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( 16 avril, 2008 )

Université de Nouakchott: Etats des lieux d’une institution à l’article de la mort

A certaines heures de la journée, moins qu’un temple du savoir, l’Université de Nouakchott ressemble à une pétaudière. Ça s’esclaffe à gauche, ça converse à droite. Le tout dans une ambiance moribonde.

Dans ce tohu-bohu, lorsque vous demandez à un étudiant quelconque ce qu’il pense de l’Université, il vous répond sans fioritures : ‘La situation est catastrophique’. On a constaté que lorsque les bacheliers entrent à l’université de Nouakchott, ils déchantent très vite. Eux qui pensaient que tout allait se passer comme dans le meilleur des mondes possibles, que tout se passerait vite comme dans un conte de fée se rendent à l’évidence d’une réalité qu’ils ont du mal à fourguer : le découragement qui revient tout le temps dans leurs propos.

Depuis sa création à nos jours, l’Université de Nouakchott n’a pas véritablement réussi à s’accrocher au train de l’évolution du monde en termes d’enseignement. Elle aura aussi été mêlée à toutes les sauces idéologiques et politiques. 

Aujourd’hui, la  seule université du pays va mal ! Etudier à l’Université de Nouakchott est un véritable calvaire pour les étudiants mauritaniens qui n’ont eu d’autres choix que de déposer leurs baluchons dans cette institution aux mille et un problèmes qui ne se résolvent jamais, dans cette institution qui patauge dans l’indifférence et l’oubli total. Comme si cette institution devait servir à former des générations sacrifiées !

«Les étudiants sont trop fatigués, explique Ibrahima Abdoulaye Diallo étudiant en 1re année de philo-Sociologie. On ne dispose pas assez de moyens pour faire de très bonnes études. On n’a pas de bibliothèque. On n’a rien du tout ! »  

Les infrastructures, justement. Sur ce plan, pour la documentation, les étudiants mauritaniens notamment les francisants sont astreints de se rendre au niveau du centre culturel français ou du centre culturel marocain. L’Université de Nouakchott est la seule université au monde où la sociologie et la philosophie sont compactées dans un seul département appelé ‘Philo-Sociologie’.

Dans ce département, les étudiants sont mêlés comme des vaches, des moutons et des chèvres dans un seul enclos. Du dire des étudiants du même département, ce n’est pas une sinécure. Les salles ne sont pas confortables. Les chaises manquent. 

Contrairement à Ibrahima Momar Bousso, étudiant en 2ième année de Biologie et de Géologie à la Faculté des Sciences et Techniques, lui, Ibrahima Abdoulaye Dia, originaire de Bababé au sud de la Mauritanie peut bien se frotter les mains puisqu’il bénéficie d’une bourse d’études de 8.500 UM. «Mais, ça ne satisfait pas la moyenne de mes besoins », se plaint-il. Les bourses sont limitées. Seuls de rares étudiants en bénéficient.

Les critères d’attribution y sont pour quelque chose. Pour avoir une bourse, il faut avoir le bac, tenez-vous bien,  à l’intérieur du pays pour pouvoir prétendre d’abord à une bourse et ensuite être âgé de moins de 24 ans. Même en 2ième année, tous les étudiants ne bénéficient qu’une aide sociale de 20.000 UM pour toute l’année. Et pour avoir cette modique somme, il faut courir de gauche à droite. 

Par rapport à l’enseignement, les étudiants mauritaniens se sacrifient autant qu’ils le peuvent pour essayer de comprendre mais à vrai dire, ce n’est pas prometteur, pense-t-on ici, à l’Université de Nouakchott. A ce rythme-là,  «il n’y aura pas de bons cadres sauf pour ceux qui vont sortir du pays et aller en Europe pour y continuer leurs études supérieures », soutient Bocar Ly, car selon ses dires, la formation ou plutôt l’enseignement qui est dispensé à l’Université de Nouakchott est très mauvais.

Et ce dernier compte un jour sortir du pays, comme d’autres avant lui, pour aller poursuivre ses études à l’étranger. Ce que rêvent bon nombre d’étudiants mauritaniens ! Les demandes d’inscription dans les universités françaises notamment parlent d’elles-mêmes et prouvent cette obsession qu’ont les étudiants mauritaniens à aller poursuivre leurs études ailleurs. 

Faute de grives, les étudiants mauritaniens mangent des merles. Les facultés laissent à désirer. C’est à croire à peine si elles sont de véritables facultés car elles sont mal équipées. A l’Université de Nouakchott, les moyens techniques posent énormément de difficultés. Par exemple, à la Faculté des Sciences et Techniques, là où sortent nos ingénieurs, il n’y pas assez de laboratoires et de matériel pour pouvoir réellement faire des Travaux Pratiques(TP).

Conscients de leur devenir et du sort de leur institution, les étudiants de l’université de Nouakchott se constituent de plus en plus en associations communautaires pour défendre leurs intérêts et essayer de surmonter certaines difficultés d’ordre estudiantin ou intellectuel. L’Université, dans toute sa ‘grandeur’ ne dispose que de deux amphithéâtres, l’un qui se trouve à la faculté des sciences juridiques et économiques, le plus grand de toute l’Université et l’autre à la faculté des lettres et sciences humaines. 

Offusqués, les étudiants ne ratent jamais l’occasion pour jeter des pierres dans la marre. Parmi eux, Abdoulaye Ibra Ba, étudiant en 2ième année de droit qui pense que l’une des tares qui gangrène leur institution, c’est le favoritisme. «On est avec des étudiants maures, raconte-t-il, qui ne savent même pas écrire une phrase correcte en français. Pendant les délibérations, ils passent devant nous. Ça s’est bizarre quand même alors que nous suivions tous nos cours pendant toute l’année universitaire pour avoir une bonne moyenne. » 

Issus souvent de famille peu aisée, certains étudiants se voient obligés, après l’obtention de leur baccalauréat, de venir s’inscrire, malgré eux, à l’Université de Nouakchott, pour y poursuivre des études supérieures. 

Le spectacle qu’offre parfois l’enceinte de l’Université est extraordinaire. Partout, c’est la queue leu leu ! Comme par exemple, aux bureaux des inscriptions. 

Autre dilemme pour les étudiants. La carte de transport, c’est le merle blanc. «Tous les étudiants veulent avoir la carte de transport, explique Ibrahima Abdoulaye Dia. Il y a certains, fatigués de se faire renvoyer aux calendes grecques, finissent par laisser tomber. D’autres, comme moi, parce qu’ils habitent loin, sont obligés de se sacrifier pour avoir une carte de transport. » 

L’obtention d’ailleurs de cette carte de transport ne signifie guère la fin du calvaire. Car, les chauffeurs ne veulent pas ‘embarquer’ dans leurs ‘caisses’ les étudiants et ceci en violation des accords signés entre eux et le gouvernement. «Les chauffeurs de bus ne s’arrêtent pas lorsqu’ils te voient avec un classeur entre les mains, poursuit-il. Ils sont agacés pour attendre. Et nous, nous n’avons pas d’autres solutions. Nous sommes une génération sacrifiée. L’Université ne promet rien à ses enfants.» 

Que dire de la bouffe au restaurant ? Les étudiants la jugent nulle et très mauvaise. Pas de petit déjeuner encore moins de dîner ! Et cela est valable pour les étudiants qui résident dans le campus universitaire. Le ticket revient à 50 UM. Imaginez dans quelle situation alors doit se retrouver un étudiant non boursier qui vient des viscères de la Mauritanie, qui crèche dans les quartiers périphériques de Nouakchott et obligés de passer la journée à l’Université pour réviser. 

Avec des méthodes plombées et lacunaires, le système d’éducation mauritanien ne vaut pas son pesant d’or. Les programmes sont séculaires et ringards. Et voilà depuis plus de 20, 30 ans que cela dure et perdure au grand désavantage des étudiants mauritaniens. Conséquence : le niveau s’affaiblit de plus en plus. Les états généraux tant annoncés au début de l’année tardent à voir le jour.

La dernière batterie de réformes qui a été utilisée n’a pas donné les effets escomptés. Et les autorités continuent toujours à persister et à s’entêter dans leurs démarches en pensant qu’elles ont pris la bonne option ou qu’elles sont assises sur la bonne branche. Les défaillances du système sont visibles à l’œil nu. «Je connais un arabisant qui fait actuellement le bac C. Mais il est incapable d’écrire une lettre correcte en arabe », ironise Mohamed Abdallahi, étudiant en 1ière année d’interprétariat en Anglais. 

«Le Ministère de l’éducation nationale, enchaîne un autre étudiant, se soucie peu de la réussite des élèves et étudiants. Le système s’invente du jour au lendemain. On ne sait pas où se situe le bon chemin. Les autorités doivent se concerter et essayer de créer quelque chose de prometteur pour la future génération. Nous, nous savons déjà que notre génération a sombré dans l’obscurité. »

Hélas, c’est la triste réalité. Le fractionnement du système éducatif mauritanien, d’une part l’arabisation et d’autre part la francisation, où est-ce qu’il nous a mené ? Et la radioscopie faite sur l’Université de Nouakchott n’est guère rassurante encore moins prometteuse. Les étudiants eux-mêmes en sont conscients.

Dans un article récemment publié dans ‘L’Etudiant’, le premier journal étudiant mauritanien, Ousseynou Birama Cissé, rédacteur en chef dudit journal n° 13 du 07 avril au 25 avril écrivait ceci : «L’Université est malade. Malade d’elle-même du fait de son incapacité à pouvoir accueillir les braves fils de ce pays même malgré le faible taux de réussite.

Malade du fait de son incapacité à faire face aux défis de l’éducation en termes de structures et de réformes. Malade de ses administrateurs qui pour la majorité ignorent leur devoir envers la nation et par conséquent ne remplissent pas la fonction. Malade du fait de ses docteurs que l’adjectif ‘d’irresponsables dicteurs’ qualifie. Malade de ses enseignants qui sous le regard complice de l’administration s’absentent ou dispensent les cours en 30 mn. Malade incontestablement et essentiellement de son système de recrutement. » 

Alors une question : sommes-nous véritablement dans une Université ? Non, rétorquent les étudiants. En nommant le docteur Isselkou O. Ahmed Izid Bih à la présidence de l’Université de Nouakchott, le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi n’a fait rendre à César que ce qui lui appartient.

Etant au parfum des réalités de l’Université (promiscuité, absence de bureaux décents, de centres documentaires dans les facultés, faible capacité d’accueil et de logements des étudiants, inexistences des activités culturelles, sportives et créatives…), les étudiants fondent beaucoup d’espoir sur lui pour sortir l’Université de Nouakchott de sa léthargie.

Avec un effectif d’étudiants qui gonfle comme une mayonnaise d’année en année, l’Université de Nouakchott est devenue trop petite pour accueillir les nouveaux bacheliers. Déjà, on estime à plus de 12.000 le nombre d’étudiants inscrits à cette université. Dans le cadre de répondre aux urgences de cette institution, l’état mauritanien a décidé de construire un nouveau campus universitaire.

En outre, et toujours dans le cadre de la rénovation de l’Université de Nouakchott, des financements ont été obtenus pour la construction d’une nouvelle faculté des sciences et techniques, des locaux de la présidence de l’Université, une bibliothèque et un centre d’enseignement à distance. 

Babacar Baye Ndiaye 

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