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( 22 mai, 2008 )

Gérard Tolohin, metteur en scène

« Quand une société à laquelle vous appartenez vous exclut, vous perdez toute racine »

Targuiya, c’est d’abord un hymne à la paix. C’est aussi l’histoire d’une jeune fille touareg de 17 ans aux prises avec les tourments de la guerre et de l’amour. Une fois l’orage passé, elle met au monde un enfant de père inconnu, un enfant de l’amour en temps de guerre. Chassée par les siens, sans souvenir précis, elle erre dans le désert en compagnie de la mystérieuse Houriya, femme aux pouvoirs infinis, qui va l’aider à remonter le temps jusqu’au puits de la dernière étape qui sera aussi celui de l’ultime solitude….

 

Le Rénovateur Quotidien : Peut-on savoir les raisons qui vous ont poussé à mettre en scène ‘Targuiya’ ?

Gérard Tolohin : D’abord, c’est une pièce qui a été écrite par un mauritanien (Moussa Diagana, Ndlr) en 2000 et que j’avais déjà mis en scène il y a 4 ans de cela. Je suis resté un peu attaché à cette pièce parce qu’elle touche l’âme mauritanienne même et les fibres sentimentales. J’avais l’impression en travaillant cette pièce-là, on découvrait à peu près certains côtés cachés du peuple mauritanien. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Lorsque vous parlez d’âme mauritanienne, plus précisément, vous faîtes allusion à quoi ? 

Gérard Tolohin : Par exemple aux sentiments, à tout ce qui est de l’ordre du cœur, à tout ce qui se rapporte à la sensibilité. Ce n’est pas tous les jours que les gens abordent ces thèmes là. J’ai trouvé que c’était un aspect assez important de la pièce. C’est pourquoi, je tenais à revoir, à mettre encore en scène cette pièce. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Cette pièce tourne autour de ‘Targuiya’. Qui est-elle ? 

Gérard Tolohin : Targuiya, en réalité, c’est une fille touareg qui a 17 ans et qui est tombée enceinte. C’est une fille qui a eu un enfant illégitime. Elle a été pour cela chassée de sa tribu. On a plus voulu d’elle. Elle erre donc dans le désert avec Houriya qui est la vierge éternelle. Celle-ci va l’aider à remonter le temps c’est à dire à nous parler ce pourquoi elle en est arrivée là : pourquoi, on l’a chassé. Pourquoi, on l’a condamné à une errance sans fin. C’est Houriya qui va l’aider à remonter le temps et par-là nous faire comprendre comment cela s’est passé. Quelles sont les causes de sa condamnation et de son errance actuelle ? 

 

Le Rénovateur Quotidien : On a vu aussi qu’elle ne cessait de se culpabiliser comme si elle avait commis un acte infâme ? 

Gérard Tolohin : Oui ! Parce que psychologiquement, ce n’est pas évident ! Quand une société à laquelle vous appartenez vous exclut, vous perdez toute racine. Evidemment, c’est une fille qui se reproche beaucoup de choses parce que ce n’est facile d’être exclu et personne ne peut le supporter. Par conséquent, son exclusion l’a complètement ébranlé et en même temps, c’est cette exclusion qui va l’amener à retrouver la solitude c’est à dire à travers le puits de la dernière étape. C’est là où elle va se retrouver seule face à elle-même. C’est à dire à retrouver cette paix qu’elle cherchait.

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Le Rénovateur Quotidien : Le collier à perles bleues, l’enfant, la chamelle, la puisette, le puits…sont autant de symboles. Mais en réalité que représentent-ils dans l’imaginaire de Targuiya ? 

Gérard Tolohin : Il y a beaucoup de passages que Moussa Diagana a puisés dans le Saint Coran. Quand on parle de puits de la dernière étape, on fait allusion à l’eau. L’eau c’est la vie. En même temps, nous sommes en plein désert et on sait quel est le symbole d’un puits dans un grand désert. Le puits c’est d’abord le symbole de la vie. Le puits de la dernière étape c’est à dire là où elle va boire une dernière fois probablement, là où elle va retrouver la paix. La paix quand elle est éternelle, c’est certainement la mort ou la folie. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous qui avez mis en scène cette œuvre, pouvez-vous nous dire comment Targuiya en est arrivée à être une fille déchirée par la vie et notamment par son passé ? 

Gérard Tolohin : Euh…d’abord, ce n’est pas facile à 17 ans de tomber enceinte hors mariage. Dans nos sociétés, c’est un contresens même. Elle savait elle-même qu’elle s’était déjà condamnée d’office et qu’il n’y avait pas d’autres portes de sortie que l’exclusion, la mort ou la solitude. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’on peut comprendre par-là, vous avez voulu réactualiser un thème aussi important que la grossesse hors mariage ? 

Gérard Tolohin : Que ce soit la grossesse non désirée ou toute autre chose, c’est difficile dans nos sociétés africaines d’être révolutionnaires. On dit souvent ‘malheur par qui vient le scandale’. Nos sociétés ont certaines valeurs et tout ce qui est brusque ou révolutionnaire est très mal accepté dans nos sociétés traditionnelles. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Targuiya n’est-elle pas à la limite victime de son amour, d’un amour avec un homme que tout séparait ? 

Gérard Tolohin : Oui ! En réalité, l’histoire se déroule dans la société touareg qui est en pleine guerre d’ailleurs jusqu’à aujourd’hui avec la rébellion au Niger, au Mali. Lorsque Moussa Diagana écrivait ce roman, il était représentant du Pnud au nord du Mali. En côtoyant ces touaregs-là, il a eu l’inspiration d’écrire ce roman. C’est un peu une rébellion que d’aimer en temps de guerre. C’est une provocation de parler d’amour alors que les gens se tuent. En réalité, Targuiya c’est une révolutionnaire. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Mais aussi une fille malheureuse ? 

Gérard Tolohin : Elle est malheureuse en même temps elle préfère cela. Pour elle, sa condition c’est d’être malheureuse. Il y en a ceux qui pensent que le malheur ça nous fait exister alors que le bonheur nous ennuie. Par-là, en se rebellant, en souffrant, elle existe. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Ce qui est aussi fascinant dans l’œuvre de Moussa Diagana, ‘Targuiya’, c’est qu’elle met à nu les atrocités de la guerre ? 

Gérard Tolohin : Quand on est confronté à la guerre, ce n’est pas évident. C’est toute une société qui se remet en cause. Les principes évidemment n’ont plus de sens. Ce qui compte généralement, c’est de survivre et là bien sûr il y a des ouvertures par lesquelles certaines personnes revendiquent ou ne veulent plus accepter l’ordre établi. Pour ces personnes, l’ordre établi ne conduit nul part, ça conduit à la guerre. Donc, il y a des contestations qui naissent de toute part. Lorsqu’il y a un conflit qui naît dans une société, c’est clair qu’il y a plus ou moins de confusions qui naissent. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Que représente le bleu de méthylène dans la société touareg ? 

Gérard Tolohin : Les touaregs, on les appelle souvent les ‘hommes bleus’. Le bleu probablement c’est la pureté, le ciel, l’infini…Vous savez quand on est dans le désert, quand vous levez la tête, vous ne voyez que le bleu, le ciel et le sable. Chez les touaregs, selon certaines légendes, c’est le bleu de méthylène qui t’attire beaucoup plus de paix, de bonheur, de chance, de quiétude, l’éternité. Quand vous allez au Niger, dans la région d’Agadès où les touaregs vivent, vous allez remarquer que la couleur est non seulement aimée et désirée par les femmes mais aussi par les hommes. Dans les turbans, les boubous ou les voiles, c’est la couleur bleue qui est la plus utilisée. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Dans ce roman, l’auteur a mis en exergue l’amour. L’amour par rapport à l’environnement et l’amour par rapport aussi aux hommes. 

Gérard Tolohin : Souvent, certains s’imaginent peut-être que certains africains sont différents des autres. Non ! Ils ont aussi leurs sentiments, des choses  qu’ils aiment. Ils sont comme tout le monde. Même si parfois les gens sont trop discrets. Dans leurs sentiments, ils ne sont pas trop expressifs mais au fond d’eux-mêmes il y a un cœur qui bat. Moussa Diagana, c’est quelqu’un qui essaie quand même de dire des choses que peut être tout le monde n’ose pas dire. Les occidentaux sont souvent étonnés lorsqu’un africain leur parle d’amour. Je n’ai jamais compris pourquoi les Africains n’ont pas l’habitude de s’exprimer. C’est des gens très pudiques, très réservés. Dans la société touareg, c’est vraiment la pudeur. C’est comme en Mauritanie où les gens sont très pudiques surtout côté sentimental, les gens n’osent pas s’exprimer.

 

 Le Rénovateur Quotidien : En mettant en scène ‘Targuiya’, n’avez-vous pas eu la sensation de retourner aux sources en l’occurrence le Niger qui est votre pays natal ? 

Gérard Tolohin : Oui, c’est vrai ! On cherche toujours à retrouver son enfance, ses origines. Je ne me suis jamais posé la question mais je crois que ‘oui’. ‘Targuiya’, ça me rappelle le Niger, le pays, l’enfance. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et votre pays vous manque-t-il ? 

Gérard Tolohin : C’est compliqué ! Euh…oui et non ! Parce qu’entre temps, il y a eu d’autres amours. Oui, c’est vrai ça me manque mais ce n’est pas mortel ! Non, je peux survivre à ce manque là ! 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

 

 

 

( 22 mai, 2008 )

Lamine Kane, initiateur de ‘A vous la scène !’

«Il n’y a aucune volonté politique pour faire la promotion de notre culture » 

 

En matière de création et d’imagination artistique, les jeunes mauritaniens n’en manquent pas. Tout ce qui leur faut, c’est d’être soutenu par les pouvoirs publics. Lamine Kane en est une parfaite illustration. ‘A vous la scène’, c’est lui. En plus de cela, il dispense des cours de musique gratuits ouverts à tous les publics. Dans le but uniquement de promouvoir la musique mauritanienne marquée par une carence en termes de musiciens. On l’a rabâché à plusieurs fois. Le centre culturel français de Nouakchott ne peut pas tout faire à lui seul. Il est grand temps maintenant que le ministère de la culture s’implique dans la promotion de nos artistes musiciens qui manquent énormément de lieux de production et de rencontres. Le développement de la musique mauritanienne, ce n’est pas uniquement l’affaire de Malouma, de Tahara, de Dimi, de Thiédel, d’Ousmane Gangué pour ne citer que ceux-là. C’est l’affaire d’abord du gouvernement mauritanien qui doit mettre en place une politique efficace en matière de promotion culturelle. Sur ce point, l’initiateur de ‘A vous la scène !’ ne sait pas tourner autour du pot quand il s’agit de dire la vérité, rien que la vérité. «J’accepte mal qu’on ait un ministère de la Culture qui ne fout rien pour les artistes. Ce n’est pas le fait d’organiser des prix qui va sortir la musique mauritanienne du creux de la vague. Il faut appuyer les artistes. Il faut ouvrir les maisons des jeunes et y mettre du matériel pour qu’ils puissent s’exprimer. » Cela pourrait permettre, à son avis, d’annihiler le taux de chômage, de banditisme et de criminalité. Car, rajoute-t-il, il y a beaucoup de jeunes musiciens, comme lui, qui ont d’énormes projets dans la tête. «Mais ce qui leur manque, argumente-t-il, ce sont les moyens. »

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Les initiatives existent, selon lui, mais il faut qu’elles soient soutenues par les autorités en premier lieu par le ministère de la Culture. Sans cela, très peu de mauritaniens vivront convenablement de leur musique. Comment faire donc pour améliorer cette situation désarmante ? «Il faut qu’on soit aidés(les artistes de manière générale, Ndlr). Nous seuls, nous ne pouvons rien faire ! » 

Il regrette l’absence de volonté politique pour faire la promotion de la culture mauritanienne. «Non seulement la culture est un facteur de développement social et économique, explique-t-il, mais c’est aussi un facteur de stabilité et d’unité. » 

La réconciliation nationale qu’on clame, à longueur de journée, c’est à travers, dit-il, la culture qu’on pourra y arriver. «Il n’y a pas d’autres alternatives », professe-t-il. L’initiateur de ‘A vous la scène !’ demeure convaincu, malgré les problèmes de tout bord, que la musique mauritanienne est sur les rails. «Le terrain est encore vierge, reconnaît Lamine Kane. Nous avons un rythme de tortue mais on va y arriver. » 

Passionné de musique, il compte bientôt monter un Centre de Formation Musicale. Lorsqu’on a des partenaires comme Machéo Parker(saxophoniste de James Brown), Steve Coleman, Richard Bonna, Salif Kéita, Manu Katché, Moctar Samba, on ne peut que renifler l’air du paradis. «Tous ces gens-là sont régulièrement mis au parfum de l’évolution de ce projet », renseigne-t-il. 

L’argent nécessaire pour acheter le matériel est de 2 millions d’ouguiyas. Le Centre Culturel français de Nouakchott sera un partenaire de ce grand projet culturel qui sera logé dans un premier temps dans la salle polyvalente du CCF. «Mais je souhaite avoir mes propres fonds pour construire notre propre centre de formation », confie-t-il. 

‘A vous la scène !’ est né dans le but de rapprocher davantage les musiciens mauritaniens et de les promouvoir. Quatre mois après le début de cette aventure musicale, Lamine Kane semble être traversé par une lumière d’optimisme. «Au début, on avait fait le programme sans pour autant penser au public. J’avais fait ‘A vous la scène !’ pour tous les musiciens qui veulent chanter, jouer de la musique sans pour autant attendre que le public soit là ou non. Du moment qu’on a vu que le public s’intéressait à ça, on a essayé maintenant de réorganiser la chose pour qu’elle soit plus agréable et beaucoup plus appréciée par le public. » 

‘A vous la scène !’ du mois de mai recevait Tiédel Mbaye avec la présence de la TVM Plus sous forme d’un plateau télévisé. Une première à ‘A vous la scène !’ 

. «Je pense qu’il faut changer de temps en temps pour ne pas tomber dans la routine », explique Lamine Kane. Le budget de ‘A vous la scène’ est de 30.000 UM donnés entièrement par le Centre Culturel Français. Et Lamine Kane a été très clair avec les artistes en ce qui concerne les primes de prestation. «Je ne peux pas inviter des artistes comme Tiédel Mbaye, Ousmane Gangué, Nora, Amath Kâ, Wal Fadjri Groupe…et leur donner 30.000 UM alors que ce sont des professionnels. Alors, je leur ai dit : ‘La buvette est là. Vous voulez boire, buvez ! Vous voulez manger, mangez ! Je paierai. Quand vous rentrez, je vous donne votre billet de transport. Ou alors, si vous voulez, je prends 3 têtes d’affiches et je leur donne chacune 10.000 UM’. » 

Pur produit des frères Athié qui l’ont initié aux rudiments de la musique en 1994, Lamine Kane est exacerbé lorsqu’il entend dire qu’il y a une musique qu’on peut qualifier de typiquement mauritanienne. «Je ne peux pas prendre Ousmane Gangué et dire que c’est ça la musique mauritanienne. Tel ne se verrait pas dedans. La musique de Yélinkaré, tel autre ne se verrait pas dedans. Ils nous faut asseoir une musique où tout le monde se verrait dedans. La musique doit être un miroir », soutient-il. 

Cela est du ressort de la responsabilité des artistes musiciens mauritaniens et c’est bien possible. Car, presque chaque pays a une musique dans laquelle tout le monde s’identifie. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

 

( 22 mai, 2008 )

Oumar Baal:Une merveille de la peinture mauritanienne !

                        

La vingtaine rugissante et déjà il est un génie ! Pour certains, comme Mokhis, ce n’est pas une surprise ni une découverte. «C’est un enfant que j’ai connu, il y a très longtemps. C’est un goss que j’ai découvert qui travaillait au fil de fer. J’ai senti qu’il y avait quelque chose entre ses mains et sa tête. Il fallait l’aider à ce qu’il rentre complètement dans la peinture. Lorsque Oumar est venu avec son père(Issa Baal, ndlr) qui nous l’a confié, nous l’avons orienté. Aujourd’hui, il ne nous a pas déçus. » Pour autant, il ne s’en affabule pas. «Il y a des gens qui me disent qu’il faut assumer que tu es génie » et lui de répondre modestement : «Pour moi, je ne fais qu’essayer pour laisser des traces… » 

Son travail est beaucoup apprécié. Dans ses œuvres, il utilise de la matière récupérée comme le tissu, le fil de fer, le papier, la terre, le bois…Ce jeune prodige de la peinture mauritanienne est actuellement, malgré son jeune âge, parmi les meilleurs artistes peintres de la Mauritanie. Son talent est reconnu par tous ses compères. Sur le plan international, il fait parler de lui. Ses œuvres sont vendues comme de petits pains un partout en France et en Espagne. «D’ici quelques années, il sera l’une des plus grandes stars de la peinture en Mauritanie », prédit Mokhis visiblement ému de voir un de ses anciens disciples faire un travail exceptionnel et apprécié par tout le monde. 

Il se sert parfois des tee-shirts comme substrat dans ses œuvres picturales avec une originalité et une dextérité dont lui seul détient le mystère. «Il me semble très clairement que c’est un travail d’un artiste qui a beaucoup de talent et un avenir sûrement prometteur. Les couleurs, c’est des couleurs très riches et la particularité des formes aussi se caractérise par une touche vraiment artistique qui semble donner un excellent résultat », explique Oumar Ould Rajel, secrétaire général de l’Union des Artistes Peintres de Mauritanie(UAPM). Tous les férus de peinture ont reconnu une chose en Oumar Baal : que c’est un grand artiste qui a de l’avenir ! Ses œuvres ont émerveillé plus d’un. «Je suis impressionné par ces sculptures qui sont des sculptures très particulières et reflètent un art très singulier. J’aime ses sculptures parce qu’il y a un relief dans les mouvements », témoigne toujours Oumar Ould Rajel.

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Depuis ses débuts dans la peinture, Oumar Baal ne cesse de surprendre. Déjà, à l’âge de 9 ans, il commençait à sculpter avec des plastiques pour en ressortir des formes d’animaux. La peinture, c’est dans son sang. Son père est lui aussi artiste peintre. Ce dernier l’influença très tôt, car dit-il, voyant son père à l’œuvre, il a eu envie tout de suite de suivre les traces de son père. Au fil des années, le génie qui dormait en lui s’est réveillé. Ainsi donc, la peinture est devenue une véritable passion. Chose curieuse aussi, presque toute leur famille s’adonne à la peinture. Il a de petits frères qui commencent à s’exercer déjà à la peinture. Oumar Baal, c’est un artiste hors pair, un artiste né. Comment se sent-on lorsqu’on est le père d’un génie créateur comme Oumar Baal ? «Je suis très content de lui. Je sais que c’est un jeune qui aime la peinture. Il n’a que la peinture. Depuis qu’il a commencé à faire de la peinture, je n’ai pas vu autre chose qui l’intéresse que ça à part la musique, bien qu’il ne la joue pas, il l’aime beaucoup. Et puis, sérieusement, s’il continue dans cette voie, il ne va pas regretter parce que je sais qu’il est bien. D’ailleurs, moi son père, je peux vous dire qu’il travaille mieux que moi. Et en plus, son travail est plus aimé que le tien. » 

Oumar Baal est un grand artiste et tous les grands artistes de ce monde ont eu à faire face(souffrir) à plusieurs épreuves notamment d’ordre sentimental. Dans l’une de ses œuvres, il y a un tableau pas comme les autres. Ce tableau porte un nom étrange, mariyama. «Mariyama, c’est une histoire personnelle… » dit-il. Une histoire d’amour qu’il a voulu exprimer pour sortir ce qu’il avait dans son cœur et qui le rongeait profondément. Grâce à la peinture, il a transmis quelque chose de lui pour le partager avec les autres à travers une œuvre d’art. Malheureusement pour lui, il n’a pas fait d’études poussées pour des raisons de santé. Il était écrit qu’il en serait ainsi. Puisque l’âge de 15 ans, il fit astreint de laisser tomber les études. Ce fut une période très difficile pour lui. Cependant, il y avait le soutien moral de son père qui ne cessait de l’encourager. 

La peinture ne nourrit pas son homme en Mauritanie parce que, dit-il, notre pays est un pays sous-développé. En plus de cela, les gens n’ont aucune éducation artistique. «Les mauritaniens ne connaissent pas la valeur de l’art encore moins prendre leur argent et le dépenser dans les œuvres d’art », croit-il. 

La vie dans la brousse, au bord du fleuve Sénégal le fascine beaucoup. La vie autour de lui l’inspire aussi(enfants de la rue, mendiants…).Ces œuvres reflètent parfaitement cet environnement exotique. Son artiste préféré : Gustave Klimt qui est un peintre symboliste autrichien et un des membres les plus en vue du mouvement Art nouveau de Vienne. Il aime en lui ses personnages candides et bizarroïdes qu’il peignait dans ses tableaux. Ce qui m’inspire, nous dit-il, sur la sculpture, c’est le corps de l’être humain. «Je l’exploite détails par détails », nous apprend-il. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr

( 22 mai, 2008 )

Le Lionisme en Mauritanie

Les chevaliers des non-voyants ouvrent leurs portes au public !

 

«Faire connaître Le Lions Club International (en Mauritanie) et arriver à trouver dans les ressources humaines mauritaniennes les meilleures ressources (…) qui intègrent cette association (Le Lions Club International, Ndlr) pour rendre le service le plus noble possible à nos concitoyens les plus démunis ». C’est l’un des objectifs prioritaires du Lions Club International en Mauritanie qui a organisé au Centre Culturel Français du 14 au 15 mai dernier deux journées ‘Portes Ouvertes’ sur le lionisme destinées à faire connaître davantage cette association humanitaire internationale fondée en 1917 par Melvin Jones, un citoyen américain.

 

Ces portes ouvertes, selon les organisateurs, seront désormais inscrites dans l’agenda des activités du Lions Club International. Exposition, projections, conférence,…Les Chevaliers des non-voyants n’ont pas manqué d’imagination pour faire de ces ‘portes ouvertes’ sur le lionisme une réussite. Le lionisme existe en Mauritanie depuis 1963. Mais, «nous sommes méconnus par la plupart des Mauritaniens », a reconnu monsieur Bâ Amadou Béchir, président de la zone 111 au cours de la conférence de presse organisée à l’occasion des portes ouvertes sur le lionisme en Mauritanie. «Les gens ne savent pas ce que nous faisons. On nous voit dans (ces) vestons bleus et (ces) pantalons blancs. On se rencontre dans les soirées ; les gens pensent que nous sommes là pour faire la fête. Alors que dans ces soirées, tous les fonds qui seront récoltés, c’est des fonds qui iront dans des comptes-œuvres. Nous, nous servons mais nous ne nous servons pas. Notre devise, c’est de servir et non de se servir », a tenu à rappeler dans la foulée le président de la zone 111, Bâ Amadou Béchir. 

Au-delà de cette particularité, Le Lions Club International vise à attirer de plus en plus de personnes à rejoindre cette association humanitaire et à travailler dans le lionisme pour le développement de l’être humain.  

De 1963 à nos jours, Le Lions Club International en Mauritanie a investi plus de 180 millions d’ouguiyas en termes de financements. Ce qui fait de lui, le premier contributeur de la Mauritanie en matière de préservation de la vue. Dans ce domaine, le Centre Priorité à la Vue est à mettre à leurs réalisations. Aussi, chaque année, ils organisent une campagne de vaccination contre le trachome à travers toutes les régions de la Mauritanie.

Malgré tout cela, Le Lions Club International souffre d’une mauvaise image dont elle a du mal à se départir. «Souvent, on est taxés d’être des francs-maçons, une organisation sectaire, des juifs », remarque le président de la zone 111. «Quand les gens nous traitent d’un certain nombre d’étiquettes, enchaîne Kodié Diagana président du Club Caravane, il nous (les membres du lions club en Mauritanie, Ndlr) appartient de faire comprendre à ces mêmes personnes que ce vous croyez être Le Lions Club ce n’est pas ça mais le lions club c’est un service. Et c’est l’objectif de ces portes ouvertes. »

Le Lions Club en Mauritanie intervient également dans le social et son apport dans ce domaine se chiffre à des millions d’ouguiyas. A titre d’exemples dans leurs réalisations, on peut citer la création du Centre diabétique de Sebkha qui ne fonctionne plus malheureusement pour des raisons administratives. «On n’est pas connu mais ce n’est pas faute d’avoir essayé de faire quelque chose. J’espère qu’à la sortie de ces journées, on pourra avoir une meilleure couverture médiatique », a plaidé Sow Mohamed, président du Club La Rose des Sables, après un aggiornamento sur les réalisations majeures du Lions Club en Mauritanie.

Le but du Lions Club n’est pas de fournir des budgets de fonctionnement mais de fournir des équipements et de l’aide sociale aux plus démunis. En plus de 40 ans, Le Lions Club en Mauritanie a financé plus de 270 millions d’ouguiyas dans diverses œuvres sociales sans parler des 180 millions d’ouguiyas financés par Sightfirst pour lutter contre la cécité qui est une maladie très répandue dans notre pays.

La structure de base du Lions club en Mauritanie c’est les clubs (club doyen, club caravane, club Rose des Sables) qui sont des entités juridiques et des associations de droit privé mauritanien. Ces dernières sont affiliées à l’association internationale du Lions club. «Si nous voulons un lionisme saint, c’est nos léos qu’il faut encadrer pour que demain ils deviennent des lions parce que durant leur cursus et leur séjour au niveau des clubs léos, ils ont eu à côtoyer des lions », a préconisé le président de la zone 111 qui estime qu’il faut les faire participer à toutes les activités. «Ils peuvent apporter des solutions par rapport à des problèmes auxquels nous n’avons pas de solutions », conclut-il.

45 ans après son existence, le Lionisme en Mauritanie n’a pas véritablement réussi à se faire connaître. C’est dans ce cadre que ces journées portes ouvertes ont été organisées. Certainement pour sortir du creux de la vague. Car, la grande majorité des mauritaniens ont une idée très sommaire du lionisme. Certains ne le connaissent pratiquement pas. D’autres l’ignorent jusqu’au trognon. En plus de cela, il souffre d’une faible médiatisation. «On est restés 45 ans sans organiser des portes ouvertes, ce n’est pas parce qu’on n’a pas fait de communication. Ces portes ouvertes sont une forme de communication pour faire connaître le lionisme en Mauritanie. Nous avions l’habitude de dire à travers cette phrase : ‘On ne se fera connaître qu’à travers nos œuvres’. Durant toutes ces périodes qui sont passées, on a réalisé beaucoup de choses pendant ces 45 ans, à travers des activités, des manifestations de collecte, des œuvres d’envergure que le lions club a fait en partenariat avec la société civile mauritanienne et le gouvernement mauritanien notamment le Ministère de la Santé(leur ministère de tutelle, Ndlr). Mais la médiatisation attendue de ces œuvres n’a pas été faite », constate Kodié Diagana président du Club Caravane. «C’est ce qui explique, poursuit-il, qu’on a organisé ces portes ouvertes pour faire comprendre à tout le monde que le lions club est une association comme toutes les associations de bienfaisance et que le lions club a un but et que les lions sont imbus d’un idéal commun qui est tout simplement le service : servir et sans rien attendre en retour. »

La Mauritanie n’est pas prête pour le moment à pouvoir organiser une convention internationale sur le lionisme qui réunit plus d’une vingtaine de pays africains. D’abord, parce que notre pays ne dispose pas assez d’infrastructures notamment hôtelières. Ensuite, l’organisation d’une telle manifestation demande beaucoup d’expérience. «Tant qu’on ne fera pas cette communication jusqu’à ce qu’on nous connaisse, ce sera prématuré de vouloir organiser une convention », affirme le président de la zone 111. «Ça ferait un grand plaisir que la Mauritanie puisse organiser une telle manifestation. On sait que de par le monde l’organisation d’une telle manifestation a des retombées économiques énormes. Notre vœu le plus cher c’est de voir très prochainement la Mauritanie pouvoir organiser une convention internationale. Certains pays commencent à nous taquiner en disant : ‘A quand la convention en Mauritanie’ ? Les pays qui reçoivent la convention internationale, ce sont des pays où le lionisme est connu au plus haut sommet de l’Etat jusqu’à la population qui se trouve à la base », déclare Kodié Diagana président du Club Caravane qui pense que cette ignorance sur le lionisme en Mauritanie constitue un handicap majeur. Pour lui, il faudrait que l’information circule par le biais des mass-médias pour permettre à la population de connaître ce que Le Lions Club International fait en Mauritanie et comment il intervient. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

ducdejoal@yahoo.fr 

  

 

   

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