• Accueil
  • > SOCIETE
  • > Birame O. Dah: »Radio Mauritanie a tendance à faire perpétuer les instincts pro-esclavagistes »
( 24 mars, 2008 )

Birame O. Dah: »Radio Mauritanie a tendance à faire perpétuer les instincts pro-esclavagistes »

Dans un entretien exclusif accordé au Rénovateur Quotidien, Birame O. Dah, membre de S.O.S. Esclaves et de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, a fustigé l’attitude passive et même complice de l’administration territoriale, de la police judiciaire, de la justice et surtout des médias officiels plus particulièrement Radio Mauritanie qui perpétue, selon lui, les vieux instincts pro-esclavagistes. 

 

L’esclavage reste encore une tare fortement ancrée dans la société mauritanienne. Malgré une loi qui a été votée, il continue de subsister. La preuve, les organisations de défense des droits de l’Homme et notamment les anti-esclavagistes sont régulièrement saisies et assaillies par les victimes de cette pratique ringarde. La dernière en date : Haby Mint Rabah. Née en 1973, elle ressemble maintenant à ces vieilles femmes du Darfour fuyant la terreur et la misère. 

Véritable cas de pratique esclavagiste, les autorités de la wilaya du Trarza en premier lieu le wali, monsieur Abdallah O. Mohamed Mahmoud, ont nié le fait que Haby Mint Rabah eut été esclave de Abdallahi O. Moctar. «Lorsque ce problème leur a été posé, ils ont affirmé que c’est un faux problème d’esclavage et une dénonciation fausse et mensongère », rapporte Birame O. Dah qui a fait savoir parallèlement que le comportement du wali du Trarza prouve bel et bien que certaines autorités du pays continuent à narguer la loi en refusant son application. Birame O. Dah signe et persiste avec des allégations à l’appui que ce dernier continue de jouer le jeu des esclavagistes. Assumant entièrement ses propos, il n’y est pas allé par quatre chemins pour dénoncer le manque de collaboration franche et sérieuse du wali du Trarza sur ce cas d’esclavage avéré. 

A la suite d’un ordre de mission et d’un mandat ordonné par la Commission Nationale des Droits de l’Homme, Haby Mint Rabah a pu être libérée du joug de son maître, Abdallahi O. Moctar, malgré des écueils rencontrés : la gendarmerie n’a pas été compréhensive. Et pourtant, la loi est sans équivoque là-dessus : lorsqu’il y a présomption de crime(l’esclavage relève du crime de droit commun), le ministère public et la police judiciaire doivent immédiatement enclencher une procédure d’enquête qui doit mettre les choses au clair. Actuellement, l’enquête est entre les mains de la Gendarmerie Nationale de Méderdra. En attendant qu’elle détermine la véracité d’actes ou pratiques esclavagistes de la part de son maître, Haby Mint Rabah vit dans la maison de Birame O. Dah à PK. Par rapport à l’affranchissement économique des esclaves, rien a été encore fait par le gouvernement pour soutenir les esclaves. «Il y a plusieurs esclaves chez moi, rencarde Birame O. Dah, alors que je ne suis qu’un simple fonctionnaire très modeste. J’ai un salaire qui ne peut même pas me faire vivre avec ma famille. Nous sommes obligés, avec les militants des droits de l’Homme, par des cotisations, de prendre en charge des familles ou des personnes qui sont libérées de l’esclavage. » 

Toujours, dans le cadre de l’affranchissement économique des esclaves, le gouvernement a promis 6 milliards d’ouguiyas. Cet argent, pense Birame O. Dah, doit servir à prendre en charge les esclaves et non pas à remplir les poches des maîtres-esclaves. En outre, constatant que la fondation KB est très impliquée dans la lutte contre la réduction de la pauvreté, qu’elle fait des activités de bienfaisance, il a lancé un appel à la dite fondation et notamment à sa présidente de se tourner vers les victimes de l’esclavage qui sont en grande majorité des femmes. «On se demande, s’interroge-t-il, pourquoi les femmes esclaves qui sont libérées du joug de l’esclavage ne bénéficient pas de l’aide de cette fondation ? » 

Concernant l’éradication de l’esclavage, ce n’est pas seulement l’administration territoriale, la police judiciaire ou la justice qui traînent les pieds, il y a également les médias officiels comme Radio Mauritanie. Sur un ton corrosif, Birame O. Dah a accusé cette dernière de perpétuer les instincts esclavagistes. Dur aussi, il a été avec Horizons à qui il a récriminé son refus de donner la parole à certaines personnalités, mouvements et organisations anti-esclavagistes. 

Cette attitude de rétraction de ces deux médias officiels, pense-t-il, montre parfaitement qu’ils perpétuent encore les méthodes de l’ancien régime. «A longueur de jour et de nuit, ils font des tables rondes qui s’orientent vers la négation de l’esclavage et le manque de sensibilisation », constate-t-il. «Radio Mauritanie est en train d’enraciner la culture négationniste et la culture esclavagiste », poursuit-il tout en demandant aux autorités de révoquer le directeur actuel de Radio Mauritanie et ses collaborateurs qui perpétuent la confusion sur l’esclavage mais aussi de s’attaquer à la phase d’affranchissement économique des esclaves qu’il estime le plus important car sur ce point, beaucoup d’équivoques restent à lever. Les esclaves, du fait de leur analphabétisme et leur manque d’information, ignorent carrément la teneur de la loi sur l’esclavage ni des orientations de l’Etat sur cette pratique. Là aussi, Birame O. Dah n’a pas mâché ses mots. Il a indexé Radio Mauritanie de ne pas jouer véritablement son rôle dans la campagne de sensibilisation contre l’éradication de l’esclavage. Pour lui, Radio Mauritanie est une radio qui promeut la culture esclavagiste. «Radio Mauritanie est restée une radio esclavagiste, une radio qui continue à rabattre les citoyens par un négativisme inlassable de l’esclavage. » 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

  

Pas de commentaires à “ Birame O. Dah: »Radio Mauritanie a tendance à faire perpétuer les instincts pro-esclavagistes » ” »

Fil RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

|