( 28 avril, 2008 )

Unité et diversité culturelle:Les atouts d’une démocratie en marche

Les événements dramatiques de 1989 et les différentes répressions militaires qui s’en suivirent ont jeté un véritable coup de froid sur la coexistence entre les différentes communautés du pays. Ceci créa un climat de tension, de suspicion et de distanciation entre elles. Les corollaires sont connus : érosion de l’image de la Mauritanie à l’extérieur, recul de sa position sur le plan international, timide ouverture politique initiée au début des années 90… Le 19 avril 2007, à la suite d’élections libres et transparentes, Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi accède au pouvoir et affiche une ferme volonté de résoudre l’épine dorsale des problèmes auxquels la Mauritanie est confrontée : la question des déportés. Et depuis cette date, le Président de la République n’a cessé de poser d’importants jalons allant dans le sens de l’unité et de la diversité culturelle.   

Pour la 1ière  fois dans l’histoire d’une campagne électorale présidentielle en Mauritanie, le thème de l’unité et de la diversité culturelle occupe une place prépondérante dans le programme et le discours de tous les candidats. Tous reconnurent la nécessité absolue de lutter pour l’avènement d’une Mauritanie réconciliée avec elle-même. Ainsi donc, la consolidation de l’unité nationale et le raffermissement de la cohésion sociale furent placés au 1er rang des priorités des programmes politiques de chaque parti politique et de chaque candidat. 

Après seulement 2 mois à la tête de la magistrature suprême, le Président de la République prononce un discours dans lequel il expose sa vision de la réconciliation nationale. «L’unité nationale et la cohésion sociale requièrent l’instauration de la concorde entre toutes les composantes de notre peuple sur la base du respect des principes d’égalité, de justice et de dignité. Notre devoir est de faire de sorte que tous les mauritaniens puissent éprouver la légitime fierté d’appartenir à une grande nation, qu’ils sentent que la République les protège et les traite sur un même pied d’égalité, tous sans exclusive ». Ayant compris que l’unité nationale passe d’abord par l’instauration d’un Etat de droit, Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi a appelé les mauritaniens à vivre leurs diversités non pas comme un facteur d’exclusion mais comme un facteur d’enrichissement. Ses orientations confirmeront cette volonté politique de garantir à notre pays une stabilité politique et sociale. 

Toujours dans cette optique, des journées de concertation et de sensibilisation sur les formalités d’organisation du retour des réfugiés et la résolution du passif humanitaire sont organisées ‘dans un climat, marqué par le consensus des mauritaniens, toutes appartenances politiques et sociales confondues’, c’est-à-dire dans l’union, le rétablissement du droit et de la consolidation de l’unité nationale. 

A ceux qui pensent qu’il va y avoir une chasse à l’homme, Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi déclare. «Nous ne cherchons nullement à remuer le couteau dans la plaie mais plutôt à la guérir ; nous ne cherchons pas à régler des comptes mais à lever des injustices et réconcilier les cœurs ; nous ne cherchons pas à déterrer le passé mais bien à préserver le présent et à assurer l’avenir ». Le renforcement de l’unité nationale et de la concorde entre toutes les composantes du pays impose de rechercher les voies et moyens de résoudre les problèmes du passé. Ainsi donc, d’importantes mesures ont été prises par le gouvernement pour assurer un retour digne des mauritaniens déportés et accompagner leur réinsertion dans le tissu social. 

  

Le pouvoir, l’opposition et la société civile se font sien le combat pour une Mauritanie réconciliée avec elle-même. Refusant d’être en marge, les femmes s’impliquent aussi dans la réconciliation nationale. Elles organisent des journées de réflexion pour soutenir la recherche et la mise en œuvre de solutions viables et acceptables de nature à rétablir la paix et la concorde nationale. Les religieux dont l’impact dans la réconciliation nationale est essentiel participent au processus de réconciliation.  Le parachèvement du processus de réconciliation nationale passe  inéluctablement par la mise en place d’institutions véritablement démocratiques et d’organes médiatiques représentatifs et pluriels. Dans ce cadre, on peut noter l’arrivée sur la scène médiatique de la TVM plus et de Radio Citoyenne qui sont devenues une parfaite illustration de notre diversité culturelle. Toutes les différentes langues nationales du pays sans exclusion y sont représentées. Chacune bénéficie, même s’il y a encore des choses à améliorer, d’un temps d’antenne assez conséquent. «Sans le respect des droits culturels, il ne peut pas y avoir de démocratie. Si nous parvenons en Mauritanie à réconcilier les différentes communautés nationales afin que les mauritaniens se reconnaissent dans leur radio, leur télévision nationale, leur gouvernement, leur hymne national, les symboles et les éléments déterminants culturels, il est certain que nous aurions fait beaucoup de choses. Il faut se dire aussi qu’on ne peut pas construire une nation en braquant les communautés les unes après les autres en faisant de l’exclusivisme politique », souligne le professeur Sow qui pense qu’il y a une nouvelle dynamique qui s’est opérée avec l’arrivée au pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. « Il est de notre devoir, poursuit-il, d’accompagner ce mouvement afin qu’il soit un mouvement irréversible parce que la finalité du respect des droits culturels c’est l’instauration d’une Mauritanie où toutes les composantes nationales dans la fierté reconnue acceptent de vivre et d’œuvrer pour le développement de notre pays ».     

Au soir de l’an I de la démocratie, un concert gigantesque regroupe différents artistes des 4 communautés du pays. Placé sous le signe de la Réconciliation Nationale, le concert du 19 avril qui marquait par la même occasion le premier anniversaire de Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi à la tête du pays a réuni pendant plusieurs heures des milliers de jeunes mauritaniens enthousiasmés. L’esprit d’une Mauritanie réconciliée avec elle-même a plané durant tout le temps que dure  le concert. Toutes les couches de la population mauritanienne sans exception étaient représentées par ses chanteurs. Ousmane Gangué pour les hal poular, Allou Allassane pour les wolofs, cheikh O. Abya pour les hassanya et Coumba Sala pour les soninkés pour ne citer que ceux-là.  Le combat pour l’unité nationale et la diversité culturelle suppose aussi un combat contre l’esclavage. En ce sens, nos deux chambres ont voté une loi portant incrimination et répression de cette pratique. Ce qui fait dire à certains qu’il faut d’abord réconcilier les mauritaniens avant même d’envisager les autres problèmes liés au développement économique car sans unité nationale, il n’y aura point de démocratie et c’est par la démocratie que passe tout développement. En Mauritanie, cette réalité trouve aujourd’hui tous les ingrédients favorables pour s’instaurer et de manière durable. 

Babacar Baye Ndiaye

( 28 avril, 2008 )

Immigration clandestine

                      imag0179.jpg

Les déboires des demandeurs de visa mis à nu par ‘Théâtre Nomade’ 

 

Le centre culturel français Antoine de Saint-Exupéry renoue avec le théâtre. C’était ce jeudi 24 avril dans la salle des spectacles du CCF. Satire, humour, tout y était pour que la soirée s’annonce truculente. Les spectateurs venus nombreux ont bien apprécié la prestation sur scène de ‘Théâtre Nomade’ qui présentait sa nouvelle création théâtrale sur l’immigration clandestine. 

 

Celle-ci met en exergue la manière scandaleuse dont les demandeurs de visas sont souvent escroqués. Cette mise en scène est l’œuvre de Wane Abdou Aziz actuellement responsable de l’ensemble des ateliers de théâtre du centre culturel français de Nouakchott et simultanément président de l’Association théâtre Nomade créé en 2004 et sous la coupole du CCF. 

Voilà presque 20 ans que Wane Abdou Aziz fait du théâtre. Plus exactement, il a commencé à partir de 1988 à Dar-El-Barka. Après avoir décroché son parchemin de l’entrée en 6ième, destination Boghé à 350 km de Nouakchott, pour y suivre ses études secondaires. C’est avec beaucoup de délectation qu’il se souvient de cette période qui marqua véritablement ses débuts dans le théâtre proprement dit. Sur une proposition du Ministère de l’Education Nationale, il joua avec ces camarades de classe, la fameuse pièce de théâtre d’Aimé Césaire récemment disparu, ‘La Tragédie du Roi Christophe’. C’était en 1996. Il était en classe de 5ième AB. 

C’est par passion et amour donc qu’il vint au théâtre. Toujours, en 1996, lorsqu’il décrocha son bac, il revint à Nouakchott pour faire ses ‘humanités’ à l’Université de Nouakchott. Par la même année, il découvrit l’existence de l’atelier théâtre du centre culturel français qui n’existe d’ailleurs plus. De là, il fera la connaissance de deux françaises, Marie Claire et Sylvie Sénéchel, formatrices à l’atelier théâtre du CCF qui lui apprirent les techniques de la mise en scène théâtrale. A son actif, il a joué plus de 24 créations et pièces de théâtre classique. Avec son groupe de théâtre, il a participé au Fest’Art de Dakar en 2005 dédié à la paix en Côte d’Ivoire. Ils y laissèrent une bonne impression. 

Son théâtre s’inspire aussi des contes africains. «C’est une façon de garder ce lien affectif purement africain et que nous voulons toujours adopter au sein de notre association », explique-t-il. «Le conte pour nous africains, poursuit-il, entre dans le cadre du respect de l’oralité africaine. Le conte, à l’époque, c’est comme l’arbre à palabres(…) C’était notre école ». 

L’Association Théâtre Nomade se tient aujourd’hui sur ses deux pieds grâce au soutien du centre culturel français. Ce dernier, de temps en temps, leur accorde des bourses de formation ou de stages en France ou en Afrique. Hormis cela, le CCF fait venir souvent à Nouakchott des professionnels du théâtre pour former nos comédiens. 

Cette association compte maintenant 3 ateliers : l’atelier des moins de 16 ans. «Dans chaque chose, précise Wane Abdou Aziz, il faut qu’il y ait une continuité. Les enfants constituent une pépinière. C’est pour nous la meilleure façon de transmettre ce que nous connaissons(…) ». 

Il y a aussi les plus de 16 ans appelés ‘amateurs’ c’est à dire qui n’ont aucune expérience. En plus de ces 2 ateliers, il y a l’atelier des professionnels qu’on identifie par leur talent et leur expérience. 

En Mauritanie, y’a-t-il vraiment un intéressement particulier de la jeunesse pour le théâtre ? «Non!, répond Wane Abdoul Aziz. Le théâtre est quelque chose de très important mais en Mauritanie, on sent que le public ne s’y intéresse pas surtout la jeunesse ». 

Il donne les raisons suivantes. «Au niveau de l’éducation, contrairement à d’autres pays, l’activité théâtrale est très peu développée dans le cadre des activités scolaires(…) même le théâtre en tant que genre littéraire n’est pas privilégié par rapport aux autres formes littéraires. Les autorités scolaires n’accordent pas d’importance à tout cela. » 

Alors que faire ? «Dans chaque établissement fondamental, il devrait y avoir un club de théâtre. De même au collège, au lycée et à l’Université(…). Quand vous dites que vous êtes comédien, les gens ne vous prennent pas au sérieux. En plus, le théâtre ne nourrit pas son homme. » 

Ainsi donc, le développement du théâtre passe nécessairement par l’éducation c’est à dire dans les établissements scolaires et universitaires en essayant de développer les clubs de théâtre. Et monsieur Wane de faire appel aux autorités pour qu’elles s’impliquent et fassent de cela un vrai combat pour que cette activité prenne pied dans notre pays. 

Dans un humour captivant, les comédiens de l’Association Théâtre Nomade ont dénoncé, posé la problématique de l’immigration clandestine et mis à nu les déboires des demandeurs de visa souvent escroqués par des profiteurs sans scrupules. Tels que les hommes d’affaires, les marabouts et les intermédiaires. «C’est des réseaux qui existent et qui sont dans la société, renseigne Wane Abdou Aziz. C’est une façon à nous de dire aux jeunes : ‘méfiez-vous et sachez où vous mettez les pieds ! D’autre part, cet argent que vous mobilisez pour aller chercher le visa, est-ce que ça vaut la peine ?’ ». 

A la question ‘Quelle est votre position sur ce phénomène’, Wane Abdou Aziz répond : «Je suis comme tout le monde. J’essaie à ma façon de participer à cette dynamique et à l’éveil des jeunes. Le métier que j’ai, cet art, je dois mettre ça au service du peuple et des citoyens pour une cause que je crois être juste, noble et que je dois défendre avec mes camarades. Aujourd’hui, si le théâtre permet de régler ces genres de situation, je me dois être obligé de passer par-là(…) ». 

Ce qui fait l’originalité de ce texte, ce n’est pas son actualité. En effet, ce qui fait l’originalité de ce texte, c’est qu’il n’a pas été écrit noir sur blanc. C’est une idée originale de Wane Abdou Aziz développée sur scène. Cette technique est appelée ‘improvisation’.   

Un véritable travail de fourmi et de longue haleine a été abattue pour en arriver là. «On a commencé à répéter, il y a 2 mois. Tout le 1ier   mois consistait d’abord à identifier le personnage des uns et des autres pour connaître leurs potentialités, leurs capacités et leurs personnalités pour pouvoir par la suite décider de répartir les rôles en fonction de ce scénario », rappelle-t-il. Ainsi donc, les rôles furent minutieusement répartis : le marabout, le demandeur de visa, l’intermédiaire, les deux espagnoles qui représentaient les services de coopération espagnole… 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

 

( 21 avril, 2008 )

An 1 de la démocratie

 concert.jpg 

La musique au service de la   Réconciliation Nationale 

 

Pour dire ‘choukraane’ à la jeunesse mauritanienne qui l’avait porté à la tête de la République il y a de cela 1 an, que pouvait offrir de mieux Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi à cette jeunesse que d’aller dénicher des stars internationales comme Cynthia, Cheb Khaled, Coumba Gawlo Seck ou Viviane Chedid Ndour… 

 

Le stade était plein à craquer. Des milliers de personnes en majorité des jeunes venus de différents coins de la ville de Nouakchott ont répondu à l’appel de la Réconciliation Nationale. Des panneaux du genre : ‘Non au terrorisme’, ‘Notre Réconciliation est la force de notre cohésion’, ‘Une Mauritanie réconciliée avec elle-même est le garant de notre devenir’, ‘Unissons-nous dans la paix et la quiétude’, ‘La Mauritanie est comme cinq doigts de la main’…bordaient le périmètre de la pelouse synthétique du stade olympique. Déjà à 15 heures, le stade était plein ! Qu’il s’agisse de l’intérieur ou de l’extérieur, il y avait une foule immonde qui attendait. Avec une affiche alléchante, une forte et impressionnante sécurité a été déployée : la police et les sapeurs pompiers sans oublier la fameuse société de sécurité qui a fini par imposer sa notoriété, SPINET. Ayant compris que la musique est un vecteur de rencontre et de cohésion sociale, les autorités de la ville de Nouakchott ont compris cela en réunissant différents artistes venus d’horizons divers. Et pour avoir tous ces artistes, elles n’ont pas hésité à mettre la main dans la poche pour faire plaisir à la jeunesse mauritanienne. 

Placé sous le signe de la Réconciliation Nationale, le concert du 19 avril qui marquait par la même occasion le premier anniversaire de Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi à la tête du pays a réuni plus de 6 plombes des milliers de jeunes mauritaniens enthousiasmés. L’esprit d’une Mauritanie réconciliée avec elle-même a plané durant tout le temps que le concert ait duré. Toutes les couches de la population mauritanienne sans exception étaient représentées par ses chanteurs. Ousmane Gangué pour les hal poular, Allou Allassane pour les wolofs, cheikh O. Abya pour les hassanya et Coumba Sala pour les soninkés pour ne citer que ceux-là. Les rappeurs ont bien montré, eux aussi,  encore une fois que nous pouvons compter sur eux pour faire connaître notre Rap National qui n’a plus rien à envier aux autres. De R.J. à Ewlade Leblade en passant par Number One African Salam et Military Underground, nos jeunes rappeurs se sont bien illustrés. Même si parfois, leurs critiques furent un peu acerbes à l’endroit du gouvernement. 

Avec une musique assez originale mêlant somptueusement Rap et sonorités de la musique pular, scandant ‘Tout le monde debout, les mains en l’air’ suivi par des salves d’applaudissements, l’entrée de R.J. a fait presque oublier la longue attente qui commençait à agacer le public. Dans la joie aussi, nous devons nous souvenir de ceux qui ne sont plus avec nous, comme l’inspecteur de police tué durant les affrontements entre la police et les salafistes au centre émetteur de Ksar. Une minute de silence fut observée en son honneur par Number One African Salam et tout le public, une manière de dire non au terrorisme.   

Pendant ce temps-là, le premier magistrat de la ville de Nouakchott, maîtresse d’œuvre de ce concert, le président de la CUN ne cessait d’aller et de revenir. Sacré O. Hamza, toujours au four et au moulin ! Les consignes de sécurité données par les autorités de la ville de Nouakchott furent suivies à la lettre par les forces de l’ordre. Que personne ne bouge de sa place ! Que personne ne sort, une fois, rentré au stade. Conséquence : tous les coins des tribunes étaient transformés en pissotière. Pour sortir, il fallait implorer, supplier ou racler la voix ! 

Pendant que Coumba Sala chantait, une future diva de la musique soninké si elle ne l’est déjà, un documentaire sur l’an 1 de Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi se déroulait sur le tableau de score du stade olympique. Il n’était que 19 heures passées de 10 mn. 

La partie droite de la tribune officielle réservée à cette occasion aux filles a littéralement chauffé. Des cris stridents et des ovations nourries y sortaient comme une larve jaillissant d’un volcan. Pareille à une star digne de l’Amérique, Cheikh O. Abya qui succéda à Allassane Allou sur scène s’est permis de descendre sur la pelouse, dansant, courant et chantant pour se rapprocher du public qui était très éloigné du podium. Ce qui déconcertait les artistes qui aiment souvent avoir un contact millimétré avec le public. Celui que l’on nomme ‘la voix d’or’ a fait vibrer le cœur des jeunes filles avec ses morceaux d’amour très bien connus par elles. 

Tout le monde a dansé le Raï. Même certaines autorités ! Sourire aux lèvres, Cheb Khaled nous a abreuvés d’un Raï captivant. Son morceau ‘Ya Habib’ a transformé le stade olympique et lorsqu’il entonna ‘Aïcha’ que réclamait sans répit le public, ce fut l’apothéose dans la foule, semblable à une fourmilière, qui reprenait en chœur ‘Aïcha, écoute-moi !’. 

Après cette prestation du roi du Raï, ce fut la pause. Le temps de prêter une oreille attentive à celui qui est considéré aujourd’hui comme l’ami de la jeunesse, Ould Hamza, de prononcer un laïus dans lequel, il exprima toute sa satisfaction. En substance, il déclarera que ce concert marque la célébration du renouveau démocratique, de la réconciliation nationale et le retour à la fraternité entre les différentes composantes de la nation mauritanienne. Selon l’expression du président de la Communauté Urbaine de Nouakchott, c’est la liberté retrouvée et l’espoir revenu qui sont fêtés à travers ce concert du 19 avril. 

Durant plus de 12 mn, on a eu droit à une lancée de feux d’artifice. On se croirait même dans un épisode de ‘Tom et Jerry’. D’autres ont, ceux qui n’étaient pas présents au stade et qui ne suivaient pas la retransmission à la télé en live,  cru que c’était un affrontement bis entre les salafistes et les forces de l’ordre. Des bulles de lumière fascinantes partaient du ciel pour éblouir nos vues. Le tout sous des cris de joie ! 

Cynthia, ce pur produit de la star Académy française n’est pas une inconnue en Mauritanie puisque le public, notamment les filles, reprenaient en chœur et par cœur ses morceaux chantés en anglais. Chevelure décoiffée, robe blanche et véritable fée sur le podium, elle nous a offerts une superbe musique où se mêlent pop, RnB, reggae, slow, musique classique, Rockn’Roll.   

Et lorsqu’on annonça la montée sur scène de Ewlade Leblade, des cris fusaient de partout. Véritable phénomène du Hip Hop mauritanien, le spectacle de ce groupe est toujours attendu. Utilisant un langage accessible et chantant en hassanya, Ewlade Leblade a convaincu plus d’un encore ce jour-là. Adulés, les membres du groupe ont montré qu’ils étaient eux aussi là pour représenter le peuple mauritanien. Quand ils commencèrent à asséner leurs vérités que tout le monde vit, on fit en sorte qu’ils descendirent du podium alors qu’ils ne venaient de jouer qu’un seul. Car, ils commençaient à déranger ! Ce qui déplut au public qui continuait à huer et siffler pour réclamer le retour sur podium de Ewlade Leblade qui marquait là un bon point. Il s’en est fallu de peu pour que le concert ne se termine en queue de poisson. Heureusement que le président de la CUN fut prompt à réagir. 

Ayant servi seulement 3 morceaux, Ousmane Gangué, on ne sait pour quelles raisons, n’a pas véritablement convaincu le public. Il était presque minuit et demi lorsque la ‘gazelle noire’, Coumba Gawlo, en bottines, entra sur scène avec son morceau ‘Sey Dou Choix’. Elle chantera ‘Doff’, un morceau sur l’émigration clandestine. «Il faut faire très attention à l’émigration clandestine parce que c’est très dangereux. Nous voulons vous voir fonder une famille et vieillir», lance-t-elle à l’endroit de la jeunesse mauritanienne. Et lorsqu’elle demanda que tout le monde se lève et que les uns et les autres se tiennent les mains, en guise de réconciliation nationale, il fallait voir : des figures qui rechignaient à se lever. C’était vraiment ridicule. Attitude de complexés ou refus de se tenir les mains ? Malgré des couacs sporadiques d’ordre technique, la soirée a tenu toutes ses promesses. Vivi, comme on l’appelle affectueusement ici, a clôturé cette soirée. L’enfer qu’elle avait promis aux mauritaniens n’a pas eu lieu. Car, constatant que le public se retirait petit à petit, elle comprît. Il était deux heures et demi presque. En plus, il faisait froid et les jambes ne résistaient plus. 

 

Babacar Baye Ndiaye

ducdejoal@yahoo.fr   

       

                                            concert.jpg 

      

  

 

( 21 avril, 2008 )

Squatters ‘légaux’

Quand un lieu de culte alimente des querelles !

 

Un bras de fer oppose les commerçants louant les magasins juxtaposant le centre culturel marocain et le lieu cultuel qu’on appelle communément ‘Mosquée Maroc’ qui ont été sommés par les autorités d’El Mina de déguerpir les lieux. Ces boutiques ont été scellées par la police. Pour quelles raisons ? «Pour que les choses reviennent à l’ordre », souligne-t-on au niveau de la mairie d’EL Mina. Mais aussi pour des raisons urbanistiques !mais les occupants ne l’entendent pas de cette oreille.

                                                                                                imag0178.jpg  

Comment en est-on arrivé jusque là ? Du côté des autorités de la commune d’El Mina, on affirme que plusieurs séances de réunions ont été tenues avec les commerçants pour les mettre au parfum de leur décision de les faire déguerpir des magasins. Mais ces derniers ont semblé ne pas accorder du crédit, comme on le sait souvent, aux injonctions des autorités. Ces magasins qui sont aujourd’hui au cœur d’un litige problématique constitue un domaine privé appartenant à l’ambassade du royaume du Maroc. 

Tout a commencé le 7 février 2008, lorsque ces commerçants furent appelés par le directeur des awghav  qui les informa de la décision de l’état mauritanien de casser ces boutiques. Ces derniers, pris de court, vont faire savoir qu’ils ne sont pas contre cette décision du gouvernement. C’est ainsi, pour essayer de trouver un terrain d’entente, qu’ils écrivirent au ministre des affaires religieuses, au wali de Nouakchott, au préfet de Nouakchott et au président de la communauté urbaine de Nouakchott. 

Reçus en audience par Mohamed Vall, ministre des affaires religieuses, ce dernier les fera savoir que cette décision est irrévocable. 

Dans une réunion regroupant la CUN, la Socogim, la wilaya de Nouakchott et les délégués des commerçants, un terrain d’entente n’a pas pu être trouvé. D’ailleurs, les commerçants ont accusé le président de la CUN, Ould Hamza de goujat et d’excès d’autorité.

Les commerçants, pour leur part, avaient proposé la place de la fourrière près du marché d’El Matlah et le terrain vide situé à coté de la Sonimex dans la commune d’El Mina. Quant au gouvernement, il avait proposé le marché du bois. Mais pour des motifs stratégiques, les commerçants ont décliné cette proposition gouvernementale. «On a vécu ici pendant une vingtaine d’années. Nous faisons nos affaires ici qui est un point très connu par tous les mauritaniens. Nous avons des créances tout comme nous sommes débiteurs à d’autres commerçants. De nature, le commerçant, son chiffre d’affaire, c’est sa place », rencarde le délégué des commerçants retrouvés sur les lieux en train de s’expliquer avec les autorités de la commune d’El Mina. 

S’expliquant de leur refus d’être recasés au marché du bois, les commerçants se fondent sur trois arguments. Premièrement, qu’il y a une loi qui a été votée à l’assemblée nationale stipulant que les places publiques ne doivent pas être occupées mais qu’ils détiennent leurs permis d’occuper dûment signés par l’autorité. Deuxièmement, ils affirment que le marché du bois n’est pas une place commerciale et qu’aussi elle est trop exiguë. Troisièmement, que l’Etat mauritanien veut les évacuer sur-le- champs sans contrepartie financière alors qu’ils sont là depuis plus de 20 ans. 

A la suite de plusieurs réunions stériles avec le gouvernement qui est déterminé à aller jusqu’où bout de sa logique, les commerçants s’orientent maintenant vers ‘une solution adéquate’. Cette partie qui est au cœur aujourd’hui du tiraillement entre le gouvernement et les commerçants fait partie – ce qui est reconnu par les commerçants- du domaine de la mosquée marocaine placée sous la tutelle de la direction des awghav qui a signé dûment le contrat avec Daha. Un permis de construction lui fut délivré par les pouvoirs publics de l’époque. Les magasins, aujourd’hui objets d’un litige, furent construits par lui. 

Cette occupation est légale, selon le délégué des commerçants, Mohamed Lemine O. Bow qui déclare qu’il y a bel et bien un permis de construction et d’occupation qui a été délivré au commerçant Daha. 

Des milliers de magasins comme ceux-là sont innombrables. Et ces magasins ne sont que la partie visible de l’iceberg. Mais qui a décidé de déguerpir ces commerçants ? Voilà une question qui décoiffe et qui est esquivée comme une peste. Pour le moment, en attendant de trouver la réponse, se basant sur le fait que la Mauritanie est un pays démocratique, les commerçants semblent opter pour un règlement pacifique de ce problème. «S’il n’y pas cela, nous allons continuer notre lutte », a prédit le délégué des commerçants, Mohamed Lemine O. Bow. 

Une chose est sûre. Les conséquences de la fermeture de ces boutiques auront des répercussions incalculables, à moyen terme, sur les populations. En effet, c’est elles qui approvisionnent le marché national en terme de céréales. Dans ces magasins, des réserves importantes de céréales y sont stockées et leur fermeture pourrait engendrer une pénurie céréalière. C’est les propriétaires de ces magasins là aussi qui importent certains matériaux de construction et de bâtiments sur lesquels l’Etat mauritanien tire des taxes en les dédouanant. Au nombre de 42, ces magasins font vivre entre 4000 et 5000 personnes sans compter les taxes communales (2000 UM/mois/boutique) que ces commerçants paient à la CUN. «Nous payons notre argent. Nous travaillons jour et nuit pour contribuer au développement économique de notre pays. Comment peut-on nous maltraiter de cette manière », s’interroge le délégué des commerçants qui ne manqueront certainement pas de traîner l’Etat mauritanien devant la justice pour non-respect du contrat d’occupation de ces magasins qui doit expirer en principe dans deux ans et demi. Autrement dit en 2010 ! Alors pourquoi vouloir précipiter les choses en déguerpissant ces commerçants qui sont dans la légalité ? 

 

Babacar Baye Ndiaye 

 imag0178.jpg

  

 

   

( 21 avril, 2008 )

Pr. Bretaudau, Secrétaire Exécutif du CILSS : « Tant que nous n’aurons pas domestiqué et valorisé les ressources en eau pour produire, nous n’allons jamais avoir une sécurité alimentaire durable »

A l’occasion de la 14ième réunion du comité régional de programmation et de suivi du CILSS tenu à Nouakchott du 14 au 18 avril 2008 préparant le conseil des ministres du CILSS, Africa n°1 a organisé une rencontre autour d’un club de la presse pour aborder avec le Pr. Bretaudau, Secrétaire Exécutif du CILSS plusieurs questions importantes se rapportant aux activités de ce sous –ensemble régional qui regroupe 9 pays.  La rencontre était dirigée par le correspondant d’Africa n°1 à Nouakchott Salem Mejbour Salem en compagnie de Cheikh Tidiane Dia et Kissima Diagana, respectivement directeur de publication du journal ‘Le Rénovateur Quotidien’ et Rédacteur en chef de l’hebdomadaire ‘La Tribune’. Nous vous livrons en exclusivité la teneur de cet entretien.  

Africa n°1 : Vous avez tenu à Nouakchott la 14ième réunion du comité régional de programmation et de suivi des activités du CILSS qui se tient dans la perspective de la 42ième session ordinaire du conseil des ministres. Alors quels sont les enjeux de cette réunion ? 

Pr. Bretaudau : Cette réunion se situe à un moment où nous traversons des difficultés alimentaires qui ne sont pas seulement propres à notre sous-région. Ces  difficultés alimentaires sont ressenties dans toutes les grandes nations agricoles aussi bien aux Etats Unis qu’en Europe. Ces difficultés alimentaires s’expliquent par le fait que les populations n’ont pas un pouvoir d’achat conséquent pour avoir accès à ces aliments. Donc, c’est plutôt une question d’accessibilité à l’alimentation que de difficultés, d’absence ou d’insuffisance de disponibilités alimentaires. Cette réunion de Nouakchott se situe dans ce contexte et je pense que nous allons approfondir l’analyse de la situation. J’espère qu’au sortir de cette réunion, on pourra faire des propositions très concrètes au niveau des différents Etats membres du CILSS. Comme vous le savez, le Comité Inter-état de Lutte contre la Sécheresse au Sahel regroupe 9 états. Mais au-delà de ces 9 états, le CILSS est aujourd’hui le bras technique de la CEDEAO. C’est à ce titre que nous nous intéressons à la situation alimentaire de tous les états de l’Afrique de l’Ouest et du Tchad. 

Africa n°1 : Vous avez été donc sollicité par les Etats membres de la CEDEAO compte tenu de votre expérience dans le domaine de la sécurité alimentaire ? 

Pr. Bretaudau : Effectivement ! Au niveau de l’Afrique de l’Ouest pour ne pas dire de toute l’Afrique, le CILSS a été reconnu comme Centre d’Excellence pour la sécurité alimentaire. Nous disposons d’outils assez éprouvés qui ont fait leurs preuves en matière de prévision, d’estimation de productions agricoles et de propositions d’amélioration également des récoltes.  C’est à ce titre que la CEDEAO nous a sollicité pour être son bras technique. Etudier ou analyser les questions de sécurité alimentaire au niveau des états du CILSS sans prendre en considération la situation alimentaire au niveau des autres états de la CEDEAO non-membres du CILSS serait vraiment incomplète pour pouvoir aborder sérieusement les questions de sécurité alimentaire dans ces Etats. Pourquoi ? Parce qu’au niveau de toutes ces frontières, il y a des échanges quotidiens entre les populations des Etats du CILSS et les populations des autres Etats de la CEDEAO. 

Africa n°1 : Face à ces problèmes, vous préconisez la récupération de certaines terres. Mais, concrètement, vous savez qu’en Afrique, il y a un problème d’eau, comment est-ce que cette récupération des terres peut être efficace ? 

Pr. Bretaudau : Effectivement, le CILSS dispose de deux techniques pour pouvoir vraiment aborder toutes les questions de sécurité alimentaire. La première approche c’est de pouvoir évaluer, estimer et de savoir exactement ce que l’on va avoir comme récoltes et de pouvoir proposer des modalités d’utilisation des stocks des productions disponibles. La seconde voie concerne justement l’amélioration de l’outil de production pour augmenter la production et la productivité au niveau des exploitations.  La première approche est assez bien maîtrisée aujourd’hui par le CILSS et c’est ce qui en fait d’ailleurs un Centre d’Excellence. La deuxième approche est aussi maîtrisée mais malheureusement, le CILSS n’a pas fait assez de réalisations faute de moyens pour pouvoir augmenter la production et la productivité agricole. 

Pour augmenter la production et la productivité agricole, qu’est-ce qu’il faut ? Il faut comme vous l’avez dit récupérer les terres qui jadis produisaient mais qui aujourd’hui sont impropres à l’agriculture. Donc, il faudrait récupérer ces terres. Il n’y a pas un manque de terre en Afrique de l’Ouest ou dans le Sahel. Mais je crois qu’au-delà de ça, il faut avoir des terres additionnelles puisque les besoins sont encore plus grands qu’il faut récupérer ces terres qui ont été perdues suite aux effets de désertification et de désertisation de l’action de l’homme. Evidemment,  une fois que ces terres récupérées vont être mises en culture, toute la microflore, la microfaune, la faune et la végétation vont reprendre et l’activité biologique de ce sol va changer. C’est ce qui va en faire un sol fertile. Nous pourrons les mettre en valeur avec nos importantes ressources en eau. Au-delà de l’irrégularité des pluies, les quantités de pluie qui tombent au Sahel si elles sont bien gérées peuvent permettre d’augmenter la production agricole. Africa n°1 : Qu’est-ce que vous préconisez pour que ces populations puissent réellement sortir de cette situation d’incapacité de subvenir à leurs besoins du fait du manque de moyens financiers? 

Pr. Bretaudau : Dans l’urgence aujourd’hui, ce qu’il faut faire c’est de prendre des dispositions pour assurer une répartition des ressources disponibles au niveau des populations. Mais au-delà de ça, il y a des populations fortement vulnérables au niveau de tous les Etats du CILSS. Pour certaines, nous avons pu évaluer, pour les Etats du Sahel hormis le Sénégal, la Guinée Bissau et la Gambie, à plus de 3 millions les populations hautement vulnérables. C’est des populations qui, quelles que soient les conditions,  quels que soient les prix des céréales même si les prix étaient les plus bas, seraient incapables de se les acheter. Donc, c’est des populations qui exigent un appui constant et un encadrement. Dans tous les Etats du CILSS, nous avions déterminé et identifié les zones vulnérables. Dans ces zones vulnérables, il y a des populations qu’il faut obligatoirement aider mais malheureusement dans les grands centres urbains de plus en plus on voit également une nouvelle couche de population vulnérable qui s’y installe. 

Africa n°1 : Aider veut dire assister ? 

Pr. Bretaudau : Oui, aider veut dire assister ! Aider veut dire les rapporter en tout cas le nécessaire pour qu’ils puissent être alimentés et vivre. C’est cela qu’il faut faire dans l’immédiat. Mais ce que je veux dire, c’est de ne pas résoudre le problème aujourd’hui et de dire que c’est fini. Nous avons coutume dans nos Etats de régler les problèmes et de ne pas voir les problèmes avant qu’ils ne se posent. Justement, je crois que ce que nous allons proposer ici, c’est d’avoir d’abord une vision d’avenir qui consiste à améliorer notre outil de production et de faire de cette situation de flambée des prix, d’augmentation des prix des denrées alimentaires, une opportunité de développement. Vous allez me dire comment est-ce qu’on peut en faire une opportunité de développement. Je vous le dis : c’est vrai que les prix des denrées augmentent, c’est vrai que les prix sont inaccessibles au niveau des consommateurs mais à qui profite cette augmentation des denrées alimentaires. Je pense que nous devrons faire de telle manière et faire comprendre à tous les intervenants de la filière céréalière, de la filière des denrées alimentaires qu’il faudrait qu’il y ait un partage équitable de l’augmentation des prix pour que le producteur puisse profiter de cette augmentation. Malheureusement, le producteur ne profite pas de cette augmentation des denrées alimentaires. Or,  ce sont les producteurs qui produisent pour alimenter le reste de la population. 

Africa n°1 : C’est un véritable paradoxe ? 

Pr. Bretaudau : Mais justement. S’ils n’arrivent pas à avoir les moyens d’améliorer leur outil de production, la production ne sera jamais relancée et la croissance dans nos Etats ne va jamais repartir. C’est pour cela que je dis qu’il faudrait prendre des mesures pour que les producteurs de nos Etats puissent bénéficier de cette hausse des prix et que ce bénéfice soit utilisé à l’amélioration de leur outil de production qui pourrait relancer le niveau de production et de productivité au niveau des exploitations. 

Africa n°1 : Vous vous placez un peu dans la logique du débat au niveau de l’OMC relatif au problème des producteurs des pays du sud confrontés à ceux des pays du Nord subventionnés par leurs Etats en terme de production ? 

Pr. Bretaudau : Effectivement, je ne vais pas faire la comparaison mais en tout cas je dirai que nous devrons développer des politiques pour essayer de voir comment nous allons mettre nos producteurs en position de pouvoir produire. C’est ça le challenge qu’il faut gagner.  Nous sommes dans un cycle aujourd’hui où il va y avoir de moins en moins de produits agricoles. Je vais vous expliquer pourquoi. Jusqu’ici, l’agriculture fournissait de l’énergie essentiellement pour alimenter les hommes et les animaux. Vous et moi, pour pouvoir mener nos activités, il nous faut de l’énergie. En d’autres termes, il nous faut du carburant. Quel est le carburant que nous utilisons ? C’est des aliments. C’est ce qui se transforme en énergie et que nous utilisons pour nos différentes activités. Mais une voiture pour circuler aussi  a besoin d’énergie. L’énergie que les avions et les voitures utilisent, c’est du carburant et aujourd’hui, ce qui se passe c’est que toute production agricole est potentiellement convertible et transformable en carburant. Le prix du carburant augmentant de manière indirecte, le prix des céréales et des denrées alimentaires est automatiquement indexé sur le prix du carburant qui augmente. Je vais le caricaturer un tout petit peu : c’est comme si aujourd’hui un avion qui prend du kérosène, dans cet avion on met finalement du riz puisqu’il consomme de l’énergie et le riz produit également de l’énergie. Ça revient à la même chose. Il n’y a pas de raison que l’énergie que l’on met dans l’avion, le kérosène, le prix augmente et que l’autre énergie, le riz, le prix n’augmente pas.  C’est ce qui est aujourd’hui évident. Nous sommes donc partis pour un cycle infernal d’augmentation. Je lisais encore hier une déclaration du président de la banque mondiale qui disait effectivement que nous sommes partis dans un cycle où vraiment les prix ne vont pas cesser d’augmenter. Je pense pour  être au rendez-vous, il faudrait que nous développions des politiques pour soutenir les producteurs pour qu’ils puissent produire davantage puisque ce qu’ils produisent ce n’est plus pour alimenter seulement les hommes et les animaux mais c’est également une source d’énergie.  Et malheureusement pour nous, de l’énergie propre puisque les biocarburants, c’est de l’énergie propre. C’est pour cela aujourd’hui, avec le développement d’essai de ces technologies, on va encore améliorer le rendement de la transformation. Si on améliore le rendement de la transformation progressivement, on va passer du carburant fossile au carburant vert. Et cela va poser problème. Est-ce que l’agriculture doit produire pour nourrir ou est-ce que l’agriculture doit produire pour nourrir l’industrie ? 

Africa n°1 : Vous avez parlé d’une production alimentaire excédentaire dans bon nombre de pays mais hélas tout le monde n’a pas pu en profiter. Là vous avez souligné les entraves qui persistent. Quelles sont-elles ? 

Pr. Bretaudau : Au niveau des Etats globalement la situation est équilibrée à excédentaire dans quatre pays producteurs au niveau du Sahel. Il s’agit du Tchad, du Niger, du Mali et du Burkina Faso. Mais par contre au niveau des Etats du CILSS, il y a des états qui sont structurellement déficitaires. Il y a parmi ces Etats, le Sénégal et la Mauritanie. Mais la situation de l’Afrique de l’Ouest dans son ensemble montre que 10 Etats de l’Afrique de l’ouest non-membres du CILSS ont des zones assez déficitaires. Il s’agit du Nigeria dont le Nord a énormément souffert cette année de l’irrégularité pluviométrique et du nord également du Ghana où la production a été assez réduite suite aux effets des changements climatiques. Voici la situation mais même dans les quatre Etats où la production est moyenne à excédentaire comme par exemple au Niger, il y a des zones fortement vulnérables. Il y a des populations qui ont été touchées. En Mauritanie, il y a des zones qui ont été fortement touchées. Dans le rapport qu’on a remis à l’Etat mauritanien et qu’on a élaboré avec les autorités mauritaniennes, toutes ces zones sont ciblées et identifiées. Je crois que les propositions de solutions que nous avions faites ont également été suivies d’effets. Il se fait que les productions de contre saison, que nous avions vivement conseillé, sont aujourd’hui compromises par des attaques de certains ennemis des récoltes. Là encore, les techniciens sont à pied d’œuvre pour essayer de minimiser l’impact de ces ennemis sur les cultures de décrue. 

Africa n°1 : Avec la situation actuelle qui prévaut et à deux mois de la saison des pluies, pensez-vous que vous pouvez faire quelque chose pour parer à cette situation vraiment inquiétante ? 

Pr. Bretaudau : Dans la situation actuelle, les vivres, il y en a mais malheureusement, ils sont difficilement accessibles. Parce que les prix sont inabordables pour les populations déjà éprouvées par des années de sécheresse successive. La situation pour ces populations nécessite un appui très fort. C’est pour cela qu’il faudrait que tous les partenaires impliqués soient sensibilisés et responsabilisés pour qu’il y ait une meilleure circulation aussi bien de l’information que des denrées alimentaires. Nous avons des informations qui font état que certains opérateurs ont des stocks sur lesquels ils veulent spéculer ou en tout cas qui ne sont pas mis sur le marché. C’est des situations qui peuvent aggraver le problème mais le patriotisme aidant peut être la solidarité aidant,  les uns et les autres vont revenir à de meilleurs sentiments et les marchés pourraient trouver un niveau d’approvisionnement beaucoup plus favorable pour les consommateurs. Les pouvoirs publics de leur coté doivent prendre des mesures. La situation, c’est vrai, elle est difficile voire très difficile mais c’est une situation que nous pouvons contenir. De toute façon, le pouvoir d’achat de tous les consommateurs sera fortement entamé car les prix sont assez élevés mais comme je l’ai dit, si nous développons de bonnes politiques et que nous arrivons à faire que ces augmentations de prix puissent profiter aux producteurs, nous allons récolter d’ici un ou deux ans, les dividendes de cette politique. Il ne faut pas s’attarder sur la situation. Il faut la gérer. Il faut essayer de voir plus loin. Si on était aujourd’hui à une baisse totale de production, je n’allais pas avoir les mêmes propos. Je sais qu’au niveau des Etats du Sahel et de l’Afrique de l’ouest, ce que nous avons produit cette année même si elle a été utilisée assez diversement il y a des productions comme par exemple dans certains états comme le niger qui sont sortis du pays et qui ont exporté. C’est des situations qui sont de nature à nous fragiliser et qui sont parties assez loin. C’est pour cela que je dis qu’il y a quand même une possibilité de résorber cette situation assez difficile pour les populations en assurant une meilleure gestion de la situation. 

   

Africa n°1 : Quel sont les chiffres de la dernière campagne agricole ? 

Pr. Bretaudau : Globalement, les chiffres de la dernière campagne pour les céréales s’élèvent à 49 millions de tonnes pour toute l’Afrique de l’ouest. Ce qui est supérieur à la moyenne par rapport à ces 5 dernières années. 

Africa n°1 : A vous entendre parler, on a l’impression que c’est un problème surtout de bonne gouvernance que vous voulez pointer du doigt. Mais au-delà de tout ceci, lorsque vous parliez de facteurs, vous avez évoqué le Mali, le Tchad, le Niger ou le Burkina Faso où il y a un excédent de production. 

Pr. Bretaudau : Dans mon rapport, je viens de présenter dans les détails la situation au niveau de ces Etats dans les zones d’insécurité notamment des zones du nord et nous avons donné des recommandations, des recommandations qui, si elles sont suivies, pourraient amoindrir les souffrances des populations de ces régions. Mais c’est sûr que quand on se trouve dans une situation alimentaire assez difficile et que l’on vive encore une autre insécurité, ça devient vraiment assez difficile.  Quand il y a insécurité militaire stratégique, ça veut dire qu’il n’y a même pas des facilités pour les déplacements et pour la circulation. C’est pour cela l’approvisionnement de ces zones pose effectivement des problèmes. Dans notre rapport, nous avons attiré l’attention des autorités sur toutes ces questions pays par pays. 

Africa n°1 : Le Sahel est une région structurellement déficitaire en ressources notamment hydriques. Cette situation est aggravée par les fluctuations du marché mondial et de la flambée des prix des denrées de base. Face à cela, quelle est la stratégie mise en place par le CILSS ? 

Pr. Bretaudau : Ce que nous envisageons pour essayer de résorber cette situation assez difficile que nous traversions au niveau des Etats d’Afrique de l’Ouest et singulièrement au niveau des Etats du CILSS, c’est le programme lancé en 2004 par les chefs d’Etat lors du dernier sommet des chefs d’état à Nouakchott. Il s’agit de l’initiative ‘maîtrise de l’eau pour faire reculer la faim au Sahel’. La coalition mondiale pour l’eau au Sahel est une initiative des chefs d’Etat qui vise à capitaliser et à valoriser toutes les ressources en eau disponibles. Certainement, on sait qu’il y a la sécheresse mais il y a d’importantes ressources en eau pluviales qui sont souvent perdues au niveau des états sahéliens. Il s’agit donc pour nous de voir comment conserver toutes ces eaux, les utiliser pour développer une agriculture avec maîtrise de l’eau. Il ne s’agit pas seulement de grands aménagements de types ‘au fils du Niger’ mais il s’agit au niveau des villages les plus reculés de voir comment faire des bassins de rétention, des forages pour tirer l’eau et essayer de faire produire par ces populations qui sont confrontées non seulement aux problèmes de terre mais à des problèmes d’approvisionnement en eau. La coalition mondiale pour l’eau au Sahel vise justement cet objectif. Je pense que si nous arrivons à mettre en œuvre cette coalition, je suis sûr que d’ici 5 ans, les questions qu’on aura à se poser seront différentes de celles que l’on se pose aujourd’hui. En ce temps, peut-être que cela va vous faire rire, il faudrait que nos Etats se mettent dans les perspectives pas de gérer des crises alimentaires mais de gérer des surplus de production agricole. En fait, ce n’est pas qu’à chaque année que le Sahel a été déficitaire. Si vous voyez que cycliquement, nous avons des périodes difficiles, des périodes de baisse de production, c’est que les années fastes n’ont pas été suffisamment bien gérées et que les producteurs ont été découragés et se sont retrouvés obligés d’abandonner leurs parcelles. Par conséquent, le niveau de production va certainement baisser.  Désormais, à partir de là, on pensera à avoir comment nous allons réfléchir sur la gestion des surplus de production et non la gestion des crises alimentaires. Même s’il y a surproduction, il faudrait gérer et malheureusement les années où il y a surproduction les producteurs sont laissés à eux-mêmes et ne bénéficient pas de toute l’attention pour pouvoir vraiment gérer leur production. 

Africa n°1 : Rationaliser la gestion de ces eaux passe par des investissements lorsqu’il s’agira de construire des barrages ? 

Pr. Bretaudau : Pour les barrages, c’est une entreprise qui dépasse les réalisations du CILSS. De par ce que les Etats nous ont confié, nous devrons avoir une vue d’ensemble sur toutes les questions d’utilisation de l’eau. Les barrages, c’est des investissements assez intensifs qui relèvent d’autres structures. Mais il n’en demeure pas moins que nous, nous pouvons accompagner la mise en œuvre des barrages pour voir les études d’impact au niveau de la sécurité alimentaire. Nous ne sommes pas en reste mais je vois aujourd’hui difficilement le CILSS se mettre à la place d’autres structures telles que l’Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal ou même ce qui se fait actuellement au Niger avec le barrage de Kandaji, au Mali avec le barrage de Tansa. Mais le CILSS peut accompagner des politiques de ce genre pour pouvoir aider les Etats à avoir une hauteur par rapport aux questions de sécurité alimentaire dans ces zones.   

Africa n°1 : Beaucoup de nos pays importent le riz, bien que dans ces mêmes pays, on cultive le riz. Il y a là quelque chose qui paraît paradoxale. Est-ce que le CILSS ne penserait pas à faire campagne dans ce sens ? 

Pr. Bretaudau : C’est vrai qu’il faut consommer local. Les productions que nous avons notamment du riz au niveau de l’Afrique de l’Ouest sont insuffisantes pour couvrir les besoins des Etats qui produisent à fortiori des Etats qui en demandent. Au niveau de l’Afrique de l’Ouest, tous les pays sont des grands importateurs de riz. Je vais me référer à la déclaration du président sénégalais lors de son passage à Bamako où il a lancé un appel au développement de la riziculture, à la maîtrise de l’eau pour améliorer la production agricole. Tant que nous n’aurons pas domestiqué et valorisé les ressources en eau pour produire, nous n’allons jamais avoir une sécurité alimentaire durable. Lors de son passage à Bamako, le président sénégalais a lancé un appel dans ce sens. Je suis sûr que cet appel sera suivi d’effet. C’est vers ça aujourd’hui que nous devrions tendre si nous voulons avoir une sécurité alimentaire durable. 

Africa n°1 : Nos Etats sont souvent confrontés à des problèmes de mise en œuvre de leur décision politique. Est-ce que cela non plus ne constitue pas un handicap majeur dans la réussite de votre mission ? 

Pr. Bretaudau : Au niveau des Etats, je crois qu’il y a une volonté politique. C’est vrai qu’il y a des difficultés pour s’accorder sur certaines idées. Mais je crois qu’il y a une volonté politique de conjuguer nos efforts au niveau de tous les Etats pour faire face à notre destin commun. Là où se trouve peut-être le bât blesse, c’est au niveau des différents intervenants de la filière ou des différentes filières de production agricole. Les machines ne sont pas suffisamment organisées et structurées entre elles. Les différents intervenants ne sont pas suffisamment aguerris et outillés pour pouvoir assurer une gestion harmonieuse des différentes filières. Très prochainement, nous allons essayer d’échanger avec tous les différents partenaires sur toutes les questions d’organisation des marchés céréaliers en Afrique de l’Ouest. Nous allons aussi nous retrouver avec tous nos partenaires politiques de l’UEMOA et de la CEDEAO pour essayer de donner des directives et juguler les difficultés que nous traversons aujourd’hui. Le CILSS, à lui seul, n’a pas la force de faire face à toutes les difficultés que nous rencontrons aujourd’hui. C’est pour cela que ces deux institutions vont pouvoir nous appuyer pour avoir une issue beaucoup heureuse pour les consommateurs et les populations touchées par la situation. 

Africa n°1 : Au niveau des cotisations, est-ce que tous les Etats sont à jour ? 

Pr. Bretaudau : Pour les cotisations, tous les Etats ne sont pas à jour. Ce qui, aujourd’hui, m’a frappé : ce n’est pas le fait que les Etats ne soient pas à jour. C’est la volonté politique de soutenir le CILSS dans son combat. J’ai rencontré beaucoup de présidents de la sous-région. Aujourd’hui, ils soutiennent toutes les actions du CILSS. Les situations conjoncturelles des cotisations ne vont pas arrêter les actions du secrétariat exécutif du CILSS. Nous sommes sûrs et certains que dans les semaines et les mois à venir, tous les Etats qui ont accusé des arriérés vont pouvoir s’acquitter. Et ça, je suis très bien placé pour vous le dire. Avec tout le soutien des chefs d’Etat du CILSS, je me sens fort pour mener le combat. 

Africa n°1 : Mais ce soutien n’est que pour le moment moral. Alors, l’aspect matériel n’étant pas encore là, pensez-vous que le CILSS pourra continuer à mettre en exécution tous ses ‘rêves’ ? 

Pr. Bretaudau : Une fois que le côté politique est acquis, le côté matériel va suivre. Tous les Etats nous demandent des conseils et nous sollicitent à chaque fois qu’il y a des problèmes de sécurité alimentaire. Cela est un atout. Avec l’appui politique, cela va donner encore confiance aux bailleurs de fonds. Une des faiblesses du CILSS, c’est que moins de 5% de notre budget émane des cotisations des Etats. Mais c’est important. Et 95% du budget du CILSS, ce sont les donateurs. Avec une confiance retrouvée au niveau des Etats, je suis sûr que cela fera un déclic au niveau des bailleurs de fonds dans le sens de leurs intérêts pour le CILSS. 

Africa n°1 : Face aux problèmes vivriers qui se posent dans certains pays de votre zone de couverture, est-ce que cela ne va pas nécessiter une intervention spéciale de vos partenaires ? 

Pr. Bretaudau : Dans l’état actuel des choses, en dehors des populations vulnérables qui nécessitent d’un traitement rapproché, les Etats ont eu à prendre déjà des mesures très courageuses individuellement. En fait, les mesures individuelles profitent collectivement. Toute mesure prise au Sénégal a des répercussions au Mali. Je vais donner un exemple : tous les pays ont renoncé à leur droit d’importation. Les taxes d’importation ont été annulées pour un certain temps. L’importateur qui va amener des céréales au Sénégal à la frontière du Mali ne pourra pas empêcher que quelques kilos aillent alimenter des maliens au Mali. C’est pour cela que je dis que toute mesure prise dans un Etat profite d’une manière ou d’une autre à l’Etat voisin. Les chefs d’Etat ont eu à prendre des mesures courageuses qui sont de nature à réduire les souffrances de toutes les populations. La crise, la vie chère, la facture est ressentie par tout le monde. Evidemment, nous ne la ressentons pas de la même manière puisqu’en fonction du niveau du pouvoir d’achat de chacun la crise va être plus ou moins ressentie. 

Africa n°1 : L’Afrique, c’est aussi une dégradation permanente de l’environnement. C’est l’avancée du désert. A ce niveau, quelles sont les stratégies que vous êtes en train de mettre en œuvre ou en passe d’être exécutées ? 

Pr. Bretaudau : Nous avons aidé tous les pays de l’Afrique de l’Ouest du CILSS à définir leur programme d’action nationale de lutte contre la désertification. Ces documents sont prêts. Nous l’avions fait en collaboration avec la convention des nations unies pour la lutte contre la désertification. Mais ces programmes d’action nationale définis, qu’est-ce qui reste aujourd’hui ? C’est la mise en œuvre concrète des actions et des réalisations concrètes pour gagner sur la désertification. Nous nous battons avec les Etats pour voir comment avoir les ressources nécessaires pour mettre en application les résolutions de ces différents plans. 

Africa n°1 : Quelle est la part réservée à la formation des ressources humaines par le CILSS aux Etats membres ? 

Pr. Bretaudau : Aujourd’hui, peut-être que ce n’est pas connu, le CILSS dispose d’un très grand centre de formation qui se trouve à Niamey. La plupart des cadres et des techniciens formés en agrométéorologie dans tous les Etats membres y compris les autres Etats de l’Afrique de l’Ouest et même des Etats comme Haïti qui écrivent  pour nous demander de recevoir des auditeurs à former dans ce domaine. Beaucoup de cadres formés en agrohydrométéorolgie ont été formés au niveau du centre Agrimet de Niamey. Il s’agit aussi de cadres techniciens que de cadres ingénieurs master. Aujourd’hui, ce centre est un centre d’excellence pour l’étude sur les criquets migrateurs africains. C’est un centre spécialisé sur ces questions. C’est lui qui joue aujourd’hui l’essentiel du travail sur la maîtrise du criquet pèlerin. Les cadres qui ont été formés sont assez nombreux pour tous les Etats y compris les Etats de l’Afrique de l’Ouest et même ceux d’Afrique Centrale. 

Africa n°1 : Toujours dans ce cadre se rapportant au développement de l’agriculture, on sait très bien le rôle que jouent les femmes. C’est elles qui occupent en quelque sorte les devants de cette agriculture. Est-ce qu’il ne serait pas judicieux de mettre à la disposition de ces femmes ou du moins de développer ou d’initier pour ces femmes des micros projets pour évaluer dans le sens des activités génératrices de revenus ? 

Pr. Bretaudau : Vous venez de parler là de quelques réalisations du CILSS dont nous sommes très fiers et dont les pays partenaires sont très fiers aussi. Nous avons avec nos partenaires français et italiens deux projets. Dans ces deux projets, nous menons des activités et des actions en collaboration avec la société. Parmi les acteurs de la société civile, nous avons remarqué que les femmes sont assez dynamiques et occupent une place de choix.  Ces braves femmes ont assuré une très bonne gestion de tous les programmes qui ont été à leur disposition et de tous les programmes qui ont été financés. Ce que nous faisons comme réalisation dans les Etats c’est trop faible. Ce que nous faisons en matière de récupération de la désertification est moindre que ce que celle-ci nous arrache tous les jours. Quand la désertification cherche à récupérer 3x, nous, nous devons récupérer annuellement 6x. Voici comment on pourrait faire reculer le désert. Il est important pour nous de développer des outils qui vont à une vitesse plus grande que le processus de désertification. Ce processus est continu. Il faudrait que nous ayons une vitesse contre courant plus importante que ce processus. C’est ainsi seulement qu’on pourra commencer à l’avaler. Sinon, la désertification va nous avaler tous. Aujourd’hui, Abidjan qui se trouve en pleine forêt va se retrouver un jour en plein milieu du désert. Même les pays côtiers sont concernés par le processus de désertification. Si jamais, toutes les terres arables sont terminées en Mauritanie et au Mali, ce serait vraiment catastrophique. Le processus de désertification est aujourd’hui lié à ce qu’on appelle couramment les changements climatiques. La sécheresse à l’époque, c’est une forme de changement climatique. Les changements climatiques, on les a abordés avant qu’on ne vienne nous en parler. Rien ne sert de parler de désertification, de sécheresse ou de changement climatique, ce qu’il y a, il faut agir. On a assez de connaissances scientifiques, d’informations et de résultats pour essayer de gagner la lutte contre les changements climatiques, la lutte contre la désertification. 

Africa n°1 : Le président libyen a réussi à mettre en place les fleuves artificiels. Pourquoi cela n’est pas possible dans les autres pays africains du Sahel ? 

Pr. Bretaudau : C’est possible mais encore faudrait-il avoir les moyens. Je vais vous donner un petit exemple qui a été fait. Je suis du Nord du Mali. J’ai fait mon lycée à Tombouctou. Ça fait plus de 50 ans que le fleuve Niger ne coulait plus à Tombouctou. Aujourd’hui, je vous dis qu’il coule de nouveau à Tombouctou. Le Mali avec le président khadafi ont eu à faire des investissements importants et à recreuser le bras du fleuve qui va du fleuve à Tombouctou. Cela veut dire que cela demande des moyens. Au-delà de ça, nous savons que nos pays sont riches en eau souterraine. Ces eaux souterraines peuvent être utilisées. C’est pour cela que l’eau même c’est plus cher que le pétrole. Le pétrole, ça ne se boit pas. C’est vrai que c’est de l’énergie. Aujourd’hui, si vous essayez de voir toutes les potentialités que nous avons en eaux souterraines et en eaux pluviales, je suis sûr et certain que nous pouvons venir à bout de ce processus de désertification. Je dis bien essayer de capitaliser la pluviométrie et non attendre de subir les effets de la pluviosité. Il est impératif de chercher à gagner le combat sur la désertification  pour pouvoir fixer les populations et leur permettre d’avoir exactement les conditions de vie qu’elles vont chercher en Europe et dans les différentes capitales qu’elles vont chercher en Afrique de l’ouest.   

Interview réalisée conjointement par : 

Salem Mejbour Salem(Africa n°1)  Cheikh Tidiane Dia(Le Rénovateur Quotidien-Mauritanie) 

Kissima Diagana(La Tribune-Mauritanie) 

( 21 avril, 2008 )

Musique traditionnelle mauritanienne

Michel Guignard lève un mystère sur l’origine de la musique maure 

 

Ce jeudi 17 avril, à 20 heures, le Musée National de Nouakchott a accueilli Michel Guignard pour une présentation générale sur la musique traditionnelle maure. Cette rencontre rentre dans le cadre d’une série de manifestations artistiques que compte tenir le Musée National sur la musique traditionnelle mauritanienne de manière générale. Michel Guignard, ce brillant ethnomusicologue, comme il aime à se définir, est un grand spécialiste de la musique maure. 

Devinez…des moquettes  bien déroulées, des fauteuils et des chaises bien rangées. Ajoutez-y des rafraîchissements ! Le tout dans une ambiance musicale où vibrent tidinit, ardine et hoddu. Quoi de plus naturel pour accueillir un fin connaisseur de la musique traditionnelle maure en la personne de Michel guignard ! Ce jeudi 17 avril, à 20 heures, le Musée National de Nouakchott accueillait ce chercheur français en ethnomusicologie pour présenter ‘un cours magistral’ sur la musique traditionnelle maure. Cette rencontre rentre dans le cadre d’une série de manifestations artistiques que compte organiser le Musée National sur la musique traditionnelle mauritanienne.

                                                                 michelguignard.jpg 

Il faut remonter les pentes du temps, au milieu du 20ième siècle, pour comprendre les raisons qui ont poussé Michel Guignard à s’intéresser de manière passionnée et désintéressée voire même jusqu’à devenir accro à la musique traditionnelle maure. Les raisons sont, bien évidemment, très, très vieilles. «J’étais à Bir Moghréin, se souvient-il encore(dans la wilaya de Tiris-Zemmour, NDLR). Parfois, tous les griots se rencontraient pour organiser un spectacle. J’étais subjugué par ces griots, par ces personnages-là hauts en couleurs et les relations bizarres qu’ils ont avec les gens, complètement différents de tout ce que je connaissais, puis, la musique, elle-même qui est très riche. Les modes, tout ça, c’était très bizarre. Ça n’existait pas ailleurs en Afrique. » 

Suffisant pour piquer et éveiller sa curiosité qui commençait à le dévorer. A cette période, il était encore un jeune capitaine de l’armée française. Nous étions en 1962. Juste deux ans après l’accession de la Mauritanie à la souveraineté internationale. Il voyage à l’intérieur du pays, découvre beaucoup de choses et surtout rencontre les grands griots de la musique traditionnelle maure. Il décide alors d’entreprendre un travail sérieux et élaboré sur cette musique maure qui la fascine tant. Ainsi débutent ces travaux de recherches. En 1975, il regroupe  la somme de ces recherches et publie son premier livre sur la musique traditionnelle maure dont le titre seulement est évocateur ‘Musique, honneur et plaisir au Sahara’. 

Au cours de son succinct exposé mais riche de renseignement sur la musique traditionnelle maure, de la musique pular à la musique mandingue en passant par la musique maure, Michel Guignard a brossé les similitudes entre ces musiques nomades dans lesquelles on retrouve presque les mêmes instruments : flûte, violon. 

Au cours de son exposé, il est revenu sur l’origine de la musique traditionnelle maure que certains soutiennent avec mordicus qu’elle est d’origine arabe. Cette thèse, aujourd’hui, est la plus répandue dans notre pays. Par contre, d’autres pensent qu’elle est plutôt soudanaise. Michel Guignard qui a fait des recherches assez poussées là-dessus nous explique que la musique maure a trois racines : arabe, berbère et soudanaise. Son explication est assez édifiante sur le complexe d’infériorité que certains voudraient entretenir en voulant faire savoir à tout le monde que la musique traditionnelle maure est à 100% arabe. Ce qui part en contradiction avec les différentes modes qui composent cette musique. «Il y a certainement des racines berbères qui sont occultées comme tout ce qui est berbère. Il n’y a que les notes qui sont restées. On ne sait rien sur les berbères. On sait très peu de choses sur eux. On devrait pouvoir savoir un peu si on voulait. C’est vrai que les Arabes sont venus ici. Mais, ils n’étaient pas de grands chercheurs ou grands musiciens venus de Bagdad. C’était des chameliers, des tribus chamelières assez agressives », commente Michel Guignard, cet ethnomusicologue reconnu par ses confrères par tous les griots musiciens traditionnels maures. 

Partisan d’une musique évolutive, Michel Guignard regrette aujourd’hui le chemin dans lequel s’est enlisé la musique traditionnelle maure c’est à dire la disparition des veillées nocturnes sous le Khaima qui ont fait le charme de la musique traditionnelle maure. Cette perte, soutient-il, participe à la disparition des griots. 

 

Babacar baye Ndiaye                      michelguignard.jpg 

 

( 16 avril, 2008 )

Université de Nouakchott: Etats des lieux d’une institution à l’article de la mort

A certaines heures de la journée, moins qu’un temple du savoir, l’Université de Nouakchott ressemble à une pétaudière. Ça s’esclaffe à gauche, ça converse à droite. Le tout dans une ambiance moribonde.

Dans ce tohu-bohu, lorsque vous demandez à un étudiant quelconque ce qu’il pense de l’Université, il vous répond sans fioritures : ‘La situation est catastrophique’. On a constaté que lorsque les bacheliers entrent à l’université de Nouakchott, ils déchantent très vite. Eux qui pensaient que tout allait se passer comme dans le meilleur des mondes possibles, que tout se passerait vite comme dans un conte de fée se rendent à l’évidence d’une réalité qu’ils ont du mal à fourguer : le découragement qui revient tout le temps dans leurs propos.

Depuis sa création à nos jours, l’Université de Nouakchott n’a pas véritablement réussi à s’accrocher au train de l’évolution du monde en termes d’enseignement. Elle aura aussi été mêlée à toutes les sauces idéologiques et politiques. 

Aujourd’hui, la  seule université du pays va mal ! Etudier à l’Université de Nouakchott est un véritable calvaire pour les étudiants mauritaniens qui n’ont eu d’autres choix que de déposer leurs baluchons dans cette institution aux mille et un problèmes qui ne se résolvent jamais, dans cette institution qui patauge dans l’indifférence et l’oubli total. Comme si cette institution devait servir à former des générations sacrifiées !

«Les étudiants sont trop fatigués, explique Ibrahima Abdoulaye Diallo étudiant en 1re année de philo-Sociologie. On ne dispose pas assez de moyens pour faire de très bonnes études. On n’a pas de bibliothèque. On n’a rien du tout ! »  

Les infrastructures, justement. Sur ce plan, pour la documentation, les étudiants mauritaniens notamment les francisants sont astreints de se rendre au niveau du centre culturel français ou du centre culturel marocain. L’Université de Nouakchott est la seule université au monde où la sociologie et la philosophie sont compactées dans un seul département appelé ‘Philo-Sociologie’.

Dans ce département, les étudiants sont mêlés comme des vaches, des moutons et des chèvres dans un seul enclos. Du dire des étudiants du même département, ce n’est pas une sinécure. Les salles ne sont pas confortables. Les chaises manquent. 

Contrairement à Ibrahima Momar Bousso, étudiant en 2ième année de Biologie et de Géologie à la Faculté des Sciences et Techniques, lui, Ibrahima Abdoulaye Dia, originaire de Bababé au sud de la Mauritanie peut bien se frotter les mains puisqu’il bénéficie d’une bourse d’études de 8.500 UM. «Mais, ça ne satisfait pas la moyenne de mes besoins », se plaint-il. Les bourses sont limitées. Seuls de rares étudiants en bénéficient.

Les critères d’attribution y sont pour quelque chose. Pour avoir une bourse, il faut avoir le bac, tenez-vous bien,  à l’intérieur du pays pour pouvoir prétendre d’abord à une bourse et ensuite être âgé de moins de 24 ans. Même en 2ième année, tous les étudiants ne bénéficient qu’une aide sociale de 20.000 UM pour toute l’année. Et pour avoir cette modique somme, il faut courir de gauche à droite. 

Par rapport à l’enseignement, les étudiants mauritaniens se sacrifient autant qu’ils le peuvent pour essayer de comprendre mais à vrai dire, ce n’est pas prometteur, pense-t-on ici, à l’Université de Nouakchott. A ce rythme-là,  «il n’y aura pas de bons cadres sauf pour ceux qui vont sortir du pays et aller en Europe pour y continuer leurs études supérieures », soutient Bocar Ly, car selon ses dires, la formation ou plutôt l’enseignement qui est dispensé à l’Université de Nouakchott est très mauvais.

Et ce dernier compte un jour sortir du pays, comme d’autres avant lui, pour aller poursuivre ses études à l’étranger. Ce que rêvent bon nombre d’étudiants mauritaniens ! Les demandes d’inscription dans les universités françaises notamment parlent d’elles-mêmes et prouvent cette obsession qu’ont les étudiants mauritaniens à aller poursuivre leurs études ailleurs. 

Faute de grives, les étudiants mauritaniens mangent des merles. Les facultés laissent à désirer. C’est à croire à peine si elles sont de véritables facultés car elles sont mal équipées. A l’Université de Nouakchott, les moyens techniques posent énormément de difficultés. Par exemple, à la Faculté des Sciences et Techniques, là où sortent nos ingénieurs, il n’y pas assez de laboratoires et de matériel pour pouvoir réellement faire des Travaux Pratiques(TP).

Conscients de leur devenir et du sort de leur institution, les étudiants de l’université de Nouakchott se constituent de plus en plus en associations communautaires pour défendre leurs intérêts et essayer de surmonter certaines difficultés d’ordre estudiantin ou intellectuel. L’Université, dans toute sa ‘grandeur’ ne dispose que de deux amphithéâtres, l’un qui se trouve à la faculté des sciences juridiques et économiques, le plus grand de toute l’Université et l’autre à la faculté des lettres et sciences humaines. 

Offusqués, les étudiants ne ratent jamais l’occasion pour jeter des pierres dans la marre. Parmi eux, Abdoulaye Ibra Ba, étudiant en 2ième année de droit qui pense que l’une des tares qui gangrène leur institution, c’est le favoritisme. «On est avec des étudiants maures, raconte-t-il, qui ne savent même pas écrire une phrase correcte en français. Pendant les délibérations, ils passent devant nous. Ça s’est bizarre quand même alors que nous suivions tous nos cours pendant toute l’année universitaire pour avoir une bonne moyenne. » 

Issus souvent de famille peu aisée, certains étudiants se voient obligés, après l’obtention de leur baccalauréat, de venir s’inscrire, malgré eux, à l’Université de Nouakchott, pour y poursuivre des études supérieures. 

Le spectacle qu’offre parfois l’enceinte de l’Université est extraordinaire. Partout, c’est la queue leu leu ! Comme par exemple, aux bureaux des inscriptions. 

Autre dilemme pour les étudiants. La carte de transport, c’est le merle blanc. «Tous les étudiants veulent avoir la carte de transport, explique Ibrahima Abdoulaye Dia. Il y a certains, fatigués de se faire renvoyer aux calendes grecques, finissent par laisser tomber. D’autres, comme moi, parce qu’ils habitent loin, sont obligés de se sacrifier pour avoir une carte de transport. » 

L’obtention d’ailleurs de cette carte de transport ne signifie guère la fin du calvaire. Car, les chauffeurs ne veulent pas ‘embarquer’ dans leurs ‘caisses’ les étudiants et ceci en violation des accords signés entre eux et le gouvernement. «Les chauffeurs de bus ne s’arrêtent pas lorsqu’ils te voient avec un classeur entre les mains, poursuit-il. Ils sont agacés pour attendre. Et nous, nous n’avons pas d’autres solutions. Nous sommes une génération sacrifiée. L’Université ne promet rien à ses enfants.» 

Que dire de la bouffe au restaurant ? Les étudiants la jugent nulle et très mauvaise. Pas de petit déjeuner encore moins de dîner ! Et cela est valable pour les étudiants qui résident dans le campus universitaire. Le ticket revient à 50 UM. Imaginez dans quelle situation alors doit se retrouver un étudiant non boursier qui vient des viscères de la Mauritanie, qui crèche dans les quartiers périphériques de Nouakchott et obligés de passer la journée à l’Université pour réviser. 

Avec des méthodes plombées et lacunaires, le système d’éducation mauritanien ne vaut pas son pesant d’or. Les programmes sont séculaires et ringards. Et voilà depuis plus de 20, 30 ans que cela dure et perdure au grand désavantage des étudiants mauritaniens. Conséquence : le niveau s’affaiblit de plus en plus. Les états généraux tant annoncés au début de l’année tardent à voir le jour.

La dernière batterie de réformes qui a été utilisée n’a pas donné les effets escomptés. Et les autorités continuent toujours à persister et à s’entêter dans leurs démarches en pensant qu’elles ont pris la bonne option ou qu’elles sont assises sur la bonne branche. Les défaillances du système sont visibles à l’œil nu. «Je connais un arabisant qui fait actuellement le bac C. Mais il est incapable d’écrire une lettre correcte en arabe », ironise Mohamed Abdallahi, étudiant en 1ière année d’interprétariat en Anglais. 

«Le Ministère de l’éducation nationale, enchaîne un autre étudiant, se soucie peu de la réussite des élèves et étudiants. Le système s’invente du jour au lendemain. On ne sait pas où se situe le bon chemin. Les autorités doivent se concerter et essayer de créer quelque chose de prometteur pour la future génération. Nous, nous savons déjà que notre génération a sombré dans l’obscurité. »

Hélas, c’est la triste réalité. Le fractionnement du système éducatif mauritanien, d’une part l’arabisation et d’autre part la francisation, où est-ce qu’il nous a mené ? Et la radioscopie faite sur l’Université de Nouakchott n’est guère rassurante encore moins prometteuse. Les étudiants eux-mêmes en sont conscients.

Dans un article récemment publié dans ‘L’Etudiant’, le premier journal étudiant mauritanien, Ousseynou Birama Cissé, rédacteur en chef dudit journal n° 13 du 07 avril au 25 avril écrivait ceci : «L’Université est malade. Malade d’elle-même du fait de son incapacité à pouvoir accueillir les braves fils de ce pays même malgré le faible taux de réussite.

Malade du fait de son incapacité à faire face aux défis de l’éducation en termes de structures et de réformes. Malade de ses administrateurs qui pour la majorité ignorent leur devoir envers la nation et par conséquent ne remplissent pas la fonction. Malade du fait de ses docteurs que l’adjectif ‘d’irresponsables dicteurs’ qualifie. Malade de ses enseignants qui sous le regard complice de l’administration s’absentent ou dispensent les cours en 30 mn. Malade incontestablement et essentiellement de son système de recrutement. » 

Alors une question : sommes-nous véritablement dans une Université ? Non, rétorquent les étudiants. En nommant le docteur Isselkou O. Ahmed Izid Bih à la présidence de l’Université de Nouakchott, le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi n’a fait rendre à César que ce qui lui appartient.

Etant au parfum des réalités de l’Université (promiscuité, absence de bureaux décents, de centres documentaires dans les facultés, faible capacité d’accueil et de logements des étudiants, inexistences des activités culturelles, sportives et créatives…), les étudiants fondent beaucoup d’espoir sur lui pour sortir l’Université de Nouakchott de sa léthargie.

Avec un effectif d’étudiants qui gonfle comme une mayonnaise d’année en année, l’Université de Nouakchott est devenue trop petite pour accueillir les nouveaux bacheliers. Déjà, on estime à plus de 12.000 le nombre d’étudiants inscrits à cette université. Dans le cadre de répondre aux urgences de cette institution, l’état mauritanien a décidé de construire un nouveau campus universitaire.

En outre, et toujours dans le cadre de la rénovation de l’Université de Nouakchott, des financements ont été obtenus pour la construction d’une nouvelle faculté des sciences et techniques, des locaux de la présidence de l’Université, une bibliothèque et un centre d’enseignement à distance. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 16 avril, 2008 )

Thiédel Mbaye: »Dans tout le monde entier, c’est la Mauritanie seule qui néglige ses artistes. Parfois, c’est décourageant. Tu fais un concert gratuit, la population ne vient pas »

 

D’origine griotte, cette diva mauritanienne, dont l’amitié avec Baba Maal n’est plus à prouver, a laissé sa carrière de comptable pour se consacrer à la musique, sa passion. Dans l’interview suivante que Thiédel Mbaye, qui n’est plus à présenter, nous a accordé, elle y évoque entre autres sujets l’indifférence totale dans laquelle baigne la musique mauritanienne.                                                                                                   

                                                                        ae62e5de941.jpg  

Le Rénovateur Quotidien : En Mauritanie, on n’accorde pas assez de crédit à la musique. Les structures manquent. Il y a, en plus de cela, un problème de coordination entre les musiciens. Comment voyez-vous l’avenir de la musique mauritanienne ? 

Thiédel Mbaye : La situation dans laquelle s’est retrouvée la musique mauritanienne est vraiment inquiétante. La situation des artistes est aussi préoccupante. L’art n’a pas sa juste valeur en Mauritanie. Tu peux être artiste, tu fournis des efforts, tu fais tes cassettes, même un concert gratuit, la population n’est pas prête à venir regarder. C’est vraiment un véritable souci pour tous les artistes. On est en train de se battre, de nous structurer, de former des associations regroupant des artistes, avoir un syndicat des artistes, lutter contre la piraterie et forcer la population à venir vers les artistes. Dans tout le monde entier, c’est la Mauritanie seule qui néglige ses artistes. Parfois, c’est décourageant. Tu fais un concert gratuit, la population ne vient pas. Un artiste étranger vient ici, il fait les billets à 4.000 ou 10.000 UM, la salle est pleine. C’est vraiment révoltant !

 

Le Rénovateur Quotidien : Récemment, un bureau regroupant tous les artistes mauritaniens a été mis en place. Qu’en pensez-vous ? 

Thiédel Mbaye : Nous avons deux bureaux qui réunissent tous les artistes mauritaniens. Le bureau présidé par Mohamed Méidah et l’autre par Ahmed Abba appelé ‘Bureau Mauritanien pour la Promotion de la Musique’ dont je suis membre actif. Avec ces bureaux reconnus par l’Etat mauritanien et soutenu par le Ministère de la Culture et de la Communication, nous pensons que cela va permettre aux artistes de résoudre leurs difficultés.

 

Le Rénovateur Quotidien : On a remarqué qu’en Mauritanie, il n’y a pas une structure qui défend les œuvres des artistes. Est-ce que cela ne pose pas aussi problème ? 

Thiédel Mbaye : Ça pose énormément de problèmes ! J’ai produit deux albums (‘Jombajoo’ ou la mariée en 2002 et ‘Khuman Biné’ ou l’analphabète en 2005) mais ils ne sont protégés qu’au Sénégal par la BSDA (Bureau Sénégalais des Droits d’Auteur, NDLR). En Mauritanie, les productions se piratent de manière incroyable. Il n’y a pas un bureau qui protége les droits d’auteur et les artistes. Il est impossible aux artistes mauritaniens de défendre leurs œuvres. Aujourd’hui, ils ne vivent pas de leur art. Donc, si les œuvres ne sont pas protégées, c’est vraiment quelque chose d’extraordinaire.

 

Le Rénovateur Quotidien : Au niveau de votre association, avez-vous pensé à mener des démarches pour essayer de mettre en place une pareille structure ? 

Thiédel Mbaye : Notre seul souci d’ailleurs, c’est d’avoir un bureau qui va défendre les droits d’auteur. Chaque artiste doit protéger ses œuvres parce que c’est la seule ressource qu’il a.

 

Le Rénovateur Quotidien : Depuis quelques temps, on ne vous voit pas. Est-ce qu’on peut penser que les feux de Thiédel Mbaye sont éteints ? 

Thiédel Mbaye : Non ! Je suis en train de me préparer pour sortir mon 3ième album. Je reviens d’une tournée au Sénégal dans la région du fleuve. Je m’apprête aussi à y aller dans le cadre encore d’une tournée. Le 24 avril prochain, je serai à Podor pour participer au Festival des Blues du Fleuve organisé par Baba Maal. Nous sommes en train de faire nos répétitions.

 

Le Rénovateur Quotidien : Apparemment, vous jouez beaucoup dans la région du fleuve ? 

Thiédel Mbaye : C’est vrai ! J’y suis très sollicitée. On est en train de faire notre promotion pour notre prochain album.

 

Le Rénovateur Quotidien : Et il va sortir quand ? 

Thiédel Mbaye : On a prévu cela pour le 5 juin. Incha Allah !

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous n’avez pas participé à la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades. Quelle est votre réaction ? 

Thiédel Mbaye : On m’avait proposé mais je ne pouvais pas participer. Je n’ai pas essayé de le faire car je savais que la date n’allait pas me trouver en Mauritanie. J’étais en tournée que j’avais programmé 6 mois auparavant.

 

Le Rénovateur Quotidien : Et pourtant vous êtes actuellement à Nouakchott ? 

Thiédel Mbaye : Oui, je suis là ! Mais je n’ai pas participé malheureusement !

 

Le Rénovateur Quotidien : Et pourquoi ? 

Thiédel Mbaye : On ne m’a pas contacté officiellement. Et puis le fait de ne pas participer à la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades ne m’a guère dérangé parce que j’avais participé à la 3ième édition.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous n’éprouvez aucun regret ? 

Thiédel Mbaye : NON ! Aucun regret !

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes une artiste bien connue mais on ne vous a jamais vu faire un duo avec un artiste mauritanien ? 

Thiédel Mbaye : Lorsqu’on se rencontre dans les concerts, on fait des duos. Par exemple, Ousmane Gangué, on a beaucoup joué ensemble. Avec Baba Maal, lorsqu’il fut invité par des boghéens, il a fait un morceau dans lequel tous les artistes mauritaniens ont chanté ensemble. C’est par des occasions de cette nature qu’on peut chanter ensemble sinon quelqu’un t’invite à une soirée, tu viens et tu chantes.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous et Baba Maal, vous semblez entretenir de bonnes relations ? 

Thiédel Mbaye : Baba Maal, vraiment, c’est mon idole ! Et puis, c’est une référence pour moi et c’est un ami personnel aussi.

 

Le Rénovateur Quotidien : Et lui, a-t-il essayé de faire quelque chose pour vous? Par exemple vous produire ? 

Thiédel Mbaye : Il a beaucoup fait pour moi. Il me conseille. C’est lui qui m’a beaucoup encouragé à faire des tournées dans la région du fleuve. La musique que je joue les Hal poular s’y identifient. Il faut vraiment les convaincre, les voir pour qu’ils admirent ta musique ou l’accepter pour que tu puisses percer. Je suis très connue sur le plan international. J’ai  fait des tournées en Europe, aux Etats Unis d’Amérique. Mais dans la région du fleuve, c’est maintenant qu’ils commencent à me découvrir, à travers les radios privées sénégalaises. C’est pour cette raison que je multiplie mes tournées dans cette zone, de faire une bonne promotion de mon futur album.

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous envisagez de faire un duo avec Baba Maal ? 

Thiédel Mbaye : Oui, nous l’envisageons ! Pour mon prochain album, je tiens vraiment à ce qu’il y participe. Il m’a promis qu’il va chanter un morceau avec moi.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes une femme. Est-il facile pour vous d’être un chef d’orchestre ? 

Thiédel Mbaye : Oui ! C’est très, très difficile ! En ce qui me concerne, je demeure toujours avec les membres fondateurs de mon groupe. Mon orchestre est composé de musiciens stables et j’en suis très fière. Mes musiciens n’ont aucun problème et ils me comprennent et me soutiennent. Je n’ai pas de musiciens nouveaux dans mon groupe. Je n’ai pas un problème de musicien. Je n’ai pas un problème pour assurer mon rôle de chef d’orchestre. Nous sommes des musiciens qui s’estiment beaucoup.

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes aussi mère de famille et on sait que vous voyagez beaucoup. Avez-vous l’esprit tranquille lorsque vous laissez votre famille derrière vous ? 

Thiédel Mbaye : C’est un peu difficile pour chaque mère de famille d’être obligée de se séparer de ses enfants surtout lorsqu’ils sont peu âgés. Ma fille benjamine est née en 2000. J’ai une grande famille (machaa allah !) mais j’ai de petits-fils qui vont à l’école. Certainement, mon absence leur manque beaucoup. Mais c’est un choix. Je dois le respecter.

 

Le Rénovateur Quotidien : Sur scène, vous êtes bien maquillée et raffinée. Mais à la maison, comme je vous ai  retrouvée (elle était habillée en sœur musulmane), vous êtes très simple. Pourquoi cette ambivalence dans l’accoutrement ? 

Thiédel Mbaye : Je défends une culture un peu compliquée. Je suis griotte d’origine. Je suis en train de promouvoir la culture griotte. Donc, l’artiste se voit à travers son comportement et son accoutrement. A la maison ou en ville, je porte tout ce que je veux mais sur scène, c’est un pari. Là, je dois porter des habits respectables. A cause de la population, de mon public, à travers aussi la musique que je suis en train de défendre. Je suis obligée de porter des habits présentables.

 

Le Rénovateur Quotidien : Et vous estimez que vous avez un rôle à jouer dans le rayonnement de la culture griotte ? 

Thiédel Mbaye : Certainement ! Car c’est mon appartenance à la culture griotte qui m’a poussé à faire de la musique. Je suis griotte d’origine, de père et de mère, d’une grande famille griotte très respectée. Peut être à long terme, je pourrai changer d’accoutrement parce que la musique est un peu curieuse. Plus tu tends vers le professionnalisme, plus le public demande autre chose.

 

Le Rénovateur Quotidien : La musique exige maintenant beaucoup de professionnalisme. Avez-vous pensé à vous professionnaliser, à rentrer réellement dans le milieu du showbiz ? 

Thiédel Mbaye : Effectivement ! Parce que c’est la seule issue qui peut permettre à un artiste aujourd’hui de se faire découvrir et de se faire connaître davantage. Au début, tu ne peux pas être un professionnel. Tu es obligé d’être un amateur mais à un moment donné, il faut que tu te professionnalises en ayant un manager, un groupe structuré si tu tiens vraiment à faire une carrière musicale. Cela est impératif !

 

Le Rénovateur Quotidien : Comment pouvez-vous nous expliquez le fait que vous soyez une artiste un peu effacée de la scène musicale ? 

Thiédel Mbaye : C’est curieux ! J’ai mes soirées. Parfois, quand on m’invite, je viens. Mais je suis une femme un peu réservée. Je crois qu’il faut travailler d’abord et ensuite pouvoir faire des choses grandioses. J’étais très fréquente sur la scène musicale mauritanienne. Je faisais des soirées gratuites. Je suis très impliquée dans la sensibilisation de certaines campagnes comme la lutte contre le sida, l’analphabétisme…A un moment donné, je me suis retirée. Mais actuellement, je suis en train de faire un nouveau répertoire, de revoir ma musique et de la parfaire surtout.

 

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous fait les bancs ? 

Thiédel Mbaye : Oui ! J’ai fait les bancs jusqu’en terminale. Et je suis comptable de profession. J’ai travaillé pendant 4 ans au ministère du développement rural.

 

Le Rénovateur Quotidien : Et vous travaillez toujours là-bas ? 

Thiédel Mbaye : Non, non ! J’ai choisi la musique. J’ai abandonné depuis 5 ou 6 ans. Je ne vis que de ma musique et en plus je voyage beaucoup.

 

Le Rénovateur Quotidien : Certainement, vous devez être riche ? 

Thiédel Mbaye : Je ne suis pas riche. C’est une passion. Aucun artiste mauritanien, comme je l’ai dit tantôt, ne vit de son art. Mais seulement, c’est un choix et je suis prête à tout pour uniquement faire carrière dans la musique. Ce n’est pas que j’en profite comme je veux mais je sais que je laisserai une trace qui sera peut être suivie par mes enfants. Je ne vois que la musique. J’ai toute ma famille qui réside à Paris. Mes frères et mes sœurs vivent en France et ont la nationalité française. Donc, je n’ai pas un problème de nécessité.

 

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous de la nouvelle génération de chanteuses qui est en train de vous bousculer ? 

Thiédel Mbaye : La musique, ce n’est pas une course ! La musique, il faut d’abord la connaître, chercher à la connaître et avoir du temps pour ça ! Mais dès que tu commences à chantonner, tu crois que tu es au niveau, non ! Elles n’ont qu’à être très gentilles, revoir leurs textes et surtout essayer de tendre vers le professionnalisme.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous jouez de la musique traditionnelle. Actuellement, on constate qu’elle est mélangée à toutes les sauces. N’avez-vous pas peur qu’elle ne disparaisse ? 

Thiédel Mbaye : Je fais de la musique tradimoderne mais je tiens beaucoup à la musique traditionnelle. C’est vrai qu’elle a tendance à disparaître. Personnellement, j’ai fait beaucoup de recherches au niveau de mes grands-mères pour mieux connaître cette musique. C’est une musique que je maîtrise parfaitement. Mais j’ai peur que cette génération ou les générations futures n’y comprennent rien du tout ! Ils ont tendance à jouer du mbalax alors qu’il faut d’abord connaître et maîtriser la musique traditionnelle. A partir, tu peux faire des mixages autant que tu voudras.

 

Le Rénovateur Quotidien : Comment expliquez-vous le fait que la musique mauritanienne devienne de plus en plus influencée par d’autres styles musicaux comme le mbalax ? 

Thiédel Mbaye : C’est vraiment dommage ! La Mauritanie est un pays diversifié. C’est un pays qui est culturellement riche. Mais c’est malheureux que ça ne soit pas exploité. Les gens, dès qu’ils entendent un certain sénégalais ou un malien faire de la musique, ils croient que c’est la meilleure musique. Alors que la musique mauritanienne, je ne trouve pas mieux que ça. Il faut vraiment que les gens promeuvent cette musique en lui donnant sa juste valeur. Les artistes mauritaniens sont vraiment influencés aujourd’hui par des musiques étrangères.

 

Le Rénovateur Quotidien : Si vous aviez un message à faire passer à l’endroit des autorités culturelles de ce pays, que leur diriez-vous ? 

Thiédel Mbaye : C’est d’avoir un conservatoire pour conserver la musique traditionnelle qui est une partie de notre vie. C’est une partie aussi du développement parce que l’artiste peut bien participer au développement d’un pays mais qu’à travers ses œuvres. Le Ministère de la Culture et de la Communication doit fournir beaucoup d’efforts pour aider les artistes.

 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

ducdejoal@yahoo.fr

 

 

 

 

 

 

( 16 avril, 2008 )

Débrayage des enseignants du secondaire

Après le départ en grève des professeurs de l’enseignement supérieur pour 45 jours, voilà que ceux du secondaire entrent dans la danse. Visiblement suivi, le mot d’ordre du SIPES a gagné tous les établissements secondaires publics du pays. Seules les écoles privées ne s’y sont pas mêlées pour des raisons pécuniaires. A quelques exceptions près, comme dans certaines villes de l’intérieur du pays comme Kiffa ou Kaédi, ce mouvement de grève de 3 jours consécutifs lancé par le Syndicat Indépendant des Professeurs de l’Enseignement Secondaire(SIPES) a été suivi sur l’ensemble du territoire national. Les autorités du Ministère de l’Education Nationale semblent être prises de court par la célérité des événements qui ont affirmé faire de leur mieux pour trouver des solutions à leurs revendications. 

Ce mouvement de grève est né à la suite d’une insatisfaction de la part du Syndicat Indépendant des Professeurs de l’Enseignement Secondaire de leur plate-forme revendicative dont les points substantiels portaient sur la non – révision du statut des enseignants, l’augmentation de la prime d’incitation, l’instauration de prime d’acquisition de documentation, la réouverture des concours de recrutement ministériel et le non paiement de l’indemnité d’éloignement. 

Intervenu à moins de deux mois de la fin de l’année scolaire, ce mouvement de grève lancé par le SIPES est analysé comme une volonté manifeste de saborder l’année scolaire et surtout d’utiliser le terrain syndical pour assouvir leurs revendications. Selon certaines sources concordantes, des garanties formelles ont été pourtant données par le Ministère de l’Education Nationale qui a reçu le SIPES en vue de négocier sur les différents points contenus dans sa plate-forme revendicative. 

Avec cette grève, le SIPES récidive. On se rappelle, il y a 3 mois, le même syndicat avait lancé un mot d’ordre de grève d’une journée qui était mal suivi. Mais cette fois-ci, le syndicat semble taper fort car cette grève de 3 jours est suivie par l’ensemble des professeurs du secondaire du pays. Ces derniers, aujourd’hui, sont accusés de vouloir torpiller l’année scolaire en cours en brandissant l’arme des revendications qui ont fait l’objet d’une série de négociations avec le Ministère de l’Education Nationale pour trouver des solutions.  Cette grève qui devra en principe durer 3 jours va-t-elle se poursuivre si le Ministère ne parvenait pas à satisfaire tous les points contenus dans la plate-forme revendicative du Syndicat Indépendant des Professeurs de l’Enseignement Secondaire ? 

Le premier jour du mot d’ordre de grève légalement lancé par le Syndicat Indépendant des Professeurs de l’Enseignement Secondaire a été un franc succès. Notamment, à Nouakchott, où tous les professeurs de l’enseignement secondaire ont observé ce mouvement de grève. Selon le coordonnateur du SIPES à Tiris-Zemmour, monsieur Souleymane O. Boyba, le mot d’ordre de grève a été suivi à 100% dans cette wilaya même si à Bir Mogrhéin il a été relevé un cas de défaillance de 45 mn. 

Selon les dernières informations que nous avons eues, le Ministère de l’Education Nationale est toujours ouvert au dialogue avec les partenaires sociaux dans le but de protéger l’enseignement secondaire d’une turbulence dont les victimes premières seraient les élèves.   

Babacar Baye Ndiaye 

( 16 avril, 2008 )

Clôture de la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades

Tinariwen et Sékouba Bambino ont mis le feu au stade du Ksar 

 

Tout est bien qui finit bien. Eh ! Oui, la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades de Nouakchott qui a réuni durant 5 jours plus de 300 artistes venus d’Europe, d’Orient et d’Afrique, a pris fin ce vendredi 11 avril, avec les prestations époustouflantes de Tinariwen et de Sékouba Bambino respectivement, pour ceux qui ne le connaissent pas, originaires du Mali et de la Guinée Conakry. Malgré une folle semaine marquée par des accrochages nourris entre les forces de l’ordre et des groupes extrémistes dans la ville de Nouakchott, le Festival a finalement triomphé du terrorisme en résistant à la peur.

                                              copiedebambino2.jpg 

Pour le dernier jour du Festival International des Musiques Nomades de Nouakchott, personne ne voulait se le faire raconter le lendemain. Déjà, à 20 heures, avant le début du spectacle, les populations riveraines du Ksar ont pris d’assaut le stade. La première partie du concert fut assuré par Tinariwen. Originaire de l’Adar des Ifoghas, ce groupe malien représente les ‘Ishoumar’, jeunes touaregs ne connaissant que le travail précaire et l’exil.  Musique contemporaine touarègue aux guitares électriques blues et aux chants caractéristiques, leur place tient autant à leur poids politique qu’à leur histoire de rebelle. Ils sont devenus de véritables représentants d’une culture à cheval entre l’Orient et l’Afrique Noire sur les scènes internationales. Leur musique, assouf, qui signifie la solitude, la nostalgie, fait la synthèse entre le blues, le rock, la musique traditionnelle touarègue et la musique arabe. Venus se produire pour la première fois en Mauritanie, les musiciens de Tinariwen ont laissé une bonne impression au public mauritanien. Car, dès leur entrée, sur scène, ce sont des salves d’applaudissement qui accueillirent leurs sons de tam-tam. Bien enrubannés, portant des boubous blancs, ils ont offert de leur mieux au public mauritanien. Accompagnés de deux superbes nanas pareilles à des nymphes et vêtues, elles aussi, en voile pourpre, les musiciens de Tinariwen ont égayé le public sur des sons berçant. A chaque début de morceau qu’entamait le groupe, il y avait les cris de joie qui accompagnaient la musique. Le public se reconnaissant dans cette musique que jouait Tinariwen très proche de la musique traditionnelle maure en demandait toujours. Captivante, la musique de Tinariwen vous transporte dans le temps, dans le désert, dans les viscères de la nuit. Ce Festival International des Musiques Nomades de Nouakchott fut l’occasion pour ce groupe de se faire découvrir en Mauritanie où vit aussi une importante communauté touarègue. A travers leur musique, ils essaient de véhiculer un message de paix entre toutes les communautés. A travers leur accoutrement très particulier, ils revalorisent la culture touarègue très peu connue en Afrique.   

                                              copiedebambino2.jpg 

C’est sous un froid de glace et dans un stade plein à craquer que les jembé et les tam-tam annoncèrent l’arrivée de Sékouba Bambino. Durant presque deux tours d’horloge, il a tenu en haleine le public. Une chose est sûre : les absents ont eu tort et les présents ne le regretteront certainement pas  de s’être déplacés. Les sons de la musique mandingue furent ressuscités ce vendredi 11 avril. Sapristi ! Même le diable a eu chaud ! Item, les dizaines de centaine de personnes. Voire très chaud. Très forte et envoûtante, la musique de Sékouba Bambino n’a pas laissé personne sur le carreau. La batterie, les sons de jembé, de tam-tam et de balafon ont fait exploser l’applaudimètre ! La Guinée était bien là, celle qui sait vibrer les cœurs. Enflammé, Sékouba Bambino ne cessait de chantonner : ‘Mauritanie ! Mauritanie ! Mauritanie !’. L’Afrique était bien là. Les ‘Woooh’ ne cessaient de fuser partout à chaque fois qu’il prononçait la Mauritanie, le Mali, la Guinée, le Sénégal, la Cote d’Ivoire ou le Maroc. Changeant de tempo musical comme ils voulaient, les musiciens de Sékouba Bambino ont bien chauffé le stade du Ksar. Tellement qu’il voulait donner tout le meilleur de lui, que Sékouba a senti la nécessité d’enlever l’un de ses boubous qui commençait à l’importuner. A la suite d’une partie de notes musicales rythmées, endiablées et bien servies, était venu le temps des ballades. Et lorsque Sékouba Bambino prend sa guitare, il faut s’attendre à une partie de plaisir. Rien que des notes douces pour vous bercer comme un marmot d’un an. Sékouba Bambino a bien montré que lorsqu’une musique est bien faite et suave, elle peut être dansée par tout le monde malgré la langue dans laquelle elle est chantée. Eh ! Oui, tout le monde a dansé, chanté, approuvé et applaudi. Surtout lorsqu’il a entonné son mythique morceau ‘Apollo Soumamba’. C’était vraiment le summum ! Que dire de l’entrée sur scène de Ousmane Gangué qui distribua généreusement sans sourciller des billets de 1000 et 2000 UM à Sékouba Bambino ! Le public n’en revenait pas. Ousmane Gangué, content, s’est permis, lui aussi, de balancer dans les airs, son boubou. Ce fut merveilleux. Les ‘Bambino argaye’(en français, viens) que ce dernier chantonnait ont ébloui plus d’un. Ce que la politique n’a  pu faire, la musique l’a fait c’est à dire réunir les cœurs et dire que les frontières sont virtuelles. De leur première rencontre sur scène, ce fut grandiose. Qui disait ou pensait que les mauritaniens ne savent pas danser  la salsa ? Tenez-vous bien, ils en ont montré de tous les pas de danse. Eh ! Oui, parfois même mieux que les Cubains, les inventeurs de la salsa. Détrompez-vous : les mauritaniennes savent aussi décaler. Qu’est-ce que vous croyez ? Il fallait les voir faire le tournesol et vibrer leurs popotins. Hum ! En tout cas pas mal ! Même les mauresses savent gigoter le couper-décaler. Cette fois-ci made in Mauritania. Sékouba Bambino est reparti comme il est venu. Et la directrice du Festival International des Musiques Nomades, à la fin de la prestation de Sékouba Bambino, Khady Mint Cheikhna n’a pas dissimulé toute sa satisfaction. «Je suis contente que ce festival soit déroulé dans de bonnes conditions. On a eu droit à toutes les musiques et la population, visiblement, est comblée parce que ce soir, la ville a une âme. Nous avons, à travers cette manifestation, une rencontre et un rapprochement des hommes. Lorsque les hommes se rapprochent, la paix s’instaure. Je  demande l’indulgence pour les imperfections parce que toute œuvre humaine est par essence insuffisante et comporte des lacunes. Mais en tout cas, je voudrai exprimer toute ma satisfaction envers les partenaires qui nous ont soutenus durant tout ce festival. » 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr                copiedebambino2.jpg 

 

 

 

12
Page Suivante »
|