( 28 avril, 2008 )

Immigration clandestine

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Les déboires des demandeurs de visa mis à nu par ‘Théâtre Nomade’ 

 

Le centre culturel français Antoine de Saint-Exupéry renoue avec le théâtre. C’était ce jeudi 24 avril dans la salle des spectacles du CCF. Satire, humour, tout y était pour que la soirée s’annonce truculente. Les spectateurs venus nombreux ont bien apprécié la prestation sur scène de ‘Théâtre Nomade’ qui présentait sa nouvelle création théâtrale sur l’immigration clandestine. 

 

Celle-ci met en exergue la manière scandaleuse dont les demandeurs de visas sont souvent escroqués. Cette mise en scène est l’œuvre de Wane Abdou Aziz actuellement responsable de l’ensemble des ateliers de théâtre du centre culturel français de Nouakchott et simultanément président de l’Association théâtre Nomade créé en 2004 et sous la coupole du CCF. 

Voilà presque 20 ans que Wane Abdou Aziz fait du théâtre. Plus exactement, il a commencé à partir de 1988 à Dar-El-Barka. Après avoir décroché son parchemin de l’entrée en 6ième, destination Boghé à 350 km de Nouakchott, pour y suivre ses études secondaires. C’est avec beaucoup de délectation qu’il se souvient de cette période qui marqua véritablement ses débuts dans le théâtre proprement dit. Sur une proposition du Ministère de l’Education Nationale, il joua avec ces camarades de classe, la fameuse pièce de théâtre d’Aimé Césaire récemment disparu, ‘La Tragédie du Roi Christophe’. C’était en 1996. Il était en classe de 5ième AB. 

C’est par passion et amour donc qu’il vint au théâtre. Toujours, en 1996, lorsqu’il décrocha son bac, il revint à Nouakchott pour faire ses ‘humanités’ à l’Université de Nouakchott. Par la même année, il découvrit l’existence de l’atelier théâtre du centre culturel français qui n’existe d’ailleurs plus. De là, il fera la connaissance de deux françaises, Marie Claire et Sylvie Sénéchel, formatrices à l’atelier théâtre du CCF qui lui apprirent les techniques de la mise en scène théâtrale. A son actif, il a joué plus de 24 créations et pièces de théâtre classique. Avec son groupe de théâtre, il a participé au Fest’Art de Dakar en 2005 dédié à la paix en Côte d’Ivoire. Ils y laissèrent une bonne impression. 

Son théâtre s’inspire aussi des contes africains. «C’est une façon de garder ce lien affectif purement africain et que nous voulons toujours adopter au sein de notre association », explique-t-il. «Le conte pour nous africains, poursuit-il, entre dans le cadre du respect de l’oralité africaine. Le conte, à l’époque, c’est comme l’arbre à palabres(…) C’était notre école ». 

L’Association Théâtre Nomade se tient aujourd’hui sur ses deux pieds grâce au soutien du centre culturel français. Ce dernier, de temps en temps, leur accorde des bourses de formation ou de stages en France ou en Afrique. Hormis cela, le CCF fait venir souvent à Nouakchott des professionnels du théâtre pour former nos comédiens. 

Cette association compte maintenant 3 ateliers : l’atelier des moins de 16 ans. «Dans chaque chose, précise Wane Abdou Aziz, il faut qu’il y ait une continuité. Les enfants constituent une pépinière. C’est pour nous la meilleure façon de transmettre ce que nous connaissons(…) ». 

Il y a aussi les plus de 16 ans appelés ‘amateurs’ c’est à dire qui n’ont aucune expérience. En plus de ces 2 ateliers, il y a l’atelier des professionnels qu’on identifie par leur talent et leur expérience. 

En Mauritanie, y’a-t-il vraiment un intéressement particulier de la jeunesse pour le théâtre ? «Non!, répond Wane Abdoul Aziz. Le théâtre est quelque chose de très important mais en Mauritanie, on sent que le public ne s’y intéresse pas surtout la jeunesse ». 

Il donne les raisons suivantes. «Au niveau de l’éducation, contrairement à d’autres pays, l’activité théâtrale est très peu développée dans le cadre des activités scolaires(…) même le théâtre en tant que genre littéraire n’est pas privilégié par rapport aux autres formes littéraires. Les autorités scolaires n’accordent pas d’importance à tout cela. » 

Alors que faire ? «Dans chaque établissement fondamental, il devrait y avoir un club de théâtre. De même au collège, au lycée et à l’Université(…). Quand vous dites que vous êtes comédien, les gens ne vous prennent pas au sérieux. En plus, le théâtre ne nourrit pas son homme. » 

Ainsi donc, le développement du théâtre passe nécessairement par l’éducation c’est à dire dans les établissements scolaires et universitaires en essayant de développer les clubs de théâtre. Et monsieur Wane de faire appel aux autorités pour qu’elles s’impliquent et fassent de cela un vrai combat pour que cette activité prenne pied dans notre pays. 

Dans un humour captivant, les comédiens de l’Association Théâtre Nomade ont dénoncé, posé la problématique de l’immigration clandestine et mis à nu les déboires des demandeurs de visa souvent escroqués par des profiteurs sans scrupules. Tels que les hommes d’affaires, les marabouts et les intermédiaires. «C’est des réseaux qui existent et qui sont dans la société, renseigne Wane Abdou Aziz. C’est une façon à nous de dire aux jeunes : ‘méfiez-vous et sachez où vous mettez les pieds ! D’autre part, cet argent que vous mobilisez pour aller chercher le visa, est-ce que ça vaut la peine ?’ ». 

A la question ‘Quelle est votre position sur ce phénomène’, Wane Abdou Aziz répond : «Je suis comme tout le monde. J’essaie à ma façon de participer à cette dynamique et à l’éveil des jeunes. Le métier que j’ai, cet art, je dois mettre ça au service du peuple et des citoyens pour une cause que je crois être juste, noble et que je dois défendre avec mes camarades. Aujourd’hui, si le théâtre permet de régler ces genres de situation, je me dois être obligé de passer par-là(…) ». 

Ce qui fait l’originalité de ce texte, ce n’est pas son actualité. En effet, ce qui fait l’originalité de ce texte, c’est qu’il n’a pas été écrit noir sur blanc. C’est une idée originale de Wane Abdou Aziz développée sur scène. Cette technique est appelée ‘improvisation’.   

Un véritable travail de fourmi et de longue haleine a été abattue pour en arriver là. «On a commencé à répéter, il y a 2 mois. Tout le 1ier   mois consistait d’abord à identifier le personnage des uns et des autres pour connaître leurs potentialités, leurs capacités et leurs personnalités pour pouvoir par la suite décider de répartir les rôles en fonction de ce scénario », rappelle-t-il. Ainsi donc, les rôles furent minutieusement répartis : le marabout, le demandeur de visa, l’intermédiaire, les deux espagnoles qui représentaient les services de coopération espagnole… 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

 

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