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( 28 mai, 2008 )

Sékou Yalani Kéita, directeur artistique des ‘Sardines de Conakry’

« Il faut qu’il y ait une synergie d’actions au niveau des Etats de l’Afrique de l’Ouest pour lutter contre le phénomène de la vente des enfants » 

 

Les Sardines de Conakry est un groupe de théâtre d’origine guinéenne qui était de passage à Nouakchott, dans le cadre d’une tournée sous-régionale, pour y jouer ‘Ma Famille’ ce mardi 20 mai au CCF. Cette pièce créée en avril 2006 est d’une plaisanterie impitoyable et d’une tendresse détonnante tout en nous poussant à réfléchir sur la place de l’enfant et de l’être âgé dans les sociétés africaines. On est plongé dans un pays dans lequel il est naturel de vendre ses enfants quand on a du mal à finir la fin du mois et où l’on peut les racheter parfois aussi pour une fête de famille par exemple. Nous nous sommes entretenus avec Sékou Yalani Kéita, directeur artistique et en même temps comédien du groupe de théâtre ‘Les Sardines de Conakry’ pour qu’il ne parle un peu de ce phénomène de la vente des enfants notamment en Afrique de l’Ouest. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Quel est le message que vous avez voulu faire passer avec cette pièce ‘Ma Famille’ qui parle de la vente des enfants en Afrique ? 

Sékou Yalani Kéita : On voulait monter une pièce de théâtre sur la vente des enfants et ça a coïncidé à une campagne de sensibilisation de l’Unicef/Guinée Conakry sur la traite des enfants. Le metteur en scène (José Renault, Ndlr) étant en France, il avait déjà monté ce spectacle. Ce dernier nous a proposé un spectacle sur ce thème et on a monté ce projet. Lorsqu’on a amené ce projet au niveau de l’Unicef, on nous a soutenus. Avec le centre culturel franco-guinéen de Conakry, on a monté le spectacle. On a fait des tournées dans les établissements scolaires pour sensibiliser les gens parce que la traite des enfants gagne du terrain en Afrique. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Peut-on savoir ce qui a vous concrètement amené à mettre en scène cette pièce ? 

Sékou Yalani Kéita : Nous avons constaté que la traite des enfants est en train de gagner du terrain en Afrique. En Guinée, par exemple, on a failli même brûler une femme à cause de ça, le lendemain de la fête de ramadan parce qu’elle avait pris les enfants de ses voisins avec ses enfants. Ils allaient saluer un de leurs parents comme ça se fait durant les fêtes chez nous. Les gens pensaient qu’elle allait prendre les enfants. On a brûlé sa voiture. On l’a frappé. 

  

Le Rénovateur Quotidien : Et vous estimez donc que les artistes ont un grand rôle à jouer dans le domaine de la sensibilisation en ce qui concerne ce fléau qui est en train de gagner du terrain sur le continent africain ? 

Sékou Yalani Kéita : Un rôle très, très important parce que déjà ce qu’on fait dans les écoles a porté ses fruits. Les élèves ont compris. Ils ont posé des questions pour savoir vraiment c’est quoi la traite des enfants. C’est quelle forme ! On a pu discuter avec eux et les expliquer très clairement ce que c’est la traite des enfants. On croit que ça peut porter quelque chose. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Par rapport à la traite des enfants, où en est-on actuellement et ne pensez-vous pas avec l’ampleur de ce phénomène qu’il devrait y avoir une synergie d’action au niveau des Etats de l’Afrique de l’Ouest ? 

Sékou Yalani Kéita : Euh…ça évolue très vite. Ça part à une vitesse de croisière. En Guinée par exemple, la traite des enfants, l’enlèvement des enfants est un phénomène très développé. Tout le temps, les enfants disparaissent et on les rattrape souvent au niveau des frontières. On enlève aussi les enfants pour les amener dans les plantations de cacao en Côte d’Ivoire. C’est vraiment un fléau ! Mais comme vous avez dit tout à l’heure, il faut qu’il y ait une synergie d’action au niveau des Etats de l’Afrique de l’Ouest pour lutter contre le phénomène de la vente des enfants. C’est le bouleau des hommes politiques, des gouvernements. Ce que nous pouvons,  nous les artistes,  c’est de sensibiliser. Si les gouvernements se consultent entre eux, je pense qu’ils peuvent faire quelque chose pour lutter contre la traite des enfants. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez joué aussi au Bénin où la traite des enfants est très développée. Est-ce que vous avez réussi à faire comprendre votre message ? 

Sékou Yalani Kéita : Au Bénin, l’Unicef avait amené 100 enfants pour suivre notre spectacle. Nous pensons que s’ils sont là, c’est parce que le message les intéresse. Dès qu’ils ont vu l’affiche qui portait sur la traite des enfants, ils ont acheté 100 places pour amener les enfants suivre le spectacle. A la fin, ils étaient très contents en estimant que c’était une bonne pièce qui mérite d’aller partout pour sensibiliser les gens sur la traite des enfants. 

  

Le Rénovateur Quotidien : Après avoir sillonné presque toute l’Afrique de l’ouest, pensez-vous que votre message a été entendu ? 

Sékou Yalani Kéita : Bien sûr ! On espère aussi que le message sera retenu par tout un chacun et qu’on essayera de bannir ce fléau qui gagne du terrain sur notre continent. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Et au niveau de votre pays, est-ce que des actions ont été menées pour contrecarrer ce phénomène des temps modernes ? 

Sékou Yalani Kéita : Oui ! L’Unicef est en train de travailler dessus et mène vraiment une forte campagne de sensibilisation contre la traite des enfants.

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Le Rénovateur Quotidien : Saviez-vous que la traite des enfants existe aussi en Mauritanie ? 

Sékou Yalani Kéita : On n’a pas pu discuter avec les gens. On devait venir dimanche (18 mai, Ndlr) à 11 heures. On est venu lundi (19 mai, Ndlr) finalement à 3 heures du matin. On a lu dans un journal (City Magazine, Ndlr), on parle des talibés dedans. On s’est rendu compte que la traite existe vraiment en Mauritanie aussi. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Pouvez-vous nous éclairer un peu sur ‘Les Sardines de Conakry’ ? 

Sékou Yalani Kéita : Les Sardines de Conakry sont en fait nées en 1999 à la faveur d’un atelier organisé par l’Alliance franco-guinéenne de Conakry de l’époque. Il y avait un représentant de chaque troupe sur Conakry. A la fin de la création, on a pu monter une pièce de Williams Shakespeare (le conte d’hiver) qui fut un bon spectacle. Nos amis français qui étaient là ‘Cartoons Sardines de Marseille’ nous ont surnommés ‘Les Sardines’ pour mettre un pont entre la Guinée et Marseille. On a pu faire une tournée sous-régionale en 2000. C’est eux qui nous ont proposés de nous faire appeler ‘Les Sardines de Conakry’. 

  

Le Rénovateur Quotidien : Quel bilan faites-vous de vos 9 ans d’existence sur la scène théâtrale guinéenne et africaine ? 

Sékou Yalani Kéita : C’est très positif. Depuis la création de notre troupe théâtrale, on a pu faire une tournée sous-régionale en 2000. On a fait deux tournées en France. On est passé presque à tous les grands festivals africains. En 2008 encore, nous sommes en tournée sous-régionale. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Sous Sékou Touré, la Guinée fut un grand pays de culture. Est-ce qu’il l’est toujours ? 

Sékou Yalani Kéita : Il n’y a pas une politique culturelle en Guinée depuis la mort de Sékou Touré. Lui, son truc, c’était la culture. Il a tout mis sur la culture. C’est un burkinabé qui nous a dit, le professeur Jean-Pierre Guinganné, qu’on a connu l’Afrique de l’Ouest grâce à la musique guinéenne. Nous, le théâtre, c’est déjà une passion. J’aime ça. Je veux faire ça toute ma vie. Dire qu’on va gagner quelque chose dedans, c’est autre chose. C’est peut-être après. La culture, sans la culture, on ne peut pas parler de développement d’un pays. 

 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

  

 

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