( 9 mai, 2008 )

Ali Amadou Ba, comédien

Le Diable qui a séjourné à Nouakchott, c’est lui ! 

 

Ceux qui ont suivi, ce mardi 29 avril dernier au Centre Culturel Français Antoine de Saint-Exupéry, ‘Le Séjour d’un diable à Nouakchott’ de Ali Amadou Ba inspiré du roman «Que le Diable t’emporte » de Harouna Rachid Ly, écrivain mauritanien, sont restés sur leur faim. Tellement ils ont pouffé de rire qu’ils ne voulaient pas quitter des yeux Ali Amadou Ba qui incarnait le diable. Rassurez-vous : il n’a pas l’air d’un diable perdu au milieu d’une marée humaine. Il n’a fait que ressusciter le diable ! Lui, il fait partie de ces êtres spécifiques dont le métier consiste à faire plaisir et surtout à faire oublier les pesanteurs de la vie. Sacré métier  que celui de comédien ! Avec lui, on est sûr de pouvoir passer de délicieux moments de théâtre. Sur scène, il devient un autre. Ses gestes, sa démarche, son rire narquois vous charrient comme dans un monde féerique. On pourrait dire sans fourcher notre langue qu’il est impressionnant. Ouf ! Que de chemin il a parcouru pour en arriver là aujourd’hui ! 

Voilà, en effet, plus de 15 ans qu’il monte sur les planchers. De quoi pouvoir user les pieds ! Lui qui a presque grandi dans le théâtre est très écœuré de voir le théâtre en Mauritanie descendre dans les bas-fonds boueux de l’oubli. Par manque de soutien, de structures et de considération. A son avis, le développement du théâtre dans notre pays dépend de la bonne volonté des autorités qui ont en charge la culture. «C’est juste une question de volonté politique, laisse-t-il entendre sur un ton d’amertume. Si le gouvernement le décide : le théâtre peut aller très loin. » Et de donner son exemple. «Le gouvernement ne m’a jamais donné un sou pour un quelconque déplacement à l’extérieur. Le ministère de la Culture ne nous aide pas.» Le Gouvernement, ajoute-t-il, a sa contribution à apporter dans le développement du théâtre dans notre pays. «Il ne faudrait pas que des gens viennent d’ailleurs pour faire progresser des artistes mauritaniens.» Ce qu’il n’admet pas c’est que des pays comme la France ou l’Espagne continuent à assister les artistes mauritaniens qui parviennent à s’en sortir miraculeusement. Cependant, il est optimiste. Et «peut-être, dit-il, avec la volonté politique, les choses vont bouger. Pour le moment, nous n’avons pas espoir que ça aille de l’avant parce que nous n’avons aucune aide provenant des autorités. » Regrettant le fait que le théâtre ne nourrisse pas son homme en Mauritanie, il déclare : «On aimerait quand même bien vivre du théâtre.» 

Si vous n’avez pas eu la chance ou l’occasion de regarder ‘Le Séjour d’un Diable à Nouakchott’ de Ali Amadou Ba, vous avez le temps un jour de lire «Que le diable t’emporte » de Harouna Rachid Ly. ‘Le Séjour d’un diable à Nouakchott’ est une mise en scène satirique qui met à nu le vécu quotidien des nouakchottois. Grâce à un diable venu des cieux qui a décidé de séjourner à Nouakchott pendant une journée et une nuit, on va découvrir les mille et une facettes de la vie et de la ville de Nouakchott, à travers ses populations et leurs modes de vie, de transport, ses bruits, ses odeurs nauséabondes, ses habitations, ses policiers corrompus, ses problèmes, son charme nocturne, ses constructions démesurées…Même la politique y est évoquée mais de manière subtile et sournoise. Victime d’une agression pendant  qu’il se reposait tranquillement, ce diable se rendra vite à l’évidence que cette ‘ville’ qu’il découvrait pour la première fois et dans laquelle il voulût rester n’est pas un lieu sûr. Ainsi donc, il décida alors de retourner d’où il est venu… 

A la fin de la mise en scène, Ali Amadou Ba peut s’estimer heureux car, dit-il, il a réussi à faire connaître un auteur qu’il apprécie beaucoup. «Lorsque je suis allé le voir(Harouna Rachid Ly, auteur de «que le diable t’emporte », NDLR) pour lui dire que je voulais mettre en scène son roman, il me donna aussitôt son feu vert.» Et c’est dommage qu’il ne soit pas présent à la mise en scène de son roman. 

Pour adapter ce texte, il a fallu à Ali Amadou Ba 6 mois de dure labeur et de concentration. «Ça a été très difficile. J’ai voulu d’abord être fidèle au texte pour ne pas prostituer l’idée première. » Le choix de ce texte n’est pas banal car cela participait à faire découvrir nos rares écrivains. En effet, depuis 1996, date à laquelle  Ali Amadou Ba avait participé à la mise en scène de ‘La légende de Ouagadougou’ de l’écrivain mauritanien Moussa Diagana, il n’avait plus participé à la mise en scène d’une œuvre mauritanienne. «C’est un roman qui me plaît beaucoup. Ça m’a impressionné dès les premières pages et je n’ai pas voulu me séparer de ce roman.» Et c’est à partir de là qu’à germer l’idée d’adapter au théâtre ce roman. 

Son parcours est assez riche. En 2005, il participa au FESPACO. En 2007, il participe au Festival des contes mimiques de Cotonou. Il gagnera le prix du meilleur comédien étranger en jouant ‘ A vous la nuit ou ma fidélité cravachée’ de Habib Dembélé, un conteur malien. Et comme il le dit, son métier lui a permis de découvrir d’autres cultures en participant à de nombreux festivals notamment en Afrique de l’Ouest. Ayant sacrifié ses études universitaires (il est allé jusqu’en licence au département de droit à l’université de Nouakchott) au profit du théâtre, sa passion et son amour. Professionnel depuis deux ans, il a monté lui aussi son propre groupe théâtral qui s’appelle ‘Théâtre du chameau’ créé en 2006. Il a fréquenté aussi pas mal d’écoles de théâtre en Afrique(Bénin, Tchad…).   

Actualité oblige, Ali Amadou Ba compte écrire sur l’immigration clandestine des jeunes africains qui pensent que l’Europe est soi-disant meilleure que l’Afrique. «On souhaiterait apporter notre pierre à cet édifice qu’est la sensibilisation : essayer de faire comprendre à ces jeunes-là que partout où on se trouve, l’essentiel c’est de pouvoir faire quelque chose(…). » 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr

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