( 31 mai, 2008 )

Point de presse de M. Khalil Ould Ennahoui: Le PSI à l’heure du bilan. Quelles perspectives ? La Primature fait une évaluation du niveau d’exécution

La Primature a rendu public un communiqué de presse récapitulatif des aspects inhérents à l’exécution de la première partie du Programme Spécial d’Intervention (PSI). Selon le document, sur 5497 tonnes de denrées alimentaires et de produits de bétail, seulement 17,9% sont parvenus aux populations bénéficiaires, bien qu’on en soit à la fin de la première phase du PSI dont le lancement a été donné il y a un mois. Le document indique que les autorités locales ont également réceptionné 59% des quantités destinées à la distribution gratuite ou à la vente à des prix abordables contrôlés par les banques de céréales. Les 5497 tonnes précitées ont été distribuées gratuitement au profit des populations les plus nécessiteuses.  

Les responsables en charge du Programme Spécial d’Intervention (PSI) ont tenu une conférence de presse sur le niveau d’exécution du programme lancé au début du mois de mai. Ce programme est composé de 5 volets : aide alimentaire et filets de sécurité, agriculture et élevage, formation et emploi des jeunes, mise en place en place d’activités génératrices de revenus et enfin un volet hydraulique. 

En ce qui concerne la mise en place du stock de sécurité, plus de 17.000 tonnes sur 25.000 tonnes ont été distribuées. Le reliquat est attendu avant le 31 août 2008. Par rapport aux quantités totales à expédier toutes formes confondues, 21.541 tonnes ont été réceptionnées au niveau des Moughatas ciblées dans le plan d’urgence concocté par le gouvernement. Néanmoins, il a été constaté une lenteur dans l’approvisionnement des SAVS. Lequel approvisionnement a dépassé toutes les prévisions de stockage. 

Pour rattraper le retard au cours du mois de juin 2008, les responsables du PSI comptent accélérer les distributions gratuites prévues et les mesures de renforcement des capacités en cours. 

Le plan d’urgence a aussi prévu l’ouverture de 108 boutiques témoins dont 32 à Nouakchott, 6 à Nouadhibou, 2 à Rosso et 2 à Maghama pour atténuer les effets de la spéculation sur les denrées de premières nécessités. Les stocks sont en cours de transfert et toutes les boutiques seront opérationnelles avant la fin de la semaine, donc début juin. 

En ce qui concerne le volet agriculture et élevage, plusieurs travaux ont été réalisés,  notamment la réhabilitation des périmètres PPG2, de barrages, de digues et diguettes. Dans ce cadre, 12.000 ha seront aménagés dans le Walo. Le protocole d’accord a été signé avec le génie militaire pour les travaux d’extension qui vont s’achever dans deux mois. La lutte anti aviaire, ainsi que contre la sésamie, vise à protéger les cultures contre les oiseaux granivores. Sur 500 tonnes de semences prévues, 100 tonnes ont été envoyées au Hodh Chargui, au Guidimakha  et en Assaba. 

Les 400 restantes sont en cours d’envoi. Des matériels agricoles, des semences et des insecticides seront distribués au profit des coopératives de maraîchage. L’évaluation du marché est en cours au niveau de la CCM. Le Programme d’Intervention Spéciale prévoit également ‘le retour au terroir’ qui aura lieu entre le 15 juin et le 15 juillet. Plus de 50 techniciens seront recrutés pour l’appui et l’encadrement dans le domaine de l’agriculture et de l’élevage.  

Quant au volet Formation et Emploi des Jeunes, plus de 2000 jeunes ont été identifiés à Nouakchott, 500  à Nouadhibou  et 1.500 dans les autres wilayas. Dans ce cadre, des conventions de formation ont été signées avec 10 structures de formation au niveau des 9 wilayas ainsi que des conventions d’emploi à Nouakchott en cours de préparation avec les entreprises, les organisations professionnelles et certains départements ministériels.  

Pour ce qui est de la mise en place des activités génératrices de revenus, les groupements féminins et les ménages ont été le plus privilégiés. Sur 640 AGR prévues, seules 164 restent. L’identification a été déjà réalisée et les fonds transférés à la wilaya de Nouakchott. 

En ce qui concerne le volet hydraulique, des forages au profit des populations rurales et des forages à visée pastorale ont été réalisés. Au total, 13 forages dans les wilayas du Hodh El Gharbi, du Brakna, du Gorgol et du Guidimakha.   

Dans l’ensemble, les responsables en charge du Programme Spécial d’Intervention sont satisfaits du niveau d’exécution du programme. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 31 mai, 2008 )

Une étonnante love story à la mauritanienne!

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Mohamed Ould Ahmed Ould Alweynat et Mariem Mint Mohamed Mahmoud Ould Jily sont un couple originaire de Kiffa. Le premier est issu de la caste des Oulad Sidi El Wavi. La seconde de la caste des Oulad Sidi Boubacar. Leur tort, c’est de s’aimer. Leur malheur a commencé le jour où ils ont décidé de se marier. Cette union conjugale est mal vue par les parents de Mariem Mint Mahmoud Mohamed Ould Jily parce que tout simplement ils ne sont pas du même rang social.

Pour eux, Mohamed Ould Ahmed a franchi le Rubicon en osant se marier contre leur volonté avec leur fille qui est issue de sang supérieur au sien. Par une décision judiciaire en date du 9 janvier 2007 émanant du tribunal départemental de Kiffa, Mohamed Ould Ahmed Ould Alweynat et Mariem Mint Mohamed Mahmoud Ould Jily se sont mariés.

Cette décision a provoqué le courroux de Mohamed Mahmoud Ould Jily, père de la nouvelle mariée. Considérant cela comme une offense insoutenable, il porte plainte avec l’aide et la pression de Didi Ould Bounama, ex-ministre de la justice, ex-président de la cour suprême et du conseil constitutionnel.  C’est lui qui sera à l’origine de la convocation de Mohamed Ould Ahmed devant le procureur de la République de Kiffa. A son tour, comme un jeu de ping pong, il le renvoie devant le juge d’instruction. Celui-ci, après enquête, rend une décision de non-lieu le 17 janvier 2008. Ainsi déboutés par le tribunal départemental de Kiffa, les parents de la femme portent l’affaire devant le tribunal départemental de Guerrou qui rend un jugement ‘contradictoire’ en l’absence de l’accusé, Mohamed Ould Ahmed Ould Alweynat.

Par la force, les parents de la femme ont fait exécuter ce jugement de première instance susceptible d’appel. Pour enterrer ce mariage ‘illégal’ à leurs yeux, ils proposent à Mohamed Ould Ahmed Ould Alweynat un compromis au terme duquel il va abandonner son épouse qui est actuellement en état de grossesse.  Aux yeux de leur avocat, maître Ahmed Bezeid Ould Mohamed El Mamy, c’est attentatoire aux libertés humaines et à la bienséance. Quant à Aminétou Mint Ely Moctar, présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille, s’est dit choquée de voir de telles pratiques perdurer encore dans une société qui se proclame démocratique et se voudrait respectueuse des droits de l’Homme.

Elle a fait savoir que cette volonté des parents de Mariem Mint Mohamed Mahmoud Ould Jily de la séparer de Mohamed Ould Ahmed est une violation de la Constitution et un mépris du Code du Statut Personnel.

Elle a, par ailleurs, dénoncé les pressions exercées sur la personne de Mohamed Ould Ahmed Ould Alweynat par la gendarmerie et le procureur de la République de Guerrou.

Tout en appelant les autorités à prendre leur responsabilité sur cette affaire qui pourrait avoir un impact négatif sur la santé de la femme qui est en état de grossesse avancé (8 mois), la présidente de l’Afcf a exprimé  son inquiétude sur la tournure que cette affaire est en train de prendre. Cette affaire pourrait être une possibilité pour d’autres personnes à tenter la même chose. 

Mohamed Ould Ahmed Ould Alweynat pris en charge par la Commission Nationale des Droits de l’Homme est actuellement recherché par la gendarmerie et risque la prison.  Babacar baye Ndiaye

( 28 mai, 2008 )

Sékou Yalani Kéita, directeur artistique des ‘Sardines de Conakry’

« Il faut qu’il y ait une synergie d’actions au niveau des Etats de l’Afrique de l’Ouest pour lutter contre le phénomène de la vente des enfants » 

 

Les Sardines de Conakry est un groupe de théâtre d’origine guinéenne qui était de passage à Nouakchott, dans le cadre d’une tournée sous-régionale, pour y jouer ‘Ma Famille’ ce mardi 20 mai au CCF. Cette pièce créée en avril 2006 est d’une plaisanterie impitoyable et d’une tendresse détonnante tout en nous poussant à réfléchir sur la place de l’enfant et de l’être âgé dans les sociétés africaines. On est plongé dans un pays dans lequel il est naturel de vendre ses enfants quand on a du mal à finir la fin du mois et où l’on peut les racheter parfois aussi pour une fête de famille par exemple. Nous nous sommes entretenus avec Sékou Yalani Kéita, directeur artistique et en même temps comédien du groupe de théâtre ‘Les Sardines de Conakry’ pour qu’il ne parle un peu de ce phénomène de la vente des enfants notamment en Afrique de l’Ouest. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Quel est le message que vous avez voulu faire passer avec cette pièce ‘Ma Famille’ qui parle de la vente des enfants en Afrique ? 

Sékou Yalani Kéita : On voulait monter une pièce de théâtre sur la vente des enfants et ça a coïncidé à une campagne de sensibilisation de l’Unicef/Guinée Conakry sur la traite des enfants. Le metteur en scène (José Renault, Ndlr) étant en France, il avait déjà monté ce spectacle. Ce dernier nous a proposé un spectacle sur ce thème et on a monté ce projet. Lorsqu’on a amené ce projet au niveau de l’Unicef, on nous a soutenus. Avec le centre culturel franco-guinéen de Conakry, on a monté le spectacle. On a fait des tournées dans les établissements scolaires pour sensibiliser les gens parce que la traite des enfants gagne du terrain en Afrique. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Peut-on savoir ce qui a vous concrètement amené à mettre en scène cette pièce ? 

Sékou Yalani Kéita : Nous avons constaté que la traite des enfants est en train de gagner du terrain en Afrique. En Guinée, par exemple, on a failli même brûler une femme à cause de ça, le lendemain de la fête de ramadan parce qu’elle avait pris les enfants de ses voisins avec ses enfants. Ils allaient saluer un de leurs parents comme ça se fait durant les fêtes chez nous. Les gens pensaient qu’elle allait prendre les enfants. On a brûlé sa voiture. On l’a frappé. 

  

Le Rénovateur Quotidien : Et vous estimez donc que les artistes ont un grand rôle à jouer dans le domaine de la sensibilisation en ce qui concerne ce fléau qui est en train de gagner du terrain sur le continent africain ? 

Sékou Yalani Kéita : Un rôle très, très important parce que déjà ce qu’on fait dans les écoles a porté ses fruits. Les élèves ont compris. Ils ont posé des questions pour savoir vraiment c’est quoi la traite des enfants. C’est quelle forme ! On a pu discuter avec eux et les expliquer très clairement ce que c’est la traite des enfants. On croit que ça peut porter quelque chose. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Par rapport à la traite des enfants, où en est-on actuellement et ne pensez-vous pas avec l’ampleur de ce phénomène qu’il devrait y avoir une synergie d’action au niveau des Etats de l’Afrique de l’Ouest ? 

Sékou Yalani Kéita : Euh…ça évolue très vite. Ça part à une vitesse de croisière. En Guinée par exemple, la traite des enfants, l’enlèvement des enfants est un phénomène très développé. Tout le temps, les enfants disparaissent et on les rattrape souvent au niveau des frontières. On enlève aussi les enfants pour les amener dans les plantations de cacao en Côte d’Ivoire. C’est vraiment un fléau ! Mais comme vous avez dit tout à l’heure, il faut qu’il y ait une synergie d’action au niveau des Etats de l’Afrique de l’Ouest pour lutter contre le phénomène de la vente des enfants. C’est le bouleau des hommes politiques, des gouvernements. Ce que nous pouvons,  nous les artistes,  c’est de sensibiliser. Si les gouvernements se consultent entre eux, je pense qu’ils peuvent faire quelque chose pour lutter contre la traite des enfants. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez joué aussi au Bénin où la traite des enfants est très développée. Est-ce que vous avez réussi à faire comprendre votre message ? 

Sékou Yalani Kéita : Au Bénin, l’Unicef avait amené 100 enfants pour suivre notre spectacle. Nous pensons que s’ils sont là, c’est parce que le message les intéresse. Dès qu’ils ont vu l’affiche qui portait sur la traite des enfants, ils ont acheté 100 places pour amener les enfants suivre le spectacle. A la fin, ils étaient très contents en estimant que c’était une bonne pièce qui mérite d’aller partout pour sensibiliser les gens sur la traite des enfants. 

  

Le Rénovateur Quotidien : Après avoir sillonné presque toute l’Afrique de l’ouest, pensez-vous que votre message a été entendu ? 

Sékou Yalani Kéita : Bien sûr ! On espère aussi que le message sera retenu par tout un chacun et qu’on essayera de bannir ce fléau qui gagne du terrain sur notre continent. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et au niveau de votre pays, est-ce que des actions ont été menées pour contrecarrer ce phénomène des temps modernes ? 

Sékou Yalani Kéita : Oui ! L’Unicef est en train de travailler dessus et mène vraiment une forte campagne de sensibilisation contre la traite des enfants.

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Le Rénovateur Quotidien : Saviez-vous que la traite des enfants existe aussi en Mauritanie ? 

Sékou Yalani Kéita : On n’a pas pu discuter avec les gens. On devait venir dimanche (18 mai, Ndlr) à 11 heures. On est venu lundi (19 mai, Ndlr) finalement à 3 heures du matin. On a lu dans un journal (City Magazine, Ndlr), on parle des talibés dedans. On s’est rendu compte que la traite existe vraiment en Mauritanie aussi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Pouvez-vous nous éclairer un peu sur ‘Les Sardines de Conakry’ ? 

Sékou Yalani Kéita : Les Sardines de Conakry sont en fait nées en 1999 à la faveur d’un atelier organisé par l’Alliance franco-guinéenne de Conakry de l’époque. Il y avait un représentant de chaque troupe sur Conakry. A la fin de la création, on a pu monter une pièce de Williams Shakespeare (le conte d’hiver) qui fut un bon spectacle. Nos amis français qui étaient là ‘Cartoons Sardines de Marseille’ nous ont surnommés ‘Les Sardines’ pour mettre un pont entre la Guinée et Marseille. On a pu faire une tournée sous-régionale en 2000. C’est eux qui nous ont proposés de nous faire appeler ‘Les Sardines de Conakry’. 

  

Le Rénovateur Quotidien : Quel bilan faites-vous de vos 9 ans d’existence sur la scène théâtrale guinéenne et africaine ? 

Sékou Yalani Kéita : C’est très positif. Depuis la création de notre troupe théâtrale, on a pu faire une tournée sous-régionale en 2000. On a fait deux tournées en France. On est passé presque à tous les grands festivals africains. En 2008 encore, nous sommes en tournée sous-régionale. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Sous Sékou Touré, la Guinée fut un grand pays de culture. Est-ce qu’il l’est toujours ? 

Sékou Yalani Kéita : Il n’y a pas une politique culturelle en Guinée depuis la mort de Sékou Touré. Lui, son truc, c’était la culture. Il a tout mis sur la culture. C’est un burkinabé qui nous a dit, le professeur Jean-Pierre Guinganné, qu’on a connu l’Afrique de l’Ouest grâce à la musique guinéenne. Nous, le théâtre, c’est déjà une passion. J’aime ça. Je veux faire ça toute ma vie. Dire qu’on va gagner quelque chose dedans, c’est autre chose. C’est peut-être après. La culture, sans la culture, on ne peut pas parler de développement d’un pays. 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

  

 

( 28 mai, 2008 )

Procès des présumés salafistes: La défense accuse le parquet d’empiéter sur le dossier

Au cours d’une conférence de presse organisée hier à l’hôtel Khaïma en présence des familles des présumés salafistes et des Organisations de défense des droits de l’Homme, les avocats de la défense ont dénoncé vigoureusement les empiétements du parquet sur le dossier des salafistes dont le procès vient de débuter il y a 3 jours après moult tergiversations. Les avocats de la défense ont convié la presse pour la mettre au parfum du déroulement de la gestion de ce procès qu’on appelle communément le dossier des salafistes. Les avocats de la défense, au cours de cette conférence de presse, ont relevé un certain nombre d’atteintes aux droits de l’homme ont émaillé le déroulement du procès depuis son commencement. Ils n’ont pas pris de gants aussi pour dénoncer la volonté du parquet de faire dessaisir le juge d’instruction du 3ième cabinet qui avait en charge ce dossier. Ce dessaisissement s’explique, selon les avocats de la défense, par le fait que ce même juge d’instruction  n’avait pas obéi aux demandes introduites par le parquet. A leur grande surprise, ils apprirent, ce mercredi 28, que le parquet a voulu faire des pressions au niveau de la chambre d’accusation pour  dessaisir ce dossier des mains du juge d’instruction du 3ième cabinet.  La chambre d’accusation a balayé d’un revers de la main cette demande introduite par le parquet tout en maintenant la compétence du juge d’instruction du 3ième cabinet. 

Les avocats ont salué la décision qui a été prise par le juge d’instruction et celle qui a été rendue par la chambre d’accusation. Ils ont rappelé  aussi qu’ils ne fermeront pas les yeux les empiétements de l’autorité exécutive par rapport à la liberté et à l’indépendance de la justice dans ce dossier sensible. 

Les avocats de la défense ont estimé que pour faire face à ce phénomène de terrorisme, l’Etat doit prendre les mesures qui s’imposent en vue de garantir la sécurité publique. C’est là un gage de confiance et de respect pour  protéger les libertés et assurer l’indépendance de la justice. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 28 mai, 2008 )

Loi n° 048-2007: A quand l’adoption des décrets d’application ?

Les pratiques esclavagistes ne sont pas encore éradiquées définitivement. En dépit de l’ordonnance n° 81.234 en date du 9 novembre 1981 abolissant l’esclavage, la loi n° 2003-05 du 17 juillet 2003 portant répression de la traite des personnes, la loi n° 2005-015 portant code du travail et récemment la loi n°048-2007 sur l’esclavage et les pratiques esclavagistes. Sur le plan politique, l’adoption de telles dispositions constituent à n’en pas douter des avancées considérables et significatives mais elles restent toutefois inopérantes en raison du manque de mise en œuvre d’une tactique de communication appropriée. La sensibilisation n’a atteint que peu de localités du pays. Les campagnes de sensibilisation ne mobilisent pas tous les acteurs de la société civile notamment les oulémas et les imams qui doivent transmettre l’esprit de cette loi au travers de leurs prêches dans toutes les mosquées du pays.

Tout cet arsenal juridique ne semble pas circonscrire le problème et son ampleur encore moins satisfaire les attentes notamment des associations de défense des droits de l’Homme.

C’est dans ce cadre, conformément aux engagements des pouvoirs publics, le législateur est appelé à renforcer les normes en vigueur relatives à l’esclavage en incriminant et en réprimant les pratiques qui lui sont liées. Ainsi donc, par cette loi(n°048-2007) portant incrimination et répression de l’esclavage, les autorités de la République visent l’élimination de toutes les tares héritées du passé, la promotion d’une culture d’égalité, de tolérance et de citoyenneté et la mise en place de conditions favorisant le progrès et l’émancipation de tous les mauritaniens. 

Lors de l’adoption de cette nouvelle loi à l’Assemblée Nationale, les députés n’ont pas tenu compte de la convention de Genève de 1956 relative à l’esclavage et la convention supplémentaire relative à l’abolition de l’esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et pratiques analogues à l’esclavage de 1956. Et pourtant, ces deux conventions ont été ratifiées par la Mauritanie. Ce qui n’est pas du goût des associations de défense des droits de l’Homme qui ont regretté que la définition de personne de condition servile n’ait pas été retenue et la restriction des peines prévues dans l’article 4 de la loi n° 048-2007. Par rapport à l’article 15 de la même loi, les associations regrettent qu’elles ne se voient pas reconnaître la possibilité de constituer partie civile alors que la plupart des victimes de pratiques esclavagistes n’ont pas nécessairement la capacité physique ou morale de porter plainte ou font bien souvent l’objet de pressions extérieures les amenant à retirer leur plainte. Dès lors, estime Boubacar Messaoud président de S.O.S. Esclaves, il est indispensable qu’une organisation de défense des droits humains ait la possibilité de porter plainte en lieu et place des victimes ou de joindre une plainte à celle de la victime qui resterait valable même en cas de désistement de la victime. L’assistance aux victimes à tous les stades de la procédure est certes indispensable, toujours selon lui, mais elle n’est pas suffisante et elle doit absolument être accompagnée de la possibilité de se constituer partie civile.   

Pour que cette loi puisse porter ses fruits et répondre aux attentes des victimes de pratiques esclavagistes, il est nécessaire que des décrets d’application soient adoptés afin que les meilleures conditions d’application de la loi soient réunies et que des mesures d’accompagnement de la loi soient mises en place. 

Dans leurs recommandations relatives au suivi de l’application de la loi, les organisations de défense des droits de l’Homme comme SOS Esclaves, le Fonadh et l’Amdh ont demandé aux pouvoirs publics de créer une commission d’enquête indépendante chargée d’enquêter sur l’ampleur des pratiques esclavagistes en Mauritanie, de mettre en place une institution gouvernementale spécialisée ayant compétence pour coordonner la lutte pour l’éradication de l’esclavage, des pratiques analogues à l’esclavage et de leurs séquelles vers laquelle toute victime et ses descendants auraient la possibilité de se tourner mais aussi de créer des structures de réinsertion sociale et économique pour les victimes de l’esclavage ou de pratiques analogues dont l’action serait coordonnée par une Agence Nationale pour l’Eradication de l’Esclavage et ses Séquelles.  Même si l’égalité de tous les citoyens, sans discrimination aucune, est un principe fondamental, constitutionnellement reconnu par tous les textes fondamentaux depuis notre indépendance, la persistance d’inégalités effective a, néanmoins, continué à entretenir la discorde et les divisions. 

Babacar Baye Ndiaye

( 28 mai, 2008 )

Monza:Le Président 2 la Rue Publik

Son véritable nom, c’est Kane Limam. «Comme l’imam de la mosquée », tient-il à préciser sur un air bouffon et détendu. Il est habillé comme un petit maure. Cela veut dire que vous êtes un imam. «Non, je ne suis pas un imam. C’est mon prénom, Limam. Voilà. » Mais il est plus connu sous le nom de Monza. Un nom assez bizarroïde et d’ailleurs qu’est-ce que c’est. «C’est un pseudo, un nom d’emprunt, un nom d’artiste. Pourquoi Monza ? Parce que je cherchais un nom qui pouvait refléter l’être noir en tant que personne. Dans mes recherches, j’ai vu qu’en 1770, il y avait dans les Caraïbes une prison, une sorte d’escale, un cachot où passaient des esclaves avant d’être amenés au marché des esclaves. Ce cachot s’appelait Monza. C’est un nom qui m’a marqué et je l’ai adopté. Après, il y a eu des similitudes avec le grand circuit automobile Monza. Il y a des sociétés qui s’appellent aussi Monza. C’est une coïncidence, je ne sais pas ! En tout cas moi, c’est plus par rapport à ce cachot d’esclaves. Sinon Monza veut dire : Musique Originale Native de la Zone Authentique. » 

Monza, comme il l’a rappelé lui-même, a commencé à faire de la musique Rap proprement dite à partir de 1997. «Mais, je l’ai commencé en 1995 », souligne-t-il. Depuis quelques jours, il a enterré sa vie de célibataire. Au fait, comment l’a-t-il connu ? «Ben ! On s’est rencontré ici à Nouakchott. Elle est française. Elle est venue travailler en Mauritanie. On s’est rencontré et(il respire bien) puis voilà. » Mais dans quelles circonstances ? «Disons qu’on s’est côtoyé un peu et puis cette relation est née. » Son nom ? «Je veux garder le nom de ma femme pour moi à l’opinion publique qui n’a rien à savoir du nom de ma femme. » Ah bon ! «Si vous voulez, elle s’appelle Aïchétou Kane. » Un prénom musulman. Est-ce qu’elle s’est converti à l’Islam ? «Ça personnellement, c’est une question à laquelle je ne voudrai pas répondre. » Pensez-vous à prendre la nationalité française puisque vous avez épousé une française ? «Jamais de la vie ! Je ne pense pas que j’ai besoin de la nationalité française. Je suis mauritanien. Je compte le rester. Je sais que beaucoup de gens peuvent le penser. En se mariant avec une occidentale, ça peut faciliter beaucoup de choses. Mais je pense déjà en tant qu’artiste mauritanien, je me dois de représenter mon pays avec ma nationalité et ma fierté aussi de mauritanien. Jamais je ne changerai de nationalité. » C’est vrai que tu es marié maintenant. Mais aussi, tu es chanteur célèbre souvent courtisé par les jeunes filles. Comment vas-tu gérer ta vie de couple ? «S’il s’agit de vie de couple ou de vie de famille, c’est déjà une responsabilité du moment qu’on se lève pour se marier, c’est parce qu’on a envie de ça, de stabilité. Je sais où vous voulez en venir. Je sais que les artistes ne tiennent pas leurs ceintures comme on dit. Moi, je ne suis pas de ces genres-là. Je ne veux pas être de ces genres-là. Je vis avec une femme. Je l’aime. Elle aime. Je la respecte et le respect, c’est la base de tout. » Monza polygame ? Monza se lancer dans la polygamie ? «Non ! Ça ne fait pas partie de mes principes. » On vous a tiré par les oreilles ? «Non ! Pas du tout. Chez moi, c’est moi qui porte la culotte(éclats de rire). » 

En juin 2004, il sort ‘Président 2 la Rue Publik’ et en juillet 2007 ‘Incontextablement’. Il a participé aussi à de nombreuses compilations : ‘bloc partie 2’ de Dj Manitou, ‘l’art de la RIM’(1ier compil de Rap mauritanien), ‘Egotripscratchness’ de Dj Gee Bayss, ‘Out Her’ sorti en Allemagne avec la participation entre autres de Tiken Jah Fakoly, Awadi, ‘African Rebelles Music’. Actuellement, il est en train de préparer un 3ième album qui va s’appeler ‘Motus bouche cousue’ prévu en 2009.

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Il se définit comme étant ‘Le Président 2 la Rue Publik’. «Un jour, on(il était avec quelqu’un d’autre) a vu une rue privée marquée quelque part. J’ai barré ‘privé’ et à la place j’ai mis ‘publik’. Sinon pourquoi Président 2 la Rue Publik ? Déjà, je suis un observateur de ce qui se passe, de ce que fout la République, je dis bien la République. Dans ce que je fais, il y a cette vision de la République. D’un autre coté aussi, comme le Rap vient de la rue, je fais une petite ‘provocation’ linguistique en déformant cette République en rue publique et faire un hommage à la rue d’où vient le Rap et le Hip Hop. » 

Il est souvent taxé à tort ou à raison d’être l’intello des rappeurs mauritaniens. «Je ne sais pas mais les gens le disent c’est peut-être vrai. Personnellement, je ne conçois pas cette idée-là que je suis l’intello du Rap mauritanien. Non ! Je dirai que je suis un artiste qui dit ce qu’il pense. » 

Est-ce qu’aussi que vous êtes un homme hautain ? Mais aussi quelqu’un de très têtu ? Un despote en quelque sorte qui n’aime pas qu’on le contrarie. D’ailleurs, vous ne prenez que des décisions unilatérales ? «Non ! Je dirai que j’ai défaut : c’est d’être perfectionniste. Que ce soit dans un groupe, un collectif, un projet, dans une action lambda, j’insiste beaucoup sur la clarté des choses, sur la perfection et sur la qualité pour qu’il n’y ait pas de distance ou d’amalgame. Certaines personnes avec qui je travaille n’ont pas de recul sur certains petits détails. Pour eux, ce n’est pas grave, on peut passer. Pour moi, tant que ce n’est pas parfait, on ne peut pas passer. Même si personne n’est parfait. » 

Le micro représente beaucoup de choses pour lui. C’est un instrument par lequel, il fait passer sa pensée, son état d’esprit, un message pacifique. Pour lui, c’est un instrument par lequel il véhicule un message d’unité. Pour autant, on le reproche d’être un toubab. La preuve, il ne chante qu’en français surtout de la part d’un poular comme lui. «Je ne suis pas un toubab. Je suis un hall poular. Je suis un Kane. Je viens d’une famille maraboutique. Si aujourd’hui, je rappe en français, c’est parce que dans ma vision, ce que j’exprime, je voudrai l’exprimer à un public beaucoup plus large. M’exprimer en poular, il n’y aura que mes parents poular qui vont me comprendre alors que si je m’exprime en français, je sais que mes parents poular me comprendront puisque beaucoup d’entre eux ont fait l’école(…) Par contre, je ne chanterai en poular quand il faudra chanter en poular. Par exemple, j’ai traduit la déclaration universelle des droits de l’Homme en poular pour l’intérêt de la communauté et pour qu’ils puissent aussi comprendre leurs droits. De même que les soninké, les wolofs puissent avoir cette déclaration dans leur langue maternelle. Pour des choses comme ça, je suis prêt à chanter en poular. Je ne suis pas ethniste. Je suis universaliste. » 

Monza, c’est aussi un homme ambitieux. Il rêve même d’exporter le Rap Mauritanien. Mais «il y a des choses qui se font ici très mal. Je dirai aussi que le monde culturel de la Mauritanie ne se rend pas compte du potentiel qu’il y a ici. Mon ambition première, c’est de faire prévaloir la Mauritanie à l’extérieur pour qu’un jour dans les informations qu’on parle de la Mauritanie autrement que ce que nous nous entendons comme par exemple on a tué 4 touristes français, on a arrêté des salafistes. Ce n’est pas cette vision de la Mauritanie que je voudrai montrer.  Je voudrai plutôt montrer une Mauritanie positive, une Mauritanie avec des talents, des potentiels. Voilà pourquoi je vais essayer avec l’aide de certaines personnes ici monter un bureau export de la musique c’est à dire essayer d’être en contact avec des gens à l’extérieur pour faire valoir les artistes mauritaniens. »   

Il fait partie aujourd’hui de la 1ière génération de rappeurs mauritaniens. Son regard sur le Rap mauritanien est teinté d’optimisme. «Le Rap mauritanien est en train d’éclore. Le Rap est en train de sortir de l’ombre. mais le Rap mauritanien a aussi un gros problème. Il y a beaucoup de jalousie et d’hypocrisie entre les artistes alors qu’on devrait avoir plutôt un esprit de communion et d’harmonie pour que ce mouvement ait une base solide. C’est dommage qu’il y ait une partie de cette communauté de Rap qui sabote mais heureusement qu’il y a quelques jeunes qui refusent et essaient de se battre pour qu’on reconnaisse le Rap en Mauritanie. » 

Pas la peine de lui poser la question sur les jeunes qui l’impressionnent ou essaient comme il dit de se battre pour l’éclosion du mouvement Hip Hop en Mauritanie. «Je ne veux citer de nom parce que quand je cite quelqu’un, ça peut amener des histoires. Je sais quand même qu’il y a des groupes de Rap mauritanien que je respecte beaucoup pour leur attitude et surtout pour leur travail. » 

A ses yeux, ce qui manque au Rap mauritanien, c’est d’avoir une bonne diffusion. «Il faut qu’il y ait des espaces où on peut diffuser du Rap mauritanien, des points de distribution des produits mauritaniens et aussi une instance de protection des œuvres des artistes mauritaniens. » 

Si un jour, le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi l’appelle et lui fait part de son intention de lui confier le ministère de la culture, il lui répondrait sans réfléchir : «Je ne peux pas porter une casquette de ministre parce que parce que je n’ai pas la capacité pas intellectuelle mais  la capacité morale car un ministère c’est des pots de vin et moi je ne veux pas approcher ça. Par contre, si on me proposait aujourd’hui de venir travailler au ministère de la culture en tant que coopérant, monteur de projet, organisateur événementiel, je viendrais travailler gratuitement avec certaines garanties. » 

 

 Babacar Baye Ndiaye 

 

    

( 26 mai, 2008 )

Passif humanitaire et unité nationale: Les journalistes à l’école de la sensibilisation

Le Pnud en collaboration avec la Commission Nationale des Droits de l’Homme en Mauritanie et le National Democratic Institute a organisé une rencontre à l’hôtel Marhaba ce dimanche 25 mai avec les médias dans le cadre de la semaine de sensibilisation pour le règlement du passif humanitaire et le renforcement de l’unité nationale en Mauritanie en présence de Savage Tyrone, expert du Centre International pour la justice transitionnelle, qui a fait une brève présentation sur l’importance d’un processus de réconciliation respectant les standards internationaux  et le rôle des médias.

L’objectif premier de cette rencontre est de sensibiliser les journalistes sur le règlement du passif humanitaire et le renforcement de l’unité nationale. Chacun, au cours de cette rencontre, y est allé de sa propre vision des choses.

«L’unité nationale passe d’abord par la réconciliation nationale. Réconciliation nationale ne veut pas dire réconciliation ethnique entre les populations. Mais, il s’agit plutôt de réconciliation avec un grand ‘S’. Réconciliation des populations avec l’Etat, des populations avec les politiques, de réconciliation des hommes politiques entre eux, de réconciliation entre les communautés, de réconciliation de l’armée entre eux…(…). C’est tout un ensemble de réconciliation qui va nous ouvrir la convergence de l’unité nationale », pense Mohamed Vall O. Oumeire, directeur de publication de la Tribune.

Depuis l’accession de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi à la tête de l’Etat, d’importants jalons allant dans le sens du renforcement de l’unité nationale ont été posés. C’est ainsi que des journées nationales de concertation sur le retour des déportés et le règlement du passif humanitaire furent organisées.

«Nous avons tiré une grande leçon des événements de 1989. Tous les mauritaniens confondus ne vont plus accepter cela », prédit Isselmou, directeur de publication de Tahalil Hebdo, qui a refusé toute comparaison avec ce qui s’est déroulé en Afrique du Sud, en Cote d’Ivoire, en Sierra Leone… «Mais quand même il y a eu des remords, reconnaît-il. Les gens ont tiré de ces douloureuses expériences la volonté de ne plus recommencer. »

Le processus de diabolisation(entretenu par un régime et non par une communauté)  atteignit son paroxysme lorsqu’on a fait croire, en 1986 à la suite d’un putsch tenté et manqué par des noirs, à la communauté maure(victime de manipulation) qu’on voulait les exterminer un par un. S’ensuivit une chasse à l’homme dans les rangs de l’armée qui dura des années. Ceci a engendré ce qu’on appelle aujourd’hui le passif humanitaire qui reste encore un sujet tabou même si on en discute.

«Il ne faut pas confondre amnistie nationale et amnésie nationale. Dans ce dossier-là, l’essentiel c’est de rétablir la vérité, de redonner aux victimes leur dignité. L’essentiel, c’est de réparer les torts », souligne Isselmou en refusant l’idée que la Mauritanie est divisée en deux camps antagonistes qui se regardent en chiens de faïence. «Dire non plus qu’il n’y a pas de rancœur ou de frustration, c’est faire preuve de cécité », dit-il en préconisant la création d’une commission autonome mais limitée dans le temps pour régler le problème du passif humanitaire dans le consensus.

Il faudrait que les mauritaniens, pense Moussa Ba journaliste à Biladi,  traient la question du passif humanitaire et le renforcement de l’unité nationale en Mauritanie avec un certain détachement pourqu’on puisse s’acheminer vers l’essentiel.

«Au-delà du règlement du passif humanitaire, c’est d’abord un problème d’Etat. Il y a eu un régime à un certain moment qui a commis des crimes. Ce n’est pas vraiment une affaire qui doit entraîner ou être discutée au niveau de la base des différentes communautés », a laissé entendre Khattat, rédacteur en chef de Nouakchott-Info.

«On a besoin aujourd’hui de renforcer l’unité nationale. Au niveau des partis politiques, il y en a certains qui véhiculent des messages politiques très dangereux comme le partage du pouvoir entre les Noirs et les Maures », conclut-il.

«En 1989-91, ce qu’il y a eu, enchaîne Khalilou Diagana, journaliste au Quotidien de Nouakchott, ce n’est pas deux communautés comme au Rwanda qui se sont charcutées à coup de hache. Il arrive parfois que des journalistes écrivent sur ça en parlant d’ affrontements interethniques. »

Et par rapport au passif humanitaire, il poursuit en rappelant que c’est un Etat qui, à travers son armée, son administration, sa police, a réprimé une partie de la population. «Je ne crois pas au rappel historique ou à une histoire commune comme facteur d’unité nationale. L’unité nationale se fera avec moins de discrimination, avec moins d’hégémonie. Pour moi, rappeler qu’une mauresse s’est mariée à un soninké, ça ne rapporte rien à l’unité nationale. En Mauritanie, dire qu’il n’y a pas un problème entre noirs et maures, ce n’est pas exact », dit-il en s’appuyant sur l’exemple du système éducatif.

«De 1979 à 1999, pendant 20 ans, dans ce pays-là, il y a eu deux écoles. L’école des arabes et l’école des négro-africains. Cette fracture scolaire a créé deux générations de mauritaniens qui ne peuvent pas communiquer. »

Cependant, avec la dernière réforme qui a été initiée par le ministère de l’Education Nationale, les choses commencent à redevenir normales. L’unité nationale passera aussi et nécessairement à travers les programmes éducatifs, socio-économiques.

Cela est d’autant plus urgent que la Mauritanie connaisse un taux de pauvreté très élevé. Par conséquent, la lutte contre la pauvreté peut constituer un moyen de renforcer l’unité nationale. Les questions économiques et les changements des conditions matérielles sont essentielles dans la vie des gens. Les récentes violences xénophobes en Afrique du Sud sont là pour nous rappeler la triste réalité.

A l’issue de cette rencontre, tout le monde a compris qu’il y avait une nécessité de se réconcilier pour avoir l’unité nationale en transcendant les divisions. Mais cela passera par la normalisation de la société et la réparation des préjudices causés aux victimes. Cela est de la responsabilité de l’Etat mauritanien.

C’est vrai parler de violations des droits humains en Mauritanie, c’est parfois choquant et dérangeant. Mais il faut faire avec pour rétablir la vérité. C’est aux mauritaniens de voir les stratégies qui peuvent marcher en engageant  le dialogue et de voir ce qu’il faut dans le règlement du passif humanitaire.

Sans la vérité, nous n’avons rien, nous ne pouvons pas connaître l’ampleur des torts et les victimes n’oublient jamais. On ne peut plus ressusciter ces morts mais la République peut les honorer en leur bâtissant des mémorials, des édifices ou des monuments en guise de souvenirs.

Babacar Baye Ndiaye    

( 26 mai, 2008 )

12 ans après s’être dépossédées de leurs terres

Les populations de Garalol et Diawaldi Mango attendent que justice soit faite

 

Combien sont-elles ces populations qui ont été dépossédées, avec la complicité de certains colonels de l’armée ou de la gendarmerie, de leurs terres de culture ? Cette triste et inoubliable ‘époque’ bâtie sur et par la force ne cesse de nous estomaquer en révélant ses vérités et ses mensonges chaque jour que Dieu fait.

En 1996, en plein régime du président Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya, 19 terres de culture furent l’objet de spoliation dans les localités de Garalol et de Diawaldi Mango dans la Moughataa de Mbagne qui regorge d’importantes potentialités agro-pastorales. Ces terres spoliées depuis 1996 sont placées sous la propriété privée de Mohamed Ould Jouly. A la surprise générale des populations dont la plupart sont des éleveurs, des engins de l’armée nationale vinrent nettoyer de fond en comble ces terres de culture. Sy Moussa Harouna, suppléant du sénateur de Mbagne et simultanément conseiller municipal de Niabina se rappelle encore de ce jour de deuil. «C’était le 19 avril 1996. Il y a eu un déploiement de gros engins dont certains appartenaient à l’armée nationale sur ces terres de culture du Walo qui ont été reprises des mains des populations(…). Quand les populations ont réagi, il y a eu des militaires qui les ont menacé.» 

Depuis ce 19 avril 1996, la situation est restée toujours la même. En vain, à la suite d’une riposte contre cette occupation illégale de l’armée nationale, les populations des localités de Garalol et de Diawaldi Mango ont adressé plusieurs correspondances au wali du Brakna pour obtenir gain de cause. C’était le 3 juin 1996. En 1997 aussi, d’autres lettres de protestation furent adressées aux autorités régionales et départementales. Plus grave encore, les propriétaires de terre dépossédés ne savaient pas qui se  dérobait derrière cette spoliation. «Ce n’est qu’en 2003, rappelle Sy Moussa Harouna au cours d’une conférence de presse organisée dans les locaux du Fonadh ce dimanche 25 mai, que le ministre de l’intérieur de l’époque, sous la pression des populations, a demandé au gouverneur du Brakna d’appeler l’occupant des terres(Mohamed Ould Jouly). Le gouverneur lui a demandé de présenter aux populations les documents justificatifs par lesquels il occupait les terres. » 

Pendant ce temps-là, de 1996 à 2003, les populations auraient entendu toutes sortes de menaces et d’intimidations de la part de Mohamed Ould Jouly hyper protégé par des bras puissants tapis dans l’ombre. 

Les documents dont disposait Mohamed Ould Jouly étaient signés par le gouverneur Ould Maouloud qui donna l’autorisation d’exploiter ces terres de culture tant convoitées et s’étendant sur une superficie de 300 hectares. «A l’époque, le gouverneur n’était pas habilité à donner 300 ha. Pour ce faire, il les morcela en 10 lots de 30 ha chacun. Ces dix lots de 30 ha, il les distribua à 10 personnes. Il s’est trouvé dans les documents que les 9 autres personnes sont fictives. Il n’y a qu’une seule personne qu’on pourrait identifier », s’indigne Sy Moussa Harouna en accusant Mohamed Ould Jouly et Ould Vayda d’être derrière ces actes de vente. 

Pour votre complément d’information, Ould Vayda fut à cette époque colonel et commandant de la base militaire de Bababé. On comprend mieux donc pourquoi, il y a eu la présence des engins de l’armée nationale pour détruire les terres de culture dont dépendent des milliers de famille. C’est ce colonel qui a fait signer ce contrat de vente à Mohamed Ould Jouly, lui aussi, proche parent du colonel Boukhréiss! Leurs signatures figurent dans les contrats de vente de ces terres de culture. 

Ce contrat de vente portait sur 30 ha vendu à 40.000 UM. L’autorisation d’exploitation n’est pas un titre de propriété. Par conséquent, ces terres devaient être retirées d’office. «Mais cela n’a pas été fait », constate Sy Samba Harouna. «Sur la base de ces contrats de vente, un 2ième wali vient et fait des autorisations d’exploitation en se référant au contrat de vente. Alors que ces terres vendues ne sont pas propriété de l’Etat. Ensuite, des terres même appartenant à l’Etat doivent faire l’objet de publication », explique-t-il en notant que ces terres qui sont aujourd’hui au cœur d’un litige appartient à des mauritaniens qui ont été déguerpis durant les événements de 1989 entre le Sénégal et la Mauritanie. 

Désespérés, les propriétaires de ces terres de culture ont adressé ces derniers jours des missives au hakem de Mbagne, au wali du Brakna et même au Président de la République. Mais jusqu’à présent, ils n’ont reçu aucune suite favorable. Pour rappel, le 5 mai 1991, les populations de ces localités avaient signé avec la Sonader un contrat pour l’aménagement de ces terres de culture. Cela s’inscrivait dans le cadre du projet IDA. 

En Mauritanie, les titres fonciers sont régis par l’ordonnance n° 83-127 qui reconnaît 3 types de régimes fonciers : il s’agit du régime foncier issu de l’Afrique Occidentale Française, du régime foncier sur les droits de propriété relevant des pratiques traditionnelles du droit musulman et enfin le régime foncier sur la propriété individuelle des terres propriétés de l’Etat. 

Ces terres qui font aujourd’hui l’objet de litige sont réglementées par le régime foncier issu de l’AOF. Ce régime est maintenu et toujours reconnu par la loi sur le régime foncier. Elles sont immatriculées au registre foncier n° 4 de la subdivision de Boghé. «Nous tenons à ce que l’Etat qui est le premier responsable de l’application des textes fasse respecter et faire respecter par son administration le contenu des textes. Malheureusement, nous constatons que les premiers à violer les textes, ce sont les autorités administratives régionales. Lorsqu’une autorité se permet d’agir de la sorte et que son acte reste impuni, les populations continuent à supporter ces genres d’injustice, c’est vraiment malheureux », regrette Sy Samba Harouna. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

 

 

( 26 mai, 2008 )

Tourisme: Comment sortir du trou après l’attaque d’Aleg ?

Cinq mois après l’imprévisible et mystérieux assassinat des 4 touristes français près d’Aleg le 24 décembre 2007, l’activité touristique en Mauritanie semble être au bas du trou, une situation en bonne partie imputable au manque de communication efficace du ministère du tourisme et de l’artisanat. Le nombre de touristes en direction de la Mauritanie a fortement chuté depuis l’attaque d’Aleg. 

Juste après les attaques d’Aleg qui a eu pour conséquence immédiate l’annulation du rallye Paris Dakar, on a remarqué une forte régression de l’activité touristique dans tout le pays. Néanmoins, déclarent certains aubergistes, l’activité touristique commence à reprendre souffle petit à petit.

Mais, «ce n’est pas toujours le même niveau de l’année passée (Ndlr, 2007) », précise Berthomé Hermann, gérant de l’auberge Sahara. En outre, poursuit Berthomé Hermann : «Nos meilleurs mois de travail de l’année c’est les mois de janvier et de février qui coïncidaient souvent avec l’arrivée du rallye Paris Dakar. C’est les deux mois les plus forts.

C’est ce qu’on a perdu cette année. Ces deux mois-là, c’est ce qui fait travailler toute l’année. Si tu perds ces deux mois-là, tu as des difficultés pour payer les employés, l’eau, l’électricité, le loyer et tout. » 

Ce ralentissement notoire de l’activité touristique est accentué considérablement par une absence de remise à niveau et de communication au niveau du ministère de l’artisanat et du tourisme. 2008 fut une année dramatique pour les acteurs du tourisme en Mauritanie. Presque 50% de perte sèche pour l’économie nationale. Cela est aggravé aussi par l’absence de subventions pour booster l’activité touristique. 

Après ce qui s’est passé (l’attaque d’Aleg soldée par la mort de 4 touristes français), que faut-il faire maintenant ? Oublier, pensent certains. Car, disent-ils, ce qui est arrivé le 24 décembre 2007 était imprévisible et indépendant des mauritaniens. Ce coup de destin, fortement amplifié par les médias français notamment France 24 et les chaînes satellitaires arabes dont Al Jazzera, bouleversa tout le pays et toute la République. «C’était un peu excessif », pense Berthomé Hermann, gérant de l’auberge Sahara qui existe depuis 2004. 

Cet aubergiste d’origine française est un de ces rares esprits français qui osent décocher des flèches en direction du gouvernement français qui a marqué
la Mauritanie sur la liste des pays terroristes à l’image de l’Irak ou de l’Afghanistan. « La Mauritanie
est loin d’être comme ces pays-là. Loin de là », soutient-il.

Et pour illustrer la papelardise des autorités françaises, que certains appellent ‘deux poids deux mesures’, il cite certains pays qui ont été rudement et pitoyablement frappés par des attaques terroristes. «Au Maroc, il y a eu combien d’attentas ces 5 dernières années, s’interroge-t-il. Le gouvernement français n’a jamais déconseillé à ses ressortissants de ne jamais s’y rendre.

Ici (en Mauritanie, Ndlr), il y a eu un acte et ça y est : on déconseille à tous les touristes de ne pas se rendre en Mauritanie. Pourquoi ? En Espagne, il y a eu combien d’attentats ? On n’a jamais déconseillé aux touristes français de s’y rendre ! À Londres ? Aux Etats-Unis ? Je trouve cela injuste ! » 

Avant le 24 décembre 2007, jour de l’assassinat des 4 touristes français près d’Aleg, l’activité touristique en Mauritanie se portait à merveille. Qu’en est-il aujourd’hui et que reste-t-il de cette image d’Epinal, 5 mois après ce drame qui fit basculer la Mauritanie dans le terrorisme à ciel ouvert avec tous ses corollaires ? Quelles sont les mesures qui ont été prises par les autorités pour redynamiser l’activité touristique de notre pays fortement entamée ? 

Surtout pour un pays qui, dit-on, s’est affirmé sur le plan international comme un pôle de stabilité politique et de sécurité grâce à la maturité de son expérience démocratique, à l’enracinement de ses institutions républicaines et aux valeurs nobles et authentiques de son peuple, caractérisées par l’hospitalité et la tolérance inspirées de la religion musulmane. 

Les autorités du ministère du tourisme et de l’artisanat reconnaissent aujourd’hui que l’attaque d’Aleg et les événements qui s’en suivirent eurent un impact très négatif sur l’activité touristique en Mauritanie qui a chuté de manière vertigineuse. 2008 fut l’année la plus catastrophique pour notre activité touristique.

De 9000 à 12.000 touristes, on est passé à 5000, selon les données fournies par l’Office National du Tourisme Mauritanien (ONT). De quoi susciter la peur et la crainte au niveau du ministère du tourisme et de l’artisanat ! Toutefois, «ça va beaucoup mieux maintenant parce qu’à un certain moment, il y a eu une super médiatisation négative et pendant un mois, on a eu quand même peur », professe Hamady Samba Ba, directeur du département de la communication et de l’information. 

Prenant l’exemple des pays du Maghreb et de l’Egypte qui ont subi ce genre d’événements, monsieur Ba a révélé que la période qui a suivi l’attaque d’Aleg a été une période très difficile. «Il s’agit maintenant, dit-il, de prendre les problèmes à bras-le-corps et de prendre les mesures qui s’imposent pour redémarrer. » 

Et pour redémarrer l’activité touristique, un ensemble de mesures furent prises par les autorités du ministère du tourisme et de l’artisanat pour faire rebondir sur ces deux pattes l’activité touristique qui était fortement écornée par l’assassinat des 4 touristes français près d’Aleg.

Pour dissiper les nuages qui planaient au-dessus de l’activité touristique, une campagne d’explication fut organisée pour expliquer au monde entier que la Mauritanie n’est pas un pays terroriste. L’Office National du Tourisme participera aussi dans les grands salons de tourisme et organisera dans la même veine une rencontre avec les médias occidentaux pour les rassurer. 

Présentement, l’ONT est en train de valider un plan marketing sur 3 ans. Son but, c’est de continuer cette campagne de communication à travers les médias. Une nouvelle approche qui consistera à amener des Edit-Tours composés de journalistes spécialisés et de groupes de tours opérateurs en provenance des pays touristes.

En dehors de ce plan marketing, un film documentaire sera réalisé pour mieux vendre l’image de la Mauritanie à l’extérieur. «Il a fallu que le secteur du tourisme ait des problèmes pour que les gens se rendent compte qu’il occupait une place très importante dans l’économie du pays, affirme Hamady Samba Ba. On s’est rendu compte que le tourisme est un secteur très important qu’il faut revitaliser parce qu’il y a énormément de gens qui vivent de ça. » 

Justement, combien sont-ils, ces personnes qui vivent ou dépendent de l’activité touristique. Difficile d’y répondre car l’Office National du Tourisme ne dispose pas de statistiques. Mais, ont rassuré les responsables de l’ONT, ils vont bientôt procéder à un recensement des personnes gravitant autour de l’activité touristique en Mauritanie pour avoir une base de données. 

Depuis la création de l’ONT en 2002, les opérateurs mauritaniens n’ont plus besoin d’utiliser les stands des marocains, maliens ou sénégalais pour vendre leurs circuits touristiques. Pour faire connaître l’image de la Mauritanie à l’extérieur, l’ONT a du sortir de l’argent pour faire des films documentaires avec Euronews et Liberté TV. 

Située entre le Maroc et le Sénégal, la Mauritanie semble souffrir de la notoriété du tourisme de ces deux pays. «Notre ambition, c’est de faire connaître qu’entre le Maroc et le Sénégal, il y a un pays qui est la Mauritanie. Il nous faut vraiment multiplier les actions et faire une offensive pour que ce pays soit mieux connu », soutient Hamady Samba Ba en citant l’exemple de l’Office National du Tourisme marocain, créé en 1928, qui a des représentations dans tous les pays du monde. 

La beauté du paysage mauritanien, de son désert notamment, constitue un atout non négligeable dans le développement du tourisme en plus de cela, il y a tout pour faire de la Mauritanie une destination privilégiée pour les touristes : les montagnes de l’Adrar, le  banc d’Arguin, Diawling, les paysages naturels de Kiffa qu’on ne  retrouve nulle part ailleurs en Mauritanie. 

« La Mauritanie, c’est toute l’Afrique dans un pays. Ce que les gens trouvent au Mali, on le retrouve à l’est de la Mauritanie. Ce qu’on trouve au Sénégal, on le retrouve au sud de la Mauritanie. Ce qu’on trouve au Maroc, on le retrouve au nord de la Mauritanie », confie Hamady Samba Ba, directeur du département de la Communication et de l’Information à l’Office National du Tourisme qui pense que cela est un avantage que notre pays peut exploiter sur le plan touristique. «On a les mêmes produits et les mêmes potentialités sinon plus, poursuit-il. S’ils vendent mieux, c’est qu’ils communiquent mieux et la communication coûte chère. » 

C’est clair donc. Le salut du tourisme en Mauritanie passera nécessairement par la bataille de la communication. C’est dans ce cadre qu’une Semaine Nationale de
la Mauritanie à Paris sera organisée du 27 mai au 1er juin. Ces journées rentrent dans le cadre des efforts de communication pour restaurer l’image du pays qui a été fortement écornée par les événements qui ont secoué
la Mauritanie. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 22 mai, 2008 )

Gérard Tolohin, metteur en scène

« Quand une société à laquelle vous appartenez vous exclut, vous perdez toute racine »

Targuiya, c’est d’abord un hymne à la paix. C’est aussi l’histoire d’une jeune fille touareg de 17 ans aux prises avec les tourments de la guerre et de l’amour. Une fois l’orage passé, elle met au monde un enfant de père inconnu, un enfant de l’amour en temps de guerre. Chassée par les siens, sans souvenir précis, elle erre dans le désert en compagnie de la mystérieuse Houriya, femme aux pouvoirs infinis, qui va l’aider à remonter le temps jusqu’au puits de la dernière étape qui sera aussi celui de l’ultime solitude….

 

Le Rénovateur Quotidien : Peut-on savoir les raisons qui vous ont poussé à mettre en scène ‘Targuiya’ ?

Gérard Tolohin : D’abord, c’est une pièce qui a été écrite par un mauritanien (Moussa Diagana, Ndlr) en 2000 et que j’avais déjà mis en scène il y a 4 ans de cela. Je suis resté un peu attaché à cette pièce parce qu’elle touche l’âme mauritanienne même et les fibres sentimentales. J’avais l’impression en travaillant cette pièce-là, on découvrait à peu près certains côtés cachés du peuple mauritanien. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Lorsque vous parlez d’âme mauritanienne, plus précisément, vous faîtes allusion à quoi ? 

Gérard Tolohin : Par exemple aux sentiments, à tout ce qui est de l’ordre du cœur, à tout ce qui se rapporte à la sensibilité. Ce n’est pas tous les jours que les gens abordent ces thèmes là. J’ai trouvé que c’était un aspect assez important de la pièce. C’est pourquoi, je tenais à revoir, à mettre encore en scène cette pièce. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Cette pièce tourne autour de ‘Targuiya’. Qui est-elle ? 

Gérard Tolohin : Targuiya, en réalité, c’est une fille touareg qui a 17 ans et qui est tombée enceinte. C’est une fille qui a eu un enfant illégitime. Elle a été pour cela chassée de sa tribu. On a plus voulu d’elle. Elle erre donc dans le désert avec Houriya qui est la vierge éternelle. Celle-ci va l’aider à remonter le temps c’est à dire à nous parler ce pourquoi elle en est arrivée là : pourquoi, on l’a chassé. Pourquoi, on l’a condamné à une errance sans fin. C’est Houriya qui va l’aider à remonter le temps et par-là nous faire comprendre comment cela s’est passé. Quelles sont les causes de sa condamnation et de son errance actuelle ? 

 

Le Rénovateur Quotidien : On a vu aussi qu’elle ne cessait de se culpabiliser comme si elle avait commis un acte infâme ? 

Gérard Tolohin : Oui ! Parce que psychologiquement, ce n’est pas évident ! Quand une société à laquelle vous appartenez vous exclut, vous perdez toute racine. Evidemment, c’est une fille qui se reproche beaucoup de choses parce que ce n’est facile d’être exclu et personne ne peut le supporter. Par conséquent, son exclusion l’a complètement ébranlé et en même temps, c’est cette exclusion qui va l’amener à retrouver la solitude c’est à dire à travers le puits de la dernière étape. C’est là où elle va se retrouver seule face à elle-même. C’est à dire à retrouver cette paix qu’elle cherchait.

                          culture.jpg 

Le Rénovateur Quotidien : Le collier à perles bleues, l’enfant, la chamelle, la puisette, le puits…sont autant de symboles. Mais en réalité que représentent-ils dans l’imaginaire de Targuiya ? 

Gérard Tolohin : Il y a beaucoup de passages que Moussa Diagana a puisés dans le Saint Coran. Quand on parle de puits de la dernière étape, on fait allusion à l’eau. L’eau c’est la vie. En même temps, nous sommes en plein désert et on sait quel est le symbole d’un puits dans un grand désert. Le puits c’est d’abord le symbole de la vie. Le puits de la dernière étape c’est à dire là où elle va boire une dernière fois probablement, là où elle va retrouver la paix. La paix quand elle est éternelle, c’est certainement la mort ou la folie. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous qui avez mis en scène cette œuvre, pouvez-vous nous dire comment Targuiya en est arrivée à être une fille déchirée par la vie et notamment par son passé ? 

Gérard Tolohin : Euh…d’abord, ce n’est pas facile à 17 ans de tomber enceinte hors mariage. Dans nos sociétés, c’est un contresens même. Elle savait elle-même qu’elle s’était déjà condamnée d’office et qu’il n’y avait pas d’autres portes de sortie que l’exclusion, la mort ou la solitude. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’on peut comprendre par-là, vous avez voulu réactualiser un thème aussi important que la grossesse hors mariage ? 

Gérard Tolohin : Que ce soit la grossesse non désirée ou toute autre chose, c’est difficile dans nos sociétés africaines d’être révolutionnaires. On dit souvent ‘malheur par qui vient le scandale’. Nos sociétés ont certaines valeurs et tout ce qui est brusque ou révolutionnaire est très mal accepté dans nos sociétés traditionnelles. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Targuiya n’est-elle pas à la limite victime de son amour, d’un amour avec un homme que tout séparait ? 

Gérard Tolohin : Oui ! En réalité, l’histoire se déroule dans la société touareg qui est en pleine guerre d’ailleurs jusqu’à aujourd’hui avec la rébellion au Niger, au Mali. Lorsque Moussa Diagana écrivait ce roman, il était représentant du Pnud au nord du Mali. En côtoyant ces touaregs-là, il a eu l’inspiration d’écrire ce roman. C’est un peu une rébellion que d’aimer en temps de guerre. C’est une provocation de parler d’amour alors que les gens se tuent. En réalité, Targuiya c’est une révolutionnaire. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Mais aussi une fille malheureuse ? 

Gérard Tolohin : Elle est malheureuse en même temps elle préfère cela. Pour elle, sa condition c’est d’être malheureuse. Il y en a ceux qui pensent que le malheur ça nous fait exister alors que le bonheur nous ennuie. Par-là, en se rebellant, en souffrant, elle existe. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Ce qui est aussi fascinant dans l’œuvre de Moussa Diagana, ‘Targuiya’, c’est qu’elle met à nu les atrocités de la guerre ? 

Gérard Tolohin : Quand on est confronté à la guerre, ce n’est pas évident. C’est toute une société qui se remet en cause. Les principes évidemment n’ont plus de sens. Ce qui compte généralement, c’est de survivre et là bien sûr il y a des ouvertures par lesquelles certaines personnes revendiquent ou ne veulent plus accepter l’ordre établi. Pour ces personnes, l’ordre établi ne conduit nul part, ça conduit à la guerre. Donc, il y a des contestations qui naissent de toute part. Lorsqu’il y a un conflit qui naît dans une société, c’est clair qu’il y a plus ou moins de confusions qui naissent. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Que représente le bleu de méthylène dans la société touareg ? 

Gérard Tolohin : Les touaregs, on les appelle souvent les ‘hommes bleus’. Le bleu probablement c’est la pureté, le ciel, l’infini…Vous savez quand on est dans le désert, quand vous levez la tête, vous ne voyez que le bleu, le ciel et le sable. Chez les touaregs, selon certaines légendes, c’est le bleu de méthylène qui t’attire beaucoup plus de paix, de bonheur, de chance, de quiétude, l’éternité. Quand vous allez au Niger, dans la région d’Agadès où les touaregs vivent, vous allez remarquer que la couleur est non seulement aimée et désirée par les femmes mais aussi par les hommes. Dans les turbans, les boubous ou les voiles, c’est la couleur bleue qui est la plus utilisée. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Dans ce roman, l’auteur a mis en exergue l’amour. L’amour par rapport à l’environnement et l’amour par rapport aussi aux hommes. 

Gérard Tolohin : Souvent, certains s’imaginent peut-être que certains africains sont différents des autres. Non ! Ils ont aussi leurs sentiments, des choses  qu’ils aiment. Ils sont comme tout le monde. Même si parfois les gens sont trop discrets. Dans leurs sentiments, ils ne sont pas trop expressifs mais au fond d’eux-mêmes il y a un cœur qui bat. Moussa Diagana, c’est quelqu’un qui essaie quand même de dire des choses que peut être tout le monde n’ose pas dire. Les occidentaux sont souvent étonnés lorsqu’un africain leur parle d’amour. Je n’ai jamais compris pourquoi les Africains n’ont pas l’habitude de s’exprimer. C’est des gens très pudiques, très réservés. Dans la société touareg, c’est vraiment la pudeur. C’est comme en Mauritanie où les gens sont très pudiques surtout côté sentimental, les gens n’osent pas s’exprimer.

 

 Le Rénovateur Quotidien : En mettant en scène ‘Targuiya’, n’avez-vous pas eu la sensation de retourner aux sources en l’occurrence le Niger qui est votre pays natal ? 

Gérard Tolohin : Oui, c’est vrai ! On cherche toujours à retrouver son enfance, ses origines. Je ne me suis jamais posé la question mais je crois que ‘oui’. ‘Targuiya’, ça me rappelle le Niger, le pays, l’enfance. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et votre pays vous manque-t-il ? 

Gérard Tolohin : C’est compliqué ! Euh…oui et non ! Parce qu’entre temps, il y a eu d’autres amours. Oui, c’est vrai ça me manque mais ce n’est pas mortel ! Non, je peux survivre à ce manque là ! 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

 

 

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