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( 28 février, 2008 )

Birame Ould Dah: »La position et des pouvoirs publics, c’est de protéger les maîtres et de ne donner aucune issue aux esclaves pour pouvoir se libérer »

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Nous ne sommes pas encore au bout du tunnel en ce qui concerne l’éradication totale de l’esclavage en Mauritanie. Chaque jour, on voit un nouveau cas d’esclavage. Le dernier en date est celui de Hana Mint Salem, originaire de la Moughataa de R’Kiz.

La loi incriminant et pénalisant l’esclavage et les pratiques esclavagistes n’a pas tempéré l’ardeur des maîtres esclaves. Les défenseurs des droits de l’Homme, comme Birame Ould Bilal, y voient la main de l’Etat et des pouvoirs publics. Explications.

Le Rénovateur Quotidien : Le cas de Hana Mint Salem avait défrayé la chronique ces temps derniers. Pouvez-vous revenir sur ce cas d’esclavage ? 

Birame Ould Dah : Cette dame était esclave chez El Hussein dans la localité de Lighbéine dans la Moughataa de R’Kiz. Elle a fui l’esclavage et lorsqu’elle a décidé de voir le commandant de la gendarmerie, le préfet et le Président du tribunal départemental, ces derniers ont refusé de lui porter assistance et d’enclencher une procédure judiciaire à la lumière de la loi pour récupérer ses enfants. Ce cas a été posé à la justice. La commission nationale des droits de l’homme a réussi à récupérer les enfants chez les maîtres mais il reste la procédure judiciaire qui est bloquée par le parquet de la République à Rosso qui refuse de diligenter une poursuite en bonne et due forme selon la loi contre les maîtres qui ont pratiqué l’esclavage et qui ont tenté de tuer son mari en ordonnant sa mise à mort. 

Le Rénovateur Quotidien : Et que comptez-vous faire ? 

Birame Ould Dah : Nous avons déjà pris un avocat pour la femme et celui-ci a introduit une plainte mais les autorités judiciaires de Rosso refusent de faire un classement sans suite de l’affaire pour que cette décision soit frappée d’appel par notre avocat et l’avocat de la victime bien qu’elles refusent de faire la poursuite judiciaire. Cette affaire est bloquée. Il n’y a pas d’issue de justice. La justice s’érige en protecteur des maîtres, des criminels. Nous constatons que le gouverneur d’Aleg a été enlevé de son poste et nous pensons que c’est dû au fait qu’il a traité correctement les cas d’esclavage qui lui ont été exposés. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous pensez que certaines personnalités ou personnes sont réticentes contre l’éradication de l’esclavage ? 

Birame Ould Dah: Tout le pouvoir exécutif et judiciaire est réticent. Même au plus sommet de l’Etat, il y a une manifestation de la mauvaise volonté de l’Etat pour appliquer les lois sur les manquements des droits de l’homme et l’esclavage. Je pense que le gouverneur d’Aleg a été victime de son souci d’appliquer la loi parce que c’est lui qui a enlevé de l’esclavage  la fillette Messouden Tova pour la remettre à sa mère  contre le gré du pouvoir judiciaire et sécuritaire. 

Le Rénovateur Quotidien : Et pourtant, une loi pénalisant et criminalisant l’esclavage a été votée. Comment expliquez-vous  le fait qu’elle ne soit pas appliquée par les autorités  locales notamment ? Est-ce une manière de saupoudrer ou de nous faire croire une bonne volonté d’éradiquer cette pratique ? 

Birame Ould Dah: La loi reste une loi destinée à la consommation. Je pense que c’est une manière de saupoudrer les yeux des gens et à couper l’herbe sous le pied des organisations de défense des droits de l’homme. En vérité, la position de l’Etat et des pouvoirs publics, c’est de protéger les maîtres et de ne donner aucune issue aux esclaves pour pouvoir se libérer. 

Le Rénovateur Quotidien : Tantôt vous affirmiez que vous allez continuer à saisir la justice. Qu’allez-vous faire si vous n’obtenez pas gain de cause ? 

Birame Ould Dah : Nous lançons un appel pour que la justice prenne son cours, pour que les instances judiciaires concernées nous déboutent et en nous déboutant, nous aurons l’occasion de porter ce problème devant d’autres instances comme par exemple la commission africaine des droits de l’homme et des peuples ou le comité international pour la lutte contre la discrimination raciale. 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

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