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( 11 juin, 2008 )

Maïmouna Guèye nous raconte l’autre France dans ‘Bambi, elle est belle mais elle est noire…’

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Maïmouna Guèye est d’origine sénégalaise, un pur produit du Centre de Formation de Toubab Dialaw dirigé par Gérard Chenet. Comme elle l’a dit, cette formation a laissé des empreintes sur sa façon de faire, de dire et d’être comédienne.

Elle est aussi sortante de l’Ecole Conservatoire d’Avignon.  Le théâtre, c’est sa passion. Elle la vit pleinement, en tout professionnalisme. Elle était de passage à Nouakchott, pour présenter sa pièce : ‘Bambi, elle est noire mais elle est belle…’. Avec cette pièce, à la fois provoquante et sarcastique, elle a été un peu partout en Afrique et en Amérique Latine, grâce à l’Alliance française.   La pièce, ‘Bambi, elle est belle mais elle est noire…’, n’est ni un conte de fée, ni une fable. Ce n’est pas une comédie. Tout est vrai dans cette histoire qui est celle de Maïmouna Guèye, une sénégalaise qui s’est amourachée d’un français. Au fait, comment en est-elle arrivée à écrire cette histoire qui peut être aussi la nôtre ? «Tout a commencé par cette fameuse phrase de bienvenue  ‘elle est belle mais elle est noire’  que j’aie eu de la part de ma belle-famille lorsque je suis arrivée en France. J’avoue que ça m’avait assez secoué », se souvient-elle en souriant.  

Maïmouna Guèye, auteure de ‘Bambi, elle est belle mais elle est noire…’, loin d’être ‘nombriliste’ a voulu incorporer, au-delà de toute intention, diverses thématiques et tranches de vie qui font «parler ». Son mérite, dans cette pièce, c’est d’avoir eu la vertu d’aborder des sujets souvent tabous en Afrique, notamment dans les sociétés musulmanes.  Comme par exemple la sexualité ! Anticonformiste, elle estime que les femmes éprouvent le même plaisir que les hommes. «Sinon, elles ne sont plus humaines », croit-elle. D’une façon directe et crue, elle a abordé la sexualité dans cette pièce car, dit-elle, il faut arrêter de mentir pour justement avancer.

En mettant en scène cette pièce, elle a pensé à ces femmes mariées qui ne vivent pas leur sexualité comme ça devrait. «Il faut arrêter de couvrir les choses de sable pour dire ce qu’il en est. On est des adultes. Ces femmes-là aussi, éprouvent du désir, celui d’être avec leur mari », pense-t-elle. 

Plus qu’une histoire, ‘Bambi, elle est belle mais elle est noire…’, est une réponse aux clichés sur la femme noire. A l’école, en classe de terminale, nos professeurs de français, lorsqu’on étudiait la littérature française, ne cessaient de nous rabâcher, que l’art doit être au service d’une cause. A travers l’écriture, en réponse aux images ridiculisantes et débilitantes, que mettent en boucle les chaînes françaises, qui ont pourtant d’autres chats à fouetter, nos comédiens mettent à nu de manière humoristique et narquoise, l’autre France, la France du mensonge, du leurre, de l’hypocrisie, la France qui se débat, la France des mille et un problèmes… 

‘Bambi, elle est belle mais elle est noire…’, dès sa présentation en 2007 en France, avait fait esclandre.  A travers cette histoire, qui est aussi une révolte contre toute forme d’allégeance, on découvre et comprend mieux «cette Europe-là dont les autres rêvent ». «Voilà, c’est ça que j’ai vécu. Prenez-le, il n’y a pas de morale mais ayez conscience que cela existe chez vous », dit-elle en s’adressant aux français. 

«Au Sénégal, quand je voyais un toubab, je me disais que leur cœur, leur esprit, tout ce qui est dedans, doit être limpide et dépourvu d’hypocrisie. Je pensais à cela parce qu’à l’école, on nous apprenait que tout ce qui est blanc est beau et évangélique. Quand je suis partie en France, je me suis rendu compte qu’il n’y avait que la couleur de la peau qui différenciait », explique-t-elle.  

Etablie en France depuis une dizaine d’années, cette «amoureuse de la France » n’en est pas moins fière de revendiquer certaines valeurs françaises comme la liberté.  «En tant qu’auteure, j’aime cette liberté de parole qu’on peut avoir et qu’on accepte là-bas. Il y a plein de choses jolies mais cela ne m’intéresse pas », dit-elle. En elle, se dissimule une hargne contre l’injustice et les normalités de la vie. Par exemple, lorsqu’elle écrivit ‘Les souvenirs de la dame en noir’, son premier spectacle, elle parlait de l’Afrique et de ses difficultés, de l’excision, du mariage arrangé. Comment peut-on être indifférente face à certaines réalités parfois désarmantes de  l’Afrique ? Pour elle, il est hors de question, quand tout va mal, de parler de «cette Afrique folklorique avec ses tam-tam, son hospitalité et ses belles choses ».  La pièce de Maïmouna Guèye est une œuvre dense, riche et pleine de moralité.

Elle évoque dans une verve caustique la question de l’intégration des noirs, des maghrébins à la vie française. Intégration ? C’est un mot que n’apprécie pas l’auteure de ‘Bambi, elle est noire mais elle est belle…’. Ce mot l’importune jusqu’au cou car, pour elle, «on n’intègre pas des êtres humains. On intègre des choses. » 

Celle qui a acquis sa liberté depuis sa naissance a du mal à comprendre ce mot-là dépourvu d’humanité, de chair et de sang. « Je ne l’ai jamais accepté depuis le départ. Pour moi, ce n’est pas quelque chose qui invite à s’ouvrir. Au contraire, c’est pointer les étrangers, leur dire ‘il faut s’ntégrer’. » A plus d’un titre, la pièce de Maïmouna Guèye peut décoiffer à certains égards. Tout y est dit dans un langage mordant et sans détours. Puisque, c’est son histoire, elle s’est sentie libérée d’avoir créé cette pièce. Des années plutard, elle ne regrette rien. Cette page de son histoire est close. «Ce n’est parce que je suis tombée sur cet homme avec sa famille qui n’était pas ouverte que je ne vais pas me remettre avec un autre », dit-elle puisqu’il y en a pour chacun dans son cœur qui est à prendre.   Sans rancune ni haine, elle a fini par accepter avec beaucoup de résignation son sort. Parce qu’elle n’aime pas tricher, dit-elle. Ce qui compte, c’est les sentiments. Et surtout pas d’amalgame. «S’il y a des jeunes filles qui rencontrent des toubabs qu’elles aiment, eh bien, qu’on les laisse s’aimer. Vive le métissage », crie-t-elle car c’est l’avenir un peu partout à travers le monde.  

Babacar Baye Ndiaye  

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