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( 9 janvier, 2008 )

Docteur Mohamed Moussa, chirurgien au C.H.N. de Nouakchott, membre du Syndicat des médecins spécialistes en Mauritanie: »Il y a une très grande crise dans le secteur de la santé »

Qui est le plus opiniâtre  entre le Ministère de la Santé qui refuse d’ouvrir des négociations et les médecins spécialistes qui bivouaquent toujours sur leur position malgré qu’ils aient été reçus par le Conseil Supérieur de la Fonction Publique hier à 13 heures ? Chaque camp accuse l’autre d’immobilisme, de manque d’ouverture et de dialogue sérieux. Pour en savoir plus, nous avons ouvert nos colonnes au docteur Mohamed Moussa. 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce qui est ressorti des discussions que vous avez eues avec le Conseil Supérieur de la Fonction Publique ? 

Pour le moment, nous ne pouvons pas parler de discussions parce qu’il n y en avait pas. Notre rencontre avec le Conseil Supérieur de la Fonction Publique a porté essentiellement sur un accord pour un statut préposé. C’est un accord portant sur un projet de loi relatif au statut des médecins. 

Le Rénovateur Quotidien : Et sur quoi porte cet accord plus précisément ? 

Actuellement, ce qu’on a reçu c’est l’accord sur un statut des médecins spécialistes et même un statut pour le personnel de la santé. Cela n’ajoutera pas beaucoup de choses pour les salaires. L’acquisition de ce statut est un atout qui pourra nous permettre de lutter pour avoir des indemnités de plus et améliorer le salaire des médecins spécialistes et du personnel de la santé. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’au cours de votre réunion avec le CSFP, aurez-vous discuté de vos problèmes et de vos préoccupations ? 

Nos problèmes ont déjà fait l’objet de plusieurs discussions et le seront davantage. Nos réclamations sont la création d’un statut avec l’amélioration des indemnités des médecins. On n’a pas beaucoup de choses sur lesquelles à discuter. 

Le Rénovateur Quotidien : Et on vous a promis de le faire ? 

Eux, ils savent mieux que nous, nos réclamations sont légitimes et normales. Mais l’application de cette loi, c’est ça le problème : quand et comment ? 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous allez poursuivre votre mot d’ordre de grève ? 

Bien sûr ! Jusqu’au moment où je vous parle, nous sommes en grève. Nous allons continuer à observer ce mouvement de grève jusqu’à la tenue du prochain Conseil des Ministres. On nous a promis que le statut du personnel de la santé sera adopté par le Conseil des Ministres. Après l’adoption de cette loi, nous allons tenir une Assemblée Générale pour discuter de la situation et de l’évolution de nos revendications pour décider de la continuité ou de l’arrêt de la grève. 

Le Rénovateur Quotidien : N’êtes-vous pas en train de pousser le bouchon un peu loin en poursuivant cette grève ? 

Je ne pense pas. Nous sommes en train d’ouvrir une porte de sortie au gouvernement. Pousser le bouchon, ce serait élargir la grève, arrêter les urgences, faire une démission massive. On a beaucoup de moyens de serrer le bouchon. On ne peut pas encore annuler une grande grève à la suite des promesses. Cette grève était venue après les promesses. Cela veut dire qu’on ne peut pas arrêter une grève de 140 spécialistes. Chacun de nous a au moins bac+11. On est des intellectuels quand même. On est rentré dans la grève après des consultations juridiques. On a consulté des avocats et on sait parfaitement ce qu’on est en train de faire. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes déterminés à aller jusqu’au bout malgré les menaces du gouvernement de vous radier de la fonction publique ? 

Ces menaces ne nous ébranlent pas. On ne peut pas faire sortir 12 élèves dans une salle de classe et on voudrait le faire avec 140 spécialistes. Soyons raisonnables ! Nous devons être sages. S’ils réclament leurs droits, c’est tout à fait légitime. 

Le Rénovateur Quotidien : Au niveau de l’hôpital national, il y a les patients qui se plaignent… 

(Il m’interrompt)Nos revendications, jusqu’à preuve du contraire, sont légitimes. C’est le gouvernement qui est responsable de cette situation. Dès qu’on dépose un préavis de grève, on lance la responsabilité sur le dos du gouvernement. Nous devons réclamer nos droits malgré la situation des populations. C’est vrai que cela nous fait mal au cœur d’avoir des malades qui ne reçoivent pas leurs traitements. Mais on peut faire quelque chose pour eux, on peut assurer les urgences mais encore, notre seul moyen de réclamations de nos droits après des négociations, c’est la grève. 

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous adressé un préavis de grève à votre tutelle ? 

On a adressé un préavis de grève de 45 jours, presque 35 jours ouvrables. La loi nous demande de faire un préavis de 10 jours ouvrables. C’est après qu’on a lancé la grève et on l’a suspendu. On ne l’a pas arrêtée. La grève du 3 décembre 2007, on l’a suspendu. On l’a repris après un mois de négociations avec le gouvernement. On a repris la grève qui était suspendue. 

Le Rénovateur Quotidien : Mouvement de grève par-ci, confrontation par-là…Peut-on parler de crise dans le secteur de la santé ? 

Il y a une très grande crise dans le secteur de la santé. Nous, nous voulons créer la crise. La grève, c’est une création d’une crise et nous,  nous savons qu’il y aura une crise et c’est à partir de cette crise, qu’on pourra arracher nos droits. Nous savons très bien qu’il y aura une grande crise, un grand problème et même beaucoup de dégâts. Il y a des gens qui viennent à l’hôpital et qui ne se traitent pas. Tout ceci, c’est la responsabilité du gouvernement. Il doit lancer une discussion très rapide. 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’allez-vous faire si le gouvernement ne vous propose pas des solutions qui ne vous conviennent pas ? 

Nous ne souhaitons pas en arriver là. Nous sommes toujours à l’écoute du gouvernement. Nous sommes des gens sages. Nous ne sommes pas avec des diables. Nous pensons qu’il y aura une solution rapide qui sera trouvée à cette situation. On ne peut pas imaginer que notre gouvernement ne peut pas résoudre un problème comme celui-là, qui est un problème facile à résoudre. Nous ne demandons pas quelque chose d’impossible. 

Le Rénovateur Quotidien : Votre grève, est-ce une manière de revendiquer de meilleures conditions de vie et de travail ou tout simplement s’agit-il d’une pression sur les autorités pour assouvir les intérêts d’un groupe ? 

Non, pas du tout ! S’il y a un décret pris par le Président de la République élaborant un statut des médecins, nous arrêtons immédiatement la grève. 

Le Rénovateur Quotidien : Un député a souhaité entendre le Ministre de la santé sur la situation actuelle du secteur. Qu’est-ce que vous en pensez ? 

Le ministre de la santé est un politicien et nous, nous sommes des praticiens. Lui, il pratique la politique et nous la médecine. Lui, il a le droit de jouer avec tous les mots. Nous, nous jouons avec les seringues et les médicaments. Il peut dire tout ce qu’il veut mais il est responsable de ces paroles et nous, responsables de nos réflexes. Nous croyons que ce qu’il a dit relève du jeu politique. Tout le monde sait que les hôpitaux sont en paralysie totale, le secteur de la santé est en crise. Le fait que le Ministre affirme qu’il n y a pas de problème et que les techniciens supérieurs peuvent exercer à la place des spécialistes, cela veut dire qu’il n y a pas de santé en Mauritanie, cela veut dire aussi que ceux qui peuvent aller se faire traiter ailleurs n’ont qu’à aller et les autres à mourir. 

Le Rénovateur Quotidien : Donc, à votre niveau, vous n’êtes pas satisfait ? 

Bien sûr ! On n’est pas satisfait de la manière dont le dossier est traité, de la gestion de l’Etat, du gouvernement, du ministère de la santé, du ministère de la fonction publique, du ministère de l’économie et des finances et même du Premier ministre. Nous souhaitons que le Président de la République agisse le plus rapidement possible. 

Le Rénovateur Quotidien : C’est pour faire connaître à l’opinion publique tout cela que vous avez agi de la sorte en observant ce mouvement de grève ? 

Ecoutez, nous ne sommes pas en bras de fer avec le gouvernement ni avec les populations. Nous sommes des médecins qui réclament leurs droits. Certains d’entre nous ont bac+11 ou 13 alors que les professeurs d’université n’ont que bac+9. Nous demandons les mêmes traitements de faveur qu’eux. Nous demandons un cadre juridique avec lequel nous pouvons travailler. C’est très simple ! 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

( 9 janvier, 2008 )

Baba Maal

Lancement de son album «Riche Afrique!!!» en Mauritanie 

Ce vendredi dernier (4 janvier 2008), au Centre Culturel Français de Nouakchott, avait lieu le lancement du nouvel album de Baba Maal intitulé international «Riche Afrique!!!».Après «Mi Yewni ou Missing You » et sept ans de sabbat musical, Baba Maal et le Dandé Lénool nous reviennent avec un nouvel album intitulé «International Riche Afrique!!!». Un album qui tombe à pic et qui vient s’inscrire en faux contre certains propos à la limite désarmants du genre «l’Afrique est pauvre », «l’Afrique est le déchet du monde », «En Afrique, c’est la déchéance ». Un album international pour montrer aussi que «l’Afrique est riche par sa beauté, sa culture et ses ressources naturelles ». 

 

On a attendu, beaucoup attendu et trop attendu même. Toujours pas la silhouette de Baba Maal ! La conférence de presse, prévue dans la salle des spectacles du CCF à 16 heures, n’aura finalement lieu que vers les coups de 17 heures et demi. L’expectative devenait de plus en plus insupportable. «Il sera là dans 5 minutes » nous dit-on en guise d’assurance après avoir poireauté pendant plus de 90 minutes.  Enfin, elle a eu lieu mais avec beaucoup de piétinement. « Sur le plan timing, il est ingérable (Baba Maal, ndlr)» nous confie un des organisateurs de la venue à Nouakchott de l’enfant du Podor apparemment dépité par cette longue attente. Vrai ou faux, les journalistes qui ont été invité à cette conférence de presse en ont beaucoup souffert cette  après midi de vendredi. 

Habillé en boubou blanc qui n’arrêtait pas d’émettre des frou-frou et cousu par des jeunes stylistes mauritaniens, Baba Maal est apparu devant le public avec un nouveau look, plus rajeuni et plus raffiné. En rasta ! Dès son apparition, comme à l’accoutumée, en roi, il a eu droit à des glorifications de la part d’une femme dont on méconnaissait l’identité. Certainement sa griotte ! Il y avait les passionnés de Baba Maal qui ont tenu à être présents à cette conférence de presse. Mais aussi des popularités du monde politique et stylistique comme Ibrahima Moctar Sarr et Madame Oumou Sy. Son dernier voyage en Mauritanie date de deux ans. Donc, son retour était très attendu par ses groupies et le lancement de son nouvel album en Mauritanie n’était point fortuit. 

Au cours de sa conférence de presse, Baba Maal a beaucoup parlé de l’Afrique, de la culture africaine, de sa jeunesse. Ce qu’il pense de la situation actuelle qui prévaut dans le continent noir, de sa vision de l’avenir, de ses projets, de ses relations avec les autorités politiques sénégalaises en premier lieu avec le Président de la République du Sénégal, maître Abdoulaye Wade. 

«C’est vrai que nous traversons des moments difficiles, reconnaît-il,  nous avons les guerres, les conflits, la pauvreté, les maladies. C’est sûr ! Mais ce n’est pas une raison valable pour condamner l’Afrique à jamais. Nous avons la jeunesse africaine qui est très dynamique et qui n’aspire qu’à faire quelque chose pour son continent et pour elle-même. Nous avons aussi les femmes qui restent un groupe très solide sur qui nous pouvons compter demain». Pour lui, fini le temps de pleurnicher, il faut agir et cela en comptant sur nous-mêmes, sur notre engagement personnel, sur les Africains qui ont conscience du devenir de leur continent, sur les amis de l’Afrique, sur les gens qui aiment ce continent, sa culture et son histoire. 

L’album international «Riche Afrique!!!» est un appel solennel à tous les africains de se joindre au projet «Africa 2015» afin de promouvoir les Objectifs du Millénaire pour le Développement, lutter contre la pauvreté et essayer surtout de corriger l’image de l’Afrique. « C’est dommage, dit-il, qu’une partie de l’Afrique ne se rende pas compte que nous avons le monde entier rivé sur nous. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas promouvoir ce qu’il y a de plus beau sur ce continent, ce qu’il y a de positif. Ce n’est pas non plus une raison de ne pas montrer certaines parties de ce continent qui essaient de véhiculer une bonne image de l’Afrique». 

Baba Maal est un artiste déroutant sur le plan musical. La preuve, de «Baayo» à «Mi Yewni ou missing you» qui a reçu le prestigieux «Prix de la Word Music» décernée par la BBC en passant par «Laam Toro», «Firin Fouta» et «Nomad Soul», il a su allier divers styles musicaux, lui qui nous a souvent habitué à la musique traditionnelle. De Philadelphie au studio du groupe mythique «Roots» à Londres au studio «Beethoween» en passant par Dakar, les enregistrements de l’album «Riche Afrique!!!» aura duré deux ans. «On a voulu travailler de manière naturelle pour sortir quelque chose qui reflète ce que je voulais ressortir. Il fallait donc réfléchir à deux fois avant de sortir un nouvel album international» confie-t-il. Un album qui ne s’inscrirait pas dans les mêmes perspectives que les albums précédents de Baba Maal sur le plan international. Une rupture dans la conception musicale ! Un «pont de jonction» entre le continent noir et le reste du monde et notamment  la diaspora africaine. 

Pilotant le projet «Africa 2015», Baba Maal, qui n’est plus à présenter, est aujourd’hui parmi les rares artistes africains qui collaborent avec le Programme des Nations Unies pour le Développement. «Nous utilisons la musique pour pouvoir échanger des idées, mener des projets et essayer de trouver des financements pour construire même si ce n’est qu’une salle de classe ou acheter des table-bancs» dit-il. 

Dans «Tinoo», Baba Maal fait un clin d’œil à la femme africaine tout en se préoccupant de son sort. «Nous avons besoin de nos sœurs, de nos mamans et de nos femmes. Nous avons besoin d’elles un peu partout dans la société parce qu’elles restent une référence, une force qui peut participer à changer la destinée de nos pays et de nos peuples » lance-t-il. «Nous avons beaucoup de choses à gagner de ces femmes qui sont les femmes africaines» rajoute-t-il. 

L’album international «Riche Afrique!!!» a vu la participation de Bineta Lally Sow et Baba Maal n’a pas tari d’éloges envers cette diva de la musique guinéenne. «J’ai été très sensible au fait qu’elle était une grande chanteuse au même titre que Césaria Evora. Elle a tout donné à cette culture peule, cette culture poular. Avec 50 ans de carrière musicale, elle ne vit pas décemment. Elle a un caractère qui montre vraiment la grandeur des femmes africaines et des femmes foulbé». 

S’inspirant des Objectifs du Millénaire pour le Développement, Baba Maal a composé une chanson(lekki-lekki) qui parle de l’écologie, de la protection de l’environnement. «Même si, nous ne sommes pas responsables de ce qui se passe sur cette planète, nous devons nous réunir pour parer toutes ces éventualités comme la désertification» avertit-il. 

A travers son album international «Riche Afrique!!!», Baba Maal a montré encore une fois une autre facette de lui, de son génie musical en puisant dans ses expériences pour parler de l’Afrique. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

   

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