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( 11 avril, 2008 )

Didier Awadi : « Si tu veux qu’un système évolue, tu le critiques »

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Didier Awadi, ce rappeur d’origine sénégalaise et membre fondateur du mythique Positif Black Soul n’est plus à présenter au monde entier. Venu dans le cadre de la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades de Nouakchott, nous l’avons uniquement rencontré pour vous. Dans l’interview suivante, vous verrez bien qu’il ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit de dire la vérité. 

Le Rénovateur Quotidien : En Afrique, les APE ont suscité des réactions passionnées. D’ailleurs, vous avez écrit un texte dans lequel vous stigmatisez ces accords. Dites-nous concrètement qu’est-ce qui vous a poussé à l’écrire ? 

Didier Awadi : D’abord, j’ai essayé de savoir de quoi il était question. Lorsque j’ai compris que c’était de nouveaux accords qui allaient condamner sûrement l’Afrique, je me suis dit : ‘ On n’a pas le droit de laisser faire ça. Il faut qu’on réagisse et qu’on tienne au courrant le maximum de personnes.’ Nous avons demandé à des spécialistes de nous expliquer le fonds de ce problème. Lorsque ces derniers nous ont expliqué : nous nous sommes dit que nous allons vulgariser cette parole. Nous avons tenu des ateliers avec des spécialistes et des artistes. Une fois que nous avons fini, nous avons estimé qu’il fallait dire aux gens : ‘Voilà, les africains aujourd’hui sont éveillés. On ne les fait pas signer n’importe quoi pour faire entrer n’importe quoi en Afrique’.

 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce que vous pensez de l’immigration clandestine des Africains ? 

Didier Awadi : Chaque être humain a le droit de voyager. Donc, il ne faudrait pas qu’on nous dise : ‘Oui, vous n’avez pas le droit d’aller partout dans le monde’. Un européen qui veut venir en Afrique, il n’a aucun problème. Pourquoi, lorsqu’un africain va demander un visa normalement on le lui refuse ? Et après, ils se disent : ‘Ils sont en train de mourir en mer’. Evidemment, si tu fermes les portes et les fenêtres, il ne reste que la mer. Les mecs qui prennent la mer, que voulez-vous qu’ils fassent ? En plus, on continue l’hypocrisie jusqu’à nous dire : ‘On va vous aider à rester chez vous’. Mais merde ! Si on a envie de voyager, laissez-nous voyager ! Si un européen éprouve l’envie de venir en Afrique, il vient et on l’accueille bien. Et on va continuer à le faire. Mais quand un africain- parce qu’il est pauvre- vient à l’ambassade demander un visa, on lui dit : ‘On ne peut pas accueillir la merde du monde’. L’Afrique n’est pas pauvre. Elle est appauvrie. A partir de là, si on a envie de voyager qu’on ne nous dise pas : ‘On n’a pas le droit’. Aujourd’hui, si nous sommes devenus pauvres, c’est parce qu’il y a des responsables. Les APE participent de ces actes qui créent la pauvreté.

 

Le Rénovateur Quotidien : Dans vos textes, des noms comme Cheikh Anta Diop, Thomas Sankara, Nkrumah, Patrice Lumumba, Nelson Mandela entre autres reviennent tout le temps. Est-ce que vous vous identifiez à ces figures africaines qui ont lutté en quelque sorte pour la dignité de l’homme noir ? 

Didier Awadi : C’est vrai que je m’identifie à toutes ces figures historiques africaines. Je pense que chacun d’entre nous s’identifie à tout ce qui se fait de bien. Partout, il y aura des gens de bien. Mais c’est vrai ma première référence, c’est des gens comme Thomas Sankara, Patrice Lumumba, Cheikh Anta Diop…

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes connu pour votre engagement et vos positions radicales. Est-ce que c’est un choix que vous avez opté ? 

Didier Awadi : Ce n’est pas un choix. Ça s’impose ! Ça s’impose naturellement ! On ne fait pas le choix de s’engager. C’est plutôt le résultat d’une action, d’une prise de conscience. En quelque sorte, je dis ce que je pense !

 

Le Rénovateur Quotidien : On sait que vous avez un studio à Dakar. D’ailleurs, vous avez produit de nombreux artistes sénégalais bien connus aujourd’hui. Est-ce qu’on vous comptez le faire en Mauritanie ? 

Didier Awadi : Si ! On a travaillé sur l’album de Waraba. Il a enregistré des titres au studio (Sankara, NDLR). Il y a beaucoup d’artistes aussi du continent qui y viennent enregistrer leurs produits.

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que Didier Awadi est fidèle en amitié ? 

Didier Awadi : Je suis très mal placé pour me juger ! Mais je sais que j’ai les mêmes potes depuis que je suis tout petit.

 

Le Rénovateur Quotidien : Comment pouvez-vous nous expliquer le départ de Carlou D de votre groupe le PBS/Radikal ? 

Didier Awadi : On vous a dit qu’il était mon ami ? Qu’est-ce que vous en savez pour dire que c’est mon ami ?

 

Le Rénovateur Quotidien : Rien du tout, juste pour savoir ! 

Didier Awadi : Pouvez-vous reformuler votre question ?

 

Le Rénovateur Quotidien : Comme Carlou D était dans votre groupe, certainement donc, il était votre ami ? 

Didier Awadi : Ce n’était pas une amitié. C’était une relation de travail.

 

Le Rénovateur Quotidien : Et entre vous deux, il n’y a rien eu ? 

Didier Awadi : Rien du tout ! Il voulait faire une carrière solo et voilà quoi. C’est nous qui l’avons forgé pour qu’il devienne un grand artiste aujourd’hui. Actuellement, il fait cavalier seul. C’est ce qu’on voulait et c’est ce qui est arrivé.

 

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous de lui, de sa musique ? 

Didier Awadi : C’est un des grands artistes rappeurs au Sénégal mais c’est nous qui l’avons propulsé.

 

Le Rénovateur Quotidien : Pensez-vous, comme Alpha Blondy, que les ennemis de l’Afrique, ce sont les africains eux-mêmes ? 

Didier Awadi : Non, je ne vais pas penser comme Alpha Blondy ! Les ennemis de l’Afrique : il y a les européens, les africains, les américains. Les ennemis de l’Afrique : c’est vous, c’est moi, c’est tout le monde.  Je ne vais pas dire que ‘les ennemis de l’Afrique, ce sont les africains’ et m’arrêter là. Ce serait simpliste. Je n’aime pas…comme tel a dit et puis tu tombes dedans. Non ! Il faut remettre en question. L’ennemi de l’Afrique, c’est juste quelqu’un qui va tout faire pour que le pays n’avance pas.

 

Le Rénovateur Quotidien : Dans l’un de vos morceaux en l’occurrence, Mor Ndajé (en français, celui qui aime se mettre en évidence dans toute les occasions) qui est un morceau sarcastique, vous adressez des critiques au Président Wade. Que lui reprochez-vous ? 

Didier Awadi : On adresse des critiques aux tenants du système pour qu’il évolue. Si tu veux qu’un système évolue, tu le critiques. Mais tu le fais de manière objective. La critique objective fait avancer le système. On appelle cela démocratie.

 

Le Rénovateur Quotidien : Au Togo, Faure Eyadema a remplacé son père au pouvoir. Item avec Joseph Kabila au Congo démocratique même si le processus n’est pas le même. Actuellement, au Sénégal, on suppute que Karim Wade pourrait succéder à son père. Que vous inspire ce parachutage à la tête des pouvoir en Afrique ? 

Didier Awadi : On ne peut qu’être contre cela. Je pense que si n’importe qui veut être Président de la République, il doit passer par la voie politique c’est à dire se battre sur le terrain politique mais pas profiter des largesses de papa pour accéder au pouvoir.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous n’épargnez pas non plus les présidents africains que vous traitez de voyous et de cyniques ? 

Didier Awadi : Je ne les épargne pas parce qu’ils ne m’épargnent pas. Si un ‘mec’ que tu as élu aujourd’hui pense que tu travailles pour lui alors que c’est toi qui l’as mis là où il est, c’est toi qui le paies, il doit travailler pour toi, c’est ton serviteur ! Je pense que les jeunes doivent être conscient qu’on met qui on veut au pouvoir. Et quelques fois même les gens qui pensent être indéboulonnables, le peuple s’est levé comme un seul homme pour dire non. On a vu Moussa Traoré au Mali. Ça va se passer soit par les urnes si les gens acceptent le jeu démocratique ou bien ce sera violent.

 

Le Rénovateur Quotidien : Pensez-vous qu’il existe des solutions pour sortir l’Afrique du sous-développement et de la pauvreté ? 

Didier Awadi : Il y a toujours des solutions. Je suis un optimiste. Il faut y croire. Tant qu’on pense: ‘Tant qu’on ne  nous aide pas, tant qu’on ne tend pas la main’, on restera des mendiants, eh bien, évidemment, on sera dans la merde. Je crois qu’il faut donner du boulot aux gens, les réveiller quand il faut même s’il faut donner un coup de pied au cul.

 

Le Rénovateur Quotidien : A quand votre retraite musicale ? 

Didier Awadi : Ma retraite ? C’est lorsque vous serez retraité(éclats de rire).

 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

ducdejoal@yahoo.fr                                              didier.jpg

 

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