( 21 avril, 2008 )

Squatters ‘légaux’

Quand un lieu de culte alimente des querelles !

 

Un bras de fer oppose les commerçants louant les magasins juxtaposant le centre culturel marocain et le lieu cultuel qu’on appelle communément ‘Mosquée Maroc’ qui ont été sommés par les autorités d’El Mina de déguerpir les lieux. Ces boutiques ont été scellées par la police. Pour quelles raisons ? «Pour que les choses reviennent à l’ordre », souligne-t-on au niveau de la mairie d’EL Mina. Mais aussi pour des raisons urbanistiques !mais les occupants ne l’entendent pas de cette oreille.

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Comment en est-on arrivé jusque là ? Du côté des autorités de la commune d’El Mina, on affirme que plusieurs séances de réunions ont été tenues avec les commerçants pour les mettre au parfum de leur décision de les faire déguerpir des magasins. Mais ces derniers ont semblé ne pas accorder du crédit, comme on le sait souvent, aux injonctions des autorités. Ces magasins qui sont aujourd’hui au cœur d’un litige problématique constitue un domaine privé appartenant à l’ambassade du royaume du Maroc. 

Tout a commencé le 7 février 2008, lorsque ces commerçants furent appelés par le directeur des awghav  qui les informa de la décision de l’état mauritanien de casser ces boutiques. Ces derniers, pris de court, vont faire savoir qu’ils ne sont pas contre cette décision du gouvernement. C’est ainsi, pour essayer de trouver un terrain d’entente, qu’ils écrivirent au ministre des affaires religieuses, au wali de Nouakchott, au préfet de Nouakchott et au président de la communauté urbaine de Nouakchott. 

Reçus en audience par Mohamed Vall, ministre des affaires religieuses, ce dernier les fera savoir que cette décision est irrévocable. 

Dans une réunion regroupant la CUN, la Socogim, la wilaya de Nouakchott et les délégués des commerçants, un terrain d’entente n’a pas pu être trouvé. D’ailleurs, les commerçants ont accusé le président de la CUN, Ould Hamza de goujat et d’excès d’autorité.

Les commerçants, pour leur part, avaient proposé la place de la fourrière près du marché d’El Matlah et le terrain vide situé à coté de la Sonimex dans la commune d’El Mina. Quant au gouvernement, il avait proposé le marché du bois. Mais pour des motifs stratégiques, les commerçants ont décliné cette proposition gouvernementale. «On a vécu ici pendant une vingtaine d’années. Nous faisons nos affaires ici qui est un point très connu par tous les mauritaniens. Nous avons des créances tout comme nous sommes débiteurs à d’autres commerçants. De nature, le commerçant, son chiffre d’affaire, c’est sa place », rencarde le délégué des commerçants retrouvés sur les lieux en train de s’expliquer avec les autorités de la commune d’El Mina. 

S’expliquant de leur refus d’être recasés au marché du bois, les commerçants se fondent sur trois arguments. Premièrement, qu’il y a une loi qui a été votée à l’assemblée nationale stipulant que les places publiques ne doivent pas être occupées mais qu’ils détiennent leurs permis d’occuper dûment signés par l’autorité. Deuxièmement, ils affirment que le marché du bois n’est pas une place commerciale et qu’aussi elle est trop exiguë. Troisièmement, que l’Etat mauritanien veut les évacuer sur-le- champs sans contrepartie financière alors qu’ils sont là depuis plus de 20 ans. 

A la suite de plusieurs réunions stériles avec le gouvernement qui est déterminé à aller jusqu’où bout de sa logique, les commerçants s’orientent maintenant vers ‘une solution adéquate’. Cette partie qui est au cœur aujourd’hui du tiraillement entre le gouvernement et les commerçants fait partie – ce qui est reconnu par les commerçants- du domaine de la mosquée marocaine placée sous la tutelle de la direction des awghav qui a signé dûment le contrat avec Daha. Un permis de construction lui fut délivré par les pouvoirs publics de l’époque. Les magasins, aujourd’hui objets d’un litige, furent construits par lui. 

Cette occupation est légale, selon le délégué des commerçants, Mohamed Lemine O. Bow qui déclare qu’il y a bel et bien un permis de construction et d’occupation qui a été délivré au commerçant Daha. 

Des milliers de magasins comme ceux-là sont innombrables. Et ces magasins ne sont que la partie visible de l’iceberg. Mais qui a décidé de déguerpir ces commerçants ? Voilà une question qui décoiffe et qui est esquivée comme une peste. Pour le moment, en attendant de trouver la réponse, se basant sur le fait que la Mauritanie est un pays démocratique, les commerçants semblent opter pour un règlement pacifique de ce problème. «S’il n’y pas cela, nous allons continuer notre lutte », a prédit le délégué des commerçants, Mohamed Lemine O. Bow. 

Une chose est sûre. Les conséquences de la fermeture de ces boutiques auront des répercussions incalculables, à moyen terme, sur les populations. En effet, c’est elles qui approvisionnent le marché national en terme de céréales. Dans ces magasins, des réserves importantes de céréales y sont stockées et leur fermeture pourrait engendrer une pénurie céréalière. C’est les propriétaires de ces magasins là aussi qui importent certains matériaux de construction et de bâtiments sur lesquels l’Etat mauritanien tire des taxes en les dédouanant. Au nombre de 42, ces magasins font vivre entre 4000 et 5000 personnes sans compter les taxes communales (2000 UM/mois/boutique) que ces commerçants paient à la CUN. «Nous payons notre argent. Nous travaillons jour et nuit pour contribuer au développement économique de notre pays. Comment peut-on nous maltraiter de cette manière », s’interroge le délégué des commerçants qui ne manqueront certainement pas de traîner l’Etat mauritanien devant la justice pour non-respect du contrat d’occupation de ces magasins qui doit expirer en principe dans deux ans et demi. Autrement dit en 2010 ! Alors pourquoi vouloir précipiter les choses en déguerpissant ces commerçants qui sont dans la légalité ? 

 

Babacar Baye Ndiaye 

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