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( 15 mars, 2008 )

Conférence de presse de l’AFCF et S.O.S. Esclaves/Pratiques esclavagistes, expropriation foncière : Trop, c’est trop !

 

Faut-il continuer à fermer les yeux sur les cas de pratiques esclavagistes, d’expropriation foncière ou de mauvais traitements humains dont sont victimes les populations et qui sont monnaie courante dans notre pays ? Faut-il aussi continuer à nier leur existence ? D’autant plus que chaque jour,  certaines organisations de défense des droits de l’homme comme l’Association des Femmes Chefs de Famille, Conscience et Résistance et S.O.S. Esclaves sont saisis de ces genres de problèmes : cas des populations de Dembat Atchen qui ont été sévèrement réprimées par les forces de sécurité, cas de Abdou Ould Isselmou qui a constaté des pratiques esclavagistes dans la localité où il enseigne et enfin le cas de la famille feu Salimou Ould Khader dont la maison a été détruite à coups de Bulldozers sous les ordres du wali de l’Assaba. La salle de conférence fut trop petite pour accueillir plus de 100 personnes ! 

 

Dembat Atchen  

 

Cette localité jusque là peu connue des mauritaniens est devenue célèbre à cause des affrontements entre Haratines et leurs anciens maîtres qui voulaient leur reprendre leurs terres. La presse indépendante d’ailleurs en avait fait ses choux gras pendant quelques jours. Résultats de ces affrontements : plusieurs blessés grave chez les  familles qui se sont opposées à l’expropriation de leurs terres. Certains d’entre les ‘récalcitrants’ sont toujours détenus dans les geôles de la Gendarmerie nationale de Kiffa et ne bénéficient aucun soutien pour le moment. Parmi ces détenus, il y a une femme qui a le bras cassé et risquerait même d’être amputé.  Et cela fait deux mois maintenant que ces derniers croupissent en prison. Une situation mal appréciée par l’AFCF et S.O.S. Esclaves qui estiment que ces derniers doivent être évacués sur Nouakchott pour qu’ils puissent être soignés convenablement. 

Ces deux organisations de défense des droits ont par ailleurs noter la gravité qui entoure de tels incidents en faisant relever que les ‘autorités ont placé des forces de sécurité qui se nourrissent directement sur les biens de ces populations’ tout en assimilant cette pratique digne à l’époque coloniale. 

 

Pratiques esclavagistes : Un enseignant monte au créneau 

 

Il s’appelle Abdou Ould Isselmou. Né en 1973 à Sélibabi, il enseigne depuis 7 ans et  servait dans la localité de Tokomadji. Sa prise de position sur des cas de pratiques de pratiques esclavagistes lui a valu aujourd’hui les coups de foudre des autorités locales qui ont décidé de le suspendre de ses fonctions d’enseignant pour seul motif qu’il voulait dénoncer ces cas de pratiques esclavagistes. Son unique tort, c’est d’avoir remarqué que des enfants, en âge d’aller à l’école, étaient utilisés comme esclaves. Pour le contraindre à l’échec, une campagne d’intimidation a été orchestrée par la gendarmerie avec la complicité des autorités locales au niveau des familles des enfants pour nier toutes les assertions d’Abdou Ould Isselmou. Une enquête a été ouverte dans ce sens pour essayer de clarifier  les thèses soutenues par cet enseignant faisant allusion à l’existence de cas de pratiques esclavagistes dans cette localité du pays. Cette situation semble inquiéter les organisations de défense des droits de l’homme. «Nous pensions que l’Etat a pris cette loi criminalisant l’esclavage de bonne foi et que les autorités veulent vraiment appliquer la loi. Si cette affaire se confirme, nous aurons l’impression que nous sommes rentrés dans une situation de duperie et qu’on veut tout faire pour que personne ne puisse avoir des preuves que l’esclavage existe », a déploré Boubacar Messaoud qui a laissé entendre qu’ «on cherche à apeurer les victimes pour qu’ils ne puissent pas se plaindre ». 

 

La famille feu Salimou Ould Khader 

 

A ce propos, deux sit-in de soutien a organisé par l’Association des Femmes Chefs de Famille devant le ministère de l’intérieur afin que le problème soit pris en charge par les autorités. En effet, depuis quelques mois, cette famille a lancé un appel de détresse mais jusqu’à présent, il n’y a rien de nouveau. Le wali à l’origine de cette affaire est toujours en poste à Kiffa. 

Par rapport à tous ces cas, l’Association des Femmes Chefs de Famille, Conscience et Résistance et S.O.S. Esclaves ont dénoncé la lenteur, le laxisme et la complicité des autorités dans ces cas. 

 

Les précisions de Boubacar Messaoud 

 

«Je suis un militant des droits de l’Homme. Je sais ce que je dis et qu’on ne retienne de moi  ce que j’ai dit », a souligné Boubacar Messaoud faisant allusion à une question posée par un journaliste relatif aux assertions de Abdoul Ould Isselmou sur l’existence de cas de pratiques esclavagistes dans la localité de Tokomadji. «Si effectivement, cela s’est passé comme ça,  nous nous trouvons dans une situation nouvelle qui n’est pas celle que nous avions espéré. Aujourd’hui, nous attendons que la loi soit appliquée de manière effective. Si elle n’est pas appliquée et ce qu’on vient de nous révéler s’avère exact, nous nous rendons compte que cette loi est faite pour poursuivre les militants anti-esclavagistes plutôt que de poursuivre ceux qui pratiquent l’esclavagisme. Il y a   certaines choses que nous n’endosserons pas. Nous ne sommes pas ici avec un discours de violences. Nous sommes venus avec un discours de droits de l’homme et nous ne nous engageons pas à attaquer qui que ce soit et à répondre par la violence. Nous nous engageons à militer et à aller en prison pour nos idées et les principes pour lesquels nous sommes mobilisés. » 

Les esclaves, c’est connu, n’ont pas droit à l’Etat civil. C’est un tort et une infraction aux yeux de Boubacar Messaoud. Ce dernier, toujours égal à lui-même, n’a pas manqué de signifier que les autorités surtout locales ne leur donnent pas souvent l’occasion de vérifier la véracité des cas de pratiques esclavagistes. 

 

Situation actuelle des droits de l’Homme en Mauritanie 

 

En réponse à une question relative à la situation actuelle des droits de l’Homme en Mauritanie, Boubacar Messaoud, président de S.O.S. Esclaves soutiendra que ‘la situation est meilleure que celle que nous avons connue sous Maouiya et pendant la transition’. Pour appuyer ses affirmations, il citera par exemple la création de la Commission Nationale des Droits de l’Homme qui sillonne périodiquement tout le pays et fait des rapports réguliers sur la situation des droits de l’homme en Mauritanie. Mais, selon lui, il n’est pas encore l’heure d’applaudir et que tout dépendra de la bonne volonté que manifesteront les autorités dans le traitement des dossiers relatifs aux violations des droits de l’Homme. 

Pour la présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille Aminétou Mint Ely Moctar, l’impunité continue toujours de sévir dans notre pays. Pour preuve, elle cite les cas d’injustices ou de violations des droits de l’homme dont elle est souvent saisie. Les organisations de défense des droits de l’homme, selon elle, souffrent beaucoup de cette impunité. 

«On n’a pas constaté aucun changement de l’attitude des pouvoirs publics vis-à-vis des traitements des questions des droits de l’homme », estime Birame Ould Dah qui pense que rien n’a évolué. «Le même système perdure », conclut-il. 

Présent à cette conférence de presse pour réaffirmer son soutien inconditionnel aux ONGs qui luttent contre les violations des droits de l’homme en Mauritanie, Mohamed Lemine Ould Dadde, président de Conscience et Résistance a affirmé qu’ «il y a eu certes des lois, des tolérances et des avancées » mais «l’administration qu’elle soit centrale ou territoriale continue toujours à pratiquer les mêmes méthodes ». 

La corruption, le racisme et les violations des droits de l’Homme, sont des motifs, selon lui, de continuer, quel que soit le régime en place, le combat pour la justice et l’égalité entre tous les citoyens mauritaniens. 

Pour que la Mauritanie soit citée parmi les exemples de démocratie, il faut que les pouvoirs publics respectent  d’abord les lois et non pas le contraire. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

   

  

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