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( 3 avril, 2008 )

Arrestation de Me Fatimata Mbaye à Paris : »Soukheire Belhassane, présidente de la FIDH, demande aux autorités mauritaniennes d’adresser une protestation officielle aux autorités françaises »

L’arrestation de Me Fatimata Mbaye continue de susciter des mouvements de sympathie et de solidarité. La dernière en date : celle de la Tunisienne, madame Soukheire Belhassane, présidente de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme et par ailleurs vice-présidente de la Ligue tunisienne des Droits de l’Homme qui est venue à Nouakchott  exprimer vivement son soutien à Me Fatimata Mbaye à la suite de sa garde-à-vue durant 24 heures par la police française.   

Au cours d’une conférence de presse, organisée à l’hôtel Tfeilà, ce lundi 1 avril, madame Soukheire Belhassane, se basant sur le fait que Me Fatimata Mbaye appartient à la Commission Nationale des Droits de l’Homme qui est une institution mauritanienne, a demandé, à la suite de son audience avec le ministre de l’Intérieur Yall Zakaria, aux autorités mauritaniennes d’adresser ‘une protestation officielle’ auprès des autorités françaises. 

Qualifiant l’arrestation de Maître Fatimata Mbaye de choquant, de révoltant et d’absolument insupportable, madame Soukheire Belhassane a demandé, après un réquisitoire sur la banalisation du recours à la  violence par les services de l’ordre français lors des expulsions des migrants et des demandeurs d’asile, au procureur de la République française de faire toute la lumière sur les investigations nécessaires afin de déterminer les motifs d’un tel traitement et les éventuelles responsabilités concernant ces violences qui ont été exercées à l’égard de la personne migrante(à l’origine de l’arrestation de Me Fatimata Mbaye) mais également à l’égard de la présidente de l’AMDH(Association Mauritanienne des Droits de l’Homme) et du médecin qui l’avait soutenu dans sa protestation. 

En attendant que l’enquête menée actuellement en France révèle sa version des faits sur cette affaire tristement célèbre, la FIDH  a demandé par ailleurs que la lumière soit faite sur l’arrestation et la privation de liberté de Maître Fatimata Mbaye durant toute sa garde-à-vue qui a duré 24 heures chrono. «La FIDH exhorte les autorités françaises à tout mettre en œuvre afin que les décisions judiciaires de reconduite à la frontière soient exécutées dans le respect de la dignité humaine. La maltraitance que subissent aujourd’hui les migrants de manière générale est honteuse et insupportable », a déclaré madame Soukheire Belhassane qui a appelé par ailleurs la France, berceau de la liberté et des droits de l’Homme, à respecter ses engagements internationaux en matière de droits de l’Homme. «Nous demandons aux compagnies aériennes et en l’occurrence Air France en particulier d’informer clairement d’une manière systématique le personnel sur le comportement et les mesures à adopter à ce type de situation et ce surtout conformément aux droits fondamentaux des personnes humaines et qui sont garantis par les instruments régionaux et internationaux de protection des droits de l’Homme », a ajouté la présidente de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, madame Soukheire Belhassane accompagnée au cours de sa conférence de presse par le président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, Mohamed Said O. Hamody. 

A la suite de sa visite en Mauritanie, madame Soukheire Belhassane s’est rendue aussi dans notre capitale économique, Nouadhibou, plus précisément au Centre d’Accueil de Nouadhibou où des centaines de migrants ouest africains sont détenus. «Je suis vraiment sous le choc. Je trouve que les conditions sont absolument inhumaines », dit-elle en comparaison au centre d’accueil de Pnom Penh où les conditions de séjour sont meilleures que celles des centres d’accueil de Nouadhibou, de Bruxelles et de Pologne qu’elle a récemment visités dans le cadre de ses missions dans les pays de transits. Les jeunes détenus dans ce centre d’accueil de Nouadhibou sont essentiellement des sénégalais, des maliens et des guinéens. Leurs conditions de séjour sont contraires aux droits de l’Homme : âgés de moins de 20 ans, ils s’entassent dans un bâtiment de 50², dorment dans des lits d’infortune et ne disposent que des couvertures pouilleuses jetées à sol. «Ils sont alignés les uns au dessus des autres, dans une position assise et ils ne peuvent pas bouger. Les conditions sont celles d’une prison. On a le cœur serré de voir ces jeunes gens complètement immobilisés», a-t-elle affirmé. 

Constatant que la Mauritanie devient de plus en plus un pays de transit et d’installation pour les migrants,  madame Soukheire Belhassane, présidente de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme a fait savoir qu’il y a aujourd’hui une nécessité de clarifier la convention sur l’immigrant clandestin qui fait souvent l’objet d’accusations graves et gratuites comme l’introduction de la drogue dans les pays de transit. «Brancher les phénomènes de drogue sur les phénomènes de migrations, c’est encore alourdir le poids qui pèse aujourd’hui sur le migrant », fait-t-elle remarquer. 

A la tête de la  Fédération Internationale des Droits de l’Homme depuis Avril 2007,  madame Soukheire Belhassane a fait de la situation des migrants sa priorité. «Les migrants ne sont pas des sous-hommes, s’indigne-t-elle. Le droit à la santé, à la libre circulation, à l’éducation sont des droits fondamentaux qui doivent être partout les mêmes et respectés. Qu’il y ait des règles, que la migration clandestine soit surveillée et régulée, c’est normal. C’est le droit à tout Etat de le faire. Mais que ces règles soient appliquées ?». 

Evoquant les accords de coopération sur l’immigration clandestine entre l’Espagne et l’Afrique,   

Madame Soukheire Belhassane a dénoncé vigoureusement l’attitude des pays européens qui n’ont pas encore signé la convention sur le droit du travailleur émigrant, d’ailleurs ratifié par la Mauritanie depuis 2007. Renforçant ses mesures contre l’immigration, les pays européens ont élaboré un projet de directives européennes sur l’immigrant. Des mesures qui visent essentiellement le retour des migrants à leur pays d’origine. Avant leur expulsion, les migrants seront gardés pendant plus de 18 mois dans un centre de rétention et comble de l’ironie, ils seront frappés d’une interdiction de retour en Europe pendant 5 ans. «La migration sélective est totalement à rejeter parce que c’est écrémer nos pays du sud ; prendre le meilleur alors que des pays se saignent aux quatre veines… », a noté madame Soukheire Belhassane. 

Babacar Baye Ndiaye 

  

   

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