( 28 février, 2008 )

Gérard Tolohin, metteur en scène

« Je pense que le jour où la Mauritanie  reconnaîtra  la valeur et l’importance de ses artistes, il y aura un très gros pas qui sera franchi » 

 

‘Le Dernier jour d’un condamné’ aborde, sans fioritures, le thème de la peine de mort. Ce texte écrit, il y a plus d’un siècle et demi par Victor Hugo, est toujours d’actualité malgré les vicissitudes du temps. C’est un thème qui ne laisse personne indifférent. Parmi ceux-là, Gérard Tolohin qui l’a ressuscité en adaptant au théâtre ce grand texte qui est un plaidoyer contre la peine de mort. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Tout à l’heure, avant de monter sur scène (ndlr, cette interview a été faite le dimanche 24 à 22 heures), vous aviez l’air un peu tendu et crispé. Comment vous vous sentez  maintenant ? 

Gérard Tolohin : Bien !!! C’est toujours à la fin qu’on se sent d’avoir bien accompli quelque chose.  Tout le stress qu’on avait accumulé disparaît. A la fin du spectacle on se sent léger. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Après ‘le ciel a oublié de pleuvoir’ de Mbareck Ould Beyrouk, vous revenez avec ‘le dernier jour d’un condamné’ de Victor Hugo. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à adapter ce texte au théâtre ? 

Gérard Tolohin : En réalité, on m’a demandé de le jouer parce que d’abord il est au programme des élèves de 3ième   année de l’enseignement français. Lorsqu’on me l’a proposé, j’ai dit oui toute suite. Le thème qui y est évoqué (la peine de mort, ndlr) est un thème qui me plaît beaucoup. C’est un thème qui est toujours d’actualités.  C’est pour moi, une manière de faire d’une pierre deux coups. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Ce texte est un plaidoyer contre la peine de mort. Vous, personnellement, êtes-vous oui ou non contre la peine de mort ? 

Gérard Tolohin : Ah ! Oui, je suis fondamentalement contre la peine de mort. Pour moi, ça va même à l’encontre de l’esprit humain. Tuer ou exécuter quelqu’un sous prétexte qu’on veut rendre justice, c’est une grosse erreur. Je ne pense pas qu’on peut verser du sang pour réparer une faute. Je n’y crois pas ! 

 

Le Rénovateur Quotidien :  Vous n’êtes pas sans savoir que la peine de mort existe en Mauritanie même si elle n’a jamais été appliquée. Et certainement, vous ne me direz pas non plus  que l’adaptation de ce roman, vous l’avez fait de manière fortuite ? 

Gérard Tolohin : Que ce soit en Mauritanie ou ailleurs, la peine de mort doit être combattue. C’est quelque chose d’inconcevable et d’inacceptable à nos jours. Maintenant par rapport à l’adaptation même du texte, j’ai voulu faire attention d’abord à mes sentiments et tendances psychologiques. J’ai essayé de m’approprier ce texte pour l’adapter de manière africaine. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Serez-vous devenu, après avoir lu ce texte, un ‘droit de l’hommiste’ ? 

Gérard Tolohin : Oui ! Je pense que la vie est un droit fondamental pour tout être humain et je ne vois pas les raisons pour lesquelles, on devrait lui ôter ce droit. Même un criminel a droit à cette vie-là. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que l’adaptation de ce texte a été facile pour vous ? 

Gérard Tolohin : Ça n’a pas été facile parce que ce n’était pas un texte prévu pour être joué en tant que tel. Il fallait se débrouiller, faire des contorsions pour pouvoir l’adapter. J’avoue que le début était difficile mais par la suite, j’ai trouvé cela vraiment surmontable. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Il vous a fallu combien de temps pour maîtriser ce texte qui est apparemment très difficile ? 

Gérard Tolohin : Il m’a fallu 4 mois ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Comme ‘le ciel a oublié de pleuvoir’, ‘le dernier jour d’un condamné est aussi un texte engagé. Peut-on dire ou pensez que vous êtes  une personne profondément engagée ? 

Gérard Tolohin : Lorsqu’on est dans un environnement où il y a autant de problèmes, il est hors de question de fermer les yeux.  Il y a des thèmes qu’on ne doit occulter. Nous ne sommes pas des hommes politiques et nous avons (les artistes, ndlr) notre façon de s’exprimer et de faire passer notre message. C’est un engagement et là, c’est tellement évident pour moi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Un lit, une chaise, une table sur laquelle est déposée une bouteille d’eau, un grillage représentant les murs de la prison…Apparemment, vous avez voulu être fidèle dans la mise en scène de ce texte ? 

Gérard Tolohin : Oui ! C’est vrai, mais je me dis aussi que ça peut être une prison de n’importe quel continent, de n’importe quel pays du monde. D’ailleurs, dans le texte, il y a des passages faisant allusion à la ville de Paris que j’ai éliminés. Tout cela, pour universaliser, d’une certaine manière, le texte. Un lit, une table…C’est un décor minimaliste pour moi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Maintenant que vous avez joué le rôle du condamné à mort dans ce texte, que pensez-vous de la prison ? 

Gérard Tolohin : En Afrique, de manière générale, les conditions de détention dans les prisons sont difficiles. J’en ai visité quelques-unes. L’environnement est tel qu’on a l’impression que l’être humain est réduit à une certaine forme d’animalité pure. C’est comme si, le prisonnier n’avait aucun droit. On le prive de tout, même de sa dignité. Je pense qu’il faut mettre les prisonniers, à leur sortie de prison,  dans de bonnes conditions de réhabilitation pour préparer leur sortie. La prison ne doit pas être un lieu où on ridiculise ou humilie l’être humain. Un lieu où on lui enlève toute dignité, toute humanité, non ! Parce qu’à sortie de prison, il peut être pire. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Des millions d’individus ou d’innocents croupissent dans les geôles en attendant leur jugement. Qu’en pensez-vous ? 

Gérard Tolohin : Pour moi, soit, on est capable de leur donner de bonnes conditions carcérales ou bien on essaye de trouver d’autres moyens. On ne peut pas garder les gens dans des conditions exécrables. N’importe qui peut se retrouver un jour incarcéré. C’est triste de voir des prisonniers humilier! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Ce texte a-t-il changé quelque chose en vous ? Que vous a-t-il appris ? 

Gérard Tolohin : ça m’a appris la force des mots. Victor Hugo est un auteur engagé qui s’est battu pour donner plus de dignité à l’homme. ‘Le dernier jour d’un condamné’, est né de cette détermination et de cette soif de liberté. C’est vraiment un cri, un cri que pousse un homme qui sait qu’il va mourir. Un homme qui aime la vie ! 

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est vrai que vous vivez en Mauritanie depuis plus de 10 ans mais on ne vous connaît pas assez. Et si je vous posais la question de savoir qui est Gérard, qu’avez-vous à me répondre ? 

Gérard Tolohin : C’est la question la plus difficile  à laquelle il serait vraiment prétentieux d’y répondre. (Il hésite) je suis comédien, metteur en scène. Je suis entre autres enseignant, professeur de français. On peut dire que je suis quelqu’un qui se cherche à travers le miroir que lui renvoient les autres. C’est une quête permanente! 

 

Le Rénovateur Quotidien : Comment est né en vous cet amour pour la Mauritanie et le fait de vouloir rester ici ? 

Gérard Tolohin : Mon pays natal, c’est le Niger. C’est un pays très similaire à la Mauritanie de par son climat d’abord.  Lorsque je suis venu ici, j’ai retrouvé ma vie d’enfance. Je me suis adapté très vite. Il y a beaucoup de similitude entre la Mauritanie et le Niger. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez été témoin des dernières mutations de la société mauritanienne. Actuellement, en tant qu’artiste, quel regard portez-vous sur la Mauritanie ? 

Gérard Tolohin : La Mauritanie a effectué un gros pas. Je veux dire sur le plan politique. Mais sur le plan culturel, je crois qu’il y a encore de la marge, beaucoup de choses à faire. Je pense que le jour où la Mauritanie  reconnaîtra  la valeur et l’importance de ses artistes, il y aura un très gros pas qui sera franchi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et vous faîtes partie de ceux qui participent même à l ‘émergence de la culture mauritanienne ? 

Gérard Tolohin : C’est ma manière de contribuer à cet effort, de former de jeunes comédiens de demain et qui pourront un jour représenter la Mauritanie, donner du goût du théâtre à ces jeunes comme quelqu’un d’autre me l’avait donné quand j’étais jeune. Tout ce que je peux faire, c’est de transmettre cette passion à ces jeunes. La jeunesse mauritanienne est disponible. Maintenant, est-ce qu’on le propose quelque chose? Je n’en suis pas si sûr. La jeunesse mauritanienne comme toute jeunesse a besoin de choses vraies, de choses qui parlent d’elles. Je crois que c’est sur cela qu’il faudrait accès dorénavant : parler de la Mauritanie, de ses réalités, de ses problèmes sociaux… Je crois qu’ils sont intéressés à chaque fois qu’on parle d’eux. 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

Ducdejoal@yahoo.fr 

  

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