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( 30 mars, 2008 )

Boubacar Messaoud, président de S.O.S. Esclaves: »la loi sur l’esclavage ne porte pas d’effet parce qu’il y a eu une campagne de sensibilisation extrêmement faible et derrière laquelle, il y a une autre opérée par certaines administrations et par certaines autorités civiles et politiques qui font dire à tout le monde que l’esclavage n’existe pas »

Sous la pression de la classe politique et de la société civile, une loi criminalisant l’esclavage a été votée par l’Assemblée nationale et le sénat. Quelques mois après sa promulgation dans le journal officiel, son application effective et réelle pose encore problème. Pourquoi ? Où en est-on aujourd’hui avec la sensibilisation ? Que faut-il faire pour les esclaves et les victimes ? Boubacar Messaoud, président de S.O.S. Esclaves, apporte des réponses dans cette interview suivante. 

Le Rénovateur Quotidien : Le 8 juillet 2007, S.O.S. Esclaves a tenu une journée de concertation pour une stratégie d’éradication des pratiques esclavagistes en Mauritanie. La situation a-t-elle évolué ? 

Boubacar Messaoud : Il y a eu la loi sur l’esclavage qui a été promulguée et cette loi est un outil que nous avons toujours jugé indispensable. L’une des premières actions à mener contre l’esclavage, c’est de faire cesser l’impunité des crimes et délits d’esclavage. Nous pensons que c’est un bon pas par rapport à la question. 

Le Rénovateur Quotidien : C’est une satisfaction entière ou à moitié ? 

Boubacar Messaoud : Non ! C’est juste le premier acte. Maintenant, par rapport à la loi, nous estimons que c’est un acte positif même si elle a des insuffisances. Nous pensons qu’elle n’est pas en elle-même une fin en soi : elle demande des mesures d’accompagnement très importantes pour qu’elles puissent produire l’effet escompté. En ce qui concerne la loi elle-même, nous disons qu’elle est intéressante. C’est la preuve que l’opinion nationale et ceux qui nous gouvernent reconnaissent aujourd’hui- avec beaucoup d’hésitations et du bout des lèvres- qu’il y a des pratiques esclavagistes dans ce pays. L’esclavage a toujours été nié et occulté. Avec cette loi, c’est un élément d’une reconnaissance de fait : dorénavant on peut attaquer devant la justice quelqu’un qui pratique l’esclavage. Mais la plus grande insuffisance dans la loi, c’est le refus de donner aux organisations de la société civile notamment celles de défense des droits de l’homme de se porter partie civile. Car les esclaves totalement aliénés qui n’ont- comme toute leur vie durant – que la soumission et la résignation ne peuvent faire du tort à celui qu’ils ont toujours considéré leur maître et protecteur. 

Le Rénovateur Quotidien : Pourquoi ce refus ? 

Boubacar Messaoud : Ils (ceux qui ont voté la loi) ne veulent pas que les gens qui pratiquent l’esclavage soient poursuivis et sanctionnés. C’est une position grave de conséquences. Aujourd’hui, la loi a été votée, promulguée et publiée, mais nous avons soumis plusieurs cas devant les juridictions mais les victimes ont chaque fois déclaré qu’elles ne veulent pas se plaindre. Ce refus de se plaindre a souvent été suscité parce que l’esclave n’étant pas habitué à se plaindre. La plainte devrait aller jusqu’au bout pour faire comprendre à tout un chacun que l’esclavage n’est plus tolérer. S’il n’y a pas de plainte ou si celle-ci est retirée,  il n’y aura jamais de sanction et la loi n’aura jamais un début d’application car elle va tomber en désuétude comme les lois qui l’ont précédé. 

Le Rénovateur Quotidien : Depuis que cette loi a été votée, on n’a pas constaté de sanctions alors que de jour en jour les Organisations de défense des droits de l’homme, comme S.O.S. Esclaves,  sont régulièrement saisies par des victimes ? 

Boubacar Messaoud : Pour qu’il y ait sanction, il faut qu’on puisse déposer une plainte. Nous, nous avions demandé à avoir le statut de partie civile. Si nous avions le statut de partie civile, quand bien même le plaignant retire sa plainte où ne se plaint pas, nous, nous pourrions continuer l’action et porter plainte. A ce moment là, nous aurions déjà, les effets escomptés sur les poursuites. En fait, la pratique de l’esclavage est une normalité dans notre société. La loi a été faite pour punir cette pratique et la rendre anormale et dangereuse pour ceux qui continuent à s’y adonner. Pour que cette loi puisse circonscrire l’esclavage ou avoir un effet dissuasif réel, il faut qu’elle puisse être appliquée sur des contrevenants. Souvent, les autorités demandent à ce que l’esclave prouve lui-même qu’il est esclave. La loi sur l’esclavage ne porte pas d’effet parce qu’il y a eu une campagne de sensibilisation extrêmement faible et derrière laquelle, il y a une autre opérée par certaines administrations et par certaines autorités civiles et politiques qui font dire à tout le monde que l’esclavage n’existe pas. Nous avons une société civile et des organisations de défense des droits de l’Homme qui sont là pour faire des enquêtes, suivre le problème et aider à faire ressortir au grand jour le monstre. Nous sommes dans une société où la remise en cause de l’esclavage sur le plan des principes n’est pas encore réellement suffisante. Les gens ne sont pas éduqués contre l’esclavage : ils estiment que c’est une normalité. Déjà, le fait de quitter son maître sans son affranchissement et son consentement est grave pour eux et réprouvée par la morale sociale.    

Le Rénovateur Quotidien : A l’état actuel des choses, vous ne pensez pas qu’on devrait réévaluer la loi sur l’esclavage et les pratiques esclavagistes puisqu’elle a décelé beaucoup de lacunes et d’équivoques ? 

Boubacar Messaoud : Nous pensons plutôt que cette loi devrait être modifiée et donner aux organisations de défense des droits de l’homme spécialisées dans la lutte contre l’esclavage la capacité de se porter partie civile. Actuellement, la loi ne prévoit qu’une seule chose : l’assistance. C’est ce que nous faisions avant la loi. Ça, c’est une insuffisance : par rapport à une loi qui doit être mise en pratique dans une société réfractaire à ce genre de loi. Au moins, cet aménagement aurait été nécessaire. C’est le handicap que l’on rencontre aujourd’hui pour traduire devant les juridictions et sanctionner des personnes pour crimes ou délits d’esclavage. 

Le Rénovateur Quotidien : Le gouvernement n’a pas encore mis en place une structure d’accueil et de prise en charge des esclaves pour leur fournir assistance. Qu’en pensez-vous ? 

Boubacar Messaoud : C’est que la loi elle-même ne suffit pas. Quand bien même elle serait parfaite, elle ne suffit pas. Il faut qu’il y ait des structures, une politique et un ensemble d’actions et de mesures susceptibles de permettre à ces esclaves de s’insérer dans la vie économique et sociale. C’est une demande incontournable et objective. Aujourd’hui, les esclaves qui ont quitté leurs maîtres ont toujours des difficultés à s’insérer dans la vie indépendamment de leurs maîtres. Les autorités n’ont pas encore mis en place un système qui puisse prendre en charge ces gens-là et une structure d’accueil et d’insertion est nécessaire. Il devrait y avoir -et c’est là où je suis d’accord avec vous -une structure officielle vers laquelle la victime de pratiques esclavagistes qui veut se plaindre puisse trouver assistance. Il y a dans la loi sur l’esclavage un article qui stipule que les autorités judiciaires, policières et/ou administratives  qui refuseront de prendre en considération la plainte et la démarche de l’esclave doivent être poursuivis. Cette structure officielle serait compétente pour dénoncer et faire poursuivre les autorités pour manquement au droit. Mais qui est habilité à les poursuivre et à les dénoncer à part une autorité légale, compétente et reconnue comme telle ? Aujourd’hui, cette situation n’est supplée que par la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH). Mais nous voulons une autorité spécifique à l’esclavage. 

Sur le plan économique, ce qu’il faut faire c’est : une fois qu’on a déterminé le profil des victimes, il s’agira de développer des projets spécifiques à chacun pour l’insertion sans rupture avec leur propre milieu d’origine. Pour les anciens bergers : développer des projets d’élevage en mettant à leur disposition du bétail pour pratiquer à leur propre compte l’élevage. Pour les paysans agriculteurs, il faudra leur donner totalement ou partiellement la terre qu’ils ont toujours cultivé en propriété. En milieu urbain, leur dispenser l’éducation et l’enseignement professionnel et développer parmi ces couches des activités génératrices de revenu et le micro-crédit. Mener une politique de discrimination positive à leur profit dans l’accès à l’emploi et aux bourses d’études. Tout ceci constitue de vastes programmes qui demandent au minimum la mise en place d’une Agence Nationale pour l’Eradication de l’Esclavage et ses Séquelles. 

Nous pensons qu’il est nécessaire que les terres cultivables réputées appartenir à l’Etat mais qui sont sous la coupe et la houlette des tribus soient redistribuées et que la réforme foncière de 1983 soit réellement mise en application. 

Il y a également l’éducation. Les esclaves sont laissés-pour-compte depuis toujours. Ceux qui arrivent à accéder à l’école sont toujours des exceptions. Le retard de ce coté est immense. Comment combler ce retard ? Pour le réussir, il est nécessaire qu’une politique de développement des écoles dans les ‘Adouabas’ (villages de haratines) soit réelle.   

Le Rénovateur Quotidien : Par rapport au travail des enfants, d’ailleurs de graves violations concernant les conventions sur le travail des enfants ont été constatées en 2005 par l’O.I.T., est-ce qu’il y a eu des améliorations ? 

Boubacar Messaoud : Je pense qu’il n’y a pas encore d’amélioration et il fait partie des problèmes de l’esclavage. Si on combat sincèrement l’esclavage avec cette loi sur l’esclavage, le travail des enfants peut reculer parce qu’il y a une loi sur la protection des enfants qui est encore plus grande et plus forte que la loi sur l’esclavage. Si elle est appliquée, le travail des enfants peut reculer voire disparaître. Mais elle n’est pas appliquée : tout un chacun considère que le travail des enfants est une normalité. La pratique esclavagiste en Mauritanie concerne essentiellement les femmes et les enfants. Les hommes sont surtout victimes des séquelles de l’esclavage. Pour ce qui concerne les enfants, ils travaillent et ne vont pas à l’école. Ils gardent les troupeaux, font les domestiques et puisent de l’eau. Ils vont rarement à l’école coranique. Ils ne font que servir. Les femmes également ont la contrainte de leurs enfants souvent partagés entre les familles des maîtres qui ont besoin de main d’œuvre servile. Le travail des enfants fait partie de notre culture et c’est un mal profond. Pour l’éradiquer, il faut d’abord l’interdire, mettre les enfants à l’école et aider leurs parents à se passer de leurs services. Les lois sont bonnes mais il faut prendre des mesures d’accompagnement qui permettront à ces lois de pouvoir être appliquées. Cela me paraît important dans l’évolution du travail des enfants car il fait partie des esclavages traditionnels que nous appelons l’esclavage par ascendance. 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

( 30 mars, 2008 )

Tahara Mint Hembara : Le Retour sur scène !

Tout a commencé en 1989 pour cette dame d’honneur lorsque au paroxysme des événements terribles entre la Mauritanie et le Sénégal nés d’un incident anodin entre agriculteurs sénégalais et éleveurs mauritaniens, elle a osé dire non ! Lever sa voix contre ce qui se passait ! Dire halte aux massacres et aux tueries qui commençaient à sévir dans les deux pays. «J’étais à Abidjan. Ça m’a révolté ! Ça m’a choqué ! Je ne m’y attendais pas du tout. Je ne m’imaginais pas une seule seconde de ma vie que le Sénégal et la Mauritanie puissent être des ennemis », confie-t-elle dans un accent grave montrant encore son amertume, son indignation et son écœurement. De cette période douloureuse,  elle en garde toujours des souvenirs regrettables et amers comme un comprimé de nivaquinine.  Et, aujourd’hui, presque vingt ans après, lorsqu’elle en parle, c’est comme si elle était marquée au fer rouge. «Je n’aime pas faire ma promotion sur des misères qui se sont déroulées à l’époque. Mais, c’est une époque que j’ai très mal vécue », avoue-t-elle avec une pointe de fausse modestie. Sa prise de position, son courage et son humanisme  lui valurent même des récriminations de la part de la communauté maure dont elle est issue, des menaces d’intimidation et de mort de la part de certains extrémistes. Cela, elle le paiera cher, trop cher même. «A Paris, se souvient-elle, on me téléphonait. On me harcelait. J’étais obligée de déménager en 1989. Et laissez-moi vous dire que déménager à Paris, ce n’est pas une sinécure. J’étais obligée de changer de numéro de téléphone. J’étais obligée d’aller dans un autre quartier puisqu’on me téléphonait tous les soirs pour me dire beaucoup de méchancetés que je ne vais pas débiter ici tout de même. Ils me disaient : ‘De quoi tu te mêles ?’, ‘Ça ne te regarde pas’… » Elle en souffrira beaucoup, réduite presque à l’anonymat et à la peur. 

 

La révolte contre l’arabisation 

 

La fin des années 70 verra le début de l’instauration de l’arabisation dans le système éducatif mauritanien. Elle faisait le collège. Là aussi, elle se révoltera voyant dans l’arabisation une manière évidente de marginaliser la communauté ‘négro-mauritanienne’. Elle sera l’une des rares mauresses à manifester contre cette décision passée comme lettre à la poste. «Je ne suis pas contre l’arabisation du système. Loin s’en faut et j’insiste. Mais brusque, je savais que ça lésait la partie négro-mauritanienne. »C’était la période des hommes de treillis ! «J’ai toujours été contre le régime des militaires puisqu’il n’y a pas de démocratie véritable », dit-elle. Ses relations avec les différents régimes qui se sont succédés furent exécrables et tendues. «Je défie quiconque de me sortir une image de moi, une chanson de moi, quelque chose de moi sous un régime militaire quelconque », lance-t-elle et de rajouter : «C’est dans les casernes qu’ils doivent être. J’aime beaucoup les militaires. Nous avons besoin de nos militaires : ce sont des fils de la nation. Nous avons besoin d’eux lorsque nous sommes menacés. Nous n’avons pas besoin de militaires dans les bureaux ni à la présidence encore moins dans un ministère.» 

Elle croit dur comme fer que tous les mauritaniens ne sont pas tous des extrémistes. Les massacres qui ont résulté des évènements de 1989, soutient-elle, est l’œuvre d’un régime militaire. «Et il ne faudrait pas que nos autres communautés (poular, soninké et wolof, NDLR) de ce pays croient qu’elles ont un problème avec une communauté (maure, NDLR). NON ! », préviesnt-elle. 

Elle regrette le fait que la Mauritanie n’ait pu jamais exploiter sa position stratégique de pays-passerelle entre le monde africain et le monde arabe. «C’est une force, pense-t-elle, mais nous en avons toujours fait une faiblesse jusqu’à présent. Pourquoi ? » 

 

‘Je ne suis pas la chanteuse du pouvoir’ 

 

Depuis le 19 avril 2007, la Mauritanie est dirigée par Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi. Tahara Mint Hembara qui a soutenu le programme politique de ce dernier durant sa campagne présidentielle, est optimiste puisque ce dernier a tenu toutes ses promesses. «Tout est en train de se mettre en place », dit-elle. Même si elle comprend dans une certaine mesure l’empressement des mauritaniens. «Par essence, l’être humain est pressé. Nous voulons tout, tout de suite. Ce n’est pas possible. Il faut donner du temps au temps », estime-t-elle. «Je pense que les choses s’acheminent vers le bien et que ça va aller de mieux en mieux. Si ça ne va pas, au vote prochain, on sanctionne les gens qui n’ont pas été à la hauteur. C’est tout. Où est le problème », poursuit-elle en faisant savoir qu’elle serait la première à sanctionner le pouvoir. 

Depuis quelques temps, Tahara Mint Hembara a le vent en poupe : célébration du 8 mars, invitée à la visite du président allemand Kohler, retour des déportés…Cette femme de l’Est semble être adulée par le pouvoir de Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi. Alors chanteuse du pouvoir ou non ? «Non, je ne suis pas la chanteuse du pouvoir. Absolument pas ! », se défend-elle. «J’ai été à coté des déportés puisque ce sont mes convictions, explique-t-elle. Je venais faire ce que j’avais fait il y a 20 ans. Il n’y a pas de raison que je ne sois pas là. Quand je suis venue au 8 mars, ce n’est pas le pouvoir. Le 8 mars, c’est la fête de la femme. Lorsqu’on m’a invité lors de la visite du président allemand, c’était avec un groupe d’artistes dont je faisais partie. » 

Bourrée d’idées à faire craquer n’importe qui, elle ne compte pas se ré-investir dans le combat politique. «Pendant longtemps, j’ai fait de la politique : je me suis battue. Maintenant, je préfère prendre un peu de recul par rapport à la politique », annonce-t-elle pour se consacrer à sa passion : la musique. «Je ne suis pas une artiste qui applaudit à l’aveuglette, assure-t-elle, et je ne suis pas non plus une artiste qui applaudit derrière des gens pour avoir quelque chose. » 

Aujourd’hui, celle qui a tout donné à son pays attend le retour de l’ascenseur. Mais, elle est à bout de souffle lorsqu’elle est cataloguée comme étant l’artiste du pouvoir. Elle qu’on a contraint à l’exil en lui empêchant de passer son baccalauréat tout simplement parce qu’elle défendait une cause noble. «Je suis l’artiste qui n’a jamais fait de promotion personnelle sur le dos d’une partie de la population, fulmine-t-elle comme pour se justifier. Je ne suis pas l’artiste d’un camp. Je suis l’artiste de tous les mauritaniens qui souffrent d’injustice. » 

Tahara Mint Hembara est l’une des rares femmes mauritaniennes à s’être inscrite à l’université de Sorbonne de Paris I. «Je n’ai pas pu pousser mes études à cause du fait qu’il fallait chanter le soir et terminer le matin. Je suis une petite nature. Je ne pouvais pas assurer tout cela. J’étais obligée de laisser tomber ma 3ième année. J’ai formé mon groupe composé de métisses. Nous avons sillonné l’Europe et nous avons commencé à gagner de l’argent », affirme celle qui se définit comme étant une citoyenne du monde. «Quand on est correct, intelligent, sympathique, bon : les gens vous acceptent. Je suis une femme qui a un casier judiciaire absolument vierge à mille pour cent en France. Partout où j’étais, je n’ai jamais eu de problème parce que je suis quelqu’un qui est respectueuse des valeurs humaines », rappelle-t-elle. 

 

Le destin d’une intellectuelle griotte 

 

Non seulement, Tahara Mint Hembara est une artiste mais aussi c’est une intellectuelle, une commerçante. Et surtout, une grande humoriste. «J’adore rire. Je peux passer toute une journée en train de faire rire. Le rire, c’est un métier très difficile. Ce n’est pas donné à n’importe qui ! », se targue-t-elle avec beaucoup de coquetterie et d’humour. «J’écris aussi, révèle-t-elle. J’écris ma vie. J’écris la vie des gens autour de moi. J’ai une plume pas très mauvaise, j’espère. Un jour, quand je publierai, on verra bien. Il y en a d’ailleurs qui auront de véritables surprises (rires) : bonnes ou mauvaises. Ça dépend de ce qu’ils ont fait. » 

Tout ce qui est péjoratif, elle n’aime pas. Certainement dû à ses origines griottes. Et comment, cette enfant unique qui a grandi dans une famille de tribu guerrière du coté de son père adoptif(Ahmed O. Said, de la tribu des Oulad Demane qu’elle chérit beaucoup) qu’elle prenait pour son propre papa ; d’une famille où il ne résonnait aucune note musicale est devenue l’une des plus grandes cantatrices de l’Afrique ? «Ça a été une véritable passion », explique-t-elle. Un des greniers de la musique traditionnelle mauritanienne, elle avertit : «Notre musique traditionnelle, on ne doit pas la toucher. On doit la laisser telle quelle. »Mais pour que cette musique soit préservée des coups de foudre de la musique moderne, pense-t-elle, il faut qu’elle soit écrite, qu’on crée des instituts de musique, que les enfants y aillent comme ils vont à l’école, que les autorités donnent de l’importance à la culture. Mais aussi, à ses yeux, la rendre plus swing, plus classique et plus dansante… 

L’album ‘Yaman Yaman’, c’est elle. Le 1er album international mauritanien sorti en 1989 à Paris. D’ailleurs, l’un des morceaux de cet album sera repris quelques années plus tard par David Bowie. Ce succès ne sera que de courte durée : elle sera victime d’un accident opératoire qui l’astreindra à s’éloigner des scènes et de la musique. Le temps aussi de se marier pour faire plaisir à sa maman. «Le mariage est une institution religieuse très importante qu’il faut respecter jusqu’au bout et ce n’est pas évident », précise-t-elle. Maintenant, elle vit seule : un cœur à prendre ? «Je ne sais pas », glousse-t-elle. Prête à se remarier après deux mariages merveilleux ? «Je vous assure que je suis incapable de vous répondre. Je voudrais prendre quelques années sabbatiques », dit-elle en rigolant. 

La chanson sur l’unité et la réconciliation nationale, c’est elle aussi. Un morceau chanté dans toutes les langues nationales du pays et dans tous les foyers. De Nema, sa ville natale, elle n’en garde que des réminiscences vagues. «Je me souviens que le sable était noir », dit-elle. Femme de culture, elle pense qu’elle a le charisme et toutes les qualités humaines pour faire de la politique. «Je sais parler aux gens, commente-t-elle, leur dire la vérité sans les blesser. Je suis quelqu’un qui est pour l’unité nationale. Je suis quelqu’un qui aime les gens et qui les défends. » Ayant longtemps refusé de courber l’échine, maintenant, elle ne demande qu’une chose : l’amour des mauritaniens. «On m’a tellement mal aimée pendant longtemps que j’ai besoin d’amour et d’ailleurs je demande à tout le monde de m’aimer. Je fais un appel solennel aux mauritaniens de m’aimer. J’ai besoin de leur amour surtout ! » 

Femme épanouie, elle ne regrette rien de sa vie même de n’avoir pas eu d’enfants. Emotive, elle le devient lorsqu’elle évoque sa mère disparue en 1999. «Si je pouvais imaginer qu’elle disparaîtrait d’un coup, je ne me serai jamais absentée toutes ces années-là. » 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

  

  

 

 

( 30 mars, 2008 )

Détournement de mineures

 

 Oumoul Khairy : mariée à 6 ans, divorcée à 8 ans 

 

L’Association des Femmes Chefs de Famille (l’AFCF) a organisé, ce samedi 29 mars, à son siège sis Tévragh-Zéina, une conférence de presse. A l’ordre du jour, deux points : le premier concernait l’arrestation du rédacteur en chef du quotidien arabophone  Essirage, Mohamed Salem O. Mohameddou par la police mauritanienne la semaine dernière et le second point était relatif au détournement de mineures. Le cas de Oumoul Khairy mariée à 6 ans et divorcée à 8 ans constitue un exemple bouleversant d’une atrocité bien avérée digne d’un autre âge. 

L’AFCF se solidarise avec Mohamed Salem O. Mohameddou rédacteur en chef d’Essirage 

Aminétou Mint Ely Moctar a condamné, au cours de ‘sa’ conférence de presse, la manière dont le journaliste d’Essirage Mohamed Salem O. Mohameddou a été appréhendé par les forces de l’ordre. (Il fut cueilli sans mandat d’arrêt dans son lieu de travail, NDLR). Cela, à ses yeux, est inadmissible surtout dans un pays démocratique. «Dans un pays qui veut avancer, dit-elle, la moindre des choses, c’est d’accorder la liberté d’expression et la liberté d’opinion à sa presse et à ses journalistes. » 

La présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille a mis en exergue le rôle de la presse dans l’information des populations mauritaniennes, l’ancrage de la démocratie et le développement  de notre pays. Selon elle, les pouvoirs publics ne doivent pas s’immiscer encore moins fouiner dans le travail de la presse et des journalistes. L’arrestation de ce journaliste démontre, s’exclame-t-elle, que les autorités veulent museler la presse et tuer dans l’œuf la liberté d’expression et d’opinion dans notre pays. En outre, elle a demandé la libération immédiate et sans condition de Mohamed Salem O. Mohameddou rédacteur en chef du quotidien arabophone  Essirage. «Nous lançons un appel à l’Etat mauritanien de libérer ce journaliste qui reste encore détenu. Nous ne voulons pas qu’il y ait une tache qui va salir l’image de notre pays», note-t-elle. 

Tout en réitérant son soutien et sa solidarité à Mohamed Salem O. Mohameddou, la présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille, Aminétou Mint Ely Moctar a réaffirmé son engagement en faveur de la justice et de la liberté d’expression, seuls gages d’un Etat de droit. 

 

Cas de mariage précoce  

Une fillette mariée à 6 ans et divorcée à 8 ans ? Cela est arrivé en République Islamique de Mauritanie. Son nom : Oumoul Khairy.  Agée aujourd’hui de 8 ans, elle a été amenée en Arabie Saoudite, à l’âge de 6 ans par sa tante El Moumina Mint Tijani qui l’a marié à un certain Abdelatif O. Adel. Ce dernier, après avoir violé la petite, a été expulsé d’Arabie Saoudite. Ce cas de mariage précoce, à la limite répugnant, est un véritable cas de conscience. Durant deux années, elle a été torturée et maltraitée par sa propre tante et la famille de cette dernière. Sans que ces parents ne soient véritablement pas au courant ! 

Ecœurée par ce mariage précoce qu’elle qualifie de détournement de mineure et de viol, Aminétou Mint Ely Moctar a appelé les autorités à être plus vigilantes sur ce genre de trafic qui sont devenues monnaie courante dans notre pays. Souvent l’œuvre de réseaux hyperstructurés avec parfois la complicité de certains policiers, les trafics d’enfants et de petites filles se développent de jour en jour au su de tout le monde sans que cela ne fasse rechigner personne. Estimant que de telles pratiques sont contraires aux principes de l’islam, Aminétou Mint Ely Moctar a demandé l’appui et la solidarité de tout le monde pour freiner de telles pratiques. Par rapport à ce cas, l’AFCF, a révélé sa présidente, va porter plainte au niveau de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et de saisir aussi le ministère de la promotion féminine, de la femme et de l’enfance. Oumoul Khairy, a promis Aminétou, sera encadrée et alphabétisée. 

Sur le plan juridique, le cas de Oumoul Khairy est un cas très grave qui viole le Code du Statut Personnel qui stipule que le mariage doit se faire à l’âge de 18 ans au moins. Que dire de cette fillette âgée seulement de 8 ans ? 

Cet énième cas de détournement mineure pose aussi le problème des trafics d’enfants souvent utilisés pour servir de prostituée dans certains pays arabes. Aminétou a demandé à la presse de faire des investigations sur ces pratiques qui avilissent l’être humain dont la majorité des victimes demeurent des mineures souvent livrées à elles-mêmes. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

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