d’origine étrangère mais vivant sur le territoire mauritanien en y exerçant la profession d’artisan. C’est le cas de Adama Bogano qui en est à sa deuxième exposition et vend des bagues, des colliers et des boucles d’oreille en argent.

Au début, en effet, ce Grand Marché de Noël n’était pas du tout un Grand Marché pour devenir en laps de temps un rendez-vous de l’artisanat mauritanien. Au fil des années, ce rendez-vous s’est quasi transformé en foire et est devenu une attraction, un rendez-vous à ne pas manquer pour les inconditionnels des belles créations.

Alassane Sy, plus connu sous le sobriquet de Amadou Bodjel, témoigne, lui qui a été parmi les premiers artisans mauritaniens à participer à cette exposition. L’artisanat, il l’a dans le sang et les veines. «L’artisanat, certes, est un métier mais c’est avant tout, une tradition, une culture chez certaines ethnies comme chez nous, les halpoular, une culture que nous pratiquons avec fierté depuis des millénaires. Je suis né dans l’artisanat. Je l’ai hérité de mes parents qui l’ont hérité à leur tour de leurs parents. C’est un art qui se transmet de génération en génération ».

Pour ce vieux, qui ne se rappelle plus de quelle année, il est venu au monde, le secteur de l’artisanat mauritanien devrait être réorganisé puisque c’est un secteur, selon lui, qui fait vivre de nombreuses familles, un secteur générateur de revenus.

En matière de subvention artisanale, l’Etat traîne davantage les pieds. Pas de foire ou de rencontre artisanale pour sortir ce secteur de l’ornière. Le Grand Marché, ce n’est pas uniquement l’affaire des coopératives qui ont envahi ce secteur. C’est aussi, celle des bonnes volontés. Ginette Sahuc, une française vivant en Mauritanie depuis plus de 50 ans, en est la parfaite illustration.

Partagée entre sa «boutique partage » qui se trouve au Ksar et le centre culturel en cette période, elle en est à sa 6ième année d’exposition. On peut dire qu’elle fait partie du cercle restreint des âmes généreuses, toujours prêtes à s’investir pour une cause sociale. «Je suis là pour les autres. Tout ce qui est là ne m’appartient pas. Cela appartient aux autres(les coopératives, les prisonnières, ndlr). Avec 50 ans en Mauritanie, on ne peut pas rester les bras croisés. »

«J’ai travaillé pendant 25 ans au Croissant Rouge Mauritanien, poursuit-elle, et j’ai continué à le faire toute seule, à aller toujours devant l’autre, mon prochain. C’est Dieu qui m’envoie vers les autres jusqu’à la fin de mes jours ».

La plupart des acheteurs, ce sont des étrangers, principalement des français. Très peu de mauritaniens accordent assez d’importance à notre artisanat local. «Ils viennent pour regarder sans acheter », confie Awa Ndiaye représentant la coopérative «Soumpou ».

A son coté, Léila Sy. Elle excelle dans la teinture depuis plus de 18 ans. Grâce à l’artisanat, elle a pu voyager dans certains pays, y nouer des contacts et surtout recevoir de temps en temps des commandes de l’extérieur. Comme quoi, l’artisanat peut bien nourrir son homme.

Le Grand Marché de Noël rapporte beaucoup de choses à l’artisanat mauritanien. Certains participants ont souhaité voir d’autres rendez-vous de ce genre afin de permettre à l’artisanat mauritanien de se développer en créant des liens d’échanges entre les autres pays. En termes de vente, les chiffres différent des uns et des autres et chaque exposant y trouve son compte.

Une chose est sure et certaine : ce n’est pas l’imagination, le talent ou le savoir-faire qui manquent à nos artisans. Ce qui manque, ce sont les moyens qui font cruellement défaut ou ne suivent pas à cause d’une véritable politique artisanale sérieuse.

Babacar Baye Ndiaye

 

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