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( 5 février, 2008 )

Les métiers de la coiffeuse: Un secteur en plein essor ?

En quelques années, les salons de coiffure ont investi la ville de Nouakchott. Face à une demande en croissance exponentielle, une économie lucrative s’est mise en place.  Devenus un secteur lucratif, les métiers de la coiffeuse attirent de plus en plus de jeunes filles. Mais, il n y a pas que cela. Ceci n’est que la partie visible de l’iceberg.

Il y a aussi des risques énormes que courent les coiffeuses surtout pour celles qui ne sont pas issues des centres de formation professionnelle en coiffure et esthétique. «Le professionnalisme est beaucoup recherché dans le marché de la coiffure, affirme Rouguiya Diaw, assistante de direction au centre de formation professionnelle en coiffure et esthétique, Exotifs.

Nous exigeons beaucoup de nos candidates qui voudraient suivre une formation en coiffure. Il faut d’abord qu’elles sachent lire et écrire parce que les coiffeuses travaillent avec des produits chimiques. Avant de les utiliser, il faut d’abord les connaître. Il y a des notices et des normes d’utilisation. Dans les salons, nous voyons des filles qui utilisent des produits sans pour autant les connaître. » 

Impossible d’y échapper, les salons de coiffure pullulent partout à Nouakchott et proposent divers services de coiffure (coupe de cheveux, tissage, bouclage, brushing, mèches, balayage…), des soins de beauté(visage, pieds, épilation…) et d’autres proposent également en vente des produits de beauté, des cheveux naturels et des accessoires de tissage. 

Signes des temps modernes, de plus en plus, les filles choisissent les métiers de la coiffeuse. Mais pour quelles raisons ? Les concernées livrent leurs ‘petits secrets’ sans pour autant prouver les raisons d’in tel choix. 

«C’est une question de passion et de goût », pense Aida, coiffeuse à Premier et gérante du salon ‘Wa Keur Baye Niasse’. «C’est un métier qui fait évoluer, qui permet de connaître beaucoup de gens, de rencontrer toute sorte de personnes, de s’épanouir, de se faire plaisir, de faire plaisir aux autres, de découvrir beaucoup de choses dans la vie… », explique madame Chaitou Sana, coiffeuse à Tévragh-Zéina et propriétaire de ‘Salon Myriam’.

On constate de plus en plus un intéressement grandissant des métiers de la coiffeuse. «La coiffure est un métier qui rapporte beaucoup. Quand on gère bien, on peut bien gagner sa vie », pense aussi Yéni Diop, coiffeuse à Médina 3 et spécialisée dans le brushing, la coupe de cheveux et la teinture. 

Pour être belles et agréables aux yeux de leurs maris, de leurs amants, de leurs confidents ou de leurs concubins, nos femmes sont prêtes à faire tous les sacrifices inconcevables voire dépenser des sommes colossales. Ainsi donc, les salons de coiffure, les centres d’esthétique, les boutiques de cosmétique et les hamames, autrefois peu répandus, sont pris d’assaut par la junte féminine mauritanienne.

C’est une véritable course à l’élégance et au charme artificiel qui ont supplanté la nature et les mœurs. C’est vrai que nos femmes se sont toujours préoccupées de leur élégance, de leur beauté et surtout de leur carnation. Mais que cache une telle ruée effrénée vers ces «lieux de beauté» qu’on retrouve presque dans chaque coin de rue de Nouakchott. «C’est vouloir se déterminer, confirmer sa personnalité. C’est tout simplement un bien-être. C’est naturel ! Il n’y a aucune obligation », confie madame Chaitou Sana. 

Non seulement, les métiers de la coiffeuse souffrent d’un manque de valorisation mais ce secteur est marqué aussi par l’anarchie et la désorganisation. Les salons de coiffure poussent comme des champignons partout à Nouakchott. Une situation mal vue par certaines coiffeuses professionnelles dont madame Chaitou Sana qui s’insurge contre certains «charognards » qui ont investi ce secteur et voudraient en faire un fonds de commerce. «Si on est du métier, on est obligé de vivre avec les problèmes qu’on rencontre. Si quelqu’un n’est pas du métier, il ne sent pas la douleur ni la difficulté encore moins la fatigue morale ou physique », explique-t-elle avec un brin d’amertume.   

Exerçant depuis plus de 18 ans dans la coiffure, madame Chaitou Sana voit d’un mauvais œil la prolifération tous azimuts des salons de coiffure qui provoquent la concurrence des prix. «Si une coiffeuse qui est dans les quartiers périphériques de Nouakchott propose par exemple 700 UM et qu’une autre qui est à Tévragh-Zéina propose 2500 UM, cela va provoquer la concurrence des prix. Certaines clientes font la différence entre le métier, le professionnalisme et le service et d’autres entre le prix et le service. C’est dommage que les gens ne sachent pas différencier en Mauritanie. Une cliente est chiche de vous quitter à cause de 500 UM de différence !» 

Face à la prolifération des salons de coiffure, un marché sauvage s’est mis en place. «Cela nous dérange un peu, avoue Rouguiya Diaw. Nous avons même créé un syndicat pour cela. Dans tout métier, il faut qu’il y ait des réglementations. Nous sommes en train de nous battre contre cette prolifération de ces salons de coiffure. » 

Avec un marché porteur, nombreuses sont les jeunes filles ou les femmes qui ont investi les métiers de la coiffeuse. Certaines sont sorties des centres de formation, d’autres dans les salons de coiffure. Un marché parallèle ! «Il y a des salons qui forment mais à la fin de leur formation, les élèves ne reçoivent pas de diplômes ou une attestation de formation », précise Rouguiya Diaw. Ces centres de formation travaillent comme les écoles normales c’est à dire qu’ils font des examens, des devoirs, des évaluations contrairement aux salons de coiffure. 

Les produits utilisés, la main d’œuvre, les employés, les frais de loyer, d’électricité et d’eau constituent de véritables casse-tête pour les tenancières de ces ‘lieux de beauté’. 

La concurrence devient de plus en plus rude pour appâter les clientes face à la cherté des produits et du matériel. «Chaque année, on a un changement de prix et les gens refusent de comprendre ce que c’est qu’un changement de prix. On ne peut rien faire sans utilisation de produits ou de matériel », fait remarquer madame Chaitou Sana. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 5 février, 2008 )

Regards croisés sur l’attaque contre l’ambassade d’Israël

L’attaque du 1er février contre l’ambassade d’Israël dans notre pays continue de susciter des réactions de toute part notamment dans certains partis politiques comme le Rassemblement pour l’Egalité et la Justice(REJ) dirigé par Cheikh Sid’Ahmed Dieng et le Parti du Rassemblement Populaire(PRP) dirigé par Mohamed Ould Nanah. 

Le Rénovateur Quotidien : Comment avez-vous accueilli la nouvelle de l’attaque contre l’ambassade d’Israël en Mauritanie ? 

Cheikh Sid’Ahmed Dieng : Nous considérons que cette attaque a été perpétrée par des gens isolés. C’est des comportements que nous dénonçons parce que nous luttons contre toute forme de violences particulièrement des attaques perpétrées contre des hôtes de la Mauritanie. Nous considérons que c’est des attaques qui versent directement dans la destruction de notre démocratie naissante. 

Mohamed Ould Nanah : Depuis deux semaines, certains partis politiques ont commencé à agiter la rue qui ne comprend pas la valeur des relations diplomatiques entre notre pays et Israël et l’importance du dialogue civilisationnel. Nous constatons que notre pays est menacé et il a besoin de grands nationalistes qui peuvent jouer le rôle de régulateur au niveau de l’opinion publique. Israël est un Etat important pour nos relations dans l’avenir. Nous sommes un pays qui a besoin des autres. Si nous rompons nos relations avec Israël, nous démissionnons du dialogue civilisationnel et nous ne l’accepterons pas. C’est pourquoi, nous avons refusé catégoriquement de signer une lettre adressée au Président de la République pour rompre nos relations diplomatiques avec Israël.   

Le Rénovateur Quotidien : Pensez-vous qu’à la suite de cette attaque que les relations diplomatiques entre la Mauritanie et l’Etat Hébreu vont survivre ? 

Cheikh Sid’Ahmed Dieng : Cette attaque ne peut en aucun cas ternir les relations entre la Mauritanie et Israël. Je pense que c’est des attaques qui ne ciblent pas réellement l’Etat d’Israël. C’est des attaques qui ciblent la consolidation de l’unité nationale et le développement de la démocratie dans notre pays. 

Mohamed Ould Nanah : Cette attaque n’est pas seulement une attaque contre l’ambassade d’Israël mais c’est une attaque contre la consolidation de notre démocratie. C’est des extrémistes, des chauvins qui cherchent à s’imposer par la violence. C’est l’avenir de notre pays qui est menacé. Nous ne sommes pas remués par notre passion personnelle. Nous demandons à notre gouvernement d’être vigilants et d’assurer la sécurité des personnes. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que cette attaque ne va pas jeter de l’huile sur le feu dans les relations diplomatiques entre la Mauritanie et Israël ? 

Cheikh Sid’Ahmed Dieng : Des attaques sont perpétrées partout dans le monde ! Je pense que le gouvernement mauritanien est assez responsable pour gérer ces situations de turbulences ourdies par des extrémistes acharnés. 

Mohamed Ould Nanah : Je suis sûr que l’Etat d’Israël est un Etat civilisé. Les Israéliens savent qu’il y a beaucoup de mauritaniens qui sont pour le maintien des relations entre la Mauritanie et Israël. Il y a des chauvins qui cherchent à détruire toute sorte de relations. Quelqu’un qui utilise les armes, on ne sait plus ce qu’il est en train de faire. Actuellement, notre pays est sur un pont. Nous cherchons à véhiculer un discours civilisé et qui accepte les autres. 

Le Rénovateur Quotidien : Tous les partis politiques, dont les vôtres, ont condamné cette attaque. Pensez-vous que ces condamnations vont stopper l’élan des extrémistes comme vous dites ? 

Cheikh Sid’Ahmed Dieng : C’est vrai que tous les partis politiques ont condamné ces agissements violents mais au-delà des condamnations que nous portons contre de tels agissements qui ne sont rien d’autre que de la récupération politique, nous considérons que les questions nationales doivent être privilégiées et encouragées.   

Mohamed Ould Nanah : Effectivement ! Je pense que ces extrémistes doivent être combattus par le renforcement de nos lois et par la vigilance des intellectuels qui comprennent les enjeux de demain. Nous avons besoin de sauver notre face en tant que mauritanien. 

Le Rénovateur Quotidien : On sait que la Palestine est le nœud de tout ce problème. Quelle est votre position par rapport à cette question ? 

Cheikh Sid’Ahmed Dieng : L’intérêt que nous portons à la réalisation et à la sécurité de l’Etat de Palestine relève d’une préoccupation profonde. Cette position nous conforte dans notre conviction ferme de protéger la paix dans le monde en privilégiant toujours le dialogue avec tous les protagonistes de même la lutte contre toute forme de violence et d’injustice ou qu’elle soit et particulièrement dans notre pays doit faire l’objet d’une analyse objective et suivie d’actions appropriées.   

Mohamed Ould Nanah : Notre position est très claire sur cette question. On ne peut pas être contre le peuple palestinien. Les Israéliens et les Palestiniens sont condamnés à vivre ensemble. La seule solution à ce problème est la solution du dialogue pacifique, la solution des nations unies. Ce n’est pas la violence qui viendra à bout de ce conflit et les Palestiniens doivent le comprendre. Une fois que les Palestiniens le comprennent, je pense que les Israéliens vont trouver une solution. 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

( 5 février, 2008 )

Ladji Traoré, Secrétaire Général de l’APP : « Israël reste pour nous le dernier régime colonial et ségrégationniste sur la terre. »

Après l’assassinat des quatre touristes d’origine française près d’Aleg le 24 décembre 2007 et l’attaque d’El Ghallaouiya ; soldée par la mort de trois soldats mauritaniens, notre pays vient de subir à nouveau une autre attaque terroriste. Autant cette attaque dont les auteurs n’ont pas encore été retrouvés est révélatrice d’une désapprobation de la présence d’Israël en Mauritanie, autant elle montre combien les relations entre la Mauritanie et l’Etat Hébreux peuvent se dégrader du jour au lendemain. Certains partis politiques sont connus pour leur radicalisme envers Israël. Parmi eux, l’APP. Dans l’interview suivante, Ladji Traoré, secrétaire général dudit parti, revient sur cette grande question qui divise l’opinion publique et la classe politique mauritaniennes.   

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous de l’attaque du 1er février contre l’ambassade d’Israël en Mauritanie ? 

Ladji Traoré : Nous, nous avons un principe très clair. Premièrement par rapport à la question d’Israël parce que c’est le fonds du problème.  Deuxième par rapport à la question du terrorisme en général. Je pense que l’un est lié à l’autre. On ne peut pas expliquer comme ça cette attaque. Il y a certes l’ambassade d’Israël qui se trouve à coté mais ce que l’on ne dit pas toujours et très clairement, c’est qu’il y a aussi un restaurant géré (VIP, ndlr) par un couple mauritano-français. Donc, il y a eu agression à la fois contre l’ambassade d’Israël mais aussi contre un établissement public. 

Le Rénovateur Quotidien : Cette attaque vous a-t-elle surpris ou non ? 

Ladji Traoré : Surpris, pas tout à fait. Parce que nous, depuis les événements d’Aleg, nous l’avons écrit et nous n’avons cessé de le dire, il y a une tentative d’instauration du terrorisme en Mauritanie. L’argument essentiel, c’est la présence de l’ambassade d’Israël en Mauritanie. Il y a aussi une frange de l’opinion qui est mécontente et contre les relations diplomatiques entre la Mauritanie et Israël. 

Le Rénovateur Quotidien : Cette attaque est intervenue trois semaines après l’organisation d’une journée nationale contre le terrorisme. 

Ladji Traoré : Je pense que nous avons eu une manifestation à caractère unanime qui va des partis qui soutiennent la majorité présidentielle  jusqu’aux courants islamistes en passant par l’ensemble des partis de l’opposition à l’exception de l’AJD/MR et du RFD. L’ensemble de la classe politique mauritanienne a pris la route pour dénoncer publiquement le terrorisme dans notre pays. 

Le Rénovateur Quotidien : On connaît la position de votre parti sur la question israélienne. A votre avis, est-ce que la Mauritanie gagnerait à rompre ses relations diplomatiques avec l’Etat Hébreu ? 

Ladji Traoré : Qu’est-ce que la Mauritanie gagne dans ses relations avec l’Etat Hébreux ? Je vais faire un petit recul parce que je crois que nous sommes rattrapés par notre histoire contemporaine. Les seules motivations qui ont fait qu’il y a 10 ans Maaouiya Ould Sidi Ahmed Taya a noué des relations diplomatiques avec l’Etat d’Israël, c’était premièrement son isolement sur le plan international, africain et arabe. Il s’est donc rapproché d’Israël et notamment des protecteurs d’Israël, les Etats Unis d’Amérique pour mieux avoir des facilités avec les bailleurs de fonds qui sont très influençables par les Etats Unis d’Amérique. Par conséquent, l’établissement des relations diplomatiques dans le temps par le régime mauritanien est en droite ligne de la crise que nous vivons actuellement. Nous, nous sommes contre ces relations. Pourquoi ? Parce que nous, APP, nous sommes pour la libération des peuples, pour l’autodétermination des peuples que ce soit en Palestine, au Sahara occidental ou ailleurs. Dès le début, nous avons dénoncé sous Maaouiya, les relations qui existaient entre la Mauritanie et ce que nous appelons l’entité sioniste. L’actualité fait aujourd’hui qu’il y a une recrudescence contre la présence d’Israël dans notre pays en raison de ce que fait le régime israélien à Gaza contre les populations palestiniennes. Ce qui se passe à Gaza est intolérable. C’est ce qui explique sans nul doute la réaction de cette manière de certaines forces terroristes mauritaniennes qui sont dans la droite ligne du courant islamiste. Mais nous, nous ne sommes pas pour le terrorisme. Nous sommes pour la rupture des relations diplomatiques avec Israël pour lesquelles nous pensons que notre pays ne gagne rien. 

Le Rénovateur Quotidien : Et pourtant, malgré tout ce que vous dites là, on a constaté qu’au sein même de l’opinion publique ou de la classe politique mauritanienne, cette question divise… 

Ladji Traoré : C’est vrai qu’il y a  des attitudes distanciées. Je sais que dans certains milieux et dans une bonne frange de la population, les gens analysent cela comme des relations banales. Pour nous, il n’en est rien parce que Israël reste pour nous le dernier régime colonial et ségrégationniste sur la terre. Certainement, les prises de conscience et les positions politiques peuvent être différenciées. Nous ne voyons pas d’ailleurs concrètement en termes de coopération ce que Israël rapporte en Mauritanie. Nous avons en construction un hôpital en cancérologie. L’hôpital est là depuis plus de 5 ans en construction. Il ne voit pas le jour. Il ne finit pas. Certains malades mauritaniens auraient même des scrupules à aller se soigner dans un hôpital israélien. C’est dire à quel point l’unanimité de l’opinion qui très est sensible à ces relations avec Israël. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous demandez qu’on rompe les relations diplomatiques avec Israël. Mais en réalité, c’est un acte difficile à prendre. 

Ladji Traoré : Mais quelle difficulté y a-t-il ? Est-ce qu’il y a des intérêts économiques, politiques et culturels ? Les relations diplomatiques sont essentiellement basées sur les intérêts des états. Nous pensons que dans le cas présent, nous n’avons aucun intérêt particulier avec l’Etat d’Israël. 

Le Rénovateur Quotidien : On parle, depuis longtemps, de cette rupture diplomatique, mais on a l’impression que les hommes politiques n’osent pas franchir le rubicond ou faire le premier pas. C’est toujours le même refrain. 

Ladji Traoré : Nous pensons que les événements actuels vont, avec l’indignation du peuple mauritanien et l’expression de son sentiment quasi unanime, inciter les pouvoirs publics à réfléchir et à accélérer le processus de la prise de cette décision. 

Le Rénovateur Quotidien : Ne pensez-vous pas que vous êtes en train de jouer avec le feu ? 

Ladji Traoré : Quel feu ? Nous, nous sommes sur le terrain politique et diplomatique. Il y a d’autres qui sont en train de jouer à leur manière et nous n’avons pas eu de gêne à les dénoncer parce qu’en politique, il y a deux méthodes. La méthode démocratique et pacifique d’un coté et les méthodes terroristes de l’autre comme cela est en train de se faire dans notre pays. Le Rénovateur Quotidien : En tenant un discours radical sur Israël, n’avez- vous pas ouvert la brèche aux groupes terroristes qui en ont profité avec cette attaque ? 

Ladji Traoré : Pas du tout parce que nous, nous avons un discours de principe, un discours politique depuis toujours, un discours de soutien à la lutte du peuple palestinien. Est-ce que c’est parce que le terrorisme existe que nous ne devons plus défendre une cause ? Nous combattons à la fois la domination coloniale d’Israël et le développement du terrorisme en Mauritanie sans aucune ambiguïté. 

Le Rénovateur Quotidien : On parle de plus en plus de l’imminence d’un remaniement gouvernemental. L’APP, partira ou restera-t-elle dans l’attelage du gouvernement ? 

Ladji Traoré : Nous pensons qu’à l’issue des élections présidentielles, il s’est dégagé une majorité présidentielle et une opposition. Le remaniement de tous les jours et de toutes les semaines dont vous faîtes écho vient du bord de ceux qui prônent un gouvernement d’union nationale où il n y aura plus de majorité présidentielle ou d’opposition. Je pense que cette solution n’a pas porté des fruits positifs en Afrique. Il faut qu’il y ait une majorité qui gouverne et une opposition conséquente qui s’oppose de manière démocratique et patriotique. Si la majorité présidentielle sait que l’opposition a raison, elle doit l’écouter. Si l’opposition sait que la majorité est sur la bonne voie, elle doit pouvoir l’encourager et l’appuyer. 

Le Rénovateur Quotidien : L’APP a actuellement l’air fébrile et on constate de plus en plus le départ et le ralliement de vos cadres et militants dans d’autres partis politiques. N’avez-vous pas peur pour l’avenir de votre parti ? 

Ladji Traoré : Ces nouvelles ne sont pas ce que nous constatons. L’APP a enregistré jeudi dernier une arrivée massive de personnalités et de cadres à Nouakchott. A l’intérieur du pays aussi, nous constatons un rush de l’APP. L’opinion comprend davantage les positions de l’APP. Nous avons toujours combattu et refusé de nous taire. Ni sur le problème israélien, ni sur le retour des déportés ni sur le problème de l’esclavage. Alors que beaucoup faisaient bouche cousue. Au contraire, je pense que ce qui se passe sur la scène politique, c’est la concrétisation de la justesse des positions politiques de l’APP sur un certain nombre de problèmes majeurs du pays. Je ne suis pas au courant qu’il y ait une défection de cadres de l’APP. 

Le Rénovateur Quotidien : Quelle est votre réaction sur l’arrivée de la première vague des réfugiés mauritaniens qui sont revenus à leur pays après 18 années d’exil forcé ? 

Ladji Traoré : Nous avons salué de nos vœux cet événement. Nous avons envoyé une délégation d’accueil. Maintenant, nous attendons la réunion prochaine de la commission d’orientation sur les problèmes des réfugiés et des déportés pour aller voir concrètement comment ces gens sont accueillis. Qu’est-ce qui est envisagé et selon quel agenda les problèmes d’intégration et de réinsertion des réfugiés ?   

Le Rénovateur Quotidien : On remarque de plus en plus la recrudescence des problèmes fonciers en Mauritanie. 

Ladji Traoré : Nous assistons en Mauritanie, mine de rien, à une recrudescence intérieure des luttes politiques et des luttes sociales parce que le programme d’application du Président de la République n’est pas approuvé par tout le monde. Les anciens propriétaires veulent entériner leurs titres traditionnels sur la terre et chasser systématiquement ceux qui cultivaient les terres depuis des siècles Le retour des déportés dérange beaucoup de gens. Il faut bien le dire. Ce n’est pas l’unanimité. Le problème de l’esclavage et les changements sociaux dérangent énormément aussi des milieux. 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye 

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