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( 9 mai, 2008 )

Monza, Initiateur de ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’

«On a besoin de paix pour construire notre pays » 

 

Pendant 3 jours non-stop, la Ville de Nouakchott va vibrer au rythme de la musique à travers ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’ qui sera une occasion de découvrir les jeunes rappeurs mauritaniens qui commencent à s’affirmer même si c’est de manière timorée. Dans la foulée, nous avons accroché Monza qui n’est plus à présenter au public mauritanien. L’initiateur de ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’ n’a pas mis de gants pour stigmatiser l’attitude du ministère de la Culture qui n’a pas daigné mettre un sou dans ce festival. 

 

A qui la faute, si aujourd’hui, la musique mauritanienne dans son ensemble patauge dans un immobilisme béant ? D’abord, aux médias publics qui ne participent pas à la promotion de la musique mauritanienne de manière générale. Et Monza d’indexer du doigt notre télévision nationale qui ne diffuse que de la musique étrangère tout en aménageant la TVM Plus parce qu’elle commence, dit-il, à faire passer des rappeurs ou des groupes de Rap mauritanien. «Mais, ce n’est pas suffisant », affirme-t-il. Pour lui, le salut du Rap mauritanien passe inéluctablement par la libéralisation du secteur audiovisuel  pour qu’on puisse avoir une certaine diffusion de la musique mauritanienne. Et faut-il continuer à être optimiste face aux mille et un problème d’ordre organisationnel et structurel, de manque de studios modernes, de moyens techniques qui pourrissent l’âme du hip hop mauritanien ? «Je vais être optimiste parce que je sais qu’en Mauritanie, il y a des talents dans le milieu du Rap. Il y a vraisemblablement un bon pourcentage de groupes de Rap de la place qui peuvent représenter dignement la Mauritanie sur le plan international », proclame Monza. 

A travers ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’, Monza veut promouvoir le dialogue des cultures et surtout la paix entre toutes les communautés du pays et entre tous les fils et filles de l’Afrique. «On a besoin de paix pour avoir la stabilité dans tout ce qu’on fait, souligne-t-il. On a besoin de paix dans le hip hop mauritanien. On a aussi besoin de paix pour construire notre pays. » Au-delà de cet aspect rassembleur, ce festival a pour ambition de valoriser davantage le Rap mauritanien qui est maintenant une réalité dans notre pays. Organiser un festival, tout le monde le sait, exige beaucoup d’argent. Et «le ministère de la Culture ne nous a pas aidés. Nous n’avons eu que des promesses. Du coup, nous nous sommes dit que sans le ministère de la Culture, nous allons monter notre festival », déclare Monza sur un ton de déception. «Nous, nous faisons en fonction de nos moyens. Notre gouvernement n’a rien fait pour nous. C’est juste la coopération française qui m’a donné une subvention qui me permet d’exécuter et de pouvoir organiser ce festival. Nous n’avons eu aucun geste à part celui de la communauté urbaine de Nouakchott. » 

Par rapport à la programmation, Monza a apporté des précisions en faisant savoir qu’elle s’est déroulée à partir de la performance artistique tout en balayant du revers de la main l’idée de la complaisance. «Si c’était une histoire de ‘khamaneté’(de connaissance, ndlr), la programmation ne s’arrêterait pas là. Elle serait différente de celle-là. Si c’était une histoire de ‘khamaneté, il y aurait d’autres et d’autres…C’est plutôt une histoire de performance. On ne peut pas prendre tout le monde à la fois. Il y a une première étape.» Il ajoute sur un ton plus grave cette fois-ci. «Ce n’est pas une question de ségrégation. Il ne faudrait pas insinuer ce qui n’est pas. La programmation a été très délicate et on a voulu être le plus équitable possible. » 

Monza, ce truculent rappeur, ne rate jamais l’occasion pour se jeter des fleurs. «Pour inviter des artistes étrangers, il faut avoir des contacts, avoir aussi un certain agenda. Nous, par rapport aux gens que nous connaissons, que nous apprécions et qui ont fait leur preuve à travers le monde, nous faisons la sélection. » Il cite l’exemple de Daraa-J, un groupe de Rap sénégalais. «C’est incontestablement un des groupes qui mérite d’être invité pour une première de ‘Assalamalekoum Hip Hop Festival’. Daraa-J a fait ses preuves. Depuis plus de dix ans de Rap, ils ont été nominés à BBC Awards. » 

Par rapport au budget du Festival, Monza a finalement fini par postillonner la somme après avoir vibrionné pendant des secondes. «Ce festival, pour ce qui est de son organisation et de sa réalisation, il faudrait un budget non loin de 10 millions d’ouguiyas. » Aux nouakchottois, il leur promet une ‘grande première’. Et d’ajouter : «Nous avons une vision à long terme de ce festival. » 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr

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( 9 mai, 2008 )

Ali Amadou Ba, comédien

Le Diable qui a séjourné à Nouakchott, c’est lui ! 

 

Ceux qui ont suivi, ce mardi 29 avril dernier au Centre Culturel Français Antoine de Saint-Exupéry, ‘Le Séjour d’un diable à Nouakchott’ de Ali Amadou Ba inspiré du roman «Que le Diable t’emporte » de Harouna Rachid Ly, écrivain mauritanien, sont restés sur leur faim. Tellement ils ont pouffé de rire qu’ils ne voulaient pas quitter des yeux Ali Amadou Ba qui incarnait le diable. Rassurez-vous : il n’a pas l’air d’un diable perdu au milieu d’une marée humaine. Il n’a fait que ressusciter le diable ! Lui, il fait partie de ces êtres spécifiques dont le métier consiste à faire plaisir et surtout à faire oublier les pesanteurs de la vie. Sacré métier  que celui de comédien ! Avec lui, on est sûr de pouvoir passer de délicieux moments de théâtre. Sur scène, il devient un autre. Ses gestes, sa démarche, son rire narquois vous charrient comme dans un monde féerique. On pourrait dire sans fourcher notre langue qu’il est impressionnant. Ouf ! Que de chemin il a parcouru pour en arriver là aujourd’hui ! 

Voilà, en effet, plus de 15 ans qu’il monte sur les planchers. De quoi pouvoir user les pieds ! Lui qui a presque grandi dans le théâtre est très écœuré de voir le théâtre en Mauritanie descendre dans les bas-fonds boueux de l’oubli. Par manque de soutien, de structures et de considération. A son avis, le développement du théâtre dans notre pays dépend de la bonne volonté des autorités qui ont en charge la culture. «C’est juste une question de volonté politique, laisse-t-il entendre sur un ton d’amertume. Si le gouvernement le décide : le théâtre peut aller très loin. » Et de donner son exemple. «Le gouvernement ne m’a jamais donné un sou pour un quelconque déplacement à l’extérieur. Le ministère de la Culture ne nous aide pas.» Le Gouvernement, ajoute-t-il, a sa contribution à apporter dans le développement du théâtre dans notre pays. «Il ne faudrait pas que des gens viennent d’ailleurs pour faire progresser des artistes mauritaniens.» Ce qu’il n’admet pas c’est que des pays comme la France ou l’Espagne continuent à assister les artistes mauritaniens qui parviennent à s’en sortir miraculeusement. Cependant, il est optimiste. Et «peut-être, dit-il, avec la volonté politique, les choses vont bouger. Pour le moment, nous n’avons pas espoir que ça aille de l’avant parce que nous n’avons aucune aide provenant des autorités. » Regrettant le fait que le théâtre ne nourrisse pas son homme en Mauritanie, il déclare : «On aimerait quand même bien vivre du théâtre.» 

Si vous n’avez pas eu la chance ou l’occasion de regarder ‘Le Séjour d’un Diable à Nouakchott’ de Ali Amadou Ba, vous avez le temps un jour de lire «Que le diable t’emporte » de Harouna Rachid Ly. ‘Le Séjour d’un diable à Nouakchott’ est une mise en scène satirique qui met à nu le vécu quotidien des nouakchottois. Grâce à un diable venu des cieux qui a décidé de séjourner à Nouakchott pendant une journée et une nuit, on va découvrir les mille et une facettes de la vie et de la ville de Nouakchott, à travers ses populations et leurs modes de vie, de transport, ses bruits, ses odeurs nauséabondes, ses habitations, ses policiers corrompus, ses problèmes, son charme nocturne, ses constructions démesurées…Même la politique y est évoquée mais de manière subtile et sournoise. Victime d’une agression pendant  qu’il se reposait tranquillement, ce diable se rendra vite à l’évidence que cette ‘ville’ qu’il découvrait pour la première fois et dans laquelle il voulût rester n’est pas un lieu sûr. Ainsi donc, il décida alors de retourner d’où il est venu… 

A la fin de la mise en scène, Ali Amadou Ba peut s’estimer heureux car, dit-il, il a réussi à faire connaître un auteur qu’il apprécie beaucoup. «Lorsque je suis allé le voir(Harouna Rachid Ly, auteur de «que le diable t’emporte », NDLR) pour lui dire que je voulais mettre en scène son roman, il me donna aussitôt son feu vert.» Et c’est dommage qu’il ne soit pas présent à la mise en scène de son roman. 

Pour adapter ce texte, il a fallu à Ali Amadou Ba 6 mois de dure labeur et de concentration. «Ça a été très difficile. J’ai voulu d’abord être fidèle au texte pour ne pas prostituer l’idée première. » Le choix de ce texte n’est pas banal car cela participait à faire découvrir nos rares écrivains. En effet, depuis 1996, date à laquelle  Ali Amadou Ba avait participé à la mise en scène de ‘La légende de Ouagadougou’ de l’écrivain mauritanien Moussa Diagana, il n’avait plus participé à la mise en scène d’une œuvre mauritanienne. «C’est un roman qui me plaît beaucoup. Ça m’a impressionné dès les premières pages et je n’ai pas voulu me séparer de ce roman.» Et c’est à partir de là qu’à germer l’idée d’adapter au théâtre ce roman. 

Son parcours est assez riche. En 2005, il participa au FESPACO. En 2007, il participe au Festival des contes mimiques de Cotonou. Il gagnera le prix du meilleur comédien étranger en jouant ‘ A vous la nuit ou ma fidélité cravachée’ de Habib Dembélé, un conteur malien. Et comme il le dit, son métier lui a permis de découvrir d’autres cultures en participant à de nombreux festivals notamment en Afrique de l’Ouest. Ayant sacrifié ses études universitaires (il est allé jusqu’en licence au département de droit à l’université de Nouakchott) au profit du théâtre, sa passion et son amour. Professionnel depuis deux ans, il a monté lui aussi son propre groupe théâtral qui s’appelle ‘Théâtre du chameau’ créé en 2006. Il a fréquenté aussi pas mal d’écoles de théâtre en Afrique(Bénin, Tchad…).   

Actualité oblige, Ali Amadou Ba compte écrire sur l’immigration clandestine des jeunes africains qui pensent que l’Europe est soi-disant meilleure que l’Afrique. «On souhaiterait apporter notre pierre à cet édifice qu’est la sensibilisation : essayer de faire comprendre à ces jeunes-là que partout où on se trouve, l’essentiel c’est de pouvoir faire quelque chose(…). » 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr

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