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( 28 mai, 2008 )

Sékou Yalani Kéita, directeur artistique des ‘Sardines de Conakry’

« Il faut qu’il y ait une synergie d’actions au niveau des Etats de l’Afrique de l’Ouest pour lutter contre le phénomène de la vente des enfants » 

 

Les Sardines de Conakry est un groupe de théâtre d’origine guinéenne qui était de passage à Nouakchott, dans le cadre d’une tournée sous-régionale, pour y jouer ‘Ma Famille’ ce mardi 20 mai au CCF. Cette pièce créée en avril 2006 est d’une plaisanterie impitoyable et d’une tendresse détonnante tout en nous poussant à réfléchir sur la place de l’enfant et de l’être âgé dans les sociétés africaines. On est plongé dans un pays dans lequel il est naturel de vendre ses enfants quand on a du mal à finir la fin du mois et où l’on peut les racheter parfois aussi pour une fête de famille par exemple. Nous nous sommes entretenus avec Sékou Yalani Kéita, directeur artistique et en même temps comédien du groupe de théâtre ‘Les Sardines de Conakry’ pour qu’il ne parle un peu de ce phénomène de la vente des enfants notamment en Afrique de l’Ouest. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Quel est le message que vous avez voulu faire passer avec cette pièce ‘Ma Famille’ qui parle de la vente des enfants en Afrique ? 

Sékou Yalani Kéita : On voulait monter une pièce de théâtre sur la vente des enfants et ça a coïncidé à une campagne de sensibilisation de l’Unicef/Guinée Conakry sur la traite des enfants. Le metteur en scène (José Renault, Ndlr) étant en France, il avait déjà monté ce spectacle. Ce dernier nous a proposé un spectacle sur ce thème et on a monté ce projet. Lorsqu’on a amené ce projet au niveau de l’Unicef, on nous a soutenus. Avec le centre culturel franco-guinéen de Conakry, on a monté le spectacle. On a fait des tournées dans les établissements scolaires pour sensibiliser les gens parce que la traite des enfants gagne du terrain en Afrique. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Peut-on savoir ce qui a vous concrètement amené à mettre en scène cette pièce ? 

Sékou Yalani Kéita : Nous avons constaté que la traite des enfants est en train de gagner du terrain en Afrique. En Guinée, par exemple, on a failli même brûler une femme à cause de ça, le lendemain de la fête de ramadan parce qu’elle avait pris les enfants de ses voisins avec ses enfants. Ils allaient saluer un de leurs parents comme ça se fait durant les fêtes chez nous. Les gens pensaient qu’elle allait prendre les enfants. On a brûlé sa voiture. On l’a frappé. 

  

Le Rénovateur Quotidien : Et vous estimez donc que les artistes ont un grand rôle à jouer dans le domaine de la sensibilisation en ce qui concerne ce fléau qui est en train de gagner du terrain sur le continent africain ? 

Sékou Yalani Kéita : Un rôle très, très important parce que déjà ce qu’on fait dans les écoles a porté ses fruits. Les élèves ont compris. Ils ont posé des questions pour savoir vraiment c’est quoi la traite des enfants. C’est quelle forme ! On a pu discuter avec eux et les expliquer très clairement ce que c’est la traite des enfants. On croit que ça peut porter quelque chose. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Par rapport à la traite des enfants, où en est-on actuellement et ne pensez-vous pas avec l’ampleur de ce phénomène qu’il devrait y avoir une synergie d’action au niveau des Etats de l’Afrique de l’Ouest ? 

Sékou Yalani Kéita : Euh…ça évolue très vite. Ça part à une vitesse de croisière. En Guinée par exemple, la traite des enfants, l’enlèvement des enfants est un phénomène très développé. Tout le temps, les enfants disparaissent et on les rattrape souvent au niveau des frontières. On enlève aussi les enfants pour les amener dans les plantations de cacao en Côte d’Ivoire. C’est vraiment un fléau ! Mais comme vous avez dit tout à l’heure, il faut qu’il y ait une synergie d’action au niveau des Etats de l’Afrique de l’Ouest pour lutter contre le phénomène de la vente des enfants. C’est le bouleau des hommes politiques, des gouvernements. Ce que nous pouvons,  nous les artistes,  c’est de sensibiliser. Si les gouvernements se consultent entre eux, je pense qu’ils peuvent faire quelque chose pour lutter contre la traite des enfants. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez joué aussi au Bénin où la traite des enfants est très développée. Est-ce que vous avez réussi à faire comprendre votre message ? 

Sékou Yalani Kéita : Au Bénin, l’Unicef avait amené 100 enfants pour suivre notre spectacle. Nous pensons que s’ils sont là, c’est parce que le message les intéresse. Dès qu’ils ont vu l’affiche qui portait sur la traite des enfants, ils ont acheté 100 places pour amener les enfants suivre le spectacle. A la fin, ils étaient très contents en estimant que c’était une bonne pièce qui mérite d’aller partout pour sensibiliser les gens sur la traite des enfants. 

  

Le Rénovateur Quotidien : Après avoir sillonné presque toute l’Afrique de l’ouest, pensez-vous que votre message a été entendu ? 

Sékou Yalani Kéita : Bien sûr ! On espère aussi que le message sera retenu par tout un chacun et qu’on essayera de bannir ce fléau qui gagne du terrain sur notre continent. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et au niveau de votre pays, est-ce que des actions ont été menées pour contrecarrer ce phénomène des temps modernes ? 

Sékou Yalani Kéita : Oui ! L’Unicef est en train de travailler dessus et mène vraiment une forte campagne de sensibilisation contre la traite des enfants.

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Le Rénovateur Quotidien : Saviez-vous que la traite des enfants existe aussi en Mauritanie ? 

Sékou Yalani Kéita : On n’a pas pu discuter avec les gens. On devait venir dimanche (18 mai, Ndlr) à 11 heures. On est venu lundi (19 mai, Ndlr) finalement à 3 heures du matin. On a lu dans un journal (City Magazine, Ndlr), on parle des talibés dedans. On s’est rendu compte que la traite existe vraiment en Mauritanie aussi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Pouvez-vous nous éclairer un peu sur ‘Les Sardines de Conakry’ ? 

Sékou Yalani Kéita : Les Sardines de Conakry sont en fait nées en 1999 à la faveur d’un atelier organisé par l’Alliance franco-guinéenne de Conakry de l’époque. Il y avait un représentant de chaque troupe sur Conakry. A la fin de la création, on a pu monter une pièce de Williams Shakespeare (le conte d’hiver) qui fut un bon spectacle. Nos amis français qui étaient là ‘Cartoons Sardines de Marseille’ nous ont surnommés ‘Les Sardines’ pour mettre un pont entre la Guinée et Marseille. On a pu faire une tournée sous-régionale en 2000. C’est eux qui nous ont proposés de nous faire appeler ‘Les Sardines de Conakry’. 

  

Le Rénovateur Quotidien : Quel bilan faites-vous de vos 9 ans d’existence sur la scène théâtrale guinéenne et africaine ? 

Sékou Yalani Kéita : C’est très positif. Depuis la création de notre troupe théâtrale, on a pu faire une tournée sous-régionale en 2000. On a fait deux tournées en France. On est passé presque à tous les grands festivals africains. En 2008 encore, nous sommes en tournée sous-régionale. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Sous Sékou Touré, la Guinée fut un grand pays de culture. Est-ce qu’il l’est toujours ? 

Sékou Yalani Kéita : Il n’y a pas une politique culturelle en Guinée depuis la mort de Sékou Touré. Lui, son truc, c’était la culture. Il a tout mis sur la culture. C’est un burkinabé qui nous a dit, le professeur Jean-Pierre Guinganné, qu’on a connu l’Afrique de l’Ouest grâce à la musique guinéenne. Nous, le théâtre, c’est déjà une passion. J’aime ça. Je veux faire ça toute ma vie. Dire qu’on va gagner quelque chose dedans, c’est autre chose. C’est peut-être après. La culture, sans la culture, on ne peut pas parler de développement d’un pays. 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

  

 

( 28 mai, 2008 )

Procès des présumés salafistes: La défense accuse le parquet d’empiéter sur le dossier

Au cours d’une conférence de presse organisée hier à l’hôtel Khaïma en présence des familles des présumés salafistes et des Organisations de défense des droits de l’Homme, les avocats de la défense ont dénoncé vigoureusement les empiétements du parquet sur le dossier des salafistes dont le procès vient de débuter il y a 3 jours après moult tergiversations. Les avocats de la défense ont convié la presse pour la mettre au parfum du déroulement de la gestion de ce procès qu’on appelle communément le dossier des salafistes. Les avocats de la défense, au cours de cette conférence de presse, ont relevé un certain nombre d’atteintes aux droits de l’homme ont émaillé le déroulement du procès depuis son commencement. Ils n’ont pas pris de gants aussi pour dénoncer la volonté du parquet de faire dessaisir le juge d’instruction du 3ième cabinet qui avait en charge ce dossier. Ce dessaisissement s’explique, selon les avocats de la défense, par le fait que ce même juge d’instruction  n’avait pas obéi aux demandes introduites par le parquet. A leur grande surprise, ils apprirent, ce mercredi 28, que le parquet a voulu faire des pressions au niveau de la chambre d’accusation pour  dessaisir ce dossier des mains du juge d’instruction du 3ième cabinet.  La chambre d’accusation a balayé d’un revers de la main cette demande introduite par le parquet tout en maintenant la compétence du juge d’instruction du 3ième cabinet. 

Les avocats ont salué la décision qui a été prise par le juge d’instruction et celle qui a été rendue par la chambre d’accusation. Ils ont rappelé  aussi qu’ils ne fermeront pas les yeux les empiétements de l’autorité exécutive par rapport à la liberté et à l’indépendance de la justice dans ce dossier sensible. 

Les avocats de la défense ont estimé que pour faire face à ce phénomène de terrorisme, l’Etat doit prendre les mesures qui s’imposent en vue de garantir la sécurité publique. C’est là un gage de confiance et de respect pour  protéger les libertés et assurer l’indépendance de la justice. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 28 mai, 2008 )

Loi n° 048-2007: A quand l’adoption des décrets d’application ?

Les pratiques esclavagistes ne sont pas encore éradiquées définitivement. En dépit de l’ordonnance n° 81.234 en date du 9 novembre 1981 abolissant l’esclavage, la loi n° 2003-05 du 17 juillet 2003 portant répression de la traite des personnes, la loi n° 2005-015 portant code du travail et récemment la loi n°048-2007 sur l’esclavage et les pratiques esclavagistes. Sur le plan politique, l’adoption de telles dispositions constituent à n’en pas douter des avancées considérables et significatives mais elles restent toutefois inopérantes en raison du manque de mise en œuvre d’une tactique de communication appropriée. La sensibilisation n’a atteint que peu de localités du pays. Les campagnes de sensibilisation ne mobilisent pas tous les acteurs de la société civile notamment les oulémas et les imams qui doivent transmettre l’esprit de cette loi au travers de leurs prêches dans toutes les mosquées du pays.

Tout cet arsenal juridique ne semble pas circonscrire le problème et son ampleur encore moins satisfaire les attentes notamment des associations de défense des droits de l’Homme.

C’est dans ce cadre, conformément aux engagements des pouvoirs publics, le législateur est appelé à renforcer les normes en vigueur relatives à l’esclavage en incriminant et en réprimant les pratiques qui lui sont liées. Ainsi donc, par cette loi(n°048-2007) portant incrimination et répression de l’esclavage, les autorités de la République visent l’élimination de toutes les tares héritées du passé, la promotion d’une culture d’égalité, de tolérance et de citoyenneté et la mise en place de conditions favorisant le progrès et l’émancipation de tous les mauritaniens. 

Lors de l’adoption de cette nouvelle loi à l’Assemblée Nationale, les députés n’ont pas tenu compte de la convention de Genève de 1956 relative à l’esclavage et la convention supplémentaire relative à l’abolition de l’esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et pratiques analogues à l’esclavage de 1956. Et pourtant, ces deux conventions ont été ratifiées par la Mauritanie. Ce qui n’est pas du goût des associations de défense des droits de l’Homme qui ont regretté que la définition de personne de condition servile n’ait pas été retenue et la restriction des peines prévues dans l’article 4 de la loi n° 048-2007. Par rapport à l’article 15 de la même loi, les associations regrettent qu’elles ne se voient pas reconnaître la possibilité de constituer partie civile alors que la plupart des victimes de pratiques esclavagistes n’ont pas nécessairement la capacité physique ou morale de porter plainte ou font bien souvent l’objet de pressions extérieures les amenant à retirer leur plainte. Dès lors, estime Boubacar Messaoud président de S.O.S. Esclaves, il est indispensable qu’une organisation de défense des droits humains ait la possibilité de porter plainte en lieu et place des victimes ou de joindre une plainte à celle de la victime qui resterait valable même en cas de désistement de la victime. L’assistance aux victimes à tous les stades de la procédure est certes indispensable, toujours selon lui, mais elle n’est pas suffisante et elle doit absolument être accompagnée de la possibilité de se constituer partie civile.   

Pour que cette loi puisse porter ses fruits et répondre aux attentes des victimes de pratiques esclavagistes, il est nécessaire que des décrets d’application soient adoptés afin que les meilleures conditions d’application de la loi soient réunies et que des mesures d’accompagnement de la loi soient mises en place. 

Dans leurs recommandations relatives au suivi de l’application de la loi, les organisations de défense des droits de l’Homme comme SOS Esclaves, le Fonadh et l’Amdh ont demandé aux pouvoirs publics de créer une commission d’enquête indépendante chargée d’enquêter sur l’ampleur des pratiques esclavagistes en Mauritanie, de mettre en place une institution gouvernementale spécialisée ayant compétence pour coordonner la lutte pour l’éradication de l’esclavage, des pratiques analogues à l’esclavage et de leurs séquelles vers laquelle toute victime et ses descendants auraient la possibilité de se tourner mais aussi de créer des structures de réinsertion sociale et économique pour les victimes de l’esclavage ou de pratiques analogues dont l’action serait coordonnée par une Agence Nationale pour l’Eradication de l’Esclavage et ses Séquelles.  Même si l’égalité de tous les citoyens, sans discrimination aucune, est un principe fondamental, constitutionnellement reconnu par tous les textes fondamentaux depuis notre indépendance, la persistance d’inégalités effective a, néanmoins, continué à entretenir la discorde et les divisions. 

Babacar Baye Ndiaye

( 28 mai, 2008 )

Monza:Le Président 2 la Rue Publik

Son véritable nom, c’est Kane Limam. «Comme l’imam de la mosquée », tient-il à préciser sur un air bouffon et détendu. Il est habillé comme un petit maure. Cela veut dire que vous êtes un imam. «Non, je ne suis pas un imam. C’est mon prénom, Limam. Voilà. » Mais il est plus connu sous le nom de Monza. Un nom assez bizarroïde et d’ailleurs qu’est-ce que c’est. «C’est un pseudo, un nom d’emprunt, un nom d’artiste. Pourquoi Monza ? Parce que je cherchais un nom qui pouvait refléter l’être noir en tant que personne. Dans mes recherches, j’ai vu qu’en 1770, il y avait dans les Caraïbes une prison, une sorte d’escale, un cachot où passaient des esclaves avant d’être amenés au marché des esclaves. Ce cachot s’appelait Monza. C’est un nom qui m’a marqué et je l’ai adopté. Après, il y a eu des similitudes avec le grand circuit automobile Monza. Il y a des sociétés qui s’appellent aussi Monza. C’est une coïncidence, je ne sais pas ! En tout cas moi, c’est plus par rapport à ce cachot d’esclaves. Sinon Monza veut dire : Musique Originale Native de la Zone Authentique. » 

Monza, comme il l’a rappelé lui-même, a commencé à faire de la musique Rap proprement dite à partir de 1997. «Mais, je l’ai commencé en 1995 », souligne-t-il. Depuis quelques jours, il a enterré sa vie de célibataire. Au fait, comment l’a-t-il connu ? «Ben ! On s’est rencontré ici à Nouakchott. Elle est française. Elle est venue travailler en Mauritanie. On s’est rencontré et(il respire bien) puis voilà. » Mais dans quelles circonstances ? «Disons qu’on s’est côtoyé un peu et puis cette relation est née. » Son nom ? «Je veux garder le nom de ma femme pour moi à l’opinion publique qui n’a rien à savoir du nom de ma femme. » Ah bon ! «Si vous voulez, elle s’appelle Aïchétou Kane. » Un prénom musulman. Est-ce qu’elle s’est converti à l’Islam ? «Ça personnellement, c’est une question à laquelle je ne voudrai pas répondre. » Pensez-vous à prendre la nationalité française puisque vous avez épousé une française ? «Jamais de la vie ! Je ne pense pas que j’ai besoin de la nationalité française. Je suis mauritanien. Je compte le rester. Je sais que beaucoup de gens peuvent le penser. En se mariant avec une occidentale, ça peut faciliter beaucoup de choses. Mais je pense déjà en tant qu’artiste mauritanien, je me dois de représenter mon pays avec ma nationalité et ma fierté aussi de mauritanien. Jamais je ne changerai de nationalité. » C’est vrai que tu es marié maintenant. Mais aussi, tu es chanteur célèbre souvent courtisé par les jeunes filles. Comment vas-tu gérer ta vie de couple ? «S’il s’agit de vie de couple ou de vie de famille, c’est déjà une responsabilité du moment qu’on se lève pour se marier, c’est parce qu’on a envie de ça, de stabilité. Je sais où vous voulez en venir. Je sais que les artistes ne tiennent pas leurs ceintures comme on dit. Moi, je ne suis pas de ces genres-là. Je ne veux pas être de ces genres-là. Je vis avec une femme. Je l’aime. Elle aime. Je la respecte et le respect, c’est la base de tout. » Monza polygame ? Monza se lancer dans la polygamie ? «Non ! Ça ne fait pas partie de mes principes. » On vous a tiré par les oreilles ? «Non ! Pas du tout. Chez moi, c’est moi qui porte la culotte(éclats de rire). » 

En juin 2004, il sort ‘Président 2 la Rue Publik’ et en juillet 2007 ‘Incontextablement’. Il a participé aussi à de nombreuses compilations : ‘bloc partie 2’ de Dj Manitou, ‘l’art de la RIM’(1ier compil de Rap mauritanien), ‘Egotripscratchness’ de Dj Gee Bayss, ‘Out Her’ sorti en Allemagne avec la participation entre autres de Tiken Jah Fakoly, Awadi, ‘African Rebelles Music’. Actuellement, il est en train de préparer un 3ième album qui va s’appeler ‘Motus bouche cousue’ prévu en 2009.

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Il se définit comme étant ‘Le Président 2 la Rue Publik’. «Un jour, on(il était avec quelqu’un d’autre) a vu une rue privée marquée quelque part. J’ai barré ‘privé’ et à la place j’ai mis ‘publik’. Sinon pourquoi Président 2 la Rue Publik ? Déjà, je suis un observateur de ce qui se passe, de ce que fout la République, je dis bien la République. Dans ce que je fais, il y a cette vision de la République. D’un autre coté aussi, comme le Rap vient de la rue, je fais une petite ‘provocation’ linguistique en déformant cette République en rue publique et faire un hommage à la rue d’où vient le Rap et le Hip Hop. » 

Il est souvent taxé à tort ou à raison d’être l’intello des rappeurs mauritaniens. «Je ne sais pas mais les gens le disent c’est peut-être vrai. Personnellement, je ne conçois pas cette idée-là que je suis l’intello du Rap mauritanien. Non ! Je dirai que je suis un artiste qui dit ce qu’il pense. » 

Est-ce qu’aussi que vous êtes un homme hautain ? Mais aussi quelqu’un de très têtu ? Un despote en quelque sorte qui n’aime pas qu’on le contrarie. D’ailleurs, vous ne prenez que des décisions unilatérales ? «Non ! Je dirai que j’ai défaut : c’est d’être perfectionniste. Que ce soit dans un groupe, un collectif, un projet, dans une action lambda, j’insiste beaucoup sur la clarté des choses, sur la perfection et sur la qualité pour qu’il n’y ait pas de distance ou d’amalgame. Certaines personnes avec qui je travaille n’ont pas de recul sur certains petits détails. Pour eux, ce n’est pas grave, on peut passer. Pour moi, tant que ce n’est pas parfait, on ne peut pas passer. Même si personne n’est parfait. » 

Le micro représente beaucoup de choses pour lui. C’est un instrument par lequel, il fait passer sa pensée, son état d’esprit, un message pacifique. Pour lui, c’est un instrument par lequel il véhicule un message d’unité. Pour autant, on le reproche d’être un toubab. La preuve, il ne chante qu’en français surtout de la part d’un poular comme lui. «Je ne suis pas un toubab. Je suis un hall poular. Je suis un Kane. Je viens d’une famille maraboutique. Si aujourd’hui, je rappe en français, c’est parce que dans ma vision, ce que j’exprime, je voudrai l’exprimer à un public beaucoup plus large. M’exprimer en poular, il n’y aura que mes parents poular qui vont me comprendre alors que si je m’exprime en français, je sais que mes parents poular me comprendront puisque beaucoup d’entre eux ont fait l’école(…) Par contre, je ne chanterai en poular quand il faudra chanter en poular. Par exemple, j’ai traduit la déclaration universelle des droits de l’Homme en poular pour l’intérêt de la communauté et pour qu’ils puissent aussi comprendre leurs droits. De même que les soninké, les wolofs puissent avoir cette déclaration dans leur langue maternelle. Pour des choses comme ça, je suis prêt à chanter en poular. Je ne suis pas ethniste. Je suis universaliste. » 

Monza, c’est aussi un homme ambitieux. Il rêve même d’exporter le Rap Mauritanien. Mais «il y a des choses qui se font ici très mal. Je dirai aussi que le monde culturel de la Mauritanie ne se rend pas compte du potentiel qu’il y a ici. Mon ambition première, c’est de faire prévaloir la Mauritanie à l’extérieur pour qu’un jour dans les informations qu’on parle de la Mauritanie autrement que ce que nous nous entendons comme par exemple on a tué 4 touristes français, on a arrêté des salafistes. Ce n’est pas cette vision de la Mauritanie que je voudrai montrer.  Je voudrai plutôt montrer une Mauritanie positive, une Mauritanie avec des talents, des potentiels. Voilà pourquoi je vais essayer avec l’aide de certaines personnes ici monter un bureau export de la musique c’est à dire essayer d’être en contact avec des gens à l’extérieur pour faire valoir les artistes mauritaniens. »   

Il fait partie aujourd’hui de la 1ière génération de rappeurs mauritaniens. Son regard sur le Rap mauritanien est teinté d’optimisme. «Le Rap mauritanien est en train d’éclore. Le Rap est en train de sortir de l’ombre. mais le Rap mauritanien a aussi un gros problème. Il y a beaucoup de jalousie et d’hypocrisie entre les artistes alors qu’on devrait avoir plutôt un esprit de communion et d’harmonie pour que ce mouvement ait une base solide. C’est dommage qu’il y ait une partie de cette communauté de Rap qui sabote mais heureusement qu’il y a quelques jeunes qui refusent et essaient de se battre pour qu’on reconnaisse le Rap en Mauritanie. » 

Pas la peine de lui poser la question sur les jeunes qui l’impressionnent ou essaient comme il dit de se battre pour l’éclosion du mouvement Hip Hop en Mauritanie. «Je ne veux citer de nom parce que quand je cite quelqu’un, ça peut amener des histoires. Je sais quand même qu’il y a des groupes de Rap mauritanien que je respecte beaucoup pour leur attitude et surtout pour leur travail. » 

A ses yeux, ce qui manque au Rap mauritanien, c’est d’avoir une bonne diffusion. «Il faut qu’il y ait des espaces où on peut diffuser du Rap mauritanien, des points de distribution des produits mauritaniens et aussi une instance de protection des œuvres des artistes mauritaniens. » 

Si un jour, le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi l’appelle et lui fait part de son intention de lui confier le ministère de la culture, il lui répondrait sans réfléchir : «Je ne peux pas porter une casquette de ministre parce que parce que je n’ai pas la capacité pas intellectuelle mais  la capacité morale car un ministère c’est des pots de vin et moi je ne veux pas approcher ça. Par contre, si on me proposait aujourd’hui de venir travailler au ministère de la culture en tant que coopérant, monteur de projet, organisateur événementiel, je viendrais travailler gratuitement avec certaines garanties. » 

 

 Babacar Baye Ndiaye 

 

    

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