( 16 avril, 2008 )

Les partis politiques de la mouvance présidentielle condamnent les actes terroristes de la semaine dernière

Les partis politiques regroupant la majorité présidentielle se sont réunis, ce samedi 12 avril à l’hôtel Khatter pour dénoncer les derniers événements qui ont eu lieu la semaine dernière à Nouakchott. Accompagné des partis politiques regroupés dans la mouvance présidentielle à savoir APP, UDP, PLEJ, SAWAB, FADILA, MITHAQ et EL WIHDA, le président du Pacte National pour la Démocratie et le Développement Ould Waghef par ailleurs secrétaire général à la présidence de la République a annoncé au cours de cette conférence de presse d’importants chantiers dans le domaine de la sécurité et de l’agriculture, sans pour autant donner assez de détails, pour faire face aux problèmes de sécurité et par ailleurs assurer l’autosuffisance alimentaire. Qualifiant les actes terroristes récemment perpétrés par des groupes extrémistes, les partis de la mouvance présidentielle ne sont pas allés par quatre chemins pour faire-part de leurs inquiétudes que tels actes pourraient avoir sur la stabilité du pays, la quiétude des populations et de son image sur le plan international. 

Prenant le contre-pied de ceux qui se réclament à tort de l’Islam pour perpétrer de tels actes, les partis politiques regroupés dans la majorité présidentielle se sont déclarés soucieux d’ouvrer pour garantir la sécurité du pays qui est un impératif qui transcende certains considérations partisanes. Dans un communiqué très critique, ces paris ont condamné fermement lesdits actes tout en présentant leurs condoléances les plus attristées aux familles des victimes militaires et civiles. Ils ont par ailleurs appelé le gouvernement à tout mettre en œuvre pour renforcer la lutte contre l’extrémisme et la violence et notamment la communauté des oulémas à protéger l’Islam contre les déviations des faux dévots qui en font un alibi pour couvrir leurs entreprises mafieuses. Enfin, dans le communiqué lu en la circonstance, les partis politiques de la mouvance présidentielle a salué l’action du gouvernement mauritanien notamment à travers son plan le plan d’urgence qui prend en compte les besoins essentiels et les préoccupations des populations les plus démunies et qui est aussi de nature à les soustraire aux tentations. 

Babacar Baye Ndiaye

( 11 avril, 2008 )

Didier Awadi : « Si tu veux qu’un système évolue, tu le critiques »

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Didier Awadi, ce rappeur d’origine sénégalaise et membre fondateur du mythique Positif Black Soul n’est plus à présenter au monde entier. Venu dans le cadre de la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades de Nouakchott, nous l’avons uniquement rencontré pour vous. Dans l’interview suivante, vous verrez bien qu’il ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit de dire la vérité. 

Le Rénovateur Quotidien : En Afrique, les APE ont suscité des réactions passionnées. D’ailleurs, vous avez écrit un texte dans lequel vous stigmatisez ces accords. Dites-nous concrètement qu’est-ce qui vous a poussé à l’écrire ? 

Didier Awadi : D’abord, j’ai essayé de savoir de quoi il était question. Lorsque j’ai compris que c’était de nouveaux accords qui allaient condamner sûrement l’Afrique, je me suis dit : ‘ On n’a pas le droit de laisser faire ça. Il faut qu’on réagisse et qu’on tienne au courrant le maximum de personnes.’ Nous avons demandé à des spécialistes de nous expliquer le fonds de ce problème. Lorsque ces derniers nous ont expliqué : nous nous sommes dit que nous allons vulgariser cette parole. Nous avons tenu des ateliers avec des spécialistes et des artistes. Une fois que nous avons fini, nous avons estimé qu’il fallait dire aux gens : ‘Voilà, les africains aujourd’hui sont éveillés. On ne les fait pas signer n’importe quoi pour faire entrer n’importe quoi en Afrique’.

 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce que vous pensez de l’immigration clandestine des Africains ? 

Didier Awadi : Chaque être humain a le droit de voyager. Donc, il ne faudrait pas qu’on nous dise : ‘Oui, vous n’avez pas le droit d’aller partout dans le monde’. Un européen qui veut venir en Afrique, il n’a aucun problème. Pourquoi, lorsqu’un africain va demander un visa normalement on le lui refuse ? Et après, ils se disent : ‘Ils sont en train de mourir en mer’. Evidemment, si tu fermes les portes et les fenêtres, il ne reste que la mer. Les mecs qui prennent la mer, que voulez-vous qu’ils fassent ? En plus, on continue l’hypocrisie jusqu’à nous dire : ‘On va vous aider à rester chez vous’. Mais merde ! Si on a envie de voyager, laissez-nous voyager ! Si un européen éprouve l’envie de venir en Afrique, il vient et on l’accueille bien. Et on va continuer à le faire. Mais quand un africain- parce qu’il est pauvre- vient à l’ambassade demander un visa, on lui dit : ‘On ne peut pas accueillir la merde du monde’. L’Afrique n’est pas pauvre. Elle est appauvrie. A partir de là, si on a envie de voyager qu’on ne nous dise pas : ‘On n’a pas le droit’. Aujourd’hui, si nous sommes devenus pauvres, c’est parce qu’il y a des responsables. Les APE participent de ces actes qui créent la pauvreté.

 

Le Rénovateur Quotidien : Dans vos textes, des noms comme Cheikh Anta Diop, Thomas Sankara, Nkrumah, Patrice Lumumba, Nelson Mandela entre autres reviennent tout le temps. Est-ce que vous vous identifiez à ces figures africaines qui ont lutté en quelque sorte pour la dignité de l’homme noir ? 

Didier Awadi : C’est vrai que je m’identifie à toutes ces figures historiques africaines. Je pense que chacun d’entre nous s’identifie à tout ce qui se fait de bien. Partout, il y aura des gens de bien. Mais c’est vrai ma première référence, c’est des gens comme Thomas Sankara, Patrice Lumumba, Cheikh Anta Diop…

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous êtes connu pour votre engagement et vos positions radicales. Est-ce que c’est un choix que vous avez opté ? 

Didier Awadi : Ce n’est pas un choix. Ça s’impose ! Ça s’impose naturellement ! On ne fait pas le choix de s’engager. C’est plutôt le résultat d’une action, d’une prise de conscience. En quelque sorte, je dis ce que je pense !

 

Le Rénovateur Quotidien : On sait que vous avez un studio à Dakar. D’ailleurs, vous avez produit de nombreux artistes sénégalais bien connus aujourd’hui. Est-ce qu’on vous comptez le faire en Mauritanie ? 

Didier Awadi : Si ! On a travaillé sur l’album de Waraba. Il a enregistré des titres au studio (Sankara, NDLR). Il y a beaucoup d’artistes aussi du continent qui y viennent enregistrer leurs produits.

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que Didier Awadi est fidèle en amitié ? 

Didier Awadi : Je suis très mal placé pour me juger ! Mais je sais que j’ai les mêmes potes depuis que je suis tout petit.

 

Le Rénovateur Quotidien : Comment pouvez-vous nous expliquer le départ de Carlou D de votre groupe le PBS/Radikal ? 

Didier Awadi : On vous a dit qu’il était mon ami ? Qu’est-ce que vous en savez pour dire que c’est mon ami ?

 

Le Rénovateur Quotidien : Rien du tout, juste pour savoir ! 

Didier Awadi : Pouvez-vous reformuler votre question ?

 

Le Rénovateur Quotidien : Comme Carlou D était dans votre groupe, certainement donc, il était votre ami ? 

Didier Awadi : Ce n’était pas une amitié. C’était une relation de travail.

 

Le Rénovateur Quotidien : Et entre vous deux, il n’y a rien eu ? 

Didier Awadi : Rien du tout ! Il voulait faire une carrière solo et voilà quoi. C’est nous qui l’avons forgé pour qu’il devienne un grand artiste aujourd’hui. Actuellement, il fait cavalier seul. C’est ce qu’on voulait et c’est ce qui est arrivé.

 

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous de lui, de sa musique ? 

Didier Awadi : C’est un des grands artistes rappeurs au Sénégal mais c’est nous qui l’avons propulsé.

 

Le Rénovateur Quotidien : Pensez-vous, comme Alpha Blondy, que les ennemis de l’Afrique, ce sont les africains eux-mêmes ? 

Didier Awadi : Non, je ne vais pas penser comme Alpha Blondy ! Les ennemis de l’Afrique : il y a les européens, les africains, les américains. Les ennemis de l’Afrique : c’est vous, c’est moi, c’est tout le monde.  Je ne vais pas dire que ‘les ennemis de l’Afrique, ce sont les africains’ et m’arrêter là. Ce serait simpliste. Je n’aime pas…comme tel a dit et puis tu tombes dedans. Non ! Il faut remettre en question. L’ennemi de l’Afrique, c’est juste quelqu’un qui va tout faire pour que le pays n’avance pas.

 

Le Rénovateur Quotidien : Dans l’un de vos morceaux en l’occurrence, Mor Ndajé (en français, celui qui aime se mettre en évidence dans toute les occasions) qui est un morceau sarcastique, vous adressez des critiques au Président Wade. Que lui reprochez-vous ? 

Didier Awadi : On adresse des critiques aux tenants du système pour qu’il évolue. Si tu veux qu’un système évolue, tu le critiques. Mais tu le fais de manière objective. La critique objective fait avancer le système. On appelle cela démocratie.

 

Le Rénovateur Quotidien : Au Togo, Faure Eyadema a remplacé son père au pouvoir. Item avec Joseph Kabila au Congo démocratique même si le processus n’est pas le même. Actuellement, au Sénégal, on suppute que Karim Wade pourrait succéder à son père. Que vous inspire ce parachutage à la tête des pouvoir en Afrique ? 

Didier Awadi : On ne peut qu’être contre cela. Je pense que si n’importe qui veut être Président de la République, il doit passer par la voie politique c’est à dire se battre sur le terrain politique mais pas profiter des largesses de papa pour accéder au pouvoir.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous n’épargnez pas non plus les présidents africains que vous traitez de voyous et de cyniques ? 

Didier Awadi : Je ne les épargne pas parce qu’ils ne m’épargnent pas. Si un ‘mec’ que tu as élu aujourd’hui pense que tu travailles pour lui alors que c’est toi qui l’as mis là où il est, c’est toi qui le paies, il doit travailler pour toi, c’est ton serviteur ! Je pense que les jeunes doivent être conscient qu’on met qui on veut au pouvoir. Et quelques fois même les gens qui pensent être indéboulonnables, le peuple s’est levé comme un seul homme pour dire non. On a vu Moussa Traoré au Mali. Ça va se passer soit par les urnes si les gens acceptent le jeu démocratique ou bien ce sera violent.

 

Le Rénovateur Quotidien : Pensez-vous qu’il existe des solutions pour sortir l’Afrique du sous-développement et de la pauvreté ? 

Didier Awadi : Il y a toujours des solutions. Je suis un optimiste. Il faut y croire. Tant qu’on pense: ‘Tant qu’on ne  nous aide pas, tant qu’on ne tend pas la main’, on restera des mendiants, eh bien, évidemment, on sera dans la merde. Je crois qu’il faut donner du boulot aux gens, les réveiller quand il faut même s’il faut donner un coup de pied au cul.

 

Le Rénovateur Quotidien : A quand votre retraite musicale ? 

Didier Awadi : Ma retraite ? C’est lorsque vous serez retraité(éclats de rire).

 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

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( 8 avril, 2008 )

Military Underground: Le Duo de la Médina 3

                                                     

Composé de 10 titres plus un Intro, le premier album de Military Underground «Au Secours» est sorti depuis le 13 mars dernier à Nouakchott. La cérémonie de dédicace a eu lieu le même jour à l’ancienne maison des jeunes.

————-Par Babacar Baye Ndiaye 

Originaire de la Médina 3, le duo de ce groupe de Rap flirte déjà avec le succès : concerts par-ci, voyages par-là sans oublier les interminables autographes des fans et les émissions de radio qui pointent à l’horizon. L’amour, la paix, l’unité des chœurs, la solidarité, la révolte, la foi, l’amertume, la corruption, la souffrance des populations de la ‘Mauri-Tanie’…

Tout y est chanté dans un mélange de français, d’anglais, de poular, de wolof, de bambara et de hassanya. Un album révolutionnaire tant dans les paroles que dans la conception musicale. Du truculent dans la mayonnaise ‘rapologique’ du pays. 

2000-2008 : il a fallu huit ans d’existence à Papa Fall alias P.A et Mamadou Sène Diouf alias F-Diou, chanteurs de Military Underground, pour mettre sur le marché national leur premier album «Au Secours », un appel du cœur ‘lancé à tout celui, qui par sa plume, son esprit de bonne volonté, son influence physico-morale, financière, politique œuvrant dans le sens positif pour une Afrique et un monde meilleur’.

Dans l’intro de leur album, ils se définissent comme ceux qui sont venus délivrer le hip hop mauritanien des préjugés et des injustices dont il est victime. Comprenez par-là le désintéressement dont souffrent de manière générale les musiciens mauritaniens. D’où le titre ‘Considération Zéro’ en featuring avec le tonitruant groupe de Rap Diam Min Tekki. 

Le mouvement du hip hop mauritanien, estiment-ils, doit progresser et emprunter une nouvelle voie qui pourra lui permettre de rivaliser avec les autres pays de la sous-région comme le Sénégal où le Rap est très développé grâce à de multiples efforts consentis dans son rayonnement. 

Leur destin s’est croisé depuis leur tendre enfance dans les rues de la Médian 3, leur ‘bled’. Ayant grandi ensemble et fréquenté les mêmes écoles, P.A et F-Diou sont venus dans le Rap pour être ‘la voix de ceux qui n’ont pas de voix’.

A leurs yeux, le Rap mauritanien a besoin d’un nouveau coup de pouce qu’ils sont venus apporter. Prenant le contre-pied de ceux qui font du Rap pour leurrer le public, ils ont opté pour un Rap ‘real’. Le Rap vulgaire n’est pas leur cadre d’expression : ils le laissent à ceux qui n’ont aucune valeur morale et sociale.

La sortie de leur album «Au Secours » n’a pas changé en aucune manière leur vie ni leur rapport avec les autres. Leurs sources d’inspiration tournent autour des faits divers de société. Le Rappeur, pensent-ils, doit évoluer, changer d’attitude et surtout maîtriser la rhétorique. Leur premier album sorti, ils vont devoir maintenant confirmer qu’ils ne sont pas venus dans le Rap pour faire un passage éphémère comme c’est souvent le cas avec certains musiciens qui ne savent pas suivre les réalités de la musique.  

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Surprenant, leur album l’est. Dans leur vocabulaire, le mot ‘Amour’ au sens premier du terme n’a pas sa place. C’est pour les autres ! Peut-être qu’ils n’y croient pas. Peut-être qu’ils ne sentent pas ce mot plein de mystères  dans leur texte.

Pour écrire leurs textes justement, P.A et F-Diou sont allés puiser dans la vie quotidienne des populations mauritaniennes. Comme «Au Secours » et «Maatrachi »(en français, rien de nouveau sous le soleil)  qui évoquent respectivement les problèmes de santé que rencontrent les populations et de la corruption galopante dans les services.

Dans leurs critiques, ils n’épargnent personne notamment les hommes politiques pour leurs frasques et leurs mensonges. Ils en veulent à Ould Hamza qui leur a tourné le dos parce que ce dernier avait promis aux jeunes de la Médina 3 qu’ils représentent des monts et des merveilles durant les élections municipales de 2006.

Maintenant, pour voir l’ombre du maire de Nouakchott, ce n’est pas une sinécure. A l’endroit de la jeunesse mauritanienne, ils les consolent en ces termes : ‘ne jamais se désespérer et surtout de tenir le coup’. P.A et F-Diou sont des rappeurs qui n’ont pas leur langue dans leur poche. Non plus, ils ne cachent pas leurs opinions pour dénoncer et dire la vérité.

Par exemple, dans «Maatrachi » en featuring avec Izakaz et Francoman, ils affirment sans fioritures que l’ex-président de la République Maouiya O. Sid’Ahmed Taya mérite le même sort que Sadam Hussein. Tout en campant sur leur position, ils portent sur le dos de Ould Taya toutes les infortunes de la Mauritanie : division communautaire, corruption, injustice, pauvreté, tribalisme, favoritisme… 

Habitant dans un trou perdu(Médina 3), ces jeunes ‘oubliés’ de la République mettent à profit leur statut de leaders d’opinion pour lutter contre le désespoir et la souffrance des populations à travers leurs textes, véritables reflets de leur vécu quotidien.

Trop de gens meurent par négligence, disent-ils, en faisant allusion aux hôpitaux. Ce n’est pas par hasard qu’ils ont écrit ‘Au Secours’ puisqu’ils ont été moult fois témoins de ces négligences humaines dont souffrent souvent nos structures hospitalières. Ecrire des choses vraies et qui parlent des misères des populations, tel semble être le sacerdoce de Military Underground. Nos médecins sont en premier lieu visés par les récriminations de ce groupe de Rap. 

Military Underground qui veut dire en français ‘Les militaires sous la terre’ ne comptent pas s’arrêter en si bons chemins.  Pour véritablement incarner l’esprit militaire, ces jeunes rappeurs sont partis recevoir une formation militaire. Mais rassurez-vous, ils ne sont ni bruts ni des imbéciles.

Pour ce qui concerne Papa Fall, il est allé jusqu’en terminale plus des années d’Anglais à Oasis Book et l’autre Mamadou Sène Diouf est actuellement étudiant dans un centre de formation en comptabilité. Solidement influencés par Dasfxe, Terror Squad, Morgan Héritage, Bob Marley, Tiken Jah Fakoly entre autres, Military Underground, avec son premier album ‘Au Secours’ peut se targuer aujourd’hui d’avoir réussi un coup : celui de la production. 

Dans l’un de leurs morceaux intitulé ‘Rest in Peace’, ils ont rendu hommage aux victimes du bateau  sénégalais ‘Le Joola’ disparues le 26 septembre 2003 aux larges des côtes gambiennes. «Il fallait qu’on le chante pour être quitte avec nos consciences », pensent-ils. 

S’inscrivant dans le combat politique de Nkrumah, Cheikh Anta Diop entre autres panafricains, Military Underground milite pour une Afrique Unie débarrassée de ses vieilles habitudes qui l’empêchent de s’en sortir. Mais ceci passe d’abord par l’unité des cœurs et des actions. D’où le titre ‘Rest in Peace’ en featuring avec Mamy Kanouté qui exprime un véritable plaidoyer envers la fraternité entre les peuples africains. 

                                        

( 6 avril, 2008 )

Khady Mint Cheikhna, directrice du Festival International des Musiques Nomades

«Le Festival International des Musiques Nomades est l’occasion de montrer que nous sommes une terre de convivialité, d’hospitalité et d’ouverture » 

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A quelques heures de l’ouverture de la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades à Nouakchott par Ousmane Gangué et le Kodé Pinal, la directrice dudit festival Khady Mint Cheikhna nous a accordé une interview exclusive dans laquelle elle a laissé entendre que ce festival pourrait servir de vitrine à la culture mauritanienne dans les prochaines années à venir.  

Le Rénovateur Quotidien : Les grands noms de la musique mauritanienne comme Malouma, Tahara Mint Hembara, Dimi, Tiédel Mbaye entre autres ne participeront pas à ce festival. Expliquez-nous un peu ? 

Khady Mint Cheikhna : Certains grands artistes auraient pu participer mais en raison de leur indisponibilité, ils n’ont pas pu le faire. Nous avons fait une programmation artistique qui a été faite sur la base de critères objectifs. Parmi lesquels, on peut citer la disponibilité des artistes mais surtout de donner l’opportunité à des talents émergents et enfin de donner des chances à ceux qui n’ont jamais pu participer aux précédentes éditions du Festival International des Musiques Nomades. Si certains artistes n’ont pas pu participer, c’est en fonction de ces critères-là que je viens d’énumérer. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce qu’un rappeur comme Didier Awadi vient faire dans un festival international consacré aux musiques nomades ? 

Khady Mint Cheikhna : La musique nomade est tout à fait convertible à la musique moderne. On peut la valoriser et pour nous, la musique nomade ne doit pas rester en retrait. Elle doit communiquer avec le monde et accompagner l’évolution artistique du monde entier. Elle peut trouver sa place dans le circuit des marchés internationaux. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Les concerts dans les moughataas mettent en valeur plus les artistes mauritaniens que la programmation du Ksar qui met l’accent sur la musique internationale. Est-ce un choix délibéré ? 

Khady Mint Cheikhna : Nous avons un public très varié. Une frange de la population opte pour la musique traditionnelle. Nous avons des jeunes qui sont imprégnés et de plus en plus acquis à la musique moderne. Pour cette raison, nous avons essayé de donner satisfaction à tout notre public et à toute notre population dans toutes ses composantes et goûts aussi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Organiser un festival de cette dimension demande beaucoup d’argent. D’ailleurs, est-ce que son financement a posé problèmes ? 

Khady Mint Cheikhna : Bien entendu que c’est difficile de trouver de l’argent pour ce genre de manifestation ! C’est encore beaucoup plus difficile chez nous parce que les hommes d’affaires ne sont pas encore complètement acquis à l’idée que la musique et la culture de manière générale peuvent générer des fonds. Cependant, nous avons eu des partenaires mauritaniens et étrangers comme la coopération française, espagnole et allemande. Mais l’argent, le sponsoring ou le financement d’un Festival pose  toujours problème parce qu’il est toujours perçu comme une perte sèche ou une simple contribution sans retour financier. 

  

Le Rénovateur Quotidien : Vous qui êtes la directrice de ce festival, la réussite de cette 4ième édition, à votre avis,  dépendra de quoi exactement ? 

Khady Mint Cheikhna : La réussite dépendra de l’adhésion et de l’intégration de la population à cet événement mais surtout de la nécessité d’organiser régulièrement une manifestation culturelle de cette dimension ; si la population comprend qu’elle a besoin d’une manifestation culturelle, de son propre festival comme le Mali, le Niger, le Sénégal qui ont leurs propres festivals. Le festival international des musiques nomades, c’est un rendez-vous, un échange culturel et une occasion d’identifier de nouveaux talents mais aussi l’occasion de montrer que nous sommes une terre de convivialité, d’hospitalité et d’ouverture. 

 

Le Rénovateur Quotidien : En quelque sorte essayer de vendre l’image de la Mauritanie ? 

Khady Mint Cheikhna : Bien sûr ! L’un des objectifs majeurs est de valoriser l’image de marque de la Mauritanie et de la montrer dans toutes ses facettes culturelles. 

 

Le Rénovateur Quotidien : A quelques heures de l’ouverture de la 4ième édition du Festival International de Musique Nomade, est-ce que tout est fin prêt ? Y’a-t-il eu des couacs de dernière minute ? 

Khady Mint Cheikhna : On ne peut jamais dire que la réussite d’une manifestation comme le Festival International des Musiques Nomades est acquis d’avance. Quoiqu’on dise, il y a toujours des imperfections. Toutefois, toute l’équipe du festival n’a épargné  aucun effort pour que l’organisation soit la meilleure possible. Et je dis bien ‘possible’ puisque le risque zéro n’existe pas. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Pour l’ouverture de la 4ième édition du Festival International des Musiques Nomades, vous avez porté votre choix sur Ousmane Gangué. Qu’est-ce qui a dicté le choix sur lui ? 

Khady Mint Cheikhna : Parqu’Ousmane Gangué est l’un des artistes modernes en Mauritanie qui commence véritablement  à faire son ascension musicale. C’est un artiste qui a beaucoup de courage et qui travaille très bien. Nous voulons d’abord le faire découvrir et l’aider afin qu’il puisse occuper une place dans le circuit des marchés internationaux et dans le showbiz. 

 

Le Rénovateur Quotidien : La musique comme outil de développement économique, vous y croyez ? 

Khady Mint Cheikhna : Tout à fait ! Je pense que la culture est un moyen extraordinaire de génération de fonds. La culture : si elle est bien organisée et sponsorisée peut rapporter des fonds énormes et peut être un axe de développement économique. 

 

Propos recueillis par : 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

( 3 avril, 2008 )

Arrestation de Me Fatimata Mbaye à Paris : »Soukheire Belhassane, présidente de la FIDH, demande aux autorités mauritaniennes d’adresser une protestation officielle aux autorités françaises »

L’arrestation de Me Fatimata Mbaye continue de susciter des mouvements de sympathie et de solidarité. La dernière en date : celle de la Tunisienne, madame Soukheire Belhassane, présidente de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme et par ailleurs vice-présidente de la Ligue tunisienne des Droits de l’Homme qui est venue à Nouakchott  exprimer vivement son soutien à Me Fatimata Mbaye à la suite de sa garde-à-vue durant 24 heures par la police française.   

Au cours d’une conférence de presse, organisée à l’hôtel Tfeilà, ce lundi 1 avril, madame Soukheire Belhassane, se basant sur le fait que Me Fatimata Mbaye appartient à la Commission Nationale des Droits de l’Homme qui est une institution mauritanienne, a demandé, à la suite de son audience avec le ministre de l’Intérieur Yall Zakaria, aux autorités mauritaniennes d’adresser ‘une protestation officielle’ auprès des autorités françaises. 

Qualifiant l’arrestation de Maître Fatimata Mbaye de choquant, de révoltant et d’absolument insupportable, madame Soukheire Belhassane a demandé, après un réquisitoire sur la banalisation du recours à la  violence par les services de l’ordre français lors des expulsions des migrants et des demandeurs d’asile, au procureur de la République française de faire toute la lumière sur les investigations nécessaires afin de déterminer les motifs d’un tel traitement et les éventuelles responsabilités concernant ces violences qui ont été exercées à l’égard de la personne migrante(à l’origine de l’arrestation de Me Fatimata Mbaye) mais également à l’égard de la présidente de l’AMDH(Association Mauritanienne des Droits de l’Homme) et du médecin qui l’avait soutenu dans sa protestation. 

En attendant que l’enquête menée actuellement en France révèle sa version des faits sur cette affaire tristement célèbre, la FIDH  a demandé par ailleurs que la lumière soit faite sur l’arrestation et la privation de liberté de Maître Fatimata Mbaye durant toute sa garde-à-vue qui a duré 24 heures chrono. «La FIDH exhorte les autorités françaises à tout mettre en œuvre afin que les décisions judiciaires de reconduite à la frontière soient exécutées dans le respect de la dignité humaine. La maltraitance que subissent aujourd’hui les migrants de manière générale est honteuse et insupportable », a déclaré madame Soukheire Belhassane qui a appelé par ailleurs la France, berceau de la liberté et des droits de l’Homme, à respecter ses engagements internationaux en matière de droits de l’Homme. «Nous demandons aux compagnies aériennes et en l’occurrence Air France en particulier d’informer clairement d’une manière systématique le personnel sur le comportement et les mesures à adopter à ce type de situation et ce surtout conformément aux droits fondamentaux des personnes humaines et qui sont garantis par les instruments régionaux et internationaux de protection des droits de l’Homme », a ajouté la présidente de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, madame Soukheire Belhassane accompagnée au cours de sa conférence de presse par le président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, Mohamed Said O. Hamody. 

A la suite de sa visite en Mauritanie, madame Soukheire Belhassane s’est rendue aussi dans notre capitale économique, Nouadhibou, plus précisément au Centre d’Accueil de Nouadhibou où des centaines de migrants ouest africains sont détenus. «Je suis vraiment sous le choc. Je trouve que les conditions sont absolument inhumaines », dit-elle en comparaison au centre d’accueil de Pnom Penh où les conditions de séjour sont meilleures que celles des centres d’accueil de Nouadhibou, de Bruxelles et de Pologne qu’elle a récemment visités dans le cadre de ses missions dans les pays de transits. Les jeunes détenus dans ce centre d’accueil de Nouadhibou sont essentiellement des sénégalais, des maliens et des guinéens. Leurs conditions de séjour sont contraires aux droits de l’Homme : âgés de moins de 20 ans, ils s’entassent dans un bâtiment de 50², dorment dans des lits d’infortune et ne disposent que des couvertures pouilleuses jetées à sol. «Ils sont alignés les uns au dessus des autres, dans une position assise et ils ne peuvent pas bouger. Les conditions sont celles d’une prison. On a le cœur serré de voir ces jeunes gens complètement immobilisés», a-t-elle affirmé. 

Constatant que la Mauritanie devient de plus en plus un pays de transit et d’installation pour les migrants,  madame Soukheire Belhassane, présidente de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme a fait savoir qu’il y a aujourd’hui une nécessité de clarifier la convention sur l’immigrant clandestin qui fait souvent l’objet d’accusations graves et gratuites comme l’introduction de la drogue dans les pays de transit. «Brancher les phénomènes de drogue sur les phénomènes de migrations, c’est encore alourdir le poids qui pèse aujourd’hui sur le migrant », fait-t-elle remarquer. 

A la tête de la  Fédération Internationale des Droits de l’Homme depuis Avril 2007,  madame Soukheire Belhassane a fait de la situation des migrants sa priorité. «Les migrants ne sont pas des sous-hommes, s’indigne-t-elle. Le droit à la santé, à la libre circulation, à l’éducation sont des droits fondamentaux qui doivent être partout les mêmes et respectés. Qu’il y ait des règles, que la migration clandestine soit surveillée et régulée, c’est normal. C’est le droit à tout Etat de le faire. Mais que ces règles soient appliquées ?». 

Evoquant les accords de coopération sur l’immigration clandestine entre l’Espagne et l’Afrique,   

Madame Soukheire Belhassane a dénoncé vigoureusement l’attitude des pays européens qui n’ont pas encore signé la convention sur le droit du travailleur émigrant, d’ailleurs ratifié par la Mauritanie depuis 2007. Renforçant ses mesures contre l’immigration, les pays européens ont élaboré un projet de directives européennes sur l’immigrant. Des mesures qui visent essentiellement le retour des migrants à leur pays d’origine. Avant leur expulsion, les migrants seront gardés pendant plus de 18 mois dans un centre de rétention et comble de l’ironie, ils seront frappés d’une interdiction de retour en Europe pendant 5 ans. «La migration sélective est totalement à rejeter parce que c’est écrémer nos pays du sud ; prendre le meilleur alors que des pays se saignent aux quatre veines… », a noté madame Soukheire Belhassane. 

Babacar Baye Ndiaye 

  

   

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