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( 24 mars, 2008 )

Acte 2 de la phase de rapatriement: Les déportés de la wilaya du Brakna retournent à la terre et au sang!

Située au sud de la Mauritanie, Boghé, une ville frontalière avec le Sénégal, séparé seulement de quelques 70 mètres par le fleuve Sénégal, est à moins de 350 km de Nouakchott. Au bord du fleuve- à Boghé, il n’y a pas d’embarcadère ni de quai- dans le quartier de Boghé Escale, des centaines de personnes attendent d’un moment à l’autre les déportés mauritaniens venant de Ndioum, une ville du Sénégal, frontalière aussi avec la Mauritanie dans le cadre du rapatriement volontaire.

Dès les premières heures de la matinée, les populations de Boghé ont pris d’assaut les berges du fleuve où étaient aménagées pour la circonstance des tentes qui devenaient de plus en plus trop exiguës au fur et à mesure qu’elles affluaient. Et pour parer à toute éventualité, toutes les dispositions nécessaires furent prises par l’ALPD, l’ONG chargée de l’organisation, de l’accueil et de l’installation des déportés dans leur site.

«Nous avons mis toute la logistique en place, rassure monsieur Mohamed Lemine Bakayoko chef d’antenne de l’ALPD(Brakna et Trarza). Toutes les pirogues sont en place accompagnées de femmes pour aider les enfants avec des besoins spécifiques et équipées de gilets de sauvetage. Nos camions sont en place en attendant la traversée pour acheminer les déportés vers la maison des jeunes pour remplir leur formalité. »Aucun incident ne fut enregistré au cours de la traversée qui a duré plus de deux heures. Pas de doute non plus ni de crainte de la part de l’ALPD qui affichait une bonne mine ce dimanche 23 mars. 

L’ambiance était festive. Il y avait les familles qui étaient venues accueillir leurs frères, leurs sœurs, leurs parents. «C’est la joie extrême, confie Dioum Ciré responsable de l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme à Boghé venu accueillir lui aussi les déportés. Tout le monde est là. Aujourd’hui, grâce à la volonté du chef de l’Etat, le retour des déportés est devenu une réalité. » Et de demander aux autorités d’assurer le suivi du retour des déportés autrement dit les rétablir dans leurs droits : logement, éducation, santé…

En attendant, la fête continue toujours sous un soleil de plomb. Dans la foulée, les déportés rentrés en 1995. Parmi eux : Amadou Sow dit Demba Gaye. Pour ces gens-là laissés en rade, rien encore n’a été prévu jusqu’au moment où le ministre de l’Intérieur prononçait son discours. «Nous souhaitons vraiment que notre cas soit réglé », plaide-t-il. Doléances bien captées par Yall Zakaria puisque dans son discours, il annoncera un certain nombre de dispositions qui seront prises dans ce sens. 

La joie, la tristesse, l’émotion étaient au rendez-vous idem les pleurs et les larmes. Dans ce tohu-bohu indescriptible, certains déportés ont accompli deux rakats surrogatoires pour rendre gloire à Allah, le Tout Puissant. Une image très forte ! La venue des déportés mauritaniens est toujours un moment de temps fort qui ne laisse personne indifférente. 

«C’est épatant de voir des citoyens revenir dans la joie et l’allégresse dans leur pays après tant d’années d’endurance à l’étranger…», lâche un habitant de Boghé sous le coup de l’émotion en voyant les déportés descendre des pirogues. Non loin, d’autres regardent et contemplent les déportés. «C’est la consécration de l’orientation du Président de la République, souligne Abdoulaye Mamadou Ba conseiller à la présidence de la République.

C’est l’apogée de la réalisation d’une partie très importante du programme du Président de la République qui a tenu à ce que justice soit rétablie par rapport à ce qui s’était passé en 1989. La Mauritanie ira dorénavant de l’avant avec une citoyenneté bien rétablie pour nos compatriotes qui ont vécu à l’étranger. C’est aussi le signe que l’Etat de droit est en train de s’enraciner davantage dans notre pays pour le bonheur des mauritaniens, pour le futur du pays et de son développement. » 

C’est sous le crépitement des flashs, des ovations, des rythmes de tam-tam et de chants que les déportés ont été accueillis. Jus, biscream, eau minérale, boisson, gâteaux…Tout a été prévu contrairement à Rosso. Cependant, l’ALPD, chargée par ailleurs de l’organisation et de l’accueil des déportés a eu d’énormes problèmes : problèmes de coordination, d’organisation et surtout d’espace… 

Au demeurant, toutes les autorités concernées par ce rapatriement ont été mises à contribution pour que ce retour se déroule dans de très bonnes conditions. Pour ne pas omettre ou commettre les mêmes erreurs lors de la phase test de rapatriement qui s’était déroulée à Rosso le 29 janvier dernier, les points ont été mis sur les i.

«L’Etat a dévolu l’organisation de cette opération de retour et de réinsertion à l’ANAIR qui est en collaboration avec le H.C.R. Ces organismes prendront en considération toutes les observations et je suis sûr que des solutions seront trouvées le plus rapidement possible par rapport à toutes les doléances qui auront été posées par nos compatriotes », a assuré Abdoulaye Mamadou Ba conseiller à la présidence de la République faisant allusion à l’utilisation de tentes pour subroger les bâches où il fait excessivement chaud pendant la journée.   

Ouvrant la cérémonie officielle, le maire de Boghé Ba Adama Moussa et membre de l’union des Forces de Progrès, a esquissé son discours par un retentissant : «Chers compatriotes rentrés aujourd’hui de déportation, je vous salue et  je vous souhaite la bienvenue dans votre chère patrie la Mauritanie et dans votre ville Boghé… » suivi d’ovations des populations. 

«Personne n’ignore les conditions inhumaines dans lesquelles vous aviez été déportés et les difficultés que vous avez enduré durant ces 20 dernières années… », rappelle-t-il en s’adressant aux déportés revenus, dit-il, grâce à la sagesse, à la persévérance, au courage et au patriotisme de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi dont la moindre allusion provoquait des salves d’applaudissements de la part des populations. 

En effet, la cérémonie de Boghé marquait le retour du 4ième groupe des déportés mauritaniens mais surtout le 1er groupe pour la Wilaya du Brakna. «La solution de ce problème hérité du passé ne se réduit pas tout simplement  à ouvrir la voie du retour, a précisé le directeur de l’ANAIR Moussa Fall, mais va au-delà vers la garantie d’une vie digne. » 

Dans ce cadre, l’Agence Nationale d’Appui et de Réinsertion des Réfugiés, pour couper l’herbe sous les pieds et éviter tout amalgame, a déjà entrepris pour cette première vague des déportés de la wilaya du Brakna un programme d’appui et d’accueil pour les  nouvelles familles dont chacune bénéficiera, dans le cadre de la dotation d’accueil, 700.000 Ouguiyas.

Et le directeur de l’ANAIR de saisir l’occasion pour divulguer les trois composantes du plan d’action de son agence. «D’abord, le plan d’accueil renforcé(PAR) qui consiste à réaliser des projets d’intérêts communs en faveur des populations d’accueil en général et des actions spécifiques et bien ciblées en faveur plus particulièrement des rapatriés de 96-97 et 98 et des muçafirines qui étaient expulsés du Sénégal.

Une étude d’évaluation rapide de ce programme a été engagée en partenariat avec l’Université d’Arizona et des équipes conjointes de nos deux institutions qui sillonnent actuellement les différentes régions ciblées. Cette étude sera soumise après sa validation par le gouvernement à l’appréciation des partenaires techniques et financiers.

Ensuite, nous avons engagé le plan d’action de l’ANAIR qui comporte un plan d’insertion durable qui vise à assurer une cohabitation harmonieuse et  durable des populations dans les différentes wilayas d’accueil des rapatriés. La réussite de ce programme permettra à terme de renforcer nos capacités et de surmonter les défis de l’insuffisance de la production agricole et de l’insécurité alimentaire de notre pays.

Une dernière composante du programme de l’ANAIR vise les rapatriés revenus en dehors de l’accord triparti. Mais comme l’a si bien dit le Président de la République, la sagesse nous recommande d’ordonner les priorités, de commencer par rétablir dans leurs droits ceux qui ont subi l’injustice de la part de leur pays et de créer une atmosphère qui nous aidera à faire face à l’ensemble des problèmes avec davantage d’unité, de fermeté et de capacité. » 

Bien sûr, le H.C.R. a été de la partie. Son représentant à Nouakchott, Didier Laye, a tiré un chapeau aux autorités du Brakna pour leur soutien enthousiaste, rapide et efficace. «Sans quoi, cette opération n’aurait pu avoir lieu dans les conditions que nous voulions c’est à dire de rapidité mais surtout de confort et de dignité pour les personnes qui rentraient », soutient-il visiblement satisfait aussi de la volonté du Président de la République, du soutien de la communauté internationale et du désir des déportés de retourner chez eux. 

Depuis le début du rapatriement, plus de 900 personnes sont revenues volontairement. Pour ce qui concerne la wilaya du Brakna, deux autres rapatriements sont prévus ce 25 et 27 mars courant. «Nous allons continuer les rapatriements et maintenir la cadence », a promis Didier Laye même en dépit des tergiversations, des interrogations et des limites du H.C.R. 

Quant au représentant des déportés, Abdou Roudou, il a essentiellement centré son laïus sur le pardon et la tolérance en faisant savoir qu’ils sont fiers de retourner à leur pays d’origine sans regret ni rancœur. 

C’est sous un soleil qui tapait si fort que le ministre de l’Intérieur Yall Zakaria, en convalescence, a prononcé son discours : «Bismillah, Bismillah, Bismillah. » Avec ce retour, «une page se tourne, dit-il, un jalon dans la restauration et la consolidation de l’unité nationale » ; l’administration et l’Etat accompagneront les déportés dans leur réinsertion de la vie active nationale. 

A la tête d’une très forte délégation(ambassadeurs d’Espagne, des Etats-Unis et d’Allemagne, de la Représentante du système des nations unies en Mauritanie), le ministre de l’Intérieur a fait savoir que la volonté politique du gouvernement mauritanien de résoudre le problème des déportés mauritaniens est évidente et  réelle. 

«Tous les gages de sincérité ont été donnés et tous les mécanismes d’encadrement de l’accueil des réfugiés sont aujourd’hui opérationnels et donnent entière satisfaction », estime Yall Zakaria en donnant l’exemple de la Commission Nationale d’Identification des Réfugiés et ses antennes régionales et locales qui fonctionnent, selon lui, de manière satisfaisante. 

Dans le cadre des premiers mouvements de rapatriements, une équipe de l’université d’Arizona sera bientôt au Brakna pour la collecte des données pertinentes pour la formulation d’un programme cohérent et intégré de développement au profit de tous les rapatriés et de tous les muçafirines et des populations des zones d’accueil.

L’enjeu de ce programme est de taille : répondre aux sollicitudes des rapatriés, réaliser ou rétablir des infrastructures de base, formuler des projets d’insertion dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage et d’activités génératrices de revenus… «L’échec et les dysfonctionnements ne sont pas permis », a déclaré le ministre de l’Intérieur Yall Zakaria. «Cette phase d’insertion des rapatriés est cruciale et requière une forte mobilisation des pays amis et des partenaires au développement », reconnaît-il. L’objectif étant de créer par ailleurs les conditions d’un développement harmonieux et solidaire. 

Le lancement des opérations de retour et d’insertion des déportés au Brakna marquait la phase d’accélération du processus de rapatriement. Les autorités administratives régionales et départementales ont été engagées par le ministre de l’Intérieur pour la réussite de ce projet si cher au Président de la République. 

Moins de 300 personnes furent concernées par cette phase : elles bénéficieront des programmes d’urgence de l’ANAIR, de l’appui du H.C.R. et du P.A.M. dans leurs sites. Elles recevront aussi leurs pièces d’état civil et leurs cartes d’identité nationale comme l’a assuré le ministre de l’Intérieur Yall Zakaria, dans le respect des lois et règlements du pays. 

Toutes ces personnes ont été installées à Boinguel Tchilé, leur village d’origine situé à quelques 15 minutes de Boghé, où 85 tentes sont aménagées par le H.C.R. Cette localité rasée durant les événements de 1989 ne donne pas aujourd’hui l’image qu’elle fut habitée en y mettant les pieds tellement qu’elle ressemble à un cimetière. 

Babacar Baye Ndiaye 

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