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( 26 mai, 2008 )

12 ans après s’être dépossédées de leurs terres

Les populations de Garalol et Diawaldi Mango attendent que justice soit faite

 

Combien sont-elles ces populations qui ont été dépossédées, avec la complicité de certains colonels de l’armée ou de la gendarmerie, de leurs terres de culture ? Cette triste et inoubliable ‘époque’ bâtie sur et par la force ne cesse de nous estomaquer en révélant ses vérités et ses mensonges chaque jour que Dieu fait.

En 1996, en plein régime du président Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya, 19 terres de culture furent l’objet de spoliation dans les localités de Garalol et de Diawaldi Mango dans la Moughataa de Mbagne qui regorge d’importantes potentialités agro-pastorales. Ces terres spoliées depuis 1996 sont placées sous la propriété privée de Mohamed Ould Jouly. A la surprise générale des populations dont la plupart sont des éleveurs, des engins de l’armée nationale vinrent nettoyer de fond en comble ces terres de culture. Sy Moussa Harouna, suppléant du sénateur de Mbagne et simultanément conseiller municipal de Niabina se rappelle encore de ce jour de deuil. «C’était le 19 avril 1996. Il y a eu un déploiement de gros engins dont certains appartenaient à l’armée nationale sur ces terres de culture du Walo qui ont été reprises des mains des populations(…). Quand les populations ont réagi, il y a eu des militaires qui les ont menacé.» 

Depuis ce 19 avril 1996, la situation est restée toujours la même. En vain, à la suite d’une riposte contre cette occupation illégale de l’armée nationale, les populations des localités de Garalol et de Diawaldi Mango ont adressé plusieurs correspondances au wali du Brakna pour obtenir gain de cause. C’était le 3 juin 1996. En 1997 aussi, d’autres lettres de protestation furent adressées aux autorités régionales et départementales. Plus grave encore, les propriétaires de terre dépossédés ne savaient pas qui se  dérobait derrière cette spoliation. «Ce n’est qu’en 2003, rappelle Sy Moussa Harouna au cours d’une conférence de presse organisée dans les locaux du Fonadh ce dimanche 25 mai, que le ministre de l’intérieur de l’époque, sous la pression des populations, a demandé au gouverneur du Brakna d’appeler l’occupant des terres(Mohamed Ould Jouly). Le gouverneur lui a demandé de présenter aux populations les documents justificatifs par lesquels il occupait les terres. » 

Pendant ce temps-là, de 1996 à 2003, les populations auraient entendu toutes sortes de menaces et d’intimidations de la part de Mohamed Ould Jouly hyper protégé par des bras puissants tapis dans l’ombre. 

Les documents dont disposait Mohamed Ould Jouly étaient signés par le gouverneur Ould Maouloud qui donna l’autorisation d’exploiter ces terres de culture tant convoitées et s’étendant sur une superficie de 300 hectares. «A l’époque, le gouverneur n’était pas habilité à donner 300 ha. Pour ce faire, il les morcela en 10 lots de 30 ha chacun. Ces dix lots de 30 ha, il les distribua à 10 personnes. Il s’est trouvé dans les documents que les 9 autres personnes sont fictives. Il n’y a qu’une seule personne qu’on pourrait identifier », s’indigne Sy Moussa Harouna en accusant Mohamed Ould Jouly et Ould Vayda d’être derrière ces actes de vente. 

Pour votre complément d’information, Ould Vayda fut à cette époque colonel et commandant de la base militaire de Bababé. On comprend mieux donc pourquoi, il y a eu la présence des engins de l’armée nationale pour détruire les terres de culture dont dépendent des milliers de famille. C’est ce colonel qui a fait signer ce contrat de vente à Mohamed Ould Jouly, lui aussi, proche parent du colonel Boukhréiss! Leurs signatures figurent dans les contrats de vente de ces terres de culture. 

Ce contrat de vente portait sur 30 ha vendu à 40.000 UM. L’autorisation d’exploitation n’est pas un titre de propriété. Par conséquent, ces terres devaient être retirées d’office. «Mais cela n’a pas été fait », constate Sy Samba Harouna. «Sur la base de ces contrats de vente, un 2ième wali vient et fait des autorisations d’exploitation en se référant au contrat de vente. Alors que ces terres vendues ne sont pas propriété de l’Etat. Ensuite, des terres même appartenant à l’Etat doivent faire l’objet de publication », explique-t-il en notant que ces terres qui sont aujourd’hui au cœur d’un litige appartient à des mauritaniens qui ont été déguerpis durant les événements de 1989 entre le Sénégal et la Mauritanie. 

Désespérés, les propriétaires de ces terres de culture ont adressé ces derniers jours des missives au hakem de Mbagne, au wali du Brakna et même au Président de la République. Mais jusqu’à présent, ils n’ont reçu aucune suite favorable. Pour rappel, le 5 mai 1991, les populations de ces localités avaient signé avec la Sonader un contrat pour l’aménagement de ces terres de culture. Cela s’inscrivait dans le cadre du projet IDA. 

En Mauritanie, les titres fonciers sont régis par l’ordonnance n° 83-127 qui reconnaît 3 types de régimes fonciers : il s’agit du régime foncier issu de l’Afrique Occidentale Française, du régime foncier sur les droits de propriété relevant des pratiques traditionnelles du droit musulman et enfin le régime foncier sur la propriété individuelle des terres propriétés de l’Etat. 

Ces terres qui font aujourd’hui l’objet de litige sont réglementées par le régime foncier issu de l’AOF. Ce régime est maintenu et toujours reconnu par la loi sur le régime foncier. Elles sont immatriculées au registre foncier n° 4 de la subdivision de Boghé. «Nous tenons à ce que l’Etat qui est le premier responsable de l’application des textes fasse respecter et faire respecter par son administration le contenu des textes. Malheureusement, nous constatons que les premiers à violer les textes, ce sont les autorités administratives régionales. Lorsqu’une autorité se permet d’agir de la sorte et que son acte reste impuni, les populations continuent à supporter ces genres d’injustice, c’est vraiment malheureux », regrette Sy Samba Harouna. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

 

 

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