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( 24 mars, 2008 )

Elections : on en parle de plus en plus mais auront-elles ?

Un an après l’élection de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi à la magistrature suprême du pays, des voix s’élèvent de plus en plus  fortement  pour demander l’organisation de nouvelles élections législatives, sénatoriales et municipales. Mais le Président de la République, connu pour son ouverture d’esprit, va-t-il accorder du crédit à ceux qui réclament, becs et ongles, la tenue de ces nouvelles élections ? Va-t-il céder si la pression devient de plus en plus visible et lisible ?

Les circonstances actuelles permettent-elles véritablement d’envisager ou de s’engager sans biscuit dans une telle entreprise sérieuse qui exige beaucoup de mobilisations financières et des ressources humaines considérables en terme de supervision et de déploiement sur le terrain ?

Le budget de l’année en cours ne prévoit pas cela ou ne l’a pas prévu. Admettons par exemple, que la Mauritanie décide d’organiser de nouvelles élections législatives, sénatoriales ou municipales, où alors va-t-elle trouver tout l’argent nécessaire ? Certainement, ce n’est pas avec les recettes de la SNIM !

Tenir des élections dans de telles circonstances ne serait pas forcément un signe de reculade mais une preuve de donner à chaque parti politique ou chaque mauritanien qui le désire sa chance d’être représenté à l’assemblée nationale, au sénat et dans les communes.

Mais là, ne se situe pas la véritable inquiétude et la suspicion. Nous savons tous que les élections sont toujours l’occasion bénie et rêvée pour le pouvoir parce qu’il a à sa disposition toutes les mannes financières du pays, de gaspiller, de dilapider et de distribuer sans sourciller et comme bon lui semble des billets de banque à flots.

Laissant de côté toute considération politicienne ou d’ordre politique, on peut penser que de telles élections feraient aboutir ou donneraient naissance à une nouvelle réalité ou recomposition de la scène politique et à une configuration plus réelle et plus expressive de notre landerneau politique.

Dans ce cas, chacun pourra y trouver son compte notamment les partis politiques comme l’AJD/MR de Ibrahima Moctar Sarr qui a engrangé plus de 8% de l’électorat durant les élections présidentielles de février 2007 à l’issue de laquelle, il s’était positionné 4ième derrière Zéine Ould Zéidane, Ahmed Ould Daddah et Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallah. Et devant Mohamed Ould Maouloud !

Si on arrivait à tenir de telles élections, ce serait véritablement un précédent dans l’histoire politique de la Mauritanie. Mais à vrai dire, est-ce qu’organiser des élections législatives, sénatoriales ou locales est une nécessité urgente ?

D’un point de vue rationnel, il n’y a aucune obligation à prendre cette option. Mais d’un point de vue politique, et surtout avec la nouvelle configuration de la scène politique marquée par l’entrée en jeu du PNDD, de l’AJD/MR et d’autres partis politiques récemment autorisés par le ministère de l’Intérieur, ce serait une hypothèse plausible à ne pas écarter.

Dans ce registre, des partis politiques comme l’AJD/MR d’Ibrahima Moctar Sarr qui n’a aucun député à l’assemblée nationale, ni un sénateur et encore moins un conseiller municipal pourrait tirer profit d’une éventuelle organisation d’élections législatives, sénatoriales ou municipales, vu le score non négligeable qu’il a réalisé durant l’élection présidentielle.

Même si certainement, les contextes ne sont pas les mêmes. Cette position stratégique lui a valu d’être  la force politique la plus courtisée du pays. Le PNDD, pour sa part, serait certainement favorable et pourrait même précipiter cette décision d’autant plus que les membres de ce parti commencent à envoyer des signaux  de contestation  à  l’action gouvernementale. Qu’à cela ne tienne ! Mais si c’est pour des raisons d’opportunisme ou d’intérêts gropusculaires, on ne voit pas pour quelles raisons devrait-on tenir de telles élections pour  une poignée de personnes avides de pouvoir.

Evidemment, toute la décision et toute la responsabilité revient au Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, qui est seul maître à bord et à qui il est libre de décider  ou non de l’organisation  de ces élections anticipées que réclament de plus en plus des partis politiques qui fondent leur position sur la situation actuelle qui prévaut dans le pays.

La création du PNDD pourrait être un élément moteur dans la tenue de nouvelles élections législatives, sénatoriales et municipales. Ce ne serait pas donc surprenant qu’on se réveille un bon jour en apprenant la dissolution de l’assemblée nationale, du sénat et des collectivités locales  pour servir le desiderata de lobbies. Ce ne sont pas les procédures ou les techniques qui manquent souvent dans ces genres de situations. Tellement que nos politiciens sont doués qu’ils ne manqueront pas  d’user  toutes les astuces et de tous les subterfuges les plus extravagants pour arriver à leur fin.

Les cadres du PNDD pourraient faire avaler leur pilule au Président. Mais comme Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a toujours ‘refusé’ ou fait savoir que le ‘Pacte National pour la Démocratie et le Développement’ n’était pas son parti, on verra bien s’il en est toujours ainsi. Et cautionner cela, signifierait le contraire. Et comme on le sait, on ne peut gouverner qu’avec ‘sa’ majorité pour esquiver une cohabitation parfois très difficile. Compte tenu surtout du fait dans nos pays que nos ‘gouvernants’ ne sont pas souvent habitués à ce genre de situation parfois exécrable et insupportable à gérer.

Il est certain qu’organiser des élections nouvelles serait coûteux pour notre pays. Compte tenu aussi de la dèche qui frappe notre trésor public.  La Mauritanie peut-elle se permettre le luxe d’organiser de nouvelles élections en l’espace d’une année ? Plus qu’un précédent, l’organisation de ces élections signifierait la fin des ‘indépendants’ sans étiquette et appartenance politique pour quelques-uns d’entre eux.

En cas d’élections, quel parti politique en profitera. C’est vrai que les ‘indépendants’ sont majoritaires à l’assemblée nationale, au sénat et dans les communes. Mais, en cas d’élections, est-ce que ce sera la même coloration ? Rien n’est moins sûr !

Aujourd’hui, ceux qui réclament la démission du gouvernement de Zéine Ould Zéidane demandent par la même occasion l’organisation de nouvelles élections. Notamment la coalition Mithaq El Wihda qui regroupe 23 partis politiques.

Au cas où il serait démis de ses fonctions de Premier ministre, ambitieux qu’il est jusque dans l’âme, Zéine O. Zéidane ne mettrait pas du temps lui aussi pour créer son propre parti politique qui refléterait sa vision politique et se lancer dans la perspective électorale.

On sait parfaitement que rien ne lie Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et Zéine Ould Zéidane en termes politiques. Donc, pour ne pas mourir ‘politiquement’, il serait astreint de forger son parti politique. Reste à savoir maintenant : quand aura-t-il lieu ?

Déjà, certains partis politiques se sont situés dans une logique de campagne préélectorale. Ils commencent à étendre leurs bases, à multiplier les contacts avec leurs militants, à sillonner le pays. Comme pour cautionner les rumeurs faisant état  de l’organisation de nouvelles élections, le Ministère de la Décentralisation et de l’Aménagement du territoire a catégoriquement démenti de telles informations. Une rumeur étant toujours une sorte de sondage auprès de l’opinion, on verra bien si le pouvoir va tenir en compte les exigences du moment.

En termes de suffrage, des partis politiques comme l’Union des Forces de Progrès et l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/ Mouvement pour la Rénovation, chassent sur le même terrain politique. Surtout qu’après le vote du statut de l’opposition, ces deux formations politiques se regardent en chiens de faïence.

Babacar Baye Ndiaye 

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