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( 28 février, 2008 )

Ibrahima Moctar Sarr, Président de l’AJD/MR: »C’est l’Etat qui doit se charger du retour des déportés et prendre les mesures nécessaires qui s’imposent pour les secourir »

Après son audience avec le Président de la République, Ibrahima Moctar Sarr a tenu une conférence de presse, hier, au siège de son parti pour livrer ses analyses sur la situation politique et sociale du pays marquée principalement  par le retour des déportés et l’adoption du projet de loi portant sur l’amendement  du statut de l’opposition. 

 

Dans son mot d’introduction, le Président de l’AJD/MR, Ibrahima Moctar Sarr,  est revenu à nouveau sur le retour des déportés qui a été possible, selon lui, grâce à la bonne volonté  du Président de la République « qui n’a ménagé aucun effort depuis son élection pour la réussite de ce dossier » dira t-il. Cependant, il a remarqué que l’organisation de ce retour s’est déroulée dans des conditions incompréhensibles voire inacceptables. Après le retour des déportés, une délégation officielle a été dépêchée sur place par l’AJD/MR pour s’enquérir de la situation  qui prévalait dans les trois sites qui ont été aménagés pour la circonstance. A la suite de la visite de ces sites, les responsables de l’AJD/MR ont fait savoir que les conditions n’étaient pas réunies pour que le retour des déportés dans leur pays soit des meilleurs. «Ils étaient dans des abris de fortune. Ils n’avaient plus rien à manger. La dotation qu’on leur avait donnée était pratiquement finie. Les conditions sanitaires étaient déplorables. La proximité et le problème d’hygiène sans parler de la scolarité des enfants qui restaient à régler », a déclaré Ibrahima Moctar Sarr, qui estime qu’une telle situation devait nécessitait un plan d’urgence de la part des autorités qui avaient tardé à réagir promptement et efficacement pour éviter toutes appréhensions ou inquiétudes de la part des déportés «Ce que nous ne comprenions pas c’est que l’Etat ne soit pas en mesure de prendre en charge les citoyens qui sont rentrés. Quelles que soient les critiques adressées au H.C.R. au P.A.M. ou autres, nous pensons que ce sont des organisations d’appoint qui sont venues pour nous aider ». 

A l’en croire, c’est l’état mauritanien qui doit se charger du retour des mauritaniens déportés et prendre les mesures nécessaires qui s’imposent pour les secourir. C’est dans ce cadre qu’Ibrahima Moctar Sarr a adressé une demande d’audience auprès du chef de l’Etat pour s’entretenir avec lui de ce dossier. «J’ai tenu à dire au président de la république par rapport à ce premier contingent  qu’il devait bénéficier d’une attention des plus remarquables pour constituer une sorte de marketing afin que ceux qui ne sont pas encore rentrés aient le courage de rentrer. » 

«Nous devons avoir à l’idée une chose fondamentale : ces compatriotes qui sont rentrés après 19 ans d’exil, sont traumatisés » a reconnu Ibrahima Moctar Sarr qui pense que pour réparer cela, il faudrait une grande action vigoureuse de la part des pouvoirs publics en organisant une grande solidarité populaire. «Nous avons pensé comme on avait fait avec les rapatriés au Sénégal que les déportés ont besoin d’un élan de solidarité de la part du peuple mauritanien tout en entier » a-t-il suggéré  en faisant remarquer que cette solidarité n’a pas été manifestée comme le peuple mauritanien l’avait fait contre le terrorisme ou contre l’occupation d’Israël en Palestine. 

Ainsi donc, pour marquer leur solidarité à leurs compatriotes mauritaniens, l’AJD/MR va organiser le 1er mars à venir une Journée Nationale de Solidarité à la «Case» afin d’amener les mauritaniens à participer à ce retour. «Le retour des déportés est un jalon important sur la voie de la réconciliation nationale. La réconciliation nationale ne peut véritablement aboutir que si elle passe par la réparation des préjudices subis qui vont du retour des déportés à la solution du passif humanitaire », a-t-il conclu en faisant savoir que c’est cela seulement qui pourra déterminer les points de convergence qui assureront la pérennité d’une coexistence pacifique en dépassant certaines passions et certains rancœurs. 

Par rapport au projet de  loi sur le statut de l’opposition, Ibrahima Moctar Sarr a salué l’adoption de cette loi votée par la majorité qui est pour lui un pas important vers l’instauration d’une démocratie véritable en Mauritanie. Cependant, il n’a pas manqué à cette occasion de dénoncer l’exclusion dont son parti a été l’objet, y voyant,  une volonté manifeste de certains de vouloir fragiliser l’opposition. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

( 28 février, 2008 )

Organisations de la Société Civile:Les Nations Unies et la Banque Mondiale prêtes à appuyer leur restructuration

Le centre d’information et de documentation des nations unies et la banque mondiale a organisé hier un débat intitulé «Regard croisé sur la problématique de la société civile en Mauritanie : quelles stratégies des nations unies et la banque mondiale ? » Ce débat a vu la participation de plusieurs organisations de la société civile.

Faible structuration, déficit de moyens, de formation, d’expérience, faible décentralisation, déficit d’accès aux sources de financement nationales et internationales…Voilà en substance les faiblesses dont souffre la Société Civile Mauritanienne. Autant dire des difficultés qui l’empêchent de jouer et de remplir pleinement son rôle. C’est dans ce cadre que le Représentant de la Banque Mondiale en Mauritanie, Monsieur François Rantrua a promis que son institution va accorder un intérêt particulier à la société civile mauritanienne qu’elle associera désormais dans ses actions. «Cela va de la promotion de la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption en passant par la promotion des droits économiques et sociaux, la lutte contre le VIH/Sida, le renforcement des capacités, la promotion de la démocratie et la transparence dans la gestion des ressources naturelles », a-t-il déclaré tout en rappelant que les Organisations de la Société Civile jouent un rôle important dans l’atteinte des principaux objectifs de la Banque Mondiale à savoir la promotion d’une croissance économique équitable et la réduction de la pauvreté.

Dans son exposé introductif, Alessandra Pellizzeri a rappelé l’importance que joue la Société civile en matière de bonne gouvernance et de contrôle sur l’action publique du gouvernement. Dans le cadre de la restructuration des Organisations de la Société Civile, le gouvernement avait initié deux mesures phares dans ce sens à savoir : mettre en place une nouvelle plate-forme de la société civile et réfléchir sur l’avant projet de loi pour les associations, statuts et modalités pratiques pour la mise en place de cette forme. Il a été relevé au cours de ce débat que pour pouvoir véritablement jouer son rôle, la Société Civile doit disposer de réelles capacités d’action. Le PNUD a beaucoup participé à la naissance de la société civile mauritanienne. Dans cette optique, le PNUD va mettre en œuvre une nouvelle stratégie pour la Société civile en définissant une approche sélective sur la base de critères objectifs et permettre aux OSC d’être opérationnelles dans un environnement favorable à l’autonomisation de la société civile qui passe par l’établissement d’un code de déontologie.

A l’issue de ce débat, on peut penser que rien ne va au sein de la société civile mauritanienne qui manque d’organisation et de coordination. Comme l’a rappelé le représentant de la Banque Mondiale en Mauritanie, l’objectif de ce partenariat est de renforcer la concertation et l’implication effective des OSC dans le travail que fait la Banque Mondiale en Mauritanie.

Babacar Baye Ndiaye

( 28 février, 2008 )

Ewlade Leblade

Démenti de l’implication d’un des leurs dans l’assassinat des 4 touristes français

 

Interloqués, ébahis, surpris! Les mots ne semblent pas proportionnés pour exprimer le sentiment de surprise du Groupe Ewlade Leblade à la sortie de l’article publié par Jeune Afrique sous la plume de Marianne Meunier à l’implication d’un des membres du groupe. En effet, leur surprise fut grande de voir l’un des leurs(Hamad Ould Chabarnou confondu avec Mohamed Ould Mbeirikatt) cités dans l’affaire de l’assassinat des quatre touristes français, le 24 décembre 2007 à Aleg.  Khadim, le manager du groupe, a démenti catégoriquement ces allégations en niant toute implication de près ou de loin de l’un des membres du groupe. Il a tenu à préciser que de telles allégations parues dans Jeune Afrique du 20 au 26 janvier dernier n’engage que l’auteur de cet article qui a été selon lui mal informée sur le groupe. Comble de l’ironie et à leur grande surprise, cette information circulait plus d’un mois sans qu’aucun des membres du groupe ne soit au courant de cette information qui risque de ternir l’image du groupe à l’extérieur. “D’où viennent ces informations ? Nous sommes pour le moment dans l’impossibilité de le dire. L’essentiel pour nous ce qu’on devrait faire en tant que groupe, nous l’avons fait ”, a affirmé le manager du groupe, Khadim, qui a laissé entendre qu’ils ont consulté déjà leur avocat pour que cette affaire soit portée devant la justice. Apparemment, c’est un coup dur que vient de subir ce groupe qui a dû mal à comprendre la source de ces informations. Certains journaux même de la place se sont permis à relayer cette information diffusée par Jeune Afrique.

Babacar Baye NDiaye

( 28 février, 2008 )

OMD: La Mauritanie peut mieux faire!

Un atelier de formation sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement et l’UNDAF a été organisé, ce dimanche 24 février, à l’hôtel Novotel, au profit des journalistes mauritaniens s’intéressant aux questions de développement. Au cours de cet atelier, trois thèmes ont été développés respectivement par Alessandra Pellizzeri, sur l’origine et le contexte des OMD, par Mohameden Fall sur la pertinence des OMD pour les pays en développement comme le nôtre et enfin par Mohamed Lemine Ould Moustapha sur le plan cadre des Nations Unies pour l’aide au développement dans l’objectif de la réforme du système des nations unies ainsi que l’application de ce plan en Mauritanie. 

Tout a commencé en 2000 lorsque les chefs d’Etat et de gouvernement du monde entier se sont engagés à réduire à moitié d’ici 2015 un  certain nombre de disparités avec l’appui des pays développés qui ont décidé de consacrer les résultats de leur croissance économique aux pays pauvres dans le but de les aider à réduire de moitié la pauvreté, à assurer un cycle d’enseignement primaire complet à leurs progénitures, à sauver la vie de millions de femmes qui meurent en accouchant faute de soins ou d’infrastructures sanitaires…

La Déclaration du Millénaire est adoptée par l’assemblée générale des nations unies et constituera le texte référentiel en matière d’engagement en faveur du bien être de l’humanité et du souci d’assurer aux sociétés des conditions de vie meilleures. C’est le début d’une nouvelle conception de coopération et de partenariat qui s’installe entre les pays riches et les pays pauvres dans le cadre de la lutte contre le VIH/Sida, les réchauffements climatiques, les conditions de vie de plus en plus dégradantes de millions de personnes sans avenir.

C’est dans cette optique que seront élaborés les Objectifs du Millénaire pour le Développement qui se basent sur les principes majeurs de la déclaration universelle  des droits de l’homme et de la charte des nations unies en réintroduisant les mêmes principes : la paix, la solidarité, l’aide au développement, la bonne gouvernance, la réduction de la pauvreté et la lutte des grandes pandémies de notre temps comme le VIH/Sida ou le paludisme.

En Mauritanie, huit ans après l’adoption de la Déclaration du Millénaire, la situation est peu reluisante notamment par rapport aux objectifs 4, 5 et 6 ou des efforts colossaux doivent être accomplis si nous voulons atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement ou à défaut de réduire à moitié les disparités. 

 Dans ce domaine, la Mauritanie peut s’inspirer des exemples mozambicains et bangladais qui ont fait des progrès considérables dans la réalisation des OMD relatifs à la santé ou à l’Erythrée qui a réussi à diminuer considérablement le taux de mortalité infantile en distribuant des moustiquaires imprégnées dans le cadre de la lutte contre le paludisme dont le moyen le plus efficace de s’en protéger reste la prévention.   

Ainsi donc, il est bien possible à la suite de ces exemples d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement d’autant plus que par rapport à l’objectif 2 (assurer l’éducation primaire pour tous les enfants), la Mauritanie est citée comme un exemple concret en terme de réduction des inégalités entre les garçons et les filles en âge de fréquenter l’école primaire. Les analyses menées dans le cadre du premier rapport ont montré et outre et parfaitement que notre pays pourrait atteindre probablement les cibles OMD de l’éducation en dépit d’une dégradation notoire de la qualité de l’enseignement.

 Notre pays a toujours fait de la lutte contre la pauvreté une priorité nationale en l’intégrant au niveau de ses stratégies et politiques de développement. Ainsi donc, de 1990 à 2000, le taux de la réduction de la pauvreté est passé de 56,5% à 46,3%. Si cette tendance est maintenue, ce taux pourrait chuter de 28,25% selon certaines prévisions. Mais ce n’est pas une raison supplémentaire, estiment experts du système des nations unies en Mauritanie, de dormir sous nos lauriers.

Au regard de certains indicateurs, on peut bien penser que la Mauritanie peut faire mieux. Les conditions sont favorables puisque notre pays a bénéficié de l’annulation de la dette et a été éligible  à la déclaration de Paris en 2005.

La Mauritanie bénéficie par ailleurs du soutien de l’UNDAF qui concourt à la mise en œuvre du Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (CSLP) et à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement. Dans ses axes stratégiques, on peut citer la bonne gouvernance, la lutte contre la mortalité maternelle et infanto juvénile, le renforcement de l’éducation et de la formation, l’amélioration de l’accès des populations à des moyens d’existence durable et enfin la lutte contre le VIH/Sida, des cibles qui convergent avec les OMD.

Aujourd’hui, tous les plans d’action élaborés par le gouvernement mauritanien intègrent les Objectifs du Millénaire pour le Développement. Les défis sont là, énormes et c’est de leur réalisation effective ou partielle que dépendra le progrès de notre pays. Encore 7 ans nous séparent de 2015, d’ici là, engageons la course contre la montre puisque l’espoir est permis si nous regardons les résultats obtenus à travers le monde.

Babacar Baye Ndiaye

( 28 février, 2008 )

Gérard Tolohin, metteur en scène

« Je pense que le jour où la Mauritanie  reconnaîtra  la valeur et l’importance de ses artistes, il y aura un très gros pas qui sera franchi » 

 

‘Le Dernier jour d’un condamné’ aborde, sans fioritures, le thème de la peine de mort. Ce texte écrit, il y a plus d’un siècle et demi par Victor Hugo, est toujours d’actualité malgré les vicissitudes du temps. C’est un thème qui ne laisse personne indifférent. Parmi ceux-là, Gérard Tolohin qui l’a ressuscité en adaptant au théâtre ce grand texte qui est un plaidoyer contre la peine de mort. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Tout à l’heure, avant de monter sur scène (ndlr, cette interview a été faite le dimanche 24 à 22 heures), vous aviez l’air un peu tendu et crispé. Comment vous vous sentez  maintenant ? 

Gérard Tolohin : Bien !!! C’est toujours à la fin qu’on se sent d’avoir bien accompli quelque chose.  Tout le stress qu’on avait accumulé disparaît. A la fin du spectacle on se sent léger. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Après ‘le ciel a oublié de pleuvoir’ de Mbareck Ould Beyrouk, vous revenez avec ‘le dernier jour d’un condamné’ de Victor Hugo. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à adapter ce texte au théâtre ? 

Gérard Tolohin : En réalité, on m’a demandé de le jouer parce que d’abord il est au programme des élèves de 3ième   année de l’enseignement français. Lorsqu’on me l’a proposé, j’ai dit oui toute suite. Le thème qui y est évoqué (la peine de mort, ndlr) est un thème qui me plaît beaucoup. C’est un thème qui est toujours d’actualités.  C’est pour moi, une manière de faire d’une pierre deux coups. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Ce texte est un plaidoyer contre la peine de mort. Vous, personnellement, êtes-vous oui ou non contre la peine de mort ? 

Gérard Tolohin : Ah ! Oui, je suis fondamentalement contre la peine de mort. Pour moi, ça va même à l’encontre de l’esprit humain. Tuer ou exécuter quelqu’un sous prétexte qu’on veut rendre justice, c’est une grosse erreur. Je ne pense pas qu’on peut verser du sang pour réparer une faute. Je n’y crois pas ! 

 

Le Rénovateur Quotidien :  Vous n’êtes pas sans savoir que la peine de mort existe en Mauritanie même si elle n’a jamais été appliquée. Et certainement, vous ne me direz pas non plus  que l’adaptation de ce roman, vous l’avez fait de manière fortuite ? 

Gérard Tolohin : Que ce soit en Mauritanie ou ailleurs, la peine de mort doit être combattue. C’est quelque chose d’inconcevable et d’inacceptable à nos jours. Maintenant par rapport à l’adaptation même du texte, j’ai voulu faire attention d’abord à mes sentiments et tendances psychologiques. J’ai essayé de m’approprier ce texte pour l’adapter de manière africaine. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Serez-vous devenu, après avoir lu ce texte, un ‘droit de l’hommiste’ ? 

Gérard Tolohin : Oui ! Je pense que la vie est un droit fondamental pour tout être humain et je ne vois pas les raisons pour lesquelles, on devrait lui ôter ce droit. Même un criminel a droit à cette vie-là. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que l’adaptation de ce texte a été facile pour vous ? 

Gérard Tolohin : Ça n’a pas été facile parce que ce n’était pas un texte prévu pour être joué en tant que tel. Il fallait se débrouiller, faire des contorsions pour pouvoir l’adapter. J’avoue que le début était difficile mais par la suite, j’ai trouvé cela vraiment surmontable. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Il vous a fallu combien de temps pour maîtriser ce texte qui est apparemment très difficile ? 

Gérard Tolohin : Il m’a fallu 4 mois ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Comme ‘le ciel a oublié de pleuvoir’, ‘le dernier jour d’un condamné est aussi un texte engagé. Peut-on dire ou pensez que vous êtes  une personne profondément engagée ? 

Gérard Tolohin : Lorsqu’on est dans un environnement où il y a autant de problèmes, il est hors de question de fermer les yeux.  Il y a des thèmes qu’on ne doit occulter. Nous ne sommes pas des hommes politiques et nous avons (les artistes, ndlr) notre façon de s’exprimer et de faire passer notre message. C’est un engagement et là, c’est tellement évident pour moi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Un lit, une chaise, une table sur laquelle est déposée une bouteille d’eau, un grillage représentant les murs de la prison…Apparemment, vous avez voulu être fidèle dans la mise en scène de ce texte ? 

Gérard Tolohin : Oui ! C’est vrai, mais je me dis aussi que ça peut être une prison de n’importe quel continent, de n’importe quel pays du monde. D’ailleurs, dans le texte, il y a des passages faisant allusion à la ville de Paris que j’ai éliminés. Tout cela, pour universaliser, d’une certaine manière, le texte. Un lit, une table…C’est un décor minimaliste pour moi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Maintenant que vous avez joué le rôle du condamné à mort dans ce texte, que pensez-vous de la prison ? 

Gérard Tolohin : En Afrique, de manière générale, les conditions de détention dans les prisons sont difficiles. J’en ai visité quelques-unes. L’environnement est tel qu’on a l’impression que l’être humain est réduit à une certaine forme d’animalité pure. C’est comme si, le prisonnier n’avait aucun droit. On le prive de tout, même de sa dignité. Je pense qu’il faut mettre les prisonniers, à leur sortie de prison,  dans de bonnes conditions de réhabilitation pour préparer leur sortie. La prison ne doit pas être un lieu où on ridiculise ou humilie l’être humain. Un lieu où on lui enlève toute dignité, toute humanité, non ! Parce qu’à sortie de prison, il peut être pire. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Des millions d’individus ou d’innocents croupissent dans les geôles en attendant leur jugement. Qu’en pensez-vous ? 

Gérard Tolohin : Pour moi, soit, on est capable de leur donner de bonnes conditions carcérales ou bien on essaye de trouver d’autres moyens. On ne peut pas garder les gens dans des conditions exécrables. N’importe qui peut se retrouver un jour incarcéré. C’est triste de voir des prisonniers humilier! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Ce texte a-t-il changé quelque chose en vous ? Que vous a-t-il appris ? 

Gérard Tolohin : ça m’a appris la force des mots. Victor Hugo est un auteur engagé qui s’est battu pour donner plus de dignité à l’homme. ‘Le dernier jour d’un condamné’, est né de cette détermination et de cette soif de liberté. C’est vraiment un cri, un cri que pousse un homme qui sait qu’il va mourir. Un homme qui aime la vie ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est vrai que vous vivez en Mauritanie depuis plus de 10 ans mais on ne vous connaît pas assez. Et si je vous posais la question de savoir qui est Gérard, qu’avez-vous à me répondre ? 

Gérard Tolohin : C’est la question la plus difficile  à laquelle il serait vraiment prétentieux d’y répondre. (Il hésite) je suis comédien, metteur en scène. Je suis entre autres enseignant, professeur de français. On peut dire que je suis quelqu’un qui se cherche à travers le miroir que lui renvoient les autres. C’est une quête permanente! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Comment est né en vous cet amour pour la Mauritanie et le fait de vouloir rester ici ? 

Gérard Tolohin : Mon pays natal, c’est le Niger. C’est un pays très similaire à la Mauritanie de par son climat d’abord.  Lorsque je suis venu ici, j’ai retrouvé ma vie d’enfance. Je me suis adapté très vite. Il y a beaucoup de similitude entre la Mauritanie et le Niger. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez été témoin des dernières mutations de la société mauritanienne. Actuellement, en tant qu’artiste, quel regard portez-vous sur la Mauritanie ? 

Gérard Tolohin : La Mauritanie a effectué un gros pas. Je veux dire sur le plan politique. Mais sur le plan culturel, je crois qu’il y a encore de la marge, beaucoup de choses à faire. Je pense que le jour où la Mauritanie  reconnaîtra  la valeur et l’importance de ses artistes, il y aura un très gros pas qui sera franchi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et vous faîtes partie de ceux qui participent même à l ‘émergence de la culture mauritanienne ? 

Gérard Tolohin : C’est ma manière de contribuer à cet effort, de former de jeunes comédiens de demain et qui pourront un jour représenter la Mauritanie, donner du goût du théâtre à ces jeunes comme quelqu’un d’autre me l’avait donné quand j’étais jeune. Tout ce que je peux faire, c’est de transmettre cette passion à ces jeunes. La jeunesse mauritanienne est disponible. Maintenant, est-ce qu’on le propose quelque chose? Je n’en suis pas si sûr. La jeunesse mauritanienne comme toute jeunesse a besoin de choses vraies, de choses qui parlent d’elles. Je crois que c’est sur cela qu’il faudrait accès dorénavant : parler de la Mauritanie, de ses réalités, de ses problèmes sociaux… Je crois qu’ils sont intéressés à chaque fois qu’on parle d’eux. 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

Ducdejoal@yahoo.fr 

  

( 28 février, 2008 )

Violations des droits de l’Homme

L’AFCF et S.O.S. Esclaves montent au créneau 

 

Ivoukou Ould Boussersera, Vatma Mint Ahmed El Abd, Cheikhna Ould Ejwad, Jiid Ould Souwelka, Aminétou Mint Khadar…leur point commun, c’est d’être tous des victimes de l’impunité. Des associations de défense des droits de l’homme, S.O.S. Esclaves et l’AFCF, sont montées au créneau, hier,  au cours d’une conférence de presse pour dénoncer ces cas d’atteinte graves aux droits de l’homme et les agissements de ceux qu’ils appellent les «chats gras » qui font la pluie et le beau temps en Mauritanie.   

 

En dépit d’une nouvelle situation politique, la Mauritanie est loin d’être encore un pays exsangue en terme de violations des droits de l’homme. De jour en jour, les droits les plus élémentaires y sont bafoués comme en témoignent les cas d’impunité au grand écœurement  des associations de défense des droits de l’homme déterminées à aller jusqu’au bout de leur souffle. «Il y a une sorte d’impunité. Nous avons constaté la complicité du procureur et de la gendarmerie (de la ville de Nouadhibou, ndlr). Nous l’avons dénoncé et nous l’avons porté au ministère de la justice. Mais jusqu’à présent, le silence demeure », a laissé entendre Aminétou Mint Ely Moctar faisant allusion à la disparition de Ivoukou Ould Boussersera. «Nous pensons que ce cas est un cas très grave d’atteinte aux droits de l’homme et la mise en scène incombe au procureur actuel de Akjoujt qui bénéficie d’un soutien solide au sein du cabinet du Premier ministre », renchérit Birame Ould Bilal. 

 Par rapport à cette affaire, des associations de défense des droits de l’homme, dont l’AFCF, S.O.S. Esclaves et le FONADH avaient dépêché à Nouadhibou une mission auprès du procureur, du gouverneur et de la gendarmerie. Mais en vain, elles n’ont pas eu d’informations confirmant cette disparition et ont écarté la thèse selon laquelle ce jeune homme s’est noyé comme l’affirme Ould Oumière qui l’avait recruté comme berger à Akjoujt. 

Spoliation des terres, esclavage, injustice,…La liste est assez longue. Des atteintes aux droits de l’homme qui sont pour la plupart du temps l’œuvre de dignitaires, d’hommes d’affaires, de chefs de tribus et comme à l’accoutumée, la police et la gendarmerie se déchargent sur les populations qui ne savent pas à quel saint se vouer. Des situations aggravées par l’absence de cadis neutres et honnêtes au niveau des moughataas. Dans leurs témoignages, les victimes se sont plaint d’avoir été spoliées de leurs terres par la force par des ‘chats gras’ avec la complicité des autorités locales parce que disposant des moyens financiers et de l’influence très considérable dans leur localité. 

«Dans un pays sensé être un pays de démocratie, de droit et d’équité, nous ne pouvons pas accepter ces genres de pratiques aujourd’hui. Il faut que chaque mauritanien épris de paix et de liberté s’engage à dénoncer ces genres de pratiques et  demander à ce que la loi soit appliquée parce que toute fois qu’on applique la loi sur une personne, ça va être une expérience, un exemple pour les autres. Ça va permettre aux autres de ne plus répéter la même chose. Si on continue dans le sens de l’impunité, les gens vont continuer à faire ce qu’ils veulent », a conclu la Présidente de l’AFCF. 

«Nous sommes dans un pays où les populations déshéritées sont à la merci de l’injustice, de l’abus de justice et de l’abus de l’Etat. Il y a des personnalités qui sont trempées dans des violations graves des droits de l’homme », affirme Birame en citant l’exemple de Cheikhna Mohamed Ould Ejwad et Jiid Ould Souwelka qui ont été respectivement spoliés par Baba Ould Walhama et Mohamed Ould Déh avec la connivence de l’administration territoriale. Une situation qu’il trouve injuste en se fondant sur un principe du droit selon lequel nul ne doit être exproprié moyennant une rétribution juste, équitable et acceptable. 

«La loi n’a pas été appliquée jusqu’ici dans ce pays, poursuit-il. On continue à dénaturer et à refuser à appliquer la loi et surtout on continue à donner des décisions de justice qui nous permettent de porter les affaires dans d’autres instances. Ça s’est une manière de fermer les portes de la justice aux victimes ». 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

( 28 février, 2008 )

Birame Ould Dah: »La position et des pouvoirs publics, c’est de protéger les maîtres et de ne donner aucune issue aux esclaves pour pouvoir se libérer »

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Nous ne sommes pas encore au bout du tunnel en ce qui concerne l’éradication totale de l’esclavage en Mauritanie. Chaque jour, on voit un nouveau cas d’esclavage. Le dernier en date est celui de Hana Mint Salem, originaire de la Moughataa de R’Kiz.

La loi incriminant et pénalisant l’esclavage et les pratiques esclavagistes n’a pas tempéré l’ardeur des maîtres esclaves. Les défenseurs des droits de l’Homme, comme Birame Ould Bilal, y voient la main de l’Etat et des pouvoirs publics. Explications.

Le Rénovateur Quotidien : Le cas de Hana Mint Salem avait défrayé la chronique ces temps derniers. Pouvez-vous revenir sur ce cas d’esclavage ? 

Birame Ould Dah : Cette dame était esclave chez El Hussein dans la localité de Lighbéine dans la Moughataa de R’Kiz. Elle a fui l’esclavage et lorsqu’elle a décidé de voir le commandant de la gendarmerie, le préfet et le Président du tribunal départemental, ces derniers ont refusé de lui porter assistance et d’enclencher une procédure judiciaire à la lumière de la loi pour récupérer ses enfants. Ce cas a été posé à la justice. La commission nationale des droits de l’homme a réussi à récupérer les enfants chez les maîtres mais il reste la procédure judiciaire qui est bloquée par le parquet de la République à Rosso qui refuse de diligenter une poursuite en bonne et due forme selon la loi contre les maîtres qui ont pratiqué l’esclavage et qui ont tenté de tuer son mari en ordonnant sa mise à mort. 

Le Rénovateur Quotidien : Et que comptez-vous faire ? 

Birame Ould Dah : Nous avons déjà pris un avocat pour la femme et celui-ci a introduit une plainte mais les autorités judiciaires de Rosso refusent de faire un classement sans suite de l’affaire pour que cette décision soit frappée d’appel par notre avocat et l’avocat de la victime bien qu’elles refusent de faire la poursuite judiciaire. Cette affaire est bloquée. Il n’y a pas d’issue de justice. La justice s’érige en protecteur des maîtres, des criminels. Nous constatons que le gouverneur d’Aleg a été enlevé de son poste et nous pensons que c’est dû au fait qu’il a traité correctement les cas d’esclavage qui lui ont été exposés. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous pensez que certaines personnalités ou personnes sont réticentes contre l’éradication de l’esclavage ? 

Birame Ould Dah: Tout le pouvoir exécutif et judiciaire est réticent. Même au plus sommet de l’Etat, il y a une manifestation de la mauvaise volonté de l’Etat pour appliquer les lois sur les manquements des droits de l’homme et l’esclavage. Je pense que le gouverneur d’Aleg a été victime de son souci d’appliquer la loi parce que c’est lui qui a enlevé de l’esclavage  la fillette Messouden Tova pour la remettre à sa mère  contre le gré du pouvoir judiciaire et sécuritaire. 

Le Rénovateur Quotidien : Et pourtant, une loi pénalisant et criminalisant l’esclavage a été votée. Comment expliquez-vous  le fait qu’elle ne soit pas appliquée par les autorités  locales notamment ? Est-ce une manière de saupoudrer ou de nous faire croire une bonne volonté d’éradiquer cette pratique ? 

Birame Ould Dah: La loi reste une loi destinée à la consommation. Je pense que c’est une manière de saupoudrer les yeux des gens et à couper l’herbe sous le pied des organisations de défense des droits de l’homme. En vérité, la position de l’Etat et des pouvoirs publics, c’est de protéger les maîtres et de ne donner aucune issue aux esclaves pour pouvoir se libérer. 

Le Rénovateur Quotidien : Tantôt vous affirmiez que vous allez continuer à saisir la justice. Qu’allez-vous faire si vous n’obtenez pas gain de cause ? 

Birame Ould Dah : Nous lançons un appel pour que la justice prenne son cours, pour que les instances judiciaires concernées nous déboutent et en nous déboutant, nous aurons l’occasion de porter ce problème devant d’autres instances comme par exemple la commission africaine des droits de l’homme et des peuples ou le comité international pour la lutte contre la discrimination raciale. 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

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