• Accueil
  • > Archives pour le Lundi 28 avril 2008
( 28 avril, 2008 )

Unité et diversité culturelle:Les atouts d’une démocratie en marche

Les événements dramatiques de 1989 et les différentes répressions militaires qui s’en suivirent ont jeté un véritable coup de froid sur la coexistence entre les différentes communautés du pays. Ceci créa un climat de tension, de suspicion et de distanciation entre elles. Les corollaires sont connus : érosion de l’image de la Mauritanie à l’extérieur, recul de sa position sur le plan international, timide ouverture politique initiée au début des années 90… Le 19 avril 2007, à la suite d’élections libres et transparentes, Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi accède au pouvoir et affiche une ferme volonté de résoudre l’épine dorsale des problèmes auxquels la Mauritanie est confrontée : la question des déportés. Et depuis cette date, le Président de la République n’a cessé de poser d’importants jalons allant dans le sens de l’unité et de la diversité culturelle.   

Pour la 1ière  fois dans l’histoire d’une campagne électorale présidentielle en Mauritanie, le thème de l’unité et de la diversité culturelle occupe une place prépondérante dans le programme et le discours de tous les candidats. Tous reconnurent la nécessité absolue de lutter pour l’avènement d’une Mauritanie réconciliée avec elle-même. Ainsi donc, la consolidation de l’unité nationale et le raffermissement de la cohésion sociale furent placés au 1er rang des priorités des programmes politiques de chaque parti politique et de chaque candidat. 

Après seulement 2 mois à la tête de la magistrature suprême, le Président de la République prononce un discours dans lequel il expose sa vision de la réconciliation nationale. «L’unité nationale et la cohésion sociale requièrent l’instauration de la concorde entre toutes les composantes de notre peuple sur la base du respect des principes d’égalité, de justice et de dignité. Notre devoir est de faire de sorte que tous les mauritaniens puissent éprouver la légitime fierté d’appartenir à une grande nation, qu’ils sentent que la République les protège et les traite sur un même pied d’égalité, tous sans exclusive ». Ayant compris que l’unité nationale passe d’abord par l’instauration d’un Etat de droit, Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi a appelé les mauritaniens à vivre leurs diversités non pas comme un facteur d’exclusion mais comme un facteur d’enrichissement. Ses orientations confirmeront cette volonté politique de garantir à notre pays une stabilité politique et sociale. 

Toujours dans cette optique, des journées de concertation et de sensibilisation sur les formalités d’organisation du retour des réfugiés et la résolution du passif humanitaire sont organisées ‘dans un climat, marqué par le consensus des mauritaniens, toutes appartenances politiques et sociales confondues’, c’est-à-dire dans l’union, le rétablissement du droit et de la consolidation de l’unité nationale. 

A ceux qui pensent qu’il va y avoir une chasse à l’homme, Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi déclare. «Nous ne cherchons nullement à remuer le couteau dans la plaie mais plutôt à la guérir ; nous ne cherchons pas à régler des comptes mais à lever des injustices et réconcilier les cœurs ; nous ne cherchons pas à déterrer le passé mais bien à préserver le présent et à assurer l’avenir ». Le renforcement de l’unité nationale et de la concorde entre toutes les composantes du pays impose de rechercher les voies et moyens de résoudre les problèmes du passé. Ainsi donc, d’importantes mesures ont été prises par le gouvernement pour assurer un retour digne des mauritaniens déportés et accompagner leur réinsertion dans le tissu social. 

  

Le pouvoir, l’opposition et la société civile se font sien le combat pour une Mauritanie réconciliée avec elle-même. Refusant d’être en marge, les femmes s’impliquent aussi dans la réconciliation nationale. Elles organisent des journées de réflexion pour soutenir la recherche et la mise en œuvre de solutions viables et acceptables de nature à rétablir la paix et la concorde nationale. Les religieux dont l’impact dans la réconciliation nationale est essentiel participent au processus de réconciliation.  Le parachèvement du processus de réconciliation nationale passe  inéluctablement par la mise en place d’institutions véritablement démocratiques et d’organes médiatiques représentatifs et pluriels. Dans ce cadre, on peut noter l’arrivée sur la scène médiatique de la TVM plus et de Radio Citoyenne qui sont devenues une parfaite illustration de notre diversité culturelle. Toutes les différentes langues nationales du pays sans exclusion y sont représentées. Chacune bénéficie, même s’il y a encore des choses à améliorer, d’un temps d’antenne assez conséquent. «Sans le respect des droits culturels, il ne peut pas y avoir de démocratie. Si nous parvenons en Mauritanie à réconcilier les différentes communautés nationales afin que les mauritaniens se reconnaissent dans leur radio, leur télévision nationale, leur gouvernement, leur hymne national, les symboles et les éléments déterminants culturels, il est certain que nous aurions fait beaucoup de choses. Il faut se dire aussi qu’on ne peut pas construire une nation en braquant les communautés les unes après les autres en faisant de l’exclusivisme politique », souligne le professeur Sow qui pense qu’il y a une nouvelle dynamique qui s’est opérée avec l’arrivée au pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. « Il est de notre devoir, poursuit-il, d’accompagner ce mouvement afin qu’il soit un mouvement irréversible parce que la finalité du respect des droits culturels c’est l’instauration d’une Mauritanie où toutes les composantes nationales dans la fierté reconnue acceptent de vivre et d’œuvrer pour le développement de notre pays ».     

Au soir de l’an I de la démocratie, un concert gigantesque regroupe différents artistes des 4 communautés du pays. Placé sous le signe de la Réconciliation Nationale, le concert du 19 avril qui marquait par la même occasion le premier anniversaire de Sidi Mohamed O. Cheikh Abdallahi à la tête du pays a réuni pendant plusieurs heures des milliers de jeunes mauritaniens enthousiasmés. L’esprit d’une Mauritanie réconciliée avec elle-même a plané durant tout le temps que dure  le concert. Toutes les couches de la population mauritanienne sans exception étaient représentées par ses chanteurs. Ousmane Gangué pour les hal poular, Allou Allassane pour les wolofs, cheikh O. Abya pour les hassanya et Coumba Sala pour les soninkés pour ne citer que ceux-là.  Le combat pour l’unité nationale et la diversité culturelle suppose aussi un combat contre l’esclavage. En ce sens, nos deux chambres ont voté une loi portant incrimination et répression de cette pratique. Ce qui fait dire à certains qu’il faut d’abord réconcilier les mauritaniens avant même d’envisager les autres problèmes liés au développement économique car sans unité nationale, il n’y aura point de démocratie et c’est par la démocratie que passe tout développement. En Mauritanie, cette réalité trouve aujourd’hui tous les ingrédients favorables pour s’instaurer et de manière durable. 

Babacar Baye Ndiaye

( 28 avril, 2008 )

Immigration clandestine

                      imag0179.jpg

Les déboires des demandeurs de visa mis à nu par ‘Théâtre Nomade’ 

 

Le centre culturel français Antoine de Saint-Exupéry renoue avec le théâtre. C’était ce jeudi 24 avril dans la salle des spectacles du CCF. Satire, humour, tout y était pour que la soirée s’annonce truculente. Les spectateurs venus nombreux ont bien apprécié la prestation sur scène de ‘Théâtre Nomade’ qui présentait sa nouvelle création théâtrale sur l’immigration clandestine. 

 

Celle-ci met en exergue la manière scandaleuse dont les demandeurs de visas sont souvent escroqués. Cette mise en scène est l’œuvre de Wane Abdou Aziz actuellement responsable de l’ensemble des ateliers de théâtre du centre culturel français de Nouakchott et simultanément président de l’Association théâtre Nomade créé en 2004 et sous la coupole du CCF. 

Voilà presque 20 ans que Wane Abdou Aziz fait du théâtre. Plus exactement, il a commencé à partir de 1988 à Dar-El-Barka. Après avoir décroché son parchemin de l’entrée en 6ième, destination Boghé à 350 km de Nouakchott, pour y suivre ses études secondaires. C’est avec beaucoup de délectation qu’il se souvient de cette période qui marqua véritablement ses débuts dans le théâtre proprement dit. Sur une proposition du Ministère de l’Education Nationale, il joua avec ces camarades de classe, la fameuse pièce de théâtre d’Aimé Césaire récemment disparu, ‘La Tragédie du Roi Christophe’. C’était en 1996. Il était en classe de 5ième AB. 

C’est par passion et amour donc qu’il vint au théâtre. Toujours, en 1996, lorsqu’il décrocha son bac, il revint à Nouakchott pour faire ses ‘humanités’ à l’Université de Nouakchott. Par la même année, il découvrit l’existence de l’atelier théâtre du centre culturel français qui n’existe d’ailleurs plus. De là, il fera la connaissance de deux françaises, Marie Claire et Sylvie Sénéchel, formatrices à l’atelier théâtre du CCF qui lui apprirent les techniques de la mise en scène théâtrale. A son actif, il a joué plus de 24 créations et pièces de théâtre classique. Avec son groupe de théâtre, il a participé au Fest’Art de Dakar en 2005 dédié à la paix en Côte d’Ivoire. Ils y laissèrent une bonne impression. 

Son théâtre s’inspire aussi des contes africains. «C’est une façon de garder ce lien affectif purement africain et que nous voulons toujours adopter au sein de notre association », explique-t-il. «Le conte pour nous africains, poursuit-il, entre dans le cadre du respect de l’oralité africaine. Le conte, à l’époque, c’est comme l’arbre à palabres(…) C’était notre école ». 

L’Association Théâtre Nomade se tient aujourd’hui sur ses deux pieds grâce au soutien du centre culturel français. Ce dernier, de temps en temps, leur accorde des bourses de formation ou de stages en France ou en Afrique. Hormis cela, le CCF fait venir souvent à Nouakchott des professionnels du théâtre pour former nos comédiens. 

Cette association compte maintenant 3 ateliers : l’atelier des moins de 16 ans. «Dans chaque chose, précise Wane Abdou Aziz, il faut qu’il y ait une continuité. Les enfants constituent une pépinière. C’est pour nous la meilleure façon de transmettre ce que nous connaissons(…) ». 

Il y a aussi les plus de 16 ans appelés ‘amateurs’ c’est à dire qui n’ont aucune expérience. En plus de ces 2 ateliers, il y a l’atelier des professionnels qu’on identifie par leur talent et leur expérience. 

En Mauritanie, y’a-t-il vraiment un intéressement particulier de la jeunesse pour le théâtre ? «Non!, répond Wane Abdoul Aziz. Le théâtre est quelque chose de très important mais en Mauritanie, on sent que le public ne s’y intéresse pas surtout la jeunesse ». 

Il donne les raisons suivantes. «Au niveau de l’éducation, contrairement à d’autres pays, l’activité théâtrale est très peu développée dans le cadre des activités scolaires(…) même le théâtre en tant que genre littéraire n’est pas privilégié par rapport aux autres formes littéraires. Les autorités scolaires n’accordent pas d’importance à tout cela. » 

Alors que faire ? «Dans chaque établissement fondamental, il devrait y avoir un club de théâtre. De même au collège, au lycée et à l’Université(…). Quand vous dites que vous êtes comédien, les gens ne vous prennent pas au sérieux. En plus, le théâtre ne nourrit pas son homme. » 

Ainsi donc, le développement du théâtre passe nécessairement par l’éducation c’est à dire dans les établissements scolaires et universitaires en essayant de développer les clubs de théâtre. Et monsieur Wane de faire appel aux autorités pour qu’elles s’impliquent et fassent de cela un vrai combat pour que cette activité prenne pied dans notre pays. 

Dans un humour captivant, les comédiens de l’Association Théâtre Nomade ont dénoncé, posé la problématique de l’immigration clandestine et mis à nu les déboires des demandeurs de visa souvent escroqués par des profiteurs sans scrupules. Tels que les hommes d’affaires, les marabouts et les intermédiaires. «C’est des réseaux qui existent et qui sont dans la société, renseigne Wane Abdou Aziz. C’est une façon à nous de dire aux jeunes : ‘méfiez-vous et sachez où vous mettez les pieds ! D’autre part, cet argent que vous mobilisez pour aller chercher le visa, est-ce que ça vaut la peine ?’ ». 

A la question ‘Quelle est votre position sur ce phénomène’, Wane Abdou Aziz répond : «Je suis comme tout le monde. J’essaie à ma façon de participer à cette dynamique et à l’éveil des jeunes. Le métier que j’ai, cet art, je dois mettre ça au service du peuple et des citoyens pour une cause que je crois être juste, noble et que je dois défendre avec mes camarades. Aujourd’hui, si le théâtre permet de régler ces genres de situation, je me dois être obligé de passer par-là(…) ». 

Ce qui fait l’originalité de ce texte, ce n’est pas son actualité. En effet, ce qui fait l’originalité de ce texte, c’est qu’il n’a pas été écrit noir sur blanc. C’est une idée originale de Wane Abdou Aziz développée sur scène. Cette technique est appelée ‘improvisation’.   

Un véritable travail de fourmi et de longue haleine a été abattue pour en arriver là. «On a commencé à répéter, il y a 2 mois. Tout le 1ier   mois consistait d’abord à identifier le personnage des uns et des autres pour connaître leurs potentialités, leurs capacités et leurs personnalités pour pouvoir par la suite décider de répartir les rôles en fonction de ce scénario », rappelle-t-il. Ainsi donc, les rôles furent minutieusement répartis : le marabout, le demandeur de visa, l’intermédiaire, les deux espagnoles qui représentaient les services de coopération espagnole… 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

 

|