( 30 mars, 2008 )

Boubacar Messaoud, président de S.O.S. Esclaves: »la loi sur l’esclavage ne porte pas d’effet parce qu’il y a eu une campagne de sensibilisation extrêmement faible et derrière laquelle, il y a une autre opérée par certaines administrations et par certaines autorités civiles et politiques qui font dire à tout le monde que l’esclavage n’existe pas »

Sous la pression de la classe politique et de la société civile, une loi criminalisant l’esclavage a été votée par l’Assemblée nationale et le sénat. Quelques mois après sa promulgation dans le journal officiel, son application effective et réelle pose encore problème. Pourquoi ? Où en est-on aujourd’hui avec la sensibilisation ? Que faut-il faire pour les esclaves et les victimes ? Boubacar Messaoud, président de S.O.S. Esclaves, apporte des réponses dans cette interview suivante. 

Le Rénovateur Quotidien : Le 8 juillet 2007, S.O.S. Esclaves a tenu une journée de concertation pour une stratégie d’éradication des pratiques esclavagistes en Mauritanie. La situation a-t-elle évolué ? 

Boubacar Messaoud : Il y a eu la loi sur l’esclavage qui a été promulguée et cette loi est un outil que nous avons toujours jugé indispensable. L’une des premières actions à mener contre l’esclavage, c’est de faire cesser l’impunité des crimes et délits d’esclavage. Nous pensons que c’est un bon pas par rapport à la question. 

Le Rénovateur Quotidien : C’est une satisfaction entière ou à moitié ? 

Boubacar Messaoud : Non ! C’est juste le premier acte. Maintenant, par rapport à la loi, nous estimons que c’est un acte positif même si elle a des insuffisances. Nous pensons qu’elle n’est pas en elle-même une fin en soi : elle demande des mesures d’accompagnement très importantes pour qu’elles puissent produire l’effet escompté. En ce qui concerne la loi elle-même, nous disons qu’elle est intéressante. C’est la preuve que l’opinion nationale et ceux qui nous gouvernent reconnaissent aujourd’hui- avec beaucoup d’hésitations et du bout des lèvres- qu’il y a des pratiques esclavagistes dans ce pays. L’esclavage a toujours été nié et occulté. Avec cette loi, c’est un élément d’une reconnaissance de fait : dorénavant on peut attaquer devant la justice quelqu’un qui pratique l’esclavage. Mais la plus grande insuffisance dans la loi, c’est le refus de donner aux organisations de la société civile notamment celles de défense des droits de l’homme de se porter partie civile. Car les esclaves totalement aliénés qui n’ont- comme toute leur vie durant – que la soumission et la résignation ne peuvent faire du tort à celui qu’ils ont toujours considéré leur maître et protecteur. 

Le Rénovateur Quotidien : Pourquoi ce refus ? 

Boubacar Messaoud : Ils (ceux qui ont voté la loi) ne veulent pas que les gens qui pratiquent l’esclavage soient poursuivis et sanctionnés. C’est une position grave de conséquences. Aujourd’hui, la loi a été votée, promulguée et publiée, mais nous avons soumis plusieurs cas devant les juridictions mais les victimes ont chaque fois déclaré qu’elles ne veulent pas se plaindre. Ce refus de se plaindre a souvent été suscité parce que l’esclave n’étant pas habitué à se plaindre. La plainte devrait aller jusqu’au bout pour faire comprendre à tout un chacun que l’esclavage n’est plus tolérer. S’il n’y a pas de plainte ou si celle-ci est retirée,  il n’y aura jamais de sanction et la loi n’aura jamais un début d’application car elle va tomber en désuétude comme les lois qui l’ont précédé. 

Le Rénovateur Quotidien : Depuis que cette loi a été votée, on n’a pas constaté de sanctions alors que de jour en jour les Organisations de défense des droits de l’homme, comme S.O.S. Esclaves,  sont régulièrement saisies par des victimes ? 

Boubacar Messaoud : Pour qu’il y ait sanction, il faut qu’on puisse déposer une plainte. Nous, nous avions demandé à avoir le statut de partie civile. Si nous avions le statut de partie civile, quand bien même le plaignant retire sa plainte où ne se plaint pas, nous, nous pourrions continuer l’action et porter plainte. A ce moment là, nous aurions déjà, les effets escomptés sur les poursuites. En fait, la pratique de l’esclavage est une normalité dans notre société. La loi a été faite pour punir cette pratique et la rendre anormale et dangereuse pour ceux qui continuent à s’y adonner. Pour que cette loi puisse circonscrire l’esclavage ou avoir un effet dissuasif réel, il faut qu’elle puisse être appliquée sur des contrevenants. Souvent, les autorités demandent à ce que l’esclave prouve lui-même qu’il est esclave. La loi sur l’esclavage ne porte pas d’effet parce qu’il y a eu une campagne de sensibilisation extrêmement faible et derrière laquelle, il y a une autre opérée par certaines administrations et par certaines autorités civiles et politiques qui font dire à tout le monde que l’esclavage n’existe pas. Nous avons une société civile et des organisations de défense des droits de l’Homme qui sont là pour faire des enquêtes, suivre le problème et aider à faire ressortir au grand jour le monstre. Nous sommes dans une société où la remise en cause de l’esclavage sur le plan des principes n’est pas encore réellement suffisante. Les gens ne sont pas éduqués contre l’esclavage : ils estiment que c’est une normalité. Déjà, le fait de quitter son maître sans son affranchissement et son consentement est grave pour eux et réprouvée par la morale sociale.    

Le Rénovateur Quotidien : A l’état actuel des choses, vous ne pensez pas qu’on devrait réévaluer la loi sur l’esclavage et les pratiques esclavagistes puisqu’elle a décelé beaucoup de lacunes et d’équivoques ? 

Boubacar Messaoud : Nous pensons plutôt que cette loi devrait être modifiée et donner aux organisations de défense des droits de l’homme spécialisées dans la lutte contre l’esclavage la capacité de se porter partie civile. Actuellement, la loi ne prévoit qu’une seule chose : l’assistance. C’est ce que nous faisions avant la loi. Ça, c’est une insuffisance : par rapport à une loi qui doit être mise en pratique dans une société réfractaire à ce genre de loi. Au moins, cet aménagement aurait été nécessaire. C’est le handicap que l’on rencontre aujourd’hui pour traduire devant les juridictions et sanctionner des personnes pour crimes ou délits d’esclavage. 

Le Rénovateur Quotidien : Le gouvernement n’a pas encore mis en place une structure d’accueil et de prise en charge des esclaves pour leur fournir assistance. Qu’en pensez-vous ? 

Boubacar Messaoud : C’est que la loi elle-même ne suffit pas. Quand bien même elle serait parfaite, elle ne suffit pas. Il faut qu’il y ait des structures, une politique et un ensemble d’actions et de mesures susceptibles de permettre à ces esclaves de s’insérer dans la vie économique et sociale. C’est une demande incontournable et objective. Aujourd’hui, les esclaves qui ont quitté leurs maîtres ont toujours des difficultés à s’insérer dans la vie indépendamment de leurs maîtres. Les autorités n’ont pas encore mis en place un système qui puisse prendre en charge ces gens-là et une structure d’accueil et d’insertion est nécessaire. Il devrait y avoir -et c’est là où je suis d’accord avec vous -une structure officielle vers laquelle la victime de pratiques esclavagistes qui veut se plaindre puisse trouver assistance. Il y a dans la loi sur l’esclavage un article qui stipule que les autorités judiciaires, policières et/ou administratives  qui refuseront de prendre en considération la plainte et la démarche de l’esclave doivent être poursuivis. Cette structure officielle serait compétente pour dénoncer et faire poursuivre les autorités pour manquement au droit. Mais qui est habilité à les poursuivre et à les dénoncer à part une autorité légale, compétente et reconnue comme telle ? Aujourd’hui, cette situation n’est supplée que par la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH). Mais nous voulons une autorité spécifique à l’esclavage. 

Sur le plan économique, ce qu’il faut faire c’est : une fois qu’on a déterminé le profil des victimes, il s’agira de développer des projets spécifiques à chacun pour l’insertion sans rupture avec leur propre milieu d’origine. Pour les anciens bergers : développer des projets d’élevage en mettant à leur disposition du bétail pour pratiquer à leur propre compte l’élevage. Pour les paysans agriculteurs, il faudra leur donner totalement ou partiellement la terre qu’ils ont toujours cultivé en propriété. En milieu urbain, leur dispenser l’éducation et l’enseignement professionnel et développer parmi ces couches des activités génératrices de revenu et le micro-crédit. Mener une politique de discrimination positive à leur profit dans l’accès à l’emploi et aux bourses d’études. Tout ceci constitue de vastes programmes qui demandent au minimum la mise en place d’une Agence Nationale pour l’Eradication de l’Esclavage et ses Séquelles. 

Nous pensons qu’il est nécessaire que les terres cultivables réputées appartenir à l’Etat mais qui sont sous la coupe et la houlette des tribus soient redistribuées et que la réforme foncière de 1983 soit réellement mise en application. 

Il y a également l’éducation. Les esclaves sont laissés-pour-compte depuis toujours. Ceux qui arrivent à accéder à l’école sont toujours des exceptions. Le retard de ce coté est immense. Comment combler ce retard ? Pour le réussir, il est nécessaire qu’une politique de développement des écoles dans les ‘Adouabas’ (villages de haratines) soit réelle.   

Le Rénovateur Quotidien : Par rapport au travail des enfants, d’ailleurs de graves violations concernant les conventions sur le travail des enfants ont été constatées en 2005 par l’O.I.T., est-ce qu’il y a eu des améliorations ? 

Boubacar Messaoud : Je pense qu’il n’y a pas encore d’amélioration et il fait partie des problèmes de l’esclavage. Si on combat sincèrement l’esclavage avec cette loi sur l’esclavage, le travail des enfants peut reculer parce qu’il y a une loi sur la protection des enfants qui est encore plus grande et plus forte que la loi sur l’esclavage. Si elle est appliquée, le travail des enfants peut reculer voire disparaître. Mais elle n’est pas appliquée : tout un chacun considère que le travail des enfants est une normalité. La pratique esclavagiste en Mauritanie concerne essentiellement les femmes et les enfants. Les hommes sont surtout victimes des séquelles de l’esclavage. Pour ce qui concerne les enfants, ils travaillent et ne vont pas à l’école. Ils gardent les troupeaux, font les domestiques et puisent de l’eau. Ils vont rarement à l’école coranique. Ils ne font que servir. Les femmes également ont la contrainte de leurs enfants souvent partagés entre les familles des maîtres qui ont besoin de main d’œuvre servile. Le travail des enfants fait partie de notre culture et c’est un mal profond. Pour l’éradiquer, il faut d’abord l’interdire, mettre les enfants à l’école et aider leurs parents à se passer de leurs services. Les lois sont bonnes mais il faut prendre des mesures d’accompagnement qui permettront à ces lois de pouvoir être appliquées. Cela me paraît important dans l’évolution du travail des enfants car il fait partie des esclavages traditionnels que nous appelons l’esclavage par ascendance. 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

( 30 mars, 2008 )

Tahara Mint Hembara : Le Retour sur scène !

Tout a commencé en 1989 pour cette dame d’honneur lorsque au paroxysme des événements terribles entre la Mauritanie et le Sénégal nés d’un incident anodin entre agriculteurs sénégalais et éleveurs mauritaniens, elle a osé dire non ! Lever sa voix contre ce qui se passait ! Dire halte aux massacres et aux tueries qui commençaient à sévir dans les deux pays. «J’étais à Abidjan. Ça m’a révolté ! Ça m’a choqué ! Je ne m’y attendais pas du tout. Je ne m’imaginais pas une seule seconde de ma vie que le Sénégal et la Mauritanie puissent être des ennemis », confie-t-elle dans un accent grave montrant encore son amertume, son indignation et son écœurement. De cette période douloureuse,  elle en garde toujours des souvenirs regrettables et amers comme un comprimé de nivaquinine.  Et, aujourd’hui, presque vingt ans après, lorsqu’elle en parle, c’est comme si elle était marquée au fer rouge. «Je n’aime pas faire ma promotion sur des misères qui se sont déroulées à l’époque. Mais, c’est une époque que j’ai très mal vécue », avoue-t-elle avec une pointe de fausse modestie. Sa prise de position, son courage et son humanisme  lui valurent même des récriminations de la part de la communauté maure dont elle est issue, des menaces d’intimidation et de mort de la part de certains extrémistes. Cela, elle le paiera cher, trop cher même. «A Paris, se souvient-elle, on me téléphonait. On me harcelait. J’étais obligée de déménager en 1989. Et laissez-moi vous dire que déménager à Paris, ce n’est pas une sinécure. J’étais obligée de changer de numéro de téléphone. J’étais obligée d’aller dans un autre quartier puisqu’on me téléphonait tous les soirs pour me dire beaucoup de méchancetés que je ne vais pas débiter ici tout de même. Ils me disaient : ‘De quoi tu te mêles ?’, ‘Ça ne te regarde pas’… » Elle en souffrira beaucoup, réduite presque à l’anonymat et à la peur. 

 

La révolte contre l’arabisation 

 

La fin des années 70 verra le début de l’instauration de l’arabisation dans le système éducatif mauritanien. Elle faisait le collège. Là aussi, elle se révoltera voyant dans l’arabisation une manière évidente de marginaliser la communauté ‘négro-mauritanienne’. Elle sera l’une des rares mauresses à manifester contre cette décision passée comme lettre à la poste. «Je ne suis pas contre l’arabisation du système. Loin s’en faut et j’insiste. Mais brusque, je savais que ça lésait la partie négro-mauritanienne. »C’était la période des hommes de treillis ! «J’ai toujours été contre le régime des militaires puisqu’il n’y a pas de démocratie véritable », dit-elle. Ses relations avec les différents régimes qui se sont succédés furent exécrables et tendues. «Je défie quiconque de me sortir une image de moi, une chanson de moi, quelque chose de moi sous un régime militaire quelconque », lance-t-elle et de rajouter : «C’est dans les casernes qu’ils doivent être. J’aime beaucoup les militaires. Nous avons besoin de nos militaires : ce sont des fils de la nation. Nous avons besoin d’eux lorsque nous sommes menacés. Nous n’avons pas besoin de militaires dans les bureaux ni à la présidence encore moins dans un ministère.» 

Elle croit dur comme fer que tous les mauritaniens ne sont pas tous des extrémistes. Les massacres qui ont résulté des évènements de 1989, soutient-elle, est l’œuvre d’un régime militaire. «Et il ne faudrait pas que nos autres communautés (poular, soninké et wolof, NDLR) de ce pays croient qu’elles ont un problème avec une communauté (maure, NDLR). NON ! », préviesnt-elle. 

Elle regrette le fait que la Mauritanie n’ait pu jamais exploiter sa position stratégique de pays-passerelle entre le monde africain et le monde arabe. «C’est une force, pense-t-elle, mais nous en avons toujours fait une faiblesse jusqu’à présent. Pourquoi ? » 

 

‘Je ne suis pas la chanteuse du pouvoir’ 

 

Depuis le 19 avril 2007, la Mauritanie est dirigée par Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi. Tahara Mint Hembara qui a soutenu le programme politique de ce dernier durant sa campagne présidentielle, est optimiste puisque ce dernier a tenu toutes ses promesses. «Tout est en train de se mettre en place », dit-elle. Même si elle comprend dans une certaine mesure l’empressement des mauritaniens. «Par essence, l’être humain est pressé. Nous voulons tout, tout de suite. Ce n’est pas possible. Il faut donner du temps au temps », estime-t-elle. «Je pense que les choses s’acheminent vers le bien et que ça va aller de mieux en mieux. Si ça ne va pas, au vote prochain, on sanctionne les gens qui n’ont pas été à la hauteur. C’est tout. Où est le problème », poursuit-elle en faisant savoir qu’elle serait la première à sanctionner le pouvoir. 

Depuis quelques temps, Tahara Mint Hembara a le vent en poupe : célébration du 8 mars, invitée à la visite du président allemand Kohler, retour des déportés…Cette femme de l’Est semble être adulée par le pouvoir de Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi. Alors chanteuse du pouvoir ou non ? «Non, je ne suis pas la chanteuse du pouvoir. Absolument pas ! », se défend-elle. «J’ai été à coté des déportés puisque ce sont mes convictions, explique-t-elle. Je venais faire ce que j’avais fait il y a 20 ans. Il n’y a pas de raison que je ne sois pas là. Quand je suis venue au 8 mars, ce n’est pas le pouvoir. Le 8 mars, c’est la fête de la femme. Lorsqu’on m’a invité lors de la visite du président allemand, c’était avec un groupe d’artistes dont je faisais partie. » 

Bourrée d’idées à faire craquer n’importe qui, elle ne compte pas se ré-investir dans le combat politique. «Pendant longtemps, j’ai fait de la politique : je me suis battue. Maintenant, je préfère prendre un peu de recul par rapport à la politique », annonce-t-elle pour se consacrer à sa passion : la musique. «Je ne suis pas une artiste qui applaudit à l’aveuglette, assure-t-elle, et je ne suis pas non plus une artiste qui applaudit derrière des gens pour avoir quelque chose. » 

Aujourd’hui, celle qui a tout donné à son pays attend le retour de l’ascenseur. Mais, elle est à bout de souffle lorsqu’elle est cataloguée comme étant l’artiste du pouvoir. Elle qu’on a contraint à l’exil en lui empêchant de passer son baccalauréat tout simplement parce qu’elle défendait une cause noble. «Je suis l’artiste qui n’a jamais fait de promotion personnelle sur le dos d’une partie de la population, fulmine-t-elle comme pour se justifier. Je ne suis pas l’artiste d’un camp. Je suis l’artiste de tous les mauritaniens qui souffrent d’injustice. » 

Tahara Mint Hembara est l’une des rares femmes mauritaniennes à s’être inscrite à l’université de Sorbonne de Paris I. «Je n’ai pas pu pousser mes études à cause du fait qu’il fallait chanter le soir et terminer le matin. Je suis une petite nature. Je ne pouvais pas assurer tout cela. J’étais obligée de laisser tomber ma 3ième année. J’ai formé mon groupe composé de métisses. Nous avons sillonné l’Europe et nous avons commencé à gagner de l’argent », affirme celle qui se définit comme étant une citoyenne du monde. «Quand on est correct, intelligent, sympathique, bon : les gens vous acceptent. Je suis une femme qui a un casier judiciaire absolument vierge à mille pour cent en France. Partout où j’étais, je n’ai jamais eu de problème parce que je suis quelqu’un qui est respectueuse des valeurs humaines », rappelle-t-elle. 

 

Le destin d’une intellectuelle griotte 

 

Non seulement, Tahara Mint Hembara est une artiste mais aussi c’est une intellectuelle, une commerçante. Et surtout, une grande humoriste. «J’adore rire. Je peux passer toute une journée en train de faire rire. Le rire, c’est un métier très difficile. Ce n’est pas donné à n’importe qui ! », se targue-t-elle avec beaucoup de coquetterie et d’humour. «J’écris aussi, révèle-t-elle. J’écris ma vie. J’écris la vie des gens autour de moi. J’ai une plume pas très mauvaise, j’espère. Un jour, quand je publierai, on verra bien. Il y en a d’ailleurs qui auront de véritables surprises (rires) : bonnes ou mauvaises. Ça dépend de ce qu’ils ont fait. » 

Tout ce qui est péjoratif, elle n’aime pas. Certainement dû à ses origines griottes. Et comment, cette enfant unique qui a grandi dans une famille de tribu guerrière du coté de son père adoptif(Ahmed O. Said, de la tribu des Oulad Demane qu’elle chérit beaucoup) qu’elle prenait pour son propre papa ; d’une famille où il ne résonnait aucune note musicale est devenue l’une des plus grandes cantatrices de l’Afrique ? «Ça a été une véritable passion », explique-t-elle. Un des greniers de la musique traditionnelle mauritanienne, elle avertit : «Notre musique traditionnelle, on ne doit pas la toucher. On doit la laisser telle quelle. »Mais pour que cette musique soit préservée des coups de foudre de la musique moderne, pense-t-elle, il faut qu’elle soit écrite, qu’on crée des instituts de musique, que les enfants y aillent comme ils vont à l’école, que les autorités donnent de l’importance à la culture. Mais aussi, à ses yeux, la rendre plus swing, plus classique et plus dansante… 

L’album ‘Yaman Yaman’, c’est elle. Le 1er album international mauritanien sorti en 1989 à Paris. D’ailleurs, l’un des morceaux de cet album sera repris quelques années plus tard par David Bowie. Ce succès ne sera que de courte durée : elle sera victime d’un accident opératoire qui l’astreindra à s’éloigner des scènes et de la musique. Le temps aussi de se marier pour faire plaisir à sa maman. «Le mariage est une institution religieuse très importante qu’il faut respecter jusqu’au bout et ce n’est pas évident », précise-t-elle. Maintenant, elle vit seule : un cœur à prendre ? «Je ne sais pas », glousse-t-elle. Prête à se remarier après deux mariages merveilleux ? «Je vous assure que je suis incapable de vous répondre. Je voudrais prendre quelques années sabbatiques », dit-elle en rigolant. 

La chanson sur l’unité et la réconciliation nationale, c’est elle aussi. Un morceau chanté dans toutes les langues nationales du pays et dans tous les foyers. De Nema, sa ville natale, elle n’en garde que des réminiscences vagues. «Je me souviens que le sable était noir », dit-elle. Femme de culture, elle pense qu’elle a le charisme et toutes les qualités humaines pour faire de la politique. «Je sais parler aux gens, commente-t-elle, leur dire la vérité sans les blesser. Je suis quelqu’un qui est pour l’unité nationale. Je suis quelqu’un qui aime les gens et qui les défends. » Ayant longtemps refusé de courber l’échine, maintenant, elle ne demande qu’une chose : l’amour des mauritaniens. «On m’a tellement mal aimée pendant longtemps que j’ai besoin d’amour et d’ailleurs je demande à tout le monde de m’aimer. Je fais un appel solennel aux mauritaniens de m’aimer. J’ai besoin de leur amour surtout ! » 

Femme épanouie, elle ne regrette rien de sa vie même de n’avoir pas eu d’enfants. Emotive, elle le devient lorsqu’elle évoque sa mère disparue en 1999. «Si je pouvais imaginer qu’elle disparaîtrait d’un coup, je ne me serai jamais absentée toutes ces années-là. » 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

  

  

 

 

( 30 mars, 2008 )

Détournement de mineures

 

 Oumoul Khairy : mariée à 6 ans, divorcée à 8 ans 

 

L’Association des Femmes Chefs de Famille (l’AFCF) a organisé, ce samedi 29 mars, à son siège sis Tévragh-Zéina, une conférence de presse. A l’ordre du jour, deux points : le premier concernait l’arrestation du rédacteur en chef du quotidien arabophone  Essirage, Mohamed Salem O. Mohameddou par la police mauritanienne la semaine dernière et le second point était relatif au détournement de mineures. Le cas de Oumoul Khairy mariée à 6 ans et divorcée à 8 ans constitue un exemple bouleversant d’une atrocité bien avérée digne d’un autre âge. 

L’AFCF se solidarise avec Mohamed Salem O. Mohameddou rédacteur en chef d’Essirage 

Aminétou Mint Ely Moctar a condamné, au cours de ‘sa’ conférence de presse, la manière dont le journaliste d’Essirage Mohamed Salem O. Mohameddou a été appréhendé par les forces de l’ordre. (Il fut cueilli sans mandat d’arrêt dans son lieu de travail, NDLR). Cela, à ses yeux, est inadmissible surtout dans un pays démocratique. «Dans un pays qui veut avancer, dit-elle, la moindre des choses, c’est d’accorder la liberté d’expression et la liberté d’opinion à sa presse et à ses journalistes. » 

La présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille a mis en exergue le rôle de la presse dans l’information des populations mauritaniennes, l’ancrage de la démocratie et le développement  de notre pays. Selon elle, les pouvoirs publics ne doivent pas s’immiscer encore moins fouiner dans le travail de la presse et des journalistes. L’arrestation de ce journaliste démontre, s’exclame-t-elle, que les autorités veulent museler la presse et tuer dans l’œuf la liberté d’expression et d’opinion dans notre pays. En outre, elle a demandé la libération immédiate et sans condition de Mohamed Salem O. Mohameddou rédacteur en chef du quotidien arabophone  Essirage. «Nous lançons un appel à l’Etat mauritanien de libérer ce journaliste qui reste encore détenu. Nous ne voulons pas qu’il y ait une tache qui va salir l’image de notre pays», note-t-elle. 

Tout en réitérant son soutien et sa solidarité à Mohamed Salem O. Mohameddou, la présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille, Aminétou Mint Ely Moctar a réaffirmé son engagement en faveur de la justice et de la liberté d’expression, seuls gages d’un Etat de droit. 

 

Cas de mariage précoce  

Une fillette mariée à 6 ans et divorcée à 8 ans ? Cela est arrivé en République Islamique de Mauritanie. Son nom : Oumoul Khairy.  Agée aujourd’hui de 8 ans, elle a été amenée en Arabie Saoudite, à l’âge de 6 ans par sa tante El Moumina Mint Tijani qui l’a marié à un certain Abdelatif O. Adel. Ce dernier, après avoir violé la petite, a été expulsé d’Arabie Saoudite. Ce cas de mariage précoce, à la limite répugnant, est un véritable cas de conscience. Durant deux années, elle a été torturée et maltraitée par sa propre tante et la famille de cette dernière. Sans que ces parents ne soient véritablement pas au courant ! 

Ecœurée par ce mariage précoce qu’elle qualifie de détournement de mineure et de viol, Aminétou Mint Ely Moctar a appelé les autorités à être plus vigilantes sur ce genre de trafic qui sont devenues monnaie courante dans notre pays. Souvent l’œuvre de réseaux hyperstructurés avec parfois la complicité de certains policiers, les trafics d’enfants et de petites filles se développent de jour en jour au su de tout le monde sans que cela ne fasse rechigner personne. Estimant que de telles pratiques sont contraires aux principes de l’islam, Aminétou Mint Ely Moctar a demandé l’appui et la solidarité de tout le monde pour freiner de telles pratiques. Par rapport à ce cas, l’AFCF, a révélé sa présidente, va porter plainte au niveau de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et de saisir aussi le ministère de la promotion féminine, de la femme et de l’enfance. Oumoul Khairy, a promis Aminétou, sera encadrée et alphabétisée. 

Sur le plan juridique, le cas de Oumoul Khairy est un cas très grave qui viole le Code du Statut Personnel qui stipule que le mariage doit se faire à l’âge de 18 ans au moins. Que dire de cette fillette âgée seulement de 8 ans ? 

Cet énième cas de détournement mineure pose aussi le problème des trafics d’enfants souvent utilisés pour servir de prostituée dans certains pays arabes. Aminétou a demandé à la presse de faire des investigations sur ces pratiques qui avilissent l’être humain dont la majorité des victimes demeurent des mineures souvent livrées à elles-mêmes. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

( 24 mars, 2008 )

Acte 2 de la phase de rapatriement: Les déportés de la wilaya du Brakna retournent à la terre et au sang!

Située au sud de la Mauritanie, Boghé, une ville frontalière avec le Sénégal, séparé seulement de quelques 70 mètres par le fleuve Sénégal, est à moins de 350 km de Nouakchott. Au bord du fleuve- à Boghé, il n’y a pas d’embarcadère ni de quai- dans le quartier de Boghé Escale, des centaines de personnes attendent d’un moment à l’autre les déportés mauritaniens venant de Ndioum, une ville du Sénégal, frontalière aussi avec la Mauritanie dans le cadre du rapatriement volontaire.

Dès les premières heures de la matinée, les populations de Boghé ont pris d’assaut les berges du fleuve où étaient aménagées pour la circonstance des tentes qui devenaient de plus en plus trop exiguës au fur et à mesure qu’elles affluaient. Et pour parer à toute éventualité, toutes les dispositions nécessaires furent prises par l’ALPD, l’ONG chargée de l’organisation, de l’accueil et de l’installation des déportés dans leur site.

«Nous avons mis toute la logistique en place, rassure monsieur Mohamed Lemine Bakayoko chef d’antenne de l’ALPD(Brakna et Trarza). Toutes les pirogues sont en place accompagnées de femmes pour aider les enfants avec des besoins spécifiques et équipées de gilets de sauvetage. Nos camions sont en place en attendant la traversée pour acheminer les déportés vers la maison des jeunes pour remplir leur formalité. »Aucun incident ne fut enregistré au cours de la traversée qui a duré plus de deux heures. Pas de doute non plus ni de crainte de la part de l’ALPD qui affichait une bonne mine ce dimanche 23 mars. 

L’ambiance était festive. Il y avait les familles qui étaient venues accueillir leurs frères, leurs sœurs, leurs parents. «C’est la joie extrême, confie Dioum Ciré responsable de l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme à Boghé venu accueillir lui aussi les déportés. Tout le monde est là. Aujourd’hui, grâce à la volonté du chef de l’Etat, le retour des déportés est devenu une réalité. » Et de demander aux autorités d’assurer le suivi du retour des déportés autrement dit les rétablir dans leurs droits : logement, éducation, santé…

En attendant, la fête continue toujours sous un soleil de plomb. Dans la foulée, les déportés rentrés en 1995. Parmi eux : Amadou Sow dit Demba Gaye. Pour ces gens-là laissés en rade, rien encore n’a été prévu jusqu’au moment où le ministre de l’Intérieur prononçait son discours. «Nous souhaitons vraiment que notre cas soit réglé », plaide-t-il. Doléances bien captées par Yall Zakaria puisque dans son discours, il annoncera un certain nombre de dispositions qui seront prises dans ce sens. 

La joie, la tristesse, l’émotion étaient au rendez-vous idem les pleurs et les larmes. Dans ce tohu-bohu indescriptible, certains déportés ont accompli deux rakats surrogatoires pour rendre gloire à Allah, le Tout Puissant. Une image très forte ! La venue des déportés mauritaniens est toujours un moment de temps fort qui ne laisse personne indifférente. 

«C’est épatant de voir des citoyens revenir dans la joie et l’allégresse dans leur pays après tant d’années d’endurance à l’étranger…», lâche un habitant de Boghé sous le coup de l’émotion en voyant les déportés descendre des pirogues. Non loin, d’autres regardent et contemplent les déportés. «C’est la consécration de l’orientation du Président de la République, souligne Abdoulaye Mamadou Ba conseiller à la présidence de la République.

C’est l’apogée de la réalisation d’une partie très importante du programme du Président de la République qui a tenu à ce que justice soit rétablie par rapport à ce qui s’était passé en 1989. La Mauritanie ira dorénavant de l’avant avec une citoyenneté bien rétablie pour nos compatriotes qui ont vécu à l’étranger. C’est aussi le signe que l’Etat de droit est en train de s’enraciner davantage dans notre pays pour le bonheur des mauritaniens, pour le futur du pays et de son développement. » 

C’est sous le crépitement des flashs, des ovations, des rythmes de tam-tam et de chants que les déportés ont été accueillis. Jus, biscream, eau minérale, boisson, gâteaux…Tout a été prévu contrairement à Rosso. Cependant, l’ALPD, chargée par ailleurs de l’organisation et de l’accueil des déportés a eu d’énormes problèmes : problèmes de coordination, d’organisation et surtout d’espace… 

Au demeurant, toutes les autorités concernées par ce rapatriement ont été mises à contribution pour que ce retour se déroule dans de très bonnes conditions. Pour ne pas omettre ou commettre les mêmes erreurs lors de la phase test de rapatriement qui s’était déroulée à Rosso le 29 janvier dernier, les points ont été mis sur les i.

«L’Etat a dévolu l’organisation de cette opération de retour et de réinsertion à l’ANAIR qui est en collaboration avec le H.C.R. Ces organismes prendront en considération toutes les observations et je suis sûr que des solutions seront trouvées le plus rapidement possible par rapport à toutes les doléances qui auront été posées par nos compatriotes », a assuré Abdoulaye Mamadou Ba conseiller à la présidence de la République faisant allusion à l’utilisation de tentes pour subroger les bâches où il fait excessivement chaud pendant la journée.   

Ouvrant la cérémonie officielle, le maire de Boghé Ba Adama Moussa et membre de l’union des Forces de Progrès, a esquissé son discours par un retentissant : «Chers compatriotes rentrés aujourd’hui de déportation, je vous salue et  je vous souhaite la bienvenue dans votre chère patrie la Mauritanie et dans votre ville Boghé… » suivi d’ovations des populations. 

«Personne n’ignore les conditions inhumaines dans lesquelles vous aviez été déportés et les difficultés que vous avez enduré durant ces 20 dernières années… », rappelle-t-il en s’adressant aux déportés revenus, dit-il, grâce à la sagesse, à la persévérance, au courage et au patriotisme de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi dont la moindre allusion provoquait des salves d’applaudissements de la part des populations. 

En effet, la cérémonie de Boghé marquait le retour du 4ième groupe des déportés mauritaniens mais surtout le 1er groupe pour la Wilaya du Brakna. «La solution de ce problème hérité du passé ne se réduit pas tout simplement  à ouvrir la voie du retour, a précisé le directeur de l’ANAIR Moussa Fall, mais va au-delà vers la garantie d’une vie digne. » 

Dans ce cadre, l’Agence Nationale d’Appui et de Réinsertion des Réfugiés, pour couper l’herbe sous les pieds et éviter tout amalgame, a déjà entrepris pour cette première vague des déportés de la wilaya du Brakna un programme d’appui et d’accueil pour les  nouvelles familles dont chacune bénéficiera, dans le cadre de la dotation d’accueil, 700.000 Ouguiyas.

Et le directeur de l’ANAIR de saisir l’occasion pour divulguer les trois composantes du plan d’action de son agence. «D’abord, le plan d’accueil renforcé(PAR) qui consiste à réaliser des projets d’intérêts communs en faveur des populations d’accueil en général et des actions spécifiques et bien ciblées en faveur plus particulièrement des rapatriés de 96-97 et 98 et des muçafirines qui étaient expulsés du Sénégal.

Une étude d’évaluation rapide de ce programme a été engagée en partenariat avec l’Université d’Arizona et des équipes conjointes de nos deux institutions qui sillonnent actuellement les différentes régions ciblées. Cette étude sera soumise après sa validation par le gouvernement à l’appréciation des partenaires techniques et financiers.

Ensuite, nous avons engagé le plan d’action de l’ANAIR qui comporte un plan d’insertion durable qui vise à assurer une cohabitation harmonieuse et  durable des populations dans les différentes wilayas d’accueil des rapatriés. La réussite de ce programme permettra à terme de renforcer nos capacités et de surmonter les défis de l’insuffisance de la production agricole et de l’insécurité alimentaire de notre pays.

Une dernière composante du programme de l’ANAIR vise les rapatriés revenus en dehors de l’accord triparti. Mais comme l’a si bien dit le Président de la République, la sagesse nous recommande d’ordonner les priorités, de commencer par rétablir dans leurs droits ceux qui ont subi l’injustice de la part de leur pays et de créer une atmosphère qui nous aidera à faire face à l’ensemble des problèmes avec davantage d’unité, de fermeté et de capacité. » 

Bien sûr, le H.C.R. a été de la partie. Son représentant à Nouakchott, Didier Laye, a tiré un chapeau aux autorités du Brakna pour leur soutien enthousiaste, rapide et efficace. «Sans quoi, cette opération n’aurait pu avoir lieu dans les conditions que nous voulions c’est à dire de rapidité mais surtout de confort et de dignité pour les personnes qui rentraient », soutient-il visiblement satisfait aussi de la volonté du Président de la République, du soutien de la communauté internationale et du désir des déportés de retourner chez eux. 

Depuis le début du rapatriement, plus de 900 personnes sont revenues volontairement. Pour ce qui concerne la wilaya du Brakna, deux autres rapatriements sont prévus ce 25 et 27 mars courant. «Nous allons continuer les rapatriements et maintenir la cadence », a promis Didier Laye même en dépit des tergiversations, des interrogations et des limites du H.C.R. 

Quant au représentant des déportés, Abdou Roudou, il a essentiellement centré son laïus sur le pardon et la tolérance en faisant savoir qu’ils sont fiers de retourner à leur pays d’origine sans regret ni rancœur. 

C’est sous un soleil qui tapait si fort que le ministre de l’Intérieur Yall Zakaria, en convalescence, a prononcé son discours : «Bismillah, Bismillah, Bismillah. » Avec ce retour, «une page se tourne, dit-il, un jalon dans la restauration et la consolidation de l’unité nationale » ; l’administration et l’Etat accompagneront les déportés dans leur réinsertion de la vie active nationale. 

A la tête d’une très forte délégation(ambassadeurs d’Espagne, des Etats-Unis et d’Allemagne, de la Représentante du système des nations unies en Mauritanie), le ministre de l’Intérieur a fait savoir que la volonté politique du gouvernement mauritanien de résoudre le problème des déportés mauritaniens est évidente et  réelle. 

«Tous les gages de sincérité ont été donnés et tous les mécanismes d’encadrement de l’accueil des réfugiés sont aujourd’hui opérationnels et donnent entière satisfaction », estime Yall Zakaria en donnant l’exemple de la Commission Nationale d’Identification des Réfugiés et ses antennes régionales et locales qui fonctionnent, selon lui, de manière satisfaisante. 

Dans le cadre des premiers mouvements de rapatriements, une équipe de l’université d’Arizona sera bientôt au Brakna pour la collecte des données pertinentes pour la formulation d’un programme cohérent et intégré de développement au profit de tous les rapatriés et de tous les muçafirines et des populations des zones d’accueil.

L’enjeu de ce programme est de taille : répondre aux sollicitudes des rapatriés, réaliser ou rétablir des infrastructures de base, formuler des projets d’insertion dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage et d’activités génératrices de revenus… «L’échec et les dysfonctionnements ne sont pas permis », a déclaré le ministre de l’Intérieur Yall Zakaria. «Cette phase d’insertion des rapatriés est cruciale et requière une forte mobilisation des pays amis et des partenaires au développement », reconnaît-il. L’objectif étant de créer par ailleurs les conditions d’un développement harmonieux et solidaire. 

Le lancement des opérations de retour et d’insertion des déportés au Brakna marquait la phase d’accélération du processus de rapatriement. Les autorités administratives régionales et départementales ont été engagées par le ministre de l’Intérieur pour la réussite de ce projet si cher au Président de la République. 

Moins de 300 personnes furent concernées par cette phase : elles bénéficieront des programmes d’urgence de l’ANAIR, de l’appui du H.C.R. et du P.A.M. dans leurs sites. Elles recevront aussi leurs pièces d’état civil et leurs cartes d’identité nationale comme l’a assuré le ministre de l’Intérieur Yall Zakaria, dans le respect des lois et règlements du pays. 

Toutes ces personnes ont été installées à Boinguel Tchilé, leur village d’origine situé à quelques 15 minutes de Boghé, où 85 tentes sont aménagées par le H.C.R. Cette localité rasée durant les événements de 1989 ne donne pas aujourd’hui l’image qu’elle fut habitée en y mettant les pieds tellement qu’elle ressemble à un cimetière. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 24 mars, 2008 )

Elections : on en parle de plus en plus mais auront-elles ?

Un an après l’élection de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi à la magistrature suprême du pays, des voix s’élèvent de plus en plus  fortement  pour demander l’organisation de nouvelles élections législatives, sénatoriales et municipales. Mais le Président de la République, connu pour son ouverture d’esprit, va-t-il accorder du crédit à ceux qui réclament, becs et ongles, la tenue de ces nouvelles élections ? Va-t-il céder si la pression devient de plus en plus visible et lisible ?

Les circonstances actuelles permettent-elles véritablement d’envisager ou de s’engager sans biscuit dans une telle entreprise sérieuse qui exige beaucoup de mobilisations financières et des ressources humaines considérables en terme de supervision et de déploiement sur le terrain ?

Le budget de l’année en cours ne prévoit pas cela ou ne l’a pas prévu. Admettons par exemple, que la Mauritanie décide d’organiser de nouvelles élections législatives, sénatoriales ou municipales, où alors va-t-elle trouver tout l’argent nécessaire ? Certainement, ce n’est pas avec les recettes de la SNIM !

Tenir des élections dans de telles circonstances ne serait pas forcément un signe de reculade mais une preuve de donner à chaque parti politique ou chaque mauritanien qui le désire sa chance d’être représenté à l’assemblée nationale, au sénat et dans les communes.

Mais là, ne se situe pas la véritable inquiétude et la suspicion. Nous savons tous que les élections sont toujours l’occasion bénie et rêvée pour le pouvoir parce qu’il a à sa disposition toutes les mannes financières du pays, de gaspiller, de dilapider et de distribuer sans sourciller et comme bon lui semble des billets de banque à flots.

Laissant de côté toute considération politicienne ou d’ordre politique, on peut penser que de telles élections feraient aboutir ou donneraient naissance à une nouvelle réalité ou recomposition de la scène politique et à une configuration plus réelle et plus expressive de notre landerneau politique.

Dans ce cas, chacun pourra y trouver son compte notamment les partis politiques comme l’AJD/MR de Ibrahima Moctar Sarr qui a engrangé plus de 8% de l’électorat durant les élections présidentielles de février 2007 à l’issue de laquelle, il s’était positionné 4ième derrière Zéine Ould Zéidane, Ahmed Ould Daddah et Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallah. Et devant Mohamed Ould Maouloud !

Si on arrivait à tenir de telles élections, ce serait véritablement un précédent dans l’histoire politique de la Mauritanie. Mais à vrai dire, est-ce qu’organiser des élections législatives, sénatoriales ou locales est une nécessité urgente ?

D’un point de vue rationnel, il n’y a aucune obligation à prendre cette option. Mais d’un point de vue politique, et surtout avec la nouvelle configuration de la scène politique marquée par l’entrée en jeu du PNDD, de l’AJD/MR et d’autres partis politiques récemment autorisés par le ministère de l’Intérieur, ce serait une hypothèse plausible à ne pas écarter.

Dans ce registre, des partis politiques comme l’AJD/MR d’Ibrahima Moctar Sarr qui n’a aucun député à l’assemblée nationale, ni un sénateur et encore moins un conseiller municipal pourrait tirer profit d’une éventuelle organisation d’élections législatives, sénatoriales ou municipales, vu le score non négligeable qu’il a réalisé durant l’élection présidentielle.

Même si certainement, les contextes ne sont pas les mêmes. Cette position stratégique lui a valu d’être  la force politique la plus courtisée du pays. Le PNDD, pour sa part, serait certainement favorable et pourrait même précipiter cette décision d’autant plus que les membres de ce parti commencent à envoyer des signaux  de contestation  à  l’action gouvernementale. Qu’à cela ne tienne ! Mais si c’est pour des raisons d’opportunisme ou d’intérêts gropusculaires, on ne voit pas pour quelles raisons devrait-on tenir de telles élections pour  une poignée de personnes avides de pouvoir.

Evidemment, toute la décision et toute la responsabilité revient au Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, qui est seul maître à bord et à qui il est libre de décider  ou non de l’organisation  de ces élections anticipées que réclament de plus en plus des partis politiques qui fondent leur position sur la situation actuelle qui prévaut dans le pays.

La création du PNDD pourrait être un élément moteur dans la tenue de nouvelles élections législatives, sénatoriales et municipales. Ce ne serait pas donc surprenant qu’on se réveille un bon jour en apprenant la dissolution de l’assemblée nationale, du sénat et des collectivités locales  pour servir le desiderata de lobbies. Ce ne sont pas les procédures ou les techniques qui manquent souvent dans ces genres de situations. Tellement que nos politiciens sont doués qu’ils ne manqueront pas  d’user  toutes les astuces et de tous les subterfuges les plus extravagants pour arriver à leur fin.

Les cadres du PNDD pourraient faire avaler leur pilule au Président. Mais comme Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a toujours ‘refusé’ ou fait savoir que le ‘Pacte National pour la Démocratie et le Développement’ n’était pas son parti, on verra bien s’il en est toujours ainsi. Et cautionner cela, signifierait le contraire. Et comme on le sait, on ne peut gouverner qu’avec ‘sa’ majorité pour esquiver une cohabitation parfois très difficile. Compte tenu surtout du fait dans nos pays que nos ‘gouvernants’ ne sont pas souvent habitués à ce genre de situation parfois exécrable et insupportable à gérer.

Il est certain qu’organiser des élections nouvelles serait coûteux pour notre pays. Compte tenu aussi de la dèche qui frappe notre trésor public.  La Mauritanie peut-elle se permettre le luxe d’organiser de nouvelles élections en l’espace d’une année ? Plus qu’un précédent, l’organisation de ces élections signifierait la fin des ‘indépendants’ sans étiquette et appartenance politique pour quelques-uns d’entre eux.

En cas d’élections, quel parti politique en profitera. C’est vrai que les ‘indépendants’ sont majoritaires à l’assemblée nationale, au sénat et dans les communes. Mais, en cas d’élections, est-ce que ce sera la même coloration ? Rien n’est moins sûr !

Aujourd’hui, ceux qui réclament la démission du gouvernement de Zéine Ould Zéidane demandent par la même occasion l’organisation de nouvelles élections. Notamment la coalition Mithaq El Wihda qui regroupe 23 partis politiques.

Au cas où il serait démis de ses fonctions de Premier ministre, ambitieux qu’il est jusque dans l’âme, Zéine O. Zéidane ne mettrait pas du temps lui aussi pour créer son propre parti politique qui refléterait sa vision politique et se lancer dans la perspective électorale.

On sait parfaitement que rien ne lie Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et Zéine Ould Zéidane en termes politiques. Donc, pour ne pas mourir ‘politiquement’, il serait astreint de forger son parti politique. Reste à savoir maintenant : quand aura-t-il lieu ?

Déjà, certains partis politiques se sont situés dans une logique de campagne préélectorale. Ils commencent à étendre leurs bases, à multiplier les contacts avec leurs militants, à sillonner le pays. Comme pour cautionner les rumeurs faisant état  de l’organisation de nouvelles élections, le Ministère de la Décentralisation et de l’Aménagement du territoire a catégoriquement démenti de telles informations. Une rumeur étant toujours une sorte de sondage auprès de l’opinion, on verra bien si le pouvoir va tenir en compte les exigences du moment.

En termes de suffrage, des partis politiques comme l’Union des Forces de Progrès et l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/ Mouvement pour la Rénovation, chassent sur le même terrain politique. Surtout qu’après le vote du statut de l’opposition, ces deux formations politiques se regardent en chiens de faïence.

Babacar Baye Ndiaye 

( 24 mars, 2008 )

Philippe Debrion, directeur du centre culturel français Antoine de Saint-Exupery de Nouakchott

« On n’est pas le lieu de la diffusion de la culture mauritanienne. On est un lieu de dialogue et d’échanges sur différents types de perception culturelle » 

Quel intellectuel  du pays issu de l’école française n’a fréquenté le centre culturel français de Nouakchott ? Un coin autrefois favori du mauritanien : qu’il soit artiste ou intellectuel ! Sa seule évocation éveille bien de souvenirs pour certains qui y ont presque passé leur jeunesse en bouquinant, en regardant des films… L’importance du centre culturel français Antoine de Saint-Exupéry n’est plus à démontrer. Au fil des années on a comme l’impression que ce centre a perdu  tout son prestige d’antan. Mais qu’en est-il réellement ? Eléments de réponse dans cette interview suivante de Philippe Debrion, directeur du centre culturel français Antoine de Saint-Exupery de Nouakchott.

————Propos recuillis par Babacar Baye Ndiaye

 

Le Rénovateur Quotidien : Lorsqu’on vous a affecté à Nouakchott, comment avez-vous réagi ? 

Philippe Debrion : J’étais plutôt content. C’est un pays un peu différent de l’Afrique Noire. Il y a un mélange de différentes  cultures et une diversité assez intéressante. Mon affectation, je l’ai plutôt pris comme quelque chose de très positif. 

Le Rénovateur Quotidien : Cela fait à peine plus de six mois que vous êtes là, comment trouvez-vous la Mauritanie ? 

Philippe Debrion : Le pays, je ne le connais pas assez bien ! J’ai été une fois à Chinguetti et une fois à Rosso. C’est tout ce que j’ai fait. Je sais quand on sort de Nouakchott, on a une vision complètement différente du pays. C’est cette vision qu’il faudrait bien garder. Moi, j’aime beaucoup le désert. Je trouve que c’est beau : il y a de beaux paysages, de belles dunes. On ne peut qu’être sensible et ému à la beauté de ce désert. 

Le Rénovateur Quotidien : Depuis votre arrivée, vous tardez à annoncer les couleurs. Les programmes, dit-on, sont vides comme des coquilles voire qu’ils  ne sont pas alléchants. Certains affirment même qu’ils sont nuls. Que répondez-vous à tout cela ? 

Philippe Debrion : (Un peu surpris) C’est vide ? Je suis un peu étonné par vos propos parce qu’on a beaucoup de monde : on vient de passer Habib Koité (4 mars dernier, NDLR) et la salle était pleine. Les concerts forum, il y a beaucoup de monde qui vient. Au cinéma aussi, on a beaucoup de public. La programmation est grosso modo la même. On a rajouté de nouvelles manifestations qui n’existaient pas auparavant et puis on est en train de préparer d’autres manifestations. Non, il est toujours aussi complet ! 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous êtes venu avec un nouveau programme ou bien c’est le même programme concocté par votre prédécesseur qui continue toujours ? 

Philippe Debrion : Non, il y a une certaine continuité ! On a gardé les concerts forum et les concerts cafétéria. J’ai mis en place avec Lamine Kane ‘tous sur scène’ qui a un succès. Il y a les cours de théâtre qui ont repris idem les cours de danse qui vont reprendre. Nous allons collaborer avec ‘Mauridanse’. Il y a des ateliers qui se mettent en place avec les écoles : on est en train de développer un projet autour du livre et de la lecture. 

Le Rénovateur Quotidien : Les artistes mauritaniens de manière générale souffrent d’un manque criard d’appui de la part des autorités culturelles. A votre niveau,  avez-vous  des projets ambitieux pour les soutenir ? 

Philippe Debrion : On a un projet qu’on est en train de monter avec ‘Monza’. C’est un festival hip-hop qui va avoir lieu au mois de mai prochain avec une programmation nationale et internationale. On est en train de monter avec les griots mauritaniens des opérations de musique beaucoup plus traditionnelles. Ce sera l’occasion de créer des lieux de rencontre et d’échanges culturels entre les musiciens traditionnels et modernes. Il ne faudrait pas que la musique moderne fasse disparaître la musique traditionnelle. 

Le Rénovateur Quotidien : Y’ a-t-il  des artistes qui viennent vous soumettre des projets et que si ces derniers peuvent donner des résultats satisfaisants vous les appuyez ? 

Philippe Debrion : Mais bien sûr ! Après, il y a un niveau de qualité. S’ils n’ont pas une qualité sur scène qu’on espérait, il faudrait qu’ils travaillent davantage. C’est une longue étape pour arriver au professionnalisme ou avoir un niveau musical qui soit de bonne qualité. On offre la possibilité à un artiste qui n’a pas de compacts Disc, de cassettes, de pouvoir se présenter sur le forum. Pour ceux qui ont de l’expérience, on a la possibilité de faire un concert cafétéria. Pour ceux qui sont dans une mécanique beaucoup plus professionnelle voire en phase de le devenir, on peut envisager de les faire entrer en salle. 

Le Rénovateur Quotidien : Comment se passent les élections au niveau des choix sur les artistes ? On affirme et même qu’il y a des discriminations et du favoritisme. 

Philippe Debrion : (Il observe un silence) Moi de mon coté, je n’ai pas le sentiment qu’on favorise ou défavorise certains. Tous ceux qui sont artistes disent qu’ils sont bons. Il y a des étapes, il faut les passer. Certains artistes voient dans le passage au CCF comme étant un aboutissement. On ne peut pas non plus prendre le même groupe tout le temps. On essaie aussi de ne pas blesser les susceptibilités. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que c’est vous qui allez à la recherche des artistes où c’est l’inverse ? 

Philippe Debrion : C’est une conjonction des deux. Il y a des gens qui ont suffisamment de renommée et de talent : donc, il faut aller les chercher. Il y a d’autres aussi qui sont très solliciteurs mais qui n’ont pas nécessairement le talent des premiers. Le concert forum par exemple est une occasion pour les artistes de se frotter à la scène. Il ne faudrait pas oublier que nous sommes un centre culturel. Culture ne veut pas dire artistique. Ce n’est pas non plus seulement  un lieu de diffusion de la musique.  On est aussi un lieu de travail, d’études, de recherche et de lecture. On essaie de donner aux artistes mauritaniens une visibilité à un moment donné. On essaie de faire passer aussi des connaissances à travers des expositions scientifiques ou littéraires. On a une forte diversité dans nos activités. Il est aussi intéressant pour les artistes mauritaniens de découvrir ce qui passe dans la sous-région. On n’est pas le lieu de la diffusion de la culture mauritanienne. On est un lieu de dialogue et d’échanges sur différents types de perception culturelle. 

Le Rénovateur Quotidien : Toujours dans le cadre des échanges culturels, avez-vous une politique qui permet d’envoyer par exemple des artistes mauritaniens en France ? 

Philippe Debrion : On n’est pas non plus le lieu pour envoyer des artistes à l’étranger. (…)Il y a des pays où les artistes mauritaniens ne sont pas connus: donc, il faut s’imposer et être meilleur ou avoir une qualité de musique qu’on ne trouve pas ailleurs. Une musique assez novatrice et en même temps d’un très bon niveau dans son exécution. ! Quand vous voyez les artistes africains capables d’aller en Occident, aux Etats Unis d’Amérique  ou ailleurs, vous vous rendez compte qu’il y en a pas beaucoup. En Mauritanie, vous avez de la chance. Vous avez Malouma qui est une artiste internationale. Ousmane Gangué qui commence à prendre un peu d’ampleur. Il faut bien comprendre que les CCF ne peuvent pas être le lieu de diffusion de la musique locale à l’étranger si déjà l’artiste lui-même n’arrive pas à s’imposer dans les pays limitrophes. 

Le Rénovateur Quotidien : Je reviens encore à la programmation. On a constaté qu’il y a trop de jazz. C’est seulement dans ce mois de mars qu’on n’a pas eu de jazz. Allez-vous procéder à une programmation plus locale ? 

Philippe Debrion : Pour le jazz, on va reprendre au mois de mai. On va faire un coup d’arrêt. On a d’autres priorités : on essaie de faire venir une troupe de danse, les frères Guissé du Sénégal et Ablaye Cissoko qui fait du jazz avec de la Kora… 

Le Rénovateur Quotidien : On a remarqué aussi que les pièces de théâtre manquent énormément. Avez-vous pensé à équilibrer un peu la programmation ? 

Philippe Debrion : Effectivement ! D’ailleurs, on fera venir un groupe de théâtre de la Guinée Conakry. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’il est facile de faire venir des stars internationales comme Habib Koité et comment cela se passe concrètement ? 

Philippe Debrion : Il y a une coordination régionale gérée par un ami qui se trouve à Dakar. C’est plusieurs CCF qui se mettent ensemble pour gérer ce type de spectacle. Parce qu’il y a des tournées, on arrive donc à avoir ces spectacles à des prix assez raisonnables. Il arrive parfois qu’on bute sur des difficultés. Par exemple, on a essayé de monter un spectacle avec DJ Awadi mais on n’a pas réussi.   

Le Rénovateur Quotidien : Au mois de février, vous nous annonciez  la venue de Claudi Siar(animateur de couleurs tropicales sur RFI, NDLR). Qu’en est-il exactement ? 

Philippe Debrion : Il semblerait qu’au mois de décembre dernier, il y a eu  quelque chose d’un peu particulier et qu’au mois de janvier, il y a eu encore un autre problème en Mauritanie(il fait allusion à l’assassinat des 4 touristes français du 24 décembre 2007 et l’attaque contre l’ambassade d’Israël du 29 janvier 2008, NDLR).  Du coup, il y a eu un conseil aux voyageurs qui a été prescrit par le Quai d’Orsay.   

Le Rénovateur Quotidien : Mais lui qu’est-ce qu’il a à voir dans tout çà ? 

Philippe Debrion : S’il y’a un problème de sécurité, automatiquement, il va y avoir des réticences à faire partir des gens à l’étranger notamment dans des pays susceptibles d’être des pays à risques. Cependant, je suis toujours en contact avec Hortense (productrice de couleurs tropicales, NDLR). Je dois la rappeler la fin du mois de mars pour refaire le point et voir quand est-ce qu’on pourrait enregistrer l’émission (à Nouakchott, NDLR). 

Le Rénovateur Quotidien : Comment percevez-vous le fait que la Mauritanie soit assimilée à un pays terroriste ? 

Philippe Debrion : Pays terroriste ? Vous allez un peu vite en besogne ! C’est vrai qu’il y a eu des incidents de parcours mais ce n’est pas vraiment le cas. Ce qui vous a choqué peut-être, c’est que ce n’était jamais arrivé. 

Le Rénovateur Quotidien : Les autorités françaises ne sont-elles pas allées trop vite en besogne comme vous dîtes lorsqu’elles ont déconseillé  ‘fortement’ à  ses ressortissants de ne pas se rendre en Mauritanie ? 

Philippe Debrion : (Il observe le silence) Ça, vous allez voir directement les autorités(rires). Ce n’est pas moi l’autorité ! Vous leur demandez à eux. Moi, je constate simplement. C’est un fait et puis les choses risquent fortement de se tasser. Je crois que les mauritaniens ne sont pas des gens agressifs ni méchants. Moi qui vis dans ce pays, je me dis que c’est un peu injuste : les mauritaniens ne méritent pas ça.   

( 24 mars, 2008 )

Birame O. Dah: »Radio Mauritanie a tendance à faire perpétuer les instincts pro-esclavagistes »

Dans un entretien exclusif accordé au Rénovateur Quotidien, Birame O. Dah, membre de S.O.S. Esclaves et de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, a fustigé l’attitude passive et même complice de l’administration territoriale, de la police judiciaire, de la justice et surtout des médias officiels plus particulièrement Radio Mauritanie qui perpétue, selon lui, les vieux instincts pro-esclavagistes. 

 

L’esclavage reste encore une tare fortement ancrée dans la société mauritanienne. Malgré une loi qui a été votée, il continue de subsister. La preuve, les organisations de défense des droits de l’Homme et notamment les anti-esclavagistes sont régulièrement saisies et assaillies par les victimes de cette pratique ringarde. La dernière en date : Haby Mint Rabah. Née en 1973, elle ressemble maintenant à ces vieilles femmes du Darfour fuyant la terreur et la misère. 

Véritable cas de pratique esclavagiste, les autorités de la wilaya du Trarza en premier lieu le wali, monsieur Abdallah O. Mohamed Mahmoud, ont nié le fait que Haby Mint Rabah eut été esclave de Abdallahi O. Moctar. «Lorsque ce problème leur a été posé, ils ont affirmé que c’est un faux problème d’esclavage et une dénonciation fausse et mensongère », rapporte Birame O. Dah qui a fait savoir parallèlement que le comportement du wali du Trarza prouve bel et bien que certaines autorités du pays continuent à narguer la loi en refusant son application. Birame O. Dah signe et persiste avec des allégations à l’appui que ce dernier continue de jouer le jeu des esclavagistes. Assumant entièrement ses propos, il n’y est pas allé par quatre chemins pour dénoncer le manque de collaboration franche et sérieuse du wali du Trarza sur ce cas d’esclavage avéré. 

A la suite d’un ordre de mission et d’un mandat ordonné par la Commission Nationale des Droits de l’Homme, Haby Mint Rabah a pu être libérée du joug de son maître, Abdallahi O. Moctar, malgré des écueils rencontrés : la gendarmerie n’a pas été compréhensive. Et pourtant, la loi est sans équivoque là-dessus : lorsqu’il y a présomption de crime(l’esclavage relève du crime de droit commun), le ministère public et la police judiciaire doivent immédiatement enclencher une procédure d’enquête qui doit mettre les choses au clair. Actuellement, l’enquête est entre les mains de la Gendarmerie Nationale de Méderdra. En attendant qu’elle détermine la véracité d’actes ou pratiques esclavagistes de la part de son maître, Haby Mint Rabah vit dans la maison de Birame O. Dah à PK. Par rapport à l’affranchissement économique des esclaves, rien a été encore fait par le gouvernement pour soutenir les esclaves. «Il y a plusieurs esclaves chez moi, rencarde Birame O. Dah, alors que je ne suis qu’un simple fonctionnaire très modeste. J’ai un salaire qui ne peut même pas me faire vivre avec ma famille. Nous sommes obligés, avec les militants des droits de l’Homme, par des cotisations, de prendre en charge des familles ou des personnes qui sont libérées de l’esclavage. » 

Toujours, dans le cadre de l’affranchissement économique des esclaves, le gouvernement a promis 6 milliards d’ouguiyas. Cet argent, pense Birame O. Dah, doit servir à prendre en charge les esclaves et non pas à remplir les poches des maîtres-esclaves. En outre, constatant que la fondation KB est très impliquée dans la lutte contre la réduction de la pauvreté, qu’elle fait des activités de bienfaisance, il a lancé un appel à la dite fondation et notamment à sa présidente de se tourner vers les victimes de l’esclavage qui sont en grande majorité des femmes. «On se demande, s’interroge-t-il, pourquoi les femmes esclaves qui sont libérées du joug de l’esclavage ne bénéficient pas de l’aide de cette fondation ? » 

Concernant l’éradication de l’esclavage, ce n’est pas seulement l’administration territoriale, la police judiciaire ou la justice qui traînent les pieds, il y a également les médias officiels comme Radio Mauritanie. Sur un ton corrosif, Birame O. Dah a accusé cette dernière de perpétuer les instincts esclavagistes. Dur aussi, il a été avec Horizons à qui il a récriminé son refus de donner la parole à certaines personnalités, mouvements et organisations anti-esclavagistes. 

Cette attitude de rétraction de ces deux médias officiels, pense-t-il, montre parfaitement qu’ils perpétuent encore les méthodes de l’ancien régime. «A longueur de jour et de nuit, ils font des tables rondes qui s’orientent vers la négation de l’esclavage et le manque de sensibilisation », constate-t-il. «Radio Mauritanie est en train d’enraciner la culture négationniste et la culture esclavagiste », poursuit-il tout en demandant aux autorités de révoquer le directeur actuel de Radio Mauritanie et ses collaborateurs qui perpétuent la confusion sur l’esclavage mais aussi de s’attaquer à la phase d’affranchissement économique des esclaves qu’il estime le plus important car sur ce point, beaucoup d’équivoques restent à lever. Les esclaves, du fait de leur analphabétisme et leur manque d’information, ignorent carrément la teneur de la loi sur l’esclavage ni des orientations de l’Etat sur cette pratique. Là aussi, Birame O. Dah n’a pas mâché ses mots. Il a indexé Radio Mauritanie de ne pas jouer véritablement son rôle dans la campagne de sensibilisation contre l’éradication de l’esclavage. Pour lui, Radio Mauritanie est une radio qui promeut la culture esclavagiste. «Radio Mauritanie est restée une radio esclavagiste, une radio qui continue à rabattre les citoyens par un négativisme inlassable de l’esclavage. » 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

  

( 24 mars, 2008 )

Interview de Mahmoud Boubacar Ly, président d’Eco-Plus: »l’implication de la jeunesse mauritanienne dans le développement du pays est encore embryonnaire »

Les étudiants mauritaniens, à l’instar des autres étudiants du monde entier, ont célébré le 12 mars dernier, la fête internationale de l’Etudiant. Mahmoud Boubacar Ly, président d’Eco-Plus(une association qui regroupe les étudiants en Economie et Gestion), et coorganisateur de cette manifestation, a bien voulu se prêter à nos questions. 

Le Rénovateur Quotidien : Tantôt(NDLR, cette interview a eu lieu mercredi 12 mars 2008), dans vos propos, vous demandiez aux étudiants mauritaniens de s’impliquer davantage dans le développement de leur université. Pourquoi cet appel ? 

Mahmoud Boubacar Ly : Cet appel, c’est tout simplement l’appel d’un citoyen qui cherche à réunir l’ensemble de la composante estudiantine du pays dans le but de trouver les voies et moyens qui permettront de pouvoir participer au développement surtout de notre pays. Ceci doit passer par les jeunes qui constituent sans doute l’avenir de ce pays et par conséquent leur implication devient nécessaire dans ce processus. Il faut promouvoir en eux la capacité de créer et de travailler ensemble, de regrouper leurs idées et de les affronter pour pouvoir relever les défis relatifs au développement et à l’émancipation des différentes couches de la population mauritanienne. 

Le Rénovateur Quotidien : Justement, vous parlez d’implication. Pensez-vous que la jeunesse mauritanienne est assez impliquée dans le développement du pays ? 

Mahmoud Boubacar Ly : L’implication de la jeunesse mauritanienne dans le développement du pays est encore embryonnaire. Présentement, il y a peu de jeunes mauritaniens qui s’intéressent à l’actualité de leur pays. Ils ont plutôt l’esprit évasif et trop distrait. Je demande aux jeunes et en particulier les étudiants de savoir organiser leur temps et de se consacrer au développement de leur patrie et de leur nation. C’est très important qu’ils participent au développement de leur pays. 

Le Rénovateur Quotidien : Partagez-vous l’idée selon laquelle l’horizon est bouché pour la jeunesse mauritanienne ? 

Mahmoud Boubacar LY : L’ancien régime avait une politique de jeunesse catastrophique et lamentable en matière de politique de jeunesse. Il avait fermé tous les canaux d’information qui devraient permettre à la jeunesse mauritanienne de se renseigner et avoir goût à puiser et à être imprégné de ce qui se passe dans  leur pays. Ceci a causé une passivité de la jeunesse mauritanienne. Il est temps que les gens aient un esprit de veille car leur sort dépend de cela. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes étudiant. Quel regard portez-vous sur l’université de Nouakchott ? 

Mahmoud Boubacar Ly : L’université dans sa diversité n’est pas vue sous un aspect très important. Le budget qui doit aller dans le financement de l’université ne va pas entièrement dans les activités universitaires. Je sais- parce que je suis étudiant et que j’ai l’expérience- qu’il y a un potentiel de jeunes qui sont capables de prouver qu’ils ont l’intelligence et la capacité de capter beaucoup de messages. Le gouvernement n’essaie pas de rentabiliser tout cela. Notre université trébuche parce que tout simplement l’administration universitaire ne met pas du sérieux dans ce qu’elle fait. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous soutenez donc que rien n’a évolué au sein de cette université depuis quelques années ? 

Mahmoud Boubacar Ly : En vérité, depuis sa création, rien n’a changé. C’est les mêmes bâtiments ! C’est la même construction ! C’est les mêmes modules ! En 2005, on a fait une ‘petite’ réforme. On nous a promis beaucoup de choses : le système LMD, d’améliorer les relations entre professeurs et étudiants, de perfectionner le système universitaire…Mais jusqu’à présent, nous ne voyons aucun changement, aucune évolution de la situation. Tout est resté comme auparavant. On disait que c’est Taya qui a détruit l’aspect de citoyenneté et de travail dans la mentalité des mauritaniens. Aujourd’hui, il n’est pas là mais les gens continuent à pousser les jeunes à être passifs.

Propos recueillis

Babacar Baye Ndiaye 

( 24 mars, 2008 )

Abderrahmane Cissako, cinéaste: »l’espoir de trop est toujours un danger! »

A l’issue d’une visite dans les locaux de ‘La Maison des Cinéastes’, Abderrahmane Cissako, l’auteur du film ‘Bamako’ qui lui a valu la distinction de l’Etalon de Yélinga, a tenu une conférence de presse au cours de laquelle, il a appelé les autorités mauritaniennes notamment celles du Ministère de la Culture et de la Communication à  soutenir et appuyer les initiatives de ‘La Maison des Cinéastes’ qui représente, selon lui, un symbole très important. 

 

C’est toujours un plaisir d’entendre Abderrahmane Cissako parler de culture, de développement, d’avenir  et d’unité. Il en a été beaucoup question durant toute sa conférence de presse. A cette occasion, il n’a pas manqué l’opportunité de souligner toute son admiration envers les femmes et hommes qui composent ‘La Maison des Cinéastes’. Et surtout toute sa considération envers Abderrahmane O. Salem, malheureusement absent à cette conférence de presse. «Si ‘La Maison des Cinéastes’ est ce qu’elle est aujourd’hui, c’est grâce à un homme (Abderrahmane O. Salem, NDLR) », a-t-il déclaré. Mais cela n’est pas suffisant pour lui. «Une seule personne ne peut pas tout faire. Il faut une volonté commune et des énergies », pense-t-il. «Il ne peut y avoir de développement sans un développement culturel. Ce n’est pas possible ! Aucun pays ne peut se développer sans se regarder en face. La Culture, elle permet à quelqu’un de se voir dans son miroir. Lorsqu’on n’a pas la capacité de se voir, d’intégrer son voisin, son frère, on n’est pas fort soi-même. »

Pour lui, la Culture peut jouer un rôle fédérateur en Mauritanie et que nous sommes condamnés inéluctablement à vivre en paix ensemble d’autant plus que nous formons une communauté de destin.  « L’homme doit se réconcilier en permanence avec soi-même et son voisin. C’est pourquoi on dit ‘assalamou aleykoum’.»

 «Nous sommes encore un pays jeune. Quand voit les indépendances, c’est assez récent. Les accidents qui ont eu lieu dans cette vie récente de ce pays, je pense qu’il faut l’accepter, le comprendre et penser au futur. 50 ans pour un pays, ce n’est rien. C’est à nous jeunes de bâtir ce pays et nous pouvons le faire. La culture peut jouer un rôle fondamental dans tout cela », rappelle-t-il en donnant l’exemple de ‘La Maison des Cinéastes’.

«Plus on est une force, plus on est une vérité. Une vérité, elle peut ne pas s’imposer un jour, deux jours ou trois jours. Mais une vérité, elle s’impose toujours. Elle va finir par s’imposer parce qu’elle transcende tout. Elle va s’imposer parce qu’il y a toujours des gens qui y croient »,

A ses yeux, la Mauritanie et les mauritaniens doivent essayer de tourner la page et affronter avec lucidité les défis qui leur sont posé et non pas s’attarder sur des choses inutiles qui ne les font pas avancer.

«Nous venons tous de milieux simples et de sociétés simples. La notion ‘je viens d’une grande famille’ ne doit pas être notre objectif. Je n’ai jamais cherché -et je ne le ferai- pas à me positionner et à expliquer véritablement d’où je viens. Je ne rentre pas dans les détails. Quand on rentre dans la justification de quelque chose, on encourage autre chose. Je suis un homme et je cherche à être honnête avec moi-même. Je cherche à être honnête avec mon peuple. Je ferai un travail dans ce sens. Je n’ai pas besoin d’appartenir à tel ou tel. Je n’en ai pas franchement besoin. Je crois aussi le rôle de la culture, c’est ça : comment arriver à réconcilier les hommes, comment arriver à gommer les concepts qui sont dans les mentalités et qui nous ramènent en bas. En procédant ainsi, on crée finalement la méfiance de l’autre. On crée des barrières qui, en réalité, n’existent pas » et c’est une erreur, pense-t-il de se glorifier de ses origines parce que ça n’a pas d’importance. « Toute origine est forte. Toute origine est glorieuse. On ne peut pas plus glorieux que son voisin. On est des êtres humains et je pense que chaque être humain  doit faire en sorte d’apporter la paix. »

 

«Moi, je crois en l’homme même si on est déçu par des comportements humains. Mais l’homme est toujours capable du meilleur. Et c’est ce meilleur qu’il faut toujours cultiver à chaque fois. C’est un travail très lent : le travail de la culture et c’est trop long aussi ; donc, il ne faut pas s’attendre à un résultat aujourd’hui ou demain. »

 

« A chaque fois en Mauritanie, j’ai le sentiment de n’avoir pas fait assez », avoue-t-il.

 

«Je suis là beaucoup plus confortable qu’ailleurs et malheureusement certaines choses s’imposent à moi tout simplement comme cinéaste africain. »

 

«Quand on appartient à une injustice qu’est l’Afrique, la mission est beaucoup plus lourde et beaucoup plus importante. Un acte, on le pose pour le continent parce qu’il en a besoin. Mais chaque être humain, il vient de quelque part. lorsqu’on ton pays te manque, tu n’es pas forcément fort. Mais quand tu n’es plus dans ton pays, tu as une capacité qui permet d’entrevoir les choses d’une certaine façon et peut-être de l’aimer encore plus. Quand on vit des quotidiens difficiles, on est déçu beaucoup plus facilement. »

 

«Je ne cherche pas de façon phraséologique en parlant ou en écrivant d’avoir des positions politiques ou de parler de la souffrance des gens. Je ne suis pas encore ici pour vivre un quotidien. Mais ce qui passe me concerne. J’ai envie de me battre pour l’avenir du pays parce que je crois en l’avenir de ce pays-là », conclut-il.

babacar baye ndiaye

( 15 mars, 2008 )

Conférence de presse de l’AFCF et S.O.S. Esclaves/Pratiques esclavagistes, expropriation foncière : Trop, c’est trop !

 

Faut-il continuer à fermer les yeux sur les cas de pratiques esclavagistes, d’expropriation foncière ou de mauvais traitements humains dont sont victimes les populations et qui sont monnaie courante dans notre pays ? Faut-il aussi continuer à nier leur existence ? D’autant plus que chaque jour,  certaines organisations de défense des droits de l’homme comme l’Association des Femmes Chefs de Famille, Conscience et Résistance et S.O.S. Esclaves sont saisis de ces genres de problèmes : cas des populations de Dembat Atchen qui ont été sévèrement réprimées par les forces de sécurité, cas de Abdou Ould Isselmou qui a constaté des pratiques esclavagistes dans la localité où il enseigne et enfin le cas de la famille feu Salimou Ould Khader dont la maison a été détruite à coups de Bulldozers sous les ordres du wali de l’Assaba. La salle de conférence fut trop petite pour accueillir plus de 100 personnes ! 

 

Dembat Atchen  

 

Cette localité jusque là peu connue des mauritaniens est devenue célèbre à cause des affrontements entre Haratines et leurs anciens maîtres qui voulaient leur reprendre leurs terres. La presse indépendante d’ailleurs en avait fait ses choux gras pendant quelques jours. Résultats de ces affrontements : plusieurs blessés grave chez les  familles qui se sont opposées à l’expropriation de leurs terres. Certains d’entre les ‘récalcitrants’ sont toujours détenus dans les geôles de la Gendarmerie nationale de Kiffa et ne bénéficient aucun soutien pour le moment. Parmi ces détenus, il y a une femme qui a le bras cassé et risquerait même d’être amputé.  Et cela fait deux mois maintenant que ces derniers croupissent en prison. Une situation mal appréciée par l’AFCF et S.O.S. Esclaves qui estiment que ces derniers doivent être évacués sur Nouakchott pour qu’ils puissent être soignés convenablement. 

Ces deux organisations de défense des droits ont par ailleurs noter la gravité qui entoure de tels incidents en faisant relever que les ‘autorités ont placé des forces de sécurité qui se nourrissent directement sur les biens de ces populations’ tout en assimilant cette pratique digne à l’époque coloniale. 

 

Pratiques esclavagistes : Un enseignant monte au créneau 

 

Il s’appelle Abdou Ould Isselmou. Né en 1973 à Sélibabi, il enseigne depuis 7 ans et  servait dans la localité de Tokomadji. Sa prise de position sur des cas de pratiques de pratiques esclavagistes lui a valu aujourd’hui les coups de foudre des autorités locales qui ont décidé de le suspendre de ses fonctions d’enseignant pour seul motif qu’il voulait dénoncer ces cas de pratiques esclavagistes. Son unique tort, c’est d’avoir remarqué que des enfants, en âge d’aller à l’école, étaient utilisés comme esclaves. Pour le contraindre à l’échec, une campagne d’intimidation a été orchestrée par la gendarmerie avec la complicité des autorités locales au niveau des familles des enfants pour nier toutes les assertions d’Abdou Ould Isselmou. Une enquête a été ouverte dans ce sens pour essayer de clarifier  les thèses soutenues par cet enseignant faisant allusion à l’existence de cas de pratiques esclavagistes dans cette localité du pays. Cette situation semble inquiéter les organisations de défense des droits de l’homme. «Nous pensions que l’Etat a pris cette loi criminalisant l’esclavage de bonne foi et que les autorités veulent vraiment appliquer la loi. Si cette affaire se confirme, nous aurons l’impression que nous sommes rentrés dans une situation de duperie et qu’on veut tout faire pour que personne ne puisse avoir des preuves que l’esclavage existe », a déploré Boubacar Messaoud qui a laissé entendre qu’ «on cherche à apeurer les victimes pour qu’ils ne puissent pas se plaindre ». 

 

La famille feu Salimou Ould Khader 

 

A ce propos, deux sit-in de soutien a organisé par l’Association des Femmes Chefs de Famille devant le ministère de l’intérieur afin que le problème soit pris en charge par les autorités. En effet, depuis quelques mois, cette famille a lancé un appel de détresse mais jusqu’à présent, il n’y a rien de nouveau. Le wali à l’origine de cette affaire est toujours en poste à Kiffa. 

Par rapport à tous ces cas, l’Association des Femmes Chefs de Famille, Conscience et Résistance et S.O.S. Esclaves ont dénoncé la lenteur, le laxisme et la complicité des autorités dans ces cas. 

 

Les précisions de Boubacar Messaoud 

 

«Je suis un militant des droits de l’Homme. Je sais ce que je dis et qu’on ne retienne de moi  ce que j’ai dit », a souligné Boubacar Messaoud faisant allusion à une question posée par un journaliste relatif aux assertions de Abdoul Ould Isselmou sur l’existence de cas de pratiques esclavagistes dans la localité de Tokomadji. «Si effectivement, cela s’est passé comme ça,  nous nous trouvons dans une situation nouvelle qui n’est pas celle que nous avions espéré. Aujourd’hui, nous attendons que la loi soit appliquée de manière effective. Si elle n’est pas appliquée et ce qu’on vient de nous révéler s’avère exact, nous nous rendons compte que cette loi est faite pour poursuivre les militants anti-esclavagistes plutôt que de poursuivre ceux qui pratiquent l’esclavagisme. Il y a   certaines choses que nous n’endosserons pas. Nous ne sommes pas ici avec un discours de violences. Nous sommes venus avec un discours de droits de l’homme et nous ne nous engageons pas à attaquer qui que ce soit et à répondre par la violence. Nous nous engageons à militer et à aller en prison pour nos idées et les principes pour lesquels nous sommes mobilisés. » 

Les esclaves, c’est connu, n’ont pas droit à l’Etat civil. C’est un tort et une infraction aux yeux de Boubacar Messaoud. Ce dernier, toujours égal à lui-même, n’a pas manqué de signifier que les autorités surtout locales ne leur donnent pas souvent l’occasion de vérifier la véracité des cas de pratiques esclavagistes. 

 

Situation actuelle des droits de l’Homme en Mauritanie 

 

En réponse à une question relative à la situation actuelle des droits de l’Homme en Mauritanie, Boubacar Messaoud, président de S.O.S. Esclaves soutiendra que ‘la situation est meilleure que celle que nous avons connue sous Maouiya et pendant la transition’. Pour appuyer ses affirmations, il citera par exemple la création de la Commission Nationale des Droits de l’Homme qui sillonne périodiquement tout le pays et fait des rapports réguliers sur la situation des droits de l’homme en Mauritanie. Mais, selon lui, il n’est pas encore l’heure d’applaudir et que tout dépendra de la bonne volonté que manifesteront les autorités dans le traitement des dossiers relatifs aux violations des droits de l’Homme. 

Pour la présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille Aminétou Mint Ely Moctar, l’impunité continue toujours de sévir dans notre pays. Pour preuve, elle cite les cas d’injustices ou de violations des droits de l’homme dont elle est souvent saisie. Les organisations de défense des droits de l’homme, selon elle, souffrent beaucoup de cette impunité. 

«On n’a pas constaté aucun changement de l’attitude des pouvoirs publics vis-à-vis des traitements des questions des droits de l’homme », estime Birame Ould Dah qui pense que rien n’a évolué. «Le même système perdure », conclut-il. 

Présent à cette conférence de presse pour réaffirmer son soutien inconditionnel aux ONGs qui luttent contre les violations des droits de l’homme en Mauritanie, Mohamed Lemine Ould Dadde, président de Conscience et Résistance a affirmé qu’ «il y a eu certes des lois, des tolérances et des avancées » mais «l’administration qu’elle soit centrale ou territoriale continue toujours à pratiquer les mêmes méthodes ». 

La corruption, le racisme et les violations des droits de l’Homme, sont des motifs, selon lui, de continuer, quel que soit le régime en place, le combat pour la justice et l’égalité entre tous les citoyens mauritaniens. 

Pour que la Mauritanie soit citée parmi les exemples de démocratie, il faut que les pouvoirs publics respectent  d’abord les lois et non pas le contraire. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

   

  

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