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( 22 janvier, 2008 )

Meurtre des 4 touristes français près d’Aleg:Une mise à l’épreuve judiciaire, diplomatique et sécuritaire !

Trois semaines après le meurtre des 4 touristes français près d’Aleg, les deux principaux suspects sont actuellement en train d’être cuisinés par la police mauritanienne dans le cadre de ce qu’il est convenu d’appeler «la tuerie du 24 décembre 2007 ». En attendant de retrouver le troisième suspect dont l’arrestation est imminente, la justice mauritanienne se prépare à un «grand procès ». Un précédent dans notre pays ! Retour sur les péripéties de l’assassinat des 4 touristes français. 

————Par Babacar Baye Ndiaye

Le 24 décembre 2007, on apprend qu’une famille de touristes français est attaquée. Bilan : 4 morts sauvagement abattus et un rescapé, un vieux de plus de 60 ans. Conséquences : le secteur du tourisme est au ralenti et le Paris-Dakar est annulé après de multiples tractations dans les bureaux du Ministère de l’Intérieur mauritanien entre les organisateurs et les autorités mauritaniennes.

Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi mit au parfum promet que tout sera fait pour retrouver les assassins. Après leur forfait qualifié de «crapuleux», les meurtriers, des mauritaniens prirent la poudre d’escampette. Direction : le Sénégal, parce que c’est plus près. Pendant ce temps-là que fait la police routière ? Comment donc expliquer le fait que les meurtriers aient pu disparu très rapidement dans la nature? Ya-t-il  des taupes dans la police qui auraient participé à cette disparition mystérieuse ? 

Quelques heures plutard, l’information est relayée à travers le net et très rapidement. Toute la presse internationale en fait ses choux gras envoyant même des reporters sur place ou faisant des débats là-dessus : France 24, Al Jazeera, de même que la presse indépendante. 

Pendant ce temps, les autorités mauritaniennes, dans un communiqué rendu public le lendemain de la tuerie et comme on pouvait s’y attendre, «déplorent et condamnent cet acte criminel » et assurent avoir «mobilisé tous les moyens nécessaires à l’effet de rechercher, identifier et punir les coupables ». 

L’indignation est perceptible ! Les communiqués condamnant cet acte barbare tombent simultanément. Les partis politiques, la société civile, les organisations de défense des droits de l’homme, bref toute la Mauritanie, fait un appel à toutes les composantes de la nation en vue de s’unir pour éviter que de tels actes qui sont préjudiciables à l’image de notre pays ne se reproduisent. 

Les jours suivants nous édifieront davantage sur ce meurtre. On sait maintenant que cet acte barbare n’est pas l’imagination de bandits armés comme l’avait annoncé le gouvernement mauritanien. Ceci pour des raisons politiques et diplomatiques. Des incidents troublants nous édifient sur l’identité des meurtriers, plus proches de l’aile d’Al Quaida au Maghreb arabe qui confirme ces liens, dans un communiqué, avec des islamistes mauritaniens. Désormais, l’enquête va privilégier la piste terroriste. 

L’armée nationale fait aussi parler d’elle. Un remue-ménage qui tombe à pic car la Mauritanie est vraisemblablement menacée par les attaques terroristes car, trois jours après l’assassinat des 4 touristes français, on apprend que des militaires mauritaniens sont tués dans le Nord-Est de la Mauritanie à El Ghallaouiya. Félix Négri est nommé chef d’Etat major de l’armée nationale. Malgré les assurances du gouvernement mauritanien, la France fait une évaluation du niveau de risque que représente un déplacement en Mauritanie après le meurtre des 4 touristes français près d’Aleg. 

La mort des 3 soldats mauritaniens vient jeter une douche froide et nous rappelle l’attaque d’une caserne militaire à Lemghéitty attribuée au GSPC en 2005 et soldée par le trépas d’une quinzaine de soldats mauritaniens. On parle du syndrome de Lemghéitty.

Et jusqu’à présent, c’est ça qui est un peu curieux, l’identité des auteurs de l’attaque mortelle d’Al Ghallaouiya n’a pas été identifiée. Aucune lumière sur les tenants et les aboutissants de cette attaque ! On en saura que dalle. Ceci démontre que la Mauritanie ne pourra faire face au terrorisme sans disposer de moyens logistiques et financiers conséquents pour lutter ou contrecarrer les attaques terroristes. 

L’enquête sur le meurtre des 4 touristes français fait son petit bonhomme de chemin. A cet égard, on apprend de sources judiciaires, que les auteurs de la «tuerie du 24 décembre 2007 » seraient proches d’Al Quaida au Maghreb islamique(AQMI), la nouvelle appellation du groupe salafiste pour la prédication et le combat algérien. Ce qu’on ignorait c’est que deux d’entre  eux avaient été arrêtés en 2006 pour «appartenance à des groupes extrémistes  salafistes». L’un d’entre eux fut libéré sans inculpation et l’autre acquitté après son procès. Et le 3ième ? Boule de mystère pour le moment. 

La tuerie des 4 touristes français et l’embuscade mortelle d’El Ghallaouiya viennent greffer et conforter les suspicions qui ont toujours peser sur l’efficacité de l’appareil de sécurité et de l’administration territoriale. Après l’attaque d’El Ghallaouiya, c’est l’alerte maximale au niveau de l’Etat major de l’armée nationale qui mobilisa des unités de l’armée. Malgré ce vacarme de bottes des militaires, les auteurs de l’assassinat des 4 touristes vont parvenir à s’éclipser dans les ténèbres. 

Le 29 décembre 2007, le colonel Ely Ould Mohamed Ould Khal est nommé au poste de chef d’état-major adjoint de l’armée nationale. Une nomination mal vue et mal appréciée par les organisations de défense des droits de l’homme qui la qualifient d’irrespectueux et de manquements aux principes de la morale. Ceci est un autre débat et mériterait d’être clarifié ! 

Le 2 janvier 2008, un autre communiqué, cette fois-ci de la primature, tombe. Dans le communiqué, elle prend le contre-pied des «mauvaises volontés » qui voudraient galvauder l’image du pays, regrette les douloureux événements qui ont ulcéré tout le pays tout en les qualifiant d’actes isolés.

Tout ceci pour esquiver justement la réalité. Le gouvernement mauritanien ne préférant pas appeler un chat, un chat ! En l’occurrence, la présence d’activistes scabreux sur le territoire mauritanien. Au même moment, les condamnations et les dénonciations contre l’assassinat des 4 touristes français continuent de pleuvoir. Même les partis politiques d’obédience religieuse comme le Parti National pour la Réforme et le Développement de Jémil Mansour blâme cet acte «barbare et lâche ».

Chacun semble être concerné. On condamne sur toute la ligne. Partis politiques, érudits religieux, organisations de la société civile, tout le monde semble être conscient du danger qui guette la Mauritanie. On semble dire que la Mauritanie n’est pas la Somalie ni le Pakistan encore moins l’Afghanistan où chaque jour des attentats ou attaques terroristes ont lieu. 

Les contrôles de sécurité  se renforcent sur les axes de route nationale du pays, sur les points névralgiques des centres urbains comme Nouakchott et au niveau des frontières notamment avec l’Algérie qui constitue la fourmilière, le lieu de refuge, de repli stratégique, d’encadrement et d’opération des groupes islamistes se revendiquant d’Al Quaida au Maghreb. 

La mobilisation est générale. Pas de répit surtout pour nos services de sécurité. Car, en effet, depuis plus de trois semaines, c’est tous les services de renseignement de la police, de la gendarmerie et de l’armée qui sont mobilisés dans le cadre de l’enquête de l’assassinat des 4 touristes français à Aleg le 24 décembre 2007. C’est une véritable chasse à courre qui s’engage à la poursuite des auteurs de cet assassinat qui ont pris la fuite vers le Sénégal en traversant le fleuve Sénégal appuyé en cela par des individus qui ont été à leur tour interpellés, appréhendés puis relâchés pour certains et incarcérés pour d’autres. 

4 janvier 2008, coup de tonnerre : le Rallye Paris-Dakar de l’édition 2008 est annulé pour des raisons d’insécurité. La raison d’Etat l’emporte.

Le gouvernement mauritanien semble être pris de court et choqué par la décision du gouvernement français de «déconseiller fortement » ses ressortissants à se rendre en Mauritanie.

La pilule sera amère et dure à avaler par la Mauritanie qui affirme que cette «décision » n’a aucun rapport avec la réalité en terme de sécurité dans notre pays. La bataille des communiqués ou plutôt la bataille diplomatique entre la France et la Mauritanie aura été pleine de suspens et de rebondissements, chacune essayant de légitimer sa position.

«C’est la sagesse qui a prévalu avec l’annulation du rallye » dira Michèle-Alliot Marie, la ministre française de l’Intérieur qui soutiendra qu’ «en ce moment, des groupes se réclamant d’Al Quaida ont la volonté de commettre des actions fortes et symboliques » contre les intérêts français. 

Ce n’est plus un doute, il existe bel et bien des activistes terroristes en Mauritanie. La preuve, de jeunes mauritaniens sont tout le temps recrutés à coup de dollar ou d’euro pour aller combattre dans les pays occupés par les occidentaux. 

Le vendredi 11 janvier 2008, au moment où une marche pour célébrer la journée nationale contre le terrorisme, on apprend que deux des trois présumés assassins des 4 touristes français tués le 24 décembre dernier à Aleg et considérés comme des proches d’Al Quaida sont appréhendés en Guinée Bissau. Ces derniers avouent n’avoir aucun regret d’avoir tué des «infidèles et des alliés américains » et «sont prêts à répéter le geste s’ils en ont encore l’occasion». 

Le message est à la fois édifiant et terrifiant car il révèle à n’en pas douter un crime avec préméditation. Le parcours de ces deux présumés est troublant à plus d’un titre. L’un des présumés du nom de Sidi Ould Sidna avait été arrêté en novembre 2006 pour appartenance à un groupe terroriste et aurait, selon des informations de la police mauritanienne, subi des entraînements militaires dans les maquis du GSPC algérien.

Et l’autre présumé arrêté du nom de Mohamed Ould Sidi Chabrnou aurait eu lui aussi des relations avec le GSPC et reçu une formation militaire. Naturellement, donc, on pourrait penser que ces deux jeunes se seraient connus en Algérie. Leur  appartenance à Al Quaida qui compte plus de 500 hommes armés dont 400 en Algérie et une centaine se déplaçant dans la zone sahélienne entre la Mauritanie et le Mali ne fait plus l’ombre d’un doute.

En outre, l’itinéraire pris par les jeunes terroristes montre l’existence de cellules dans les pays comme le Sénégal, la Mali, la Gambie, la Guinée Bissau et la Guinée Conakry. Ces deux jeunes auraient-ils été appréhendés sans le concours des roussins français qui n’ont cessé de pister les fugitifs dans leur fuite d’Aleg jusqu’à Bissau en passant par le Sénégal et la Gambie ?

Le fait qu’ils aient pu sortir du territoire mauritanien a surpris plus d’un et soulevé beaucoup d’interrogations. En attendant la capture du dernier présumé qui se trouve actuellement au Mali, a-t-on appris, l’enquête se poursuit. Depuis le début de cette affaire, 14 personnes sont arrêtées et entendues par la police dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat des 4 touristes français. 

Dans le cadre de la lutte contre l’activisme islamiste, on annonce l’arrivée de soldats américains qui vont former des unités méharistes mauritaniennes patrouillant le long de la frontière avec l’Algérie, le Sahara occidental et le Mali. Mais ceci suffira-t-il à venir à bout de l’expansionnisme dangereux des groupuscules armés se réclamant d’Al Quaida au Maghreb ? 

Quoiqu’il en soit, il faut prendre au sérieux l’existence d’un réseau d’hommes et de soutien logistique dont la réalité ne fait plus aucune suspicion. A cet égard, il faut noter que c’est la stabilité de la Mauritanie qui est en jeu. Ce pays, jusque là épargné des attaques terroristes risque de basculer dans le fondamentalisme religieux. 

Le fondamentalisme religieux, c’est le feu avec lequel les autorités ne devraient pas badiner au péril de se voir calciner les doigts. La tuerie des 4 touristes français et l’attaque mortelle d’El Ghallaouiya constituent à n’en pas douter des messages clairs et des avertissements sérieux. 

( 22 janvier, 2008 )

Abderrahmane Ould Salem, directeur de la maison des cinéastes

«Le cinéma mauritanien est pris en otage par la décision politique (…) et l’absence d’une culture cinéphile» 

Pendant 15 jours, la caravane dromadaire, initiée par la maison des cinéastes, a traversé 18 villes de l’intérieur du pays. Au total, 17 films furent projetés au grand bonheur des populations autochtones. 5000 spectateurs directs ont été touchés et des dizaines de milliers de personnes sensibilisées sur des thèmes comme l’unité nationale entre autres. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous revenez de l’intérieur du pays dans le cadre de la promotion du concept «écran dromadaire ». Pouvez-vous revenir sur cette caravane ? 

Cette caravane, elle a trois rôles. Dans un premier temps, elle nous permet de prendre en contact avec le maximum possible de sources qu’elles soient des associations de la société civile, des notables, des gens qui appartiennent à la mémoire du pays, etc. Deuxième rôle, c’est l’éducation parce que nous projetons pas mal de films qui traitent des sujets très intéressants sur des thèmes comme l’unité nationale, la santé, la justice… et le troisième rôle, c’est la mémoire parce que nous essayons  de filmer le maximum d’images pour construire un peu la mémoire surtout audiovisuelle qui fait malheureusement beaucoup de défaut dans notre pays. 

Le Rénovateur Quotidien : Comment est-ce que cette caravane mobile a été accueillie par les populations autochtones ? 

C’était vraiment magique ! C’était déjà l’hospitalité des mauritaniens partout mais aussi la curiosité, la découverte et l’échange. Là où nous sommes passés, nous avons voulu intégrer le lieu. Nous n’avons jamais voulu débarquer comme des étrangers avec leurs matériels. A chaque fois, on a essayé de prendre en contact avec les autorités, les jeunes pour leur demander ce qui les intéresse en terme de projection de films. Par exemple, à Oualata, nous avons projeté un film tourné dans les années 50 que les habitants n’ont jamais vu. 

Le Rénovateur Quotidien : Et vous pensez que vous avez réussi quelque chose ? 

Nous avons réussi d’abord à connaître le pays. Chaque fois qu’on reprenait la caravane, on découvrait un coin du pays. Nous avons réussi à savoir ce qui intéresse les différents types de populations et nous avons surtout réussi à emmener avec nous beaucoup d’images de l’intérieur. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’on peut penser que cette caravane mobile vient confirmer votre principe qui est de rapprocher les hommes et les cultures ? 

Absolument ! Le but de la maison des cinéastes c’est de rapprocher les hommes et les cultures. Je crois que le fait de se déplacer à un endroit, c’est déjà un acte de rapprochement et après aller avec le but d’intégrer l’autre ou de vivre avec l’autre, c’est aussi un acte très important. En plus, quand on projette un film tourné à Oualata et on le projette dans un petit coin à Trarza, c’est pour montrer aux gens de Trarza qu’il y a une autre localité qui s’appelle Oualata. Quand on projette des images tournées à Zouérate et on le projette à Boghé, c’est pour montrer aux gens de Boghé qu’il y a une localité qui s’appelle Zouérate. Ceci rentre toujours dans cette optique de rapprochement entre les hommes et les cultures. 

Le Rénovateur Quotidien : Tout à l’heure, vous évoquiez le manque de mémoire audiovisuelle en Mauritanie. C’est dans ce cadre que vous avez initié le projet «Kennache». Où en êtes-vous actuellement ? 

On est en avance. On est en train de digitaliser d’autres films qu’on a trouvés. Nous avons terminé notre base de données. Localement, on peut la consulter : tous les titres, les contenus de films et les dates de tournage. D’ici peu de temps, nous allons être en ligne sur notre site. On est en train aussi de digitaliser et de répertoriées les images qu’on a amenées de l ‘intérieur du pays. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que ce travail a été de tout repos ? 

Pas du tout ! Je pense que le problème qu’on va avoir peut être, on risque d’avoir un jour beaucoup d’images et ne pas avoir le temps de montrer ces images aux générations d’aujourd’hui. Je crois que si on arrive à avoir une très bonne équipe qui va travailler nuit et jour pour récupérer certaines images et une autre équipe qui va organiser les projections, on n’aura pas beaucoup de problèmes. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez apparemment des appréhensions par rapport à l’aboutissement concret de ce projet ? 

Ce ne sont pas des appréhensions. Nous sommes très motivés, nous voulons vraiment faire ce projet mais nous n’avons pas encore vu un engagement réel- parce que ce n’est pas un projet de la maison des cinéastes, c’est un projet pour tout le pays- un engagement officiel du ministère de la culture et de la communication, un engagement de la part des individus qui détiennent des archives chez eux. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous voulez dire que les autorités n’ont pas encore montré un  intérêt particulier à ce projet? 

Oui ! 

Le Rénovateur Quotidien : Les chanteurs, les poètes, les peintres sont primés sauf les cinéastes. Quel est votre avis sur cela ? 

Je pense que c’est une très bonne chose de primer tous les créateurs mais ce n’est pas une bonne chose. Je crois qu’il y a eu des défaillances au niveau de l’organisation et de l’attribution de certains prix. Maintenant, nous, notre position est somme toute claire. Je pense que celui qui doit me primer, c’est celui qui me comprend et qui comprend ce que je fais. Cette personne ou cet administrateur qui comprend ce que la maison des cinéastes est en train de faire n’est pas encore trouvé. 

Le Rénovateur quotidien : Donc, vous vous sentez mis à l’écart ? 

Absolument ! Le cinéma mauritanien est orphelin. Il est pris en otage par la décision politique, les structures culturelles et l’absence d’une culture cinéphile chez les populations. Il est dans une situation terrible mais parallèlement à cela, le cinéma ou l’image en général ne devrait pas être un corps étranger dans notre pays parce que nous consommons beaucoup d’images. 

Le Rénovateur Quotidien : Dans ce cas, pourquoi faut-il continuer à pousser les jeunes à faire du cinéma si ceux qui sont sensés encourager la créativité et promouvoir le cinéma ne le font pas ? 

C’est pour cela, nous avons initié un projet qui consiste à implanter partout dans le pays des antennes de la maison des cinéastes, des sortes de mini maisons des cinéastes. On va commencer la semaine prochaine à Nouakchott en lançant l’antenne pilote à El Mina, des antennes dans les autres quartiers de Nouakchott et à l’intérieur du pays. Ces antennes vont organiser des projections cinématographiques, des rencontres, traiter les mêmes sujets que traite la maison des cinéastes, filmer le quotidien des gens et construire une mémoire, vont créer des espaces pour équiper les jeunes perdus et d’expression pour les jeunes. Je pense que le jour où on arrivera à installer ces antennes, ce serait déjà une bonne chose dans la promotion du cinéma en Mauritanie. 

Le Rénovateur Quotidien : Certainement, vous êtes en train de préparer la 3ième édition de la SENAF. Est-ce qu’on peut avoir une idée sur les préparatifs ? 

Actuellement, nous sommes sur la préparation de trois choses plus urgentes pour la SENAF. La première, c’est la production des 14 films que nous allons projeter. Les 7 films se rapporteront au thème de ce festival qui sera  «migration et voyages libres» et les 7 autres sur des thèmes libres. La deuxième chose, c’est les choix et la sélection des films qu’on va projeter. Nous sommes déjà à 7 films européens et 4 films africains. La troisième chose, c’est la préparation et la recherche des partenaires pour financer ce festival. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce à dire que cette SENAF plus élargie et plus ouverte que la précédente édition ? 

Bien sûr ! Dans la forme, on compte un peu «internationaliser» cette édition 2008 et dans le contenu, on reste avec un festival national. Ce qui est c’est qu’il y aura plus de pays africains et européens que l’édition 2007. 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

   

( 9 janvier, 2008 )

Docteur Mohamed Moussa, chirurgien au C.H.N. de Nouakchott, membre du Syndicat des médecins spécialistes en Mauritanie: »Il y a une très grande crise dans le secteur de la santé »

Qui est le plus opiniâtre  entre le Ministère de la Santé qui refuse d’ouvrir des négociations et les médecins spécialistes qui bivouaquent toujours sur leur position malgré qu’ils aient été reçus par le Conseil Supérieur de la Fonction Publique hier à 13 heures ? Chaque camp accuse l’autre d’immobilisme, de manque d’ouverture et de dialogue sérieux. Pour en savoir plus, nous avons ouvert nos colonnes au docteur Mohamed Moussa. 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce qui est ressorti des discussions que vous avez eues avec le Conseil Supérieur de la Fonction Publique ? 

Pour le moment, nous ne pouvons pas parler de discussions parce qu’il n y en avait pas. Notre rencontre avec le Conseil Supérieur de la Fonction Publique a porté essentiellement sur un accord pour un statut préposé. C’est un accord portant sur un projet de loi relatif au statut des médecins. 

Le Rénovateur Quotidien : Et sur quoi porte cet accord plus précisément ? 

Actuellement, ce qu’on a reçu c’est l’accord sur un statut des médecins spécialistes et même un statut pour le personnel de la santé. Cela n’ajoutera pas beaucoup de choses pour les salaires. L’acquisition de ce statut est un atout qui pourra nous permettre de lutter pour avoir des indemnités de plus et améliorer le salaire des médecins spécialistes et du personnel de la santé. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’au cours de votre réunion avec le CSFP, aurez-vous discuté de vos problèmes et de vos préoccupations ? 

Nos problèmes ont déjà fait l’objet de plusieurs discussions et le seront davantage. Nos réclamations sont la création d’un statut avec l’amélioration des indemnités des médecins. On n’a pas beaucoup de choses sur lesquelles à discuter. 

Le Rénovateur Quotidien : Et on vous a promis de le faire ? 

Eux, ils savent mieux que nous, nos réclamations sont légitimes et normales. Mais l’application de cette loi, c’est ça le problème : quand et comment ? 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous allez poursuivre votre mot d’ordre de grève ? 

Bien sûr ! Jusqu’au moment où je vous parle, nous sommes en grève. Nous allons continuer à observer ce mouvement de grève jusqu’à la tenue du prochain Conseil des Ministres. On nous a promis que le statut du personnel de la santé sera adopté par le Conseil des Ministres. Après l’adoption de cette loi, nous allons tenir une Assemblée Générale pour discuter de la situation et de l’évolution de nos revendications pour décider de la continuité ou de l’arrêt de la grève. 

Le Rénovateur Quotidien : N’êtes-vous pas en train de pousser le bouchon un peu loin en poursuivant cette grève ? 

Je ne pense pas. Nous sommes en train d’ouvrir une porte de sortie au gouvernement. Pousser le bouchon, ce serait élargir la grève, arrêter les urgences, faire une démission massive. On a beaucoup de moyens de serrer le bouchon. On ne peut pas encore annuler une grande grève à la suite des promesses. Cette grève était venue après les promesses. Cela veut dire qu’on ne peut pas arrêter une grève de 140 spécialistes. Chacun de nous a au moins bac+11. On est des intellectuels quand même. On est rentré dans la grève après des consultations juridiques. On a consulté des avocats et on sait parfaitement ce qu’on est en train de faire. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes déterminés à aller jusqu’au bout malgré les menaces du gouvernement de vous radier de la fonction publique ? 

Ces menaces ne nous ébranlent pas. On ne peut pas faire sortir 12 élèves dans une salle de classe et on voudrait le faire avec 140 spécialistes. Soyons raisonnables ! Nous devons être sages. S’ils réclament leurs droits, c’est tout à fait légitime. 

Le Rénovateur Quotidien : Au niveau de l’hôpital national, il y a les patients qui se plaignent… 

(Il m’interrompt)Nos revendications, jusqu’à preuve du contraire, sont légitimes. C’est le gouvernement qui est responsable de cette situation. Dès qu’on dépose un préavis de grève, on lance la responsabilité sur le dos du gouvernement. Nous devons réclamer nos droits malgré la situation des populations. C’est vrai que cela nous fait mal au cœur d’avoir des malades qui ne reçoivent pas leurs traitements. Mais on peut faire quelque chose pour eux, on peut assurer les urgences mais encore, notre seul moyen de réclamations de nos droits après des négociations, c’est la grève. 

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous adressé un préavis de grève à votre tutelle ? 

On a adressé un préavis de grève de 45 jours, presque 35 jours ouvrables. La loi nous demande de faire un préavis de 10 jours ouvrables. C’est après qu’on a lancé la grève et on l’a suspendu. On ne l’a pas arrêtée. La grève du 3 décembre 2007, on l’a suspendu. On l’a repris après un mois de négociations avec le gouvernement. On a repris la grève qui était suspendue. 

Le Rénovateur Quotidien : Mouvement de grève par-ci, confrontation par-là…Peut-on parler de crise dans le secteur de la santé ? 

Il y a une très grande crise dans le secteur de la santé. Nous, nous voulons créer la crise. La grève, c’est une création d’une crise et nous,  nous savons qu’il y aura une crise et c’est à partir de cette crise, qu’on pourra arracher nos droits. Nous savons très bien qu’il y aura une grande crise, un grand problème et même beaucoup de dégâts. Il y a des gens qui viennent à l’hôpital et qui ne se traitent pas. Tout ceci, c’est la responsabilité du gouvernement. Il doit lancer une discussion très rapide. 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’allez-vous faire si le gouvernement ne vous propose pas des solutions qui ne vous conviennent pas ? 

Nous ne souhaitons pas en arriver là. Nous sommes toujours à l’écoute du gouvernement. Nous sommes des gens sages. Nous ne sommes pas avec des diables. Nous pensons qu’il y aura une solution rapide qui sera trouvée à cette situation. On ne peut pas imaginer que notre gouvernement ne peut pas résoudre un problème comme celui-là, qui est un problème facile à résoudre. Nous ne demandons pas quelque chose d’impossible. 

Le Rénovateur Quotidien : Votre grève, est-ce une manière de revendiquer de meilleures conditions de vie et de travail ou tout simplement s’agit-il d’une pression sur les autorités pour assouvir les intérêts d’un groupe ? 

Non, pas du tout ! S’il y a un décret pris par le Président de la République élaborant un statut des médecins, nous arrêtons immédiatement la grève. 

Le Rénovateur Quotidien : Un député a souhaité entendre le Ministre de la santé sur la situation actuelle du secteur. Qu’est-ce que vous en pensez ? 

Le ministre de la santé est un politicien et nous, nous sommes des praticiens. Lui, il pratique la politique et nous la médecine. Lui, il a le droit de jouer avec tous les mots. Nous, nous jouons avec les seringues et les médicaments. Il peut dire tout ce qu’il veut mais il est responsable de ces paroles et nous, responsables de nos réflexes. Nous croyons que ce qu’il a dit relève du jeu politique. Tout le monde sait que les hôpitaux sont en paralysie totale, le secteur de la santé est en crise. Le fait que le Ministre affirme qu’il n y a pas de problème et que les techniciens supérieurs peuvent exercer à la place des spécialistes, cela veut dire qu’il n y a pas de santé en Mauritanie, cela veut dire aussi que ceux qui peuvent aller se faire traiter ailleurs n’ont qu’à aller et les autres à mourir. 

Le Rénovateur Quotidien : Donc, à votre niveau, vous n’êtes pas satisfait ? 

Bien sûr ! On n’est pas satisfait de la manière dont le dossier est traité, de la gestion de l’Etat, du gouvernement, du ministère de la santé, du ministère de la fonction publique, du ministère de l’économie et des finances et même du Premier ministre. Nous souhaitons que le Président de la République agisse le plus rapidement possible. 

Le Rénovateur Quotidien : C’est pour faire connaître à l’opinion publique tout cela que vous avez agi de la sorte en observant ce mouvement de grève ? 

Ecoutez, nous ne sommes pas en bras de fer avec le gouvernement ni avec les populations. Nous sommes des médecins qui réclament leurs droits. Certains d’entre nous ont bac+11 ou 13 alors que les professeurs d’université n’ont que bac+9. Nous demandons les mêmes traitements de faveur qu’eux. Nous demandons un cadre juridique avec lequel nous pouvons travailler. C’est très simple ! 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

( 9 janvier, 2008 )

Baba Maal

Lancement de son album «Riche Afrique!!!» en Mauritanie 

Ce vendredi dernier (4 janvier 2008), au Centre Culturel Français de Nouakchott, avait lieu le lancement du nouvel album de Baba Maal intitulé international «Riche Afrique!!!».Après «Mi Yewni ou Missing You » et sept ans de sabbat musical, Baba Maal et le Dandé Lénool nous reviennent avec un nouvel album intitulé «International Riche Afrique!!!». Un album qui tombe à pic et qui vient s’inscrire en faux contre certains propos à la limite désarmants du genre «l’Afrique est pauvre », «l’Afrique est le déchet du monde », «En Afrique, c’est la déchéance ». Un album international pour montrer aussi que «l’Afrique est riche par sa beauté, sa culture et ses ressources naturelles ». 

 

On a attendu, beaucoup attendu et trop attendu même. Toujours pas la silhouette de Baba Maal ! La conférence de presse, prévue dans la salle des spectacles du CCF à 16 heures, n’aura finalement lieu que vers les coups de 17 heures et demi. L’expectative devenait de plus en plus insupportable. «Il sera là dans 5 minutes » nous dit-on en guise d’assurance après avoir poireauté pendant plus de 90 minutes.  Enfin, elle a eu lieu mais avec beaucoup de piétinement. « Sur le plan timing, il est ingérable (Baba Maal, ndlr)» nous confie un des organisateurs de la venue à Nouakchott de l’enfant du Podor apparemment dépité par cette longue attente. Vrai ou faux, les journalistes qui ont été invité à cette conférence de presse en ont beaucoup souffert cette  après midi de vendredi. 

Habillé en boubou blanc qui n’arrêtait pas d’émettre des frou-frou et cousu par des jeunes stylistes mauritaniens, Baba Maal est apparu devant le public avec un nouveau look, plus rajeuni et plus raffiné. En rasta ! Dès son apparition, comme à l’accoutumée, en roi, il a eu droit à des glorifications de la part d’une femme dont on méconnaissait l’identité. Certainement sa griotte ! Il y avait les passionnés de Baba Maal qui ont tenu à être présents à cette conférence de presse. Mais aussi des popularités du monde politique et stylistique comme Ibrahima Moctar Sarr et Madame Oumou Sy. Son dernier voyage en Mauritanie date de deux ans. Donc, son retour était très attendu par ses groupies et le lancement de son nouvel album en Mauritanie n’était point fortuit. 

Au cours de sa conférence de presse, Baba Maal a beaucoup parlé de l’Afrique, de la culture africaine, de sa jeunesse. Ce qu’il pense de la situation actuelle qui prévaut dans le continent noir, de sa vision de l’avenir, de ses projets, de ses relations avec les autorités politiques sénégalaises en premier lieu avec le Président de la République du Sénégal, maître Abdoulaye Wade. 

«C’est vrai que nous traversons des moments difficiles, reconnaît-il,  nous avons les guerres, les conflits, la pauvreté, les maladies. C’est sûr ! Mais ce n’est pas une raison valable pour condamner l’Afrique à jamais. Nous avons la jeunesse africaine qui est très dynamique et qui n’aspire qu’à faire quelque chose pour son continent et pour elle-même. Nous avons aussi les femmes qui restent un groupe très solide sur qui nous pouvons compter demain». Pour lui, fini le temps de pleurnicher, il faut agir et cela en comptant sur nous-mêmes, sur notre engagement personnel, sur les Africains qui ont conscience du devenir de leur continent, sur les amis de l’Afrique, sur les gens qui aiment ce continent, sa culture et son histoire. 

L’album international «Riche Afrique!!!» est un appel solennel à tous les africains de se joindre au projet «Africa 2015» afin de promouvoir les Objectifs du Millénaire pour le Développement, lutter contre la pauvreté et essayer surtout de corriger l’image de l’Afrique. « C’est dommage, dit-il, qu’une partie de l’Afrique ne se rende pas compte que nous avons le monde entier rivé sur nous. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas promouvoir ce qu’il y a de plus beau sur ce continent, ce qu’il y a de positif. Ce n’est pas non plus une raison de ne pas montrer certaines parties de ce continent qui essaient de véhiculer une bonne image de l’Afrique». 

Baba Maal est un artiste déroutant sur le plan musical. La preuve, de «Baayo» à «Mi Yewni ou missing you» qui a reçu le prestigieux «Prix de la Word Music» décernée par la BBC en passant par «Laam Toro», «Firin Fouta» et «Nomad Soul», il a su allier divers styles musicaux, lui qui nous a souvent habitué à la musique traditionnelle. De Philadelphie au studio du groupe mythique «Roots» à Londres au studio «Beethoween» en passant par Dakar, les enregistrements de l’album «Riche Afrique!!!» aura duré deux ans. «On a voulu travailler de manière naturelle pour sortir quelque chose qui reflète ce que je voulais ressortir. Il fallait donc réfléchir à deux fois avant de sortir un nouvel album international» confie-t-il. Un album qui ne s’inscrirait pas dans les mêmes perspectives que les albums précédents de Baba Maal sur le plan international. Une rupture dans la conception musicale ! Un «pont de jonction» entre le continent noir et le reste du monde et notamment  la diaspora africaine. 

Pilotant le projet «Africa 2015», Baba Maal, qui n’est plus à présenter, est aujourd’hui parmi les rares artistes africains qui collaborent avec le Programme des Nations Unies pour le Développement. «Nous utilisons la musique pour pouvoir échanger des idées, mener des projets et essayer de trouver des financements pour construire même si ce n’est qu’une salle de classe ou acheter des table-bancs» dit-il. 

Dans «Tinoo», Baba Maal fait un clin d’œil à la femme africaine tout en se préoccupant de son sort. «Nous avons besoin de nos sœurs, de nos mamans et de nos femmes. Nous avons besoin d’elles un peu partout dans la société parce qu’elles restent une référence, une force qui peut participer à changer la destinée de nos pays et de nos peuples » lance-t-il. «Nous avons beaucoup de choses à gagner de ces femmes qui sont les femmes africaines» rajoute-t-il. 

L’album international «Riche Afrique!!!» a vu la participation de Bineta Lally Sow et Baba Maal n’a pas tari d’éloges envers cette diva de la musique guinéenne. «J’ai été très sensible au fait qu’elle était une grande chanteuse au même titre que Césaria Evora. Elle a tout donné à cette culture peule, cette culture poular. Avec 50 ans de carrière musicale, elle ne vit pas décemment. Elle a un caractère qui montre vraiment la grandeur des femmes africaines et des femmes foulbé». 

S’inspirant des Objectifs du Millénaire pour le Développement, Baba Maal a composé une chanson(lekki-lekki) qui parle de l’écologie, de la protection de l’environnement. «Même si, nous ne sommes pas responsables de ce qui se passe sur cette planète, nous devons nous réunir pour parer toutes ces éventualités comme la désertification» avertit-il. 

A travers son album international «Riche Afrique!!!», Baba Maal a montré encore une fois une autre facette de lui, de son génie musical en puisant dans ses expériences pour parler de l’Afrique. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

   

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