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( 13 février, 2008 )

Les réfugiés regrettent déjà leur retour!!!

Ce n’est pas demain la veille pour les réfugiés mauritaniens exilés au Sénégal depuis plus de 19 ans. Qu’il s’agisse de Médina Salam, Rosso ou PK 17 (sites d’accueil des réfugiés rentrés le 29 janvier dernier, ndlr), la situation est loin d’être rassurante et les réfugiés commencent déjà à désenchanter. Et pourtant, le gouvernement leur avait promis une réinsertion digne dés leur retour en Mauritanie. Cela démontre encore que le succès est loin d’être acquis. 

Les choses deviennent de plus en plus claires comme l’eau de roche en ce qui concerne les aptitudes réelles de la part des pouvoirs publics à assurer un retour digne comme ils l’ont toujours claironné dans leurs discours.  En effet, quelques jours, après le retour de la première vague des déportés mauritaniens au Sénégal, des sentiments de regret, de désespoir et de doutes commencent à s’installer dans le cœur de ceux qui avaient décidé volontairement de retourner à leur pays d’origine, la Mauritanie, après 19 ans d’exil forcé. Parce que tout simplement, la réalité sur le terrain ne rassure pas et les conditions de vie laissent à désirer. Et ils commencent déjà à regretter leur retour dans des conditions pas meilleures que celles qu’ils connaissaient au Sénégal et ne croient pas qu’ils vont recouvrer leurs droits rapidement tel que promis par les autorités au moment des négociations pour leur retour rapide. Ce sentiment est aussi perceptible dans le camp des associations des réfugiés nées des événements de 89 qui ont dû mal à comprendre comment ce dossier a pu être géré de manière catastrophique et laxiste par les autorités de la République et notamment par le H.C.R. qui avait organisé, on se rappelle, l’opération test du 29 janvier dernier, dans la précipitation d’autant plus que les conditions n’étaient point réunies pour assurer un retour digne et organisé. Sur le terrain, les choses semblent être plus compliquées que prévues. Et malgré un tel état de fait, les autorités continuent à entretenir l’illusion dans l’esprit des populations en prétextant qu’elles ‘maîtrisent’ parfaitement la situation. Mais la réalité sur le terrain indique que le retour des déportés a été précipité et dévoile en même temps une mauvaise gestion qui a été faite de ce dossier. Les premiers revenants de la déportation sont abandonnés à leur sort. Comme pour alerter l’opinion publique, les représentants des réfugiés n’ont cessé de faire part de leurs appréhensions et de leurs réserves quant aux conditions de retour des déportés mauritaniens. Cette situation délétère risque de ne pas encourager les familles en attente dans les camps des réfugiés pour suivre, comme leurs compatriotes rentrés, le chemin du retour. Selon le H.C.R., ce sont quelques 24.000 personnes qui ont été recensées comme des réfugiés mauritaniens au Sénégal. Quant à l’Agence Nationale chargée de l’Accueil et de la Réinsertion des Réfugiés, elle semble ne pas être en mesure de relever les défis qui lui sont assignés. La réalité sur le terrain prouve bel et bien que les autorités n’étaient pas bien préparer pour assurer un retour digne dans des conditions de réinsertion dignes et acceptables. C’est vrai que la volonté politique du Président de la République est révélatrice d’une intention indéfectible de régler ce problème. C’est vrai que les partenaires au développement se sont signalés en promettant aux autorités de les accompagner dans leurs démarches et initiatives. Mais le constat est là : ils tardent à se manifester alors que les autorités se sont déjà embarquer sans biscuit. Pour se débarrasser ‘politiquement’ de ce retour qui dérange, une agence a été créée par décret présidentiel. Mais à l’état actuel des choses, cette agence est loin de répondre aux exigences et attentes des réfugiés qui nourrissaient pourtant beaucoup d’optimisme. Cet optimisme risque de voler en éclats si les autorités tardent à réagir promptement et à rectifier le tir. Sans tenir compte de la complexité de ce dossier et pour des raisons essentiellement politiques, même si ça a été toujours une priorité, les autorités ont accéléré, avec la pression du H.C.R., le processus de retour des réfugiés mauritaniens au Sénégal. Conséquences : beaucoup de manquements ont été relevés. Des manquements graves que semblent minimiser les pouvoirs publics en faisant comme si de rien n’était. Des manquements susceptibles de créer des regains de tensions. Cela va de la récupération  des terres et bien spoliés aux indemnisations en passant par la réinsertion des réfugiés. Autant de problèmes qui montrent que la réinsertion des réfugiés doit se faire dans la plus grande honnêteté et la transparence  en respectant les revendications des déportés qui sont à la limite légitimes. Depuis leur installation à leurs sites d’accueil, ni les ministres Ahmed Ould Waghef et Yall Zakaria ne se sont rendus sur ces sites. Ceux-là même qui les avait accueillis. A part les représentants des réfugiés et quelques partis politiques, tout porte à croire que la situation des 101 personnes n’intéresse personne, encore moins leurs conditions de vie. Même si les rations alimentaires continuent d’être assurées par le H.C.R. et le P.A.M. Les autorités locales ne disposent pas assez de marge de manœuvre pour agir. Ce qui rend parfois la situation encore beaucoup plus difficile. Les infrastructures de base (eau, électricité, postes de santé, écoles…) font défaut. Les terres des réfugiés sont toujours occupées par des notables ou des hommes d’affaires maures. Et rien n’a été fait notamment envers les jeunes qui ‘passent le plus clair de leur temps à tourner en rond’. Face à ces urgences, l’agence d’appui à la réinsertion tarde à prendre à bras-le-corps les problèmes auxquels les déportés sont confrontés. Ajouté à cela le retard cumulé dans la constitution de la commission nationale d’identification, les commissions régionales et départementales ainsi que la composition de la commission nationale d’identification et de concertation sur les déportés. Autant de paramètres qui font dire que le retour des réfugiés a été fait dans la plus grande précipitation. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 13 février, 2008 )

Brigitte Ould Daddah, artiste plasticienne

« La Mauritanie est un pays d’humanité. Où que vous alliez, il y a cette chaleur humaine dans toutes les couches de la population » 

 

Le fait d’être l’épouse d’Ahmed Ould Daddah, le chef de file de l’opposition démocratique, ne l’a pas transfiguré. Sobre, elle l’est jusqu’à la moelle de ses os. Pour preuve, on ne l’entend presque pas. «C’est moi qui ai toujours voulu me mettre en arrière », explique-t-elle. Ce lundi 11 février, elle exposait ses ‘tapisseries en patchwork’ au centre culturel français de Nouakchott, Antoine de Saint-Exupéry.

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que c’est votre première fois d’exposer au Centre Culturel Français ? 

Non ! J’expose depuis 20 ans. J’ai commencé à Bangui en République Centre africaine(ndlr : R.C.A) où on était en poste(avec Ahmed Ould Daddah, son mari, ndlr). J’ai exposé ici(au CCF, ndlr), il y a 15 ans, lorsque je suis revenue. Ce n’est pas ma première fois d’exposer au CCF. Tous les deux ans, j’expose ici, depuis 1992. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Très peu de mauritaniens connaissent les techniques du patchwork ! C’est quoi exactement ? 

Le patchwork, c’est un assemblage de tissus. On coupe le tissu en petits bouts, en carré ou en longueur. Après, je les couds ensemble pour faire une harmonie de couleurs. Chaque bout a une couleur différente. J’ai appris ça en Bangui, figurez-vous, avec une française qui l’avait appris d’une américaine. Mais c’est une technique extrêmement courante en Amérique. Ça s’appelle Log-Cabin. On commence avec un support d’un tissu blanc, on trace des lignes et ensuite on commence au milieu et on fait les tours. Ce qui fait qu’on a de petits carrés de 10 cm sur 10. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Chinguetti, Oualata, Boutilimit, Nouadhibou, Bogué…Que représentent ces villes pour vous ? 

Rien de spécial ! Pas plus que les autres villes ! Ça représente la Mauritanie. C’est la lumière de la Mauritanie. C’est le dépouillement aussi des villes. Parce que c’est des villes au bord de l’eau. C’est des villes sahariennes. Les villes ne représentent pas quelque chose de spécial. C’est des impressions ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Comment faites-vous pour confectionner de telles tapisseries ? 

Je les fais toute seule avec le plus grand plaisir. Personne ne touche ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous jouez beaucoup sur les couleurs aussi. 

C’est ma manière de travailler. J’aime les couleurs. J’aime travailler avec les couleurs et parfois aussi avec les non -couleurs c’est à dire les couleurs beiges. Il faut qu’il y ait toujours quelque chose qui ressort. Cette fois-ci, ce n’est pas trop beige, sauf Nouadhibou(parmi ses tableaux exposés, il y en a un intitulé ‘Nouadhibou’, ndlr). Je joue avec les couleurs, c’est vrai. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Il vous a fallu combien de temps pour préparer toute cette merveille ? 

Une année de préparation ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : La religion est présente aussi dans vos tableaux à travers l’évocation des lieux de culte ? 

C’est la tonalité de la Mauritanie. Ce n’est pas que la religion. C’est une spiritualité qui ressort de l’environnement, qui donne une sorte de paix dans l’âme. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Peut-on penser que vos tableaux que nous avons ce soir (11 février, ndlr) reflètent bien tout ce que vous avez vu ou vécu pendant une ou des années ? 

C’est un peu mes sentiments vis à vis de mon environnement et plus aussi de mes voyages ailleurs, de mon origine danoise. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce que cela vous a fait de voir tout ce public venu nombreux pour admirer votre travail ? 

Ça m’a fait grand plaisir. A chaque fois que j’expose, il y a un monde fou. Seulement, la presse ne s’intéressait pas beaucoup avant. Afin, ce n’est pas qu’elle ne s’intéresse pas. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Comment expliquez-vous le fait qu’on ne vous entende presque pas ? 

C’est moi qui ai toujours voulu me mettre en arrière. Je ne suis pas au devant de la scène 

politique comme je ne suis pas du pays. Cela ne veut pas dire que je ne m’y intéresse pas. C’est un de mes principes parce que je vis dans un environnement politique. Mais la politique, proprement dite, comme militante ou me montrer, non ! Je n’ai jamais voulu ça. Je suis réservée. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et votre mari, que représente-t-il pour vous dans votre métier (artiste plasticienne, ndlr) ? 

Il m’a toujours soutenu. Il m’a toujours encouragé. Il trouve très, très bien que je m’occupe comme ça. C’est une manière saine de vivre, de s’exprimer. Ça lui convient bien ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous avez un secret particulier puisque votre technique a émerveillé plus d’un ? 

Non, je ne crois pas ! Je ne sais pas trop ! Je n’analyse pas tellement ce que je fais. Je pense que peut-être que c’est des gens qui connaissent bien l’art. Je suis très ravie de voir beaucoup de mauritaniens. Avant, il y en avait pas beaucoup et maintenant, il devient de plus en plus nombreux. Pas seulement, les artistes plasticiens mais aussi le public. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et quel regard portez-vous sur les artistes peintres ou plasticiens mauritaniens ? 

Ils ne se sont pas seulement améliorés mais ils se sont révélés. On voit qu’ils existent. Peut-être qu’ils ont toujours existé mais ils n’ont pas pu s’exprimer ou ils n’ont pas voulu s’exprimer publiquement. 

 

Le Rénovateur Quotidien : L’espoir, la paix, le rassemblement…sont des mots qui évoquent beaucoup de choses apparemment pour vous ? 

Mais bien sûr ! D’abord, la Mauritanie est un pays d’humanité. Où que vous alliez, il y a cette chaleur humaine dans toutes les couches de la population. Ça nous fait sentir à nous tous une paix, une sérénité et le rassemblement parce que tout justement, c’est la ‘Terre des Hommes’. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes l’épouse d’Ahmed Ould Daddah. Quelle place occupez-vous auprès de lui ? 

Je suis sa campagne depuis 42 ans(elle glousse). Je ne peux pas dire plus. 

 

Le Rénovateur Quotidien :  L plupart des femmes des hommes politiques sont des femmes engagées. Est-ce que vous l’êtes? 

Je suis engagée à ma manière. Mais à la maison. Je reçois les gens avec mon mari. Dès fois, sans lui, lorsqu’ils sont des dames. Je ne suis pas la garde robe d’un homme. Jamais ! Je ne m’impose pas parce que j’ai toujours quelque chose à faire. Mais je suis disponible, si on a besoin de moi. C’est ma philosophie. C’est mon goût personnel. Je laisse la Mauritanie aux mauritaniens. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et ce soir (11 février, ndlr), vous avez vendu combien de tableaux ou de tapisseries ? 

Je n’ai pas encore fait les comptes. Mais j’ai vendu la moitié de ma production. Je suis très satisfaite. Ça a été vraiment très sympathique. Vous savez, j’ai beaucoup de connaissance. Ils peuvent être parfois complaisants. Ils achètent peut-être pour me faire plaisir. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes d’origine et de culture occidentale et votre mari de culture arabo-musulmane.  Deux sphères différentes. Comment vivez-vous cela, ce biculturalisme ? 

Non, ce n’est pas un grand problème. D’abord, lui, il est biculturel. Il est absolument mauritanien à 100% mais il a une grande ouverture d’esprit comme la plupart des mauritaniens de sa génération. Ça n’a pas été compliqué. Moi, je m’adapte tant bien que mal. Ce n’est pas difficile pour moi. Mais la langue( le hassanya, ndlr) est un peu difficile pour moi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et comment vivez-vous actuellement en Mauritanie ? 

Je vis très bien. J’adore être ici parce que j’ai beaucoup de temps pour faire mon travail. Je vois le monde comme je veux le voir. Je suis bien avec les mauritaniens, la culture mauritanienne qui m’intéresse beaucoup et me touche. La Mauritanie, c’est mon pays. Je suis là depuis 1967. 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

  

 

 

 

 

 

( 13 février, 2008 )

Festival International des Musiques Nomades de Nouakchott

Un festival pour valoriser les artistes mauritaniens 

Créé en 2004, le Festival International des Musiques Nomades de Nouakchott, première manifestation annuelle de dimension internationale dans le pays, a contribué ces dernières années à dynamiser la vie musicale en Mauritanie. Fort du succès des premières éditions, son rayonnement et sa pérennisation lui permettent aujourd’hui de rejoindre les grandes manifestations culturelles existant déjà dans les grandes villes africaines, telles que Dakar, Ouagadougou, Bamako, Marrakech, Fès, etc. 

Thématisé autour des musiques nomades, ce festival valorise les artistes mauritaniens, mais invite également des musiciens issus des cultures nomades du monde entier à se produire en Mauritanie. Ce «nomadisme musical » s’entend aussi et bien sûr dans sa dimension contemporaine. Sensible à la mondialisation des échanges artistiques et culturels, le Festival favorise les rencontres «transculturelles », entre tradition et modernité, associant les artistes de cultures différentes et les technologies contemporaines sur des projets artistiques inédits. Enfin, le projet développe, à l’occasion de la manifestation, un volet formation des artistes, des équipes administratives, techniques et logistiques du pays, destiné à la pérennisation de la manifestation à moyen terme, et la professionnalisation des artistes. Le festival se déroule sur cinq jours, du lundi 7 au vendredi 11 avril 2008, dans toute la ville de Nouakchott. Le grand stade au cœur de la commune du Ksar est aménagé en espace de concert : accès public, grande scène équipée d’un système d’éclairage et de sonorisation d’envergure pour l’accueil des concerts internationaux destinés à un large public venant de toute la ville. Deux groupes internationaux invités se succèdent sur la scène chaque soir du 8 au 12 avril 2008. Toute la ville s’animera pendant le temps du festival. Une antenne permanente sera mise en place avec les relais locaux (mairies, associations…) dans plusieurs quartiers des communes (moughataas). Chacun des quartiers accueillera quotidiennement en fin d’après midi près de 20 concerts de chanteurs et musiciens de la scène mauritanienne. 

 

Les veillées sous la ‘Khaima’Autour de minuit, après les concerts du Ksar, le CCF accueille sous la khaïma, dans une ambiance conviviale et « acoustique », les grands artistes traditionnels, maîtres des musiques maures et négro-africaines, virtuoses du chant, du tidinit, de l’ardine et des percussions… Ils inviteront le public, les professionnels et les journalistes étrangers à entrer dans la nuit en musique, en découvrant la richesse du répertoire traditionnel qui a traversé les époques jusqu’à nos jours.  

Une rencontre professionnelle 

« La circulation des artistes entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne ». Cette table-ronde réunira les responsables festivals et grandes manifestations musicales du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne autour des enjeux de la circulation et le formation des artistes : Festival Timitar / Essaouira (Maroc), Festival au Désert (Mali), Festival Hip Hop de Ouagadougou (Burkina Faso), Festival El Jem (Tunisie), Africa fête (Sénégal), Transsaharienne des Arts et de la Culture (Niger) etc… 

Le ‘campement du festival’ 

Le CCF accueille le campement du Festival : bureau d’information, point presse, expositions, conférences, restauration… Sous une grande khaïma, un espace convivial de rencontre est aménagé pour la durée du festival. 

Une sélection de 4 groupes mauritaniens  «émergents» sera présentée au public chaque soir à 17h dans la salle de concert du CCF, avant les grands concerts de soirée. Accompagnés dans le cadre d’une formation à la scène, ils représentent la nouvelle génération d’artistes mauritaniens qui, bientôt, sillonnera les routes africaines et européennes avec leurs instruments. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

( 13 février, 2008 )

Marchés de la capitale et de 5ième: Les autorités font la barbe aux vendeurs

Les autorités ont décidé, cette fois-ci, de mettre fin à l’occupation illégale et parfois même anarchique des voies publiques notamment au bord des grands marchés comme ceux de la capitale et de 5ième. Une mesure qui est loin d’être appréciée par les déguerpis qui n’en croyaient pas de leurs yeux !

 C’est un véritable coup de pioche que les vendeurs ont reçu sur leur tronche ce jeudi 7 février. Hagards, ils semblent être pris de court par la rapidité des événements et pourtant, on les avait bien avertis quelques jours auparavant. «Nous avons informé et sensibilisé la population pendant 4 jours », se défend la maire de Sebkha, Raby Chérif Aidara, trouvée au marché de 5ième. Accompagnée d’une équipe du Ministère de l’Habitat et de l’Equipement, madame la maire est descendue sur le terrain pour constater de visu l’état d’avancement des opérations de déguerpissement. «Nous sommes là pour la population. Nous représentons la populations », déclare-t-elle avant d’affirmer qu’ils(les élus locaux, ndlr) ont reçu l’ordre de ‘faire déguerpir les gens qui occupent illégalement les espaces publics notamment au bord des marchés’. 

Afin de protéger les marchés et les populations, contre des risques d’incendie et autres, le gouvernement de Zéine Ould Zéidane a décidé de prendre le taureau par les cornes : déguerpir les vendeurs des voies publiques. Et, malgré l’opiniâtreté et l’obstination de ces derniers, le gouvernement semble être déterminé à aller jusqu’au bout de sa logique. Mais cette énième mesure de déguerpissement connaîtra-t-elle un succès. Car, pour certains, elle n’est pas la première et ne sera pas la dernière non plus. «La population mauritanienne n’est pas habituée à ces genres de choses. Elle est habituée à vivre dans l’illégalité. Je crois que les gens vont comprendre notre action », dit-elle en déclarant que les raisons d’un tel déguerpissement sont d’ordre sécuritaire. «Ces temps-ci, fait-elle remarquer, nous avons pu recenser beaucoup d’incendies, de fusillades et d’incendie. C’est pour cela, tout le gouvernement plus les élus locaux se sont réunis pour lutter contre ces problèmes ». 

En effet, cette disposition intervient quelques jours après le terrible embrasement du marché des planchers situé à quelques mètres des kebbas d’El Mina occasionnant d’importantes pertes financières. Avec ce déguerpissement, c’est des milliers de famille qui retombent dans l’inquiétude et le désespoir. Car, si certains ont dû mal à dissimuler leurs craintes d’autres par contre ont dû mal à ruminer leur colère. «Nous sommes des mères de famille et nous dépendons beaucoup de notre labeur, confie Ba Boye, habitante de Kouffa, dans la colère et la frustration. Avant de déguerpir les gens, il faut préalablement leur chercher des espaces où occuper. Les policiers ont passé tout leur temps à nous lancer des grenades lacrymogènes ». «Depuis plus de 20 ans, nous sommes là. Nous, les vendeuses de poissons, nous sommes fatiguées de ces provocations. C’est comme si nous n’étions pas de ce pays. Et pourtant, chaque jour, nous payons entre 300 et 400 UM. Non seulement, ils nous déguerpissent de manière sauvage mais ils nous maltraitent », renchérit une autre dame. 

Deux jours après le drame, certains sont revenus, notamment des femmes, pour récupérer dans les décombres, les dépôts d’ordures, ce qui peut l’être davantage. D’autres, nonobstant la présence des éléments de la police et de la gendarmerie qui veillent au grain, continuent de braver l’interdit. D’autres encore essaient de résister mais à leur manière. «Nous restons là malgré nous. C’est vrai que c’est interdit de s’installer ici mais nous n’avons pas d’autres solutions », confie un grilleur de viande. 

C’est vrai que Nouakchott est devenu une ville encombrante, que notre capitale ressemble à un taudis, que les voies publiques sont envahies de jour en jour par des cohortes de miséreux, que cette mesure participe à aérer les espaces occupés. Mais est-ce une raison suffisante de pourchasser comme des bêtes des familles entières qui n’ont d’autres sources de revenus que ce qu’ils gagnent de leur labeur. Et certains reprochent aux autorités de s’être lancées dans une telle entreprise sans avoir pris assez de précaution et jettent la responsabilité sur le compte de l’Etat mauritanien. «Ces gens-là sont installés ici depuis combien de temps ? On a tout fait. On est allé voir les autorités. Elles n’ont rien fait. C’est une situation qui risque d’être dangereuse, si on ne trouve pas des solutions et des mesures très rapides. Il faut prendre des mesures d’accompagnement. Quand on décide de dégager les gens, il faut les prévoir un lieu », fulmine un riverain du marché 5ième qui pense par ailleurs que la faute incombe aux autorités surtout locales qui ont laissé pourrir la situation. «L’Etat doit aménager des marchés de poissonnerie modernes pourvus d’eau », préconise Coly Sow, agent d’hygiène qui estime que c’est la seule solution pour venir à bout de cette ‘pagaille’. «Si les autorités veulent que cette pagaille cesse, elles doivent aménager des espaces destinés uniquement aux vendeuses de légumes, de poissons et de viande », rajoute-t-il. 

Jusqu’où ira cette mesure ? Ou est-ce une manière de faire du boucan ? Les autorités iront-elles jusqu’au bout de leur logique ? Face à des populations déterminées, les autorités vont-elles lâcher du lest ? 

Comme pour convaincre les populations, Raby Chérif Aidara avancera que toutes les dispositions ont été prises par le gouvernement pour recaser les déguerpis qui semblent ne pas croire de telles choses. Mais entre la prise de décision et la réalisation d’un projet dans les faits, c’est toute une éternité. En Mauritanie, nous sommes tellement habitués à des retournements de situation, que certains pensent déjà que cette mesure n’aura pas de succès. «Là où je suis, je suis avec l’équipe du plan et de l’aménagement du ministère de l’habitat et de l’équipement pour nous aider à borner  les lieux », rassure la maire de Sebkha. 

Ces lieux se trouvent derrière le dispensaire de Basra et le marché de Kouffa. 

Babacar  Baye Ndiaye 

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