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( 22 janvier, 2008 )

Abderrahmane Ould Salem, directeur de la maison des cinéastes

«Le cinéma mauritanien est pris en otage par la décision politique (…) et l’absence d’une culture cinéphile» 

Pendant 15 jours, la caravane dromadaire, initiée par la maison des cinéastes, a traversé 18 villes de l’intérieur du pays. Au total, 17 films furent projetés au grand bonheur des populations autochtones. 5000 spectateurs directs ont été touchés et des dizaines de milliers de personnes sensibilisées sur des thèmes comme l’unité nationale entre autres. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous revenez de l’intérieur du pays dans le cadre de la promotion du concept «écran dromadaire ». Pouvez-vous revenir sur cette caravane ? 

Cette caravane, elle a trois rôles. Dans un premier temps, elle nous permet de prendre en contact avec le maximum possible de sources qu’elles soient des associations de la société civile, des notables, des gens qui appartiennent à la mémoire du pays, etc. Deuxième rôle, c’est l’éducation parce que nous projetons pas mal de films qui traitent des sujets très intéressants sur des thèmes comme l’unité nationale, la santé, la justice… et le troisième rôle, c’est la mémoire parce que nous essayons  de filmer le maximum d’images pour construire un peu la mémoire surtout audiovisuelle qui fait malheureusement beaucoup de défaut dans notre pays. 

Le Rénovateur Quotidien : Comment est-ce que cette caravane mobile a été accueillie par les populations autochtones ? 

C’était vraiment magique ! C’était déjà l’hospitalité des mauritaniens partout mais aussi la curiosité, la découverte et l’échange. Là où nous sommes passés, nous avons voulu intégrer le lieu. Nous n’avons jamais voulu débarquer comme des étrangers avec leurs matériels. A chaque fois, on a essayé de prendre en contact avec les autorités, les jeunes pour leur demander ce qui les intéresse en terme de projection de films. Par exemple, à Oualata, nous avons projeté un film tourné dans les années 50 que les habitants n’ont jamais vu. 

Le Rénovateur Quotidien : Et vous pensez que vous avez réussi quelque chose ? 

Nous avons réussi d’abord à connaître le pays. Chaque fois qu’on reprenait la caravane, on découvrait un coin du pays. Nous avons réussi à savoir ce qui intéresse les différents types de populations et nous avons surtout réussi à emmener avec nous beaucoup d’images de l’intérieur. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’on peut penser que cette caravane mobile vient confirmer votre principe qui est de rapprocher les hommes et les cultures ? 

Absolument ! Le but de la maison des cinéastes c’est de rapprocher les hommes et les cultures. Je crois que le fait de se déplacer à un endroit, c’est déjà un acte de rapprochement et après aller avec le but d’intégrer l’autre ou de vivre avec l’autre, c’est aussi un acte très important. En plus, quand on projette un film tourné à Oualata et on le projette dans un petit coin à Trarza, c’est pour montrer aux gens de Trarza qu’il y a une autre localité qui s’appelle Oualata. Quand on projette des images tournées à Zouérate et on le projette à Boghé, c’est pour montrer aux gens de Boghé qu’il y a une localité qui s’appelle Zouérate. Ceci rentre toujours dans cette optique de rapprochement entre les hommes et les cultures. 

Le Rénovateur Quotidien : Tout à l’heure, vous évoquiez le manque de mémoire audiovisuelle en Mauritanie. C’est dans ce cadre que vous avez initié le projet «Kennache». Où en êtes-vous actuellement ? 

On est en avance. On est en train de digitaliser d’autres films qu’on a trouvés. Nous avons terminé notre base de données. Localement, on peut la consulter : tous les titres, les contenus de films et les dates de tournage. D’ici peu de temps, nous allons être en ligne sur notre site. On est en train aussi de digitaliser et de répertoriées les images qu’on a amenées de l ‘intérieur du pays. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que ce travail a été de tout repos ? 

Pas du tout ! Je pense que le problème qu’on va avoir peut être, on risque d’avoir un jour beaucoup d’images et ne pas avoir le temps de montrer ces images aux générations d’aujourd’hui. Je crois que si on arrive à avoir une très bonne équipe qui va travailler nuit et jour pour récupérer certaines images et une autre équipe qui va organiser les projections, on n’aura pas beaucoup de problèmes. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez apparemment des appréhensions par rapport à l’aboutissement concret de ce projet ? 

Ce ne sont pas des appréhensions. Nous sommes très motivés, nous voulons vraiment faire ce projet mais nous n’avons pas encore vu un engagement réel- parce que ce n’est pas un projet de la maison des cinéastes, c’est un projet pour tout le pays- un engagement officiel du ministère de la culture et de la communication, un engagement de la part des individus qui détiennent des archives chez eux. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous voulez dire que les autorités n’ont pas encore montré un  intérêt particulier à ce projet? 

Oui ! 

Le Rénovateur Quotidien : Les chanteurs, les poètes, les peintres sont primés sauf les cinéastes. Quel est votre avis sur cela ? 

Je pense que c’est une très bonne chose de primer tous les créateurs mais ce n’est pas une bonne chose. Je crois qu’il y a eu des défaillances au niveau de l’organisation et de l’attribution de certains prix. Maintenant, nous, notre position est somme toute claire. Je pense que celui qui doit me primer, c’est celui qui me comprend et qui comprend ce que je fais. Cette personne ou cet administrateur qui comprend ce que la maison des cinéastes est en train de faire n’est pas encore trouvé. 

Le Rénovateur quotidien : Donc, vous vous sentez mis à l’écart ? 

Absolument ! Le cinéma mauritanien est orphelin. Il est pris en otage par la décision politique, les structures culturelles et l’absence d’une culture cinéphile chez les populations. Il est dans une situation terrible mais parallèlement à cela, le cinéma ou l’image en général ne devrait pas être un corps étranger dans notre pays parce que nous consommons beaucoup d’images. 

Le Rénovateur Quotidien : Dans ce cas, pourquoi faut-il continuer à pousser les jeunes à faire du cinéma si ceux qui sont sensés encourager la créativité et promouvoir le cinéma ne le font pas ? 

C’est pour cela, nous avons initié un projet qui consiste à implanter partout dans le pays des antennes de la maison des cinéastes, des sortes de mini maisons des cinéastes. On va commencer la semaine prochaine à Nouakchott en lançant l’antenne pilote à El Mina, des antennes dans les autres quartiers de Nouakchott et à l’intérieur du pays. Ces antennes vont organiser des projections cinématographiques, des rencontres, traiter les mêmes sujets que traite la maison des cinéastes, filmer le quotidien des gens et construire une mémoire, vont créer des espaces pour équiper les jeunes perdus et d’expression pour les jeunes. Je pense que le jour où on arrivera à installer ces antennes, ce serait déjà une bonne chose dans la promotion du cinéma en Mauritanie. 

Le Rénovateur Quotidien : Certainement, vous êtes en train de préparer la 3ième édition de la SENAF. Est-ce qu’on peut avoir une idée sur les préparatifs ? 

Actuellement, nous sommes sur la préparation de trois choses plus urgentes pour la SENAF. La première, c’est la production des 14 films que nous allons projeter. Les 7 films se rapporteront au thème de ce festival qui sera  «migration et voyages libres» et les 7 autres sur des thèmes libres. La deuxième chose, c’est les choix et la sélection des films qu’on va projeter. Nous sommes déjà à 7 films européens et 4 films africains. La troisième chose, c’est la préparation et la recherche des partenaires pour financer ce festival. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce à dire que cette SENAF plus élargie et plus ouverte que la précédente édition ? 

Bien sûr ! Dans la forme, on compte un peu «internationaliser» cette édition 2008 et dans le contenu, on reste avec un festival national. Ce qui est c’est qu’il y aura plus de pays africains et européens que l’édition 2007. 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

   

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