( 27 juin, 2008 )

Réfugiés rentrés à partir de 1993: Bientôt une commission d’identification ?

A l’occasion de la célébration de la journée mondiale du réfugié, du 20 juin dernier, le directeur des droits de l’Homme, au ministère de la Justice, Cheikh Tourad Ould Abdel Malick, a annoncé la mise en place prochaine d’une commission chargée d’identifier ceux qui sont rentrés à partir de 1993.  Cette commission a été maintes fois exigée par les associations de défense des intérêts des réfugiés mauritaniens. C’est déjà un pas de gargantua dans la résolution des problèmes nés des événements de 1989 à la suite desquels beaucoup de mauritaniens ont perdu, ou plutôt, étaient radiés de la fonction publique de manière injuste et sans fondement légal. 

Cette nouvelle, passée inaperçue, ce jour-là, vient de confirmer aussi la volonté politique du Président de la République de régler toutes les questions relatives au problème des déportés mauritaniens. Du coté des réfugiés, et notamment, des organisations de défense des droits de l’Homme, comme le FONADH, on appelle déjà à la mobilisation afin de contribuer à la réussite et fonctionnement de cette commission.  Encore, il faudrait la doter de moyens substantiels pour mener à bien ses objectifs. C’est vrai que c’est un vieux vœu qui vient d’être exaucé. C’est vrai aussi que cette demande a été toujours formulée par les réfugiés eux-mêmes. Mais, ce n’est pas une raison supplémentaire pour brûler les étapes au point d’alourdir le processus de résolution du dossier des déportés. 

Déjà, avec le retour des déportés, beaucoup de manquements et de dysfonctionnements ont été relevés ça et là dans les différents sites des réfugiés rapatriés. Il est vrai que le problème des déportés évolue à pas de tortue ! Ainsi, donc, il ne faudrait pas que les choses se fassent dans la précipitation. Et, il s’agit surtout de ne pas commettre des erreurs en tombant malencontreusement encore dans les mêmes pièges.  Jusqu’ici, tout s’est fait dans le consensus. Là, aussi, par rapport à la mise en place de cette commission, il ne faudrait pas qu’il y ait une gestion exclusive, sans qu’on essaie de se concerter au préalable avec ceux qui sont là pour défendre les intérêts matériels et moraux des réfugiés. Il ne s’agit pas là de faire un semblant dans son fonctionnement, et par conséquent, bâcler, sa mise en œuvre pratique pour aboutir en fin de compte à des résultats stériles. 

Le problème essentiel à esquiver, serait-ce, sans doute le manque de coordination qui pourrait être préjudiciable comme on l’a vu avec la gestion des opérations de retour des réfugiés. En attendant de voir la commission s’installer, les Organisations de défense des intérêts des réfugiés mauritaniens se délectent déjà de ce nouveau pas franchi par le pouvoir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.  Certainement, la mise en place de celle-ci, après celle de l’ANAIR, permettra de faire un saut encourageant dans la suite de la résolution de tous les problèmes intrinsèques à la question des réfugiés qui attendent beaucoup du gouvernement qui, sans doute, osera franchir d’autres paliers, dans l’intérêt des réfugiés, et notamment, de celui des fonctionnaires.

Car, qui peut nier que des fonctionnaires ont été injustement radiés de l’administration sans qu’ils ne sachent pourquoi ? Alors, c’est tout à fait normal qu’on les rétablisse dans leurs droits ! Pour qu’un nouvel état d’esprit puisse naître ! 

Non plus, il ne faudrait pas après l’accumulation des inadvertances de l’ANAIR dans les opérations de retour des réfugiés que cette commission qui sera chargée d’identifier ceux qui sont rentrés à partir de 1993 s’enfonce, elle aussi, dans le même sillage.  Babacar Baye Ndiaye 

( 27 juin, 2008 )

Egalité des sexes: L’AFCF dénonce les discriminations dont sont victimes les femmes

Pour montrer que rien ne va, comme veulent le faire croire certains, en matière d’égalité des sexes, les femmes, regroupées autour de l’Association des Femmes Chefs de Famille, ont sorti tout ce qu’elles avaient dans leur cœur comme discriminations à leur égard.

L’AFCF veut secouer les autorités pour qu’elles lèvent les réserves faites par la Mauritanie sur la Convention relative à l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes adoptée et ouverte à la signature, à la ratification et à l’adhésion par l’assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies dans sa résolution 34/180 du 18 décembre 1979. 

Aujourd’hui, les femmes mauritaniennes ont du mal à comprendre que presque 30 ans après, cette convention ne soit pas toujours ratifiée par la Mauritanie. Dans ce cadre, l’Association des Femmes Chefs de Famille et plus d’une soixantaine d’ONGs ont adressé au Président de la République une lettre de plaidoyer pour que la Mauritanie lève les réserves faites sur la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.

Aussitôt informé, le Président de la République a instruit le ministère de la justice et de la condition féminine de mettre en place une commission ad hoc qui va étudier les voies et moyens à prendre pour lever ces réserves tant décriées par les ONGs de défense des droits de la femme, dont l’AFCF, qui pensent que c’est une entorse à la démocratie et à l’évolution de la femme mauritanienne.

Aminétou Mint Ely Moctar a dénoncé leur mise à l’écart dans l’établissement de cette commission qu’elle a qualifiée de «bidon ». Laquelle commission, rapporte-t-elle, a porté une réserve sur l’article 16 de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. (Voir encadré). Cette réserve n’a pas été du goût de Aminétou Mint Ely Moctar qui a tenu des propos salés à l’égard des membres de cette commission qu’elle  a considéré comme étant des loufoques allergiques à l’émancipation de la femme mauritanienne.

Aujourd’hui, les femmes mauritaniennes souffrent de discriminations flagrantes. Par exemple, elles n’ont pas droit  de toucher à la pension de retraite de leurs époux lorsque ceux-ci décèdent. Leur âge à la retraite est de 55 ans contrairement à celui des hommes qui est de 65 au maximum. Autant de discriminations qui, aux yeux de Aminétou Mint Ely Moctar, menacent même l’existence des femmes mauritaniennes.

La présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille a souligné au cours de sa déclaration aux médias que les femmes mauritaniennes doivent se battre pour se libérer du joug de la féodalité, de l’exclusion et de la pauvreté qui l’empêche d’avoir les mêmes droits et les mêmes responsabilités que les hommes.

Article 16 de la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. 

1.     Les Etats parties prennent toutes les mesures appropriées pour éliminer la discrimination à l’égard des femmes dans toutes les questions découlant du mariage et dans les rapports familiaux et, en particulier, assurent, sur la base de l’égalité de l’homme et de la femme :

a)     Le même droit de contracter mariage

b)    Le même droit de choisir librement son conjoint et de ne contracter mariage que de son libre et plein consentement ;

c)     Les mêmes droits et les mêmes responsabilités au cours du mariage et lors de sa dissolution ;

d)    Les mêmes droits et les mêmes responsabilités en tant que parent, quelque soit leur état matrimonial, pour les questions se rapportant à leurs enfants ; dans tous les cas, l’intérêt des enfants est la considération primordiale

e)     Les mêmes droits de décider librement et en toute connaissance de cause du nombre et de l’espacement des naissances et d’avoir accès aux informations, à l’éducation et aux moyens nécessaires pour leur permettre d’exercer ces droits ;

f)      Les mêmes droits et responsabilités en matière de tutelle, de curatelle, de garde et d’adoption des enfants ou d’institutions similaires, lorsque ces concepts existent dans al législation nationale ; dans tous les cas, l’intérêt des enfants est la considération primordiale ;

g)     Les mêmes droits personnels au mari et à la femme, y compris en ce qui concerne le choix du nom de famille, d’une profession et d’une occupation ;

h)     Les mêmes droits à chacun des époux en matière de propriété, d’acquisition, de gestion, d’administration, de jouissance et de disposition des biens, tant à titre gratuit qu’à titre onéreux ;

2.     Les fiançailles et les mariages d’enfants n’ont pas d’effets juridiques et toutes les mesures nécessaires, y compris des dispositions législatives, sont prises afin de fixer un âge minimal pour le mariage et de rendre obligatoire l’inscription du mariage sur un registre officiel.

Babacar Baye Ndiaye

( 27 juin, 2008 )

Situation dans les sites des réfugiés rapatriés:Le Forum des Organisations Nationales de Droits Humains sonne le tocsin !!!

A l’occasion de la célébration de la journée internationale du réfugié, ce vendredi 20 mai, le Forum des Organisations Nationales de Droits Humains (FONADH) en a profité pour alerter l’opinion nationale et les décideurs sur les conditions de précarité dans lesquelles sont installés les réfugiés au Trarza et au Brakna.  Mamadou Moctar Sarr, Secrétaire Exécutif du FONADH, dans sa déclaration aux médias, a exigé le respect des engagements pris dans le cadre de l’accord triparti et des Journées Nationales de Concertation du 21 au 23 novembre 2007 ainsi que le respect des normes internationales protectrices des droits de l’homme.  En plus, il a exhorté l’accélération des programmes de l’ANAIR (Agence Nationale chargée de l’Accueil et de l’Insertion des Réfugiés) et l’engagement de toutes les forces vives du pays dans la réinsertion des réfugiés. 

Dans ce cadre, certaines associations de défense des intérêts des réfugiés avaient monté au créneau ces temps-ci pour dénoncer certains manquements relevés dans les opérations de retour des réfugiés vivant au Sénégal. Récemment, le comité directeur de la communauté des réfugiés mauritaniens au Sénégal, à la suite d’une visite effectuée au Brakna et au Trarza, avait constaté que des milliers de réfugiés sont réduits à vivre dans des tentes inhabitables ou déchirées. Une situation qui les expose, selon leur communiqué, à tous les risques.  Depuis le début des opérations de retour des réfugiés vivant au Sénégal, 4138 personnes sont rapatriées par le H.C.R. avec l’appui de l’ALPD (Association de Lutte contre la Pauvreté et le sous-Développement). 

Le FONADH, par ses missions d’évaluation et de suivi, a décelé toute une palette de problèmes dont on peut citer : dysfonctionnements sérieux dans les opérations de retour ; lenteur du programme d’insertion d’urgence ; conditions de précarité qui augure le risque de crise humanitaire et violation des droits élémentaires de groupe vulnérable ; problèmes fonciers récurrents qui se posent(sur ce point, le FONADH constate que l’Etat n’a pas à ce jour affiché un engagement ferme de les résoudre) ; incertitude sur l’avenir : aucune allusion n’est faite dans le processus quant à la réparation et l’indemnisation des dommages découlant de 20 ans de déportation.   Par rapport à cette question délicate, le Premier ministre Ould Waghef en déplacement dans la wilaya du Brakna a fait savoir que le gouvernement est en train de mener actuellement des concertations destinées à mettre en place une commission nationale chargée du règlement du passif humanitaire qui porte sur des tortures et exécutions extrajudiciaires perpétrées entre 1986 et 1991 sous la présidence de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya.  Par rapport à tous ces problèmes, le Forum des Organisations Nationales de Droits Humains a recommandé au gouvernement mauritanien de doter la Commission Nationale d’Identification de moyens matériels et financiers suffisants, de prendre des mesures diligentes afin d’assurer l’accès des enfants rapatriés à la santé et à l’éducation, d’adopter une procédure dans le cadre des problèmes fonciers, de faire bénéficier à toutes les victimes de la déportation des programmes de réinsertion et de réintégration dans la fonction publique et surtout de finaliser dans les plus brefs délais l’accord triparti avec le H.C.R.  et le gouvernement malien sans lequel le retour des déportés au Mali ne peut être effectué sous les auspices du H.C.R.   

Quant au H.C.R., le FONADH lui a recommandé principalement d’adopter une démarche inclusive, indispensable à la participation collective de tous les acteurs concernés par le retour et à la transparence dans les opérations de rapatriement comme l’ont souhaité les réfugiés, les ONGs, ainsi que le gouvernement.  

Le 20 juin n’est pas seulement l’occasion, pour le FONADH, de réaffirmer sa détermination à relever les défis du retour, de la réintégration, de la réconciliation, c’est aussi le moment pour lui de marquer son soutien inconditionnel aux milliers de citoyens mauritaniens injustement déportés, meurtris et dépouillés de leur citoyenneté et de leurs biens mais également de manifester sa compassion à ceux qui ont perdu leurs proches entre 1986 et 1991 notamment lors des événements de 1989 entre la Mauritanie et le Sénégal.  Au cours de cette journée, beaucoup de questions ont été soulevées. Du genre : qu’est-ce qui a été fait par le gouvernement pour ceux qui sont rentrés à partir de 1992 dont une partie est en majorité composée de fonctionnaires ?

Sur ce point, le FONADH a déploré le manque de mesures effectives pour une réintégration des fonctionnaires radiés, une compassion juste pour les biens spoliés ou confisqués et une réparation pour les victimes de violations des droits humains.  La léthargie de l’administration dans ce dossier de retour des déportés a été dénoncée par certains intervenants, comme Djigo Hountou Aliya, qui pense, malgré l’effort du gouvernement, beaucoup de problèmes et d’aspects relatifs au retour des déportés n’ont pas été véritablement abordés.

D’autres, sont allés plus loin en proposant qu’on fasse des réflexions plus poussées et plus sérieuses sur cette question dont le manque de coordination a été aussi vertement décrié par le FONADH.

D’autres encore, plus culottés,  ont stigmatisé l’hypocrisie de certains partis politiques qui n’ont pas bonnement relayé au niveau de leurs bases les recommandations prises lors des Journées Nationales de Concertation. A la fin de cette journée, on aura compris que les choses ne se passent pas comme sur des roulettes.  Babacar Baye Ndiaye 

( 25 juin, 2008 )

Abderrahmane Ould Salem:Celui qui a ressuscité le Cinéma en Mauritanie !

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Enfant déjà, il rêvait de cinéma. En 2002, de retour de Paris, il monte, disposant de peu de moyens, la Maison des Cinéastes, avec des amis. Ambitieux, il décide de populariser le cinéma en Mauritanie, et par ricochet, de faire connaître la Mauritanie sur le plan culturel, à travers toute la planète bleue. En 2006, est née la première édition de la Semaine Nationale du Film. Le 23 juin s’ouvre dans la capitale mauritanienne la 3ième édition de la Semaine Nationale du Film. L’occasion pour Le Rénovateur Quotidien de revenir sur ‘Celui qui a ressuscité le Cinéma en Mauritanie : Abderrahmane Ould Salem’.  

Issu d’une famille maraboutique (de père comme de mère), il a grandi à la ‘Kebba’ (bidonville) à coté de l’arrêt des bus du 5ième arrondissement. Comme certains de ses compatriotes, il appartient à cette Mauritanie des années 70, diversifiée, riche et fière de ses couleurs, ses émotions et sa dignité. A cette époque, les mauritaniens vivaient dans la fraternité et les communautés entretenaient d’excellents rapports. Il y avait une vraie joie de vivre. De l’espoir, de l’ouverture et des perspectives ! «Maintenant, ce n’est pas ce qu’on vit », se désole-t-il.  

C’est cette Mauritanie-là qui l’a façonnée et vu grandir. Presque 30 ans après, il se rappelle toujours de cette Mauritanie-là où cohabitaient dans l’harmonie, peuls, wolofs, soninkés et béidanes. Aujourd’hui, il regrette avec beaucoup d’amertume la «ligne rouge » qui sépare ces différentes communautés. Conséquence d’un manque de communication ! Et, pourtant, la Mauritanie n’est pas le seul pays au monde où cohabitent différentes cultures. «Il y a des pays où plusieurs communautés vivent ensemble », remarque-t-il en donnant l’exemple de certains pays environnants. Selon lui, il faut qu’on évite de politiser la question de l’identité culturelle, si la Mauritanie veut avancer.  

Abderrahmane Ould Salem est né le 27 juillet 1971, à Nouakchott. «C’est par pur hasard que j’ai connu la date de ma naissance. Le jour de ma naissance, mon oncle (Mouhamédoune Ould Hamoud, Ndlr) avait écrit un poème pour ma mère (Ndlr : sa mère est décédée et s’appelait Fatimétou Mint Hamoud). Lorsque j’ai grandi, j’ai découvert le poème que mon oncle avait écrit 3 heures avant ma naissance », raconte-t-il. 

Dans la communauté maure, un enfant, avant d’entrer à l’école moderne, doit maîtriser d’abord le Saint Coran, comme le veut la tradition. Ses parents le firent entrer à l’école coranique. Ceci va retarder son entrée à l’école publique. Car, il n’y rentrera qu’à partir de la 3ième année. Son cursus scolaire sera perturbé, en classe de terminale où les difficultés commencent à s’amonceler.  

Malgré sa bonne volonté de poursuivre ses études, il va finir par jeter l’éponge pour retrousser ses manches car son père ne pouvait plus lui assurer les frais de l’école. Ainsi, donc, il deviendra tailleur, métier que lui a appris son père lorsqu’il était jeune. Fils aîné, il sait qu’il doit montrer l’exemple et surtout, il sait qu’il n’a pas droit à l’erreur. Commence alors un nouveau cycle de vie pour lui ! Il s’essaie aux nouvelles technologies. Alors qu’il ne maîtrisait aucun mot en français. En peu de temps, il devient informaticien et le maquettiste le plus courtisé de Nouakchott.  

Comment un fils de marabout comme lui a-t-il atterri sur le tarmac du cinéma ? A 9 ans, il découvre le cinéma grâce à un de ses cousins venu du Sénégal. A ce moment, les salles de cinéma existaient, contrairement à aujourd’hui. Cette découverte s’est transformée en amour de l’image, de la mise en scène et de la beauté du cinéma. Il perçut, très vite, que le cinéma est un moyen de communication. Cet amour de l’image a ouvert son esprit et lui a permis de découvrir d’autres cultures par le truchement du cinéma. Cet amour aussi va se transformer en métier plus tard.  

Et, en 2000, il rencontre Abderrahmane Cissako venu en Mauritanie chercher des comédiens pour son film «En attendant le bonheur ». Cette rencontre avec lui reste encore vivace dans sa mémoire et une riche expérience pour lui. En 3 mois de tournage, il aura beaucoup appris du cinéma, en tant qu’assistant réalisateur auprès d’Abderrahmane Cissako. Encore aujourd’hui, Abderrahmane Ould Salem se demande ce qu’il serait advenu de sa destinée s’il n’avait pas rencontré Abderrahmane Cissako qu’il considère comme un frère, un professeur et voire comme un père. Cette rencontre avec lui va complètement bouleverser sa vie et jouer un rôle déterminant dans la suite de sa carrière de comédien. Petit à petit, il se met à creuser son sillon. 

Chacun a des idoles, des symboles en qui il s’identifie. Ceux d’Abderrahmane Ould Salem dans le domaine du cinéma s’appellent bien sûr Abderrahmane Cissako. Il l’admire pour son engagement sur le plan professionnel, artistique et politique. Sembène Ousmane ! Il adore en lui son cinéma populaire, très simple et profond. Et, enfin, Tony Gatlif, un cinéaste français. 

Il fut comédien (10 ans de théâtre) et en même temps technicien à la télévision nationale (pendant 4 ans). Il sera l’un des fondateurs du célèbre journal satirique «Ech-Taari » (Quoi de neuf) avec Taleb et compagnie. Il sera aussi à l’origine de la Fédération Nationale de Théâtre Amateur à la fin des années 80 et d’autres projets culturels et artistiques qui n’aboutiront pas à grand-chose. C’était pendant la période des vaches maigres. Et, d’obstacles en obstacles, Abderrahmane Ould Salem se forme une force morale inébranlable.  

Avec l’aide de Abderrahmane Cissako, il trouve un stage à l’Eicar de Paris. Avant de partir, il prend toutes ses précautions. Pour ce faire, il s’achète un dictionnaire Larousse et un logiciel vocal. Dans cette école de formation cinématographique, il va tomber sur un professeur français très raciste qui est contre sa culture et les principes de sa religion. Durant son séjour de stage à Paris, le cinéaste en herbe qu’il était va réaliser son premier court-métrage de 3 mn qui s’appelle «Une Seule Bougie ». Ce film raconte l’histoire d’un couple qui va fêter le premier anniversaire de la naissance de leur enfant. Malheureusement, pour eux, l’enfant va décéder le jour de son anniversaire.  

Pendant tout son séjour dans la capitale française, il semble vivre dans un bagne. En quelque sorte, il vivait le supplice dans une société totalement différente de la sienne. Lui qui vient d’une société très ‘open’ avait du mal à supporter la solitude. Ce fut «catastrophique » pour lui, parce qu’il a vécu, selon ses propres termes, un véritable choc. «Je n’ai pas pu faire beaucoup de rencontres même si j’ai visité les espaces culturels. Je n’ai pas eu un contact avec les français sauf que, heureusement, j’étais dans un quartier cosmopolite (…). Je m’attendais à rencontrer des français pour comprendre comment ils vivent (…). C’est malheureusement, ce n’est pas uniquement en France mais partout en Europe, des sociétés devenues esclaves et individualistes… », raconte-t-il. Quelque part, il souffrira énormément du «manque de communication » des français. Cependant, il garde de bons souvenirs de là-bas et notamment la sincérité des gens. 

Son caractère débonnaire est connu de tout le monde. Et, cela lui fait peur parce que, dit-il, l’être humain est capable de faire des bêtises ou quelque chose qu’il considère normal alors que ce n’est pas le  cas. Au-delà de cet aspect de sa personnalité, Abderrahmane Ould Salem est un personnage qui étonne par sa modestie et sa nature joviale. Par exemple, lorsque vous lui dites que c’est vous qui avez ressuscité le cinéma en Mauritanie, il vous répond clairement : «NON ! Je ne suis pas le seul. Je suis avec des gens avec qui j’ai réalisé ce projet.» D’ailleurs, c’est eux qui lui donnent le courage de croire en lui malgré les obstacles jonchés sur le chemin. «Chaque jour, quand je me réveille, je vois dans les yeux de mes amis l’envie de continuer », confie-t-il.  

De nature ambitieuse, Abderrahmane Ould Salem ne rêve que deux choses pour le moment : «créer des moments de grandes rencontres internationales (…) pour défendre des causes universelles » et «avoir un espace où les enfants de la rue peuvent travailler, jouer, apprendre sans considération de niveau, de région, de couleur ou de langue ». 

Dans son bureau, on y trouve toute une gamme de personnages symboliques : Martin Luther King, Saïdou Kane, Malouma, Cheikh Saad Bouh Camara, Abderrahmane Cissako, Sadam Husséine, Jaïd Abdel Khadr…Chose particulière en lui, il aime la couleur noire. Il faut faire un tour à son bureau pour s’en rendre compte. On peut y voir une certaine sensibilité de sa part ! «Je me sens parfois mal à l’aise quand je parle de noirs parce que ça a une connotation trop politique. Je ne sais pas qu’est-ce qui m’a mis dans cette situation pour aimer les noirs », confie-t-il en faisant allusion à Martin Luther King qui représente à ses yeux le symbole de la défense de la cause noire.  

Chaque seconde de perdue vaut de l’or. Pas la peine pour lui de passer son temps à peigner la girafe ! Pragmatique, il sait que le temps perdu ne se rattrape point. Lorsqu’il n’est pas à son bureau en train de s’affairer autour de son ordinateur portable qu’il ne quitte jamais des yeux, il est à coté de sa fille pour l’aider à faire ses devoirs. Passé cela, la nuit, il aime se promener avec sa femme en voiture ou aller au restaurant. «J’aime beaucoup ma femme », lance-t-il à qui veut l’entendre et de préciser allègrement. «Ce n’est pas de la publicité ! ». Si ça ne l’est pas, c’est quoi alors ? 

Depuis 1999, il est marié avec une fille originaire de Néma qui n’est pas issue de sa tribu. Lui, il appartient à la tribu ‘Al Abeuri’. Ses parents sont originaires de Trarza et ses grands-parents du village de Abeur, près de Chinguetty. Avant de se marier, il lui a fallu faire plusieurs castings comme on dit au cinéma pour tomber sur son actuelle femme. Et lorsqu’il parle d’elle, les qualificatifs et les éloges ne tarissent pas. «C’est une fille éduquée, sérieuse et honnête », croit-il. Père de deux filles, il ne pense pas se lancer un jour dans un second mariage. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

( 20 juin, 2008 )

Opérations retour des réfugiés: Problèmes à répétitions…

Mamadou Moctar Sarr, Secrétaire Exécutif du FONADH, relève des manquements par rapport à ce qui a été convenu dans l’accord triparti signé entre la Mauritanie, le Sénégal et le HCR. Depuis le début de l’opération de rapatriement des déportés mauritaniens vivant au Sénégal, il y a officiellement 4.076 réfugiés qui sont rentrés au pays. Cependant, depuis leur arrivée et jusqu’à nos jours, ils vivent dans la précarité. Alors que l’hivernage s’est déjà installé. Ce 20 juin, sera célébrée la Journée Mondiale des Réfugiés. A cette occasion, nous en avons profité pour discuter avec Mamadou Moctar Sarr, Secrétaire Exécutif du FONADH, dans l’interview suivante, de la question des réfugiés et du passif humanitaire. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous venez d’effectuer une visite dans les camps des réfugiés. Comment avez-vous trouvé la situation ? 

Mamadou Moctar Sarr : Effectivement, nous avons été au Gorgol, au Brakna et au Trarza dans le cadre d’une mission conjointe dont l’objet était de vulgariser le contenu de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et la Charte Africaine des Droits de l’Homme. Nous estimons que le premier devoir d’un citoyen, c’est de connaître ses droits et ses devoirs. Nous en avons profité pour visiter les sites du Brakna. La situation est très difficile. Il y a beaucoup d’insuffisances par rapport à l’accueil et à la réception des déportés. Les problèmes rencontrés sont relatifs à ceux de l’habitat. A leur arrivée, ces populations étaient logées sous des tentes en matière plastique. Avec la chaleur qu’il fait ces temps-ci, elles deviennent invivables. Et pourtant, il était prévu, dans l’accord triparti entre la Mauritanie, le Sénégal et le HCR, de construire des logements. A ce niveau, rien encore n’a été fait. Il y a aussi le problème de l’eau potable. Le HCR prévoyait 10 litres par jour et par personne. Mais, sur le terrain, la réalité est tout autre. Et cela constitue un grand handicap pour les populations ! L’autre aspect concerne l’éducation. Il y a des enfants qui sont revenus avec leurs parents. A ce niveau aussi, le problème n’a pas encore été réglé définitivement. Globalement, on peut dire qu’il y a toujours des manquements par rapport à ce qui a été convenu dans l’accord tripartite. A notre avis, les autorités doivent réagir très rapidement pour que les populations soient rassurées. Sinon, ce sera la catastrophe si aucune solution d’urgence n’est trouvée. Les déportés sont actuellement dans des abris précaires qui ne peuvent pas les protéger. 

Le Rénovateur Quotidien : Outre ces manquements que vous avez relevés dans les sites, il y a aussi le problème relatif aux terres auxquels sont confrontés les déportés rentrés au pays. 

Mamadou Moctar Sarr : Le problème des terres va au-delà du problème des réfugiés. C’est un problème qui se pose au niveau de toute la vallée. Aujourd’hui, nous avons constaté qu’il y a des spéculateurs qui veulent s’accaparer des terres. Cela est lié au retour des déportés. Nous lançons un appel solennel aux autorités de régler rapidement ce problème. Pour l’essentiel, ceux qui sont revenus sont des agriculteurs. L’écrasante majorité d’entre eux n’ont pas encore retrouvé ni leurs biens et encore moins leurs terres. Nous avons tenu des conférences de presse pour sensibiliser l’opinion nationale sur cette question et attirer l’attention des autorités. On ne peut pas comprendre que des populations qui avaient des terres soient expropriées du jour au lendemain ou courent toujours derrière leurs terres. C’est un problème crucial qui n’a commencé qu’avec le début du rapatriement. C’est un problème de spéculation que les gens veulent éveiller pour créer des problèmes. 

Le Rénovateur Quotidien : Vous appelez à l’arbitrage de l’Etat dans ce problème. Or, on a remarqué qu’il y a la main des autorités locales qui se dissimulent derrière pour empêcher toute résolution de la question des terres de la vallée notamment celles expropriées. 

Mamadou Moctar Sarr : Malheureusement, le constat est là ! Ce sont les autorités qui devraient mettre fin à cette occupation des terres. Jusqu’à présent, les populations ont gardé leur calme et leur sérénité. Mais, il n’y a pas un répondant au niveau des autorités locales. Et, nous avons suggéré aux populations de continuer à se battre pour recouvrer leurs terres, mais, dans un cadre de dialogue et suivant les lois en vigueur. En revanche, il est inconcevable que les gens continuent de s’accaparer illégalement les terres d’autrui. On sait qu’un wali ne peut pas donner plus de 30 ha, un hakem plus de 10 ha. Il y a une loi sur le régime foncier qui définit le niveau de compétence des autorités locales. 

Le Rénovateur Quotidien : Il y a des informations faisant état d’une campagne de dissuasion menée auprès des réfugiés qui voudraient revenir. Qu’en est-il exactement et qui sont derrière cette campagne ?

Mamadou Moctar Sarr : Cette campagne ne date pas d’aujourd’hui. Malgré cela, je peux vous dire que les réfugiés n’ont qu’une seule envie : revenir. Ce n’est pas les biens matériels qui  les intéressent ! L’écrasante majorité s’est inscrite dans cette dynamique. Il y a des gens qui sont contre ce retour, c’est vrai. Mais, il faudrait que les autorités prennent en charge ceux qui sont déjà revenus pour les rassurer. Maintenant, les détracteurs peuvent profiter de certains incidents pour essayer de décourager les autres.                             imag0021.jpg 

Le Rénovateur Quotidien : Puisque la situation est catastrophique pour reprendre votre terme, ne serait-il pas nécessaire de créer un fonds d’urgence pour ceux qui sont revenus pour appuyer l’ANAIR qui semble ne plus tenir le coup ? 

Mamadou Moctar Sarr : Il y a deux acteurs chargés de l’organisation du retour des déportés. D’abord, le HCR qui doit prendre en charge les déportés pendant 3 mois. Actuellement, tout le monde se plaint de la manière dont l’ALPD gère le retour des réfugiés. Puisqu’il y a une arrivée massive des déportés, il fallait essayer de répartir ce retour entre différentes ONGs. Le HCR et l’ALPD ne remplissent pas entièrement leurs missions. La deuxième phase, c’est au niveau de l’ANAIR. C’est vrai qu’elle a distribué du bétail et autres. Mais, là aussi, il faut qu’elle redouble d’efforts. On est à la veille de l’hivernage. Il faut que ces populations puissent, une fois dépassée la phase d’urgence, prendre leurs propres dispositions. Il y a des mesures d’accompagnement que le HCR, le gouvernement et tous les acteurs concernés doivent inventorier pour une meilleure prise en charge. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’on peut parler de fiasco dans la gestion du retour des déportés au vu des insuffisances qui ont été notées çà et là ? 

Mamadou Moctar Sarr : Il faut d’abord distinguer l’action du HCR et celle de l’ANAIR. Chacun d’entre eux a une mission bien précise. Nous estimons que c’est au HCR de mettre les moyens nécessaires (eau, habitat, santé, éducation) afin que les réfugiés soient mis dans de bonnes conditions. Si, une ONG n’est pas capable de mobiliser les ressources humaines, il faudrait que le HCR cherche d’autres partenaires qui vont suppléer cette ONG. Il ne faut pas que le HCR se cramponne sur une ONG (l’ALPD) qui n’est pas en mesure de satisfaire la demande. Aujourd’hui, on est à 4076 personnes qui sont rentrées au niveau du Trarza et du Brakna. Si on doit construire 4076 logements, une seule ONG ne pourra le faire à elle seule. Il convient donc de revoir les choses et éviter l’exclusivité. Mais, surtout, impliquer toutes les parties qui peuvent apporter un plus aux opérations de rapatriement. 

Le Rénovateur Quotidien : Si aujourd’hui, l’ALPD n’arrive pas à assurer l’organisation du retour des déportés, ne faudrait-il pas tout simplement lui en retirer la gestion ? 

Mamadou Moctar Sarr : On ne demande pas n’importe quoi. Cependant, nous voudrions que le HCR renforce l’ALPD. Pourquoi pas ne pas revoir son travail dans la mesure où elle ne peut pas mobiliser tous les moyens nécessaires ? Pourquoi pas ne pas voir d’autres partenaires qui pourront suppléer les insuffisances de l’ALPD ? Si cette ONG ne peut pas tout faire, pourquoi pas ne pas associer d’autres ONGs compétentes et capables de renforcer le processus de rapatriement ? Nous ne jetons pas l’anathème sur l’ALPD. L’essentiel pour nous, c’est que ces réfugiés soient dans de bonnes conditions optimales. Le reste nous importe peu. Il y a des engagements qui ont été pris. Il faudrait qu’ils soient respectés.   

Le Rénovateur Quotidien : Le 31 mai dernier, vous avez tenu une conférence de presse au cours de laquelle vous exigiez qu’une Commission Nationale d’Enquête soit mise en place à propos du passif humanitaire. Est-ce que votre demande a été entendue par les autorités ? 

Mamadou Moctar Sarr : Pour le moment, ça n’évolue pas. Or, la mise en place de cette commission d’enquête nous paraît extrêmement importante. Et, ceci en définissant un plan d’action bien ficelé par rapport à la question pour ne pas rester dans le flou. Il paraît qu’il y a une commission en gestation, mais nous attendons de voir. De toute façon, nous n’avons pas encore été sollicités ou saisis. A notre avis, c’est seulement, cette commission indépendante qui pourra faire la lumière. Sept mois, après la tenue des Journées Nationales de Concertation, il faut que cette commission puisse être mise en place mais avec un cahier de charges bien ficelé. Nous souhaitons que cette commission ne soit pas composée de femmes et d’hommes ayant eu un passé sombre par rapport à la gestion de ce dossier. Des femmes et des hommes capables d’apporter un plus pour réellement permettre de connaître la vérité sur ces années de braise. Nous allons continuer dans la recherche des solutions pour la mise en place d’une commission indépendante capable de faire toutes les investigations nécessaires sur ce qui s’est passé. 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’au niveau du FONADH, vous avez constaté une volonté politique manifeste par rapport à cette question ? 

Mamadou Moctar Sarr : Jusqu’à preuve du contraire, et par rapport aux résultats que nous avons obtenus, nous pensons que cette volonté politique existe. Mais, nous savons qu’il y a des résistances à certains niveaux. Sinon, depuis sept mois, on aurait pu ébaucher un processus pour la mise en place de cette commission. Le FONADH a, par rapport à cette question, une position très claire : c’est de façon consensuelle qu’on trouve une solution par rapport à ce problème, né du régime de Ould Taya. La volonté existe au niveau du Président de la République qui a pris l’engagement de régler le problème du passif humanitaire et des déportés dans la dignité. 

Le Rénovateur Quotidien : A la limite, le passif humanitaire n’est-il pas un sujet qui dérange, c’est pour cela qu’il y a des lenteurs dans sa résolution ? 

Mamadou Moctar Sarr : Ce n’est pas un sujet facile à aborder et nous le comprenons. Mais un sujet qui dérange doit trouver une solution. Il ne faudrait pas qu’il y ait, comme le dit quelqu’un, une ligne rouge. Ce problème doit être traité de manière responsable dans le cadre d’un dialogue concerté. Si cela est fait, il n’y a pas de raison qu’on ne puisse pas trouver de solutions. Le plus difficile, c’était de reconnaître les faits. Jusqu’en 2005, les gens disaient que c’est un faux problème. Aujourd’hui, il y a un consensus sur le plan national. A partir de là, on doit pouvoir s’acheminer vers le règlement définitif de ce problème. 

Le Rénovateur Quotidien : Depuis la nomination du nouveau gouvernement, on n’entend plus parler de la question des déportés. Croyez-vous véritablement que ce gouvernement a l’intention de poursuivre le travail entamé par son prédécesseur ? 

Mamadou Moctar Sarr : Le plus important, pour nous, c’est la position du Président de la République. Les ministres ne sont là que pour exécuter sa vision des choses. On sait aussi que ce n’est pas tout le monde qui a la même vision par rapport à cette question. Mais, si le cap est maintenu, en conformité avec les engagements pris lors des Journées Nationales de Concertation, nous pensons que nous pouvons réussir. A chaque fois que nous verrons un dysfonctionnement dans la mise en œuvre, nous le dénoncerons. Il y a des engagements qui ont été pris et des solutions ont été suggérées durant les Journées Nationales de Concertation.  Je pense qu’il y a une volonté affichée par le Président de la République et son gouvernement pour aller de l’avant par rapport à cette question. 

Le Rénovateur Quotidien : Par rapport aux solutions sur le passif humanitaire, la Mauritanie doit-elle, à votre avis, s’inspirer des modèles sud africain ou marocain. Ou plutôt, doit-elle partir de son expérience pour résoudre le problème du passif humanitaire ? 

Mamadou Moctar Sarr : Chaque pays a sa spécificité, même s’il y a des standards internationaux sur lesquels nous pouvons nous inspirer. Je pense que tout cela doit être fait dans la concertation. Si, effectivement, tous les acteurs concernés sont associés à la démarche, je suis convaincu qu’on pourra trouver une solution. Il y a plusieurs ateliers au cours desquels plusieurs expériences ont été exposées. Cela peut permettre d’avoir une vision globale et voir par rapport à cette question quels sont les meilleurs voies et moyens qu’on peut utiliser pour régler la question du passif humanitaire. C’est un débat ouvert et l’essentiel, c’est d’arriver à un résultat satisfaisant. 

Propos recueillis par 

Babacar Baye Ndiaye 

( 17 juin, 2008 )

La maison des cinéastes

Un symbole d’unité nationale, d’engagement de la jeunesse et de liberté d’expression 

 

La Maison des Cinéastes n’est pas une maison comme les autres. En effet, lorsque vous y  mettez les pieds, pour la première fois, vous avez l’impression de vous retrouver dans une caserne de Baba Aly. Le maître d’œuvre de cette prouesse n’est autre que Abderrahmane Ould Salem. Sur les murs, sont collés des écriteaux sur lesquels sont inscrites des phrases qui poussent à la méditation et des portraits de grands noms du monde de la Culture(Kane Saïdou Boly, Malouma, Pierre-Yves Vandeweerd, Abderrahmane Cissako…) et de la politique(Martin Luther King,  Moctar Ould Daddah, Mouawiya Ould Sid’Ahmed, Ely Ould Mohamed Vall, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi…). 

Aujourd’hui, la Maison des Cinéastes est presque connue de tous les mauritaniens. Et, pourtant, au début de sa création en juillet 2002, peu de gens accordaient du crédit à ce projet que certains qualifiaient de fanfaron. A cette époque, il n’était pas permis aux mauritaniens de rêver un jour d’avoir leur propre image. Avec l’appui de quelques amis, Abderrahmane Ould Salem, de retour de Paris, après une formation cinématographique à l’Ecole d’Eicar, décide de se lancer, contre vents et marées, dans le cinéma. Petit à petit, il mûrit son idée. Son ambition : créer un public cinéphile qui comprend l’intérêt du cinéma. A l’époque, les associations étaient sous le contrôle de l’administration de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya. Pour éviter certaines tracasseries administratives, il débute en tant qu’établissement commercial. Parce qu’il n’aime pas être contrôlé. Ce n’est qu’en 2005, que la Maison des Cinéastes sera reconnue comme association par les pouvoirs publics.  

La Maison des Cinéastes est née dans un contexte assez particulier. On ne parlait plus de cinéma au pays d’un million de poètes. Les salles de cinéma que nous a léguées la première génération de cinéastes avaient disparu sans laisser de traces visibles. Le Cinéma était mort. Il n’existait plus. Ce constat ne laissait pas indifférent Abderrahmane Ould Salem qui ne pouvait pas imaginer tout un pays comme le nôtre sans aucune culture cinématographique. Ainsi donc, il fallait se battre pour avoir un espace à Nouakchott où on parlerait uniquement  de cinéma.  

Ayant constaté que les mauritaniens sont très pressés et ne font pas des choses qui s’inscrivent dans le temps, Abderrahmane Ould Salem décide alors de monter son propre projet. Avec ce projet, il vise la diffusion large d’un cinéma qui reflète la réalité de la Mauritanie, de sa Culture et de sa Civilisation. Au fil des années, la Maison des Cinéastes va devenir un symbole de l’unité nationale, de l’engagement de la jeunesse et de la liberté d’expression. D’ailleurs, sa devise qui est celle de rapprocher les hommes et les cultures, résume bien cet engagement social et culturel de la part des cinéastes mauritaniens. La Maison des Cinéastes joue aujourd’hui un rôle de pont entre les différentes cultures du pays, entre la Mauritanie et les autres pays, entre la Culture africaine et les autres cultures du monde.  

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De 2002, début de l’expérience, à nos jours, la Maison des Cinéastes a connu un très grand parcours nomade. L’histoire de cette maison est liée à celle de Abderrahmane Ould Salem. Au début, il était seul et travaillait avec l’aide d’un ordinateur portable et une petite caméra digitale. Tenace et optimiste, il commence à organiser de petites manifestations et des prises de contact. A cette époque, il était là où est logée présentement la Maison des Cinéastes. Certains amis, ayant compris que c’était un projet sérieux, vinrent se joindre à lui. Sur invitation de la direction de la Maison des Jeunes, Abderrahmane et sa bande s’installent dans la dite maison.  Plutard, ils reçurent une lettre du Ministère de la Culture les demandant de libérer les bureaux.  Successivement, ils s’installèrent à Arafat et au Centre-ville avant de retourner à leur ancienne maison qui abrite actuellement l’administration de la Maison des Cinéastes.  

Cette Maison dispose d’une direction de la formation et de la diffusion qui a mis en place trois projets de diffusion cinématographique. Le premier projet est intitulé ABCinéma destiné principalement à la formation de collégiens, lycéens et étudiants sur les rudiments du cinéma. Le second  Cinéparc qui est un projet de diffusion organisé en plein air dans différents quartiers de Nouakchott et à l’intérieur du pays.  Le troisième projet concerne l’Ecran dromadaire qui est une caravane cinématographique que la Maison des Cinéastes organise à l’intérieur du pays dans des endroits où les populations n’ont pas accès à l’image.  

Il y a aussi une direction qui s’appelle ‘Connect’. Celle-ci s’occupe de la décentralisation de l’action de la Maison des Cinéastes. En plus de cela, elle s’occupe de l’installation des antennes de la Maison des Cinéastes dans  les différentes moughataas de Nouakchott et à l’intérieur du pays. Le responsable de cette direction gère aussi le projet ‘Kennach’ qui est le Centre de la Mémoire Audiovisuelle. Et enfin, il y a la Maison de la production  qui s’occupe de la production de certains programmes de la télévision nationale à savoir ‘Chabab’ et ‘7ième rendez-vous’.  Hormis cela, elle s’occupe de la production de films de jeunes cinéastes mauritaniens pendant chaque édition de la SENAF. 

Six ans après son existence, il y a beaucoup de mauritaniens qui ne savent pas encore le travail déployé par la Maison des Cinéastes. Mais cela n’a jamais découragé l’équipe de Abderrahmane Ould Salem. Par ailleurs, les difficultés ne manquent pas. Puisque, la Culture coûte aussi énormément chère. Avec 35 salariés et 3 maisons à payer à chaque fin de mois, sans compter l’eau, l’électricité et l’Internet, la Maison des Cinéastes est devenue une boîte très lourde à gérer.  

En 2008, la Maison des Cinéastes a lancé le projet ‘Connect’ qui consiste à installer de mini maisons de cinéastes dans toutes les moughataas de Nouakchott et à l’intérieur du pays. C’est des structures qui feront exactement la même tâche que la Maison des Cinéastes. C’est un projet visant à décentraliser l’action de la Maison des Cinéastes et surtout donner l’espoir aux jeunes de l’intérieur du pays d’avoir la même opportunité que les jeunes de Nouakchott. C’est un projet coûteux puisqu’il y a toute une structure à monter, des formations à organiser, des projections à faire, une bibliothèque à installer et des tournages quotidiens à réaliser pour constituer la mémoire de la maison.  

Rien qu’à Nouakchott, l’enveloppe financière estimée pour l’installation des 9 antennes est de 88 millions d’UM. Les sources de financement vont provenir en partie de la Coopération française, de l’Ambassade d’Espagne, de la Coopération allemande, de l’UNESCO, de la Francophonie…L’autre source de financement provient de la production de la Maison des Cinéastes qui représente 40 et 45% des recettes(production, spot publicitaire, films, programmes pour la télévision, location de projection ou de tournage). La contribution de l’Etat mauritanien dans ce projet est de zéro ouguiya. Aujourd’hui, le budget annuel de la Maison des Cinéastes est de plus de 300 millions d’UM. 

La Maison des Cinéastes est considérée aujourd’hui comme l’unique espace de création et de liberté en Mauritanie mais aussi un espace d’échanges où se côtoient différentes ethnies et cultures. Ceci lui a valu une forte notoriété. «Il y a quelques années, il était impossible d’imaginer un festival cinématographique en Mauritanie, de voir des jeunes qui maîtrisent les rudiments du cinéma et capables de faire une analyse filmographique. C’était impossible de voir un jeune qui rêve de faire son film, de trouver un lieu pour le faire. C’était impossible de trouver un coin à Nouakchott où on peut consulter les archives audiovisuelles de ce pays », énumère Abderrahmane Ould Salem, directeur et fondateur de la Maison des Cinéastes qui fête cette année sa 6ième année d’existence. 

 

Babacar Baye Ndiaye 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

  

( 17 juin, 2008 )

Passif humanitaire : A quand une commission d’enquête ?

La Coordination des Victimes de la Répression a fêté ce 14 juin sa première année d’existence. A cet effet, elle a organisé une conférence-débat au cours de laquelle, elle a annoncé la création d’un Observatoire pour le Règlement du Passif Humanitaire qui va regrouper l’Aide aux Veuves et Orphelins des Militaires Mauritaniens, la Coordination des Anciens Militaires Mauritaniens et l’Organisation contre la Violation des Droits de l’Homme et le Comité Directeur des Communautés Réfugiées au Sénégal. 

Dans la déclaration distribuée en marge de cette célébration, on peut lire : «S’agissant du passif humanitaire, rien n’est encore officiellement entamé. Des propositions retenues pendant les JNC, aucune n’a connu une orientation claire ». Ces propositions concernent la création d’une commission indépendante composée de personnalités d’envergure nationale reconnues pour leur compétence, leur probité, leur intégrité et leur patriotisme ; la création d’une Commission nationale telle que proposée par le document officiel du Comité interministériel ; l’élargissement de la commission proposée dans le document de travail, aux représentants des victimes, aux organisations de défense des droits de l’Homme et à des personnalités indépendantes. 

Aux yeux de la Coordination des Victimes de la Répression, le gouvernement n’a pas respecté les propositions retenues lors des Journées Nationales de Concertation du 20 au 22 novembre 2007. En plus de cela, la COVIRE a fustigé leur mise à l’écart dans le traitement du passif humanitaire. Et par rapport au retour des déportés, «beaucoup de manquements ont été observés, notamment dans l’organisation des opérations de rapatriement et la prise en charge pour l’installation d’urgence », lit-on dans la déclaration attribuée par la Coordination des Victimes de la Répression. 

«On a fait beaucoup de tambour et de trompette autour du retour des réfugiés. Mais, en réalité, ce qui se passe va mal », a révélé Ngaïdé Alioune Moctar, coordonnateur de la COVIRE. «Il est temps que tout le monde se soude et resserre les coudes autour de ce problème pour le régler », a-t-il lancé tout en relevant les problèmes d’habitat, de santé…auxquels sont confrontés les réfugiés revenus. La Coordination des Victimes de la Répression est donc visiblement déçue de la situation actuelle qui prévaut dans les camps des mauritaniens rapatriés.    

Témoignage de Lô Moussa Mamadou, rescapé militaire 

Il fut adjudant. C’était avant 1989. Il est devenu aujourd’hui le président du Collectif des Rescapés Militaires, créé en 1991 à la suite des événements de 1989. Pendant cette période, il servait à Rosso comme Inspecteur de transmission. Il n’était pas le seul à être appréhendé. Il y avait aussi Dia Daouda, Dieng Abdoul Razak, Sow Amadou Dème. Tous des adjudants arrêtés le même jour par un capitaine de leur base militaire. Ce dernier avait reçu l’injonction de la part de l’Etat major de les arrêter. 

Ce capitaine  avait reçu l’ordre de les tuer au cas où ils voudraient s’opposer à leur arrestation. A leur grande surprise, ce capitaine les a rassurés en leur disant qu’il ne leur ferait pas de mal. Ils furent transportés à un lieu tenu secret. 

Pendant 3 jours, ils ont vécu toutes sortes de supplices et d’humiliation, sans boire ni manger. Par la suite, ils furent envoyés à Béila. Ici aussi, les tortures vont reprendre. Les méthodes utilisées étaient effroyables. 

Par exemple, de 21 h à 4 h, ils étaient enterrés sauf leur tête qui pendait au sol. Ceux qui ne pouvaient pas résister longtemps périssaient immédiatement. De temps à temps, on glissait leur tête dans une position inclinée dans un fût plein d’eau. 

Pendant 6 mois, ils ont vécu l’enfer à Béila. De là, ils furent transférés à Jréida. Ce fut aussi le même accueil. Et le calvaire continuait de plus belle jusqu’à leur transfert à Nbéika. 

Aujourd’hui, après avoir été accusés à tort lui et ses compagnons, Lô Moussa Mamadou ne demande qu’une seule chose, qu’on les rétablisse dans leurs droits et surtout qu’on mette en place une commission d’enquête indépendante pour que toute la lumière soit faite sur cette période. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 16 juin, 2008 )

Lutte contre l’analphabétisme et la pauvreté:L’ONG Initiative pour Tous apporte sa contribution

L’article 26 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, qui consacre le « droit à l’éducation », indique en effet que « l’éducation doit viser le plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales », mais aussi « elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix ». 

Créée en 2006, l’ONG Initiative pour Tous (IPT) a fait de la lutte contre l’analphabétisme et la pauvreté un objectif prioritaire. « Nous avons pris en considération ces deux éléments parce que la pauvreté et l’analphabétisme sont deux notions étroitement liées », explique le président de l’IPT El Houssein El Hassan Dieng.

En appui aux Objectifs du Millénaire pour le Développement visant à réduire les inégalités sociales entre les différentes couches de la population, cette ONG nationale est une réponse au challenge de la scolarisation et du savoir.

C’est ainsi que, dans chaque Moughataa de la wilaya de Nouakchott, a été ouvert un Centre d’Alphabétisation qui accueille chacun plus de 70 personnes. Dans ces centres, on y apprend le français, l’arabe, l’anglais et surtout l’informatique.

5 de ces centres au nombre de 8, en attendant celui de Ksar qui va ouvrir bientôt, sont pilotés par des femmes. Dans ces centres, on y retrouve toutes les communautés du pays. On y côtoie des personnes qui n’ont jamais été à l’école et des élèves qui y viennent parfaire leur niveau d’études en français, arabe et anglais. Tous les âges aussi s’y rencontrent.  

Tout ceci nécessite un gros budget. Mensuellement, cette ONG débloque plus de 280.000 UM pour faire fonctionner tous ces 8 centres disséminés dans les différentes moughataas de Nouakchott.

Après l’installation de ces antennes au niveau de toutes les moughataas de Nouakchott, l’équipe d’IPT veut franchir un autre palier. Elle compte installer des centres d’alphabétisation à l’intérieur du pays.

Déjà, des villes comme Kiffa, Boghé, Méderdra, Guerrou ont montré leur intérêt à ce projet. «Nous ne pouvons pas nous implanter tant que nous n’avons pas les moyens de le faire », a confié le président d’IPT tout en lançant un S.O.S. aux bonnes volontés de ce pays d’appuyer ce projet de lutte contre la pauvreté et l’analphabétisme. 

Ces centres, qui ont vu le jour il y a 2 mois, commencent déjà à porter leurs fruits.  Ces centres, travaillant souvent dans des conditions extrêmement difficiles, continuent tant bien que mal à exister grâce à l’abnégation des membres de l’ONG.

Implantés dans des zones où les populations sont vulnérables, ils n’arrivent pas toujours à bénéficier de l’appui des autorités au niveau local. Leur implication est encore invisible. Encore, cette ONG a du mal à bénéficier de subventions qui se font dans l’opacité au profit des ONGs cartables.    L’autre domaine d’intervention de l’Initiative pour Tous, dans le domaine de la lutte contre la pauvreté, consiste à des distributions de vivres et de couvertures aux plus démunis.

Sur le plan sanitaire, l’IPT a mené des démarches fructueuses auprès de l’hôpital national de Nouakchott. Ceci, dans le but de venir en aide aux personnes qui n’ont pas la possibilité de faire des opérations ou de se payer des médicaments avec un moindre coût de soins de santé.  Initiative pour Tous est une ONG ambitieuse avec un plan d’action bien ficelé. Elle est en train, d’ailleurs, de mûrir un projet dans le cadre de la lutte contre la pauvreté. Il s’agit de la transformation du produit alimentaire et laitier.

Objectif : promouvoir le consommer local. Elle prévoit de faire une formation des femmes sur la santé des femmes et des enfants. Cette formation vise à améliorer leur niveau de santé et de production.   Crée dans le souci de promouvoir l’accès des populations issues de milieux défavorisés à une éducation de base, l’ONG IPT apporte sa contribution à la lutte contre la pauvreté et l’analphabétisme en Mauritanie. Reconnue par son efficacité sur le terrain, cette ONG collabore avec S.O.S. Esclaves, Caritas, GRET, CEAR. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 16 juin, 2008 )

Terres de la vallée:Des expropriés racontent à contrecœur comment leurs terres ont été spoliées par des hommes ‘intouchables’

Les plaintes relatives à des cas d’expropriation de terre que viennent de recevoir S.O.S. Esclaves, qui a tenu une conférence de presse à ce propos ce jeudi 12 juin, témoignent de l’ampleur de ce problème.

Souvent l’œuvre d’anciens hauts fonctionnaires du régime déchu du Président Maouiya Ould Sid’Ahmed ou de riches commerçants, ces spoliations se sont produites substantiellement entre 1986-1991.  Profitant de la déportation des populations de la vallée vers le Sénégal, ces spoliateurs se sont accaparés de leurs terres de culture illégalement et souvent par la force. Aujourd’hui, ces populations, qui sont de retour, veulent reprendre leurs terres. Ce que ne veulent pas entendre les spoliateurs. Ce problème, au lieu de trouver une issue heureuse, ne fait que s’accroître de jour en jour.  

Pire encore, il n’y a aucun signe de bonne volonté de la part des occupants de restituer ces terres. Au niveau des populations, la coupe semble être pleine. Pendant ce temps-là, que fait l’Etat ?

Les nouvelles autorités, vont-elles attendre jusqu’à ce que ce problème, ô combien délicat, se complique, s’il ne l’est déjà, et ne dégénère, pour qu’elles réagissent. En tout cas, leur responsabilité est entière. C’est à elles de trouver les voies et moyens pour sortir de ce canevas. 

Des problèmes nés de la déportation 

«Nous sommes encore loin, hélas très très loin du minimum de sacrifice que l’Etat doit consentir(…) pour prétendre se joindre au club des Etats du monde qui ont décidé d’exorciser les maux structurels qui les rongent en s’engageant systématiquement dans la voie de la transition vers la démocratie, la justice et la paix. »

Tel est le constat amer fait par Birame Ould Dah Ould Abeid, membre de S.O.S. Esclaves et de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, en réaction à la lenteur de l’évolution du règlement de la question des déportés et du passif humanitaire.

«Notre pays ne peut sortir de l’onde des suspicions et des dangers, poursuit-il, tant qu’il ne s’est pas résolu à engager une procédure nationale équitable et transparente de recherche de la vérité sur le génocide perpétré contre les noirs dans notre pays entre 1981-1991. » Durant cette période, en effet, des centaines voire des milliers de mauritaniens ont été tués. Aujourd’hui, le mystère plane toujours sur l’étendue de ces massacres. Dans ce registre, les Organisations de Défense des Droits de l’Homme sont en train d’exercer des pressions sur le gouvernement pour qu’il éclaire la lanterne des victimes qui attendent toujours la vérité.

Et surtout de sa bonne disposition à reconnaître aux victimes le droit de savoir. «Ce droit à la vérité ne peut se concrétiser que par des investigations indépendantes, des auditions publiques, des exhumations des corps et de charniers pour que toutes les personnes soient édifiées sur l’ampleur du forfait », préconise-t-il.  Par rapport à la question du passif humanitaire, rien encore n’a été concrètement décidé par le gouvernement.  C’est toujours le statut quo. Alors que présentement, les victimes qui fondaient beaucoup d’espoir en la bonne foi du Président de la République de rétablir la justice, sont dans l’obscurité totale. Jusqu’à aujourd’hui, elles ne savent pas à quoi s’en tenir.  Birame Ould Dah Ould Abeid a exigé du Président de la République «la demande de pardon explicite au nom de l’Etat » de tout ce qui a été commis entre 1986-1991 et notamment «des réparations » en commençant par «la mémorialisation des lieux et dates » pour que ce qui s’est déroulé lâchement pendant cette période ne se répète plus.  

Depuis le 29 janvier dernier, plus de 2000 déportés sont rentrés en Mauritanie sans compter ceux qui sont revenus volontairement entre 1995-1996. Les terres de ces derniers, après leur déportation vers le Sénégal, furent accaparées par d’autres, pensant qu’un jour qu’ils n’allaient plus remettre leurs pieds en Mauritanie. Aujourd’hui, ces terres sont au cœur de nombreux litiges.

«Il faut leur restituer leurs terres qui sont leur seule source économique », a demandé Birame Ould Dah Ould Abeid. «Comment les autorités administratives, judiciaires et sécuritaires du pays vont-elles prouver leur bonne volonté à des victimes alors que ces mêmes autorités confortent des intrus et usurpateurs dans leurs occupations des terres et maisons des victimes ? », s’interroge-t-il. 

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Hothiéré Tioubaly, Keur Madické, Fass Village: Trois villages, même préoccupation 

Hothiéré Tioubaly est située géographiquement dans la Moughataa de Bababé. Dans ce village de peulhs à vocation agro-pastorale, plus de 120 ha ont été spoliées par…Mahfoud Ould Mohamed Aly, ancien ministre de l’Economie et des Finances.

Profitant de l’appel du Président de la République pour atteindre l’autosuffisance alimentaire, ce monsieur est venu exploiter ces terres. Comble de l’ironie, ces villageois n’ont jamais su que leurs terres de culture avaient été accaparées.

A leur grande surprise, il y a de cela 3 semaines, ils ont remarqué la présence de tracteurs dans leurs champs. Lorsqu’ils saisirent le hakem, Mohamed Miské Ould Mohamed, ce dernier leur fit savoir qu’il n’était pas au courant d’une telle attribution. 

Au début du mois de mai passé, sous la pression des villageois, le hakem de Bababé a fini par convoquer l’ancien ministre de l’économie et des finances. A l’issue de cette convocation, les populations de ce village ont soupçonné le hakem de ‘ne pas être impartial’ dans le règlement de ce problème.

N’ayant pas obtenu gain de cause au niveau de l’administration locale, ces populations ont fini par écrire au ministère de l’intérieur, l’autorité compétente, pour arbitrer ce litige. C’était le 26 mai dernier. Parallèlement, ils ont saisi aussi la Commission Nationale des Droits de l’Homme et porté plainte devant l’administration pour réclamer la restitution de leurs terres.   Keur Madické a aussi souffert des vagues de déportation de 1989. Après leur déportation vers le Sénégal, leurs terres ont été occupées par Brahim Ould Hadour et Mamoud Ould Khantéit. La superficie occupée est de 143 ha.

Entre 1995 et 1996, une partie des déportés sont revenus. A plusieurs reprises, ils ont adressé plusieurs correspondances aux autorités compétentes. Mais, elles ont été toujours classées sans suite. Depuis leur retour du Sénégal, ils courent derrière leurs terres.  En dehors de l’expropriation des terres qui appartiennent aux villageois, les occupants ont aménagé une digue à proximité des habitations. Et, lorsqu’ils utilisent des produits chimiques, ça empeste partout et l’air devient irresponsable.

Cette digue empêche les populations de mener calmement leur vie. le seul espace de dégagement qui reste dans ce village a été aussi occupé. Les populations de cette localité, ont profité de la conférence de presse, pour dénoncer cette volonté manifeste de leur exproprier leurs terres. En plus, cette localité ne s’appelle plus Keur Madické mais Dar-Es-Salem. Elles y voient une volonté manifeste de la part des autorités d’effacer la mémoire de ce village.   Le village de Fass a vécu lui aussi le même sort que Keur Madické. Les personnes revenues après l’appel du Président de la République courent aux aussi derrière leurs terres. Avant leur déportation vers le Sénégal, elles avaient à leur disposition, plus d’une centaine d’hectare  qui sont actuellement entre les mains de Baba Ould Habib et Moctar Ould Hami.  Maintenant, elles sont venues confier leur sort à la Commission Nationale des Droits de l’Homme. 

Babacar Baye Ndiaye 

( 11 juin, 2008 )

Maïmouna Guèye nous raconte l’autre France dans ‘Bambi, elle est belle mais elle est noire…’

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Maïmouna Guèye est d’origine sénégalaise, un pur produit du Centre de Formation de Toubab Dialaw dirigé par Gérard Chenet. Comme elle l’a dit, cette formation a laissé des empreintes sur sa façon de faire, de dire et d’être comédienne.

Elle est aussi sortante de l’Ecole Conservatoire d’Avignon.  Le théâtre, c’est sa passion. Elle la vit pleinement, en tout professionnalisme. Elle était de passage à Nouakchott, pour présenter sa pièce : ‘Bambi, elle est noire mais elle est belle…’. Avec cette pièce, à la fois provoquante et sarcastique, elle a été un peu partout en Afrique et en Amérique Latine, grâce à l’Alliance française.   La pièce, ‘Bambi, elle est belle mais elle est noire…’, n’est ni un conte de fée, ni une fable. Ce n’est pas une comédie. Tout est vrai dans cette histoire qui est celle de Maïmouna Guèye, une sénégalaise qui s’est amourachée d’un français. Au fait, comment en est-elle arrivée à écrire cette histoire qui peut être aussi la nôtre ? «Tout a commencé par cette fameuse phrase de bienvenue  ‘elle est belle mais elle est noire’  que j’aie eu de la part de ma belle-famille lorsque je suis arrivée en France. J’avoue que ça m’avait assez secoué », se souvient-elle en souriant.  

Maïmouna Guèye, auteure de ‘Bambi, elle est belle mais elle est noire…’, loin d’être ‘nombriliste’ a voulu incorporer, au-delà de toute intention, diverses thématiques et tranches de vie qui font «parler ». Son mérite, dans cette pièce, c’est d’avoir eu la vertu d’aborder des sujets souvent tabous en Afrique, notamment dans les sociétés musulmanes.  Comme par exemple la sexualité ! Anticonformiste, elle estime que les femmes éprouvent le même plaisir que les hommes. «Sinon, elles ne sont plus humaines », croit-elle. D’une façon directe et crue, elle a abordé la sexualité dans cette pièce car, dit-elle, il faut arrêter de mentir pour justement avancer.

En mettant en scène cette pièce, elle a pensé à ces femmes mariées qui ne vivent pas leur sexualité comme ça devrait. «Il faut arrêter de couvrir les choses de sable pour dire ce qu’il en est. On est des adultes. Ces femmes-là aussi, éprouvent du désir, celui d’être avec leur mari », pense-t-elle. 

Plus qu’une histoire, ‘Bambi, elle est belle mais elle est noire…’, est une réponse aux clichés sur la femme noire. A l’école, en classe de terminale, nos professeurs de français, lorsqu’on étudiait la littérature française, ne cessaient de nous rabâcher, que l’art doit être au service d’une cause. A travers l’écriture, en réponse aux images ridiculisantes et débilitantes, que mettent en boucle les chaînes françaises, qui ont pourtant d’autres chats à fouetter, nos comédiens mettent à nu de manière humoristique et narquoise, l’autre France, la France du mensonge, du leurre, de l’hypocrisie, la France qui se débat, la France des mille et un problèmes… 

‘Bambi, elle est belle mais elle est noire…’, dès sa présentation en 2007 en France, avait fait esclandre.  A travers cette histoire, qui est aussi une révolte contre toute forme d’allégeance, on découvre et comprend mieux «cette Europe-là dont les autres rêvent ». «Voilà, c’est ça que j’ai vécu. Prenez-le, il n’y a pas de morale mais ayez conscience que cela existe chez vous », dit-elle en s’adressant aux français. 

«Au Sénégal, quand je voyais un toubab, je me disais que leur cœur, leur esprit, tout ce qui est dedans, doit être limpide et dépourvu d’hypocrisie. Je pensais à cela parce qu’à l’école, on nous apprenait que tout ce qui est blanc est beau et évangélique. Quand je suis partie en France, je me suis rendu compte qu’il n’y avait que la couleur de la peau qui différenciait », explique-t-elle.  

Etablie en France depuis une dizaine d’années, cette «amoureuse de la France » n’en est pas moins fière de revendiquer certaines valeurs françaises comme la liberté.  «En tant qu’auteure, j’aime cette liberté de parole qu’on peut avoir et qu’on accepte là-bas. Il y a plein de choses jolies mais cela ne m’intéresse pas », dit-elle. En elle, se dissimule une hargne contre l’injustice et les normalités de la vie. Par exemple, lorsqu’elle écrivit ‘Les souvenirs de la dame en noir’, son premier spectacle, elle parlait de l’Afrique et de ses difficultés, de l’excision, du mariage arrangé. Comment peut-on être indifférente face à certaines réalités parfois désarmantes de  l’Afrique ? Pour elle, il est hors de question, quand tout va mal, de parler de «cette Afrique folklorique avec ses tam-tam, son hospitalité et ses belles choses ».  La pièce de Maïmouna Guèye est une œuvre dense, riche et pleine de moralité.

Elle évoque dans une verve caustique la question de l’intégration des noirs, des maghrébins à la vie française. Intégration ? C’est un mot que n’apprécie pas l’auteure de ‘Bambi, elle est noire mais elle est belle…’. Ce mot l’importune jusqu’au cou car, pour elle, «on n’intègre pas des êtres humains. On intègre des choses. » 

Celle qui a acquis sa liberté depuis sa naissance a du mal à comprendre ce mot-là dépourvu d’humanité, de chair et de sang. « Je ne l’ai jamais accepté depuis le départ. Pour moi, ce n’est pas quelque chose qui invite à s’ouvrir. Au contraire, c’est pointer les étrangers, leur dire ‘il faut s’ntégrer’. » A plus d’un titre, la pièce de Maïmouna Guèye peut décoiffer à certains égards. Tout y est dit dans un langage mordant et sans détours. Puisque, c’est son histoire, elle s’est sentie libérée d’avoir créé cette pièce. Des années plutard, elle ne regrette rien. Cette page de son histoire est close. «Ce n’est parce que je suis tombée sur cet homme avec sa famille qui n’était pas ouverte que je ne vais pas me remettre avec un autre », dit-elle puisqu’il y en a pour chacun dans son cœur qui est à prendre.   Sans rancune ni haine, elle a fini par accepter avec beaucoup de résignation son sort. Parce qu’elle n’aime pas tricher, dit-elle. Ce qui compte, c’est les sentiments. Et surtout pas d’amalgame. «S’il y a des jeunes filles qui rencontrent des toubabs qu’elles aiment, eh bien, qu’on les laisse s’aimer. Vive le métissage », crie-t-elle car c’est l’avenir un peu partout à travers le monde.  

Babacar Baye Ndiaye  

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