( 21 avril, 2008 )

Musique traditionnelle mauritanienne

Michel Guignard lève un mystère sur l’origine de la musique maure 

 

Ce jeudi 17 avril, à 20 heures, le Musée National de Nouakchott a accueilli Michel Guignard pour une présentation générale sur la musique traditionnelle maure. Cette rencontre rentre dans le cadre d’une série de manifestations artistiques que compte tenir le Musée National sur la musique traditionnelle mauritanienne de manière générale. Michel Guignard, ce brillant ethnomusicologue, comme il aime à se définir, est un grand spécialiste de la musique maure. 

Devinez…des moquettes  bien déroulées, des fauteuils et des chaises bien rangées. Ajoutez-y des rafraîchissements ! Le tout dans une ambiance musicale où vibrent tidinit, ardine et hoddu. Quoi de plus naturel pour accueillir un fin connaisseur de la musique traditionnelle maure en la personne de Michel guignard ! Ce jeudi 17 avril, à 20 heures, le Musée National de Nouakchott accueillait ce chercheur français en ethnomusicologie pour présenter ‘un cours magistral’ sur la musique traditionnelle maure. Cette rencontre rentre dans le cadre d’une série de manifestations artistiques que compte organiser le Musée National sur la musique traditionnelle mauritanienne.

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Il faut remonter les pentes du temps, au milieu du 20ième siècle, pour comprendre les raisons qui ont poussé Michel Guignard à s’intéresser de manière passionnée et désintéressée voire même jusqu’à devenir accro à la musique traditionnelle maure. Les raisons sont, bien évidemment, très, très vieilles. «J’étais à Bir Moghréin, se souvient-il encore(dans la wilaya de Tiris-Zemmour, NDLR). Parfois, tous les griots se rencontraient pour organiser un spectacle. J’étais subjugué par ces griots, par ces personnages-là hauts en couleurs et les relations bizarres qu’ils ont avec les gens, complètement différents de tout ce que je connaissais, puis, la musique, elle-même qui est très riche. Les modes, tout ça, c’était très bizarre. Ça n’existait pas ailleurs en Afrique. » 

Suffisant pour piquer et éveiller sa curiosité qui commençait à le dévorer. A cette période, il était encore un jeune capitaine de l’armée française. Nous étions en 1962. Juste deux ans après l’accession de la Mauritanie à la souveraineté internationale. Il voyage à l’intérieur du pays, découvre beaucoup de choses et surtout rencontre les grands griots de la musique traditionnelle maure. Il décide alors d’entreprendre un travail sérieux et élaboré sur cette musique maure qui la fascine tant. Ainsi débutent ces travaux de recherches. En 1975, il regroupe  la somme de ces recherches et publie son premier livre sur la musique traditionnelle maure dont le titre seulement est évocateur ‘Musique, honneur et plaisir au Sahara’. 

Au cours de son succinct exposé mais riche de renseignement sur la musique traditionnelle maure, de la musique pular à la musique mandingue en passant par la musique maure, Michel Guignard a brossé les similitudes entre ces musiques nomades dans lesquelles on retrouve presque les mêmes instruments : flûte, violon. 

Au cours de son exposé, il est revenu sur l’origine de la musique traditionnelle maure que certains soutiennent avec mordicus qu’elle est d’origine arabe. Cette thèse, aujourd’hui, est la plus répandue dans notre pays. Par contre, d’autres pensent qu’elle est plutôt soudanaise. Michel Guignard qui a fait des recherches assez poussées là-dessus nous explique que la musique maure a trois racines : arabe, berbère et soudanaise. Son explication est assez édifiante sur le complexe d’infériorité que certains voudraient entretenir en voulant faire savoir à tout le monde que la musique traditionnelle maure est à 100% arabe. Ce qui part en contradiction avec les différentes modes qui composent cette musique. «Il y a certainement des racines berbères qui sont occultées comme tout ce qui est berbère. Il n’y a que les notes qui sont restées. On ne sait rien sur les berbères. On sait très peu de choses sur eux. On devrait pouvoir savoir un peu si on voulait. C’est vrai que les Arabes sont venus ici. Mais, ils n’étaient pas de grands chercheurs ou grands musiciens venus de Bagdad. C’était des chameliers, des tribus chamelières assez agressives », commente Michel Guignard, cet ethnomusicologue reconnu par ses confrères par tous les griots musiciens traditionnels maures. 

Partisan d’une musique évolutive, Michel Guignard regrette aujourd’hui le chemin dans lequel s’est enlisé la musique traditionnelle maure c’est à dire la disparition des veillées nocturnes sous le Khaima qui ont fait le charme de la musique traditionnelle maure. Cette perte, soutient-il, participe à la disparition des griots. 

 

Babacar baye Ndiaye                      michelguignard.jpg 

 

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