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( 2 février, 2008 )

Pratiques esclavagistes:SOS Esclaves et l’AFCF sonnent l’alerte contre la «janjaouidisation »

L’Association des Femmes Chefs de Famille(AFCF) en collaboration avec SOS Esclaves a tenu une conférence de presse pour faire-part de leurs inquiétudes suscitées par des violations graves des droits de l’homme se rapportant aux pratiques esclavagistes. 

Pour sonner l’alerte contre «la janjaouidisation » qui commence à apparaître dans notre pays, Birame de SOS Esclaves n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour dénoncer cette nouvelle situation scabreuse. «IL y a des segments maures dans le monde rural qui commencent à se «janjaouidiser» à la manière du Soudan, avertit-il. Ils sont armés jusqu’aux dents et commencent à ouvrir le feu pour régler des comptes avec leurs anciens esclaves à l’occasion des litiges fonciers ». 

Pour convaincre l’assistance de la véracité de ses propos, il cite la localité de Dembat Atchan qui a été récemment sous les feux de l’actualité. D’ailleurs, quelques-unes de ces victimes de cette «janjaouidisation » dont fait allusion Birame ont été présentes, dans la salle de conférence, accompagnées de leurs parents ou de leurs proches. 

Il a par ailleurs mis garde contre certaines violations graves des droits de l’homme se rapportant à l’esclavage- agricole, domestique, sexuel- des cas, selon lui, qui peuvent «mettre la Mauritanie dans des situations de conflits intra-communautaires ». Tout ceci, à l’en croire, découle du refus de la part des autorités de réprimer les pratiques esclavagistes voire de les reconnaître. Les conséquences d’un tel refus sont vicieuses puisqu’il «cause beaucoup de frustrations et celles-ci font monter la tension ». 

La Mauritanie, actuellement, semble être sur une mauvaise pente notamment en matière de violations des droits de l’homme se rapportant à l’esclavage. Dans ce cadre, 7 femmes, d’ailleurs présentes à cette conférence de presse, ont été brutalisées et maltraitées, selon leurs témoignages, par la gendarmerie de Keur Macène, leur localité. Leur tort, c’est d’avoir refusé que leurs terres soient octroyées à un homme d’affaires maure. Ces cas sont fréquents, commencent à se généraliser sur l’ensemble du territoire national et constituent des risques potentiels de conflits. 

Les pratiques esclavagistes sexuelles sont légion aussi. Des filles continuent à être abusées par leurs maîtres sous la couverture du droit de cuissage. Parmi les victimes de ces pratiques, Toha Mint Ahmédou, elle aussi présente à cette conférence. Comme d’autres victimes, elle a été abusée et violée par son maître. Et actuellement, elle a un enfant que refuse de reconnaître son maître(voir l’interview avec Aminétou). 

La Présidente de l’AFCF, dépitée par cette situation des femmes victimes de la discrimination, des violences, d’exclusion et plus particulièrement de l’esclavage a affirmé que son association «luttera jusqu’à la dernière minute pour que chaque esclave retrouve sa liberté et sa dignité » avant de révéler «qu’il y a chaque jour, des milliers de victimes qui se présentent devant l’administration et qui n’ont aucune réponse que la soumission envers ceux qui les exploitent depuis des années ». 

 Ces nouveaux cas de pratiques esclavagistes relancent à nouveau le débat sur la problématique application de la loi n°048-2007 sur l’esclavage et les pratiques esclavagistes. 

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L’Afcf va porter plainte devant les juridictions concernées concernant l’affaire Toha Mint Ahmédou

C’est une illusion de croire que les pratiques esclavagistes ont disparu en République Islamique de Mauritanie. On en veut pour preuve cette femme esclave du nom de Toha Mint Ahmédou qui a été abusée et engrossée par son maître Mohamed Ould Ahmed Baba qui a refusé de reconnaitre l’enfant âgé d’un an. Aminétou Mint Ely Moctar qui dirige l’Afcf a bien voulu nous en éclaircir davantage sur ce cas de pratiques esclavagistes. 

Le Rénovateur Quotidien : Maintenant que votre association a été mise au parfum de cette affaire, allez-vous à votre tour saisir la justice ? 

La justice locale a été saisie pour cette affaire mais rien a été fait dans ce sens. Apparemment, il y a une certaine complicité entre l’administration, le maître, la gendarmerie et le cadi. 

Le Rénovateur Quotidien : Pour le moment, que comptez-vous faire ? 

Nous allons d’abord essayer d’écouter les victimes et après nous allons essayer de porter cette affaire devant les instances juridictionnelles concernées pour qu’il y ait justice. Nous estimons que cet enfant a droit à la reconnaissance paternelle. La façon dont le père a abusé de la fille pour l’exploiter et l’endoctriner est une méthode à dénoncer et à punir parce que c’est une atteinte à l’intégrité physique d’une femme. C’est un cas d’esclavage avéré qu’il faut dénoncer et combattre. 

Le Rénovateur Quotidien : Il y a une loi criminalisant l’esclavage et les pratiques esclavagistes qui a été votée par le parlement.  Mais apparemment, elle n’a aucun impact dissuasif ? 

Cette loi, elle est très importante mais cela n’est pas suffisant. Ce qu’il faut, c’est d’abord des mesures d’accompagnement. C’est l’application de la loi elle-même pour que les auteurs de ces pratiques soient punis. Lorsqu’on applique cette loi sur un maître esclave, cela va être une expérience pour les autres. Ces derniers sauront que cette loi existe et qu’elle est applicable. Il y a le manque de vulgarisation, d’initiation des autorités locales et de l’appareil judiciaire sur cette loi. Et tant qu’il n’y a pas une punition sévère des auteurs de ces pratiques, on ne pourra pas avancer. 

Le Rénovateur Quotidien : La lutte ne sera pas facile. Pensez-vous que vous vous en sortirez victorieux ? 

C’est sûr parce que nous sommes dans l’heure de la mondialisation. Nous sommes dans un siècle qui ne permet plus l’exploitation de l’homme par l’homme, qui ne permet plus que des pratiques inhumaines restent et demeurent ancrées dans l’esprit des populations et existent dans nos sociétés. Maintenant, c’est vrai que c’est difficile, que la lutte est très longue mais nous espérons qu’avec la compréhension et la volonté de l’Etat, de telles pratiques vont disparaître. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 2 février, 2008 )

Exposition

«Regards sur le passé» par Mokhis 

Qui mieux que Mohamed Ould Sidi Mohamed, plus connu sous le sobriquet de «Mokhis», pouvait démarrer la première exposition des figures historiques ayant amorcé la Mauritanie moderne ? Ce jeudi 24 janvier, au musée national de Nouakchott, cet artiste hors pair, déjà connu de tout le monde, a confirmé une fois de plus tout ce qu’on pense de lui : qu’il est un génie artistique ! 

«C’est l’histoire de la Mauritanie que la nouvelle génération ne connaît pas que j’ai immortalisé ». Le dessein est là et cette phrase peut bien résumer succinctement la dévotion dans laquelle Mokhis a voulu entreprendre son vaste projet qui est celui de porter, à travers la peinture, ses «regards sur le passé», un projet qui lui a valu 6 mois de dure labeur, seul dans son atelier de création. 

Le thème de l’exposition («Regards sur le passé ») dont la cérémonie officielle a été présidée par la secrétaire générale du ministère de la culture et de la communication en présence du secrétaire général de la fondation Khattou Bint Boukhary, de Marième Daddah, de Mamadou Hadiya Kane, directeur de l’office national des musées est à la fois symbolique, pédagogique et culturelle. 

Culturelle, pédagogique et symbolique parce que cette exposition, la première du genre, a réussi à réunir les plus illustres personnages historiques ayant amorcé la Mauritanie moderne. Des émirs (Abderrahmane Ould Souéid Ahmed) aux hommes politiques( Moctar Ould Daddah) en passant par les marabouts(Baba Ould Cheikh Sidiya) sans oublier les grands chefs de tribus(Mohamed Ould Lab, de la tribu des Oulad Damane), rien n’a été laissé au hasard ni occulté pour trahir la mémoire collective. 

18 tableaux au total ! 18 regards différents sur le passé ! Chaque tableau est une histoire, une histoire à nous, une histoire qui appartient désormais à la postérité, une histoire à préserver des vicissitudes du temps et de la vie pour rester inaltérable ! Chaque collection est un pan de notre patrimoine, de notre civilisation, de nos vestiges, d’une poignée de personnes qui ont fortement marqué l’histoire de la Mauritanie contemporaine sur le plan religieux, politique et social. 

Les 18 tableaux n’ont laissé personne indifférente tellement c’est expressif et impressionnant par leur grandeur et leur stature. Tout le monde était là pour découvrir ce patrimoine : les amateurs d’art, les disciples, les autorités et surtout les amis. «C’est joli ! C’est magnifique ! Le ministère(de la culture et de la communication, ndlr) doit acheter toutes les œuvres. Regards sur le passé : c’est un thème très important et très intéressant», confie, l’air ému et la voix étouffée, madame Khadijétou Mint Ismail, artiste peintre. «Je trouve que c’est vraiment extraordinaire ! C’est ça qui représente notre diversité culturelle, notre héritage, notre histoire et notre mémoire. C’est aussi ça qui fait notre unité nationale et notre richesse», témoigne Mohamed Yahya, cet autre artiste peintre mauritanien plein de fougue. 

Mokhis n’a pas déçu ses invités et a prouvé qu’il est un artiste de grand talent pour paraphraser madame Marième Daddah qui avait dû mal à retenir son émotion. «Le thème qu’il a choisi n’est pas banal, n’est pas anodin. C’est le thème de la mémoire. La mémoire, nous y sommes tous attachés et nous savons que sans mémoire nous ne construirons pas un avenir digne de ce nom. Tous ces personnages sont émouvants. C’est bien Mokhis d’avoir jeté un lumineux coup de projecteur sur le passé de ceux qui avec leurs faiblesses et leurs défauts d’être des humains ont su au fil des siècles et même des millénaires déposer les strates de l’histoire. C’est là une remarquable contribution aux efforts de tous ceux qui rêvent la Mauritanie de demain faite de mémoire et de créativité.» 

Cet événement artistique a ému plus d’un. Au premier des rangs, le directeur de l’office national des musées, Mamadou Hadiya Kane qui a souligné le génie artistique et l’importance de cette œuvre nationale et citoyenne du peintre. «Au niveau historique, c’est fondamental parce que c’est des personnes qui ont marqué la vie politique de la Mauritanie dont la plupart d’entre eux n’étaient pas bien connus. Ça va être la première fois de voir ces personnes. Au niveau de l’art ou de l’histoire de l’art, c’est un travail extrêmement important parce que d’habitude, c’est des peintres spécialisés dans ce que l’on appelle la peinture historique ou bien spécialisés dans les portraits. Or, Mokhis a réussi la synthèse de tout cela. D’où l’importance. L’autre importance de cette exposition, c’est le mécénat parce que ça a été soutenu par la fondation de la première dame Khattou Bint Boukhary. » 

Cette œuvre monumentale, réalisée à partir de photos, n’est pas encore la propriété du musée national. Tout le monde a souhaité que cette merveille reste au musée national pour que l’ensemble des populations puisse en bénéficier. «On voudrait que ces tableaux restent ensemble pour constituer une étape importante de notre histoire. C’est des tableaux destinés à la vente mais on ne voudrait pas qu’ils soient vendus séparément. Le musée n’a pas malheureusement les moyens de les acheter mais ce qu’on souhaiterait c’est d’avoir une personne, une fondation qui achèterait tous les tableaux et qu’ils restent ensemble», a souligné le directeur de l’Office national des musées. 

Ayant compris que l’art peut bien jouer un rôle dans la réconciliation nationale, Mokhis vient de réaliser un chef d’œuvre historique en faisant d’une pierre deux coups : laisser un patrimoine aux générations à venir et réussir à réunir dans une exposition de  grandes figures historiques de la Mauritanie moderne. 

Parallèlement à cette exposition de Mokhis, l’acquisition d’un tableau représentant la mosquée de Chinghetty par le musée national a été inaugurée par la secrétaire générale du ministère de la culture et de la communication. Une œuvre de plus pour les collections de notre musée national ! 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

  

 

( 2 février, 2008 )

Collège de Tévragh-Zéina: Les élèves boudent les cours et les classes

La voie la plus rapide pour se faire entendre lorsqu’on n’est pas d’accord c’est de calciner des pneus et de barrer la route. Cette méthode, les élèves du Collège de Tévragh-Zéina, l’ont si bien appliqué ce samedi 26 aux environs de 10 heures. Ils étaient dans la rue pour protester contre les dernières mesures prises par le ministère de l’éducation nationale. 

Les potaches dudit établissement sont sortis en masse dans la rue en boudant ainsi les cours et les salles de classes pour dénoncer «les réformes» de la toute puissante ministre de l’éducation nationale, madame Nebghouha Mint Mohamed  Vall. De quoi susciter l’ire des collégiens et chauffer leur esprit ! 

«Nous n’en voulons pas de ces mesures ! », «Nous ne voulons pas apprendre les soirs ! », «Ce n’est pas normal »…Ces propos émanant de la bouche de quelques élèves manifestants sont clairs et prouvent que les dernières mesures sont mal accueillies. Certains y voient déjà une volonté de la part de la ministre de faire avaler aux enseignants et aux élèves des «décisions unilatérales» sans qu’ils rechignent. «Ce qui s’est passé est très regrettable. Je crois que c’est le résultat d’un manque de concertation entre le ministère de l’éducation nationale, le corps enseignant, les élèves et les parents d’élèves. On n’a pas demandé malheureusement notre avis », déplore Monsieur Bâ, professeur de français qui soutient que cette décision de faire une journée discontinue est impopulaire. «Je suis enseignant mais je suis aussi parent d’élève. Je sais ce que représente une journée discontinue financièrement et même par rapport aux problèmes que rencontrent les élèves pour trouver le bus». 

Difficilement acceptée par les élèves et les enseignants, cette mesure risque fort bien de perturber l’année scolaire et vient de jeter une véritable bombe dans la mare de l’école mauritanienne. «C’est une mesure qu’on aurait dû chercher à contourner ou en tout cas à ne pas prendre surtout dans cette période» prévient monsieur Bâ. «Il ne sert à rien de lancer des pierres parce qu’éventuellement, on peut blesser des personnes qui n’ont rien à voir avec cette affaire. On doit privilégier la concertation et faire le pour et le contre. Je pense que cette mesure est venue à un moment inopportun parce que nous sommes au milieu de l’année scolaire. On va tout changer et puis, il y a des parents qui n’ont pas les moyens.», rajoute son collègue qui n’a pas voulu décliner son identité. 

Une fois de plus, la ministre, celle qui ose toucher là où ça fait mal, est venu bousculer les choses. Et l’école mauritanienne n’est-elle pas en train de frôler une suite scolaire qui risquerait d’être trépidante. «Je ne pense pas. On n’ira pas jusque là », estime un enseignant. 

Ces manifestations constituent, à n’en pas douter, le début d’un mauvais signe de confrontation entre les différents acteurs de notre éducation nationale. Ceci est plausible d’autant plus que les récentes mesures prises par le ministère de l’éducation nationale, dans l’unilatéralisme, ont exacerbé les enseignants et les élèves. «Je pense que c’est un peu excessif. J’aurai préféré que la journée soit continue. J’habite loin. J’ai des enfants. Ça me coûtera très cher!», confie un enseignant. 

L’erreur de la part du ministère de l’éducation nationale, soutiennent certains enseignants, c’est d’avoir pris cette décision sans la moindre concertation avec les concernés. Pendant ce temps là, la fumée continuait de nous asphyxier. Finalement, les forces de l’ordre ne seront présentes qu’aux environs de 11 heures pour dissiper les manifestants qui ont bloqué la circulation durant plus d’une heure paralysant tout le trafic et astreignant les automobilistes à contourner cet axe routier passant devant l’hôtel Novotel. 

Comme pour apporter des arguments après coût, l’inspecteur général de l’éducation nationale a fait une sortie à la télévision nationale sans réellement convaincre. 

Babacar Baye Ndiaye 

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