( 10 mars, 2008 )

Qu’est-ce qui a changé en Mauritanie ?

Serions-nous curieusement dans un pays bizarre, dans un pays habité par des aveugles qui ne comprennent que dalle de tout ce qui se fait ou se trame sur leur dos et à leur insu tous les jours.

Aujourd’hui, à la grande stupéfaction de tout le monde, les voleurs, les dissimulateurs et les papelards d’hier, ceux qui ont dépouillé la République, le pays et l’ont introverti à tort et à travers, s’érigent en donneurs de leçons, de moralité et de probité. Que c’est incroyable !

Qui ne souvient pas encore de leur arrogance intraitable ? Nos douleurs sont encore fraîches pour être omises de si vite. Ils  se permettent d’affirmer, devant celui qui veut les entendre, qu’ils incarnent le changement, les aspirations du peuple mauritanien et qu’il n’y a pas d’autres alternatives qu’eux-mêmes.

Ni leurs idées, leurs méthodes, leurs opinions, leur manière de faire de la politique encore moins leurs mensonges, à la limite, extravagants n’ont pas alterné au fil des années. Et qu’on ne s’y trompe pas, rien n’a véritablement changé en Mauritanie. Il faut vraiment avoir mangé de la cervelle de poule ou de coq pour le croire. La transhumance est érigée en règle comme une sorte de bouée de sauvetage pour pouvoir échapper honteusement aux dures réalités de la vie quotidienne.

Les fils des hauts et intouchables dignitaires du pouvoir usent et abusent des propriétés de l’Etat sans que cela ne turlupine leurs pères. Pendant ce temps-là, une localité de la wilayaa de l’Assaba souffre d’un manque criard de poste de santé, d’eau potable, d’électricité, de téléphone…

Et nous trouvons cela normal. Nous sommes loin du partage et de la redistribution des richesses nationales, de la justice sociale et de l’équilibre économique. Ce ne sont pas à travers des statistiques ou des chiffres tronqués qu’on peut faire disparaître ou réduire à moitié la pauvreté qui avilit l’être humain. Comment d’ailleurs  peut-on être digne dans la pauvreté ?

Chaque jour, les riches spolient les terres des pauvres sans que la justice n’intervienne parce qu’ils sont pauvres. Chaque jour, on accuse et emprisonne des innocents parce qu’ils sont incapables de se payer les frais d’un bon avocat souvent en connivence avec l’administration. Chaque jour, on accuse des gens de vol ou d’escroquerie parce qu’ils sont pauvres. Alors que les véritables voleurs roulent dans des voitures qui frisent la démesure. 

Ce qui a changé sous nos cieux, ce sont les discours officiels, c’est le locataire du palais présidentiel. Ce qui a changé, c’est le Président de l’Assemblée Nationale. Les mêmes figures gravitent toujours autour des centres de décision stratégiques du pouvoir depuis plus de deux décennies et on ose nous dire que les choses ne sont plus comme elles étaient. Bien sûr qu’elles ne sont plus comme avant. Ce qui n’a pas changé, c’est l’impunité. Ce qui n’a pas changé, c’est notre indifférence face aux pauvres qui manquent de perspectives. 

Ceux qui nous dirigent et taillent notre destinée à la mesure de leurs intérêts cryptopersonnels peuvent-ils nous assurer des lendemains meilleurs comme il a été prédit dans «Mauritanie Vision 2030» ? Déjà, les actes qu’ils posent chaque jour sont loin d’être rassurants pour un mauritanien averti. Va-t-on continuer à renier l’héritage du 3 août 2005 ? Le doute est permis !

Qu’on ne s’y trompe pas, rien n’a changé en Mauritanie. Et pourtant, certains gens qui ont honni la République en bafouant les principes les plus élémentaires de la bonne gouvernance, du respect des droits de l’homme, de la justice et de l’égalité sociale, veulent nous faire croire qu’un nouvel esprit s’est installé dans nos mœurs. Que nenni ! Que du bla-bla !

La mise en place des structures dirigeantes du PNDD a consacré le retour en triomphe des disciples de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya dans l’engrenage du pouvoir. Et les mauritaniens ont assisté impuissants face à ce retour. Ils n’ont rien dit encore moins manifesté leur désapprobation. On leur serine tout le temps les mêmes discours. C’est comme s’ils oubliaient que leur avenir leur appartient et qu’il serait dangereux de le confier à des «mains douteuses » et peu scrupuleuses. Nous ne sommes pas encore au bout de nos surprises ! Loin de là. 

La Mauritanie serait-elle habitée par des moutons de panurge ? Comment donc expliquer que ceux-là même qui ont participé à la ruine de ce pays en détournant les fonds publics destinés à la construction de routes, de structures sanitaires, d’écoles, etc…puissent revenir en passant par la grande porte.

Ceux-là même qui ont participé à la paupérisation de nos populations, contribué à l’effritement de notre économie en transformant nos unités industrielles et nos sociétés d’Etat en propriété privée. C’est tout simplement hallucinant notre taux de chômage pour un pays qui ne compte pas plus de 3 millions de bouches à nourrir, à vêtir, à éduquer, à soigner et à protéger en les mettant dans de bonnes conditions de vie et de travail. Les populations vulnérables continuent d’être opprimées au su de tout le monde. 

Le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi est comme pris dans un étau qui se resserre de plus en fort et inquiétant autour de sa personne. Les vieux faucons et les vieux loups sont toujours tapis sous l’ombre.

Le feu couve toujours sous la cendre et la fumée peut se dissiper à tout moment. Ceux qui sont contre les réformes sociales sont en train de ruminer, malgré eux, leur désaccord. Sidioca, comme on l’appelle affectueusement, devrait se soucier de manière vigilante de la sournoiserie, de la supercherie et surtout d’une certaine déviance politique qui risquerait de le faire porter le chapeau en le faisant endosser toute une responsabilité dont il ne serait pas responsable et la source.

On est en train de profiter dangereusement de sa bonne foi et de sa générosité patriotique sans que personne ne rechigne. Trouve-t-on cela normal et établi dans l’ordre des choses ? Surtout de la part d’un Président de la République, élu démocratiquement et légitimement par une bonne frange de la population, mais qui se fait avaler des couleuvres de toute taille et de n’importe quel poids par des inconditionnels de la gabegie. Lui, qui a osé s’attaquer à des dossiers aussi complexes et sensibles comme le retour des déportés et l’esclavage mérite-t-il vraiment cela ? 

Nos hommes politiques manquent de dignité et de foi politique à vrai dire. Ils s’orientent  comme un ballon d’air à la guise de leurs intérêts. Le pouvoir se clanise et c’est là un véritable problème qui risque de transformer le pouvoir en un centre d’appétit, d’intérêt et de confrontation dont les conséquences n’épargneraient personne. 

Le PNDD serait-il donc devenu le point de chute des anciens sbires du Président Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya ? Tout porte à le croire et on a bien des raisons de nous angoisser sur l’avenir et la gestion de ce pays longtemps mêlé à toutes les sauces par nos hommes politiques à la recherche du temps perdu. L’éducation est un exemple patent de nos tâtonnements en matière de choix et d’identification de programmes. On ne sait même ce qui est bon ou mauvais pour nos populations. On avale à tout va tout ce qu’on nous propose sans peser le bénéfique et le préjudiciable. 

Ceci est d’autant plus vrai qu’ils ont fait preuve de leurs véritables aptitudes à pouvoir transformer la Mauritanie et de leur manque de vision politique. Sinon, aujourd’hui, nous n’en serions pas là à chercher nos repères et nos marques visiblement perdus dans les foliacés du temps. 

Le grand perdant de la ressuscitation des anciens princes du PRDS serait incontestablement l’opposition qui semble être transcendée par les événements. Au lieu de faire face, elle semble préférer faire joujou peut être plus facile à faire qu’à contrer la vague du PNDD. Quand l’histoire jugera, elle donnera certainement tort à notre opposition démocratique qui est en train de  s’entre-déchirer pour des pruines. 

Babacar Baye Ndiaye 

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